Cours de Génie Civil
Cours de Génie Civil
IRAM
GRADUAT EN CONSTRUCTION
O. Fusillier
1
TABLE DES MATIERES
CHAPITRE I : Généralités 4
CHAPITRE II : Les produits en béton précontraint pour ouvrages d’art 26
DEUXIEME PARTIE
LES PONTS : PROJET, FONDATIONS, APPUIS ET EQUIPEMENTS
Annexes 147
Bibliographie 167
Questions d’examen 168
2
PREMIERE PARTIE
« Nous ne devons jamais oublier que les mathématiques ne nous fournissent que des moyens
de changer la forme des données que nous possédons déjà et, quels que puissent être l’intérêt
et l’utilité de telles transformations, nous ne retrouvons jamais à l’origine ce que nous y
avons mis au départ.
Je tiens que, privée de l’appui de l’expérience, la déduction mathématique n’est qu’une
source d’erreur, d’autant plus dangereuse qu’elle est pleine d’attraits. J’ai par ailleurs assez
longuement flirté avec cette séduisante sirène pour savoir quels prodigieux délices elle peut
dispenser à ses adorateurs. Mais qu’ils prennent garde : l’abus de ces plaisirs à la fois
solitaires et stériles constitue un onanisme intellectuel qui, aussi vite que l’autre, conduit ses
victimes au pire des abrutissements. »
E. Freyssinet
Inventeur du béton précontraint.
3
CHAPITRE I : GENERALITES
I.1 DEFINITIONS.
Un pont est un ouvrage destiné à assurer le franchissement par une voie portée d’un
obstacle naturel ou artificiel : rivière, vallée, route, voie ferroviaire, etc…
La voie portée peut être une voie routière, une voie ferroviaire ou, exceptionnellement, une voie
d’eau. On parlera respectivement de pont-route, de pont-rail ou de pont-canal (photo 1.1).
d’une superstructure :
il s’agit de l’élément résistant sur lequel repose la voie. On l’appelle
communément le tablier.
d’une infrastructure :
Il s’agit de l’ensemble des appuis du tablier en ce compris leur fondation. Nous
distinguerons :
o les piles : appuis intermédiaires
o les culées : appuis d’extrémités assurant la transition entre le tablier et les
remblais d’accès. Les tabliers et culées sont généralement séparés par un
joint.
d’appareils d’appui :
Le tablier repose sur les appuis par l’intermédiaire d’appareils d’appuis.
4
Fig. 1.1 – Eléments constitutifs d’un pont.
Le tablier d’un pont est droit lorsque son axe longitudinal forme un angle droit avec l’axe
longitudinal de la voie traversée. Dans le cas contraire, le pont est biais et l’angle aigu
formé par les deux axes est l’angle du biais.
Un pont peut également être courbe et de largeur variable (fig. 1.2)
Dans le cas des ponts établis au-dessus d’une voie navigable, on appelle pertuis ou passe
les espaces libres entre les appuis. Entre chaque rangées d’appuis successives, le pont est
divisé en travées ou en arches (cas particulier des voûtes).
La portée de la travée est la distance séparant l’axe des appareils d’appui. L’ouverture de la
travée est la distance entre les parements d’appuis de celle-ci.
Enfin, nous dirons d’un pont qu’il est un passage supérieur (PS) lorsqu’il livre passage à
une voie secondaire au-dessus d’une voie principale. Inversement, un pont livrant passage
à une voie secondaire sous la voie principale est appelé passage inférieur (PI). Il s’agit là
de concepts surtout utilisés dans le cas des routes.
5
I.2 CLASSIFICATION DES PONTS SUIVANT LEUR SCHEMA LONGITUDINAL
Il s’agit là du tablier le plus courant, en tout cas dans le domaine des ouvrages courants.
Le tablier, surface horizontale devant recevoir les charges mobiles est supporté par une
série de poutres longitudinales identiques ou non.
Les poutres sont solidarisées par la dalle sous chaussée et par les entretoises situées aux
extrémités de chaque travée au droit des lignes d’appui : ces dernières assurent la
reprises des moments d’encastrement en torsion des poutres et permettent le relevage du
tablier à l’aide de vérins afin d’en changer, lorsque nécessaire, les appareils d’appui.
Les entretoises intermédiaires qui, dans les premiers ouvrages de ce type, étaient
traditionnellement disposées au milieu et aux quarts de la portée ne sont plus de mise
depuis longtemps.
On retrouve les mêmes variantes pour les ponts dalles2, solution généralement réservée
aux ponts de petite portée et présentant, par rapport à la variante poutres coulées sur
place, l’avantage d’une économie sur le poste coffrage.
1
Les ponts portiques, les ponts voûtes et les ponts à béquilles font partie de la famille des ponts en arcs.
2
Les ponts dalles font partie de la famille des ponts à poutres.
6
Fig. 1.3 – Ponts isostatiques : poutre sur deux appuis, poutre sur deux appuis avec encorbellement, poutre
cantilever, viaduc à travées indépendantes.
7
I.2.2 Les ponts en arc
Un arc est un élément mince en béton armé, légèrement précontraint, acier ou bois destiné
à franchir des portées moyennes à exceptionnelles (fig. 1.5).
Photo 1.3 – Arc en Béton armé à Villeneuve sur lot de 96 m. d’ouverture construit par E. Freyssinet
8
Photo1.4 – Pont Bowstring sur la ligne TGV à Antoing
Les arcs étant des structures élancées travaillant essentiellement à la compression, il faut lutter
contre tout phénomène de flambement par des systèmes de contreventement (photo 1.5) tels
des croix de St-André .
9
Photo 1.6 – Pont voûte
Une voûte est un élément massif en maçonnerie ou en béton armé destiné à franchir des
petites et moyennes portées. La forme voûtée est particulièrement adaptée aux matériaux
ayant une faible résistance à la traction : la voûte vise à obtenir partout de la compression.
Les naissances (ou retombées) sont les points de raccordement de la voûte ou de l’arc avec
les piles (ou culées). On parlera de plan ou de ligne des naissances pour les plans ou
lignes passant par les naissances.
La clé est le point où la tangente à l’intrados est horizontale ou parallèle à la ligne des
naissances.
Le tympan (ou mur de tête) est le mur reposant sur l’extrados de la voûte et supportant,
soit le remplissage (remblai de rattrapage) sous la voie ferrée, soit un tablier.
10
Bien qu’ayant une structure portante de type poutres ou dalles, les ponts portiques font
partie de la famille des arcs. Très compétitifs dans le domaine des ponts de petites portées
à une travée, ils sont, sur ce terrain, le concurrent direct des ponts dalles.
Il en existe de nombreuses variantes. Citons les portiques les plus courants que sont le
portique simple (fig. 1.6), le portique fermé ou pont cadre (fig. 1.7 et photo 1.7) et le
portique articulé ou pont à béquilles (fig. 1.5d)
11
I.2.3 Les ponts à câbles
Le tablier n’est plus appuyé, mais suspendu à une structure porteuse composée de
pylônes et de câbles. A la notion d’appuis inférieurs fixes et comprimés, constitués par
les piles, culées et fondations, se substitue la notion d’appuis supérieurs élastiques et
tendus procurés par les câbles. Cette solution, naturellement plus simple et donc plus
économique, autorise à multiplier le nombre de points de suspension : les sollicitations
de flexion dans le tablier sont nettement diminuées, le gain de poids est très appréciable.
Il s’agit de la forme moderne des anciens ponts en lianes : un câble en acier dont les
extrémités sont solidement amarrées (photo 1.8) , passe au-dessus de deux pylônes et
supporte le tablier du pont par une série de suspentes verticales.
Les principaux types de ponts suspendus sont les suivants (fig. 1.9) :
ponts à une travée suspendues :
o le câble est ancré sur le tablier
o le câble n’est pas ancré sur le tablier.
12
Fig. 1.9 – les principaux types de ponts suspendus
3
On peut se donner une idée des dimensions de ce massif d’ancrage en sachant que la hauteur de la poutre de
rigidité du pont est de 6 mètres. Ce massif est rempli de 4000 tonnes de béton. Il est fondé à 22 mètres de
profondeur.
13
Examinons quelques éléments constitutifs des ponts suspendus :
Le câble porteur (photo 1.9) : il est formé par un faisceau généralement hexagonal
de torons entre lesquels on remplit les intervalles par une matière asphaltique
destinée à s’opposer au séjour et au cheminement de l’eau. Les torons sont
constitués à leur tour par des fils de quelques mm de diamètre enroulés en hélice
alternée. Ces fils sont réalisés en acier tréfilé à haute teneur en carbone présentant
une grande résistance à la rupture. Le câble porteur est ancré à ses deux extrémités
dans un massif d’ancrage (photo 1.8) et prend appui sur les têtes de pylônes au
moyen de selles d’inflexion en acier moulé4
4
Les selles d’inflexion du pont de Tancarville ont chacune une masse de 28 tonnes.
5
Ce câble est constitué d’un faisceau hexagonal de 60 torons de 72 mm de diamètre, chaque toron étant lui-
même constitué de 7 couches de fils élémentaires torsadés autour d’un fil central, en sens inverse pour chacune
d’elle.
14
Les suspentes : il s’agit des organes de liaison entre les câbles porteurs et les poutres
de rigidité. Elles sont de même nature que les câbles porteurs, à savoir constituées
de un ou plusieurs torons. Elles sont accrochées au câble porteur par l’intermédiaire
d’un étrier posé sur un collier de serrage (photo 1.10).
Photo 1.11 – Fixation inférieure de la suspente à la poutre de rigidité via collier et étrier (Pont de Tancarville)
6
Chaque suspente du pont de Tancarville présente un diamètre de 88 mm et la masse de chaque collier de
serrage est de 2 tonnes.
15
Les pylônes sont réalisés en béton armé ou en acier. En général, les montants
verticaux sont entretoisés par des traverses. L’encastrement du pylône donne la
stabilité nécessaire au stade de la construction. Dans le cas d’ouvrages modestes, il
est possible de concevoir des pylônes articulés (photo 1.12).
Photo 1.13 – Pylône du pont de Tancarville entretoisé en tête. On remarque la structure en treillis du tablier
16
Le tablier : il est analogue à celui d’un pont métallique à poutres latérales qui
forment ici les poutres de rigidité. Ces poutres reposent sur les pylônes, les culées
et ponctuellement, elles prennent appui au droit des suspentes (photo 1.11).
Le platelage joue le rôle d’âme de la poutre de contreventement longitudinal (vis-à-
vis du vent latéral), les poutres de rigidité ayant le rôle de membrure (photo 1.14).
Pour lutter contre la torsion, on complète la structure par des entretoises en treillis
de grande hauteur (photo 1.15).
17
I.2.3.2 Les ponts à haubans.
Dans ce cas, le tablier est tenu par des câbles inclinés, tous ancrés dans la tête du
pylône. Ce pont est auto-stable ou auto-équilibré.
Les câbles porteurs peuvent soit passer tous par le sommet du pylône, soit s’échelonner
sur toute sa hauteur (fig. 1.10).
Le pont à haubans classique présente trois travées symétriques et deux doubles pylônes.
Il existe cependant de nombreuses variantes à cette disposition de base.
18
Photo I.16 – Pylône en Y renversé du pont de Normandie
19
Photo I.17 - Suspension latérale du pont de Normandie
20
I.3 CLASSIFICATION DES PONTS SUIVANT LEUR SCHEMA TRANSVERSAL.
Les ponts peuvent également être classés suivant leur schéma transversal.
De manière générale, acier et béton confondus, on distingue :
21
Transversalement, il est encore possible de faire une distinction suivant la position du
tablier par rapport à la structure portante. On distingue :
les ponts à tablier supérieur (les plus courants) : la structure portante est sous le
tablier (tous les schémas de la fig. 1.13)
les ponts à tablier inférieur : les poutres sont au-dessus du tablier. Ces poutres sont
alors latérales. Dans cette famille, nous pouvons citer :
o les poutres treillis en acier (fig.1.14)
o les poutres échelles ou Vierendeel (fig. 1.15) en béton armé ou en acier qui
ne sont plus guère utilisées aujourd’hui
o les ponts en arcs en béton armé avec tablier inférieur (photo 1.4 et fig. 1.5c)
o les ponts bacs en béton précontraint par pré-tension (fig. 1.14)
les ponts à tablier intermédiaire dans lesquels le tablier est situé à mi-hauteur des
poutres. Dans cette famille, on rencontre les arcs à tablier intermédiaire (fig. 1.5b),
certains vieux ponts ferroviaires en béton armé et les poutres treillis en acier (fig. 1.16).
22
I.4 CLASSIFICATION DES PONTS SUIVANT LEUR PROCEDE DE CONSTRUCTION.
Aucune des classifications précédentes ne convient vraiment aux ponts en béton pour
lesquels la méthode de construction conditionne généralement la conception et le calcul,
particulièrement depuis le développement de la précontrainte qui a permis d’appliquer au
béton des méthodes de construction réservées auparavant à d’autres matériaux comme
l’acier.
Ainsi, est-il habituel de rassembler les ponts en béton en cinq familles principales,
correspondant chacune à un procédé constructif. Ces familles sont :
Ces procédés de construction dont les quatre derniers sont réservés à des ouvrages
exceptionnels, feront l’objet de la troisième partie de ce cours. Nous aborderons les
ouvrages courants à la fin de cette deuxième partie.
23
Fig. I.19 – Principe de construction des ponts sur cintres autolanceurs.
24
Le domaine d’application des quatre procédés pré-cités est donné à la figure 1.21.
PORTEES (m) 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 110 120 130 140 150 160 170 180
Poutres préfabriquées
Portées Poussage
moyennes
Cintre autolanceur
Grandes Encorbellement
portées
Domaine optimal
Domaine normal
Domaine exceptionnel
Fig. I-21 – Domaine d’application des procédés de construction des grands ponts.
25
CHAPITRE II : LES PRODUITS POUR OUVRAGES
D’ART EN BETON PRECONTRAINT
« Dans la poutre en béton précontraint, l’acier n’est pas une armature, c’est une force »
Y. Guyon
« Précontraindre une construction, c’est la soumettre, avant application des charges, à des
forces additionnelles déterminant des contraintes telles que leur composition avec celles
provenant des charges donne, en tous points, des résultantes inférieures aux contraintes
limites que la matière peut supporter indéfiniment sans altération »
Qui peut, mieux qu’Eugène Freyssinet, inventeur génial du béton précontraint , nous
donner définition de la précontrainte plus parlante que celle-ci.
Si on applique cette définition au béton, cela implique que le béton reste toujours comprimé
ou ne subisse tout au moins que des contraintes de traction faibles et jugées admissibles.
Dans les zones du béton qui doivent subir de la traction, on crée artificiellement une
contrainte de compression préalable (précontrainte) et ainsi, l’effort de traction dangereux
n’engendre « aux yeux du béton » qu’une décompression de celui-ci.
Il ne risque alors plus de se fissurer, à la condition que la contrainte de compression
préalablement appliquée ne soit jamais inférieure à la contrainte de traction en cause.
26
II.2 PROCEDES DE MISE EN ŒUVRE DE LA PRECONTRAINTE DU BETON
Chacun de ces trois procédés fait appel, dans le cas des ponts à poutres, à la
préfabrication. Cette préfabrication se fait en usine ou sur chantier suivant le procédé
utilisé :
Pour des ouvrages ponctuels réalisés à l’aide de poutres en béton précontraint par pré-
tension, la préfabrication se réalise toujours en usine.
Les ponts à poutres préfabriquées en béton précontraint sont souvent très économiques
pour des portées :
comprises entre 25 et une quarantaine de mètres en précontrainte par pré-tension
comprises entre 30 et 60 mètres en précontrainte par post-tension
Au-delà de 50 mètres, l’augmentation rapide du poids des poutres (>1200 kN) exige des
moyens de manutention et de pose exceptionnels qui rendent leur mise en place coûteuse.
En-dessous de 25 mètres, d’autres types d’ouvrages qui nécessitent moins de matériels
pour leur réalisation sont plus compétitifs : dalles et dalles nervurées bétonnées sur cintre
par exemple.
27
II.2.1 La précontrainte par pré-tension
Les poutres que nous décrivons ci-dessous sont destinées à être mise en œuvre avec une
dalle superposée participante pour former le tablier de l’ouvrage.
Parmi les nombreux avantages que peut apporter une préfabrication, ajoutons ici celui lié
à la fabrication en usine : la qualité du béton. Coffrages métalliques équipés de vibrateurs
latéraux, centrale à béton pourvue de dispositifs de dosage adéquats, équipement de
laboratoire permettant le contrôle de la consistance et la résistance du béton, main
d’œuvre qualifiée, moyens de manutention étudiés, tels sont les atouts de la préfabrication
en usine qui garantissent une qualité optimale aux produits finis.
Le principe consiste à utiliser des câbles d’acier à très haute résistance que l’on met sous
tension avant de bétonner la poutre. Une fois la poutre bétonnée et que le béton a atteint
une résistance suffisante, on coupe les câbles qui, en voulant reprendre leur position
initiale, induisent dans la zone de béton qui les entoure des contraintes de compression.
Les câbles utilisés en précontrainte sont soit des torons (7 fils), des torsades (3 fils) ou de
simples fils crantés. Dans le cas des poutres, on utilise généralement des torons qui sont
constitués d’un fil central autour duquel sont enroulés en hélice les 6 autres fils. Leurs
caractéristiques sont données à la figure 2.1.
La mise en tension des torons étant effectuée avant bétonnage, ceux-ci ont un tracé
rectiligne. En conséquence, après relâchement des fils, le moment fléchissant dû à la
précontrainte est pratiquement constant sur la longueur de la poutre, excepté dans les
premiers 50 cm des zones d’ancrages. Or, en service, les poutres sont soumises à des
moments fléchissants variables, voire même avec changement de signe. Pour résoudre ce
problème et faire varier le moment de précontrainte le long de la poutre et ainsi éviter
une fissuration en fibre supérieure, on a recourt au gainage des torons.
Le gainage des torons supprime leur adhérence sur une certaine longueur à partir de
l’about. Ceci permet de reporter l’ancrage à l’extrémité du gainage et donc d’introduire
progressivement la force totale de précontrainte.
Il est aussi fait appel à la technique du relevage des torons (uniquement sur les poutres de
plus de 12 m) à l’aide de pièces de déviation incorporée à la poutre.
28
Signalons que dans le cas des poutres destinées au bâtiment (qui ne font pas l’objet de
ce cours) la solution de la poutre à hauteur variable (poutre à double pente) est
généralement adoptée car elle s’accommode bien avec des impératifs d’écoulement
d’eau sur toiture. Ce type de profil permet d’offrir un bras de levier variable à la
précontrainte : maximum à mi-portée et minimum à l’appui où l’on se rapproche du
noyau central.
Les poutres précontraintes par adhérence sont toujours réalisées à l’aide de coffrage
métalliques :
en usine : parce qu’ils présentent la possibilité de réutilisation
sur chantier : parce que, généralement, ils reprennent les réactions d’ancrage de
la précontrainte.
Ces avantages ont évidemment un prix : les coffrages métalliques sont très coûteux et
ne se justifient sur le plan économique que dans le cas d’une production en série
(usine fixe ou usine temporaire sur grands chantiers routiers).
On trouve, sur le marché, des produits courants qui sont standardisés depuis 1967 et
d’autres produits qui sortent du cadre de la standardisation.
Les poutres préfabriquées sont de hauteur constante, leur hauteur h économique étant
voisine du 1/16è de leur portée.
Dans un souci d’efficacité et d’allègement maximum, la section transversale des
poutres en béton précontraint est toujours :
- en double T (ou en I) (fig. 2.2)
- ou en té renversé (fig. 2.3)
29
Fig. II.2 - Profil standard en double té Fig. II.3 – Profil standard en té renversé
30
Longueur et poids
L’âme est toujours pleine et « s’épaissit » progressivement au voisinage des appuis pour
former le bloc d’about.
Une âme triangulée, capable d’assurer la résistance à l’effort tranchant en économisant
de la matière est coûteuse en coffrage et ferraillage passif. Cette solution a toutefois été
utilisée pour des ponts de très grande portée dans lesquels le poids mort des éléments
devient prépondérant.
Les armatures passives dans une poutre en béton précontraint par pré-tension
31
Disposition des armatures actives.
La position des torons doit répondre aux critères de la standardisation. Citons par
exemple :
la distance verticale et horizontale séparant les axes de deux torons est de 40 mm
ou d’un multiple entier de cette valeur.
la distance séparant l’axe d’un toron des faces latérale et inférieure des semelles
doit être supérieure à 50 mm.
L’ensemble des impositions en cette matière est résumé par la figure 2.7
Fig. II.7 – Disposition des torons dans une section profilée (dimensions en mm)7
7
Les valeurs n1, n2, n3 et n4 indiquées sur la fig. 2.7 sont des nombres entiers.
32
Dispositions concernant la liaison des poutres aux entretoises.
Les éléments intervenant dans la liaison entre les poutres et les entretoises aux appuis
sont les suivants (fig. 2.8) :
les douilles filetées
les armatures d’entretoises (1)
les barres filetées extérieures aux poutres (2)
les barres filetées intérieures aux poutres (3) et (4) servant à ancrer ou à
liaisonner entre elles les douilles.
Fig. II.8 – liaison des poutres aux entretoises au droit des blocs d’about – coupe horizontale
33
2. Les produits non standardisés (profils spéciaux)
ouvrages réalisés au-dessus d’une voie routière, ferroviaire ou fluviale dont le trafic
ne peut être interrompu qu’un minimum de temps
couvertures de tranchées
Il s’agit des poutres préfléchies (cfr II.2.3), des poutres-dalles, des poutres en U et en U
renversé et des ponts-bacs.
Les poutres-dalles
34
On trouve sur le marché des poutres-dalles de type précontraintes par adhérence et de type
préfléchies ou flexstress.
il n’est plus nécessaire de placer des prédalles entre les poutres sur chantier.
la dalle à couler sera d’épaisseur plus faible.
la capacité portante ou l’aptitude à reprendre des moments sollicitants de service est
directement proportionnelle au I/V de la poutre complète. La poutre-dalle permet
donc, vu sa section plus importante, soit :
- d’augmenter la portée
- de diminuer la hauteur
- de supprimer le recours à la précontrainte par post-tension.
une meilleure stabilité au déversement lors des opérations de transport et de pose.
Les poutres-dalles n’offrent pas que des avantages : leur coût est évidemment plus élevé.
35
Les poutres en U et en U renversé
36
Fig. II.9- Coupe transversale dans un profil en U renversé
Les ponts-bacs
La figure 2.10 présente les portées admissibles pour un pont-bac de hauteur 1,1 m, de
largeur 4,5 m et comportant 2 poutrelles HE 1000 M en AE355 dans le cadre d’un
convoi classique UICØ3.
37
Fig. II.10 – Types et phases de construction des ponts-bacs.
A l’heure actuelle, les portées atteintes sont de l’ordre de 30 mètres, mais il est
techniquement possible d’atteindre des portées de l’ordre de la cinquantaine de mètres.
38
II.2.2 La précontrainte par post-tension
II.2.2.1 Présentation
Photo II.4 – gaines pour le passage des câbles de précontrainte par post-tension
Contrairement à la précontrainte par adhérence qui utilise des torons clairs parce que bien
protégés par leur enrobage de béton contre la corrosion, les câbles utilisés en précontrainte
par post-tension doivent être protégés par une gaine en polyéthylène haute densité qui les
entoure sur toute leur longueur. Une fois les câbles tendus, la réservation est obturée à
l’aide d’un coulis de ciment de manière à protéger les câbles contre les infiltrations d’eau.
Les câbles sont donc généralement gainés mais ils peuvent également être graissés à
l’intérieur de la gaine afin d’autoriser leur remplacement éventuel.
En précontrainte par post-tension, la technique retenue pour faire varier le moment de
précontrainte et l’adapter au moment sollicitant est le relevage des câbles. Le fait de
réduire le bras de levier de la précontrainte réduit proportionnellement son moment. Cette
technique qui permet par ailleurs d’éviter un « encombrement » au niveau des ancrages à
l’extrémité des poutres offre de plus la particularité d’augmenter la résistance de la poutre à
l’effort tranchant en y induisant des efforts qui ont tendance à refermer les fissures dues au
cisaillement.
39
Fig. II.11 – Schéma de principe de la précontrainte par post-tension
La première famille, destinée à équilibrer les efforts dus au poids propre du tablier,
comporte des câbles filants ancrés aux extrémités des poutres dans des plaques
d’about préfabriquées en béton permettant la mise en tension rapide.
Les câbles de la seconde famille sont relevés en travées et ancrés en fibre supérieure
dans des encoches ménagées dans les membrures des poutres. Ils sont tendus après
pose des poutres sur leurs appuis définitifs et bétonnage des entretoises et de la dalle
sous chaussée.
La mise en tension de première phase s’effectue en tendant une partie des câbles à leur
contrainte définitive et non pas en tendant tous les câbles à une contrainte plus faible ce
qui entraînerait, outre des opérations supplémentaires, un risque de corrosion sous tension
des aciers non encore injectés.
40
Les étapes d’une mise en précontrainte par post-tension sont, dans le cas de torons gainés,
les suivantes :
Dans le cas de torons gainés graissés, l’opération d’injection des gaines a toujours lieu
avant la mise en tension des câbles.
La figure 2.12 présente un schéma de principe de mise en tension.
41
Fig. II.12 – Schéma de principe de mise en tension des câbles.
42
II.2.2.2 Le matériel utilisé
Outre les câbles formés de torons que nous avons déjà évoqués, la précontrainte par post-
tension requiert un matériel très spécialisé.
Il s’agit d’une pièce circulaire percée de trous tronconiques disposés selon une maille
triangulaire équilatérale régulière8 (fig. 2.13)
8
Certaines têtes d’ancrage peuvent déroger à cette règle, par exemple, la tête de type 4C15 de Freyssinet.
43
Photo II.5 – Têtes de ‘ancrage de type 27T15 et 13T15
Les clavettes ont pour rôle d’ancrer individuellement les torons sur la tête d’ancrage par le
principe du coincement conique.
44
3. Les tromplaques (fig. 2.15, 2.16 et photo 2.6)
De plus, de part l’évent qu’elle présente sur le côté, la tromplaque permet l’injection des
gaines.
Fig. II.15 – Coupe longitudinale dans une tromplaque munie d’une tête d’ancrage
Fig II.16 – Vue de face d’une tromplaque munie d’une tête d’ancrage. On remarque la possibilité de
fixation au coffrage par encoches ou par trous taraudés. On remarque également la présence de l’évent
destiné à injecter les gaines.
45
Photo II.6 – Tromplaque de type 27T15 et 13T15
Dans l’hypothèse où l’on travaille avec des torons gainés graissés, il convient de réaliser
les injections avant la mise en tension des torons. Il est alors nécessaire de fermer les
conduits pendant cette opération afin d’en assurer l’étanchéité. C’est là le rôle du presse-
étoupe. Il est traversé de façon étanche par chacun des torons gainés graissés et il leur
assure la position géométrique conforme à celle qu’ils occuperont dans tête d’ancrage.
46
5. Les vérins
Les câbles sont tendus au moyen de vérins, généralement à double effet9, qui permettent :
de tendre le câble en une ou plusieurs étapes
d’enfoncer les clavettes dans les logements coniques des têtes d’ancrages en vue
du blocage
d’effectuer le déclavetage par un retour du piston.
Chaque vérin multitoron est capable, moyennant l’adjonction du nez de vérin adéquat, de
mettre en tension toutes les unités de capacité égale ou inférieure à celle pour laquelle il a
été conçu. De même, pour les vérins monotorons, il existe des pièces d’adaptation.
6. Les gaines
Les gaines doivent être solidement fixées à l’aide de fils de ligature disposés environ tous
les 50 cm. Les gaines doivent avoir un tracé fluide c’est-à-dire sans cassures.
Elles sont raccordées aux tromplaques de manière à ne pas laisser pénétrer le béton (photo
2.7). Elles sont raccordées entre elles par manchonnage avec emboîtement et étanchéité
par joint annulaire.
Photo II.7 – Liaison entre la tromplaque et la gaine assurée par une bande plastique autocollante
9
On trouvera en annexe 1 la description d’un vérin double effet.
47
II.2.2.3 Les opérations de mise en place et de mise en tension des câbles
Nous allons détailler ces opérations dans le cadre de torons gainés graissés. Les étapes sont
les suivantes :
Les torons sont enfilés à la machine à pousser (photo 2.9) en veillant à ne pas
endommager les gaines. A cet effet, des précautions sont prises pour éviter tout
défilement du toron sur des arêtes tranchantes (photo 2.8).
48
2. Pose des presse-étoupes et injection des gaines au coulis de ciment
Après avoir retiré les gaines de protection PEHD découpées, on enfile alors le presse-
étoupe sur les sur-longueurs (fig. 2.17). La plaque de pression est maintenue serrée
contre la tromplaque à l’aide de boulons et la bride de serrage est boulonnée à la plaque
de pression. Les gaines de protection découpées sont ensuite replacées sur les sur-
longueurs et repoussées au maximum dans les trous tronconiques des blocs d’ancrage.
Le tuyau d’injection est vissé dans la tromplaque (photo 2.11).
Photo II.11 – Vue du presse-étoupe et du tuyau d’injection, tous deux étant fixés à la tromplaque
Des évents sont prévus sur la gaine. Ils ont été placés de préférence en des points
hauts à la jonction de deux gaines. Dès l’apparition à l’évent de coulis de bonne
consistance et sans bulles d’air, il faut fermer l’évent et ensuite la vanne d’entrée dès
que l’on fait le même constat à l’autre extrémité du câble.
10
On citera, par exemple, le superstresscem produit par la société LES CIMENTS D’ORIGNY (www.origny.fr )
ou encore le ciment ENCI CEM I 32,5 R
11
L’additif à utiliser avec le superstresscem est produit également par la même société. L’additif à utiliser avec
le ciment ENCI CEM I 32,5 R s’appelle le TRICOSAL 181 EH
49
3. Préparation avant mise en tension
Les gaines PEHD recouvrant les sur-longueurs des torons sont retirées.
Dans le cas des torons qui seront tendus un par un au vérin mono-toron, il faut faire en
sorte qu’à chaque extrémité tous les torons d’un même câble aient la même sur-
longueur.
La face de la tête d’ancrage qui sera en contact avec le coulis durci doit être
préalablement graissée avec la même graisse12 que celle utilisée pour la fabrication des
torons gainés graissés.
Photo II.13 – Vue de la tête d’ancrage, des clavettes et de la sur-longueur des torons dont on a retiré la
protection en PEHD.
12
Il s’agit de vaseline technique qui est une vaseline d’hydrocarbures d’origine pétrolière. La société SRS
BENELUX de Jupille en est l’un des fournisseurs.
50
4. Mise en tension des câbles
Le vérin est amené au droit de l’ancrage (photo 2.14). On place un gabarit métallique sur
les torons de manière à faciliter l’enfilage des torons dans le vérin (photo 2.15). La plaque
d’ancrage arrière du vérin est mise en place avec ses clavettes-outils (photos 2.16 et 2.17).
Photo II.14 – Mise en place d’un vérin multi-torons Photo II.15 – Vue sur le gabarit métallique
Photo II.16 – Mise en place de la plaque d’ancrage Photo II.17 – Mise en place des mors-
arrière du vérin outils.
La mise en tension se base sur le plan de mise en tension fourni par le bureau d’étude.
Les torons ne sont jamais tendus à la tension de service en une seule étape. La mise en
tension se fait par paliers de forces précisés par le bureau d’étude et pour lesquels
l’allongement du câble est systématiquement mesuré. A la tension indiquée par le
manomètre du vérin correspond donc systématiquement un allongement mesuré.
Ce n’est que dans le cas où l’allongement réel reste compris entre les allongements
maximal et minimal donné par le bureau d’étude que le blocage des clavettes est effectué.
On mesure alors la rentrée des clavettes et on la compare avec la rentrée théorique.
51
5. Coupe des sur-longueurs, protection de celles-ci et des ancrages, pose des capots
d’étanchéité.
Les sur-longueurs sont coupées mécaniquement, l’endroit de l’évent est coupé ou meulé
de façon à éviter toute excroissance par rapport à la face du béton. La zone des clavettes
et le départ des torons gainés sont protégés par un morceau de tube.
La face de la tromplaque encore visible qui va recevoir un joint en néoprène est nettoyée
à la brosse métallique et soufflée. On fait de même avec la face latérale des plaques
d’ancrage.
On vient alors pulvériser une cire pétrolière13 sur la face apparente de la tromplaque, sur
la tête d’ancrage et les clavettes.
Un joint en néoprène et un capot en acier galvanisé sont ensuite placés (fig. 2.18)
L’étanchéité est réalisée par serrage des boulons.
13
Par exemple, la cire PROTERA DRO7X produite par ELF
52
II.2.3 La précontrainte par préflexion
En poutrages nus, le fait de travailler à des tensions de sécurité plus élevée revient
ipso facto à tolérer des déformations où flèches plus grandes puisque le module
d'élasticité E est le même pour tous les aciers laminés.
Il faut également rappeler que les phénomènes du type flambage dépendent
également, en ordre principal, du E de l'acier.
53
II.2.3.2 La poutre Préflex
14
On trouvera en annexe 2, une coupe transversale dans un tablier réalisé à l’aide de poutres préflex.
54
1. Schéma de fabrication (fig. 2.19)
55
Photo II.19 – Poutre métallique sur le banc de préfabrication
56
Photo II.21 – Mise en place d’une poutre préflex sur ses appuis définitifs.
Economie de matière
Le fait de pouvoir utiliser sans entrave l'acier de qualité à des tensions de sécurité
élevées se traduit naturellement par une forte réduction de poids d'acier.
57
Sécurité remarquable.
Il est pratiquement impossible dans les cas courants de rompre une poutre
préfléchie.
Les poutres préfléchies peuvent franchir des portées imposées, supporter des
surcharges utiles et satisfaire à des conditions de flèche imposées avec des
hauteurs d'encombrement minima, irréalisables par tout autre mode de
construction. La réduction du poids ou de la hauteur d'encombrement d'un pont ou
d'un hourdis se répercute souvent par des économies et améliorations nombreuses.
Préfabrication
58
II.2.3.3 La poutre flexstress (fig. 2.20)
15
La précontrainte supérieure (dite « anti-précontrainte ») n’est donc pas représentée sur cette coupe puisqu’il
s’agit d’une poutre en service et que l’anti-précontrainte est relâchée après la pose des prédalles.
59
1. Schéma de fabrication
a) Elastification de la poutrelle
b) Précontrainte et préflexion sur la poutrelle (photo 2.23)
c) Bétonnage, mise en précontrainte, anti-précontrainte et déblocage.
d) Transport et pose.
e) Pose des prédalles
f) Lâchage anti-précontrainte
Photo II.24 – Vue d’une poutre flexstress munie de sa précontrainte supérieure à sa sortie usine
60
DEUXIEME PARTIE
61
CHAPITRE I : LES DONNEES NATURELLES ET
FONCTIONNELLES
Un pont doit satisfaire à un certain nombre d’exigences puisqu’il est destiné à offrir un service
à des usagers. On distingue :
les exigences fonctionnelles qui sont l’ensemble des caractéristiques permettant au
pont d’assurer sa fonction d’ouvrage de franchissement
les exigences naturelles qui sont l’ensemble des éléments de son environnement
influant sur sa conception.
De manière générale, la construction d’un pont s’inscrit dans le cadre d’une opération plus
vaste que le seul projet de pont. L’implantation de l’ouvrage résulte donc d’un certain
nombre de choix effectués au niveau de ce projet dans sa globalité. Le cadre du projet est
donc fixé et il n’est pas toujours possible de le modifier car le coût du pont est souvent
faible devant celui du projet.
Toutefois, en site urbain, ou lorsque se posent des problèmes majeurs de fondations, le
choix du tracé doit impérativement tenir compte des ouvrages dont le coût relatif peut alors
être exceptionnellement élevé.
Dans toute la mesure du possible, il convient d’éviter des tracés en plan qui conduisent à
des ouvrages mécaniquement biais ou courbes.
Il convient, en règle générale, d’éviter les ouvrages plats et horizontaux, pour des raisons
architecturales et d’écoulement des eaux pluviales.
Enfin, il faut également éviter des profils en long présentant des discontinuités
importantes de courbure.
Le profil en travers doit être soigneusement étudié car il est très difficile de le modifier si
sa conception n’a pas été prévue en conséquence dès le départ.
16
On trouvera des figures représentant ces caractéristiques fonctionnelles au chapitre II de cette deuxième partie.
17
NBN B03-101 traitant des actions sur les ouvrages d’art routiers par exemple.
62
I.1.2 Données relatives à l’obstacle franchi
Les gabarits routiers sont définis par les directions territoriales du MET : ils sont
généralement de l’ordre de 5,60 mètres.
Dans le cas des ouvrages franchissant des voies ferrées, les textes sont très complexes
car les gabarits à respecter sont variables en fonction de la nature et du type des voies.
A titre d’ordre de grandeur, le gabarit varie de 4,80 m à 5,50 m environ.
Dans le cas des ouvrages franchissant des voies navigables, ce sont les services
intéressés qui définissent les gabarits à respecter.
63
I.2 LES ACTIONS LIEES AUX DONNEES FONCTIONNELLES
Dans sa généralité, le problème des chocs de bateaux contre les piles d’un pont est
très vaste. Ce genre de risque doit être pris en considération chaque fois qu’un
projet de pont franchit une voie navigable ou un site maritime.
64
I.2.2 Les chocs de véhicules contre les piles de ponts.
Les chocs de véhicules sur les piles de ponts routiers sont loin d’être rares. Pour s’en
prémunir, il convient de dimensionner les appuis susceptibles d’être exposés à ces chocs
de façon à leur conférer une robustesse suffisante.
Au niveau du calcul, le choc éventuel d’un véhicule sur une pile de pont est assimilé à
une force horizontale appliquée à 1,2 m au-dessus du niveau de la chaussée.
Il est admis, dans un but de simplification, que cette force est frontale (1MN) ou latérale
(500 kN).
D’une façon générale, tous les dispositifs de retenue transmettent, outre leur poids
propre, des efforts aux structures, résultant de la fonction qu’ils assurent. En fait, seules
les glissières, et surtout les barrières, conduisent à des dispositions spécifiques et à des
calculs particuliers.
65
I.3 LES DONNEES NATURELLES
Les données géotechniques sont fondamentales dans l’étude d’un ouvrage. Elles sont
obtenues à partir d’une reconnaissance qui doit donner les informations les plus
complètes possibles :
sur le terrain naturel : le projeteur doit, bien évidemment, connaître avec
précision la topographie du terrain naturel.
sur le niveau de la nappe
sur le ou les niveau(x) possible(s) de fondation.
I.3.3.1 Le vent.
Pour la plupart des ponts construits chez nous, il n’est généralement pas nécessaire de
procéder à un quelconque recueil des données relatives aux vents. Les effets du vent
peuvent donc être négligés. Remarquons qu’une étude des effets du vent s’avère
indispensable dans certains cas cependant.
66
I.3.3.2 La température
Les effets de la température sont, bien évidemment, pris en compte dans le calcul des
constructions. Pour les structures sensibles à des variations de température, ou pour
les parties d’ouvrage affectées par lesdites variations, on admet que les valeurs
caractéristiques des actions dues à la température peuvent être prises égales à une
augmentation de 20 °C et à une diminution de 20 °C par rapport à la température à
l’origine de la construction prise égale à 10°C.
Il est rare que l’on aie à considérer des charges de neige ou de boue sur les ponts.
Dans les cas courants, cette surcharge ne doit pas être considérée.
Un séisme est une succession de déplacements rapides imposés aux fondations d’un
ouvrage. Généralement, pour les ponts courants, on ne tient pas compte des données
sismologiques dont les effets, chez nous, sont négligeables.
67
I.4 LES ACTIONS D’ORIGINE NATURELLE
Nous n’évoquerons ici que les actions dues à l’eau, actions qui ne sont pas traitées dans
les normes. Les actions dues à l’eau se manifestent de multiples manières. Les
phénomènes les plus couramment rencontrés sont :
la pression hydrostatique
la poussée hydrodynamique du courant
l’action abrasive du courant
l’affouillement général des rivières et local autour des piles de ponts
En ce qui concerne l’action hydrodynamique d’un courant sans houle, on admet, à titre de
simplification, que le diagramme des vitesses de l’eau est triangulaire entre le lit et la
surface libre (figure 1.1).
R = K.S.V²
68
I.5 DONNEES D’INTEGRATION AU SITE
Il ne serait pas normal de ne pas parler de l’intégration d’un ouvrage dans le site qui
l’accueille. Il s’agit ici de questions d’aspect et de nuisances.
Bien que les considérations d’ordre esthétique soient très subjectives, un projeteur de pont
ne peut ignorer l’impact visuel de son ouvrage. La question se pose avec acuité en site
urbain mais, même en rase campagne, il n’est pas admissible de défigurer le paysage par
un ouvrage laid. A l’inverse, on peut même dire qu’un ouvrage réussi sur le plan
architectural contribue, dans certains cas, à l’épanouissement touristique de la zone dans
laquelle il est implanté.
69
CHAPITRE II : LES DIFFERENTES ETAPES TECHNIQUES
DANS L’ELABORATION D’UN PROJET DE PONT
L’élaboration d’un projet de pont procède, quel qu’en soit le maître d’ouvrage, par étapes :
les étapes techniques
les étapes administratives
Nous n’aborderons ici que le cadre technique dans lequel se situe la construction d’un pont-
route de la voirie régionale
Lors de l'élaboration d'un projet de pont, le concepteur suit généralement les grandes étapes
suivantes :
Remarquons que toute l'étude doit être menée en vue de satisfaire un besoin qu'il convient
de bien cerner. C'est le but de l'étape 1.
Notons également que les étapes 2 et 3 peuvent se reproduire à plusieurs reprises d'abord
pour les solutions d'ensemble et ensuite pour les problèmes de détails
L'organigramme repris à la figure 2.1 schématise les diverses étapes que nous allons
étudier en détails.
70
Organigramme relatif à une étude
1
Demandeur Rassemblement Normes
Données Expérience ...
Analyse
2
Inventaire
des
solutions
Avis
3
Comparaison
et
Choix
4 - 1re partie
Projet
Adjudication
Examen
des
offres
4 - 2me partie
Etude
d'exécution
71
II.1.1 1ère étape : le recueil des données
En rase campagne, l’implantation d’un ouvrage est souvent fixée par le projet routier qui
l’englobe, mais rarement de manière impérative. L’optimum résulte généralement d’un
compromis entre plusieurs exigences qui peuvent être contradictoires. En milieu urbain,
les contraintes sont généralement plus sévères qu’en rase campagne, qu’il s’agisse de la
construction d’un ouvrage neuf ou de la reconstruction d’un ancien pont.
Les grands ouvrages doivent, dans toute la mesure du possible, être projetés droits : un
biais, même modéré, complique l’exécution et induit un fonctionnement mécanique qui
peut s’écarter sensiblement des modèles de calcul de la résistance des matériaux usuelle.
Les ponts à courbure prononcée doivent rester rares et même exceptionnels en rase
campagne où l’on peut presque toujours les éviter aisément si l’on y pense en temps
voulu.
La question de la longueur et même de l’existence même du pont doit être posée : il faut
étudier la possibilité de la solution remblais. Cependant, un remblai neutralise une bande
de terre d’autant plus importante que sa hauteur est grande.
1. La topographie
2. L’hydrologie
Dans le cas du franchissement d’un cours d’eau, il est indispensable d’en connaître
parfaitement le régime : fréquence et importance des crues, débit solide, charriage
éventuel de corps flottants susceptibles de heurter les piles. Mis à part les chocs, le
plus grand danger réside dans les affouillements. D’une manière générale, on
cherchera, bien sûr, à limiter autant que possible le nombre des appuis en site
aquatique.
72
3. La reconnaissance géotechnique
le vent
la neige et la glace
les séismes
la houle dans le cas du franchissement d’un estuaire ou d’un bras de mer,
ainsi que les embruns et, de façon générale, l’action agressive de
l’atmosphère marine.
73
II.1.1.3 Le recueil des données fonctionnelles
18
A ce propos, on trouvera en annexe 3 un document mis au point par la D411 qui permet la récolte de ces
données.
74
2. Un plan terrier (fig. 2.3)
75
3. Les profils en long des voiries inférieures et supérieures (+ terrain naturel) (fig. 2.4)
76
4. Les profils en travers des voiries inférieures et supérieures (fig. 2.5)
77
le type d’ouvrage souhaité
78
II.1.2 2ème étape : L’ inventaire des solutions
Nous passerons ici en revue les différents types de ponts. La classification retenue est
valable de manière générale pour les ouvrages courants. Les cas particuliers d’ouvrages
exceptionnels sortent de cette classification.
Il s’agit ici de la catégorie des petits passages sous remblai utilisés comme :
ouvrages de décharge hydraulique
passage pour le bétail ou le gibier sous une voie de circulation
rétablissement d’un chemin d’intérêt local
Dans la gamme des très faibles portées (5 ou 6 m) plusieurs types d’ouvrages sont
envisageables :
les ponceaux voûtés massifs en béton
les passages inférieurs en voûte mince
les buses métalliques
les ponts-cadres en béton armé.
79
3. Les ouvrages de grande portée (entre 35 et 100 m)
80
II.1.2.3 Les dossiers pilotes principaux du SETRA19
Il s’agit d’une classification française que nous reprenons ici dans une démarche
pédagogique. La classification des ponts proposée (circulaire ministérielle du 2 janvier
1986) offre l’avantage de présenter les ouvrages conformes à des modèles types, ouvrages
dont le tablier peut alors être étudié dans le cadre des dossiers pilotes du SETRA
19
Service d’études techniques des routes et autoroutes (www.setra.fr ) : site recommandé !
81
Les figures 2.7 et 2.8 résument les domaines d’emploi des différents types d’ouvrages que
nous avons passés en revue. La figure 2.9 rappelle les principaux éléments de
prédimensionnement des ouvrages courants.
Fig. II.7 – Domaine d’emploi des principaux ouvrages d’art de type courant.
82
Fig. II.8 – Ponts en béton armé ou précontraint et ponts métalliques.
83
Fig. II.9 – Eléments de dimensionnement des ouvrages courants.
84
II.1.2.4 L’inventaire des solutions au MET
Cette étape comprend deux parties. Il est, en effet, rationnel de commencer par définir
les grandes lignes d'un ouvrage, avant de s'attaquer aux détails, tout en étant attentif au
fait que certains détails peuvent imposer une adaptation des grandes options.
Le type d'ouvrage
Le matériau
85
2. Options particulières et de détails
Les esquisses sont précisées par le choix des options particulières afin de pouvoir
déterminer d'une manière approximative les quantités à mettre en oeuvre et donc un
coût approximatif
l’infrastructure
• type de fondation
• culées
• piles
• ouvrages annexes (mur de soutènement)
la superstructure
• type de poutre
• type de dalle
• entretoise
• détails : dalle souple, bord de l'ouvrage
les équipements
• chape d'étanchéité et revêtement (route et trottoir)
• dispositifs de sécurité
• évacuation des eaux
• appuis
• joint de dilatation
• poteau d'éclairage
• placement d'impétrants
• balises de repère et de tassement
• extrémités latérales de l'ouvrage
86
II.1.3 3ème étape : Le processus de choix
Il est assez rare que la prise en considération des différentes contraintes naturelles et
fonctionnelles conduise à une solution unique pour un franchissement donné. En fait,
un ouvrage comprend trois parties principales :
le tablier
les fûts de piles
les fondations
Une augmentation des portées engendre une croissance rapide du coût du tablier pour
une économie de fondation qui n’est importante que si la qualité du sol impose des
moyens très onéreux. De façon générale, pour des terrains convenables et, en
l’absence de contraintes imposant de grandes ouvertures, un ouvrage simple, aux
portées modestes sera plus économique qu’un ouvrage plus ambitieux, plus difficile à
construire et plus exposé à des désordres ultérieurs.
A ce stade, nous travaillons sur des avant-projets obtenus lors de l’étape précédente.
Le but poursuivi étant de présenter à l'adjudication en général un seul projet de pont, il
convient donc de comparer et de choisir les avant-projets.
Ceci se fera suivant plusieurs critères, notamment :
le coût
les impératifs d'exécution
l'esthétique
l'entretien (gestion)
87
II.1.4 4ème étape : L'étude complémentaire de la solution choisie.
Après le choix, l'étude se poursuit pour préciser les dimensions de l'ouvrage, les détails, le
coût de la solution choisie afin d'aboutir à un projet pouvant être présenté à l'adjudication.
(4ème étape – 1ère partie)
Ultérieurement l'étude sera poursuivie par l'établissement de plans d'exécution étayés par
une note de calcul. (4ème étape – 2ème partie)
A titre indicatif, on trouvera en annexe 2 le plan d'une note de calcul type d'un pont
88
II.2 EVOLUTION DE LA CONCEPTION DES PONTS
L'étude de la conception d'un pont doit intégrer une série de facteurs. On peut les
classer en 6 catégories :
besoins à satisfaire
matériaux à utiliser
étude théorique
moyens et procédés d'exécution
aspect esthétique
coût
Ces facteurs évoluent dans le temps ce qui implique une évolution de la conception.
Quelques exemples sont donnés ci-dessous :
II.2.2.6 Le coût
investissement immédiat
coût de l'entretien.
89
CHAPITRE III : LES FONDATIONS SUPERFICIELLES
Ce cas de figure est le plus simple que l’on puisse rencontrer. La fondation est alors
constituée par une semelle en béton armé, de forme rectangulaire, carrée ou circulaire.
Quelque soit le type de pile (ou d’appuis) ou le nombre des éléments porteurs verticaux,
la fondation comporte une semelle unique, éventuellement raidie (fig. 3.1) pour
« absorber » les hétérogénéités locales du sol.
La longueur des semelles est fixée par la dimension des appuis à leur base.
Leur largeur est fixée par :
la qualité du sol de fondation au niveau considéré.
la descente de charge et son centrage
le poids des terres sus-jacentes.
Son épaisseur doit être suffisante pour lui conférer une bonne rigidité. Elle est
généralement constante.
90
III.1.2 Fondations superficielles dans la nappe.
Lorsque le sol est le siège d’une nappe, il est naturellement préférable, si les
caractéristiques le permettent, de placer la fondation à un niveau supérieur.
Si ce n’est pas possible, on exécute la semelle à sec sur un massif de béton non armé.
Dans le cas, précisément, où la fondation est profonde, et lorsque des problèmes
d’emprise limitée se posent, on exécute la semelle à l’abri d’un blindage.
Les figures 3.2 et 3.3 donnent deux exemples de fondations réalisées à l’abri de
blindages circulaires en parois moulées.
Fig. III.2
91
Figure III.3
92
III.1.3 Dispositions constructives.
On note :
B la largeur de la semelle
h son épaisseur
b la largeur de l’appui.
93
III.2 LES FONDATIONS SUPERFICIELLES EN SITE AQUATIQUE
Les fondations superficielles en site aquatique posent essentiellement des problèmes
d’exécution.
C’est le type de batardeau le plus courant pour exécuter les fondations des
franchissements hydrauliques. On fonce des palplanches dans le sol selon un contour
polygonal plan, le plus souvent rectangulaire. La géométrie de ce contour est
maintenue à l’aide d’étaiements, de cadres et de butons. La photo 3.1 donne un
exemple de batardeau de ce type. La figure 3.5 donne un autre exemple de batardeau
rectangulaire classique.
Le nombre des étaiements dépend de la hauteur d’eau à retenir et leur espacement
varie, selon leur rigidité, de 3 à 6 mètres.
94
III.2.1.2 Les batardeaux circulaires.
Par le passé, lorsque la hauteur d’eau était très importante, on a conçu des batardeaux
de dimensions exceptionnelles, notamment des batardeaux « téléscopiques ». La
longueur des palplanches étant limitée, on avait imaginé de réaliser un batardeau, plus
profond, à l’intérieur d’un premier batardeau (batardeau supérieur) de plus grandes
dimensions que le second.
Les palplanches sont foncées dans le sol, le plus souvent par paires20, par battage (fig. 3.6),
par trépidation ou par vibrofonçage.
Pour savoir quel type de palplanche choisir et quelle cote peut être atteinte au battage,
on procède généralement à un essai de battage au niveau de la reconnaissance normale.
Il est en effet difficile de prévoir la pénétrabilité des palplanches.
20
Les palplanches de type U peuvent être livrées séparément ou déjà assemblées par deux ou même par trois
(points de pinçage ou cordon de soudure) . Les profils Z peuvent être livrés séparément ou par deux (fixations
identiques). Les palplanches plates (série AS) sont généralement assemblées par soudure. Dans leur cas, il est
néanmoins possible de réaliser des raccords boulonnés.
95
III.2.2.2 L’étanchéité des batardeaux
Sauf circonstances spéciales, l’étanchéité au droit des joints entre palplanches est
assez rapidement acquise : l’eau est en effet toujours suffisamment chargée en
sédiments fins qui viennent progressivement les colmater. L’étanchéité latérale
des batardeaux est donc presque toujours bien assurée21.
En revanche, il est rare que le fond de fouille à l’intérieur d’un batardeau soit
étanche (fig. 3.7). Lorsque les palplanches ne rencontrent pas un substratum
imperméable, les différentes possibilités sont les suivantes :
Figure III.7 - fond de fouille imperméable (substratum non désorganisé) et injection du fond
de fouille.
couler sous l’eau un bouchon de béton (fig. 3.8) dont l’épaisseur est choisie de
sorte que son poids équilibre, en première approximation, la pression de l’eau.
En appelant H, la hauteur d’eau totale au niveau du pied des palplanches, la
hauteur h de béton doit être telle que :
h> H
2 ,4
21
Il est possible d’assurer une étanchéité parfaite en remplissant les joints entre profils, préalablement au battage,
avec un produit d’étanchéité. Cette technique est cependant généralement réservée aux applications pour
lesquelles l’étanchéité prime comme, par exemple ,les bassins d’orage ou de stockage de déchets, etc…
96
prévoir un bouchon d’épaisseur limitée (fig. 3.8), le déséquilibre des pressions
étant repris par des tirants ancrés dans le sol et dans le bouchon.
Fig. III.8 – Bouchon de béton ancré, bouchon de béton d’épaisseur réduite grâce à un ancrage ou
à une couche drainante
97
III.2.3 Les caissons havés.
Lorsque la hauteur d’eau est très importante, on peut employer la technique des caissons
havés. Le procédé consiste à foncer, par havage à l’air libre ou à l’air comprimé, une
enceinte creuse que l’on fait descendre jusqu’à un substratum résistant.
Le fonçage du caisson est assuré par son poids propre, au fur et à mesure que les
matériaux sablo-graveleux sont extraits de son intérieur. La principale force de
résistance est donc due au frottement latéral sur la paroi externe du caisson et l’on
conçoit aisément que le fonçage ne soit guère possible dans des sols cohérents.
Pour faciliter le fonçage, la partie basse du caisson est souvent munie d’une trousse
coupante légèrement évasée afin d’ouvrir une fouille de diamètre légèrement supérieur à
celui du caisson. La figure 3.9 donne un exemple de fondation exécutée à l’aide d’un
caisson havé à l’air libre.
98
III.3 LES FONDATIONS SUPERFICIELLES SUR SOL EN PENTE
Comme les fondations superficielles en site aquatique, les fondations superficielles sur sol
en pente présentent essentiellement des problèmes d’exécution, mais d’une tout autre nature.
En effet, et notamment en zone montagneuse, il arrive fréquemment que le rocher soit :
proche de la surface mais diaclasé
situé à moyenne profondeur mais recouvert par un manteau d’éboulis.
Les semelles ont généralement une forme trapézoïdale ou à redans pour limiter les
tassements. Si les diaclases ont une direction dangereuse pour la stabilité de l’appui, il
est possible de disposer des tirants destinés à stabiliser la semelle par un ancrage dans
une partie saine. Deux techniques sont possibles :
les tirants passifs
les tirants actifs
La figure 3.10 donne un exemple de fondation au rocher d’une pile de pont sur
l’autoroute A9 en France entre Le Boulou et Le Perthus.
Fig. III.10 – fondation au rocher d’une pile de pont sur l’autoroute A9 en France
entre Le Boulou et Le Perthus.
99
III.3.2 Cas des zones rocheuses surmontées par un manteau d’éboulis d’épaisseur
modérée.
Il est en général très difficile d’apprécier le degré de stabilité de ces éboulis. C’est
pourquoi, dans la plupart des cas, on recourt à des méthodes d’exécution qui remanient
au minimum le sol en place.
On exécute, « à la main », des forages dans les éboulis par tranches d’un mètre
environ et on bétonne un anneau de stabilisation immédiatement après
l’excavation. On réalise ainsi une fouille circulaire blindée par tranches de faible
épaisseur jusqu’à ce que l’on trouve un appui satisfaisant.
La figure 3.11 montre la descente de charge d’une pile de viaduc qui se trouve
reportée sur le rocher sain par l’intermédiaire d’une forêt de micro-pieux.
Fig. III.11
Si l’on craint des mouvements, il convient de projeter des fondations qui ne sont
pas en contact direct avec les couches susceptibles de glisser.
La solution la plus simple, dans ce cas de figure, consiste à confectionner des
colonnes en béton armé à l’intérieur de puits marocain de fort diamètres, régnant
sur toute la hauteur susceptible d’être en mouvement.
100
CHAPITRE IV : LES FONDATIONS PROFONDES SUR PIEUX
Les deux principaux procédés de mise en œuvre sont le battage et, dans une moindre
mesure, le vibrofonçage.
Le battage proprement dit est effectué à l’aide d’un mouton diesel qui coulisse sur un
mât. Le contrôle de la force portante d’un pieu au cours du battage se fait à l’aide d’une
« formule de battage » qui fait intervenir le « refus » correspondant au dernier coup de
mouton. Comme ce paramètre est très difficile à mesurer avec précision, on estime plutôt
le « refus moyen », e, observé au cours de la dernière volée de 10 coups de mouton. La
formule de battage la plus couramment employée est la formule dite des Hollandais :
g h M ²
R =
6 e (M + P )
Avec M = masse du mouton
h = sa hauteur de chute
P = la somme des masse entraînées par la percussion
g = l’accélération de la pesanteur
101
IV.1.2 Les pieux préfabriqués en béton armé ou précontraint.
Fig. IV.1
Pour pallier ces insuffisances, un certain nombre de dispositions peuvent être envisagées,
mais elles ne constituent jamais des solutions très satisfaisantes.
102
IV.1.3 Les pieux métalliques
Ils sont relativement chers du fait du prix de l’acier. Leur diamètre courant va de 200 à
1000 mm environ et leur épaisseur doit être assez élevée. Mais ils sont d’une bonne
robustesse et d’un maniement aisé. Ils sont foncés soit ouverts, soit fermés à la base et
ce, en fonction de la compacité des couches traversées. Le dessin de la figure 4.2 donne
un exemple d’utilisation de pieux métalliques pour réaliser les fondations d’un
appontement.
Fig. IV.2
Ils sont plus économiques que les précédents. Il s’agit de pieux tubulaires dont la
section n’est évidemment pas circulaire, confectionnés en soudant deux ou plusieurs
palplanches le long de leurs charnières longitudinales.
103
IV.1.3.3 Les profilés H
Il est certain que dans les sols non cohérents, ces pieux n’induisent pratiquement pas de
refoulement. Ils travaillent donc exclusivement au frottement latéral et n’entrent, en
principe pas, dans la classification de ce paragraphe. Mais, dès que le sol est tant soit
peu cohérent, il peut y avoir un effet d’accrochage des terres entre les ailes du H qui
permet d’observer un effet de pointe consécutif à un refoulement.
On distingue essentiellement les pieux forés sans tubage et les pieux forés à l’abri d’un
tube de travail.
Dans le cas général, le soutènement des parois du forage est assuré par une boue
bentonitique. Si les circulations d’eau sont importantes, il est alors prudent de prévoir un
gainage des pieux immédiatement avant bétonnage. Ce gainage peut être très mince
mais, du fait de son diamètre plus faible que celui de l’excavation, il pose un problème
de mobilisation du frottement latéral. Le gainage doit donc rester une solution
exceptionnelle.
Le dessin de la figure 4.3 illustre les principales phases d’exécution d’un pieu foré.
L’outil de forage le plus employé est le bucket qui permet d’exécuter des forages dont le
diamètre va de 0,8 à 2,5 m.
Fig. IV.3
104
IV.2.2 Les pieux forés avec tubage
Lorsque le soutènement des parois du forage ne peut être assuré à l’aide de boue, on
exécute le forage à l’intérieur d’un tube de travail qui est battu ou vibrofoncé. Le sol est
extrait à l’intérieur à l’aide d’un outil appelé hammergrab (trépan-benne, en français).
Le forage sous-tubage est souvent employé :
en site aquatique
lorsque l’on doit traverser des couches dures
Les pieux forés présentent de nombreux avantages par rapport aux autres types de pieux.
Ils permettent la confection de véritables colonnes de grande longueur qui offrent une
bonne résistance à la flexion. De plus, les pieux forés font l’objet de techniques
d’auscultation très performantes qui permettent de garantir leur qualité. Des reprises en
sous-œuvre en cas de défauts constatés sont possibles.
105
IV.3 CONCEPTION D’UNE FONDATION SUR PIEUX
Pour les pieux métalliques battus, le choix du diamètre est fonction des produits
commercialisés de façon courante. Pour les pieux forés, nous avons déjà dit que le
diamètre pouvait aller jusqu’à 2,50m. Mais pour ces pieux, il convient de ne pas
descendre en-dessous d’un diamètre minimal de 0,80 m. Dans tous les cas, le choix du
nombre et du diamètre des pieux résulte d’une optimisation globale de la fondation tant
sur le plan mécanique que sur le plan économique.
En règle générale, il est préférable de prévoir un nombre limité de pieux de fort diamètre
plutôt qu’une forêt de petits pieux. Toutefois, il ne faut pas oublier que l’épaisseur de la
semelle de répartition est fonction du diamètre des pieux.
Un espacement trop grand entre pieux a une forte incidence sur le volume de la semelle
de répartition. En revanche, un espacement trop faible présente des inconvénients
majeurs, tant à l’exécution que sur le plan du fonctionnement mécanique.
C’est pourquoi, il est communément admis qu’un entraxe de trois diamètres est une
bonne base de départ pour le dimensionnement d’une fondation.
106
IV.3.3.3 La semelle de liaison
Selon les schémas classiques de calcul, les semelles de liaison des pieux sont toujours
considérées comme étant infiniment rigides. Il convient donc de les dimensionner en
conséquence.
Dans le cas de pieux forés de fort diamètre, et dans la mesure ou un entraxe de trois
diamètres entre les pieux est respecté, l’épaisseur h de la semelle peut être prise égale à
1,2 fois le diamètre commun des pieux. En règle générale, on cherchera à avoir des
bielles aussi peu couchées que possible sur l’horizontale (fig. 4.4). Le débord de la
semelle par rapport aux pieux est d’un demi-diamètre de pieux.
La semelle transmet à la fondation des efforts qui induisent dans les pieux des forces
axiales et, le plus souvent, des moments. Pour que ces moments soient transmis, il faut
que les pieux soient mécaniquement encastrés dans la semelle.
Ceci s’obtient facilement avec des pieux forés. Par contre, avec des pieux métalliques
battus, le problème est moins simple.
107
CHAPITRE V : LES CULEES
V.1 GENERALITES
La première famille est de loin la plus courante. La seconde concerne des ouvrages à
travées « déséquilibrée » aux abouts desquels il convient de disposer un système de lestage.
La fonction technique d’une culée se caractérise par le fait que l’on accède souvent par
elle à l’intérieur de l’ouvrage et que l’on peut être amené à lui associer une chambre de
tirage lorsque des conduites ou des canalisations passent à l’intérieur du tablier.
Dans certains cas, essentiellement en site urbain, il peut être souhaitable de créer un
local technique à proximité. On prévoit alors, en général, une culée creuse à l’intérieur
de laquelle on peut faire des aménagements spécifiques ou entreposer divers matériels.
108
V.3 DIMENSIONNEMENT DES TETES DE CULEES
La figure 5.1 présente les différentes parties de la tête d’une culée. Cette tête de culée
comporte un sommier d’appui et un mur garde-grève doté d’un corbeau avant contenant
une réservation pour le joint de chaussée et d’un corbeau arrière sur lequel prend appui la
dalle flottante.
Fig. V.1
109
V.3.1 Le sommier d’appui
Le sommier d’appui est l’élément sur lequel repose l’about du tablier. Sa surface doit
être aménagée de façon à permettre l’implantation des appareils d’appui, la mise en
place de vérins et l’évacuation des eaux.
Fig. V.2
110
V.3.2 Le mur garde-grève.
Il s’agit d’un voile en béton armé qui doit résister aux efforts de poussée des terres,
aux efforts de freinage dus à la charge mobile et aux efforts transmis par la dalle
flottante. Pour rattraper l’espacement entre le tablier et le mur garde-grève, ces deux
éléments sont munis de consoles en partie supérieure. Ces consoles présentent des
réservations pour les joints de chaussée. Pour le mur garde-grève, les dispositions
courantes sont représentées à la figure 5.3
Fig. V.3
Fig. V.4
111
La console d’appui de la dalle flottante est systématiquement placée à environ 80 cm
de l’arase supérieure du mur garde-grève pour permettre au maître d’œuvre de
concevoir en toute liberté le corps de chaussée.
La dalle flottante (fig. 5.4) présente la même dimension transversale que le mur garde-
grève. Sa longueur varie de 3 à 6 mètres suivant la hauteur de remblai. On peut
dimensionner cette longueur par la formule :
La hauteur du mur garde-grève est directement liée à celle du tablier. Son épaisseur
est fonction des efforts qu’il doit supporter. A titre de pré-dimensionnement, on
utilisera la formule suivante :
e = Max {0,3 ; h }
8
112
V.4 LES CULEES ENTERREES
Les culées enterrées sont les plus répandues à l’heure actuelle. Les culées enterrées sont
celles dont la structure porteuse est noyée dans le remblai d’accès à l’ouvrage.
La structure porteuse peut être réduite à sa plus simple expression dans le cas
d’ouvrages en déblai dans une zone où le rocher affleure : le sommier d’appui est alors
directement fondé sur ce rocher.
Dans le cas d’un ouvrage en déblai, la tête de culée est implantée, en phase définitive,
au voisinage de la crête du talus. En éliminant le cas banal où la talus est rocheux, la
solution la plus classique consiste à fonder le sommier d’appui sur des pieux,
métalliques battus ou forés, en béton armé disposés en une ou deux files parallèles.
Il existe, pour ce cas, deux types de culées enterrées selon qu’elles sont fondées
superficiellement ou qu’elles nécessitent des pieux.
On fonde la culée sur une semelle soit directement, soit par l’intermédiaire d’un
massif de béton de volume raisonnable. Le dessin de la figure 5.6 donne un
exemple de culée pour un petit ouvrage de type pont-dalle. La tête de culée repose
sur des poteaux normalement placés sous les appareils d’appui. La dimension
minimale des poteaux est de 0,5 m lorsqu’ils sont de section carrée et de 0,6 m
lorsqu’ils sont de section circulaire.
113
Dans le cas des grands ouvrages, le dessin de la figure 5.7 donne un exemple de
culée enterrée fondée sur semelle. La tête de culée repose maintenant sur des
voiles robustes placés sous les appareils d’appui.
On commence par exécuter la semelle et les voiles. On vient ensuite déposer et
compacter le remblai à l’arrière, à l’avant et entre les deux voiles de façon à bien
enserrer cette structure dans le sol.
Ce n’est qu’une fois le tablier achevé que le mur garde-grève est érigé et que l’on
procède à la dernière phase de remblaiement.
Une telle conception suppose que l’on puisse ériger le remblai suffisamment à
l’avance pour que les pieux puissent être exécutés à travers le remblai. Les phases
successives de construction de la culée sont :
1. Forage ou exécution des pieux à travers le remblai
2. Confection du sommier d’appui à la cote voulue
3. Exécution du tablier
4. Construction du mur garde-grève
5. Exécution du remblai derrière le mur garde-grève
114
Fig. V.8
Le dessin de la figure 5.8 donne un exemple réel de culée enterrée fondée sur pieux.
Le résultat final n’est souvent obtenu que par une approche itérative puisqu’avant
d’avoir fixé la longueur totale à franchir, on ne connaît pas encore le type de tablier et
son prédimensionnement.
115
V.4.3 Eléments de pré-dimensionnement d’une culée enterrée
Pour les culées fondées superficiellement, et dans le cas où le tablier est de portée(s)
modeste(s), l’épaisseur du sommier est couramment de l’ordre de 0,6 à 0,7 m lorsque
les éléments porteurs sont directement sous les appareils d’appui. Elle peut atteindre
0,9 m à 1 m si les appareils d’appui sont un peu décalés. Pour fixer les idées, retenons
une épaisseur correspondant à un élancement de l’ordre de 1/6 par rapport à la portée
du sommier entre axes de voiles voisins.
Pour les culées fondées sur pieux, l’épaisseur du sommier dépend essentiellement de
la disposition en plan des pieux. Nous rappellerons ici que pour des entre axes de
pieux de l’ordre de trois diamètres, l ‘épaisseur du sommier est de l’ordre de 1,2 fois le
diamètre des pieux et son débord doit être d’un demi-diamètre.
Nous avons déjà évoqué le dimensionnement des éléments porteurs des piles-culées
des ouvrages courants. En ce qui concerne les culées enterrées des grands ouvrages,
fondées superficiellement, les voiles porteurs doivent être très robustes. Leur
épaisseur est prise égale à :
e= Max ( 0 , 60 m ; h )
8
h (m) étant leur hauteur.
La largeur des voiles à leur partie supérieure est égale à celle du sommier. Cette
largeur va en augmentant vers la base. Elle est souvent égale à celle de la semelle
diminuée d’un débord.
116
V.4.3.3 Dimensionnement des murs en retour
Pour retenir latéralement les terres en tête des culées enterrées, celles-ci sont munies
de petits murs en retour suspendus, liés au mur garde-grève.
Fig. V.10
Leur dimensionnement est fonction des efforts qu’ils ont à reprendre, notamment
lorsqu’une barrière est implantée en leur partie supérieure. Dans les cas courants, leur
épaisseur est comprise entre 30 et 40 cm. Par ailleurs, le dessin des murs en retour
doit être tel que leur partie inférieure soit enterrée d’au moins 50 cm dans le talus pour
éviter les renards solides.
Enfin, pour pouvoir poser des éléments de corniche préfabriquée, on augmente
généralement leur épaisseur en tête de façon à avoir une assise suffisante. Le dessin
de la figure 5.10 donne un exemple de dimensionnement de mur en retour.
117
V.5 LES CULEES REMBLAYEES
Une culée remblayée est constituée par un ensemble de murs ou voiles en béton armé.
Sur l’un d’entre eux, appelé mur de front, s’appuie le tablier de l’ouvrage. Les autres
murs sont les murs latéraux, appelés murs en ailes ou en retour selon qu’ils ne sont pas
ou qu’ils sont parallèles à l’axe longitudinal de l’ouvrage projeté. Le dessin de la
figure 5.11 donne le schéma de principe d’une culée remblayée avec murs en retour.
Pour que l’effort transmis à la fondation ne soit pas trop déséquilibré, on peut jouer sur
plusieurs éléments ou paramètres et notamment la dimension des murs en retour et la
dimension arrière de la semelle.
Fig. V.11
118
Toutefois, il convient d’avoir présent à l’esprit la cinématique de construction d’une telle
culée afin d’appréhender au mieux les divers efforts qu’elle aura à reprendre ainsi que les
sollicitations sur ses fondations.
Une culée remblayée ne peut se concevoir que pour une hauteur limitée à une dizaine de
mètres. Au-delà, les quantités à mettre en œuvre deviennent trop importantes et il est
certainement plus économique, globalement, d’allonger le tablier et de passer à des culées
enterrées. En ce qui concerne les murs latéraux, les murs en retour sont dans la majorité des
cas, préférables. Les actions des terres tendent, naturellement, à la désolidarisation des murs
en aile avec le mur de front, ce qui est très disgracieux au niveau du joint.
Le mur de front est généralement un voile d’épaisseur constante de façon à simplifier le
coffrage, même si les quantités de matière sont surabondantes sur le plan mécanique. On
peut économiser un peu de matière en disposant des voiles porteurs au droit des appareils
d’appui. Cette disposition se justifie cependant rarement car elle complique le coffrage
et le ferraillage et pose des problèmes de remblaiement au voisinage du voile frontal.
L’intérêt d’une culée remblayée est de limiter, si un besoin précis se fait sentir, la
longueur du tablier. L’implantation est assez aisée :
on place le parement vu du mur de front au bord de l’obstacle à franchir
on dessine la tête de culée
on fait passer la trace du remblai d’accès, taluté à 6/4, par le pied du mur de front
au niveau du terrain naturel à l’avant de la culée en observant une revanche de
l’ordre de 0,5 à 1m.
on déduit la géométrie des murs en retour pour lesquels on prévoit une garde d’au
moins 1 m sous la trace du remblai pour éviter le phénomène de renard solide.
Fig. V.12
119
V.5.3 Eléments de pré-dimensionnement
Le mur de front est un voile épais dont l’épaisseur courante varie de 0,8 à 1,2 m selon la
hauteur. D’une manière générale, on cherche autant que possible à centrer la descente
de charge verticale du tablier dans l’axe du mur de front. Le débord du nu du mur par
rapport au nu des appareils d’appui ne doit pas être inférieur à une vingtaine de cm.
Le dessin de la figure 5.13 montre le raccordement du mur de front et de la tête de la culée.
Fig. V.13
Les murs en retour sont des voiles d’épaisseur constante sauf, éventuellement, en partie
supérieure pour l’accrochage des corniches ou la fixation d’éventuelles barrières de
sécurité. La longueur de la partie libre ne doit pas dépasser 7 à 8 m.
L’épaisseur des murs en retour varie entre 30 cm et 45 cm.
Lorsqu’une barrière de sécurité est implantée en crête des murs en retour, les calculs
montrent que les efforts engendrés en cas de choc peuvent être très difficiles à reprendre
si un poteau est situé au voisinage de l’extrémité libre.
120
V.6 LES CULEES CREUSES
On appelle couramment culée creuse, une culée comportant un mur de front, des murs en
retour et un platelage supérieur, culée dans laquelle le remblai est taluté.
C’est certainement dans cette catégorie de culées que l’on rencontre les conceptions les
plus variées. Le dessin de la figure 5.14 montre un exemple de culée creuse. Il s’agit en
fait d’une construction très sophistiquée que l’on ne conçoit plus, de nos jours, que dans des
cas exceptionnels. En tout état de cause, la conception d’une culée creuse moderne doit
être la plus simple et la plus rustique possible même si l’on aboutit à des dimensionnements
surabondants.
Fig. V.14
121
V.7 LES CULEES CONTREPOIDS
Dans certains cas particuliers, le projeteur est amené à concevoir un ouvrage dont la
distribution des travées ne permet pas d’assurer à tous les appuis une réaction verticale
descendante avec des dimensionnements usuels.
En règle générale, il est impératif que la réaction d’appui au droit d’une culée ne puisse
changer de signe car cela imposerait un double jeu d’appareils d’appui.
Certains appuis doivent cependant reprendre des réactions négatives.
Lorsque le déséquilibre est très marqué, il convient de concevoir la culée de façon à ce
qu’elle puisse jouer le rôle de contrepoids. Cette conception reste alors à l’initiative totale
du projeteur. La figure 5.15 montre un exemple de culée contrepoids en béton armé.
Fig. V.15
De manière générale, les talus sont sensibles au ravinement de l’eau. L’érosion est
généralement stoppée grâce à un système de drainage correct et une couverture végétale
stable. Sous le tablier, la végétation ne peut prospérer et l’on dispose alors un perré qui
est un élément de finition non négligeable.
122
CHAPITRE VI : LES PILES
VI.1 INTRODUCTION
Les piles peuvent jouer un rôle plus ou moins important dans le fonctionnement mécanique
du tablier. Dans le présent chapitre, nous nous bornerons à décrire les principaux types de
piles des ouvrages les plus fréquemment rencontrés.
Il est clair que le choix d’une implantation des appuis, de façon générale, suppose que le
projeteur soit expérimenté et qu’il connaisse bien les domaines d’emploi des différents
types de structure.
Indépendamment des conditions de résistance mécanique du fût, la tête des piles doit
être dimensionnée de façon à donner au tablier porté une assise appropriée.
Mais d’une façon générale, les têtes de pile doivent être dimensionnées de façon à
permettre l’implantation de dispositifs nécessaires à la construction, au fonctionnement
en service et à l’entretien de l’ouvrage.
Ces ponts reposent sur leurs piles par l’intermédiaire d’appareils d’appui en
élastomère fretté de dimensions relativement modestes. Les piles de ces ponts sont de
type voile ou poteau.
Par ailleurs, le débord nu des piles par rapport au nu des appareils d’appui doit être
suffisant pour que les frettes d’acier placées sous les appareils d’appui soient
correctement ancrées. Les dessins de la figure VI.1 illustrent ces considérations.
Fig. VI.1
123
VI.2.1.2 Les piles de grands ouvrages.
Pour un bon nombre d’entre eux, leur mode de construction nécessite l’emploi
d’appareils d’appui provisoires, ce qui augmente d’autant la place nécessaire au niveau
de l’assise. La première étape du dessin d’une pile est celle du dessin de la tête de cette
pile : il faut donc faire une bonne estimation de la descente des charges pour
apprécier les dimensions des appareils d’appui, provisoires et définitifs ainsi que les
dimensions des éventuels vérins de levage.
Il faut ensuite tenir compte de certaines particularités liées au mode de construction du
tablier comme, par exemple, la stabilité des fléaux d’un pont construit par
encorbellements successifs.
Il convient de respecter un débord minimal entre le nu des piles et le nu des appareils
d’appui. En l’absence de dé, le nu d’un appareil d’appui ne doit pas être à moins de 10
cm du parement de pile le plus proche.
Le dimensionnement des fûts de piles fait appel à des critères de résistance mécanique, de
robustesse et d’esthétique.
Le critère de résistance mécanique fait intervenir les diverses actions auxquelles sont
soumises les piles. Ces actions sont transmises directement par le tablier porté ou
directement appliquées au fût de pile ou, plus rarement, à la fondation : il s’agit
essentiellement des efforts représentatifs de chocs de bateaux ou de véhicules. Un certain
nombre de ponts dont les piles sont exposées aux chocs de bateaux ont été muni d’un
système de blocage en tête des piles. Ce dispositif se présente sous la forme d’un bossage
qui vient se loger dans une réservation dans l’intrados du tablier (figure 6.2). En cas de
choc, une telle clé, solidarise transversalement le tablier à ses appuis.
Fig. VI.2
Nous avons dit que les fûts de piles sont susceptibles d’être soumis principalement aux
efforts résultants de chocs. Dans le cas de piles hautes, il y a lieu de considérer
l’action du vent, notamment en cours de construction et éventuellement, les effets
d’une différence de température dans le sens transversal.
124
Le dimensionnement des fûts de pile doit évidemment partir des efforts réels que nous
venons d’évoquer de manière générale. Cependant, ce dimensionnement doit tenir
compte d’un certain nombre d’éléments qui ne peuvent se rattacher directement à des
critères de résistance mécanique.
Une première question se pose fréquemment : les piles doivent-elles être pleines ou
évidées ? Il est clair que les piles des ouvrages courants, du fait de leurs faibles
dimensions transversales, sont toujours pleines. Dans le cas de grands ouvrages, les piles
doivent être pleines, du moins sur une fraction adéquate de leur hauteur, si les fûts
peuvent subir des chocs de bateaux ou de véhicules. Dans les cas de piles de grande
hauteur, le mode de construction influe directement sur le dimensionnement de la section
transversale. Par le passé, il n’était pas rare de confectionner des piles de grande
hauteur à l’aide de coffrages glissants avec des épaisseurs de parois de l’ordre de 25 ou
même 20 cm. (figure 6.3).
Fig. VI.3
De telles épaisseurs sont considérées, de nos jours, comme insuffisantes. Les piles construites
avec cette technique doivent avoir, actuellement, une épaisseur minimale de 30 cm.
125
VI.3 MORPHOLOGIE GENERALE DES PILES DES OUVRAGES COURANTS
Dans le cadre de ce cours, nous nous bornerons à évoquer les lignes générales de leur
morphologie. Comme nous l’avons déjà dit, on peut classer ces piles en deux familles :
les piles de type voile
les piles de type poteau
Le modèle de base le plus simple est le voile continu d’épaisseur constante dont la
longueur est égale à la largeur du tablier porté. Pour être robuste, facilement exécutable
et ne pas donner l’impression d’être trop grêle, l’épaisseur du voile doit être nettement
supérieure à ce qui est exigé par les seules conditions de résistance mécanique. Ainsi,
une épaisseur de 50 cm est une bonne base de départ pour les tabliers dont la hauteur ne
dépasse pas 80 cm. Les dessins de la figure 6.4 donnent des exemples de traitement
d’une pile en partant du type voile.
Fig. VI.4
126
VI.3.2 Les piles de type poteau (fig. 6.5)
La deuxième famille de piles est celle dont les éléments porteurs sont de type poteau.
Le principal problème de ce type de piles est un problème de robustesse vis-à-vis de
chocs de véhicules.
Les poteaux (ou colonnes) peuvent être libres en tête ou liés par un chevêtre.
Il est clair que le modèle de base le plus simple est le poteau de section constante carrée
ou circulaire.
Fig. VI.5
127
VI.3.3 Les piles spéciales
Dans le cas des ouvrages urbains, les concepteurs de ponts dessinent souvent de piles qui
ne peuvent se ranger nettement dans l’une des deux familles évoquées ci-dessus. Nous
les appellerons de ce fait piles spéciales. Elles se caractérisent essentiellement par le fait
qu’elles n’assurent pas une descente de charge directe car leur géométrie est souvent
choisie de façon à limiter les emprises au sol. Les dessins de la figure 6.6 donnent
quelques exemples de telles piles.
Fig. VI.6
Etant donné un ouvrage courant dont la largeur est connue, le projeteur dispose d’une
enveloppe générale pour dessiner chacun de ses appuis. Les étapes de l’étude sont :
choix de la morphologie
répartition à l’intérieur de l’enveloppe générale et recherche des proportions
choix d’une forme
éventuellement, recherche de couleur ou de texture.
En ce qui concerne la forme, les épaisseurs des éléments doivent être choisies en
fonction de la hauteur vue de la pile, l’épaisseur vue du tablier et la portée des travées.
Calgaro et Virlogeux proposent une formule empirique liant l’épaisseur e des piles à
leur hauteur h et à la portée l des travées centrales :
4h+l
e = Max { 0 , 50 m ; + 0 , 1} (en mètres)
100
128
VI.4 MORPHOLOGIE DES PILES DE GRANDS OUVRAGES EN BETON
Les conditions de résistance mécanique des abouts de poutre conduisent à leur donner un
certain débord par rapport au nu extérieur des appareils d’appui. Compte-tenu de
l’espacement à laisser entre deux poutres successives, la distance entre axes des appareils
d’appui de deux poutres est de l’ordre de 1,50 m. Il en résulte que la plupart des piles
des ponts à poutres comportent un chevêtre en partie supérieure, chevêtre dont la largeur
est de l’ordre de 2 m (figure 6.7).
Fig. VI.7
Fig. VI.8
129
Les dessins de la figure 6.9 montrent encore une pile marteau d’assez grande hauteur.
Le principe est le même que pour la précédente mais la conception du fût est adaptée à
la hauteur de l’appui.
Fig. VI.9
130
VI.4.1.2 Les piles portiques.
Lorsque le tablier est très large, la pile-marteau ne peut, pour des raisons évidentes, être
envisagées.
Lorsque les piles ne sont pas de très grande hauteur, leur conception mécanique
s’apparente souvent à celle d’un portique. Les figures 6.9 et 6.10 livrent deux
interprétations architecturales très différentes de la notion de portique.
Fig. VI.9
Fig. VI.10
131
2. Piles de grande hauteur
Dans le cas de piles de grande hauteur, dès que le tablier est tant soit peu large et que
des problèmes de fondation se posent, on recourt volontiers à des piles portiques. Le
dessin de la figure 6.11 montre les piles du viaduc d’accès au pont de St Nazaire.
Fig. VI.11
132
VI.4.2 Piles des ponts poussés
Leurs piles ne se distinguent guère de celles des autres grands ponts en béton
précontraint que l’on verra par la suite. Il convient de toutefois souligner quelques
particularités liées au mode de construction de ce type de tablier.
Fig. VI.12
Fig. VI.13
133
VI.4.3 Piles des ponts construits sur cintre autolanceur
Le cintre est conçu pour pouvoir, après exécution d’une travée, être lancé au-dessus de la
travée suivante. Il est, à cet effet, muni d’un avant-bec et parfois d’un arrière-bec.
Il existe deux types principaux de cintres autolanceurs :
Les cintres « par-dessous » dont les poutres sont situées sous le tablier.
Les cintres « par-dessus » situés au-dessus du tablier et auxquels sont
suspendus les coffrages.
Les dessins de la figure 6.14 donnent le schéma de principe de ces deux types de cintre et
illustrent les problèmes de géométrie dans le cas des cintres par-dessous.
Fig. VI.14
Pour ces tabliers, les dimensions des piles et de leur tête, en particulier, sont
largement tributaires de leur mode de construction et des problèmes de stabilité des
fléaux avant clavage. Le dessin de la figure 6.15 montre des dispositions classiques à
adopter pour ce type de pile, au niveau de son arase supérieure. On y trouve
essentiellement :
des appareils d’appui définitifs
des appareils d’appui provisoires
des emplacements de vérinage.
134
Fig. VI.15
Il s’ensuit , dans les cas courants, une largeur de tête de pile de l’ordre de 2,80 m est
nécessaire pour des ponts de portée déterminante allant jusqu’à 90 ou 100 m.
Dans le cas de piles de grande hauteur, il est assez souvent difficile de mettre en place des
dispositifs de stabilité des fléaux extérieurs aux appuis. En général cette stabilité est
assurée par deux files de câbles aussi distantes que possible l’une de l’autre, et ancrées
dans les piles. Cela oblige à augmenter assez fortement la largeur des têtes de piles.
135
En ce qui concerne la conception et le dimensionnement des fûts de pile, ce problème est
largement lié à des questions d’esthétique. Très souvent, la recherche de forme conduit,
lorsque les piles sont de hauteur modérée, à des fûts dont la section horizontale est de
géométrie variable.
Par ailleurs, la descente de charge étant assez forte, il convient de ne pas trop la concentrer
au risque d’avoir une transmission médiocre des efforts dans la fondation.
Enfin, la géométrie du fût doit être examinée en relation avec les possibilités de ferraillage
et de bétonnage. Les figures 6.17, 6.18 et 6.19 donnent trois exemples de piles massives
de hauteur modérée.
Fig. VI.17
136
Fig. VI.18
137
Fig. VI.19
Les figures 6.19 et 6.20 montrent deux exemples classiques de piles de grande hauteur.
138
Fig. VI.19
Fig. VI.20
139
VI.4.4.2 Les tabliers partiellement encastrés sur les piles
Lorsque les piles sont de grande hauteur et que les travées du tablier sont assez longues,
il peut être intéressant de faire participer les appuis au fonctionnement mécanique de la
structure. Le moyen le plus simple pour réaliser un encastrement partiel consiste à
dédoubler la file d’appareils d’appui sur une pile. Le dessin de la figure 6.21 montre le
mode de liaison du tablier aux piles dans le cas du viaduc d’Oléron.
Fig. VI.21
140
VI.4.4.3 Les tabliers totalement encastrés sur les piles.
Lorsque les piles sont très hautes, il est intéressant d’encastrer le tablier à la fois pour
résoudre les problèmes de stabilité des fléaux en cours de construction et pour reporter
une partie des efforts de la structure dans les appuis. Le dessin de la figure 6.22 donne
un exemple de tablier totalement encastré sur ses piles.
Fig. VI.22
141
CHAPITRE VII : LES APPAREILS D’APPUI
Les tabliers de ponts reposent, en général, sur leurs appuis par l’intermédiaire d’appareils
d’appui, conçus pour transmettre des efforts essentiellement verticaux, ou, à la fois, des
efforts verticaux et horizontaux.
Il peut être intéressant de se pencher préalablement sur la position relative en plan des
appareils d’appuis.
La figure VII.1 illustre ces deux principes. Ces deux exemples montrent qu’un tablier ne peut
reposer sur une file d’appareils d’appuis fixes et sur une file d’appareils d’appuis mobiles : il
y a lieu de prendre en considération le mouvement de translation dans le sens perpendiculaire
à la portée (voir aussi fig. VII.7).
142
Fig VII.2 : disposition en plan des appareils d’appui de ponts
Cette démarche doit aussi être réalisée pour le mouvement en rotation autour d’un axe
parallèle à la portée du pont qui est souvent négligé à tort par rapport au mouvement de
rotation autour d’un axe de rotation perpendiculaire au sens de la portée (fig. VII.2). Ce
phénomène est surtout sensible dans le cas de pont à fortes charges mobiles comme les ponts
ferroviaires. Pour autoriser la rotation des extrémités des entretoises d’about, il y a lieu de
prévoir un appareil d’appui qui libère ce mouvement de rotation. Si tel n’est pas le cas, les
entretoises exercent un couple d’encastrement à leurs extrémités dont il faut tenir compte dans
le dimensionnement de l’appareil d’appui et de la fixation de l’entretoise sur la maîtresse-
poutre.
Les articulations en béton sont assez rarement employées et sont réservées à des ouvrages
en béton de petites portées. Elles ne sont plus guère utilisées aujourd’hui eu égard au
risque de corrosion, aux faibles valeurs de rotations qu’elles autorisent et aux faibles
charges qu’elles supportent. Citons ici :
l’articulation Mesnager conçue autrefois pour des ouvrages en béton armé et
constituée par des barres d’armatures croisées
143
l’articulation Freyssinet qui remplaça en son temps les vieilles articulations
roulantes22 par une galette de mortier de faible hauteur et fortement comprimée
(figure VII.3)
Fig. VII.3
22
Il s’agissait de deux plaques en acier dont une des deux était usinée suivant un cylindre. La rotation entre les
deux éléments se faisait sans entrave par roulement , la ligne de contact, et donc, la réaction se déplaçant avec
celui-ci.
144
VII.2 LES APPAREILS D’APPUI METALLIQUES
Les appareils d’appui métalliques se rencontrent essentiellement dans le cas des ponts
métalliques, bien que nombre d’entre eux soient maintenant équipés d’appareils d’appui
en élastomère fretté ou d’appareils d’appui spéciaux.
Actuellement, les constructeurs métalliques confectionnent parfois des appareils d’appui en
acier moulé ou, plus récemment, en acier laminé de nuance AE355. La figure VII.2 donne
quelques exemples d’appareils d’appui fixes ou mobiles.
Fig. VII.2
De nos jours cependant, les appareils d’appui métalliques cylindriques ne sont pratiquement
plus mis en œuvre dans les ponts eu égard :
au coût élevé de ces appareils qui nécessitent d’importants usinages et réglages à la
pose.
Aux dysfonctionnements constatés sur les appareils à rouleaux conséquemment au
fait que ces appareils n’autorise aucune rotation autour d’un axe parallèle à la
portée du pont. Signalons que l’expérience des ponts-rails montre que ces couples
d’encastrement (évoqués en introduction) ont une influence néfaste à long terme
145
sur les comportement des appareils métalliques à rouleaux qui, à chaque passage
d’un convoi, ont tendance à tourner autour d’un axe vertical. Ces rotations autour
d’un axe vertical ont déjà provoqué à plusieurs reprises des ruptures des ergots de
guidage, ce qui a généré un déplacement excessif du rouleau entraînant sa chute et
provoquant un mouvement brusque vertical de la superstructure.
146
VII.3 LES APPAREILS D’APPUI EN ELASTOMERE
photo VII.1
147
viennent adhérer par vulcanisation ( sous pression et à hautes températures) des tôles
métalliques. Les bords des frettes sont usinés de manière à éviter tout effet d'entaille
Le tout peut être ensuite enrobé d’une couche extérieure de néoprène (photo VII.4) ou
non (photo VII.3).
Les avantages des appareils d’appui en néoprène fretté sont nombreux, citons :
148
Facilement remplaçable en cas de nécessité ;
Grande longévité.
Les dimensions des appuis en néoprène fretté sont fixées par les paramètres suivants :
En plan :
o Condition de non-cheminement
o Condition de non-écrasement
149
Des appuis en caoutchouc fretté de ± I m2 ont déjà été réalisés. Il est cependant
conseillé au concepteur qui désire mettre en oeuvre un appareil d'appui dépassant
les dimensions 900 mm x 900 mm de se rapprocher de l'industrie avant de finaliser
son projet.
Pour les cas où une faible capacité de rotation est exigée, il est prudent
d'augmenter la rotation angulaire de calcul pour tenir compte d'un défaut de pose
de l'appareil d'appui dû à la tolérance admise sur le socle d'appui, sur la poutre et
sur les dimensions de l'appareil d'appui proprement dit.
Dans le cas où le déplacement horizontal à reprendre par l’appui est trop important ou
lorsque l’on veut limiter l’intensité des efforts horizontaux transmis à l’appui, on
dispose des appareils d’appui glissants. On dépose alors sur la face supérieure des
appareils d’appui, au contact avec une plaque d’acier inox scellée au tablier, une mince
couche de PTFE (polytétrafluoréthylène appelé communément téflon). Ce dispositif a
pour effet évident de diminuer le frottement entre le tablier et l’appui. Avec cette
technique, on entre dans la famille des appareils d’appuis spéciaux (point VII.3 suivant).
Elle est également utilisée lorsqu’il y a combinaison défavorable entre un grand
déplacement latéral et une faible charge verticale.
150
VII.3.5 La réception provisoire sur appareils d'appui en élastomére fretté
Bien que les appareils d'appui en élastomère fretté sont calculés pour fonctionner
largement en-dessous du niveau de résistance ultime des matériaux, il faut procéder
systématiquement à plusieurs essais pour réceptionner ces pièces eu égard au processus de
fabrication qui est mis en oeuvre.
On procède généralement à une campagne d'essais par lot de fabrication qui vise à vérifier
d'une part, les caractéristiques mécaniques du caoutchouc situé au coeur même d'un appui
et d'autre part, à vérifier le comportement global de l'appui chargé par des efforts verticaux
et par des efforts horizontaux.
à un essai de compression
1. dans un premier temps en chargeant l'appui jusqu'à 12 MPa et on mesure la
déformation permanente
2. dans une seconde étape, en appliquant un effort de compression de 48 MPa
alors que la pression en service n'excède pas 15 MPa;
La rupture ne peut être atteinte durant cet essai
151
VII.3.6 Le Montage des appareils d'appui en élastomère fretté
Ces instructions visent non seulement à éviter des désordres dans les appareils d'appui
proprement dits, mais aussi dans la superstructure du pont qui ne peut reposer sur des
appuis présentant un manque de concordance (cas des superstructures préfabriquées
munies de plus de trois appuis).
Quelle que soit la géométrie de la superstructure (pente transversale, pente longitudinale, ...)
la face inférieure de tout appareil d'appui doit être parfaitement horizontale. Si tel ne devait
pas être le cas, le poids propre de la superstructure induirait un effort horizontal sur
l'appareil d'appui. Lorsque le profil en long de la voie supérieure supportée par le pont
présente une pente importante, il est impératif "d'aménager" la surface inférieure du tablier à
l'aplomb des appuis de manière à ne pas "manger" toute la rotation disponible uniquement
sous le poids propre de la structure.
Cet aménagement consiste souvent à disposer sous la face inférieure de la superstructure une
tôle d'épaisseur variable dont la face inférieure est pratiquement horizontale (voir figure
6.8). Cette tôle d'épaisseur variable permet en outre d'imposer le cas échéant une "contre-
rotation" à (appareil d'appui au moment de la pose d'une superstructure préfabriquée
augmentant ainsi la rotation admise après pose de la structure (voir figure 6.8).
Dans la majorité des cas il est conseillé pour réduire les défauts de pose, de prévoir un
mortier entre l'infrastructure et la face inférieure de l’appareil d'appui. Il s'agit d'un mortier
plastique qui est mis en oeuvre avant la pose d'un appareil d'appui à élastomère fretté.
Dans le cas d’un appareil d'appui à pot, la pose est réalisée sur des cales provisoires avant la
mise en oeuvre du mortier de réglage qui doit être très fluide pour remplir parfaitement tous
les vides sous l’appareil d'appui. Cette opération doit être parfaitement contrôlée et il est
conseillé de mettre ce mortier en place par injection sous pression et non simplement par
gravité. Cette démarche permet de s'affranchir d'une déformation de la tôle inférieure du pot
152
cylindrique qui se produirait dans le cas d'un remplissage partiel du vide sous l'appareil
d'appui, ce qui peut rendre inopérant (appareil d'appui.
153
VII.4 LES APPAREILS D’APPUI SPECIAUX
Leur principe de fabrication est simple : un coussin en élastomère est enfermé dans une
enceinte étanche constituée d’un pot circulaire métallique et d’un couvercle métallique
formant piston (d’où le nom d’« appui à pots »). L’élastomère lorsqu’il est soumis à une
forte compression se comporte comme un fluide. Cette propriété permet au couvercle de
supporter de rotations de faible amplitude dans tous les sens. On réalise ainsi une véritable
articulation ponctuelle (fig. VII.4).
Ce type d’appareil d’appui est utilisé pour des charges importantes (de 10.000 à
60.000 kN) ou quelquefois pour des charges inférieures (1000 à 10.000 kN) lorsque la
place disponible ne permet pas de mettre en œuvre des appareils d’appui en élastomère
fretté plus encombrants.
154
Fig. VII.5 : appui uni-directionnel Fig. VII.6 : appui multi-directionnel
Les appareils d’appui à pot ne sont dimensionnés que par la descente de charge verticale
qu’ils supportent : on choisit dans le catalogue du fabricant le modèle qui peut supporter la
charge P donnée23.
Les avantages des appuis à pot par rapport aux appuis en élastomère frettés sont les
suivants :
qualité et donc une durabilité nettement supérieure
encombrement réduit en cas de descentes de charge très élevées.
Fig. VII.7
23
A ce titre, on trouvera en annexes, quelques caractéristiques d’appuis tirées du catalogue d’un fabricant.
155
Fig : appareil d’appui à pot unidirectionnel
156
6. Dimensionnement des appareils d'appui à pot
• Le pot cylindrique est dimensionné pour limiter la contrainte sur le mortier de remplissage à
20 MPa.
Il faut veiller toutefois à doter la tôle inférieure du pot cylindrique d'une épaisseur suffisante
pour s'affranchir d'une déformation importante de celle-ci dans le cas où le mortier de
remplissage n'occuperait pas parfaitement tout l'espace sous la tôle.
Bien qu’ils soient moins utilisés que les appareils d’appui en élastomère ou que les
appareils d’appui à pot, il faut mentionner leur existence et évoquer leurs principales
caractéristiques car ils peuvent s’avérer intéressants en présence de grands mouvements.
Il existe aussi des appareils cylindriques qui autorisent une rotation autour d'un seul axe
gent entre un noyau cylindrique en alliage d'aluminium et une feuille de téflon une embase
cylindrique en alliage d'aluminium coulé.
157
ANNEXES
158
Annexe 1
159
Annexe 2
160
Annexe 3
Nom du Pont :
Itinéraire :
Obstacle(s) :
Numéro éventuel :
Importance de l'ouvrage
(surface approximative) :
161
II Documents à fournir par la D 411 oui/non Date de fourniture
souhaitée
1. Esquisses d'avant-projet
Plans ou croquis des diverses solutions
envisagées
Estimation grossière
4. Etude d'exécution
(cas exceptionnel vu les effectifs de la D 411)
Plans détaillés et complets de la structure
(coffrage et armatures)
Plans d'équipements
Métré - Bordereaux
162
III. Renseignements et documents à fournir par le demandeur
A. Renseignements administratifs
Année budgétaire
Type de marché envisagé
Contre-projets ou variantes sont-ils admis ?
Assurance contrôle est-elle envisagée ?
B. Renseignements géométriques
Remarques :
- Les documents décrits ci-dessous seront joints à la demande ou à fournir au plus tôt
- La situation existante est figurée en trait fin et la situation future en trait plus gros
- Il est clairement précisé les données qui peuvent être modifiées et dans quelles
limites
Documents Joint à
/fourni fournir
1 Plan de situation (extrait de plan IGN ou équivalent - échelle
1/10.000°) et éventuellement plan d'emprises
163
C. Renseignements particuliers complémentaires
Remarques :
- Les renseignements ci-dessous préciseront les souhaits des DT ou les conditions
environnementales particulièrement importants qu'il convient d'intégrer dans l'étude.
- Il n'est pas impératif de répondre à toutes les questions.
- Le cas échéant, le numéro des annexes sera précisé dans les cadres.
1 Charges mobiles
NBN B03-101 ou ENV (eurocode provisoire)
+ convois lourds éventuels (Préciser si la
demande est à faire par nos soins à la Direction
concernée du Ministère des Communications)
164
Annexe 4
1. Hypothèses de base
Remarque : La poursuite de l'étude peut se faire soit avec des outils de calcul traditionnels,
soit actuellement de plus en plus avec des moyens informatiques plus ou moins poussés.
A. Calcul général des réactions par exemple au moyen de ligne d'influence ou encore au
moyen d'un logiciel de calcul
Ce calcul doit intégrer l'étude de l'influence de la répartition transversale des charges
notamment des charges ponctuelles
B. Sollicitations des piles et des culées (liées au type d'appuis)
- Réactions verticales sous poids mort et sous charges extrêmes y comprises les réactions
parasitaires engendrées par la précontrainte - réactions horizontales correspondantes
- Réactions horizontales sous poids mort - réactions verticales correspondantes
- Effets éventuels des tassements différentiels, du réglage des appuis (à ajouter)
NB.: Dans certains cas, il est nécessaire de tenir compte de la souplesse des supports
(pile et appuis)
C. Etude des piles aux EL
Corps de pile, semelle, fondations (directe ou sur pieux)
D. Etude des culées aux EL
Corps de culée, fondations, garde-grève, mur en retour.
E. Etude des appuis y compris frettage
F. Etude des murs (mur en aile, en retour et mur de soutènement) et autres éléments de
l'infrastructure (chambre de visite par exemple)
165
3. Note de calcul de la superstructure
A Calcul de ou des poutres principales (y compris dans les cas particuliers arc, haubans,
pylônes...
a. Calcul des éléments de réductions (Effort normaux, moments fléchissants, efforts
tranchants, moments de torsion éventuels) au moyen de lignes d'influence ou encore au
moyen d'un logiciel de calcul
b. Vérification à l'ELU des différentes sections caractéristiques en tenant compte si
nécessaire, des différentes phases de construction.
1. Vérification de la résistance aux moments fléchissants et aux efforts normaux
- Moments fléchissants et efforts normaux caractéristiques dus au poids mort, aux
surcharges permanentes et mobiles (y compris des effets secondaires tels que
température).
- Détermination de la précontrainte (dans le cas de pont précontraint) (Effort de
précontrainte, tracé du câble, programme de mise en tension, estimation des pertes de
précontrainte, détermination du moment parasitaire) et des armatures passives et/ou
contrôle de la stabilité de la section (dans le cas de pont en acier) en tenant compte
des problème d'instabilité
2. Vérification de la résistance aux efforts tranchants et aux moments de torsions
- Effort tranchants et moments de torsions caractéristiques dus au poids mort, aux
surcharges permanentes et mobiles (y compris des effets secondaires tels que
température)
- Contrôle de la stabilité de la section et/ou détermination des armatures en tenant
compte de l'influence des efforts normaux et des moments fléchissants ( interaction).
c. Vérification aux ELS
1. Calcul des contraintes normales et tangentielles sous les diverses sollicitations et sous
l'effet des valeurs extrêmes (diagrammes enveloppes) y compris sous l'effet de la
précontrainte (dans le cas de pont précontraint) avant et après perte
2. Vérification des déformations
3. Vérification des effets vibratoires et du confort des usagers
4. Vérification de la fissuration (cas ponts en béton et pont mixtes)
5. Vérification à la fatigue (cas ponts métalliques)
166
B Calcul des autres éléments de la superstructure
- Etude de la dalle de plattelage, des entretoises, des blocs d'about....
167
Annexe 5
168
169
170
171
Annexe 6 : gabarit sur voies navigables
Les voies navigables sont classées en différentes catégories selon le classement CEMT
(Conférence Européenne des Ministres des Transports) de la manière suivante :
Classe I II III IV
Type de bateau Grand rhénan Convois poussés Convois poussés Convois poussés
Longueur (m) 95 172 95 185
Largeur (m) 11,40 11,40 22,80 22,80
Tirant d¹eau (m) 2,70 >3 >3 >3
Tirant d¹air (m) 6,70 > 6,70 > 6,70 > 6,70
Tonnage (t) 2 000 > 2 000 > 2 000 > 2 000
Classe Type Lon- Lar- Tiran Ton- Hauteur sans ballast jaugeage tirant poids
CEM gueur geur t nage (t) d’eau à
T d’eau vide
(m) (m) (m) (t) cabine avec 1er cm dernier à (t)
cm
démontée cabine vide
(m)
I Spits 38,90 5,05 2,202 300 3,30/3,80 4,00/4,70 1,76 1,86 0,40/ 70
,50 390 0,50
Sambrésien 47,00 5,05 2,50 450 3,15/4,70 3,90/5,25 2,10 2,25 0,40/ 85
0,50
II Campinois 50,00 6,60 2,502 600 4,00 5,00 2,90 3,10 0,45/ 155
,60 630 0,55
55,00 6,60 2,60 670 4,00 5,20 3,10 3,40 0,50/ 165
0,60
55,00 7,20 2,60 700 4,00/5,00 5,00/6,25 3,30 3,80 0,55/ 175
0,60
67,00 7,20 2,60 900 4,40 5,45 4,15 4,55 0,50/ 210
0,60
III D.E.K. 67,00 8,20 2,502 1000 4,00/4,60 5,00/6,00 4,70 5,00 0,55/ 230
172
Classe Type Lon- Lar- Tiran Ton- Hauteur sans ballast jaugeage tirant poids
CEM gueur geur t nage (t) d’eau à
T d’eau vide
(m) (m) (m) (t) cabine avec 1er cm dernier à (t)
cm
démontée cabine vide
(m)
,60 1050 0,65
73,00 8,20 2,70 1150 4,15/4,90 5,20/6,50 5,20 5,60 0,55/ 255
0,65
IV R.H.K. 80,00 9,50 2,502 1350 4,30/4,70 5,40/6,85 6,50 7,00 0,55/ 500
,80 1500 0,65
Va Gd-Rhénan 95,00 11,50 2,702 2000 6,00 7,45 9,00 9,50 0,55/ 500
100,00 12,00 ,80 2050 0,65
Barge Eur1 54,50 9,50 3,00 1250
Convoi 2b ±130 9,50 3,00 2500
Barge Eur2 76,50 11,40 3,50 2250
Vb Convoi 2b ±180 11,40 3,50 4500
VIb Convoi 4b ±180 22,80 3,50 9000
Canal Albert
Canal de Lanaye
Canal de Monsin
173
Canal de l’Ourthe
Meuse
174
Sambre
Cumulées (de - à) Longueur Largeur Tirant d’eau Tirant d’air
0.000 à 32.130 40,17 5,08 2,20 4,20 *
32.130 à 61.754 85,00 10,30 2,60 5,30 *
90,00 9,60
61.754 à 77.074 85,00 10,30 2,80 5,30
90,00 9,60
77.074 à 87.600 85,00 10,30 2,80 5,70
90,00 9,60
Dendre
Cumulées (de - à) Longueur Largeur Tirant d’eau Tirant d’air
0.000 à 17.386 41,55 5,10 1,90 3,75 *
175
Canal Blaton - Ath
Cumulées (de - à) Longueur Largeur Tirant d’eau Tirant d’air
0.000 à 22.575 40,75 5,08 1,90 3,60 *
Haut-Escaut
Cumulées (de - à) Longueur Largeur Tirant d’eau Tirant d’air
0.000 à 32.757 85,00 10,30 2,50 5,88
100,00 9,60
Lys
Cumulées (de - à) Longueur Largeur Tirant d’eau Tirant d’air
0.000 à 7.700 85,00 10,30 2,30 5,09
110,00 9,60
176
BIBLIOGRAPHIE
177
QUESTIONS D’EXAMEN DE GENIE CIVIL (2000/2001)
178
23. Explicitez les culées creuses, les culées contrepoids et les dispositions annexes aux culées
(masques et perrés). Exposez les cas de figure d’utilisation des différents types de culées
présentés dans le cadre du cours.
24. Explicitez le dimensionnement des têtes de piles de ponts courants et de grands ouvrages.
Faites de même pour les fûts de ces mêmes piles.
25. Parlez de la morphologie des piles des ouvrages courants (voiles – poteaux - piles spéciales).
Développez quelques réflexions sur le choix d’un type de pile.
26. Explicitez les caractéristiques morphologiques des piles de ponts à poutres précontraintes
préfabriquées.
27. Explicitez les caractéristiques morphologiques des piles de ponts poussés et de ponts construits
sur cintre auto-lanceurs.
28. Explicitez les caractéristiques morphologiques des piles de ponts construits par encorbellement
29. Expliquez le rôle des appareils d’appui. Citez les différents types d’appareils d’appui.
Explicitez les considérations sur les appareils d’appui en élastomère fretté. Parlez notamment
de leur dimensionnement.
30. Décrivez la conception des fondations superficielles en site terrestre en présence ou non de
nappe.
31. Décrivez la conception des fondations superficielles en site aquatique. Parlez notamment des
batardeaux et des caissons havés.
32. Décrivez la conception des fondations superficielles sur terrains en pente.
33. Explicitez les notions présentées en classe concernant les pieux mis en place par refoulement
du sol.
34. Explicitez les notions présentées en classe concernant les pieux mis en place par excavation du
sol. Développez la conception d’une fondation sur pieux
179