Chapitre 1
Chapitre 1
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Introduction
L’Algérie est un pays plurilingue qui constitue un terrain propice aux recherches
sociolinguistiques et didactiques en raison de la coexistence des langues et de leurs
variétés langagières. Ces langues sont l’arabe classique ,l’arabe dialectal ,le français et
le tamazight .Cette pluralité linguistique a permis de déterminer le degré de contact de
brassage des langues en Algérie. Les langues en présence ne partagent pas les mêmes
statuts ni les mêmes représentations. C’est la raison pour laquelle le locuteur algérien
utilise ces langues en fonction des situations de communication et de ses besoins
expressifs . Ainsi faut-il signaler que cette diversité linguistique engendre une
complexité touchant aussi les langues que les représentations qui y sont liées. La
diversité linguistique pour John Gumpers :« Est plus qu’une simple affaire de
comportement :c’est une ressource communicative dans la vie quotidienne »1
Il est important de ne pas perdre de vue le fait que cette hétérogénéité linguistique
et culturelle est étroitement liée à une hétérogénéité sociale et ethnique de la société
algérienne.
1
http://www.linguistiquefrancaise.org/articles/shsconf/pdf/2014/05/shsconf_cmlf14_01006.pdf,(1981 :
27),consulté le 10/03/2017 .
-9-
1- Aperçu historique sur la situation sociolinguistique en Algérie :
Pour mettre en lumière cette pratique plurilingue et comprendre les raisons qui ont
poussé les jeunes à créer ,à modifier et façonner leur(s) parler(s),il nous semble
important de présenter un aperçu historique sur la coprésence des langues en Algérie
ainsi que sur leurs statuts.
Comme c’est déjà cité, l’Algérie constitue un terrain propice aux recherches
sociolinguistiques du fait qu’elle est caractérisée par la coexistence de plusieurs langues
et variétés linguistiques, elle est donc considérée comme étant un pays plurilingue et
multiculturel ; dans son article sur la culture et plurilinguisme en Algérie, R. SEBAA
trouve que:
L’Algérie se caractérise, comme on le sait, par une situation de quadrilinguité
sociale : arabe conventionnel/français/arabe algérien/tamazight. Les frontières entre
ces différentes langues ne sont ni géographiquement ni linguistiquement établies.
Le continuum dans lequel la langue française prend et reprend constamment place,
Au même titre que l’arabe algérien, les différentes variantes de tamazight et l’arabe
conventionnel redéfinit les fonctions sociales de chaque idiome .Les rôles et les
fonctions de chaque langue, dominante ou minoritaire, dans ce continuum
s’inscrivent dans un procès dialectique qui échappe à toute tentative de réduction 2.
Ce faisant, mettre en exergue la pluralité linguistique et culturelle des pratiques
langagières des locuteurs algériens n’est donc pas une simple tâche à accomplir vu la
complexité qu’entraine cette richesse sociolinguistique et culturelle.
En effet, cette situation sociolinguistique trouve son origine dans l’Histoire et la
géographie du pays comme le souligne K.Taleb-Ibrahimi :
Les locuteurs algériens vivent et évoluent dans une société multilingue où les langues
parlées, écrites, utilisées, en l’occurrence l’arabe dialectal, le berbère, l’arabe standard et
le français, vivent une cohabitation difficile marquée par le rapport de compétition et de
conflit qui lie les deux normes dominantes (l’une par la constitutionnalité de son statut
de langue officielle, l’autre étrangère mais légitimée par sa prééminence dans la vie
économique) d’une part, et d’autre part la constante et têtue stigmatisation des parlers
populaires . 3
2
SEBAA R., Culture et plurilinguisme en Algérie,
http://www.inst.at/trans/13Nr/sebaa13.htm,consulté le 02/03/2017.
3
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La coexistence des langues : l’arabe classique, l’arabe dialectal, le berbère et le
français comme l’a soulignée Khaoula Taleb IBRAHIMI : « L’Algérie est une société
plurilingue »4, donne un aspect plurilingue au pays. Ce contact laisse entendre que le
locuteur algérien vit une réalité plurilingue et a des représentations liées à chaque
langue on reconnaît en particulier que les représentations que les locuteurs se font des
langues, de leurs normes, de leurs caractéristiques, ou de leurs statuts au regard d’autres
langues, influencent les procédures et les stratégies qu’ils développent et mettent en
œuvre pour les apprendre et les utiliser5
Comme c’est déjà cité ,il ya plusieurs facteurs conjugués qui ont contribué à la
construction du panorama sociolinguistique et culturel en Algérie et ont déterminé les
statuts des langues en présence .
Djelfa (arabe algérien: الجلفةEl Djelfa) est une ville d'Algérie située à 300 km au sud
d'Alger, dans la partie centrale de l'Algérie du Nord. Elle est formée par le
regroupement des tribus des Ouled Nail.6 La wilaya se compose de 12 daïras et 36
communes. Elle est connue pour la qualité de son mouton et les vastes espaces. Djelfa a
accédé au rang de département (wilaya) depuis 1974. Sa population est principalement
arabophone, notamment issus des tribus Ouled Naïl. Elle a connu un accroissement
considérable de population, notamment après les années 1960.En plus, elle recèle
quelques traces d'un patrimoine historique romain, berbère et arabe.
Cette wilaya, la capitale des Ouled Naïl, est une confédération de tribus nomades et
semi-nomades, dont les tentes rayées de rouge et de noir, sont reconnaissables de loin,
sur les Hauts Plateaux. Située à 300 kilomètres au Sud d’Alger, sur une altitude de 1100
mètres d’altitude, dans la partie centrale de la région centrale de l’Algérie, elle s’étale sur les
vastes plaines steppiques qui rattrapent le piémont sud de l’Atlas tellien, chef-lieu de la wilaya.
4
Dabène, L., 1997,«L’image des langues et leur apprentissage», dans M. Matthey (Ed), 1997b, op.
cité,19.
5
Constitution de la République Algérienne Démocratique et Populaire.
4
6
https://fr.wikipedia.org/wiki/Djelfa,consulté le
02/03/2017https://fr.wikipedia.org/wiki/Wilaya_de_Djelfa.
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Djelfa est limitée au Nord par Médéa, au Sud par Laghouat, Ghardaïa et Ouargla ; à L’Est par
M’sila, Biskra et El Oued ; à L’Ouest par Tiaret. Ainsi, elle occupe 8,53% de la superficie totale
du pays7.Djelfa est connue pour la vie bédouine 8 des ses habitants et la qualité de ses
moutons .D’ailleurs, il y a une expression qui dit : le mouton, symbole de la Wilaya9( Djelfa).
Cette affirmation laisse entendre que la langue arabe avait le soutien et le poids de la
politique qui visent la restauration du statut dit officiel de l’arabe. Comme la langue
symbolise l’identité, et l’appartenance, le besoin d’ officialiser l’arabe s’est fait sentir
c’est pourquoi son usage est généralisé dans tous les domaines de la vie , sociaux,
administratifs, institutionnels et culturels : c’est ce qu’on appelle l’arabisation12.En
affirmant le slogan : « (…)L'Islam est notre religion, l'arabe est notre langue, l'Algérie
est notre patrie" » 13.
7
http://www.babzman.com/djelfa-capitale-des-ouled-nail-le-coeur-des-hauts-plateaux-partie-i/, consulté
le 02/03/2017.
8
https://www.youtube.com/watch?v=7HFAyx9mptY,consulté le 15 /02/2017
9
https://fr.wikipedia.org/wiki/Wilaya_de_Djelfa#Histoire. Consulté le 15/02/2017.
10
11
BOUMEDIENE, discours du 14 mai 1975,in http://www.asays.com/article.php3 ?article =304.consulté
le 12/03/2017.
12
Loi n° 91-05 du 16 janvier 1991 portant généralisation de l'utilisation de la langue arabe.Consulté le
14/05/2017.
13
Elimam, Abdou, 1986 Politique linguistique ou linguistique politique, Le cas de l'Algérie, in Langues et
Conflits.www.u-picardie.fr/LESCLaP/spip.php?rubrique47., p.4
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3-2- L’arabe dialectal ou le "dialecte algérien" :
Après l’arabe fusha ou classique ,vient l’arabe dialectal qui est considéré comme la
langue maternelle de la majorité de la population algérienne .Il est aussi appelé « l’arabe
algérien », ou el-jazayriya « l’algérien ». Il n’est pas intégré dans les institutions
d’enseignement / apprentissage puisqu’ il n’est pas officiel. Pour bien expliquer ce
statut TALEB IBRAHIMI Khoula stipule que
Ces dialectes constituent la langue maternelle de la majorité des Algériens et sont le
véhicule d’une culture populaire riche et variée ; par leur étonnante vitalité, les parlers
algériens témoignent d’une formidable résistance face à la stigmatisation et au rejet que
véhiculent à leur égard les normes culturelles dominantes. 14
En effet, son apparition se limite a des contextes sociaux informels, ayant un statut
de langue vernaculaire, non officielle et non enseignée .Aussi, peut-on la trouver dans
certaines productions artistiques ,théâtre ,films. feuilletons ,etc.
3-3- Le tamazight :
L'Algérie compte entre 25 % et 30 % de berbérophones15.Au même titre que la
langue arabe le tamazight appartient à la famille chamito-sémitique 16.Le berbère a
plusieurs variétés, le Kabyle ou takbaylit (Kabylie), le Chaoui ou tachaouit (Aurès), le
mzabi (Mzab) et le targui ou tamachek des Touaregs du grand Sud (Hoggar et Tassili).
La langue des populations indigènes d’Afrique du Nord comme le souligne Khaoula
TALEB IBRAHIMI « Ces parlers amazighs, comme on les dénomme maintenant, constituent le
plus vieux substrat linguistique de cette région et sont, de ce fait, la langue maternelle d’une partie de la
14
TALEB IBRAHM KHAOULA, op.cit.
15
SALEM CHAKER, « Langue et littérature berbères », Clio, mai 2004
16
(https://anneemaghreb.revues.org/305?lang=fr.Consulté le 02/03/2017.
17
TALEB IBRAHIMI. Khaoula, op.cit.
18
T.ZABOOT, Un code switching algérien ;le parler de Tizi-ouzou, thèse de doctorat, université de la
Sorbonne,1989,50.
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algérien. On assiste à l’instauration de deux départements de langue et culture amazigh,
l’une à l’université de Tizi-Ouzou, l’autre à l’université de Bejaia19.
3-4- Le français :
L’Algérie est un pays francophone du fait de son passé colonial qui justifie bien
l’usage du français par la plupart de la population algérienne .De même, la colonisation
a beaucoup influencé la sphère sociolinguistique et culturelle du pays d’ailleurs pendant
cette période la langue française a été la seule langue qui jouit d’un statut officiel dans
une société totalement francisée. Cet héritage colonial lutte pour son maintien comme
langue d’accès à la science et à la technologie moderne. Après l’indépendance,l’Etat
algérien a délimité le champ d’utilisation de la langue française essentiellement dans
certaines institutions pour généraliser l’usage de la langue arabe et donc réduire l’usage
du français. Malgré ce fait ,la langue française garde le privilège d’être pratiquée dans la
rue alternativement avec l’arabe dialectal et le berbère, dans des situations de
communication informelle ou intime d’ailleurs elle est parlée dans de différents
domaines :sociaux, économiques, administratifs et éducatifs RAHAL.S affirme :
La langue française occupe une place prépondérante dans la société algérienne, et ce, à
tous les niveaux : économique, social et éducatif. Le français connait un accroissement
dans la réalité algérienne qui lui permet de garder son prestige, et en particulier, dans le
milieu intellectuel. Un bon nombre de locuteurs algériens utilisent le français dans
différentes domaines et plus précisément dans leur vie quotidienne 20.
Aussi faut-il noter que le français est introduit comme langue étrangère obligatoire
des la troisième année du cycle primaire jusqu’à la fin du secondaire Mais à partir de
l’année scolaire 2004-2005, la CNRSE (Commission Nationale de la Reforme du
Système Educatif) introduit l’enseignement de la langue française des la deuxième
année primaire. La décision fut justifiée par une raison psychosociale qui fait que
l’enfant possède la capacité d’acquérir deux langues différentes des son jeune âge.
19
BENABID Faïza , Etude sociolinguistique du parler des jeunes :Le cas du langage SMS des étudiants
du département de français.Centre Universitaire de Bordj Bou Arreridj,2013 – 2014.
20
RAHAL S., La francophonie en Algérie : Mythe ou réalité ?
21
T ,BENJELOUN , « la langue de feu de la littérature maghrébine »,in géo n°138,Paris, Août, 1990 pp
89-90.
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Enfin, la rentrée scolaire 2006 /2007 effectuée en Algérie le 05 septembre, a vu de
nouvelles instructions introduisant le français en troisième année du primaire22.
Suite à une enquête mené par le CNEAP (Centre National d’Etudes et d’Analyse pour la
Planification) sur le statut des langues étrangères, les résultats affirment que la langue
française a été consacrée première langue étrangère dans la société, les entreprises et
dans les institutions, un outil de travail, un instrument de communication.
Les locuteurs algériens voient que la langue française fait partie du patrimoine algérien,
et une partie intégrante du paysage linguistique algérien, selon R. SEBAA
… la langue française occupe en Algérie une situation sans conteste, unique au monde.
Sans être la langue officielle, elle véhicule l’officialité, sans être langue d’enseignement,
elle reste une langue de transmission du savoir, sans être la langue d’identité, elle
continue à façonner de différentes manières et par plusieurs canaux, l’imaginaire
collectif 23
3-5 L’anglais
Quant à l’anglais, il faut noter que sa position est encore faible sur le marché
linguistique algérien, mais vu son statut au plan international, son essor commence à
s’accentuer lentement mais surement. Les évènements de 1989 ont conduit à des
réformes sociales et économiques visant l’institution éducative et, en particulier, ont
autorisé la substitution de l’anglais au français en quatrième année du second cycle de
l’école fondamentale. Par conséquent, l’enseignement de l’anglais devient possible
comme première langue étrangère, son choix est laissé à l’appréciation des parents.
Cette politique n’a pas connu de réussite, vu l’inexistence de cette langue dans
l’environnement linguistique et culturel du sujet parlant algérien, elle n’a gardé que sa
réputation de langue des sciences et des techniques. Aujourd’hui, l’anglais a le statut de
la deuxième langue étrangère après le français, ce qui explique et confirme le prestige
du français chez les Algériens, qui reste en position de force assurant son avenir en
Algérie. Pour conclure, nous disons que l’arabe dialectal est utilisé par la quasi-totalité
de la population, tandis que l’arabe classique est réservé à une élite d’arabophone. Le
berbère est employé par environ 35% des algériens. Le français et l’anglais s’imposent
en tant que véhicule de modernité par ceux qui fréquentent les écoles (les instruits).
22
BENSLIMANE ILHEM ,Le parler des jeunes: Cas des sms des étudiants du département de langue et
littérature françaises,Université Mentouri de Constantine.
23
http://thesis.univ-biskra.dz/1559/1/franc_m4_2015.pdf.Consulté le 20/04/2017.
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4- Situation linguistique en Algérie : contact de langues
Le contact de langue est un phénomène universel qui est dû au besoin du monde
moderne. Le besoin de communication, les échanges, la facilité du déplacement…dans
le monde moderne ne font qu'augmenter le contact de langues; en d'autres termes ces
facteurs favorisent le métissage des langues. La scolarisation fait que dans une situation
d'apprentissage l'apprenant est appelé à connaître une ou plusieurs langues étrangères.
On est dans une ère où on ne peut pas se contenter d'être unilingue. En effet
l’appellation « contact de langues » peut être générique car elle englobe tous les
phénomènes qui en surgissent : bilinguisme, diglossie, alternance codique…etc. .Nous
entendons par « contact de langue aussi bien un état psychologique de l'individu qui
utilise plus d'une langue que l'utilisation de deux ou plusieurs codes dans les rapports
entre les individus et entre les groupes» 24.Il est également défini par Hamers « le contact
des langues inclut toute situation dans laquelle une présence simultanée de deux langues affecte le
comportement langagier d'un individu .» 25
4-1- Le bilinguisme
Le concept de bilinguisme s'est beaucoup élargi dès le début du siècle. Il est l'une des
principales conséquences du contact des langues. Ce phénomène « touche la majorité de la
24
Hamers et Blanc, Bilingualité et Bilinguisme, p. 21.
25
Hamers, in Moreau, p94.
-16-
26
population du globe terrestre» estime William MACKEY. Le bilinguisme est une notion
qui a eu plusieurs définitions nous en retenons quelques unes.
Etre bilingue est donc parler parfaitement deux langues; cela consiste à une égale
maîtrise des deux systèmes.
Bloomfield considère que le bilinguisme consiste à" parler deux langues comme ceux qui
les ont pour langues maternelles" 28 cette définition laisse entendre qu’un locuteur est bilingue
lorsqu’il se réapproprie la langue seconde L2 comme un natif .
A l'opposé de ces définitions qui sont extrêmes, Macnamara (1967) a proposé que le
bilingue soit quelqu'un qui possède une compétence minimale dans une des quatre
habilités linguistiques à savoir: comprendre, parler, lire, et écrire dans une langue autre
que sa langue maternelle.
Causes du bilinguisme
26
William MACKEY ,Bilinguisme et contact de langues, 1976 ,Paris, Klincksieck.p 13.
27
BOUALILI cours de linguistiques contrastive .ENS de BOUZAREAH. https://www.google.dz/url?
sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=1&ved=0ahUKEwi33eC7_f7TAhUMFCwKHZR1BvwQFggh
MAA&url=http%3A%2F%2Fouarsenis.com%2Fvb%2F%2Fattachment.php%3Fattachmentid
%3D6000%26d%3D1319742696&usg=AFQjCNF72rStODXljsm9tz-CKM-
A8o3Csg&sig2=BSyAgw3VQFpOmtO1bPZeNQ&cad=rja.Consulté le 12/03/2017.
28
BOUALILI , ibid.
29
BOUALILI,ibid.
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Occupation militaire et coloniale;
Le commerce;
La supériorité géographique;
La puissance et prestige des groupes linguistiques en contact;
L'expansion et l'ascendance d'un peuple sur un autre (l'état d'une langue suit
l'avancement ou le déclin du peuple qui parle);
L'éducation : l'enseignement favorise le bilinguisme, plus on donne de l'importance à
une langue, plus le bilinguisme a de chances d'être vulgarisé;
L'influence économique;
La religion;
Les moyens de diffusion de l´information destinée au grand public sont la presse, la
télévision et la radio et aussi Internet. Ils jouent un role important parce - qu íls
informent sur ce qui se passe dans le monde. La presse, ce sont les quotidiens, les
hebdomadaires et les mensuels. Le quotidien est un journal, qui parait chaque jour. Le
quotidien contienne des informations politiques, économiques, sociales et aussi
culturelles. Tous ces moyens contribuent à iriser le panorama linguistique algérien de
reflets plurilingue et bilingue.
4-2- La diglossie
En sociolinguistique,
La diglossie désigne l'état dans lequel se trouvent deux variétés linguistiques coexistant
sur un territoire donné et ayant, pour des motifs historiques et politiques, des statuts et
des fonctions sociales distinctes, l'une étant représentée comme supérieure et l’autre
inférieure au sein de la population. Les deux variétés peuvent être des dialectes d'une
même langue ou bien appartenir à deux langues différentes .30
En 1959, Charles Ferguson lance le concept de « diglossie » comme une coexistence
de deux variétés linguistiques : l’une « haute » et l’autre « basse », dans une même
communauté ; on cite à titre d’exemple la situation arabophone (dialecte / arabe
classique) en Algérie. Dans son ouvrage , Ferguson définit précisément la diglossie
comme étant
une situation linguistique relativement stable dans laquelle, outre les formes dialectales
de la langue (qui peuvent inclure un standard, ou des standards régionaux), existe une
variété superposée très divergente, hautement codifiée (souvent grammaticalement plus
complexe), véhiculant un ensemble de littérature écrite vaste et respectée…), qui est
surtout étudiée dans l’éducation formelle, utilisée à l’écrit ou dans un oral formel mais
n’est utilisée pour la conversation ordinaire dans aucune partie de la communauté. 31
30
https://fr.wikipedia.org/wiki/Diglossie,consulté le 18/02/2017.
31
Ferguson Charles , “Diglossia” ,in Word ,n°15, 1959, p.45.
-18-
Ceci implique que du point de vue de la représentation et de l’utilisation, il existe un
rapport d’inégalité entre la variété « haute » (superposée) et la variété « basse».
Autrement dit, la « variété superposée » bénéficie d’un usage fonctionnel très répandu
dans les écoles, les universités, les discours officiels, les lettres, les dictionnaires…etc.
Tandis que la « variété basse », qui est la langue maternelle des locuteurs, ne joint ni
d’un prestige social ni littéraire (contrairement à la variété « basse ») et son utilisation
se limite à la conversation ordinaire entre les sujets parlants d’une communauté donnée
et se transmet grâce à la littérature populaire ; telle que la poésie en Algérie.
Donc, la diglossie est un phénomène social qui représente l’une des situations de
contact les plus stables, car elle peut durer plusieurs siècles de suite. Or, il peut y avoir
diglossie entre plus de deux langues en contact même si elles n’ont pas une origine
commune, telle que la langue du colonisateur français en Algérie qui relève d’une
situation diglossique.
En plus, cette notion
a été utilisée et développée par des auteurs critiquant le terme de « bilinguisme », jugé
trop imprécis, source de confusion et dont l'utilisation masque en fin de compte des
réalités sociales complexes et dynamiques. Ils envisagent ainsi le bilinguisme
uniquement du point de vue de l'individu : le bilinguisme est l'état de l'acteur individuel
capable de mobiliser plusieurs variétés de langage. Au contraire, la diglossie est un
phénomène sociétal, caractérisé par la coexistence et la répartition socialement codifiée
de plusieurs variétés. 32
32
https://fr.wikipedia.org/wiki/Diglossie.Consulté le 18/02/2017.
-19-
phénomène : « L’alternance codique dans la conversation peut se définir comme la juxtaposition à
l’intérieur d’un même échange verbal de passages où le discours appartient à deux systèmes ou sous-
systèmes grammaticaux différents»33. Ce qui attire l’attention dans cette définition c’est
l’aspect linguistique qui caractérise l’échange verbal par la présence des énoncés de
deux systèmes différents, là où la juxtaposition et la succession laissent entendre que les
locuteurs produisent des énoncés bilingues structurés grammaticalement sans qu’il y ait
une rupture au niveau de la forme. Dans ce cas là, il s’agit d’habitudes verbales acquises
ou apprises spécifiques aux sujets parlants bilingues, ce qui renseigne aussi sur
l’appropriation partielle ou totale de la grammaire des deux langues ainsi qu’une
grammaire commune ayant une fonction régulatrice des échanges, où la qualité des
énoncés alternés est prise en compte comme fondamentale assurant la communicabilité
et l’interaction. A partir de là, l’accent peut être mis sur le rôle de l’alternance codique
dans la régulation du discours du locuteur bilingue ou supposé bilingue. On peut
souligner également, que cette définition s’inscrit dans une perspective fonctionnelle
d’orientation interactionnelle. Elle repose essentiellement sur le fait conversationnel où
les locuteurs sont inconscients car l’objectif principal est l’intercompréhension, et c’est
pourquoi d’ailleurs John GUMPERZ distingue l’alternance codique conversationnelle et
l’alternance codique situationnelle34.
Précisions que le participant dans une interaction prolongée n’est pas souvent tout à
fait conscient du choix du code qu’il utilise à tel ou à tel moment de l’échange verbal,
puisque généralement la sélection et le passage d’une langue à une autre se font d’une
façon automatique loin d’être soumise à une règle de mélange. Nous utilisons dans notre
analyse certains concepts situationnels cités auparavant car le décryptage du parler
jeune relève de la complexité des situations de contact des langues en Algérie.
4-4- L’emprunt :
Plusieurs définitions ont été proposées pour expliquer le phénomène
sociolinguistique résultant de tout contact de langues " l’emprunt ". Lorsque deux
systèmes linguistiques entrent en contact pour diverses raisons (proximité géographique,
colonisations, relations commerciales…) des unités linguistiques passent d’une langue à l’autre.
L’emprunt est un procédé consistant à faire passer une forme (emprunt lexical) ou un sens
(emprunt sémantique), d'une langue à l'autre. On nomme emprunt lexical ou, plus souvent,
33
John J. Gumperz, Sociolinguistique interactionnelle : une approche interprétative, Ed.
L’Harmattan, Université de la Réunion,1989, p.57.
34
BOUALILI,op.cit.
-20-
emprunt, le processus consistant, pour une langue, à introduire dans son lexique un terme venu
d’une autre langue. L’emprunt peut être :
- direct (une langue A emprunte directement à une langue B : ainsi le mot « football » passe
directement de l’anglais au français).
- indirect (une langue A emprunte à une langue C via une ─ ou plusieurs ─ langue-vecteur B :
ainsi le mot café de l’arabe « qahwa » est passé au français par le turc « qahwé » via l’italien).
L’emprunt fait partie des moyens dont disposent les locuteurs pour enrichir leur lexique, au
même titre que le néologisme. Ce qui explique la richesse linguistique du parler algérien qui ne
cesse d’emprunter des formes lexicales tantôt au français, tantôt au tamazight.
Pour J.DUBOIS (1973 : 188) : « Il y a emprunt linguistique quand un parler A utilise et finit par
intégrer une unité ou un trait linguistique qui existait précédemment dans un parler B et que A ne
35
BENABID Faïza ,Etude sociolinguistique du parler des jeunes :Le cas du langage SMS des étudiants
du département de français. Centre Universitaire de Bordj Bou Arreridj,2013 - 2014,
36
DERRAJI Y., « le français en Algérie : langue emprunteuse et empruntée », le français en
Afrique, n°13, Paris, Edition Didier-Erudition.
-21-
En somme, l’Algérie est un pays qui a eu plusieurs facteurs déterminant son paysage
sociolinguistique et culturel et qui ont permis d’avoir un pays où la coexistence et « la
concurrence » des langues constitue un phénomène complexe. D’ailleurs, on considère
que la situation sociolinguistique en Algérie toujours problématique puisqu’elle est un
lieu où se cohabitent plusieurs langues en plus des variétés langagières.
Ainsi, la richesse de la situation linguistique algérienne avec toutes les ambiguïtés
qu’elle peut provoquer, font d’elle une véritable source inépuisable d’interrogations et
de recherches. « Le paysage linguistique et culturel en Algérie offre actuellement des
reflets irisés de contacts de langues et de cultures. Une situation kaléidoscopique
résultant d’une longue chaine de causalités historiques (colonisation, immigration,
crises politiques ou économiques) produisant un terrain très dense et varié » 37.
Alors, définir le bilinguisme ou les phénomènes qui lui sont associés en Algérie n’est
pas une chose facile du fait de la variété voire de l’originalité des situations de
communication et des raisons qui amènent le locuteur à employer deux ou plusieurs
langues ou à passer d’une langue à l’autre à un moment donné de l’échange verbal. A
travers les recherches empiriques partant sur les différentes situations des contacts des
langues, plusieurs chercheurs ont tenté de mettre en lumière les comportements
langagiers qui résultent de l’emploi de deux langues chez un même locuteur ou une
communauté. Ainsi, les nouveaux regards portés sur le bilinguisme et les phénomènes
qui lui sont liés ont contribué à l’élargissement du champ d’investigation et à
l’éclaircissement de certaines zones d’ombre.
Cela laisse entendre qu’en Algérie après avoir recouvré la souveraineté, et après
plusieurs tentatives politiques pour uniformiser le panorama linguistique du pays en
essayant d’arabiser la société en s’appuyant sur l’arabisation de l’enseignement, la
langue arabe s’enracine, mais le français se propage également. En plus, le paysage
linguistique algérien continue à subir des changements importants vu le métissage et la
coprésence des langues d’une part et l’ouverture sur le monde d’autre part.
En définitive, nous pouvons dire que malgré toutes les tentatives institutionnelles
voulant donner un paysage linguistique unilingue à l’Algérie, elle reste l’un des terrains
les plus propices aux études sociolinguistiques et sociologiques. D’ailleurs les pratiques
langagières des locuteurs algériens prouvent une hétérogénéité linguistique intéressante
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ABDELALI BECETTi ,Parlers de jeunes lycéens à Alger : pratiques plurilingues et tendances
altéritaires. http://www.unice.fr/bcl/ofcaf/25/Becetti%20Abdelali.pdf.Consulté le 08/03/2017.
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en usant des langues « arabe, tamazight, français » ainsi que leurs variétés. Alors ,
l’Algérie constitue un champ dans lequel nous pouvons trouver plusieurs phénomènes
sociolinguistique que nous traiterons dans le chapitre suivant.
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