RONGEURS COMMENSAUX
Par :
BEP A MBANG Philémon
Ingénieur Eau Assainissement Environnement
Expert Qualité Hygiène Environnement
LES RONGEURS
I. Généralités
II. Rôle pathogène des rongeurs
III. Dégâts causés par les populations murines
LES RONGEURS COMMENSAUX
I. Biologie des rongeurs domestique
II. Systématique des rongeurs domestiques
III. Cycles évolutif et identification des rongeurs
IV. Etiologie des rongeurs
V. Ecologie des rongeurs
Etiologie (étude des causes des maladies)
Ecologie (étude des milieux où vivent les êtres vivants ainsi que des
rapports de ces êtres avec le milieu)
DESTRUCTION ET CONTRÔLE DES RONGEURS DOMESTIQUES
I. Intérêt du contrôle des populations de rongeurs
II. Principe de la lutte contre les rongeurs domestiques
III. Evaluation du niveau d’infestation
LES RONGEURS
I. Généralités
Les rongeurs constituent l’ordre le plus important de la classe des mammifères
représentant presque la moitié de ceux-ci (2021 espèces de rongeurs sur 4626 de
mammifères répertoriés). Ils constituent un ordre très diversifié, doté de grandes
capacités d’adaptations écologiques qui les amènent à proliférer dans tous les
milieux. Ce sont généralement des animaux terrestres de petite taille.
Plus que les autres mammifères, les rongeurs contractent des relations avec
l’homme qui participent beaucoup à l’existence, à la répartition voire à la
pullulation d’un bon nombre de ces espèces. En même temps, les
bouleversements écologiques de l’environnement à travers les modifications
climatiques, l’urbanisation, la déforestation, les aménagements agricoles et
hydrauliques affectent sensiblement les densités et la répartition spatiale des
populations de rongeurs, facilitant ainsi leur contact avec l’homme.
Ainsi, dans le domaine de la santé, l’implication des rongeurs est fréquente. La
richesse de leur parasitofaune fait qu’ils constituent, pour de nombreux
parasites, des hôtes intermédiaires ou définitifs, mais sont aussi impliqués dans
le cycle de différents microorganismes pathogènes en tant qu’hôtes réservoirs ou
vecteurs. Les maladies associées aux rongeurs peuvent être classées en trois
catégories : celles qui sont directement ou indirectement transmises à l’homme,
celles qui sont transmises aux animaux et celles qui n’affectent que les rongeurs
eux-mêmes. Ces maladies peuvent être transmises par morsures (transmission
direct), par les urines, les fèces ou par l’intermédiaire des arthropodes
(transmission indirect).
II. Rôle pathogène des rongeurs
Les rongeurs participent à la transmission de nombreuses zoonoses chez
l’homme en qualité d’hôte intermédiaire ou définitif, mais sont aussi impliqué
dans le cycle infectieux de différents microorganismes pathogènes en tant que
réservoirs ou vecteurs. D’après l’OMS, les zoonoses sont des maladies ou
infections naturellement transmissibles de l’animal à l’homme.
Plus de 200 zoonoses sont connus et décrite depuis plusieurs siècles. Elles sont
causées par tous type d’agents : bactéries, parasites, champignons, virus et autres
agents non conventionnels. Toutes celles-ci représentent une grave menace pour
la santé et le bien-être de la population mondiale. Malgré les progrès réalisés
dans la lutte contre les maladies, ces dernières restent fréquentes dans les zones
urbaines, périurbaines et rurales des pays en voie de développement.
Les différentes voies de contamination :
Comme toutes les maladies infectieuses, différentes voies de contaminations
sont possibles pour les zoonoses :
- Par passage direct lors d’un contact avec un rongeur infecté ou ses déjections,
l’agent pathogène peut passer par voie cutanéomuqueuse à travers la peau saine
ou lésée. L’infection peut aussi se propager à travers une peau macérée par un
contact prolongé avec de l’eau contaminée par des urines ou des fèces
d’animaux malades. C’est le cas de la leptospirose, par exemple. L’autre
possibilité est une contamination suite à une morsure (sodoku).
- Par ingestion de l’agent pathogène, soit en consommant des aliments souillés
(salmonellose, échinococcose), soit par voie respiratoire en manipulant des
cadavres d’animaux ou des éléments du milieu souillés par des urines ou des
fèces. Cela provoque la mise en aérosol de certains agents pathogènes (fièvres
hémorragiques, fièvre du Queensland).
- Par l’intermédiaire d’un vecteur de la maladie (agent de transport d’un
pathogène, d’un individu qui en est la source, à d’autres individus qui peuvent
leur être réceptifs). Souvent, le vecteur est un arthropode, la contamination peut
se faire soit par ingestion accidentelle (Ténia nain dont le vecteur est le ver de
farine), soit par piqûre (peste transmise par la puce et maladies transmises par
les tiques). Dans ce cas le rongeur est un réservoir, facultatif ou obligatoire, de
la maladie.
La notion de réservoir désigne le système écologique (être vivant ou substrat)
qui héberge un agent pathogène, lui permettant de survivre dans la nature et
pouvant le transmettre à un vecteur ou un autre réservoir. Le réservoir peut être
le vecteur ou ils peuvent être distinct l’un de l’autre. On parle de réservoir
facultatif lorsqu’il n’est indispensable à la survie de l’agent pathogène et de
réservoir lorsque le cycle de transmission s’arrête s’il disparait.
III. Dégâts causés par les populations murines
Rats et souris, qu’il s’agisse des espèces vivant dans les champs ou de celles qui
sont familières des habitations et des entrepôts, sont considérés par l’homme
comme de redoutables ennemis de ses cultures surtout dans les pays en voie de
développement. Ampleur des dégâts causés par ces animaux sur les cultures et
stocks de vivre en font pour l’homme de véritables concurrents.
III.1. Dégâts dans les cultures
Les problèmes posés par les rongeurs dans les cultures sont essentiellement dus
au comportement alimentaire de ces animaux, bien que l’on connaisse des cas
où les déprédations sont en rapport avec l’action mécanique qu’ils exercent sur
les sols en creusant leurs terriers.
Les dégâts peuvent revêtir des aspects aussi bien qualitatifs que quantitatif,
certains rongeurs portant leur choix alimentaire sur un organe particulier d’une
plante cultivée ; d’autres espèces par contre, ne se manifestent qu’après
l’apparition d’un stade végétatif déterminé.
La plupart des tropicales peuvent être attaquées, mais les dégâts
économiquement important concernent les céréales, les palmiers, la canne à
sucre, les cultures maraichères nouvellement implantées (tomates, poivrons,
melons, etc…).
III.2. Dégât dans les lieux de stockage
- Consommation des denrées :
Les rongeurs domestique (Rat noir, rat surmulot et souris) se nourrissent
essentiellement des denrées que l’homme conserve, en particulier les céréales.
Un seul rat de taille moyenne prélève ainsi à lui seul au moins 500 g/mois.
Même si le grain n’est que partiellement consommé, il devient immangeable et
invendable et, leur faculté germinative se trouve compromise. De plus, bactéries
et champignons pénètrent dans le grain par les lésions.
- Souillures :
Si considérable que puissent être les pertes pondérales des denrées, celles dues
aux souillures le sont encore d’avantage. Les grains non consommés sont
souillés d’urine et d’excréments et les dommages peuvent ainsi être vingt fois
plus élevés que ceux résultant de la prise de nourriture.
- Destructions :
Leurs incisives robustes et acérées constituent pour ces animaux un outil
terriblement efficace. Les portes, fenêtres, parois, caisses en bois sont rongées et
percées jusqu’à ce que l’animal puisse passer ; il en est de même des murs en
torchis ou en maçonnerie légère, lesquels ne constituent donc qu’une protection
bien fragile contre les rats. Les sacs sont déchirés et les grains qui s’écoulent des
trous sont souvent perdus, même s’ils ne sont ni mangés, ni souillés. De même,
les rats peuvent être responsables d’accidents notamment des effondrements de
bâtiments consécutifs aux terriers et galerie creusées sous les fondations, court-
circuit, suivis parfois d’incendie, résultant de câbles électriques rongés,
inondations due à la perforation des conduits d’eau.
- Transmission de maladie :
On aurait tort de sous-estimer le danger potentiel que représente une population
de rats pour la santé humaine. En effet, ces animaux sont porteurs d’agents
pathogènes divers capables de transmettre la peste, le typhus, la rage, des
spirochétoses hépatiques, la trichine, la fièvre de Lhassa et. Il arrive que les
jeunes enfants et même l’homme soient cruellement mordus.
Les risques de transmission des affections telles que la peste bubonique par les
espèces vivant dans les cultures, surtout irriguées, sont très réduits car la puce
qui en est le vecteur vit difficilement dans un environnement humide. Par contre,
l’eau d’irrigation favorise la propagation de certaines affections comme les
salmonelloses et les leptospiroses dont une forme (maladie de Weil) est
transmise par l’urine du rongeur et pénètre chez l’homme par les écorchures et
les muqueuses du nez et de la gorge.
LES RONGEURS DOMESTIQUES/COMMENSAUX
Les rongeurs domestiques ou commensaux sont ceux qui « mangent à notre
table ». Il s’agit essentiellement du surmulot, dont le nom scientifique est Rattus
norvegicus (encore appelé rat gris, rat brun ou rat d’égout), du rat noir (Rattus
rattus) et de la souris grise (Mus musculus). Ils vivent en étroite association avec
l’homme et sont répandus dans le monde entier.
Ces ravageurs comme beaucoup d’espèces de rongeurs, sont extrêmement
fertiles. La maturité sexuelle se situe généralement à l’âge de trois (3) mois pour
les rats et un mois et demi pour les souris ; la durée de gestation est de 22 à 23
jours pour les rats et de 20 jours pour la souris. Le nombre de jeune par portée
varie de 5 à 12. De plus, les femelles redeviennent fécondes juste après la mise
bas, de sorte qu’elles peuvent avoir une nouvelle portée après le sevrage de la
précédente.
I. Biologie des rongeurs domestiques
A l'heure actuelle, les rongeurs domestiques peuvent être considérés comme
cosmopolites. Ils appartiennent à la sous famille des murinés et comprennent
deux genres et trois espèces principales.
Genre Rattus
espèce Rattus norvégicus ou rat d'égout ou surmulot :
Originaire de la région du lac Baïkal, il est apparu en France vers le début du
XVIIIème siècle. C'est Buffon qui lui donna le nom du Surmulot.
- Il ne peut se passer du voisinage de l'eau ;
- Il est omnivore, mangeant aussi bien de la viande, du poisson, des grains, des
fruits, etc ;
- Il a une durée de vie maxima de quatre ans, mais à l'état sauvage, elle est
environ de deux ans (très grande mortalité) ;
- Il a sa maturité sexuelle dès trois mois, une gestation de trois semaines
environ ; une femelle a de trois à quatre portées par an de sept à huit petits.
espèce Rattus rattus ou rat noir ou rat de grenier
Le rat noir n'est pas obligatoirement noir. Il s'est implanté en France bien avant
le Surmulot (dernière glaciation).
- Il préfère plutôt les situations élevées ;
- Il est aussi omnivore mais préfère les grains, fruits et légumes ;
- Il est de plus en plus rare dans les grandes agglomérations car il ne trouve
presque plus un environnement à sa convenance ; de plus, le Surmulot plus
robuste l'a chassé vers les milieux ruraux ;
- Il a sensiblement le même cycle de reproduction que le Surmulot.
Genre Mus
espèce Mus musculus ou souris grise
La souris est répandue dans le monde entier.
- Elle s'attaque à toutes les denrées, ainsi qu'aux papiers, aux tissus, etc... ;
- Elle peut se trouver dans la même habitation qu'un rat mais pas au même
niveau ;
- Elle a un cycle de reproduction avoisinant celui du rat.
I.1. Mœurs et comportement
Les rats, apparaissent comme étant des rongeurs sociaux appartenant à une
société polygame ; l'origine d'une colonie ou clan est un couple initial installé
avec ses descendants dans un endroit où les conditions de nourriture et d'abri
sont suffisantes. Les couples établissent des territoires formés du nid où sont
élevés les petits, et des gîtes : abris secondaires ou refuges. Chacun de ces
territoires, sans parties communes avec le voisin, est défendu âprement contre
toute intrusion d'un congénère (individu isolé ou couple).
Un territoire est situé dans une zone d'approvisionnement ou de chasse : le
domaine ou espace vital ; les domaines peuvent toutefois se chevaucher. Les
membres du clan obéissent à des règles hiérarchiques rigoureuses régissant le
droit à la nourriture et à la genèse des couples. Tout individu isolé est appelé à
disparaître dévoré par les autres rats.
Territoires et domaines sont sillonnés de voies de cheminement ou pistes
conduisant à la nourriture et à la boisson. La connaissance de ces pistes est donc
capitale dans la mise en place des procédés de destruction.
On tiendra compte également de trois propriétés caractéristiques du genre
Rattus: sa mémoire, sa ruse et sa réaction de méfiance vis-à-vis de tout élément
nouveau (installation d'un objet, pose d'appâts, modification des locaux après
nettoyage, application de peinture ou de crépis). Le comportement des souris est
régi par la curiosité : elles sont toujours à la recherche de nouveauté et sont
moins attachées à leur parcours habituels, contrairement aux rats ; de plus, leur
rayon de prospection demeure limité.
Les rongeurs sont d’excellents grimpeurs ; ils peuvent grimper à la verticale sur
les murs et même à l’intérieur des tuyaux de 10 de diamètres. Ce sont aussi
d’agile sauteurs : le rat noir saute sans élan jusqu’à un mètre de hauteur, le
surmulot, 60 cm et la souris, 30 cm, ainsi que d’excellent nageurs, surtout le
surmulot qui est un inféodé à l’eau. Le rat noir peut courir sur un câble.
I.2. Habitat et nidification
Le surmulot nidifie de préférence à l’extérieur, dans des remblais, sous des
buissons, de vieilles machines abandonnées, des tas de bois ou de mauvaises
herbes. Ses nids sont faits d’herbes et de feuilles et les galeries d’accès ont 8 cm
de diamètre. Il ne nidifie dans les magasins que si ceux-ci sont délabrés (trous
dans le sol, fissures dans les murs), ou mal entretenus (tas de débris, amas de
détritus).
Le rat noir ne vit pas dans des terriers mais édifie ses nids avec des chiffons ou
des sacs déchirés, des papiers dans les charpentes et sous les toits. Il perce des
trous dans les coffrages ou les huissières en bois, d’un diamètre de 6 cm.
La souris se comporte comme le rat noir mais peut nidifier dans la nature ou
dans les piles de vieux sac ; ses orifices de passage dans les bois ont 2 cm de
diamètre.
I.3. Facteurs de développement
La densité murine est placée sous la dépendance de quatre facteurs principaux :
- fécondité ;
- mortalité ;
- mouvements de population murine ;
- conditions extérieures.
Fécondité
Le nombre de jeunes par portée est important (en moyenne 7 pour le surmulot et
5 pour le rat noir, la maturité sexuelle est précoce : à l'âge de 2,5 à 3 mois.
La fécondité d’une population de rongeur est régie par le cycle annuel de
reproduction et, corrélativement, le cycle annuel d'abondance.
Pour tous les rongeurs étudiés, quels qu'ils soient et sous tous les climats, le
schéma du cycle annuel de reproduction est le suivant : le pourcentage de
femelles en état effectif de reproduction part d'un niveau faible ou nul pour
s'accroître rapidement puis retomber ensuite à son minimum réel. Le cycle
d'abondance pour sa part est décalé de 1 à 2 mois par rapport à celui de
reproduction. Sous les climats tropicaux, c'est l'alternance des saisons sèches et
humides qui règle les cycles annuels de reproduction et l'abondance, tant pour le
surmulot, le rat noir ou la souris grise.
Mortalité
De façon générale, chez les rongeurs, un fort pouvoir de multiplication est lié à
une courte espérance de vie. La durée de vie des individus dans une population
est très inférieure à celle des animaux de la même espèce élevés en laboratoire.
Mouvements de population murine
Ils n’entrent pas en considération, car si les autres facteurs de développement
sont fixés, ils ne peuvent modifier l'équilibre établi. Les places laissées vides par
les individus émigrant vers une autre zone sont occupées par le trop plein
(jeunes, animaux faibles) des individus de la zone considérée. Dans le cas
contraire, les individus immigrant vers cette zone sont appelés soit à disparaître,
soit, s'ils sont assez forts, à faire leur place au détriment de la colonie existante.
Conditions extérieures
Ce sont les conditions de vie liées au lieu d'implantation qui influencent
directement la densité murine.
Les rats commensaux s'installent là où ils trouvent des conditions capables de
satisfaire leurs exigences écologiques essentielles. Les facteurs écologiques,
dits facteurs militants, qui conditionnent leur présence et leur abondance sont
multiples, mais on peut les réunir sous trois termes simples : abri, couvert,
nourriture.
- Abri : l'abri a chez les rats une double fonction. C'est l'endroit où la femelle
met bas et nourrit les jeunes durant le premier mois. C'est aussi le lieu de
refuge pour toute la famille.
- Couvert : quand les rats quittent leur abri, ils se déplacent dans leur
territoire en suivant des pistes, d'ailleurs marquées par leur sécrétion sébacée
(c'est-à-dire le gras), leur urine, leurs fèces, etc... Ces pistes ne sont pas
tracées au hasard ; elles passent partout où un couvert met les rats à l'abri
d'un prédateur éventuel. Ce couvert est assuré par un vide sous plancher, les
espaces entre caisses ou sacs empilés, un tuyau d'égout, une rigole, des
plantes grimpantes, etc... voir schéma ci-dessous.
- Nourriture : quant à la nourriture, son rôle est évident, plus elle sera
abondante, variée et d'accès facile, plus elle favorisera un niveau élevé des
populations de rats. Lorsque la nourriture décroît, un phénomène compétitif
va s'instaurer à l'intérieur du clan lui-même : les plus faibles sont alors
éliminés après des luttes féroces, les vainqueurs gardant le droit à la
nourriture et aux femelles. Un nouvel équilibre va donc s'établir entre les
ressources alimentaires et le nombre de rats.
On estime généralement que de ces trois facteurs (abri, couvert, nourriture) l'abri
est le plus important.
II. Systématique des rongeurs domestiques
La systématique est une discipline des sciences naturelles, qui a pour objet
d’inventorier et classifier, du règne à l’espèce des organismes vivants.
II.1. Classification des rongeurs domestiques
Règne Animal
Embranchement Vertébrés
Classe Mammifères
Ordre Rongeurs
Famille Muridés
Genre Rattus, Mus
Espèces Rattus Norvegicus (surmulot)
Rattus Rattus (rat noir)
Mus Musculus (souris domestique)
II.2. Identification des rongeurs domestiques et données biologiques
II.3. Comparaison morphologique entre le rat noir et le surmulot et entre un
jeune rat et la souris grise
II.4. Etiologie de rongeurs
C’est l’étude des causes et facteurs de maladies causés à l’homme par les
rongeurs.
II.4.1. Maladie transmises directement par les rongeurs
Ce mode de transmission est sans doute le moins fréquent. Les morsures en
elles-mêmes sont rarement dangereuses, mais le problème réside dans les
infections secondaires liées aux bactéries transmises lors de la morsure.
- La fièvre de la morsure du rat : il arrive que les rats mordent les êtres
humains, mais un faible pourcentage de personnes peuvent contracter
cette maladie. La bactérie pathogène est présent sur les gencives de
nombreux rats. Les symptomes sont généralement bénins comme ceux de
la grippe, mais la maladie peut être fatale. Le risque est plus grave pour
les enfants.
II.4.2. Maladies transmises par les urines et les fèces
- La leptospirose : La transmission de cette maladie à l’homme est
généralement due à un contact avec de l’eau souillée par l’urine de
rongeurs infectés. Les organismes pathogènes pénétrent dans la peau par
les muqueuses ou par les minuscules coupures et écorchures de la peau.
La leptospirose est une maladie fréquente dans les rizières, les cultures de
canne à sucre, plus généralement dans toutes les cultures irriguées. En
milieu urbain, c’est aussi la « maladie des égoutiers ». Rattus rattus,
Rattus norvegicus et Mus musculus sont des réservoirs reconnus dans
divers pays du monde.
- La solmonellose : L’homme est susceptible de s’infecter au contact
d’aliments souillés par les excreta (urines et fèces) murins, pouvant
entraîner des diarrhées graves. Les bactéries pathogènes qui proliférent
dans l’intestin du rat peuvent alors contaminer les aliments à partir des
déjections de rongeurs infectés sur une zone de préparation, sur la
nourriture, la vaiselle ou les ustensiles.
- Les arénavirus : Les arénavirus se transmettent directement du rongeur à
l’homme sans l’intermédiaire d’un vecteur par contact direct avec les
urines (principalement) ou les crottes des rongeurs. Notamment les virus
de la fièvre de Lassa et le virus de la chorioméningite qui sont très
fréquent
chez la souris domestique (Mus musculus) présente un peu partout dans le
monde.
II.4.3. Maladies transmises par un vecteur
- La peste : C’est historiquement la maladie associée aux rongeurs la plus
connue. Elle se transmet de rongeur à rongeur et du rongeur à l’homme
par l’intermédiaire de vecteurs hématophages qui sont les puces de
rongeurs (fig. 10). Rattus norvégicus, rattus rattus et accessoirement mus
musculus sont les reservoirs sécondaires du virus resosable de la maladie.
- Le typhus murin : cette maladie est relativement benigne pour les êtres
humains. Le typhus murin est transmis au êtres humains par la puce du
rat. Il pénètre dans le flux sanguin lorsqu’une personne introduit en se
grattant des excrément de puce infectée dans la piqûre. Jusqu’à présent,
seules des puces Xenopsylla cheopis ou Leptopsylla segnis, sont
impliquées dans cette transmission, de cette maladie par les fèces.
II.5. Ecologie des rongeurs
Les rongeurs, qui sont les mammifères numériquement les plus importants en
raison de l’abondance tant des individus que des espèces, jouissent d’un énorme
potentiel d’adaptation et foisonnent dans tous les écosystème, qu’ils soit naturel
ou créés par l’homme. De ce fait, l’écologie des populations de rongeurs
présente des différences considérables entre zones tempérées et tropicales, entre
biomes, forêts et déserts ou autres biotypes.
Dans les zones tempérées, les fluctuations saisonnières de la population ont en
général une amplitude plus grande que dans les zones tropicales et la faune de
rongeurs y est habituellement représenté par un nombre restreint d’espèces.
Les cycles de production diffèrent aussi dans les zones tropicales et les zones
tempérées, les facteurs qui influent le plus sur la reproduction sont la
température et la photopériode. Contrairement aux rongeurs des zones
tempérées, les rongeurs tropicaux se reproduisent tout au long de l’année. Ces
différence sont importante au point de vue du rôle potentiel de réservoirs de
maladies qu’ont ces animaux, car les espéces qui se reproduisent uniformément
tout au long de l’année sont moins sujettes aux épizooties qu’une population qui
s’accroit pendant des périodes relativement brèves d’un nombre subtantiel de
jeunes.
La repartition spatiale varie selon le biotope auquel appartient une population de
rongeur. Par aileurs, les différentes techniques de piégeage pour l’estimation des
populations reposent toutes sur le même principe mais leur application demande
une certaine souplesse. Les études sur la reproduction des rongeurs doivent donc
tenir compte des cycles environnementaux naturels ou de leur absence sur les
territoires étudiés.
Du fait que l’habitat humain modifie l’environnement naturel, les différences sur
la répartition spaciale, sont moins remarquées dans les populations de rongeurs
qui vivent en étroite association avec l’homme. Aussi est-il en général plus
facile de comparer des populations de rongeurs vivant dans des zones urbaines
différentes représentant des écosystèmes variés que des populations vivant dans
d’autres biotopes.
DESTRUCTION ET CONTRÔLE DES RONGEURS
DOMESTIQUES
I. Intérêt du contrôle des populations de rongeurs
Intérêt sur le plan de l’hygiène :
- La lutte contre les rats et les souris est une règle de base en matière
d'hygiène et de prophylaxie des maladies ;
- La lutte contre les nuisibles est une disposition des règlements sanitaires
nationaux établie par les autorités publiques ;
- Les rongeurs domestiques sont à la fois des réservoirs de virus et des
transmetteurs de maladies pour l'homme et certains animaux.
- La transmission s'effectue par l'intermédiaire de leurs déjections, de leurs
morsures et des parasites qu'ils hébergent.
Intérêt sur le plan économique :
Les murinés domestiques apparaissent comme étant les animaux qui vont causer
les préjudices matériels les plus importants par leur voracité, leur nombre, leur
fécondité, tant vis à vis des denrées alimentaires destinées à la consommation de
l'homme, que des installations.
Exemple :
Une étude a montré qu'un surmulot qui mangeait globalement une quantité
équivalente à 20 à 25 g de grains en rendait, en fait impropres à la
consommation, 300 g sous forme de grains partiellement attaqués. Sans tenir
compte les dégâts causés par les souillures des poils et déjections.
II. Principe de la lutte contre les rongeurs domestiques
La lutte contre les rats et les souris revient à faire baisser la densité de la
population murine en agissant artificiellement sur plusieurs facteurs de
développement :
- augmentation de la mortalité par l'utilisation de moyens de destruction (c'est la
lutte offensive). L'emploi de chimio-stérilisants a également été essayé pour
faire baisser la fécondité.
- contrôle des conditions extérieures (abri, couvert, nourriture), c'est la lutte
défensive (rat-proofing).
II.1. Emploi de substances toxiques (lutte offensive)
Raticides : Généralités
Par raticides, on entend les substances toxiques destinées à la destruction des
rats commensaux.
Le terme rodenticide est plus général. Il désigne les substances toxiques
employées pour empoisonnement des rongeurs commensaux ou non.
Les raticides sont incorporés soit à des appâts, soit à des poudres appelées
poisons de piste. Les qualités à exiger d'un raticide sont les suivantes :
- être accepté facilement à la dose d'utilisation préconisée,
- ne pas provoquer une mort trop rapide et spectaculaire (cris et convulsions) de
façon à ne pas éveiller la méfiance des rats et amener l'arrêt des consommations,
- permettre une préparation facile et sans danger des appâts empoisonnés et une
bonne conservation de ceux-ci,
- être peu toxique pour l'homme et les animaux autres que les rongeurs,
- être assez rapidement transformé dans l'organisme des rats en substances non
toxiques, afin de ne pas risquer de provoquer d'empoisonnements secondaires
(lorsque les cadavres sont dévorés par les animaux domestiques par exemple).
On distingue deux catégories de raticides : ceux à effet rapide et ceux à effet
différé.
Raticides à effet rapide
Les raticides à effet rapide sont capables d'intoxiquer mortellement les rats dès
la
Première ingestion. Depuis la découverte des raticides anticoagulants leur
emploi a considérablement diminué.
Citons pour mémoire la strychnine, la scille, le phosphure de zinc, les sels de
Thallium, l'anhydride arsénieux, l'antu, la crimidine, la chloralose.
Tous ces poisons "aigus" présentent en commun deux inconvénients majeurs :
- ils sont mal acceptés et les rongeurs ayant ingéré les doses insuffisantes pour
les tuer refusent ensuite de consommer les appâts.
- ce sont, dans leur quasi-totalité, des poisons du système nerveux central,
provoquant des convulsions. Ces manifestations nerveuses font que les rongeurs
n'ayant pas encore touché aux appâts font la relation entre ces derniers et les
convulsions et cris de leurs congénères, et évitent de consommer.
Ainsi, le succès d'une dératisation au moyen de ces produits ne dépasse que
rarement 60 à 70 % de mortalité dans la population visée, ce qui est nettement
insuffisant.
En outre, il s'agit, pour certains d'entre eux, de produits biologiquement stables
(strychnine, phosphure de zinc, crimidine, anhydride arsenieux) pouvant être à
l'origine d'empoisonnements secondaires chez des animaux domestiques (chien,
chat) ou des prédateurs (mammifères ou oiseaux) consommant des rongeurs
intoxiqués.
Raticides à effet différé :
Les raticides à effet différé n'intoxiquent mortellement les rats qu'à la suite
d'ingestions répétées.
Les raticides à effet différé sont tous des raticides anticoagulants, ainsi appelés
parce que leur action toxicologique principale (mais non unique) est d'inhiber le
mécanisme complexe de la coagulation du sang. On peut les qualifier d'anti
vitamine K car ils empêchent la vitamine K de jouer son rôle dans ce
mécanisme.
Ces raticides appartiennent à deux groupes :
- les dérivés de la 4-Hydroxycoumarine
Exemple : coumafène, coumachlore, difénacoum bromadiolone
- les dérivés de la 1-3-Indanedione
Exemple : diphacicone, chlorophacinone
A partir de 1950, où a été mis sur le marché le coumafène, les raticides
classiques ont été progressivement remplacés, puis totalement supplantés par les
anticoagulants. A ceci plusieurs raisons :
- aux doses d'utilisation préconisées, ces substances ne sont pas détectées par les
rats qui, jusqu'à l'apparition des effets de l'intoxication, continuent à consommer
les appâts ;
- aucune manifestation de prévention envers les appâts, probablement en r a i
son de la mort paisible des rongeurs intoxiqués ;
- disparition de la nécessité de l'appâtage préalable, en corollaire des deux
raisons précédentes ;
- efficacité pratique très élevée, au moins égale à 90 % et très souvent
supérieure ;
- les anticoagulants sont actifs à la fois contre le rat et le surmulot ;
- les risques d'accident sur animaux domestiques sont bien moindres qu'avec les
raticides classiques. Cependant, des précautions sérieuses doivent être prises vis-
à-vis des porcs en premier lieu, des chiens et des chats en second lieu. Les
oiseaux sont, dans l'ensemble, relativement résistants aux anticoagulants.
Avec ce type de raticides, on ne cherche plus à intoxiquer mortellement les rats
dès la première ingestion. C'est leur remarquable propriété d'accumulation qui
conduit à une mort retardée.
L'inconvénient majeur des raticides anticoagulants est la durée des dératisations
faites par eux : 2 semaines avec le surmulot, 3 semaines avec le rat noir. Ceci
peut être une gêne sérieuse lorsqu'il y a menacé d'épidémies nécessitant une
action rapide.
Il est à noter des cas de résistance aux anticoagulants qui peuvent faire craindre
leur abandon à plus ou moins longue échéance, qui pourraient amener de
nouveau les recherches à s'orienter vers des raticides à effet rapide.
II.1.1. Utilisation des appâts empoisonnés
Ainsi qu'il a été dit plus haut, les raticides servent à empoisonner des appâts et
des poudres de piste.
II.1.1.1. Comportement des rats
L'utilisation d'appâts empoisonnés nécessite une bonne connaissance du
comportement des rats.
Trois comportements sont essentiels à connaître :
- la néophobie
- la défiance
- la prévention
Néophobie :
Les rats vivent sur un certain territoire en utilisant des pistes marquées.
Comme leur activité est essentiellement nocturne, c'est l'olfaction et les
sensations tactiles perçues par leurs moustaches qui jouent le rôle principal dans
la connaissance des lieux. Aussi, quand un changement intervient, se déclenche
alors la néophobie : supposons une piste longeant un bas de mur ; si on y place
un obstacle (brique, sac, caisse), le rat, en arrivant là, perçoit une sensation
inhabituelle qui interrompt la suite des sensations connues ; il rebroussera
chemin et empruntera une autre piste. Cependant, il reviendra au même endroit
et le jour où la présence de l'obstacle sera devenue coutumière, il contournera ou
escaladera celui-ci et réutilisera la piste comme avant.
Défiance / Aversion :
La défiance a son origine principale dans la sensation gustative. Si à la
nourriture habituelle des rats on ajoute une substance toxique ou non, la
présence de celle-ci sera détectée quand elle atteindra une certaine
concentration, qualifiée de seuil de perception ; cela entraîne une baisse de la
consommation qui pourra aller jusqu'au refus total quand la concentration aura
atteint un niveau plus élevé, dit seuil de refus.
Prévention :
La prévention est le comportement qui conduit les rats d'une population à ne
plus toucher aux appâts empoisonnés à partir du moment où des individus de
cette population ont été intoxiqués, mortellement ou non. Ce comportement est
d'autant plus marqué que le poison utilisé provoque une mort violente
accompagnée d'agitation et de cris (raticides à effet rapide) de sorte à suscité la
méfiance des congénères.
II.1.1.2. Choix et mise en place des appâts
Deux méthodes sont en opposition :
- Les appâts sont constitués par une des nourritures habituelles des rats de
la population en cause ;
- Les appâts sont constitués par une nourriture nouvelle.
En l'état actuel des connaissances la meilleure des solutions consiste à retenir
comme appâts des céréales ou des produits dérivés d'elles car ils constituent une
vraie nourriture et de vérifier par un essai préalable limité que les appâts offerts
sont convenables.
II.1.1.3. Mise en place des appâts
La mise en place des appâts est régie par une règle simple : les appâts doivent
être placés sur les pistes, entre les sources habituelles de nourriture et l'abri (nid
ou terrier) le plus près possible de celui-ci pour que l'appât puisse rapidement
concurrencer la nourriture coutumière. Toute dératisation doit commencer par
un examen soigneux des lieux qui permettra de localiser les abris, les sources de
nourriture, les pistes les plus fréquentes ; on pourra ensuite placer les appâts
dans les meilleures conditions.
Les appâts seront placés dans des réceptacles divers (boîtes, caisses…) que l'on
protègera contre les animaux domestiques et les intempéries par des moyens
divers : tuiles romaines, poterie, segment de tuyauterie, planchette formant un
couloir. L'inspection des postes sera quotidienne lorsque l'on constate une
consommation régulière. Moisissure dus à la chaleur et à l'humidité imposent un
renouvellement immédiat.
On juge qu'une opération est considérée comme réussie si le taux de destruction
atteint 90 à 95 %.
La lutte offensive ne peut aboutir à une élimination totale de la population
murine ; elle permet seulement de la réduire temporairement à un taux
satisfaisant.
II.1.2. Autres méthodes de lutte offensive
Poisons de piste :
On appelle poison de piste des poudres contenant un raticide que l'on place à
l'entrée des terriers ou sur le passage des rats. Ceux-ci en circulant entraînent de
la poudre sur leurs pattes, leur queue, le poil de leur ventre, .... ; Ils s'intoxiquent
ensuite en se léchant lors de leur "toilette".
Le procédé a un intérêt réel particulièrement pour détruire la souris qui, très
changeante dans la recherche de sa nourriture, ne vient pas toujours aux appâts
même convenablement placés.
Piège :
Divers types de pièges sont utilisés :
- pièges captureurs du type nasse
- pièges destructeurs avec ou sans appât (piège à mâchoires, pièges
assommoirs).
Le piégeage peut être justifié dans certaines circonstances :
- contrôle d'une population murine et de ses ectoparasites en vue de dépister
ou d'évaluer un potentiel épidémiogène (peste ...)
- complément de mesures plus importantes comme l'emploi de gaz ou de
poisons dans le éliminer de petits groupes de rats survivants pour des
raisons impératives.
- lutte spécifique contre les souris.
Les appareils doivent être utilisés en nombre suffisant en vue de capturer le plus
grand nombre de rongeurs dans les délais plus courts.
Le type de piège détermine sa position et son orientation par rapport à la piste.
Gaz toxiques :
Leur utilisation représente un moyen radical pour détruire toutes les espèces de
rongeurs domestiques et également les ectoparasites qu'ils hébergent.
Cependant, ce mode de destruction ne peut être appliqué qu'à des cas bien
particuliers : silos, navires, entrepôts, ateliers, voire terriers si les conditions
d'environnement ne présentent pas de contre-indications particulières.
Les appareils acoustiques (ultra-sons ou "anti-rongeurs électroniques) :
Efficacité difficile à établir - Très onéreux.
Emploi de chimio-stérilisants :
Cette méthode est citée pour mémoire car l'emploi de tels produits n'est pas
autorisé dans plusieurs pays.
Certaines substances utilisées provoquent un arrêt de la formation des cellules
reproductrices chez un sexe ou l'autre, d'autres substances provoquent chez le
mâle une obstruction des canaux déférents.
II.2. Lutte défensive
La lutte défensive a pour but d'éliminer les rats ou d'en éviter l'apparition en
contrôlant les facteurs abris, couvert et nourriture.
II.2.1. Actions sur le facteur abri
Mesures de suppression des gîtes ou refuges à l'intérieur des
habitations ou rat proofing interne :
De telles mesures sont recommandées en raison de leur simplicité et de leur
facilité adaptation aux divers types de construction :
- l'élimination des abris existant sous terre et au niveau du rez-de-chaussée pour
Rattus norvégicus ;
- l'édification de toits en matériaux solides dans les zones rurales, le comblement
des espaces morts dans les doubles-murs et les faux plafonds, les facilités
d'accès pour les combles à des fins d'inspection ou de nettoyage en ce qui
concerne plus particulièrement Rattus rattus.
Vis-à-vis des deux espèces, on pratiquera la destruction systématique d'abris
provisoires créés par l'accumulation de matériaux divers, de stocks de
combustibles ou de marchandises en vrac.
Méthodes d'exclusion ou rat-proofing externe :
Les méthodes d'exclusion ou rat-proofing externe ont pour but de séparer le rat
de l'homme en lui rendant impossible l'accès des maisons d'habitation comme
celui de bâtiments que l'on veut protéger. En conséquence, il suffit de bien
connaître les mœurs des rats et d'apprécier les limites de leurs possibilités pour
réaliser ces types de constructions.
Ces données ont été résumées comme suit :
a) Les rats peuvent grimper :
- à l'intérieur de tuyaux ou conduits verticaux d'un diamètre de 2 cm à 10 cm
- à l'extérieur de tuyaux ou conduits verticaux d'un diamètre de 7,5 cm
- à l'extérieur de tuyaux verticaux de n'importe quel diamètre si ceux-ci
pénètrent de 7,5 cm dans une paroi.
b) Les rats rampent sur n'importe quel conduit placé horizontalement.
c) Les rats peuvent atteindre verticalement 0,80 cm et horizontalement 1,20 m
en sautant à partir d'une surface plane. Ils sautent au moins à 2,45 m de distance
s'ils prennent leur départ à 4,50 m au-dessus du point final. Ils peuvent faire une
chute de 15 m sans se tuer.
d) Les rats peuvent atteindre 0,37 m en grimpant, mais au-delà ils ne peuvent
progresser le long des murs recouverts d'un enduit lisse. La pose d'une bande
métallique lisse de 0,40 m de hauteur sur une paroi verticale leur interdit de
dépasser cette hauteur.
e) Un grillage à maille de 1 cm au plus n'est pas traversé par les rats même
jeunes : par contre, ceux-ci s'aideront de tels grillages par grimper verticalement
ou horizontalement.
f) Une couche de béton bien fait, épais de 10 cm, arrête les rats mais un
aggloméré non compact à liant de faible qualité est sans effet quelle que soit son
épaisseur.
g) Le cuivre en faible épaisseur, le plomb et l'étain ne résistent pas aux rats.
h) Les rats creusent leurs terriers de refuge à partir de la surface horizontale du
sol, ne circulent pas à plus de 40 cm. Toutefois, s'ils sont conduits dans leurs
fouilles par une couche de béton, ils peuvent descendre plus bas.
i) Les rats creusent des galeries pour sortir du réseau du tout-à-l'égout de sous
le sol vers l'extérieur.
A partir de ces données, il a été possible d'établir des modes de construction et
des dispositifs mettant les locaux à l'abri des rats.
Sans aucun doute, c'est dès la construction qu'il s'agit de penser aux rats en
évitant les espaces vides, en bétonnant les sous-sols, en proscrivant les
matériaux trop facilement attaquables, en isolant par des siphons et des grilles le
système d'égout, etc ...
Mais quand on a affaire à des bâtiments anciens qu'il semble impossible de
rendre à l'épreuve des rats, il faut, néanmoins, réaliser tout ce que l'on peut faire
car la suppression d'une source de nourriture, l'enlèvement d'un tas de vieux
matériaux, la fermeture d'une voie de circulation etc ... a souvent une
répercussion plus importante qu'espérée.
II.2.2. Action sur le facteur couvert
Il faut rendre difficile sinon impossible la circulation des rats à couvert en
supprimant les sources de couvert dans leur cheminement. Ceci implique de
l'ordre, de la propreté, des mesures d'entretien, des aménagements particuliers.
RAT PROOFING D’UN PAVILLON
II.2.3. Action sur le facteur nourriture
La réduction des quantités de nourriture disponible exerce une action directe sur
la densité murine. Elle détermine obligatoirement parmi les rongeurs un
phénomène de compétition se traduisant par un abaissement rapide du nombre
de rongeurs.
La mesure principale consiste à mettre hors d'atteinte de ceux-ci d'une part les
produits destinés à l'alimentation des hommes et des animaux, d'autre part les
déchets de cuisine et les détritus ménagers.
Il s'agit donc de mesures de protection des réserves alimentaires dans le premier
cas, de collecte, d'évacuation et de traitement des déchets dans le second.
Il est impératif que des mesures de défense soient appliquées parallèlement aux
actions offensives, sinon la densité de population retrouvera son taux initial.
Mais la lutte offensive doit toujours précéder les mesures de salubrité afin
d'éviter une migration importante des rongeurs vers des secteurs non infestés.
III. Evaluations du degré d’infestation ou activité des rongeurs
Les évaluations du degré d’infestation ou activité des rongeurs sont utiles, car
elles peuvent se comparer aux mêmes mesures après traitement en vue d’estimer
la réussite d’un traitement. Cette évaluation peut être faite à partir de la méthode
des carreaux de suivi encré ou en observant la consommation de vivres sur un
certain nombre de site d’appâtage, en dénombrant des terriers actifs se trouvant
dans la zone à traiter, le nombre des rongeurs capturés vivants et libérer, en
appréciant la réduction de dégâts sur les sites à protéger. Toutefois en règle
simple, le tableau ci à après permet d’avoir une estimation du nombre de
rongeurs potentiellement présent au sein d’une habitation.
Exemples de voies d’accès des rats dans les habitations