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BP000006

Le document présente un essai d'histoire locale centré sur l'empire de Samori Touré et les mouvements migratoires en Afrique de l'Ouest, notamment l'arrivée des Koné et des Camara. L'auteur, Djiguiba Camara, évoque l'importance de connaître l'histoire pour aimer son pays et souligne les luttes et les idéaux de ses ancêtres. Il s'agit d'une réflexion sur l'identité culturelle et l'héritage historique face à l'influence européenne.

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BP000006

Le document présente un essai d'histoire locale centré sur l'empire de Samori Touré et les mouvements migratoires en Afrique de l'Ouest, notamment l'arrivée des Koné et des Camara. L'auteur, Djiguiba Camara, évoque l'importance de connaître l'histoire pour aimer son pays et souligne les luttes et les idéaux de ses ancêtres. Il s'agit d'une réflexion sur l'identité culturelle et l'héritage historique face à l'influence européenne.

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ill. 4 Carte de l’empire de Samori Touré avant 1888. Person et al.

, Cartes historiques de
l’Afrique Manding ( fin du 19e siècle) (1990). Reproduit avec l’ aimable autorisa-
tion de l’Imaf, numérisation effectuée par les services de reprographie de la Bulac
/ Map of Samori Touré’s empire before 1888. Person et al., Cartes historiques de
l’Afrique Manding ( fin du 19e siècle) (1990). Reproduced with the kind permission
of Imaf, digitisation completed by Bulac Reprographic Services
ill. 5 Première phase de l’expansion. Person et al., Cartes historiques de l’ Afrique Man-
ding ( fin du 19e siècle) (1990). Reproduit avec l’ aimable autorisation de l’ Imaf,
numérisation effectuée par les services de reprographie de la Bulac / First expan-
sion phase. Person et al., Cartes historiques de l’ Afrique Manding ( fin du 19e siècle)
(1990). Reproduced with the kind permission of Imaf, digitisation completed by
Bulac Reprographic Services
Notice 1
à mon ami

Je suis à un âge où l’homme sent qu’il n’est pas éternel.


Je n’ai pas voulu passer inaperçu. Il n’y a pas d’ orgueil à bénéficier des
progrès des anciens, j’ai voulu montrer qu’ici-bas je n’ ai pas été inutile. C’ est
pour cela que j’ai écrit à mes heures de liberté mes moments perdus.
J’ai écrit sur le passé de nos pères en ce coin d’ Afrique, les SOUNDIATA, les
SAMORY, les EL HADJ OUMAR sont africains. Ils nous manifestent les origina-
lités mêmes de notre pays. J’ai voulu ébaucher un travail ardu; j’ ai essayé de
jeter une lumière crue sur un passé ténébreux. J’ ai fait de l’ histoire sans égo-
centrisme.
Il était nécessaire qu’à l’heure où devant la montée des conceptions euro-
péennes, notre passé tend à s’incorporer à une histoire générale, des voix
s’ élèvent, des hommes parlent, des chercheurs en mal d’ inédit chantent les
gloires, les misères de nos aïeux.
Ils [s]ont mal connus, ces ancêtres. Ils ont lutté pour un idéal que les savants,
des historiens dégageront des faits. Cependant, pour nous les héritiers d’ un
beau passé notre désir est d’éclairer les jeunes: ils ont besoin de cela de pour
[de cela pour] se reconnaître dans leur pays où la civilisation1 avec son inexo-
rable optimisme, introduit des mœurs nouvelles qui tendent à tout voiler, à tout
déformer, même les hommes.
Devant la montée des concepts européens, notre devoir n’est pas d’ opposer
une résistance (passive ou active), mais d’aider à nous comprendre pour nous
aimer.
Oui, mon cher ami, pour aimer un pays, il faut connaître son histoire.
Et, cette histoire est un enseignement civique que d’ autres développent.
Mon but était de dégager une é[en]tité régionale, de faire voir qu’ ici, il y
avait un semblant d’organisation, un attachement profond de l’ homme à son
sol, à ses coutumes, à ses traditions; mon but était de faire connaître certaines
erreurs, de relever certaines défectuosités dues à un manque de document-
|tation pure; mon but était de rabattre l’orgueil des bourgeois d’ aujourd’hui, 2
de rehausser le prestige de l’armature évidemment qui puise ses sources et ses
pouvoirs dans la volonté ancestrale qui est, après tout, une justice.
À d’autres reviendront le soin de toucher du doigt les grandes questions his-
toriques, leurs incidences sur la vie sociale et économique.

1 Djiguiba Camara fait ici référence à la “mission civilisatrice française” en tant que discours
colonial.
56 “Essai d’ Histoire locale”

À qui pouvais-je m’adresser, si ce n’est à toi? Jeunes, nous avons vu nos


parents au service d’un idéal, d’un amour propre qui puise sa vitalité dans une
certaine position sociale. Nous avons assisté à leur participation effective à la
pénétration française.
Ensemble, nous avons fréquenté les écoles où nous avons eu la conception
d’un meilleur destin. Plus tard avec les exigences de la vie, chacun suivant sa
destinée, nous avons embrassé des carrières diverses. Moi Chef, vous particu-
lier ayant fait le pèlerinage sacré, nous sommes demeurés les mêmes amis. Vous
fils de Notable, moi enfant de Chef, tous deux nourris à l’ École Française du suc
nourricier du peuple, nous ne pouvions que nous entendre. Ce que vous auriez
pu lire ici, si vous viviez, ce sont les immigrations, les guerres, d’ évolution des
idées et les mœurs; les interdits et les coutumes. On pourrait me reprocher la
solidité de la forme quand[t] au fond je ne crois pas qu’ on puisse en puiser à
meilleure source. Vous liriez aussi l’histoire des CAMARA de la Région Fores-
tière et surtout du CERCLE DE BEYLA,2 l’arrivée progressive des autres races,3
les guerres antérieures et postérieures à Samory, la bienfaisante présence fran-
çaise.
Je n’ai pas eu la satisfaction de vous faire lire cet opuscule. Peut-être qu’ ou-
tre-tombe, vous m’entendez, car Dieu est grand et son Prophète aussi.
Je vous dédie ce livre en témoignage de notre amitié que la mort n’a pas pu
détruire.

CAMARA Djiguiba

3 Essai d’ Histoire Locale

Préface
Vers les 13° et 14° siècles, à la suite des immigrations vers les terres situées
de part et d’autre du Tropique du Cancer, les mouvements [d’]exodes s’ effec-
tuèrent vers le Sud du Continent africain.4

2 Un cercle est une division administrative coloniale. Chaque colonie était divisée en un cer-
tain nombre de cercle avec, pour chaque cercle, un chef-lieu de cercle. Djiguiba Camara utilise
la notion de cercle dans l’ensemble de son texte, y compris pour des périodes précédant la
colonisation, auquel cas le terme fait référence à une entité politique locale.
3 Le concept de race, tel qu’évoqué ici par Djiguiba Camara, est à relier au concept malinké de
“si,” comme terme générique pour désigner un lignage, un groupe étendu.
4 Pour une étude des mouvements migratoires dans la région, voir Massing, 1985. Voir aussi
Wilks, dans Levtzion et Pouwels 2010.
version française 57

Chaque peuple réussit à déloger l’autochtone pour le refouler plus au Sud.


Les Koné du Soudan (connus sous le nom de Diarra) et de la Haute Côte
d’Ivoire, vinrent dans le pays baigné par Dion et ses affluents: Seissou – Kouan
(rivières limitrophes du Simandougou avec le Guirila du Konian).
Anciennement les Tomas de la Région Forestière de la Guinée habitaient
une bonne partie des cantons5 actuels du cercle de Beyla (Simandougou –
Konianko – Kérouané). Il est resté une trace de leur séjour: Rivière Tohoro,
Toma, Ourado sont des mots Toma modifiés à travers les siècles et prouvent
plus ou moins exactement que ce peuple a séjourné par là.
Une longue chaîne de pierres posées les unes sur les autres avec par-ci, par-
là d’importantes interruptions et qui va de Kofilakoro à Damaro a sa légende
propre rattachée à la vie des Tomas d’alors.
Les Koné venus du Soudan refoulèrent les Tomas dans la région forestière
guinéenne. Ils s’établirent sur le sol, occupant tous les cantons actuels situés
au Nord du cercle de Beyla.
Les Koné étaient avant tout des fétichistes ayant en ce temps un dialecte
propre, des mœurs à eux et une hiérarchie particulière.
Le dialecte “KIBAKAN” est mort, mais il a existé.

“Kibakan” Traduction “Kibakan” Traduction

Mots GEEI BOUCHE Fouroukouma PATATE


KEKE DENT MA OUGUEKI DOUCE
OUE CASE FOUROUKOUMA PATATE DOUCE
MA OUGEKI

GUINIMINI JUMEAUX
GNASSOUMA

Anciennement quand Famourou (de San Kaladala = Sankaran6 partagea ses 55 4


fils en 2 parts, 30 vinrent à Nièkè. Ceux-ci se subdivisèrent

5 Djiguiba Camara utilise le terme de “canton” aussi bien pour la période coloniale que pré-
coloniale, il l’utilise notamment pour désigner des zones géographiques et des chefferies
lorsqu’il traite de l’Empire de Samori Touré. Il fur lui-même chef du canton du Simandou-
gou, de 1928 jusqu’à l’abolition des chefferies de canton en 1957 par Sékou Touré. Voir sur le
sujet de l’abolition de la chefferie, Suret-Canale 1966.
6 Il n’y a pas de parenthèse fermante.
58 “Essai d’ Histoire locale”

1° FIN KASSIA KONE et Ona Biraïma à Wore Et plus tard tout le


CERTAINS à Diémou Silé Koné à Diémou Ourodougou
(Ouorodougou) Vacé Koné à Foromare
Vagbou Koné à Korokoro

2° SOUMA BALE Bilama à Doubadou (Béla Faranah)


Sola Oulénkoun à Sinko (Guirila)
3è inconnu à Kofilakoro (Simandougou Beyla et
Gondo Kankan)

Les Koné restèrent sur le sol jusqu’à l’arrivée des Camara, qui, par infiltration
réussirent à conquérir le sol. Les Koné disparurent à la longue absorbés par
les Camara. Les quelques rares descendants des Koné sont encore dans cer-
tains villages tandis que la majorité est demeurée au Nord (Ouorodougou et
Béla-Faranah). Les Camara qui font l’objet de cette étude viendront plus tard
affermir leur suprématie sur le sol (cantons Simandougou – Guirila etc…)
INVASION: Il faut remonter à plusieurs siècles pour voir se dessiner un mou-
vement d’invasion allant du Magr[h]eb vers les rives du Niger. Les tribus rive-
raines, arrachées de leur sol par les Berbères pillards, s’ enfuirent vers la vallée
du Tinkisse et dans la région du Mandé.
C’est du pays du Mandé que Les Camara vinrent à Farinkamaya, village situé
5 aux environs de Siguiri. C’est de là que parti-|partirent cinq frères consanguins
suivis de leurs proches en quête d’une “Terre promise.”

Le 1°, Souma Balé CAMARA se dirigea vers la région de Kouroussa où il fonda


Baléa.
Le 2°, Firigui CAMARA alla vers Faranah et se fixa à Firia qui donna naissance
au canton du même nom;
Le 3°, Sonkoly CAMARA emprunte le même chemin que son prédécesseur et
créa Sonkoya aujourd’hui situé entre les poste[s] de Douane et Hérémakono et
de Samboudou (cercle de Dabola) une partie de son escorte s’ achemine vers la
Sierra-Léone où elle prospère;
Le 4° se fixe à l’ouest de Siguiri;
Le 5° qui nous intéresse vient à Sianoh dans le Maou (cercle de Touba). Il se
nomme Diman CAMARA. Il a bonne fortune d’y trouver un marabout nommé
Diéné Moussa. Ce dernier soit qu’il avait dû haïr les Kéita, Rois du Manding
qui l’avaient déraciné du sol, soit qu’il eut pour Dioman beaucoup de sympa-
thie, promit aide au fuyard. Il lui donna une corne protectrice qui le prému-
nie[t] contre les attaques et des maléfices. En outre, il le retient à ses côtés et
l’ héberge.
version française 59

Dioman reste à Sianoh en Côte d’Ivoire, a un fils qu’ il nomme KOIFING. À


la mort de Dioman, KOYFING7 acquit une certaine célébrité qui lui fait le[la]
particule de FIN: signe d’honneur et de noblesse.
Il reçoit la corne magique de son père. Il dé[e]meure à Sianoh où il a un fils.
Pour perpétuer le nom de leur village d’origine, ce fils porte le nom de KOYFING
KAMAN CAMARA, lequel à la mort de son père reçoit le legs précieux (corne). Il
meurt | à son tour et laisse à son fils FIN KOYFING du nom de son père, la corne 6
donnée par Missa Diénéka.
FIN KOYFING a plus de chance. Il donne le jour à cinq enfants mâles. Ceux-
ci deviennent grands; poussés par l’esprit d’aventure [ils] ne veulent pas rester
à Sianoh du vivant de leur père. Ils se dispersent.
1°/ le premier FAMO CAMARA, tout en restant dans la région de Touba quitta
Sianoh. Aujourd’hui ses descendants forment cinq villages dont les habi-
tants sont dénommés DIOMANDE ou fils de Dioman (Côte d’ Ivoire)
2°/ le second CONSABA CAMARA excursionne dans le Goye (cercle de Beyla)
où ses fils doivent former cette grande famille qui peuple le canton de
Goye.
3°/ le 3° CESSA CAMARA comme Famo reste en Côte d’ Ivoire
4°/ le 4°, KANE CAMARA reste en Côte d’Ivoire
5°/ Seul FARIN KAMAN8 très jeune alors reste à côté de son vieux père

Dioman9 CAMARA (souche mâle des Camara)


Koy FING
Koyfing KAMAN
Fing-Koy-Fing CAMARA

KONSABA FAMO CAMARA CESSA CAMARA MISSA KONE


CAMARA CAMARA
(fils dans le Goye) (en Côte d’Ivoire) (en Côte d’ Ivoire) (en Côte d’ Ivoire)

FARIN KAMAN CAMARA (dont l’histoire se poursuit)

7 Les deux orthographes, Koifing, Koyfing, coexistent dans le même paragraphe.


8 Farin Kaman est le père fondateur de nombreux lignages. Selon Massing 1985, son nom est
souvent cité pour dresser des relations de parenté parfois imaginaires: les Dolè s’ y réfèrent,
ainsi que les Toma, “The Toma also claim their origin from Feren Kamara, thereby establi-
shing a sacred mythical link between themselves and the Mandinka immigrants.” Fonigama,
Foligama, Fali Kama, selon les orthographes, permet de relier l’ origine mythique des lignages
à la ville de Musadu.
9 Arbre généalogique récapitulatif. Les fils de Fing-Koy-Fing (“Fin Koyfing” plus haut et “Fin-
Koyfing” plus bas) sont numérotés de 1 à 5 à la main.
60 “Essai d’ Histoire locale”

A la mort de Fin-Koy-Fing, Farin Caman CAMARA est un jeune homme. Il


hérite de la corne protectrice qui remplit plus précisément l’ office de talisman.
Nous ajouterons en passant que la mère de Farin Kaman originaire de Néré-
koro au Sud-Ouest de Missadou est la sœur de Toumani Kané.

7 Mésalliance10
Comme de juste, les quatre frères de Farin Kaman rappelés en hâte assistèrent
aux obsèques de leur père. Après les funérailles, ils demandèrent le “talisman”
à leur jeune frère. Celui-ci avait reçu ce talisman de son père. C’ était un acte
de reconnaissance du défunt dont il avait rendu la vieillesse plus heureuse. Il
n’entendait pas s’en défaire fu[û]t-ce au profit de ses frères. Ceux-ci par droit
d’aînesse voulaient bien récupérer le talisman. Car il était dit à l’ origine que
le détenteur de la corne ou les descendants seraient puissants sur la terre. La
corne magique devait donc faire l’objet d’une convoitise sans égale par chacun
des quatre frères; de là une mésalliance profonde.

Le complot11
Konsaba l’aîné et ses trois frères vont donc comploter dans l’ ombre contre leur
cadet Farin Kaman.
Par un vain scrupule les quatre frères qui ne doivent pas voir couler le sang
de leur jeune frère envoient ce dernier à Fin Kassia Koné à Diémou (canton de
Ouorodougou, cercle de Beyla).
Ainsi de la Côte d’Ivoire la souche de la fortune puissance des CAMARA va
passer en Guinée (Région Forestière).
Dans la personne de Farin Kaman, elle y mettra pied pour essayer [essuyer]
une première tentative d’assassinat.12

Suite de la tentative d’assassinat


Dirigé à Diémou pour siéger en assemblée publique au lieu et place de sa
famille, ce qui est un signe d’honneur, Farin Kaman ne soupçonne pas le piège

10 Voir page 48 du tapuscrit, “mésalliance” est annoté à la main “querelle” par Yves Person. Il
faudrait plutôt entendre “une mauvaise relation.”
11 La trahison des frères et le complot contre Farin Kaman est également rapporté par Geys-
beek 1994: 60: “Rivals in Jèmu hated Foningama and tried to kill him because he was
popular, / So they dig a hole and put arrows, knives, and other sharp things in the hole
so that Foningama would die when he fell into the hole.” Konsaba chez Djiguiba Camara
est Kòsama ou Kònsaba chez Geysbeek.
12 Comprendre: “La souche de Camara, en la personne de Farin Kaman, va mettre pied en
Guinée forestière, où il fera face à une première tentative d’ assasinat.”
version française 61

qui l’y attend. À l’ombre du fromager tutélaire de Diémou, un grand trou est
préparé et rempli de flèches empoisonnées, pieux, de pâles dont les pointes
sont tournées vers le haut. Le tout recouvert de peaux, arrangé, transformé en
place d’honneur doit recevoir Farin Kaman qui ne manque pas de s’ y assoir et
d’y trouver une mort certaine.
Heureusement le cadet des Camara est prévenu par la femme de Fin Kassia
Koné, la vieille maîtresse de Farin Kaman, Née Koumba qui se trouve versée
dans le complot par l’indiscrétion de son mari. La nuit quand il faut se réunir
pour régler la palabre on désigne la place d’honneur à Farin Kaman qui refuse
de s’y assoir car c’est la place de la mort. Un des principaux notables, étranger
au complot, venu de son lointain territoire, prend place sur les peaux et meurt.
Ce fait éclaire Farin Kaman. Il comprend la valeur du complot | et se sauve 8
en criant son dégoût au fratricide Konsaba.
Suivi de Férémory Doré et du griot Missa Diobaté qui s’ attachent à sa for-
tune, Farin Kaman se dirige vers l’ouest; arrive à Nérékoro chez son oncle Tou-
mani Kamé qui lui donne asile en raison de la parenté qui existe entre Kama
Dama, mère de Farin Kaman et son grand frère Toumani.
Farin Kaman raconte la tentative d’assassinat de Diémou à son oncle. Ce
dernier en prévision d’une attaque de la part de Konsaba, des gens de Diémou
et des autres frères, préfère venir à Missadougou qui présente l’ avantage d’ être
fortifié par un captif Missa fondateur de l’agglomération.
Les prévisions de Toumani et de Farin Kaman se réalisent pleinement.
L’attaque de l’emplacement ne se fait pas attendre.

La guerre de Moussadougou13
L’échec de Diémou n’est pas faite [fait] pour apaiser la sourde colère des Koné
et des autres Camara. Aussi une forte armée marche-t-elle sur Moussadougou
pour châtier Farin Kaman qui ose garder la corne magique. Cette armée essuie
une sanglante défaite. Elle laisse à la porte de Moussadougou ses fétiches qui
doivent lui assurer la victoire, ses flèches et bon nombre de guerriers. Le reste de
l’ armée en déroute réussit tout juste à s’échapper. Du côté de la famille pater-
nelle cette victoire ôte à Farin Kaman toute crainte de l’ avenir.

13 “Missadougou” précédemment. “Musadu” chez Geysbeek 1994. L’ancêtre fondateur de


Musadu est “Zo Musa Kòma,” voir Geysbeek (1994: 69) “Zo Musa Founds Musadu” p. 69:
“Musa built the first shelter / Then he built an other shelter. / […] Now people were visiting
him. / Those travelling to the bush were saying, / ‘We are going to sleep in Musa’s place,
Musadu.’”
62 “Essai d’ Histoire locale”

REMARQUE:14 a) La guerre à main armée se fait avec flèches, lances sabres


frondes etc… Deux grandes divisions familiales qui subsistent encore de nos
jours, s’établissent entre les fils de Fin-Koy-Fing Camara. Ceux demeurés en
Côte d’Ivoire se nomment DIOMANDEN – fils de Dioman – Ceux venus en
Guinée restent CAMARA tout court, tout en conservant dans d’ autres régions
d’autres appellations.
b) A la suite de la tentative d’assassinat de Diémou Farin Kaman défend
à tous ses descendants, en lignes directes ou collatérales: 1° de rentrer à Dié-
mou sous aucun prétexte – 2° de s’assoir à une place préparée à l’ avance. Ce
n’est qu’entre 1912 et 1913 que la conquête française, rapprochant les hommes,
le commandant Palanque décide la suppression de cet interdit et qui réside
à Sokourala. Il faut un bœuf et un mouton (bœuf donné par les Koné; Sifani
Soko représentant des Fayanrasi, Sidiki de Fassoussi rayent l’ interdit) – 3°des
Camara du Goye et les Koné ne doivent pas fouler sol de Moussadougou. Le
marigot Goyekoni le prouve.
c) Le village de Nérékono est situé au pied de la colline (Konignaba) au nord-
est de Missadougou. Cette élévation, berceau de la puissance de Farin Kaman
doit donner son nom à tout pays soumis à l’autorité des descendants de Farin
Kaman. Il suffit de supprimer la terminaison (ba) et l’ on obtient Konigna (qui
signifie Konian)
d) Les Koné de Beyla sont les descendants de Soumabélé frère de Fin Kas-
9 sia Chef de Diémou. Il en est de même des Koné du Béla | Beyla-Faranah, de
Saragbala (dans le Simandougou) et aussi de Bilaman Boyana.

Composition de Moussadougou
Moussadougou est créé par un captif de Toumani Kamè du nom de Moussa
qui en dirige les destinées jusqu’à l’arrivée de Farin Kaman et de son oncle. Le
village après la défaite comprend:
– 1° Zô Missa Kamè descendant du fondateur Moussa (et leurs familles)
– 2° Diou Fali Koné
– 3° Fémédou, frère de Toumani
– 4° Farin Kaman, Férémory Doré et Missa Diobaté
– 6° Les captifs faits pendant la guerre

14 Les “Remarques” font office de notes de bas de page, bien que s’ inscrivant dans le dérou-
lement du texte. Le saut de paragraphe indique leur fin. Les références ne sont clairement
explicitées par un renvoi numéroté qu’à partir de la page 42.
version française 63

Élévation de Farin Kaman


Farin Kaman fait déployer une grande activité lors de la guerre contre Konsaba
et ses alliés. Il se fait remarquer par son oncle qui place tous ses espoirs en lui.
Aussi Toumani Kamè veut-il abdiquer en faveur du fils de sa sœur. Il fait part de
ce projet aux notabilités de Moussadougou et de Nérékoro. Ceux-ci s’ opposent
au désir de Toumani, prétextent qu’il est imprudent de donner le pouvoir à cet
étranger qui ne manque pas de leur supprimer la jouissance et de tous leurs
droits Toumani Kamè passe outre, nomme son neveu et lui confère ses droits
et prérogatives.
La nomination de Toumani n’est pas faite pour calmer la colère impuissante
des habitants de Moussadougou. D’autre part le nouveau Chef, par son esprit
d’équité, s’attire beaucoup de partisans. D’abord ce sont les marabouts pour
lesquels il professe beaucoup d’amitié et dont les plus importants sont:
– ANZOUNA BERETE qui est le beau-père de Farin Kaman. De ce mariage est
née Farima qui doit autoriser l’installation des Kourouma à Diakolidougou.
Les Bérété vont donc former une puissante famille dans le cercle de Beyla
où ils demeurent encore de nos jours;
– 2° pour fixer un second marabout à Moussadougou Farin Kaman donne à
celui-ci, MORISSIMA KANE, sa fille Man-Gnan-Moï en mariage. Les descen-
dants de Morissima forment les Kané du cercle;
– 3° SEREFOU TALATA originaire de Tombouctou entendant parler des muni-
ficences de Farin Kaman, vient à Moussadougou où il est invité par Farin
Kaman sous l’injonction des marabouts qui commencent à influencer ce fils
de Fin-Koy-Fing.

Répartition dispersion raciale15 10


Moussadougou est devenu gros village. La population croît considérablement.
Fétichistes et musulmans vivent dans une promiscuité douteuse. Par ailleurs
Farin Kaman a beaucoup de penchants pour les musulmans et leur religion. Il
n’en est pas de même pour les fétichistes qui décident alors de quitter le pays.
Mais il faut forger un motif pour chasser Bô16 Missa Kamè du village qui
porte son nom. Farin Kaman trouve alors son marabout Sani Sagne, lequel pré-
pare un talisman attaché à un crapaud.

15 Voir Geysbeek 1994: 71 “Diviners Challenge Zo Musa in Musadu”: “The diviners tied their
talisman around a toad’s neck, / Because Musa’s horn talisman swallowed toads and frogs/
The diviners decided to make a talisman that could destroy the power of Zo Musa’s horn
talisman / They tied their talisman under the neck of the toad / […] After swallowing the
toad, Zo Musa’s horn talisman barked like thunder. It sounded like thunder. […] Musa
cursed the region.”
16 “Zô” p. 9 du tapuscrit.
64 “Essai d’ Histoire locale”

La corne magique qui se nourrit de bêtes (coq, mouton) avale le crapaud


et le talisman et éclate. C’est la fin du prestige de Bô Missa Kamè qui décide
alors de quitter le village; Tandis que Bô Missa s’ en va, les fils de Sani Sagne se
multiplient et créent les principaux villages:
– 1° Bô Missa Kamè et les siens empruntent la piste de Nionsomoridougou,
poussent jusqu’au canton de Sonkoly actuel, fondent 3 village y compris
Zota et Gbaya (Nzérékoré)
– 2° Dioufa Koné et ses partisans vont vers les cantons actuels de Béré et de
Lainé où ils crénet[créent] 12 villages (aujourd’hui bien guerzé). Voilà Mous-
sadou débarrassé du fétichisme puant, redouté.

Composition de Moussadougou
1° FARIN KAMAN et ses fils dont l’aîné est Fandyara
2° TOUMANI KOME ses 6 fils et sa famille
3° FEMEBOU KANE (frère de Toumani) ses 2 fils et sa famille
4° FEREMORY DORE ses 5 fils et sa famille (attachés à la fortune de Farin
Kaman depuis leur évasion de Diémou)
5° MISSA DIOBATE et les siens
6° ANZOUMANA BERETE et sa famille
7° MORIMISSA KANE et sa famille
8° SEREFOU TALATA et sa famille
9° SANI SAGNO
Moussadougou, gros village peu à peu s’est dépeuplé tout en restant le foyer
de rayonnement de la famille des Camara. Sa population se disperse dans les
environs immédiats:
– a) certains Kamè vont [à] Diakolidougou
– b) Certains Bérété vont créer Beyla (Bérétéla – Bé-élà – Bééla)
– c) les Koné descendants de Morissiman restent à Moussadougou où ils sont
les seuls qualifiés à exercer même de nos jours les haute[s] fonctions
d’Almamy.
11 1° FAFING DORE17 attaché à la fortune de Farin Kaman a 5 fils qui plus tard vont
se disperser au hasard de la fortune;
1° BOI viendra créer Bilamadou dans le Guirila
2° FANKIERE viendra créer Kéfindougou dans le Gouana
3° KOESSIA viendra créer Gboudoune dans le Gouana
4° DORE restera à Moussadougou (Konian)

17 Il ne semble pas y a voir de deuxième numéro sur la liste, après l’ énumération des enfants.
version française 65

REMARQUES: Soumaoro, Koessia, Doré, Kané ont eu originellement la


même souche familiale et signifient par conséquent l’ adoration des mêmes
totems (grillons) avec quelques différenciations légères dues au milieu, aux
habitudes physiques.

TOTEM = grillon: Dore Koessia


insectes: Kané
grillon: Koessia (Kon sia = route marigot à débrousser pour leur
grand frère)
Boma: voir dégénérescence Koessia adore objet de Kô

Origine mille sacrifices18


Lors d’une de ses nombreuses excursions qu’il effectue autour de Moussadou-
gou, Farin Kaman voit une fois entre Beyla et Moussadougou l’ emplacement
du village de Talalo détruit. De l’avis d’une vieille femme expérimentée, Talalo
est un village maudit comme ses habitants qui sont forgerons.
Pour conjurer les mauvais esprits du lieu, un conseil de notables et mara-
bouts convie Farin Kaman à faire un sacrifice de mille objets comprenant 100
objets de 10 espèces différentes.
Telle est la traduction faite par les marabouts de la vision du village aban-
donné.
Farin Kaman n’a pas de peine à réunir les éléments constitutifs de son sacri-
fice qui a lieu suivant les formes habituelles et sous la présidence de l’ intéressé
assisté:
– de ses fils
– de ses marabouts et de leurs enfants
– de son oncle Toumani Kamè et des siens
– de Férémory, du griot Moussa Diobaté.
Il est trop long et fastidieux de dire à qui reviennent les sacrifices; comment se
fait le partage, où il se fait. Qu’il nous suffise de dire que Moussa Diobaté griot
de Farin Kaman, chargé de remettre ces sacrifices, les apporte à un certain Dia
Ha Valy Souaré en reconnaissance d’un service antérieurement reçu. Le sacri-

18 Voir Geysbeek 1994: 73: “After having his sixteen sons in Musadu, he [Foningama] said that
he had to offer a wiikèlèn sacrifice. / He sacrified a human being, horses, cows, sheep, and
food. / He gave the items to some marabouts to work for him. The marabouts comple-
ted the work for Foningama.” Geysbeek commente: “This is a very important sacrifice that
only the most wealthy and powerful can make. Some say that this means sacrificing 1,000
(wa kèlèn) of each item offered (e.g., 1,000 kola nuts), while others limit this to offering
ten separate items in groups of one hundred each.”
66 “Essai d’ Histoire locale”

fice est partagé par Dia Ha Valey entre les marabouts de son village. Ceux-ci
forment une délégation pour venir remercier Farin Kaman. Parmi eux il y a
12 – 1° Fouma SOUARE (fils de Dia Ha Valey Souaré)
– 2° Djikounou CISSE de Nionsomoridougou
– 3° Férémory SYLLA
– 4° Doukouré BINE
– 5° Camara Gbèni Zinè accompagne la délégation en temps que griot de là
la naissance d’une seconde famille de Camara: FINA griot qui se rattache à
l’histoire des Camara d’origine noble.

Suite des mille sacrifices: condamnations


Farin Kaman est le Chef incontesté, le détenteur du pouvoir.19 Il exerce les
fonctions de haut-commissaire, règle les différends, punit sanctionne toutes
les fautes dans les pays relevant de son autorité complète. Il est aussi le Chef
militaire et doit donner l’exemple de la Justice et de l’ impartialité à l’ égard de
tous.
Des 16 fils de Farin Kaman, 5 d’entre eux et un griot violent une loi. Le Chef
en matière coutumière est le père et comme nous l’ avons dit sait se rehausser à
la hauteur du Juge. Aussi l’assemblée fait-elle mettre à mort les 6 coupables.20
SYSTEME D’ EXECUTION: Un grand trou est préparé à l’ emplacement de
la mosquée. Ce trou est rempli à l’exemple de celui de Diémou de pieux où

19 A la suite du sacrifice, Geysbeek (1994: 14-22) donne également une scène de fondation des
lois: “Foningama then told his uncles / ‘Nobody will settle in a land that is not designated
for them, and where there is no law,’ / Then he counted twelve offenses and made some
laws. / Do not beat your wife on the farm where no one is there to plead the case. / Do not
take a gun against another human being […].” Djiguiba Camara reproduit également une
liste des lois établies par Farin Kaman, mais leur donne une bien plus grande ampleur:
après avoir récapitulé le nombre des familles concernées par ces lois, il les énumère sur
plusieurs pages.
20 La violation de la loi par les fils a une valeur hautement symbolique. Geysbeek (1994)
suggère de ne pas considérer cette scène de manière littérale, mais d’ y voir plutôt un
indice des difficultés rencontrées par Farin Kaman pour assoir son pouvoir sur Musadu,
puisqu’il ne pouvait même pas maîtriser ses propres fils. La transgression de la règle,
à peine énoncée, est un épisode topique des mythes de fondation, renvoyant à la pra-
tique et à l’application du pouvoir: pour qu’elle soit effective, la loi doit être appuyée par
la force. Ici, nous pensons que c’est la mise en scène du lien entre juridique et exécu-
tif qui s’affiche par ce motif. Geysbeek rapporte cette sentence terrible de Foningama,
qui signifie la mort des fils (1994: 74): “He said ‘I love my word more than my child.’”
Notons qu’un autre père tue son fils pour avoir transgressé ses devoirs, dans le texte de
Djiguiba Camara: il s’agit de Samori, qui condamne à mort Karamoko, p. 93 du tapus-
crit.
version française 67

l’ on jette les victimes. Ceux-ci se font empaler et meurent dans des convul-
sions épouvantables. A l’avenir c’est là un exemple pour tout contrevenant. Ce
système de mise à mort est en usage pendant des siècles; il n’est modifié qu’ à
l’ arrivée des Cissé qui remplacent ce système barbare par l’ arme blanche.

Répartition des fils de Farin Kaman21


Fan Djara est le 1er fils de Farin Kaman. Fassou est le 10ème. C’ est sur ceux-là
que les prédicateurs mettent leurs espoirs. Farin Kaman. C’ est donc entre eux
que doivent être partagés les 9 fils restants. Ceux confiés à Fandijara sont au
nombre de 3; 6 reviennent à Fassou:22

A. FANDIJARA B. FASSOU DIAN


1. Kounoun Missa Camara 1. Famoé Camara
2. Samoyan Camara 2. Farima
3. Séman Fila 3. Massou Guila
4. Fin Sémené 4. Cé Birama Camara
5. Fin Bilama Camara

Fan Djara 1. Kounoun Missa Camara: descendants à Ouanino 13


a) Gbakédou (Gouana)
b) Ouanino (Guirila)
2. Samoyan (Gouana)
a) Gouana
b) Mahana
c) Kossa Guerzé
d) Moribadougou (Karagoua)
3. Seiman Fila
a) Konokoro-Malinké (Koadou – Koodou – Gouana)
b) Gboôni (Libéria)
4. Fan Djara23

21 Voir p. 25-26 et p. 71 du tapuscrit pour d’autres tableaux généalogiques des descendants


de Farin Kaman. Voir pages 104 et suivantes pour l’organisation politique sous les Camara.
Les lettres réfèrent à des villages, et non à des fils. En revanche, les numéros liés à Cé
Birama Camara, Fin Bilama Camara et Fassou sont bien des petits-fils.
22 Les nombres ne correspondent pas avec le tableau ci-dessous.
23 Le tapuscrit donne Fan Djara comme quatrième fils de Fan Djara. Cela semble être une
erreur de Djiguiba Camara; en se reportant à la page précédente, nous proposons Fin
Sémené comme nom du quatrième fils.
68 “Essai d’ Histoire locale”

Fassou Dian 1. Famoé Camara


a) Karatakoro – Djaboïdou (Guirila)
b) Famoéla (Konokoro)
2. Famara oy Camara
a) Dossou Foïla (près de Diakolidougou aujourd’hui sup-
primé)
b) Fassoudou (Mahana)
3. Monson Guina
a) Kossa
b) Kouroundougou
c) Moribadougou (Mahana)
4. Cé Birama Camara
a) Méékoun (Kérouané) 5 fils qui sont:
– 1. Basséry Kaman Camara
– 2. Filani Fabou
– 3. Cétouman
– 4. Gnantouman Gnantoumandou
– 5. Komo oro du Kérouané, Mandou, [raturé], Kolibirama-
Malinké, Konianko sont les cantons habités par les
Cétouman-ci Matignabaladou.
5. Fin Bilama Camara
Gbolofassala entre Nionsomoridougou et Diakolidougou,
aujourd’hui village abandonné déménagé vers Yentédou et
Kamandou
1. Sinéfing Camara à Gbagbadou, abandonné
2. Sinègbè Camara à Yentédougou
3. Djigbèman Camara à Banko (Bouzié-Macenta)
4. Zia Gbènino Camara à Gbétédou près Koréla
5. Cé Mori Camara à Moïdo (Konanko) descendant venu à
Kouanka reste Libéria
6. Quant à Fassou, il a eu 4 fils qui sont:
1. Fanfandian Camara (Ce sont dans le Guirila les Camara
du lieu)
2. Fafamo Camara
3. Fafoin Camara
4. Fa Fagna Camara

14 Plus tard Missadougou va compter une douzaine de familles différentes en


l’ absence des Camara; ces familles bien qu’originellement communes, pré-
sentent aujourd’hui des scissions qui font que ces 12 familles comprennent:
version française 69

1. Les Kané 7. Koessia


2. Doré 8. Bérété
3. Sagno 9. Diobaté
4. Kaba ou Diakité 10. Séréfou
5. Donzo 11. Doukouré
6. Oué = Cissé 12. Kamè

Ces familles se sont séparées à Moussadougou et forment les principaux


centres démographiques de Konian. Avant de partir Farin Kaman procède à
l’ organisation judicieuse des peuples soumis à son autorité.
Les peines, les sanctions prennent leur source à Moussadougou. L’applica-
tion des sanctions et des actes reviennent à Farin Kaman et à ses descendants
qui détiennent le pouvoir juridique découlent de l’ abdication de Toumani
Kamè en faveur de Farin Kaman.
Bien des années après le départ de Farin Kaman vers Kankan les descendants
de Farin Kaman viennent de leur proche ou lointain territoire, se réunissent à
Moussadougou sous la présidence du doyen des Camara. Ils délibèrent sur les
nouvelles sanctions à ajouter au coutumier, et que Farin Kaman n’a pas pré-
vues. Chaque Chef profite en même temps de cette réunion pour mettre les
autres au courant des faits notables qui se passent sur son territoire.
En somme, Moussadougou, premier berceau de la puissance des Camara,
semble être un lieu de pèlerinage où tous les principaux descendants de Farin
Kaman se rendent sur la pierre tombale des 6 martyrs24 pour édicter les nou-
velles lois, couronner les sages, les braves.
Toutes les sanctions dans la vie indigène, même de nos jours quand elles
n’ont pas été à l’encontre des lois humanitaires et de la justice française, ont
pour origine Moussadougou.

Us et coutumes25
1 Les délits et pénalités

1. La faim = un homme vole car il a faim


a) dans un champ = le propriétaire le bastonne ou le [raturé]
b) dans une case, par ruse (cas rare)
c) dans un village en temps de guerre (cas rare, pas punissable) 15

24 L’appellation de “martyrs” pour les fils de Farin Kaman qui ont transgressé les lois de Mis-
sadougou est étonnante, voir supra, p. 12 du tapuscrit, “Suite des mille sacrifices: condam-
nations.” Il s’agit des premières victimes de la loi.
25 L’insertion de ces listes, à valeur juridique, constitue une véritable rupture générique et
70 “Essai d’ Histoire locale”

2. La misère. Un homme matériellement malheureux vole:


a) des vêtements: il est vendu au chef et devient sofa sinon les parents
paient.
b) de l’argent: indemnisation des frustrés par famille
c) pillage à main armée sur la route (voir a)
d) des animaux:
1. poulet: correction corporelle
2. mouton, chèvre, grand voleur (voir a)
3. cheval, chat: la blessure faite sur ces animaux ou le simple vol
équivaut à une sorte d’homicide. On exige 7 objets de plusieurs
espèces (7 guinzés,26 7 bandes, 7 captifs etc…) Le propriétaire
peut gracier mais la mise à mort d’ un bœuf est toujours en
rigueur.
3. La sexualité: Un homme a rapport avec des gens de sexe féminin
a) Fillettes: 10 à 14 ans (très sévère) Cet acte est considéré comme
coups et blessures graves pouvant entraîner la mort et puni comme
tel.
b) Jeunes filles: (17 à 19 ans) C’est un cas d’ adultère qui est puni d’ une
amende de 2 bœufs dont 1 est absolument exigible et revient au mari
et l’autre à la collectivité.
c) Filles (voir b)
d) Femmes mariées: à l’appréciation du mari; 1 bœuf au mari au cas
où le mari exige pour le chef dont la valeur est au-dessus d’ un bœuf,
il le fait souffrir et perd toutes les faveurs, et parfois même la tête.
e) Détournement de fille fiancée: les parents exigent le maximum et
remboursent le premier mari.
f) Détournement de la femme mariée: rembourser la dot et même
plus, sinon on devient captif.

stylistique dans le texte. Mais cet apparent écart peut être nuancé si l’ on considère que
Djiguiba Camara ne fait qu’amplifier l’épisode final de l’ “épopée de Musadu” recueillie par
Geysbeek 1994. Musadu et Foningama y sont en effet présentés comme l’ origine mythique
de la loi, le héros légiférant afin de constituer une nouvelle organisation du monde p. 74:
“Foningama said: ‘We have listened to all the laws. / Anyone found breaking the law against
the market will be tied to a tree’ […] From that time to today, all of the Kamara in Manaan-
Kòsan, Girila, Sumandu, Gbana, Konokòlò, or Buzye / Any Kamara who violates the law
will give a chicken or cow, but will not be killed. / That is why we have a joking relation
between the Donzo and the Kamara.”
26 Ou “monnaie de fer” (bandes de fer martelées), qui avait cours du sud de la Guinée à la
Sierra-Leone. Les guinzés ont été progressivement démonétarisés pendant la colonisa-
tion. Voir à ce sujet Béavogui 2000.
version française 71

g) Sevrer un enfant dont on n’est pas le père: (voir a)


h) Abandon domicile conjugal: retour femme qui paie amende.
i) id° au profit amant: forte amende
4. La colère
a) injures parents = corrections corporelles
voisins = id°
collectivité = quand ce sont des femmes: lynchage
b) Rixes: avec villages voisins: se battent sur question de champ, de
femme (voir a, g, etc…) Il y a parfois prise de bâtons, d’ armes
blanches, de fusils, etc… l’affaire passe devant le chef qui commande
le pays, chacune des parties paie.
c) [non renseigné]
Rixes (a) avec frères consanguins: celui qui a tort paie un bœuf à la
famille, l’autre est dédommagé avec des excuses publiques.
(b) avec villages voisins:27 se battent sur question de champ, de
femme (voir a, g, etc…) Il | y a parfois prise de bâtons, d’ armes 16
blanches, de fusils, etc… l’affaire passe devant le chef qui com-
mande le pays, chacune des parties paie.
(c) en place publique: petite amende (argent ou guinzé). 1. au
chef: 1 homme (homme ou femme) quitte à acheter l’ otage:
les deux parties s’occupant de l’entretien du Chef et de ses sui-
vants, celui a tort paye. 2. à l’autre partie: l’ objet du conflit. Il
est fait retour des biens du parti qui a raison. Le bœuf qui va
être sacrifié sera donné par la partie qui a tort.
c) Le gage se perd: au compte du nouveau possesseur. Exiger le rem-
boursement de la valeur de l’objet de laquelle on défalquera la
valeur nominale du même objet.
d) Le gage: ne passe pas par un deuxième maître. S’ il le fait, la décision
revient à l’ancien propriétaire.

9[5?]. DEGATS COMMIS PAR:

A) Personnes
a) dans les champs (feu de brousse). Remboursement
b) dans un village (animaux safu cheval)
c) sur la collectivité (sur eau) cas rare, cas cours d’ eau à cours rapide et
poisson ne stage [nage] pas cas pouvant entraîner la mort [raturé].

27 Paragraphe identique au précédent.


72 “Essai d’ Histoire locale”

B) Effets du poison à distance


a) contre les types renommés on jure. Celui qui est en cas de résidence
disparaît avec toute sa famille.
b) contre une famille (voir a)
c) les biens meubles:
les animaux: remboursement intégral avec amende après identifica-
tion de l’individu.
d) fléaux provoqués. Les biens immeubles: feu au village: jeter au feu
le coupable. Dans les champs: remboursement après évaluation du
dégât.
C) Effet des coups
a) Un homme battu par un autre
le battu a raison indemnisation
le battu a tort: RIEN
b) Un homme est battu jusqu’à ce que blessure, fracture s’ en suive
1. préméditation: a) blessé. Blessé a raison: amende forte sacri-
fice pour sang coulé de 1 mouton à 1 bœuf selon gravité. Blessé
a tort: amende forte sacrifice pour sang coulé.
17 2. sans préméditation: a) le blessé a raison indemnisation sacri-
fice.
b) le blessé a tort: indemnisation
c) sans préméditation:28 a) le blessé a raison: indemnisation à la col-
lectivité (estimation fixée par Chef de famille)
b) le blessé a tort: id°
c) Un homme et sa femme:29
1. préméditation: la blessée a raison: indemnisation à la collec-
tivité estimation fixée par le Chef de famille; la blessée a tort:
id°
2. sans préméditation: la blessée a raison: fronder. La blessée a
tort: id°
d) Un homme blesse les animaux:
1. préméditation: réprimande quel que soit l’ animal avertisse-
ment en cas de récidive, remboursement valeur totale.
2. Sans préméditation: blâme léger.

28 Ce paragraphe semble redondant avec le précédent.


29 La numérotation “c” est la même: il s’agit d’une erreur de frappe.
version française 73

10 / E)30 HERITAGE
1. Les arbres: reviennent à la descendance du défunt. Si le pro-
priétaire quitte le pays, les arbres sont au Chef (tutelle) à
charge de les restituer.
2. Terrains: a) appartient au natif du pays
b) l’échange sur autorisation obtenue
c) Entre autochtones, le droit est acquis au premier occu-
pant.

Remarques: us et coutumes
A. Les CAMARA du Goye et les KONE évitent Moussadougou à cause de leur
échec à côté du marigot Goye Koni près de Moussadougou (à l’ est).
B. Zô Moussa Kamè à la suite de son exclusion de Moussadouou, arrive à
Nionsomoridougou. De là, il va à la montagne (ouest) boit à une source
et s’extasie devant cette élévation en criant “KA NI KO KE” qui veut dire
“bonheur nous sommes sauvés.” La calebasse qui a servi à boire est de tout
temps remplacée jusqu’à l’établissement de la voie carrossable.
C. Les CAMARA FINA ne sont pas soumis au même régime que les CAMARA.
Ils sont même moins que les griots. C’est une sorte de caste de parias.

L’honneur
Souvent dans la société indigène, il arrive qu’ un individu porte atteinte à
l’ honneur de ses semblables. L’acte peut avoir des conséquences qui vont
jusqu’au suicide de l’homme déshonoré. Un individu:

1°/ Médit de la naissance (bâtard) il faut que l’individu établisse publiquement


la généalogie de celui qu’il attaque. L’acte est toujours criminel et est porté
devant la Société.
a) ou il est bâtard, il le reconnaît et l’admet. S’ il a de l’ amour propre, il se
suicide (cas de Toumando | Toumando dans le Kérouané). Celui qui est 18
en cause du suicide ne subit aucune peine. La mère seule dans son for
intérieur reste moralement la coupable. Il est même admis qu’ un bâtard
ne va [pas] au ciel.
b) ou il n’est pas bâtard et celui qui médit de lui est mis en demeure de verser
une amende à l’appréciation de l’assemblée et tenu de faire des excuses
publiques.

30 Les deux subdivisions sont placées côte à côte.


74 “Essai d’ Histoire locale”

2°/ Adresse des injures à un homme (voir b)

3°/ Adresse des paroles malveillantes et des injures à une assemblée. C’ est la
guerre ou seule la force des armes qui décide. La raison n’est pas à celui qui a
dit la vérité, mais au plus fort. C’est le cas de la bataille rangée (voir 4)

4°/ Insulte des parents: Il y a échange de mots, de coups sans distinction de


classes sociales car on ne prête31 pas une injure de parents et celui qui a débuté
a toujours tort. Il n’y a pas d’amendes. Toutefois, ceci n’est plus pour les captifs
qui n’ont droit d’insulter mais peuvent à la rigueur être insultés et leurs parents
aussi.

5°/ Atteinte à l’honneur de l’autorité:


a) à la personne: les sujets du Chef battent le coupable jusqu’ à la mort
b) à son commandement: ”
c) à son prestige: ”
Ce qui est vrai pour le Chef l’est aussi pour ses envoyés quel que soit l’ âge de
l’ émissaire.

5°/ [6°/] Injustice flagrante:


Parfois un homme est victime d’une injustice dont il ne peut pas se venger:
a) il se blesse au nom de32 la personne qui l’a attaqué. Pour le cas de dette,
l’homme est aussi satisfait, il paie une amende et reste aux fers pendant
un certain temps33 (amende de bœuf)
b) La blessure entraine la mort (voir a)
c) casser le mariage
d) refus de payer une dette etc…
e) du père d’accéder à un désir du fils qui veut relever la famille. Si le père
refuse, il se soumet à (a).

Interdits
1. insulte BATARD à un frère consanguin
2. tirer le couteau contre quelqu’un pour s’en venger
3. casser le canari à eau de sa femme
4. pour la femme, casser la calebasse de repas marital

31 Comprendre “on ne doit pas injurier les parents.”


32 Comprendre “à cause de.”
33 Comprendre: “Et si c’est le cas d’une dette, le plaignant est également dédommagé. Le
coupable paie une amende et reste aux fers pendant un certain temps.”
version française 75

5. sevrer un enfant avant l’âge


6. casser un mariage légitime pour un autre
7. prendre tout seul l’héritage humain (fille) d’ un chef de carré qui n’ a que
deux.34
8. enlever le commandement aux descendants de Farin Kaman. Ne pas res-
pecter Kamè, Diobaté, et descendants de Kérédama.
9. non remise objets trouvés aux chefs hiérarchiques.

Superstitions
La vie indigène de ce temps-là est toute de superstition (l’ homme de ce temps
pratiquait une sorte de religion animiste; tout acte a une répercussion proche
ou lointaine sur la vie). Les cris de certains oiseaux, les rêves, les actes coutu-
miers de la vie journalière étaient des signes précurseurs d’ évènements qui se
réalisaient souvent.
Nous allons essayer de relater quelques superstitions et leur correspondance 19
dans la vie pratique.
D’une façon générale qui s’accomplissaient suivant deux sens: la droite est
aux hommes, la gauche est aux femmes; cependant quand votre cadet est une
fille, vous pouvez tabler vos calculs sur le pied gauche. En ce cas votre succès
sera lent à venir. L’oiseau GNAMATOUTOU ou KERIN KONO pariant après votre
passage vous dit une chose qui s’accomplit après vous.

1. CE QUI A TRAIT AU BONHEUR


1. Votre orteil droit butte en allant à la chasse = bonne; en voyage = satisfac-
tion
2. Un oiseau chante quand vous voyagez: a) à votre droite devant vous (Kérin
Kono) jusqu’à arrivé à votre hauteur: BONHEUR.
Gnamatoutou (oiseau) Game de cala:35 b) votre gauche en entrant dans
un village: force et puissance long séjour dans le village. Sur votre droite
en saison des pluies: PLUIES.

34 Comprendre: “Si un chef de concession n’a que deux filles, et pas de descendant mascu-
lin, il est interdit de les léser au niveau de l’héritage.” Il s’ agit peut-être d’ une influence du
droit musulman qui interdit de léser les filles dans la répartition de l’ héritage familial.
35 La référence est obscure. On peut supposer qu’il s’agit du nom de l’ oiseau de bon augure,
nyama toutou, cité par exemple par Cissé et Kamissoko 2007: 178 et suivantes: lorsque
Soundiata a vaincu Soumaworo à Krina, l’oiseau djamba-toutou vient faire son nid devant
la grotte où a disparu le vaincu, et défend son honneur par son chant, “Et si tu disais: ‘Ah!
qu’il était bien viril, Soumaworo,’ le djamba-toutou répondait: ‘Même aujourd’ hui encore,
Soumaworo garde toute sa virilité.’”
76 “Essai d’ Histoire locale”

3. On parle d’un homme qui vient sur le coup = LONGEVITE (en bien ou en
mal)
4. Le coq chante à 18h30: grossesse d’une fille par un amant
5. Démangeaison inopinée dans la main: a) droite: homme vous donnera
quelque chose; b) femme: id°
6. Démangeaison inopinée dans la plante du pied: VOYAGE
7. Vu de grosses chenilles rouges traversant la route: coupés en deux: vous
aurez la viande; la tête dans le sol: MORT D’ UN PROCHE
8. Le caméléon a la queue verticale: BONHEUR
9. La vipère traverse la route: BONHEUR

2. CE QUI A TRAIT AU MALHEUR


1. Votre orteil gauche butte en allant a) en voyage: DUREE VOYAGE; b) à
la chasse: BREDOUILLE; c) en voyage vers un supérieur: BON (1. gauche:
BON; 2. droit: MAUVAIS)
2. Votre paupière remue: a) supérieure: 1. gauche: ETRANGERE LONG-
TEMPS VUE ARRIVEE; 2. droite: ETRANGER ARRIVE; b) inférieure: 1.
gauche: MORT D’ UNE FEMME; 2. droite: MORT D’ UN HOMME
3. Si vous avez des bourdonnements, vos oreilles non malades: a) droite:
HOMME PARLE DE VOUS; b) gauche: FEMME PARLE DE VOUS
4. Le hibou ou la chouette hulule: MORT PROCHAINE MALHEUR
20 5. Les angoulevants [engoulevents] crient de 18h à 19h UN JEUNE [renvoi à
la ligne] [mour]RA
6. La vue d’un cabalet mort naturellement à 11h, à 5h. MORT VIEUX, DECES
PROCHAIN
7. Les grosses chenilles traversent la route, ont la tête dans le sol: MORT
8. La Guêpe de terre dépose un verre [vers] à côté de vous: DECES PROCHE
9. Le chien pousse de longs hurlements non intentionnels en présence du
propriétaire: DECES
10. La chèvre met bas la nuit: MALHEUR POUR LE PROPRIETAIRE
11. Le cheval non malade se couche le jour: MALHEUR POUR LE CAVALIER
12. La jument met bas le jour: PROPRIETAIRE (MALHEUR)
13. Le commerçant voit des éléphants en cours de route: PERTE
14. Le dioula36 voit l’écureuil: a) qui entre dans la brousse: VENTE RAPIDE
EFFETS; court et s’arrête plus de 20m devant: LONG VOYAGE

36 Les dioulas sont des commerçants présents en Afrique de l’ Ouest et notamment en zone
mandé. Samori Touré était lui-même dioula et Yves Person utilise le terme dans le sous-
titre de sa monumentale thèse, pour signifier l’importance de leurs réseaux de commu-
nication et l’efficacité de leurs circuits commerciaux dans l’ établissement de l’ empire
version française 77

15. Le cheval du guerrier refuse d’aller: MORT DU CAVALIER A LA GUERRE; a)


la guenon crie sur les guerriers: LEUR ECHEC; b) les abeilles tombent sur
les guerriers: ECHEC
16. La vue de la petite souris blanche: MORT D’ UN PROCHE
17. La poule pond la nuit: MORT D’ UN PROCHE
On ne pourrait établir un barème pour le rêve qui dépend surtout de la per-
sonne, du lieu, de l’état d’esprit de l’individu. L’interprétation religieuse du
rêve a d’ailleurs été appliquée à un certain nombre de faits. Bien que considéré
superstitieusement pour certaines tribus, le rêve est déjà entaché de religiosité.
Nous lui conservons ce caractère.

Composition des sociétés indigènes


1. Les chasseurs: Les rites superstitieux existent chez les chasseurs du temps
immémorial. Les émules de Diane vivent en puissantes confréries et se sou-
mettent à de durs interdits pour se rendre favorables à leurs excursions par
monts et par vaux. Cette société embrasse tous les chasseurs du pays appelé
aujourd’hui plateau nigérien. Ils viennent du Mandingue en quête de forêts
giboyeuses. Tous [ont] un nom “MANDEN MORY – MANDEN BOI” = Boi du Man-
den, Boi étant le nom.
Ce nom générique s’appliquera encore à tout chasseur pour montrer son
appartenance à la société des chasseurs dont nous allons parler.
Cependant, différencions-les. Leurs armes sont constituées par des flèches
et par des fusils à pierre ou à piston.
Des gris-gris protecteurs leur assurent l’immunité en cas de danger (I).
Chaque gris-gris a un rôle défini.
REMARQUE (I): Ils ont une confiance telle en leurs gris-gris qu’ un chasseur
dénommé Diagba Siret prétend s’être abrité | sous un éléphant et après la pluie 21
qu’il s’était retiré pour tuer l’animal.
“SOGUEBA” fait revenir l’animal sur ses pas.
“KONTORON” fait revenir l’éléphant sur ses pas et à une faible distance du chas-
seur.
“SANDEKONI” dans le Toron et le Ouassoulou
“DJINA SOLO” dans les cornes de bélier protège contre le diable.

samorien. Voir l’entrée “Dyula” rédigée par Robert Launay, Oxford Bibliographies On
Line, in “African Studies,” New York, Oxford University, 2013: http://www.oxfordbiblio
graphies.com/view/document/obo‑9780199846733/obo‑9780199846733‑0111.xml, consul-
té le 28 mai 2018.
78 “Essai d’ Histoire locale”

1. Mode d’admission effective dans la Société


Tout chasseur professionnel est un Manimoï. Mais pour accéder au sein de
cette société, il faut se soumettre à certains rites qui composent essentielle-
ment
a) Le lavage de l’aspirant (les feuilles qu’on emploie varient suivant les pays)
b) Sacrifice de coq rouge aux mânes des ancêtres chasseurs

2. Interdits
L’acceptation de faire partie d’une association entraîne des obligations en tous
genres:
a) il ne courra aucune femme si ce n’est la sienne
b) il ne médit d’aucun associé
c) en cas de guerre aucun chasseur ne doit tirer manifestement sur un autre
d) le chasseur doit se confesser préalablement si une bête blessée se défend
par la réaction. Ensuite la chasse reprend.

3. Discipline
Dans les assemblées de chasseurs, le plus haut gradé est celui qui fut lavé le
premier.
Il va sans dire que les petites occupations manuelles reviennent de ce fait
aux derniers lavés (portage viandes, bagages, commissions: tous les signes par
lesquels l’élève vénère son maître sont en tous points identiques au devoir du
nouvel initié à l’égard des anciens). Si une bête est tuée par:

1°/ le nouvel initié:


a) au maître le plus ancien des chasseurs présents, reviennent le boyau et le
filet, côtes ouvertes, la première tranche de la cuisse, un morceau de foie,
les tripes et la peau, non compris les carnivores.
b) aux autres chasseurs reviennent les côtes découvertes, morceaux de foie,
le trumeau, le flanchet.

2°/ les plus anciens:


Il ne fournira que la part des autres chasseurs.

Autres moyens de défense


Pour se prémunir contre les attaques des sorciers, ils ont individuellement des
gris-gris qui varient suivant les pays.
Il y en a contre les sorciers: exemple “TOFELA,” “SOLONKALE,” “SEIKORO”
version française 79

Décès de chasseur
a) Obsèques
D’une façon générale, la mort d’un chasseur donne toujours lieu à des actions
rituelles. Les chasseurs des environs arrivent le jour même du décès, la tombe
creusée, une danse s’organise: les chasseurs par ordre d’ importance marchent
à la file indienne vers la fosse funèbre; des coups de fusils partent; ils ont pour
but de chasser de la tombe les âmes des bêtes tuées par le défunt et ce qui en
l’ occurrence pourrait constituer une charge dans la balance du Jugement du
disparu.
L’enterrement a lieu ensuite et les condoléances sont adressées à la famille 22
du mort.
Les funérailles sont renvoyées à une date future.

b) Funérailles
Les frais de funérailles autant que la date sont fixés par les éprouvés. Ceux-ci
convoquent les chasseurs et autres parents pour le jour convenu.
Les invités arrivent en grand nombre. Ils se livrent à une fête qui dure toute la
journée et une partie de la nuit. Armés de fusils, au son de leurs violles[violes],
ils esquissent des simulacres de chasse, les sifflets retentissent. Le lendemain,
chaque chasseur va en brousse et chacun rapporte ce qu’ il peut. Ces bêtes sont
remises au Chef chasseur du jour (le plus ancien) qui les donne à l’ organisateur
des funérailles.
Les têtes et les cornes sont préalablement enlevées et suspendues à l’ entrée
du village.

c) Les danses continuent. Le soir, trois feux s’allument: le premier pour les chas-
seurs qui ont attaqué les fauves les carnivores dangereux; le 2ème pour tous les
autres chasseurs; le 3ème pour les invités.
Chacun danse au son du feu après avoir fait ripailles et bombances.
Au lendemain de ces danses, tous les chasseurs vont sur la route les cornes
suspendues autour d’une termitière sur laquelle ils ont donné un coq blanc
et de la farine à la mémoire de leur ancêtre Mandén Moï, ils organisent des
farandoles les fusils éclatent, la viole émet des sons aux airs entraînants: c’ est la
liesse, les cous se tordent dans des convulsions épouvantables. L’accalmie vient
après. Les cérémonies sont terminées. L’âme du défunt sera dans une complète
quiétude. Selon les moyens, l’organisateur donnera une certaine somme aux
invités chasseurs pour se payer de la poudre. Ces rites sont si importants pour
eux, que l’on a entendu certains d’entre eux ordonner à leurs familles de ne
rien faire pour eux après leur mort si ces cérémonies ne sont pas faites.
80 “Essai d’ Histoire locale”

Autr[e]s sociétés indigènes relatives à toutes les classes inférieures


1°/ Les griots37
Deux catégories principales: 1. les non griots
2. les griots et les artisans

A) Les non griots: Englobe tous les CAMARA-KOROMA, TRAORE, CISSE, TOURE
et KEITA
Suivant les pays et les coutumes

B) Les griots sont groupés en trois catégories:


1. les mendiants – 2. les musiciens – 3. les domestiques. Toutes ces catégories
peuvent indifféremment être mendiants, musiciens, ou domestiques. Parmi
eux nous distinguons primo les griots proprement dits: KOUYATE descendants
de Soulakata premier joueur de balafon dans le Mandé.
secundo: DIOBATE (ligne directe)
tertio les griots adhérents: KOUROUMA – KONE – MASSARE – DOUNO etc…

C) Rôle dans la société:

23 C) Rôle dans la société


a) Mendiants, ils vivent aux dépens des autres
b) Musiciens: Vivent avec les produits de leurs musiques. Ils sont souvent
mobiles. Ce sont les Troubadours d’Afrique. Cependant certains violo-
nistes s’attachent à leurs maîtres.
c) Les domestiques n’ont pas généralement d’ instruments; ils s’ attachent
à leurs maîtres et font souvent partie des délégations de mariage, ou
témoins intermédiaires et ont le secret de leurs maîtres. Ce qu’ un maître
ne fait pas devant ses proches, il le fait en leur présence. Ils sont avec eux
dans le bonheur comme dans le malheur. Dans l’ ancien temps, c’ étaient
les meilleures troupes d’assaut. Ils sont souvent de bons conseillers et leur
fidélité est toute preuve [à toute épreuve].
d) Camara FINA: Venant originellement du Bouré (Siguiri) seraient descen-
dants d’Adjouba Nazaridjou. Ils sont [des] parties des familles aisées de
Siguiri.
REMARQUE:38 Premier hôte du Prophète Mahomet car le chameau le portant
se serait arrêté devant sa maison à Médine.

37 Il n’y a pas de numérotation 2/. Il y a pu y avoir une erreur lors de la retranscription du


document en version typographiée.
38 Remarque liée au personnage d’Adjouba Nazaridjou, une ligne plus haut.
version française 81

Travailleurs des métaux


Il en existe deux catégories: 1. Bijoutiers, 2. les Forgerons

A) BIJOUTIERS: Avant l’arrivée des Européens, il n’ y avait pas de gens spécia-


lisés dans l’art de travailler le bois. Tout se faisait par les “Siakis” reconnaissons
le nom de bijoutiers qui font les bijoux, des armes et s’ occupent des travaux de
bois.

B) LES FORGERONS: Ils travaillent des instruments aratoires, les monnaies


locales (Guinzins)39 suivant la région. Ils sont fournisseurs du fer qui s’ obtient
à l’aide de grands fourneaux. Ils changent d’installations au fur et à mesure que
le bois convenant à leur industrie diminue. Par contre ceux du Simandougou
s’ attachent particulièrement à la grande chaîne de montagne qui traverse le
pays à cause de sa richesse en minerais de fer. Ils haïssent les cadeaux et par
contre s’endettent et la majorité repousse l’agriculture qui est incompatible à
leur occupation traditionnelle.
Mal nourris, mal logés, ils vivent au jour le jour. Autrefois, ils ravitaillaient
Samory en fer, matière qui permettait la confection d’ armes à Tiré dans le Ouas-
soulou, cercle de Kankan.
Le troc diminuait avec cette ancienne matière qui est le “Guinzin” (cours
variant entre 1f.,50 et 1f.,75 en 1949). Les forgerons ont ainsi plus de ressources
que les autres habitants du pays.

Mariage
Autrefois le mariage ne se faisait qu’entre les griots de toutes les catégories.
Toutefois il est arrivé à un certain nombre de griots aux services de Chefs
conquérants à épouser malgré elles des femmes non griottes, tombées entre
leurs mains par le sort de la guerre.
Les FINA sont à l’écart et s’épousent mutuellement. Quant au cordonnier dit
GARANKE quoi qu’ils soient considérés comme inférieurs aux autres peuvent
réciproquement se marier avec des femmes non griottes.
FORGERONS: Dans certains pays le mariage de filles de forgeron est autorisé,
mais l’inverse est rare.
Depuis la pénétration de l’Islam cette coutume se trouve modifiée dans cer- 24
tains pays; ça n’empêche qu’il y ait d’autres qui lui conservent strictement son
caractère considéré comme affamant [infamant].

39 Orthographié guinzés p. 15.


82 “Essai d’ Histoire locale”

REMARQUE:40 Cette monnaie a encore cours dans les cercles de Beyla, Kissi,
et jusqu’au fonds du Libéria.

Dispersion des Camara


Moussadougou berceau de la puissance des Camara devient un lieu saint pour
les descendants de Farin Kaman. Ceux-ci décident de quitter Moussadougou
amenant avec eux l’héritage paternel dont un partage est préalablement fait
avant la séparation.
Kounoun Missa Camara devenu grand s’émancipe et vient s’ établir à Gba-
kédou (canton de Gouana, cercle de Beyla). Ses descendants s’ établirent à Oua-
nino (Guirila).
Samoyan Camara dont les descendants habitent aujourd’hui le Gouana, le
Mahana, une partie du Kossa-Guerzé, les villages de Moribadou, Kabadiandou
(canton de Karagoua).
Séman Fila Camara dont les descendants poussant une pointe vers la Forêt
demeurant aujourd’hui dans les cantons du Kouadou, du Kolibirama-
Malinké, moins Macenta (cercle de Macenta) et du Gboni (Libéria).
Fin Diara pour obéir à son père quitte Moussadougou et vient s’ établir à
Ouanino à 6 kms de Moussadougou.

B) Ceux confiés à Fassou:41


Famoy Camara: dont les descendants sont à Famoïla, Diaboïdougou (cantons
Simandougou et Guirila), à Famoéla, canton de Konokoro-Malinké (cercle de
Macenta)
Farima Oy Camara: dont les descendants sont dans le Mahana (village
Niaoulénou)
Monsonguila Camara: dont les descendants sont dans les villages de Kon-
sankoro, Bougoula (canton Kérouané)
Sébirama Camara: dont les descendants sont dans les cantons de Kérouané
et Konianko (cercle de Beyla) de Mandou (cercle de Macenta) et une partie du
Kolibirama-Malinké (Macenta).
Ce partage fut fait grosso-modo avant la séparation de Moussadougou. Vanté
[Se vantant] des droits [et] prérogatives attachés à leur nom de famille
(Camara) les descendants de Farin Kaman vont se multiplier à l’ infini et peu-
pler tout le pays. C’est ce début de séparation que nous allons essayer de déga-
ger.

40 Remarque relative aux guinzés.


41 Il n’a pas de section “A,” qui devrait être intitulée “Ceux confiés à Fan Djara.”
version française 83

Division familiale des fils de Farin Kaman


Farin Kaman eut 16 fils à Moussadougou dont 5 subirent la peine de mort pour
des motifs que nous ignorons.42 Il ne restera que 11 qui ont donner[é] naissance
à des familles très prospères. Nous allons essayer de montrer les liens de fixation
de chaque branche. Cependant nous réservons une place spéciale à documen-
tation plus fournie pour les descendants de Fan Diara.
Farin Kaman eut 7 femmes qui lui firent toutes des enfants. Ce sont:43

Femmes Fils de Farin Petits-fils de Farin Villages créés Cantons 25


Kaman Kaman

1. Kassian 1. Fandyara Kounoun Missa Ouanino Guirila


Fantouman Oulin
(Saa Oulin, Simandougou
Siman, Gbéradou
Kaman; Talikoro

Fila Séman, Foundougou


Farin Séïman, Kabadiandougou Guirila
Diako
Birama, Gbakédou Gouana
Kassian Diagba) Simissadou Guirila
2. Farima 2. Samoyan Sirakoro Bana Gouana
Dama Dianan Oussou et
Bala Kossa-Guerzé
Kesséry
Falanègbè
3. Fassou Cé Touman Missiadou Guirila
Dian Man Massoro
Findia

42 Voir p. 12 la raison donnée par Djiguiba Camara, sur la transgression des premières lois
de Moussadougou. Tim Geysbeek suggère qu’ils étaient impliqués dans un pillage de
marché.
43 Nous reproduisons en deux tableaux les deux pages d’ arbre généalogique.
84 “Essai d’ Histoire locale”

(suite)

Femmes Fils de Farin Petits-fils de Farin Villages créés Cantons


Kaman Kaman

4. Famoï Birama Diaboïdou Guirila


Sani Missa
Diéké Famoéla Bouzié (Macenta)
Fassou Kaman Diaboïdou Guirila
Gbouroukourou Karatakoro Simandougou
Diara Ka sanko Ziamo (Macenta)
Goissey Fin Kassanka id°
Féméné
3. Masséré 1. [5] Fin Cé Touman (Kara- Forment les Konianko
Séméné jou, Kabiyou Camara des 3 (Beyla)
Séménin villages
Koro Birama
Mané)
Cé Birama (5 fils)
Mékoun Kérouané
1. Basséry KamanDoumandou Konianko
2. Filani Fabou Sékamadougou Simandougou
Sanankoro Kérouané
3. Cé Touman Diaradougou Kankan
4. Gnan Camara Gnantoumandou Kérouané
5. Komo Oro Matignabaladou -
Kambaladou -
Fadou Kolibirama (Mac-
26 4. Manamin 6. Farimagbè Cinédou Simandougou
7. Faciné Yenétdou -
Bôkédou Libéria
5. Kassian 8. Sosso Gbankali (fils: Séko Orano Bouzié
Camara Lanzé Banko -
Kédian Oarano -
Macé Birama) Kakanino Kouankan
Fakourou Barakoro Kouadou
fils: Borédian Gbaou Koadou
6. Kaïssa 9. Kourou Descendants Gbakédou Gouana
Missa 1. Yagba Simissadou Guirila
10. Séko 2. Moriba Ygbadou Konokoro
Kékouradou Konokoro
version française 85

(suite)

Femmes Fils de Farin Petits-fils de Farin Villages créés Cantons


Kaman Kaman

7. Oïta 11. Faciné Diamori (Sokè) Diabamoridou Mahana


Karfala (Diagbo Kobioulindou Mahana
Kéoulin Sakéoulindou
Sigbè) Mangala près de Boola

Soit 12 fils de Farin Kaman

Telle est la famille de Farin Kaman. Ses fils occupèrent les Pays où se trouvent 27
encore leurs descendants de nos jours.
Nous allons procéder de même pour différentes familles de manière à avoir
une vue d’ensemble sur le peuplement du pays avant de passer à l’ histoire
proprement dite. La version que nous avons prise a [à] des sources cependant
autorisées peut avoir des défectuosités puisque la tradition n’est qu’ orale. Mais
nous avons la certitude que c’est elle qui se rapproche le plus du réel.
Examen des diverses dispersions familiales: Toutes les dispersions obéis-
sent à une loi que l’histoire so[a]ura dégager. Ce qui est vrai c’ est que toutes
se firent en direction du Sud au Sud-Est. Les hommes de proche en proche
sétablirent [s’établirent] sur le sol, changeaient de résidence, quand pour des
raisons diverses, les frères consanguins devaient séparer leur fortune, ils met-
taient entre eux plusieurs jours de marche.
Indifféremment l’aîné, le jeune et le cadet allaient chercher asile ailleurs, y
prospérant et quelques-uns de ses enfants le quittaient. Tel était le processus
des dispersions qui donnaient naissance à des créations de villages souvent
prospères. Nous allons essayer de montrer les mêmes dispersions familiales
pour les oncles des Camara (Les Kamè). Au fur et à mesure des besoins nou[s]
montrerons les autres familles s’établissant sur le sol.
86 “Essai d’ Histoire locale”

Les “KAME”
Du Mandé, Fakoli vient à Tina pour ce pays où pousse le “Mana” qui lui aurait
été donné par Soundiata.

FAKOLI

FEMMES FILS ADOPTIFS VILLAGES

Banakén Fénébou Néant


Namê Faboï Fouala (Guirila-Beyla)
Famoro
Macé Dian Monzomba
Bala

Partage des fils

FILS ADOPTIFS FILS Villages – Cantons – Cercles

1. Vamoro Badou Niantoumandou-Guirila (Beyla)


Konsa Féré Oila (détruit)
2. Fâ Touman Faboï Farabana
Férégbèdougou
Fils réels
Toumani et Fémébou Sanfila (Guirila-Beyla)

À partir de ce moment les Kourouma vont venir plus à l’ ouest et s’ établir à


Nérékoro près de Moussadougou. Ceux d’entre les enfants laissés à Tina vont y
prospérer, se propager dans les villages voisins, créer des agglomérations impor-
tantes. Voici une première semence pour le canton du Guirila:
version française 87

Fils Petits-fils Villages, cantons

Toumani Kamé Monzomba Séco Diakolidougou


Massamo manakoro avec Zôo
Faboï Diogbo Missakoma
Moriba Timindou-Manifadou
Féré Sébirama Kouloubadou-
Gbagbadougou
Fémébou (frère de Toumani) Koly Sougba Kémo Diakolidougou
Véni
Missa Gbakédou-Gouana

2° Diarakoro Blagnima Gouana (Beyla)


Kéoulén Gbakédou ”
” Karagoua (Beyla)
Diakorodou

(carte)44 28
(débute
avec la
LES KOUROUMA: Les Kourouma protecteurs des Camara, restèrent à Mous-
fin du
sadougou avec leurs pères pendant un temps. Poussés eux aussi par l’ esprit tableau)
d’aventure, ils quittèrent le village par groupe suivant leurs activités. Ce furent
d’abord les fils de Toumani Kané.
1° le premier fils vint à Diakolidougou avec quelques-uns de ses oncles, créa
le village actuel. Une partie poussa à Manakoro (Konian).
2° le second suivit son oncle maternel Zô Missa Kamè à Zota, créa Gbaya
(cercle de Nzérékoré, canton de Ziabalé)
3° le troisième Faboy Kamè dont tous les descendants sont à Fouala (canton
de Guirila)
4° et 5° suivent leur concle [oncle] Sy Brama. Leurs descendants se fixèrent
initialement à Timindougou, Kouloubadougou, Gbangbadougou, Tolomasso,
Manifadu (canton Kérouané-Beyla). Plus tard, les descendants en ligne directe
émigrèrent vers la Forêt et y formèrent les groupements des Kourouma de
Macenta.

44 Nous n’avons pas trouvé de carte correspondant au renvoi. Idem pour les mentions ulté-
rieures de cartes.
88 “Essai d’ Histoire locale”

5° le sixième resta à Missadougou et ses descendants y demeurent encore


de nos jours.

Moussadougou
Moussadougou est peuplé désormais des Kourouma, Kané, Doré, qui font von
[vont?] s’y maintenir, s’y prospérer et continuer à respecter les lois imposées
par Farin Kaman.

Division chez les CAMARA


Bien que répartis sur un vaste territoire allant de la Côte d’ Ivoire au Libéria, les
Kamara, dans leur essence même se divisent en deux branche[s] importantes.

Les Konsamba-si: descendants de Konsamba tous Diomandés ou fils de


Les Farinkaman-si: descendants de Farinkaman Dioman

Toutefois, on remarque de notables subdivisions chez les Camara des deux


branches:

Distinctions
Moussadougou devint un lieu sacré des Camara. Les descendants de Findiara
ne restèrent pas demeurés à Ouanino village trop rapproché de Moussadou-
gou. Ils se dispersèrent comme nous l’avons dit dans la division familiale. Son
fils aîné Fatouma Oulén vint dans le Simandougou.

Fils Petits-fils

Sonè Bala Faman


Sonè Kaman
Founou Fakassia
Fin Diara Sonè Siman Oussou Fadiarakén
à Ouanino Fantouma-Oulén Soumadian
(Guirila) à Télibakoro Sa Ouléni (Foundou)
Foundougou de Fanoï (à Famoïla) (Vers Ma[Ma-
Tibet Tinsey centa?])
Fatiribiri
version française 89

Le pays avant l’arrivée des Camara 29


Les Koné sont un peu partout dans le pays mélangé[s] à d’ autres races. Mais ils
forment la majorité dans certains cantons (Béla-Faranah et Ouorougou).
Les Camara s’ infiltrent doucement, se fixent à côté des Koné; s’ imposent
peu à peu et finissent par prendre le pouvoir.

Histoire d’une famille de Camara


Findiara meurt à Ouanino. Ses enfants et ses frères se dispersèrent. Toutefois,
quelques fils restèrent à Ouanino et leurs descendants y demeurent encore de
nos jours. Fantouma Oulén fils de Findiara allant au nord vint s’ arrêter en face
du Pic de Tio ou Tibet dont le prolongement sépare le Kérouané du Simandou-
gou. Il créa Télibakoro et était d’ailleurs suivi par une famille de Camara, autres
personnes unies à lui par les liens de la reconnaissance et de l’ intérêt, ce sont:
Fankoloni et les siens.
Sans nous écarter de la souche de l’histoire, cette seconde famille adhérente
de Camara, alla à son tour créer: Sondou, Téninfaro etc… (Simandougou), cercle
à Beyla, au pied du Pic Tibet. Une petite partie concernant un descendant de
cette famille sera traitée dans l’histoire de la guerre des chiens.45

SONE ET FANKOLI (noms de famille)


Founou – Oussou et d’autres sans importance

Faman créa Fakassia créa Fandiarakén créa Soumandian créa


Diomandougou Lassiadougou Dyarakéndou Kissidougou

Kassian Mory Dyoro Fafounou Gnouma Oussou et Sosso Camara créent


crée Faboudou crée Fankonifén Diarakoro, Damaro
Ghakorodou Kéoulin
Gnaman
Fata Kéoulin 1852-1917
fils 1°/ Ibrahima 1873-1928
2°/ Djiguiba46 1884 à nos jours

45 Voir p. 30 du tapuscrit.
46 Il s’agit de l’auteur, Djiguiba Camara.
90 “Essai d’ Histoire locale”

Premières fixations
Fankoloni vint créer Sondougou dans le Simandougou et y demeura. Sonè
Siman fils de Fantouma Oulin resta à Télikoro. A présent les Camara s’ infiltrè-
rent partout; ils allèrent en Région forestière (Macenta), sur les rives du Milo et
bien à l’intérieur du cercle de Beyla.
Founou Oussou, fils de Sonè Siman mourut à Diarakéndou dans le village
créé par son fils.

Création de villages
Les villages vont s’édifier au grand étonnement des Koné habitants du pays.
Tous les fils de Founou Oussou fondent les agglomérations plus ou moins
importantes.
Faman créa Diomandougou et les hameaux
Fakassia créa Kassiadougou et les hameaux
Fadiaranké créa Diarakéndougou et les hameaux
Soumadian créa Kissidougou
tous du canton de Simandougou, cercle de Beyla.
En considérant Fakassia dont la descendance fut bénie par son grand frère
Faman, nous constatons que cette descendance est bien intéressante puisque
son histoire est étroitement liée à celle des Koné, des Camara, de l’ Almamy
Samory et des Français. Les enfants de Fakassia sont:
Kassia Morou qui créa Fabadougou
Dyoro qui créa Fankonifè
Fafounou qui créa Gnakorodou
Gnouma Oussou
Sosso Camara créèrent Damaro

Le pacte47
Du temps de Fakassia, il existait un village de Koné du nom de Goïfé qui compte
encore de nos jours 15 cases. Deux jeunes filles y vivaient

29bis Le pacte
Du temps de Fakassia, il existait un village de Koné du nom de Goïfé qui compte
encore de nos jours 15 cases. Deux jeunes filles y vivaient dans une entière com-
munauté de vie à côté de leurs parents. Elles prêtèrent serment d’ unir leur
vie, de s’attacher à un même mari, de fusionner tous leurs biens, toutes leurs
misères, choses permises en ce temps puisqu’aucune loi coranique ne sanc-
tionnait la vie publique.

47 Paragraphe redondant.
version française 91

Le mariage
Fakassia (voir arbre généalogique) alors chef de Kassiadougou, ayant des en-
fants puissants, les Kourouma avec lui, demanda la main d’ une des pactisantes,
la plus âgée. Gnouma Koné s’établit à Goïfè. La main lui est accordée tout de
suite. Emmenée chez son auguste mari, Gnouma dévoila son secret avec Niallé
sa jeune sœur d’adoption. Le mariage de Niallé est consommé. Les deux jeunes
filles se partagèrent ensemble les couches du mari. Entre elles tout est commun.
Elles accouchent toutes deux
Tigné Gnouma à Fassou soit Gnouma Oussou (élision particulière FA)48
Boï Niallé à Sosso soit Niallé Sosso

La vie des enfants


Vivant ensemble la vie de leurs mères, les deux enfants apprirent à s’ aimer. A
l’ âge de raison ils furent mis au courant du pacte qui unissait leurs mères. La
connaissance de ce secret renforça l’amitié qui existait entre les deux jeunes
gens. Des deux mères il ne restait plus que Boï Niallé.

Le sacrifice
Chaque famille doit assurer la chefferie à ses fils par les sacrifices rituels pro-
pitiatoires. Fakassia n’échappa pas à cette règle conformément aux dires du
devin. Fakassia tua un boeuf, fit préparer la tête de l’ animal par des femmes. Il
mit dans la viande une bague en or. Celui qui aura le métal précieux en man-
geant sera le plus puissant de ses descendants.
Les cinq fils n’étaient au courant de rien, seul le savait Fakassia, sa femme
préférée et le devin.
Mangeant dans une obscurité totale, Sosso eut la chance d’ avoir l’ or. Il crut
tout d’abord à la présence d’un caillou, le mit dans sa main, le passa à son frère
Gnouma Oussou qui le remit à son père prétextant un oubli de la part des cui-
sinières. Fakassia informa aussitôt ses deux fils de ce qui était et cela dans une
cour intérieur[e]. La favorite surprit la conversation, la dévoila envers ceux à
qui elle était redevable; c’est-à-dire aux trois autres frères.
Sosso et Gnouma furent pris en grippe par leurs aînés, leur père leur conseilla
clandestinement à Sosso et à Oussou de s’enfuir pour [é]chapper à la mal-
veillance de leurs frères consanguins.49

48 Note de l’auteur sur la variation phonétique du nom propre donné à l’ enfant, qui com-
prend le nom de la mère et le nom du lieu de naissance: Gnouma + Fassou, produit
Gnouma Oussou, par élision de la syllabe [fa].
49 C’est la deuxième fois dans “Essai d’histoire locale” que le jeune chef doit fuir pour sauver
sa vie et échapper à la jalousie de ses frères. Voir supra pour Farin Kaman, “Le complot,”
92 “Essai d’ Histoire locale”

La fuite
Devant les attaques incessantes dirigées contre l’ humeur combattive de
Sosso – Oussou réagit en entraînant son frère dans sa fuite. Ils étaient accom-
pagnés par un griot dénommé Sakassia Diobaté dont les descendants vivent
encore de nos jours à Damaro.
Quand on ne peut vaincre son ennemi on lui laisse le champ de bataille.
C’est une lâcheté, mais c’est aussi une mesure de prudence, surtout quand le
sort vous a désigné pour remplir les hautes fonctions que d’ autres convoitaient
en vain.
Par Diarankédougou, ils comptaient se rendre à Moyako (près de Dioman-
dougou).
A la hauteur dudit village, le griot Sakassia va trouver Fadiaranké, l’ oncle des
fuyards et lui explique ce qui s’est passé. Aussitôt Famorifini griot de Fadia-
ranké fit dépêcher auprès des fuyards; la promesse d’ un sacrifice auquel des
représentants de Fakassia devaient assister, obligea les frères à rentrer à Dia-
rankédougou. Dans l’intervalle, un coureur alla prévenir les oncles maternels à
30 Goïfè de la fuite de Sosso et de son frère. [phrase incomplète] | dans une entière
communauté de vie à côté de leurs parents. Elles prêtèrent serment d’ unir leur
vie, de s’attacher à un même mari, de fusionner tous leurs biens, toutes leurs
misères, choses permises en ce temps puisqu’aucune loi coranique ne sanc-
tionnait la vie publique.50

L’héritage
Fakassia mourut. Sosso et Gnouma Oussou aidés de leurs oncles de Goïfé ren-
trèrent en force à Kassiadougou, s’emparèrent de tout l’ héritage de Fakassia.
C’est la ruine pour les trois frères et la richesse pour les deux autres. Il n’est
pas jusqu’aux hommes libres qui vinrent grossir le village de Dalamano, Diala-
koro51 succéda à son père qui fut enterré dans une espère de caveau familial. Il
assura dans la famille, devenue nombreuse, la direction des affaires publiques.
Il fut même estimé dans les villages environnants: Kassiadougou, Goïfè, Sira-
koro, Sémissadou, Balagbèni, Sonè Diaradou, Fabadou, Manfiladou etc…

(carte)

“Suite de la tentative d’assassinat,” p. 7. C’est également un thème classique dans les nar-
rations du monde mandé (voir par exemple l’exil de Soundiata).
50 Cette fin de paragraphe (voir p. 29, 29bis) est redondant. Il s’ agit sans doute d’ une erreur
de copie.
51 Dialakoro et Diarakoro sont deux graphies concurrentes dans la même page, qui renvoient
vraisemblablement à la même personne.
version française 93

Seuls ses oncles paternels de Diarankédou, Diomandougou, Kissidougou, Foun-


dou entretiennent des relations d’amitié et de parenté avec la souche de la
future puissance des Camara du cercle de Beyla. Diarakoro fut d’ ailleurs assisté
des enfants de Gnouma Oussou Nialén Camara et Fassinéba qui, pour obéir aux
vœux formulés par leur grand-mère, font partie liée avec les descendants des
Sosso.
A la mort de Dialakoro, son fils aîné Kéoulén lui succéda. Il avait à ses côtés,
ses frères, ses oncles, les descendants de Oussou, les hommes issus de l’ héritage
de Fakassia et d’autres personnes fixées par les liens de la reconnaissance et de
l’ intérêt.
Kéoulin52 était un homme de taille moyenne, tout en muscle et d’ une rare
sobriété. Aucune famille de Camara n’avait jusqu’ à ce jour donné naissance à
un homme aussi fin, aussi diplomate que Kéoulin. L’histoire va nous le montrer
dans l’action.
Il établit des relations chancelantes avec les Camara du pays et les habitants
de Moussadougou, entre les Souaré de Nionsomoridougou qui consommèrent
les mille sacrifices des Camara. Il va jusqu’à renouer les liens du sang avec
les Camara du cercle de Macenta. Il veut en somme tisser une grande toile
d’araignée où les Camara des quatre points cardinaux se trouvent se donnant
la main pour attendre les invasions, les tribus pillardes, et pour parer aux éven-
tualités de toute attaque.

Premières guerres de Kéoulin


Diagbo est un descendant de Fankoloni qui suivit Farin Kaman jusqu’ à Mous-
sadougou. Ses arrières petits-fils attachés à la fortune de Farinkaman avait créé
Sondougou, y devinrent puissants. De courtisans, ils passèrent pour des égaux
de Kéoulin. L’armement en ce temps-là comprenait des arcs, des flèches empoi-
sonnées, des sabres et de rares fusils de traite.

a) Guerres intestines: En ce temps, la viande de chien était très appréciée,


souvent Diagbo de Sondougou et Ouara de Diassodougou se réunissaient, pre-
naient un chien, l’abattaient, quitte à le payer à la date de l’ échéance. Or, il
arriva une fois que Ouara ne s’acquitta pas de sa dette à Diagbo intéressé, le
chien appartenait à sa sœur, admonesta Ouara par l’ entremise d’ un de ses cap-
tifs. Cet acte de déconsidération indisposa Ouara et mit aux prises les partisans
de Diagbo et de Ouara. Chaque partie enregistra des blessés, Diagbo quelque

52 Même remarque que précédemment sur les graphies. Les deux orthographes Kéoulin et
Kéoulén se succèdent.
94 “Essai d’ Histoire locale”

temps après revint avec main forte, attaqua Diassodougou qu’ il mit en feu.
Diagbo malgré cette victoire voulut se réconcilier avec son allié Ouara. Aussi lui
envoya-t-il des présents (bœufs, couvertures, coqs blancs, qui furent refusés).
Toutefois pour échapper à une seconde attaque Ouara vint s’ établir à Banko
près de Nionsomoridougou, se confiant ainsi à Babigné Camara, chef de vil-
lage.
31 Ouara demande l’intervention de Babigné pour venger sa défaite de Diasso-
dougou.
Cette seconde attaque ne fut pas plus heureuse que la première, Babigné
battu, fut refoulé à Banko puis à Nionsomoridougou où les fuyards demandent
l’ intervention du marabout auprès de Diagbo. Tentative vaine. Diagbo allégua
que Sékou Souaré ayant bien livré passage à Babigné et à Ouara pouvait en faire
autant pour lui.
Ainsi, le marabout refusant de rendre les fuyards. Nionsomoridougou est
attaqué par Diagbo tandis que sa sœur mariée dans le village, mettait le feu aux
cases. Babigné se sauva et Diagbo réussit après une course effrénée, à l’ arrêter
à Koréla, cercle de Macenta où il fut tué. Diagbo rentra à Sondou, Diaka Kaman
établi à Kouankan ayant son village de Koréla vidé vint attaquer Diagbo. Il ne
fut [pas] plus heureux. Plusieurs de ses hommes mordirent la poussière. Il ren-
tra à Kouankan. Comme il le fit avec Ouara, Diagbo envoya les prisonniers et
les présents d’usage à Kaman. C’est le signe d’un[e] amitié à laquelle Diaka
Kaman va répondre par une autre. Il revint avec beaucoup de biens, les donna
à Diagbo. D’ennemis qu’ils étaient, ils devinrent deux parfaits amis. Prenant
goût à l’esprit de conquête, Diagbo passa à Oussoudougou qu’ il incendie en
premier lieu.

b) Causes de la guerre: Diagbo invita son nouvel allié à venir voir des parents à
Foundou et à Diomandou. Il devait ensuite revenir à Sondou d’ où ils devaient
regagner son village. À cause de la disproportion de sa taille, Diaka Kaman
subit partout sur son passage les moqueries des habitants. Il s’ en plaignit à
Diagbo. Celui-ci fort mécontent lui promit la vengeance. De là, la naissance
d’une guerre entre les Camara d’une part, [et] de Diagbo d’ autre part. Quand
Diagbo eut gouté le fruit de son premier succès, il eut l’ ambition de porter la
guerre dans les villages environnants. C’est ainsi qu’ il porta des expéditions
contre les villages du petit pays de Kouan placé sur le nom de la rivière de ce
nom; que nous appelons aujourd’hui: Tambiko. Il a été créer[é] un village de
liv[b]erté53 (Tambikola) en 1906.

53 Les villages de liberté dataient des premieères campagnes au Soudan et ils furent créés,
version française 95

Le pays de Kouan ainsi dévasté, les habitants s’ enfuirent vers divers pays de
la région, particulièrement Gboni au Libéria où ils forment encore une puis-
sante dynastie des Camara.

(carte)

REMARQUE: Ce village ayant été fondé avec l’autorisation de M. FEUILLE l’ un


des administrateurs de Beyla, est habité rien que par des anciens captifs libérés.

Guerre de Kéoulin contre Diagbo


a) Les parties: deux noyaux se formèrent autour des deux chefs: Kéoulin et
Diagbo. D’une part, des parents éloignés de Diagbo vinrent à son aide; ce furent:
les habitants de Sondou, Bossoko, Manabiri, Bouradou, Frandou, Sansako, Bri-
moussadou (canton Simandougou).
D’autre part, en présence de cette ligue, les Camara voyant leurs proches de
Foundou et de Diomandougou attaqués se groupèrent autour de Kéoulin pour
opposer une résistance aux partisans de Diagbo devant Sadou Ouarada à 8 kms
de Damaro, Dianté Camara de Torigbéladougou un descendant de Sonè Kaman
prit parti pour les Camara attaqués dont le chef était Kéoulin.

b) La guerre: Un Combat acharné mit aux prises les partisans des deux partis,
les Camara réussirent à refouler les partisans de Diagbo sur la rive gauche de
Sadou-Ouarada.

(carte)

Chaque partie occupe une rive. Par un stratagème, Kéoulé réunit des hommes 32
qui contournent les guerriers de Yagbo,54 mirent le feu à Boosoko village des
partisans de Yagbo. Ce fut la panique, les hommes de Yagbo prirent la fuite,
pourchassés par les Camara jusqu’à Sondou qui fut emporté de haute [de haute
lutte, l’arme à la main?] arme blanche à la main. Yagbo fuit avec les siens

dans un premier temps, pour accueillir les non-libres “évadés” des pays “ennemis” ou de
reégions dont l’éloignement rendait impossible toute réclamation par les maîtres. Une
fois le pays “pacifié,” ils accueillirent tous les captifs qui s’ échappaient de chez leurs
maîtres, en particulier les esclaves maltraités et ceux qui étaient menacés d’ être vendus
ou dont la famille était menacée d’être vendue. Les villages de liberté furent dispensés
jusqu’en 1900 de payer l’impôt de capitation, une mesure administrative d’ exception des-
tinée à favoriser leur essor. Voir Bouche 1968; voir aussi Rodet et Challier 2014; Rodet 2015.
54 Diagbo et Yagbo sont deux graphies différentes référents à la même personne.
96 “Essai d’ Histoire locale”

jusqu’à Koéréla (cercle de Macenta village commandé par Diaka Kaman l’ ami
de Yagbo pour lequel la lutte fut engagée, le destin de ses revers inexorables).
Diaka Kaman Kamara descendant de Farin Kaman comme les Camara du
Simandougou abandonne Yagbo aux mains des vainqueurs, ses parents.
En retour, Kéoulin lui remit tout le butin en nature, en espèce, en être
humain. Diaka Kaman enrichi du coup par cette trahison va lui aussi s’ armer
pour la lutte contre les Camara du Sud (rives de Saint-Paul dit Diani). Nous
reprendrons cette histoire qui va nous amener à la pacification des rives du
Saint-Paul.

c) Retour des vainqueurs: Kéoulin et les siens rentrèrent à Nionsomoridougou


emmenant avec eux Yagbo. Celui-ci qui, naguère mit à feu et à sang le village
religieux malgré l’intervention de L’Imam demanda à ce même Sékou Souaré
son intervention auprès de Kéoulin. L’Imam refusa nettement en rappelant le
passé très proche où il avait mal agi à l’égard du village en refusant de gracier
Babigné.
Yagbo fut mis à mort à 1km. au nord de Nionsomoridougou et sa tête fut
amenée à Yenté, aide de Kéoulin.

Le calme
Après cette première guerre, le pays rentre dans un grand calme. Toutefois il
est à remarquer que cette coalition prouve assez combien les Camara sont
solidaires les uns des autres, combien les liens du sang, de l’ intérêt et de la
reconnaissance sont respectés d’après les coutumes de Moussadougou.
Aussi les mille sacrifices de Farin Kaman et son descendant Fakassia n’ont
pas été vains. Ils ont porté leurs fruits et la postérité va reconnaître dans ces
Camara les vrais détenteurs du pouvoir juridique et de commandement.

Fractions: arrivée des Foulahs par [raturé] et par étapes


Pays d’origine: Le Fouta Djallon et le Ouassoulou dans les temps reculés furent
le berceau des Foulahs actuels du cercle de Beyla. On ne peut fixer a priori le
nom des villages d’où ils partirent. Toutefois la traduction [tradition?] rapporte
que les aïeux des Foulahs des cercles de Beyla, de Kankan, de Kouroussa vinrent
du Fouta Djallon et du Ouasoulou à une date qui se perd dans la nuit des temps.
Causes des guerres intestines: les mésalliances [querelles] entre villages
rapprochés décident certaines tribus à venir vers les rives du Tinkisso par
étapes sans aucun esprit de conquête. Depuis lors ils sont reconnus sous le nom
de “Bassando Foulahs” (ce qui veut dire: Foulah du haut fleuve). Ce fleuve est
le Milo.
version française 97

Fixations diverses
Paté Sidibé, Massadioumé Dimissi, Missa Sidibé, Missabou Sangaré suivis de
leurs proches s’établissement [établissent] initialement sur les rives du Tin-
kisso dans le canton de Oualada (cercle de Kouroussa). Comme une tache
d’huile ils se propagèrent dans le pays environnant. Les uns vinrent à Koba dans
le cercle de Kankan (canton de Baté), les autres vinrent à Bodou dans le cercle
de Kankan (canton de Goundo), d’autres se dirigèrent vers le Ouassoulou (vil-
lage de Kokono Nianko) etc…
D’autres encore partirent vers le Toron (cercle Kankan) d’ où ils furent
chassés.
Depuis ils prirent le surnom de “Bassano Foulahs,” les autres Foulahs res-
tèrent à Goundo (cercle de Kankan) et n’en furent chassés qu’ à la suite des
guerres partisanes et intestines livrées par Saran Souaré Mory. Les Foulahs vont
chercher asile dans d’autres pays plus calmes. Ils partirent d’ ailleurs par petites
fractions, ce sont:
Missa Sidibé eut 7 fils à Diamona (Toron) qui se répandirent dans le cercle 33
de Beyla.
REMARQUES:55 C’est-à-dire les Foulahs du haut fleuve qui part du Bassando,
canton de ce nom, du cercle de Kankan sur la rive du Milo au cercle de Beyla.
1. Soulémana dont les descendants sont à Diaraguéréla (Simandougou)
Faboudou (Simandougou)
Sagbola (Simandougou)
2. Kodiou dont les descendants sont à Niakorodougou (Simandougou)
Faboudougou (Simandougou)
Siraférédou (Guirila)
Dougoubadougou-Foulah (B. Faranah)
Missiboro-Foulah (Gouana)
3. Kali Sidibé, les descendants peu nombreux sont à Faboudougou (Siman-
dougou)
4. Birama, descendants à Faboudougou (Simandougou)
5. Diémé (cadet) sans postérité
6. Kaman Dramani dont les descendants sont à Orofilako (B. Faranah)
7. Kaman Soulémane descendants à Orofilako (B. Faranah)
Les descendants de Massabori Sangaré sont ainsi divisés en parties dans le Béla-
Faranah (Orofilako) (Morikindougou) Guirila.

55 La note fait référence à l’appellation “Bassano Foulah,” une section plus haut.
98 “Essai d’ Histoire locale”

Quelque[s] temps plus tard, les Sangaré vinrent s’ établir eux aussi dans le
cercle de Beyla à côté de leurs devanciers.
Les descendants de Massabou sont de nos jours à Sagnola (Simandougou):
Balanfé (Guirila)
Orofilako (B. Faranah)
Kesséridougou-Foulah (Gouana)
Sagnola-Binkoro (Kérouané)
Fila Moussa, Toumani Diallo dont les descendants venant du Ouassoulou
s’ établirent un peu partout. Faboudougou (Simandougou), Orofilako (B. Fara-
nah).
Chaque tribu, fraction etc… se confia à un homme du pays en vue et assez
puissant pour pouvoir les protéger. C’est ainsi que les Foulahs habitant de Nia-
korodougou se confièrent à Diarakoro-Kéoulin (Simandougou).
Faboudougou se confièrent à [non renseigné]
Diaraguéréla se confièrent à Fata Kéoulin
Ceux du Béla-Faranah se confièrent à Dougbè Kaba
Ceux du Gouana se confièrent à Dougbè Kaba
C’est de Kignégouénina qu’eut lieu la dispersion générale des Foulahs (cercle
de Beyla). Du temps de Kéoulin [ils] vinrent à Kissidougou. Leur chef était
Nadiouloudian. De Kissidougou, ils arrivèrent à Niakorodougou.

NOM DESCENDANTS VILLAGE CANTON

Niadouloudian56 Malato Kaba Faboudougou Simandougou


autre fils Niakorodougou -
Biné Mory Alpha Faboudougou -
Moriba Missa Niakorodougou -
Bérété Mory Ténémaro -
Fila Kémoko Diaraguérala -

(carte)

56 Également orthographié Niadouloudian, Nadiouloudian.


version française 99

Vue d’ensemble des puissances conquérantes du plateau Nigérien 34


jusqu’à la Forêt
Nous nous efforçons de faire ressortir les exploits caractérisant de l’ époque
CISSE, BERETE, TOURE.
C’est grâce à ces faits que nos conquérants ont pu régner sur le plateau Nigé-
rien à la Forêt. Néanmoins, nous accordons une grande place à l’ histoire de
Samory.
Sans négliger le fil pure[me]nt historique, nous a[em]brassons celui des
CISSE qui, de son apogée court à son déclin. On se rendra compte aussi que
nous intercalons l’histoire des Bérété, car c’est à cette époque que Samory s’ est
initié.
Nous l’avons constaté aussi chez les Cissé: ses prédispositions57 et son génie
lui permirent de faire disparaître plus tard les autres puissances d’ une grande
partie du pays noir.
Avant de vous retrouver dans l’histoire proprement dite de Samory, vous
n’ignorez donc plus l’existence de ces trois puissances.
Ces évènements se sont passés au 18° siècle dans cette contrée, à l’ époque
plongée dans les ténèbres.58

Invasion: les Cissé


Les Camara n’envahirent pas le pays à proprement parler. Ils s’ infiltrèrent
absorbant par-ci, éloignant par-là et toujours par des bonnes manières.59 Il faut
attendre l’arrivée des Cissé pour voir planer sur les régions naguère paisibles
l’ inquiétude et l’angoisse avant l’apparition des Cissé.
Mori Oulén Cissé arrivant de Bankoko (cercle de Kankan, canton actuel de
Baté) avait à sa suite Arafan Sékou Souaré natif de Nionsomoridougou. Tous
deux grands marabouts. Revenant de Dia Touba où il avait été étudier l’ arabe,
deux grands marabouts traînant à leur suite de nombreux élèves (Talibi).60
Leur pérégrination les amena à Nionsomoridougou d’ où Arafan était parti
pour s’instruire. Il resta donc au milieu des siens tandis que Mori Oulén Cissé
circonscrivant une grande ellipse habité[e] par les Camara et les Koné entra
au[x] canton[s] de: Konian, Guirila, Béla-Faranah, Karala.

57 Comprendre “Les prédispositions de Samory.”


58 Ce paragraphe de transition permet de dresser le paysage géopolitique de la région, avant
l’arrivée de Samori, qui occupera le reste du texte de Djiguiba Camara. “L’époque des
ténèbres” correspond à la période précédant la conversion en masse à l’ Islam.
59 Djiguiba Camara évalue positivement l’infiltration des Camara dans la région, en opposi-
tion à l’ère de terreur, imposée par les Cissé, qui s’ensuivra. De manière générale dans le
document, Djiguiba Camara défend toujours les positions des Camara, contre les Cissé.
60 “Talib,” “talibe” au pluriel, “étudiant, élève d’école coranique, demandeur” en arabe.
100 “Essai d’ Histoire locale”

Début des Cissé


De Karala où il ne se plaisait pas, Mori Oulé Cissé alla créer Médina sur la rivière
Gouan au lieu de croisement des cantons de Béla-Faranah, Ouorodougou, et
Gbéléban. C’est de là qu’il va procéder à des annexions territoriales.

Premières guerres de Mori Oulé


La plupart des guerres de ce temps-là avait pour source une histoire de femme
ou de futilités de la vie courante qui pouvaient avec un peu de bonne volonté,
se résoudre amicalement. Mais l’indigène avait l’ esprit combattif et Mori Oulé
n’échappa point à cette règle. Un jour, une femme de Médina fut malmenée
dans un marché voisin Makounkan, l’intéressée fit part de cet incident à Mori
Oulé qui alla à Gbamani demander des confirmations. Il fut mal reçu, il se
trouva dans la nécessité de venger l’offensée, aidé en cela par ses “Talibis.”
L’affaire s’ébruita. Les habitants de la région tous fétichistes, se liguèrent contre
le village de Médina. C’était l’ouverture d’une guerre sainte qui mettait aux
prises fétichistes et musulmans.
REMARQUE: Médina, Mecque, Médine.

La guerre
La guerre eut lieu à Médina. Après beaucoup de résistance, le village musulman
passa à l’attaque, repoussa l’envahisseur et s’arrogea du droit de la victoire.
Voyant que Médina n’était pas assez défendu pour passer à une autre attaque,
35 Mori Oulé prit le sage parti de se retirer | à Kobala (cercle Beyla). Ce village
présentait beaucoup d’avantages pour Médina.

Élévation des Cissé (Mori Oulé)


Comme Mori Oulé l’avait prévu, un Chef de la région (Bandou Féré) venant
de Karafilila (cercle Kankan) à la tête d’une forte troupe, vint attaquer Kobala
(canton Béla-Faranah). Mori Oulé pour la troisième fois infligea aux assaillants
une éclatante défaite.
La puissance de Mori Oulé fortement assise par cette suite de victoires se
confirma par la constitution d’une troupe. Passant de la défensive à l’ offensive,
Mori Oulé leva ses Sofas et marcha sur Kon dans le (Béla-Faranah) où le sort des
armes ne lui fut pas favorable. Battu, il rentra à Médina, laissant derrière lui une
partie de ses Sofas prisonniers à qui on appliqua la loi du talion.

L’Alliance
Après l’échec de Kon, une alliance de non-agression est conclue verbalement
entre les Cissé (Mori Oulé) et les Koné de Kon. Mori Oulé plaça à la tête des
villages soumis des représentants à lui.
version française 101

Attaque de Korokoro
Ayant à cœur de prendre Korokoro, il pria Kogné Morifing, frère de Arafan
Souaré d’intercéder auprès de Dieu en sa faveur pour sa victoire prochaine sur
les habitants de ce village. Malgré l’opposition de ce marabout, Mori Oulé leva
ses sofas et attaqua les villages de:
REMARQUE:61 Vengeance: œil pour œil, dent pour dent.
Orossia, Fassiadougou, Foromaro (cercle de Beyla) qu’ il incendia. Il arriva
devant Korokoro autre village dépendant de N’Vaka Touré roi d’ Odienné (Côte
d’Ivoire). Ayant appris de son côté l’arrivée imminente des Cissé, N’Vakaba
Touré, pour protéger ses sujets et le village de sa mère, rassembla à Korokoro
tous les Koné relevant de son autorité. Mori Oulé fut battu et perdit même
l’ usage d’une jambe. Cette blessure hâta son arrestation. Les meilleurs guer-
riers de Médina restèrent sur place. Malgré l’opposition de N’Vakaba Touré,
Mori Oulé fut arrêté par les Sofas d’Odienné et mis à mort.

Succession
A la suite de l’échec de Korokoro, les villages Koné de Béla-Faranah (cercle de
Beyla) les agglomérations Kourouma de Karafilila (cercle Kankan) les grou-
pements Konaté de l’ouest de Noumoussana (cercle Kankan) s’ insurgèrent
contre les successeurs de Mori Oulé. Abdoulaye Cissé et Siré Brahima ren-
trèrent à Médina suivis de quelques partisans. Ils durent d’ ailleurs essuyer
quelques escarmouches au cours de leur retour à Médina.
La situation d’Abdoulaye qui succéda à son père Mori Oulé devint inte-
nable, des ennemis en dedans, des insurgés aux alentours. Il chercha donc à se
mettre avec N’Vakaba, l’ancien ennemi de son père. Cet accord conclu, Abdou-
laye invita le village de Médina à se rendre à Odienné pour se mettre sous
la sauvegarde de N’Vakaba. Le grand conseil de Médina refusa tout d’ abord
l’ idée d’Abdoulaye: mais l’insistance du nouveau chef vint à décider les récal-
citrants et les gens rentrèrent à Odienné. Siré Brahima resta à Médina. Malgré
l’ opposition formelle du grand conseil d’Odienné, Abdoulaye annoncé est reçu
par N’Vakaba qu’au[x] grand[s] des siens fit de magnifiques présents au nouvel
arrivant.
REMARQUE:62 Il paraît même que Mori Oulé fut amputé d’ un bras qui serait
conservé encore de nos jours à Korokoro-Ouorodougou cercle de Beyla.

61 La remarque réfère à la loi du talion, trois paragraphes plus haut.


62 Voir la mort de Mori Oulé, paragraphe précédent.
102 “Essai d’ Histoire locale”

36 Élévation d’Abdoulaye
Abdoulaye s’enrôla dans les troupes de N’Vakaba, devint un excellent guer-
rier; il se fit si bien remarquer par sa bravoure que N’Vakaba l’ exempta de tout
prélèvement sur le[s] butins faits au cours des attaques. Ces bonnes disposi-
tions permirent à Abdoulaye d’envoyer des renforts en armes et en hommes
à Médina. Siré Brahima réceptionna tous les envois de son grand-frère et put
opposer quelque résistance aux Bambaras pillards qui venaient périodique-
ment razzier le pays.

Attaque de Kolomba
L’esprit d’aventure et de luxe mit aux prises les guerriers de N’Vakaba avec
ceux de Kolomba (village situé à l’est d’Odienné). Odienné fut battu; le Chef
encerclé ne fut dégagé que par l’intervention d’Abdoulaye. Celui-ci protégea la
marche en retraite de N’Vakaba jusqu’au ralliement des troupes d’ Odienné en
fuite.
Au milieu des siens, N’Vakaba se félicita alors hautement de n’avoir pas
non seulement écouter[é] les conseils des vieux, mais d’ avoir donné asile et
protection au fils de Mori Oulé. Pour récompenser son sauveur, N’Vakaba lui
donna:
1°/ 4 de ses propres femmes
2°/ 12 chevaux
3°/ 20 jeunes gens armés de fusil[s]
en lui accordant la faveur de les utiliser dans l’avenir à son profit. La renommée
d’Abdoulaye passa les frontières: les anciens révoltés de son père l’ apprenant,
vinrent se joindre à sa troupe. Graduellement, Abdoulaye constitua une armée
et se sentant assez fort pour se défendre, il demande à son hôte l’ autorisation
de se rendre à Médina. Cela fut accepté, et Abdoulaye fut comblé d’ or et de
faveur. N’Vakaba qui avait accompagné Abdoulaye jusqu’ à la rivière [K]arala,
prêta serment avec son étranger. Tous devaient respecter les limites de leurs
Etats (nous reprendrons ceci dans l’histoire de Samory).

Guerre d’Abdoulaye
En rentrant à Médina, Abdoulaye guerroya pour soumettre les petits villages
voisins, anciennement soumis à son village. Il pi[o]ussa jusqu’ à l’ ouest de sa
capitale, annexa Kofilakoro, Kariana, Noumédou.
REMARQUE:63 C’est le nom que [qu’on] leur attribuait dans le pays.

63 Remarque relative aux “Bambaras pillards”?


version française 103

Mafindou, Mignabalandougou64 (canton Simandougou-Beyla) Cissé (Béla-


Faranah, cercle de Beyla) Karafilila, Kanfrandou, Sanankoroni et d’ autres vil-
lages relevant du cercle de Kankan. Il rentra à Médina avec un riche butin.

Guerre de Seïdou
Apprenant l’attaque dirigée contre eux les Koné des villages précités, les
Konatés de Kariana, Noumédou, Kanfrandou et les Camara de Sékamadou,
Linko, Mignanbalandou, se réfugièrent à Seïdou. Devenus nombreux, ils espé-
raient résister à l’envahisseur.
Abdoulaye pour épargner des morts inutiles, vint mettre le siège devant Seï-
dou fortifié. La famine eut raison des assiégés qui se rendirent. Il décapita les
hommes valides, fit d’énormes butins.

Capture de Sona Kamara65


En rentrant à Médina, Abdoulaye se prépara, guerroya pour soumettre les petits
villages voisins. Il poussa même jusqu’à l’ouest. Soumis le Sékamadou, arriva à
Mignabaladou, enleva les biens, Lanfia père de Samory, prit en captivité Sona
Kamara, mère de Samory. Il rentra à Médina.
Samory apprenant la razzia opérée à Mignabalandou et la fuite de son père 37
à Findou dans le Konianko (Beyla) le rejoignit. Lanfia apprit à son fils la perte
du troupeau et la captivité de sa mère. Il lui reprocha vivement son voyage, son
amour de l’argent; mécontent des vertes réprimandes paternelles, Samory sol-
licita de son père l’autorisation d’aller se constituer guerrier pour racheter sa
mère. Lanfia accepta. Samory rentra à Médina. Il prit du service dans l’ armée
d’Abdoulaye à l’âge de 25 ans environ.

64 Également orthographié Mignanbalandou, Mignabalandougou.


65 Il s’agit de la scène primitive de quasiment tous les textes se référant à Samori. La capture
de la mère provoque l’enrôlement du fils, et marque le début de sa brillante carrière mili-
taire (voir par exemple, la version de Sony Fina Camara, dans Johnson, Hale et Belcher
1997: 68-78, v760 et suivants). L’épisode est attesté par Yves Person (Person 1968 I: 267)
chapitre 2 “Les années obscures.” L’historien fournit quelques précisions sur la manière
dont il se constitue guerrier pour racheter sa mère: “Selon d’ autres [informateurs][5, 7,
11], il se trouvait à Dyorodogu, qui est l’étape principale entre Kabaro et Loféro. On ajoute
qu’il aurait marché deux jours sans trêve pour rejoindre son père, ce qui correspond mieux
à la première localisation (75 kilomètres au lieu de 35).” Nous rappelons que [5] réfère à
Djiguiba Camara, chez Yves Person. Selon Kouroubari (1959: 148), c’ est également à cette
période que Samori se familiarise avec l’islam et étudie le Coran: “Samori devint ainsi
cavalier de Bourama [Siré Brahima, frère d’Abdoulaye], et prit part aux pillages qui rap-
portaient troupeaux et esclaves à son maître. Les jours où il ne battait pas la campagne,
Bourama lui apprenait le Coran.”
104 “Essai d’ Histoire locale”

Samory, grâce à sa bravoure, se fit remarquet[r] et estimer par Abdoulaye.


Il prit part à certaines expéditions. Il sollicita même en mariage la fille d’ Ab-
doulaye Séréfou Cisséré en raison d’une certaine garantie qui lie Touréfama,
Sako et Cissé. Ceux-ci étaient les descendants éloignés du même grand-père.
Oya formant la branche religieuse initiale du pays.
Siré Brahima s’opposa à ce mariage ce qui fit ouvrir les yeux à Samory sur ce
premier ennemi. Toutefois il ne continua pas moins à se distinguer pendant un
certain temps long.
Les griots prétendent qu’il serait resté 7 ans, 7 mois et 7 jours au service des
Cissé (légende). A la mort de [d’]Abdoulaye, Samory qui avait antérieurement
obtenu la libération de sa mère quitta Médina; il n’était d’ ailleurs pas aimé par
Siré Brahima et cela devait hâter son départ.

Apogée de la puissance d’Abdoulaye


Abdoulaye avait conquis tous les villages autrefois révoltés et les limites de son
Etat étaient supérieures à celles de son père Mori Oulé. Il se sentait plus de taille
à guerroyer contre tous les Chefs rebelles coalisés. D’ autre part les Konaté sou-
mis par la force aux Cissé voyant une autre puissance en extension s’ agrègent
aux Bérété dans l’espoir de s’émanciper. Téré Diarra fut le Chef de cette coali-
tion.

Mort d’Abdoulaye
D’un autre côté à l’ouest de Médina le Chef Sériko originaire de Korobikoro
voulait une guerre ouverte. Il lança un défi de l’ intérieur de son village qu’ il
croyait inexpugnable à tous les chefs influents. Abdoulaye prit ce défi pour
son compte et voulut essuyer son sabre contre les murs fortifiés de Korobikoro
(Béla-Faranah, cercle de Beyla). Korobikoro fut donc attaquer[é], Abdoulaye
fut tué et son corps enterré dans la rivière Gninignia. Les fugitifs rentrèrent à
Médina où ils relatèrent les faits à Siré Brahima frère cadet d’ Abdoulaye.

Libération de Sona
L’itinéraire suivi: Après la guerre de Korobikoro, Samory obtint la libération
définitive de sa mère. Les armées des Cissé dévastaient à cette époque la
région ouest de Médina. Pour éviter l’ennemi, Samory et sa libérée passèrent
à Médina, Moussadougou, Nionsomoridougou où le marabout Kogné Morifing
Souaré leur donna la première bénédiction.
Ils rejoignirent ensuite son père Lanfia résidant à Findougou. Sa mère y mou-
rut avant son avènement. Elle appartenait à une famille de Kamara à Fandou
dans le Télikoro au pied de la chaîne de montagnes de Goï au nord-est de Sanan-
koro (Kérouané-Beyla).
version française 105

Avènement de Siré Brahima Cissé


Sur le conseil des anciens l’autorité revient à Siré Brahima. Il est donc proclamé
chef de la couronne des Cissé. Ses neveux Morlaye, Mari, Kaba, Amara et leurs
frères devaient passer sous sa tutelle.
Il continua l’œuvre de conquête et prit Férédou, Sétédou, tout le Béla-
Faranah. Il b[v]engea son prédecesseur par la prise de Korobikoro, il soumit
le Guilon (Gbono, Samana, Doréla, Salè); le Guirila (Moridou) etc…
Les villages riverains de Mossoro et du Dion qui aidèrent Korobikoro lors de 38
l’ attaque d’Abdoulaye, furent mis à feu. Ce sont: Fouladou, Diobidou, Doua-
sonmoridou, Faboudou (Simandougou-Beyla).
REMARQUE:66 Appartient à la famille de Kéoulé-Si du Goundo, cercle de
Kankan.
Les butins furent énormes et les multiplu[e]s expéditions assurèrent la
suprématie de Siré Brahima sur les cantons actuels de Béla-Faranah, Guirila,
Ouorodougou et demi-Simandougou (cercle Beyla).
Au cours de ces incessantes attaques, les habitants des plaines du Mossoro
et des rives du Dion préférèrent abandonner leurs villages pour aller s’ installer
sur les hauteurs inaccessibles à la cavalerie de Siré Brahima.

Broïla Simandougou actuel se retirent sur les hauteurs de Bronkédou


Mansédou
Séménédou
Dougbèla
Talonko
Kofilakoro
Forono
Kariana

Moridou
Missiboro Guirila actuel se retirent sur les hauteurs de Gouankouo

Waro
Bona
Doréla
Sala
Korokoro

66 Le renvoi n’est pas clairement explicité, peut-être au sujet de Téré Diarra, section “Apo-
gée de la puissance d’Abdoulaye,” p. 37 du tapuscrit, comme semble le penser Yves Person
d’après ses annotations.
106 “Essai d’ Histoire locale”

Fassousso
Diémou
Sirakoro
Kamandou

Repeuplement des plaines de Dion et de Mossoro;


Les guerres étaient périodiques et meurtrières. Les paysans lassés d’ une vie
sans lendemain ne demandèrent qu’à entrer dans un temps plus calme. Coûte
que coûte il fallait céder du terrain à Siré Brahima. Ce but ne pouvait être atteint
que par l’intervention de ses coreligionnaires.

Expansion territoriale de Siré Brahima


La puissance de Siré Brahima grandissait. Il soumit à la suite de luttes san-
glantes les pays Koné du Béla-Faranah, du Ouorodougou et les Camara du Gui-
rila. Ses guerres essentiellement localisées; des incursions meurtrières eurent
lieu périodiquement. Pour mettre fin à ce carnage, les vaincus demandèrent
l’ intervention du Marabout du Konian (Moussadougou, Touréla, Niala, Béla).
Ceux-ci arrivèrent à les réconcilier, et quelques villages lui furent concédés avec
forces bénédictions.

Guerre au sud-ouest de Médina


Le traité67 fut violé par une 2ème attaque des villages Koné de Sinédou et Fou-
ladou par Siré Brahima.
CAUSE: Les Koné de Fouladou volèrent une fille de Doussoumoridougou
et la cachèrent dans un grenier. Ce vol ayant été découvert les Camara firent
des protestations auprès des Koné; les Koné se trouvant supérieurs en nombre
n’ont pas voulu encaisser les observations des gens de Doussoumoridou d’ où
s’ éleva une querelle entre eux; les Camara furent battus et le village pillé. Le
Chef du village se sauve et va rendre compte à Siré Brahima en lui demandant
de punir.
39 Séré Brahima, en tant que Chef conquérant assoiffé accepte la proposition
du Chef de Doussoumoridougou et vint attaquer les villages.

À l’ouest de Médina
Contigu au Béla-Faranah et à califourchon sur le Dion et le pays du Siman-
dougou peuplé en ce temps-là par les Camara, les Konaté et les Koné. Ces

67 Le traité de non-agression entre Abdoulaye et N’Vakaba, “Attaque de Kolomba,” p. 36 du


tapuscrit.
version française 107

peuplades entretenaient de bonnes relations avec les populations riveraines du


Mossoro. Aussi, après l’échec de Moussadoudou prirent-elles parti contre les
Koné contre Siré Brahima et ouvrirent-ils l’œil sur leur pays. Certains villages
furent fortifiés pour prévenir toute attaque: Toligbébaladou. De son côté, Siré
Brahima n’avait pas encore eu l’occasion de tâter le Simandougou. Le fleuve
Dion s’opposait au passage de sa cavalerie. D’autre part il s’ intéressait particu-
lièrement à Toligbébaladougou, village bien fortifié dont la prise lui assurerait
du coup la soumission des villages environnants. Mais il ne réussit pas à la pre-
mière occasion à prendre le village. Il rentra donc à Médina avant l’ hivernage.
A la saison sèche suivante, il revint à Moussadougou pour une seconde attaque
Toligbébaladougou.
De Moussadougou il fut rense[i]gné par deux jeunes gens originaires de
Toligbébaladougou traîtres à leurs parents qui les auraient éconduits pour une
question de mariage. Ces jeunes gens indiquèrent à Siré Brahima le lieu du pas-
sage obligé pour la cavalerie du côté de Moussadougou. Les guides conduisirent
l’ armée qui vint attaquer Toligbébaladougou. En l’ absence du Chef YENTE
CAMARA, le village fut pris et l’armée s’y établit. Le retour en force du Chef
YENTE ne changea pas la situation. Yenté trahi fut pris et décapité. Le village
le plus important enlevé, son chef mort, personne n’osa renouveler l’ attaque.
Siré Brahima s’y établit avec l’adhésion forcée de tous les autres qui firent leur
soumission par groupe[s].
1°/ les CAMARA: Gnaman de Damaro, Massaran Késsé de Linko et Kola de
Oussoudougou.
2°/ Les KONATE: Orossa Kesséry de Sissemala
3°/ les KONE: de Bognana, du Konian, de Kofilakoro.

Retour de Siré Brahima à Médina


En rentrant à Médina, Siré Brahima avait soumis le Mahana, le Kossa-Guerzé,
le Simandougou. Il s’était noué des relations solides dans le Konian. Pour éviter
les représailles sanglantes, les Koné du Béla-Faranah et les Camara du Guirila
apprenant le retour du vainqueur vinrent faire leur soumission sur son passage.

Organisation
Il rentra à Médina, laissant dans chaque agglomération des Sofas. Il y eut excep-
tion pour le Simandougou. Ses représentants maintenaient l’ ordre, la paix. Ils
ravitaillaient la capitale (Médina) avec les récoltes prélevées sur le pays.

Révolte générale
Cet état de sujétion pesait lourdement sur les administrés qui se révoltèrent.
Les actes de rébellion multiples obligèrent les représentants à rentrer à Médina.
108 “Essai d’ Histoire locale”

Il faut revenir pacifier les états anciennement conquis. C’ est le régime de la ter-
reur qui préside à la guerre.
REMARQUE:68 Ce lieu est au nord de Toligbébaladou, il porte jusqu’ ici le
nom de “Lieu de la soumission.”

40 Atrocités
Siré Brahima vint mettre le siège devant Linko qui fut pris. Kourouko fut incen-
dié; les habitants se sauvèrent dans la montagne. C’ est alors que Séré [= Siré]
Brahima convint de faire un feu de brousse qui devait brûler vif les évadés.
Devant ces actes de cruauté, Gnaman alla vers Fooma (?).69

Guerres forestières
Les parents de Siré Brahima sans exploiter le succès dans un pays dévasté
voulurent porter leurs coups dans la forêt. Siré Brahima demanda l’ appui de
N’Vanfing Doré de Moussadougou pour obtenir le libre passage des Camara
de Fooma, de Kossadou, du Bouzié. N’Vanfing n’eut pas satisfaction. Il tourna
ses efforts vers le Mahana et le Gouana. Il y prit quelques villages. Le retour
des hommes eut lieu. Ils rentrèrent à Médina sans avoir accompli leur mis-
sion.

Naissance de la puissance des Bérété


Parallèlement à cette puissance des Cissé, une autre se dévoilait à Sanankoroni
(cercle Kankan) dans le Noumissana. Les Bérété calquant leurs institutions sur
celles des Cissé placèrent à leur tête KALOGBE BERETE. A la mort de ce Chef son
jeune frère Saran Souaré Bérété lui succéda. C’est avec ce dernier que Samory
ira prendre le service.

Emploiement de Samory dans l’armée des Bérété


À la mort de Sona,70 Samory alla s’enrôler dans l’ armée des Bérété. En ce
moment-là, il n’avait pas sa bravoure et son intelligence au service de sa passion
naissante de la conquête.

68 Cette “remarque” renvoie en réalité à la soumission des chefs à Siré Brahima revenant vain-
queur de campagne: “Les Koné et les Camara […] vinrent faire leur soumission sur son
passage,” deux paragraphes plus haut.
69 Le point d’interrogation est de l’auteur. Il semble que la proposition ne soit pas entière-
ment validée ou que le lieu ne soit pas identifié.
70 Sa mère, Sona Kamara.
version française 109

Guerre de Konianko (C.71 Beyla) Soromaya (C. Kissidougou)


Comme en [au] temps des colonnes qui soumirent le pays vers la fin du 19°
siècle, les expéditions se firent en saison sèche, tandis que l’ hivernage était
réservé aux préparations de diverses expéditions. C’ était d’ ailleurs la morte sai-
son, les routes boueuses, les cours d’eau inondés, la pluie obligeait la cavalerie
et les sofas à mener à Médina une vie désœuvrée.
REMARQUE:72 Village Toma aujourd’hui annexé au Konia par la nouvelle
organisation territoriale.
On mangeait alors ce qu’on avait en saison sèche. Ce fut au cours d’ une de
ces nombreuses saisons qu’une expédition partie de Siramandou, se dirigea
vers Diomandou en passant par l’emplacement actuel de Kérouané.

Expansion des Bérété


Tandis que les Cissé se retirent à Médina pour se reposer de dures conquêtes, les
Bérété de Sanankoroni et les Konaté de Noumissana transférèrent leur capitale
à Siramadou (à peu près pendant la guerre de Toligbébaladougou) (1) Ils le forti-
fièrent (2). Durant les petites conquêtes locales autour de Sanankoroni, Samory
s’ était signalé à l’attention de tous par sa bravoure au service d’ une intelligence
vive et lucide. Saran Souaré Mory alors Chef suprême donne la première mon-
ture à Samory (une jeune jument) et n’abandonnera la race chevaline pour
ses déplacements qu’à Djougbèla en 1898 (point terminus voie ferrée Dakar-
Niger).
Devenus nombreux et bien armés, les Bérété (Saran Souaré Mory) et les
Konaté (Téré Yara) se dirigèrent vers le sud en passant par Sanankoro, Kono-
badou. Par Sokourala ils devaient venir attaquer Diomandougou, le Chef du
Simandougou Gnama Camara intervint auprès de son ami Téré Yara pour cas-
ser l’expédition de Diomandougou.
REMARQUE: Les traces de la fortification sont visibles de nos jours au km.100
et quelques (route intercoloniale Kankan-Beyla).73
Ne voulant retourner bredouille à Siramadou, Saran Souaré Mory entraîna 42
les Bérété et les Konaté à la conquête du Konianko (cercle de Beyla) et du Man- (41 man-
quante
dou (cercle de Macenta). Des cantons soumis et ravagés, l’ association Bérété
[erreur
Konaté reçoit la prière de Soromba Mara, chef de Sorombaya et Koulia (Kissi- de frap-
dougou) de venir à son aide. Ils y entrèrent, remportèrent des véritables succès pe])

71 [Cercle de].
72 À propos du village de Fooma, d’après les indications manuscrites d’ Yves Person.
73 Les “remarques” de l’auteur portent désormais sur les renvois numérotés dans le texte: ici,
(1) et (2) portent tous les deux sur les fortifications de Toligbébaladougou.
110 “Essai d’ Histoire locale”

(1).74 Mais ces succès étaient partagés et il faut reconnaître qu’ en raison de son
jeune âge le Chef Bérété était plus sous la tutelle de Téré Yara alors très brave. Il
faut donc que le Chef des Konaté dispense pour donner de valeur aux Bérété.75
Un complot ourdi par les Bérété et favorisé par sa femme achetée le perdirent.
Il mourut (2).
À présent les Bérété sont libres. Le seul chef est Saran Souaré Mory; Samory
avait assisté en spectateur à tous ces complots. Lui qui s’ était toujours vaillam-
ment comporté au cours des batailles et qui avait fait des captifs, lui sur qui
se portaient déjà les regards des compagnons d’ arme[s], lui le futur Almamy,
comprit aisément que ce qui était arrivé à Téré Yara pouvait lui échoir un jour.
Il manifesta le désir de venir régler quelques affaires personnelles à Sokourala
(Kérouané, cercle Beyla). Saran Souaré Mory accepta et Samory se retira dans
le canton actuel de Kérouané.

Samory le diplomate
La meilleure politique en ce temps, c’était celle du ventre. Au milieu des
troubles, de l’incertitude d’une vie sans lendemain, était heureux qui avait à
manger. Samory avait compris tout cela au cours des multiples guerres qu’ il
avait livrées. C’est pourquoi il porta tous ses efforts au racollement de nour-
riture destinées aux jeunes gens. Il commença tout d’ abord par réclamer des
butins au nom de Saran Souaré Mory. Il troquait ses produits et ses esclaves
contre des bœufs qu’il tuait au profit de tous. La renommée de Samory grandit
vite. Saran Souaré Mory apprenant les exactions que son jeune guerrier com-
mettait en son nom envoya le chercher mort ou vif. Ceux-ci arrivant à Sokourala
l’ arrêtèrent avec les siens:
1°) Manigbè Mory Touré frères de Samory
2°) Fabou dit Kémé Brahima Touré
3°) Managbè femme de Samory qui donna jour à son second fils Mamadi
mort à Kankan en 1943.
Ces derniers furent relaxés par Saran Souaré Mory comme n’étant pas respon-
sable des actes de leur chef de famille.
REMARQUES: (I) Désarmé[er?], tuer les insurgés sans aucun moyen de
défense nouvelle.
(2) Action: femme vole arme pendant douche, sautent dessus, le mettent à
mort.

74 Ce renvoi de la note 1 dans le corps de texte est de nous. Djiguiba Camara livre à la suite
un commentaire dont il a oublié de placer la référence dans son récit.
75 Nous comprenons ici: “Il faut donc que le Chef des Konaté répartisse le butin et en donne
une partie aux Bérété.”
version française 111

Il réussit à s’échapper nuitamment en cours de route emportant un fusil et


vint échouer chez Gnaman Camara du Simandougou à Oini Touro. Il fut caché
dans un grenier et échappa à la vindicte des envoyés de Saran Souaré Mory.
Ceux-ci rentrèrent à Sorombaya et contèrent leur mésaventure.
Dès à présent Samory alla se former un premier noyau de résistant, se ren-
dant à Diala (canton de Kérouané) et parla aux Camara, aux Yama en ces
termes:

Tantôt les Cissé viennent vous malmener, tantôt les Cissé nous assujet- 43
tissent par des promesses d’une religion dont ils se servent pour vous
exploiter. Et moi qui suis votre cousin moi qui vous tiendrai comme des
oncles, vous m’abandonnez.76

Ces paroles portèrent aux cœurs. Ils prêtèrent serment auprès d’ un arbre à
Diala (I) serment qui restera en vigueur jusqu’ en 1893. Samory fut pourvu en
hommes et en matériel.
(I) Serment d’entraide et non agression: ils mangèrent la farine et jurèrent
sur la cola. Il y avait là:

Pour les Camara: Vaféréba de Diala


Diala Kassia
Sonaba Yara
Vamognè
Maténin Braïma
Pour les Yama: Manikaba Féré
Man
Konso Diama

Siège de Siramadou
D’une part il y a Siré Braïma, Nanténin Famourou et Samory. D’ autre part il y a
Saran Souaré Mory à la tête des Bérété, Konaté dans le village de Siramadou.

76 La religion musulmane est ici critiquée explicitement par Samori. Par la suite, il s’ en ser-
vira au contraire comme instrument politique. Ce revirement a été vivement critiqué par
les adversaires de Samori. Abu Mallam (1914) considère notamment que Samori n’a jamais
été un bon musulman. Yves Person reprend ce discours, de Samori à ses oncles, en citant
Djiguiba Camara, et il reproduit ce passage in extenso, (Person 1968 I: 274). Il insère égale-
ment en notes 10 et 11 (1968 I: 305) le serment d’entraide et les membres présents lors du
pacte donnés ici.
112 “Essai d’ Histoire locale”

CAUSES: Après avoir échappé au guet-apens qui perdit Téré Yara Samory
pour se venger des Konaté et Bérété invita Siré Braïma à venir détruire la puis-
sance du Gondo. Siré Braïma arriva avec Nanténin Famourou, autre guerrier de
Orékoro. Samory participa à l’expédition pour son compte personnel.
Le siège est monté devant Siramadou qui est pris. Les Malinkés de Kankan
intervinrent en la personne de Oumarou Ba Kaba et Saran Souaré Mory fut
épargné ainsi que les siens. Il rentra à Kankan d’ où on l’ envoya à Tini-Oulin
(22 kms de Kankan) (I).
Tandis que les Bérété venant de Soromaya rentraient à Siramadou leur capi-
tale fortifiée, Samory imaginait une vengeance. Il envoya la commission aux
Cissé de Médina pour les prévenir de la menace que constituait pour lui les
Bérété de Siramadou. Siré Brahima non en force fit lever des troupes demanda
l’ appui de Nanténin Famourou Kourouma de Orékoro. Les deux armées mar-
chèrent sur Siramadou. Samory avec sa petite troupe vint à Diaradou (km.117
route Kankan) d’où il se rendait journellement sur les lieux du combat.
Au cours du siège Nanténin Famory77 Kourouma dit à son allié Siré Bra-
hima:78 – “Tu bats les Bérété et oublies un autre ennemi qui se forme,” ce à quoi
il répondit: – “Un seul homme si fort soit-il peut-il terrasser deux taurillons en
même temps?”
44 Le bruit de cette conversation parvint à Samory. Celui-ci | prit des mesures.
Après l’intervention de Alpha Mamourou Kaba Imam de Kankan qui envoya
son fils Oumarou Ba Kaba pour prier Siré Brahima de respecter le sang de ses
coreligionnaires eu égard à la religion, la guerre cessa. Samory aussitôt après la
reddition de Siramadou, se retira prudemment à Diala.
Après cette guerre de Siramadou, les Bérété ne constituaient plus de puis-
sance. Les troupes sont enrôlées dans l’armée de Siré Brahima. Les Cissé en-
trèrent à Médina avec un riche butin. Triomphateurs d’ une lutte sans merci,
ils brûlèrent les villages qu’ils capturèrent, semèrent la panique sur leur pas-
sage.
REMARQUE: (I) page 43: Plus tard Samory devenu dominateur de tous ses
rivaux, l’arrête, mais le reconnaissant inoffensif le plaça en résidence surveillée
à Djéné Marina. Il [ne] sera libéré qu’à Touba pendant que Samory montait vers
la Côte d’Ivoire en 1898. Il reviendra à Tini-Oulin où il mourra vers 1920.

77 [Famourou].
78 Les graphies “Brahima” et “Braïma” alternent.
version française 113

Révoltes – et ses causes


Ces représailles non motivées indisposèrent le pays. Jusqu’ à cette époque les
petits chefs féodaux étaient restés indépendants. Ce joug de sujétion pesait
lourdement sur les populations. Aussi une révolte éclata-t-elle. On cite:
1°) Les KONE de Bognana (Béla, Diaraguéréla, Kassiadou, Kouroussèdou)79
2°) Les KONE de Blamana (Broïla, Céménédou, Kagbè Férédou Mansédou,
Dougougbèla, Kofilakoro, Fororo, Talanko)
3°) Les KONATE de Séssoumala (Koniani, Bohoko, Sérimandou, Kignégou-
éna, Kamandou, Banamodou)
4°) Les CAMARA de Diaradou, Niankonéboïdou, Farafina
5°) Les CAMARA de de Simandougou
6°) Les CAMARA de Bamadou (Linko)

La guerre de Linko
Les sommets ont la propriété d’attirer les foudres. Il en fut de même pour Linko
qui paraissait être lieu des centres de rébellion les plus importants.
Aussi, Siré Brahima à la tête des Cissé, Bérété et des Konaté vint mettre le
siège devant Linko. Linko fut mis en état de défense: outre les habitants du lieu,
des aides efficaces lui furent apportées de l’intérieur.
a) tous les villages précipités envoyèrent du renfort à Linko
b) Samory qui avait son fils aîné et certains membres de sa famille à Linko
intervint des deux parties, la victoire ne se décida pas et on doit reprendre
la lutte le lendemain.
Jusqu’à présent, Samory ne se sentant pas de taille avait toujours évité un com-
bat inégal.
Voyant la situation désespérée de Linko au lendemain d’ un siège qui dure-
rait peut-être, il préféra se retirer. Son fils Massé Mamadi et les membres de
sa famille arrachés des murs. Le futur Almamy rentra à Sanankoro sa nouvelle
résidence.
Il laissait à Linko Siré Brahima assiégeant Massaran Séré le beau-père de
Samory, chef de Linko. La famine décida de la victoire. Le village fut livré. Les
habitants qui ne purent fuir restèrent captifs, certains moururent de faim. La
prise de Linko fit que les renforts abandonnèrent le village. Chacun animé du
désir de se protéger se retira dans les lieux fortifiés ou sur les montagnes.
1°) Les Koné de Blamana et de Gbognana allèrent dans la montagne de Bron-
kédou à l’ouest de Sinko (Guirila)

79 Dans ce paragraphe, il manque les parenthèses fermantes, que nous restituons.


114 “Essai d’ Histoire locale”

45 2°) les Konaté et les Camara de Séssoumala allèrent dans la montagne de


Gouankouno
3°) les Camara de la partie Nord du Simandougou Oussoudougou Méssé-
nédou, Fanzan se retirèrent dans la montagne de Kolikoba (ouest de
Damaro)
4°) les Camara de Sékamadou, Mignanbaladou, Sana allèrent dans le Toron
(Kankan)
5°) Niama Camara chef du Simandougou qui venait de donner asile aux
Camara à Kontoro se trouvait dans l’État formé par Samory au nord-ouest.
Siré Brahima au nord-est et les insurgés de Gouankouno à l’ est. Il préféra
se retirer plus au sud. Les étrangers de Kolikoba ne voulurent pas le suivre,
il partit avec les siens pour créer une résidence à côté du village Toma de
Foma (canton de Konian, cercle de Beyla). En rentrant à Médina, Siré Ibra-
hima était le maître d’une région totalement dévastée comprise entre les
massifs montagneux, Bronkédou, Gouankouno jusqu’ au point terminus
de la chaîne de montagnes Goï. Tandis que Niama rentrait à Foma, guer-
royait ou soumettait les villages d’alentour. Kolo, resté à Kolikoba recevait
une invitation à venir de Gouankouno. Quitte les défenses naturelles de
Kolikoba, les gens de Kolo sont traîtreusement mis à mort dans la plaine
de Dalanina (10 kms de Damaro) par Sadji et les insurgés de Gouankouno.

Essai de conquête forestière


Siré Brahima n’avait sur le territoire qu’il commandait personne à combattre,
puisque le pays était vide. Seuls les villages musulmans du Konian restaient
vénérés. Faute d’aliments, la soif de conquête et de sang fit porter ses regards
au-delà du Kossadou en région forestière.
Il expédia Managbè Niaman Cissé avec une forte armée. Il lui conseilla de
demander le libre passage à N’Vafin Doré Chef spirituel du Konian. Celui-ci ne
réussit pas à pousser au-delà du Kossadou. Camara et les chefs notables de la
région limitrophe du cercle de Beyla avec la forêt s’ opposèrent au passage des
troupes. De connivence avec les marabouts80 du Konia, ils réussirent à détour-
ner l’attention de la troupe biramaenne sur le Gouana qui fut sacrifié, conquis
et soumis.
Les guerriers rallièrent à Médina.

80 “Marabouts,” ici, signifie “musulmans”; de même dans de nombreux autres passages du


texte.
version française 115

Intervention dans le Ouassoulou


Les alliés, les Foulah de Ouassoulou demandèrent son intervention pour les
appuyer et protéger contre les TOURE d’Odienné conduits par Bintou Mamadi
Touré. Les Foulahs aidés par les Cissé chassèrent les Touré de leur village de
Tinila, Yaraoulénn, Saradou, Linsoro et les refoulèrent vers Séfou au Soudan.
L’armée victorieuse de Siré Brahima à la rescousse des Foulahs rentra à Médina
avec force présents.
Dans le Konian: Pendant qu’il accordait son secours aux Foulahs de Ouas-
soulou, Moussadougou l’avisait de la situation critique qu’ il traversait par suite
de son attaque par Sadji. Ne pouvant être sourd à cet appel quoi qu’ il n’avait
pas sous la main la grande partie de son armée, il vint lui-même avec le peu
d’hommes qu’il lui restait. Après une attaque infructueuse, sentant son infério-
rité pour appuyer les marabouts et se basant sur la sainteté de Moussadougou
pour les descendants de Farin Kaman, Siré Brahima réussit [réunit] les belligé-
rants. Il retourna à Médina, cette fois-ci avec humiliation.

Fin du règne de Siré Brahima 46


Les enfants d’Abdoulaye devenus grands demandèrent le pouvoir à leur oncle.
Celui-ci se démet en faveur de Morlaye81 fils aîné d’ Abdoulaye.
Morlaye voulant tabler sur du neuf ne respecta pas les traités signés anté-
rieurement entre Samory et les siens.82 Aussi alla-t-il dans le Sankaran autre
vassal de l’Almamy. Morlaye fut battu à Sinikoro et fait prisonnier avec les siens.
Séré Brahima sentant que l’acte de ses neveux le mettait un jour en guerre
avec Samory demanda des troupes de Konian (Vafing Doré) au Bouzié (Kaman
Kékoura).
Le renfort se rendit à Médina d’où Séré Brahima le conduisit à Orékoro
ancienne capitale de Sabadougou. Samory vint à Orékoro attaquer Séré Bra-
hima pour se venger des neveux. Séré Brahima fut pris avec tous les siens et un
très grand nombre de renforts.
Séré Brahima [fut] fait prisonnier et évita ainsi une mort certaine. Il sera
gardé en résidence obligatoire à Kossaro (près de Kérouané) jusqu’ en 1892, date
à laquelle il sera tué par Samory pour tentative d’ évasion pour se rallier aux
Français.

81 Sur les suites du règne de Morlaye, voir p. 61 du tapuscrit, section “Violation du traité de
Kalankalan.”
82 Djiguiba Camara décrit ces traités à de nombreuses reprises. Voir ainsi pour les rapports
entre Samory et les Camara, p. 42-43 du trapuscrit et la section “Samory le Diplomate”
p. 45, p. 53.
116 “Essai d’ Histoire locale”

En conclusion les Cissé sont les premiers qui ont renversé les premières ins-
titutions de Moussadougou. Il a fallu leur arrivée pour voir les gens procéder à
des guerres atroces, incendie, guerre, feu de brousse, mise à mort en grand. Les
Cissé ne surent pas établir une organisation stable dans le pays.
Après les villages conquis, pillés, ils retournaient à l’ anarchie; les représen-
tants de Séré Brahima étaient incapables, aucune École musulmane ne fut ins-
taurée. On respecta tout juste les coreligionnaires de Konian.
En somme, ils vinrent [vécurent] sur le dos du pays conquis: pas d’ agricul-
ture, pas de commerce.
Séré Brahima bon musulman, mais avare, plus religieux que chef aussi, son
œuvre aura la durée d’un feu de paille, il n’eut que cinq enfants dont un mourut
à la guerre.

Histoire de Samory83
Nous avons vu Samory prenant du service chez Abdoulaye pour racheter sa
mère, puis revenir avec les Bérété, enfin se constituer une petite armée pour
prendre part aux guerres de Siramadou, de Linko, enfin se retirer à Diala.
Samory se présente donc à une période de sa vie. Reprenons cette dernière à
son origine la plus profonde. Suivant les courses [le cours] sinueux de l’ histoire,
écoutons les témoins oculaires pour tracer la vie, l’ œuvre de conquête du grand
homme.

Pays d’origine et famille


Fabou Toure venant de Binko

Yaba Touré VAFERE TOURE MAKESSA TOURE


village Kolifakoro (se retire à Nigna village Kolifakoro
(Simandou) ba adou-Simandou) Simandou
Karifala Lansé
(Samorigbè, Mignabaladou)
Lanfia

83 Ici commence la deuxième partie du texte, la plus importante en termes de volume, cen-
trée sur Samori. L’auteur dresse un rapide arbre généalogique de l’ Almami, et revient sur
son enfance, en analepse, avant de reprendre le cours du récit, une fois qu’ il devient guer-
rier d’Abdoulaye.
version française 117

1. Samory 2. Gnoumamory 3. Manigbè 4. Kémé Brahima 5. Massaran


Chef guerrier Mory Mort à Chef guerrier Mamadi enterré
mort à Nionso- Sikasso mort à Sikasso à Nafadji
moridou

Samory 47

1° fils MACE MAMADI Chef [d’]armée mort à Sikasso


2° fils MANAGBE MAMADI Chef [d’]armée mort à Kankan en 1942 prit l’ héri-
tage de son père en 1898 à Kérouané
3° fils DIAOULIN KARAMO Chef [d’]armée parti en France avec Péroz exécuté
par Samory en 1893
4° fils MOKTAR vit encore
5° fils KEME MORY cavalier
6° fils SARANKEN MORY Chef [d’]armée fils favori de Samory – Mort en 1938
à Kankan
7° fils MANDIOU TOURE engagé en 1898 mort en 1915 aux Dardanelles
8° fils [non renseigné]

Fabou Touré84 serait vraisemblablement natif de Binko. Il émigre à Kofilakoro


(canton Simandougou) accompagné de son serviteur Kaman chargé de livres
coraniques. Ils furent retenus à Kofilakoro par Féréba Sariyo au nom du Chef
Sirikiyo Koné momentanément absent. Au retour de ce Chef, Fabou fut défini-
tivement retenu et réussit à soigner un ulcère d’ une petite fille de Sirikiyo qui
lui fut donné en mariage. Il fut ainsi mieux fixé au village par le lien de recon-
naissance et de l’ intérêt.
Cette femme donna le jour à Vaféré Touré. Ce dernier devenu grand, à la suite
d’une mésalliance quitta Kofilakoro pour Mignanbaladou (à 20 kms de Kofila-
koro). Il y fut bien reçu; il eut Karifa qui eut Samorigbè lequel devait donner
le jour à Lanfia Touré. Samorigbè devenu grand se maria à Dianga Camara à
Linko. Dianga eut pour fils Lanfia Touré.
Lanfia Touré épousa Sona Camara de Fandou (Kérouané actuel). Sona eut de
Lanfia, Samory et une fille Mahsa. Samory eut aussi d’ autres frères consanguins
qui prirent une part glorieuse dans son épopée, soit comme Chefs guerriers, soit
comme simples guerriers, soit comme chefs d’armées. Ce sont:
1° – Gnoumamourou85
2° – Manigbè Mory
3° – Kémé Braïma

84 Ancêtre fondateur de la lignée, voir l’arbre généalogique p. 46 du tapuscrit.


85 L’orthographe est différente de celle de la page précédente, Gnoumamory.
118 “Essai d’ Histoire locale”

4° – Massara Mamadi
5° – Messéni Karamo etc…
Samory fit son enfance à Mignanbaladou. Il fut tour à tour chevrier, bouvier,
berger. Avec les enfants de son âge, ils organisaient des jeux où des guerres
entre partis n’étaient pas exclues. Il montrait déjà une grande adresse à lan-
cer, à grimper, à courir.86 En grandissant à Mignanbaladou il restait un bon fils
rêvé, allant chercher du bois mort, faisant les petites commissions. Il ne restait
jamais inactif et partout il était suivi par une armée d’ enfants. À 17 ans il allait
de village en village avec les produits paternels. Il ne reculait devant aucune
querelle, aucun danger, ne se plaignant d’aucune souffrance et prenait volon-
tiers la part des dioulas dans toutes les discussions. Aussi se fit-il aimer par tous
ceux qui voyageaient avec lui. Il ne fit pas grande fortune;87 l’ homme prédes-
tiné ne peut avoir du bonheur dans toutes ses entreprises.
Il ne sut pas aussi, avec ses multiples pérégrinations et la vie mouvemen-
tée de son jeune âge, se cultiver dans les connaissances islamiques. Déjà une
baisse du niveau intellectuel de cette lignée des Touré s’ était fortement accu-
sée; Lanfia était plus fétichiste que musulman; il pratiquait, mais il adorait aussi
“Farafin” grosse pierre de Mignanbaladou. Cet islamisme légèrement teinté de
polythéisme Samory en subit les premières conséquences et son jeune âge fut
inculte.88

48 Guerrier d’Abdoulaye et des Bérété


Samory alla prendre du service chez les Bérété (Saran Souaré Mory) chef à Sara-
madou. Cela satisfaisait son goût de mésalliance [la dispute] avec Siré Brahima
qui était précisément en bons termes avec les Bérété. Après avoir pris part aux
guerres de Konianko, Soromaya, Samory s’échappa et vint à Sokourala (canton
de Kérouané). Là, il acquit une certaine popularité. Cela décida Saran Souaré
Mory à l’arrêter (voir Samory diplomate).89

86 Djiguiba Camara reprend le personnage, récurrent dans les contes, de l’ enfant précoce,
souvent plus habile que les adultes.
87 Ce passage est cité par Yves Person (Person 1968 I: 266, note 77).
88 La mise en scène de la conversion de Samori est souvent dramatisée dans la tradi-
tion littéraire. Amadou Kouroubari en fait un épisode clé de son histoire (Kouroubari
1959: 151): “A cette époque Samori regagna Sanankoro, il rassembla tous ceux qui avaient
quelque autorité et déclara: ‘Je témoigne devant Dieu l’ unique, qui n’a pas engendré et qui
n’engendrera pas, Lui qui a créé les anges, les génies et les idoles, les hommes, leurs villages
et le ciel: Allah, Mahomet est son prophète. Maintenant, Allah m’a envoyé, moi, Samori,
fils de Lafia [l’ Africain]; je succède à Mahomet. […] Vous m’ appellerez Imam, Prince des
Croyants.’”
89 Voir p. 42 du tapuscrit.
version française 119

Formation du Ier Noyau Samoryen à Diala


En arrivant à Diala, il prêta serment d’entraide avec les Camara et les Yama.
Ceux-ci lui donnèrent une petite troupe. Ils reçurent, venant des environs
immédiats, des jeunes gens; ceux-ci dioulas, ont perdu leurs bien, razziés par les
guerriers des Bérété; ceux-là après avoir fait ripaille se souvinrent des largesses
de Samory et accoururent. Sa popularité grandit.

Fortification de Diala
En jeune chef prudent il voulut tout d’abord se mettre à l’ abri de Diala. À côté
de ce village, à l’est le village de Oussoudou où habitait le doyen des Camara.
En raison de la force de celui-ci, et Samory craignant de le mécontenter, alla
lui demander l’autorisation de fortifier Diala. En gage de sa bonne foi et son
humilité, Samory lui porta une captive mère d’un enfant.
Kolo accepta et Samory revint à Diala, y construisit sa première fortification
en saniet.90
GUERRES INTESTINES: Possédant une petite troupe, un village à l’ abri de
toute attaque voisine éventuelle, Samory porta ses efforts sur les villages de
Ténéfara91 et Konobadou (canton Kérouané). Mais il voulut toujours mettre
toutes les chances de succès de son côté. Aussi demanda[-]t-il l’ appui de Kolo.
Ce dernier lui envoya une petite troupe commandée par son fils Kolo Kaman
Camara.
Avant de marcher à l’attaque, il prêta un second serment d’ entraide et de
non-agression avec Kaman. Ils descendirent à Ténéféro, se déployèrent autour
du village qu’ils capturèrent à coup de fusils, de lance, de sabre et de flèche.
Konobadou à 15 kms de Kérouané subit le même sort et tomba sous la sujé-
tion de Samory. Ceux qui réussirent à s’évader vers le Konianko et les autres
furent menés de force à Diala.
Tout le butin fait, fut envoyé à Kolo par l’entremise de son fils Kolo Kaman.
Respectueux des engagements pris, Samory poussait l’ intégrité de ses actes
jusqu’à de véritables sacrifices.

Causes et suite de la mésalliance92 Samory – Kolo


Ce butin de Ténéféro fut racheté par les habitants fuyards (1000 colas – 3
gourdes d’huile). Kolo laissa partir les captifs ce qui déplut à Samory. Celui-ci

90 Saniet ou sanyé, “redoute fortifiée.” Voir sur cette présence des sanyé dans les guerres de
la fin du XIXe, d’Andurain 2012.
91 Les graphies Ténéfara, Ténéféro réfèrent au même village. Il s’ agit sans doute d’ erreurs de
frappe.
92 “Querelle” rajouté à la main par Yves Person au-dessus du titre de section.
120 “Essai d’ Histoire locale”

décida de rompre avec son ami de la veille. Le retour des captifs à Konianko ne
plut point à Samory et ses vertes réprimandes adressées à Kolo indisposèrent
celui-ci. Le doyen décida une coalition contre Samory. Il y entraîna Kaïssa Bala
du Konianko (cercle de Beyla) qui marcha pour plus d’ une raison: il avait, lui,
les réfugiés de Ténéféro, [et de] Konobadou dont l’ intérêt était en raison [en
jeu]; il se souvenait aussi des massacres des Bérété au cours desquels le jeune
Samory s’était couvert de gloire. Il fut donc conclu entre Kolo et Kaïssa Balla
que le Konianko attaquerait Diala dans la nuit et le Oussoudougou le lende-
main matin.
49 L’attaque se déroula dans l’ordre initialement fixé. Mais ni Kaïssa Bala avec
600 guerriers, ni Kolo avec ses 1.105 hommes mal équipés mal entraînés ne réus-
sirent à battre les 50 guerriers renforcés par quelques guerriers de Massaran Séri
beau-père de l’Almamy retranchés dans la fortification de Diala. Pour comble
de malheur, Kolo Kaman fut tué. C’était aux yeux de l’ indigène la trahison du
serment antérieurement prêté à Diala qui avait donné à Samory la victoire.

Conséquences
C’était la première victoire sérieuse de Samory. Mais l’ homme ne se sentait pas
en sécurité dans ce pays où il se trouvait entre deux étaux: ici le Konianko, là le
Oussoudou. Nulle part il ne pouvait compter sur un secours. La victoire récente
de Diala lui avait attiré plus d’une mésalliance,93 le doyen Kolo avait entraîné
tous les Camara même son ami Gnaman de Damaro qui le sauva d’ Ointouro de
Saran Souaré Mory dans un pacte; on se souvient même qu’ il avait presque fui
Siré Brahima qui ne l’estimait pas.94 Aussi préféra[-]t-il se retirer à Sanankoro
qui devint sa seconde capitale…

Sanankoro
Depuis 1903, Sanankoro fut abandonné. On reconnaît aujourd’hui à peine
l’ emplacement d’un village.
Pourtant il est resté légendaire parmi les capitales successives de Samory.
Bâti dans le pays autrefois appelé Télikoro, il donnait accès sur les plateaux
nigériens qui furent le théâtre des opérations Samoryennes.
En rentrant à Sanankoro, il se soucia de fortifier le bourg. Il s’ adonna sérieu-
sement à ce travail, sachant bien que cette fortification serait violée un jour.
Une protection épaisse en saniet où les épineux et les gros troncs d’ arbres
assurent une protection certaine au village et à ses défenseurs.

93 Comprendre de nouveau “querelle.”


94 Voir son départ contraint, “Siège de Siramadou,” p. 44-45 du tapuscrit.
version française 121

Guerre de Sanankoro
La défaite de Kolo et de Kaïssa Balla à Diala prédisposa les Camara du Siman-
dou et du Konianko. Ceux-ci sous l’instigation de Kolo se liguèrent:
1°) Gnama de Damaro donna une troupe de secours
2°) Kolo l’intéressé fournit des guerriers
3°) Kaïssa Balla voulut prendre sa revanche.
Ce triple groupe de coalisés marcha sur Sanankoro peu après la construction du
saniet. Ils avaient pour une force majoritaire écrasante, Samory leur opposait
quelques centaines d’hommes, aguerris, résolus, et fermement décidés.
ATTAQUE: Comptant sur le nombre Kolo attaqua, mais sans méthode des
flèches venaient se perdre dans les saniets épineux et inaccessibles à la harde,
les sabres, les lances ne rencontraient que la palissade de protection, les rares
fusils eux-mêmes faisaient des ratés et leurs chargements étaient incertains.
Samory et ses hommes retranchés et armés n’avaient pas beaucoup à viser,
mais tiraient des salves dans ce tas humain. Chaque salve faisait une brèche
sanglante. “Le futur homme de guerre” sentait confusément déjà la victoire et
il portait partout les bonnes paroles d’encouragement, donnait l’ exemple de
cette bravoure qui n’appartenait qu’à lui.
Déjà les morts jonchaient le sol. Quelque quatre heures après l’ attaque, les 50
assaillants perdirent plus de la moitié de leur effectif. La panique s’ empara alors
de la horde. Le “sauve qui peut” entraîna la masse dans une course folle vers la
montagne Goï à l’est de Sanankoro. Ce fut alors que le camp final couronna les
efforts de la bande naissante Samoryenne. Sortant de leur retranchement des
hommes armés, les femmes, tout ce qui pouvait courir 100 mètres se déversa
sur les alentours du village. La poursuite de fuyards commença. Elle ne fut pas
longue mais épique. Les prisonniers qui seront des esclaves furent nombreux.
Les blessés abandonnés à eux-mêmes moururent dans des convulsions épou-
vantables. Pendant des jours, des semaines, les charognards survolèrent ce tas
en putréfaction, se posèrent sur ces ossements qui parlaient par eux-mêmes
d’un combat de terrain.

Conséquences de la victoire de Sanankoro


Samory se sentit plus à l’aise; son premier comme son second95 furent des
coups de maître. Aussi commença-t-on à le craindre. Lui-même profita de cette
situation pour porter la guerre chez les autres.
ENRICHISSEMENT: Il livra dès lors des guerres où le profit seul compte.

95 C’est-à-dire la défense de Diala et de Sanankoro.


122 “Essai d’ Histoire locale”

Franchissant la montagne du Goï, il allait périodiquement razzier et brûler


les villages du canton du Simandou. C’est ainsi que Mandougou, Balafindou-
gou, Gnankonéboidougou furent tour à tour mis à sac.
Il avait respecté Diomandougou en raison d’une convention passée entre lui
et Gnama, Chef de Damaro qui lui avait sauvé la vie. Mais l’ intervention de la
troupe de Gnama dans la guerre de Sanankoro annula ce pacte. Aussi Samory
pilla[-]t-il Diomandougou, Gouabadougou.
Devant ces attaques incessantes, les habitants de Gouabadougou descen-
dants de Sonè Kaman (voir plus haut),96 se formèrent en association pour
prévenir toute attaque éventuelle. De fait celle-ci ne se fit pas attendre. Samory
encouragé par ses succès précédents vint à Gouabadougou où contrairement
à ses prévisions, il trouva réunis les villages de Sanankoroni, Sirimoridoug[ou],
de Monodala, de Bérékan.
Sous le haut commandement de Makoura Diara, Samory subit un échec.
Une partie de sa troupe mécontente passa par Foundo[u]gou où les parents
de Gnama les reçurent ce qui devait indisposer les assiégés. L’autre partie vint
à Diarakéndougou autre dépendance de Damaro où elle fut reçue sur l’ ordre
de Gnama. Samory lui-même se réconcilia avec Gnama momentanément [et il
51 se] retira à Sossodou à 5 kms de Damaro. | Et rentra à Sanankoro où sa troupe
le rejoignit. Pendant qu’il vengeait son échec sur les habitants de Gondo et du
Manan, les gens de Gouabadougou, mécontents de la réception des troupes
à Foundougou, à Diarakéndougou en tous cas sur le Territoire de Gnama, ces
hommes de Gouabadougou portèrent la guerre à Foundougou, c’ était une
venge[a]nce. Gnama invita alors l’Almamy à venir attaquer Sanankoroni. Ils
remportèrent la victoire sur les Camara. Sanankoroni disparut, ses habitants
furent partie intégrante du butin qui fut partagé entre Samory et Gnama. Les
vainqueurs rentrèrent dans leurs villages avec un butin bien fourni.97

Coup d’œil d’ensemble


Deux puissances sont en face; tous deus[x] islamiques,98 l’ une presque à son
déclin: Siré Brahima; l’autre à ses débuts: Samory.

96 Tableau p. 28 du tapuscrit: Sonè Kaman, petit-fils de Din Diara, fils de Fantouma Oulèn.
97 Samori s’affranchit donc des Camara. Sur la chute de Sanankoro, et la rupture avec Sadji
(voir infra, “Trahison de Sadji,” p. 52 du tapuscrit), voir l’ article de Pilaszewicz 1991, sec-
tion “The case of Saghadyigi.” L’auteur y présente notamment la version d’ Abu Mallam,
qui insiste sur l’amitié initiale entre Samori et Sagaƙiki, et que Samori aurait trahie par
appétit du pouvoir.
98 Samori est déjà considéré par Djiguiba Camara comme “puissance islamique,” bien qu’ il
ne prenne le titre d’Almami officiellement que p. 77 du tapuscrit, section “Couronne-
ment.”
version française 123

Autour d’eux, des satellites. Avec Siré Brahima, un pays en effervescence


et sans loi bien définie. Avec Samory rien d’autre que l’ amitié de Gnama,
quelques serments prêtés avec les chefs voisins, le désir de faire du gain. Gna-
man lui-même fortement assis sur les villages de Damaro, Kissidougou, Kassia-
dougou, Diomandougou, Foundougou etc… Gnama était le point de ralliement
des Camara, bien que plus jeune que Kolo. Aussi son désir de suivre la tradi-
tion de Moussadougou, ne manquait-il jamais de secourir un Camara quel qu’ il
soit. Ce fut pourquoi il recueillit à Sossoudougn [un] jeune homme [nommé]
Sadji qui [se] sauvait [de] Toligbèbaladougou pour échapper au massacre de ses
consanguins. Il lui donna asile au mépris des reproches des habitants de Gnako-
rogbèdougou qui avaient souffert des cruautés du père de Sadji. Gnaman garda
le jeune homme, lui permit de s’élever, le protégea. L’enfant reconnu les bien-
faits. L’histoire nous l’apprendra. Toutefois, Gnaman n’épargna ni sa bravoure,
ni ses ressources, ni sa compromission pour asseoir Sadji, [un] autre parent
éloigné.
Siré Brahima portait ses efforts au nord vers le Ouassoulou, peu soucieux
du sort des villages de l’ouest où sa puissance était fortement ébranlée et où
Samory essayait son jeune talent stratégique.

Samory (petites conquêtes)


De son côté Samory ne resta pas inactif à Sanankoro. Il conquit et soumit:
1°) Dans le KONOKORO (Macenta) Suivant la vallée du Milo il arriva au Nord
de KONOKORO, soumit Diabarondougou et d’ autres groupements voisins
qu’il pilla. Il rentra à Sanankoro riche d’un fort butin.
2°) DANS le GOUNDO (Kankan) Il poussa des excursions vers les villages
limitrophes du Goundo: Mandjaradou, Gnalénmoridougou. Il retourna à
Sanankoro.

Réconciliation Samory – Kolo


Kolo n’aimait pas Siré Brahima et Samory aussi. Contre cet ennemi commun,
étranger aux affaires du pays, les deux autochtones, Kolo et Samory préfèrent
oublier leurs querelles intestines. Kolo fit des propositions qui trouvèrent un
accueil favorable auprès de Samory.

Guerre de Linko
Samory assista presque en spectateur au premier jour du combat et s’ en retour-
na à Sanankoro en passant par Oussoudougou.
Là il fit dire à son nouvel ami d’évacuer Oussoudougou pour échapper aux 52
attaques des Cissé alors montés. Il l’invita même à le suivre à Sanankoro. Kolo
se fit devancer par son troupeau (40 moutons, 2 juments) qu’ il confia à Samory,
le tout étant sous la surveillance directe de Koli Kourouma. (I)
124 “Essai d’ Histoire locale”

(I) REMARQUE: C’est ce Koli, qui devenu grand prendra le nom de Bilali un
des grands chefs Sofa de Samory. Les devins prédirent même à Samory que son
règne serait lié à la vie de ce même Bilali qui fut battu en 1893 à Hérémakono
(Faranah) par la colonne volante du capitaine BRIQUELOT.
Cependant, après réflexion Kolo jugea utile de ne pas quitter son sol pour
rejoindre un homme de qui il n’était pas sûr. Il préféra chercher refuge auprès
de Gnaman, chef de Damaro. Celui-ci pour le mettre à l’ abri – Linko était pris –
l’ envoya dans la montagne à Kantaro, tandis que Gnaman lui-même se retira à
Kilokoba (deux endroits naturellement inaccessibles à la cavalerie) à 4 kms à
l’ ouest de Damaro (I).

Trahison de Sadji99
Il n’y avait pas longtemps Sadji faisait l’objet des mêmes dramatiques destinées
à Sossodou de la part de Gnaman. Mais depuis que celui-ci lui avait assuré le
prestige en lui tendant la main, Sadji devenu homme était resté en marge des
lois de Missadougou. C’était pourtant par ces lois que Gnaman reçut alors que
des hommes voulaient sa mort.
Sadji Camara tous descendants de Farin Kaman
Kolo Camara
L’un en fuite, l’autre assis insolemment royalement à Gouankouno oublieux
des services passés. Sadji apprenant la retraite de Kolo et le départ de son bien-
faiteur arriva à Kontoro à 5 kms de Damaro dans la montagne de Goï. On le
reçut à bras ouverts, croyant trouver en lui un autre Gnaman soucieux de leur
vie matérielle. De fait Sadji en donna toutes les apparences. Il exhorta même
Kolo et les siens à le suivre à Gouankouno où il les [entre]tiendrait comme l’ a
fait Gnaman. Contents ceux-ci acceptèrent, hommes, femmes, enfants, vieil-
lards, tout le monde descendit de ce lieu imprenable. Dans la plaine de Dala-
mina, à 8 kms environ de Damaro vers le sud-est. Soudain Sadji changea de
position. D’affable, il devint arrogant, insulte Kolo ce doyen des Camara que
tous les descendants de Farin Kaman respectaient et le fit mettre à mort. Tous
les hommes subirent le même sort, et seuls les femmes et les enfants furent
emmenés en captivité.
(I) REMARQUE: Serment entre Gnaman et Kolo100

99 Sur Sadji, ou Saghadyigi, ou Sagaƙiki chez Pilaszewicz 1991 voir supra, note sur la chute
des Camara.
100 La note comprend uniquement la liste des participants au serment.
version française 125

Ière partie 2ème partie


Gnaman Camara Kolo Camara
Zara Kassia Camara Magna Bori griot
Dankoro Morou Camara Tari Siré Camara
Dianca Braïma Camara Massagbè Moro Camara
Nakouma Diara Camara

Conséquences
Cet acte arbitraire émut tous les Camara autant qu’ il les indigna. Samory même
ami de Kolo réprouva hautement la conduite peu chevaleresque de Sadji. Ce
dernier n’entre à Gouankouno qu’avec des malédictions, et une conscience
chargée.

Niala – création 53
Avant de passer à l’histoire de Samory, disons que Niala petit village à côté
de Missadougou a été créé par les Nié, dit Donzo, autrefois à Missadougou
et que le surcroit d’habitants a invité à venir s’établir à Niala (village des Nié
= des Donzo). Ce sont ces Donzo qui vont subir l’ assaut de l’ Almamy. Anté-
rieurement à cette histoire, des membres de cette famille vont émigrer dans la
Karagoua actuel en la personne de Togba dont les fils qui créeront Guéasso et
Tono.

L’Attaque de Niala
Niala est l’un des cinq villages musulmans du Konian. Un des habitants du vil-
lage vint à Sanankoro, enleva une jeune fille – la fiancée de Fila Moriba,101 oncle
de Samory qu’il emporta à Niala. Pour venger cet ouv[t]rage, Samory intervint
en faveur de son oncle, entra en force à Niala, fit de nombreux captifs. Vanfing
Doré, chef spirituel du Konian résidant à Moussadougou, il fit dire à Samory
pour s’excuser qu’il pensait que l’attaque était menée par Sadji et non adepte
de sa religion. Ce mot va avoir des conséquences sérieuses.

Le pillage du marché de Moussadougou


Sadji qui haïssait la religion musulmane en profita pour monter une attaque
dans le but de venger la calomnie. Il vint razzier le marché de Moussadougou
dans son plein et remporta forts butins. Tous les captifs fu[i]rent sur Gouan-

101 Il s’agit de la deuxième guerre qui éclate à cause du vol d’ une femme, voir p. 38 du tapus-
crit. Voir aussi Person 1968 I: 226, note 106, qui relaie des causes de guerres menées pour
des femmes également, et notamment pour des problèmes de dots, en citant Djiguiba
Camara.
126 “Essai d’ Histoire locale”

kouno d’où Sadji fit comprendre aux intéressés et à leurs parents que c’ était
en guise de représailles qu’il s’était porté contre Vanfing en particulier. C’ est à
ce dernier que la rafle et ses conséquences étaient imputables. La vengeance
ne s’arrêtait pas là. Il voulut exploiter son succès. De connivence avec tous
ceux qu’il veut entraîner, ils vinrent violer Moussadougou. Cela donna lieu au
siège du village. Gnaman de Faoma en tant que descendant de Farin Kaman
envoya une petite troupe pour aider les habitants de Moussadougou. Siré Bra-
hima, avisé du danger, intervint avec quelques hommes qui restaient parce
qu’il avait expédié ses guerriers dans le Ouassoulou, comme nous l’ avons déjà
traité sommairement.102 Et voyant qu’il ne pouvait affronter les assiégeants qui
les surpassaient en nombre aussi bien qu’en arme, les habitants de Moussadou-
gou préfèrent aussi bien la réconciliation. Siré Brahima donna alors une bonne
quantité d’or à la troupe de Sadji pour l’apaiser.
Depuis Sadji commença à se créer des ennemis dans les cinq villages propre-
ment du Konian. Non seulement à ceux-là, mais aussi à tous ceux qui étaient
descendants et qui n’admettaient pas qu’on viole la constitution de leur grand-
père Farin Kaman.

Expédition vers le Bouzié (Macenta)


COMBAT DE DIABALANDOUGOU: Samory par esprit de gain, de lucre, voulut
voir la forêt, y établir une suzeraineté [pour] adosser sa puissance à cette grande
sylve103 qui servirait, les cas échéant, de retraite. Il prépara donc une des plus
belles expéditions de ce temps-là: cavalerie bien montée et sofas tous armés de
fusils.

54 Les diverses attaques


a) KORELA: est un village du canton de Bouzié (Macenta). Samory l’ attaqua
[et] de main haute,104 l’enleva. Tandis que les butins (I) rentraient à Sanankoro,
le futur Almamy vint à Nionsomoridoudou (Beyla).

b) NIONSOMORIDOUGOU: De Koréla il expédia des captifs au marabout de ce


village qui les lui refusèrent[usa]. Ce refus pris pour une offense l’ irrita et vint
assiéger le village.
(I) REMARQUE: Samory avait conclu avec Gnaman chef de Damaro retiré
depuis peu à Foma, son frère Gnama Mourou105 commençait à le jalouser. C’ est

102 Voir p. 51 du tapuscrit “Siré Brahima portait ses efforts au nord vers le Ouassoulou.”
103 Français littéraire “forêt,” ou en géogaphie, “forêt équatorile et humide.”
104 Comprendre “de haute main” (avoir le pouvoir sur) ou “gagna haut la main” (aisément).
105 “Ture” rajouté à la main en marge.
version française 127

ainsi qu’au mépris du pacte Samory-Gnaman, Gnouma Mourou mit à mort 12


sofas de Gnaman venus rejoindre Samory. Ce dernier en fut terriblement ému.
Nous verrons les conséquences dans les remarques à venir.
Quoi que Koréla et Nionsomoridougou religieusement reliés ne pouvaient
s’ entre faire des captifs,106 placés devant une attaque imprévue furent obligés
d’accepter une guerre à force illégale [inégale]. C’ est ainsi qu’ une part il y avait
les défenseurs commandés par Kogné Morifing et Sadji appelés en tant que des-
cendants de Fan Dyara premier fils de Farin Kaman. Ce dernier qui avait eu des
antécédents avec Samory et craignant l’orage qui se préparait pour le pays en
profita pour porter secours aux assiégés.
Les assaillants furent violemment repoussés et le siège levé grâce à l’ inter-
vention fortuite de Sadji. Toutefois Samory aux termes d’ une convention passée
avec Kogné Morifing lors de son arrivée à Médina, en compagnie de sa mère,
ne brûla pas le village (I).
Par un pays vide, il vint à Sobidou près de Damaro.
Siré Kouloumba chef de Manfiladougou apprenant l’ échec de Samory, cet
ami de Gnaman invita les rares Cissé de Linko à se rejoindre avec [joindre à]
lui pour venir arrêter la puissance samoryenne dans [à] sa source.
De Manfiladougou (Est Kérouané) Siré Kouloumba emmena clandestine-
ment les Cissé devant Sobidou. La situation de Samory était précaire, des
blessés, peu de munitions, attaque improvisée. Malgré cet état alarmant et
l’ arrivée intempestive des assaillants, un seul coup – le premier coup de fusil –
eut raison de la meute, deux hommes furent tués net et un troisième blessé (2).
Cela sema la panique et avant même que l’alerte fut générale, la horde était
en fuite et le combat cessa faute de combattants. Les fuyards, laissèrent: armes,
poudre, et l’on entra à Sanankoro avec les objets et Siré Kouloumba prisonnier
fut mis à mort.
REMARQUES: (1) Gnouma Morou, en violant le second pacte avec Djguiba
Touré s’exposa à une lourde vengeance de Samory. Celui-ci jura avant le com-
bat: “Jugez entre ce frère et moi qui me fait manquer à mes paroles. Supprimez
celui qui a tort.” Gnouma Morou mourut le lendemain.
(2) Cette arme lui avait été passée par l’une de ses jeunes femmes, nommée
Fila Sao Sidibé pendant qu’il se trouvait dans le bain.107

106 Comprendre “se faire captifs entre eux”: autrement dit, ils ne pouvaient mutuellement se
mettre en esclavage.
107 Person rend compte de l’attaque des Sisé dans la section intitulée “Samori dans le Tukoro”
(Person 1968 I: 286): “Les sofas des Sisé […] décidèrent donc de faire une marche de nuit
pour le surprendre à l’aube et en finir ainsi une bonne fois avec lui. La surprise ne joua
pourtant pas et l’assaut s’acheva contre leur attente en désastre.” Person rapporte égale-
128 “Essai d’ Histoire locale”

Samory vers le nord


Désormais, Samory est riche en hommes, en armes, en munitions. Il a ce qu’ il
lui faut pour entreprendre de grandes conquêtes: chevaux, poudre, ravitaille-
ment. Il sait bien que ce grand pays est plus enclin à la soumission. Il n’ignore
pas non plus l’époque toute proche où avec Abdoulaye Siré Brahima, les Bérété,
55 il [s’]essaya à la guerre. Il veut transporter le champ de ses exploits | vers le Nord,
il veut oublier son passé et puis ce pays vide ne lui offre d’ autre intérêt que celui
d’une région abandonné aux pauvres.

Après Samory
CONSTITUTION DE PETITS CHEFS NOIRS: Ce départ de Samory vers le Nord
favorisa la réformation [reformation] de petits Etats souverains. Siré Brahima
s’ était désintéressé des pays autrefois siens. Aussi dans chaque région des
hommes s’érigèrent-ils en chefs indépendants.
1°) au Sud du cercle de Beyla – les DONZO sous le nom de TOGBA
2°) au Centre: SADJI CAMARA
3°) au SUD: GNAMAN AVEC SES ALLIES DE BOOLA et de GBEILO
4°) dans la Forêt: KAMAN KEKOURA VERS LE BOUZIE
5°) – KONO MANFING VERS LE KONOKORO

Samory vers le plateau nigérien (accord de Fabala)


Samory ne resta pas longtemps à Sanankoro. Il partit vers le Nord. Il entra à
Fabala l’un des villages de l’ancien Noumissana qui se comptait108 – Gboodou,
Banancé, Farabana, Mangbèdou. Les Konaté de Noumissana voisinaient avec
les Kourouma de Sabadou dont Nanténin Famourou était le chef.
À l’arrivée de Samory, des Konaté de Noumissana étaient mécontents de
leur voisin Nanténin Famourou. Celui-ci ne veut-il pas saccager Bananko, tuer
leur neveu et incendier leur village? Aussi s’allièrent-ils à Samory pour une ven-
geance.

ment comment Samori a pu échapper à ses ennemis grâce à un unique coup de fusil, en
soulignant qu’il s’agit d’ une reconstitution légendaire (section “L’ascension de Samori,
1861-1875,” Person 1968 I: 308, note 51): “La tradition a embelli cet épisode qui marque
un tournant dans la carrière de Samori. Selon [5] une femme de Samori, Filasao Sidibé,
aperçut la colonne ennemie au lever du soleil. Elle courut aussitôt présenter un fusil à
son mari qui prenait sa douche. Samori accourut en hâte, tira, et, avec une seule balle, il
tua deux hommes et en blessa un troisième. Cet unique coup de fusil mit en déroute les
assaillants.”
108 Comprendre “l’ancien Noumissana qui comptait: Gboodou, Banancé, Farabana, Man-
gbèdou.”
version française 129

Guerres
Samory marcha sur Kignéko escorté et appuyé par les KONATE de Noumis-
sana. Il s’y établit en force. Nanténin Famourou apprenant l’ établissement
de Samory à Kignéko invita les Foulah du Ouassoulou à marcher avec lui sur
Kignéko. Ensemble, ils enlevèrent ce village. Samory repartira à Sanankoro en
disant à son arrivée: “Je vous ai quitté en homme et reviens en femme puisque
j’ ai été battu par Nanténin Famourou. Cependant j’ ai passé une alliance avec
les gens de Noumissana, du Tellikoro, Oussoudougou.”109

La revanche
Samory leva une forte armée dans les environs de Sanankoro. Ses alliés de Nou-
missana arrivent à la rescousse, Samory marcha sur Kignéko. Cependant son
armée était inférieure à celle de Nanténin Famourou. C’ est pourquoi, qu’ il
adopta le parti d’ introduire dans le village des partisans à lui.
Au coup de fusil, ceux-ci devaient incendier le village, rendre la liberté aux
nombreux chevaux entravés, empêcher la marche en retraite. Tout se passa
ainsi. Ce fut la panique. On ne lutta plus contre Samory, mais on s’ évadait pour
échapper au feu.
LES REPERCUSSIONS:
1°) acquisition d’une forte cavalerie
2°) – armes et munitions
3°) poursuite armée [de] Nanténin Famourou jusqu’ à Bissandougou où
Samory devait établir sa troisième capitale
4°) abandon de Nanténin Famourou par les siens (sauf par les gens de Téré et
dépendances)

Bissandougou
Bissandougou devint sa troisième capitale après Diala et Sanankoro. Il devait
y rester fort longtemps. Aussi porta[-]t-il tous ses efforts à la fortification du
village.
Il reçut l’adhésion des villages environnants: Banamaradou, Batila, Manan, 56
Bananco, Diamona etc… qui passèrent de Nanténin Famourou le vaincu d’ hier
à Samory le vainqueur d’aujourd’hui.

109 Ce discours de Samori selon Djiguiba Camara est cité par Yves Person, et est comparé à
celui rapporté par [1], Sidiki Konaté, plus explicite: “Je ne suis qu’ un pauvre Dyula mais
je suis votre neveu. Ce n’est pas moi que la défaite frappe mais vous car le travail que j’ ai
fait est pour vous et l’injure est donc pour vous. Aidez-moi donc, sinon c’ est vous qui êtes
perdus” (Person 1968 I: 312, note 87).
130 “Essai d’ Histoire locale”

Siège de Téré110
Le village de Téré est fidèle à Nanténin Famourou. Cela attira la haine de Samory
qui vint mettre le siège devant Téré. Malgré le secours de Nanténin Famourou,
le village fut pris. Nanténin Famourou fut battu à nouveau, le village pris, les
habitants rendus à Samory [qui], rentrant à Bissandougou, fortifia sérieuse-
ment la capitale. Il y avait beaucoup d’hommes pour cela.
De son côté Nanténin Famourou voulut se venger et eut recours à nouveau
aux Foulah de Ouassoulou et ceux qui tombèrent sous sa main.

Les partis
La prise de Nanténin Famourou est toute une diplomatie.
1°) d’un côté: Samory était l’ami d’Adjigbè qui restait dans les secrets de Nan-
ténin Famourou dont il est allié
2°) de l’autre côté: Nanténin Famourou avec son beau-frère Marin Konaté
chef de Bissandougou
Tout ce que Samory effectuait Marin le disait à Nanténin Famourou alors retiré
à Kooma.
Tout ce que Nanténin Famourou décidait, était su le lendemain par Samory
par l’entremise du chef foulah Adjigbè. Celui-ci promit du reste de livrer pieds
et points liés Nanténin Famourou à Samory.

La guerre
Par un subterfuge Samory envoya sa troupe à l’ ouest un mardi lui enjoignant
de rentrer clandestinement à Bissandougou la nuit. Marin prévint aussitôt son
beau-frère comme à l’accoutumée. Nanténin Famourou réunit son conseil de
guerre pour décider de l’attaque de Bissandougou qu’ une occasion bénie met-
tait à leur merci. Les Foulah de connivence avec Samory décidèrent Nanténin
Famourou à attaquer Bissandougou le mercredi même. Or, dans la nuit précé-
dente à l’insu de Marin, la troupe avait rejoint ses portes.

L’attaque
Nanténin Famourou vint devant Bissandougou le jeudi soir. Il avait composé
trois groupes importants: les autres races qui n’étaient pas Foulah à gauche, les
Foulahs à droite et Nanténin Famourou au centre.

110 La prise de Téré est un coup de maître, et constitue un des meilleurs exemples du talent de
stratège de Samori, que Djiguiba Camara admire tant. L’auteur montre en effet comment
Samori sait subtilement tirer parti des circonstances, et retourner à son profit les espions
infiltrés dans son propre camp. Cette prouesse n’est mentionnée nulle part ailleurs à notre
connaissance, seul Sidiki Konaté en fait mention dans les entretiens qu’ il a donnés à Yves
Person. Cet épisode semble donc inédit.
version française 131

L’attaque fut lancée. Cependant, les Foulahs par l’ entremise d’ Adjigbè con-
seillèr[ent] à Nanténin Famourou:
1°) de monter un siège
2°) qu’un devin ayant parlé pour assurer la victoire de Nanténin Famourou
celui-ci devait prendre une vieille haridelle111
Tout cela fut fait. Nanténin Famourou envoya les siens au bois, se défit de sa
magnifique monture. Restaient sur la place les Foulahs et quelques hommes à
Nanténin Famourou.

La trahison
Soudain, les Foulahs se sauvèrent, semant la panique sur leur passage. Ils
empruntèrent un chemin convenu avec Samory. Les autres races qui n’étaient
pas Foulahs, les gens de Nanténin Famourou même voyant cela, se sauvèrent
pensant que leur chef avait fui. Nanténin Famourou seul, séparé de tout,
n’ayant que quelques braves allèrent se cacher dans le marigot de Kobalan d’ où
il fut décelé et écroué.
Samory dit[:] “Kourouma j’attendais: tu devais m’apporter | du monde et tu 57
l’ as fait.”112

Intervention de Siré Brahima


Siré Brahima est consulté sur le sort qu’il devait réserver à Nanténin Famourou.
Celui-là lui laissa toute latitude pour agir. Des fers, il fut exécuté. Son beau-
frère Marin qui joua un rôle important subit le même sort.

111 “mauvaise monture efllanquée.”


112 Sur le sort de Nanténin Famourou, (section “La trahison” et suivantes), Yves Person com-
mente le geste de Samori: “Selon [5] [Djiguiba Camara] Samori accueillit le vaincu par ces
mots. ‘Kuruma, je t’attendais, tu devais m’amener au bout du monde et tu l’ as fait.’ Selon
[1] [Sidiki Konaté] Manãnkaba, la jeune femme de Famudu, prise à Kinyenko, et épousée
par Samori, injuria son ancien époux, dont la dignité se révolta. ‘J’ étais venu pour prendre
Samori. C’est lui qui m’a pris. Mes gens sont morts, il est juste qu’ il me tue, mais non qu’ il
me laisse insulter.’ Selon [5] Samori fit dire à Sérè-Brèma qu’ il remettait entre ses mains le
sort de son ancien allié. Le Sisé lui répondit d’en faire ce qu’ il voudrait et c’ est alors que le
vaincu aurait été exécuté. Ce geste de déférence peu coûteux est possible. Il pouvait servir
d’entrée en matière à la négociation de Worokoro” (Person 1968 I: 313, note 102). Person
rapporte par ailleurs in extenso la liste du butin et la liste des témoins, que lui fournit Dji-
guiba Camara (section “Partage du butin fait sur Nanténin Famourou”) en notes (Person
1968 I: 314).
132 “Essai d’ Histoire locale”

Partage du butin fait sur Nanténin Famourou


Samory rencontra à Kalankalan Siré Brahima qui ne s’ était pas encore des-
saisi en faveur de ses neveux. Samory céda à son ancien maître tous les biens
meubles à savoir:
1°) douze cases contenant des chargements de poudre
2°) tout l’or emmagasiné ou porté
3°) tous les captifs (nouveaux et anciens)
4°) toutes les armes (blanches et à feu)
5°) tous les chevaux
6°) tous les forgerons et bijoutiers
7°) neufs parcs remplis de bétail
8°) livraison de 300 filles pubères
Siré Brahima, très avare, paraît-il serait rentré à Ouorokoro. À l’ arrivée de ses
hommes, il réclama la donation du butin ci-dessus énuméré.
Samory fut large. Une seule condition: une délimitation de frontière lais-
sant toute la rive gauche du Dion à Samory depuis le village de Téré jusqu’ au
confluent du Dion avec le Milo.
Assistai[en]t à cette délimitation en tant que témoins:
– Nédou Faman Konaté
– Diéli Dioman (griot)
– Arafan Diéli (griot)
– Dama Noumorou
– Lankanan N’Valy Fina de Balandougou (Simandougou)
En présence du grand butin cédé par Samory, Siré Brahima ferma les yeux sur
les questions territoriales. Il fit même des prières pour le succès des armées de
Samory.

Venge113
Samory vengea toutes les abstentions dans la guerre de Bissandougou contre
Nanténin Famourou. Après la victoire et la conclusion du traité avec Siré Bra-
hima, il profita du temps de répit oiur [pour] aller châtier les villages Borifina,
Gouanankourou, Massaréna, Bananko etc… Il les brûla et leur enjoignit aux
populations de fournir une récolte entière aux villages Foulah amie[amis] de
Baranama (voir carte).114
Il se porta ensuite à Kooma où se trouvaient les débris de l’ armée de Nan-
ténin Famourou commandées par Féré Caba Koroma. Il en fit le siège et reçut
une blessure au coup [cou] par un chasseur.

113 [Vengeance].
114 Les cartes ne sont pas jointes au tapuscrit.
version française 133

Après un siège de 9 mois, le village fut enlevé et le dernier nid de résistance 58


disparut. Une partie de la population se sauva dans l’ État de Siré Brahima.

Pays soumis – administration


Tout le pays entre le Dion et le Milo jusqu’à la hauteur de Téré était sous sa
domination. Les principaux villages étaient: Sanankoro – Gnalénmoridou –
Kamandou – Fabala – Diassadala – Gbodou – Bissandou.
Dans chaque groupement important un homme désigné assurait les grands
services de l’ordre et était assisté lui-même par des sofas. Les Chefs étaient
eux-mêmes commis aux soins de l’Agriculture cantonale115 et devai[en]t veiller
à l’expansion agricole. Toutefois la justice n’avait reçu aucun fondement et
aucune base de délibération.116 Le plus fort avait toujours raison. Samory se
faisait rendre des comptes périodiques sur l’administration de ses villages. Il
ne s’en tenait pas là. Il envoyait même des agents secrets dans le pays pour
saisir les actions de chacun sur le vif. La maison n’avait aucune organisation
particulière. Il chargeait indifféremment ses frères, ses enfants et les enfants
des siens qui dirigeaient la marche des affaires. Tels sont le pays et le système
d’administration.

Guerre de Sankaran117 par les Malinke de Kankan


La région de Sankaran allait des rives du Milo jusqu’ au Niger (Faranah): les
cantons fétichistes de Kourou-Lamini du Nord-Ouest au Sud du village musul-
man de Kankan. Cette différence de religion seule suffisait parfois à allumer
la guerre. Oumarou Ba leva une troupe dans le Baté, marcha sur Bagbè village
situé sur la rive gauche du Niandan.
Les fétichistes voyant leur village menacé se réunirent pour repousser
Oumarou Ba et les siens. Les hommes venus de Baro, Mafran, Moribaya, Banan-
ken, Fouala Diara, Guirila, Gbèrèdou-Kignéro, Balamoria réussirent à battre les
gens de Baté, Oumarou Ba même y mourut avec beaucoup des siens.

115 Ici, Djiguiba Camara utilise les catégories coloniales de l’ admnistration française pour
décrire des réalités précoloniales. On voit à quel point son rôle de chef de canton influence
sa perception des structures politiques passées.
116 Même remarque que précédemment. Notons ici que Djiguiba Camara fut interprète
auprès de la justice de paix de 1908 à 1910.
117 Rature manuscrite recouvrant le nom de la ville.
134 “Essai d’ Histoire locale”

Conséquences
Les marabouts rentrèrent donc à Kankan avec Daï Kaba frère de Oumarou Ba.
Echouant dans une guerre offensive les Caba de [Ba-]té118 pensaient bien que
les fétichistes ne manqueraient pas en temps opportun de porter la guerre
devant Kankan. De ce fait, en tant que musulmans comme eux, les gens de Baté
demandèrent l’appui de Samory contre les fétichistes de Sankaran, Gbèrèdou,
Kalankalan, Amana Balia.

Intervention de Samory
1°) Samory se porta en défenseur du Baté et de Kankan. De Bissandougou,
il leva une forte armée et pénétra dans la Sankaran. Les Malinkémory se joi-
59 gnirent aux troupes de Samory. De leur côté, | les fétichistes se rassemblèrent
à Koumban-Koura (dans le Kourou-Lamini). Ils s’ y retranchèrent. C’ était en
somme une guerre de religion et tous les fétichistes intervinrent comme à
Bagbè. Samory mit le siège qui ne tira pas en longueur. Koumban Koura fut
enlevé avec l’aide de Daï et de ses partisans. De l’ avis de Sarankèn Mori les
captifs faits à Koumban-Koura (au moins 3,000) furent remis aux Malinkés-
Mory (I). Il eut été profitable pour Samory de les enrôler dans son armée mais
simple exécuteur d’une mission il préféra rester dans la limite définie par son
rôle. Pour venger la mort de Oumarou Ba ces 3,000 captifs furent tués.119
(I) REMARQUES: Ce renseignement recueilli de la bouche de Samory lui-
même120 avant de mourir en exil à Niolé (Gabon) 1899-1900.

Campagne du nord-ouest
Après la victoire de Koumban, Samory continua des conquêtes vers le San-
karan; il visait à agrandir ses Etats vers les rives du Niger et du Niandan en
soumettant une partie du Sankaran. Il poussa sa randonnée victorieuse jusqu’ à
Bagbè, Dialaman Ouassaya, Bentou etc… Il pénétra ainsi au cœur même du San-
karan.

118 La page est mitée, rendant le début du tponyme illisible.


119 Sur l’étendue du massacre, voir Person 1968 I: 348 “Vers l’ empire, 1875-1881” note 13.
120 Djiguiba Camara semble s’appuyer ici sur une source orale, dont nous ne connaissons pas
l’origine exacte, mais qui est tout à fait caractéristique de sa pratique et de sa conception
de son travail d’historien local. C’est intéressant de voir comment, malgré la déporta-
tion de Samori Touré, des informations sur ses dernières années de vie on tpu circuler
dans l’espace impérial. Il est possible que ces propos aient été rapportés par certains de
ses proches qui ont été déportés avec lui. Sur cette locution “de la bouche même des
indigènes” comme pradigme du processus de légitimation des producteurs des savoirs
africanistes, voir Van den Avenne 2017.
version française 135

Il revint à Gbérédou et prit Baro qui avait déjà perdu une bonne partie de ses
défenseurs à Koumban-Koura et à Maramoria. Puis, il alla conquérir le Kolon-
kalan et resta momentanément fixé à Doura, d’ où il devait préparer d’ autres
expéditions.
Dans l’AMANA: La cavalerie fut lancée sur Kouroussa et arriva jusqu’ à Kou-
rala où il resta pendant de longs mois. Kourala était assiégé et pris, Manfaran
et Balato-Koura subirent le même sort.

Guerre de Kouroussa
Sur deux cents cavaliers huit chevaux reviennent. Djina Farima Mory temporise
Samory qui prépara ses troupes pendant huit jours, il expédia à nouveau une
cavalerie légère pour tâter Kouroussa. Ce village su[û]r de lui-même renouvela
son attaque, qui fut couronnée de succès par la fuite des cavaliers.
En somme, c’était un guet-apens où il s’agissait d’ attirer l’ armée de Kou-
roussa. Celui-ci tomba entre les mains de l’armée de Samory retirée derrière la
rivière Kouroussa. Les troupes infligèrent une première défaite aux pourchas-
sants qui furent poursuivis jusqu’au village où ils furent assiégés pendant 6
mois. Après ce semestre, le village se rendit. En récompense de leur courage,
Samory ne mit à mort aucun résistant, il en avait besoin pour grossir son armée
où ils furent des troupes d’élites.
Ainsi, doté d’une armée de braves, Samory porta ses conquêtes vers le Balia.
À la suite de la reddition inconditionnelle de Kouroussa, tout l’ Amana était
soumis.

Guerre de Balia121
Le Balia est le pays limitrophe de l’Amana. Samory se transporta à Saraya où
il rencontra Bounafama Camara. Celui-ci ont [en] confédération avec d’ autres

121 Cette discussion est retranscrite intégralement en notes de fin de chapitre par Yves Per-
son, mais l’historien s’écarte légèrement de sa source lorsqu’ il la cite, en en donnant une
version plus explicite. Nous transcrivons cette seconde version qui nous paraît éclairer la
première. Cette variation est peut-être la conséquence des entretiens qu’ il a menés avec
Djiguiba Camara, afin de recouper les informations (voir sa Bibliographie, Person III 1975:
2195): “Ce document [Histoire locale] qui supporte bien les recoupements, a été complété
et contrôlé au cours d’une série d’interviews.” Ainsi écrit-il (Person 1968 I: 352, note 45):
“Voici le déroulement de l’entrevue selon [5] [Djiguiba Camara]. Samori: – ‘Tu viens aider
les animistes contre moi. Comme ton père est un grand Ladyi et a fait la guerre sainte,
je veux éviter de te combattre. Nous sommes croyants tous les deux, ne nous battons pas
pour des gens qui ne prient pas, sinon, je suis capable de te vaincre.’ À ce moment serait
intervenu Day Kaba qui aurait reproché à son allié de manquer de respect à un fils d’ El
Hadj Omar. ‘Si tu vas contre le fils du maître de ton père, tu m’obliges à déboucher le trou
que j’obstrue de mon pied. Je me retirerai avec les hommes et sans moi, tu ne l’ emporteras
136 “Essai d’ Histoire locale”

chefs antérieurement invités: Aguibou Tall (I) un des fils d’ El Hadj Omar, roi
de Dinguiraye. Ainsi cette aide devait peser sur le plateau de la guerre contre
l’ Almamy.
Par mesure de prudence, pour éviter inutilement un écoulement de sang et
pour décliner toute responsabilité, Samory invita Aguibou alors de [à se] retirer
hors du village pour une entente.
L’Almamy parla en ces termes: “J’ai appris que vous veniez aider les gens de
Balia contre moi. Je vous avertis que votre père est un grand pèlerin, ayant fait
des guerres saintes, il est par là122 de l’éviter. Je détiens mon autorité de Dieu.
Vous êtes croyant comme moi. N’aidez pas les infidèles contre un coreligion-
naire si non [sinon] je suis prêt à poser toute éventualité”
60 C’est alors qu’Aguibou répondit: “Je ne viens pas pour combattre mais pour
voir en spectateur.”
L’Almamy invita alors à observer après lui avoir parlé en ces termes: “Je vais
ouvrir le feu en votre présence.” Sur ces entrefait[e]s, Djinafarima Mory Kaba,
fils du Chef de Kankan, Alfa Mamoudou, chef religieux, ancien élève du père
d’Aguibou mécontent des vertes observations de Samory à l’ adresse du fils de
son maître réplique aux lieu et place de ce même Aguibou: “Ne m’oblige pas à
déboucher le trou que mon pied ferme en disposant le fils de l’ ancien maître
de mon père. Vous sentirez avec mes hommes qui s’ en iraient, tout le poids de
cette attaque et vous n’auriez pas le dessus.”
Samory courroucé, répond: “Retire ton pied, je le boucherai à l’ aide de cent
bouches de feu et le vide dont tu parles si sûrement sera comblé malgré toi.”
Ainsi rappelé à l’ ordre, tout rentra dans le calme et le combat eut lieu. Le vil-
lage de Saraya malgré ses nombreux confédérés fut attaqué et enlevé sans coup
férir.
REMARQUES: (I) C’est ce Aguibou Tall qui fut le Roi de Macina avec rési-
dence à Bandiagara. Cette attitude malveillante resta gravée dans la mémoire
des gens de ce pays.
Les habitants furent réduits en captivité, les uns incorporés, les échappés
furent emmenés et conservés à Dinguiraye par Aguibou. Les gens de Balia
n’oublièrent jamais cette trahison.

pas.’ Samori le remit à sa place: – ‘Retire ton pied, je boucherai le trou, seul, avec mes fusils.’
Tout s’arrangea finalement grâce à Agibu qui eut le front d’ affirmer: ‘Je ne suis pas venu
pour combattre mais pour observer ce qui va se passer.’ Samori se déclara aussitôt satis-
fait. – ‘Venez voir: J’ouvrirai le feu en votre présence.’ ”
122 Une rature manuscrite et une trace de rouleau adhésif empêchent la lecture claire de cette
phrase. À comparer avec la note précédente qui permet de reconstituer le texte.
version française 137

a) Les Almamys: Amadou de Timbo et Ibrahima Sory de Doukoféra, voyant leur


pays menacé, doutant de la sincérité d’un grand conquérant arrivé à la porte
de leur pays, tentèrent un projet de non agression en tant que coreligionnaires.
C’est ainsi [qu’]une délégation fut envoyée auprès de Samory. Samory promit
de respecter le Foutah quoique l’avant garde de son armée avait déjà poussé
jusqu’à Kouroufing.
D’autre part, les mêmes Almamys promirent en tout temps le ravitaillement
en viande à la troupe samoryenne et de tout ce qu’ elle aura besoin.
Les Almamys de Foutah paraîtraient déjà avoir fait des maraboutages sur
trois vans bien ravitaillés et placés sur quatre vingt dix sept autres pour obtenir
par la grâce de Dieu l’éloignement de Samory de leur pays.
La légende nous fait croire, que par la même occasion pour prouver à Samory
que le Foutah serait à même de faire face à ses promesses que cent têtes de
chaque genre d’animaux furent fournies, se composant comme suit:

100 taureaux – 100 bœufs chastrés [castrés] – 100 vaches – 100 génisses –
100 béliers – 100 moutons chastrés [castrés] – 100 brebis etc…

Indépendamment de cela le Foutah s’est chargé de collaborer avec l’ Almamy


Samory pour rehausser partout son prestige. Les mêmes Almamys du Foutah,
qui avaient eu un échec devant Boketo habité par les Oubous, demandèrent de
les venger et [de] punir les Oubous de leur orgueil.
Nous le traiterons plus loin dans la guerre de Fitaba.123
La délégation du Foutah satisfaite sur les [ces] points rentra. Samory et ses
sofas travaillés en maraboutage pour leur éloignement n’allèrent plus loin.
Ainsi Samory évita le Foutah.
Sans compter les premières offres, le Foutah continua à envoyer d’ autres
objets à Samory, tant à Bissandougou qu’à Sanankoro. Dans les objets envoyés,
nous citons: selles marocaines brodées et filigranées en métal blanc dit124 en
argent et en cuivre.
Ces selles furent données à Sarankèn Mory son successeur éventuel déjà pro-
clamé.

Occupation des rives du Niger 61


L’Almamy Samory revint à [au] Nord, à Noukounla, à Damissakoura où il fut
attaqué par les habitants de Dian-Oignè qu’il battit.

123 Sur la prise de Fitaba, voir p. 70 du tapuscrit.


124 [que l’on dit être].
138 “Essai d’ Histoire locale”

Le plénipotentiaire Sansano Amara une notabilité griot fut dépêché auprès


des insurgés pour les inviter au calme s’ils ne voulaient pas une guerre atroce.
Ils acceptèrent le conseil et firent leur soumission à Kignébakoura avec acte
d’humiliation.
Entre le Ouassoulou et le Niger, le pays de Koudjan ayant Koudjan Sako
comme chef, résista à Samory qui les attaqua à Sérémano, à Kouroula-Oulén.
Le pays tomba sous le joug de Samory, après ces victoires, son Chef Diémory
Sako s’habilla en femme et vint faire sa soumission (I).
L’Almamy revint à Kignéba d’où il demanda aux deux chefs Bouré et Sétiya
leur intention à son égard. La méconnaissance de l’ autorité samoryenne y porta
la guerre.
REMARQUE: (I) Pour épargner la vie de ses II fils tombés entre les mains de
Kémé Braïma, Diémory fit sa soumission. Il demanda au vainqueur la consom-
mation du vin de maïs dont la privation lui ferait beaucoup d’ ennuis. Cette
proposition fut acceptée sous réserve de soumettre à l’ approbation de Samory
lui-même.
[paragraphe rayé par des “x” tapuscrits]
Le pays fut soumis après les guerres de Sétiya, Katoukourou (Bouré), Sèkè
Nafadji (Sèkè). Il revint s’installer à Doura. Le riche Nananfaly fut son ami et par
lui, le pays du Bouré fut soumis. Ils réunirent leurs outils et démontrèrent leur
peu d’aptitude à la guerre. Cette intervention évita les massacres, des représen-
tants furent placés. Ils devaient constituer le capital de l’ Almamy. Nananfaly
ravitailla Samory en armes achetées en Sierra-Léone.

Siège de Kignedjaran
L’Almamy revint à Kignéba d’où il prépara l’attaque de Kouloubalidougou qui
fut enlevé après un siège et malgré l’appui effectif des Français venant d’ un
poste assez loin du lieu du théâtre. Le village fut pris et l’ arrivée tardive des
Français n’eut pas d’effet. C’est le premier contact manqué avec les Français.
La conquête des rives du Niger est terminée, il revint à Doura d’ où il congédia
les Malinkémory de Kankan en leur demandant leur intervention pour parer
aux guerres avec Siré Brahima. Avant son départ de Doura, il essuie une attaque
d’autres Malinké de Siguiri originaires de Dioman-oiguè et Dioma-Nounou. Il
réussit à parer à la surprise et infligea une défaite à ces guerriers. Ils se sou-
mirent au conquérant.
version française 139

Violation du traité de Kalankalan125


C’était l’époque de l’abdication de Siré Brahima. Celui-ci riche des butins de
Orékoro et très avare s’était dessaisi en faveur de Morlaye son neveu (partie
déjà traitée fin du règne de Siré Brahima) jaloux de voir Siré Brahima garder
tout pour lui.
Morlaye au pouvoir, n’écouta pas les conseils prodigués par Siré Brahima qui
chercha à le mécontenter sur tous les points.
Morlaye viola le traité de Kanlankalan qui fixait le cours du Milo comme
limite respectives des états samoryens-Siré Brahima.126 Il utilisa sans autori-
sation la rive gauche du Dion, traversa tout le Toron, le Milo et alla faire des
guerres dans le Sanankoro (Douaco) chef lieu. Samory, de Doura, apprenant
cette violation de son territoire, entra en hâte à Bissandougou.
Il envoya dire à Siré Brahima de faire rentrer ses neveux même avec les butins 62
faits, pourvu qu’ils laissassent les terres pouvant un jour appartenir à Samory.
Siré Brahima ordonna à ses neveux de rentrer. Mais ceux-ci refusèrent et
Samory avec toutes les bonnes volontés du monde ne put éviter une guerre
avec les partisans de son ancien maître.

Blocus des Cissé


Retirés sur la rive gauche du Milo, les Cissé apprirent par Sifani Camara que
Samory avait fait détruire toutes les pirogues pour les couper de Médina. En
même temps, Samory demanda un secours aux gens de Kankan. Ceux-ci refu-
sèrent de marcher avec les fétichistes (I) pour châtier les marabouts Siré Bra-
hima, Morlaye, Mari Caba, Amara et Karamo Saman Cissé, Samory ouvrit donc
les hostilités par un triple acheminement:
1°) Kémé Brahima alla vers Kankan avec des Sofas
2°) Manigbè Mory se dirigea contre les neveux de Siré Brahima dans le San-
karan
3°) Lui-même resta à Bissandougou pour prévenir éventuellement toute
action offensive de Siré Brahima.
REMARQUE I): On prétendait à ce moment que ceux qui avaient, comme
Samory, les incisives supérieures taillées en biseau étaient considérés comme
fétichistes.

125 Voir en parallèle la p. 46 du tapuscrit, section “Fin du règne de Siré Brahima,” qui est en
dialogue explicite avec cette partie du texte.
126 P. 57 du tapuscrit, Djiguiba Camara avait pourtant insisté sur l’ importance de ce traité
passé entre Siré Brahima et Samori, en donnant la liste des témoins, afin de mieux sou-
ligner, par avance, la traîtrise de Morlaye. Djiguiba Camara prend soin de souligner que
Samori est ici dans son droit.
140 “Essai d’ Histoire locale”

Pourtant les gens de Kankan invoquèrent récemment la religion pour déci-


der Samory à attaquer le Sankaran.

Guerres
I. KANKAN: Kémé Brahima secondé par Arafan Diabaté fit le siège du village. Le
blocus fut total et il fallut forcer les troupes de Samory, ce qui emmena [amena]
une écha[u]ffourée. Le succès fut total du côté de Samory. Après quelques mois
de siège, le village vint faire sa soumission à la place où s’ élèvent les bâtiments
du cercle127 (I) Samory par la bouche de Kémé Brahima pardonna la popula-
tion, ne préleva aucun butin et traita les insurgés en frère[s].

2. SANKARAN: De leur côté Manigbè Mory et ses sofas franchissant le Milo, arri-
vèrent à Sinikoro. Là stationnaient Morlaye et ses frères appuyés des leurs.
REMARQUE (I): Nombreux principaux de la ville accompagnés d’ une
femme chassée pour sa mauvaise langue furent dirigés sur Bissandougou en
otage.
SIEGE DE SINIKORO: Un siège, une attaque, la capitulation du village de
Sinikoro, la capture de Morlaye et de ses deux frères. Deux de ceux-ci furent
emmenés jusqu’à Naréna (Bassando, cercle de Kankan) puis emmurés tandis
que les chefs sofas furent exécutés. Le 3ème Mari Caba Amara fut emmené à
Lélé (cercle de Kankan).
Des restes de l’armée battue, Samory organisa une nouvelle troupe à la tête
de laquelle il plaça un Chef à lui.

3. VERS MEDINA: Samory pour la première fois va déclarer la guerre à Siré Bra-
hima, son ancien maître; les neveux de celui-ci n’ ont-ils pas violé son territoire?
C’est pourquoi, Samory vengeant l’acte par l’acte, violant les frontières, envoya
Mougna à Ourékoro à la tête de 1. 200 combattants et 120 chevaux, or, Ourékoro
était dans l’État de Siré Brahima.

Capture de Siré Brahima


Cette violation de frontière était une injure adressée à l’ impuissance de Siré
Brahima. Celui-ci qui voulait s’avouer vaincu128 avant le combat, leva une
armée:

127 Djiguiba Camara se réfère ici à une géographie coloniale postérieure, en faisant référence
à l’emplacement où auront ensuite été érigés les bâtiments du cercle, qui n’existaient bien
sûr pas à l’époque de Samori Touré.
128 Passage obscur: [qui ne voulait pas?]
version française 141

a) à Moussadougou chez les fidèles avec Vanfing Doré comme chef;


b) dans le Bouzié, les amis de Vanfing Doré avec Gbégbé fils de Kaman 63
Kékoura comme chef;
c) à Médina avec les débris de Sinikoro, les hommes valides de son village.
À la tête de ces hommes [il] arrive à Orékoro, battit les 1. 200 hommes de
Samory. Un seul cavalier réussit à s’échapper et alla prévenir Samory à Kalan-
kalan. Tous les prisonniers furent mis à mort et Mougna se fit tuer dans une
case plutôt que se laisser pendre.
Les descendants de Nanténin Famourou qui furent dépouillés à la défaite
de leur père ne furent pas épargnés. On égorgeait encore l’ avant dernier survi-
vant quand Samory rentrait à Orékoro qui fut cerné. Les captifs faits parmi les
assiégés furent corrompus et achetés. Rachetés, ils rentrèrent dans le village,
ils semèrent la panique. Partout on désertait et les assiégeants laissèrent tout
sortir.
Samory conseilla à Siré Brahima de se rendre. Il pardonna à Siré Brahima si
celui-ci consentait à lui livrer Vanfing Doré, les guerriers du Konian et ceux du
Bouzié.
Un conseil réuni refusa l’acte de reddition formulé par Siré Brahima qui
les trahissait si honteusement. Aussi Vanfing et les siens décidèrent-ils de fuir.
Alors la poursuite des fuyards commença. Le Chef du Konia, fut tué par un
certain Féré. Le fils du Chef du Bouzié (Gbégbé), Mani Bakary et son fils (Dia-
koldiogou) Abdoulaye Souaré fils du chef de Nionsomoridougou trouvèrent la
mort au cours de cette poursuite. Evidemment les principaux chefs tués ne
parla [parlèrent?] plus des guerriers qui furent hachés. (I)
(I) REMARQUE: La mort de son beau-frère Drama Daouda et des Kourouma
qui s’étaient confiés à lui avait obligé Samory à adopter des mesures draco-
niennes aux captifs, pas de quartier pour les captifs.
Siré Brahima fut fait prisonnier (I) et mené à Kalankalan sous escorte pour
y être gardé à vue.

Acquisition territoriale de la sucession des Cissé


Samory arriva à Gbéléban (Odienné). Il y reçut une importante députation des
chefs anciennement soumis aux Cissé.
De fait, par la force des armes, il avait acquis tout le pays relevant des Cissés.
Pour faire disparaître les restes de ses anciens maîtres, Médina fut réduit en
poussière. La population fut répartie entre les villages éloignés et les Foulahs
du lieu se retirèrent à Sanankoro.
Le village de Kossaro, dans le Manan (cercle de Kankan) fut désigné comme
lieu de résidence obligatoire de Siré Brahima.
142 “Essai d’ Histoire locale”

Relations avec les Touré d’Odienné


Profitant de ce qu’il était à 3 jours d’Odienné, il voulut nouer quelques bonnes
relations avec Managbè Amadou Touré, chef d’Odienné. Il lui donna même sa
fille Sonacé en mariage ce qui fit de celui-ci son fidèle allié.
(I) REMARQUE: Le village vide, Siré Brahima ne put s’ enfuir. Il entra dans
la case de Nanténin Famourou où Samory le trouva, s’ agenouilla devant lui en
signe de regret. Ce à quoi Siré Brahima répond en montrant son bras: “Fils, les
sofas en me trahissant ne m’ont coupé qu’au poignet. Quand ton tour arrivera
un jour, ils t’amputeront à l’épaule.”129

Retour: guerre du Ouassoulou


Après avoir conclu de bonnes affaires à Gbéléban, Samory se tourna vers le
64 Ouassoulou. Il y envoya une mission | pour leur demander leur position à
son égard. Les Foulahs du Ouassoulou répondirent qu’ ils ne cèderont sans
l’ intervention de la force. Tandis que Samory rentrait à Bissandougou les soins
de la guerre du Ouassoulou furent confiés à son frère Manigbè Mory appuyé
par les Touré d’Odienné.

Reconstruction
Nous avons dit antérieurement que la pression des Cissé avait vidé le pays
entre Moussadougou-Orékoro. Les habitants de palines [plaines] du Dion et
du Moussoro s’étaient retirés qui à Sanankoro, qui à Bronkéndou. Siré Brahima
n’avait pu les décider à venir dans la plaine. Il s’était même constitué des petits
Etats très prospères, faute de commandement musulman. Aussi quand Siré
Brahima qui était chef d’un pays vide fut fait prisonnier, Samory convoqua –
excepté Gouanankoura – les principaux chefs du pays alors à Bissandougou.
Ceux-ci venus, il leur dit: “L’homme devant qui tout fuyait est pris. Repre-
nez vos terres. Reconstruisez vos villages dans les plaines. Faites vos cultures.
Je veille sur vous.” Tandis que les villages s’édifiaient dans la plaine, que les
champs se multipliaient, que la vie reprenait partout, Samory fortifiait son
armée. Il prélevait les sofas sur le pays (Gbéléban).130

Conquêtes effectives vers le Konian


Composition de cette armée: Elle comprenait en [ce] temps-là: une cavalerie
montée, Une troupe à pied.

129 Paragraphe rapporté également dans Person I 1968: 360, note 124.
130 Discours repris en intégralité par Person I 1968: 360, note 128. Il s’ agit d’ un des emplois les
plus importants du texte de Djiguiba Camara, cité in extenso.
version française 143

L’armée ainsi scindée, la cavalerie jouait un rôle important tant pour le choc
que pour la poursuite des fuyards. Mais en forêt, son rôle était limité au métier
d’arrière-garde.
L’armement de ces troupes comprenait alors:
1. Pour la cavalerie: le sabre – le fusil à pierre
2. La troupe à pied: le sabre – le fusil à pierre.

Etat du Konian
Depuis le départ [de] Samory de Gbéléban, il s’était passé bien de[s] chose[s]
dans le pays du Konian (Beyla, Macenta). Sadji était resté réfractaire à l’ action
de Samory. Les relations de mariage entre Sadji et les gens de Bronkédou,
Dougbè Kaba Koné, avaient déterminé celui-ci à entraîner Sadji dans une
alliance.
Sadji s’opposa au désir de ses beaux-parents. À ses yeux, c’ était “se constituer
captif des marabouts.” Aussi vivant sur le point de GOUANKOUNO, razziant ici,
pillant là, jamais probe ni honnête, dans ses attaques, il avait assujetti Guirila,
le Gouana et le Goye.

Gouankouno 65
Il pressurait ce dernier qu’il avait chauffé à blanc. Les pays occupés n’étaient
que l’ombre d’un spectre. Violant même les murs sacrés de Moussadougou, il
s’ était présenté dans le village de ses aïeux au mépris des conventions par les-
quelles il règne pourtant. Il s’était non seulement attiré les représailles sourdes
des “Fanyarassi,” mais quand il avait dérogé à la règle précitée [mais il avait
même dérogé]: “Moussadougou est un lieu saint, le premier berceau de la puis-
sance des CAMARA.”
Jusqu’à ce jour, Samory n’avait [pas] effectué une annexion totale du pays
du Konian et de la Région forestière (Macenta).
Ses multiples succès avaient entretenu chez lui l’ ardeur de la lutte. Moussa-
dougou soumis, il préleva des troupes dans le Ouassoulou, dans l’ Amana, dans
le Kalankalan, dans le Balia. Avant d’aller plus loin, voyons le système de recru-
tement.
REMARQUE: Rappel lois de Moussadougou.131

131 Le renvoi porte sur les lois édictées par Farin Kaman à la fondation de Moussadougou,
rapportées dans la première partie du texte. Voir à partir de la section “Suite des mille
sacrifices” p. 12 du tapuscrit.
144 “Essai d’ Histoire locale”

A) Système de recrutement
I. Il rappelait132 à l’armée les jeunes gens en tuant des animaux, en com-
blant de vœu le plus cher à la jeunesse: “la politique du ventre plein.”
C’était l’engagement volontaire.
II. Sur les régions soumises à son autorité, il procédait à des enrôlements
obligatoires. Chaque village devait donner un nombre de sofas en rapport
avec son importance.
III. La formation d’élèves coraniques qui devenus grands, devenaient sofas.
Ils ne recevaient aucun enseignement tactique.

B) Classement hiérarchique militaire (unité combattante)133

CLASSEMENT UNITE COMBATTANTE

Armée Samory: Correspondance française: 2° cl.captif engagé


Sofas

CLASSEMENT UNITE COMBATTANTE

Armée Samory Corps Français Armée Samory Corps Français


Sofa 2° cl.captif engagé Gbolo Garde d’ homme Cie
Guerrier Homme libre Kélébolo 500 et 1000 bataille
Sotigui Cavalier Sofa-koung armée
Kélétigui
Gbolokoun Capitaine, Cdt Cie
Sofakoung Cdt bataillon
Kélétigui Général d’armée

132 Comprendre: “Il attirait dans les rangs de l’armée des jeunes en tuant des animaux” et en
les nourrissant.
133 Le tableau suivant a été surligné et annoté à la main. De plus, certaines lignes ont été
rayées par des “x” tapuscrits. Nous en reproduisons les lignes lisibles.
version française 145

Tableau comparatif avec les Camara

Age Grade indigène Utilisation

25 ans Gbolo Troupe de choc


30 ans Sassifa Même rôle que légion étrangère – Sont
responsables de leurs actes
35 ans Orintigui
Défense passive
40 ans et plus Gbolotigui

Causes de l’intervention de Samory


Sadji devenait riche, puissant. Il asseyait son prestige par la force. Le pillage
était courant. Il avait vexé, par son orgueil, tous les descendants de Fan Dyara.
1. Massabory de Guirila
2. le Gouana
3. le Kossandougou
Les Consabassi du Goye avaient payé leur écot. Gnama de Damaro avait déjà
eu plus d’un démêlé avec lui.
Ce même Gnama qui l’avait élevé, protégé sa jeunesse après la capitulation 66
de Toligbébaladougou, était devenu son mortel ennemi, il avait traîtreusement
tué Kolo le doyen des Camara et les siens, il avait enlevé Sérikouroula les 500
captifs de Gnama de [contre] leur gré après le départ.
Par mesure d’humanité Gnama avait refusé de rendre les foulahs Nafarma
Paté et les siens à Fomma se placèr[ent] sous l’ égide de Gnama. Tous ces
méfaits et actes de répression pesèrent lourdement sur le pays. Le bruit par-
vint à Samory installé dans le Kalankalan (Doura). Le Chef qu’ était Samory
n’attendait [pas] toujours d’être invité pour s’immiscer dans les affaires même
éloignées qui ne l’intéressaient pas. La conquête étant sa devise, il prit donc le
chemin du Konian en passant par Beyla.
Cependant n’oublions pas que s’il prenait personnellement la direction des
troupes, son frère Kémé Brahima était à Kidoufaraba (vers Ségou). Il avait ulté-
rieurement opéré sa jonction avec son frère cadet Manigbè Mory dans le pays
du Ouassoulou. Tandis que Manigbè Mory venait se joindre à Samory pour mar-
cher sur Gouankouno, Kémé Brahima restait à demeurer [à demeure] dans
la direction de Ségou. De ce rapprochement avec le royaume de Tiéba va se
déclencher la guerre de Sikasso que nous traiterons ultérieurement.134

134 Voir p. 80 du tapuscrit.


146 “Essai d’ Histoire locale”

La guerre vers le sud-est


Samory arriva devant Manakoro sans encombre. Alors que Sadji retiré vers
Morifindou n’attendait pas d’y être réclamé il vint nuitamment attaquer
Samory à Manakoro (Gouana); Samory aidé par tous les Camara du pays, réus-
sit à repousser l’attaque et à coucher sous les saniets de Manakoro, une grande
quantité des sofas de Sadji. Il y eut des poursuites jusqu’ à Mafindou où la sur-
prise assura l’acquisition de la poudre à la troupe de Samory.
Sadji rentra à Gouankouno. Huit jours après Samory arriva au pied de la
montagne de Gouankouno.
Gouankouno bâti sur une espèce de promontoir[e] rocheux, restait inacces-
sible à une attaque montée. Tandis que ceci était particulier à l’ est, tout le côté
sud-ouest, sud, nord, nord-ouest était une plaine large et avait reçu des sys-
tèmes de défense.

La guerre de Gouankouno135
Ainsi montée la troupe de Samory montait une attaque. Dans la journée qui
précéda l’offensive, Sadji avait dépêché un plénipotentiaire auprès de Samory
qui fit dire à Sadji qu’“il voulait goûter le manioc de Gouankouno, fût-il de
sang.”136 Le village était inaccessible à toute attaque, aussi la troupe de Samory
recevait les assiégés au pied de la montagne; on se disposait en bataille rangée,
les coups de fusil partaient, les sabres rayaient l’ air.

135 La guerre de Gouankouno est l’exemple paradigmatique de la méthode appliquée par


Yves Person, qui confronte les sources orales africaines et les archives européennes, afin
de fixer une chronologie des évènements. L’historien situe l’ attaque en 1883, après plu-
sieurs recoupements (Person 1968 I: 449, note 46): “La chronologie du siège de Gbãnkundo
demeure imprécise. […] Le 30 janvier, Borgnis-Desbordes, à la veille d’ occuper Bamako,
le signale ‘dans le Wasulu,’ mais il semble s’agir d’une direction, plutôt que d’ un rensei-
gnement précis. A cette date, la campagne du Wasulu était terminée puisque Sérè-Brèma
se trouvait dans le Mãnding. Toutes les traditions affirment d’ ailleurs que Samori apprit
l’affaire de Wèyanko, qui eut lieu en avril, sous les murs de Gbãnkundo [1, 4, 5, 10, 18].
Le siège, commencé avant l’hivernage, s’acheva au début de la saison sèche suivante. Il
aurait duré selon mes informateurs un nombre de mois variant de 7 [5] à 8 [1] et 9 [10],
3 pour Kalil Fofana. Le journal de poste de Bamako signale la chute de Gbãnkundo dans
une entrée du 20 décembre 1883 et annonce que Samori concentre les troupes pour atta-
quer le Fitaba et le ‘Tiendougou.’ Il s’agit donc d’un événement datant déjà de plusieurs
semaines. Je propose de situer la prise de Saghadyigi en novembre 1883. En admettant que
le siège ait duré 9 mois, il a débuté en mars. Si l’on tient compte de la marche sur Beyla et
du combat de Manãnkoro, Samori a dû quitter Sanãnkoro à la tête de son armée en jan-
vier ou février 1883.” L’on voit ici à quel point Djiguiba Camara, noté 5 par Person, est une
source primordiale pour la reconstitution des événements.
136 Paragraphe cité par Person 1968 I: 450, note 52.
version française 147

La préoccupation essentielle de Sadji était de n’être pas coupé de la mon- 67


tagne. Aussi se tenait-il à mi-côte.
D’autre[s] fois la troupe de Samory essayait d’ aller attaquer Gouankouno.
Alors les hommes valides laissaient dégringoler de gros blocs de caillou[x],
écrasant tout ce qu’ils rencontraient sur leur passage. D’ autre[s] fois encore
Sadji armait les enfants, les hommes, les femmes de longs bois affectant vague-
ment la forme d’un fusil. Parfois aussi les jeunes gens armés de frondes lais-
saient au hasard les cailloux qui blessaient les sofas samoryens.
De la plaine la troupe de Samory voyait cette forêt d’ épineux et entendait le
chant régional et patriotique (I).
Ainsi la guerre de Gouankouno tirait en longueur. Ni Samory, ni ses sofas ne
réussissaient à se mettre sur l’éminence137 de Gouankouno. D’ autre part Sadji
se soumettait plus à la résolution de faire face à Samory et cela sur l’ injonction
dex[s] vieux.
Ceux-ci ne voulurent pas abandonner leur village, malgré les conseils de
Sadji qui échoua dans cette entreprise. Les notables restaient sourds à toute
entente d’évacuation. Ils étaient autour de trois chefs résolus à vaincre ou à
mourir:
1. Orossa Kesséry Konaté à la tête des gens de Sessoumala
2. Dofè Téré Koné commandant le Saragbala
3. Sadji à la tête de ses Camara secondé par Mougné Camara.
Chacun était décidé dans son farouche entêtement. Ainsi le siège dura 3 mois.
(I) REMARQUE: Ala cagba, cagba colocolo, ning kélén té wa bori bolo (que
la guerre soit à son paroxysme, rien, rien les marabouts n’ emporteront)138

Fanyarassi
À la fin les hommes de Gouankouno, toujours assiégés, devant se battre dans la
plaine sans décider de la victoire, finirent par épuiser leur poudre.
PETITES TRAHISONS: Siré Brahima avait affirmé à Samory que les sofas
l’ amputeraient d’un bras. Le bruit du manque de poudre s’ était répandu chez
Samory. Quelques uns de ses sofas tels que Fadouba, Komigna cachaient de la
poudre et l’envoyaient clandestinem ent à Sadji. Les déserteurs du camp de
Gouankouno répandirent l’acte de trahison.

137 Sur une colline, une élévation de terrain.


138 À propos de ce chant, une traduction et une transcription différentes en sont données par
Camara Laye et Sékéné-Mody Sissoko: “Alla-la, a ka gbã ka gbâ kuru-koro, Nin kèlè tè wa
mori bolo. [Par Dieu, il fait chaud – fait chaud sous la montagne. Cette guerre n’ira pas
dans la main des musulmans.]” Person 1968 I: 450, note 57.
148 “Essai d’ Histoire locale”

La plus réussie fut celle de Massabory dit Linko Amara. Celui-ci, beau-
frère de Samory qui, jusqu’ici avait pris parti pour Sadji, voulait passer dans
le camp adverse, pour s’épargner une mort certaine au cas où Gouankouno
serait pris un jour. Descendant clandestinement dans la plaine une nuit, il
alla trouver Samory et lui proposa de l’emmener dans Gouankouno par un
chemin détourné. Samory acquiesça et prépara une troupe pour le lende-
main. De son côté, apprenant l’arrivée à bon port de son fils Massabory Momo
répandit l’évasion de ce traître que lui-même avait préparé dans la clandesti-
nité.
Le lendemain Amara fit contourner le mont de Gouankouno grimpa par le
côté de Bronkéndou où un col permet l’accession de Gouankouno.
Des patrons-minets [dès potron-minet], la troupe de Samory guidée par
Linko Amara arriva sur une espèce de plateau. Pour la première fois depuis
le début du siège des sofas de Samory purent embrasser le village du regard,
un gros bourg sans défense, des cases rondes grouillantes de vie dont les toits
fument dans le brouillard du matin. Durant le spectacle de cette trahison la
troupe de Samory entonna alors le cri, le chant de guerre, ce chant qui sema la
panique dans le village, fit sortir hommes, femmes et enfants (I).
68 Une prise de coups eut lieu; Sadji réunit une troupe à la hâte, se porta à
l’ attaque, mais la force et le nombre l’emportèrent. Il faut toutefois rendre cette
justice que Sadji résista toute la journée. Dans la nuit de mercredi il s’ échappa
pour échapper à la captivité. Le matin, ce même Momo qui fut cause de la tra-
hison de son fils ne suivit pas Sadji. Il proclama tout haut l’ évasion de Sadji à
la pointe de la montagne. Cela se répandit dans la plaine et les gens de Samory
montèrent aussitôt de toutes parts; ce fut une débâcle générale. Les résistances
locales ou passives furent vite réprimées.
(I) REMARQUE: Ce chant était: Sé wara, Mory sé wara, macoun (content le
marabout, content le silence). Content d’avoir pris enfin le village après les
dures souffrances du siège.139
Certains se suicidèrent, beaucoup furent faits prisonniers quelques hommes
aguerris se sauvèrent pour éviter leur mise à mort. Les jeunes filles se jetèrent
dans les ravins pour ne pas se laisse marier par les marabouts.

139 De nouveau, une traduction différente est donnée au chant, chez Yves Person, qui cite
pourtant Djiguiba Camara comme informateur: “Sè wara, mori sè wara, ma kuñ.” “C’est
gagné, les musulmans ont gagné. Taisez-vous [5] [Djiguiba Camara].” Person 1968 I: 451,
note 60.
version française 149

Ordre impératif
L’évasion de Sadji fut mal accueilli[e] par Samory. Il enjoignit à son frère
Manigbè Mory (I) et à son griot Lankamou Fali de poursuivre le fuyard, de
l’ arrêter avant sa pénétration dans la zone forestière d’ où sa prise s’ avérait
impossible.

La poursuite140
En fuyant Gouankouno Sadji prit la direction du sud. Parcourant en hâte le pays
du Konian, il contourna Beyla et aboutit dans le Mahana. De leur côté Manigbè
Mory et Lankama Faly141 ne restaient pas inactifs. Ils ne livrèrent pendants
toute cette poursuite aucune bataille. Le soin de celui-ci fut livré aux villages
qui s’opposaient au passage de Sadji. Ce dernier s’ étant rendu impopulaire par
son système arbitraire s’était créé plus d’une inimitié. C’ est ainsi que dans un
village du Mahana il fut arrêté temporairement. Cette retraite au ralenti permit
à la troupe samoryenne de rattraper l’arrière-garde de Sadji. Le cheval du frère
maternel à Sadji Sa-Oussou fut blessé. Il ne voulut pas quitter sa bête malgré
l’ intervention de son frère Sadji ne voulant pas abandonner son jeune frère,
s’ assit à son côté et la troupe l’imita.

140 Sur la mort de Saghadyigi/Sadji, voir l’intégralité du chapitre 6.B qui doit beaucoup à
“Essai d’histoire locale,” voir notamment Person 1968 I: 451, note 59; 452, note 66; 307,
note 40, et suivantes qui sont des retranscriptions des pages 68-70 du tapuscrit. Person
compare ce texte avec la version de Fofana notamment, qui insiste sur le rôle des femmes
et des griots dans la chute de Saghadyigi, en soulignant la fiabilité du témoignage de Dji-
guiba Camara. Il dresse à cette occasion un nouveau portrait élogieux de son informateur:
“Pour la chute de Gbãnkundo et la mort de Saghadyigi, je suis la version de [5] [Djiguiba
Camara]. Cet informateur, ancien chef de canton du Simãndugu et parent éloigné de
Momo est particulièrement sérieux et de nombreux renseignements recoupent les siens
qui sont souvent inconciliables avec la tradition recueillie par Kalil Fofana. Voici cette der-
nière, pour l’épisode de la fuite: ‘Samori réussit à suborner la favorite et le griot de Sadji.
Et la victoire lui fut assurée le jour où la femme de Sadji imbiba toute la maigre réserve de
poudre de son mari. Cependant, Sadji aurait pu s’échapper à la faveur d’ une nuit particu-
lièrement sombre si les vociférations sciemment lancées du haut de la colline par le griot
n’avaient pas signalé sa fuite. En effet, le griot, dans un accès de sentimentalité feinte et
inopportune ne cessait de crier ‘n’djãti tara kãnto!’ (Mon hôte m’ a abandonné). (Trans-
cription correcte: ‘dyatigi tara ka n’to’). Enfin l’heure de la victoire de Samori avait sonné.
Sadji fut rattrapé et décapité… avec sa favorite et son griot’ (p. 13). La femme qui mouilla la
poudre est peut-être connue de notre version puisque celle-ci précise que Masabori avait
été surpris en adultère avec une épouse de Saghadyigi et avait reçu pour cette offense cent
coups de chicote. Il est vrai que cette traîtresse ne fut pas décapitée puisque Samori la
donna à son amant après la chute de la place [5] [Djiguiba Camara].”
141 [Lankamou Fali] deux paragraphes plus haut.
150 “Essai d’ Histoire locale”

(I) REMARQUE: Dit Sarankén Mory: Celui qui est chargé de poursuivre. Dans
le bulletin de renseignements nº [blanc] de 1934 M. Dominique Traoré soute-
nait la bravoure de Sadji d’une façon telle qu’il admettait même que ce fuyard
de Gouankouno était au-dessus de tout soupçon… Séni était l’ épouse de Tiéba
et non de Sadji comme l’affirme l’auteur de “…” [non renseigné]142
3) D’abord Manigbè et son armée.143
La troupe de Samory arriva dans une cavalcade effrénée, encercla les
hommes et les captura. Un de ses frères Diaoini-Siné déchargeant même son
dernier coup y fit quelques morts. Le lendemain il fut dirigé sur Gouankouno
en passant par Beyla, Moussadougou et par Karatakoro.
L’entrée dans le camp de Samory fut humiliante. Ce descendant de Farin-
Kaman fut abaissé au rang du dernier des sofas. On le fit descendre du cheval à
1 km. du camp, on lui passa une corde aux poignets, puis ses bras passèrent dans
son dos. Cet homme richement monté, qui naguère caracola sur un magnifique
cheval, revenant simple, malheureux, plus faible qu’ un enfant humble et sans
défense. Samory aurait-il pitié de cet homme si arrogant autrefois que la for-
tune de la guerre transformait en captif.

69 Rendons à César…
Le jour même de son arrivée, une danse de sabres consacrait la magnifique
prise de Gouankouno.
1. D’abord Manigbè Mory et son armée
2. ensuite celle de Samory lui-même qui rappela à Sadji leurs multiples
contacts:
“Je t’ai vu à Gbabadou (Simandou).144
Nous nous sommes rencontrés à Nionsomoridougou (Konian)
Tu m’as même envoyé en des termes injurieux une de tes filles à marier,
accompagnant un jeune captif du nom de “Tensoya.”

142 Djiguiba Camara a laissé les champs blancs. Cette remarque indique néanmoins que
l’auteur a eu accès à des archives coloniales, ou a souhaité recouper ses informations avec
des sources de l’administration française, pour la rédaction d’ “Essay d’ Histoire Locale.”
Dominique Traoré (1891-1972) a rédigé un article intitulé “Notes sur Samory” dans l’ Educa-
tion africaine (1934). Il a été élève à l’école des fils de chefs de Kayes de 1908 à 1909, après
Djiguiba Camara. Voir sur Dominique Traoré, Smith et Labrune-Badiane 2018; voir aussi
leur base de données en ligne sur leur blog: https://bibcolaf.hypotheses.org/, consulté le
23 mai 2018; Jézéquel 2011.
143 Cette note numérotée “3” ne fait référence à aucun appel dans le corps du texte. Elle
semble faire référence à la phrase “Cette retraite au ralenti permit…” C’ est également
l’hypothèse d’Yves Person qui a crayonné la page.
144 Nous conservons les renvois à la ligne mais il semble que l’ ensemble du discours soit de
Samory.
version française 151

Je t’ai proposé la paix et la conquête du ciel en t’ envoyant: 1°) une boule


de savon pour t’enlever l’odeur de la poudre, 2°) un daba145 qui rempla-
cera le fusil et qui te permettra de cultiver, 3°) un grand boubou146 blanc
pour que par la prière tu rachètes ton âme[”].147
3. Enfin les répliques véhémentes de Kanfing Féré fils de Sadji.
Féré ne laissa pas à son père le soin de répondre à de telles paroles vexatoires. Il
répliqua avec toute l’incorrection désirable, attirant ainsi une colère qu’ il savait
implacable à l’égard de sa famille.
Aussi, Samory trouvant, à la place du père, un fils autrement plus terrible se
détourna-t-il en employant cette même phrase de Sadji [qui] faisait assassiner
Kolo dans la plaine de Dalanina:148 “Réglez cela après moi.” (I)
Ceci était adressé à Bilali, le chef des exécuteurs de toute œuvre. Samory ren-
trant dans son saniet, Sadji et toute sa famille fut [furent] d’ abord lynché[s];
ensuite le grand bourreau de Sey-Missa est invité à faire son office.
Tous les gens fait[s] captifs sont emmenés au lieu du supplice. Hommes,
femmes qui prirent part à des actes de rébellion pour répondre à des injures
publiques de Samory furent décapités sur une plaine de sol rocheux. Ce fut le
plus grand massacre qui ensanglanta les plaines pendant plusieurs jours.
Sâ Oussou et son fils Kanfing Féré (2) furent décapités un peu plus loin. La
tête de Sadji est enlevée, cuite avec du sel. Ainsi, croit-on, on tuait pour toujours
le germe de la chefferie dans cette famille.149
(I) REMARQUE: Cela voulait dire, tuez-les en vous vengeant de toutes les
souffrances qu’il a faites aux autres. Séry Missa décapita Sadji.
(2) Dans les mœurs indigènes on ne pouvait décapiter sans circonscrire [cir-
concire]. Kagbè Féré fut d’abord circoncis, puis décapité en premier lieu; il ne
voulait pas voir couler le sang de son père qui le suivit, puis ensuite Sa Ous-
sou.150

145 Mot bambara/malinké pour “houe.”


146 Boubou, “ample tunique africaine portée aussi par les hommes que par les femmes,” dérivé
du malinké, bubu. Trésor de la langue française en ligne.
147 Il n’y a pas de guillemets fermants.
148 Djiguiba Camara a déjà parlé de cet assassinat plus haut, voir p. 66 du tapuscrit.
149 Pour une étude sur les épisodes de cruauté dans les récits de guerre africains, voir Viti 2012.
150 Yves Person donne l’explication de cette circoncision, préalable à l’ exécution: “Le jeune
Kagbè-Férè fut circoncis préalablement car la coutume interdisait de décapiter enfants.
Toute la famille ne fut d’ailleurs pas exterminée. Les plus jeunes fils de Saghadyigi,
Torigbè-Mamadi et Kagbè-Sètu, furent épargnés et nous avons pu les interroger en 1958.”
Person 1968 I: 452, note 66.
152 “Essai d’ Histoire locale”

Conséquences
Samory devint le maître du pays. On rentra à Sanankoro. Les captifs faits furent
envoyés dans les pays du Toron et de Kalankalan pour cultiver. Des jeunes gens
valides furent faits sofas et entrèrent dans l’armée.

70 Guerre contre Abali


Lancamandji, Sidi Baba et autres iront punir les gens de Fitaba afin de respecter
la convention passée avec les Foulahs de Timbo.151 Devant leur échec Lancama
Vali va à la rescousse avec les nouvelles troupes de Gouankouno, enlève Bokéta.
Abali est pris et décapité, et sa tête envoyée à Bissandougou. Les butins en bêtes
sont énormes. Lancama Vali marche sur Faraba et le Chef Souloukou n’échappa
à la mort que par sa fuite vers la Côte (aujourd’hui territoire anglais).152 Il
poussa jusqu’à côté de Forécariah d’où il recevra la soumission du Moréa. Les
Touré du lieu ne furent pas inquiétés.

Daramé
Samory ne fut pas toujours promoteur des guerres à porter dans les pays pai-
sibles tel que dans le bas Sankaran.
Nous allons traiter le cas d’un sarakolé.
DARAME: Ce Daramé, Sarakolé et musulman vient s’ installer à Birissa avec
le consentement du Chef Fanfodé.
Le nouvel hôte fut appuyé par la notabilité, et il commença par s’ installer
solidement, créa Gbérébouragnan qu’il fortifia.
Il forma une teinturerie et se créa une petite industrie. Il s’ était enrichi donc;
mais la jalousie des villages voisins fit que son troupeau diminuait progressive-
ment par le poison et par le vol.
Lorsqu’il mit la main sur un coupable et Fanfodé mécontent voulut venger
cette arrestation de sa belle-soeur. Les notables d’ accord cette fois avec le chef
décidèrent de l’expulsion de Daramé. Cela ne se fera pas sans guerre. Fanfodé
et les siens attaquèrent et furent battus.
Daramé les poursuivit au-delà des villages, arriva jusqu’ à Faranah dont il
insulta les murs, prit le lieu.
Les villages: Tiro, Karamaya, Laya-Doukoula, Laya-Sando et Gnanfourando
subirent le même sort. Etc… etc…
Après avoir soumis les villages Oularé au Sankaran à part Bantou (I) il arriva
à Dantilla (canton de Soliman) et tout le Firina jusqu’ à Kaléa (cercle Faranah).

151 Voir p. 60 du tapuscrit sur le pacte qu’ont conclu Amadou de Timbo et Ibrahima Sory avec
Samori.
152 Il s’agit de la Gold Coast, aujourd’hui Ghana.
version française 153

C’est à raison de ses guerres qu’il se mit en désaccord avec Abali, Chef Hou-
bou de Fitaba et évita le combat.
Pris à parti par Samory à Sinikoro en même temps que les neveux de Siré Bra-
hima, celui-ci l’épargna et Daramé en profita pour allumer le feu entre Samory
et Cabaly. Samory pour respecter sa parole d’aide aux Foulahs de Timbo, profita
du moment propice pour marcher contre l’ennemi Abali. Daramé enrôlé dans
l’ armée de Samory sera tué à Gbéréva dans la Kouranko dans un combat noc-
turne. Pour échapper à la vindicte des Oularé à la mort de Daramé, sa famille
fut transférée à Gnalén-Moridougou à quelques kilomètres de Sanankoro.
C’est alors que les pays non islamisés commencèrent à se méfier des instal-
lations de marabouts entourés de nombreux talibi (élèves).
Deux cas en font la preuve: Mori Oulén du Médina et Daramé du bas Sanka-
ran.
(I) REMARQUE: Ce village est pratiquement protégé par un fourré épineux.

Tous ceux-ci descendants de Farin-Kaman (cercle de Macenta)153 71

Canton Koadou Canton [M?]a (C. Macen- Canton Koadou Canton Bouzié (C. Ma-
(C. Macenta) venant ta) mais venant Djimin- (C. Macenta) mais venant centa) mais venant de
Matignébaladou dou, Simandou, Beyla de Missadou (Beyla) Foundou Oussoudou
(Simanndou, Beyla)

DESCENDANTS DE FASSOU DYAN ET DE FAN DYARA

Séman Féla Famille venant de Djimin- Séman Féla frère de Fan Gani Gbèma
Fassou (village Daro) dou (Damaro) Dyara Minsè Banko
Mougna Camara vil- Diatama village Gbotodou Zimodou (près Sengbèdou) Maoa Kékoura
lage Daro Bokoro Zimo Sé Bigné
Gnadigro près Bonkoma- Zimo Morigbè
dou changement chefferie, Famille venant de Foun-
Gbosso Kamara, suppres- famille venant de Missa- dou (Simandougou)
sion Koadou rattachement dou Simiti Kékoura
Koadou et Koadou- Koné Manving village Diaka Kaman
malinké de Oularo – Konokoro, Kaman Kékoura
Macenta Min Kaman
Min Diara (v. Oularou créé
Sengben Kaman) Siagbè Kékoura et son fils
Gbagbè changement chef-
ferie Sagbaba
Sagba Diara
Koutou Kaman

153 Feuillet double à déplier. Nous reproduisons en deux tableaux les deux pages dépliées. Il
154 “Essai d’ Histoire locale”

(suite)

Canton de Kolibirama Canton de Konianko Canton de Gboni (Libéria) Canton de Simandougou


Malinké descendant de venant de Moussadou venant de Koan Tambikola cercle de Beyla
Matignébaladou (C. de (Beyla) (Simandougou Beyla)
Kérouané Beyla)

DESCENDANTS DE FASSOU DYAN ET DE FAN DYARA

Famille venant de Kessa Bala village Dou- Famile venant Oussoudou Sonè Siman
Mékoun [raturé] mandougou (Koan) Foumou Oussou
village de Matigné Changement chefferie Simani Féré (village Gbon) Fakassia
Gnalin Koly village Fassari Siné ira à Guédou Baroco Sosso
Gbalomo (Kolibirama) Diasso Vaféré Koly Diarakoro
Mano Yara Changement chefferie Kesséry Diarakoro Kéoulén
[Y?]kouma Séba Camara ira à Loféro destitué Gnama
Camara Fata Kéoulin
Braïma
Djiguiba

72 Voici dans les grandes lignes l’arbre généalogique des principautés Camara du
pays forestier et de la savane. Tous sont descendants d’ un ancêtre commun Fan
Dyara.154
Tant qu’ils ne sont maintenus en contact étroit avec Missadougou, ils ont
entretenu des liens du sang assez serré[s] entre eux. Bien que souvent livrés à
des guerres intestines, ils se réuniront toujours pour lutter contre un ennemi
extérieur qui voudrait assujettir un quelconque de ces états.
Ces Camara de la Forêt restent en dehors de l’ état de sujétion. Toutefois,
voyant les Camara de Simandougou d’accord avec ou soumis à Samory, ils invi-
tèrent leurs frères, neveux et oncles, descendants de Farin Kaman, ils n’oppo-
sent donc pas de force à l’envahissement de Samory. Ils lui firent même des
présents d’usage et entretinrent de bonnes relations avec lui après la prise de
Gouankouno.

s’agit plus d’un tableau récapitulatif des chefferies et des créations de villages que d’ un
véritable arbre généalogique, comme celui des p. 12, et p. 25-26.
154 Plus précisément, ils sont descendants de Fandjara (Fyn Dyara) et de Fassou Dian (Fassoy
Dyan). L’ancêtre commun est donc plutôt Farin Kaman, qui englobe les deux branches.
version française 155

Suprématie de Samory vers Beyla-Macenta


Après la guerre de Gouankouno, Samory avait sous son autorité tout le pays
actuellement connu sous le nom de cercle de Macenta et Beyla.

Retour au bercail
Jusqu’à ce jour, Gnama resté à Fooma s’y était taillé un état: Dandano, Siaféla,
Fassoudougou, Koyéro, Boola, etc… Il exerçait même une suzeraineté sur les 3
poids Manbona, et au-delà. Samadian (I) aurait laissé une traînée sur son pas-
sage [dans le] pays constitué par une longue bande de terre allant vers le sud
(Nzérékoré).
Pourtant à la prière de son ami Samory, il devait abandonner ces possessions
pour venir prendre le commandement de son pays et d’ autres villages de Nion-
somoridougou jusqu’à Konianko.
Ce départ de Gnama à l’esprit du cultivateur, Samory devait assurer le peu-
plement du pays,155 autrefois dévasté par Siré Brahima. Gnama accepta le sacri-
fice, en délaissement un pays entièrement soumis et autrement plus fertile.
Les habitants des rives du Dion voyant Gnama entrer dan son bercail, vinrent
aussitôt avec une confiance aveugle, recréer leurs villages: Sondou, Kouroudou,
Foundou, etc…
Il rentra à Damaro, c’est plus de 14 villages en marche. Ceux qui le virent
arriver ont encore la vision d’une foule en exode vers la terre promise de
Siman (2). Ils construisirent, édifièrent, les champs apparurent. La vie reprit. De
véritables villages s’élevèrent partout. Les forgerons peuplèrent la montagne.
Gnama envoya les Foulahs, ses beaux-parents à Gnakorodou, où ils demeurent
encore de nos jours. Ceux venus se placer sous sa protection pour échapper
aux pillards, manifestèrent le désir d’aller à Sanankoro rejoindre leurs parents
de Madina. En tant qu’ami de Samory, il ne refusa pas.
(I) REMARQUE: Sémadian est un descendant de Farin Kaman et de ses pos-
sessions par droit d’héritage revenaient à Gnama en absence d’ héritier direct.
C’était tous les Kossa Guerzé qu’il commandait.

155 Dans cette section ainsi que p. 64 du tapuscrit, (“Reconstruisez vos villages, […] je veille sur
vous”), Djiguiba Camara insiste sur la paix apportée par Samori dans son empire, et sur la
relative prospérité des habitants qui repeuplent la région, ce qui semble en totale contra-
diction avec la section “Dépeuplement” p. 102 du même tapuscrit. Plutôt que d’ y voir une
palinodie, il nous semble qu’il s’agit là d’un indice de l’ admiration que l’ auteur porte à
la figure de Samori, et à l’empire qu’il a construit, et que son jugement final vise surtout
à légitimer le revirement de son père Kéoulin, qui a fini par s’ allier avec les Français, en
trahissant Samori.
156 “Essai d’ Histoire locale”

(2) Gnama rappela Kéoulin, sentant sa fin prochaine il communiqua ses der-
nières volontés dont l’application intégrale va sauver les humains.156

La guerre vers la forêt


I. Les Chefs157
a) Kaman Kékoura était le chef de Bouzié (voir arbre généalogique). Il avait
acquis une certaine popularité à la guerre, cependant, il n’ y eut pas de contact
73 direct avec Samory. Toutefois celui-ci | lui envoya deux de ses sofas Koté Alama
et Saman Féré régulièrement entraînés à la guerre. Grâce à ses envoyés,
l’ attaque de Kouankan par divers Tomas du Ziano fut repoussée. Koné Manfing
était le chef du Konokoro. Il avait comme Kaman un petit Kono[ko]ro-Toma.
Cette fois, Samory n’envoya personne à Singuénou, il laissa ce soin à Gnama
qui désigna son propre fils Kéoulin pour aller défendre le Konokoro si besoin
était. Il partit avec recommandation du passé (I).
b) Vaféré Koli commandait Gboni (Libéria). Il ne reçut en partage aucun
envoyé spécial de Samory. Aussi quand les Tomas s’ insurgèrent contre lui,
Kéoulin sur l’orde de son père s’était porté chez Koné Manfing pour en impo-
ser aux Tomas Gnénégo. C’est de là qu’il reçut un appel pressé de Vaféré Koli
pour aller soumettre les Tomas insurgés de Gbocossa et Zintan Koadou, Gboni
Toma etc… Envoi butin à Bissandougou.158
d) Moriba Gboto était à la tête de Koadou avec résidence à Bonkomadou. Le
fils de Koné Manfing, Kéoulin, le chef de Macenta Bakary décidèrent Moriba
Gbotto à soumettre les Tomas et à leur imposer a volonté du Chef. Il enleva
aussi Bonkonian.
e) Samassé avait le Kolibirama Toma. Il attaque Saoradou et revint à Gban-
dessia. Il enleva Koubékoédou avec l’aide de ses neveux, attaque Koibékoné-
dougou qui tint des propos incorrects à l’égard des conquérants et fut châtié.
Kéoulin est rappelé en hâte à Damaro. Il retourna à Singuénou.
(I) REMARQUE: Ce pays, c’est nous qui l’avons fait ce qu’ il est, qu’ il soit
l’ objet constant de tes soucis. Si j’ai toujours lutté pour les faibles, si j’ ai fait
ce que m’ont donné les lois de mes aïeux, jamais tu ne perdras dans la voie de
l’ honneur.

156 Ses dernières volontés sont retranscrites dans la “remarque” suivante de la p. 73 du tapus-
crit: “Ce pays, c’est nous qui l’avons fait ce qu’il est, qu’ il soit l’ objet constant de tes soucis.
Si j’ai toujours lutté pour les faibles, si j’ai fait ce que m’ont donné les lois de mes aïeux,
jamais tu ne perdras dans la voie de l’honneur.”
157 Il n’y a pas de paragraphe numéroté II.
158 Il n’y pas de paragraphe “c.”
version française 157

Ainsi constitués, les Etats avaient une certaine homogénéité, une corréla-
tion, la racine en était la famille. Farin Kaman en était la souche. Tous ces
Camara et leurs oncles les Kourouma avaient soumis les Tomas de la région
forestière. À côté de leurs groupements malinkés, la masse des cantons tomas.
Au Kolibirama Malinké s’ajoutait le Kolibirama Toma; au Bouzié, le Guizima.
Si les chefs n’avaient pas toujours la force pour assoir leur puissance, ils étaient
soutenus par Gnama grâce à qui Samory appuyait les Camara de la forêt.
Cependant malgré tous ces appuis, malgré les liens qui les unissaient un chef
toma, celui de Sélinka, Gnanenco, restait irréductible.

Guerre de Sélinka
Déjà dans une guerre antérieure à Bokonino (canton Koadou) les partisans de
Gnanenko ayant réussi à tuer un gros notable Gnankissi Kana de Konokoro,
s’ étaient vantés en des termes incorrects. Gnanenco avait même jusqu’ à insulté
grossièrement Koné Manfing dans la personne de sa femme Maou (I).159
Il promit même d’enlever Macenta et faire occuper le vin de palme160 pour
le chef de ce village, Bakary, descendant de Toumani.
Toutes ces paroles vont porter sur les nerfs des Camara et des Kourouma de
la région. Il fallait mettre un terme à un orgueil dont les conséquences certaines
étaient le rabaissement du prestige des “[M]anigna.” (2)
(I) REMARQUES: Il dit que Maou (femme de Koné Manfing) n’avait pas de
mari. Ce qui signifie que Koné Manfing ne méritait pas le nom d’ homme.
(2) Tous ceux qui ne parlent ni Toma, ni Guerzé, ni Kissien peuplant la région
de la savane et de la forêt.

Coalition 74
Par Kéoulin, Samory fut avisé de l’état insurrectionnel des Tomas. L’Almamy
envoya une armée sous les ordres de Sifani Amara secondé par Ténin Souo Caba
Konaté, Gbodou Lanzé, Faranfing Konaté.
De leur côté:
Kéoulin et Koné Manfing – Bakary chef de Macenta – Moriba Gboto chef de
Koadou – Gnalén Koli (fils Samacé) Chef Kolibirama – Sifani Féré chef Gboni –
Bongo Morigbè chef du Koadou, avec toutes leurs troupes, marchèrent à la

159 Ces injures sont confirmées par d’autres traditionnistes, faisant également partie des
informateurs privilégiés d’Yves Person, Bangali Kamara et Karamogho Kuyaté; voir Per-
son 1968 I: 580, note 26.
160 Consommer du vin de palme est un acte de démonstration de sa soumission. Djiguiba
Camara illustre ce rite de somission également p. 61, où Diémory se rend à Kémé Braïma,
avec du de maïs. Pour des pratiques similaires en milieu igbo, voir Ugochukwu 2011.
158 “Essai d’ Histoire locale”

conquête de Sélinca et la capture de chef Gnanenco. Le dispositif compris (voir


croquis)161 le siège dura 7 mois. C’est que le village de Sélinca était le plus for-
tifié du pays un mur massif très haut avec des créneaux, un large et profond
fossé entourant le tout, le village était ravitaillé en riz (2 ans) un tunnel sou-
terrain clandestin menait au marigot son proche. Ainsi constitué Sélinca était
pratiquement imprenable.
Du côté des assaillants retiré[s] dans un pays étranger et hostile, le ravitaille-
ment posait de graves problèmes.

Dans le Bouzié
Kaman Kékoura n’avait jamais pris part à la guerre de Sélinca. Il était resté dans
le Bouzié. On se souvient que Vanfing allié de Kaman Kékoura et ennemi de
Samory avait aidé le chef du Bouzié pour conquérir le Koïma, le Guizima, et le
Ziama. Gbégbé fils de Kaman Kékoura est mort à Orékoro dans la guerre contre
Samory. Celui-ci non confiant envoya Katé Alama et Sana Oulén Koné pour
surveiller Kaman Kékoura. Ce dernier fut attaqué une fois à Kouankan par les
Tomas coalisés, ils furent repoussés.

La bataille
La bataille s’engagea. La cavalerie et la troupe à pied foncèrent. Le corps à
corps fut épouvantable. Le village alerté se mit en position défense. Certains
Tomas réussirent à gagner le village. Mais beaucoup restèrent sur place. Pour la
première fois, Kéoulin voyant la partie en plein jour, intervient alors dans une
guerre ouverte, comme Bakary venait de le faire.
La femme de Gnanenco, Sohoni fit propager que le fourreau de sabre – Gna-
nenco – était enlevé mais que l’arme – le village – restait. Malgré toute la bra-
voure de cette amazone,162 le lendemain Sélinca capitula; les hommes s’ étaient
enfuis.

Conséquences
Le griot Férémory Caba Kourouma fut chargé d’ aller rendre compte à Samory
de la situation présente. Il emmenait avec lui Sohoni et de nombreux captifs à
Kérouané. Le pays fut confié à Koréba Gonto.
Il fallait porter du riz à tête d’homme des pays fort éloignés, en comptant
sur les guets-apens possibles. Souffrant atrocement de la famine après 7 mois

161 Nous n’avons pas eu le croquis à notre disposition.


162 “Amazone” est ici utilisé en analogie avec les femmes guerrières légendaires du Dahomé.
Voir aussi D’almeida-Topor 1984.
version française 159

de siège, Samory fut prévenu de la situation précaire. Il ordonna la prise de


Sélinca à tout prix.

Guet-apens de Sélinca163
Là où la force échouait, il fallait la ruse. Ce qui fut fait. Un conseil composé
de différents chefs fut réuni. Y assistaient notamment tous les Camara com-
mandant les régions, les Kourouma et les principaux envoyés de Samory. À
l’ exception de la voix de Kéoulin, tous optèrent pour un guet-apens. Malgré
l’ opposition du Chef de Simandougou qui opposait des arguments massues:
un pays étranger, calomnie des Tomas à l’égard des troupes samoryennes, les
guet-apens reçurent le suffrage universel.164 Une délégation fut alors envoyée
à Gnanenco pour discuter les préliminaires d’un arrangement. Les assiégeants
ne demandaient à Gnanenco qu’une soumission sur place publique entre les
saniets et les murs.

163 L’épisode est daté de 1886 par Yves Person 1968 I: 583, note 40: “La chronologie de la guerre
de Sélẽnka est assez sûre, car nous savons que le siège s’ est déroulé durant l’ hivernage pré-
cédant la guerre de Sikasso, donc en 1886. […] Le siège doit avoir duré environ six mois [5,
52, 54].”
164 Person 1968 I: 583, note 45: “Cette trahison célèbre fait l’ objet de polémiques qui ne sont
pas encore éteintes entre Toma et Maninké. L’idée en aurait été soumise au conseil des
assiégeants, qui se serait prononcé en sa faveur, à la seule exception de Kyéulè. Ce der-
nier aurait soutenu qu’il ne fallait pas porter atteinte au bon renom de Samori aux yeux
d’étrangers comme les Toma. Le fait est très possible, mais il est ennuyeux qu’ il soit rap-
porté par Dyigiba Kamara, le propre fils de Kyéulè. Il sera d’ ailleurs invoqué quinze ans
plus tard par Kyéulè, rallié aux Français contre Böngo-Mörigbè, qui poursuivra alors la
résistance avec l’appui des Toma.” Après avoir souligné le caractère partisan de Djiguiba
Camara lorsqu’il rend compte de cet épisode, Yves Person cite pourtant intégralement
cette version, qu’il a dû recouper lors d’interviews avec lui, puisqu’ elle est légèrement
amplifiée: “Amara envoya une délégation annoncer à Nyénẽnko qu’ il renoncerait à entrer
dans le village si les assiégés faisaient publiquement une soumission de pure forme. La
cérémonie devait avoir lieu dans le no man’s land, entre les sanyés des assiégeants et les
murs du village. Amara, représentant de Samori, siégeait sur une estrade, et les différents
chefs Maninka, en passant devant lui, se prosternaient pour recevoir sa bénédiction. Nyé-
nẽnko, qui suivait, fut invité à en faire autant car, non loin de là, était apposté un sofa
de confiance, qui devait tirer quand le kélétigi prononcerait certaines paroles convenues.
Quand Nyénẽnko se prosterna, au lieu de prononcer la bénédiction, Amara s’ écria en
arabe: ‘Que Dieu te livre à nous, que tu meures.’ La scène devint ridicule car le sofa ne se
décida pas à tirer et le chef toma, qui ne parlait pas le malinké, resta prosterné, sans com-
prendre pourquoi les choses trainaient. Cependant, Amara s’ énervait: ‘L’heure est venue,
qu’attendez-vous?’ Finalement le bourreau défaillant tira, mais sa charge fit long feu. Nyé-
nẽnko voulut aussitôt fuir, mais Bakari Kuruma réussit à l’ abattre et le cadavre fut décapité
(Récit de [5], Dyigiba, fils de Kyéulè, lequel était présent).”
160 “Essai d’ Histoire locale”

75 Le jour de la fausse réconciliation arrive. Les hommes furent disposés


comme l’indique le croquis. Les malinkés défilèrent et quelques uns d’ entre
eux se détachèrent pour venir se prosterner devant Sifani Amara, l’ envoyé de
Samory. Ainsi devait le faire Gnanenco. Et il le fit. Il le fit si bien que prosterné
devant Amara, celui-ci le bénit. Malheureusement comme Gnanenco ne com-
prenait pas bien le malinké, il ne saisit pas la teneur du discours de Amara que
voici: (I)
Devant la monstruosité de cet assassinat public, on hésitait et Amara appe-
lait sans cesse: “L’homme chargé de Fata Siré tirez ajusta malédiction.”
Le fusil rata. Cela donna l’éveil à Gnanenco et aux Tomas. Soné Ténin Bakary
Kourouma se leva et sans perdre de temps, déchargea son fusil sur Gnanenco.
Sa tête fut enlevée.
REMARQUE: Samory n’approuva pas le guet-apens de Sélinca. Il voulait une
guerre loyale et ouverte. Il en fit le reproche à Sifani Amara qui sera ultérieure-
ment dégradé à leur retour à Kérouané, pour dédommager la femme de Gna-
nenco, il lui rendit la liberté en lui donnant du sel et divers objets pour les
obsèques de Gnanenco.
(I) Que Dieu te livre à nous, que tu meurs[meurre]. Amara s’ adressait aux
siens car la bénédiction avait duré. L’heure est venue: l’ heure est passée, qui
attendez-vous?

Samory dans le Gouana


Pendant que s’opéraient les guerres du Haut Niger (Faranah) et du pays Bam-
bara, Samory s’était retiré à Bissandougou. Ce fut de là qu’ il apprit l’ assassinat
de Macé Gbana qu’il avait imposé qua[?] Gouana. À la tête de sa troupe person-
nelle Gbolo, il passa par Damaro, Doucourella et arriva à ce même Morifindiou
d’où Sadji avait autrefois fui.
Attaques: Il attaqua Fakouroudou dont la population se retira à ce Bokoma
(Côte d’Ivoire) où elle fut poursuivie. Le Chef Oignomorou fut pris, amputé des
membres et abandonné au milieu des morceaux de cadavres. Après la soumis-
sion de toute la population réduite fut transportée à Bissandougou et réduite
en liberté.165 D’autres allèrent dans le Bouré.

Vers la 2° rencontre de Kémé Brahima


Avec les Français en 1882-1883-1886 à Oyo-Vayako.
Samory avait devancé les Français devant Kignédyaran, où il entendit le pre-
mier coup de canon. Il ne resta pas longtemps à Bissandougou. Il entra dans son

165 Il y a une incertitude dans la syntaxe, qui n’est pas correcte en français: soit la population
est “réduite en esclavage” soit elle est “remise en liberté.”
version française 161

ancien état de Diora, rassembla des troupes à Sansando sur le Niger qu’ il fran-
chit à Kignéba. Samory arriva à Tinibiri puis à Siguiri. Il rentra à Balato dans le
Bouré et enleva le village. C’est de Balato qu’on lui apprit la présence d’ un élé-
ment d’infanterie à Sétiguila. Se souvenant la relation faite par un émissaire au
sujet de l’attaque franco-samoryenne à Oyo-Oiyanko près de Bamako, il voulait
arrêter net cette expansion étrangère. La guerre eut lieu à Sétiguila et à Séké-
Nafadji. La troupe française fut encerclée et le siège monte. Durant plusieurs
jours la situation fut critique (I) et la colonne Combes166 alertée vint délivrer
le village. Aussitôt débloqué, les assiégés et la colonne Combes dégagèrent et
se sauvèrent. Samory ordonna une poursuite acharnée et l’ arrestation de la
troupe à n’importe quel prix.
Par une marche forcée et empruntant des raccourcis, la troupe de Samory
vint monter une attaque à Kokorodala dans le lit même du marigot. La perte
du côté Samory fut très élevée (2). Cela donna une colère folle aux sofas. La
poursuite fut alors atroce et impitoyable jusqu’à la perte de Niagassola où exis-
tait un poste | poste français. 76
(I) REMARQUE: Ils y virent le sol granuleux.
(2) Le lit du cours d’eau Kokoro fut comblé de cadavres des sofas résolus à se
faire plutôt massacrer en accomplissant de la promesse faite à leur maître, que
de laisser passer la troupe française. Jusqu’à de longues dates on y retrouvait
des armes des sofas tués.
De loin Samory et les siens virent une maison à étage. Cela les consterna.
Le canon tonnant galvanisa167 l’armée de l’Almamy. Ce fut la panique, le sauve
qui peut (I). Toutefois les Français ne les poursuivirent pas. Mais l’ incertitude
dépêcha la marche. Ils entrèrent à N’Galé à l’ouest de Siguiri où ils se renfer-
mèrent. Ils assouvirent leur colère sur le chef de Gninigo dont ils incendièrent
le village.

Attaque des détachements français à Farako


De N’Galé ils apprirent l’arrivée imminente d’un détachement français. Trou-
vant prudent d’éviter le combat, ils se replièrent pour se rapprocher plus de leur
capitale. Par une marche forcée son frère Manigbè Mory et les siens arrivèrent

166 Antoine Vincent Combes (1949-1913) est un officier des Troupes de marine. Il était Lieute-
nant-colonel lorsque lui fut confiée par le colonel Archinard la campagne de 1892-1893
l’expédition contre Samori Touré avec le régiment des tirailleurs soudanais, dans les ter-
ritoires qui formeront ensuite la Haute-Guinée, pendant que Archinard lui-même luttait
contre Ahmadou dans le Kaarta et le Minianka, ce qui aboutit à la conquête du Macina.
Historique du 2e régiment de tirailleurs sénégalais, 1892-1933 (1934).
167 [ébranla], au contraire.
162 “Essai d’ Histoire locale”

à Farakola (nord Bouré). Exténués, ils se reposèrent croyant avoir devancé la


colonne française. La nuit par un clair de lune la colonne surprit l’ armée de
Samory et fit feu en l’air. Cela alarma la troupe qui s’ enfuit en désordre, lais-
sant tout: chevaux, effets etc…
Par Faragbèni, Famoéla, Balato, il arriva à Kaba dit Kankaba où il rassembla
des troupes fuyardes et convoqua Kémé Brahima.
Manigbè Mory seul resta à la tête de l’armée de Bafa en remplacement de
Nalé Morou Kéïta dont le succès ayant porté ombrage à l’ autorité de Samory
mourut mystérieusement.
(I) REMARQUE: La bataille de Séké Nafadji et celle de Niagassola ont créé
une grande réputation au colonel Combes auprès de l’ armée de Samory.
(2) On prétend qu’il s’était donné la mort au cours d’ une partie de chasse. À
cela on oppose les commentaires suivants: Samory aurait envoyé Dion Konaté
Olén et son sabre Dioufa pour l’assassiner après entente avec les chefs sofas. La
thèse de la chasse vient compléter les détails.

Répartition des forces de Kaba dit Kankaba


Samory répartit son armée:
1. Kémé Brahima reçut l’ordre de se porter dans le pays Kiadou avec rési-
dence à Faraba et d’y exercer son commandement;
2. Bron Brahima ancien chef des sofas de Gouankouno à la tête de ses com-
patriotes alla à la rescousse de Managbè Mamadi dit alors à Farakoro
(Bafa).

Karamo va en France en 1887


Samory fit envoyer son fils en France. C’est ce Diaoulén Karamo168 qui portait
le nom d’un musulman de Nionsomoridougou du nom de Kogné Morifing.

168 Karamo, Karamoko, Karamogho selon les transcriptions. Sur ce voyage diplomatique en
août-septembre 1886, voir Person II: 695 “Dyaulè-Karamogho en France.” Ce thème du
voyage de Karamoko est très célèbre à l’époque; voir le portrait de Karamoko donné
en illustration dans Faidherbe 1889: 417. La thèse d’ Elara Bertho (Bertho 2016: 259-260)
reprend les détails de ce voyage: “Karamoko se rend en France à la suite du traité de
Kenyéba-Kura, que Samori conclut avec les Français – représentés par Péroz et Galliéni –,
afin de pouvoir engager le siège de Sikasso, tout en ayant un front dégagé face aux puis-
sances occidentales (1887-1888). Le prince voyage avec Tournier, capitaine d’ infanterie et
chef de la mission du Ouassoulou, ainsi qu’avec Alassane Dia et Mamadou Racine, d’ août
à septembre 1886: il prend le train, il est accueilli à Paris avec tous les honneurs, il visite la
caserne de la garde républicaine des Célestins, l’école militaire de Vincennes, il assiste
à une revue et est introduit dans les hangars de matériel (où il s’ intéresse au modèle
Kropatschek). Il est amené à l’opéra, à Longchamp, puis il est reçu par le ministre de la
Guerre, le général Boulanger ainsi que le président Grévy. Ce voyage semble l’ avoir beau-
version française 163

Couronnement
Samory avait eu ceci de bon: l’enseignement coranique n’était plus un privilège
réservé à une minorité. Partout il avait institué des Ecoles fréquentées obliga-
toirement par des enfants de sexe masculin.
Malheureusement, le dépaysement était à la base même du recrutement. Le
Konian enseignait aux élèves venant de Kouroussa, les enfants du Ouassoulou
à Kankan.
Samory lui-même s’était perfectionné dans l’ enseignement qu’ il s’ efforçait 77
de propager dans la masse. Il avait par ailleurs acquis un grand prestige sur un
immense pays. Les connaissances islamiques et la possession d’ un vaste terri-
toire devaient contribuer à rehausser sa gloire. Le Turban était la juste récom-
pense de tant de renommée. Aussi fut-il couronné à Bissandougou par Sidiki
Chérif père de Cheick Fanta Mamadi de Kankan en présence des principales
notabilités de son royaume et d’une foule d’élèves coraniques. Les dépenses
furent immenses; Elles portèrent sur l’or, les kolas, les boeufs, les femmes, les
vêtements, les captifs.
A partir de ce moment, Samory prit le nom d’ALMAMY169 (I).
(I) REMARQUE: En pays noir, Karamoko n’est pas un nom propre de per-
sonne. Il désigne tout ce qui dispense un enseignement de quelque nature
qu’il soit. Le fils de Samory portant le nom d’un maître d’ école coranique, fut
dénommé Karamoko comme son homonyme Kogné Morifing.

Retour de Karamoko et la mission Péroz170


Le retour de Karamoko fut annoncé accompagné de la mission Péroz. À Bissan-
dougou ce fut le rassemblement général. L’Almamy voulait montrer sa capitale
dans tout l’éclat de sa gloire. En 1887, la mission du Capitaine Péroz entrait à
Bissandougou avec Karamoko.

Récit de Karamoko a son père


Devant les notables du royaume réunis les griots des quatre points cardinaux
Diaoulén Karamo dans son style laconique parla en ces termes après avoir
invité tout le monde à l’écouter:

coup impressionné, et il est par la suite considéré comme francophile.” Voir le dossier
CAOM/FM/SG/SEN/IV/88-89 bis. D “Voyage de Karamoko” où Tournier demande le rem-
boursement de ses notes de frais, d’hôtels, de voitures, de trains (sur la ligne Bordeaux-
Paris), de cadeaux faits à Karamoko, du dentiste mandaté pour le prince.
169 Sur la prise du nom d’“Almamy,” Prince des Croyants, voir la note relative à la conversion
de Samori, p. 47 du tapuscrit.
170 Marie-Etienne Péroz a largement écrit sur ses missions et a été son propre promoteur dans
le domaine littéraire. Péroz 1891, Péroz 1895, Péroz 1905.
164 “Essai d’ Histoire locale”

“Père un bâton introduit dans un trou peut tromper celui qui le tient.
Quand l’homme lui-même introduit sa main, il ne peut se tromper sur
la nature de ce qu’il vit dans ce trou. Votre triple force avec Hamadou
(Ségou) Tiéba (Sikasso) et toi, ligués ne pourront jamais résister pendant
un jour aux Français.” Samory répondit à haute voix: “Karamoko tu m’as
retiré le monde en affaiblissant mon autorité.”

L’Almamy ne pardonnera pas cette vérité à Karamoko, mais contrairement à ce


qui est répandu, cela ne constitua pas une charge écrasante pour la mise à mort
de ce ½ sang Foulah. D’autres motifs s’ajoutèrent à cet acte de déconsidération
paternelle qui perdirent Karamoko. J’en parlerai en temps utile.171

Un incident durant le séjour de Péroz à Bissandougou en 1887172


Samory qui venait d’être couronné appliquait les premières lois coraniques.
Son épouse Mognouman Gbati Camara avait la tutelle des deux filles de ses
coépouses comme cela se faisait fréquemment en pays noir. C’ est ainsi que
Aminata et Dianka se trouvèrent confiées aux soins de leur marâtre.
Un jour, celle-ci, de bon matin, va apprendre à l’ Almamy que ses deux filles
seraient violées dans la nuit passée par deux jeunes sofas: 1°) Kognani serait
l’ amant de Aminata, 2°) Alaminabah serait celui de Dianka. L’Almamy furieux
fit mettre les accusés aux fers. Elles devaient être jugées par l’ Almamy et les
marabouts de son entourage. Il leur demanda la peine qui devait être attribuée
aux malfaiteurs. Ceux-ci, peu consciencieux de leur devoir et ne parlant que

171 Voir p. 93 du tapuscrit.


172 “Incident,” le terme est faible. Ce double infanticide est abondamment relayé par la tra-
dition. Péroz est l’un des premiers à relater la lapidation des deux filles de Samori, Péroz
1891: 418-419. Yves Person est très prudent, voire ironique, quant au témoignage de Péroz, et
compare entre eux les traditionnistes africains, Person 1970 II: 859, note 44: “Même si l’ on
fait abstraction des fantaisies de Péroz qui de Maryama fait Mori-Nyama, cette affaire n’est
pas très claire. Il y a quelques contradictions entre les traditions. C’ est ainsi que [1] [Sidiki
Konaté] fait de Maryama non la mère mais la marâtre des deux petites victimes. J’ écarte
ce témoignage au profit de celui de Karamogho, fils d’ Ansumana Kuyaté [10] [Karamo-
gho Kuyaté]. [5] [Djiguiba Camara] désigne Aisata sous le nom de Dyãnka, qui signifie
‘bâtard, illégitime.’ Ce nom est parfois donné par les animistes pour détourner le mauvais
sort après plusieurs décès, mais il est surprenant que Samori l’ ait employé pour désigner
l’une de ses filles. La virginité avant le mariage est peu observée au Konyã, si bien que
les ‘quelques paroles tendres’ de Péroz doivent être considérées comme un euphémisme.
Les amants d’Aminata et d’Aisata, Koñyani et Alaminaba, étaient, d’ après leurs noms, des
captifs. C’étaient donc des bilakoro pris à la guerre, et cette circonstance accrut certaine-
ment la colère de Samori. Un notable de son entourage, Morikyè Konaté, aurait fermé les
yeux et il fut châtré pour la peine. Il allait se venger en guidant Humbert en 1892 [5].”
version française 165

de ce qui pouvait plaire au roi, s’inclinèrent sur la volonté de celui-ci. Ils lui
dictèrent la peine de la lapidation. L’Almamy qui n’ avait pas une connaissance
approfondie des textes du coran, mais voulant donner le premier exemple de | 78
vigueur de la loi coranique qu’il venait d’introduire dans ses États et sans
aucune instruction préalable, les deux amants furent mis à mort et les deux
filles lapidées.
Morikén Konaté l’ami des accusés fut castré (I). Cet acte de barbarie reste
retenu à la charge de Mognouma Gbati.
Malgré l’intervention de Péroz, le père resta inflexible et cela porta atteinte
à l’honneur des Français, la mission en souffrit fort. Cet affront va être l’ une
des sources de différends franco-samoryens au départ de Péroz (2). Plus tard
l’ Almamy fut plus renseigné. L’acte d’accusation était dû aux règles qui
tachaient les pagnes et qu’une malpropreté notoire avait empêché d’ enlever.
(I) REMARQUE: Ce Morikén Konaté, en revanche de sa castration va servir
de guide à la colonne Humbert.
(2) Péroz partit mécontent de Bissandougou. L’Almamy déposa sur le che-
min qu’a emprunté la mission française certains cadeaux que celle-ci lui avait
offerts à l’arrivée.

Apogée de la puissance de Samory


Samory se trouvait (1884) à l’apogée de sa puissance. Déjà, depuis 1884 son pres-
tige et les pays occupés n’avaient cessé de grandir. En cette année 1884 Samory
avaient des véritables rois qui commandaient en son nom:173
1. Manigbè Mory son frère commandait le “Foroba Kélé” (I) et résidait à
Banko. Tous les pays bambara et Gbonto vers le Ouassoulou étaient sou-
mis à ses lois.
2. Kémé Brahima, un autre frère, restait à la frontière du royaume de Ségou.
Il avait tout le Kiadou à commander.
3. Managbè Mamadi résidait à Farabakoro pays de Bafa.
4. Lancama Vali était à Mafini Kabaya dans le bas Sankaran. Firia, Soliman,
étant les deux cantons de Fitaba et de Ouré et ce pays de Faraba. Cela
assurait à Samory l’achat de fusils et les approvisionnements divers.
5. Kolélama et Sama Oulén etc… se posaient sur les rives lointaines du Diani
avec résidence à Kouankan.
6. Kéoulén occupait toute la rive de la Makona au Diani.
Ainsi constitué l’état de Samory était à l’apogée.

173 La liste des chefs de guerre de Samori est corroborée par les archives européennes, et leurs
noms sont confirmés par d’autres informateurs, dont Babu Kondé, Karamogho Kuyaté, et
Masama Sangaré. Voir Yves Person qui les relaie en notes, Person 1970 II: 1045, note 9.
166 “Essai d’ Histoire locale”

Il suçait à l’aide de ses tentacules géantes, ces pays qu’ il administrait par
ses représentants. L’hydre vivait tantôt à Bissandougou, tantôt à Kérouané. Il
venait souvent à Sanankoro où demeurait son père Lanfia.
(I) REMARQUE: “Foroba Kélé” était l’armée la plus importante.174
(2) Dénominations diverses: Moutigui – Fama – Almamy175

Altercation de famille
Au cours d’une de ses visites à Sanankoro, le vieux Lanfia eut un vif propos avec
son fils Samory (I). Nous taisons les origines de cette colère paternelle pour ne
nous attendre [étendre que sur?] qu’aux conséquences… Ce qui demeure c’ est
qu’un jour, Lanfia très coléreux se fraya un chemin dans la foule et vint admi-
nistrer un coup de bâton à son fils (2). Celui-ci encaissa.
(I) REMARQUE: Dénominations diverses: Moutigui – Fama – Almamy
(2) Lanfia fut surnommé “Dièrèlaféa,” celui qui se déshonore lui-même.

79 Conséquences
Il commença par malmener les vieux de Sanankoro, les conseillers de Lanfia.
Puis sa colère reporta sur ses frères. Il les manda à Sanankoro et les abandonna
à son père, leur fit part que les fruits de ses conquêtes n’étaient pas un héri-
tage mais une acquisition. La réconciliation eut lieu, les frères s’ étant soumis
devant la force. Ils iront donc à cette hécatombe de Sikasso, assez refroidis en
raison des divergences familiales. D’autre part Samory sentant que ses frères
ne lui inspiraient plus assez de confiance, chercha à renforcer l’ autorité des
fils. Ceux-ci, graduellement, vont prendre les divers commandements. Pour le
moment ses enfants doublèrent les rôles dans l’exercice des commandements
divers:
– Macé Mamadi resta à côté de Kémé Brahima
– Managbè Mamadi resta à côté de Taté Morou Keïta
– Diaoulén Karamo resta à côté de Manigbè Mori dans le “Foroba-Kélé.”

174 Le Foroba était la plus réputée des armées de Samori, constituée des meilleurs guerriers.
“C’est au retour de Samori de Bisãndugu, en 1879, que le Foroba paraît s’ être nettement dis-
tingué du reste de l’armée. La tradition en fait mention pour la première fois l’ année sui-
vante au siège de Kankan [1, 5, 10] [Sidiki Konaté, Djiguiba Camara, Karamogho Kuyaté]”
(Person 1970 II: 1045, note 7).
175 Cette Remarque 2 est mal placée: il n’y a pas de numéro 2 dans le paragraphe. Elle est
reprise dans le paragraphe en tant que “Remarque 1.” Il s’ agit sans doute d’ une erreur de
transcription à la machine à écrire.
version française 167

Causes de la guerre de Sikasso176


Tandis que Managbè Mamadi était vers Sikasso, Taté Morou restait une menace
pour le royaume de Sikasso. Déjà il avait attaqué Dia, autre dépendance de
Tiéba qui envoya un secours. L’armée samoryenne fut battue. Kémé Brahima
prévenu intervint ainsi que Manigbè Mori. C’est alors que Dia fut à nouveau
attaqué. Mais la présence des troupes à Koloni les détourna de cette attaque.
Ils marchèrent sur Siaca, Babemba (frère de Tiéba) retiré à Koloni. Ils lui infli-
gèrent une belle défaite, le poursuivirent jusqu’aux portes de Bagbè.
En revenant, ils passèrent par Dia qu’ils réduisirent en poussière. Chaque
armée reprit sa résidence normale.
Samory avait l’esprit de conquête. Ne voyant personne à qui se mesurer, il
voulut tâter les murs de Sikasso. Déjà le dernier succès de son armée sur Tiéba
à Koloni avait entretenu cette ardeur combattive. Ainsi se disposa-t-il à agir.
Dans cette course à la conquête, il n’était pas jusqu’ au territoire du roi de
Ségou, Sécou Mamadi, qui n’ait pas eu un début d’ invasion (I).
(I) REMARQUE: Légende paralytique.177

Préparation guerre Sikasso178


Les troupes de Samory étaient disséminées sur ce vaste territoire qui ne rele-
vait que de lui. Il fallut donc procéder à un rassemblement. De Bissandougou
partirent des commissions dans toutes les directions. La première centrali-
sation se fit à Ourou (Soudan) Seydou un chef sofa important y fut rejoint,
Manigbè Mory et Managbè Mamadi y accoururent. La troupe fut considé-
rablement grossie. Elle se constitua en plusieurs armées. Dans les rangs des
fusils à tirs rapides dont le commandement fut confié à un chef sofa émérite
Diégbé secondé par N’Golo Traoré. À côté de cela onze fortes armées ayant
à leur tête: 1°) Almamy – 2°) Morinfindiang Diobaté (griot conseiller tech-
nique de l’Almamy) – 3°) Toron Kalifa chef sofa élevé à la dignité de Général –
4°) Manigbè Mory, frère Almamy – 5°) Kémé Brahima, frère Almamy – 6°)

176 Le siège de Sikasso a été une source d’inspiration pour de nombreux écrivains, il symbo-
lise la désunion africaine dans la lutte contre la colonisation, souvent considérée comme
l’une des causes de la victoire des Européens. Voir notamment les pièces de théâtre: Massa
Makan Diabaté, Une si belle leçon de patience (Paris: ORTF, 1972); Djibril Tamsir Niane,
Sikasso (Honfleur: Pierre Jean Oswald, 1971). Ahmadou Kourouma reprend ce thème de
la désunion fatale au début de Monnè, outrages et défis (Paris: Le Seuil, 1990) où Djigui
refuse de s’allier avec Samori.
177 La remarques est obscure: la légende en question n’ est pas explicitée.
178 Voir l’ensemble du chapitre 8 “Sikasso,” Person II. La répartition des kèlètigi, donnée par
Person 1970 II: 785, note 27 est directement tirée de Djiguiba Camara.
168 “Essai d’ Histoire locale”

Alfa, beau-frère Almamy et oncle Karamoko – 7°) Kounadi Kéléba, chef sofa,
élève général – 8°) Man Rouroukélé élève général – 9°) Saragba Moussa con-
seiller Almamy – 10°) Managbè Mamadi, fils Almamy – 11°) Macé Mamadi, fils
Almamy.

81 Marche sur Sikasso179


Ces onze armées avaient leurs troupes à pied et montées. Ils passèrent le Bagbè,
arrivèrent à Diamona dans l’Etat de Tiéba, puis à Fandéïla le grenier de Sikasso,
enfin à Niatiani village fortifié dont il évita expressément l’ attaque; on ne tire
pas sur un lièvre avec la charge d’un éléphant. Ils entrèrent à Bananco, banlieue
de Sikasso. L’Almamy ordonna la reconnaissance de Sikasso qui s’ étendait der-
rière un mamelon. Une armée fut envoyée avec ordre de ne pas tirer. Elle dériva
devant Sikasso.

Le système de défense de Tiéba


La capitale de Tiéba était protégé[e] par un mur.
L’armée après af[v]oir reconnu les lieux se disposait à rebrousser chemin
quand la troupe de Tiéba sortit de l’enceinte. Ayant pour elle la force écra-
sante, elle chassa les éclaireurs samoryens. Quelques uns de ceux-ci entrèrent
à Bananco, précédant de peu les armées de Tiéba. Samory s’ apprêta alors à
la bataille qui devint générale. La guerre dura toute une journée. Le destin ne
décida pas de la victoire.
L’Almamy ne s’était même pas installé quand cette première bataille fut
engagée. L’eau manquait et l’organisation aussi. L’Almamy adressa des sup-
plications pour procurer de l’eau à ses hommes. Le soir le grondement du
tonnerre se faisant entendre, l’armée de Tiéba dut regagner les murs.
Le lendemain les troupes de Samory vinrent devant Sikasso. Ils y construi-
sirent de nombreux saniets de retranchement.
La bataille se livrait à la petite journée. Cela ne favorisait pas Samory et les
siens établis dans un pays étranger où les pertes en hommes ne pouvaient être
comblées. Le ravitaillement rencontrait des difficultés énormes.
Il fit venir Lancaman Vali et ses troupes fraîches du bas Sankaran armées de
“bassa”180 qui faisaient plus de bruit que de mal. Il espérait que la troupe d’ élite
“de la mort” à l’instar des soldats de l’an II181 pouvait faire fléchir la balance.

179 L’itinéraire est confirmé par Person 1970 II: 786, note 24.
180 Sur les détails de fusils de traite qui “faisaient plus de bruit que de mal,” voir Person 1970
II: 789, note 37.
181 Les soldats de l’an II désignent une armée composée de façon hétéroclite, en référence
à l’année II du calendrier révolutionnaire, suite à la levée en masse des hommes de 25 à
version française 169

Le village ennemi de Niatiani gênait l’arrière et le ravitaillement de Samory.


L’Almamy ordonna à Lancaman Valy de briser au passage ce nid de résistance.
Mais il faut l’arrivée de Kémé Brahima pour réduire ce village. Les deux armées
revinrent à Sikasso où la chance restait toujours incertaine.

Mission difficile
Lancaman Valy et Folonka Morou furent chargés de ce qui n’avait pas été fait
jusqu’à présent, de couper le ravitaillement de Sikasso. Il leur fallait se pla-
cer alors entre Daoudabou et Sikasso. C’est à dire entre deux étaux. Les gens
chargés d’ouvrir la route. Un combat acharné se livra alors. Pour cette fois, la
troupe fraîche de Lancaman Valy remporta un succès tel que Tiéba fut refoulé
dans ses murs avec force pertes.
Les combats se livraient des deux côtés soit alternativement soit simulta- 82
nément. Mais jamais le sort ne se prononçait. La trahison commençait à per-
cer. Tiéba était renseigné sur tout et tous par l’agent secret Faraba Laye182 qui
faisait partie du conseil de guerre de Samory. Ils agissaient par surprise atta-
quant brusquement une armée avant l’intervention des autres. C’ est ainsi que
la IIème armée perdit son chef Macé Mamadi, fils de Samory (I). Lancaman
Valy subit plus tard le même sort. Manigbè Mory fut blessé et emporté dans le
mur de Sikasso où il mourut.183

30 ans en 1793. Cette comparaison avec les mythes républicains français est intéressante
puisque Djiguiba Camara prouve ici ses connaissances de l’ histoire de France.
182 Faduba Konaté, selon Yves Person. Sur la mort de Macé Mamadi, Yves Person livre la ver-
sion de Djiguiba Camara, en regard de celle de Karamogho Kuyaté: “Masé-Mamadi fut tué
et sa femme, Bo, capturée, sera épousée par Tyèba. Deux versions courent sur sa mort.
Selon l’une, ses échecs devant les sanyé de Babèmba l’ avaient fait traiter de lâche par son
père. Aussi, quand les gens de Sikasso l’attaquèrent, il refusa de fuir [5] [Djiguiba Camara].
Selon l’autre version, les Sénufo attaquèrent de nuit le sanyé de Masé-Mamadi, qui dor-
mait. Il périt asphyxié dans sa case incendiée [10] [Karamogho Kuyaté]. A la suite de ces
échecs, Samori fit exécuter un membre de son conseil, Faduba Konaté, qui aurait com-
muniqué à Tyèba les décisions les plus secrètes et aurait été responsable, notamment, du
désastre de Bafagha [5]” (Person 1970 II: 793, note 69).
183 Sur la mort des frères de Samori, voir Person 1970 II: 794, note 75. Après avoir rapporté la
version de Djiguiba Camara, l’historien se fait très critique sur le récit qu’ en a donné Péroz:
“La scène grand-guignolesque où Péroz nous peint Tyèba faisant déchiqueter les frères de
Samori durant toute une journée paraît n’être qu’un artifice littéraire (Péroz 1895: 124). […]
Les têtes momifiées et décorées de Kémé-Brèma, Manigbè-Mori et Lãngamã-Fali seront
offertes par Tyèba à Archinard en Décembre 1890. Sur le sort de ces sinistres trophées, cf.
Méniaud 1932, I, p. 447.” La tradition et les témoignages africains servent ici à relativiser
les récits français de l’époque coloniale, Péroz étant par ailleurs régulièrement moqué par
l’historien.
170 “Essai d’ Histoire locale”

Ainsi, chaque jour, Samory voyait se détacher de lui ce qui formait l’ essence
même de son armée.
Kémé Brahima succomba dans un guet-apens. Manigbè Mory avait suc-
combé; Lancaman Valy son fidèle conseiller, son fils Macé Mamadi avaient
disparu.
Pour la première fois de sa vie, l’Almamy commença à douter de sa force et
de celle de son étoile.
Binger184 à son passage à Sikasso, conseilla aux belligérants de cesser ce car-
nage. Non seulement Samory n’accepta pas, mais il lui demanda son appui pour
l’ obtention de quelques fusils dont il avait apprécié le rendement à l’ arrivée
de Karamoko et le résultat obtenu à Sikasso. Le Français continua son voyage,
laissa aux prises les partis adverses.
(I) REMARQUE: Ce fils avait fait l’objet de réprimandes paternelles quelques
jours avant l’attaque de son saniet. C’est pourquoi il veut mourir [plutôt] que
de fuir devant la seconde attaque des armées de Tiéba. Son corps fut transporté
à Sikasso accompagné de sa favorite Boh qui n’a pas voulu l’ abandonner même
pas après son dernier soupir. Elle est devenue l’épouse de Tiéba.

La cueillette de l’oseille185
Pendant ses neufs mois de siège devant Sikasso, Samory eut un rhume cérébral.
Il demanda à Kariata sa cuisinière une soupe d’oseille qui devait guérir son mal.
Celle-ci regretta l’éloignement de Sanankoro où elle aurait la facilité et [aurait
pu] satisfaire le désir ardent de son mari.

184 Louis Gustave Binger (1856-1936), comme de nombreux autres officiers coloniaux, a écrit
sur ses missions en Afrique: voir pour sa rencontre avec Samori Touré et ses tractations
diplomatiques, les cinq premiers chapitres de Binger 1892. Au moment de sa rencontre
avec Samori Touré, Binger était en mission d’exploration topographique et non pas à la
tête d’une colonne militaire. Binger était parti de Bamako en février 1897 et arrivé à Kong
un an plus tard. Samori Touré fondait de nombreux espoirs sur l’ aide militaire des Français
dans sa lutte contre Sikasso – ce que Binger lui refuse.
185 Cet épisode de la guerre de Sikasso pourrait paraître improbable, d’ autant qu’ il n’est
relayé par aucun autre informateur. Néanmoins, Yves Person semble le légitimer, en le
rapprochant du témoignage du Major anglais Festing: “Manigbè-Mamadi fait désormais
figure de favori et a inspiré la tradition orale. Selon [5], Samori, durant le siège avait souf-
fert d’un ‘rhume cérébral’. (Festing confirme qu’au début de mai, il avait la fièvre et se
trouvait assez mal). Sa femme, Kariata, manifesta tout haut le regret de ne pas être à Bis-
ãndugu où poussait dans son jardin du da (= Hibiscus saboariffa) remède efficace. Or un
jardin de Tyèba, dans le bas-fond, au sud du Dyõfuru, contenait du da. Manigbè-Mamadi
qui avait entendu Kariata, prit l’initiative d’aller récolter le da sous le feu de Sikasso. Il fal-
lut repousser une sortie et la bataille de l’‘oseille’ (Da-Kèlè) fut particulièrement sanglante.
Samori se serait montré fort sensible au zèle de son fils” (Person 1970 II: 794, note 82). Sur
le major Festing et sa rencontre avec Samori Touré, voir aussi Person 1967.
version française 171

Dans la région où demeurait l’empereur, seule la reine de Tiéba possédait


l’ objet de la convoitise dans son jardin.
Les conversations se déroulaient en présence de Managbè Mamadi Touré
second fils après celui tué à Sikasso, de l’Almamy venu dans la case de son père
y traiter quelques affaires de guerre.
Poussé par l’amour paternel, il alla aussitôt organiser une attaque de sofas
dirigée par lui-même. Le hardi se dirigea vers le jardin de Sénie (reine de Tiéba)
d’où ils furent aperçus par la troupe de Tiéba qui couvrait sur la place pour
les empêcher de cueillir les légumes de leur maîtresse. La rencontre des deux
armées sur un terrain à découvert donna lieu à un combat sanglant. Les armes
de toutes espèces furent maniées.
Les détonations de fusils dominaient tout ce bruit infernal Samory dans sa
case était heureux de l’acte de son fils sur qui il pouvait déjà compter. En même
temps il attira l’attention de sa femme Kariata provocatrice d’ une telle initia-
tive.
La troupe de Tiéba perdit beaucoup d’hommes tandis que les guerriers de
l’ Almamy rejoignirent leur camp, satisfaits.
CONCLUSION: Cette bataille compta durant le siège parmi les plus sangui-
naires.

1888-1889 Création d’un poste à Siguiri conséquences 83


Il n’avait pas encore entamé Sikasso. Son ravitaillement manquait. La morta-
lité fait de grand[s] ravage[s] dut [dus à] de la famine et de la guerre. Le moral
lui-même était bas et l’existence était incertaine comme le dénouement de la
guerre. De Bissandougou une dépêche lui fut envoyée par laquelle Sarankén lui
apprenait la création d’un poste à Siguiri.
Découragé par l’issue de la guerre et inquiété par la présence des troupes
françaises aux portes de son royaume, Samory sentit que la chance ne lui était
pas favorable. Les Foulahs du Ouassoulou lui coupaient le ravitaillement. Ces
Foulahs avaient aussi [réussi] à faire propager dans le pays la mort de Samory
en expédiant des cendres aux régions soumises, ils rapportaient que Morin-
findiang son griot et son fidèle conseiller lui avait succédé. Tous ces bruits
soulevèrent le pays et produisirent une véritable révolution.

Fin du siège
Le ravitaillement étant coupé, le pays à [de] Samory étant soulevé, Samory
préféra abandonner le siège. Toutefois par bravoure186 il invita Tiéba à venir

186 L’admiration de Djiguiba Camara pour Samori est ici manifeste. Ce défi, tel qu’ il est rap-
porté dans “Essai d’histoire locale,” est cité par Person 1970 II: 794, note 81.
172 “Essai d’ Histoire locale”

se mesurer à lui à Bissandougou. Le roi de Sikasso, ironique, se contenta de


lui répondre: “Je n’ai pas l’esprit de conquête, mais celui de mon bien que je
défends. Venu avec la certitude d’avoir ma tête, tu retournes presque amputé
de tes meilleurs éléments. Cela me suffit.”

Retour
Samory rentra à Foulinkoro où il laissa Managbè Mamadi en arrière-garde avec
mission d’arrêter les troupes de Tiéba en cas de poursuite. Il rappela Fila Kali
de Kigné qui vint grossir la première armée dont le commandement revenait à
Samory.
Le village foulah de Diarakourou fut enlevé. Le retour inopiné de Samory
emmena tous les foulas à se retirer à Sanarouroulala. Samory y marcha. Il
y fut précédé par le Foulah Nissia Toumani qui avait des intérêts humains
dans le retranchement. Celui-ci y entra, y fomenta des troubles dans la trahi-
son.
L’histoire de la mort de Samory accréditée dans le pays fut abandonnée
devant le fait. Une délégation secrète guidée par Toumani reconnut l’ erreur en
voyant Samory.

Attaque de Sanarouroulala
Au moment de l’attaque les traîtres passèrent du côté de Samory et le vil-
lage tomba sans grande résistance. Il n’y eut pas de quartier pour les captifs
qui furent tous décapités. De Sanarouroulala, une partie des bandes de sofas
allèrent dans tout le Ouassoulou. Ils devaient agir sans pitié pour châtier les
rebelles et venger la trahison du Foulah Faraba Laye.
De son côté, Samory suivit une armée, continua sa marche triomphale vers
Niaco. De là, il détacha des sofas en nombre suffisant pour aller réprimer les
incursions de Kolonkalan, de l’Amana, du Balia. À leur tête était un Diaoulén
Karamo. Bilali commandant d’une troupe fut chargé de se porter vers le San-
karan avec résidence à Hérémakono (aujourd’hui poste de Douane).
Sanou Oulén et Téninsouo Caba Konaté allèrent vers le pau[y]s kissien à la
poursuite de Dala Oulenni, chef Douako qui s’y était réfugié.
Morifindian secondé de Faraba Missa Lancamandji marchèrent sur les Koné
de Béla-Faranah avec objectif principal le repaire de Boronkéndougou.
84 Fila Kali, Balakoundiolo, Nanfarima Paté furent chargés d’ attaquer le
Simandougou au nord-ouest et au sud-ouest. Ainsi trois divisions se formèrent
au sud-ouest. Paté fut battu par Maténin Diarra Camara chef d’ une troupe char-
gée par Kéoulen de défendre Dianfolodougou et le Kosséïno.
Au nord-ouest, Fila Kali guerroya contre Kéoulén. Là les armées de Samory
heureuses remportèrent un succès et Damaro fut incendié, les habitants se
version française 173

retirèrent à Kolikoba dans la montagne puis ils suivirent la ligne de crête et


marchant vers le sud arrivèrent à Foundougou, puis à Missadougou.
Au nord-ouest, l’armée faute d’aliment rebroussa chemin. Tandis que Fila-
kali rentrait auprès de Samory à Niacou les autres poursuivirent les Camara en
direction de Missadougou.

Coalition
D’une part tous les Camara de Simandougou, Guirila, Mahana avec leurs mara-
bouts de Missadougou, Touréla, Doukourella, Niéla se groupèrent à Niala qu’ ils
fortifièrent.
D’autre part: les habitants de Diakolidougou et Beyla restés fidèles à Samory
avec les guerriers de l’Almamy, Bala Koundiolo et Sifani Amara.

Guerre de Niala
La guerre de Niala eut lieu à Niala. Les partisans de Samory furent battus à
Niala et poursuivis jusqu’au mur de Diakolidougou. Si à ce moment-là, les par-
tisans de Samory avaient été attaqués, Diakolidougou aurait été pris portant
ainsi un grand coup au prestige de Samory. Mais on préféra attendre le lende-
main, ce qui donna le temps aux fuyards de se reconstituer. Le lendemain, les
assaillants furent assiégés devant Diakolidougou. Le siège trainait en longueur.
La situation désespérée des partisans de Samory leur fit demander du secours
à l’Almamy resté à Niaco.

Marche de Samory sur Diakolidougou


Par une marche forcée, Samory vole au secours de Diakolidougou. En arri-
vant devant ce village Samory fit sonner tous les instruments de musique. Cela
sema une grande terreur parmi les assiégeants. L’armée samoryenne opéra de
deux côtés: à l’extérieur de l’enceinte, puis à l’intérieur. Pris entre deux feux,
les hommes ne résistèrent pas. Ils se retirèrent en désordre vers Missadougou.
C’est la chasse jusqu’à Missadougou.

Échec devant Missadougou


Les troupes commandées par Samory échouèrent devant Missadougou. Ils en
furent chassés.
L’Almamy resta le dernier à franchir le Dion, rivière à côté de Missadougou.
Il fut rejoint par Kéoulén et un de ses suivants au bord du Dion. Le suivant
s’ apprêtait à tirer sur Samory quand Kéoulén l’ arrêta. Cela sauva la vie de
Samory qui cependant n’avait pas épargné de vies humaines pour assouvir son
ambition.187 Ainsi Samory échappa. Les gens de Samory se retirèrent sur l’ autre

187 Ici, Djiguiba Camara prend soin de souligner que son père, Kéoulén a sauvé la vie à Samori
174 “Essai d’ Histoire locale”

rive et ceux de Missadougou sentant la force écrasante de Samory massée de


l’ autre côté du fleuve se retirèrent de Missadougou. Kéoulén et les siens, pas-
sant par Bokoma, le Karagoua, revinrent à Boola.
Massabory et les siens passant par le Goye allèrent à Borotoula dans le Barala
(Côte d’Ivoire).
Moricomala chef de Missadougou fut fait prisonnier par Samory qui lui
laissa la vie sauve.
Aucune poursuite contre Kéoulén ne fut intentée en reconnaissance de son
acte devant le Dion à côté de Missadougou.

85 Poursuite des Fuyards


Samory traversant le Guirila arriva à Goye Soba dans le Goye [en] 1889.
Armée de Morifindiang – Samory.
L’armée de Morifindiang n’eut pas de succès devant Bronkéndougou alors
défendu par des Koné; les principaux guerriers de Samory furent tués ou faits
prisonniers.
Lancamadji, Farba Missa, furent faits prisonniers et décapités. Kounadi
Kéléba fut fait prisonnier.
Le dernier gracié et envoyé à Moussadougou revint avertir les Koné de la
présence de Samory en tête d’une puissante armée et de sa prochaine arrivée.
Bronkéndougou fut évacué aussitôt. De fait, l’armée de Samory arriva et ren-
tra à Goessoba.
Elle y fut rejointe par Morifondiang qui fut chargé de soul[m]ettre le Goye
et d’aller cueillir Massabory à Borotomo.
Toute résistance des révoltés se trouvait anéantie et leurs chefs dispersés.
Massabory poursuivi dans le Barala y succomba des suites d’ une blessure.
Quoi que non tombé, vivant dans la main de l’ armée de Morifindiang son
corps fut exhumé et la tête enlevée et portée à Samory.188

Touré: on voit bien comment il construit son père comme une figure morale à par-
tir de ce moment-là. Il s’agit donc d’un tournant dans le texte, alors qu’ auparavant,
l’admiration pour Samori Touré et sa résistance contre les Français dominait les descrip-
tions.
188 La mort de Massabory, lors de la “Grande révolte,” est rapportée par Yves Person, qui
cite Djiguiba Camara comme source: “Les fuyards s’étaient divisés en deux groupes pour
gagner le Barala. Le vieil Ulasé et Masabori gagnèrent Dyala en litière. Le chef du Girila
y mourut peu de jours après son arrivée tandis qu’Ulasé, livrés aux gens de Morifiñdyã,
fut décapité sur-le-champ. On exhuma le cadavre de Masabori pour lui couper la tête.
Dugugbè-Kaba, avec Mamudu-Syé et Wau-Tyègbana, s’ étaient installés à Toranu d’ où ils
s’enfuirent ensemble vers Borotu [5]” (Person 1970 II: 1134, note 215).
version française 175

Malheureusement, cette victoire n’allait pas être couronnée par [des] ré-
jouissance[s], puisque pour la première fois, Samory allait être frappé de la
nouvelle de la révolte de ses fils.

Révolte des enfants de Samory


Les principaux étaient dans l’ordre de la naissance:
1° – Managbè Mamadi chef de l’armée de Bafo, chargé de contenir l’ armée de
Tiéba
2° – Diaoulén Karamoko chef de l’armée de Baléa, Kalankalan, Amana
3° – Moctar, Kémé Mory (encore jeunes ne pouvaient donner un concours au
père), Sarankén Mory plus jeune encore.
Samory avait résolu de faire de Sarankén Mory son héritier, or on sait qu’ après
la guerre de Sikasso, Sarankén Mory était le 5ème fils.
Tous les frères de Sarankén Mory se voyant dépossédés en faveur de leur
jeune frère, se révoltèrent.
Les griots de ses enfants, surtout ceux de Managbè Mamadi n’était pas pour
apaiser le dissentiment créé dans la famille de l’ Almamy. Ils créèrent ainsi des
haines sourdes aux conséquences néfastes. Ces griots, au nombre de 33 vont
jusqu’à composer des termes injurieux à l’égard de Samory. Managbè Mamadi
forma une coalition contre son père.
De Goyessoba (Beyla), Samory apprit l’acte insurrectionnel de son fils et
revint à Niako. L’armée de Mamadi ne voulut pas marcher contre l’ Almamy
et le rejoignit à Niako. Mamadi abandonné se vit dans l’ obligation d’ aller
demander l’intervention des musulmans de Samatiguila (Côte d’ Ivoire) en sa
faveur. Les marabouts vinrent à Niako avec toutes leurs escortes. Ils adressèrent
des prières au père pour excuser le fils dérayé. Après beaucoup de palabres,
Managbè Mamadi eut la vie sauve. Tous les griots qui insultèrent l’ Almamy (2)
furent décapités; Mamadi fut mis aux fers de 1890 à 1898 un peu avant la prise
de Samory. Ce n’est qu’après les règlement de ce conflit que l’ Almamy vint à
Bissandougou, son ancienne résidence.
(I) REMARQUE:189 Cette décision grave dictée par une vision qu’ il fit à son
retour de Sikasso on [où] reposait ses meilleurs collaborateurs lui occasionna
de vifs regrets.
(2) Genre d’insultes: Sériba Bologbè “Sériba à mains blanches.”190 86

189 Il n’y a pas d’appel de note (I) dans le texte. Se réfère sûrement à “Samory avait résolu de
faire de Sarankén Mory son héritier.”
190 Voir sur l’albinisme partiel de Samori Touré aux avant-bras, Person 1962. Cette dépigmen-
tation partielle (vitiligo) est attestée par Yves Person (notamment p. 175), qui ajoute: “Les
176 “Essai d’ Histoire locale”

Actes de soumission
L’échec devant Sikasso, la rébellion de Managbè Mamadi, les guerres à la
longue trop coûteuses pour le pays avai[en]t fortement diminué le prestige de
l’ Almamy. Il avait fallu une cruauté sans précédant devant Diakolidougou pour
inspirer la peur parmi les populations et pour provoquer les actes de soumis-
sion. Ce que l’Almamy ne pardonna pas à son fils Mamadi, comment pouvait-il
le pardonner aux autres?
Aussi les notabilités du pays devancèrent-ils l’intervention de la force armée;
ils se soumirent pour éviter les ssages[saccages?] de leurs biens. Ils envoyèrent
les délégations à Bissandougou.
L’Almamy accepta l’offre; il invita chaque plénipotentiaire à envoyer à
Sanankoro (Kérouané) son premier fils:
1. Koné Manfing de Konokoro envoya Mindjara
2. Namin Diagba envoya Kagbè Silé
3. Kaman Kékoura de Bouzié envoya Siagbè Kékoura (cercle Macenta)
4. Kéoulén se présenta en personne (cercle Beyla)
5. Minsey de Djibolama (Bouzié) envoya son frère Gbèrè
6. Konianko et Mandou envoyèrent des délégués
Au cours de la cérémonie de présentation à Sanankoro, Samory désigna offi-
ciellement son 5ème fils Sarankén Mory comme son successeur éventuel, en
tous cas comme héritier direct. Il fit de magnifiques présents au fils de chaque
chef.
Ceux-ci s’en retournèrent dans leurs Etats. L’Almamy préféra garder Kéou-
lén qui était le principal noyau de résistance et le fomenteur de troubles.
Le fils de Vanfing Doré, Moricomala était captif depuis la prise de Missadou-
gou. Après avoir mis de l’ordre dans le pays, Samory se retira à Niako.

Réorganisation de l’armement
Il n’avait pas été victorieux devant Sikasso, du moins y acquit-il une grande
expérience militaire. Il comprit que le matériel était plus à renforcer que les
hommes, que le fusil était plus opérant que le sabre, que l’ armée avait plus
besoin de fusil que d’arme blanche, que les fusils gras venus de France par
Karamoko étaient plus conformes que n’importe quelle autre arme de cette
espèce.

Malinkés qui appellent Bologbè les personnes présentant cette particularité leur prêtent
volontiers des pouvoirs surnaturels.”
version française 177

Bijoutiers – armuriers
Siaki Caba était son bijoutier émérite. Il avait accompagné Karamoko jusqu’ à
Saint-Louis et avait acquis beaucoup de pratique dans l’ observation d’ armes
européennes de tout genre. Examinateur consciencieux et reproducteur fidèle,
sa technique rudimentaire savait suppléer dans une grande mesure à la défec-
tuosité de ses outils. Il était aidé dans sa tâche par d’ autres bijoutiers non moins
experts, Kanaman et Karifala Kourouma.
Tous s’étaient spécialisés dans la fabrication des pièces de rechange, ils
avaient acquis graduellement une certaine dextérité et de la pratique étaient
sorties les premières armes copiées sur les modèles européens, les rayures héli-
coïdales et la matière première seules présentaient quelques défauts.
Après donc la guerre de Sikasso, Samory par l’ entremise de Siaki Caba va
intensifier cette production.
Des bijoutiers furent placés sous les ordres du chef de village de Téré (cercle
Kankan). Le village devint très industrieux, [très populeux, la main d’ oeuvre]191
absorbant une grande quantité de | un grand nombre de travailleurs. 87

Fabrication
Plusieurs équipes étaient formées, chacune ayant une besogne déterminée.
C’était le système du travail à la chaîne, chaque groupe se spécialisant dans
une fabrication bien définie.
1. Extraction: elle était assurée par des forgerons ou bijoutiers établis sur les
versants de la chaîne de montagne192 au bout duquel était bâti le village
de Téré. La condition essentielle de résistance de l’ arme était envisagée;
il fallait réduire au possible les matières étrangères contenues dans le fer.
2. Fabrication des pièces: (voir plus haut)
3. Retouches: Les travaux de retouches revenaient aux dirigeants de l’ arme-
ment (Siaki Kaba et ses compagnons). Ils rectifiaient les erreurs des
ouvriers.
4. Remontages: Procédaient au remontage.
5. Cartouches: Au début, les douilles n’étaient que des produits de récupé-
ration que les Français laissaient sur les champs de bataille. Plus tard on
devait faire venir le cuivre des pays cop[t]iers (Libéria, Sierra-Leone) et
reproduire les anciens modèles. Les armes seulement échappaient à la

191 Réécrit au tapuscrit sur une première version, très peu lisible.
192 Il y a une longue histoire d’extraction du fer dans les chaînes de montagnes de Haute-
Guinée, notamment les monts Simandougou, au pied desquels est situé le village de Dji-
guiba Camara, Damaro. Il existe encore aujourd’hui des exemples de monnaies de fer
(guinzé) dans la région, datant de l’époque précoloniale.
178 “Essai d’ Histoire locale”

réglementation de la fabrication locale. Les dioulas ambulants se char-


geaient de cette fourniture.
6. Résultats: Tant bien que mal 5 fusils se trouvaient prêts à tirer chaque
semaine. L’armée fut ainsi dotée d’armes adaptées à la circonstance et
sans trop faire d’appel à l’extérieur. L’Almamy pourvoit ses hommes
d’engins perfectionnés.

Situation en 1891
La situation en 1891 était la suivante:
1ère armée: Morifindian dans la Karagoua et Côte d’ Ivoire
2ème armée: Diaoulén Karamo dans le Sankaran Kolonkaran Amana
3ème armée: Ténin Sano Caba dans le Kouranko-Kissi
4ème armée: Bilali dans le bas Sankaran (vers Faranah)
Dans cette situation Bilali jouait le rôle d’intermédiaire. Placé jusqu’ à la
limite de l’État de Samory et de la frontière anglaise à Hérémakono,193 il devait
assurer la facilité du troc pour procurer des armes à l’ armée. À cet effet, une
armée de chasseurs commandée par Tangbo Oulén était chargée de tuer les
éléphants dont les défenses servaient aux échanges au même titre que l’ or, les
boeufs et du caoutchouc.
Les mines d’or de Siguiri ne faisaient pas encore l’ objet d’ exploitations régu-
lières. Les bijoux des femmes du pays furent récupérés pour l’ acquisition des
armes. Le Fouta était un réservoir de bêtes. Samory en fit plutôt une amie. Il sol-
licita son secours en bêtes lesquelles devaient servir au troc en Sierra-Leone.
La récolte du caoutchouc du Sankaran et du Toron était assurée par les vil-
lages de cette région.
5ème armée: Samory Haute Guinée (Bissandougou). Samory depuis la créa-
tion du poste de Siguiri n’était pas en bonne relation avec les Français.194
D’autre part, il venait à peine d’achever la répression des régions révoltées
pendant la guerre de Sikasso. Il s’occupait activement de la réforme de son
armement pour répondre aux besoins nouveaux de la revanche qu’ il comp-
tait prendre contre Sikasso, et non pour la marche contre les Français. Il était
aussi bien renseigné sur ses hommes, sur la puissance française. Mais ce qu’ il
ne pardonne pas, c’était son échec devant Sikasso.

193 Il s’agit de la frontière avec la Sierra-Leone.


194 Le fort de Siguiri est construit en 1887 et le poste est créé en 1888.
version française 179

Samory et les Français 88


Déjà en 1890 les Foulahs du Ouassoulou s’étaient emparés de sa femme Tiranké
Touré. Elle fut remise aux Français à Siguiri. Par mesure de complaisance, le
Chef de poste de Siguiri envoya Tiranké Touré à Samory par l’ intermédiaire de
l’ interprète Samba Diawara. Cet acte ne changea en rien les mauvaises disposi-
tions de Samory. En 1891, la colonne Archinard rentrait à Kankan où son héritier
Sarankén Mory s’initiait aux secrets de l’Islam sous la conduite de maîtres
éclairés.

Ouverture des hostilités Franco-Samoryennes


Samory se trouvait à Diené Marina. C’est de là qu’ il apprit l’ arrivée de la
colonne Archinard à Kankan. Il se porta au secours de son héritier Saranké
Mory avec la ferme volonté de limiter la propagation française sur les rives du
Milo.
L’armée de l’Almamy avait essuyé plus d’un échec en rase campagne dans
les attaques de Oyo-Oyo (1883-1884) de Séké Nafadji (1885-1886) de Niagassola
(1885-1886).195 La colonne Frez, dans une poursuite acharnée lui avait infligé
une déroute sans précédant en 1886 à la rivière Kokoro.
Aussi se livra-t-il à la guerre par surprise qui, selon lui, devait porter se fruits.
Tandis que Saranké Mory se sauvait de Kankan occupé par Archinard, Samory
volait au secours de ses administrés. De Tini-Oulén il adressa à son armée et
aux descendants de Farin-Kaman un ordre de[du] jour suivant: “Les Blancs,
ces poissons de la mer veulent nous assujettir et soumettre le pays relevant (I)
autrefois des descendants de Farin Kaman, [je] suis avec vous, le gardien de ce
pays où les miens sont venus s’établir et nouer avec les Camara des liens conju-
gaux! Avec vous, nous défendrons le sol de nos aïeux, et en disposerons à notre
guise en l’absence de toute puissance étrangère. Pour le salut de ce pays, je vous
convie au combat.”
REMARQUE: (I) Les principaux chefs de ce temps étaient des Camara, Kou-
rouma de la région sud de Sanankoro.
Il organisa la surprise et attendit de pied ferme l’ armée française qui venait
de franchir le Milo.
La surprise ne produisit pas d’effet. L’échec de l’ Almamy fut total son armée
se replia vers le cours d’eau Kambélénko où elle fut repoussée après de fortes
pertes.
L’armée de l’Almamy vint à Sana puis à Diamancodala où elle établit une
résistance. Là encore, elle est repoussée et l’armée française précipitant la

195 “faux,” notation manuscrite, certainement d’Yves Person.


180 “Essai d’ Histoire locale”

marche arriva à Bissandougou, évacué. Ainsi une des capitales de Samory tom-
bait entre les mains des Français (1891).
À la tête de cette armée, d’élite, deux chefs, son fils Mouctar et N’Goto Traoré.
D’un autre côté, Samory chargeait Morifindian de faire des guerres dans le
Oulada (cercle de Kouroussa) pour ravitailler son armée. Lui-même était à Gba-
nankoura (Kankan) et changeait souvent de résidence.
Des petites excursions avaient lieu entre les occupants du poste de Kankan
et Samory attaqué à Ourimbaya où le boubou de Samory conservé au musée
d’histoire fut pris.196

1892
La colonne Humbert venant de Kankan avait pour objectif la seconde capitale
de Samory. Celui-ci était alors à Mounou dans le Goundo, près de Komodougou
où il opposait une vive résistance aux avants-postes.
L’armée française non prévenue tomba dans l’ embuscade de Diamani Sam-
bé. Pour donner à Samory fortes chances de réussite, les chasseurs d’ éléphants
y prirent part, ils grimpaient sur les arbres pour attendre l’ armée française.
C’étaient d’excellents postes de guet-apens et non de combat. Mais les pauvres
chasseurs n’appliquaient que le système de la chasse à l’ éléphant. Ils eurent
89 tort sans doute, une fois repérés par l’armée | l’ armée française les abattant
de système puisqu’ils n’avaient pas la liberté de mouvement dans les branches
des arbres où ils se posaient en cibles immobiles. Le combat de Sambé fut très
meurtrier et Kotén Alama qui avait juré que tant qu’ il serait dans l’ armée de
l’ Almamy les Blancs ne passeraient pas, y fut tué avec bon nombre de ses sofas.
L’échec devant Somi-Dala refoula les troupes samoryennes vers Sanankoro.
L’Almamy alla s’établir défensivement devant Gbaratoumou (à côté de Sanan-
koro) la capitale.
La garde du guet de Gbaratoumo était confiée à un groupe placé sous les
ordres d’un déserteur197 de l’armée française qui se faisait passer pour un Lieu-
tenant. Il organisa la défense et ordonna de ne tirer qu’ à son commandement.

196 Au Musée de l’Armée, aux Invalides, à Paris, est effectivement exposée une “tunique de
guerre,” mais elle est attribuée à son fils, comme l’ indique le carton explicatif: “Cette
tunique richement ornée de plaques d’argent est saisie sur Sarankegny Mori lors de la
capture de Samori et sa cour par les Français à Guélémou (actuelle Côte d’ Ivoire), le 29
septembre 1898. Don du Colonel Audéoud, 1899.”
197 La réintégration, dans l’armée de Samori, de déserteurs de l’ armée française n’est pas
un fait isolé. Voir p. 92-93 du tapuscrit: d’anciens tirailleurs de Mamadou Diallo (Ahmet
Aïssata pour les archives françaises) sont capturés par Ngolo pour servir d’ instructeurs à
l’armée samorienne.
version française 181

Une rafale accueillit l’avant-garde française et Diaoulén Karamo fut chargé de


recueillir les butins des Français en cas de succès. Du haut d’ une éminence
l’ Almamy pouvait embrasser l’ensemble des opérations. L’ engagement fut de
courte durée. Les sofas furent repoussés et le prétendu Lieutenant mourut avec
les hommes de son groupe.
L’Almamy fut acculé dans sa capitale de Sanankoro d’ où il s’ échappa de jus-
tesse pour venir se retirer dans les fortifications de Kérouané.
L’Almamy tente une dernière résistance en s’ enfermant dans ses murs de
Kérouané avec ses armées. Sanankoro et Hérémakono avaient subi l’ échec.
Toutefois un conseil clandestin de ses principaux Chefs sauva la vie à des
meilleurs gens réduites à recevoir des coups de canons sans en donner. Kérou-
ané fut évacué. Les habitants de ce village se sauvaient dans la direction de
marche de la colonne. La décision du conseil clandestin rapporte sur les ins-
tances de notabilités obligea Samory à évacuer Kérouané avec son armée. À ce
moment, se sentant seul pour la première fois, Samory regretta l’ absence de ses
frères Manigbè Mory, Kémé Brahima, de son griot Lancaman Faly Fina tués à
Sikasso.
Tandis que la colonne française apparaissait à l’ horizon, l’ armée des sofas
évacuait Kérouané pour éviter le combat. La capitale de Kérouané tombait
entre les mains des troupes françaises sans aucune résistance.
Au pied de la montagne Barafotini où était le village Mounoudou198 là était
sa poudrière. C’est là aussi qu’il se retira avec son armée. On croyait alors au
commencement que l’ascension des hauteurs était impossible aux Blancs.
Aussi Samory et les siens se crurent-ils en sécurité dans la montagne de Bara-
fotini. Toutefois un coup de canon tiré devant le poste de Kérouané porta ses
fruits en tuant un sofa de la garde de l’Almamy (à une très courte distance).
Mais les Français ne s’en tinrent pas là. Ils portèrent la guerre dans le repaire
de Mounoudougou et firent sauter la poudrière qui se trouvait dans le sommet
de la montagne Barafotini.
Pourchassé, l’Almamy se retira à Kabadiandougou (Manan) cercle de Kan-
kan. Son Chef Sofa Sanan Oulén rappelé de la région kissienne devait intercep-
ter les correspondances entre Kérouané et Kankan; il s’ acquittait de sa mis-
sion par des déplacements périodiques qui l’emmenait devant Mounoudou-
gou. Là in[il] rencontra un tirailleur Makan Koulébali envoyé pour ravitailler
le poste en matériel de construction. Sanan Oulén voulut tuer le tirailleur et
emporter la tête à l’Almamy. Mais il en fut autrement. Sanan Oulén monté
sur sa jument stérile Sonsomba fut tué par le tirailleur. Sa tête fut portée à

198 [Mounoudougou?] voir plus bas.


182 “Essai d’ Histoire locale”

Kérouané et placée dans le mur à droite à l’entrée du Tata199 de 1892 à 1903


(époque de la suppression du poste).

90 Politique d’évacuation générale200


L’Almamy avait châtié les rebelles foulahs du Ouassoulou et les avait trans-
plantés dans les villages environnants Sanankoro. Certains habitants du Toron
subirent le même sort.
Les villages situés sur l’itinéraire des forces françaises étaient évacués pour
paralyser le ravitaillement. Voilà que de Kabadiandougou l’ Almamy apprend
que les Foulahs commençaient à se mettre sous la protection française pour
échapper à la mort par inanition. Pour se venger Samory mit à mort plus de
3.000 foulahs du Ouassoulou dans la plaine de Kabadiandougou. La mise à
mort de plus de trois mille foulahs produisit un premier effet. Certains villages
furent évacués et les populations se transportèrent vers le pays du Konian. Car
l’ indigène croyait toujours à l’invulnérabilité de l’ Almamy; le second effet fut
que l’Almamy enjoignit à sa famille de Mignambaladougou de se transporter
plus à l’Est vers la Côte d’Ivoire, tandis que lui-même attendait de pied ferme le
choc qui aurait lieu à Mignambaladougou. Cette attaque ne se fit pas attendre
et après maints efforts vains l’Almamy doit se retirer sur le mont Tourou avec
son armée. La région occupée par les Français se trouve en partie dégarnie. Mais
cette vie sans lendemain de l’armée de l’Almamy prédisposait ses hommes à
subir le contre-coup d’une inexorable famine. Samory sentit encore une fois la
morsure d’un échec. La position sur le mont Tourou lui parut instable. Il vint
à Diaracoro sur le Milo au sud-est de Konsankoro. L’hivernage, la saison morte
commençait pour l’armée française. Les efforts de l’ Almamy se portaient sur
l’ arrière tandis que Kérouané demeurait le point terminus de l’ avancée fran-
çaise.

Troubles dans la forêt


Alors qu’il était talonné par les Français, les chefs de la forêt sur qui il croyait
compter le trahirent.201

199 Un tata est une fortification en Afrique de l’Ouest, réalisée à partir de terre crue ou de
banco, entourant un village pour former une vaste enceinte, qui pouvait mesurer plusieurs
mètres de haut et de large. Voir Bah 2012.
200 En migrant vers l’Est, Samori a pratiqué la politique de la terre brûlée, qui est certainement
une des causes de la “légende noire” de Samori, pour reprendre le titre de la conclusion
d’Yves Person, “Signification de Samori, légende noire, légende dorée.”
201 Cette liste est retranscrite par Person 1975 III: 1508.
version française 183

Kaman Kékoura de Bouzié


Koné Manfing de Konokoro
Moriba Gbouto de Koadou
Kessa Bala de Konianko
Gnalén Koli de Kolibirama
Moussokoro Kassia de Mandou
lassés par les guerres de Samory envoyèrent une délégation à l’ avant-poste fran-
çais de Kérouané pour placer leur pays sous le drapeau tricolore. Mais la déléga-
tion fut interceptée et les chefs décapités. Les têtes furent portées à l’ Almamy.
En présence de Kéoulén descendant de Farin Kaman manifesta son mécon-
tentement à l’égard des descendants de Farin Kaman et de Toumani Kamè.
Pour châtier les traîtres, Samory dota Kéoulén d’ une armée d’ élites. Le Camara
devait marcher contre ses frères. Il crut le décider plus favorablement en lui
donnant sa fille Diaoulén Fatouma Touré en mariage.

Événement fâcheux de Koréla (1893)


Le capitaine Loyer (I) en mission apprend de Nérékoro la présence des sofas
de Samory à Koréla. Les sofas évacuèrent le village avant l’ arrivée du déta-
chement qui, malgré tout, et vu le trop grand nombre d’ habitants dans un
remue-ménage inaccoutumé, tire sur le village. Des butins furent faits par les
gens de Nandou et ceux de Koranko. C’est le plus grand malheur de l’ époque
pour le pays. L’incompréhension sera sue, mais ce sera trop tard. Beaucoup de
personnes avertis de la Ière arrivée des Blancs, vinrent par curiosité voir la nou-
velle race et ces troupes portant autres tenues que celles des sofas.

Campagne Combes (1893) 92 (91


La colonne Combe[s] avait un double objectif. La colonne Briquelot marchant man-
quante)
sur Hérémakono où résidait Bilali. Elle lib[v]ra combe[a]t et eut le dessus. Bilali
réussit à s’échapper avec les débris de son armée et rallia Samory à Morigbè-
dou. La victoire de Briquelot à Hérémakono (Faranah) eut pour conséquence:
la création d’un poste à Faranah et l’arrêt du ravitaillement en armes de l’ armée
samoryenne. Dans la même année, Kissidougou est créé par la même victoire
des Français.
Ténin Souo Kaba vint trouver l’armée de Sabadou. Combes passant par Gbé-
léban vient de Sanankoro attaquer Samory à Morigbèdou. Voici à cette date la
position du combat:
1. Moctar tenait en respect les Camara de la Région forestière insurgés aidés
par Kéoulin;
2. Karamoko imposait au Konian avec résidence à Beyla
3. L’Almamy attendait l’attaque de Combes devant Morigbèdou.
184 “Essai d’ Histoire locale”

(I) Voir page 91202 “Capitaine Loyer” REMARQUE: D’ autres prétendent que
cette mission était commandée par un Lieutenant au lieu d’ un Capitaine.
Pour retarder là un retour de la colonne Combes, Samory fit rallier les
troupes de Beyla et Somokoro à Kora lieu de passage obligé de l’ armée française
qui rebroussa chemin et vint à Kérouané après le combat de Morigbèdou.
Chaque armée vint reprendre sa place. L’Almamy se retira alors à Manou
dans le Barala à la frontière de la Côte d’Ivoire.

Intensification de la révolution dans la forêt


La situation dans la forêt restait inchangée cependant Kéoulin ne voulait pas
marcher contre ses frères consanguins. L’Almamy avait quitté Kéoulin avec
confiance, lui laissant une forte armée dont 400 fusils perfectionnés et 30 che-
vaux montés par sa garde pour lui apporter les têtes des chefs rebelles.
Alléguant le besoin de voir sa famille à F[ooma], Kéoulin se retira dans ledit
village laissant les sofas à Sansoumandou au pied du Tibet dit Tio, sous l’ attente
de Moctar.
Il s’alliait à ses frères pour lutter contre les sofas de Dabadougou. Samory
franchissant le Dion se dirigea vers Béla-Faranah et s’ installa à Morigbèdou.
Les représentants de Samory sentant l’acte de trahison de Kéoulin mar-
chèrent contre Kaman Kékoura et Mansey, une autre armée, celle de Alfa,
va être lancée sur les autres Camara de la région. L’armée de Dabadougou
commandée par Moctar et N’Golo devait se porter dans le Kouranko pou[r]
y châtier également les rebelles. Kéoulin n’attendit pas son tour. Traversant les
lignes samoryennes, il va se placer sous la protection de la France représen-
tée à Kérouané par le Capitaine Loyer. Il demanda des troupes françaises pour
aller sauver les Camara attaqués. 25 tirailleurs commandés par le Caporal Faoli
Traoré lui furent donnés, et il marcha sur Oussoudou, Kouankan, Koïman. Le
pays fut sauvé203 par cette intervention des troupes françaises.

202 Il faut comprendre “page 90,” la page 91 étant manquante. Il s’ agit d’ ailleurs d’ une erreur
de numérotation puisque le texte ne souffre pas d’interruption.
203 Les Camara, les anciens soutiens de Samori, se désolidarisent donc complètement de
l’empire. Samori avait cru pouvoir mater la révolution en utilisant Kéoulin, le père de
Djiguiba Camara: en faisant jouer un Camara contre les autres Camara (supra, section
“Troubles dans la forêt”), mais ce plan échoue. La région passe alors sous le commande-
ment français et échappe ainsi aux représailles de Samori, c’ est pourquoi Djiguiba Camara
considère que le pays a été “sauvé” du pillage. Ce revirement de Kéoulin engage un chan-
gement de point de vue, dans le texte de Djiguiba Camara: la France devient alors instance
protectrice (cf. p. 93 du tapuscrit “[…] jusqu’à 1903 qui verra fleurir sous l’ égide de la
France les principes de la Paix”).
version française 185

D’abord l’armée de Moctar revenant de l’expédition du Kouranko, partici-


pant à la poursuite, et elle fut refoulée vers la chaîne de montagnes Fon, en
direction de Koréla avec résidence à Worono (hameau de Koréla); ensuite celle
de Diaoulin-Karamo fut arrêtée dans sa poursuite et attaquée à Boukonino par
la section du sergent Fodé venant du poste de Kissidougou. Quant à celle de
Alfa, subissant un échec total, est refoulée à l’est.
Tandis que le caporal Faoli restait à Kolinkan, son poste d’ attache, la colonne
du sergent Fodé se fixait à Diorodou. Aidés par le pays, ces nouveaux occu-
pants allaient tenir en respect les débris de l’armée samoryenne en déroute en
attendant l’arrivée des troupes plus régulières. Cependant des îlots de résis-
tance troublaient le pays de Kossa (cercle de Kankan) avec Filakali comme
chef notoire. Celui-ci va être délogé par le sergent Mamadou Diallo204 aidé par
Kéoulin.
Filakali se retirait vers la Haute Côte d’ivoire où la tactique française sem- 93
blait reléguer les forces armées de l’Almamy. C’ est après ces combats de net-
toyage que les éléments français revinrent vers le sud c’ est-à-dire la région
forestière. Moctar résidait dans le Orono (Bouzié – Macenta). Son armée con-
stituait une menace suspendue sur les régions limitrophes. Il fallait le déloger.
C’est alors que de Kérouané le Capitaine Loyer donna ses instructions. Le Ser-
gent Mamadou Diallo devait se poster au nord de Orono et ne devait attaquer
Moctar que lorsque l’armée du caporal Faoli venant du sud-ouest aurait ouvert
le feu. En somme, Moctar se trouvait pris entre deux feux. Mais le sort en
décida autrement. Le Diani eut ses hautes eaux. L’armée du sud-ouest ne tra-
versa le fleuve qu’avec un jour de retard. Or l’attaque avait été décidée pour le
dimanche. Le sergent Mamadou Diallo se sentait déprécié en se soumettant à
l’ attaque du caporal. Mal conseillé, il attaqua le dimanche. Sur ses 36 tirailleurs,
6 seulement revinrent à Kérouané. L’échec fut total. Il fallut l’ intervention du
caporal Faoli, le lendemain, pour déloger Moctar. Et encore, ce gradé appuyé
par les principaux chefs du pays (Kamamba à la tête des combattants du Siman-
dougou et Kaman Kékoura) Moctar se retira alors plus à l’ est.

204 Connu par les Français sous le nom d’Ahmet Aïssata, au service de Loyer, qui a lutté
contre Dyaulé Karamogho et Ngolo. Yves Person explique l’ ambiguïté (Person 1975 III:
1509, note 26): “La tradition orale [5, 10] [Djiguiba Camara, Karamogho Kuyaté] connaît
fort bien ce combat, mais elle l’attribue à un sergent Mamadu Dyalo qui est inconnu des
documents français. Il est possible qu’il y ait confusion avec Amadu Dyalo, l’ agent poli-
tique de Kérwané, qui négociait au même moment avec Dyaulé Karamogho. Selon une
autre hypothèse, Ahmet Aïssata était le ‘nom de tirailleur’ d’ un homme qui s’ appelait en
réalité Mamadu Dyalo et se présentait comme tel à la population.” Ngolo contre attaque
et massacre les tirailleurs d’Ahmet Aïssata, mais il en conserve quelques uns comme ins-
tructeurs.
186 “Essai d’ Histoire locale”

Quant à Karamoko, après son échec de Boukonino, il se retira à Koïma. Ces


échecs antérieurs le firent dénoncer à son père comme traître.205
Des correspondances secrètes auraient même été échangées entre le Capi-
taine Loyer et Karamoko. La rupture du pont de liane[s] qui entraîna la cap-
ture de beaucoup des siens n’avait fait qu’aggraver cette mésalliance206 pater-
nelle; aussi l’armée de Karamoko fut-elle rappelée par Samory résidant alors à
Naguiny. Karamoko sans explication à son père demeuré surtout son chef, fut
emmuré; il mourut avec ses griefs à sa charge (I).
(I) REMARQUE: Avec 4 griefs à son actif:
1. d’avoir fait publiquement à son retour en France en compagnie du capi-
taine Péroz des éloges à la puissance française. Il fit comprendre que les
trois puissances noires réunies, celles de Tiéba de Sikasso, d’ Amadou de
Ségou et de l’Almamy ne pouvaient résister aux Français
2. les divergences de vues étaient grandes avec son père sur la désignation
de Sarankén Mory comme remplaçant éventuel de Samory;
3. ses correspondances avec le Capitaine Loyer à Kérouané.207

205 Suite de la p. 77 du tapuscrit. La confrontation entre Samori et son fils Karamoko est
devenu un épisode littéraire à part entière; au moins trois ouvrages en font leur trame
principale: Massa Makan Diabaté, Une hyène à jeun (Paris: Hatier, 1988); Cheik Aliou
Ndao, Le fils de l’Almany (Paris: Pierre Jean Oswald, 1973); Bernard Zaourou Zadi, Les
Sofas (Paris: Pierre Jean Oswald, 1975). Karamoko demande une prise en compte lucide
de la disproportion des moyens techniques des deux armées, ce qui est considéré par son
père comme une trahison. Le retour au pays de Karamoko, après un voyage en France,
se solde donc par une inadaptation tragique, et une ré-acclimatation impossible. La for-
tune littéraire du destin de Karamoko est certainement due à la proximité des préoc-
cupations des auteurs des années 70, fascinés par les personnages clivés entre deux
cultures, dont L’aventure ambiguë est l’exemple le plus célèbre (Cheikh Hamidou Kane,
1961).
206 Voir p. 48 du tapuscrit, “mésalliance” est annoté “querelle.”
207 Karamoko aurait en effet reçu une lettre de Loyer et lui en aurait renvoyé une autre. Per-
son 1975 III: 1532, note 229: “[La première lettre] portée par un Fula de Kamãn-Kyèkura
fut reçue par Dyaulè Karamogho à Dãndano. Le Fula fut aussitôt envoyé chez Samori au
camp de Samorigbèdu (Mãhandugu, dans le Barala). L’Almami aurait déclaré en sa pré-
sence: ‘Pour moi, j’ai honte maintenant, je ne puis plus voir les Français, je m’en vais vers
la Mecque.’ C’était faire connaître à sa façon qu’il voulait cesser le combat. Il aurait réuni
‘plusieurs marabouts’ (= son conseil?) pour leur demander de les suivre et aurait exprimé
publiquement sa méfiance envers Karamogho. ‘Mon fils qui, maintenant, a plusieurs de
mes bandes (Bolo?) étant très bien avec les Français, je ne puis plus avoir confiance en
elles.’ Il aurait renvoyé le Peul à Karamogho, en lui disant qu’ il pouvait faire ce qu’ il voulait.
Karamogho chargea alors cet homme d’une lettre et d’ un message oral.” Cette seconde
lettre est donnée ensuite en intégralité par Yves Person. Karamogho Kuyaté, l’ informateur
nº10, livre de nombreux détails sur l’interrogatoire de Karamoko mené par Samori en per-
version française 187

4. La rupture brusque du pont de lianes sur le Diani entraînant la perte


d’une bonne partie de son armée battue par le sergent Fodé.
Les opérations de 1893 se terminent pour les Français par de notables victoires.
Celles-ci leur assurent la suprématie dans les postes avancés de Kérouané et
les avants-postes temporaires de Diorodou et de Kolinkan, dans la région fores-
tière.
L’année 1894 s’ouvre sous de mauvais auspices pour l’ Almamy. C’ est ce que
nous allons voir 1894.
Les Thomas[Tomas] avaient antérieurement délivré un chef important
“Minsey Camara à Karamoko” fils de l’Almamy. Dès qu’ ils le firent, les Camara
aidés par les forces françaises du lieu marchèrent contre les Thomas[Tomas]
dont les principaux étaient Diassa etc…
Ils se vengèrent en rapportant des succès importants dans les villages. Il va
s’ en suivre que les Thomas[Tomas] et Les Malinkés seront toujours indisposés
les uns à l’égard des autres jusqu’à la date de 1903 qui verra fleurir sous l’ égide
de la France les principes de la Paix.

Création du poste provisoire de Nionsomoridougou transféré à Beyla


En 1894 une colonne régulière sous les ordres d’ un Commandant (I) arriva à
Kérouané pour la continuation des opérations dans le sud.
Le poste de Kérouané créé en 1892 resta le point terminus de l’ avance
des troupes françaises jusqu’en fin 1893 comme le disent les documents mili-
taires.208
En 1[8]93, vers les mois d’Avril-Juin, Kéoulin franchit de nombreuses troupes 94
de sofas massées sur son passage et vint faire sa démission209 au Capitaine
Loyer, commandant du poste. Cette soumission permit au Commandant du
poste de déloger un grand nombre d’isolés des troupes samoryennes des envi-
rons.

sonne, et sur sa condamnation à mourir emmuré dans une case, Person 1975 III: 1533,
note 233.
208 Djiguiba Camara a eu ici accès à des documents militaires, peut-êre au poste de Kérouané
lorsqu’il était en poste comme interprète en 1900 (ce qui était sa première affectation),
ou bien dans d’autres postes ultérieurs, à Beyla et à Faranah. Rappelons ici que Djiguiba
Camara a été accusé d’utiliser la documentation acquise illicitement pour contourner
l’action politique coloniale. Il est possible que cette mention dans le corps du texte
confirme la volonté de Djiguiba Camara d’étudier de près les documents administratifs
français – ce que sa hiérarchie ne pouvait pas tolérer, semble-t-il.
209 [soumission?] ou à entendre comme la démission faite à l’ égard de Samori, présentée offi-
ciellement à Loyer.
188 “Essai d’ Histoire locale”

(I) REMARQUE: (voir page 93 “Commandant”…) que nous croyons être le


Commandant Richard venant de Kissidougou.210
Ce service rendu à l’occupation française sauva en même temps tout le pays.
Un incendie éclaté en 1894 a malheureusement brûlé les archives pouvant faire
ressortir ces faits.211
À cette époque, il n’y avait ni routes, ni ponts.212 Des colporteurs recrutés par
Kéoulin ayant à leur tête des siens, assuraient le service. Le Capitaine Coronna
Desterish prenait le commandement du poste de Kérouané en remplacement
du capitaine Loyer qui devait faire partie de l’expédition. La colonne partie de
Kérouané, prenait l’itinéraire suivant: Kérouané – Sirakono au pied de la mon-
tagne, Goïfé, Damaro (Simandougou), Sondougou, ce lieu prenait le nom de
Diékola, Nionsomoridougou où il créa le poste.
Superstition: L’indigène est superstitieux. Un jour, un tirailleur chargé de
convoyer les manœuvres qui devaient couper des matériaux de construction
fut foudroyé à son retour au campement.213 Cela devait provoquer le transfert
du poste de Nionsomoridougou à Beyla.
DEPART DE NIONSOMORIDOUGOU: Itinéraire: Nionsomori[dou]gou –
Fooma – dans le Kossa Malinké – Fassoudou – Koïdou.
À Nionsomoridougou, la colonne devait être divisée en deux.
Arrivée à Koïdou, le Capitaine des Spahis devait poursuivre les sofas vers
Yapangaye. Le commandant de la colonne continua sur Boola. Kéoulin était
chargé de faire revenir Ouréa qui se trouvait à Gbèkè. Sans aucune crainte
Ouréa vint se présenter lui-même à Foumbadougou. Après la conquête de
Foumbadougou, le Chef Fouma, père de Mory Karagoua, Kabiné Kourouma
père du feu chef Kabiné Mamadi, Moribakén, grand père du chef actuel de
Konian, et d’autres personnalités furent invitées à faire acte de présence. De
Foumadougou, la colonne va à Tono où elle reçut la délégation des principaux
chefs de la région. Le Commandant devait les recevoir à Morigbessanidougou

210 “non,” notation manuscrite.


211 Donc en 1900, lorsque Djiguiba Camara était en poste à Kérouané, cela ne faisait que six
ans que les archives avaient brûlées et cela confirme donc l’ hypothèse selon laquelle il
avait un véritable intérêt pour les sources coloniales françaises.
212 Cet intérêt pour les infrastructures créées pendant la période coloniale est à rapprocher
de son propre rôle comme chef de canton à Damaro entre 1928 et 1957: il a en effet été à
l’origine de la construction d’une route passant par le col du Simandougou et désencla-
vant la région, pour laquelle il a fait appel au travail forcé.
213 Yves Person explique l’abandon de Nionsomoridougou, en citant Djiguiba Camara; Person
1975 III: 1522, note 145: “La tradition attribue l’abandon de Nyõsomoridugu à un accident
de mauvais augure. Un tirailleur convoyant des manoeuvres aurait été foudroyé en ren-
trant au camp [5] [Djiguiba Camara].”
version française 189

où le gros de la troupe devait s’arrêter, l’avance de la colonne étant empê-


chée par les premières pluies. Les Spahis continuèrent jusqu’ à Gohé-Soba. Ils
avaient des troupeaux de boeufs.
À Morigbessanidougou, le commandant ordonna le rendez-vous à Mahana
où devait se faire la soumission générale de la région. L’interprète Mamadou
Dah et Kéoulin étaient les porte-paroles du grand chef blanc.
Au jour indiqué une démonstration de la puissance de l’ armée française se
déroula devant un grand nombre d’assistants. Un tir au canon fut fait, face
à une montagne ou[ù] les obus devaient éclater. Après séance, le chef de la
colonne fit dire aux assistants que nul ne peut résister devant l’ armée française,
qu’un Samory sera voué à l’échec dans un jour à venir s’ il persistait dans ses
idées.
Le lendemain, il devait partir à Beyla pour continuer ensuite sur Nionsomo-
ridougou. Le Capitaine Loyer et les 20 Spahis qui se trouvaient dans le Goye
furent invités à rejoindre le gros de la colonne. À son retour elle passa par
Gouana, Beyla, puis Nionsomoridougou. Toutes ces régions se trouvaient paci-
fiées, le poste de Beyla fut créé au détriment de celui de Nionsomoridougou.

Attaque de Kaloua 96 (95


Bademba [Babemba] succéda à son frère Tiéba. La nouvelle de l’ approche de [semble
man-
Samory le mit en garde. Il voulut prévenir une attaque éventuelle de l’ Almamy.
quante à
Il se porta au devant de lui avec une forte armée commandée par Fô Traoré, son moins
neveu. d’ une
C’est à Kaloua qu’il livra bataille. Malheureusement, les partisans de Ba- erreur de
demba [Babemba] furent battus et mis en fuite. Ils subirent de lourdes pertes. numéro-
tation])
Le fils de Tiéba nommé Siaka fut pris par Samory.
1895: Les Français avaient déjà occupé la Basse Côte d’ Ivoire, l’ Almamy allait
se trouver pris entre deux feux. La Guinée l’avait repoussé, le Soudan le harce-
lait, la Côte d’Ivoire allait le recevoir pendant 4 ans. Quand [Qu’ en] sera-t-il?
Tout d’abord nous voyons le Colonel Monteil venir jusqu’ à Djimini. Après
certains engagements sérieux, la colonne revient sur la côte.

Suprématie de Samory en Haute Côte d’ Ivoire


De Kérouané à Gbéléban d’où il alla faire guerre de Nafana puis s’ y retourna.
De Nafana, il vint faire le combat de Morigbèdougou contre la colonne Combes.
Après il alla à Mandou dans le Baral[a] (Côte d’ Ivoire) et y séjourna un bon
moment. De Mandou, il fut aux prises avec la colonne Bonnier à Kolony. Sa
famille fut envoyée à Koyadou avec résidence à Makono et il se rendit en per-
sonne à Saran dans le Koro (Côte d’Ivoire). Il continua le chemin sur Nadji. Le
nom de ce village était “Gnadj” = “larme.”
190 “Essai d’ Histoire locale”

L’Almamy après avoir vaincu ce village le nomma Nadji = sauce.


Continuation de ses victoires: Il stationna à Diémélédougou et forma son
siège à Dabakala. De là, il remania l’organisation de son armée, Sarankén Mory
commandait le “Forobakélé” et devait se rendre devant Gboto avec station à
Badala.
L’armée Bafakélé qui fut surnommée Kaouakélé était commandée par son
fils Morlaye qui alla s’installer à Gbalasso.

Sa rencontre avec la colonne Bonnier214


Samory depuis les petites opérations d’hivernage était à Mandou. Ils se retira
plus à l’est vers Djimini. Mais Samory restait le principal souci des armées
françaises. Ainsi la colonne Bonnier l’attaqua à Tintou. Il fut délogé et mis en
défaite.
“Grâce à Dieu et à la vitesse de son cheval à la robe blanche” (Gbassili) = qui
veut dire “qui ne veut pas être frappé” il arriva à échapper à la poursuite des
spahis.
En descendant de sa monture, il dit à ses femmes: “Mon cheval mérite toutes
les félicitations sinon j’allais tomber entre les mains de l’ ennemi.” Aussitôt elles
apportèrent de l’eau chaude et des quantités de gros mil par reconnaissance
pour l’animal. Son griot Sansona fut pris et exécuté.215

214 Le Lieutenant-Colonel Eugène Bonnier (1856-1894), polytechnicien, officier de l’ Artillerie


de Marine, est gouverneur militaire du Soudan en 1893. Person relate cet épisode de la
rencontre entre Bonnier et Samori Touré en fournissant de nombreux détails complémen-
taires; Person 1975 III: 1519, note 113: “Samori et Amara Dyèli sautèrent ensemble un ravin
que le cheval du second ne put franchir. Souffrant d’ une entorse, le griot fut aussitôt saisi
par les spahis qui le rammenèrent à Koloni en chantant ‘Sama-o-Sama’: ‘L’éléphant, voici
l’éléphant’ car ils croyaient tenir Samori. Pour sauver son maître, Amara se garda de les
détromper. Samori réussit ainsi à s’échapper et rencontra bientôt Dyina-Mãsa qui lança
l’arrière-garde dans une fuite éperdue. L’Almami fut sauvé par Gbosibali ‘Celui qu’ on ne
peut frapper’ son fameux cheval blanc, qui courut, dit-on d’ une seule traite, jusqu’ à usure
complète de ses sabots. Samori, qui lui devait la vie, allait le faire nourrir jusqu’ à sa mort
par ses femmes. Dans la soirée du 6 et la nuit suivante, le vaincu traversa le Gwanã. Le
7, après une course solitaire de près de 100 kilomètres, il s’ arrêta dans Kusã, au lieu-dit
Syo-Wulun-Fla, c’est-à-dire ‘les sept Syo’ (= Afzélia berlinia) entre Koninko et Sãndugula
[7°50W-10°14N]. Il y retrouva une partie de sa Garde, et entra en force le 8 à Maninyã puis
le 9 à Samatigila [5, 12, 14] [Djiguiba Camara, Masama Sangaré, Ladyi Mamadu Sulémani
Dèm].” Sur cette colonne, voir aux Archives Nationales d’ Outre-mer, Fonds ministériel,
Série géographique, Soudan, V/2 Expéditions militaires 1893-1894, c) Colonne Bonnier
contre Samory fin 1893.
215 Par les Français.
version française 191

Entrée en guerre contre Kong216


Samory s’attendait donc à une première livraison de chevaux. Son neveu Massa
Mamadi avait conclu au mo[i]eux de ses intérêts, la convention orale passée
avec les plénipotentiaires de Kong. Ceux-ci s’en retournèrent jusque chez eux
laissant Samory dans une quiétude absolue. C’ est dans cet état d’ esprit que
l’ Almamy commanda des bêtes [de] trait contre une valeur humaine de 3.000
captifs. Mais ni les cadeaux d’usage (500 captifs – 500 boeufs – 500 moutons,
une certaine quantité d’or[)], ni la convention elle-même ne décidèrent les
gens de Kong à livrer passage aux marchands de l’ Almamy. Au contraire, ils
retinrent par la force et les captifs et les marchands. Samory conciliant fit alors
demander ses hommes et pria de garder les captifs le cas échéant. Kong répon-
dit par une insolence. C’est alors que Samory, devant l’ évidence, leur lança ses
défis: “À moins que Kong soit | une seconde Médine ou une seconde Mecque.” 97
“J’irai prendre par la même force des armes mes hommes et mes captifs.”
Les gens de Kong lui répliquèrent qu’à moins d’ être une[un] second Messie.
C’est à quoi Samory répondit que son nom ayant pour origine un chapitre du
coran, commençant par Samadou, il était sûr que la gloire des armes lui revien-
drait.
De part et d’autre c’était les signes avant la guerre de Kong. L’Almamy leur
avait prédit comme date limite, la fin de la Tabaski.
De Gbenso, village à proximité de Kong, il conseilla à tous ses ennemis
musulmans de dégager la ville; ce sage conseil est suivi par deux pèlerins, tandis
que tous les autres habitants attendent de pied ferme l’ arrivée des assaillants.

Le combat
Voilà le monde devant les murs de Kong sous les ordres directs de Bilali et de
Kounadi Kéléba. Ceux-ci enjoignirent à leurs hommes de ne jamais ouvrir le feu
le premier. Les habitants de Kong de leur Tata commencèrent à tirer. L’armée de
Samory répondit. L’organisme du défensif fut franchi. Bientôt ce fut la mêlée.
Devant l’imminence du g[d]anger, les marabouts se réfugièrent dans les mos-
quées. Ils n’y furent point épargnés. Partout les feuilles de coran jonchaient le
sol.217

216 La destruction de Kong, ville considérée comme sainte, est apparue comme un sacrilège
par les opposants de Samori. Pour une mémoire des vaincus sur la guerre de Kong, très
hostile à l’Almami, voir Diabaté et Derive 1978.
217 Yves Person confronte les traditions orales sur le déroulement de la prise de Kong, Per-
son 1975 III: 1900, note 26. L’historien pointe une erreur de Djiguiba Camara, lors des
interviews orales, mais reste tout de même proche du texte d’ “Essay d’ Histoire Locale”:
“Samori tenait à ne pas tirer le premier coup de feu contre des musulmans. Malgré
192 “Essai d’ Histoire locale”

Règne de l’Almamy en Côte d’Ivoire


(De 1894-1895-1896-1897-1898)
L’Almamy allait donc étendre sa domination sur la Haute Côte d’ Ivoire et
jusqu’à la frontière de la Haute-Volta. Lobi, Palaka, Gnassoumaro, Karaboro.
Des luttes successives eurent souvent lieu à la suite de combats meurtriers.
Il s’agissait en somme pour l’Almamy d’affirmer sa volonté de rester en Côte
d’Ivoire, car la Guinée n’avait plus pour lui d’intérêt stratégique, la France étant
là pour arrêter toute tentative d’annexion.
Bien que guerroyant souvent fort loin, les villages résidentiels étaient à Daba-
kala, dans le Djimini. Il n’eut d’ailleurs à s’essuyer que dans les provinces de
Karaboron. Là, il perdit le chef de son armée d’ élite nommé N’Golo Traoré.
Tous ceux qui refusèrent de céder à N’Golo Traoré leurs montures, furent mis à
mort. Il rencontra aussi une résistance acharnée à Nouma où il perdit son fils
Managbè Sékou et de nombreuses personnalités marquantes. Son intervention
décida de l’assaut final et tous les êtres humains et certaines femmes furent mis
à mort sans quartier.

Conflit avec un détachement Anglais Backis218 1896


Une mission venant de Gold-Coast arriva en Haute Côte d’ Ivoire. Elle est aux
prises avec Sarankén Mory. Mais la colonne anglaise ne pouvait supporter
l’ attaque ennemie. Aussi préféra-t-elle se retirer après un engagement où elle
n’eut pas le dessus. De Douguéta elle entra en pourparlers avec Sarankén Mory
et essaya de l’amener à de meilleurs sentiments. Au cours de l’ entretien, voilà
les paroles de chacun:

Kunadi-Kèlèbagha, qui lui reprochait sa faiblesse, il ordonna au matin du mardi de faire


circuler les sofas, munis d’échelles, tout autour de la ville. En tête allait, à cheval, le jeune
fils de l’Almami, Mörlay Turè, suivi de son jeune porte-chaise, Bilali. Les gens de Kong
tirèrent et tuèrent ce Bilali. Mörlay, éploré, porta lui-même le corps de son favori à son
père. ‘À présent,’ dit celui-ci, ‘leur sang retombera sur eux.’ Il aurait alors saisi un fusil et
tiré lui-même les dix premiers coups en direction de la ville. [10, 14] [Karamogho Kuyaté,
Ladyi Mamadu Suleymani Dèm] La mort du jeune Bilali explique la confusion de [5]
[Djiguiba Camara] qui pense qu’il s’agit de Kyèmogho Bilali, alors que ce dernier gou-
vernait le pays Sénufo. L’assaut fut dirigé par Kunadi-Kèlèbagha. Grâce à leurs échelles,
les sofas escaladèrent facilement les murs et, en moins d’ une heure, ils étaient maîtres de
la place. Les marabouts, vêtus de leurs plus beaux vêtements, s’ étaient rassemblés pour
prier dans les mosquées. Ils y furent égorgés et, parmi eux, l’ imprudent Karamogho Lõn-
goso.”
218 La référence à “Backis” est obscure. Jan Jansen suggère qu’ il puisse s’ agir du Capitaine
E. Barker qui occupa le Togoland allemand pour les Britanniques en 1914, communication
personnelle, août 2019.
version française 193

L’Anglais: “Nous avons toujours été de bons amis à votre père. Nous
sommes surpris de vous voir animé d’autres sentiments.”
Sarankén Mory: “Vous avez été les premiers à ouvrir le feu sur nous.
Nous ne pouvions que nous défendre.”
L’Anglais: “Croyant avoir affaire à une autre armée” L’Anglais ne rentra
pas. Le métis qui le secondait pris la fuite avec les hommes et abandonna
l’Anglais. L’Anglais fut retenu sous escorte poursuivi jusqu’ à la frontière
de la Gold Coast où il abandonna un canon.219

C’est cette arme emmenée à l’Almamy à Tassirima qui va servir contre les Fran- 98
çais à la guerre de 1898 (Kong). L’Anglais fut remis en liberté par l’ Almamy
lui-même; il lui fit des présents en or. Les sofas le conduisirent jusqu’ à la fron-
tière.

Affaire Braulot (1897)220


La garde de Bouna est confiée à Mancoulan-Nounké Donzo, un guerrier de
Sarankén Mory, lequel s’était provisoirement absenté pour porter ses efforts
devant Nouna. Le Chef guerrier ne reçut pas l’officier français qui dû[t] alors
rencontrer Sarankén Mory à deux jours de là. Le fils de l’ Almamy décida après
fortes discussions de revenir à Nouna. Braulot s’ était vivement intéressé à la
formation, à la composition de l’armée durant les premières étapes. Cependant
un conseil de guerre se réunit clandestinement la première nuit pour décider
du sort de l’officier français.
La composition du conseil comprend:

219 Sarankén Mory rencontre, à Wa, une colonne anglaise dirigée par Henderson, la capture
entièrement, la ramène à Samori, qui la relâche quelques jours plus tard. Person 1975 III:
1818. Pour des sources endogènes consacrées à cette rencontre entre un officier anglais
et Samori Touré, voir Abu Mallam, Labarin Samori (manuscrit ajami conservé à la SOAS,
c. 1914), traduit du haoussa au français par Souleymane Ali Yero et Elara Bertho (Bertho
2016: 603-604 pour cet événement, folios 174 et 175 du manuscrit).
220 Paul Charles Victor Braulot (1861-1897) est un officier colonial français qui trouve la mort à
Bouna dans une embuscade dirigée par Saranken Mory, l’ un des fils de Samori. Cet épisode
est connu en France comme “Le massacre de Bouna.” Yves Person lui consacre un long
développement, Person 1975 III: 1887, avant de conclure à l’ innocence de Samori Touré
(reportant la faute sur Saranken Mory), puisqu’il souhaitait opposer les Français et les
Britanniques en abandonnant Bouna. Or c’est l’inverse qui s’ est produit en conservant
Bouna: Samori a subitement fait la Une des journaux français, ce qui a permis l’ envoi de
nouvelles troupes en Afrique de l’Ouest. La liste du conseil, donnée par Djiguiba Camara,
est confirmée par Karamogho Kuyaté et Ladyi Mamadu Suleymani Dèm, et est retranscrite
(Person 1975 III: 1907, note 88).
194 “Essai d’ Histoire locale”

1. Sarankén Mory
2. Massa Mamadi neveu Almamy
3. Niaman Kama Amara Président du Conseil
4. Bia Sory Kouyaté
5. Dama Lansana
6. Caba Kaourou Kouyaté
7. Fanbakè Mamadi
8. Finè Karifa
9. Karamo Sako etc…
D’autre part des partisans furent admis à titre délibératif
10. Kesséry Koné, chef armée Vice-Président
11. Féré Kourouma
12. Sira Féré
13. Sory Konaté
14. Sorioulén Kourouma
15. Biramadian Oularé
16. Fassou Diomandé
17. Foroba Missa
En dernier ressort la mort du Capitaine et des siens est décidée.
Du partage de la besogne, le Capitaine Braulot échut à Sarankén Mory
lui-même.221 Le Lieutenant Binas à Kesséry. Les autres parties de l’ escorte
reviennent au chef de la commission. Le bruit de cette tentative d’ assassinat
avait été éventé les deux officiers qui ne prêtèrent aucune attention, confiants
qu’ils étaient en leur auguste hôte.
Des troupes devaient donner le signal du massacre (I) chemin faisant, le len-
demain; un peu avant l’entrée à Bouna. Il s’agissait de déclencher un coup; les
trois français avaient leur bourreau inavoué, guettant à côté les moindres gestes
attentifs à l’appel de celui qui devait donner le signal du massacre. Celui-ci
retentit et aussitôt, les coups de feu partent en mettant à mort chefs blancs
et subordonnés. C’était plus qu’un acte de trahison, c’ était le renoncement
du devoir, c’était aussi pour les Français une espèce de folle abnégation au
service d’un idéal, au service de cet idéal français traditionnellement chevale-
resque.222 Le massacre de la mission Braulot va déterminer la France à prendre

221 Ceci est infirmé par Ladyi Mamadu Suleymani Dèm: “Dieu confirme que Sarankènyi-Mori
était en tête quand le massacre eut lieu. Il entendit le coup de feu qui abattit Braulot mais
accourut trop tard pour le sauver, et aurait alors fait de vifs reproches à Kyèsèri” (cité dans
Person 1975 III: 1893).
222 Il est possible que ce mythe de la chevalerie française ait été véhiculée à l’ école des fils
version française 195

des mesures sérieuses contre Samory et ses acolytes. 4 tirailleurs réussirent à


s’ échapper et les têtes des deux officiers et un sous-officier furent portées à
l’ Almamy.

Suite du massacre du capitaine Braulot 99


La nouvelle du massacre de la mission Braulot (1897) fut rapportée à Samory.
Les butins furent [amenés] ainsi que les têtes des trois Français y compris le
clairon Dian lui furent apportés. Samory reçut mal223 les envoyés de Saran-
kén Mory porteurs des butins. Il les mit en garde en leur disant de s’ attendre à
recevoir des coups plus durs: “La trahison n’est pas loyale, la bravoure chevale-
resque seule compte” leur a-t-il dit. “Vous m’avez mis plus mal avec les Français
qui ne me pardonneront pas cet assassinat.” “Si j’ ai menacé Péroz à Bissandou-
gou, Galliéni à Nioro, c’était pour éviter une main-mise sur mes États, car ne
nous illusionnons pas, nous n’échapperons plus.”
(I) REMARQUE (voir page 98): C’était le coup de la sonnerie de la trompette
Koyabourou.
Les envoyés revinrent à Sarankén Mory fort mécontents comme l’ Almamy
lui-même qui se voit déjà destitué, chassé, traqué.
Le clairon parmi ces butins serait pour faire défiler ses troupes, les armes
furent utilisées contre les Français.

Toujours en 1897
La mission Naubert de[et] Fallière [Vallière] vinrent de la Côte d’ Ivoire trouva
l’ Almamy à Dabakala. L’Almamy s’excusa du massacre de la mission Braulot
qui se fit sans lui. Naubert et Fallière demandèrent le butin pris à la mission
Braulot. L’Almamy refusa et l’on en resta là.

de chefs de Kayes, où Djiguiba Camara a été élève, et qu’ il réutilise ici dans un contexte
colonial: notons que cette comparaison entre les militaires français morts au combat
et les chevaliers est à l’avantage des colons et renforce la cruauté de l’ armée du fils de
Samori.
223 L’hypothèse de l’innocence de Samori est relayée par Yves Person qui conclue ainsi son
chapitre, Person 1975 III: 1893: “Le drame de Bouna est bien un accident, causé par la hâte
excessive des Français à occuper la ville, mais la méfiance haineuse de leurs vieux enne-
mis, peu habitués à marcher en leur compagnie, y joua un rôle décisif. Cette situation
explosive fut enfin utilisée par les amis d’Amara-Dyèli, qui voulaient mettre l’ Almami
devant un fait accompli, par crainte qu’il ne traitât avec les Français.” Cet épisode aurait
donc été instrumentalisé par Amara-Dyèli, qui refusait la paix avec les Français, et qui
aurait provoqué la crise. En ce sens, la condamnation à mort d’ Amara-Dyèli (voir infra,
page 100 du tapuscrit), paraît rendre compte des responsabilités de chacun.
196 “Essai d’ Histoire locale”

1898
La massacre de la mission Braulot fit prendre des mesures draconiennes contre
Samory. Cette fois, on ne s’en tiendra pas aux simples escarmouches. Il faut en
finir.
En 1898, il est attaqué dans Kong par la colonne du Commandant Gaudrier
qui dégagera une compagnie Française assiégée par l’ armée de l’ Almamy, du
côté d’Odienne par une troupe française, du côté de la Guinée par la colonne
du Commandant de Larticle [Lartigue].224
En même temps on annonçait à l’Almamy la victoire française devant
Sikasso où Samory avait échoué.
Samory reçut même les fuyards de Sikasso commandés par son fils Tiéba Fo,
et qui lui firent les récits de la bataille.
Fo et les siens devaient être mis à mort aux dires des Chefs guerriers de
Samory pour venger leur échec de Sikasso (1888).
L’Almamy n’en fit rien; voyant en effet le nombre diminué des ennemis fran-
çais: Sécou Mamadou – Bademba [Babemba] sont vaincus; il veut garder pour
lui ces fuyards qui peuvent l’aider.
D’après les renseignements recueillis, en connaissance des fortifications de
Sikasso, celles de Boribana qu’il venait d’édifier n’étaient rien pour les armes
automatiques.
Aussi préféra-t-il abandonner la place pour se retirer à Zapa (Libéria) et cela
sur les conseils de son dévoué Morifindian.
L’évacuation commença. Elles se faisaient en direction du sud vers la Forêt.
La famine commençait à avoir pour ses hommes de la savane peu habitués à
la forêt. C’est le Waterloo de Samory:225 animaux, chevaux passent, on meurt
d’inanition. Cependant la colonne du Commandant de Larticle [Lartigue] veut
lui barrer le chemin de Zapa. La bataille de Doué n’a pas eu d’ effet décisif; les
français furent obligés de se replier sur Touba et d’ y résister. La cavalerie de

224 Sur Lartigue, voir Archives Nationales d’Outre-mer, Fonds ministériel, Série géographique,
Afrique, Côte d’Ivoire, IV/7 Expansion territoriale et politique indigène, c) De Lartigue
1898. Rapport sur la prise de Samory; et V/4 Expéditions Militaires 1898 Prise de Samory,
Rapports d’Audéoud, de Lartigue et de Gouraud; SHD Vincennes, GR2K194 Album pho-
tographique ayant appartenu à de Lartigue; 5H192-2 Correspondance de Gouraud et Lar-
tigue. De manière générale, sur la prise de Samori Touré, voir d’ Andurain 2012.
225 Cette défaite de Napoléon (18 juin 1815) est devenue une expression courante pour signifier
une débâcle. Notons également que Samori Touré a été surnommé par certains officiers
français le “Napoléon des savanes,” ce qui renforce la comparaison établie dans le texte.
Il est intéressant de constater que Djiguiba Camaraprend le contrepied de cette image en
évoquant la comparaison uniquement pour signifier une défaite.
version française 197

Samory arriva aux murs de Touba et fit demi-tour sous l’ ordre de l’ Almamy qui
ordonna de ne rien toucher.
On a faim, on est dans la forêt qui ne rappelle plus la savane, on est poursuivi
et traqué. Alors commença une suite de trahisons et d’ évasions clandestines.
D’abord ce sont les Foulas avec | en tête Missa qui donne le premier signal. 100
Ensuite viennent Koumadi Kéléba et la chose de généralise. La déformation
atteint sa garde d’honneur. Il envoya ses fils à la poursuite des fuyards. Quand
les Français entrèrent dans son camp, ils n’y trouvèrent que des femmes des
rares hommes valides. L’arrestation se fit sans encombre.226 Aussitôt la nou-
velle fut colportée et ses fils mis au courant veulent tirer sur les vaincus et les
vainqueurs. Samory s’y opposa. Ils arrivèrent dans le camp. Les armes furent
entassées, brûlées en place publique. On prit la direction de Touba, de là il
arriva à Beyla où chacun fut libéré, à l’exception des sofas valides qui furent
envoyés à Diélouba pour continuer la voie ferrée Diélouba-Bamako. Il y eut le
jugement de l’assassinat de la mission Braulot. Samory a dégagé sa responsabi-
lité. Sarankén Mory, Gnaman227 Kama Amara et Kasséry seront déférés devant
le Conseil. Les coupables (Amara Diély et Késséry Camara) sont condamnés
à mort et exécutés: celui-ci à Kankan et celui-là à Beyla… Sarankén Mory sera
condamné à la déportation.228 On ordonna la danse dans tout le pays. Au cours
d’une danse à Beyla un dénommé Diaféré de Nionsomoridougou vient devant
le captif et lui reprocha vivement la mort de son père (I). REMARQUE: Son père
s’ appelait Manakourou-Dji de Nionsomoridougou exécuté à Mandougou (Côte
d’Ivoire);
Samory en a assez et répond “… moi la paix. De toute ma vie, je le répète
encore, je n’ai tué que 3 personnes (I) et j’ignore les conditions de la mort de
ton père”
(I) REMARQUE: Na[n]ténin Famourou, Siré [Séré] Brahima et Sadji, chefs
influent qui portaient ombrage à son commandement.
Sa femme Diaoulén lui fit la même remarque et Samory répondit: “Si c’ est
moi qui ai tué ton premier fils, le second le sera par les Français.” En effet, Diaou-
lén Biraïma fut fusillé à Linco en 1899 pour avoir assassiné un jeune garçon et
pris ses bagages (2).

226 Sur l’arrestation de Samori par les archives coloniales, voir d’ Andurain 2012 qui a eu accès
aux archives inédites du capitaine Gouraud. Ce dernier a pu, avec moins d’ une centaine
d’hommes, capturer Samori sans effusion de sang aucune.
227 [Niaman] p. 98 du tapuscrit.
228 Le fils de Samori Touré, Saranken Mory, est condamné à accompagner son père en dépor-
tation au Gabon, d’où il ne reviendra qu’en 1920, date à laquelle il est en résidence sur-
veillée à Kankan. Djiguiba Camara y fait référence plus bas sur la même page du tapuscrit.
198 “Essai d’ Histoire locale”

(2) REMARQUE: Cet enfant n’était autre que l’ unique fils de Nankoulan
Nounké qui avait perdu tous ses fils dans les guerres de Samory, le premier hôte
du Capitaine Braulot à Bouna.
On lui fit croire229 que le Chef des Blancs a besoin de lui à Kayes. Par Kan-
kan, Siguiri, lui et sa famille rallient Kayes. On lui avait anciennement annoncé
qu’il aurait tout ce qu’il fallait pour lui faciliter son voyage. À Kayes il est pré-
senté à l’autorité qui lui fixe l’arrêté de sa déportation en exil. Aussitôt, toutes
ses femmes l’abandonnèrent, même sa favorite, Sarankén.
Il fut dirigé sur Saint-Louis où il reconnut la véracité de son fils Karamoko; il
reconnut la force française. Les louanges de son griot Morifindian lui donnent
l’ envie de se suicider. Morifindian se charge de l’ assassinat. C’ est remplacer un
mal pour un mal, la conséquence est la même. Tandis que la sentinelle est à la
porte, Morifindian essaie de lui ouvrir les côtes. Samory perd du sang et respire
bruyamment. L’alerte est donnée par [la] sentinelle, Samory est transporté à
l’ hôpital. Il ne voila jamais le secret. Après sa guérison, il est déporté au Gabon
à Niolé suivi de Tiranké Oulén, Sarankén Mory et sa femme Siré Morifindian
et une servante. Il devait y rester jusqu’en Juin 1900, date de sa mort. Morifin-
dian fut autorisé à rentrer, mais il refusa par amour pour Sarankén Mory et son
père. Il préféra rester avec Sarankén Mory; celui-ci, transféré à Libreville rentre
en 1920 à Conakry d’où il est transféré à Kankan. Une pension lui est accordée
jusqu’en 1937 date de sa mort à Kankan.230

101 Répartition des fils


Managbè Mamadi doit garder un grand nombre de ses frères à Kérouané. Man-
diou Touré et d’autres furent envoyés à Nioro pour être enrôlés dans l’ armée.
Mouctar est envoyé à Tombouctou avec quelques uns (résidence obligatoire).
Siaka et Sidiki à l’école des fils de chefs de Kayes.

229 Le thème de la promesse fallacieuse est courant dans les récits africains de la colonisation.
Sur ce thème précisément, lors de la capture de Samori, voir la version musicale qu’ en
donne le très célèbre Bembeya Jazz National, Retour sur le passé, “Regards sur le passé,”
15’01 et 22’41 (1999). De manière différente, le chanteur de reggae Alpha Blondy reprend
l’argument: Alpha Blondy, Cocody Rock!!, “Samori Touré,” 4’53 (EMI, 1984).
230 Toutes ces informations concernant le fils de Samori Touré, Saranken Mory, confirment
l’excellente richesse des sources de Djiguiba Camara, qui prouvent l’ importance des
réseaux de circulation de l’information dans les colonies. Ainsi un chef de canton comme
Djiguiba Camara pouvait être connecté à plusieurs sources d’ origine diverses et mobiliser
des connaissances venues d’un bout à l’autre de l’empire.
version française 199

Organisation générale sous Samory231


[I.]232 L’homme – ses qualités – ses défauts
Samory était d’une descendance mandingue. C’ était un homme de grande
taille, de forte musculature. Ses longues jambes avec ses genoux cagneux sa-
vaient malgré leur apparente débilité, servir l’ homme à la guerre. Ses bras
allongés se terminaient par une main tachetée de blancheur;233 des doigts gros
et longs disaient une vive intelligence qu’accusait un front large et découvert;
des yeux petits et expressifs au regard ardent. Sa bouche aux lèvres minces indi-
quait avec son menton court et carré une force de volonté que rien n’ébranle,
de fortes arcades sourcilières accentuaient ce portrait. Comme signe distinc-
tif il avait une cicatrice sur l’os frontal vers la gauche. Une large poitrine sans
poil qu’avait fortifié la vie au grand air donnait l’ impression d’ un corps bien
constitué.
Il portait des babouches brodées ou des bottes de cavalier.
Sa prédilection allait aux vêtements d’importation européenne, il en faisait
alors des pantalons, des grands boubous (caftans)[.]
Il portait des bonnets en couleur autour desquels il jetait négligemment une
écharpe noire. Quand il lui arrivait de porter de la cotonnade, c’ étaient des bou-
bous offerts par des femmes.
Assis, sa position favorite était celle du penseur qui soutient sa tête d’ une
main. Il lui arrivait souvent de se frotter les deux mains l’ une contre l’ autre.
Comme tout homme, il avait ses défauts.

Justice
Partout où Samory avait passé, il avait laissé à la tête des régions conquises,
un Chef. Celui-ci se chargeait de l’Administration générale et de la Justice. Il
va de soi que l’institution judiciaire des Camara fut supprimée. L’innovation
de Samory fut surtout l’absence d’équité. Des cadeaux des plaignants et le bon
vouloir des Juges étaient le mobile de toutes les décisions. Ils se montraient tou-
jours sévères et n’étaient tempérés ou incités que pour son entourage composé
par les griots et les grandes notabilités.

231 Après l’arrestation de Samori commence la troisième partie du texte de Djiguiba Camara,
qui opère une synthèse sur l’empire samorien, la compare au fonctionnement sous les
Camara, avant de revenir, en analepse, sur la vie de Kaman Kekoura, un chef Camara ayant
à la fois servi sous Samori et sous les Français.
232 Il n’y a pas de correspondant “II.”
233 Comme indiqué plus haut, Samori Touré était atteint de vitiligo.
200 “Essai d’ Histoire locale”

Quelques exemples
Le vol de produits agricoles était puni d’une amputation d’ un membre.
La rébellion était sanctionnée par la peine de mort.
Le viol ……….
L’adultère ……….
La résistance passive à un ordre donné: suivant l’ importance = coups de
fouet
Le mensonge entraînait la mise aux fers.
En somme il n’y avait pas de proportion entre la peine et la faute. La justice
était une organisation basée sur le plaisir du moment.

Commerce
L’Almamy favorisa le commerce. Ne l’était-il pas lui-même quand il troquait
des hommes contre des armes? Quand il achetait des bœufs, des chevaux, de
la poudre? Aussi était-il bienveillant pour les dioulas dont il favorisait le com-
merce, sauvegardant les intérêts matériels. Il n’y avait pas de bonnes routes et
il lui a fallu des exemples sans précédent pour faire cesser le pillage organisé
par les brigands d’alors.
102 Cette branche de l’activité humaine portait surtout sur: les hommes – les
animaux domestiques (boeufs, chevaux, moutons) – les colas – le sel – les tis-
sus – les produits agricoles – les guinzés (monnaie locale).
Les courants commerciaux s’établissaient entre le Fouta (boeufs), le Soudan
(chevaux, tissu, sel) et les régions de Kankan, Komodou, d’ autre part; ces pays
donnaient en échanges des captifs, des colas.
Les guinzés (monnaie locale) restaient sur place et servaient aux échanges
entre villages.
Citons quelques grands marchés de ce temps-là:

Sanankoro Mercredi
Komodou Samedi
Kérouané Mercredi
Kouroussa Lundi
Bissiria Jeudi
Tiéwa Vendredi

Élevage
L’élevage était à l’état embryonnaire. Seuls les puissants et les riches pou-
vaient se permettre ce luxe. Encore convient-il de diviser le pays en deux: 1°/ LA
FORET (Côte d’Ivoire – Région Forestière) et [2°/] la SAVANE où prospéraient
les bêtes. C’est ainsi que l’Almamy lui-même, les Foulahs du Bassano (Kankan –
version française 201

Beyla) pratiquèrent le monopole de l’élevage. Le Fouta constituait le grenier à


bêtes. Les pauvres qui ne réussissaient pas à se sauvegarder, n’ avaient [pas?] de
l’ élevage.
Les animaux comprenaient: les bœufs – les moutons – les chèvres.
Il n’existait pas d’épizootie. Les contacts étaient fort réduits. Les marchés de
bœufs étaient ceux cités antérieurement. C’est là que les maquignons emme-
naient les bêtes. C’est là que se voyaient les hommes du Nord, du sud.
Voici quelques prix d’alors:
1 cheval de 5 ans 30 personnes (suivant l’ importance)
1 mouton de 30 à 100 guinzés
1 chèvre de 20 à 60 guinzés

L’agriculture
L’agriculture était limitée aux besoins, immédiats. Il y a lieu de remarquer
d’ailleurs que cette activité était restreinte par la crainte d’ une vie sans len-
demain. Il y avait du riz, du fonion [fonio], des tubercules (ignames, patates,
manioc), des haricots.
L’Almamy seul pratiquait l’agriculture intensive. Dans ses différentes capi-
tales, il pratiquait la culture vivrière: ce souci constant d’ adapter la vie nomade
à un régime normal d’exploitation vivrière lui avait fait introduire la patate
en Côte d’Ivoire. Ce tubercule mettait peu de temps à produire. Il n’est pas
jusqu’au riz du Konia qui fut troqué à Gouecké contre de l’ huile de palme.

Dépeuplement
Le dépeuplement sous Samory avait pour origine profonde le troc des captifs
contre les armes, chevaux, munitions. La mise à mort des captifs était aussi des
causes de ce même dépeuplement (gens de Gouana transférés vers le Bouré). À
cela si nous ajoutons les misères de la guerre (famine maladie) le tableau sera
complet. C’est le Foutah qui se peuplait au profit des États samoryens (voir
commerce, la transplantation des peuples). Il faut d’ ailleurs se mettre en face
de la réalité suivante: tous ces captifs ne furent pas cédés par l’ Almamy, il suf-
fisait d’être un chef de quelque autorité pour vendre des captifs.

Différentes organisations 104 (103


Sous les CAMARA: a) Les Chefs man-
quante)
A. Le commandement: D’après les lois de Moussadougou, le pouvoir revenait
aux Camara; comme dans le parti familial, le chef de la dernière échelle était le
père ou son représentant. Si la famille est comprise dans un hameau, celui-ci
est chef de hameau qui relève du Chef de village. La réunion de plusieurs vil-
lages est placée sous le commandement d’un doyen qui représente la famille
202 “Essai d’ Histoire locale”

étendue: “Kabila Kounti = tête de famille.”234 Les doyens relevaient du chef le


plus important choisi par tous ou imposé par la force armé[e].

B. La Justice: Comme nous l’avons dit antérieurement, les Camara qui repré-
sentaient les Kma235 rendaient la justice. Ils jugeaient en matière civile et cri-
minelle. Dans ce dernier cas le doyen jugeait pour sa circonscription. Il pouvait
toujours se référer aux grands chefs supérieurs. Les autres questions pouvaient
se trancher sous l’autorité en place.

C. Épargne: Les Chefs n’avaient aucune caisse publique. Les amendes en jus-
tice étaient réparties sur place entre les Juges. Les cadeaux étaient absorbés
par les Chefs dont c’était la ressource. Le commandement n’avait donc aucun
moyen pour s’imposer longtemps.

E [D]. Commerce: Le commerce n’était pas développé. L’insécurité, l’ absence


de moyens de transport et de communication ne permettaient aucun com-
merce. Les échanges se limitaient au troc entre villages voisins. Ils portaient sur
les produits agricoles, les bandes de coton, la cola, très peu de sel, les captifs,
les animaux domestiques.

C [b]) Développement social


a) Peuplement: Le pays était peuplé, il n’y avait pas de guerre meurtrière,
l’ immigration continuait.

b) Instruction: L’instruction coranique n’était que l’ apanage de quelques


musulmans, à côté des Camara, soit à Moussadougou, soit à Doukouré, Niala,
Beyla, Touréla, Nionsomoridougou, Kéréla.

c) La santé: La mortalité était grande. La variole faisait des ravages et ainsi


[aussi] les maladies épidémiques et endémiques. Il n’y avait aucun remède
local contre l’action de ces fléaux. Toutefois, ils pratiquaient des moyens pré-
ventifs qui réussissaient souvent; ils se vaccinaient en se servant d’ une aiguille
du pu des varioleux. Les maladies courantes trouvaient leur calmant dans
l’ emploi des drogues particulières.

234 En langue mandingue.


235 Peu clair. Jan Jansen suggère de lire “Komo” ou “Koma,” communication personnelle, mai
2019.
version française 203

Développement économique
a) Industrie: La fabrication des guinzés, des outils agricoles (daba), coupe
coupe etc… le tissage, la vannerie, le cordage, la confection des sandales étaient
les seules activités locales d’alors.

b) Élevage: L’élevage était à ses débuts. Il y avait des boeufs, moutons, chèvres,
volailles. Telle est l’organisation introduite par les Camara. Celle-ci sera reprise
ou détruite en partie ou en totalité suivant les dirigeants du pays jusqu’ à
l’ avènement des Français sous l’égide desquels l’ homme va entrer dans une
ère nouvelle.236

Marabouts
A) Commandement:
a) Chefs (voir Camara[:] identique)
Sauf [qu’] il existera un Chef supérieur de qui tout relèvera. Ce sera Mori Oulén
à qui succèderont Abdoulaye et Siré Braïma Cissé.

b) Justice: Le Chef suprême avait la haute main sur tout et partout où il avait ses
représentants; ceux-ci rendaient la justice. Il y avait beaucoup de jugement[s]
dû[s] à un système de commandement mal assis. Mais la religion n’ a rien ins-
piré aux Cissé. Il s’est toujours montré bon coreligionnaire envers qui il restait
aveugle.

c) Épargne: butin de guerre, prélèvement sur pays, cadeaux divers. Il était


le trésorier de sa caisse qu’il confiait à un représentant. L’argent servait aux
dépenses de l’armée.

B) Commerce: Le pays était encore moins sûr qu’ au temps des Camara. Les 105
bandits pullulaient. Il n’y avait pas de justice organisée pour mettre fin à cet
état de choses. Aussi le commerce était mal.

C) Economie: (voir les Camara)


Les activités sont en régression.

236 Cet éloge de la “mise en valeur” de la colonie sous les Français illustre une posture carac-
téristique de certaines monograpies coloniales. Lui-même a activement participé à cette
politique de mise en valeur, en introduisant la charrue dans son cercle ainsi que des
espèces végétales non endogènes pour en développer la culture (comme le café), tout en
ayant néanmoins recours systématiquement au travail forcé pour la construction d’ une
route.
204 “Essai d’ Histoire locale”

Sous Samory
(voir organisation générale sous Samory)

COMMANDEMENT COMMERCE

1. CHEF: Almamy, Chef suprême 1. Sécurité assurée


REPRESENTANTS: pouvoir étendu 2. Routes pistes mal entretenues
(pour reste, voir Camara) pouceaux [caractères peu lisibles]
2. JUSTICE: Juge suprême 3. Épargne: Intensifs sur marchés
Représentants créés (voir organisation sous
chacun règle ses affaire[s] (voir Samory)
Camara)
3. ÉPARGNE: (voir Cissé)

ECONOMIQUE ECONOMIQUE237

AGRICULTURE: a) Samory: intensif SOCIAL: Peuplement par imposition


b) tout le reste pour besoins stricts résidence obligatoire
INDUSTRIE: (en plus organisation INSTRUCTION: coranique, dévelop-
Camara = il y a armes, cartouches, pée donnée [à] tous [les] jeunes
chaussures (babouches), maroquine- SANTE: voir Camara
rie)
ELEVAGE: Intensif
SOCIAL

Les Camara du Bouzié


Sans nous occuper de l’arbre généalogique de toutes les familles Camara du
Bouzié (cercle Macenta).
Elles comprennent 3 grandes familles:
1. Djigbama qui peuple le village de Banko
2. Sossodou qui peuple Kouankan et dépendances
3. Moïdou habite également Kouankan.
La première et la troisième installées avec les Tomas. Toutes les trois découlent
de Farin Kaman.
La famille de Sossodou provient de la branche Fantouma Oulén (voir tableau
généalogique)

237 Il y a deux sections “Économique.”


version française 205

FANTOUMA OULEN
SAOULENI
KAMAN
MESSENI KEKOURA
DIAKA KAMAN
KAMAN KEKOURA – KAMAN DIARRA – MAGNAN SORI
MEN KAMAN – GBEGBE – MASSE BIGNE
MAGNA MORIBA – SIAGBE KEKOURA – KOTOU KEKOURA
MESSENI KEKOMBA
Messéni Kekoura arrière petit fils de Fantouma Oulén, quitte Foundou (Siman-
dougou) et va créer son village au pied de la montagne Bokouni dans le Kono-
koro, qui donnera son nom au lieu (Bokounino) Macenta.
Les Tomas craignant son voisinage, s’opposèrent à son installation; d’ où une 106
guerre dans laquelle il est aidé par son oncle Moriba Guè. Ils les chassèrent et
les poursuivirent jusqu’à Kouankan et s’y installèrent momentanément.
Après la soumission de ce pays il revient dans sa résidence où il meurt. À sa
mort, il [est] succédé par son fils Diaka Kaman qui s’ était suffisamment initié
en fait de guerre du vivant de son père. C’est ainsi qu’ il eut beaucoup plus de
puissance que son prédécesseur.

Avènement de Diaka Kaman


En tant que fils aîné l’autorité revient à Diaka Kaman. Mais pour imposer sa
suprématie il lui fallait faire de petites expéditions. C’ est ainsi que Bama Diègbè
chef du Mandou en désaccord avec Kessa Bala chef du Konianko et du Tinikoro
canton actuel de Kérouané (Beyla) l’invita pour combattre son adversaire dans
ses rangs. Il rassembla ses hommes pour répondre à l’ appel lancé. À l’ arrivée
son hôte le conduisit sur la place du marché et lui fit un large présent.
C’était le Foulah Diénéca Toumani, les siens et tous leurs troupeaux. Ces
Foulahs fuyards de l’exode des Cissé vinrent du canton de Simandougou. Il dit
à Diaka Kaman: “Je te donne les bœufs, les personnes me reviennent.” Ainsi se
déroula le partage: animaux à l’un et captifs à l’autre. Il lui dévoila ensuite le but
de son intention et de l’offre. Diaka Kaman touché promet de faire l’ impossible
pour triompher de l’ennemi. Les partis se coalisèrent et marchèrent sur le
Konianko qui fut pris. La guerre se déroula si bien pour les assaillants qu’ ils arri-
vèrent jusqu’au Konobadou au-delà du Konianko dans le Tinikoro (Kérouané).
Ils la firent sans atrocité au profit de Bama Dègbè.
Après avoir satisfait l’ambition de son hôte, Diaka Kaman et sa troupe rejoi-
gnirent leur bercail avec le troupeau sans s’occuper de l’ expansion territoriale.
Il mourut à Kouankan et y fut inhumé.
206 “Essai d’ Histoire locale”

Kaman Kékoura
Kaman Kékoura était un homme bien bâti, bien moulé et vigoureux. Sa tête
chauve portait des cheveux crépus et clairsemés.
Nul n’ignorait sa popularité et sa faiblesse au commandement. L’Agriculture
ne l’intéressait pas; il vivait du produit des guerres, des trocs de captifs et faisait
des dettes dont il s’acquittait régulièrement. À part Samory nous ne connais-
sons pas un chef qui ait fait tant de captifs que lui.

Kaman Kékoura devenu lieutenant de Samory


C’est après la prise de Gouankouno vers 1884 que Samory s’ était assuré sa
suprématie sur les chefs de la région sud de Sanankoro.
Quoi qu’il n’ignorait pas les difficultés qu’il pouvait rencontrer il envoya cer-
tains de ses chefs et une cavalerie secourir et protéger son lieutenant contre
les rebelles. Peu de temps après l’arrivée des envoyés de Samory, les Tomas
non avisés vinrent avec une forte armée et même des “Gnamous” (échassiers)
attaquer Kouankan. Après quelques heures de combat, voyant que des feux
meurtriers faisaient des ravages dans leurs rangs, ils abandonnèrent la bataille
et firent le “sauve qui peut.” Beaucoup de morts et blessés y restèrent et un très
grand nombre de prisonniers fut fait. Comme Kaman Kékoura ne tenait pas au
massacre, il conseilla à ses collaborateurs de conserver les prisonniers pour être
vendus.
POURSUITE: L’armée victorieuse va porter la guerre à Zébéla qui fut assiégé
et pris après une forte résistance. Les combattants continuèrent sur Fassankoni
qui avait déjà refoulé plusieurs assaillants malinkés. Ce lieu fut attaqué à nou-
veau et mis en sang.
Enfin c’est la soumission de tous les pays révoltés. Les butins furent envoyés
à Samory.
107 Samory comptait faire une expédition plus importante sur Sikasso où la pré-
sence de ses meilleurs guerriers était nécessaire, il rappela donc ses sofas à
Bissandougou. Il laissait le soin à Kaman Kékoura et à ses confédérés de conti-
nuer la conquête de la forêt.
Comme Kaman Kékoura commandait en chef et non en guerrier, il laissa le
soin du commandement à son frère Magnan Soni secondé par son fils Massé
Bigné.
Cela n’empêchait pas les armées confédérées d’ avoir leur chef direct. À
l’ époque on ne vivait presque que du produit des guerres, c’ est-à-dire que les
Tomas du Guizima et du Ziama ne vivant pas en bons termes avec les pays voi-
sins, vinrent demander à Kaman Kékoura de les aider à porter la guerre dans
le Briama. Celui-ci ne demandant pas mieux, en fit part aux autres Camara.
Briama fut attaqué et détruit. Cette expédition continue jusqu’ à Bokounino
version française 207

sur la Côte atlantique, où résidaient deux éminents personnages: Sémo Doré


et Maliki Doré tous deux originaires de Moussadougou, puisque nous ne pou-
vons citer toutes les têtes remarquables. Les conquérants revinrent chargés de
gros butins: captifs, marmites en fonte, bassines en cuivre, une grande quantité
de poudre qui furent en partie dirigés sur Sanankoro vers 1888-1889-1890.238
L’une des bassines reconnues sous le nom de baignoire de Samory se trouve
à Beyla et sert actuellement d’abreuvoir aux porcs du cercle.
Ces envois continuels permirent à Samory d’ installer une poudrière sur la
montagne Tourou, Barafe-Tini à l’ouest de Kérouané. Elle a été sautée en 1892
par la troupe d’occupation du poste de Kérouané.239

L’arrivée des Français


Le pays se révoltera à l’arrivée des Français, Kaman Kékoura abandonnera son
maître.
Poursuivi par les sofas de Samory, il va s’installer à Diodorigou sous la pro-
tection des français et habitera Singbindou d’où il va rejoindre Kouankan et s’ y
installera en 1896.
Dès l’occupation française en 1892, Samory chassé de la région en 1894
Kaman Kékoura reprend son autorité et commence aussitôt à reconstituer la
confédération des pays situés plus loin. De tout ce temps-là de petites guerres
n’ont cessé d’exister entre Malinkés et Tomas.

Guerre de Kaman Kékoura


Comme nous ne jugeons pas nécessaire de reprendre toutes les guerres locales,
nous nous bornerons à ne traiter que les plus importantes:
Gbima chef aveugle du village de Obsé (Ziama) et Gbondo chef Toma de
Fissimbou (Guizima) ne s’entendaient pas. Gbima sollicita l’ intervention de
Kaman Kekoura qui accepta la proposition et ne prévoyant pas la défaite qu’ il
allait essuyer, n’envoya qu’une force inférieure à celle de l’ adversaire. Cette pre-
mière tentative ayant échoué beaucoup de nobles de la région tombèrent sous
le joug de Gbondo.

238 Yves Person confirme et date cet événement: “La caravane rentra avec des marmites en
fonte, de grands bassins de cuivre et une grosse quantité de poudre. Fusils et poudre du
Libéria viendront désormais régulièrement et constitueront en 1892 une partie impor-
tante des stocks du Tintikuru. […] L’une des bassines de cuivre sera saisie par les Français
en 1894. Baptisée ‘baignoire de Samori,’ elle servira d’ abreuvoir à la porcherie adminis-
trative pendant de nombreuses années [5] [Djiguiba Camara].” Person 1968 I: 585-586,
note 54.
239 Djiguiba Camara fait déjà référence à cette poudrière que les Français ont fait exploser,
p. 89 du tapuscrit, en orthographiant la montagne Barafitini.
208 “Essai d’ Histoire locale”

La sœur de ce dernier abusa avec atrocité de la captivité des vaincus mais


Gbondo plus diplomate donna la liberté à la plupart de ces prisonniers. Malgré
sa générosité Gbondo ne va pas être épargné. Une troupe beaucoup plus impor-
tante fut organisée par Kaman Kékoura et ses frères de race pour répondre à
l’ humiliation. Ils partirent à la guerre de Guizima (Fissimbou fut pris). Gbondo
et son fils Siko tombèrent entre les mains de Kaman Kekoura.
En reconnaissance de sa générosité à l’égard des prisonniers, les Malinkés
ne tenaient pas à les faire exécuter mais sur l’insistance de Gbima, Gbondo lui
fut remis. Celui-ci le fit décapiter, sa tête bouillie et la mâchoire envoyé à Massé
Bigné qui en fit un collier pendant.
108 Quant à son fils Siko, il fut remis aux Tomas de Gbokossa qui le firent
dépouiller pour envoyer sa peau séchée à Massé Bigné, fils de leur vainqueur.
En 1899 Soni fils de Massé Bigné tombé entre les mains de Tomas subit le même
sort que Siko.

Guerre Fissimbou (Kaman Kékoura)


Une coalition des Manignas des Tomas de Kaman Kekoura fut levée contre
Fissimbou en 1896. La trahison de Gbima chef de Obsé fit perdre la bataille.
Beaucoup de Manignas, Dingbo Kaman fils de Koné Manfing futur chef de
Konokoro furent faits prisonniers.
Après les atrocités subies par les prisonniers Dingbo Kaman obtient sa
liberté et fut rendu à son père résidant à Singbindou.

Reconstruction de Kouankan
Brouillé avec son ami Gbondo, Gbima vint trouver Kaman Kékoura demanda
son appui pour châtier Gbondo. Kaman Kékoura saisit la demande, envoya son
fils Massé Bigné auprès du représentant français à Beyla. Sur sa demande, il
obtient des armes et revient avec bon nombre de fusils et de munitions. Arrivé
à Kouankan; une active préparation fut commencée. Fissimbou fut attaqué,
enlevé et son chef capturé.

L’attaque de Zoloo
Deux explorateurs français (Bailly et Polis [Pauly]) arrivèrent chez Kaman
Kékoura avec autorisation de traverser la région forestière en allant vers la
République du Libéria. Ils ne purent atteindre leur objectif par suite du refus
des Tomas. Ils durent en compagnie des guerriers de Kaman Kékoura attaquer
sans succès le village de Zoloo.
Ces explorateurs abandonnés à eux-mêmes avec des manoeuvres recrutés
au Sénégal armés de fusils perfectionnés furent pris. Quelques uns seulement
réussirent à s’échapper.
version française 209

Au cours de leurs poursuites Bailly ne voulant pas se laisser capturer, fit


descendre beaucoup de Tomas et se suicida. Polis pris par les adversaires fut
conduit au village où on le garda assez longtemps. Les restes de ces deux fran-
çais réclamés par Koumadi Kéléba ancien sofa de Samory furent envoyés en
France vers 1900.240

Mort de Kaman Kékoura


Du vivant de Kaman Kekoura le pays était calme. À sa mort en 1902 à Kouankan,
son corps fut séché comme celui de son père. Bigné devait prendre le trône. Le
pays était menacé par les Libériens. L’armée de Bigné alla provoquer les Tomas
de Dandano dans les Koïma. Ce village dont les habitants avaient largement
contribué dans les expéditions faites en pays toma fut attaqué sans succès. Les
assaillants subiront beaucoup de pertes d’hommes. Il y eut également grand
nombre de blessés et de prisonniers.

Révolution générale
Massa Bigné grossier personnage s’était fait détester par les alliés de son père
encore vivants et des Tomas soumis. Il perdit l’estime de son entourage et ne
put prétendre au trône. Après le coup de Dandano, un mot d’ ordre fut passé
dans tous les pays Tomas. En accord avec les sofas de son armée, ils se sou-
levèrent, attaquèrent Kouankan et le détruisirent en Juillet 1903. Les habitants
sentant leur infériorité quittèrent le village, vinrent au Djiboïdougou (Macenta)
jusque dans le Simandougou (Beyla) et ne le rejoignirent qu’ après la création
du poste de Kouankan en 1906.

Sous les Français


EN 1892-1911: On ne croyait pas à l’installation définitive des Blancs. Samory
pris, les Français rentreraient et une [un] “Messie” les remplacerait.241 Aussi
le pays n’était-il pas calme. Les vieux tenaient à leur privilège et s’ opposaient
activement aux Blancs.

240 Bailly et Pauly furent deux explorateurs français, qui trouvèrent la mort en 1898 à Zolou
dans l’arrière-pays du Libéria, dans des zones tenues par les Tomas et les Guerzés. Sur
le retour des restes des deux hommes, voir un entrefilet du 17 janvier 1901 dans Le Petit
Parisien, Journal Quotidien du Soir, nº 8847, 17 Janvier 1901.
241 L’attente d’un Messie qui délivrerait de la colonisation est un motif que l’ on retrouve
fréquemment, souvent dénommé mahdisme en référence au Mahdi. De mahdi, “le bien
guidé,” en arabe. Au Soudan, Muhammad Ahmad ibn Abd Allah Al-Mahdi (1844-1885)
s’élève contre la domination coloniale britannique et prend Khartoum. Les Britanniques
ont craint la résurrection de mouvements mahdistes pendant de nombreuses années. Voir
sur ce sujet, Warner 1973.
210 “Essai d’ Histoire locale”

109 1912-1918: C’est l’époque de la guerre. La pacification était terminée, on avait


même recruté des hommes pour aller derrière la mer. Cependant des besoins
nouveaux se créaient pour l’indigène et la création des comptoirs. Une nou-
velle monnaie française venait enrichir le guinzé.
1919-1925: Les combattants arrivent. Les idées changent car les anciens mili-
taires revenus au pays racontent racontent242 ce qu’ ils ont vu en France, la
guerre.
L’indigène a du Blanc un sens plus réel. Il a la certitude que la pacification
demeurera sur son sol. Ce n’est pour lui ni Dieu, ni diable. Mais c’ est un homme
supérieur.
Une nouvelle idée germe et la confiance naît.
1925-1929: Pays calme, bonheur partout. Le désir de s’ instruire naît.243
1930-1934: Crise – argent rare – prix bas. L’indigène ne peut se vêtir décem-
ment ni s’acquitter facilement de ses impôts.
1 chèvre 1926 = 15 francs balance égale
Veaux 1930 = 40 francs argent
1948 = 800 francs argent
Cet état de chose dure jusqu’en 1934 époque de reprise des campagnes de
produits.
1935-1939: l’abondance règne partout.
1 pièce d’étoffe 1926 = 50 francs
1939 = 90 francs
1948 = 600 francs
1939-1948: Vie très dure due à la période d’après guerre. L’industrie locale
tend à remplacer les produits d’importations, la vie est très dure et les artisans,
les professionnels de tous métiers se confirment dans la pratique de leur indus-
trie (nécessité est mère d’industrie).
Politique: La France tutélaire tend à élever le standard de vie de tous ses res-
sortissants d’outre-mer. La chose a été d’autant plus admise par la générosité
française que les Noirs d’Afrique depuis Brazzaville244 jusqu’ au Rhin en pas-

242 Doublon.
243 Rappelons ici que Djiguiba Camara a été à l’école des fils de chefs de Kayes; il est donc le
premier “lettré” colonial de Damaro. Il ouvre la première école de la sous-préfecture au vil-
lage, qui draîne des enfants de tous les villages alentours. Son attachement à l’ éducation
à la française est extrêmement fort et transparaît dans ce jugement de valeur.
244 Brazzaville, capitale de l’ AEF, est une référence sans aucun doute politique: elle a en effet
acceuilli la “Conférence de Brazzaville” (30 janvier-8 février 1944), ayant suscité bien des
espoirs dans les colonies, avec l’abolition du code de l’ indigénat et la proposition faite
par Félix Eboué d’une politique d’assimilation. La conférence est vue comme un signe
annonciateur de la décolonisation.
version française 211

sant par le Tunisie, l’Italie, la France, la Belgique, on chasse l’ ennemi et fait


respecter les couleurs nationales.

DAMARO LE 9 JUILLET 1955


Djigiba KAMARA
Chef Supérieur de canton – Chevalier de la Légion d’ Honneur
Officier de l’Etoile Noire du Bénin – Chevalier d’ Anjouan
Commandeur de la Ligue Universelle du Bien Pi[u]blic.

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