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, Cartes historiques de
l’Afrique Manding ( fin du 19e siècle) (1990). Reproduit avec l’ aimable autorisa-
tion de l’Imaf, numérisation effectuée par les services de reprographie de la Bulac
/ Map of Samori Touré’s empire before 1888. Person et al., Cartes historiques de
l’Afrique Manding ( fin du 19e siècle) (1990). Reproduced with the kind permission
of Imaf, digitisation completed by Bulac Reprographic Services
ill. 5 Première phase de l’expansion. Person et al., Cartes historiques de l’ Afrique Man-
ding ( fin du 19e siècle) (1990). Reproduit avec l’ aimable autorisation de l’ Imaf,
numérisation effectuée par les services de reprographie de la Bulac / First expan-
sion phase. Person et al., Cartes historiques de l’ Afrique Manding ( fin du 19e siècle)
(1990). Reproduced with the kind permission of Imaf, digitisation completed by
Bulac Reprographic Services
Notice 1
à mon ami
1 Djiguiba Camara fait ici référence à la “mission civilisatrice française” en tant que discours
colonial.
56 “Essai d’ Histoire locale”
CAMARA Djiguiba
Préface
Vers les 13° et 14° siècles, à la suite des immigrations vers les terres situées
de part et d’autre du Tropique du Cancer, les mouvements [d’]exodes s’ effec-
tuèrent vers le Sud du Continent africain.4
2 Un cercle est une division administrative coloniale. Chaque colonie était divisée en un cer-
tain nombre de cercle avec, pour chaque cercle, un chef-lieu de cercle. Djiguiba Camara utilise
la notion de cercle dans l’ensemble de son texte, y compris pour des périodes précédant la
colonisation, auquel cas le terme fait référence à une entité politique locale.
3 Le concept de race, tel qu’évoqué ici par Djiguiba Camara, est à relier au concept malinké de
“si,” comme terme générique pour désigner un lignage, un groupe étendu.
4 Pour une étude des mouvements migratoires dans la région, voir Massing, 1985. Voir aussi
Wilks, dans Levtzion et Pouwels 2010.
version française 57
GUINIMINI JUMEAUX
GNASSOUMA
5 Djiguiba Camara utilise le terme de “canton” aussi bien pour la période coloniale que pré-
coloniale, il l’utilise notamment pour désigner des zones géographiques et des chefferies
lorsqu’il traite de l’Empire de Samori Touré. Il fur lui-même chef du canton du Simandou-
gou, de 1928 jusqu’à l’abolition des chefferies de canton en 1957 par Sékou Touré. Voir sur le
sujet de l’abolition de la chefferie, Suret-Canale 1966.
6 Il n’y a pas de parenthèse fermante.
58 “Essai d’ Histoire locale”
Les Koné restèrent sur le sol jusqu’à l’arrivée des Camara, qui, par infiltration
réussirent à conquérir le sol. Les Koné disparurent à la longue absorbés par
les Camara. Les quelques rares descendants des Koné sont encore dans cer-
tains villages tandis que la majorité est demeurée au Nord (Ouorodougou et
Béla-Faranah). Les Camara qui font l’objet de cette étude viendront plus tard
affermir leur suprématie sur le sol (cantons Simandougou – Guirila etc…)
INVASION: Il faut remonter à plusieurs siècles pour voir se dessiner un mou-
vement d’invasion allant du Magr[h]eb vers les rives du Niger. Les tribus rive-
raines, arrachées de leur sol par les Berbères pillards, s’ enfuirent vers la vallée
du Tinkisse et dans la région du Mandé.
C’est du pays du Mandé que Les Camara vinrent à Farinkamaya, village situé
5 aux environs de Siguiri. C’est de là que parti-|partirent cinq frères consanguins
suivis de leurs proches en quête d’une “Terre promise.”
7 Mésalliance10
Comme de juste, les quatre frères de Farin Kaman rappelés en hâte assistèrent
aux obsèques de leur père. Après les funérailles, ils demandèrent le “talisman”
à leur jeune frère. Celui-ci avait reçu ce talisman de son père. C’ était un acte
de reconnaissance du défunt dont il avait rendu la vieillesse plus heureuse. Il
n’entendait pas s’en défaire fu[û]t-ce au profit de ses frères. Ceux-ci par droit
d’aînesse voulaient bien récupérer le talisman. Car il était dit à l’ origine que
le détenteur de la corne ou les descendants seraient puissants sur la terre. La
corne magique devait donc faire l’objet d’une convoitise sans égale par chacun
des quatre frères; de là une mésalliance profonde.
Le complot11
Konsaba l’aîné et ses trois frères vont donc comploter dans l’ ombre contre leur
cadet Farin Kaman.
Par un vain scrupule les quatre frères qui ne doivent pas voir couler le sang
de leur jeune frère envoient ce dernier à Fin Kassia Koné à Diémou (canton de
Ouorodougou, cercle de Beyla).
Ainsi de la Côte d’Ivoire la souche de la fortune puissance des CAMARA va
passer en Guinée (Région Forestière).
Dans la personne de Farin Kaman, elle y mettra pied pour essayer [essuyer]
une première tentative d’assassinat.12
10 Voir page 48 du tapuscrit, “mésalliance” est annoté à la main “querelle” par Yves Person. Il
faudrait plutôt entendre “une mauvaise relation.”
11 La trahison des frères et le complot contre Farin Kaman est également rapporté par Geys-
beek 1994: 60: “Rivals in Jèmu hated Foningama and tried to kill him because he was
popular, / So they dig a hole and put arrows, knives, and other sharp things in the hole
so that Foningama would die when he fell into the hole.” Konsaba chez Djiguiba Camara
est Kòsama ou Kònsaba chez Geysbeek.
12 Comprendre: “La souche de Camara, en la personne de Farin Kaman, va mettre pied en
Guinée forestière, où il fera face à une première tentative d’ assasinat.”
version française 61
qui l’y attend. À l’ombre du fromager tutélaire de Diémou, un grand trou est
préparé et rempli de flèches empoisonnées, pieux, de pâles dont les pointes
sont tournées vers le haut. Le tout recouvert de peaux, arrangé, transformé en
place d’honneur doit recevoir Farin Kaman qui ne manque pas de s’ y assoir et
d’y trouver une mort certaine.
Heureusement le cadet des Camara est prévenu par la femme de Fin Kassia
Koné, la vieille maîtresse de Farin Kaman, Née Koumba qui se trouve versée
dans le complot par l’indiscrétion de son mari. La nuit quand il faut se réunir
pour régler la palabre on désigne la place d’honneur à Farin Kaman qui refuse
de s’y assoir car c’est la place de la mort. Un des principaux notables, étranger
au complot, venu de son lointain territoire, prend place sur les peaux et meurt.
Ce fait éclaire Farin Kaman. Il comprend la valeur du complot | et se sauve 8
en criant son dégoût au fratricide Konsaba.
Suivi de Férémory Doré et du griot Missa Diobaté qui s’ attachent à sa for-
tune, Farin Kaman se dirige vers l’ouest; arrive à Nérékoro chez son oncle Tou-
mani Kamé qui lui donne asile en raison de la parenté qui existe entre Kama
Dama, mère de Farin Kaman et son grand frère Toumani.
Farin Kaman raconte la tentative d’assassinat de Diémou à son oncle. Ce
dernier en prévision d’une attaque de la part de Konsaba, des gens de Diémou
et des autres frères, préfère venir à Missadougou qui présente l’ avantage d’ être
fortifié par un captif Missa fondateur de l’agglomération.
Les prévisions de Toumani et de Farin Kaman se réalisent pleinement.
L’attaque de l’emplacement ne se fait pas attendre.
La guerre de Moussadougou13
L’échec de Diémou n’est pas faite [fait] pour apaiser la sourde colère des Koné
et des autres Camara. Aussi une forte armée marche-t-elle sur Moussadougou
pour châtier Farin Kaman qui ose garder la corne magique. Cette armée essuie
une sanglante défaite. Elle laisse à la porte de Moussadougou ses fétiches qui
doivent lui assurer la victoire, ses flèches et bon nombre de guerriers. Le reste de
l’ armée en déroute réussit tout juste à s’échapper. Du côté de la famille pater-
nelle cette victoire ôte à Farin Kaman toute crainte de l’ avenir.
Composition de Moussadougou
Moussadougou est créé par un captif de Toumani Kamè du nom de Moussa
qui en dirige les destinées jusqu’à l’arrivée de Farin Kaman et de son oncle. Le
village après la défaite comprend:
– 1° Zô Missa Kamè descendant du fondateur Moussa (et leurs familles)
– 2° Diou Fali Koné
– 3° Fémédou, frère de Toumani
– 4° Farin Kaman, Férémory Doré et Missa Diobaté
– 6° Les captifs faits pendant la guerre
14 Les “Remarques” font office de notes de bas de page, bien que s’ inscrivant dans le dérou-
lement du texte. Le saut de paragraphe indique leur fin. Les références ne sont clairement
explicitées par un renvoi numéroté qu’à partir de la page 42.
version française 63
15 Voir Geysbeek 1994: 71 “Diviners Challenge Zo Musa in Musadu”: “The diviners tied their
talisman around a toad’s neck, / Because Musa’s horn talisman swallowed toads and frogs/
The diviners decided to make a talisman that could destroy the power of Zo Musa’s horn
talisman / They tied their talisman under the neck of the toad / […] After swallowing the
toad, Zo Musa’s horn talisman barked like thunder. It sounded like thunder. […] Musa
cursed the region.”
16 “Zô” p. 9 du tapuscrit.
64 “Essai d’ Histoire locale”
Composition de Moussadougou
1° FARIN KAMAN et ses fils dont l’aîné est Fandyara
2° TOUMANI KOME ses 6 fils et sa famille
3° FEMEBOU KANE (frère de Toumani) ses 2 fils et sa famille
4° FEREMORY DORE ses 5 fils et sa famille (attachés à la fortune de Farin
Kaman depuis leur évasion de Diémou)
5° MISSA DIOBATE et les siens
6° ANZOUMANA BERETE et sa famille
7° MORIMISSA KANE et sa famille
8° SEREFOU TALATA et sa famille
9° SANI SAGNO
Moussadougou, gros village peu à peu s’est dépeuplé tout en restant le foyer
de rayonnement de la famille des Camara. Sa population se disperse dans les
environs immédiats:
– a) certains Kamè vont [à] Diakolidougou
– b) Certains Bérété vont créer Beyla (Bérétéla – Bé-élà – Bééla)
– c) les Koné descendants de Morissiman restent à Moussadougou où ils sont
les seuls qualifiés à exercer même de nos jours les haute[s] fonctions
d’Almamy.
11 1° FAFING DORE17 attaché à la fortune de Farin Kaman a 5 fils qui plus tard vont
se disperser au hasard de la fortune;
1° BOI viendra créer Bilamadou dans le Guirila
2° FANKIERE viendra créer Kéfindougou dans le Gouana
3° KOESSIA viendra créer Gboudoune dans le Gouana
4° DORE restera à Moussadougou (Konian)
17 Il ne semble pas y a voir de deuxième numéro sur la liste, après l’ énumération des enfants.
version française 65
18 Voir Geysbeek 1994: 73: “After having his sixteen sons in Musadu, he [Foningama] said that
he had to offer a wiikèlèn sacrifice. / He sacrified a human being, horses, cows, sheep, and
food. / He gave the items to some marabouts to work for him. The marabouts comple-
ted the work for Foningama.” Geysbeek commente: “This is a very important sacrifice that
only the most wealthy and powerful can make. Some say that this means sacrificing 1,000
(wa kèlèn) of each item offered (e.g., 1,000 kola nuts), while others limit this to offering
ten separate items in groups of one hundred each.”
66 “Essai d’ Histoire locale”
fice est partagé par Dia Ha Valey entre les marabouts de son village. Ceux-ci
forment une délégation pour venir remercier Farin Kaman. Parmi eux il y a
12 – 1° Fouma SOUARE (fils de Dia Ha Valey Souaré)
– 2° Djikounou CISSE de Nionsomoridougou
– 3° Férémory SYLLA
– 4° Doukouré BINE
– 5° Camara Gbèni Zinè accompagne la délégation en temps que griot de là
la naissance d’une seconde famille de Camara: FINA griot qui se rattache à
l’histoire des Camara d’origine noble.
19 A la suite du sacrifice, Geysbeek (1994: 14-22) donne également une scène de fondation des
lois: “Foningama then told his uncles / ‘Nobody will settle in a land that is not designated
for them, and where there is no law,’ / Then he counted twelve offenses and made some
laws. / Do not beat your wife on the farm where no one is there to plead the case. / Do not
take a gun against another human being […].” Djiguiba Camara reproduit également une
liste des lois établies par Farin Kaman, mais leur donne une bien plus grande ampleur:
après avoir récapitulé le nombre des familles concernées par ces lois, il les énumère sur
plusieurs pages.
20 La violation de la loi par les fils a une valeur hautement symbolique. Geysbeek (1994)
suggère de ne pas considérer cette scène de manière littérale, mais d’ y voir plutôt un
indice des difficultés rencontrées par Farin Kaman pour assoir son pouvoir sur Musadu,
puisqu’il ne pouvait même pas maîtriser ses propres fils. La transgression de la règle,
à peine énoncée, est un épisode topique des mythes de fondation, renvoyant à la pra-
tique et à l’application du pouvoir: pour qu’elle soit effective, la loi doit être appuyée par
la force. Ici, nous pensons que c’est la mise en scène du lien entre juridique et exécu-
tif qui s’affiche par ce motif. Geysbeek rapporte cette sentence terrible de Foningama,
qui signifie la mort des fils (1994: 74): “He said ‘I love my word more than my child.’”
Notons qu’un autre père tue son fils pour avoir transgressé ses devoirs, dans le texte de
Djiguiba Camara: il s’agit de Samori, qui condamne à mort Karamoko, p. 93 du tapus-
crit.
version française 67
l’ on jette les victimes. Ceux-ci se font empaler et meurent dans des convul-
sions épouvantables. A l’avenir c’est là un exemple pour tout contrevenant. Ce
système de mise à mort est en usage pendant des siècles; il n’est modifié qu’ à
l’ arrivée des Cissé qui remplacent ce système barbare par l’ arme blanche.
Us et coutumes25
1 Les délits et pénalités
24 L’appellation de “martyrs” pour les fils de Farin Kaman qui ont transgressé les lois de Mis-
sadougou est étonnante, voir supra, p. 12 du tapuscrit, “Suite des mille sacrifices: condam-
nations.” Il s’agit des premières victimes de la loi.
25 L’insertion de ces listes, à valeur juridique, constitue une véritable rupture générique et
70 “Essai d’ Histoire locale”
stylistique dans le texte. Mais cet apparent écart peut être nuancé si l’ on considère que
Djiguiba Camara ne fait qu’amplifier l’épisode final de l’ “épopée de Musadu” recueillie par
Geysbeek 1994. Musadu et Foningama y sont en effet présentés comme l’ origine mythique
de la loi, le héros légiférant afin de constituer une nouvelle organisation du monde p. 74:
“Foningama said: ‘We have listened to all the laws. / Anyone found breaking the law against
the market will be tied to a tree’ […] From that time to today, all of the Kamara in Manaan-
Kòsan, Girila, Sumandu, Gbana, Konokòlò, or Buzye / Any Kamara who violates the law
will give a chicken or cow, but will not be killed. / That is why we have a joking relation
between the Donzo and the Kamara.”
26 Ou “monnaie de fer” (bandes de fer martelées), qui avait cours du sud de la Guinée à la
Sierra-Leone. Les guinzés ont été progressivement démonétarisés pendant la colonisa-
tion. Voir à ce sujet Béavogui 2000.
version française 71
A) Personnes
a) dans les champs (feu de brousse). Remboursement
b) dans un village (animaux safu cheval)
c) sur la collectivité (sur eau) cas rare, cas cours d’ eau à cours rapide et
poisson ne stage [nage] pas cas pouvant entraîner la mort [raturé].
10 / E)30 HERITAGE
1. Les arbres: reviennent à la descendance du défunt. Si le pro-
priétaire quitte le pays, les arbres sont au Chef (tutelle) à
charge de les restituer.
2. Terrains: a) appartient au natif du pays
b) l’échange sur autorisation obtenue
c) Entre autochtones, le droit est acquis au premier occu-
pant.
Remarques: us et coutumes
A. Les CAMARA du Goye et les KONE évitent Moussadougou à cause de leur
échec à côté du marigot Goye Koni près de Moussadougou (à l’ est).
B. Zô Moussa Kamè à la suite de son exclusion de Moussadouou, arrive à
Nionsomoridougou. De là, il va à la montagne (ouest) boit à une source
et s’extasie devant cette élévation en criant “KA NI KO KE” qui veut dire
“bonheur nous sommes sauvés.” La calebasse qui a servi à boire est de tout
temps remplacée jusqu’à l’établissement de la voie carrossable.
C. Les CAMARA FINA ne sont pas soumis au même régime que les CAMARA.
Ils sont même moins que les griots. C’est une sorte de caste de parias.
L’honneur
Souvent dans la société indigène, il arrive qu’ un individu porte atteinte à
l’ honneur de ses semblables. L’acte peut avoir des conséquences qui vont
jusqu’au suicide de l’homme déshonoré. Un individu:
3°/ Adresse des paroles malveillantes et des injures à une assemblée. C’ est la
guerre ou seule la force des armes qui décide. La raison n’est pas à celui qui a
dit la vérité, mais au plus fort. C’est le cas de la bataille rangée (voir 4)
Interdits
1. insulte BATARD à un frère consanguin
2. tirer le couteau contre quelqu’un pour s’en venger
3. casser le canari à eau de sa femme
4. pour la femme, casser la calebasse de repas marital
Superstitions
La vie indigène de ce temps-là est toute de superstition (l’ homme de ce temps
pratiquait une sorte de religion animiste; tout acte a une répercussion proche
ou lointaine sur la vie). Les cris de certains oiseaux, les rêves, les actes coutu-
miers de la vie journalière étaient des signes précurseurs d’ évènements qui se
réalisaient souvent.
Nous allons essayer de relater quelques superstitions et leur correspondance 19
dans la vie pratique.
D’une façon générale qui s’accomplissaient suivant deux sens: la droite est
aux hommes, la gauche est aux femmes; cependant quand votre cadet est une
fille, vous pouvez tabler vos calculs sur le pied gauche. En ce cas votre succès
sera lent à venir. L’oiseau GNAMATOUTOU ou KERIN KONO pariant après votre
passage vous dit une chose qui s’accomplit après vous.
34 Comprendre: “Si un chef de concession n’a que deux filles, et pas de descendant mascu-
lin, il est interdit de les léser au niveau de l’héritage.” Il s’ agit peut-être d’ une influence du
droit musulman qui interdit de léser les filles dans la répartition de l’ héritage familial.
35 La référence est obscure. On peut supposer qu’il s’agit du nom de l’ oiseau de bon augure,
nyama toutou, cité par exemple par Cissé et Kamissoko 2007: 178 et suivantes: lorsque
Soundiata a vaincu Soumaworo à Krina, l’oiseau djamba-toutou vient faire son nid devant
la grotte où a disparu le vaincu, et défend son honneur par son chant, “Et si tu disais: ‘Ah!
qu’il était bien viril, Soumaworo,’ le djamba-toutou répondait: ‘Même aujourd’ hui encore,
Soumaworo garde toute sa virilité.’”
76 “Essai d’ Histoire locale”
3. On parle d’un homme qui vient sur le coup = LONGEVITE (en bien ou en
mal)
4. Le coq chante à 18h30: grossesse d’une fille par un amant
5. Démangeaison inopinée dans la main: a) droite: homme vous donnera
quelque chose; b) femme: id°
6. Démangeaison inopinée dans la plante du pied: VOYAGE
7. Vu de grosses chenilles rouges traversant la route: coupés en deux: vous
aurez la viande; la tête dans le sol: MORT D’ UN PROCHE
8. Le caméléon a la queue verticale: BONHEUR
9. La vipère traverse la route: BONHEUR
36 Les dioulas sont des commerçants présents en Afrique de l’ Ouest et notamment en zone
mandé. Samori Touré était lui-même dioula et Yves Person utilise le terme dans le sous-
titre de sa monumentale thèse, pour signifier l’importance de leurs réseaux de commu-
nication et l’efficacité de leurs circuits commerciaux dans l’ établissement de l’ empire
version française 77
samorien. Voir l’entrée “Dyula” rédigée par Robert Launay, Oxford Bibliographies On
Line, in “African Studies,” New York, Oxford University, 2013: http://www.oxfordbiblio
graphies.com/view/document/obo‑9780199846733/obo‑9780199846733‑0111.xml, consul-
té le 28 mai 2018.
78 “Essai d’ Histoire locale”
2. Interdits
L’acceptation de faire partie d’une association entraîne des obligations en tous
genres:
a) il ne courra aucune femme si ce n’est la sienne
b) il ne médit d’aucun associé
c) en cas de guerre aucun chasseur ne doit tirer manifestement sur un autre
d) le chasseur doit se confesser préalablement si une bête blessée se défend
par la réaction. Ensuite la chasse reprend.
3. Discipline
Dans les assemblées de chasseurs, le plus haut gradé est celui qui fut lavé le
premier.
Il va sans dire que les petites occupations manuelles reviennent de ce fait
aux derniers lavés (portage viandes, bagages, commissions: tous les signes par
lesquels l’élève vénère son maître sont en tous points identiques au devoir du
nouvel initié à l’égard des anciens). Si une bête est tuée par:
Décès de chasseur
a) Obsèques
D’une façon générale, la mort d’un chasseur donne toujours lieu à des actions
rituelles. Les chasseurs des environs arrivent le jour même du décès, la tombe
creusée, une danse s’organise: les chasseurs par ordre d’ importance marchent
à la file indienne vers la fosse funèbre; des coups de fusils partent; ils ont pour
but de chasser de la tombe les âmes des bêtes tuées par le défunt et ce qui en
l’ occurrence pourrait constituer une charge dans la balance du Jugement du
disparu.
L’enterrement a lieu ensuite et les condoléances sont adressées à la famille 22
du mort.
Les funérailles sont renvoyées à une date future.
b) Funérailles
Les frais de funérailles autant que la date sont fixés par les éprouvés. Ceux-ci
convoquent les chasseurs et autres parents pour le jour convenu.
Les invités arrivent en grand nombre. Ils se livrent à une fête qui dure toute la
journée et une partie de la nuit. Armés de fusils, au son de leurs violles[violes],
ils esquissent des simulacres de chasse, les sifflets retentissent. Le lendemain,
chaque chasseur va en brousse et chacun rapporte ce qu’ il peut. Ces bêtes sont
remises au Chef chasseur du jour (le plus ancien) qui les donne à l’ organisateur
des funérailles.
Les têtes et les cornes sont préalablement enlevées et suspendues à l’ entrée
du village.
c) Les danses continuent. Le soir, trois feux s’allument: le premier pour les chas-
seurs qui ont attaqué les fauves les carnivores dangereux; le 2ème pour tous les
autres chasseurs; le 3ème pour les invités.
Chacun danse au son du feu après avoir fait ripailles et bombances.
Au lendemain de ces danses, tous les chasseurs vont sur la route les cornes
suspendues autour d’une termitière sur laquelle ils ont donné un coq blanc
et de la farine à la mémoire de leur ancêtre Mandén Moï, ils organisent des
farandoles les fusils éclatent, la viole émet des sons aux airs entraînants: c’ est la
liesse, les cous se tordent dans des convulsions épouvantables. L’accalmie vient
après. Les cérémonies sont terminées. L’âme du défunt sera dans une complète
quiétude. Selon les moyens, l’organisateur donnera une certaine somme aux
invités chasseurs pour se payer de la poudre. Ces rites sont si importants pour
eux, que l’on a entendu certains d’entre eux ordonner à leurs familles de ne
rien faire pour eux après leur mort si ces cérémonies ne sont pas faites.
80 “Essai d’ Histoire locale”
A) Les non griots: Englobe tous les CAMARA-KOROMA, TRAORE, CISSE, TOURE
et KEITA
Suivant les pays et les coutumes
Mariage
Autrefois le mariage ne se faisait qu’entre les griots de toutes les catégories.
Toutefois il est arrivé à un certain nombre de griots aux services de Chefs
conquérants à épouser malgré elles des femmes non griottes, tombées entre
leurs mains par le sort de la guerre.
Les FINA sont à l’écart et s’épousent mutuellement. Quant au cordonnier dit
GARANKE quoi qu’ils soient considérés comme inférieurs aux autres peuvent
réciproquement se marier avec des femmes non griottes.
FORGERONS: Dans certains pays le mariage de filles de forgeron est autorisé,
mais l’inverse est rare.
Depuis la pénétration de l’Islam cette coutume se trouve modifiée dans cer- 24
tains pays; ça n’empêche qu’il y ait d’autres qui lui conservent strictement son
caractère considéré comme affamant [infamant].
REMARQUE:40 Cette monnaie a encore cours dans les cercles de Beyla, Kissi,
et jusqu’au fonds du Libéria.
42 Voir p. 12 la raison donnée par Djiguiba Camara, sur la transgression des premières lois
de Moussadougou. Tim Geysbeek suggère qu’ils étaient impliqués dans un pillage de
marché.
43 Nous reproduisons en deux tableaux les deux pages d’ arbre généalogique.
84 “Essai d’ Histoire locale”
(suite)
(suite)
Telle est la famille de Farin Kaman. Ses fils occupèrent les Pays où se trouvent 27
encore leurs descendants de nos jours.
Nous allons procéder de même pour différentes familles de manière à avoir
une vue d’ensemble sur le peuplement du pays avant de passer à l’ histoire
proprement dite. La version que nous avons prise a [à] des sources cependant
autorisées peut avoir des défectuosités puisque la tradition n’est qu’ orale. Mais
nous avons la certitude que c’est elle qui se rapproche le plus du réel.
Examen des diverses dispersions familiales: Toutes les dispersions obéis-
sent à une loi que l’histoire so[a]ura dégager. Ce qui est vrai c’ est que toutes
se firent en direction du Sud au Sud-Est. Les hommes de proche en proche
sétablirent [s’établirent] sur le sol, changeaient de résidence, quand pour des
raisons diverses, les frères consanguins devaient séparer leur fortune, ils met-
taient entre eux plusieurs jours de marche.
Indifféremment l’aîné, le jeune et le cadet allaient chercher asile ailleurs, y
prospérant et quelques-uns de ses enfants le quittaient. Tel était le processus
des dispersions qui donnaient naissance à des créations de villages souvent
prospères. Nous allons essayer de montrer les mêmes dispersions familiales
pour les oncles des Camara (Les Kamè). Au fur et à mesure des besoins nou[s]
montrerons les autres familles s’établissant sur le sol.
86 “Essai d’ Histoire locale”
Les “KAME”
Du Mandé, Fakoli vient à Tina pour ce pays où pousse le “Mana” qui lui aurait
été donné par Soundiata.
FAKOLI
(carte)44 28
(débute
avec la
LES KOUROUMA: Les Kourouma protecteurs des Camara, restèrent à Mous-
fin du
sadougou avec leurs pères pendant un temps. Poussés eux aussi par l’ esprit tableau)
d’aventure, ils quittèrent le village par groupe suivant leurs activités. Ce furent
d’abord les fils de Toumani Kané.
1° le premier fils vint à Diakolidougou avec quelques-uns de ses oncles, créa
le village actuel. Une partie poussa à Manakoro (Konian).
2° le second suivit son oncle maternel Zô Missa Kamè à Zota, créa Gbaya
(cercle de Nzérékoré, canton de Ziabalé)
3° le troisième Faboy Kamè dont tous les descendants sont à Fouala (canton
de Guirila)
4° et 5° suivent leur concle [oncle] Sy Brama. Leurs descendants se fixèrent
initialement à Timindougou, Kouloubadougou, Gbangbadougou, Tolomasso,
Manifadu (canton Kérouané-Beyla). Plus tard, les descendants en ligne directe
émigrèrent vers la Forêt et y formèrent les groupements des Kourouma de
Macenta.
44 Nous n’avons pas trouvé de carte correspondant au renvoi. Idem pour les mentions ulté-
rieures de cartes.
88 “Essai d’ Histoire locale”
Moussadougou
Moussadougou est peuplé désormais des Kourouma, Kané, Doré, qui font von
[vont?] s’y maintenir, s’y prospérer et continuer à respecter les lois imposées
par Farin Kaman.
Distinctions
Moussadougou devint un lieu sacré des Camara. Les descendants de Findiara
ne restèrent pas demeurés à Ouanino village trop rapproché de Moussadou-
gou. Ils se dispersèrent comme nous l’avons dit dans la division familiale. Son
fils aîné Fatouma Oulén vint dans le Simandougou.
Fils Petits-fils
45 Voir p. 30 du tapuscrit.
46 Il s’agit de l’auteur, Djiguiba Camara.
90 “Essai d’ Histoire locale”
Premières fixations
Fankoloni vint créer Sondougou dans le Simandougou et y demeura. Sonè
Siman fils de Fantouma Oulin resta à Télikoro. A présent les Camara s’ infiltrè-
rent partout; ils allèrent en Région forestière (Macenta), sur les rives du Milo et
bien à l’intérieur du cercle de Beyla.
Founou Oussou, fils de Sonè Siman mourut à Diarakéndou dans le village
créé par son fils.
Création de villages
Les villages vont s’édifier au grand étonnement des Koné habitants du pays.
Tous les fils de Founou Oussou fondent les agglomérations plus ou moins
importantes.
Faman créa Diomandougou et les hameaux
Fakassia créa Kassiadougou et les hameaux
Fadiaranké créa Diarakéndougou et les hameaux
Soumadian créa Kissidougou
tous du canton de Simandougou, cercle de Beyla.
En considérant Fakassia dont la descendance fut bénie par son grand frère
Faman, nous constatons que cette descendance est bien intéressante puisque
son histoire est étroitement liée à celle des Koné, des Camara, de l’ Almamy
Samory et des Français. Les enfants de Fakassia sont:
Kassia Morou qui créa Fabadougou
Dyoro qui créa Fankonifè
Fafounou qui créa Gnakorodou
Gnouma Oussou
Sosso Camara créèrent Damaro
Le pacte47
Du temps de Fakassia, il existait un village de Koné du nom de Goïfé qui compte
encore de nos jours 15 cases. Deux jeunes filles y vivaient
29bis Le pacte
Du temps de Fakassia, il existait un village de Koné du nom de Goïfé qui compte
encore de nos jours 15 cases. Deux jeunes filles y vivaient dans une entière com-
munauté de vie à côté de leurs parents. Elles prêtèrent serment d’ unir leur
vie, de s’attacher à un même mari, de fusionner tous leurs biens, toutes leurs
misères, choses permises en ce temps puisqu’aucune loi coranique ne sanc-
tionnait la vie publique.
47 Paragraphe redondant.
version française 91
Le mariage
Fakassia (voir arbre généalogique) alors chef de Kassiadougou, ayant des en-
fants puissants, les Kourouma avec lui, demanda la main d’ une des pactisantes,
la plus âgée. Gnouma Koné s’établit à Goïfè. La main lui est accordée tout de
suite. Emmenée chez son auguste mari, Gnouma dévoila son secret avec Niallé
sa jeune sœur d’adoption. Le mariage de Niallé est consommé. Les deux jeunes
filles se partagèrent ensemble les couches du mari. Entre elles tout est commun.
Elles accouchent toutes deux
Tigné Gnouma à Fassou soit Gnouma Oussou (élision particulière FA)48
Boï Niallé à Sosso soit Niallé Sosso
Le sacrifice
Chaque famille doit assurer la chefferie à ses fils par les sacrifices rituels pro-
pitiatoires. Fakassia n’échappa pas à cette règle conformément aux dires du
devin. Fakassia tua un boeuf, fit préparer la tête de l’ animal par des femmes. Il
mit dans la viande une bague en or. Celui qui aura le métal précieux en man-
geant sera le plus puissant de ses descendants.
Les cinq fils n’étaient au courant de rien, seul le savait Fakassia, sa femme
préférée et le devin.
Mangeant dans une obscurité totale, Sosso eut la chance d’ avoir l’ or. Il crut
tout d’abord à la présence d’un caillou, le mit dans sa main, le passa à son frère
Gnouma Oussou qui le remit à son père prétextant un oubli de la part des cui-
sinières. Fakassia informa aussitôt ses deux fils de ce qui était et cela dans une
cour intérieur[e]. La favorite surprit la conversation, la dévoila envers ceux à
qui elle était redevable; c’est-à-dire aux trois autres frères.
Sosso et Gnouma furent pris en grippe par leurs aînés, leur père leur conseilla
clandestinement à Sosso et à Oussou de s’enfuir pour [é]chapper à la mal-
veillance de leurs frères consanguins.49
48 Note de l’auteur sur la variation phonétique du nom propre donné à l’ enfant, qui com-
prend le nom de la mère et le nom du lieu de naissance: Gnouma + Fassou, produit
Gnouma Oussou, par élision de la syllabe [fa].
49 C’est la deuxième fois dans “Essai d’histoire locale” que le jeune chef doit fuir pour sauver
sa vie et échapper à la jalousie de ses frères. Voir supra pour Farin Kaman, “Le complot,”
92 “Essai d’ Histoire locale”
La fuite
Devant les attaques incessantes dirigées contre l’ humeur combattive de
Sosso – Oussou réagit en entraînant son frère dans sa fuite. Ils étaient accom-
pagnés par un griot dénommé Sakassia Diobaté dont les descendants vivent
encore de nos jours à Damaro.
Quand on ne peut vaincre son ennemi on lui laisse le champ de bataille.
C’est une lâcheté, mais c’est aussi une mesure de prudence, surtout quand le
sort vous a désigné pour remplir les hautes fonctions que d’ autres convoitaient
en vain.
Par Diarankédougou, ils comptaient se rendre à Moyako (près de Dioman-
dougou).
A la hauteur dudit village, le griot Sakassia va trouver Fadiaranké, l’ oncle des
fuyards et lui explique ce qui s’est passé. Aussitôt Famorifini griot de Fadia-
ranké fit dépêcher auprès des fuyards; la promesse d’ un sacrifice auquel des
représentants de Fakassia devaient assister, obligea les frères à rentrer à Dia-
rankédougou. Dans l’intervalle, un coureur alla prévenir les oncles maternels à
30 Goïfè de la fuite de Sosso et de son frère. [phrase incomplète] | dans une entière
communauté de vie à côté de leurs parents. Elles prêtèrent serment d’ unir leur
vie, de s’attacher à un même mari, de fusionner tous leurs biens, toutes leurs
misères, choses permises en ce temps puisqu’aucune loi coranique ne sanc-
tionnait la vie publique.50
L’héritage
Fakassia mourut. Sosso et Gnouma Oussou aidés de leurs oncles de Goïfé ren-
trèrent en force à Kassiadougou, s’emparèrent de tout l’ héritage de Fakassia.
C’est la ruine pour les trois frères et la richesse pour les deux autres. Il n’est
pas jusqu’aux hommes libres qui vinrent grossir le village de Dalamano, Diala-
koro51 succéda à son père qui fut enterré dans une espère de caveau familial. Il
assura dans la famille, devenue nombreuse, la direction des affaires publiques.
Il fut même estimé dans les villages environnants: Kassiadougou, Goïfè, Sira-
koro, Sémissadou, Balagbèni, Sonè Diaradou, Fabadou, Manfiladou etc…
(carte)
“Suite de la tentative d’assassinat,” p. 7. C’est également un thème classique dans les nar-
rations du monde mandé (voir par exemple l’exil de Soundiata).
50 Cette fin de paragraphe (voir p. 29, 29bis) est redondant. Il s’ agit sans doute d’ une erreur
de copie.
51 Dialakoro et Diarakoro sont deux graphies concurrentes dans la même page, qui renvoient
vraisemblablement à la même personne.
version française 93
52 Même remarque que précédemment sur les graphies. Les deux orthographes Kéoulin et
Kéoulén se succèdent.
94 “Essai d’ Histoire locale”
temps après revint avec main forte, attaqua Diassodougou qu’ il mit en feu.
Diagbo malgré cette victoire voulut se réconcilier avec son allié Ouara. Aussi lui
envoya-t-il des présents (bœufs, couvertures, coqs blancs, qui furent refusés).
Toutefois pour échapper à une seconde attaque Ouara vint s’ établir à Banko
près de Nionsomoridougou, se confiant ainsi à Babigné Camara, chef de vil-
lage.
31 Ouara demande l’intervention de Babigné pour venger sa défaite de Diasso-
dougou.
Cette seconde attaque ne fut pas plus heureuse que la première, Babigné
battu, fut refoulé à Banko puis à Nionsomoridougou où les fuyards demandent
l’ intervention du marabout auprès de Diagbo. Tentative vaine. Diagbo allégua
que Sékou Souaré ayant bien livré passage à Babigné et à Ouara pouvait en faire
autant pour lui.
Ainsi, le marabout refusant de rendre les fuyards. Nionsomoridougou est
attaqué par Diagbo tandis que sa sœur mariée dans le village, mettait le feu aux
cases. Babigné se sauva et Diagbo réussit après une course effrénée, à l’ arrêter
à Koréla, cercle de Macenta où il fut tué. Diagbo rentra à Sondou, Diaka Kaman
établi à Kouankan ayant son village de Koréla vidé vint attaquer Diagbo. Il ne
fut [pas] plus heureux. Plusieurs de ses hommes mordirent la poussière. Il ren-
tra à Kouankan. Comme il le fit avec Ouara, Diagbo envoya les prisonniers et
les présents d’usage à Kaman. C’est le signe d’un[e] amitié à laquelle Diaka
Kaman va répondre par une autre. Il revint avec beaucoup de biens, les donna
à Diagbo. D’ennemis qu’ils étaient, ils devinrent deux parfaits amis. Prenant
goût à l’esprit de conquête, Diagbo passa à Oussoudougou qu’ il incendie en
premier lieu.
b) Causes de la guerre: Diagbo invita son nouvel allié à venir voir des parents à
Foundou et à Diomandou. Il devait ensuite revenir à Sondou d’ où ils devaient
regagner son village. À cause de la disproportion de sa taille, Diaka Kaman
subit partout sur son passage les moqueries des habitants. Il s’ en plaignit à
Diagbo. Celui-ci fort mécontent lui promit la vengeance. De là, la naissance
d’une guerre entre les Camara d’une part, [et] de Diagbo d’ autre part. Quand
Diagbo eut gouté le fruit de son premier succès, il eut l’ ambition de porter la
guerre dans les villages environnants. C’est ainsi qu’ il porta des expéditions
contre les villages du petit pays de Kouan placé sur le nom de la rivière de ce
nom; que nous appelons aujourd’hui: Tambiko. Il a été créer[é] un village de
liv[b]erté53 (Tambikola) en 1906.
53 Les villages de liberté dataient des premieères campagnes au Soudan et ils furent créés,
version française 95
Le pays de Kouan ainsi dévasté, les habitants s’ enfuirent vers divers pays de
la région, particulièrement Gboni au Libéria où ils forment encore une puis-
sante dynastie des Camara.
(carte)
b) La guerre: Un Combat acharné mit aux prises les partisans des deux partis,
les Camara réussirent à refouler les partisans de Diagbo sur la rive gauche de
Sadou-Ouarada.
(carte)
Chaque partie occupe une rive. Par un stratagème, Kéoulé réunit des hommes 32
qui contournent les guerriers de Yagbo,54 mirent le feu à Boosoko village des
partisans de Yagbo. Ce fut la panique, les hommes de Yagbo prirent la fuite,
pourchassés par les Camara jusqu’à Sondou qui fut emporté de haute [de haute
lutte, l’arme à la main?] arme blanche à la main. Yagbo fuit avec les siens
dans un premier temps, pour accueillir les non-libres “évadés” des pays “ennemis” ou de
reégions dont l’éloignement rendait impossible toute réclamation par les maîtres. Une
fois le pays “pacifié,” ils accueillirent tous les captifs qui s’ échappaient de chez leurs
maîtres, en particulier les esclaves maltraités et ceux qui étaient menacés d’ être vendus
ou dont la famille était menacée d’être vendue. Les villages de liberté furent dispensés
jusqu’en 1900 de payer l’impôt de capitation, une mesure administrative d’ exception des-
tinée à favoriser leur essor. Voir Bouche 1968; voir aussi Rodet et Challier 2014; Rodet 2015.
54 Diagbo et Yagbo sont deux graphies différentes référents à la même personne.
96 “Essai d’ Histoire locale”
jusqu’à Koéréla (cercle de Macenta village commandé par Diaka Kaman l’ ami
de Yagbo pour lequel la lutte fut engagée, le destin de ses revers inexorables).
Diaka Kaman Kamara descendant de Farin Kaman comme les Camara du
Simandougou abandonne Yagbo aux mains des vainqueurs, ses parents.
En retour, Kéoulin lui remit tout le butin en nature, en espèce, en être
humain. Diaka Kaman enrichi du coup par cette trahison va lui aussi s’ armer
pour la lutte contre les Camara du Sud (rives de Saint-Paul dit Diani). Nous
reprendrons cette histoire qui va nous amener à la pacification des rives du
Saint-Paul.
Le calme
Après cette première guerre, le pays rentre dans un grand calme. Toutefois il
est à remarquer que cette coalition prouve assez combien les Camara sont
solidaires les uns des autres, combien les liens du sang, de l’ intérêt et de la
reconnaissance sont respectés d’après les coutumes de Moussadougou.
Aussi les mille sacrifices de Farin Kaman et son descendant Fakassia n’ont
pas été vains. Ils ont porté leurs fruits et la postérité va reconnaître dans ces
Camara les vrais détenteurs du pouvoir juridique et de commandement.
Fixations diverses
Paté Sidibé, Massadioumé Dimissi, Missa Sidibé, Missabou Sangaré suivis de
leurs proches s’établissement [établissent] initialement sur les rives du Tin-
kisso dans le canton de Oualada (cercle de Kouroussa). Comme une tache
d’huile ils se propagèrent dans le pays environnant. Les uns vinrent à Koba dans
le cercle de Kankan (canton de Baté), les autres vinrent à Bodou dans le cercle
de Kankan (canton de Goundo), d’autres se dirigèrent vers le Ouassoulou (vil-
lage de Kokono Nianko) etc…
D’autres encore partirent vers le Toron (cercle Kankan) d’ où ils furent
chassés.
Depuis ils prirent le surnom de “Bassano Foulahs,” les autres Foulahs res-
tèrent à Goundo (cercle de Kankan) et n’en furent chassés qu’ à la suite des
guerres partisanes et intestines livrées par Saran Souaré Mory. Les Foulahs vont
chercher asile dans d’autres pays plus calmes. Ils partirent d’ ailleurs par petites
fractions, ce sont:
Missa Sidibé eut 7 fils à Diamona (Toron) qui se répandirent dans le cercle 33
de Beyla.
REMARQUES:55 C’est-à-dire les Foulahs du haut fleuve qui part du Bassando,
canton de ce nom, du cercle de Kankan sur la rive du Milo au cercle de Beyla.
1. Soulémana dont les descendants sont à Diaraguéréla (Simandougou)
Faboudou (Simandougou)
Sagbola (Simandougou)
2. Kodiou dont les descendants sont à Niakorodougou (Simandougou)
Faboudougou (Simandougou)
Siraférédou (Guirila)
Dougoubadougou-Foulah (B. Faranah)
Missiboro-Foulah (Gouana)
3. Kali Sidibé, les descendants peu nombreux sont à Faboudougou (Siman-
dougou)
4. Birama, descendants à Faboudougou (Simandougou)
5. Diémé (cadet) sans postérité
6. Kaman Dramani dont les descendants sont à Orofilako (B. Faranah)
7. Kaman Soulémane descendants à Orofilako (B. Faranah)
Les descendants de Massabori Sangaré sont ainsi divisés en parties dans le Béla-
Faranah (Orofilako) (Morikindougou) Guirila.
55 La note fait référence à l’appellation “Bassano Foulah,” une section plus haut.
98 “Essai d’ Histoire locale”
Quelque[s] temps plus tard, les Sangaré vinrent s’ établir eux aussi dans le
cercle de Beyla à côté de leurs devanciers.
Les descendants de Massabou sont de nos jours à Sagnola (Simandougou):
Balanfé (Guirila)
Orofilako (B. Faranah)
Kesséridougou-Foulah (Gouana)
Sagnola-Binkoro (Kérouané)
Fila Moussa, Toumani Diallo dont les descendants venant du Ouassoulou
s’ établirent un peu partout. Faboudougou (Simandougou), Orofilako (B. Fara-
nah).
Chaque tribu, fraction etc… se confia à un homme du pays en vue et assez
puissant pour pouvoir les protéger. C’est ainsi que les Foulahs habitant de Nia-
korodougou se confièrent à Diarakoro-Kéoulin (Simandougou).
Faboudougou se confièrent à [non renseigné]
Diaraguéréla se confièrent à Fata Kéoulin
Ceux du Béla-Faranah se confièrent à Dougbè Kaba
Ceux du Gouana se confièrent à Dougbè Kaba
C’est de Kignégouénina qu’eut lieu la dispersion générale des Foulahs (cercle
de Beyla). Du temps de Kéoulin [ils] vinrent à Kissidougou. Leur chef était
Nadiouloudian. De Kissidougou, ils arrivèrent à Niakorodougou.
(carte)
La guerre
La guerre eut lieu à Médina. Après beaucoup de résistance, le village musulman
passa à l’attaque, repoussa l’envahisseur et s’arrogea du droit de la victoire.
Voyant que Médina n’était pas assez défendu pour passer à une autre attaque,
35 Mori Oulé prit le sage parti de se retirer | à Kobala (cercle Beyla). Ce village
présentait beaucoup d’avantages pour Médina.
L’Alliance
Après l’échec de Kon, une alliance de non-agression est conclue verbalement
entre les Cissé (Mori Oulé) et les Koné de Kon. Mori Oulé plaça à la tête des
villages soumis des représentants à lui.
version française 101
Attaque de Korokoro
Ayant à cœur de prendre Korokoro, il pria Kogné Morifing, frère de Arafan
Souaré d’intercéder auprès de Dieu en sa faveur pour sa victoire prochaine sur
les habitants de ce village. Malgré l’opposition de ce marabout, Mori Oulé leva
ses sofas et attaqua les villages de:
REMARQUE:61 Vengeance: œil pour œil, dent pour dent.
Orossia, Fassiadougou, Foromaro (cercle de Beyla) qu’ il incendia. Il arriva
devant Korokoro autre village dépendant de N’Vaka Touré roi d’ Odienné (Côte
d’Ivoire). Ayant appris de son côté l’arrivée imminente des Cissé, N’Vakaba
Touré, pour protéger ses sujets et le village de sa mère, rassembla à Korokoro
tous les Koné relevant de son autorité. Mori Oulé fut battu et perdit même
l’ usage d’une jambe. Cette blessure hâta son arrestation. Les meilleurs guer-
riers de Médina restèrent sur place. Malgré l’opposition de N’Vakaba Touré,
Mori Oulé fut arrêté par les Sofas d’Odienné et mis à mort.
Succession
A la suite de l’échec de Korokoro, les villages Koné de Béla-Faranah (cercle de
Beyla) les agglomérations Kourouma de Karafilila (cercle Kankan) les grou-
pements Konaté de l’ouest de Noumoussana (cercle Kankan) s’ insurgèrent
contre les successeurs de Mori Oulé. Abdoulaye Cissé et Siré Brahima ren-
trèrent à Médina suivis de quelques partisans. Ils durent d’ ailleurs essuyer
quelques escarmouches au cours de leur retour à Médina.
La situation d’Abdoulaye qui succéda à son père Mori Oulé devint inte-
nable, des ennemis en dedans, des insurgés aux alentours. Il chercha donc à se
mettre avec N’Vakaba, l’ancien ennemi de son père. Cet accord conclu, Abdou-
laye invita le village de Médina à se rendre à Odienné pour se mettre sous
la sauvegarde de N’Vakaba. Le grand conseil de Médina refusa tout d’ abord
l’ idée d’Abdoulaye: mais l’insistance du nouveau chef vint à décider les récal-
citrants et les gens rentrèrent à Odienné. Siré Brahima resta à Médina. Malgré
l’ opposition formelle du grand conseil d’Odienné, Abdoulaye annoncé est reçu
par N’Vakaba qu’au[x] grand[s] des siens fit de magnifiques présents au nouvel
arrivant.
REMARQUE:62 Il paraît même que Mori Oulé fut amputé d’ un bras qui serait
conservé encore de nos jours à Korokoro-Ouorodougou cercle de Beyla.
36 Élévation d’Abdoulaye
Abdoulaye s’enrôla dans les troupes de N’Vakaba, devint un excellent guer-
rier; il se fit si bien remarquer par sa bravoure que N’Vakaba l’ exempta de tout
prélèvement sur le[s] butins faits au cours des attaques. Ces bonnes disposi-
tions permirent à Abdoulaye d’envoyer des renforts en armes et en hommes
à Médina. Siré Brahima réceptionna tous les envois de son grand-frère et put
opposer quelque résistance aux Bambaras pillards qui venaient périodique-
ment razzier le pays.
Attaque de Kolomba
L’esprit d’aventure et de luxe mit aux prises les guerriers de N’Vakaba avec
ceux de Kolomba (village situé à l’est d’Odienné). Odienné fut battu; le Chef
encerclé ne fut dégagé que par l’intervention d’Abdoulaye. Celui-ci protégea la
marche en retraite de N’Vakaba jusqu’au ralliement des troupes d’ Odienné en
fuite.
Au milieu des siens, N’Vakaba se félicita alors hautement de n’avoir pas
non seulement écouter[é] les conseils des vieux, mais d’ avoir donné asile et
protection au fils de Mori Oulé. Pour récompenser son sauveur, N’Vakaba lui
donna:
1°/ 4 de ses propres femmes
2°/ 12 chevaux
3°/ 20 jeunes gens armés de fusil[s]
en lui accordant la faveur de les utiliser dans l’avenir à son profit. La renommée
d’Abdoulaye passa les frontières: les anciens révoltés de son père l’ apprenant,
vinrent se joindre à sa troupe. Graduellement, Abdoulaye constitua une armée
et se sentant assez fort pour se défendre, il demande à son hôte l’ autorisation
de se rendre à Médina. Cela fut accepté, et Abdoulaye fut comblé d’ or et de
faveur. N’Vakaba qui avait accompagné Abdoulaye jusqu’ à la rivière [K]arala,
prêta serment avec son étranger. Tous devaient respecter les limites de leurs
Etats (nous reprendrons ceci dans l’histoire de Samory).
Guerre d’Abdoulaye
En rentrant à Médina, Abdoulaye guerroya pour soumettre les petits villages
voisins, anciennement soumis à son village. Il pi[o]ussa jusqu’ à l’ ouest de sa
capitale, annexa Kofilakoro, Kariana, Noumédou.
REMARQUE:63 C’est le nom que [qu’on] leur attribuait dans le pays.
Guerre de Seïdou
Apprenant l’attaque dirigée contre eux les Koné des villages précités, les
Konatés de Kariana, Noumédou, Kanfrandou et les Camara de Sékamadou,
Linko, Mignanbalandou, se réfugièrent à Seïdou. Devenus nombreux, ils espé-
raient résister à l’envahisseur.
Abdoulaye pour épargner des morts inutiles, vint mettre le siège devant Seï-
dou fortifié. La famine eut raison des assiégés qui se rendirent. Il décapita les
hommes valides, fit d’énormes butins.
Mort d’Abdoulaye
D’un autre côté à l’ouest de Médina le Chef Sériko originaire de Korobikoro
voulait une guerre ouverte. Il lança un défi de l’ intérieur de son village qu’ il
croyait inexpugnable à tous les chefs influents. Abdoulaye prit ce défi pour
son compte et voulut essuyer son sabre contre les murs fortifiés de Korobikoro
(Béla-Faranah, cercle de Beyla). Korobikoro fut donc attaquer[é], Abdoulaye
fut tué et son corps enterré dans la rivière Gninignia. Les fugitifs rentrèrent à
Médina où ils relatèrent les faits à Siré Brahima frère cadet d’ Abdoulaye.
Libération de Sona
L’itinéraire suivi: Après la guerre de Korobikoro, Samory obtint la libération
définitive de sa mère. Les armées des Cissé dévastaient à cette époque la
région ouest de Médina. Pour éviter l’ennemi, Samory et sa libérée passèrent
à Médina, Moussadougou, Nionsomoridougou où le marabout Kogné Morifing
Souaré leur donna la première bénédiction.
Ils rejoignirent ensuite son père Lanfia résidant à Findougou. Sa mère y mou-
rut avant son avènement. Elle appartenait à une famille de Kamara à Fandou
dans le Télikoro au pied de la chaîne de montagnes de Goï au nord-est de Sanan-
koro (Kérouané-Beyla).
version française 105
Moridou
Missiboro Guirila actuel se retirent sur les hauteurs de Gouankouo
Waro
Bona
Doréla
Sala
Korokoro
66 Le renvoi n’est pas clairement explicité, peut-être au sujet de Téré Diarra, section “Apo-
gée de la puissance d’Abdoulaye,” p. 37 du tapuscrit, comme semble le penser Yves Person
d’après ses annotations.
106 “Essai d’ Histoire locale”
Fassousso
Diémou
Sirakoro
Kamandou
À l’ouest de Médina
Contigu au Béla-Faranah et à califourchon sur le Dion et le pays du Siman-
dougou peuplé en ce temps-là par les Camara, les Konaté et les Koné. Ces
Organisation
Il rentra à Médina, laissant dans chaque agglomération des Sofas. Il y eut excep-
tion pour le Simandougou. Ses représentants maintenaient l’ ordre, la paix. Ils
ravitaillaient la capitale (Médina) avec les récoltes prélevées sur le pays.
Révolte générale
Cet état de sujétion pesait lourdement sur les administrés qui se révoltèrent.
Les actes de rébellion multiples obligèrent les représentants à rentrer à Médina.
108 “Essai d’ Histoire locale”
Il faut revenir pacifier les états anciennement conquis. C’ est le régime de la ter-
reur qui préside à la guerre.
REMARQUE:68 Ce lieu est au nord de Toligbébaladou, il porte jusqu’ ici le
nom de “Lieu de la soumission.”
40 Atrocités
Siré Brahima vint mettre le siège devant Linko qui fut pris. Kourouko fut incen-
dié; les habitants se sauvèrent dans la montagne. C’ est alors que Séré [= Siré]
Brahima convint de faire un feu de brousse qui devait brûler vif les évadés.
Devant ces actes de cruauté, Gnaman alla vers Fooma (?).69
Guerres forestières
Les parents de Siré Brahima sans exploiter le succès dans un pays dévasté
voulurent porter leurs coups dans la forêt. Siré Brahima demanda l’ appui de
N’Vanfing Doré de Moussadougou pour obtenir le libre passage des Camara
de Fooma, de Kossadou, du Bouzié. N’Vanfing n’eut pas satisfaction. Il tourna
ses efforts vers le Mahana et le Gouana. Il y prit quelques villages. Le retour
des hommes eut lieu. Ils rentrèrent à Médina sans avoir accompli leur mis-
sion.
68 Cette “remarque” renvoie en réalité à la soumission des chefs à Siré Brahima revenant vain-
queur de campagne: “Les Koné et les Camara […] vinrent faire leur soumission sur son
passage,” deux paragraphes plus haut.
69 Le point d’interrogation est de l’auteur. Il semble que la proposition ne soit pas entière-
ment validée ou que le lieu ne soit pas identifié.
70 Sa mère, Sona Kamara.
version française 109
71 [Cercle de].
72 À propos du village de Fooma, d’après les indications manuscrites d’ Yves Person.
73 Les “remarques” de l’auteur portent désormais sur les renvois numérotés dans le texte: ici,
(1) et (2) portent tous les deux sur les fortifications de Toligbébaladougou.
110 “Essai d’ Histoire locale”
(1).74 Mais ces succès étaient partagés et il faut reconnaître qu’ en raison de son
jeune âge le Chef Bérété était plus sous la tutelle de Téré Yara alors très brave. Il
faut donc que le Chef des Konaté dispense pour donner de valeur aux Bérété.75
Un complot ourdi par les Bérété et favorisé par sa femme achetée le perdirent.
Il mourut (2).
À présent les Bérété sont libres. Le seul chef est Saran Souaré Mory; Samory
avait assisté en spectateur à tous ces complots. Lui qui s’ était toujours vaillam-
ment comporté au cours des batailles et qui avait fait des captifs, lui sur qui
se portaient déjà les regards des compagnons d’ arme[s], lui le futur Almamy,
comprit aisément que ce qui était arrivé à Téré Yara pouvait lui échoir un jour.
Il manifesta le désir de venir régler quelques affaires personnelles à Sokourala
(Kérouané, cercle Beyla). Saran Souaré Mory accepta et Samory se retira dans
le canton actuel de Kérouané.
Samory le diplomate
La meilleure politique en ce temps, c’était celle du ventre. Au milieu des
troubles, de l’incertitude d’une vie sans lendemain, était heureux qui avait à
manger. Samory avait compris tout cela au cours des multiples guerres qu’ il
avait livrées. C’est pourquoi il porta tous ses efforts au racollement de nour-
riture destinées aux jeunes gens. Il commença tout d’ abord par réclamer des
butins au nom de Saran Souaré Mory. Il troquait ses produits et ses esclaves
contre des bœufs qu’il tuait au profit de tous. La renommée de Samory grandit
vite. Saran Souaré Mory apprenant les exactions que son jeune guerrier com-
mettait en son nom envoya le chercher mort ou vif. Ceux-ci arrivant à Sokourala
l’ arrêtèrent avec les siens:
1°) Manigbè Mory Touré frères de Samory
2°) Fabou dit Kémé Brahima Touré
3°) Managbè femme de Samory qui donna jour à son second fils Mamadi
mort à Kankan en 1943.
Ces derniers furent relaxés par Saran Souaré Mory comme n’étant pas respon-
sable des actes de leur chef de famille.
REMARQUES: (I) Désarmé[er?], tuer les insurgés sans aucun moyen de
défense nouvelle.
(2) Action: femme vole arme pendant douche, sautent dessus, le mettent à
mort.
74 Ce renvoi de la note 1 dans le corps de texte est de nous. Djiguiba Camara livre à la suite
un commentaire dont il a oublié de placer la référence dans son récit.
75 Nous comprenons ici: “Il faut donc que le Chef des Konaté répartisse le butin et en donne
une partie aux Bérété.”
version française 111
Tantôt les Cissé viennent vous malmener, tantôt les Cissé nous assujet- 43
tissent par des promesses d’une religion dont ils se servent pour vous
exploiter. Et moi qui suis votre cousin moi qui vous tiendrai comme des
oncles, vous m’abandonnez.76
Ces paroles portèrent aux cœurs. Ils prêtèrent serment auprès d’ un arbre à
Diala (I) serment qui restera en vigueur jusqu’ en 1893. Samory fut pourvu en
hommes et en matériel.
(I) Serment d’entraide et non agression: ils mangèrent la farine et jurèrent
sur la cola. Il y avait là:
Siège de Siramadou
D’une part il y a Siré Braïma, Nanténin Famourou et Samory. D’ autre part il y a
Saran Souaré Mory à la tête des Bérété, Konaté dans le village de Siramadou.
76 La religion musulmane est ici critiquée explicitement par Samori. Par la suite, il s’ en ser-
vira au contraire comme instrument politique. Ce revirement a été vivement critiqué par
les adversaires de Samori. Abu Mallam (1914) considère notamment que Samori n’a jamais
été un bon musulman. Yves Person reprend ce discours, de Samori à ses oncles, en citant
Djiguiba Camara, et il reproduit ce passage in extenso, (Person 1968 I: 274). Il insère égale-
ment en notes 10 et 11 (1968 I: 305) le serment d’entraide et les membres présents lors du
pacte donnés ici.
112 “Essai d’ Histoire locale”
CAUSES: Après avoir échappé au guet-apens qui perdit Téré Yara Samory
pour se venger des Konaté et Bérété invita Siré Braïma à venir détruire la puis-
sance du Gondo. Siré Braïma arriva avec Nanténin Famourou, autre guerrier de
Orékoro. Samory participa à l’expédition pour son compte personnel.
Le siège est monté devant Siramadou qui est pris. Les Malinkés de Kankan
intervinrent en la personne de Oumarou Ba Kaba et Saran Souaré Mory fut
épargné ainsi que les siens. Il rentra à Kankan d’ où on l’ envoya à Tini-Oulin
(22 kms de Kankan) (I).
Tandis que les Bérété venant de Soromaya rentraient à Siramadou leur capi-
tale fortifiée, Samory imaginait une vengeance. Il envoya la commission aux
Cissé de Médina pour les prévenir de la menace que constituait pour lui les
Bérété de Siramadou. Siré Brahima non en force fit lever des troupes demanda
l’ appui de Nanténin Famourou Kourouma de Orékoro. Les deux armées mar-
chèrent sur Siramadou. Samory avec sa petite troupe vint à Diaradou (km.117
route Kankan) d’où il se rendait journellement sur les lieux du combat.
Au cours du siège Nanténin Famory77 Kourouma dit à son allié Siré Bra-
hima:78 – “Tu bats les Bérété et oublies un autre ennemi qui se forme,” ce à quoi
il répondit: – “Un seul homme si fort soit-il peut-il terrasser deux taurillons en
même temps?”
44 Le bruit de cette conversation parvint à Samory. Celui-ci | prit des mesures.
Après l’intervention de Alpha Mamourou Kaba Imam de Kankan qui envoya
son fils Oumarou Ba Kaba pour prier Siré Brahima de respecter le sang de ses
coreligionnaires eu égard à la religion, la guerre cessa. Samory aussitôt après la
reddition de Siramadou, se retira prudemment à Diala.
Après cette guerre de Siramadou, les Bérété ne constituaient plus de puis-
sance. Les troupes sont enrôlées dans l’armée de Siré Brahima. Les Cissé en-
trèrent à Médina avec un riche butin. Triomphateurs d’ une lutte sans merci,
ils brûlèrent les villages qu’ils capturèrent, semèrent la panique sur leur pas-
sage.
REMARQUE: (I) page 43: Plus tard Samory devenu dominateur de tous ses
rivaux, l’arrête, mais le reconnaissant inoffensif le plaça en résidence surveillée
à Djéné Marina. Il [ne] sera libéré qu’à Touba pendant que Samory montait vers
la Côte d’Ivoire en 1898. Il reviendra à Tini-Oulin où il mourra vers 1920.
77 [Famourou].
78 Les graphies “Brahima” et “Braïma” alternent.
version française 113
La guerre de Linko
Les sommets ont la propriété d’attirer les foudres. Il en fut de même pour Linko
qui paraissait être lieu des centres de rébellion les plus importants.
Aussi, Siré Brahima à la tête des Cissé, Bérété et des Konaté vint mettre le
siège devant Linko. Linko fut mis en état de défense: outre les habitants du lieu,
des aides efficaces lui furent apportées de l’intérieur.
a) tous les villages précipités envoyèrent du renfort à Linko
b) Samory qui avait son fils aîné et certains membres de sa famille à Linko
intervint des deux parties, la victoire ne se décida pas et on doit reprendre
la lutte le lendemain.
Jusqu’à présent, Samory ne se sentant pas de taille avait toujours évité un com-
bat inégal.
Voyant la situation désespérée de Linko au lendemain d’ un siège qui dure-
rait peut-être, il préféra se retirer. Son fils Massé Mamadi et les membres de
sa famille arrachés des murs. Le futur Almamy rentra à Sanankoro sa nouvelle
résidence.
Il laissait à Linko Siré Brahima assiégeant Massaran Séré le beau-père de
Samory, chef de Linko. La famine décida de la victoire. Le village fut livré. Les
habitants qui ne purent fuir restèrent captifs, certains moururent de faim. La
prise de Linko fit que les renforts abandonnèrent le village. Chacun animé du
désir de se protéger se retira dans les lieux fortifiés ou sur les montagnes.
1°) Les Koné de Blamana et de Gbognana allèrent dans la montagne de Bron-
kédou à l’ouest de Sinko (Guirila)
81 Sur les suites du règne de Morlaye, voir p. 61 du tapuscrit, section “Violation du traité de
Kalankalan.”
82 Djiguiba Camara décrit ces traités à de nombreuses reprises. Voir ainsi pour les rapports
entre Samory et les Camara, p. 42-43 du trapuscrit et la section “Samory le Diplomate”
p. 45, p. 53.
116 “Essai d’ Histoire locale”
En conclusion les Cissé sont les premiers qui ont renversé les premières ins-
titutions de Moussadougou. Il a fallu leur arrivée pour voir les gens procéder à
des guerres atroces, incendie, guerre, feu de brousse, mise à mort en grand. Les
Cissé ne surent pas établir une organisation stable dans le pays.
Après les villages conquis, pillés, ils retournaient à l’ anarchie; les représen-
tants de Séré Brahima étaient incapables, aucune École musulmane ne fut ins-
taurée. On respecta tout juste les coreligionnaires de Konian.
En somme, ils vinrent [vécurent] sur le dos du pays conquis: pas d’ agricul-
ture, pas de commerce.
Séré Brahima bon musulman, mais avare, plus religieux que chef aussi, son
œuvre aura la durée d’un feu de paille, il n’eut que cinq enfants dont un mourut
à la guerre.
Histoire de Samory83
Nous avons vu Samory prenant du service chez Abdoulaye pour racheter sa
mère, puis revenir avec les Bérété, enfin se constituer une petite armée pour
prendre part aux guerres de Siramadou, de Linko, enfin se retirer à Diala.
Samory se présente donc à une période de sa vie. Reprenons cette dernière à
son origine la plus profonde. Suivant les courses [le cours] sinueux de l’ histoire,
écoutons les témoins oculaires pour tracer la vie, l’ œuvre de conquête du grand
homme.
83 Ici commence la deuxième partie du texte, la plus importante en termes de volume, cen-
trée sur Samori. L’auteur dresse un rapide arbre généalogique de l’ Almami, et revient sur
son enfance, en analepse, avant de reprendre le cours du récit, une fois qu’ il devient guer-
rier d’Abdoulaye.
version française 117
Samory 47
4° – Massara Mamadi
5° – Messéni Karamo etc…
Samory fit son enfance à Mignanbaladou. Il fut tour à tour chevrier, bouvier,
berger. Avec les enfants de son âge, ils organisaient des jeux où des guerres
entre partis n’étaient pas exclues. Il montrait déjà une grande adresse à lan-
cer, à grimper, à courir.86 En grandissant à Mignanbaladou il restait un bon fils
rêvé, allant chercher du bois mort, faisant les petites commissions. Il ne restait
jamais inactif et partout il était suivi par une armée d’ enfants. À 17 ans il allait
de village en village avec les produits paternels. Il ne reculait devant aucune
querelle, aucun danger, ne se plaignant d’aucune souffrance et prenait volon-
tiers la part des dioulas dans toutes les discussions. Aussi se fit-il aimer par tous
ceux qui voyageaient avec lui. Il ne fit pas grande fortune;87 l’ homme prédes-
tiné ne peut avoir du bonheur dans toutes ses entreprises.
Il ne sut pas aussi, avec ses multiples pérégrinations et la vie mouvemen-
tée de son jeune âge, se cultiver dans les connaissances islamiques. Déjà une
baisse du niveau intellectuel de cette lignée des Touré s’ était fortement accu-
sée; Lanfia était plus fétichiste que musulman; il pratiquait, mais il adorait aussi
“Farafin” grosse pierre de Mignanbaladou. Cet islamisme légèrement teinté de
polythéisme Samory en subit les premières conséquences et son jeune âge fut
inculte.88
86 Djiguiba Camara reprend le personnage, récurrent dans les contes, de l’ enfant précoce,
souvent plus habile que les adultes.
87 Ce passage est cité par Yves Person (Person 1968 I: 266, note 77).
88 La mise en scène de la conversion de Samori est souvent dramatisée dans la tradi-
tion littéraire. Amadou Kouroubari en fait un épisode clé de son histoire (Kouroubari
1959: 151): “A cette époque Samori regagna Sanankoro, il rassembla tous ceux qui avaient
quelque autorité et déclara: ‘Je témoigne devant Dieu l’ unique, qui n’a pas engendré et qui
n’engendrera pas, Lui qui a créé les anges, les génies et les idoles, les hommes, leurs villages
et le ciel: Allah, Mahomet est son prophète. Maintenant, Allah m’a envoyé, moi, Samori,
fils de Lafia [l’ Africain]; je succède à Mahomet. […] Vous m’ appellerez Imam, Prince des
Croyants.’”
89 Voir p. 42 du tapuscrit.
version française 119
Fortification de Diala
En jeune chef prudent il voulut tout d’abord se mettre à l’ abri de Diala. À côté
de ce village, à l’est le village de Oussoudou où habitait le doyen des Camara.
En raison de la force de celui-ci, et Samory craignant de le mécontenter, alla
lui demander l’autorisation de fortifier Diala. En gage de sa bonne foi et son
humilité, Samory lui porta une captive mère d’un enfant.
Kolo accepta et Samory revint à Diala, y construisit sa première fortification
en saniet.90
GUERRES INTESTINES: Possédant une petite troupe, un village à l’ abri de
toute attaque voisine éventuelle, Samory porta ses efforts sur les villages de
Ténéfara91 et Konobadou (canton Kérouané). Mais il voulut toujours mettre
toutes les chances de succès de son côté. Aussi demanda[-]t-il l’ appui de Kolo.
Ce dernier lui envoya une petite troupe commandée par son fils Kolo Kaman
Camara.
Avant de marcher à l’attaque, il prêta un second serment d’ entraide et de
non-agression avec Kaman. Ils descendirent à Ténéféro, se déployèrent autour
du village qu’ils capturèrent à coup de fusils, de lance, de sabre et de flèche.
Konobadou à 15 kms de Kérouané subit le même sort et tomba sous la sujé-
tion de Samory. Ceux qui réussirent à s’évader vers le Konianko et les autres
furent menés de force à Diala.
Tout le butin fait, fut envoyé à Kolo par l’entremise de son fils Kolo Kaman.
Respectueux des engagements pris, Samory poussait l’ intégrité de ses actes
jusqu’à de véritables sacrifices.
90 Saniet ou sanyé, “redoute fortifiée.” Voir sur cette présence des sanyé dans les guerres de
la fin du XIXe, d’Andurain 2012.
91 Les graphies Ténéfara, Ténéféro réfèrent au même village. Il s’ agit sans doute d’ erreurs de
frappe.
92 “Querelle” rajouté à la main par Yves Person au-dessus du titre de section.
120 “Essai d’ Histoire locale”
décida de rompre avec son ami de la veille. Le retour des captifs à Konianko ne
plut point à Samory et ses vertes réprimandes adressées à Kolo indisposèrent
celui-ci. Le doyen décida une coalition contre Samory. Il y entraîna Kaïssa Bala
du Konianko (cercle de Beyla) qui marcha pour plus d’ une raison: il avait, lui,
les réfugiés de Ténéféro, [et de] Konobadou dont l’ intérêt était en raison [en
jeu]; il se souvenait aussi des massacres des Bérété au cours desquels le jeune
Samory s’était couvert de gloire. Il fut donc conclu entre Kolo et Kaïssa Balla
que le Konianko attaquerait Diala dans la nuit et le Oussoudougou le lende-
main matin.
49 L’attaque se déroula dans l’ordre initialement fixé. Mais ni Kaïssa Bala avec
600 guerriers, ni Kolo avec ses 1.105 hommes mal équipés mal entraînés ne réus-
sirent à battre les 50 guerriers renforcés par quelques guerriers de Massaran Séri
beau-père de l’Almamy retranchés dans la fortification de Diala. Pour comble
de malheur, Kolo Kaman fut tué. C’était aux yeux de l’ indigène la trahison du
serment antérieurement prêté à Diala qui avait donné à Samory la victoire.
Conséquences
C’était la première victoire sérieuse de Samory. Mais l’ homme ne se sentait pas
en sécurité dans ce pays où il se trouvait entre deux étaux: ici le Konianko, là le
Oussoudou. Nulle part il ne pouvait compter sur un secours. La victoire récente
de Diala lui avait attiré plus d’une mésalliance,93 le doyen Kolo avait entraîné
tous les Camara même son ami Gnaman de Damaro qui le sauva d’ Ointouro de
Saran Souaré Mory dans un pacte; on se souvient même qu’ il avait presque fui
Siré Brahima qui ne l’estimait pas.94 Aussi préféra[-]t-il se retirer à Sanankoro
qui devint sa seconde capitale…
Sanankoro
Depuis 1903, Sanankoro fut abandonné. On reconnaît aujourd’hui à peine
l’ emplacement d’un village.
Pourtant il est resté légendaire parmi les capitales successives de Samory.
Bâti dans le pays autrefois appelé Télikoro, il donnait accès sur les plateaux
nigériens qui furent le théâtre des opérations Samoryennes.
En rentrant à Sanankoro, il se soucia de fortifier le bourg. Il s’ adonna sérieu-
sement à ce travail, sachant bien que cette fortification serait violée un jour.
Une protection épaisse en saniet où les épineux et les gros troncs d’ arbres
assurent une protection certaine au village et à ses défenseurs.
Guerre de Sanankoro
La défaite de Kolo et de Kaïssa Balla à Diala prédisposa les Camara du Siman-
dou et du Konianko. Ceux-ci sous l’instigation de Kolo se liguèrent:
1°) Gnama de Damaro donna une troupe de secours
2°) Kolo l’intéressé fournit des guerriers
3°) Kaïssa Balla voulut prendre sa revanche.
Ce triple groupe de coalisés marcha sur Sanankoro peu après la construction du
saniet. Ils avaient pour une force majoritaire écrasante, Samory leur opposait
quelques centaines d’hommes, aguerris, résolus, et fermement décidés.
ATTAQUE: Comptant sur le nombre Kolo attaqua, mais sans méthode des
flèches venaient se perdre dans les saniets épineux et inaccessibles à la harde,
les sabres, les lances ne rencontraient que la palissade de protection, les rares
fusils eux-mêmes faisaient des ratés et leurs chargements étaient incertains.
Samory et ses hommes retranchés et armés n’avaient pas beaucoup à viser,
mais tiraient des salves dans ce tas humain. Chaque salve faisait une brèche
sanglante. “Le futur homme de guerre” sentait confusément déjà la victoire et
il portait partout les bonnes paroles d’encouragement, donnait l’ exemple de
cette bravoure qui n’appartenait qu’à lui.
Déjà les morts jonchaient le sol. Quelque quatre heures après l’ attaque, les 50
assaillants perdirent plus de la moitié de leur effectif. La panique s’ empara alors
de la horde. Le “sauve qui peut” entraîna la masse dans une course folle vers la
montagne Goï à l’est de Sanankoro. Ce fut alors que le camp final couronna les
efforts de la bande naissante Samoryenne. Sortant de leur retranchement des
hommes armés, les femmes, tout ce qui pouvait courir 100 mètres se déversa
sur les alentours du village. La poursuite de fuyards commença. Elle ne fut pas
longue mais épique. Les prisonniers qui seront des esclaves furent nombreux.
Les blessés abandonnés à eux-mêmes moururent dans des convulsions épou-
vantables. Pendant des jours, des semaines, les charognards survolèrent ce tas
en putréfaction, se posèrent sur ces ossements qui parlaient par eux-mêmes
d’un combat de terrain.
96 Tableau p. 28 du tapuscrit: Sonè Kaman, petit-fils de Din Diara, fils de Fantouma Oulèn.
97 Samori s’affranchit donc des Camara. Sur la chute de Sanankoro, et la rupture avec Sadji
(voir infra, “Trahison de Sadji,” p. 52 du tapuscrit), voir l’ article de Pilaszewicz 1991, sec-
tion “The case of Saghadyigi.” L’auteur y présente notamment la version d’ Abu Mallam,
qui insiste sur l’amitié initiale entre Samori et Sagaƙiki, et que Samori aurait trahie par
appétit du pouvoir.
98 Samori est déjà considéré par Djiguiba Camara comme “puissance islamique,” bien qu’ il
ne prenne le titre d’Almami officiellement que p. 77 du tapuscrit, section “Couronne-
ment.”
version française 123
Guerre de Linko
Samory assista presque en spectateur au premier jour du combat et s’ en retour-
na à Sanankoro en passant par Oussoudougou.
Là il fit dire à son nouvel ami d’évacuer Oussoudougou pour échapper aux 52
attaques des Cissé alors montés. Il l’invita même à le suivre à Sanankoro. Kolo
se fit devancer par son troupeau (40 moutons, 2 juments) qu’ il confia à Samory,
le tout étant sous la surveillance directe de Koli Kourouma. (I)
124 “Essai d’ Histoire locale”
(I) REMARQUE: C’est ce Koli, qui devenu grand prendra le nom de Bilali un
des grands chefs Sofa de Samory. Les devins prédirent même à Samory que son
règne serait lié à la vie de ce même Bilali qui fut battu en 1893 à Hérémakono
(Faranah) par la colonne volante du capitaine BRIQUELOT.
Cependant, après réflexion Kolo jugea utile de ne pas quitter son sol pour
rejoindre un homme de qui il n’était pas sûr. Il préféra chercher refuge auprès
de Gnaman, chef de Damaro. Celui-ci pour le mettre à l’ abri – Linko était pris –
l’ envoya dans la montagne à Kantaro, tandis que Gnaman lui-même se retira à
Kilokoba (deux endroits naturellement inaccessibles à la cavalerie) à 4 kms à
l’ ouest de Damaro (I).
Trahison de Sadji99
Il n’y avait pas longtemps Sadji faisait l’objet des mêmes dramatiques destinées
à Sossodou de la part de Gnaman. Mais depuis que celui-ci lui avait assuré le
prestige en lui tendant la main, Sadji devenu homme était resté en marge des
lois de Missadougou. C’était pourtant par ces lois que Gnaman reçut alors que
des hommes voulaient sa mort.
Sadji Camara tous descendants de Farin Kaman
Kolo Camara
L’un en fuite, l’autre assis insolemment royalement à Gouankouno oublieux
des services passés. Sadji apprenant la retraite de Kolo et le départ de son bien-
faiteur arriva à Kontoro à 5 kms de Damaro dans la montagne de Goï. On le
reçut à bras ouverts, croyant trouver en lui un autre Gnaman soucieux de leur
vie matérielle. De fait Sadji en donna toutes les apparences. Il exhorta même
Kolo et les siens à le suivre à Gouankouno où il les [entre]tiendrait comme l’ a
fait Gnaman. Contents ceux-ci acceptèrent, hommes, femmes, enfants, vieil-
lards, tout le monde descendit de ce lieu imprenable. Dans la plaine de Dala-
mina, à 8 kms environ de Damaro vers le sud-est. Soudain Sadji changea de
position. D’affable, il devint arrogant, insulte Kolo ce doyen des Camara que
tous les descendants de Farin Kaman respectaient et le fit mettre à mort. Tous
les hommes subirent le même sort, et seuls les femmes et les enfants furent
emmenés en captivité.
(I) REMARQUE: Serment entre Gnaman et Kolo100
99 Sur Sadji, ou Saghadyigi, ou Sagaƙiki chez Pilaszewicz 1991 voir supra, note sur la chute
des Camara.
100 La note comprend uniquement la liste des participants au serment.
version française 125
Conséquences
Cet acte arbitraire émut tous les Camara autant qu’ il les indigna. Samory même
ami de Kolo réprouva hautement la conduite peu chevaleresque de Sadji. Ce
dernier n’entre à Gouankouno qu’avec des malédictions, et une conscience
chargée.
Niala – création 53
Avant de passer à l’histoire de Samory, disons que Niala petit village à côté
de Missadougou a été créé par les Nié, dit Donzo, autrefois à Missadougou
et que le surcroit d’habitants a invité à venir s’établir à Niala (village des Nié
= des Donzo). Ce sont ces Donzo qui vont subir l’ assaut de l’ Almamy. Anté-
rieurement à cette histoire, des membres de cette famille vont émigrer dans la
Karagoua actuel en la personne de Togba dont les fils qui créeront Guéasso et
Tono.
L’Attaque de Niala
Niala est l’un des cinq villages musulmans du Konian. Un des habitants du vil-
lage vint à Sanankoro, enleva une jeune fille – la fiancée de Fila Moriba,101 oncle
de Samory qu’il emporta à Niala. Pour venger cet ouv[t]rage, Samory intervint
en faveur de son oncle, entra en force à Niala, fit de nombreux captifs. Vanfing
Doré, chef spirituel du Konian résidant à Moussadougou, il fit dire à Samory
pour s’excuser qu’il pensait que l’attaque était menée par Sadji et non adepte
de sa religion. Ce mot va avoir des conséquences sérieuses.
101 Il s’agit de la deuxième guerre qui éclate à cause du vol d’ une femme, voir p. 38 du tapus-
crit. Voir aussi Person 1968 I: 226, note 106, qui relaie des causes de guerres menées pour
des femmes également, et notamment pour des problèmes de dots, en citant Djiguiba
Camara.
126 “Essai d’ Histoire locale”
kouno d’où Sadji fit comprendre aux intéressés et à leurs parents que c’ était
en guise de représailles qu’il s’était porté contre Vanfing en particulier. C’ est à
ce dernier que la rafle et ses conséquences étaient imputables. La vengeance
ne s’arrêtait pas là. Il voulut exploiter son succès. De connivence avec tous
ceux qu’il veut entraîner, ils vinrent violer Moussadougou. Cela donna lieu au
siège du village. Gnaman de Faoma en tant que descendant de Farin Kaman
envoya une petite troupe pour aider les habitants de Moussadougou. Siré Bra-
hima, avisé du danger, intervint avec quelques hommes qui restaient parce
qu’il avait expédié ses guerriers dans le Ouassoulou, comme nous l’ avons déjà
traité sommairement.102 Et voyant qu’il ne pouvait affronter les assiégeants qui
les surpassaient en nombre aussi bien qu’en arme, les habitants de Moussadou-
gou préfèrent aussi bien la réconciliation. Siré Brahima donna alors une bonne
quantité d’or à la troupe de Sadji pour l’apaiser.
Depuis Sadji commença à se créer des ennemis dans les cinq villages propre-
ment du Konian. Non seulement à ceux-là, mais aussi à tous ceux qui étaient
descendants et qui n’admettaient pas qu’on viole la constitution de leur grand-
père Farin Kaman.
102 Voir p. 51 du tapuscrit “Siré Brahima portait ses efforts au nord vers le Ouassoulou.”
103 Français littéraire “forêt,” ou en géogaphie, “forêt équatorile et humide.”
104 Comprendre “de haute main” (avoir le pouvoir sur) ou “gagna haut la main” (aisément).
105 “Ture” rajouté à la main en marge.
version française 127
106 Comprendre “se faire captifs entre eux”: autrement dit, ils ne pouvaient mutuellement se
mettre en esclavage.
107 Person rend compte de l’attaque des Sisé dans la section intitulée “Samori dans le Tukoro”
(Person 1968 I: 286): “Les sofas des Sisé […] décidèrent donc de faire une marche de nuit
pour le surprendre à l’aube et en finir ainsi une bonne fois avec lui. La surprise ne joua
pourtant pas et l’assaut s’acheva contre leur attente en désastre.” Person rapporte égale-
128 “Essai d’ Histoire locale”
Après Samory
CONSTITUTION DE PETITS CHEFS NOIRS: Ce départ de Samory vers le Nord
favorisa la réformation [reformation] de petits Etats souverains. Siré Brahima
s’ était désintéressé des pays autrefois siens. Aussi dans chaque région des
hommes s’érigèrent-ils en chefs indépendants.
1°) au Sud du cercle de Beyla – les DONZO sous le nom de TOGBA
2°) au Centre: SADJI CAMARA
3°) au SUD: GNAMAN AVEC SES ALLIES DE BOOLA et de GBEILO
4°) dans la Forêt: KAMAN KEKOURA VERS LE BOUZIE
5°) – KONO MANFING VERS LE KONOKORO
ment comment Samori a pu échapper à ses ennemis grâce à un unique coup de fusil, en
soulignant qu’il s’agit d’ une reconstitution légendaire (section “L’ascension de Samori,
1861-1875,” Person 1968 I: 308, note 51): “La tradition a embelli cet épisode qui marque
un tournant dans la carrière de Samori. Selon [5] une femme de Samori, Filasao Sidibé,
aperçut la colonne ennemie au lever du soleil. Elle courut aussitôt présenter un fusil à
son mari qui prenait sa douche. Samori accourut en hâte, tira, et, avec une seule balle, il
tua deux hommes et en blessa un troisième. Cet unique coup de fusil mit en déroute les
assaillants.”
108 Comprendre “l’ancien Noumissana qui comptait: Gboodou, Banancé, Farabana, Man-
gbèdou.”
version française 129
Guerres
Samory marcha sur Kignéko escorté et appuyé par les KONATE de Noumis-
sana. Il s’y établit en force. Nanténin Famourou apprenant l’ établissement
de Samory à Kignéko invita les Foulah du Ouassoulou à marcher avec lui sur
Kignéko. Ensemble, ils enlevèrent ce village. Samory repartira à Sanankoro en
disant à son arrivée: “Je vous ai quitté en homme et reviens en femme puisque
j’ ai été battu par Nanténin Famourou. Cependant j’ ai passé une alliance avec
les gens de Noumissana, du Tellikoro, Oussoudougou.”109
La revanche
Samory leva une forte armée dans les environs de Sanankoro. Ses alliés de Nou-
missana arrivent à la rescousse, Samory marcha sur Kignéko. Cependant son
armée était inférieure à celle de Nanténin Famourou. C’ est pourquoi, qu’ il
adopta le parti d’ introduire dans le village des partisans à lui.
Au coup de fusil, ceux-ci devaient incendier le village, rendre la liberté aux
nombreux chevaux entravés, empêcher la marche en retraite. Tout se passa
ainsi. Ce fut la panique. On ne lutta plus contre Samory, mais on s’ évadait pour
échapper au feu.
LES REPERCUSSIONS:
1°) acquisition d’une forte cavalerie
2°) – armes et munitions
3°) poursuite armée [de] Nanténin Famourou jusqu’ à Bissandougou où
Samory devait établir sa troisième capitale
4°) abandon de Nanténin Famourou par les siens (sauf par les gens de Téré et
dépendances)
Bissandougou
Bissandougou devint sa troisième capitale après Diala et Sanankoro. Il devait
y rester fort longtemps. Aussi porta[-]t-il tous ses efforts à la fortification du
village.
Il reçut l’adhésion des villages environnants: Banamaradou, Batila, Manan, 56
Bananco, Diamona etc… qui passèrent de Nanténin Famourou le vaincu d’ hier
à Samory le vainqueur d’aujourd’hui.
109 Ce discours de Samori selon Djiguiba Camara est cité par Yves Person, et est comparé à
celui rapporté par [1], Sidiki Konaté, plus explicite: “Je ne suis qu’ un pauvre Dyula mais
je suis votre neveu. Ce n’est pas moi que la défaite frappe mais vous car le travail que j’ ai
fait est pour vous et l’injure est donc pour vous. Aidez-moi donc, sinon c’ est vous qui êtes
perdus” (Person 1968 I: 312, note 87).
130 “Essai d’ Histoire locale”
Siège de Téré110
Le village de Téré est fidèle à Nanténin Famourou. Cela attira la haine de Samory
qui vint mettre le siège devant Téré. Malgré le secours de Nanténin Famourou,
le village fut pris. Nanténin Famourou fut battu à nouveau, le village pris, les
habitants rendus à Samory [qui], rentrant à Bissandougou, fortifia sérieuse-
ment la capitale. Il y avait beaucoup d’hommes pour cela.
De son côté Nanténin Famourou voulut se venger et eut recours à nouveau
aux Foulah de Ouassoulou et ceux qui tombèrent sous sa main.
Les partis
La prise de Nanténin Famourou est toute une diplomatie.
1°) d’un côté: Samory était l’ami d’Adjigbè qui restait dans les secrets de Nan-
ténin Famourou dont il est allié
2°) de l’autre côté: Nanténin Famourou avec son beau-frère Marin Konaté
chef de Bissandougou
Tout ce que Samory effectuait Marin le disait à Nanténin Famourou alors retiré
à Kooma.
Tout ce que Nanténin Famourou décidait, était su le lendemain par Samory
par l’entremise du chef foulah Adjigbè. Celui-ci promit du reste de livrer pieds
et points liés Nanténin Famourou à Samory.
La guerre
Par un subterfuge Samory envoya sa troupe à l’ ouest un mardi lui enjoignant
de rentrer clandestinement à Bissandougou la nuit. Marin prévint aussitôt son
beau-frère comme à l’accoutumée. Nanténin Famourou réunit son conseil de
guerre pour décider de l’attaque de Bissandougou qu’ une occasion bénie met-
tait à leur merci. Les Foulah de connivence avec Samory décidèrent Nanténin
Famourou à attaquer Bissandougou le mercredi même. Or, dans la nuit précé-
dente à l’insu de Marin, la troupe avait rejoint ses portes.
L’attaque
Nanténin Famourou vint devant Bissandougou le jeudi soir. Il avait composé
trois groupes importants: les autres races qui n’étaient pas Foulah à gauche, les
Foulahs à droite et Nanténin Famourou au centre.
110 La prise de Téré est un coup de maître, et constitue un des meilleurs exemples du talent de
stratège de Samori, que Djiguiba Camara admire tant. L’auteur montre en effet comment
Samori sait subtilement tirer parti des circonstances, et retourner à son profit les espions
infiltrés dans son propre camp. Cette prouesse n’est mentionnée nulle part ailleurs à notre
connaissance, seul Sidiki Konaté en fait mention dans les entretiens qu’ il a donnés à Yves
Person. Cet épisode semble donc inédit.
version française 131
L’attaque fut lancée. Cependant, les Foulahs par l’ entremise d’ Adjigbè con-
seillèr[ent] à Nanténin Famourou:
1°) de monter un siège
2°) qu’un devin ayant parlé pour assurer la victoire de Nanténin Famourou
celui-ci devait prendre une vieille haridelle111
Tout cela fut fait. Nanténin Famourou envoya les siens au bois, se défit de sa
magnifique monture. Restaient sur la place les Foulahs et quelques hommes à
Nanténin Famourou.
La trahison
Soudain, les Foulahs se sauvèrent, semant la panique sur leur passage. Ils
empruntèrent un chemin convenu avec Samory. Les autres races qui n’étaient
pas Foulahs, les gens de Nanténin Famourou même voyant cela, se sauvèrent
pensant que leur chef avait fui. Nanténin Famourou seul, séparé de tout,
n’ayant que quelques braves allèrent se cacher dans le marigot de Kobalan d’ où
il fut décelé et écroué.
Samory dit[:] “Kourouma j’attendais: tu devais m’apporter | du monde et tu 57
l’ as fait.”112
Venge113
Samory vengea toutes les abstentions dans la guerre de Bissandougou contre
Nanténin Famourou. Après la victoire et la conclusion du traité avec Siré Bra-
hima, il profita du temps de répit oiur [pour] aller châtier les villages Borifina,
Gouanankourou, Massaréna, Bananko etc… Il les brûla et leur enjoignit aux
populations de fournir une récolte entière aux villages Foulah amie[amis] de
Baranama (voir carte).114
Il se porta ensuite à Kooma où se trouvaient les débris de l’ armée de Nan-
ténin Famourou commandées par Féré Caba Koroma. Il en fit le siège et reçut
une blessure au coup [cou] par un chasseur.
113 [Vengeance].
114 Les cartes ne sont pas jointes au tapuscrit.
version française 133
115 Ici, Djiguiba Camara utilise les catégories coloniales de l’ admnistration française pour
décrire des réalités précoloniales. On voit à quel point son rôle de chef de canton influence
sa perception des structures politiques passées.
116 Même remarque que précédemment. Notons ici que Djiguiba Camara fut interprète
auprès de la justice de paix de 1908 à 1910.
117 Rature manuscrite recouvrant le nom de la ville.
134 “Essai d’ Histoire locale”
Conséquences
Les marabouts rentrèrent donc à Kankan avec Daï Kaba frère de Oumarou Ba.
Echouant dans une guerre offensive les Caba de [Ba-]té118 pensaient bien que
les fétichistes ne manqueraient pas en temps opportun de porter la guerre
devant Kankan. De ce fait, en tant que musulmans comme eux, les gens de Baté
demandèrent l’appui de Samory contre les fétichistes de Sankaran, Gbèrèdou,
Kalankalan, Amana Balia.
Intervention de Samory
1°) Samory se porta en défenseur du Baté et de Kankan. De Bissandougou,
il leva une forte armée et pénétra dans la Sankaran. Les Malinkémory se joi-
59 gnirent aux troupes de Samory. De leur côté, | les fétichistes se rassemblèrent
à Koumban-Koura (dans le Kourou-Lamini). Ils s’ y retranchèrent. C’ était en
somme une guerre de religion et tous les fétichistes intervinrent comme à
Bagbè. Samory mit le siège qui ne tira pas en longueur. Koumban Koura fut
enlevé avec l’aide de Daï et de ses partisans. De l’ avis de Sarankèn Mori les
captifs faits à Koumban-Koura (au moins 3,000) furent remis aux Malinkés-
Mory (I). Il eut été profitable pour Samory de les enrôler dans son armée mais
simple exécuteur d’une mission il préféra rester dans la limite définie par son
rôle. Pour venger la mort de Oumarou Ba ces 3,000 captifs furent tués.119
(I) REMARQUES: Ce renseignement recueilli de la bouche de Samory lui-
même120 avant de mourir en exil à Niolé (Gabon) 1899-1900.
Campagne du nord-ouest
Après la victoire de Koumban, Samory continua des conquêtes vers le San-
karan; il visait à agrandir ses Etats vers les rives du Niger et du Niandan en
soumettant une partie du Sankaran. Il poussa sa randonnée victorieuse jusqu’ à
Bagbè, Dialaman Ouassaya, Bentou etc… Il pénétra ainsi au cœur même du San-
karan.
Il revint à Gbérédou et prit Baro qui avait déjà perdu une bonne partie de ses
défenseurs à Koumban-Koura et à Maramoria. Puis, il alla conquérir le Kolon-
kalan et resta momentanément fixé à Doura, d’ où il devait préparer d’ autres
expéditions.
Dans l’AMANA: La cavalerie fut lancée sur Kouroussa et arriva jusqu’ à Kou-
rala où il resta pendant de longs mois. Kourala était assiégé et pris, Manfaran
et Balato-Koura subirent le même sort.
Guerre de Kouroussa
Sur deux cents cavaliers huit chevaux reviennent. Djina Farima Mory temporise
Samory qui prépara ses troupes pendant huit jours, il expédia à nouveau une
cavalerie légère pour tâter Kouroussa. Ce village su[û]r de lui-même renouvela
son attaque, qui fut couronnée de succès par la fuite des cavaliers.
En somme, c’était un guet-apens où il s’agissait d’ attirer l’ armée de Kou-
roussa. Celui-ci tomba entre les mains de l’armée de Samory retirée derrière la
rivière Kouroussa. Les troupes infligèrent une première défaite aux pourchas-
sants qui furent poursuivis jusqu’au village où ils furent assiégés pendant 6
mois. Après ce semestre, le village se rendit. En récompense de leur courage,
Samory ne mit à mort aucun résistant, il en avait besoin pour grossir son armée
où ils furent des troupes d’élites.
Ainsi, doté d’une armée de braves, Samory porta ses conquêtes vers le Balia.
À la suite de la reddition inconditionnelle de Kouroussa, tout l’ Amana était
soumis.
Guerre de Balia121
Le Balia est le pays limitrophe de l’Amana. Samory se transporta à Saraya où
il rencontra Bounafama Camara. Celui-ci ont [en] confédération avec d’ autres
121 Cette discussion est retranscrite intégralement en notes de fin de chapitre par Yves Per-
son, mais l’historien s’écarte légèrement de sa source lorsqu’ il la cite, en en donnant une
version plus explicite. Nous transcrivons cette seconde version qui nous paraît éclairer la
première. Cette variation est peut-être la conséquence des entretiens qu’ il a menés avec
Djiguiba Camara, afin de recouper les informations (voir sa Bibliographie, Person III 1975:
2195): “Ce document [Histoire locale] qui supporte bien les recoupements, a été complété
et contrôlé au cours d’une série d’interviews.” Ainsi écrit-il (Person 1968 I: 352, note 45):
“Voici le déroulement de l’entrevue selon [5] [Djiguiba Camara]. Samori: – ‘Tu viens aider
les animistes contre moi. Comme ton père est un grand Ladyi et a fait la guerre sainte,
je veux éviter de te combattre. Nous sommes croyants tous les deux, ne nous battons pas
pour des gens qui ne prient pas, sinon, je suis capable de te vaincre.’ À ce moment serait
intervenu Day Kaba qui aurait reproché à son allié de manquer de respect à un fils d’ El
Hadj Omar. ‘Si tu vas contre le fils du maître de ton père, tu m’obliges à déboucher le trou
que j’obstrue de mon pied. Je me retirerai avec les hommes et sans moi, tu ne l’ emporteras
136 “Essai d’ Histoire locale”
chefs antérieurement invités: Aguibou Tall (I) un des fils d’ El Hadj Omar, roi
de Dinguiraye. Ainsi cette aide devait peser sur le plateau de la guerre contre
l’ Almamy.
Par mesure de prudence, pour éviter inutilement un écoulement de sang et
pour décliner toute responsabilité, Samory invita Aguibou alors de [à se] retirer
hors du village pour une entente.
L’Almamy parla en ces termes: “J’ai appris que vous veniez aider les gens de
Balia contre moi. Je vous avertis que votre père est un grand pèlerin, ayant fait
des guerres saintes, il est par là122 de l’éviter. Je détiens mon autorité de Dieu.
Vous êtes croyant comme moi. N’aidez pas les infidèles contre un coreligion-
naire si non [sinon] je suis prêt à poser toute éventualité”
60 C’est alors qu’Aguibou répondit: “Je ne viens pas pour combattre mais pour
voir en spectateur.”
L’Almamy invita alors à observer après lui avoir parlé en ces termes: “Je vais
ouvrir le feu en votre présence.” Sur ces entrefait[e]s, Djinafarima Mory Kaba,
fils du Chef de Kankan, Alfa Mamoudou, chef religieux, ancien élève du père
d’Aguibou mécontent des vertes observations de Samory à l’ adresse du fils de
son maître réplique aux lieu et place de ce même Aguibou: “Ne m’oblige pas à
déboucher le trou que mon pied ferme en disposant le fils de l’ ancien maître
de mon père. Vous sentirez avec mes hommes qui s’ en iraient, tout le poids de
cette attaque et vous n’auriez pas le dessus.”
Samory courroucé, répond: “Retire ton pied, je le boucherai à l’ aide de cent
bouches de feu et le vide dont tu parles si sûrement sera comblé malgré toi.”
Ainsi rappelé à l’ ordre, tout rentra dans le calme et le combat eut lieu. Le vil-
lage de Saraya malgré ses nombreux confédérés fut attaqué et enlevé sans coup
férir.
REMARQUES: (I) C’est ce Aguibou Tall qui fut le Roi de Macina avec rési-
dence à Bandiagara. Cette attitude malveillante resta gravée dans la mémoire
des gens de ce pays.
Les habitants furent réduits en captivité, les uns incorporés, les échappés
furent emmenés et conservés à Dinguiraye par Aguibou. Les gens de Balia
n’oublièrent jamais cette trahison.
pas.’ Samori le remit à sa place: – ‘Retire ton pied, je boucherai le trou, seul, avec mes fusils.’
Tout s’arrangea finalement grâce à Agibu qui eut le front d’ affirmer: ‘Je ne suis pas venu
pour combattre mais pour observer ce qui va se passer.’ Samori se déclara aussitôt satis-
fait. – ‘Venez voir: J’ouvrirai le feu en votre présence.’ ”
122 Une rature manuscrite et une trace de rouleau adhésif empêchent la lecture claire de cette
phrase. À comparer avec la note précédente qui permet de reconstituer le texte.
version française 137
100 taureaux – 100 bœufs chastrés [castrés] – 100 vaches – 100 génisses –
100 béliers – 100 moutons chastrés [castrés] – 100 brebis etc…
Siège de Kignedjaran
L’Almamy revint à Kignéba d’où il prépara l’attaque de Kouloubalidougou qui
fut enlevé après un siège et malgré l’appui effectif des Français venant d’ un
poste assez loin du lieu du théâtre. Le village fut pris et l’ arrivée tardive des
Français n’eut pas d’effet. C’est le premier contact manqué avec les Français.
La conquête des rives du Niger est terminée, il revint à Doura d’ où il congédia
les Malinkémory de Kankan en leur demandant leur intervention pour parer
aux guerres avec Siré Brahima. Avant son départ de Doura, il essuie une attaque
d’autres Malinké de Siguiri originaires de Dioman-oiguè et Dioma-Nounou. Il
réussit à parer à la surprise et infligea une défaite à ces guerriers. Ils se sou-
mirent au conquérant.
version française 139
125 Voir en parallèle la p. 46 du tapuscrit, section “Fin du règne de Siré Brahima,” qui est en
dialogue explicite avec cette partie du texte.
126 P. 57 du tapuscrit, Djiguiba Camara avait pourtant insisté sur l’ importance de ce traité
passé entre Siré Brahima et Samori, en donnant la liste des témoins, afin de mieux sou-
ligner, par avance, la traîtrise de Morlaye. Djiguiba Camara prend soin de souligner que
Samori est ici dans son droit.
140 “Essai d’ Histoire locale”
Guerres
I. KANKAN: Kémé Brahima secondé par Arafan Diabaté fit le siège du village. Le
blocus fut total et il fallut forcer les troupes de Samory, ce qui emmena [amena]
une écha[u]ffourée. Le succès fut total du côté de Samory. Après quelques mois
de siège, le village vint faire sa soumission à la place où s’ élèvent les bâtiments
du cercle127 (I) Samory par la bouche de Kémé Brahima pardonna la popula-
tion, ne préleva aucun butin et traita les insurgés en frère[s].
2. SANKARAN: De leur côté Manigbè Mory et ses sofas franchissant le Milo, arri-
vèrent à Sinikoro. Là stationnaient Morlaye et ses frères appuyés des leurs.
REMARQUE (I): Nombreux principaux de la ville accompagnés d’ une
femme chassée pour sa mauvaise langue furent dirigés sur Bissandougou en
otage.
SIEGE DE SINIKORO: Un siège, une attaque, la capitulation du village de
Sinikoro, la capture de Morlaye et de ses deux frères. Deux de ceux-ci furent
emmenés jusqu’à Naréna (Bassando, cercle de Kankan) puis emmurés tandis
que les chefs sofas furent exécutés. Le 3ème Mari Caba Amara fut emmené à
Lélé (cercle de Kankan).
Des restes de l’armée battue, Samory organisa une nouvelle troupe à la tête
de laquelle il plaça un Chef à lui.
3. VERS MEDINA: Samory pour la première fois va déclarer la guerre à Siré Bra-
hima, son ancien maître; les neveux de celui-ci n’ ont-ils pas violé son territoire?
C’est pourquoi, Samory vengeant l’acte par l’acte, violant les frontières, envoya
Mougna à Ourékoro à la tête de 1. 200 combattants et 120 chevaux, or, Ourékoro
était dans l’État de Siré Brahima.
127 Djiguiba Camara se réfère ici à une géographie coloniale postérieure, en faisant référence
à l’emplacement où auront ensuite été érigés les bâtiments du cercle, qui n’existaient bien
sûr pas à l’époque de Samori Touré.
128 Passage obscur: [qui ne voulait pas?]
version française 141
Reconstruction
Nous avons dit antérieurement que la pression des Cissé avait vidé le pays
entre Moussadougou-Orékoro. Les habitants de palines [plaines] du Dion et
du Moussoro s’étaient retirés qui à Sanankoro, qui à Bronkéndou. Siré Brahima
n’avait pu les décider à venir dans la plaine. Il s’était même constitué des petits
Etats très prospères, faute de commandement musulman. Aussi quand Siré
Brahima qui était chef d’un pays vide fut fait prisonnier, Samory convoqua –
excepté Gouanankoura – les principaux chefs du pays alors à Bissandougou.
Ceux-ci venus, il leur dit: “L’homme devant qui tout fuyait est pris. Repre-
nez vos terres. Reconstruisez vos villages dans les plaines. Faites vos cultures.
Je veille sur vous.” Tandis que les villages s’édifiaient dans la plaine, que les
champs se multipliaient, que la vie reprenait partout, Samory fortifiait son
armée. Il prélevait les sofas sur le pays (Gbéléban).130
129 Paragraphe rapporté également dans Person I 1968: 360, note 124.
130 Discours repris en intégralité par Person I 1968: 360, note 128. Il s’ agit d’ un des emplois les
plus importants du texte de Djiguiba Camara, cité in extenso.
version française 143
L’armée ainsi scindée, la cavalerie jouait un rôle important tant pour le choc
que pour la poursuite des fuyards. Mais en forêt, son rôle était limité au métier
d’arrière-garde.
L’armement de ces troupes comprenait alors:
1. Pour la cavalerie: le sabre – le fusil à pierre
2. La troupe à pied: le sabre – le fusil à pierre.
Etat du Konian
Depuis le départ [de] Samory de Gbéléban, il s’était passé bien de[s] chose[s]
dans le pays du Konian (Beyla, Macenta). Sadji était resté réfractaire à l’ action
de Samory. Les relations de mariage entre Sadji et les gens de Bronkédou,
Dougbè Kaba Koné, avaient déterminé celui-ci à entraîner Sadji dans une
alliance.
Sadji s’opposa au désir de ses beaux-parents. À ses yeux, c’ était “se constituer
captif des marabouts.” Aussi vivant sur le point de GOUANKOUNO, razziant ici,
pillant là, jamais probe ni honnête, dans ses attaques, il avait assujetti Guirila,
le Gouana et le Goye.
Gouankouno 65
Il pressurait ce dernier qu’il avait chauffé à blanc. Les pays occupés n’étaient
que l’ombre d’un spectre. Violant même les murs sacrés de Moussadougou, il
s’ était présenté dans le village de ses aïeux au mépris des conventions par les-
quelles il règne pourtant. Il s’était non seulement attiré les représailles sourdes
des “Fanyarassi,” mais quand il avait dérogé à la règle précitée [mais il avait
même dérogé]: “Moussadougou est un lieu saint, le premier berceau de la puis-
sance des CAMARA.”
Jusqu’à ce jour, Samory n’avait [pas] effectué une annexion totale du pays
du Konian et de la Région forestière (Macenta).
Ses multiples succès avaient entretenu chez lui l’ ardeur de la lutte. Moussa-
dougou soumis, il préleva des troupes dans le Ouassoulou, dans l’ Amana, dans
le Kalankalan, dans le Balia. Avant d’aller plus loin, voyons le système de recru-
tement.
REMARQUE: Rappel lois de Moussadougou.131
131 Le renvoi porte sur les lois édictées par Farin Kaman à la fondation de Moussadougou,
rapportées dans la première partie du texte. Voir à partir de la section “Suite des mille
sacrifices” p. 12 du tapuscrit.
144 “Essai d’ Histoire locale”
A) Système de recrutement
I. Il rappelait132 à l’armée les jeunes gens en tuant des animaux, en com-
blant de vœu le plus cher à la jeunesse: “la politique du ventre plein.”
C’était l’engagement volontaire.
II. Sur les régions soumises à son autorité, il procédait à des enrôlements
obligatoires. Chaque village devait donner un nombre de sofas en rapport
avec son importance.
III. La formation d’élèves coraniques qui devenus grands, devenaient sofas.
Ils ne recevaient aucun enseignement tactique.
132 Comprendre: “Il attirait dans les rangs de l’armée des jeunes en tuant des animaux” et en
les nourrissant.
133 Le tableau suivant a été surligné et annoté à la main. De plus, certaines lignes ont été
rayées par des “x” tapuscrits. Nous en reproduisons les lignes lisibles.
version française 145
La guerre de Gouankouno135
Ainsi montée la troupe de Samory montait une attaque. Dans la journée qui
précéda l’offensive, Sadji avait dépêché un plénipotentiaire auprès de Samory
qui fit dire à Sadji qu’“il voulait goûter le manioc de Gouankouno, fût-il de
sang.”136 Le village était inaccessible à toute attaque, aussi la troupe de Samory
recevait les assiégés au pied de la montagne; on se disposait en bataille rangée,
les coups de fusil partaient, les sabres rayaient l’ air.
Fanyarassi
À la fin les hommes de Gouankouno, toujours assiégés, devant se battre dans la
plaine sans décider de la victoire, finirent par épuiser leur poudre.
PETITES TRAHISONS: Siré Brahima avait affirmé à Samory que les sofas
l’ amputeraient d’un bras. Le bruit du manque de poudre s’ était répandu chez
Samory. Quelques uns de ses sofas tels que Fadouba, Komigna cachaient de la
poudre et l’envoyaient clandestinem ent à Sadji. Les déserteurs du camp de
Gouankouno répandirent l’acte de trahison.
La plus réussie fut celle de Massabory dit Linko Amara. Celui-ci, beau-
frère de Samory qui, jusqu’ici avait pris parti pour Sadji, voulait passer dans
le camp adverse, pour s’épargner une mort certaine au cas où Gouankouno
serait pris un jour. Descendant clandestinement dans la plaine une nuit, il
alla trouver Samory et lui proposa de l’emmener dans Gouankouno par un
chemin détourné. Samory acquiesça et prépara une troupe pour le lende-
main. De son côté, apprenant l’arrivée à bon port de son fils Massabory Momo
répandit l’évasion de ce traître que lui-même avait préparé dans la clandesti-
nité.
Le lendemain Amara fit contourner le mont de Gouankouno grimpa par le
côté de Bronkéndou où un col permet l’accession de Gouankouno.
Des patrons-minets [dès potron-minet], la troupe de Samory guidée par
Linko Amara arriva sur une espèce de plateau. Pour la première fois depuis
le début du siège des sofas de Samory purent embrasser le village du regard,
un gros bourg sans défense, des cases rondes grouillantes de vie dont les toits
fument dans le brouillard du matin. Durant le spectacle de cette trahison la
troupe de Samory entonna alors le cri, le chant de guerre, ce chant qui sema la
panique dans le village, fit sortir hommes, femmes et enfants (I).
68 Une prise de coups eut lieu; Sadji réunit une troupe à la hâte, se porta à
l’ attaque, mais la force et le nombre l’emportèrent. Il faut toutefois rendre cette
justice que Sadji résista toute la journée. Dans la nuit de mercredi il s’ échappa
pour échapper à la captivité. Le matin, ce même Momo qui fut cause de la tra-
hison de son fils ne suivit pas Sadji. Il proclama tout haut l’ évasion de Sadji à
la pointe de la montagne. Cela se répandit dans la plaine et les gens de Samory
montèrent aussitôt de toutes parts; ce fut une débâcle générale. Les résistances
locales ou passives furent vite réprimées.
(I) REMARQUE: Ce chant était: Sé wara, Mory sé wara, macoun (content le
marabout, content le silence). Content d’avoir pris enfin le village après les
dures souffrances du siège.139
Certains se suicidèrent, beaucoup furent faits prisonniers quelques hommes
aguerris se sauvèrent pour éviter leur mise à mort. Les jeunes filles se jetèrent
dans les ravins pour ne pas se laisse marier par les marabouts.
139 De nouveau, une traduction différente est donnée au chant, chez Yves Person, qui cite
pourtant Djiguiba Camara comme informateur: “Sè wara, mori sè wara, ma kuñ.” “C’est
gagné, les musulmans ont gagné. Taisez-vous [5] [Djiguiba Camara].” Person 1968 I: 451,
note 60.
version française 149
Ordre impératif
L’évasion de Sadji fut mal accueilli[e] par Samory. Il enjoignit à son frère
Manigbè Mory (I) et à son griot Lankamou Fali de poursuivre le fuyard, de
l’ arrêter avant sa pénétration dans la zone forestière d’ où sa prise s’ avérait
impossible.
La poursuite140
En fuyant Gouankouno Sadji prit la direction du sud. Parcourant en hâte le pays
du Konian, il contourna Beyla et aboutit dans le Mahana. De leur côté Manigbè
Mory et Lankama Faly141 ne restaient pas inactifs. Ils ne livrèrent pendants
toute cette poursuite aucune bataille. Le soin de celui-ci fut livré aux villages
qui s’opposaient au passage de Sadji. Ce dernier s’ étant rendu impopulaire par
son système arbitraire s’était créé plus d’une inimitié. C’ est ainsi que dans un
village du Mahana il fut arrêté temporairement. Cette retraite au ralenti permit
à la troupe samoryenne de rattraper l’arrière-garde de Sadji. Le cheval du frère
maternel à Sadji Sa-Oussou fut blessé. Il ne voulut pas quitter sa bête malgré
l’ intervention de son frère Sadji ne voulant pas abandonner son jeune frère,
s’ assit à son côté et la troupe l’imita.
140 Sur la mort de Saghadyigi/Sadji, voir l’intégralité du chapitre 6.B qui doit beaucoup à
“Essai d’histoire locale,” voir notamment Person 1968 I: 451, note 59; 452, note 66; 307,
note 40, et suivantes qui sont des retranscriptions des pages 68-70 du tapuscrit. Person
compare ce texte avec la version de Fofana notamment, qui insiste sur le rôle des femmes
et des griots dans la chute de Saghadyigi, en soulignant la fiabilité du témoignage de Dji-
guiba Camara. Il dresse à cette occasion un nouveau portrait élogieux de son informateur:
“Pour la chute de Gbãnkundo et la mort de Saghadyigi, je suis la version de [5] [Djiguiba
Camara]. Cet informateur, ancien chef de canton du Simãndugu et parent éloigné de
Momo est particulièrement sérieux et de nombreux renseignements recoupent les siens
qui sont souvent inconciliables avec la tradition recueillie par Kalil Fofana. Voici cette der-
nière, pour l’épisode de la fuite: ‘Samori réussit à suborner la favorite et le griot de Sadji.
Et la victoire lui fut assurée le jour où la femme de Sadji imbiba toute la maigre réserve de
poudre de son mari. Cependant, Sadji aurait pu s’échapper à la faveur d’ une nuit particu-
lièrement sombre si les vociférations sciemment lancées du haut de la colline par le griot
n’avaient pas signalé sa fuite. En effet, le griot, dans un accès de sentimentalité feinte et
inopportune ne cessait de crier ‘n’djãti tara kãnto!’ (Mon hôte m’ a abandonné). (Trans-
cription correcte: ‘dyatigi tara ka n’to’). Enfin l’heure de la victoire de Samori avait sonné.
Sadji fut rattrapé et décapité… avec sa favorite et son griot’ (p. 13). La femme qui mouilla la
poudre est peut-être connue de notre version puisque celle-ci précise que Masabori avait
été surpris en adultère avec une épouse de Saghadyigi et avait reçu pour cette offense cent
coups de chicote. Il est vrai que cette traîtresse ne fut pas décapitée puisque Samori la
donna à son amant après la chute de la place [5] [Djiguiba Camara].”
141 [Lankamou Fali] deux paragraphes plus haut.
150 “Essai d’ Histoire locale”
(I) REMARQUE: Dit Sarankén Mory: Celui qui est chargé de poursuivre. Dans
le bulletin de renseignements nº [blanc] de 1934 M. Dominique Traoré soute-
nait la bravoure de Sadji d’une façon telle qu’il admettait même que ce fuyard
de Gouankouno était au-dessus de tout soupçon… Séni était l’ épouse de Tiéba
et non de Sadji comme l’affirme l’auteur de “…” [non renseigné]142
3) D’abord Manigbè et son armée.143
La troupe de Samory arriva dans une cavalcade effrénée, encercla les
hommes et les captura. Un de ses frères Diaoini-Siné déchargeant même son
dernier coup y fit quelques morts. Le lendemain il fut dirigé sur Gouankouno
en passant par Beyla, Moussadougou et par Karatakoro.
L’entrée dans le camp de Samory fut humiliante. Ce descendant de Farin-
Kaman fut abaissé au rang du dernier des sofas. On le fit descendre du cheval à
1 km. du camp, on lui passa une corde aux poignets, puis ses bras passèrent dans
son dos. Cet homme richement monté, qui naguère caracola sur un magnifique
cheval, revenant simple, malheureux, plus faible qu’ un enfant humble et sans
défense. Samory aurait-il pitié de cet homme si arrogant autrefois que la for-
tune de la guerre transformait en captif.
69 Rendons à César…
Le jour même de son arrivée, une danse de sabres consacrait la magnifique
prise de Gouankouno.
1. D’abord Manigbè Mory et son armée
2. ensuite celle de Samory lui-même qui rappela à Sadji leurs multiples
contacts:
“Je t’ai vu à Gbabadou (Simandou).144
Nous nous sommes rencontrés à Nionsomoridougou (Konian)
Tu m’as même envoyé en des termes injurieux une de tes filles à marier,
accompagnant un jeune captif du nom de “Tensoya.”
142 Djiguiba Camara a laissé les champs blancs. Cette remarque indique néanmoins que
l’auteur a eu accès à des archives coloniales, ou a souhaité recouper ses informations avec
des sources de l’administration française, pour la rédaction d’ “Essay d’ Histoire Locale.”
Dominique Traoré (1891-1972) a rédigé un article intitulé “Notes sur Samory” dans l’ Educa-
tion africaine (1934). Il a été élève à l’école des fils de chefs de Kayes de 1908 à 1909, après
Djiguiba Camara. Voir sur Dominique Traoré, Smith et Labrune-Badiane 2018; voir aussi
leur base de données en ligne sur leur blog: https://bibcolaf.hypotheses.org/, consulté le
23 mai 2018; Jézéquel 2011.
143 Cette note numérotée “3” ne fait référence à aucun appel dans le corps du texte. Elle
semble faire référence à la phrase “Cette retraite au ralenti permit…” C’ est également
l’hypothèse d’Yves Person qui a crayonné la page.
144 Nous conservons les renvois à la ligne mais il semble que l’ ensemble du discours soit de
Samory.
version française 151
Conséquences
Samory devint le maître du pays. On rentra à Sanankoro. Les captifs faits furent
envoyés dans les pays du Toron et de Kalankalan pour cultiver. Des jeunes gens
valides furent faits sofas et entrèrent dans l’armée.
Daramé
Samory ne fut pas toujours promoteur des guerres à porter dans les pays pai-
sibles tel que dans le bas Sankaran.
Nous allons traiter le cas d’un sarakolé.
DARAME: Ce Daramé, Sarakolé et musulman vient s’ installer à Birissa avec
le consentement du Chef Fanfodé.
Le nouvel hôte fut appuyé par la notabilité, et il commença par s’ installer
solidement, créa Gbérébouragnan qu’il fortifia.
Il forma une teinturerie et se créa une petite industrie. Il s’ était enrichi donc;
mais la jalousie des villages voisins fit que son troupeau diminuait progressive-
ment par le poison et par le vol.
Lorsqu’il mit la main sur un coupable et Fanfodé mécontent voulut venger
cette arrestation de sa belle-soeur. Les notables d’ accord cette fois avec le chef
décidèrent de l’expulsion de Daramé. Cela ne se fera pas sans guerre. Fanfodé
et les siens attaquèrent et furent battus.
Daramé les poursuivit au-delà des villages, arriva jusqu’ à Faranah dont il
insulta les murs, prit le lieu.
Les villages: Tiro, Karamaya, Laya-Doukoula, Laya-Sando et Gnanfourando
subirent le même sort. Etc… etc…
Après avoir soumis les villages Oularé au Sankaran à part Bantou (I) il arriva
à Dantilla (canton de Soliman) et tout le Firina jusqu’ à Kaléa (cercle Faranah).
151 Voir p. 60 du tapuscrit sur le pacte qu’ont conclu Amadou de Timbo et Ibrahima Sory avec
Samori.
152 Il s’agit de la Gold Coast, aujourd’hui Ghana.
version française 153
C’est à raison de ses guerres qu’il se mit en désaccord avec Abali, Chef Hou-
bou de Fitaba et évita le combat.
Pris à parti par Samory à Sinikoro en même temps que les neveux de Siré Bra-
hima, celui-ci l’épargna et Daramé en profita pour allumer le feu entre Samory
et Cabaly. Samory pour respecter sa parole d’aide aux Foulahs de Timbo, profita
du moment propice pour marcher contre l’ennemi Abali. Daramé enrôlé dans
l’ armée de Samory sera tué à Gbéréva dans la Kouranko dans un combat noc-
turne. Pour échapper à la vindicte des Oularé à la mort de Daramé, sa famille
fut transférée à Gnalén-Moridougou à quelques kilomètres de Sanankoro.
C’est alors que les pays non islamisés commencèrent à se méfier des instal-
lations de marabouts entourés de nombreux talibi (élèves).
Deux cas en font la preuve: Mori Oulén du Médina et Daramé du bas Sanka-
ran.
(I) REMARQUE: Ce village est pratiquement protégé par un fourré épineux.
Canton Koadou Canton [M?]a (C. Macen- Canton Koadou Canton Bouzié (C. Ma-
(C. Macenta) venant ta) mais venant Djimin- (C. Macenta) mais venant centa) mais venant de
Matignébaladou dou, Simandou, Beyla de Missadou (Beyla) Foundou Oussoudou
(Simanndou, Beyla)
Séman Féla Famille venant de Djimin- Séman Féla frère de Fan Gani Gbèma
Fassou (village Daro) dou (Damaro) Dyara Minsè Banko
Mougna Camara vil- Diatama village Gbotodou Zimodou (près Sengbèdou) Maoa Kékoura
lage Daro Bokoro Zimo Sé Bigné
Gnadigro près Bonkoma- Zimo Morigbè
dou changement chefferie, Famille venant de Foun-
Gbosso Kamara, suppres- famille venant de Missa- dou (Simandougou)
sion Koadou rattachement dou Simiti Kékoura
Koadou et Koadou- Koné Manving village Diaka Kaman
malinké de Oularo – Konokoro, Kaman Kékoura
Macenta Min Kaman
Min Diara (v. Oularou créé
Sengben Kaman) Siagbè Kékoura et son fils
Gbagbè changement chef-
ferie Sagbaba
Sagba Diara
Koutou Kaman
153 Feuillet double à déplier. Nous reproduisons en deux tableaux les deux pages dépliées. Il
154 “Essai d’ Histoire locale”
(suite)
Famille venant de Kessa Bala village Dou- Famile venant Oussoudou Sonè Siman
Mékoun [raturé] mandougou (Koan) Foumou Oussou
village de Matigné Changement chefferie Simani Féré (village Gbon) Fakassia
Gnalin Koly village Fassari Siné ira à Guédou Baroco Sosso
Gbalomo (Kolibirama) Diasso Vaféré Koly Diarakoro
Mano Yara Changement chefferie Kesséry Diarakoro Kéoulén
[Y?]kouma Séba Camara ira à Loféro destitué Gnama
Camara Fata Kéoulin
Braïma
Djiguiba
72 Voici dans les grandes lignes l’arbre généalogique des principautés Camara du
pays forestier et de la savane. Tous sont descendants d’ un ancêtre commun Fan
Dyara.154
Tant qu’ils ne sont maintenus en contact étroit avec Missadougou, ils ont
entretenu des liens du sang assez serré[s] entre eux. Bien que souvent livrés à
des guerres intestines, ils se réuniront toujours pour lutter contre un ennemi
extérieur qui voudrait assujettir un quelconque de ces états.
Ces Camara de la Forêt restent en dehors de l’ état de sujétion. Toutefois,
voyant les Camara de Simandougou d’accord avec ou soumis à Samory, ils invi-
tèrent leurs frères, neveux et oncles, descendants de Farin Kaman, ils n’oppo-
sent donc pas de force à l’envahissement de Samory. Ils lui firent même des
présents d’usage et entretinrent de bonnes relations avec lui après la prise de
Gouankouno.
s’agit plus d’un tableau récapitulatif des chefferies et des créations de villages que d’ un
véritable arbre généalogique, comme celui des p. 12, et p. 25-26.
154 Plus précisément, ils sont descendants de Fandjara (Fyn Dyara) et de Fassou Dian (Fassoy
Dyan). L’ancêtre commun est donc plutôt Farin Kaman, qui englobe les deux branches.
version française 155
Retour au bercail
Jusqu’à ce jour, Gnama resté à Fooma s’y était taillé un état: Dandano, Siaféla,
Fassoudougou, Koyéro, Boola, etc… Il exerçait même une suzeraineté sur les 3
poids Manbona, et au-delà. Samadian (I) aurait laissé une traînée sur son pas-
sage [dans le] pays constitué par une longue bande de terre allant vers le sud
(Nzérékoré).
Pourtant à la prière de son ami Samory, il devait abandonner ces possessions
pour venir prendre le commandement de son pays et d’ autres villages de Nion-
somoridougou jusqu’à Konianko.
Ce départ de Gnama à l’esprit du cultivateur, Samory devait assurer le peu-
plement du pays,155 autrefois dévasté par Siré Brahima. Gnama accepta le sacri-
fice, en délaissement un pays entièrement soumis et autrement plus fertile.
Les habitants des rives du Dion voyant Gnama entrer dan son bercail, vinrent
aussitôt avec une confiance aveugle, recréer leurs villages: Sondou, Kouroudou,
Foundou, etc…
Il rentra à Damaro, c’est plus de 14 villages en marche. Ceux qui le virent
arriver ont encore la vision d’une foule en exode vers la terre promise de
Siman (2). Ils construisirent, édifièrent, les champs apparurent. La vie reprit. De
véritables villages s’élevèrent partout. Les forgerons peuplèrent la montagne.
Gnama envoya les Foulahs, ses beaux-parents à Gnakorodou, où ils demeurent
encore de nos jours. Ceux venus se placer sous sa protection pour échapper
aux pillards, manifestèrent le désir d’aller à Sanankoro rejoindre leurs parents
de Madina. En tant qu’ami de Samory, il ne refusa pas.
(I) REMARQUE: Sémadian est un descendant de Farin Kaman et de ses pos-
sessions par droit d’héritage revenaient à Gnama en absence d’ héritier direct.
C’était tous les Kossa Guerzé qu’il commandait.
155 Dans cette section ainsi que p. 64 du tapuscrit, (“Reconstruisez vos villages, […] je veille sur
vous”), Djiguiba Camara insiste sur la paix apportée par Samori dans son empire, et sur la
relative prospérité des habitants qui repeuplent la région, ce qui semble en totale contra-
diction avec la section “Dépeuplement” p. 102 du même tapuscrit. Plutôt que d’ y voir une
palinodie, il nous semble qu’il s’agit là d’un indice de l’ admiration que l’ auteur porte à
la figure de Samori, et à l’empire qu’il a construit, et que son jugement final vise surtout
à légitimer le revirement de son père Kéoulin, qui a fini par s’ allier avec les Français, en
trahissant Samori.
156 “Essai d’ Histoire locale”
(2) Gnama rappela Kéoulin, sentant sa fin prochaine il communiqua ses der-
nières volontés dont l’application intégrale va sauver les humains.156
156 Ses dernières volontés sont retranscrites dans la “remarque” suivante de la p. 73 du tapus-
crit: “Ce pays, c’est nous qui l’avons fait ce qu’il est, qu’ il soit l’ objet constant de tes soucis.
Si j’ai toujours lutté pour les faibles, si j’ai fait ce que m’ont donné les lois de mes aïeux,
jamais tu ne perdras dans la voie de l’honneur.”
157 Il n’y a pas de paragraphe numéroté II.
158 Il n’y pas de paragraphe “c.”
version française 157
Ainsi constitués, les Etats avaient une certaine homogénéité, une corréla-
tion, la racine en était la famille. Farin Kaman en était la souche. Tous ces
Camara et leurs oncles les Kourouma avaient soumis les Tomas de la région
forestière. À côté de leurs groupements malinkés, la masse des cantons tomas.
Au Kolibirama Malinké s’ajoutait le Kolibirama Toma; au Bouzié, le Guizima.
Si les chefs n’avaient pas toujours la force pour assoir leur puissance, ils étaient
soutenus par Gnama grâce à qui Samory appuyait les Camara de la forêt.
Cependant malgré tous ces appuis, malgré les liens qui les unissaient un chef
toma, celui de Sélinka, Gnanenco, restait irréductible.
Guerre de Sélinka
Déjà dans une guerre antérieure à Bokonino (canton Koadou) les partisans de
Gnanenko ayant réussi à tuer un gros notable Gnankissi Kana de Konokoro,
s’ étaient vantés en des termes incorrects. Gnanenco avait même jusqu’ à insulté
grossièrement Koné Manfing dans la personne de sa femme Maou (I).159
Il promit même d’enlever Macenta et faire occuper le vin de palme160 pour
le chef de ce village, Bakary, descendant de Toumani.
Toutes ces paroles vont porter sur les nerfs des Camara et des Kourouma de
la région. Il fallait mettre un terme à un orgueil dont les conséquences certaines
étaient le rabaissement du prestige des “[M]anigna.” (2)
(I) REMARQUES: Il dit que Maou (femme de Koné Manfing) n’avait pas de
mari. Ce qui signifie que Koné Manfing ne méritait pas le nom d’ homme.
(2) Tous ceux qui ne parlent ni Toma, ni Guerzé, ni Kissien peuplant la région
de la savane et de la forêt.
Coalition 74
Par Kéoulin, Samory fut avisé de l’état insurrectionnel des Tomas. L’Almamy
envoya une armée sous les ordres de Sifani Amara secondé par Ténin Souo Caba
Konaté, Gbodou Lanzé, Faranfing Konaté.
De leur côté:
Kéoulin et Koné Manfing – Bakary chef de Macenta – Moriba Gboto chef de
Koadou – Gnalén Koli (fils Samacé) Chef Kolibirama – Sifani Féré chef Gboni –
Bongo Morigbè chef du Koadou, avec toutes leurs troupes, marchèrent à la
159 Ces injures sont confirmées par d’autres traditionnistes, faisant également partie des
informateurs privilégiés d’Yves Person, Bangali Kamara et Karamogho Kuyaté; voir Per-
son 1968 I: 580, note 26.
160 Consommer du vin de palme est un acte de démonstration de sa soumission. Djiguiba
Camara illustre ce rite de somission également p. 61, où Diémory se rend à Kémé Braïma,
avec du de maïs. Pour des pratiques similaires en milieu igbo, voir Ugochukwu 2011.
158 “Essai d’ Histoire locale”
Dans le Bouzié
Kaman Kékoura n’avait jamais pris part à la guerre de Sélinca. Il était resté dans
le Bouzié. On se souvient que Vanfing allié de Kaman Kékoura et ennemi de
Samory avait aidé le chef du Bouzié pour conquérir le Koïma, le Guizima, et le
Ziama. Gbégbé fils de Kaman Kékoura est mort à Orékoro dans la guerre contre
Samory. Celui-ci non confiant envoya Katé Alama et Sana Oulén Koné pour
surveiller Kaman Kékoura. Ce dernier fut attaqué une fois à Kouankan par les
Tomas coalisés, ils furent repoussés.
La bataille
La bataille s’engagea. La cavalerie et la troupe à pied foncèrent. Le corps à
corps fut épouvantable. Le village alerté se mit en position défense. Certains
Tomas réussirent à gagner le village. Mais beaucoup restèrent sur place. Pour la
première fois, Kéoulin voyant la partie en plein jour, intervient alors dans une
guerre ouverte, comme Bakary venait de le faire.
La femme de Gnanenco, Sohoni fit propager que le fourreau de sabre – Gna-
nenco – était enlevé mais que l’arme – le village – restait. Malgré toute la bra-
voure de cette amazone,162 le lendemain Sélinca capitula; les hommes s’ étaient
enfuis.
Conséquences
Le griot Férémory Caba Kourouma fut chargé d’ aller rendre compte à Samory
de la situation présente. Il emmenait avec lui Sohoni et de nombreux captifs à
Kérouané. Le pays fut confié à Koréba Gonto.
Il fallait porter du riz à tête d’homme des pays fort éloignés, en comptant
sur les guets-apens possibles. Souffrant atrocement de la famine après 7 mois
Guet-apens de Sélinca163
Là où la force échouait, il fallait la ruse. Ce qui fut fait. Un conseil composé
de différents chefs fut réuni. Y assistaient notamment tous les Camara com-
mandant les régions, les Kourouma et les principaux envoyés de Samory. À
l’ exception de la voix de Kéoulin, tous optèrent pour un guet-apens. Malgré
l’ opposition du Chef de Simandougou qui opposait des arguments massues:
un pays étranger, calomnie des Tomas à l’égard des troupes samoryennes, les
guet-apens reçurent le suffrage universel.164 Une délégation fut alors envoyée
à Gnanenco pour discuter les préliminaires d’un arrangement. Les assiégeants
ne demandaient à Gnanenco qu’une soumission sur place publique entre les
saniets et les murs.
163 L’épisode est daté de 1886 par Yves Person 1968 I: 583, note 40: “La chronologie de la guerre
de Sélẽnka est assez sûre, car nous savons que le siège s’ est déroulé durant l’ hivernage pré-
cédant la guerre de Sikasso, donc en 1886. […] Le siège doit avoir duré environ six mois [5,
52, 54].”
164 Person 1968 I: 583, note 45: “Cette trahison célèbre fait l’ objet de polémiques qui ne sont
pas encore éteintes entre Toma et Maninké. L’idée en aurait été soumise au conseil des
assiégeants, qui se serait prononcé en sa faveur, à la seule exception de Kyéulè. Ce der-
nier aurait soutenu qu’il ne fallait pas porter atteinte au bon renom de Samori aux yeux
d’étrangers comme les Toma. Le fait est très possible, mais il est ennuyeux qu’ il soit rap-
porté par Dyigiba Kamara, le propre fils de Kyéulè. Il sera d’ ailleurs invoqué quinze ans
plus tard par Kyéulè, rallié aux Français contre Böngo-Mörigbè, qui poursuivra alors la
résistance avec l’appui des Toma.” Après avoir souligné le caractère partisan de Djiguiba
Camara lorsqu’il rend compte de cet épisode, Yves Person cite pourtant intégralement
cette version, qu’il a dû recouper lors d’interviews avec lui, puisqu’ elle est légèrement
amplifiée: “Amara envoya une délégation annoncer à Nyénẽnko qu’ il renoncerait à entrer
dans le village si les assiégés faisaient publiquement une soumission de pure forme. La
cérémonie devait avoir lieu dans le no man’s land, entre les sanyés des assiégeants et les
murs du village. Amara, représentant de Samori, siégeait sur une estrade, et les différents
chefs Maninka, en passant devant lui, se prosternaient pour recevoir sa bénédiction. Nyé-
nẽnko, qui suivait, fut invité à en faire autant car, non loin de là, était apposté un sofa
de confiance, qui devait tirer quand le kélétigi prononcerait certaines paroles convenues.
Quand Nyénẽnko se prosterna, au lieu de prononcer la bénédiction, Amara s’ écria en
arabe: ‘Que Dieu te livre à nous, que tu meures.’ La scène devint ridicule car le sofa ne se
décida pas à tirer et le chef toma, qui ne parlait pas le malinké, resta prosterné, sans com-
prendre pourquoi les choses trainaient. Cependant, Amara s’ énervait: ‘L’heure est venue,
qu’attendez-vous?’ Finalement le bourreau défaillant tira, mais sa charge fit long feu. Nyé-
nẽnko voulut aussitôt fuir, mais Bakari Kuruma réussit à l’ abattre et le cadavre fut décapité
(Récit de [5], Dyigiba, fils de Kyéulè, lequel était présent).”
160 “Essai d’ Histoire locale”
165 Il y a une incertitude dans la syntaxe, qui n’est pas correcte en français: soit la population
est “réduite en esclavage” soit elle est “remise en liberté.”
version française 161
ancien état de Diora, rassembla des troupes à Sansando sur le Niger qu’ il fran-
chit à Kignéba. Samory arriva à Tinibiri puis à Siguiri. Il rentra à Balato dans le
Bouré et enleva le village. C’est de Balato qu’on lui apprit la présence d’ un élé-
ment d’infanterie à Sétiguila. Se souvenant la relation faite par un émissaire au
sujet de l’attaque franco-samoryenne à Oyo-Oiyanko près de Bamako, il voulait
arrêter net cette expansion étrangère. La guerre eut lieu à Sétiguila et à Séké-
Nafadji. La troupe française fut encerclée et le siège monte. Durant plusieurs
jours la situation fut critique (I) et la colonne Combes166 alertée vint délivrer
le village. Aussitôt débloqué, les assiégés et la colonne Combes dégagèrent et
se sauvèrent. Samory ordonna une poursuite acharnée et l’ arrestation de la
troupe à n’importe quel prix.
Par une marche forcée et empruntant des raccourcis, la troupe de Samory
vint monter une attaque à Kokorodala dans le lit même du marigot. La perte
du côté Samory fut très élevée (2). Cela donna une colère folle aux sofas. La
poursuite fut alors atroce et impitoyable jusqu’à la perte de Niagassola où exis-
tait un poste | poste français. 76
(I) REMARQUE: Ils y virent le sol granuleux.
(2) Le lit du cours d’eau Kokoro fut comblé de cadavres des sofas résolus à se
faire plutôt massacrer en accomplissant de la promesse faite à leur maître, que
de laisser passer la troupe française. Jusqu’à de longues dates on y retrouvait
des armes des sofas tués.
De loin Samory et les siens virent une maison à étage. Cela les consterna.
Le canon tonnant galvanisa167 l’armée de l’Almamy. Ce fut la panique, le sauve
qui peut (I). Toutefois les Français ne les poursuivirent pas. Mais l’ incertitude
dépêcha la marche. Ils entrèrent à N’Galé à l’ouest de Siguiri où ils se renfer-
mèrent. Ils assouvirent leur colère sur le chef de Gninigo dont ils incendièrent
le village.
166 Antoine Vincent Combes (1949-1913) est un officier des Troupes de marine. Il était Lieute-
nant-colonel lorsque lui fut confiée par le colonel Archinard la campagne de 1892-1893
l’expédition contre Samori Touré avec le régiment des tirailleurs soudanais, dans les ter-
ritoires qui formeront ensuite la Haute-Guinée, pendant que Archinard lui-même luttait
contre Ahmadou dans le Kaarta et le Minianka, ce qui aboutit à la conquête du Macina.
Historique du 2e régiment de tirailleurs sénégalais, 1892-1933 (1934).
167 [ébranla], au contraire.
162 “Essai d’ Histoire locale”
168 Karamo, Karamoko, Karamogho selon les transcriptions. Sur ce voyage diplomatique en
août-septembre 1886, voir Person II: 695 “Dyaulè-Karamogho en France.” Ce thème du
voyage de Karamoko est très célèbre à l’époque; voir le portrait de Karamoko donné
en illustration dans Faidherbe 1889: 417. La thèse d’ Elara Bertho (Bertho 2016: 259-260)
reprend les détails de ce voyage: “Karamoko se rend en France à la suite du traité de
Kenyéba-Kura, que Samori conclut avec les Français – représentés par Péroz et Galliéni –,
afin de pouvoir engager le siège de Sikasso, tout en ayant un front dégagé face aux puis-
sances occidentales (1887-1888). Le prince voyage avec Tournier, capitaine d’ infanterie et
chef de la mission du Ouassoulou, ainsi qu’avec Alassane Dia et Mamadou Racine, d’ août
à septembre 1886: il prend le train, il est accueilli à Paris avec tous les honneurs, il visite la
caserne de la garde républicaine des Célestins, l’école militaire de Vincennes, il assiste
à une revue et est introduit dans les hangars de matériel (où il s’ intéresse au modèle
Kropatschek). Il est amené à l’opéra, à Longchamp, puis il est reçu par le ministre de la
Guerre, le général Boulanger ainsi que le président Grévy. Ce voyage semble l’ avoir beau-
version française 163
Couronnement
Samory avait eu ceci de bon: l’enseignement coranique n’était plus un privilège
réservé à une minorité. Partout il avait institué des Ecoles fréquentées obliga-
toirement par des enfants de sexe masculin.
Malheureusement, le dépaysement était à la base même du recrutement. Le
Konian enseignait aux élèves venant de Kouroussa, les enfants du Ouassoulou
à Kankan.
Samory lui-même s’était perfectionné dans l’ enseignement qu’ il s’ efforçait 77
de propager dans la masse. Il avait par ailleurs acquis un grand prestige sur un
immense pays. Les connaissances islamiques et la possession d’ un vaste terri-
toire devaient contribuer à rehausser sa gloire. Le Turban était la juste récom-
pense de tant de renommée. Aussi fut-il couronné à Bissandougou par Sidiki
Chérif père de Cheick Fanta Mamadi de Kankan en présence des principales
notabilités de son royaume et d’une foule d’élèves coraniques. Les dépenses
furent immenses; Elles portèrent sur l’or, les kolas, les boeufs, les femmes, les
vêtements, les captifs.
A partir de ce moment, Samory prit le nom d’ALMAMY169 (I).
(I) REMARQUE: En pays noir, Karamoko n’est pas un nom propre de per-
sonne. Il désigne tout ce qui dispense un enseignement de quelque nature
qu’il soit. Le fils de Samory portant le nom d’un maître d’ école coranique, fut
dénommé Karamoko comme son homonyme Kogné Morifing.
coup impressionné, et il est par la suite considéré comme francophile.” Voir le dossier
CAOM/FM/SG/SEN/IV/88-89 bis. D “Voyage de Karamoko” où Tournier demande le rem-
boursement de ses notes de frais, d’hôtels, de voitures, de trains (sur la ligne Bordeaux-
Paris), de cadeaux faits à Karamoko, du dentiste mandaté pour le prince.
169 Sur la prise du nom d’“Almamy,” Prince des Croyants, voir la note relative à la conversion
de Samori, p. 47 du tapuscrit.
170 Marie-Etienne Péroz a largement écrit sur ses missions et a été son propre promoteur dans
le domaine littéraire. Péroz 1891, Péroz 1895, Péroz 1905.
164 “Essai d’ Histoire locale”
“Père un bâton introduit dans un trou peut tromper celui qui le tient.
Quand l’homme lui-même introduit sa main, il ne peut se tromper sur
la nature de ce qu’il vit dans ce trou. Votre triple force avec Hamadou
(Ségou) Tiéba (Sikasso) et toi, ligués ne pourront jamais résister pendant
un jour aux Français.” Samory répondit à haute voix: “Karamoko tu m’as
retiré le monde en affaiblissant mon autorité.”
de ce qui pouvait plaire au roi, s’inclinèrent sur la volonté de celui-ci. Ils lui
dictèrent la peine de la lapidation. L’Almamy qui n’ avait pas une connaissance
approfondie des textes du coran, mais voulant donner le premier exemple de | 78
vigueur de la loi coranique qu’il venait d’introduire dans ses États et sans
aucune instruction préalable, les deux amants furent mis à mort et les deux
filles lapidées.
Morikén Konaté l’ami des accusés fut castré (I). Cet acte de barbarie reste
retenu à la charge de Mognouma Gbati.
Malgré l’intervention de Péroz, le père resta inflexible et cela porta atteinte
à l’honneur des Français, la mission en souffrit fort. Cet affront va être l’ une
des sources de différends franco-samoryens au départ de Péroz (2). Plus tard
l’ Almamy fut plus renseigné. L’acte d’accusation était dû aux règles qui
tachaient les pagnes et qu’une malpropreté notoire avait empêché d’ enlever.
(I) REMARQUE: Ce Morikén Konaté, en revanche de sa castration va servir
de guide à la colonne Humbert.
(2) Péroz partit mécontent de Bissandougou. L’Almamy déposa sur le che-
min qu’a emprunté la mission française certains cadeaux que celle-ci lui avait
offerts à l’arrivée.
173 La liste des chefs de guerre de Samori est corroborée par les archives européennes, et leurs
noms sont confirmés par d’autres informateurs, dont Babu Kondé, Karamogho Kuyaté, et
Masama Sangaré. Voir Yves Person qui les relaie en notes, Person 1970 II: 1045, note 9.
166 “Essai d’ Histoire locale”
Il suçait à l’aide de ses tentacules géantes, ces pays qu’ il administrait par
ses représentants. L’hydre vivait tantôt à Bissandougou, tantôt à Kérouané. Il
venait souvent à Sanankoro où demeurait son père Lanfia.
(I) REMARQUE: “Foroba Kélé” était l’armée la plus importante.174
(2) Dénominations diverses: Moutigui – Fama – Almamy175
Altercation de famille
Au cours d’une de ses visites à Sanankoro, le vieux Lanfia eut un vif propos avec
son fils Samory (I). Nous taisons les origines de cette colère paternelle pour ne
nous attendre [étendre que sur?] qu’aux conséquences… Ce qui demeure c’ est
qu’un jour, Lanfia très coléreux se fraya un chemin dans la foule et vint admi-
nistrer un coup de bâton à son fils (2). Celui-ci encaissa.
(I) REMARQUE: Dénominations diverses: Moutigui – Fama – Almamy
(2) Lanfia fut surnommé “Dièrèlaféa,” celui qui se déshonore lui-même.
79 Conséquences
Il commença par malmener les vieux de Sanankoro, les conseillers de Lanfia.
Puis sa colère reporta sur ses frères. Il les manda à Sanankoro et les abandonna
à son père, leur fit part que les fruits de ses conquêtes n’étaient pas un héri-
tage mais une acquisition. La réconciliation eut lieu, les frères s’ étant soumis
devant la force. Ils iront donc à cette hécatombe de Sikasso, assez refroidis en
raison des divergences familiales. D’autre part Samory sentant que ses frères
ne lui inspiraient plus assez de confiance, chercha à renforcer l’ autorité des
fils. Ceux-ci, graduellement, vont prendre les divers commandements. Pour le
moment ses enfants doublèrent les rôles dans l’exercice des commandements
divers:
– Macé Mamadi resta à côté de Kémé Brahima
– Managbè Mamadi resta à côté de Taté Morou Keïta
– Diaoulén Karamo resta à côté de Manigbè Mori dans le “Foroba-Kélé.”
174 Le Foroba était la plus réputée des armées de Samori, constituée des meilleurs guerriers.
“C’est au retour de Samori de Bisãndugu, en 1879, que le Foroba paraît s’ être nettement dis-
tingué du reste de l’armée. La tradition en fait mention pour la première fois l’ année sui-
vante au siège de Kankan [1, 5, 10] [Sidiki Konaté, Djiguiba Camara, Karamogho Kuyaté]”
(Person 1970 II: 1045, note 7).
175 Cette Remarque 2 est mal placée: il n’y a pas de numéro 2 dans le paragraphe. Elle est
reprise dans le paragraphe en tant que “Remarque 1.” Il s’ agit sans doute d’ une erreur de
transcription à la machine à écrire.
version française 167
176 Le siège de Sikasso a été une source d’inspiration pour de nombreux écrivains, il symbo-
lise la désunion africaine dans la lutte contre la colonisation, souvent considérée comme
l’une des causes de la victoire des Européens. Voir notamment les pièces de théâtre: Massa
Makan Diabaté, Une si belle leçon de patience (Paris: ORTF, 1972); Djibril Tamsir Niane,
Sikasso (Honfleur: Pierre Jean Oswald, 1971). Ahmadou Kourouma reprend ce thème de
la désunion fatale au début de Monnè, outrages et défis (Paris: Le Seuil, 1990) où Djigui
refuse de s’allier avec Samori.
177 La remarques est obscure: la légende en question n’ est pas explicitée.
178 Voir l’ensemble du chapitre 8 “Sikasso,” Person II. La répartition des kèlètigi, donnée par
Person 1970 II: 785, note 27 est directement tirée de Djiguiba Camara.
168 “Essai d’ Histoire locale”
Alfa, beau-frère Almamy et oncle Karamoko – 7°) Kounadi Kéléba, chef sofa,
élève général – 8°) Man Rouroukélé élève général – 9°) Saragba Moussa con-
seiller Almamy – 10°) Managbè Mamadi, fils Almamy – 11°) Macé Mamadi, fils
Almamy.
179 L’itinéraire est confirmé par Person 1970 II: 786, note 24.
180 Sur les détails de fusils de traite qui “faisaient plus de bruit que de mal,” voir Person 1970
II: 789, note 37.
181 Les soldats de l’an II désignent une armée composée de façon hétéroclite, en référence
à l’année II du calendrier révolutionnaire, suite à la levée en masse des hommes de 25 à
version française 169
Mission difficile
Lancaman Valy et Folonka Morou furent chargés de ce qui n’avait pas été fait
jusqu’à présent, de couper le ravitaillement de Sikasso. Il leur fallait se pla-
cer alors entre Daoudabou et Sikasso. C’est à dire entre deux étaux. Les gens
chargés d’ouvrir la route. Un combat acharné se livra alors. Pour cette fois, la
troupe fraîche de Lancaman Valy remporta un succès tel que Tiéba fut refoulé
dans ses murs avec force pertes.
Les combats se livraient des deux côtés soit alternativement soit simulta- 82
nément. Mais jamais le sort ne se prononçait. La trahison commençait à per-
cer. Tiéba était renseigné sur tout et tous par l’agent secret Faraba Laye182 qui
faisait partie du conseil de guerre de Samory. Ils agissaient par surprise atta-
quant brusquement une armée avant l’intervention des autres. C’ est ainsi que
la IIème armée perdit son chef Macé Mamadi, fils de Samory (I). Lancaman
Valy subit plus tard le même sort. Manigbè Mory fut blessé et emporté dans le
mur de Sikasso où il mourut.183
30 ans en 1793. Cette comparaison avec les mythes républicains français est intéressante
puisque Djiguiba Camara prouve ici ses connaissances de l’ histoire de France.
182 Faduba Konaté, selon Yves Person. Sur la mort de Macé Mamadi, Yves Person livre la ver-
sion de Djiguiba Camara, en regard de celle de Karamogho Kuyaté: “Masé-Mamadi fut tué
et sa femme, Bo, capturée, sera épousée par Tyèba. Deux versions courent sur sa mort.
Selon l’une, ses échecs devant les sanyé de Babèmba l’ avaient fait traiter de lâche par son
père. Aussi, quand les gens de Sikasso l’attaquèrent, il refusa de fuir [5] [Djiguiba Camara].
Selon l’autre version, les Sénufo attaquèrent de nuit le sanyé de Masé-Mamadi, qui dor-
mait. Il périt asphyxié dans sa case incendiée [10] [Karamogho Kuyaté]. A la suite de ces
échecs, Samori fit exécuter un membre de son conseil, Faduba Konaté, qui aurait com-
muniqué à Tyèba les décisions les plus secrètes et aurait été responsable, notamment, du
désastre de Bafagha [5]” (Person 1970 II: 793, note 69).
183 Sur la mort des frères de Samori, voir Person 1970 II: 794, note 75. Après avoir rapporté la
version de Djiguiba Camara, l’historien se fait très critique sur le récit qu’ en a donné Péroz:
“La scène grand-guignolesque où Péroz nous peint Tyèba faisant déchiqueter les frères de
Samori durant toute une journée paraît n’être qu’un artifice littéraire (Péroz 1895: 124). […]
Les têtes momifiées et décorées de Kémé-Brèma, Manigbè-Mori et Lãngamã-Fali seront
offertes par Tyèba à Archinard en Décembre 1890. Sur le sort de ces sinistres trophées, cf.
Méniaud 1932, I, p. 447.” La tradition et les témoignages africains servent ici à relativiser
les récits français de l’époque coloniale, Péroz étant par ailleurs régulièrement moqué par
l’historien.
170 “Essai d’ Histoire locale”
Ainsi, chaque jour, Samory voyait se détacher de lui ce qui formait l’ essence
même de son armée.
Kémé Brahima succomba dans un guet-apens. Manigbè Mory avait suc-
combé; Lancaman Valy son fidèle conseiller, son fils Macé Mamadi avaient
disparu.
Pour la première fois de sa vie, l’Almamy commença à douter de sa force et
de celle de son étoile.
Binger184 à son passage à Sikasso, conseilla aux belligérants de cesser ce car-
nage. Non seulement Samory n’accepta pas, mais il lui demanda son appui pour
l’ obtention de quelques fusils dont il avait apprécié le rendement à l’ arrivée
de Karamoko et le résultat obtenu à Sikasso. Le Français continua son voyage,
laissa aux prises les partis adverses.
(I) REMARQUE: Ce fils avait fait l’objet de réprimandes paternelles quelques
jours avant l’attaque de son saniet. C’est pourquoi il veut mourir [plutôt] que
de fuir devant la seconde attaque des armées de Tiéba. Son corps fut transporté
à Sikasso accompagné de sa favorite Boh qui n’a pas voulu l’ abandonner même
pas après son dernier soupir. Elle est devenue l’épouse de Tiéba.
La cueillette de l’oseille185
Pendant ses neufs mois de siège devant Sikasso, Samory eut un rhume cérébral.
Il demanda à Kariata sa cuisinière une soupe d’oseille qui devait guérir son mal.
Celle-ci regretta l’éloignement de Sanankoro où elle aurait la facilité et [aurait
pu] satisfaire le désir ardent de son mari.
184 Louis Gustave Binger (1856-1936), comme de nombreux autres officiers coloniaux, a écrit
sur ses missions en Afrique: voir pour sa rencontre avec Samori Touré et ses tractations
diplomatiques, les cinq premiers chapitres de Binger 1892. Au moment de sa rencontre
avec Samori Touré, Binger était en mission d’exploration topographique et non pas à la
tête d’une colonne militaire. Binger était parti de Bamako en février 1897 et arrivé à Kong
un an plus tard. Samori Touré fondait de nombreux espoirs sur l’ aide militaire des Français
dans sa lutte contre Sikasso – ce que Binger lui refuse.
185 Cet épisode de la guerre de Sikasso pourrait paraître improbable, d’ autant qu’ il n’est
relayé par aucun autre informateur. Néanmoins, Yves Person semble le légitimer, en le
rapprochant du témoignage du Major anglais Festing: “Manigbè-Mamadi fait désormais
figure de favori et a inspiré la tradition orale. Selon [5], Samori, durant le siège avait souf-
fert d’un ‘rhume cérébral’. (Festing confirme qu’au début de mai, il avait la fièvre et se
trouvait assez mal). Sa femme, Kariata, manifesta tout haut le regret de ne pas être à Bis-
ãndugu où poussait dans son jardin du da (= Hibiscus saboariffa) remède efficace. Or un
jardin de Tyèba, dans le bas-fond, au sud du Dyõfuru, contenait du da. Manigbè-Mamadi
qui avait entendu Kariata, prit l’initiative d’aller récolter le da sous le feu de Sikasso. Il fal-
lut repousser une sortie et la bataille de l’‘oseille’ (Da-Kèlè) fut particulièrement sanglante.
Samori se serait montré fort sensible au zèle de son fils” (Person 1970 II: 794, note 82). Sur
le major Festing et sa rencontre avec Samori Touré, voir aussi Person 1967.
version française 171
Fin du siège
Le ravitaillement étant coupé, le pays à [de] Samory étant soulevé, Samory
préféra abandonner le siège. Toutefois par bravoure186 il invita Tiéba à venir
186 L’admiration de Djiguiba Camara pour Samori est ici manifeste. Ce défi, tel qu’ il est rap-
porté dans “Essai d’histoire locale,” est cité par Person 1970 II: 794, note 81.
172 “Essai d’ Histoire locale”
Retour
Samory rentra à Foulinkoro où il laissa Managbè Mamadi en arrière-garde avec
mission d’arrêter les troupes de Tiéba en cas de poursuite. Il rappela Fila Kali
de Kigné qui vint grossir la première armée dont le commandement revenait à
Samory.
Le village foulah de Diarakourou fut enlevé. Le retour inopiné de Samory
emmena tous les foulas à se retirer à Sanarouroulala. Samory y marcha. Il
y fut précédé par le Foulah Nissia Toumani qui avait des intérêts humains
dans le retranchement. Celui-ci y entra, y fomenta des troubles dans la trahi-
son.
L’histoire de la mort de Samory accréditée dans le pays fut abandonnée
devant le fait. Une délégation secrète guidée par Toumani reconnut l’ erreur en
voyant Samory.
Attaque de Sanarouroulala
Au moment de l’attaque les traîtres passèrent du côté de Samory et le vil-
lage tomba sans grande résistance. Il n’y eut pas de quartier pour les captifs
qui furent tous décapités. De Sanarouroulala, une partie des bandes de sofas
allèrent dans tout le Ouassoulou. Ils devaient agir sans pitié pour châtier les
rebelles et venger la trahison du Foulah Faraba Laye.
De son côté, Samory suivit une armée, continua sa marche triomphale vers
Niaco. De là, il détacha des sofas en nombre suffisant pour aller réprimer les
incursions de Kolonkalan, de l’Amana, du Balia. À leur tête était un Diaoulén
Karamo. Bilali commandant d’une troupe fut chargé de se porter vers le San-
karan avec résidence à Hérémakono (aujourd’hui poste de Douane).
Sanou Oulén et Téninsouo Caba Konaté allèrent vers le pau[y]s kissien à la
poursuite de Dala Oulenni, chef Douako qui s’y était réfugié.
Morifindian secondé de Faraba Missa Lancamandji marchèrent sur les Koné
de Béla-Faranah avec objectif principal le repaire de Boronkéndougou.
84 Fila Kali, Balakoundiolo, Nanfarima Paté furent chargés d’ attaquer le
Simandougou au nord-ouest et au sud-ouest. Ainsi trois divisions se formèrent
au sud-ouest. Paté fut battu par Maténin Diarra Camara chef d’ une troupe char-
gée par Kéoulen de défendre Dianfolodougou et le Kosséïno.
Au nord-ouest, Fila Kali guerroya contre Kéoulén. Là les armées de Samory
heureuses remportèrent un succès et Damaro fut incendié, les habitants se
version française 173
Coalition
D’une part tous les Camara de Simandougou, Guirila, Mahana avec leurs mara-
bouts de Missadougou, Touréla, Doukourella, Niéla se groupèrent à Niala qu’ ils
fortifièrent.
D’autre part: les habitants de Diakolidougou et Beyla restés fidèles à Samory
avec les guerriers de l’Almamy, Bala Koundiolo et Sifani Amara.
Guerre de Niala
La guerre de Niala eut lieu à Niala. Les partisans de Samory furent battus à
Niala et poursuivis jusqu’au mur de Diakolidougou. Si à ce moment-là, les par-
tisans de Samory avaient été attaqués, Diakolidougou aurait été pris portant
ainsi un grand coup au prestige de Samory. Mais on préféra attendre le lende-
main, ce qui donna le temps aux fuyards de se reconstituer. Le lendemain, les
assaillants furent assiégés devant Diakolidougou. Le siège trainait en longueur.
La situation désespérée des partisans de Samory leur fit demander du secours
à l’Almamy resté à Niaco.
187 Ici, Djiguiba Camara prend soin de souligner que son père, Kéoulén a sauvé la vie à Samori
174 “Essai d’ Histoire locale”
Touré: on voit bien comment il construit son père comme une figure morale à par-
tir de ce moment-là. Il s’agit donc d’un tournant dans le texte, alors qu’ auparavant,
l’admiration pour Samori Touré et sa résistance contre les Français dominait les descrip-
tions.
188 La mort de Massabory, lors de la “Grande révolte,” est rapportée par Yves Person, qui
cite Djiguiba Camara comme source: “Les fuyards s’étaient divisés en deux groupes pour
gagner le Barala. Le vieil Ulasé et Masabori gagnèrent Dyala en litière. Le chef du Girila
y mourut peu de jours après son arrivée tandis qu’Ulasé, livrés aux gens de Morifiñdyã,
fut décapité sur-le-champ. On exhuma le cadavre de Masabori pour lui couper la tête.
Dugugbè-Kaba, avec Mamudu-Syé et Wau-Tyègbana, s’ étaient installés à Toranu d’ où ils
s’enfuirent ensemble vers Borotu [5]” (Person 1970 II: 1134, note 215).
version française 175
Malheureusement, cette victoire n’allait pas être couronnée par [des] ré-
jouissance[s], puisque pour la première fois, Samory allait être frappé de la
nouvelle de la révolte de ses fils.
189 Il n’y a pas d’appel de note (I) dans le texte. Se réfère sûrement à “Samory avait résolu de
faire de Sarankén Mory son héritier.”
190 Voir sur l’albinisme partiel de Samori Touré aux avant-bras, Person 1962. Cette dépigmen-
tation partielle (vitiligo) est attestée par Yves Person (notamment p. 175), qui ajoute: “Les
176 “Essai d’ Histoire locale”
Actes de soumission
L’échec devant Sikasso, la rébellion de Managbè Mamadi, les guerres à la
longue trop coûteuses pour le pays avai[en]t fortement diminué le prestige de
l’ Almamy. Il avait fallu une cruauté sans précédant devant Diakolidougou pour
inspirer la peur parmi les populations et pour provoquer les actes de soumis-
sion. Ce que l’Almamy ne pardonna pas à son fils Mamadi, comment pouvait-il
le pardonner aux autres?
Aussi les notabilités du pays devancèrent-ils l’intervention de la force armée;
ils se soumirent pour éviter les ssages[saccages?] de leurs biens. Ils envoyèrent
les délégations à Bissandougou.
L’Almamy accepta l’offre; il invita chaque plénipotentiaire à envoyer à
Sanankoro (Kérouané) son premier fils:
1. Koné Manfing de Konokoro envoya Mindjara
2. Namin Diagba envoya Kagbè Silé
3. Kaman Kékoura de Bouzié envoya Siagbè Kékoura (cercle Macenta)
4. Kéoulén se présenta en personne (cercle Beyla)
5. Minsey de Djibolama (Bouzié) envoya son frère Gbèrè
6. Konianko et Mandou envoyèrent des délégués
Au cours de la cérémonie de présentation à Sanankoro, Samory désigna offi-
ciellement son 5ème fils Sarankén Mory comme son successeur éventuel, en
tous cas comme héritier direct. Il fit de magnifiques présents au fils de chaque
chef.
Ceux-ci s’en retournèrent dans leurs Etats. L’Almamy préféra garder Kéou-
lén qui était le principal noyau de résistance et le fomenteur de troubles.
Le fils de Vanfing Doré, Moricomala était captif depuis la prise de Missadou-
gou. Après avoir mis de l’ordre dans le pays, Samory se retira à Niako.
Réorganisation de l’armement
Il n’avait pas été victorieux devant Sikasso, du moins y acquit-il une grande
expérience militaire. Il comprit que le matériel était plus à renforcer que les
hommes, que le fusil était plus opérant que le sabre, que l’ armée avait plus
besoin de fusil que d’arme blanche, que les fusils gras venus de France par
Karamoko étaient plus conformes que n’importe quelle autre arme de cette
espèce.
Malinkés qui appellent Bologbè les personnes présentant cette particularité leur prêtent
volontiers des pouvoirs surnaturels.”
version française 177
Bijoutiers – armuriers
Siaki Caba était son bijoutier émérite. Il avait accompagné Karamoko jusqu’ à
Saint-Louis et avait acquis beaucoup de pratique dans l’ observation d’ armes
européennes de tout genre. Examinateur consciencieux et reproducteur fidèle,
sa technique rudimentaire savait suppléer dans une grande mesure à la défec-
tuosité de ses outils. Il était aidé dans sa tâche par d’ autres bijoutiers non moins
experts, Kanaman et Karifala Kourouma.
Tous s’étaient spécialisés dans la fabrication des pièces de rechange, ils
avaient acquis graduellement une certaine dextérité et de la pratique étaient
sorties les premières armes copiées sur les modèles européens, les rayures héli-
coïdales et la matière première seules présentaient quelques défauts.
Après donc la guerre de Sikasso, Samory par l’ entremise de Siaki Caba va
intensifier cette production.
Des bijoutiers furent placés sous les ordres du chef de village de Téré (cercle
Kankan). Le village devint très industrieux, [très populeux, la main d’ oeuvre]191
absorbant une grande quantité de | un grand nombre de travailleurs. 87
Fabrication
Plusieurs équipes étaient formées, chacune ayant une besogne déterminée.
C’était le système du travail à la chaîne, chaque groupe se spécialisant dans
une fabrication bien définie.
1. Extraction: elle était assurée par des forgerons ou bijoutiers établis sur les
versants de la chaîne de montagne192 au bout duquel était bâti le village
de Téré. La condition essentielle de résistance de l’ arme était envisagée;
il fallait réduire au possible les matières étrangères contenues dans le fer.
2. Fabrication des pièces: (voir plus haut)
3. Retouches: Les travaux de retouches revenaient aux dirigeants de l’ arme-
ment (Siaki Kaba et ses compagnons). Ils rectifiaient les erreurs des
ouvriers.
4. Remontages: Procédaient au remontage.
5. Cartouches: Au début, les douilles n’étaient que des produits de récupé-
ration que les Français laissaient sur les champs de bataille. Plus tard on
devait faire venir le cuivre des pays cop[t]iers (Libéria, Sierra-Leone) et
reproduire les anciens modèles. Les armes seulement échappaient à la
191 Réécrit au tapuscrit sur une première version, très peu lisible.
192 Il y a une longue histoire d’extraction du fer dans les chaînes de montagnes de Haute-
Guinée, notamment les monts Simandougou, au pied desquels est situé le village de Dji-
guiba Camara, Damaro. Il existe encore aujourd’hui des exemples de monnaies de fer
(guinzé) dans la région, datant de l’époque précoloniale.
178 “Essai d’ Histoire locale”
Situation en 1891
La situation en 1891 était la suivante:
1ère armée: Morifindian dans la Karagoua et Côte d’ Ivoire
2ème armée: Diaoulén Karamo dans le Sankaran Kolonkaran Amana
3ème armée: Ténin Sano Caba dans le Kouranko-Kissi
4ème armée: Bilali dans le bas Sankaran (vers Faranah)
Dans cette situation Bilali jouait le rôle d’intermédiaire. Placé jusqu’ à la
limite de l’État de Samory et de la frontière anglaise à Hérémakono,193 il devait
assurer la facilité du troc pour procurer des armes à l’ armée. À cet effet, une
armée de chasseurs commandée par Tangbo Oulén était chargée de tuer les
éléphants dont les défenses servaient aux échanges au même titre que l’ or, les
boeufs et du caoutchouc.
Les mines d’or de Siguiri ne faisaient pas encore l’ objet d’ exploitations régu-
lières. Les bijoux des femmes du pays furent récupérés pour l’ acquisition des
armes. Le Fouta était un réservoir de bêtes. Samory en fit plutôt une amie. Il sol-
licita son secours en bêtes lesquelles devaient servir au troc en Sierra-Leone.
La récolte du caoutchouc du Sankaran et du Toron était assurée par les vil-
lages de cette région.
5ème armée: Samory Haute Guinée (Bissandougou). Samory depuis la créa-
tion du poste de Siguiri n’était pas en bonne relation avec les Français.194
D’autre part, il venait à peine d’achever la répression des régions révoltées
pendant la guerre de Sikasso. Il s’occupait activement de la réforme de son
armement pour répondre aux besoins nouveaux de la revanche qu’ il comp-
tait prendre contre Sikasso, et non pour la marche contre les Français. Il était
aussi bien renseigné sur ses hommes, sur la puissance française. Mais ce qu’ il
ne pardonne pas, c’était son échec devant Sikasso.
marche arriva à Bissandougou, évacué. Ainsi une des capitales de Samory tom-
bait entre les mains des Français (1891).
À la tête de cette armée, d’élite, deux chefs, son fils Mouctar et N’Goto Traoré.
D’un autre côté, Samory chargeait Morifindian de faire des guerres dans le
Oulada (cercle de Kouroussa) pour ravitailler son armée. Lui-même était à Gba-
nankoura (Kankan) et changeait souvent de résidence.
Des petites excursions avaient lieu entre les occupants du poste de Kankan
et Samory attaqué à Ourimbaya où le boubou de Samory conservé au musée
d’histoire fut pris.196
1892
La colonne Humbert venant de Kankan avait pour objectif la seconde capitale
de Samory. Celui-ci était alors à Mounou dans le Goundo, près de Komodougou
où il opposait une vive résistance aux avants-postes.
L’armée française non prévenue tomba dans l’ embuscade de Diamani Sam-
bé. Pour donner à Samory fortes chances de réussite, les chasseurs d’ éléphants
y prirent part, ils grimpaient sur les arbres pour attendre l’ armée française.
C’étaient d’excellents postes de guet-apens et non de combat. Mais les pauvres
chasseurs n’appliquaient que le système de la chasse à l’ éléphant. Ils eurent
89 tort sans doute, une fois repérés par l’armée | l’ armée française les abattant
de système puisqu’ils n’avaient pas la liberté de mouvement dans les branches
des arbres où ils se posaient en cibles immobiles. Le combat de Sambé fut très
meurtrier et Kotén Alama qui avait juré que tant qu’ il serait dans l’ armée de
l’ Almamy les Blancs ne passeraient pas, y fut tué avec bon nombre de ses sofas.
L’échec devant Somi-Dala refoula les troupes samoryennes vers Sanankoro.
L’Almamy alla s’établir défensivement devant Gbaratoumou (à côté de Sanan-
koro) la capitale.
La garde du guet de Gbaratoumo était confiée à un groupe placé sous les
ordres d’un déserteur197 de l’armée française qui se faisait passer pour un Lieu-
tenant. Il organisa la défense et ordonna de ne tirer qu’ à son commandement.
196 Au Musée de l’Armée, aux Invalides, à Paris, est effectivement exposée une “tunique de
guerre,” mais elle est attribuée à son fils, comme l’ indique le carton explicatif: “Cette
tunique richement ornée de plaques d’argent est saisie sur Sarankegny Mori lors de la
capture de Samori et sa cour par les Français à Guélémou (actuelle Côte d’ Ivoire), le 29
septembre 1898. Don du Colonel Audéoud, 1899.”
197 La réintégration, dans l’armée de Samori, de déserteurs de l’ armée française n’est pas
un fait isolé. Voir p. 92-93 du tapuscrit: d’anciens tirailleurs de Mamadou Diallo (Ahmet
Aïssata pour les archives françaises) sont capturés par Ngolo pour servir d’ instructeurs à
l’armée samorienne.
version française 181
199 Un tata est une fortification en Afrique de l’Ouest, réalisée à partir de terre crue ou de
banco, entourant un village pour former une vaste enceinte, qui pouvait mesurer plusieurs
mètres de haut et de large. Voir Bah 2012.
200 En migrant vers l’Est, Samori a pratiqué la politique de la terre brûlée, qui est certainement
une des causes de la “légende noire” de Samori, pour reprendre le titre de la conclusion
d’Yves Person, “Signification de Samori, légende noire, légende dorée.”
201 Cette liste est retranscrite par Person 1975 III: 1508.
version française 183
(I) Voir page 91202 “Capitaine Loyer” REMARQUE: D’ autres prétendent que
cette mission était commandée par un Lieutenant au lieu d’ un Capitaine.
Pour retarder là un retour de la colonne Combes, Samory fit rallier les
troupes de Beyla et Somokoro à Kora lieu de passage obligé de l’ armée française
qui rebroussa chemin et vint à Kérouané après le combat de Morigbèdou.
Chaque armée vint reprendre sa place. L’Almamy se retira alors à Manou
dans le Barala à la frontière de la Côte d’Ivoire.
202 Il faut comprendre “page 90,” la page 91 étant manquante. Il s’ agit d’ ailleurs d’ une erreur
de numérotation puisque le texte ne souffre pas d’interruption.
203 Les Camara, les anciens soutiens de Samori, se désolidarisent donc complètement de
l’empire. Samori avait cru pouvoir mater la révolution en utilisant Kéoulin, le père de
Djiguiba Camara: en faisant jouer un Camara contre les autres Camara (supra, section
“Troubles dans la forêt”), mais ce plan échoue. La région passe alors sous le commande-
ment français et échappe ainsi aux représailles de Samori, c’ est pourquoi Djiguiba Camara
considère que le pays a été “sauvé” du pillage. Ce revirement de Kéoulin engage un chan-
gement de point de vue, dans le texte de Djiguiba Camara: la France devient alors instance
protectrice (cf. p. 93 du tapuscrit “[…] jusqu’à 1903 qui verra fleurir sous l’ égide de la
France les principes de la Paix”).
version française 185
204 Connu par les Français sous le nom d’Ahmet Aïssata, au service de Loyer, qui a lutté
contre Dyaulé Karamogho et Ngolo. Yves Person explique l’ ambiguïté (Person 1975 III:
1509, note 26): “La tradition orale [5, 10] [Djiguiba Camara, Karamogho Kuyaté] connaît
fort bien ce combat, mais elle l’attribue à un sergent Mamadu Dyalo qui est inconnu des
documents français. Il est possible qu’il y ait confusion avec Amadu Dyalo, l’ agent poli-
tique de Kérwané, qui négociait au même moment avec Dyaulé Karamogho. Selon une
autre hypothèse, Ahmet Aïssata était le ‘nom de tirailleur’ d’ un homme qui s’ appelait en
réalité Mamadu Dyalo et se présentait comme tel à la population.” Ngolo contre attaque
et massacre les tirailleurs d’Ahmet Aïssata, mais il en conserve quelques uns comme ins-
tructeurs.
186 “Essai d’ Histoire locale”
205 Suite de la p. 77 du tapuscrit. La confrontation entre Samori et son fils Karamoko est
devenu un épisode littéraire à part entière; au moins trois ouvrages en font leur trame
principale: Massa Makan Diabaté, Une hyène à jeun (Paris: Hatier, 1988); Cheik Aliou
Ndao, Le fils de l’Almany (Paris: Pierre Jean Oswald, 1973); Bernard Zaourou Zadi, Les
Sofas (Paris: Pierre Jean Oswald, 1975). Karamoko demande une prise en compte lucide
de la disproportion des moyens techniques des deux armées, ce qui est considéré par son
père comme une trahison. Le retour au pays de Karamoko, après un voyage en France,
se solde donc par une inadaptation tragique, et une ré-acclimatation impossible. La for-
tune littéraire du destin de Karamoko est certainement due à la proximité des préoc-
cupations des auteurs des années 70, fascinés par les personnages clivés entre deux
cultures, dont L’aventure ambiguë est l’exemple le plus célèbre (Cheikh Hamidou Kane,
1961).
206 Voir p. 48 du tapuscrit, “mésalliance” est annoté “querelle.”
207 Karamoko aurait en effet reçu une lettre de Loyer et lui en aurait renvoyé une autre. Per-
son 1975 III: 1532, note 229: “[La première lettre] portée par un Fula de Kamãn-Kyèkura
fut reçue par Dyaulè Karamogho à Dãndano. Le Fula fut aussitôt envoyé chez Samori au
camp de Samorigbèdu (Mãhandugu, dans le Barala). L’Almami aurait déclaré en sa pré-
sence: ‘Pour moi, j’ai honte maintenant, je ne puis plus voir les Français, je m’en vais vers
la Mecque.’ C’était faire connaître à sa façon qu’il voulait cesser le combat. Il aurait réuni
‘plusieurs marabouts’ (= son conseil?) pour leur demander de les suivre et aurait exprimé
publiquement sa méfiance envers Karamogho. ‘Mon fils qui, maintenant, a plusieurs de
mes bandes (Bolo?) étant très bien avec les Français, je ne puis plus avoir confiance en
elles.’ Il aurait renvoyé le Peul à Karamogho, en lui disant qu’ il pouvait faire ce qu’ il voulait.
Karamogho chargea alors cet homme d’une lettre et d’ un message oral.” Cette seconde
lettre est donnée ensuite en intégralité par Yves Person. Karamogho Kuyaté, l’ informateur
nº10, livre de nombreux détails sur l’interrogatoire de Karamoko mené par Samori en per-
version française 187
sonne, et sur sa condamnation à mourir emmuré dans une case, Person 1975 III: 1533,
note 233.
208 Djiguiba Camara a eu ici accès à des documents militaires, peut-êre au poste de Kérouané
lorsqu’il était en poste comme interprète en 1900 (ce qui était sa première affectation),
ou bien dans d’autres postes ultérieurs, à Beyla et à Faranah. Rappelons ici que Djiguiba
Camara a été accusé d’utiliser la documentation acquise illicitement pour contourner
l’action politique coloniale. Il est possible que cette mention dans le corps du texte
confirme la volonté de Djiguiba Camara d’étudier de près les documents administratifs
français – ce que sa hiérarchie ne pouvait pas tolérer, semble-t-il.
209 [soumission?] ou à entendre comme la démission faite à l’ égard de Samori, présentée offi-
ciellement à Loyer.
188 “Essai d’ Histoire locale”
Le combat
Voilà le monde devant les murs de Kong sous les ordres directs de Bilali et de
Kounadi Kéléba. Ceux-ci enjoignirent à leurs hommes de ne jamais ouvrir le feu
le premier. Les habitants de Kong de leur Tata commencèrent à tirer. L’armée de
Samory répondit. L’organisme du défensif fut franchi. Bientôt ce fut la mêlée.
Devant l’imminence du g[d]anger, les marabouts se réfugièrent dans les mos-
quées. Ils n’y furent point épargnés. Partout les feuilles de coran jonchaient le
sol.217
216 La destruction de Kong, ville considérée comme sainte, est apparue comme un sacrilège
par les opposants de Samori. Pour une mémoire des vaincus sur la guerre de Kong, très
hostile à l’Almami, voir Diabaté et Derive 1978.
217 Yves Person confronte les traditions orales sur le déroulement de la prise de Kong, Per-
son 1975 III: 1900, note 26. L’historien pointe une erreur de Djiguiba Camara, lors des
interviews orales, mais reste tout de même proche du texte d’ “Essay d’ Histoire Locale”:
“Samori tenait à ne pas tirer le premier coup de feu contre des musulmans. Malgré
192 “Essai d’ Histoire locale”
L’Anglais: “Nous avons toujours été de bons amis à votre père. Nous
sommes surpris de vous voir animé d’autres sentiments.”
Sarankén Mory: “Vous avez été les premiers à ouvrir le feu sur nous.
Nous ne pouvions que nous défendre.”
L’Anglais: “Croyant avoir affaire à une autre armée” L’Anglais ne rentra
pas. Le métis qui le secondait pris la fuite avec les hommes et abandonna
l’Anglais. L’Anglais fut retenu sous escorte poursuivi jusqu’ à la frontière
de la Gold Coast où il abandonna un canon.219
C’est cette arme emmenée à l’Almamy à Tassirima qui va servir contre les Fran- 98
çais à la guerre de 1898 (Kong). L’Anglais fut remis en liberté par l’ Almamy
lui-même; il lui fit des présents en or. Les sofas le conduisirent jusqu’ à la fron-
tière.
219 Sarankén Mory rencontre, à Wa, une colonne anglaise dirigée par Henderson, la capture
entièrement, la ramène à Samori, qui la relâche quelques jours plus tard. Person 1975 III:
1818. Pour des sources endogènes consacrées à cette rencontre entre un officier anglais
et Samori Touré, voir Abu Mallam, Labarin Samori (manuscrit ajami conservé à la SOAS,
c. 1914), traduit du haoussa au français par Souleymane Ali Yero et Elara Bertho (Bertho
2016: 603-604 pour cet événement, folios 174 et 175 du manuscrit).
220 Paul Charles Victor Braulot (1861-1897) est un officier colonial français qui trouve la mort à
Bouna dans une embuscade dirigée par Saranken Mory, l’ un des fils de Samori. Cet épisode
est connu en France comme “Le massacre de Bouna.” Yves Person lui consacre un long
développement, Person 1975 III: 1887, avant de conclure à l’ innocence de Samori Touré
(reportant la faute sur Saranken Mory), puisqu’il souhaitait opposer les Français et les
Britanniques en abandonnant Bouna. Or c’est l’inverse qui s’ est produit en conservant
Bouna: Samori a subitement fait la Une des journaux français, ce qui a permis l’ envoi de
nouvelles troupes en Afrique de l’Ouest. La liste du conseil, donnée par Djiguiba Camara,
est confirmée par Karamogho Kuyaté et Ladyi Mamadu Suleymani Dèm, et est retranscrite
(Person 1975 III: 1907, note 88).
194 “Essai d’ Histoire locale”
1. Sarankén Mory
2. Massa Mamadi neveu Almamy
3. Niaman Kama Amara Président du Conseil
4. Bia Sory Kouyaté
5. Dama Lansana
6. Caba Kaourou Kouyaté
7. Fanbakè Mamadi
8. Finè Karifa
9. Karamo Sako etc…
D’autre part des partisans furent admis à titre délibératif
10. Kesséry Koné, chef armée Vice-Président
11. Féré Kourouma
12. Sira Féré
13. Sory Konaté
14. Sorioulén Kourouma
15. Biramadian Oularé
16. Fassou Diomandé
17. Foroba Missa
En dernier ressort la mort du Capitaine et des siens est décidée.
Du partage de la besogne, le Capitaine Braulot échut à Sarankén Mory
lui-même.221 Le Lieutenant Binas à Kesséry. Les autres parties de l’ escorte
reviennent au chef de la commission. Le bruit de cette tentative d’ assassinat
avait été éventé les deux officiers qui ne prêtèrent aucune attention, confiants
qu’ils étaient en leur auguste hôte.
Des troupes devaient donner le signal du massacre (I) chemin faisant, le len-
demain; un peu avant l’entrée à Bouna. Il s’agissait de déclencher un coup; les
trois français avaient leur bourreau inavoué, guettant à côté les moindres gestes
attentifs à l’appel de celui qui devait donner le signal du massacre. Celui-ci
retentit et aussitôt, les coups de feu partent en mettant à mort chefs blancs
et subordonnés. C’était plus qu’un acte de trahison, c’ était le renoncement
du devoir, c’était aussi pour les Français une espèce de folle abnégation au
service d’un idéal, au service de cet idéal français traditionnellement chevale-
resque.222 Le massacre de la mission Braulot va déterminer la France à prendre
221 Ceci est infirmé par Ladyi Mamadu Suleymani Dèm: “Dieu confirme que Sarankènyi-Mori
était en tête quand le massacre eut lieu. Il entendit le coup de feu qui abattit Braulot mais
accourut trop tard pour le sauver, et aurait alors fait de vifs reproches à Kyèsèri” (cité dans
Person 1975 III: 1893).
222 Il est possible que ce mythe de la chevalerie française ait été véhiculée à l’ école des fils
version française 195
Toujours en 1897
La mission Naubert de[et] Fallière [Vallière] vinrent de la Côte d’ Ivoire trouva
l’ Almamy à Dabakala. L’Almamy s’excusa du massacre de la mission Braulot
qui se fit sans lui. Naubert et Fallière demandèrent le butin pris à la mission
Braulot. L’Almamy refusa et l’on en resta là.
de chefs de Kayes, où Djiguiba Camara a été élève, et qu’ il réutilise ici dans un contexte
colonial: notons que cette comparaison entre les militaires français morts au combat
et les chevaliers est à l’avantage des colons et renforce la cruauté de l’ armée du fils de
Samori.
223 L’hypothèse de l’innocence de Samori est relayée par Yves Person qui conclue ainsi son
chapitre, Person 1975 III: 1893: “Le drame de Bouna est bien un accident, causé par la hâte
excessive des Français à occuper la ville, mais la méfiance haineuse de leurs vieux enne-
mis, peu habitués à marcher en leur compagnie, y joua un rôle décisif. Cette situation
explosive fut enfin utilisée par les amis d’Amara-Dyèli, qui voulaient mettre l’ Almami
devant un fait accompli, par crainte qu’il ne traitât avec les Français.” Cet épisode aurait
donc été instrumentalisé par Amara-Dyèli, qui refusait la paix avec les Français, et qui
aurait provoqué la crise. En ce sens, la condamnation à mort d’ Amara-Dyèli (voir infra,
page 100 du tapuscrit), paraît rendre compte des responsabilités de chacun.
196 “Essai d’ Histoire locale”
1898
La massacre de la mission Braulot fit prendre des mesures draconiennes contre
Samory. Cette fois, on ne s’en tiendra pas aux simples escarmouches. Il faut en
finir.
En 1898, il est attaqué dans Kong par la colonne du Commandant Gaudrier
qui dégagera une compagnie Française assiégée par l’ armée de l’ Almamy, du
côté d’Odienne par une troupe française, du côté de la Guinée par la colonne
du Commandant de Larticle [Lartigue].224
En même temps on annonçait à l’Almamy la victoire française devant
Sikasso où Samory avait échoué.
Samory reçut même les fuyards de Sikasso commandés par son fils Tiéba Fo,
et qui lui firent les récits de la bataille.
Fo et les siens devaient être mis à mort aux dires des Chefs guerriers de
Samory pour venger leur échec de Sikasso (1888).
L’Almamy n’en fit rien; voyant en effet le nombre diminué des ennemis fran-
çais: Sécou Mamadou – Bademba [Babemba] sont vaincus; il veut garder pour
lui ces fuyards qui peuvent l’aider.
D’après les renseignements recueillis, en connaissance des fortifications de
Sikasso, celles de Boribana qu’il venait d’édifier n’étaient rien pour les armes
automatiques.
Aussi préféra-t-il abandonner la place pour se retirer à Zapa (Libéria) et cela
sur les conseils de son dévoué Morifindian.
L’évacuation commença. Elles se faisaient en direction du sud vers la Forêt.
La famine commençait à avoir pour ses hommes de la savane peu habitués à
la forêt. C’est le Waterloo de Samory:225 animaux, chevaux passent, on meurt
d’inanition. Cependant la colonne du Commandant de Larticle [Lartigue] veut
lui barrer le chemin de Zapa. La bataille de Doué n’a pas eu d’ effet décisif; les
français furent obligés de se replier sur Touba et d’ y résister. La cavalerie de
224 Sur Lartigue, voir Archives Nationales d’Outre-mer, Fonds ministériel, Série géographique,
Afrique, Côte d’Ivoire, IV/7 Expansion territoriale et politique indigène, c) De Lartigue
1898. Rapport sur la prise de Samory; et V/4 Expéditions Militaires 1898 Prise de Samory,
Rapports d’Audéoud, de Lartigue et de Gouraud; SHD Vincennes, GR2K194 Album pho-
tographique ayant appartenu à de Lartigue; 5H192-2 Correspondance de Gouraud et Lar-
tigue. De manière générale, sur la prise de Samori Touré, voir d’ Andurain 2012.
225 Cette défaite de Napoléon (18 juin 1815) est devenue une expression courante pour signifier
une débâcle. Notons également que Samori Touré a été surnommé par certains officiers
français le “Napoléon des savanes,” ce qui renforce la comparaison établie dans le texte.
Il est intéressant de constater que Djiguiba Camaraprend le contrepied de cette image en
évoquant la comparaison uniquement pour signifier une défaite.
version française 197
Samory arriva aux murs de Touba et fit demi-tour sous l’ ordre de l’ Almamy qui
ordonna de ne rien toucher.
On a faim, on est dans la forêt qui ne rappelle plus la savane, on est poursuivi
et traqué. Alors commença une suite de trahisons et d’ évasions clandestines.
D’abord ce sont les Foulas avec | en tête Missa qui donne le premier signal. 100
Ensuite viennent Koumadi Kéléba et la chose de généralise. La déformation
atteint sa garde d’honneur. Il envoya ses fils à la poursuite des fuyards. Quand
les Français entrèrent dans son camp, ils n’y trouvèrent que des femmes des
rares hommes valides. L’arrestation se fit sans encombre.226 Aussitôt la nou-
velle fut colportée et ses fils mis au courant veulent tirer sur les vaincus et les
vainqueurs. Samory s’y opposa. Ils arrivèrent dans le camp. Les armes furent
entassées, brûlées en place publique. On prit la direction de Touba, de là il
arriva à Beyla où chacun fut libéré, à l’exception des sofas valides qui furent
envoyés à Diélouba pour continuer la voie ferrée Diélouba-Bamako. Il y eut le
jugement de l’assassinat de la mission Braulot. Samory a dégagé sa responsabi-
lité. Sarankén Mory, Gnaman227 Kama Amara et Kasséry seront déférés devant
le Conseil. Les coupables (Amara Diély et Késséry Camara) sont condamnés
à mort et exécutés: celui-ci à Kankan et celui-là à Beyla… Sarankén Mory sera
condamné à la déportation.228 On ordonna la danse dans tout le pays. Au cours
d’une danse à Beyla un dénommé Diaféré de Nionsomoridougou vient devant
le captif et lui reprocha vivement la mort de son père (I). REMARQUE: Son père
s’ appelait Manakourou-Dji de Nionsomoridougou exécuté à Mandougou (Côte
d’Ivoire);
Samory en a assez et répond “… moi la paix. De toute ma vie, je le répète
encore, je n’ai tué que 3 personnes (I) et j’ignore les conditions de la mort de
ton père”
(I) REMARQUE: Na[n]ténin Famourou, Siré [Séré] Brahima et Sadji, chefs
influent qui portaient ombrage à son commandement.
Sa femme Diaoulén lui fit la même remarque et Samory répondit: “Si c’ est
moi qui ai tué ton premier fils, le second le sera par les Français.” En effet, Diaou-
lén Biraïma fut fusillé à Linco en 1899 pour avoir assassiné un jeune garçon et
pris ses bagages (2).
226 Sur l’arrestation de Samori par les archives coloniales, voir d’ Andurain 2012 qui a eu accès
aux archives inédites du capitaine Gouraud. Ce dernier a pu, avec moins d’ une centaine
d’hommes, capturer Samori sans effusion de sang aucune.
227 [Niaman] p. 98 du tapuscrit.
228 Le fils de Samori Touré, Saranken Mory, est condamné à accompagner son père en dépor-
tation au Gabon, d’où il ne reviendra qu’en 1920, date à laquelle il est en résidence sur-
veillée à Kankan. Djiguiba Camara y fait référence plus bas sur la même page du tapuscrit.
198 “Essai d’ Histoire locale”
(2) REMARQUE: Cet enfant n’était autre que l’ unique fils de Nankoulan
Nounké qui avait perdu tous ses fils dans les guerres de Samory, le premier hôte
du Capitaine Braulot à Bouna.
On lui fit croire229 que le Chef des Blancs a besoin de lui à Kayes. Par Kan-
kan, Siguiri, lui et sa famille rallient Kayes. On lui avait anciennement annoncé
qu’il aurait tout ce qu’il fallait pour lui faciliter son voyage. À Kayes il est pré-
senté à l’autorité qui lui fixe l’arrêté de sa déportation en exil. Aussitôt, toutes
ses femmes l’abandonnèrent, même sa favorite, Sarankén.
Il fut dirigé sur Saint-Louis où il reconnut la véracité de son fils Karamoko; il
reconnut la force française. Les louanges de son griot Morifindian lui donnent
l’ envie de se suicider. Morifindian se charge de l’ assassinat. C’ est remplacer un
mal pour un mal, la conséquence est la même. Tandis que la sentinelle est à la
porte, Morifindian essaie de lui ouvrir les côtes. Samory perd du sang et respire
bruyamment. L’alerte est donnée par [la] sentinelle, Samory est transporté à
l’ hôpital. Il ne voila jamais le secret. Après sa guérison, il est déporté au Gabon
à Niolé suivi de Tiranké Oulén, Sarankén Mory et sa femme Siré Morifindian
et une servante. Il devait y rester jusqu’en Juin 1900, date de sa mort. Morifin-
dian fut autorisé à rentrer, mais il refusa par amour pour Sarankén Mory et son
père. Il préféra rester avec Sarankén Mory; celui-ci, transféré à Libreville rentre
en 1920 à Conakry d’où il est transféré à Kankan. Une pension lui est accordée
jusqu’en 1937 date de sa mort à Kankan.230
229 Le thème de la promesse fallacieuse est courant dans les récits africains de la colonisation.
Sur ce thème précisément, lors de la capture de Samori, voir la version musicale qu’ en
donne le très célèbre Bembeya Jazz National, Retour sur le passé, “Regards sur le passé,”
15’01 et 22’41 (1999). De manière différente, le chanteur de reggae Alpha Blondy reprend
l’argument: Alpha Blondy, Cocody Rock!!, “Samori Touré,” 4’53 (EMI, 1984).
230 Toutes ces informations concernant le fils de Samori Touré, Saranken Mory, confirment
l’excellente richesse des sources de Djiguiba Camara, qui prouvent l’ importance des
réseaux de circulation de l’information dans les colonies. Ainsi un chef de canton comme
Djiguiba Camara pouvait être connecté à plusieurs sources d’ origine diverses et mobiliser
des connaissances venues d’un bout à l’autre de l’empire.
version française 199
Justice
Partout où Samory avait passé, il avait laissé à la tête des régions conquises,
un Chef. Celui-ci se chargeait de l’Administration générale et de la Justice. Il
va de soi que l’institution judiciaire des Camara fut supprimée. L’innovation
de Samory fut surtout l’absence d’équité. Des cadeaux des plaignants et le bon
vouloir des Juges étaient le mobile de toutes les décisions. Ils se montraient tou-
jours sévères et n’étaient tempérés ou incités que pour son entourage composé
par les griots et les grandes notabilités.
231 Après l’arrestation de Samori commence la troisième partie du texte de Djiguiba Camara,
qui opère une synthèse sur l’empire samorien, la compare au fonctionnement sous les
Camara, avant de revenir, en analepse, sur la vie de Kaman Kekoura, un chef Camara ayant
à la fois servi sous Samori et sous les Français.
232 Il n’y a pas de correspondant “II.”
233 Comme indiqué plus haut, Samori Touré était atteint de vitiligo.
200 “Essai d’ Histoire locale”
Quelques exemples
Le vol de produits agricoles était puni d’une amputation d’ un membre.
La rébellion était sanctionnée par la peine de mort.
Le viol ……….
L’adultère ……….
La résistance passive à un ordre donné: suivant l’ importance = coups de
fouet
Le mensonge entraînait la mise aux fers.
En somme il n’y avait pas de proportion entre la peine et la faute. La justice
était une organisation basée sur le plaisir du moment.
Commerce
L’Almamy favorisa le commerce. Ne l’était-il pas lui-même quand il troquait
des hommes contre des armes? Quand il achetait des bœufs, des chevaux, de
la poudre? Aussi était-il bienveillant pour les dioulas dont il favorisait le com-
merce, sauvegardant les intérêts matériels. Il n’y avait pas de bonnes routes et
il lui a fallu des exemples sans précédent pour faire cesser le pillage organisé
par les brigands d’alors.
102 Cette branche de l’activité humaine portait surtout sur: les hommes – les
animaux domestiques (boeufs, chevaux, moutons) – les colas – le sel – les tis-
sus – les produits agricoles – les guinzés (monnaie locale).
Les courants commerciaux s’établissaient entre le Fouta (boeufs), le Soudan
(chevaux, tissu, sel) et les régions de Kankan, Komodou, d’ autre part; ces pays
donnaient en échanges des captifs, des colas.
Les guinzés (monnaie locale) restaient sur place et servaient aux échanges
entre villages.
Citons quelques grands marchés de ce temps-là:
Sanankoro Mercredi
Komodou Samedi
Kérouané Mercredi
Kouroussa Lundi
Bissiria Jeudi
Tiéwa Vendredi
Élevage
L’élevage était à l’état embryonnaire. Seuls les puissants et les riches pou-
vaient se permettre ce luxe. Encore convient-il de diviser le pays en deux: 1°/ LA
FORET (Côte d’Ivoire – Région Forestière) et [2°/] la SAVANE où prospéraient
les bêtes. C’est ainsi que l’Almamy lui-même, les Foulahs du Bassano (Kankan –
version française 201
L’agriculture
L’agriculture était limitée aux besoins, immédiats. Il y a lieu de remarquer
d’ailleurs que cette activité était restreinte par la crainte d’ une vie sans len-
demain. Il y avait du riz, du fonion [fonio], des tubercules (ignames, patates,
manioc), des haricots.
L’Almamy seul pratiquait l’agriculture intensive. Dans ses différentes capi-
tales, il pratiquait la culture vivrière: ce souci constant d’ adapter la vie nomade
à un régime normal d’exploitation vivrière lui avait fait introduire la patate
en Côte d’Ivoire. Ce tubercule mettait peu de temps à produire. Il n’est pas
jusqu’au riz du Konia qui fut troqué à Gouecké contre de l’ huile de palme.
Dépeuplement
Le dépeuplement sous Samory avait pour origine profonde le troc des captifs
contre les armes, chevaux, munitions. La mise à mort des captifs était aussi des
causes de ce même dépeuplement (gens de Gouana transférés vers le Bouré). À
cela si nous ajoutons les misères de la guerre (famine maladie) le tableau sera
complet. C’est le Foutah qui se peuplait au profit des États samoryens (voir
commerce, la transplantation des peuples). Il faut d’ ailleurs se mettre en face
de la réalité suivante: tous ces captifs ne furent pas cédés par l’ Almamy, il suf-
fisait d’être un chef de quelque autorité pour vendre des captifs.
B. La Justice: Comme nous l’avons dit antérieurement, les Camara qui repré-
sentaient les Kma235 rendaient la justice. Ils jugeaient en matière civile et cri-
minelle. Dans ce dernier cas le doyen jugeait pour sa circonscription. Il pouvait
toujours se référer aux grands chefs supérieurs. Les autres questions pouvaient
se trancher sous l’autorité en place.
C. Épargne: Les Chefs n’avaient aucune caisse publique. Les amendes en jus-
tice étaient réparties sur place entre les Juges. Les cadeaux étaient absorbés
par les Chefs dont c’était la ressource. Le commandement n’avait donc aucun
moyen pour s’imposer longtemps.
Développement économique
a) Industrie: La fabrication des guinzés, des outils agricoles (daba), coupe
coupe etc… le tissage, la vannerie, le cordage, la confection des sandales étaient
les seules activités locales d’alors.
b) Élevage: L’élevage était à ses débuts. Il y avait des boeufs, moutons, chèvres,
volailles. Telle est l’organisation introduite par les Camara. Celle-ci sera reprise
ou détruite en partie ou en totalité suivant les dirigeants du pays jusqu’ à
l’ avènement des Français sous l’égide desquels l’ homme va entrer dans une
ère nouvelle.236
Marabouts
A) Commandement:
a) Chefs (voir Camara[:] identique)
Sauf [qu’] il existera un Chef supérieur de qui tout relèvera. Ce sera Mori Oulén
à qui succèderont Abdoulaye et Siré Braïma Cissé.
b) Justice: Le Chef suprême avait la haute main sur tout et partout où il avait ses
représentants; ceux-ci rendaient la justice. Il y avait beaucoup de jugement[s]
dû[s] à un système de commandement mal assis. Mais la religion n’ a rien ins-
piré aux Cissé. Il s’est toujours montré bon coreligionnaire envers qui il restait
aveugle.
B) Commerce: Le pays était encore moins sûr qu’ au temps des Camara. Les 105
bandits pullulaient. Il n’y avait pas de justice organisée pour mettre fin à cet
état de choses. Aussi le commerce était mal.
236 Cet éloge de la “mise en valeur” de la colonie sous les Français illustre une posture carac-
téristique de certaines monograpies coloniales. Lui-même a activement participé à cette
politique de mise en valeur, en introduisant la charrue dans son cercle ainsi que des
espèces végétales non endogènes pour en développer la culture (comme le café), tout en
ayant néanmoins recours systématiquement au travail forcé pour la construction d’ une
route.
204 “Essai d’ Histoire locale”
Sous Samory
(voir organisation générale sous Samory)
COMMANDEMENT COMMERCE
ECONOMIQUE ECONOMIQUE237
FANTOUMA OULEN
SAOULENI
KAMAN
MESSENI KEKOURA
DIAKA KAMAN
KAMAN KEKOURA – KAMAN DIARRA – MAGNAN SORI
MEN KAMAN – GBEGBE – MASSE BIGNE
MAGNA MORIBA – SIAGBE KEKOURA – KOTOU KEKOURA
MESSENI KEKOMBA
Messéni Kekoura arrière petit fils de Fantouma Oulén, quitte Foundou (Siman-
dougou) et va créer son village au pied de la montagne Bokouni dans le Kono-
koro, qui donnera son nom au lieu (Bokounino) Macenta.
Les Tomas craignant son voisinage, s’opposèrent à son installation; d’ où une 106
guerre dans laquelle il est aidé par son oncle Moriba Guè. Ils les chassèrent et
les poursuivirent jusqu’à Kouankan et s’y installèrent momentanément.
Après la soumission de ce pays il revient dans sa résidence où il meurt. À sa
mort, il [est] succédé par son fils Diaka Kaman qui s’ était suffisamment initié
en fait de guerre du vivant de son père. C’est ainsi qu’ il eut beaucoup plus de
puissance que son prédécesseur.
Kaman Kékoura
Kaman Kékoura était un homme bien bâti, bien moulé et vigoureux. Sa tête
chauve portait des cheveux crépus et clairsemés.
Nul n’ignorait sa popularité et sa faiblesse au commandement. L’Agriculture
ne l’intéressait pas; il vivait du produit des guerres, des trocs de captifs et faisait
des dettes dont il s’acquittait régulièrement. À part Samory nous ne connais-
sons pas un chef qui ait fait tant de captifs que lui.
238 Yves Person confirme et date cet événement: “La caravane rentra avec des marmites en
fonte, de grands bassins de cuivre et une grosse quantité de poudre. Fusils et poudre du
Libéria viendront désormais régulièrement et constitueront en 1892 une partie impor-
tante des stocks du Tintikuru. […] L’une des bassines de cuivre sera saisie par les Français
en 1894. Baptisée ‘baignoire de Samori,’ elle servira d’ abreuvoir à la porcherie adminis-
trative pendant de nombreuses années [5] [Djiguiba Camara].” Person 1968 I: 585-586,
note 54.
239 Djiguiba Camara fait déjà référence à cette poudrière que les Français ont fait exploser,
p. 89 du tapuscrit, en orthographiant la montagne Barafitini.
208 “Essai d’ Histoire locale”
Reconstruction de Kouankan
Brouillé avec son ami Gbondo, Gbima vint trouver Kaman Kékoura demanda
son appui pour châtier Gbondo. Kaman Kékoura saisit la demande, envoya son
fils Massé Bigné auprès du représentant français à Beyla. Sur sa demande, il
obtient des armes et revient avec bon nombre de fusils et de munitions. Arrivé
à Kouankan; une active préparation fut commencée. Fissimbou fut attaqué,
enlevé et son chef capturé.
L’attaque de Zoloo
Deux explorateurs français (Bailly et Polis [Pauly]) arrivèrent chez Kaman
Kékoura avec autorisation de traverser la région forestière en allant vers la
République du Libéria. Ils ne purent atteindre leur objectif par suite du refus
des Tomas. Ils durent en compagnie des guerriers de Kaman Kékoura attaquer
sans succès le village de Zoloo.
Ces explorateurs abandonnés à eux-mêmes avec des manoeuvres recrutés
au Sénégal armés de fusils perfectionnés furent pris. Quelques uns seulement
réussirent à s’échapper.
version française 209
Révolution générale
Massa Bigné grossier personnage s’était fait détester par les alliés de son père
encore vivants et des Tomas soumis. Il perdit l’estime de son entourage et ne
put prétendre au trône. Après le coup de Dandano, un mot d’ ordre fut passé
dans tous les pays Tomas. En accord avec les sofas de son armée, ils se sou-
levèrent, attaquèrent Kouankan et le détruisirent en Juillet 1903. Les habitants
sentant leur infériorité quittèrent le village, vinrent au Djiboïdougou (Macenta)
jusque dans le Simandougou (Beyla) et ne le rejoignirent qu’ après la création
du poste de Kouankan en 1906.
240 Bailly et Pauly furent deux explorateurs français, qui trouvèrent la mort en 1898 à Zolou
dans l’arrière-pays du Libéria, dans des zones tenues par les Tomas et les Guerzés. Sur
le retour des restes des deux hommes, voir un entrefilet du 17 janvier 1901 dans Le Petit
Parisien, Journal Quotidien du Soir, nº 8847, 17 Janvier 1901.
241 L’attente d’un Messie qui délivrerait de la colonisation est un motif que l’ on retrouve
fréquemment, souvent dénommé mahdisme en référence au Mahdi. De mahdi, “le bien
guidé,” en arabe. Au Soudan, Muhammad Ahmad ibn Abd Allah Al-Mahdi (1844-1885)
s’élève contre la domination coloniale britannique et prend Khartoum. Les Britanniques
ont craint la résurrection de mouvements mahdistes pendant de nombreuses années. Voir
sur ce sujet, Warner 1973.
210 “Essai d’ Histoire locale”
242 Doublon.
243 Rappelons ici que Djiguiba Camara a été à l’école des fils de chefs de Kayes; il est donc le
premier “lettré” colonial de Damaro. Il ouvre la première école de la sous-préfecture au vil-
lage, qui draîne des enfants de tous les villages alentours. Son attachement à l’ éducation
à la française est extrêmement fort et transparaît dans ce jugement de valeur.
244 Brazzaville, capitale de l’ AEF, est une référence sans aucun doute politique: elle a en effet
acceuilli la “Conférence de Brazzaville” (30 janvier-8 février 1944), ayant suscité bien des
espoirs dans les colonies, avec l’abolition du code de l’ indigénat et la proposition faite
par Félix Eboué d’une politique d’assimilation. La conférence est vue comme un signe
annonciateur de la décolonisation.
version française 211