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La "refiscalisation" du secteur agricole au Maroc, illusion ou réalité?
Messaoudi-Mattei, Imane
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MESSAOUDI-MATTEI, Imane. La ‘refiscalisation’ du secteur agricole au Maroc, illusion ou réalité? In:
Critique économique, 2017, n° 36, p. 75–94.
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Critique économique Critique économique
Dix-huitième année • Eté-automne 2017
❑❑ Les déterminants de la qualité de l’éducation préscolaire : analyse microéconomique
Aomar Ibourk et Salah Eddine Taha
❑❑ Hétérogénéité des âges des élèves et défaillances organiques de l’éducation :
centralisation normale et modélisation à partir des données TIMSS-2011
Yassine Karim et Saad-Ellah Berhili
❑❑ Education, inégalités et croissance économique dans les pays en développement :
une analyse en données de panel
Hicham Goumrhar et Safae Akodad
❑❑ Crises de la dette et dépendance extérieure
Adam Barbe
❑❑ La « refiscalisation » du secteur agricole au Maroc : illusion ou réalité ?
Imane Messaoudi
❑❑ Systèmes nationaux d’innovation du Sud, politiques d’innovation et
développement économique
Vanessa Casadella et Dimitri Uzunidis
❑❑ La Modernité d’un point de vue de l’histoire mondiale
Critique économique
Abdesselam Cheddadi
❑❑ Regards sur le Rif occidental : un bref état des lieux dans les années 60
Grigori Lazarev
❑❑ À propos d’une Histoire du Maroc : l’espace et le temps
Daniel Nordman
❑❑ Relire les Interviews posthumes de Mohamed El Faiz
Grigori Lazarev
❑❑ La Société hyper-industrielle : le nouveau capitalisme productif de Pierre Veltz
Michel Hollard
❑❑ Blog-Notes
Noureddine El Aoufi
36 36
Dix-huitième année • Eté-automne 2017 • 50 Dh
Critique économique Critique économique
Rédaction
Revue trimestrielle 1, rue Hamza, Agdal, Rabat, Maroc • Tél. : (212) (0) 661 22 72 21
E-mail : [Link]@[Link]
L’équipe Directeur Note aux auteurs
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– Article : 40 à 60 000 signes (notes et bibliographie comprises).
Comité de rédaction – Notes de lecture : environ 3 000 signes.
Texte courant
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Université Hassan II de Casablanca – Police : Garamond, corps 12, interligne simple, justifié.
– Retrait de 1,25 pour la première ligne de paragraphe.
([Link]@[Link])
Titres
Najib Akesbi – Premier titre (corps 12, gras, sans retrait).
Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II, Rabat – Deuxième titre (corps 12, gras, retrait).
([Link]@[Link]) – Troisième titre (corps 12, gras italique, retrait).
Nadia Benabdeljlil Références
Université Mohammed V de Rabat – Citations (auteur, ou auteur et auteur, ou auteur et al., année de publication).
(nadiab@[Link]) – Notes de bas de page (corps 10, interligne simple, justifié).
Bibliographie
Noureddine El Aoufi
– Aglietta M. (1976), Régulation et crise du capitalisme, Calmann-Lévy, Paris.
Université Mohammed V de Rabat
– Alchian A., Demsetz H. (1972), « Production,Information Costs and Economic Organization »,
([Link]@[Link]) American Economic Review, 62, p. 777-795.
Saïd Hanchane Soumission
Ecole de Gouvernance et d’Economie de Rabat – Les articles reçus sont soumis à deux référés anonymes. Les notes de lecture sont
([Link]@[Link]) examinées par le comité de rédaction de la revue.
– Les textes sont adressés à la revue au format rtf avec :
Nicolas Moumni • une première page de garde où figurent le titre de l’article, le nom de(s) l’auteur(s),
Université de Picardie Jules Verne, France le résumé,les mots-clés,la classification JEL,l’adresse et les références professionnelles
([Link]@[Link]) de(s) l’auteur(s) ;
Redouane Taouil • une seconde page, anonyme, où ne figure que le titre de l’article, le résumé, les mots-clés
et la classification JEL.
Université de Grenoble Alpes, France
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Ce numéro a été publié avec le concours du ministère de la Culture Dossier de presse : 55/1999 • Dépôt légal : 51/2000 • ISSN : 1114-2790
Ce numéro a été publié avec le concours du ministère de la Culture
Royaume du Maroc
Couverture : Souad Benabdellah
Ministère de la Culture
Royaume du Maroc
Et de l’Office chérifien des phosphates Ministère de la Culture
Et de l’Office chérifien des phosphates
N° 36 • Eté-automne 2017
Critique économique n° 36 • Eté-automne 2017
sommaire
Les déterminants de la qualité de l’éducation préscolaire : analyse
microéconomique
Aomar Ibourk et Salah Eddine Taha . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
Hétérogénéité des âges des élèves et défaillances organiques de
l’éducation : centralisation normale et modélisation à partir des données
TIMSS-2011
Yassine Karim et Saad-Ellah Berhili . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
Education, inégalités et croissance économique dans les pays en
développement : une analyse en données de panel
Hicham Goumrhar et Safae Akodad . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
Crises de la dette et dépendance extérieure
Adam Barbe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
La « refiscalisation » du secteur agricole au Maroc : illusion ou réalité ?
Imane Messaoudi . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75
Systèmes nationaux d’innovation du Sud, politiques d’innovation et
développement économique
Vanessa Casadella et Dimitri Uzunidis . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 95
La Modernité d’un point de vue de l’histoire mondiale
Abdesselam Cheddadi . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 115
Regards sur le Rif occidental : un bref état des lieux dans les années 60
Grigori Lazarev . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 129
Revue de livres
À propos d’une Histoire du Maroc : l’espace et le temps
Daniel Nordman . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 157
Relire les Interviews posthumes de Mohamed El Faiz
Grigori Lazarev . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 179
La Société hyper-industrielle : le nouveau capitalisme productif, de Pierre
Veltz,
Michel Hollard . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 189
Blog-Notes
Noureddine El Aoufi . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 195
Critique économique n° 36 • Eté-automne 2017 1
C.E. n° 36 intérieur [Link] 1 07/03/2018 18:18
La « refiscalisation »
du secteur agricole au Maroc :
illusion ou réalité ? *
Résumé Imane Messaoudi
Contribuant à la création de richesses au niveau national à l’instar des Doctorante en
géographie humaine à
autres secteurs économiques, le secteur agricole a été fiscalisé depuis la l’université Paris Ouest
période coloniale, d’abord par le biais du tertib, puis via l’impôt agricole dès Nanterre la Défense.
les premières années de l’Indépendance. (messaoudi@[Link])
* Cet article puise son
Après une défiscalisation trentenaire latente, amorcée depuis la mise en
contenu dans le travail de
place de cet impôt pendant les années 60 et « déclarée » officiellement en fin d’études qui s’intitule
1984, l’heure est au retour à l’impôt. Fiscalisation du secteur
agricole au Maroc : état
Une nouvelle décision de « refiscalisation partielle et progressive » du secteur des lieux et perspectives
a été annoncée lors du discours du roi Mohammed VI à l’occasion de la fête (sous la direction de
Najib Akesbi), soutenu
du Trône du 30 juillet 2013. Cette décision s’est traduite par la mise en place
le 31 juillet 2014. Il
d’un système d’imposition avec un seul et unique critère d’imposition : le est consultable au
chiffre d’affaires. Désormais, toute exploitation agricole réalisant un chiffre Fonds Paul Pascon
d’affaires supérieur ou égal à 5 millions de dirhams sera imposable. (Département des
Sciences humaines,
Néanmoins, ce critère d’imposition reflète faiblement les capacités IAV Hassan II, Rabat) et
sur demande auprès
contributives réelles des contribuables concernés : il s’agit d’un critère
de l’auteure (ime.
indifférent quant aux caractéristiques propres de chaque système de messaoudi@[Link]).
production. Ni la nature de l’activité, ni sa rentabilité, ni la place stratégique
qu’elle occupe dans le développement du pays, ni encore moins le rôle
qu’elle joue dans la préservation des ressources naturelles ne sont pris en
compte.
L’examen du nouveau système d’imposition conçu actuellement pour le
secteur agricole permet d’avancer qu’il s’agit d’un système qui se condamne
à rester très marginal et qui ne respecte ni le principe d’équité fiscale, ni
celui de l’efficacité budgétaire et encore moins la citoyenneté et le civisme
fiscal. Les résultats des deux premières années d’imposition soutiennent
cette conclusion et témoignent qu’aujourd’hui nous nous retrouvons face à
une défiscalisation généralisée et que la « refiscalisation » n’a été finalement
qu’une illusion.
Mots-clés : Agriculture, fiscalité agricole, défiscalisation, refiscalisation,
chiffre d’affaires, équité, efficacité.
Critique économique n° 36 • Eté-automne 2017 75
C.E. n° 36 intérieur [Link] 75 07/03/2018 18:19
Imane Messaoudi
Introduction
[Une fiscalité agricole ayant vu le jour pendant l’ère coloniale…]
Depuis plusieurs siècles, un peu partout dans le monde, l’impôt a
véritablement permis à l’Etat de se procurer des ressources et d’être reconnu
par le biais de cette autorité imposée. L’émergence de l’Etat en tant que
« puissance publique » a été intimement liée à celle de l’impôt. C’est que
pour assurer tout au moins ses principales fonctions régaliennes, l’Etat
devait prélever une partie du surplus économique créé par les activités
économiques : activités agricoles, pêche, artisanat, commerce, plus tard
activités industrielles, services, finances…
Le Maroc, ayant été dans le passé principalement rural et agraire, a été
caractérisé par une fiscalité agricole ayant connu une évolution en trois
principales étapes :
– d’abord l’instauration du tertib (un impôt sur les récoltes et le bétail)
au début de l’ère coloniale en 1915, après plusieurs tentatives qui avaient
échoué au 19e siècle ;
– ensuite, la suppression du tertib au lendemain de l’indépendance et
son remplacement par l’impôt agricole (IA) en 1961 ;
– enfin, la décision royale d’exonérer le secteur agricole de l’impôt sur les
bénéfices et revenus agricoles, à partir de 1984.
Le tertib fut le premier impôt d’Etat dans le pays. Deux fonctions
principales lui avaient été assignées : une fonction politico-militaire et une
fonction financière.
En effet, d’une part, le tertib était un indicateur de la présence de
(1) El Khyari T. (1987), l’Etat dans l’ensemble des régions du Maroc. Son paiement était le signe
Agriculture au Maroc, de la soumission des populations à l’occupation coloniale (1). D’autre
thèse de doctorat, Editions
Okad, Mohammedia, part, ce premier impôt a participé dans une large mesure au financement
Maroc. du budget de l’Etat, et particulièrement au financement de l’installation
(2) Ministère de des infrastructures de colonisation. Vers la fin de la période coloniale, le
l’Economie et des tertib représentait 12 % des recettes fiscales et 38 % des recettes des impôts
Finances (1960), Tableaux
économiques du Maroc,
directs (2).
1915-1959, Rabat, Maroc. Cependant, malgré les recettes financières non négligeables qu’il a pu
(3) Akesbi N. (2000), procurer à l’Etat et au-delà du fait qu’il a permis de dresser un premier
« Historique de la fiscalité inventaire des richesses du pays et de dénombrer exactement sa population,
agricole au Maroc : entre le bilan du tertib était négatif (3). C’était en effet un impôt impopulaire,
le virtuel et le réel, quel
bilan ? Quel avenir ? »,
injuste du point de vue social (imposant principalement la paysannerie
atelier sur la fiscalité marocaine) et néfaste du point de vue économique (étant un impôt réel assis
agricole, le 19 mai 2000, sur le revenu brut agricole quel que soit son montant et sa source) dans la
Rabat, Maroc.
mesure où il encourageait la sous-exploitation des terres agricoles (4).
(4) Lebel R. (1925), Par conséquent, dans le but de s’allier la paysannerie marocaine, les
l’Impôt agricole au Maroc :
le tertib, Edition Larose, premières années de l’indépendance ont été marquées par la suppression
Paris, France. du tertib et son remplacement par l’impôt agricole, une décision exonérant
76 Critique économique n° 36 • Eté-automne 2017
C.E. n° 36 intérieur [Link] 76 07/03/2018 18:19
La « refiscalisation » du secteur agricole au Maroc : illusion ou réalité ?
de tout impôt 90 % des agriculteurs soumis précédemment au tertib (5). (5) Levau R. (1976), le
Ce nouvel impôt, fondé sur la notion de « revenu virtuel », paraissait Fellah marocain, défenseur
du trône, Presses de la
théoriquement intéressant. Néanmoins, il était loin d’être neutre vis-à-vis Fondation nationale
des cultures. L’impôt agricole était un instrument de la politique agricole en des sciences politiques,
1re édition, Paris, France.
vigueur, accordant notamment des avantages aux cultures d’exportation. De
cette manière, il ne puisait point ses ressources au niveau des composantes
de l’assiette fiscale les plus dynamiques et les plus génératrices de surplus. Par
conséquent, son rendement demeurait médiocre. Au tournant des années 80,
l’impôt agricole se consumait, sa part de recettes ne représentant plus que
moins de 0,5 % des recettes fiscales totales (6). Une défiscalisation pouvant (6) Akesbi N. (1980),
être qualifiée de « partielle » avait donc été amorcée dès l’instauration de Impôt agricole, surplus et
dépendance alimentaire au
l’impôt agricole en 1961. Ce dernier avait connu une mort lente. Ayant été Maroc, doc ronéo, Institut
suspendu en 1981 à la suite d’une période de sécheresse persistante, l’impôt agronomique et vétérinaire
agricole commençait à dépérir petit à petit avant d’être totalement supprimé Hassan II, Rabat, Maroc.
trois années plus tard, en 1984. La décision royale d’exonérer « jusqu’au
31 décembre 2000 de tout impôt direct présent ou futur les revenus
agricoles relevant de l’impôt agricole (7) » fut reconduite à deux reprises, et (7) Dahir portant loi
l’exonération s’étala sur trois décennies. n° 1-84-46 du 21 mars
1984 exonérant de
Si cette défiscalisation se justifiait par la fragilité du monde rural et visait tout impôt les revenus
à développer et à promouvoir le secteur agricole, qu’en est-il aujourd’hui ? agricoles, B.O. n° 3727 du
Cet article dressera, dans une première partie, le bilan de cette expérience de 4-4-1984.
défiscalisation de l’agriculture au Maroc.
Aujourd’hui, l’heure est dite à la « refiscalisation » du secteur agricole.
A la veille de la fin de l’échéance de l’exonération de l’agriculture, une
nouvelle décision royale de réintégrer l’agriculture dans le système fiscal
sonna comme une note d’orientation générale du gouvernement. La mesure
ayant été inscrite dans la loi de finances 2014, le présent article se focalisera,
dans une deuxième partie, sur l’examen et l’évaluation du nouveau système
d’imposition. Prévu pour être progressivement mis en place au cours de
la période 2014-2020, le système repose sur un seul et unique critère
d’imposition : le chiffre d’affaires. Est-ce là un système instaurant équité et
efficacité fiscales ? La « refiscalisation » du secteur agricole est-elle à présent
une réalité ou n’est-ce qu’une illusion ?
1. L’expérience de défiscalisation du secteur agricole au Maroc
[... qui a disparu durant trois décennies…]
L’exonération des revenus et bénéfices agricoles de tout impôt a
été une conséquence naturelle d’un mouvement engagé depuis 1961.
Il n’était question que de l’officialisation d’une tendance lourde. Cette
défiscalisation eut lieu dans un contexte historique bien particulier où
l’agriculture marocaine se portait mal. Elle s’affichait comme étant propice
Critique économique n° 36 • Eté-automne 2017 77
C.E. n° 36 intérieur [Link] 77 07/03/2018 18:19
Imane Messaoudi
au développement agricole et au dépassement de la précarité dans le monde
rural. Aujourd’hui, une trentaine d’années plus tard, quel bilan de cette
expérience peut-on dresser ?
1.1. Un régime d’exonération mis en place dans un contexte où
l’agriculture marocaine se porte mal…
Au tournant des années 80, l’économie marocaine connaît une crise
majeure. Surendettement, déficits budgétaires et commerciaux, pénurie des
réserves de devises… Tous ces éléments témoignent de l’échec du modèle de
développement entrepris par le Maroc quelques années auparavant.
Par ailleurs, le secteur agricole se portait mal, et les sécheresses
successives qu’avait connues le pays ne faisaient qu’aggraver la situation.
Les politiques menées auparavant, notamment celle qui est connue sous le
nom de « politique des barrages », commençaient à être remises en question.
Certes, la « politique du million d’hectares irrigués », engagée au milieu des
années soixante, avait permis d’édifier une vingtaine d’ouvrages de grande
(8) Akesbi N., Benatya D., hydraulique et d’équiper près de 300 000 hectares de terres agricoles (8).
El Aoufi N. (2008), Néanmoins, elle est restée sélective et polarisée, marginalisant l’agriculture
l’Agriculture marocaine à
l’épreuve de la libéralisation, en petite et moyenne hydraulique (PMH) et l’agriculture pluviale (9). Les
Economie critique, Rabat, disparités du monde rural se sont retrouvées, de ce fait, accentuées. Par
Maroc. ailleurs, et en plus de l’aspect dual dans lequel l’agriculture marocaine se
(9) Lazarev G. (2012), les retrouvait encore plus ancrée, la production agricole n’a généralement pas
Politiques agraires au Maroc
1956-2006, un témoignage été améliorée, et la dépendance alimentaire est devenue de plus en plus
engagé, Economie critique, importante au fil des années (10).
Rabat, Maroc. Cette époque a aussi été caractérisée par une forte instabilité sociopolitique.
(10) Akesbi N., Nous sommes presque au milieu des « années de plomb ». Les « émeutes de la
Benatya D., El Aoufi N.
(2008), op. cit. faim » au mois de juin 1981 à la suite de la décision d’augmentation des prix
des produits de base avaient été une nouvelle secousse menaçant le système
politique. Les années qui suivirent avaient été marquées par la sécheresse.
(11) Bennani Chraïbi M.
Sur le plan politique, la situation était donc objectivement incertaine dans
et Jeghlaly M. (2012), « La les campagnes. Les nouvelles secousses du mois de janvier 1984 vont tirer
dynamique protestataire au la sonnette d’alarme, car cette fois-ci les révoltes n’étaient plus seulement
Maroc », Revue française des
sciences politiques, vol. 62. concentrées dans les grandes agglomérations urbaines; elles touchèrent aussi
p. 867 à 883. le monde rural (11).
(12) Dahir portant loi C’est dans ce contexte économique et sociopolitique qu’il faudrait
n° 1-84-46 du 21 mars situer la décision d’exonérer fiscalement le secteur agricole. De ce fait, le
1984, doc. cit.
roi Hassan II décida en 1984 de prendre la mesure radicale d’exonérer
(13) Akesbi N. (2013),
« Quelle influence du
« jusqu’au 31 décembre de l’an 2000, de tout impôt direct présent ou futur
parlement sur la décision les revenus agricoles relevant de l’impôt agricole (12) ». Cette décision fut
fiscale ? », Revue marocaine prise en dehors de toute institution législative, « le pays vivant une période
d’audit et de développement
(REMA), n° 36, Rabat, de vacances du pouvoir législatif (13) ». Elle sera reconduite à deux reprises,
Maroc. en 2000 et en 2010.
78 Critique économique n° 36 • Eté-automne 2017
C.E. n° 36 intérieur [Link] 78 07/03/2018 18:19
La « refiscalisation » du secteur agricole au Maroc : illusion ou réalité ?
1.2. Un régime d’exonération s’affichant propice au développement
du secteur agricole…
Exonérer l’agriculture marocaine de l’impôt agricole avait pour but de
promouvoir et de développer le secteur. C’est dans ce sens que plusieurs
objectifs d’ordre économique et social ont été mis sur le devant de la scène,
justifiant ainsi la défiscalisation et faisant d’elle un instrument crucial
permettant de valoriser les atouts de l’agriculture marocaine et de dépasser les
différentes contraintes qui s’opposent à son développement.
Les objectifs économiques qui ont été assignés à la défiscalisation de
l’agriculture sont nombreux. Il était notamment question de promouvoir les
investissements privés dans le secteur agricole et d’accroître sa compétitivité
afin d’améliorer le niveau des exportations agricoles et d’équilibrer la balance
agroalimentaire. Ces objectifs interdépendants les uns avec les autres devaient
amener non seulement à la croissance du secteur agricole mais aussi à son (14) Plusieurs articles de
développement à long terme, notamment en les combinant à des objectifs presse appuient et relatent
les objectifs recherchés par
sociaux centrés sur les ressources humaines et cherchant à mettre en place la défiscalisation du secteur
une sécurité alimentaire. La défiscalisation de l’agriculture se voulait donc agricole. Ci-dessous une
être un instrument améliorant le sort des ruraux, modernisant le secteur liste non exhaustive :
– El Asri N. (2000),
agricole et valorisant les ressources humaines du milieu rural (14). « Zones irriguées,
Qu’en est-il maintenant que plus de trois décennies se sont écoulées ? premières concernées par
Dans quelle mesure peut-on considérer que la défiscalisation a porté ses une taxation », la Gazette
du Maroc (hebdomadaire),
fruits en termes de développement du secteur agricole ? Quels ont été ses n° 187, mercredi
impacts ? Et à qui a-t-elle vraiment profité ? 1er novembre 2000.
– El Maleh A. (1999a),
« La fiscalisation entre le
1.3. Un bilan globalement négatif : une défiscalisation “pour” et le “contre” », la
improductive… Gazette du Maroc, n° 107,
mercredi 17 mars 1999.
Aujourd’hui, au vu de l’état de l’agriculture marocaine, on peut – El Maleh A. (1999b),
« Agriculture, le
difficilement soutenir que trois décennies d’exonération fiscale aient produit développement du secteur
les résultats qui en étaient attendus. Plus encore, on ne peut même guère dépend de la fiscalisation »,
considérer l’exonération des revenus et des bénéfices agricoles comme la Gazette du Maroc,
n° 103, mercredi 17 février
élément explicatif du progrès ou du recul du secteur agricole : aucune 1999.
étude n’a pu démontrer l’efficacité d’une telle politique d’incitation sur le – Par ailleurs, depuis
développement du secteur agricole. l’Indépendance, presque
tous les plans ont prévu
De plus, l’évaluation des progrès socio-économiques de l’agriculture un traitement prioritaire
lors des trois dernières décennies met l’accent sur sa fragilité et sur sa forte et une place stratégique
à l’agriculture. C’est
dépendance vis-à-vis des aléas climatiques. On ne pourrait donc, en aucun
notamment le cas du
cas, expliquer ou lier l’évolution de la production et des rendements des plan quinquennal, cf.
principales cultures du pays à l’exonération fiscale des agriculteurs mais Lazarev G. (2012), op. cit.
plutôt aux conditions climatiques. (15) Ces éléments peuvent
Cela nous ramène au fait que sous les objectifs socio-économiques se être tirés notamment de
la lecture des ouvrages :
cachaient d’autres objectifs latents, des objectifs d’ordre politique, qui ont Levau R. (1976) ; Dalle I.
été occultés (15). (2011).
Critique économique n° 36 • Eté-automne 2017 79
C.E. n° 36 intérieur [Link] 79 07/03/2018 18:19
Imane Messaoudi
La défiscalisation devait principalement contribuer au renforcement de
la stabilité du système politique, notamment en réduisant les possibilités
d’extension des mouvements de protestation des villes aux campagnes. Il
était question d’éviter l’émergence de conditions objectivement favorables à
une alliance entre les populations urbaine et rurale. Par ailleurs, il était aussi
question de renforcer l’assise des grands propriétaires agricoles et fonciers.
Cette orientation, combinée au mode opaque de distribution des terres
récupérées, met en évidence le souci principal du pouvoir à l’époque qui
(16) Levau R. (1976). n’était autre que d’assurer la sécurité et la stabilité du système politique (16).
Il s’agit là d’une politique qui a été pervertie, et, comme l’affirme le Rapport
du Cinquantenaire, elle a conduit à faire de la terre agricole un lieu de rente,
de spéculation, voire « d’agrément » dans un pays où les terres cultivables font
cruellement défaut. En effet, à la page 192, on peut lire :
« La terre semble avoir cessé d’être un outil ordinaire de production. Elle
est devenue un objet de spéculation immobilière, due dans une large mesure
à la recherche de placements défiscalisés, une valeur refuge où se pratique
une agriculture spéculative, ou faisant l’objet d’occupations d’agrément, alors
(17) Rapport du même que le Maroc dispose d’une SAU limitée (17). »
Cinquantenaire : le Maroc Par ailleurs, l’exonération du secteur agricole a aussi favorisé la stagnation au
possible , une offre de débat
pour une ambition collective niveau des structures agraires et a davantage ancré le caractère dual du monde
([Link]), Editions rural marocain. A ce niveau, A. Benbrahim soutient l’idée que l’exonération
maghrébines, 2006, fiscale de l’agriculture n’a été d’aucune utilité à la grande majorité des
Casablanca, Maroc.
agriculteurs, surtout pas aux petits fellahs exploitant un lopin de terre. Ces
derniers ne dégagent généralement aucun surplus et encore moins un profit,
et ils ne sont pas, de ce fait, imposables. Contrairement aux petits exploitants,
l’exonération fiscale a profité, et même beaucoup, aux grands propriétaires
terriens. Déjà nantis, ces derniers se sont enrichis en faisant de l’agriculture un
refuge fiscal. Pour toutes ces raisons, conclut Benbrahim, « l’exonération fiscale
de l’agriculture doit figurer de manière très saillante sur la liste des plus mauvaises
(18) Benbrahim A. décisions économiques prises par le Maroc depuis l’indépendance (18) ».
(2007), « L’exonération Ainsi, la défiscalisation du secteur agricole paraît improductive. En tout
fiscale de l’agriculture,
manne ou malédiction ? », cas, aucune étude n’a prouvé qu’une exonération aussi longue et indifférenciée
la Vie économique des revenus agricoles ait produit les effets qui en étaient attendus, notamment
(hebdomadaire), vendredi au niveau des investissements et de la productivité. Il reste que sur le débat
7 décembre 2007,
Casablanca, Maroc. de fond, c’est-à-dire celui mettant en question l’efficacité des politiques
d’incitation à l’investissement, on disposait déjà, au Maroc comme un peu
partout dans le monde, d’enseignements d’une longue expérience. En effet,
dans une décision d’entreprendre ou d’investir, le facteur fiscal en tant
que stimulant (exonération, réduction du taux ou de la base imposable)
n’est pratiquement jamais déterminant. Sa capacité de détermination n’est
guère aussi importante que celle d’autres facteurs autrement plus décisifs :
importance de la demande, coûts des facteurs, infrastructures économiques
et sociales, climat d’investissement, environnement juridique et administratif,
(19) Akesbi N. (2013). qualité des ressources humaines, etc. (19).
80 Critique économique n° 36 • Eté-automne 2017
C.E. n° 36 intérieur [Link] 80 07/03/2018 18:19
La « refiscalisation » du secteur agricole au Maroc : illusion ou réalité ?
2. L’agriculture rattrapée par l’impôt ?
[… avant de faire « timidement » sa réapparition…]
L’exonération temporaire des revenus et bénéfices agricoles, décidée
en 1984, a expiré le 31 décembre 2013, conformément aux dispositions
introduites par la loi de finances pour l’année budgétaire 2014.
Suite au discours royal prononcé lors de la fête du Trône le 30 juillet
2013, et dans le cadre de la mise en œuvre des recommandations issues
des assises nationales sur la fiscalité de 2013, l’article 4 de la loi de finances
n° 110-13 a prévu « le maintien de l’exonération pour les petites et moyennes
exploitations et l’imposition progressive des grandes exploitations agricoles ».
Mais comment pourrait-on définir la petite, la moyenne et la grande
exploitation agricole en l’absence de textes et de références officiels explicites ?
La loi de finances de l’année budgétaire 2014 a apporté une réponse
« indirecte » en ayant recours à un critère unique, celui du chiffre d’affaires,
pour déterminer les exploitations imposables et celles qui ne le seront pas.
La deuxième partie de cet article se propose d’examiner le système de
« refiscalisation » mis en place en rappelant, dans un premier temps, les
principales mesures introduites dans le régime fiscal agricole et en examinant,
dans un second temps, la pertinence du critère d’imposition par rapport aux
principes d’équité et d’efficacité fiscales.
2.1. Un critère d’imposition unique : le chiffre d’affaires
Il a été décidé que toute exploitation agricole réalisant un chiffre d’affaires
supérieur ou égal à 5 millions de dirhams serait désormais imposable (20). (20) Loi de finances
Le retour à l’impôt se veut graduel. La période de mise en œuvre de cette de l’année budgétaire
2014, 31 décembre
« refiscalisation » s’étalera sur six années et sera divisée en phases pour couvrir 2013, Bulletin officiel,
progressivement les exploitations agricoles imposables en fonction de leur 102e année, n° 6217 bis,
chiffre d’affaires : Royaume du Maroc.
– la période biennale 2014-2015 ne sollicite que les exploitations agricoles
réalisant un chiffre d’affaires supérieur ou égal à 35 millions de dirhams ;
– deux années plus tard, en 2016, seront assujetties à l’impôt les
exploitations agricoles réalisant un chiffre d’affaires supérieur ou égal à
20 millions de dirhams ;
– du 1er janvier 2018 jusqu’au 31 décembre 2019, l’aire de taxation sera
étendue au seuil du chiffre d’affaires de 10 millions de dirhams ;
– enfin, à partir du 1er janvier 2020, toutes les exploitations agricoles
réalisant un chiffre d’affaires supérieur ou égal à 5 millions de dirhams seront
imposables. Par contre, celles dont les activités dégagent annuellement moins
de 5 millions de dirhams de chiffre d’affaires (exploitations dites « moyennes »
et « petites ») seront exonérées de manière permanente.
Cette progressivité se traduit aussi par l’application de taux réduits
durant les cinq premiers exercices après retour de l’impôt, aussi bien en
Critique économique n° 36 • Eté-automne 2017 81
C.E. n° 36 intérieur [Link] 81 07/03/2018 18:19
Imane Messaoudi
matière d’impôt sur les sociétés (IS) que d’impôt sur le revenu (IR). En
effet, les personnes morales relevant de l’IS qui deviennent imposables
bénéficient de l’imposition au taux réduit de 17,5 % pendant les cinq
premiers exercices consécutifs, à compter du premier exercice d’imposition,
avant d’être soumises au taux d’imposition normal de 30 %. Les exploitants
agricoles relevant de l’IR qui deviennent imposables bénéficient, à leur tour,
de l’imposition au taux spécifique non libératoire de 20 % pendant les cinq
premiers exercices consécutifs, à compter du premier exercice d’imposition.
Ce n’est qu’après que l’impôt sera calculé suivant le barème progressif
(21) Ministère de appliqué au résultat fiscal obtenu (21).
l’Economie et des A la lumière de ces dispositions fiscales, pouvons-nous avancer que c’est
Finances, Direction
générale des impôts, 2014. la fin du « paradis fiscal » pour les « grands » agriculteurs du pays ? Quels
Note circulaire relative aux agriculteurs sont donc concernés par ce retour de l’impôt ? Est-ce là un
dispositions fiscales de la système d’imposition respectant les principes fondamentaux d’équité et
loi de finances n° 110-13
pour l’année budgétaire d’efficacité fiscales ?
2014, n° 722.
2.2. Une « refiscalisation » ou une « défiscalisation permanente » ?
Examiner le nouveau système de « refiscalisation » proposé passe
nécessairement par l’examen de la pertinence du critère d’imposition retenu :
le chiffre d’affaires.
2.2.1. Contribuables concernés
A partir de statistiques établies par le ministère de l’Agriculture et de la
(22) Ministère de
Pêche maritime, on relève qu’à peine 2 210 exploitations agricoles ont réalisé,
l’Agriculture, du en 2012, un chiffre d’affaires annuel supérieur à 5 millions de dirhams. Ces
Développement rural et de exploitations représentent à peine 0,13 % du total des exploitations agricoles
la Pêche maritime, 1998,
recensées (1 659 660 unités) (22). Ainsi, 99,87 % des exploitations agricoles
Recensement général de
l’agriculture, résultats seraient désormais indéfiniment exonérées.
préliminaires, septembre Cette première répartition nous a amené à nous intéresser aux
1998, Rabat (il s’agit caractéristiques des exploitations agricoles pouvant réaliser un chiffre
du dernier recensement
agricole disponible). d’affaires supérieur ou égal à 5 millions de dirhams. La question de départ
(23) Notre démarche s’est
pour les systèmes de production végétale était la suivante : « Compte tenu
basée sur la catégorisation des différents systèmes de production, des rendements et des prix sur les
des exploitants marchés, combien faudrait-il d’hectares à une exploitation pour atteindre le
agricoles selon leur
niveau de performance
seuil d’imposition de 5 millions de dirhams de chiffre d’affaires ? »
(S1 : très performant ; Pour répondre à la question, nous avons conçu une matrice où nous
S2: moyennement avons éclaté le secteur agricole en différents systèmes de production végétale
performant ; S3 : peu
et où nous avons multiplié les critères de catégorisation des exploitations
performant), en relation
avec les caractéristiques agricoles dans le but d’évaluer le véritable potentiel fiscal du segment de
de leurs exploitations celles qui sont concernées par le retour à l’impôt. Soucieuse de rigueur,
(caractéristiques notre démarche a consisté en l’identification et le choix des composantes
pédoclimatiques) et les
moyens de production de la matrice, la formulation d’hypothèses permettant de prendre en
dont ils disposent. considération la diversité des exploitations agricoles du pays et leurs niveaux
82 Critique économique n° 36 • Eté-automne 2017
C.E. n° 36 intérieur [Link] 82 07/03/2018 18:19
La « refiscalisation » du secteur agricole au Maroc : illusion ou réalité ?
de performance (23), puis, le calcul du chiffre d’affaires par hectare pour
chaque culture et pour chaque catégorie d’agriculteurs identifiée. Ceci nous
a permis d’aboutir au nombre d’hectares nécessaire pour atteindre le seuil
d’imposition.
Tableau 1
Nombre d’hectares et d’arbres nécessaires
pour réaliser un CA de 5 millions de dirhams
Nombre d’hectares/de pieds d’arbre
Famille Culture
S1 S2 S3
Blé tendre 265 882 2 268
Céréales Blé dur 266 860 2 924
Orge 424 1 211 2 825
Fève 599 881 1 152
Légumineuses
Pois chiche 140 498 872
Betterave à sucre 154 244 342
Cult. sucrières
Canne à sucre 92 113 362
Cult. oléagineuses Tournesol 417 833 1 250
Tomate sous serre 4 6 10
Cult. maraîchères Tomate plein champ 47 56 71
Pomme de terre 38 63 91
Orange 20 44 81
Agrumes
Clémentine 17 40 59
Olivier Olive 91 182 606
Pomme 23 34 46
Rosacées Fraise 15 15 16
Amande 67 95 111
Musacées Banane 15 18 20
Palmier-dattier Datte 1 042 pieds 9 091 pieds 25 000 pieds
Source : Messaoudi I. (2014), Fiscalisation du secteur agricole : état des lieux et perspectives, Institut
agronomique et vétérinaire Hassan II, Rabat.
Selon les différents scénarios de performance retenus, pour réaliser un
chiffre d’affaires de 5 millions de dirhams, il faudrait qu’un céréaliculteur
(cultivant du blé tendre par exemple) dispose d’une superficie agricole utile
(SAU) de 265 (pour le plus performant) à 2 268 hectares (pour l’agriculteur
en bour, soumis à de rudes conditions pédoclimatiques et disposant de peu
de moyens de production). L’agriculteur cultivant de l’orge doit, quant à
lui, avoir une SAU de 424 à 2 825 hectares pour atteindre ce même seuil de
chiffre d’affaires.
Critique économique n° 36 • Eté-automne 2017 83
C.E. n° 36 intérieur [Link] 83 07/03/2018 18:19
Imane Messaoudi
Dans le cas des légumineuses, les agriculteurs les plus performants
doivent cultiver au moins 599 hectares quand ils cultivent de la fève, ou
au moins 140 hectares des pois chiche pour espérer arriver à 5 millions de
chiffre d’affaires.
Pour un agriculteur produisant de la betterave à sucre dans un périmètre
irrigué et disposant des moyens de production les mieux appropriés, il devra
exploiter une superficie minimale de 154 hectares pour être concerné par le
retour à l’impôt.
Dans le cas de l’olivier, un agriculteur performant doit exploiter
une superficie de 91 hectares et dans le cas du palmier-dattier, c’est de
1 042 arbres de variété majhoul dont l’agriculteur doit disposer pour
atteindre le seuil du chiffre d’affaires en question.
Les chiffres sont relativement moins élevés pour les agriculteurs
produisant les rosacées, les agrumes et les cultures maraîchères. Et la
tomate cultivée sous serre demeure la seule vraie exception dans le lot. En
effet, seule la tomate sous serre, conduite de manière intensive et destinée
principalement à l’export, permet à un agriculteur de réaliser un chiffre
d’affaires de 5 millions de dirhams en ne disposant « que de 4 hectares ».
Or, on ne peut prendre pleinement la mesure de ces chiffres que si on les
rapproche de la structure des exploitations agricoles dans le pays, telles qu’elles
ont été mises en évidence par le dernier recensement agricole disponible.
Celui-ci nous rappelle combien la distribution des superficies agricoles
utiles est caractérisée par de grandes disparités : plus de 71 % des exploitants
agricoles ont moins de 5 hectares et 55 % même moins de 3 hectares (figure 1).
Figure 1
Répartition des exploitations agricoles au Maroc selon leur SAU
0,55 % 0,23 %
3,35 %
0 - 1 ha
1 - 3 ha
8,74 %
3 - 5 ha
22,03 %
5 - 10 ha
17,30 % 10 - 20 ha
20 - 50 ha
50 - 100 ha
16,6 % 31,2 %
> 100 ha
Source : Recensement général de l’agriculture, 1998.
(24) Ministère de A l’autre bout, nous comptons à peine 3 182 exploitations agricoles
l’Agriculture, du ayant plus de 100 hectares et 11 011 exploitations de plus de 50 hectares,
Développement rural et de
la Pêche maritime, 1998, soit moins de 1 % du total des exploitations agricoles du pays. Pourtant, ces
op. cit. exploitations couvrent plus de 15 % des superficies totales (24). Ces chiffres
84 Critique économique n° 36 • Eté-automne 2017
C.E. n° 36 intérieur [Link] 84 07/03/2018 18:19
La « refiscalisation » du secteur agricole au Maroc : illusion ou réalité ?
nous amènent à nous poser des questions quant aux contribuables réellement
concernés par cette « refiscalisation ». On pourrait penser alors que les
exploitants agricoles spécialisés en productions animales sont plus touchés.
C’est ce que nous avons essayé d’élucider dans un deuxième temps. La
« refiscalisation » du secteur agricole ayant concerné aussi bien les productions
végétales qu’animales, la deuxième question que nous nous sommes posée
était la suivante : « En considérant les principaux systèmes de production
animale concernés par ce retour à l’impôt, les races prédominantes au niveau
national, les rendements moyens et les prix sur les marchés, combien faudrait-
il qu’un éleveur ait de têtes d’animal pour atteindre le seuil d’imposition de
5 millions de dirhams de chiffre d’affaires ? »
Nous nous sommes focalisé sur les deux productions les plus importantes
au niveau national : la production de lait et la production de viande. Notre
intérêt s’est particulièrement porté sur trois systèmes de production : les
élevages bovins laitiers, les élevages bovins viande (engraissement) et les
élevages ovins (engraissement). La démarche a été similaire à celle déployée
dans le cas des systèmes de production végétale. Trois niveaux de performance
des éleveurs ont été arrêtés : des éleveurs très performants (S1), des éleveurs
moyennement performants (S2) et des éleveurs peu performants (S3). Par la
suite, le calcul du chiffre d’affaires a été possible sur la base de l’identification
de niveaux de rendement moyens pour les principales races bovines et ovines,
selon les trois niveaux de performance arrêtés. Les prix moyens sur le marché
ont été, eux-aussi, fixés pour chaque produit (lait, viande bovine, viande
ovine). Enfin, nous avons calculé le nombre de têtes nécessaires pour qu’un
éleveur atteigne un chiffre d’affaires de 5 millions de dirhams.
Tableau 2
Nombre de vaches laitières nécessaires
pour atteindre un CA de 5 millions de dirhams
Nombre de vaches laitières
Race S1 S2 S3
Holstein 238 571 1 429
Montbéliarde 260 714 1 429
Croisée 476 714 1 429
Source : Messaoudi I. (2014), voir p. 83.
Les premiers résultats obtenus pour les éleveurs sont aussi marquants
que ceux observés par les agriculteurs. Pour atteindre un chiffre d’affaires
de 5 millions de dirhams, un éleveur de vaches laitières très performant doit
disposer d’un cheptel de 238 vaches laitières de race Holstein, 260 vaches
de race Montbéliarde ou 476 vaches laitières de race croisée conduites en
système intensif (tableau 2).
Critique économique n° 36 • Eté-automne 2017 85
C.E. n° 36 intérieur [Link] 85 07/03/2018 18:19
Imane Messaoudi
En ce qui concerne les éleveurs détenant des élevages bovins laitiers et qui
engraissent les veaux, produits des vaches laitières, ils doivent disposer s’ils
sont très performants de 505 taurillons de race croisée, 438 de race Holstein
ou de race Montbéliarde ou de 386 taurillons de race Charolaise (produits
du croisement industriel) (tableau 3).
Quand on sait que la structure de l’élevage bovin au Maroc repose sur
un nombre élevé d’exploitations (près de 450 000) dont la proportion la
plus importante est caractérisée par une taille restreinte – 75 % des fermes
détiennent moins de 5 vaches sur une superficie inférieure à 5 hectares – on
commence à se poser des questions quant à l’étendue de la « refiscalisation »
(25) Sraïri M.T., du secteur agricole (25).
Chergui S., Igueld H.,
Sannito Y. (2014), Tableau 3
« Performances des
élevages bovins laitiers au Nombre de taurillons à engraisser
Maroc », Revue d’élevage et pour atteindre un CA de 5 millions de dirhams
de médecine vétérinaire des
pays tropicaux, CIRAD, Nombre de taurillons à engraisser
Montpellier, [Link].
Race S1 S2 S3
[Link].
Croisée 505 598 820
Holstein 438 548 733
Montbéliarde 438 548 733
Charolaise 386 469 598
Source : op. cit., voir p. 83.
Enfin, pour les élevages ovins d’engraissement, un éleveur très performant
ne peut réaliser un chiffre d’affaires de 5 millions de dirhams s’il dispose
de moins de 4 167 ovins de race Sardi ou Boujâad, 4 785 ovins de race
Timahdite ou 5 051 têtes de race Beni-Guil (tableau 4). Au regard de ces
chiffres, il ne serait peut-être pas anodin de rappeler que le grand nombre
des éleveurs ovins de notre pays se situe en S3, conduisent leur cheptel en
système extensif (pastoral, agro-pastoral, agro-sylvo-pastoral, oasien), sur des
terres en bour et que seule la pluie « permet de nourrir » leurs animaux.
Tableau 4
Nombre d’ovins à engraisser
pour atteindre un CA de 5 millions de dirhams
Nombre d’ovins à engraisser
Race S1 S2 S3
Sardi 4 167 4 630 5 556
Boujâad 4 167 4 630 5 556
Beni-Guil 5 051 5 348 6 734
Timahdite 4 785 5 195 6 494
Source : op. cit., voir p. 83.
86 Critique économique n° 36 • Eté-automne 2017
C.E. n° 36 intérieur [Link] 86 07/03/2018 18:19
La « refiscalisation » du secteur agricole au Maroc : illusion ou réalité ?
Ces premiers résultats nous montrent qu’en retenant le critère de chiffre
d’affaires et en mettant en place un seuil minimal de 5 millions de dirhams,
les décideurs ont fait en sorte que plus de 99 % des exploitations agricoles
au niveau national demeurent indéfiniment exonérées. De cette manière, le
chiffre d’affaires condamne « la refiscalisation » du secteur agricole à rester
tout à fait marginale.
Par ailleurs, à la lumière des résultats présentés ci-dessus, on se demande
si ce sont réellement les petits agriculteurs que l’on souhaite faire bénéficier
de l’exonération. On ne peut que constater que, finalement, le dispositif vise
surtout les moyens et les grands exploitants agricoles et non les petits, qui
de toute façon, en leur appliquant le droit commun, resteraient exonérés
puisque n’atteignant même pas le seuil de revenu imposable (30 000 dirhams
par an). Ce ne sont même pas les grands exploitants agricoles qui « passent à
la caisse », mais plutôt les « méga » exploitants agricoles.
Qu’en est-il à présent du respect du principe d’équité fiscale ? Le chiffre
d’affaires permet-il l’instauration d’un système d’imposition équitable ?
2.2.2. Un système d’imposition équitable?
Quelle équité entre les exploitants agricoles ?
Afin d’examiner le respect du principe d’équité fiscale entre les exploitants
agricoles concernés par la « refiscalisation », nous avons calculé les marges
brutes par hectare (MB/ha) pouvant être réalisées par les agriculteurs les plus
performants (agriculteurs en S1) dans le cas de 7 cultures. De plus, nous
avons calculé le ratio CP/CA (26) pour voir ce que représentent les coûts (26) CP/CA = coût de
de production par rapport au chiffre d’affaires pour chacune de ces cultures production par hectare/
chiffre d’affaires par
(tableau 5) (27). hectare.
(27) Les coûts de
Tableau 5 production (par hectare)
utilisés pour ces calculs
Marges brutes par hectare pouvant être réalisées en S1
sont détaillés et explicités
au niveau du document
Famille Culture MB/ha (en Dh) Ratio CP/CA
principal. Cf. Messaoudi I.
Céréales Blé tendre 9 803 48 % (2014), Fiscalisation du
secteur agricole : état des
Tomate sous serre 1 051 699 19 % lieux et perspectives, projet
Cultures maraîchères
Pomme de terre 81 233 38 % de fin d’études pour
l’obtention du diplôme
Orange (Maroc late) 187 450 25 % d’ingénieur agronome,
Agrumes
Clémentine 226 965 22 % Institut agronomique et
vétérinaire Hassan II,
Olivier Olive 35 512 35 % Rabat, Maroc.
Musacées Banane 135 957 59 %
Source : op. cit., voir p. 83.
La marge brute la plus élevée est celle réalisée dans le cas de la tomate sous
serre, conduite en système intensif. Le coût de production représente 19 % du
Critique économique n° 36 • Eté-automne 2017 87
C.E. n° 36 intérieur [Link] 87 07/03/2018 18:19
Imane Messaoudi
chiffre d’affaires réalisé par hectare. Viennent ensuite la clémentine et l’orange
avec des marges brutes par hectare respectives de 226 965 et 187 450 dirhams
et des ratios de 22 et de 25 %. L’agriculteur cultivant le blé tendre enregistre,
quant à lui, la marge brute la moins importante, et le coût de production d’un
hectare de blé tendre représente près de la moitié de son chiffre d’affaires.
Il en ressort que le critère du chiffre d’affaires est indifférent vis-à-
vis des marges bénéficiaires des exploitants agricoles. Il ne prend pas en
considération les particularités de chaque exploitation agricole compte
tenu notamment de sa rentabilité. Or, chaque système de production
permet de dégager une marge bénéficiaire qui lui est propre et qui dépend
notamment des différents moyens de production mis en œuvre, mais aussi
des caractéristiques générales de son environnement.
De ce fait, les exploitations agricoles les plus rentables, réalisant une
(28) Au niveau de la
marge bénéficiaire importante, échapperont à l’impôt tant que le chiffre
1re colonne sont présentés d’affaires n’a pas atteint le seuil d’imposition de 5 millions de dirhams.
les revenus imposables que Celles ayant atteint ce seuil de chiffre d’affaires, mais qui réalisent une marge
nous avons préalablement
fixés. Les chiffres des
bénéficiaire faible deviendront néanmoins imposables.
colonnes 3, 5 et 7 sont Autrement dit, tant que l’on demeure dans les limites du chiffre d’affaires
obtenus en divisant les inférieur à 5 millions de dirhams, à taux de marge bénéficiaire différents,
tranches de la 1re colonne c’est-à-dire à capacités contributives différentes, les exploitations seront
respectivement par les
taux de marge nette 5 %, traitées de la même manière sur le plan fiscal. En identifiant trois types
10 % et 20 %. L’impôt d’exploitant agricole réalisant trois niveaux de rentabilité différents (5 %,
est, dans ce cas, nul tant 10 % et 20 %) tout en restant dans les limites de chiffre d’affaires inférieur à
que le chiffre d’affaires est
inférieur à 5 millions de 5 millions de dirhams, donc non imposables, on s’aperçoit que l’avantage tiré
dirhams. de cette non-imposition est très inégal (tableau 6 (28)).
Tableau 6
Chiffres d’affaires d’agriculteurs réalisant trois taux de marge nette différents
CA agricole CA agricole CA agricole
Revenu Taux
Taux de marge Impôt Taux de marge Impôt Taux de marge Impôt
imposable d’imposition (TI)
nette = 5 % nette = 10 % nette = 20 %
0 à 30 000 0 0 à 600 000 0 0 à 300 000 0 0 à 150 000 0
50 000 10 % 1 000 000 0 500 000 0 250 000 0
75 000 30 % 1 500 000 0 750 000 0 375 000 0
100 000 34 % 2 000 000 0 1 000 000 0 500 000 0
125 000 34 % 2 500 000 0 1 250 000 0 625 000 0
150 000 34 % 3 000 000 0 1 500 000 0 750 000 0
175 000 34 % 3 500 000 0 1 750 000 0 875 000 0
200 000 38 % 4 000 000 0 2 000 000 0 1 000 000 0
225 000 38 % 4 500 000 0 2 250 000 0 1 125 000 0
245 000 38 % 4 900 000 0 2 450 000 0 1 225 000 0
247 500 38 % 4 950 000 0 2 475 000 0 1 237 500 0
Source : op. cit., voir p. 83.
88 Critique économique n° 36 • Eté-automne 2017
C.E. n° 36 intérieur [Link] 88 07/03/2018 18:19
La « refiscalisation » du secteur agricole au Maroc : illusion ou réalité ?
Par exemple, pour un chiffre d’affaires égal à 1 000 000 dirhams, un
agriculteur réalise un résultat net imposable de 50 000 dirhams si sa marge
nette est de 5 %, de 100 000 dirhams si cette marge est de 10 % et de
200 000 dirhams si la marge nette s’élève à 20 %. On peut déduire de cette (29) Cet article énonce :
« Tous supportent, en
simple comparaison que, pour un même chiffre d’affaires, le résultat varie proportion de leurs
selon le taux de marge nette de 1 à 4, et l’impôt reste, dans tous les cas, facultés contributives, les
égal à zéro. Cette démarche inductive nous permet d’avancer que, même charges publiques que
seule la loi peut, dans
en dessous du seuil de chiffre d’affaires imposable, la situation de non- les formes prévues par la
imposition n’est pas équitable au sein de la même catégorie des revenus et présente Constitution,
des bénéfices agricoles. Ce sont les exploitations qui détiennent les marges créer et répartir. »
nettes les plus élevées qui en tirent le plus profit. (30) La 3e colonne a été
ajoutée au tableau 6. Elle
Il serait donc difficile de parler d’équité fiscale entre la « poignée » illustre l’imposition en
d’exploitants agricoles concernés par le retour à l’impôt ou même entre les situation normale, en
exploitants agricoles non imposables. C’est l’article 39 de la Constitution, loi l’absence d’exonération.
L’impôt sur les revenus
suprême, qui se trouve ainsi mis à mal par cette « refiscalisation » (29). professionnels (autres
Quelle équité entre les agriculteurs et les autres professionnels ? qu’agricoles) est obtenu
Voyons à présent jusqu’à quel point le principe d’équité fiscale est en appliquant la formule :
impôt = (revenu net
respecté entre les agriculteurs et les autres professionnels (commerçants, imposable x taux
artisans, fonctionnaires, avocats, médecins) (tableau 7 (30)). d’imposition) – abattement.
Tableau 7
Comparaison entre l’impôt sur les revenus agricoles
et l’impôt sur les autres revenus professionnels
Impôt sur CA agricole CA agricole CA agricole
Revenu
TI les revenus Taux de marge Impôt Taux de marge Impôt Taux de marge Impôt
imposable
professionnels nette = 5 % nette = 10 % nette = 20 %
0 à 30 000 0 0 0 à 600 000 0 0 à 300 000 0 0 à 150 000 0
50 000 10 % 2 000 1 000 000 0 500 000 0 250 000 0
75 000 30 % 8 500 1 500 000 0 750 000 0 375 000 0
100 000 34 % 16 800 2 000 000 0 1 000 000 0 500 000 0
125 000 34 % 25 300 2 500 000 0 1 250 000 0 625 000 0
150 000 34 % 33 800 3 000 000 0 1 500 000 0 750 000 0
175 000 34 % 42 300 3 500 000 0 1 750 000 0 875 000 0
200 000 38 % 51 600 4 000 000 0 2 000 000 0 1 000 000 0
225 000 38 % 61 100 4 500 000 0 2 250 000 0 1 125 000 0
245 000 38 % 68 700 4 900 000 0 2 450 000 0 1 225 000 0
247 500 38 % 69 650 4 950 000 0 2 475 000 0 1 237 500 0
Source : op. cit., voir p. 83.
Quand un artisan et un exploitant agricole réalisent un revenu net de
245 000 dirhams, le premier, soumis à un taux d’imposition de 38 %, paie
Critique économique n° 36 • Eté-automne 2017 89
C.E. n° 36 intérieur [Link] 89 07/03/2018 18:19
Imane Messaoudi
(31) Revenu net un impôt de 68 700 dirhams, alors que l’agriculteur ne paie pas d’impôt, son
imposable = 1 200 000 Dh ;
Impôt brut = 1 200 000
chiffre d’affaire n’atteignant pas encore les 5 millions de dirhams.
x 38 % = 431 600 Dh ; Toujours dans l’objectif de comparer les dispositions fiscales prévues
Impôt dû = 534 200 – 360 pour le secteur agricole avec celles en vigueur dans d’autres secteurs, nous
x 3 = 430 520 Dh.
avons choisi quelques exemples fictifs pour étayer les résultats précédents
(32) Nous nous sommes (tableau 8).
basé sur l’annexe I du
Code général des impôts Prenons, pour commencer, un exploitant agricole (personne physique),
(CGI) afin de fixer un taux marié, avec deux enfants, qui réalise un chiffre d’affaires annuel de 4 millions
de marge nette proche de de dirhams et un taux de marge nette de 15 %. Cet exploitant réalise un
la réalité. Cf. CGI 2014,
Annexe I : tableau des
bénéfice net de 600 000 dirhams et est donc exonéré de façon permanente,
coefficients applicables au car le CA annuel est inférieur à 5 millions de dirhams.
chiffre d’affaires pour la Supposons, pour un même revenu, qu’il s’agisse d’un contribuable
détermination du bénéfice
forfaitaire en matière
exerçant une autre activité professionnelle, un vétérinaire par exemple, marié,
d’impôt sur le revenu avec deux enfants. Considérons une marge nette de 30 %. L’impôt dû serait
(article 40). dans ce cas 430 520 dirhams (31).
(33) Revenu net imposable Supposons, toujours pour un même revenu, qu’il s’agisse d’un apiculteur
= 1 000 000 Dh ; Impôt marié, avec deux enfants, soumis obligatoirement au régime du revenu net
brut = 1 200 000 x 38 % –
24 400 = 355 600 Dh ; réel. Considérons à présent une marge nette de 25 % (32). L’impôt dû serait
Impôt dû = 355 600 – 360 donc 354 520 dirhams (33).
x 3 = 354 520 Dh. Prenons maintenant le cas d’un commerçant (marchand en détails,
(34) Revenu net imposable droguiste) réalisant lui aussi un chiffre d’affaire de 4 millions de dirhams,
= 600 000 Dh ; Impôt
célibataire. Considérons une marge nette de 15 %. Ce commerçant devra
brut = 600 000 x 38 % –
24 400 = 203 600 Dh ; payer un impôt de 203 600 dirhams (34).
Impôt dû = 203 600 Dh. Dans le cas d’un artisan célibataire, et toujours pour le même chiffre
(35) Revenu net imposable d’affaires, avec un taux de marge nette de 10 %, l’impôt dû sera de
= 400 000 Dh ; Impôt 127 600 dirhams (35).
brut = 400 000 x 38 % –
24 400 = 127 600 Dh ;
Enfin, supposons qu’il s’agisse d’un technicien agricole, célibataire,
Impôt dû = 127 600 Dh. travaillant dans la même exploitation agricole et percevant un salaire net
(36) Revenu net imposable mensuel de 6 000 dirhams. Dans ce cas, l’impôt dû sera de
imposable = 6 000 x 12 = 7 600 dirhams (36). Le salarié serait donc imposé, son « patron » non !
Tableau 8
Impôt dû pour différentes activités professionnelles
générant un CA de 4 millions de dirhams
Exploitant agricole, marié, 2 enfants Vétérinaire, marié, 2 enfants Apiculteur, marié, 2 enfants
MN (%) RI (Dh) ID (Dh) MN (%) RI (Dh) ID (Dh) MN (%) RI (Dh) ID (Dh)
15 600 000 0 30 1 200 000 430 520 25 1 000 000 354 520
Commerçant, célibataire Artisan, célibataire Technicien agricole, célibataire
MN (%) RI (Dh) ID (Dh) MN (%) RI (Dh) ID (Dh) MN (%) RI (Dh) ID (Dh)
15 600 000 203 600 10 400 000 127 600 30 72 000 7 600
(MN : Marge nette ; RI : Revenu imposable ; ID : Impôt dû).
Source : op. cit., voir p. 83.
90 Critique économique n° 36 • Eté-automne 2017
C.E. n° 36 intérieur [Link] 90 07/03/2018 18:19
La « refiscalisation » du secteur agricole au Maroc : illusion ou réalité ?
Compte tenu de ces exemples simples, il est difficile de dire que les 72 000 Dh ; Impôt brut =
72 000 x 30 % – 14 000 =
nouvelles dispositions fiscales relatives au secteur agricole respectent 7 600 Dh ; Impôt
et instaurent le principe d’équité entre les agriculteurs et les autres dû = 7 600 Dh.
professionnels. Alors que des petits commerçants sont tenus à payer un
impôt, les gros agriculteurs sont désormais exonérés, de façon permanente,
de l’impôt sur les sociétés (IS) et de l’impôt sur les revenus (IR). Qu’en est-il
alors de l’efficacité d’un tel système ?
2.2.3. Un système d’imposition efficace?
Dans un dernier temps, nous avons tenté d’examiner le nouveau critère
d’imposition au vu de son efficacité budgétaire.
Tout d’abord, pour ce qui est de la gestion de l’impôt, l’examen des
liasses fiscales lors de notre période de stage passée au sein de la Direction
générale des impôts de Rabat et des Directions régionales des impôts de
Kénitra et d’Agadir (2 mois) (37) nous a permis de mettre en évidence (37) Le choix de ces
directions régionales
plusieurs failles. En effet, seulement 0,04 % des exploitations agricoles de se justifie par la
la région du Gharb-Chrarda-Beni-Hssen étaient enregistrées, en 2014, concentration des plus
auprès de l’Administration fiscale. Ce pourcentage était de 0,14 % pour grandes exploitations
les exploitations agricoles du Souss-Massa-Drâa à la même date. Cela pose agricoles du pays dans
les régions du Gharb-
plusieurs questions dans la mesure où, si les revenus et bénéfices agricoles Chrarda-Beni-Hssen et du
étaient exonérés pendant trois décennies, la déclaration était obligatoire et Souss-Massa-Drâa.
n’a jamais été suspendue.
Par ailleurs, et dans le but de voir jusqu’à quel point ce nouveau système
d’imposition pourrait être efficace, nous avons identifié un échantillon
de 32 « méga » exploitations agricoles localisées dans trois grandes régions
agricoles du pays. Nous avons ensuite calculé le ratio S/X (charges déductibles
fiscalement/chiffre d’affaires), ratio permettant de voir ce que représentent les
charges fiscalement déductibles par rapport au chiffre d’affaires. Le tableau 9
présente les résultats obtenus.
Tableau 9
Répartition des exploitations agricoles de l’échantillon
selon le ratio S/X
Ratio S/X Nbre d’exploitations agricoles
0,7 < S/X < 0,8 2
0,8 < S/X < 0,9 5
0,9 < S/X < 1 12
S/X > 1 13
Source : op. cit., voir p. 83.
Les résultats obtenus permettent d’avancer que, pour toutes les
exploitations agricoles de l’échantillon, la part des charges déductibles
Critique économique n° 36 • Eté-automne 2017 91
C.E. n° 36 intérieur [Link] 91 07/03/2018 18:19
Imane Messaoudi
fiscalement par rapport au chiffre d’affaires est d’au moins 70 %. Elles
dépassent 90 % pour 25 exploitations agricoles et sont supérieures au chiffre
d’affaires pour 13 exploitations de l’échantillon. Comment pourrait-on
expliquer cela quand on sait que ces exploitations agricoles font partie de
la « poignée » d’exploitations les plus performantes au niveau national et
qu’elles ont toutes réalisé, en 2012, un chiffre d’affaires supérieur ou égal à
10 millions de dirhams ? Par ailleurs, la grande majorité des exploitations
de l’échantillon étant localisée dans la région du Souss-Massa-Drâa et
pratiquant des cultures à haute valeur ajoutée (cultures maraîchères et
agrumes notamment), les résultats obtenus posent plus d’une question.
L’examen des liasses fiscales, pendant la période de stage, a aussi dévoilé
que 80 % de ces exploitations agricoles sont déficitaires pour l’exercice
2011-2012 et que, de façon plus générale, les rares exploitations agricoles
enregistrées auprès de l’Administration fiscale se déclarent déficitaires.
Cela nous amène à porter un premier jugement sur la qualité du peu de
déclarations fiscales présentées par ces exploitations agricoles.
Si, à ce stade, nous ne pouvons pas encore réellement apprécier l’impact
de cette « refiscalisation » du secteur agricole sur l’évolution des recettes
fiscales, on ne peut nier l’existence de certains risques pouvant entraver
la mobilisation de ces recettes. D’abord, le calcul du ratio S/X remet en
question la qualité des déclarations présentées à l’Administration fiscale
par les contribuables. Par ailleurs, la majorité des exploitations agricoles
(38) Nous pouvons à cet de l’échantillon étudié se déclarent déficitaires (38). Or, les contribuables
effet rappeler que pour concernés par cette « refiscalisation » seront soumis soit à l’IS, soit au « régime
ce qui est des entreprises
relevant d’autres secteurs du bénéfice réel » de l’IR, ce qui veut dire qu’ils ne paieront l’impôt que
d’activité et qui sont sur la base de ce qu’ils auront déclaré. Le risque d’évasion fiscale paraît
soumises à l’IS, 67 % donc important compte tenu du déficit structurel du contrôle fiscal,
d’entre elles présentent des
résultats déficitaires (DGI).
l’Administration fiscale étant dotée de moins de 350 vérificateurs.
Compte tenu de ces éléments et en l’absence d’un plan comptable
agricole, les grands (ou « méga ») exploitants agricoles concernés par la
« refiscalisation » pourraient se donner les moyens d’une évasion fiscale plus
ou moins massive. Ils pourraient même échapper totalement à l’impôt en
« restructurant » leur patrimoine foncier en autant « d’exploitations à moins
de 5 millions de chiffre d’affaires » que nécessaire, ce qui va à l’encontre de
l’esprit et de la lettre du Plan Maroc Vert.
Conclusion : des limites handicapant l’instauration d’un
véritable système d’imposition de l’agriculture...
[… laissant place à présent à une défiscalisation définitive pour 99,87 % des
exploitations agricoles du pays]
On pourrait se poser la question suivante : comment se présente la situation,
deux ans après la décision de retour à l’impôt ?
92 Critique économique n° 36 • Eté-automne 2017
C.E. n° 36 intérieur [Link] 92 07/03/2018 18:19
La « refiscalisation » du secteur agricole au Maroc : illusion ou réalité ?
D’après le ministère de l’Agriculture et de la Pêche maritime et le
ministère de l’Economie et des Finances, pas moins de 360 exploitations
agricoles ont réalisé, en 2014, un chiffre d’affaires annuel supérieur à
35 millions de dirhams. Pourtant, à peine 61 exploitations agricoles ont
déposé leur déclaration fiscale, soit le sixième à peine de ce qui était prévu.
Par ailleurs, les prévisions en recettes fiscales spécifiques à cette catégorie
d’exploitations agricoles ont été chiffrées à 700 millions de dirhams. Or,
seulement 43 millions de dirhams ont été versés dans les caisses de l’Etat
au titre de l’année 2014, soit à peine 6,14 % de ce qui était attendu (39). (39) Chiffres du Ministère
Pourtant, selon le ministre de l’Agriculture lui-même, l’année 2014-2015 a de l’Economie et des
Finances, Direction
enregistré l’une des meilleures campagnes agricoles… Comment expliquer Générale des Impôts, mars
alors cette résistance, cette faible adhésion à l’impôt de la part même de 2016.
Chiffres présentés aussi
l’infime minorité d’exploitants agricoles concernée ? Ces résultats venant
par Omar Faraj, Directeur
appuyer notre analyse, on en vient à constater que, finalement, avec une Général des Impôts,
« refiscalisation » prenant comme unique critère d’imposition le chiffre Février 2016. « Omar
Faraj: Payer ses impôts
d’affaires, nous nous retrouvons face à une « exonération de fait ». est un devoir, pas une
L’examen de la pertinence de ce critère a permis de ressortir ses principales corvée », Telquel, magazine
faiblesses. En effet, il serait loin de traduire les capacités contributives réelles hebdomadaire.
des exploitants agricoles. Le constat est évident : il s’agit d’un critère aveugle
qui ne prend en considération ni la nature de l’activité agricole, ni sa
rentabilité et encore moins son environnement.
A cela s’ajoute le seuil d’imposition fixé à 5 millions de dirhams. La
démonstration de l’insuffisance d’un tel seuil met en évidence l’étendue de la
« refiscalisation » du secteur agricole, ou plutôt de la défiscalisation désormais
permanente pour plus de 99 % des exploitations agricoles au niveau national.
De ce fait, l’assiette fiscale est loin d’avoir été élargie.
Par ailleurs, le dispositif fiscal mis en place n’est pas de nature à améliorer
le rendement de l’impôt et de mettre, par conséquent, à contribution le
surplus agricole. En effet, les risques d’évasion fiscale que pourraient se
permettre les « méga-exploitants » agricoles sont loin d’être négligeables.
Finalement, la « refiscalisation » du secteur agricole semble être plutôt
une illusion. Une illusion qui ne permet ni l’instauration de l’équité fiscale,
ni l’efficacité économique, ni encore la transparence, la citoyenneté et le
civisme fiscal. L’opacité demeure ainsi à l’ordre du jour. Par conséquent,
les disparités effarantes risquent de continuer (voire de s’accroître) entre les
contribuables, d’une part, et entre les différents secteurs d’activité, d’autre
part. Réformer la « réforme » apparaît donc déjà être une urgente nécessité.
Critique économique n° 36 • Eté-automne 2017 93
C.E. n° 36 intérieur [Link] 93 07/03/2018 18:19
Imane Messaoudi
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94 Critique économique n° 36 • Eté-automne 2017
C.E. n° 36 intérieur [Link] 94 07/03/2018 18:19
Critique économique Critique économique
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L’équipe Directeur Note aux auteurs
Noureddine El Aoufi Format
– Article : 40 à 60 000 signes (notes et bibliographie comprises).
Comité de rédaction – Notes de lecture : environ 3 000 signes.
Texte courant
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– Retrait de 1,25 pour la première ligne de paragraphe.
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Titres
Najib Akesbi – Premier titre (corps 12, gras, sans retrait).
Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II, Rabat – Deuxième titre (corps 12, gras, retrait).
([Link]@[Link]) – Troisième titre (corps 12, gras italique, retrait).
Nadia Benabdeljlil Références
Université Mohammed V de Rabat – Citations (auteur, ou auteur et auteur, ou auteur et al., année de publication).
(nadiab@[Link]) – Notes de bas de page (corps 10, interligne simple, justifié).
Bibliographie
Noureddine El Aoufi
– Aglietta M. (1976), Régulation et crise du capitalisme, Calmann-Lévy, Paris.
Université Mohammed V de Rabat
– Alchian A., Demsetz H. (1972), « Production,Information Costs and Economic Organization »,
([Link]@[Link]) American Economic Review, 62, p. 777-795.
Saïd Hanchane Soumission
Ecole de Gouvernance et d’Economie de Rabat – Les articles reçus sont soumis à deux référés anonymes. Les notes de lecture sont
([Link]@[Link]) examinées par le comité de rédaction de la revue.
– Les textes sont adressés à la revue au format rtf avec :
Nicolas Moumni • une première page de garde où figurent le titre de l’article, le nom de(s) l’auteur(s),
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et la classification JEL.
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Ce numéro a été publié avec le concours du ministère de la Culture
Royaume du Maroc
Couverture : Souad Benabdellah
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Royaume du Maroc
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Et de l’Office chérifien des phosphates
N° 36 • Eté-automne 2017
Critique économique Critique économique
Dix-huitième année • Eté-automne 2017
❑❑ Les déterminants de la qualité de l’éducation préscolaire : analyse microéconomique
Aomar Ibourk et Salah Eddine Taha
❑❑ Hétérogénéité des âges des élèves et défaillances organiques de l’éducation :
centralisation normale et modélisation à partir des données TIMSS-2011
Yassine Karim et Saad-Ellah Berhili
❑❑ Education, inégalités et croissance économique dans les pays en développement :
une analyse en données de panel
Hicham Goumrhar et Safae Akodad
❑❑ Crises de la dette et dépendance extérieure
Adam Barbe
❑❑ La « refiscalisation » du secteur agricole au Maroc : illusion ou réalité ?
Imane Messaoudi
❑❑ Systèmes nationaux d’innovation du Sud, politiques d’innovation et
développement économique
Vanessa Casadella et Dimitri Uzunidis
❑❑ La Modernité d’un point de vue de l’histoire mondiale
Critique économique
Abdesselam Cheddadi
❑❑ Regards sur le Rif occidental : un bref état des lieux dans les années 60
Grigori Lazarev
❑❑ À propos d’une Histoire du Maroc : l’espace et le temps
Daniel Nordman
❑❑ Relire les Interviews posthumes de Mohamed El Faiz
Grigori Lazarev
❑❑ La Société hyper-industrielle : le nouveau capitalisme productif de Pierre Veltz
Michel Hollard
❑❑ Blog-Notes
Noureddine El Aoufi
36 36
Dix-huitième année • Eté-automne 2017 • 50 Dh