L’oiseau enchanté
IL était une fois, une reine dont le plus grand plaisir était d’avoir une enfant.
Chaque jour, elle pleurait sa solitude. Un jour, une fée de l’hiver exauça son vœu.
A Noêl naquit une fille d’une beauté éclatante : Rosaldine. La reine comblée
devint possessive, refusant de se séparer de son enfant. Le jour du baptême, une
vieille fée s’approcha du berceau.
-J’apporte un message de la reine des fées, dit-elle. Cette petite est des nôtres.
Elle doit repartir avec moi. Tu savais qu’elle est née d’un peu de poudre
magique ; le jour est venu de la restituer.
Je te laisse le choix. Elle partira aujourd’hui et elle sera heureuse avec la reine
des fées. Sinon, tu la garderas jusqu’à son dix-huitième anniversaire. Ce jour-là,
elle te quittera à jamais.
- Je choisis la seconde solution, répliqua la reine, en pleurs.
En grandissant, la princesse devint une très jolie petite fille pleine de joie.
Toutefois, la reine était dévorée par la peur. Sa bouche ne sut bientôt plus sourire,
et son front se creusa de rides.
Un jour, la reine quémanda l’aide d’une fée punie. Celle-ci lui tendit une potion
magique :
-Donnez-en trois gouttes à la princesse. La vieille ne viendra plus vous
importuner.
La reine rentra au château, le cœur léger pour la première fois depuis le
baptême.
Le troisième soir, la princesse s’étrangla en buvant la potion et se transforma en
magnifique oiseau. La reine fit entrer la bête dans une cage dorée et poussa un
soupir de soulagement.
Tout à coup, aux quatre coins du royaume, la lumière s’évanouit. Les habitants
furent plongés dans un éternel hiver qui rendit la terre inféconde (...)
Des princes cupides affluèrent pour libérer la princesse : on racontait qu’il y
avait une cage si précieuse et que celle-ci renfermait un oiseau au chant si beau
que du ciel il faisait choir des pièces d’or. La reine veillait sur la cage et afin que
nul ne lui dérobe son bien précieux et riait de voir périr les princes car l’effroi lui a
fait perdre la raison.
Au bout de quelques années, le fils d’un bûcheron, plein de bonté d’âme,
franchit les buissons, gravit les montagnes, et s’introduisit au château, pour
écouter le chant suave de l’oiseau, malgré les avertissements du garde
A cet instant, la princesse atteignit ses dix huitièmes années ; elle entonna son
chant le plus triste car elle pleurait son enfance et sa liberté perdues. Quand le
fils du bucheron découvrit l’oiseau en cage, son cœur se serra. De la cage, il ne
vit pas l’or mais seulement l’oiseau. Il tendit la main vers la porte. L’oiseau était
libre. Aussitôt, il se transforma en belle jeune fille, couronnée d’un diadème
d’étoiles argentées.
Toutes les bêtes regagnèrent le royaume et les blés et les fleurs surgirent du sol
jadis ingrat.
Sous l’œil vigilant de la reine des fées, la princesse épousa le fils du bûcheron ; la
joie du couple était si grande que la magie se répandait à nouveau dans le
royaume. A l’exception de la reine qui avait disparu. A sa place, on retrouva un
oiseau très laid dont le cri glaçait le sang de quiconque l’entendait. On le chassa
du pays et il s’envola vers une forêt lointaine, où il fut tué.
-Le jardin des secrets-
“ K.Morton”