Revue Générale de Droit et Interdisciplinaire de l’Université de Likasi (2019) 2 : 4 RGDILI
Contrats de la suppression de l’autorisation maritale et
son impact sur les régimes matrimoniaux : cas du
patrimoine de la femme dans le régime de la séparation
des biens en cas de gestion confiée au mari
BANZA MAKANGILA YONA
RÉSUMÉ
Dans une vie conjugale, depuis la Bible jusqu’au Code congolais de la
famille de 1987, la femme a toujours été considérée comme soumise à
l’homme. Cette soumission se manifeste dans plusieurs recommandations
contenues dans la Bible et dans de nombreuses dispositions légales. En
dehors du droit à la soumission, dans plusieurs domaines de la vie, la
femme ne peut exercer ses activités sans autorisation de son mari. Ce
principe a été incorporé dans tous les textes légaux, bien que depuis les
temps immémoriaux, les instruments juridiques internationaux
proclament l’égalité des êtres humains sur la terre, puis interdisent toute
discrimination fondée sur le genre. Il eut fallu attendre la ratification par
la République démocratique du Congo de nombreux instruments
juridiques internationaux sur la protection de la femme pour que la Loi
n°16/008 du 15 Juillet 2016 modifiant et complétant la loi n°87-010 du
1er Août 1987 portant code de la famille vienne mettre fin à cette
discrimination entre les deux genres humains. C’est cette dernière loi, en
effet, qui vient supprimer de manière claire la notion d’autorisation de la
femme en RD. Congo longtemps consacrée. Toutefois, bien qu’étant égaux,
Assistant à la Faculté de droit de l’Université de Lubumbashi.
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Revue Générale de Droit et Interdisciplinaire de l’Université de Likasi (2019) 2 : 4 RGDILI
le mari garde sa position du chef de ménage et gestionnaire du régime
matrimonial choisi par le couple. La véritable question qui demeure
maintenant et pour laquelle cette réflexion est faite est celle savoir, après
suppression de l’autorité aiguë de l’homme sur la femme dans le mariage,
quel est l’impact de cette suppression sur la gestion du régime
matrimonial, principalement dans le cas du patrimoine de la femme,
lorsque le couple est régi par le régime matrimonial de séparation des
biens ? Telle est la question autour de laquelle va graviter les analyses
développées ci-dessous.
MOTS-CLÉS :
Autorisation maritale – régime matrimonial – séparation des biens –
égalité de genre – droits de la femme – discrimination.
ABSTRACT
In married life, from the Bible to the Congolese Family Code of 1987, women
have always been considered to be subject to men. This submission is
manifested in several recommendations contained in the Bible and in
numerous legal provisions. Apart from the right to submission, in several
areas of life, the woman cannot exercise her activities without the
authorization of her husband. This principle has been incorporated into all
legal texts, although since time immemorial, international legal instruments
have proclaimed the equality of human beings on earth, then prohibited any
discrimination based on gender. It was not until the Democratic Republic of
the Congo ratified many international legal instruments on the protection
of women that Law n ° 16/008 of July 15, 2016 modifying and supplementing
law n ° 87-010 of August 1, 1987 bearing family code comes to put an end to
this discrimination between the two human kinds. It is this latter law, in fact,
which clearly removes the concept of the authorization of women in DR.
Congo long consecrated. However, although equal, the husband retains his
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position as head of household and manager of the matrimonial regime
chosen by the couple. The real question that remains now and for which this
reflection is made is that of knowing, after suppression of the acute
authority of men over women in marriage, what is the impact of this
suppression on the management of the matrimonial regime, mainly in the
case of the woman's patrimony, when the couple is governed by the
matrimonial property separation regime? This is the question around which
the analyzes developed below will gravitate.
KEY-WORDS :
Marital authorization - matrimonial property regime - separation of
property - gender equality - women's rights – discrimination.
IIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII
SOMMAIRE
INTRODUCTION
I AUTORITE DE L’HOMME À L’EGARD DE LA FEMME
A Fondement de cette autorité
B Étendue de cette autorité à l’égard de la femme
II RÉGIMES MATRIMONIAUX DANS LE SYSTÈME D’AUTORISATION
CONCERTÉE DES ÉPOUX
A Analyse des régimes matrimoniaux
B Dissolution du régime matrimonial
C Cas de modification du régime matrimonial
III LA SUPPRESSION DE L’AUTORISATION MARITALE ET SES
CONSEQUENCES
A Rappel sur la mutation vers la suppression de l’autorisation maritale
B La mise en œuvre de la suppression de l’autorisation maritale
C La suppression de l’autorité maritale pour le respect des droits de la
femme
721
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IV LA CONCERTATION DANS LE MENAGE
CONCLUSION
IIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII
722
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INTRODUCTION
En début du 21è siècle, le droit connaît une évolution dans
plusieurs domaines, particulièrement dans celui des droits humains. En
République démocratique du Congo (RDC) en générale, l’on ne s’interroge
pas sur les rapports existants entre l’homme et la femme. Le constat est
amer quand on remarque que dans la société congolaise la femme mariée
ou célibataire, soit-elle, est considérée comme un sujet subordonné à
l’homme.
En effet, si aujourd’hui on parle beaucoup de l’émancipation de la
femme, c’est parce qu’elle est arrivée à un stade où elle s’est rendue
compte qu’elle est capable de faire beaucoup de choses et qu’elle serait
freinée par le désir de domination de son partenaire qui est l’homme. Or,
l’importance du rôle primordial qu’elle joue dans son ménage en tant
qu’épouse, mère éducatrice, ainsi que sa contribution dans la gestion du
ménage proportionnellement à l’homme font de celle-ci l’égale de
l’homme.
L’incapacité que subît la femme congolaise aujourd’hui est la
conséquence du mariage. En droit congolais, l’ancien code de la famille
avait subordonné la capacité de la femme mariée à poser des actes avec
l’autorisation de l’homme ou du mari. Cette tendance a changé avec la
nouvelle loi n°16/008 du 15 juillet 2016 modifiant et complétant le code
de la famille qui, à son article 448, stipule que « Les époux doivent
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s’accorder pour tous les actes juridiques dans lesquels ils s’obligent à une
prestation qu’ils doivent effectuer »35.
L’un des effets principaux du mariage c’est la création du
ménage36. Une fois les futurs époux mariés, nous assistons
automatiquement à la création du ménage et, aux termes de l’article 444
du code de la famille modifiée par la loi précitée, le mari est le chef du
ménage37. Cette position que la loi accorde au mari dans le ménage lui
confère une certaine autorité à l’égard de la femme dans la gestion du
ménage. Pour diminuer la puissance de cette autorité, le législateur a,
depuis la loi de 2016, supprimé la question de l’autorisation dont était
soumise la femme mariée pour poser des actes juridique. Mais il faut se
demander si, en retirant à l’homme de pouvoir d’autorisation, le
législateur offre-t-il un cadre juridique qui peut permettre de créer les
conditions favorables à l’épanouissement de la famille ? Quel sera l’impact
de la suppression de cette autorisation maritale dans le régime de la
séparation des biens ?
En effet, pour ce qui est de l’article 448 du code de la famille, le
législateur veut que les époux s’accordent pour tous les actes juridiques
dans lesquels ils s’obligent à une prestation qu’ils doivent effectuer, cela
signifie que depuis 2016, une femme peut poser certains actes juridiques
sans l’autorisation de son mari.
35 Article 448 du code de la famille tel que modifié et complété par la loi n°16/008 du 15
Juillet 2016
36 Id.
37 Ibid.
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Nous savons tous que dans la société africaine, ou congolaise, les
hommes supportent mal que la femme pose des actes sans l’autorisation
de son mari. Même les femmes elles-mêmes ne sont pas toutes d’accord
que l’autorisation maritale soit supprimée ; elles préfèrent être soumises
à l’autorisation maritale dans le but de protéger leur mariage que de
contrarier leurs conjoints qui ne sont pas encore prêts à accepter cette
nouvelle situation. Mais l’absence de cette autorisation signifie que les
époux doivent se concerter toutes les fois que l’épouse cherche à poser un
acte juridique n’engageant pas son époux. Toutefois, supprimer
l’autorisation maritale au profit de la concertation dans le ménage est une
situation qui vient rendre l’épanouissement difficile dans le ménage
puisque c’est trop tôt de supprimer cette autorisation sans avoir vulgarisé
la loi pendant plusieurs temps.
Partant des stipulations des articles 444 sur la reconnaissance du
mari comme chef du ménage et 448 sur la concertation et l’accord des
époux pour la conclusion de tous les actes juridiques dans lesquels ils
s’obligent à une prestation, le législateur congolais semble pas avoir tenu
compte de la réalité sociale puisque l’homme a toujours souhaité être
supérieur à la femme. Cela est également consigné dans la bible lorsque
les Saintes Écritures disent « Femmes, soyez soumises à vos maris. Le
mari est le chef de la femme comme Christ est le chef de l’église »38.
De ce point de vue, notre analyse explique la question de l’autorité
de l’homme à l’égard de la femme (I), examine les régimes matrimoniaux,
spécialement celui de séparation des biens (II), fixe le lecteur sur la
38 Éphésiens 5 :22-24 ; Colossiens 3 :18 ; 1 Pierre 3 :1.
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nécessité de maintien de suppression de l’autorisation maritale (III) et
l’impact de cette suppression dans la vie du couple (IV).
I AUTORITE DE L’HOMME À L’EGARD DE LA FEMME
Dans cette première partie de notre rédaction, il est important de
fixer nos lecteurs sur notre appréhension du concept « autorité » maritale.
Le concept « autorité » doit être compris tout d’abord comme « le
droit de commander, le pouvoir d’imposer l’obéissance. Ceci nous renvoie
carrément à la notion de la hiérarchie »39. Il s’entend aussi comme étant
« une supériorité de mérite ou de séduction qui impose l’obéissance, le
respect et la confiance »40.
De ces deux considérations, l’« autorité de l’homme » à l’égard de
la femme apparait comme cette forme de pouvoir acquis par l’homme à
l’égard de sa femme lorsque ces deux personnes s’unissent et vivent
ensemble, c’est ce pouvoir acquis par l’homme vis-à-vis de sa femme ainsi
que de ses retombées dans le but d’atteindre une stabilité ou une
harmonie dans la vie commune de couple. Quels sont alors le fondement
et l’étendue de cette autorité à l’égard de la femme ?
A Fondement de cette autorité
A ce stade, il faudrait chercher à déterminer d’où l’homme tire-t-
il cette autorité et si cette dernière a réellement un fondement juridique.
En réponse, il est important de souligner que l’autorité de l’homme à
39 Le Robert illustré, Paris, éd. 2014, p.146
40 Id.
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Revue Générale de Droit et Interdisciplinaire de l’Université de Likasi (2019) 2 : 4 RGDILI
l’égard de la femme trouve son fondement dans la religion (1), la coutume
(2) et dans la loi (code de la famille) (3).
1 Autorité de l’homme consacrée dans la Bible
Plusieurs textes bibliques soumettent la femme à l’autorité de
l’homme. Ainsi donc, la notion de l’autorité maritale trouve son fondement
dans la sainte bible. Celle-ci proclame l’obéissance et la soumission de la
femme à son mari41.
2 La coutume consacre l’autorité de l’homme sur la femme
La coutume, particulièrement celle africaine, se présente comme
une source non négligeable du droit congolais de la famille. Par
conséquent, l’autorité maritale provient également de la coutume. Cette
dernière ne doit donc pas être foulée aux pieds d’autant plus qu’elle
semble inspirer le législateur quant aux prescrits à observer en rapport
avec la notion de l’autorité maritale dans la société. Toutefois, la coutume
ne disposant pas des règles écrites, a voulu s’en accaparer par le
truchement de l’intervention du code de la famille. C’est pourquoi, en cette
matière, la loi renvoie de façon expresse aux mécanismes prévus par la
coutume. Ceci porte à dire qu’en matière du mariage, duquel découle la
notion de l’autorité maritale (celle du ménage), la coutume apparait
comme un point focal susceptible de trouver des solutions aux différentes
préoccupations relatives à cette matière.
Il faut par-dessus tout savoir que la coutume s’entend comme cet
ensemble d’usage et de pratique qui, par l’effet de la répétition, durant un
41 Voir supra, note 4.
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certain temps et revêtue d’une certaine publicité, s’impose à un moment
donné comme une règle obligatoire susceptible, en cas de violation, d’une
sanction sociale effective42.
Pour terminer, le droit congolais de la famille est basé sur un
dualisme juridique, c’est-à-dire qu’au Congo deux formes de droit
s’appliquent devant le juge, à savoir le droit écrit et le droit coutumier.
Dans toutes ces deux formes, l’on retrouve la consécration de l’autorité de
l’homme sur la femme.
3 L’autorité de l’homme dans le code de la famille
Le code de la famille parait comme le fondement écrit de cette
autorité du fait qu’il est la première source du droit congolais de la famille.
En effet, c’est le code de la famille qui règlemente différentes institutions
de la famille43. Parmi elles se trouve le mariage dans la création du
ménage. Cela résulte de l’économie de la loi n°16/008 du 15 Juillet 2016
modifiant et complétant la loi n°87-010 du 1er Août 1987 portant code de
la famille44.
B Étendue de cette autorité à l’égard de la femme
La question ici est celle de savoir jusqu’où l’autorité de l’homme
se manifeste à l’égard de la femme? Certes, l’autorité de l’homme s’étend
sur plusieurs points. Cependant, nous nous limitons à tirer notre
constatation à partir du prescrit de la loi n°16/008 du 15 Juillet 2016
42 Jean-Pierre KIFWABALA TEKILAZAYA, Régimes matrimoniaux, successions et
libéralités, Lubumbashi, Afrika ADS, 2013, p.17.
43 J.-P. KIFWABALA TEKILAZA, préc., note 8, p.17.
44 Cfr., supra, note 1.
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modifiant et complétant la loi n°87-10 du 1er Août portant code de la
famille. En effet, les considérations générales disent que l’homme est le
chef de la famille. Une fois en couple avec sa femme, c’est bien lui qui fixe
et détermine leur destinée commune. Ce faisant, il intervient dans tous les
actes qui concernent sa femme, cela revient à dire qu’il est informé en
rapport avec tout acte impliquant la participation de sa femme. Étant le
premier responsable du couple, il est appelé à maintenir le bon
déroulement de la vie en famille. L’on constate alors que la femme, se
trouvant dans cet équilibre harmonieux, déclare « c’est mon mari, c’est lui
qui détermine notre vie commune ». Elle se prononce de la sorte pour,
entre autres, conserver l’économie de l’autorité de son mari.
Il est évident que la dimension de l’étendue de l’autorité maritale
est bien plus considérable. C’est la preuve qui démontre l’apport du code
de la famille, de la coutume ainsi que la bible sur cette notion précise qui
s’avère déterminante pour la survie de la vie conjugale. Mais comment le
régime matrimonial doit-il être géré selon cette nouvelle donne qui retire
légalement à l’homme son pouvoir d’antan consistant à autoriser
expressément tout acte juridique que concluait ou que devait conclure son
épouse ?
II RÉGIMES MATRIMONIAUX DANS LE SYSTÈME
D’AUTORISATION CONCERTÉE DES ÉPOUX
Le code de la famille, jusqu’à sa récente modification, ne donne
aucune définition du terme « Régime matrimonial ». En recourant à la
doctrine, Alex Weill et François Terre écrivent que « Le régime
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matrimonial constitue l’ensemble des règles de droit s’appliquant aux
intérêts pécuniaires des époux »45. Disons mieux, selon les mêmes auteurs
que c’est un cas des dispositions légales organisant les relations
patrimoniales entre les époux et entre ces derniers et les biens pendant le
mariage et à la dissolution de celui-ci, autrement dit, le régime
matrimonial constitue le statut pécuniaire de la santé conjugale46.
La nécessité de régler la relation pécuniaire des conjoints découle
en premier lieu de ce que le mariage entraine une confusion des biens et
des époux ; il procède en second lieu de la volonté du législateur de
préciser l’affectation des biens conjugaux, ainsi que leur régime de
gestion47.
Le régime matrimonial organise ainsi la contribution aux charges
du ménage. Il détermine la condition juridique des biens des époux
antérieurs au mariage ou acquis en cours du mariage, du point de vue de
leur propriété, de leur administration et de leur jouissance. Il fixe le sort
des biens à la dissolution du mariage. Bref, il fixe le statut de biens et des
dettes des époux, les pouvoirs de gestion sur le patrimoine et le mode
partage de celui-ci48. Mais ces régimes matrimoniaux sont de trois sortes,
chacun avec son mode propre de gestion.
45 Alex WEILL et François TERRE, Droit civil les personnes, incapacités, la famille, 3é éd.,
Paris, Dalloz, 1972, p.25.
46 Louis BACH, Droit Civil, t.2, Paris, Sirey, 1998, p.7.
47 Id., p.8.
48 Philippe De PAGE, Régimes matrimoniaux, cours polycopié, Faculté de Droit, Bruxelles,
Université Libre de Bruxelles, 2003, p.5.
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Revue Générale de Droit et Interdisciplinaire de l’Université de Likasi (2019) 2 : 4 RGDILI
A Analyse des régimes matrimoniaux
Le législateur congolais n’organise que 3 sortes de régimes
matrimoniaux, qui sont : le régime de la séparation de biens, le régime de
la communauté réduite aux acquêts et celui de la communauté
universelle.
1 Le régime de séparation des biens
En droit congolais de la famille, le régime de séparation des biens
consacre l’existence de deux patrimoines propres formés par tous les
biens acquis à titre onéreux ou à titre gratuit par chacun des époux ainsi
que les dettes. C’est un régime dans lequel chaque époux conserve
exclusivement la propriété, la jouissance et la disposition de tous ses
biens. La caractéristique essentielle de ce régime, sa philosophie est donc
une séparation générale des avoirs, des dettes et de gestion 49. Ainsi, au
moment de la célébration ou de l’enregistrement du mariage les époux
remettent à l’Officier de l’État civil un inventaire signé par eux et précisant
les biens meubles et immeubles donc chacun a la propriété ou la
possession légale avant le mariage.
2 Le régime de la communauté réduit aux acquêts
Dans ce régime, on établit d’une part, les biens propres à chacun
des époux et, d’autre part, les biens communs. Les biens propres sont ceux
que chacun des époux possèdent au moment de la célébration ou de
l’enregistrement du mariage, et ceux qu’il acquiert postérieurement au
mariage par donation, succession au testament. Sont communs, les biens
49 J.-P. KIFWABALA TEKILAZAYA, préc., note 8, p.51.
731
Revue Générale de Droit et Interdisciplinaire de l’Université de Likasi (2019) 2 : 4 RGDILI
que les époux acquièrent pendant la mariage par leur activité commune
ou séparée ainsi que les biens acquis par les deux époux conjointement
par donation, succession au testament50. C’est le régime par défaut
organisé par le code congolais de la famille. Cela signifie que lorsque les
époux n’ont pas choisi un régime quelconque, ils sont régis par ce régime
matrimonial.
3 Régime de séparation des biens
Le régime de la séparation des biens consacre l'existence de deux
patrimoines propres formés par tous les biens acquis à titre onéreux ou à
titre gratuit par chacun des époux ainsi que leurs dettes 51. Dans ce régime,
il n'existe aucun bien commun, chacun des époux dispose de ses propres
biens, autrement dit, chacun est propriétaire de ce qu'il a acquis ou reçu
par donation ou en héritage avant le mariage et de ce qu'il acquiert ou
reçoit pendant le mariage. Ainsi, au moment de la célébration ou de
l'enregistrement du mariage, si les époux optent pour la séparation des
biens, ils peuvent établir et remettre à l'Officier de l'État civil qui célèbre
ou enregistre leur mariage, un inventaire signé par eux et précisant les
biens meubles et immeubles dont ils ont la propriété ou possession légale
antérieurement au mariage52. Ceci résume la création d'un inventaire qui
est signalé dans l'acte de mariage. Cet inventaire est très utile au moment
du divorce et du décès car il atteste la propriété des biens pour permettre
qu'au moment de la dissolution chacun des époux reprend ce qui lui
revient de droit.
50 Id., p.85.
51 Article 505 du code de la famille.
52 Article 506 du code de la famille.
732
Revue Générale de Droit et Interdisciplinaire de l’Université de Likasi (2019) 2 : 4 RGDILI
En principe, la gestion des patrimoines communs et propres est
confiée au mari. Si par la volonté des conjoints, la gestion n'est pas
attribuée au mari, chacun administre individuellement ses biens et en
perçoit les revenus, sans violer les dispositions de l'article 499 du code de
la famille qui consacre l'accord préalable de deux époux quant à
l'accomplissement de certains actes liés notamment au transfert d'une
concession foncière commune ou propre, à l'aliénation par incorporation
d'un immeuble commun ou propre, à la contraction d'un emprunt et à la
remise d'une donation pour un montant dépassant les prescrits de la loi.
En cas d'une gestion maritale désordonnée, c'est-à-dire qu'il peut
arriver que les biens propres de l'épouse gérés par le mari soient mis en
péril par un comportement fautif et grave du mari (une mauvaise gestion
ou une inconduite notoire) à la demande de l'épouse, le tribunal retirera
au mari le bénéfice de gestion pour le remplacer par la gestion séparée.
Par ailleurs, le régime de la séparation des biens est aussi un régime de la
séparation des dettes. Il a des avantages et inconvénients.
Comme avantages, chacun des époux reste propriétaire de ce qui
lui appartient, de son patrimoine ; les dettes d'un époux n'engagent pas
l'autre époux ; les transmissions sont plus faciles entre parents et enfants.
Comme inconvénients, les dettes contractées par l'un des époux
pour l'entretien du ménage ou pour l'éducation des enfants engagent les
deux époux ; la séparation des dettes n'est donc pas pleine et entière ; en
cas de divorce, le partage de l'argent placé sur un compte commun est
difficile. En effet, il est délicat de déterminer l'origine des fonds déposés
sur le compte ; en l'absence de testament, l'époux survivant ne reçoit que
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Revue Générale de Droit et Interdisciplinaire de l’Université de Likasi (2019) 2 : 4 RGDILI
le douzième du patrimoine propre de l'époux décédé ; les régimes
matrimoniaux de séparation des biens coûtent plus cher, surtout si les
patrimoines en jeu sont importants. Bref, si, à la dissolution du mariage, il
existe une masse des biens indivis, le règlement des dettes et les
enrichissements dus par les biens propres d'un des époux à l'autre seront
opérés par préférence sur cette masse53.
Peut-on dissoudre un régime matrimonial choisi ? Si oui, dans
quel cas cela peut arriver ?
B Dissolution du régime matrimonial
Les règles concernent les causes et les dates précises de
dissolution du régime matrimonial ainsi que les effets généraux de cette
dissolution. Suivant les prescrits de l’article 502 du code de la famille, les
causes de dissolution du mariage sont les mêmes pour la dissolution du
régime matrimonial, la dissolution du mariage entraîne automatiquement
celle du régime matrimonial54. Aussi, la date à laquelle le régime cesse
d’exister ou de fonctionner est différente selon la cause de dissolution
d’une part et, parfois, selon que l’on envisage les relations des époux entre
eux, ou leur relation avec les tiers d’autre part.
1 Dissolution du régime matrimonial à la suite de la dissolution du
mariage
L’article 532 du code de la famille détermine les causes de
dissolution d’un mariage. Selon cette disposition, le mariage, en droit
53 Article 514 du code de la famille.
54 Article 502 du code de la famille tel que modifié et complété par la loi n°16/008 du 15
Juillet 2016
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Revue Générale de Droit et Interdisciplinaire de l’Université de Likasi (2019) 2 : 4 RGDILI
congolais de la famille, est dissout55 : soit par le décès de l’un des époux ;
soit à la suite d’un divorce, prononcé par le tribunal56 ou soit par le
remariage du conjoint de l’absent contracté par suite d’un jugement
déclarant le décès de l’absent.
2 Dissolution du régime matrimonial sans dissolution du mariage
Le régime matrimonial est dissout à la suite de modification du
régime décidé par les époux ou même à la suite de l’annulation du
mariage.
C Cas de modification du régime matrimonial
Le code de la famille permet la modification d’un régime
matrimonial pendant le cours du mariage. Mais elle ne peut s’opérer
qu’une seule fois durant tout le temps de mariage.
En cas de modification du régime matrimonial entre les époux, la
dissolution prend effet à la date où le jugement de modification devient
définitif. Notons qu’à toutes fins, le législateur exige la publication au
journal officiel d’un extrait dudit jugement mais lorsqu’un des époux est
commerçant, la date à prendre en considérant vis-à-vis des tiers est la date
où la mention du jugement est partie au registre de commerce57.
55 Article 538 du code de la famille tel que modifié et complété par la loi N°16/008 du 15
Juillet 2016.
56 Article 578 du code de la famille tel que modifié et complété par la loi N°16/008 du 15
Juillet 2016.
57 Article 496 du code de la famille tel que modifié et complété par la loi n°16/008 du 15
Juillet 2016.
735
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III LA SUPPRESSION DE L’AUTORISATION MARITALE ET SES
CONSEQUENCES
A Rappel sur la mutation vers la suppression de l’autorisation
maritale
La loi n°87-010 du 1 Août 1987 portant code de la famille
demeure, près de 30 ans après sa promulgation, un monument juridique
ayant traité de toute question relative au droit des personnes, dans le
rapport avec la famille. Elle est le produit de l’unification et de l’adaptation
aux valeurs authentiques congolaises des anciennes règles héritées de la
colonisation58. La reforme alors opérée avait le mérite de concilier les
éléments du droit moderne et ceux du droit traditionnel pour mieux
refléter les aspirations légitimes d’un peuple à pleine mutation,
notamment dans le domaine du droit de la famille, droit de la succession
et droit de libéralité.
Plus de deux décennies, après son application, le code de la
famille révèle cependant plusieurs faiblesses, notamment sur la question
spécifique de la femme mariée et de l’enfant. Sur la capacité juridique de
la femme mariée par exemple, le code de la famille limite la femme d’une
manière excessive et discriminatoire en soumettant tout acte juridique
posée par elle à l’autorisation maritale. De même, la loi sur le droit de la
femme et la parité a promu la concertation et la protection mutuelle en
lieu et place de l’autorisation maritale. Prise conformément à l’article 40
58 Voir Exposé des motifs de la loi n°87/010 du 1er Août 1987 portant code de la famille.
736
Revue Générale de Droit et Interdisciplinaire de l’Université de Likasi (2019) 2 : 4 RGDILI
de la constitution, elle s’inspire aussi des traités et accords internationaux
ratifiés par la RDC en matière de droits fondamentaux59.
De manière spécifique, elle vise à conformer le code de 1987 aux
obligations souscrites par la République dans les deux Pactes
internationaux de 1966 relatif aux droits de l’homme, dans la Charte
africaine des droits de l’homme et de peuple, dans la Convention sur
l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard de la femme.
Cette loi a introduit dans le cadre des innovations :
- La suppression de l’autorisation maritale pour la femme mariée et en
l’obligation faite aux époux de s’accorder pour tous les actes juridiques
dans lesquels ils s’obligent, individuellement ou collectivement ;
- L’exigence du respect et de la considération mutuels des époux dans
leurs rapports, sans préjudices des autres obligations respectives qui
leur incombent dans la gestion du ménage ;
- L’affirmation du principe de la participation et de la gestion concertées
du ménage par les époux, particulièrement quant à leurs biens et
charges 60.
Eu égard à ce qui précède, seul le mari pouvait accorder à la
femme l’autorisation de poser les actes juridiques, la femme n’avait pas le
pouvoir de poser un acte sans l’autorisation du mari, le code de la famille
de 1987 classait la femme mariée parmi les incapables. Donc, seul le mari
59 Article 40 de la constitution tel que modifié par la loi n° 11/002 du 20 Janvier 2011
portant révision de certains articles de la constitution de la RDC du 18 Février 2006.
60 Exposé des motifs de la loi n° 87/010 du 1er Août 1987 portant code de la famille.
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avait le pouvoir de décider et c’était en vertu de l’article 448 qui accorde
au mari tous les pouvoirs discrétionnaires qu’il possédait.
B La mise en œuvre de la suppression de l’autorisation
maritale
Depuis la suppression de la disposition du code de la famille
relative à l’autorisation maritale, l’on constate de plus en plus que la
femme congolaise demeure dans l’ignorance de l’existence d’une telle
disposition. Elles ont encore en tête que l’épouse doit obligatoirement
avoir l’autorisation de son époux pour toutes prestations ou actes qu’elle
doit effectuer.
La loi n°16/008 du 15 Juillet 2016 modifiant et complétant la loi
n°87/010 du 1er Août 1987 portant code de la famille est une réforme qui
emprunte le pas du code du travail, qui appelle tout le monde à travailler
sans discrimination aucune, ni stigmatisation. Elle laisse plutôt la place à
un consensus entre les époux. Elles prônent une entente.
A la lumière du code de la famille de 2016, l’épouse, pour être
engagée dans une entreprise par exemple, aura à juste titre besoin
d’informer son mari en tant que partenaire de la vie. Les modifications sur
les principes de la participation et de la gestion concertée du ménage, sur
l’uniformisation de la capacité de contracter et sur l’émancipation
juridique reconnue à toute personne.
C La suppression de l’autorité maritale pour le respect des
droits de la femme
Les droits de la femme en RDC ont évolué dans un contexte
sociopolitique de domination du sexe masculin ponctué par diverses
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prorogation reconnues à l’homme et aux maris et teintés de
discrimination sociale et légale qui met la femme dans une seconde zone
qui était considérée comme un incapable61.
A l’époque précoloniale, la RDC était comme la plupart des pays
africains, régis uniquement par le droit traditionnel ou l’hégémonie male
était la règle, les femmes n’avaient presque pas les droits ; elles ne
participaient pas à la gestion familiale, à celle du foyer et encore moins à
celle de la chose publique. La femme se limitait à son rôle de la mère
nourricière, d’éducatrice et de gardienne des valeurs morales
coutumières62. Après l’indépendance de la RDC, le sort des femmes n’était
pas une question urgente à résoudre, c’est seulement par la constitution
dite de Luluabourg du 1er Août 1964 que le droit de voter est reconnu aux
femmes63. Ce texte va leur permettre enfin d’entrer dans la sphère de la
vie civile et politique.
Il a fallu attendre les années 1976 et 1986 pour voir les femmes
congolaises être valorisées dans la mesure où le Congo adhère
respectivement aux deux pactes (le pacte international relatif aux droits
civils et politiques et le pacte international relatif aux droits économiques,
sociaux et culturels) et à la convention sur l’élimination de toutes les
formes de discrimination à l’égard de la femme.
61 V. R. KABABALA, La condition juridique de la femme et en particulier de la femme mariée
en droit congolais, thèse de doctorant en Droit, Bruxelles, Université Gent, 2005, p.47.
62 Id., p.48.
63 Article 30 et 76, alinéa 2 de la Constitution de la RDC du 01 Août 1964, Moniteur
congolais, n° spécial, 5éme année, 1964.
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L’analyse de l’histoire des mouvements féminins en RDC, de
l’époque coloniale jusqu’aujourd’hui, permet de mettre en lumière les
moments forts de l’évolution de l’activisme politique des femmes et son
incidence sur l’évolution de leur statut juridique.
Après la grande lutte pour la parité entre l’homme et la femme, la
femme congolaise ressentait encore les malaises d’être assujettie à
l’autorisation de son mari, pour avoir une vie professionnelle. La bonne
nouvelle est que ce rêve est à présent une réalité dans la mesure où la
femme vient d’obtenir sa liberté pour exercer le métier de son choix et
surtout pouvoir se rendre à son travail sans inquiétude, c’est-à-dire sans
avoir besoin d’une quelconque autorisation maritale.
En droit congolais, le fondement de l’autorisation maritale était
celui qui consacrait l’autorité de l’homme. Toute est question de
l’institution du mariage qui passe par la reconnaissance de l’autorité, de
la direction de l’homme dans le foyer.
En principe, la femme est une personne physique jouissant des
droits et obligations, c’est-à-dire qu’elle est capable. Mais c’est par le lien
du mariage que la capacité de la femme était limitée. Ainsi, les articles 251
et 331 du code de la famille confirmaient l’incapacité partielle de la femme
mariée aux fins de la protection du ménage, la sauvegarde de son unité et
sa stabilité. Il en découle des dispositions de l’article 448 du code de la
famille qu’à la place de l’autorisation maritale, les époux sont appelés à se
mettre d’accord pour poser tout acte juridique quelconque et par
conséquent la femme mariée n’a plus besoin d’une autorisation venant de
son mari et le mari aussi n’a plus le droit de poser un acte juridique sans
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l’accord de son époux. Mais la suppression de cette institution a, comme
plusieurs institutions prévues dans le code de la famille, des avantages et
des inconvénients
1 Avantages de la suppression de l’autorisation maritale
La suppression de l’autorisation maritale présente un avantage
considérable dans la mesure où la femme, qui était pendant plusieurs
décennie marginalisée par le fait du mariage, mariage qui constituait une
limite à ses droits notamment sur le plan professionnel, a vu ses droits
être rétablis avec l’avènement de la modification du code de la famille en
2016, qui a complètement mis fin à l’autorisation maritale à laquelle la
femme mariée était subordonnée pour poser tout acte juridique
quelconque, notamment travailler, exercer du commerce et autres.
L’obligation faite aux époux de s’accorder pour tous les actes
juridiques dans lesquels ils s’obligent individuellement ou collectivement,
la liberté de la partie lésée de saisir le tribunal pour les départager,
l’attribution du nom de l’enfant en commun accord des époux, la liberté
des époux de choisir le lieu de résidence du ménage dans l’intérêt de tous ;
la considération du caractère inferieur des époux en cas d’adultère, sont
autant d’avantages que procure cette modification pour la stabilité et
l’intérêt du ménage.
2 Désavantages de la suppression de l’autorisation maritale
Cette suppression ne rencontre pas l’assentiment des coutumes,
des traditions et de la mentalité de l’homme (congolais) qui pensent que
l’homme doit demeurer supérieur à la femme et ne tolèrent pas que la
femme soit mise au même pied d’égalité que l’homme pour la sauvegarde
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du ménage. En effet, d’après la tradition africaine, l’homme est le seul
responsable de tous les actes qui concernent la gestion du ménage et que
la notion de parité ne doit pas être vécue dans le ménage pour éviter une
disconcordance, voire la crise d’autorité surtout en cas de désaccord d’une
de deux parties. D’une part, l’homme voit son autorité diminuer ; de l’autre
part, la femme aura une attitude indifférente devant son mari, qui peut
entraîner un déséquilibre dans le ménage.
Il est vrai qu’en supprimant le régime d’autorisation maritale, le
législateur donne l’obligation aux époux de contribuer aux charges du
ménage, mais il demeure constant que le législateur n’a pas tenu compte
de nos valeurs et traditions africaines.
IV LA CONCERTATION DANS LE MENAGE
La concertation est une pratique qui consiste à faire procéder une
décision d’une consultation des parties concernées ; c’est aussi le fait de
se concerter pour prendre mutuellement l’avis des uns et des autres en
vue d’un projet commun.
En effet, la concertation dans le ménage trouve son fondement
dans le code de la famille en ses articles 448 et 489 et suivants. Il en
découle de ces dispositions que les époux doivent se mettent d’accord ou
se concerter pour ce qui est des actes juridiques à poser ou pour ce qui est
de la gestion de leurs biens. L’article 448 du code de la famille fait mention
d’un accord entre les époux en ce qui concerne tous les actes juridiques
dans lesquels ils s’obligent à une prestation qu’ils doivent effectuer. Cet
accord ou concertation est possible dans tous les cas, sauf pour éviter de
traduire en justice l’un des conjoints, pour disposer à cause de mort, ou si
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l’un des conjoints est absent pendant douze mois64. La concertation entre
les époux est principalement reconnue par l’article 490 alinéas 1 et 2 qui
dispose que « La gestion comprend tous les pouvoirs d’administration, de
jouissance et de disposition, sous réserve des exceptions prévues par la
loi ».
Quel que soit le régime matrimonial qui régit les conjoints, la
gestion des patrimoines communs et propres est présumée confiée au
mari, en concertation avec la femme, sauf pour les choses qui sont
réservées à l’usage personnel de chacun, notamment les vêtements, les
bijoux et les instruments de travail de moindre valeur 65. Il en découle que
les époux doivent se concerter pour la gestion de leurs patrimoines
communs ou propres, et selon qu’il s’agisse du régime de la communauté
des biens, du régime de la communauté réduite aux acquêts et du régime
de la séparation des biens. Bref, la concertation dans le ménage concerne
tous les cas notamment pour tous les actes juridiques que les époux
peuvent poser, ou pour la gestion de leurs patrimoines communs ou
privés sauf lorsqu’il s’agit d’initier une action en justice contre l’un des
époux, de disposer à cause de mort ou si l’un des conjoints est absent
pendant douze mois.
CONCLUSION
Si aujourd'hui on parle beaucoup plus de l’émancipation de la
femme c'est parce qu'elle est arrivée à un stade où elle s’est rendue
64 Article 451 du code de la famille, article 448 du code de la famille tel que modifié et
complété par la loi n°16/008 du 15 Juillet 2016.
65 Article 490 alinéa1 et alinéa 2 du code de la famille, article 448 du code de la famille
tel que modifié et complété par la loi n°16/008 du 15 Juillet 2016.
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compte qu'elle est capable de beaucoup de choses et qu'elle serait freinée
par le désir de domination de son partenaire, qui est l’homme.
En droit congolais, le code de la famille de 1987 avait subordonné
la capacité de la femme mariée à poser des actes à l’autorisation de
l’homme ou du mari. Ce qui réduisait le mariage en un projet de l’homme,
et dans le projet, il fixe lui-même ses objectifs qui ne dépendent que de
l’homme et non de la femme alors que le mariage est une œuvre de deux
personnes dont l’homme et la femme.
Cette tendance a changé avec la révision du code de la famille de
2016 qui, à son article 448 stipule que : « Les époux doivent s’accorder pour
tous les actes juridiques dans lesquels ils s'obligent à une prestation qu'ils
doivent effectuer ». Par cet article, législateur veut que les époux
s’accordent pour tous les actes juridiques dans lesquels ils s'obligent à une
prestation qu'ils doivent effectuer, c'est-à-dire la femme peut poser des
actes juridiques sans l’autorisation de son mari alors que ce n’était pas le
cas avant la modification du code de la famille.
Heureux sont les hommes qui ont compris ce qu'est la femme, et
qui ont permis la mise en place des bonnes lois qui doivent règlementer la
vie en société. Ce pourquoi, nous demandons que notre société emprunte
les pas de nos précédents, par exemple les français qui, dans leur loi,
garantissent l’égalité de la femme et de l’homme.
En supprimant l’autorisation maritale au profit de la concertation
dans le ménage, le législateur vient de rendre l’épanouissement difficile
dans le ménage puisque c’est trop tôt de supprimer cette autorisation,
sans avoir vulgarisé le projet de loi ou la loi en question. Mais cette
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suppression est parfaite pour le régime de la séparation des biens
puisqu’elle permet non seulement à l’homme d’enrichir son patrimoine
mais aussi à la femme d’enrichir le sien.
Se retrouvant libre, la femme peut tout faire pour que sa
progéniture survive. Il y a maintenant plusieurs entrepreneurs qui
comprennent que la femme peut beaucoup attirer la clientèle que
l’homme. La femme a un dévouement pour ce qu'elle fait et en se basant
sur ce qu'une femme endure pendant sa grossesse jusqu'à
l’accouchement, il est nécessaire de laisser la femme mariée travailler
librement pour permettre le développement de la famille qui est le noyau
de la société.
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