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Cours de Génie Civil

Ce document est un cours de génie civil sur les ponts, abordant les généralités, les produits en béton précontraint, ainsi que les étapes de projet, fondations, appuis et équipements. Il présente également une classification des ponts selon leur schéma longitudinal, incluant les ponts à poutres droites, en arcs et à câbles. Le document contient des remerciements, une table des matières détaillée, des annexes, une bibliographie et des questions d'examen.

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Ce document est un cours de génie civil sur les ponts, abordant les généralités, les produits en béton précontraint, ainsi que les étapes de projet, fondations, appuis et équipements. Il présente également une classification des ponts selon leur schéma longitudinal, incluant les ponts à poutres droites, en arcs et à câbles. Le document contient des remerciements, une table des matières détaillée, des annexes, une bibliographie et des questions d'examen.

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HAUTE ECOLE ROI BAUDOUIN

IRAM

GRADUAT EN CONSTRUCTION

COURS DE GENIE CIVIL

O. Fusillier

1
TABLE DES MATIERES

PREMIERE PARTIE : PRELIMINAIRES

CHAPITRE I : Généralités 4
CHAPITRE II : Les produits en béton précontraint pour ouvrages d’art 26

DEUXIEME PARTIE
LES PONTS : PROJET, FONDATIONS, APPUIS ET EQUIPEMENTS

CHAPITRE I : Les données naturelles et fonctionnelles 62


CHAPITRE II : Les différentes étapes techniques dans l’élaboration d’un projet de pont. 70
CHAPITRE III : Les fondations superficielles 90
CHAPITRE IV : Les fondations profondes 101
CHAPITRE V : Les culées 108
CHAPITRE VI : Les piles 123
CHAPITRE VII : Les appareils d’appui 142

Annexes 147
Bibliographie 167
Questions d’examen 168

J’adresse mes sincères remerciements à


er
 Monsieur Etienne Claeys, 1 adjoint à la direction au service juridique du MET
 Monsieur Jean Conreur, ingénieur aux voies hydrauliques D452 du MET.
 Monsieur Raymond Debroux, ingénieur en chef des ponts et chaussées, directeur de la
direction territoriale du MET à Mons.
 Monsieur Vincent Pestieau, ingénieur, directeur-président de la Haute Ecole Roi
Baudouin
 Monsieur Michel Wouters, ingénieur en chef des ponts et chaussées, directeur à la
direction des ponts et charpentes D411 du MET, professeur à l’ECAM.

2
PREMIERE PARTIE

PRELIMINAIRES AU COURS DE GENIE CIVIL

« Nous ne devons jamais oublier que les mathématiques ne nous fournissent que des moyens
de changer la forme des données que nous possédons déjà et, quels que puissent être l’intérêt
et l’utilité de telles transformations, nous ne retrouvons jamais à l’origine ce que nous y
avons mis au départ.
Je tiens que, privée de l’appui de l’expérience, la déduction mathématique n’est qu’une
source d’erreur, d’autant plus dangereuse qu’elle est pleine d’attraits. J’ai par ailleurs assez
longuement flirté avec cette séduisante sirène pour savoir quels prodigieux délices elle peut
dispenser à ses adorateurs. Mais qu’ils prennent garde : l’abus de ces plaisirs à la fois
solitaires et stériles constitue un onanisme intellectuel qui, aussi vite que l’autre, conduit ses
victimes au pire des abrutissements. »

E. Freyssinet
Inventeur du béton précontraint.

3
CHAPITRE I : GENERALITES

I.1 DEFINITIONS.

Un pont est un ouvrage destiné à assurer le franchissement par une voie portée d’un
obstacle naturel ou artificiel : rivière, vallée, route, voie ferroviaire, etc…
La voie portée peut être une voie routière, une voie ferroviaire ou, exceptionnellement, une voie
d’eau. On parlera respectivement de pont-route, de pont-rail ou de pont-canal (photo 1.1).

Photo 1.1 – Pont canal sur la Garonne à Agen.

Un pont se compose (fig. 1.1) :

 d’une superstructure :
il s’agit de l’élément résistant sur lequel repose la voie. On l’appelle
communément le tablier.

 d’une infrastructure :
Il s’agit de l’ensemble des appuis du tablier en ce compris leur fondation. Nous
distinguerons :
o les piles : appuis intermédiaires
o les culées : appuis d’extrémités assurant la transition entre le tablier et les
remblais d’accès. Les tabliers et culées sont généralement séparés par un
joint.

 d’appareils d’appui :
Le tablier repose sur les appuis par l’intermédiaire d’appareils d’appuis.

 d’équipements : dispositifs conditionnant le bon fonctionnement et la durabilité de


la structure et assurant la sécurité des usagers. Citons, par exemple, les
revêtements, les trottoirs, les joints de chaussée et les dispositifs de retenue.

4
Fig. 1.1 – Eléments constitutifs d’un pont.

Le tablier d’un pont est droit lorsque son axe longitudinal forme un angle droit avec l’axe
longitudinal de la voie traversée. Dans le cas contraire, le pont est biais et l’angle aigu
formé par les deux axes est l’angle du biais.
Un pont peut également être courbe et de largeur variable (fig. 1.2)

Fig. 1.2 – Tabliers droit, biais, courbe et de largeur variable

Dans le cas des ponts établis au-dessus d’une voie navigable, on appelle pertuis ou passe
les espaces libres entre les appuis. Entre chaque rangées d’appuis successives, le pont est
divisé en travées ou en arches (cas particulier des voûtes).

La portée de la travée est la distance séparant l’axe des appareils d’appui. L’ouverture de la
travée est la distance entre les parements d’appuis de celle-ci.

Enfin, nous dirons d’un pont qu’il est un passage supérieur (PS) lorsqu’il livre passage à
une voie secondaire au-dessus d’une voie principale. Inversement, un pont livrant passage
à une voie secondaire sous la voie principale est appelé passage inférieur (PI). Il s’agit là
de concepts surtout utilisés dans le cas des routes.

5
I.2 CLASSIFICATION DES PONTS SUIVANT LEUR SCHEMA LONGITUDINAL

Nous ne traiterons pas des ponts mobiles dans le cadre de ce cours.


Les ponts peuvent donc être classés en trois familles suivant leur schéma longitudinal :

1. Les ponts à poutres droites


2. Les ponts en arcs1
3. Les ponts à câbles

I.2.1 Les ponts à poutres droites

Il s’agit là du tablier le plus courant, en tout cas dans le domaine des ouvrages courants.
Le tablier, surface horizontale devant recevoir les charges mobiles est supporté par une
série de poutres longitudinales identiques ou non.

Les poutres sont solidarisées par la dalle sous chaussée et par les entretoises situées aux
extrémités de chaque travée au droit des lignes d’appui : ces dernières assurent la
reprises des moments d’encastrement en torsion des poutres et permettent le relevage du
tablier à l’aide de vérins afin d’en changer, lorsque nécessaire, les appareils d’appui.
Les entretoises intermédiaires qui, dans les premiers ouvrages de ce type, étaient
traditionnellement disposées au milieu et aux quarts de la portée ne sont plus de mise
depuis longtemps.

Sous l’angle statique, les ponts à poutres droites peuvent être :

 isostatiques (figure 1.3)


o poutres sur deux appuis (photo 1.2)
o poutres sur deux appuis avec encorbellement
o poutres cantilever.
o viaduc à travées indépendantes

 hyperstatiques : poutres continues (fig. 1.4)

On retrouve les mêmes variantes pour les ponts dalles2, solution généralement réservée
aux ponts de petite portée et présentant, par rapport à la variante poutres coulées sur
place, l’avantage d’une économie sur le poste coffrage.

1
Les ponts portiques, les ponts voûtes et les ponts à béquilles font partie de la famille des ponts en arcs.
2
Les ponts dalles font partie de la famille des ponts à poutres.

6
Fig. 1.3 – Ponts isostatiques : poutre sur deux appuis, poutre sur deux appuis avec encorbellement, poutre
cantilever, viaduc à travées indépendantes.

Fig. 1.4 Ponts hyperstatiques : poutre continue

Photo 1.2 – Pont à poutres droites préfabriquées

7
I.2.2 Les ponts en arc

Un arc est un élément mince en béton armé, légèrement précontraint, acier ou bois destiné
à franchir des portées moyennes à exceptionnelles (fig. 1.5).

Photo 1.3 – Arc en Béton armé à Villeneuve sur lot de 96 m. d’ouverture construit par E. Freyssinet

L’arc, porteur du tablier, travaille en compression et en flexion. Les culées supportent, en


plus de la masse de l’ouvrage, des poussées tendant à écarter les appuis.
Parmi les nombreuses variantes (Maillard, Nielsen, Freyssinet, Langer) signalons le pont
Bowstring (photo 1.4) qui ne transmet pas de poussées aux culées. Les composantes
horizontales des réactions s’auto-équilibrent via un tirant métallique logé dans chaque
poutre de rive.
Notons aussi que le pont à béquilles travaille comme un arc. Il en va de même des ponts
voûtes en maçonnerie ou en béton armé.

Fig. 1.5 – Ponts en arcs.

8
Photo1.4 – Pont Bowstring sur la ligne TGV à Antoing

Les arcs étant des structures élancées travaillant essentiellement à la compression, il faut lutter
contre tout phénomène de flambement par des systèmes de contreventement (photo 1.5) tels
des croix de St-André .

Photo 1.5 – système de contreventement du pont en arc de Castelmoron sur le Lot..

9
Photo 1.6 – Pont voûte

Une voûte est un élément massif en maçonnerie ou en béton armé destiné à franchir des
petites et moyennes portées. La forme voûtée est particulièrement adaptée aux matériaux
ayant une faible résistance à la traction : la voûte vise à obtenir partout de la compression.

L’élément courbe constitue l’ensemble de la structure portante (photo 1.6). La surface


limitant inférieurement la voûte s’appelle l’intrados, l’extrados étant la surface limitant
supérieurement la voûte.

Les naissances (ou retombées) sont les points de raccordement de la voûte ou de l’arc avec
les piles (ou culées). On parlera de plan ou de ligne des naissances pour les plans ou
lignes passant par les naissances.

La flèche est la distance verticale entre le dessous du milieu de la voûte ou de l’arc et le


plan des naissances.

La clé est le point où la tangente à l’intrados est horizontale ou parallèle à la ligne des
naissances.

Le tympan (ou mur de tête) est le mur reposant sur l’extrados de la voûte et supportant,
soit le remplissage (remblai de rattrapage) sous la voie ferrée, soit un tablier.

10
Bien qu’ayant une structure portante de type poutres ou dalles, les ponts portiques font
partie de la famille des arcs. Très compétitifs dans le domaine des ponts de petites portées
à une travée, ils sont, sur ce terrain, le concurrent direct des ponts dalles.

Il en existe de nombreuses variantes. Citons les portiques les plus courants que sont le
portique simple (fig. 1.6), le portique fermé ou pont cadre (fig. 1.7 et photo 1.7) et le
portique articulé ou pont à béquilles (fig. 1.5d)

Fig. 1.6 – Portique simple

Fig. 1.7 – Portique fermé ou pont cadre.

Photo 1.7 – Pont cadre.

11
I.2.3 Les ponts à câbles

Le tablier n’est plus appuyé, mais suspendu à une structure porteuse composée de
pylônes et de câbles. A la notion d’appuis inférieurs fixes et comprimés, constitués par
les piles, culées et fondations, se substitue la notion d’appuis supérieurs élastiques et
tendus procurés par les câbles. Cette solution, naturellement plus simple et donc plus
économique, autorise à multiplier le nombre de points de suspension : les sollicitations
de flexion dans le tablier sont nettement diminuées, le gain de poids est très appréciable.

Ces ponts sont donc réservés à des portées exceptionnelles.


On distingue deux types de ponts à câbles (fig. 1.8) : les ponts suspendus et les ponts à haubans.

Fig. 1.8 – Ponts à câbles.

I.2.3.1 Les ponts suspendus

Il s’agit de la forme moderne des anciens ponts en lianes : un câble en acier dont les
extrémités sont solidement amarrées (photo 1.8) , passe au-dessus de deux pylônes et
supporte le tablier du pont par une série de suspentes verticales.

Les principaux types de ponts suspendus sont les suivants (fig. 1.9) :
 ponts à une travée suspendues :
o le câble est ancré sur le tablier
o le câble n’est pas ancré sur le tablier.

 ponts à trois travées suspendues symétriques


o le câble est ancré sur le tablier.
o le câble n’est pas ancré sur le tablier.

12
Fig. 1.9 – les principaux types de ponts suspendus

Photo1.8 – Massif d’ancrage rive gauche du pont de Tancarville3

3
On peut se donner une idée des dimensions de ce massif d’ancrage en sachant que la hauteur de la poutre de
rigidité du pont est de 6 mètres. Ce massif est rempli de 4000 tonnes de béton. Il est fondé à 22 mètres de
profondeur.

13
Examinons quelques éléments constitutifs des ponts suspendus :

 Le câble porteur (photo 1.9) : il est formé par un faisceau généralement hexagonal
de torons entre lesquels on remplit les intervalles par une matière asphaltique
destinée à s’opposer au séjour et au cheminement de l’eau. Les torons sont
constitués à leur tour par des fils de quelques mm de diamètre enroulés en hélice
alternée. Ces fils sont réalisés en acier tréfilé à haute teneur en carbone présentant
une grande résistance à la rupture. Le câble porteur est ancré à ses deux extrémités
dans un massif d’ancrage (photo 1.8) et prend appui sur les têtes de pylônes au
moyen de selles d’inflexion en acier moulé4

Photo 1.9 – Câble porteur du pont de Tancarville et collier de serrage.5

4
Les selles d’inflexion du pont de Tancarville ont chacune une masse de 28 tonnes.
5
Ce câble est constitué d’un faisceau hexagonal de 60 torons de 72 mm de diamètre, chaque toron étant lui-
même constitué de 7 couches de fils élémentaires torsadés autour d’un fil central, en sens inverse pour chacune
d’elle.

14
 Les suspentes : il s’agit des organes de liaison entre les câbles porteurs et les poutres
de rigidité. Elles sont de même nature que les câbles porteurs, à savoir constituées
de un ou plusieurs torons. Elles sont accrochées au câble porteur par l’intermédiaire
d’un étrier posé sur un collier de serrage (photo 1.10).

Photo 1.10– Etrier et collier de serrage d’une suspente du pont de Tancarville6

Photo 1.11 – Fixation inférieure de la suspente à la poutre de rigidité via collier et étrier (Pont de Tancarville)

6
Chaque suspente du pont de Tancarville présente un diamètre de 88 mm et la masse de chaque collier de
serrage est de 2 tonnes.

15
 Les pylônes sont réalisés en béton armé ou en acier. En général, les montants
verticaux sont entretoisés par des traverses. L’encastrement du pylône donne la
stabilité nécessaire au stade de la construction. Dans le cas d’ouvrages modestes, il
est possible de concevoir des pylônes articulés (photo 1.12).

Photo 1.12 – Pylône articulé du pont suspendu de Marmande sur la Garonne.

Photo 1.13 – Pylône du pont de Tancarville entretoisé en tête. On remarque la structure en treillis du tablier

16
 Le tablier : il est analogue à celui d’un pont métallique à poutres latérales qui
forment ici les poutres de rigidité. Ces poutres reposent sur les pylônes, les culées
et ponctuellement, elles prennent appui au droit des suspentes (photo 1.11).
Le platelage joue le rôle d’âme de la poutre de contreventement longitudinal (vis-à-
vis du vent latéral), les poutres de rigidité ayant le rôle de membrure (photo 1.14).
Pour lutter contre la torsion, on complète la structure par des entretoises en treillis
de grande hauteur (photo 1.15).

Photo 1.14 – poutre de rigidité du pont de Tancarville

Photo1.15 – entretoises du pont de Tancarville

17
I.2.3.2 Les ponts à haubans.

Dans ce cas, le tablier est tenu par des câbles inclinés, tous ancrés dans la tête du
pylône. Ce pont est auto-stable ou auto-équilibré.

Les câbles porteurs peuvent soit passer tous par le sommet du pylône, soit s’échelonner
sur toute sa hauteur (fig. 1.10).

Fig. 1.10 - Système de haubanages.

Le pont à haubans classique présente trois travées symétriques et deux doubles pylônes.
Il existe cependant de nombreuses variantes à cette disposition de base.

 Pylônes : la gamme est très étendue. Transversalement, le pylône dépend de la


nature du haubanage, axial ou latéral, et peut revêtir différentes formes (fig. 1.11) :
o un ou deux poteaux verticaux
o portique en V ou Y renversé (photo 1.16)
o cadre à deux poteaux jumelés par une traverse.

Fig. 1.11 - Pylônes dans le plan transversal

18
Photo I.16 – Pylône en Y renversé du pont de Normandie

 Suspension : elle est établie en fonction d’impératifs souvent contradictoires :


légèreté, stabilité aérodynamique, qualité d’ancrage.
On distingue (fig. 1.12) :
o la suspension axiale
o la suspension latérale (photo 1.17).

Fig. 1.12 – Suspension des ponts à haubans

19
Photo I.17 - Suspension latérale du pont de Normandie

20
I.3 CLASSIFICATION DES PONTS SUIVANT LEUR SCHEMA TRANSVERSAL.

Les ponts peuvent également être classés suivant leur schéma transversal.
De manière générale, acier et béton confondus, on distingue :

 les dalles en béton armé ou précontraint par post-tension (pleines, évidées,


nervurées, élégies) (fig. 1.13)
 les poutres rectangulaires ou trapézoïdales en béton armé
 les poutres en double té (I) (fig. 1.13)
o en béton précontraint par pré-tension
o en béton précontraint par post-tension
o en béton précontraint par pré-tension et préfléchies suivant les procédés
préflex ou flexstress (voir Chapitre II – 1ère partie)
o en acier
 les poutres en té renversé précontraintes par pré-tension ou en acier (fig. 1.13)
 les poutres larges en U (ponts-bacs) en béton précontraint par adhérence et
éventuellement préfléchies (voir Chapitre II – 1ère partie)
 les poutres en U et en U renversé en béton précontraint par adhérence (voir chapitre II –
1ère partie)
 les poutres-dalles (large membrure supérieure) en béton précontraint par adhérence
ou par post-tension (voir Chapitre II – 1ère partie)
 les poutres mixtes acier-béton armé ou précontraint par post-tension (voir chapitre II –
1ère partie).
 les poutres tubulaires (poutres caissons) à une ou plusieurs alvéoles en béton armé,
précontraint par post-tension ou en acier (fig. 1.13).

Fig. 1.13 – schéma transversal des ponts

21
Transversalement, il est encore possible de faire une distinction suivant la position du
tablier par rapport à la structure portante. On distingue :

 les ponts à tablier supérieur (les plus courants) : la structure portante est sous le
tablier (tous les schémas de la fig. 1.13)

 les ponts à tablier inférieur : les poutres sont au-dessus du tablier. Ces poutres sont
alors latérales. Dans cette famille, nous pouvons citer :
o les poutres treillis en acier (fig.1.14)
o les poutres échelles ou Vierendeel (fig. 1.15) en béton armé ou en acier qui
ne sont plus guère utilisées aujourd’hui
o les ponts en arcs en béton armé avec tablier inférieur (photo 1.4 et fig. 1.5c)
o les ponts bacs en béton précontraint par pré-tension (fig. 1.14)

Fig. I.14 – ponts bacs et poutre en treillis

Fig. I.15 – Poutre Vierendeel

 les ponts à tablier intermédiaire dans lesquels le tablier est situé à mi-hauteur des
poutres. Dans cette famille, on rencontre les arcs à tablier intermédiaire (fig. 1.5b),
certains vieux ponts ferroviaires en béton armé et les poutres treillis en acier (fig. 1.16).

Fig. I.16 – Ponts à tabliers intermédiaires

22
I.4 CLASSIFICATION DES PONTS SUIVANT LEUR PROCEDE DE CONSTRUCTION.

Aucune des classifications précédentes ne convient vraiment aux ponts en béton pour
lesquels la méthode de construction conditionne généralement la conception et le calcul,
particulièrement depuis le développement de la précontrainte qui a permis d’appliquer au
béton des méthodes de construction réservées auparavant à d’autres matériaux comme
l’acier.

Ainsi, est-il habituel de rassembler les ponts en béton en cinq familles principales,
correspondant chacune à un procédé constructif. Ces familles sont :

 les ponts construits sur échafaudages au sol ou sur cintre


 les ponts à poutres préfabriquées lancées (fig. 1.17)
 les ponts poussés (fig. 1.18)
 les ponts construits sur cintres autoporteurs et autolanceurs (fig. 1.19)
 les ponts construits par encorbellement successifs (fig. 1.20)

Ces procédés de construction dont les quatre derniers sont réservés à des ouvrages
exceptionnels, feront l’objet de la troisième partie de ce cours. Nous aborderons les
ouvrages courants à la fin de cette deuxième partie.

Fig. I.17 – Principe de construction des ponts à poutres préfabriquées.

Fig.I.18 – Principe général de la construction par poussage

23
Fig. I.19 – Principe de construction des ponts sur cintres autolanceurs.

Fig. I.20 – Principe général de la construction par encorbellements successifs.

24
Le domaine d’application des quatre procédés pré-cités est donné à la figure 1.21.

PORTEES (m) 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 110 120 130 140 150 160 170 180

Poutres préfabriquées

Portées Poussage
moyennes
Cintre autolanceur

Grandes Encorbellement
portées

Domaine optimal
Domaine normal
Domaine exceptionnel

Fig. I-21 – Domaine d’application des procédés de construction des grands ponts.

Deux autres procédés, de moindre importance, doivent également être cités :

 la mise en place du tablier par rotation


 la construction du tablier à l’avancement par haubanage provisoire.

25
CHAPITRE II : LES PRODUITS POUR OUVRAGES
D’ART EN BETON PRECONTRAINT

« Dans la poutre en béton précontraint, l’acier n’est pas une armature, c’est une force »
Y. Guyon

II.1 PRINCIPE ET AVANTAGES DU BETON PRECONTRAINT

« Précontraindre une construction, c’est la soumettre, avant application des charges, à des
forces additionnelles déterminant des contraintes telles que leur composition avec celles
provenant des charges donne, en tous points, des résultantes inférieures aux contraintes
limites que la matière peut supporter indéfiniment sans altération »
Qui peut, mieux qu’Eugène Freyssinet, inventeur génial du béton précontraint , nous
donner définition de la précontrainte plus parlante que celle-ci.

Si on applique cette définition au béton, cela implique que le béton reste toujours comprimé
ou ne subisse tout au moins que des contraintes de traction faibles et jugées admissibles.
Dans les zones du béton qui doivent subir de la traction, on crée artificiellement une
contrainte de compression préalable (précontrainte) et ainsi, l’effort de traction dangereux
n’engendre « aux yeux du béton » qu’une décompression de celui-ci.
Il ne risque alors plus de se fissurer, à la condition que la contrainte de compression
préalablement appliquée ne soit jamais inférieure à la contrainte de traction en cause.

Les avantages essentiels du béton précontraint sont les suivants :


 absence de fissuration du béton (mais pas étanchéité)
 économie de matière (béton et acier) vu l’utilisation plus rationnelle du béton et de
l’acier.
 réduction de l’effort tranchant.

26
II.2 PROCEDES DE MISE EN ŒUVRE DE LA PRECONTRAINTE DU BETON

Les procédés de précontrainte du béton sont aujourd’hui extrêmement nombreux.


Dans le seul domaine des poutres pour ouvrages d’art qui nous concerne, trois grandes
méthodes sont actuellement utilisées :

 la précontrainte par pré-tension (aussi appelée par adhérence)


 la précontrainte par post-tension
 la précontrainte par pré-flexion

Chacun de ces trois procédés fait appel, dans le cas des ponts à poutres, à la
préfabrication. Cette préfabrication se fait en usine ou sur chantier suivant le procédé
utilisé :

 la pré-flexion s’effectue généralement en usine en raison des équipements qu’elle


nécessite.
 la précontrainte par post-tension est exclusivement réservée au chantier.
 la précontrainte par pré-tension peut s’effectuer en usine ou sur chantier.
La précontrainte par pré-tension sur chantier devient intéressante quand :
• le nombre élevé d’éléments permet d’amortir des installations
• le coût du transport est trop élevé
• les dimensions des éléments dépassent le gabarit routier.

Pour des ouvrages ponctuels réalisés à l’aide de poutres en béton précontraint par pré-
tension, la préfabrication se réalise toujours en usine.

Les ponts à poutres préfabriquées en béton précontraint sont souvent très économiques
pour des portées :
 comprises entre 25 et une quarantaine de mètres en précontrainte par pré-tension
 comprises entre 30 et 60 mètres en précontrainte par post-tension

Au-delà de 50 mètres, l’augmentation rapide du poids des poutres (>1200 kN) exige des
moyens de manutention et de pose exceptionnels qui rendent leur mise en place coûteuse.
En-dessous de 25 mètres, d’autres types d’ouvrages qui nécessitent moins de matériels
pour leur réalisation sont plus compétitifs : dalles et dalles nervurées bétonnées sur cintre
par exemple.

27
II.2.1 La précontrainte par pré-tension

Les poutres que nous décrivons ci-dessous sont destinées à être mise en œuvre avec une
dalle superposée participante pour former le tablier de l’ouvrage.

Parmi les nombreux avantages que peut apporter une préfabrication, ajoutons ici celui lié
à la fabrication en usine : la qualité du béton. Coffrages métalliques équipés de vibrateurs
latéraux, centrale à béton pourvue de dispositifs de dosage adéquats, équipement de
laboratoire permettant le contrôle de la consistance et la résistance du béton, main
d’œuvre qualifiée, moyens de manutention étudiés, tels sont les atouts de la préfabrication
en usine qui garantissent une qualité optimale aux produits finis.

II.2.1.1 Principe de fabrication d’un produit en béton précontraint par adhérence

Le principe consiste à utiliser des câbles d’acier à très haute résistance que l’on met sous
tension avant de bétonner la poutre. Une fois la poutre bétonnée et que le béton a atteint
une résistance suffisante, on coupe les câbles qui, en voulant reprendre leur position
initiale, induisent dans la zone de béton qui les entoure des contraintes de compression.

Les câbles utilisés en précontrainte sont soit des torons (7 fils), des torsades (3 fils) ou de
simples fils crantés. Dans le cas des poutres, on utilise généralement des torons qui sont
constitués d’un fil central autour duquel sont enroulés en hélice les 6 autres fils. Leurs
caractéristiques sont données à la figure 2.1.

TORONS T15 TORONS T13 TORSADES FILS


DIAMETRE (mm) 15,2 (6/10’’) 12,5 (5/10 ’’) 7,5 5/7
SECTION (mm²) 140 93 29 19,6 / 38,5
RESISTANCE
GARANTIE A LA 1860 1860 1860 1770
RUPTURE RAK (N/mm²)

Fig. II.1 – Caractéristiques des aciers de précontrainte

La mise en tension des torons étant effectuée avant bétonnage, ceux-ci ont un tracé
rectiligne. En conséquence, après relâchement des fils, le moment fléchissant dû à la
précontrainte est pratiquement constant sur la longueur de la poutre, excepté dans les
premiers 50 cm des zones d’ancrages. Or, en service, les poutres sont soumises à des
moments fléchissants variables, voire même avec changement de signe. Pour résoudre ce
problème et faire varier le moment de précontrainte le long de la poutre et ainsi éviter
une fissuration en fibre supérieure, on a recourt au gainage des torons.
Le gainage des torons supprime leur adhérence sur une certaine longueur à partir de
l’about. Ceci permet de reporter l’ancrage à l’extrémité du gainage et donc d’introduire
progressivement la force totale de précontrainte.

Il est aussi fait appel à la technique du relevage des torons (uniquement sur les poutres de
plus de 12 m) à l’aide de pièces de déviation incorporée à la poutre.

28
Signalons que dans le cas des poutres destinées au bâtiment (qui ne font pas l’objet de
ce cours) la solution de la poutre à hauteur variable (poutre à double pente) est
généralement adoptée car elle s’accommode bien avec des impératifs d’écoulement
d’eau sur toiture. Ce type de profil permet d’offrir un bras de levier variable à la
précontrainte : maximum à mi-portée et minimum à l’appui où l’on se rapproche du
noyau central.

Les poutres précontraintes par adhérence sont toujours réalisées à l’aide de coffrage
métalliques :
 en usine : parce qu’ils présentent la possibilité de réutilisation
 sur chantier : parce que, généralement, ils reprennent les réactions d’ancrage de
la précontrainte.

Le coffrage métallique présente de solides avantages par rapport au coffrage bois :


 nombreux réemplois possibles
 meilleure rigidité
 meilleure étanchéité et donc réduction des pertes de laitance aux joints
 meilleure transmission de la vibration qui pourra être réalisée extérieurement

Ces avantages ont évidemment un prix : les coffrages métalliques sont très coûteux et
ne se justifient sur le plan économique que dans le cas d’une production en série
(usine fixe ou usine temporaire sur grands chantiers routiers).

II.2.1.2 Les produits finis

On trouve, sur le marché, des produits courants qui sont standardisés depuis 1967 et
d’autres produits qui sortent du cadre de la standardisation.

1. Les produits standardisés

Profil en coupe transversale

Les poutres préfabriquées sont de hauteur constante, leur hauteur h économique étant
voisine du 1/16è de leur portée.
Dans un souci d’efficacité et d’allègement maximum, la section transversale des
poutres en béton précontraint est toujours :
- en double T (ou en I) (fig. 2.2)
- ou en té renversé (fig. 2.3)

29
Fig. II.2 - Profil standard en double té Fig. II.3 – Profil standard en té renversé

POUTRE I POUTRE T RENVERSE


Hauteur h 0,8 à 2,35 m 0,4 à 1,95 m
Largeur de la semelle inf. b 0,6 à 0,88 m 0,6 à 0,88 m
Epaisseur de l’âme e 12 à 22 cm 12 à 22 cm

Fig. II.4 – Dimensions transversales des profils standardisés.

Remarque : les poutres de rive.

La seule exception en matière de profil en coupe concerne parfois les poutres de


rives qui, bien que la plupart du temps de même section que leurs poutres voisines
(pour des raisons évidentes d’économie) peuvent toutefois (fig. 2.5):
 ne pas présenter de bloc d’about côté rive
 présenter une forme rectangulaire pleine ou évidée

Fig. II.5 – Profils spéciaux de poutres de rives

30
Longueur et poids

La longueur de ces poutres varie de 10 à 40 mètres en fabrication courante.


Leur poids est limité, pour la fabrication courante, à 600 kN. Dans certains cas, et après
consultation du fabricant, le poids peut être augmenté jusqu’à 750 kN.

L’âme est toujours pleine et « s’épaissit » progressivement au voisinage des appuis pour
former le bloc d’about.
Une âme triangulée, capable d’assurer la résistance à l’effort tranchant en économisant
de la matière est coûteuse en coffrage et ferraillage passif. Cette solution a toutefois été
utilisée pour des ponts de très grande portée dans lesquels le poids mort des éléments
devient prépondérant.

Les armatures passives dans une poutre en béton précontraint par pré-tension

Fig. II.6 – Disposition de principe des armatures transversales en section courante

31
Disposition des armatures actives.

La position des torons doit répondre aux critères de la standardisation. Citons par
exemple :
 la distance verticale et horizontale séparant les axes de deux torons est de 40 mm
ou d’un multiple entier de cette valeur.
 la distance séparant l’axe d’un toron des faces latérale et inférieure des semelles
doit être supérieure à 50 mm.

L’ensemble des impositions en cette matière est résumé par la figure 2.7

Fig. II.7 – Disposition des torons dans une section profilée (dimensions en mm)7

7
Les valeurs n1, n2, n3 et n4 indiquées sur la fig. 2.7 sont des nombres entiers.

32
Dispositions concernant la liaison des poutres aux entretoises.

Les éléments intervenant dans la liaison entre les poutres et les entretoises aux appuis
sont les suivants (fig. 2.8) :
 les douilles filetées
 les armatures d’entretoises (1)
 les barres filetées extérieures aux poutres (2)
 les barres filetées intérieures aux poutres (3) et (4) servant à ancrer ou à
liaisonner entre elles les douilles.

Fig. II.8 – liaison des poutres aux entretoises au droit des blocs d’about – coupe horizontale

33
2. Les produits non standardisés (profils spéciaux)

Ces produits, issus de la créativité des entreprises de préfabrication ou de la demande


particulière d’un client, répondent à des besoins bien spécifiques. Ils sont très appréciés,
entre autres, dans les cas suivants :

 ouvrages réalisés au-dessus d’une voie routière, ferroviaire ou fluviale dont le trafic
ne peut être interrompu qu’un minimum de temps
 couvertures de tranchées

Il s’agit des poutres préfléchies (cfr II.2.3), des poutres-dalles, des poutres en U et en U
renversé et des ponts-bacs.

Les poutres-dalles

La poutre-dalle est un élément qui remplit simultanément la fonction portante et


couvrante d’un pont :
 la fonction portante est assurée par les poutres de l’ossature du pont (rectangle
sur chant)
 la fonction couvrante est assurée par des prédalles (rectangle plat)

La poutre-dalle a donc généralement la forme d’un T (fig. 2.9)


Sa semelle supérieure, beaucoup plus large que la poutre (environ 2 mètres pour une
hauteur d’environ 1,5 m) constitue directement les prédalles.

Fig. II.9 – Coupe de principe d’une poutre-dalle

34
On trouve sur le marché des poutres-dalles de type précontraintes par adhérence et de type
préfléchies ou flexstress.

Les avantages des poutres-dalles sont les suivants :

 il n’est plus nécessaire de placer des prédalles entre les poutres sur chantier.
 la dalle à couler sera d’épaisseur plus faible.
 la capacité portante ou l’aptitude à reprendre des moments sollicitants de service est
directement proportionnelle au I/V de la poutre complète. La poutre-dalle permet
donc, vu sa section plus importante, soit :
- d’augmenter la portée
- de diminuer la hauteur
- de supprimer le recours à la précontrainte par post-tension.
 une meilleure stabilité au déversement lors des opérations de transport et de pose.

Les poutres-dalles n’offrent pas que des avantages : leur coût est évidemment plus élevé.

Photo II.1 – Poutres-dalles précontraintes par adhérence

35
Les poutres en U et en U renversé

Le type en U renversé (photos 2.2 et 2.3) permet la réalisation rapide d’ouvrages


économiques à hauteur très réduite pour viaducs urbains ou tunnels de métro dans le cas
d’un trafic lourd. Il s’agit là de deux applications typiques de ce type de profil.

Le type en U (fig. 2.9) permet la réalisation de tabliers en caissons à haute rigidité.

Photo II.2 – Tablier en caisson réalisé à l’aide de poutres en U.

Photo II.3 – Vue sur les caissons obtenus à l’aide de profils en U.

36
Fig. II.9- Coupe transversale dans un profil en U renversé

Les ponts-bacs

Ces éléments, imaginés par la SNCB pour le remplacement en un seul week-end


d’ouvrages ferroviaires vétustes, permettent le passage d’une voie sur un tablier
entièrement préfabriqué en usine, auquel il n’y a plus à ajouter, après pose sur appuis que
le ballast, les traverses et la voie.
Les ponts-bacs sont réalisés :
 en béton armé
 en béton précontraint par adhérence
 en béton préfléchi
 suivant le procédé flexstress
La technique de réalisation est choisie en fonction de la charge, de la portée et de la
hauteur disponible.

Pour un encombrement minimum, ces éléments permettent :


 de supporter de lourdes charges pour de grandes portées
 d’améliorer le comportement à la fatigue et donc la durée de vie de l’ouvrage
 de présenter une raideur élevée conduisant à la réduction des déformations.
 d’offrir une grande rapidité de mise en place du tablier

La figure 2.10 présente les portées admissibles pour un pont-bac de hauteur 1,1 m, de
largeur 4,5 m et comportant 2 poutrelles HE 1000 M en AE355 dans le cadre d’un
convoi classique UICØ3.

37
Fig. II.10 – Types et phases de construction des ponts-bacs.

A l’heure actuelle, les portées atteintes sont de l’ordre de 30 mètres, mais il est
techniquement possible d’atteindre des portées de l’ordre de la cinquantaine de mètres.

38
II.2.2 La précontrainte par post-tension

II.2.2.1 Présentation

La précontrainte par post-tension nécessite le coulage du béton préalablement au placement


des câbles de précontrainte. On réserve, dans le béton, un passage pour ces câbles à l’aide
de gaines généralement en plastique (photo 2.4) ou en feuillard métallique serti en hélice.
Le béton ayant atteint la résistance voulue, on introduit par poussage les câbles dans les
gaines. On tend ensuite les câbles simultanément à partir des deux extrémités (deux
ancrages actifs). Ceci permet de réduire le frottement. Dans le cas de petites poutres ou de
manque d’espace pour les vérins, on ne tend qu’à partir d’un seul ancrage (un ancrage actif
et un ancrage mort). A la fin de l’opération, on vient bloquer les câbles à l’aide de
clavettes.

Photo II.4 – gaines pour le passage des câbles de précontrainte par post-tension

Contrairement à la précontrainte par adhérence qui utilise des torons clairs parce que bien
protégés par leur enrobage de béton contre la corrosion, les câbles utilisés en précontrainte
par post-tension doivent être protégés par une gaine en polyéthylène haute densité qui les
entoure sur toute leur longueur. Une fois les câbles tendus, la réservation est obturée à
l’aide d’un coulis de ciment de manière à protéger les câbles contre les infiltrations d’eau.
Les câbles sont donc généralement gainés mais ils peuvent également être graissés à
l’intérieur de la gaine afin d’autoriser leur remplacement éventuel.
En précontrainte par post-tension, la technique retenue pour faire varier le moment de
précontrainte et l’adapter au moment sollicitant est le relevage des câbles. Le fait de
réduire le bras de levier de la précontrainte réduit proportionnellement son moment. Cette
technique qui permet par ailleurs d’éviter un « encombrement » au niveau des ancrages à
l’extrémité des poutres offre de plus la particularité d’augmenter la résistance de la poutre à
l’effort tranchant en y induisant des efforts qui ont tendance à refermer les fissures dues au
cisaillement.

Dans le cas particulier de ponts à poutres préfabriquées, la précontrainte par post-tension se


compose généralement de deux familles de câbles (fig. 2.11) :

39
Fig. II.11 – Schéma de principe de la précontrainte par post-tension

 La première famille, destinée à équilibrer les efforts dus au poids propre du tablier,
comporte des câbles filants ancrés aux extrémités des poutres dans des plaques
d’about préfabriquées en béton permettant la mise en tension rapide.
 Les câbles de la seconde famille sont relevés en travées et ancrés en fibre supérieure
dans des encoches ménagées dans les membrures des poutres. Ils sont tendus après
pose des poutres sur leurs appuis définitifs et bétonnage des entretoises et de la dalle
sous chaussée.

De manière générale, la précontrainte de la première famille représente les 2/3 de la


précontrainte totale.

La mise en tension de première phase s’effectue en tendant une partie des câbles à leur
contrainte définitive et non pas en tendant tous les câbles à une contrainte plus faible ce
qui entraînerait, outre des opérations supplémentaires, un risque de corrosion sous tension
des aciers non encore injectés.

40
Les étapes d’une mise en précontrainte par post-tension sont, dans le cas de torons gainés,
les suivantes :

1. Mise en place du coffrage


2. Mise en place des armatures passives
3. Mise en place des gaines et fixation solide sur la cage d’armature pour éviter tout
déplacement lors du coulage du béton.
4. Mise en place de l’étanchéité des gaines (raccords entre gaines ou trous accidentels)
5. Mise en place des plaques d’appui et des frettages adjacents aux extrémités de
gaines sous l’emplacement des futurs ancrages
6. Coulage et durcissement du béton jusqu’à la résistance suffisante pour permettre la
mise en tension
7. Enfilage des torons par poussage à l’intérieur des gaines
8. Mise en place des plaques d’ancrage et des clavettes de blocage des torons dans les
vérins d’ancrage et dans la plaque d’ancrage
9. Mise en tension des torons
10. Blocage des clavettes.
11. Injection des gaines

Dans le cas de torons gainés graissés, l’opération d’injection des gaines a toujours lieu
avant la mise en tension des câbles.
La figure 2.12 présente un schéma de principe de mise en tension.

41
Fig. II.12 – Schéma de principe de mise en tension des câbles.

42
II.2.2.2 Le matériel utilisé

Outre les câbles formés de torons que nous avons déjà évoqués, la précontrainte par post-
tension requiert un matériel très spécialisé.

1. La tête ou bloc d’ancrage (photo 2.5)

Il s’agit d’une pièce circulaire percée de trous tronconiques disposés selon une maille
triangulaire équilatérale régulière8 (fig. 2.13)

Fig. II.13– Différents types de têtes d’ancrage

8
Certaines têtes d’ancrage peuvent déroger à cette règle, par exemple, la tête de type 4C15 de Freyssinet.

43
Photo II.5 – Têtes de ‘ancrage de type 27T15 et 13T15

2. Les mors ou clavettes. (fig. 2.14)

Les clavettes ont pour rôle d’ancrer individuellement les torons sur la tête d’ancrage par le
principe du coincement conique.

Fig. II.14 – Coupe longitudinale et vue d’une clavette.

44
3. Les tromplaques (fig. 2.15, 2.16 et photo 2.6)

La tromplaque assure deux fonctions :

 le transfert de l’effort de précontrainte au béton de la structure


 le guidage du câble depuis son ancrage jusqu’à la gaine.

De plus, de part l’évent qu’elle présente sur le côté, la tromplaque permet l’injection des
gaines.

Fig. II.15 – Coupe longitudinale dans une tromplaque munie d’une tête d’ancrage

Fig II.16 – Vue de face d’une tromplaque munie d’une tête d’ancrage. On remarque la possibilité de
fixation au coffrage par encoches ou par trous taraudés. On remarque également la présence de l’évent
destiné à injecter les gaines.

45
Photo II.6 – Tromplaque de type 27T15 et 13T15

4. Le presse-étoupe (fig. 2.17)

Dans l’hypothèse où l’on travaille avec des torons gainés graissés, il convient de réaliser
les injections avant la mise en tension des torons. Il est alors nécessaire de fermer les
conduits pendant cette opération afin d’en assurer l’étanchéité. C’est là le rôle du presse-
étoupe. Il est traversé de façon étanche par chacun des torons gainés graissés et il leur
assure la position géométrique conforme à celle qu’ils occuperont dans tête d’ancrage.

Fig. II.17 – Coupe longitudinale dans un presse-étoupe

46
5. Les vérins

La mise en tension s’effectue au moyen de vérins monotorons ou multitorons. La mise en


tension simultanée de tous les torons d’un câble est préférable à la mise en tension toron
par toron. La tension identique dans chaque toron en est plus facilement obtenue.
Cependant, elle requiert des vérins plus puissants et donc plus encombrants. On a donc
recours à la mise en tension toron par toron lorsque l’espace de la zone de travail est
réduit.

Les câbles sont tendus au moyen de vérins, généralement à double effet9, qui permettent :
 de tendre le câble en une ou plusieurs étapes
 d’enfoncer les clavettes dans les logements coniques des têtes d’ancrages en vue
du blocage
 d’effectuer le déclavetage par un retour du piston.

Chaque vérin multitoron est capable, moyennant l’adjonction du nez de vérin adéquat, de
mettre en tension toutes les unités de capacité égale ou inférieure à celle pour laquelle il a
été conçu. De même, pour les vérins monotorons, il existe des pièces d’adaptation.

6. Les gaines

Les gaines doivent être solidement fixées à l’aide de fils de ligature disposés environ tous
les 50 cm. Les gaines doivent avoir un tracé fluide c’est-à-dire sans cassures.
Elles sont raccordées aux tromplaques de manière à ne pas laisser pénétrer le béton (photo
2.7). Elles sont raccordées entre elles par manchonnage avec emboîtement et étanchéité
par joint annulaire.

Photo II.7 – Liaison entre la tromplaque et la gaine assurée par une bande plastique autocollante

9
On trouvera en annexe 1 la description d’un vérin double effet.

47
II.2.2.3 Les opérations de mise en place et de mise en tension des câbles

Nous allons détailler ces opérations dans le cadre de torons gainés graissés. Les étapes sont
les suivantes :

1. Enfilage des torons


2. Pose des presse-étoupes et injection des gaines au coulis de ciment
3. Préparation des torons avant mise en tension
4. Mise en tension des câbles
5. Coupe des sur-longueurs, protection de celles-ci et des ancrages, pose des capots
d’étanchéité

1. Enfilage des torons

Les torons sont enfilés à la machine à pousser (photo 2.9) en veillant à ne pas
endommager les gaines. A cet effet, des précautions sont prises pour éviter tout
défilement du toron sur des arêtes tranchantes (photo 2.8).

Photo II.8 – Pointe d’enfilage d’un toron.

Photo II.9 – Enfileuse de torons Photo II.10 - Dévidoir

48
2. Pose des presse-étoupes et injection des gaines au coulis de ciment

La gaine PEHD du toron est prédécoupée tout en restant sur le toron.

Après avoir retiré les gaines de protection PEHD découpées, on enfile alors le presse-
étoupe sur les sur-longueurs (fig. 2.17). La plaque de pression est maintenue serrée
contre la tromplaque à l’aide de boulons et la bride de serrage est boulonnée à la plaque
de pression. Les gaines de protection découpées sont ensuite replacées sur les sur-
longueurs et repoussées au maximum dans les trous tronconiques des blocs d’ancrage.
Le tuyau d’injection est vissé dans la tromplaque (photo 2.11).

Photo II.11 – Vue du presse-étoupe et du tuyau d’injection, tous deux étant fixés à la tromplaque

Le coulis d’injection est fabriqué dans un malaxeur avec un ciment spécial10, un


additif11 et de l’eau. Lors de la production de coulis, la fluidité au cône de Marsh doit
constamment rester comprise entre 12 et 25 secondes afin de garantir un remplissage
correct des gaines et de l’espace entre les torons.

Des évents sont prévus sur la gaine. Ils ont été placés de préférence en des points
hauts à la jonction de deux gaines. Dès l’apparition à l’évent de coulis de bonne
consistance et sans bulles d’air, il faut fermer l’évent et ensuite la vanne d’entrée dès
que l’on fait le même constat à l’autre extrémité du câble.

10
On citera, par exemple, le superstresscem produit par la société LES CIMENTS D’ORIGNY (www.origny.fr )
ou encore le ciment ENCI CEM I 32,5 R
11
L’additif à utiliser avec le superstresscem est produit également par la même société. L’additif à utiliser avec
le ciment ENCI CEM I 32,5 R s’appelle le TRICOSAL 181 EH

49
3. Préparation avant mise en tension

Après la prise du coulis d’injection, le presse-étoupe est démonté.

Photo II.12 – Vue du câble et de la tromplaque après injection et retrait du presse-étoupe

Les gaines PEHD recouvrant les sur-longueurs des torons sont retirées.
Dans le cas des torons qui seront tendus un par un au vérin mono-toron, il faut faire en
sorte qu’à chaque extrémité tous les torons d’un même câble aient la même sur-
longueur.
La face de la tête d’ancrage qui sera en contact avec le coulis durci doit être
préalablement graissée avec la même graisse12 que celle utilisée pour la fabrication des
torons gainés graissés.

On place ensuite les mors sur chaque toron.

Photo II.13 – Vue de la tête d’ancrage, des clavettes et de la sur-longueur des torons dont on a retiré la
protection en PEHD.

12
Il s’agit de vaseline technique qui est une vaseline d’hydrocarbures d’origine pétrolière. La société SRS
BENELUX de Jupille en est l’un des fournisseurs.

50
4. Mise en tension des câbles

Le vérin est amené au droit de l’ancrage (photo 2.14). On place un gabarit métallique sur
les torons de manière à faciliter l’enfilage des torons dans le vérin (photo 2.15). La plaque
d’ancrage arrière du vérin est mise en place avec ses clavettes-outils (photos 2.16 et 2.17).

Photo II.14 – Mise en place d’un vérin multi-torons Photo II.15 – Vue sur le gabarit métallique

Photo II.16 – Mise en place de la plaque d’ancrage Photo II.17 – Mise en place des mors-
arrière du vérin outils.

La mise en tension se base sur le plan de mise en tension fourni par le bureau d’étude.
Les torons ne sont jamais tendus à la tension de service en une seule étape. La mise en
tension se fait par paliers de forces précisés par le bureau d’étude et pour lesquels
l’allongement du câble est systématiquement mesuré. A la tension indiquée par le
manomètre du vérin correspond donc systématiquement un allongement mesuré.

Ce n’est que dans le cas où l’allongement réel reste compris entre les allongements
maximal et minimal donné par le bureau d’étude que le blocage des clavettes est effectué.
On mesure alors la rentrée des clavettes et on la compare avec la rentrée théorique.

51
5. Coupe des sur-longueurs, protection de celles-ci et des ancrages, pose des capots
d’étanchéité.

Les sur-longueurs sont coupées mécaniquement, l’endroit de l’évent est coupé ou meulé
de façon à éviter toute excroissance par rapport à la face du béton. La zone des clavettes
et le départ des torons gainés sont protégés par un morceau de tube.

La face de la tromplaque encore visible qui va recevoir un joint en néoprène est nettoyée
à la brosse métallique et soufflée. On fait de même avec la face latérale des plaques
d’ancrage.
On vient alors pulvériser une cire pétrolière13 sur la face apparente de la tromplaque, sur
la tête d’ancrage et les clavettes.

Un joint en néoprène et un capot en acier galvanisé sont ensuite placés (fig. 2.18)
L’étanchéité est réalisée par serrage des boulons.

Fig. II.18 – Capot de protection pour un ancrage de type 13T15

13
Par exemple, la cire PROTERA DRO7X produite par ELF

52
II.2.3 La précontrainte par préflexion

II.2.3.1 Position du problème

Depuis de très nombreuses années déjà, l'industrie sidérurgique produit, moyennant de


faibles suppléments de prix, des aciers laminés de qualités sensiblement supérieures à
celles de l'acier doux ordinaire.
Malgré cela, l'usage des aciers de cette qualité ne s'est guère répandu, notamment parce
que dans la plupart des cas pratiques il n'est guère possible de profiter des qualités accrues
de ces aciers. En d'autres termes, il était impossible de faire travailler ces aciers à des
contraintes élevées en rapport avec leur haute limite élastique et leur haute résistance à la
rupture.
Ce fait regrettable avait deux causes principales :

 En poutrages nus, le fait de travailler à des tensions de sécurité plus élevée revient
ipso facto à tolérer des déformations où flèches plus grandes puisque le module
d'élasticité E est le même pour tous les aciers laminés.
Il faut également rappeler que les phénomènes du type flambage dépendent
également, en ordre principal, du E de l'acier.

 En poutrages métalliques enrobés de béton, on échappe en général aux deux


inconvénients précités. Dans ce cas, la barrière sera l'incapacité du béton à suivre,
sans se fissurer, les allongements de l'acier auquel il adhère dès que ceux-ci
correspondent à une tension de l'ordre de 70 à 100 N/mm² (le métal reprenant seul,
par hypothèse, les efforts de traction).

La préflexion élimine radicalement les inconvénients-barrières dont il vient d'être


question.
Ce résultat est obtenu grâce à une flexion artificielle très intense de la poutrelle métallique
nue dans le sens même de la flexion prévue en service. Cette préflexion précède
l'enrobage partiel (procédé préflex) ou total (procédé flexstress) par du béton de la
poutrelle métallique.
L'état de préflexion n'est relâché que lorsque ce béton a durci et adhéré à l'acier. Ce
relâchement ou "déblocage" provoque alors une forte pré-compression du béton enrobant
la semelle inférieure et une flèche "de retour" due au déblocage, sensiblement plus petite
en valeur absolue que la flèche de préflexion.

On comprend qu'une nouvelle mise en charge de la poutre (p.ex. en service) :


 décomprime ce béton et ne le soumet donc pas ou très peu à la traction.
 provoque une nouvelle flèche de l'ordre de celle de déblocage et non de celle de
préflexion d'où raidissement de la poutre.

53
II.2.3.2 La poutre Préflex

Dans ce type de poutre, seule la partie tendue de la poutrelle métallique maintenue


préfléchie est enrobée par du béton. Il s'agit du béton de première phase B1 réparti autour
de la semelle inférieure de la poutrelle. Dès que ce béton a durci et adhère à l'acier, il se
trouve fortement comprimé par le relâchement de la préflexion.
La poutre ainsi précontrainte peut alors être mise en oeuvre sur chantier. C'est là qu'elle
subira un enrobage complémentaire des parties de la poutrelle métallique non encore
enrobée. Cet enrobage complémentaire (béton B2 de seconde phase) augmente fortement le
raidissement de la poutre. Il comprend en général et, en ordre principal, des éléments de
dalle nécessaires par ailleurs pour former aire de roulement ou de plancher du bâtiment. Il
assure de plus un monolithisme fort efficace14.

Photo II.18 – réception d’une poutre métallique dans l’usine de préfabrication

14
On trouvera en annexe 2, une coupe transversale dans un tablier réalisé à l’aide de poutres préflex.

54
1. Schéma de fabrication (fig. 2.19)

Fig. II.19 – Schéma de fabrication d’une poutre préflex.

55
Photo II.19 – Poutre métallique sur le banc de préfabrication

Photo II.20 – Poutre préflex à sa sortie d’usine de préfabrication

56
Photo II.21 – Mise en place d’une poutre préflex sur ses appuis définitifs.

Photo II.22 – Coffrage du béton B2 de seconde phase et de la dalle du tablier

2. Les avantages de la préflexion telle qu’appliquée à la poutre préflex

 Economie de matière

Le fait de pouvoir utiliser sans entrave l'acier de qualité à des tensions de sécurité
élevées se traduit naturellement par une forte réduction de poids d'acier.

57
 Sécurité remarquable.

Il est pratiquement impossible dans les cas courants de rompre une poutre
préfléchie.

 Possibilités constructives nouvelles et importantes.

Les poutres préfléchies peuvent franchir des portées imposées, supporter des
surcharges utiles et satisfaire à des conditions de flèche imposées avec des
hauteurs d'encombrement minima, irréalisables par tout autre mode de
construction. La réduction du poids ou de la hauteur d'encombrement d'un pont ou
d'un hourdis se répercute souvent par des économies et améliorations nombreuses.

 Préfabrication

Le problème de la préflexion a, dans un premier temps, été résolu d'une manière


satisfaisante grâce, notamment, au procédé des poutres accouplées, préfléchies
simultanément, chacune des poutres formant bâti pour l'autre. Il est courant aussi
de réaliser une préflexion verticale : c'est un massif de BA qui reprend les
réactions.

Photo II.23 – Application de la préflexion sur la membrure supérieure de la poutre métallique.

58
II.2.3.3 La poutre flexstress (fig. 2.20)

Les idées de base de ce procédé sont les suivantes :

 utiliser une poutrelle métallique précambrée et précontrainte posée sur deux


appuis d'extrémité.
 ramener la fibre inférieure en situation horizontale par préflexion, enrober la
poutrelle de béton armé, la semelle inférieure étant pourvue de torons de
précontrainte par adhérence.
 relâcher la préflexion et mettre ainsi la semelle inférieure en compression,
compression à laquelle s'ajoutera encore celle due à la précontrainte par
adhérence.
 pour gagner des contraintes admissibles dans la semelle supérieure, prévoir une
précontrainte provisoire agissant sur cette semelle.

Fig. II.20 – Section médiane d’une poutre Flexstress en service15

15
La précontrainte supérieure (dite « anti-précontrainte ») n’est donc pas représentée sur cette coupe puisqu’il
s’agit d’une poutre en service et que l’anti-précontrainte est relâchée après la pose des prédalles.

59
1. Schéma de fabrication

a) Elastification de la poutrelle
b) Précontrainte et préflexion sur la poutrelle (photo 2.23)
c) Bétonnage, mise en précontrainte, anti-précontrainte et déblocage.
d) Transport et pose.
e) Pose des prédalles
f) Lâchage anti-précontrainte

2. Les avantages de la poutre flexstress sur la poutre préflex.

 Contrairement à la poutre préflex dont le bétonnage s'effectue en deux phases, la


poutrelle en acier de la poutre flexstress se trouve directement enrobée dans son
entièreté.
 La poutre flexstress permet d'économiser de l'acier poutrelle en le remplaçant par de
la précontrainte.
 La poutre flexstress telle qu'elle est livrée ne doit plus guère subir de
transformations

Photo II.24 – Vue d’une poutre flexstress munie de sa précontrainte supérieure à sa sortie usine

On retrouve la variante poutre-dalle réalisée à l’aide du procédé flexstress. Elle


présente, par rapport à la poutre flexstress, les mêmes avantages que la poutre-dalle
précontrainte par adhérence.

60
DEUXIEME PARTIE

LES PONTS EN BETON :

PROJET, FONDATIONS, APPUIS ET EQUIPEMENTS

61
CHAPITRE I : LES DONNEES NATURELLES ET
FONCTIONNELLES

Un pont doit satisfaire à un certain nombre d’exigences puisqu’il est destiné à offrir un service
à des usagers. On distingue :
 les exigences fonctionnelles qui sont l’ensemble des caractéristiques permettant au
pont d’assurer sa fonction d’ouvrage de franchissement
 les exigences naturelles qui sont l’ensemble des éléments de son environnement
influant sur sa conception.

I.1 LES DONNEES FONCTIONNELLES

De manière générale, la construction d’un pont s’inscrit dans le cadre d’une opération plus
vaste que le seul projet de pont. L’implantation de l’ouvrage résulte donc d’un certain
nombre de choix effectués au niveau de ce projet dans sa globalité. Le cadre du projet est
donc fixé et il n’est pas toujours possible de le modifier car le coût du pont est souvent
faible devant celui du projet.
Toutefois, en site urbain, ou lorsque se posent des problèmes majeurs de fondations, le
choix du tracé doit impérativement tenir compte des ouvrages dont le coût relatif peut alors
être exceptionnellement élevé.

I.1.1 Données relatives à la voix portée

Les caractéristiques fonctionnelles de la voie portée sont16 :


 le tracé en plan
 le profil en long
 le profil en travers
17
 les textes normatifs

Dans toute la mesure du possible, il convient d’éviter des tracés en plan qui conduisent à
des ouvrages mécaniquement biais ou courbes.

Il convient, en règle générale, d’éviter les ouvrages plats et horizontaux, pour des raisons
architecturales et d’écoulement des eaux pluviales.
Enfin, il faut également éviter des profils en long présentant des discontinuités
importantes de courbure.
Le profil en travers doit être soigneusement étudié car il est très difficile de le modifier si
sa conception n’a pas été prévue en conséquence dès le départ.

16
On trouvera des figures représentant ces caractéristiques fonctionnelles au chapitre II de cette deuxième partie.
17
NBN B03-101 traitant des actions sur les ouvrages d’art routiers par exemple.

62
I.1.2 Données relatives à l’obstacle franchi

Lorsque l’obstacle franchit une voie de communication, il convient de respecter les


caractéristiques fonctionnelles relatives à cette voie

I.1.2.1 Les gabarits

On appelle gabarit la hauteur minimale à dégager au-dessus de la voie franchie,


mesurée perpendiculairement à cette voie.

Les gabarits routiers sont définis par les directions territoriales du MET : ils sont
généralement de l’ordre de 5,60 mètres.
Dans le cas des ouvrages franchissant des voies ferrées, les textes sont très complexes
car les gabarits à respecter sont variables en fonction de la nature et du type des voies.
A titre d’ordre de grandeur, le gabarit varie de 4,80 m à 5,50 m environ.
Dans le cas des ouvrages franchissant des voies navigables, ce sont les services
intéressés qui définissent les gabarits à respecter.

I.1.2.2 Les ouvertures.

La notion d’ouverture ne concerne, en fait, que les franchissements de voies routières.


Pour toute voie routière passant sous un pont, le profil en travers est caractérisé par
l’ouverture utile droite comptée entre nus intérieurs des appuis de l’ouvrage qui
l’encadrent. Les normes prévoient certaines dispositions mais le problème des
ouvertures fait intervenir d’autres critères d’appréciation comme, par exemple, la
visibilité du tracé franchi.

63
I.2 LES ACTIONS LIEES AUX DONNEES FONCTIONNELLES

Les principales actions liées aux données fonctionnelles sont :

 les chocs de bateaux sur les piles d’un pont


 les chocs de véhicules sur les piles d’un pont en site terrestre
 les chocs de véhicules sur les dispositifs de retenue bordant le tablier d’un ouvrage.

I.2.1 Les chocs de bateaux contre les piles d’un pont.

Dans sa généralité, le problème des chocs de bateaux contre les piles d’un pont est
très vaste. Ce genre de risque doit être pris en considération chaque fois qu’un
projet de pont franchit une voie navigable ou un site maritime.

Photo I.1 – Massif de protection du pylône côté Le Havre du Pont de Normandie.

64
I.2.2 Les chocs de véhicules contre les piles de ponts.

Les chocs de véhicules sur les piles de ponts routiers sont loin d’être rares. Pour s’en
prémunir, il convient de dimensionner les appuis susceptibles d’être exposés à ces chocs
de façon à leur conférer une robustesse suffisante.
Au niveau du calcul, le choc éventuel d’un véhicule sur une pile de pont est assimilé à
une force horizontale appliquée à 1,2 m au-dessus du niveau de la chaussée.
Il est admis, dans un but de simplification, que cette force est frontale (1MN) ou latérale
(500 kN).

I.2.3 Les chocs de véhicules sur les dispositifs de retenue.

D’une façon générale, tous les dispositifs de retenue transmettent, outre leur poids
propre, des efforts aux structures, résultant de la fonction qu’ils assurent. En fait, seules
les glissières, et surtout les barrières, conduisent à des dispositions spécifiques et à des
calculs particuliers.

65
I.3 LES DONNEES NATURELLES

I.3.1 Les données géotechniques

Les données géotechniques sont fondamentales dans l’étude d’un ouvrage. Elles sont
obtenues à partir d’une reconnaissance qui doit donner les informations les plus
complètes possibles :
 sur le terrain naturel : le projeteur doit, bien évidemment, connaître avec
précision la topographie du terrain naturel.
 sur le niveau de la nappe
 sur le ou les niveau(x) possible(s) de fondation.

La reconnaissance géotechnique doit donner des indications quantitatives sur la nature


des terrains rencontrés :
 paramètres mécaniques de résistance
 paramètres rhéologiques
 compacité
 perméabilité

I.3.2 Les données hydrauliques.

En dehors du relevé précis de la topographie du lit, il convient de connaître les niveaux


de l’eau qui influent :
 sur la conception générale du franchissement et son implantation dans l’espace
 sur le choix de certaines méthodes d’exécution.

Les principaux renseignements sont :


 le niveau de crue
 le niveau d’étiage
 le niveau des plus hautes eaux navigables

La connaissance des niveaux de l’eau n’est généralement pas suffisante. Certaines


données purement hydrauliques peuvent être indispensables pour aborder l’étude du
phénomène, réel pour les ponts, qu’est l’affouillement.

I.3.3 Les données climatiques.

I.3.3.1 Le vent.

Pour la plupart des ponts construits chez nous, il n’est généralement pas nécessaire de
procéder à un quelconque recueil des données relatives aux vents. Les effets du vent
peuvent donc être négligés. Remarquons qu’une étude des effets du vent s’avère
indispensable dans certains cas cependant.

66
I.3.3.2 La température

Les effets de la température sont, bien évidemment, pris en compte dans le calcul des
constructions. Pour les structures sensibles à des variations de température, ou pour
les parties d’ouvrage affectées par lesdites variations, on admet que les valeurs
caractéristiques des actions dues à la température peuvent être prises égales à une
augmentation de 20 °C et à une diminution de 20 °C par rapport à la température à
l’origine de la construction prise égale à 10°C.

I.3.3.3 La neige et la boue

Il est rare que l’on aie à considérer des charges de neige ou de boue sur les ponts.
Dans les cas courants, cette surcharge ne doit pas être considérée.

I.3.3.4 Autres données climatiques

Certaines données climatiques locales interviennent parfois dans certains projets.


C’est le cas notamment des ouvrages implantés à proximité de la mer.

I.3.4 Les données sismologiques

Un séisme est une succession de déplacements rapides imposés aux fondations d’un
ouvrage. Généralement, pour les ponts courants, on ne tient pas compte des données
sismologiques dont les effets, chez nous, sont négligeables.

67
I.4 LES ACTIONS D’ORIGINE NATURELLE

Nous n’évoquerons ici que les actions dues à l’eau, actions qui ne sont pas traitées dans
les normes. Les actions dues à l’eau se manifestent de multiples manières. Les
phénomènes les plus couramment rencontrés sont :
 la pression hydrostatique
 la poussée hydrodynamique du courant
 l’action abrasive du courant
 l’affouillement général des rivières et local autour des piles de ponts

En ce qui concerne l’action hydrodynamique d’un courant sans houle, on admet, à titre de
simplification, que le diagramme des vitesses de l’eau est triangulaire entre le lit et la
surface libre (figure 1.1).

Fig. I.1 – action du courant sur un appui en site aquatique

Si V est la vitesse du courant en surface, la résultante des actions hydrodynamiques du


courant est évaluée par la formule :

R = K.S.V²

Avec : S= surface du maître-couple de l’obstacle placé dans l’écoulement (m²)


V= vitesse de l’eau (m/s)
R= intensité de la résultante (N)
K= coefficient prenant les valeurs suivantes :
720 si la section plane de l’obstacle est carrée ou rectangulaire
350 si la section plane de l’obstacle est circulaire
260 si la section plane de l’obstacle comporte un avant-bec pointu.

R s’applique aux deux tiers de la hauteur d’eau, comptée à partir du lit.

68
I.5 DONNEES D’INTEGRATION AU SITE

Il ne serait pas normal de ne pas parler de l’intégration d’un ouvrage dans le site qui
l’accueille. Il s’agit ici de questions d’aspect et de nuisances.
Bien que les considérations d’ordre esthétique soient très subjectives, un projeteur de pont
ne peut ignorer l’impact visuel de son ouvrage. La question se pose avec acuité en site
urbain mais, même en rase campagne, il n’est pas admissible de défigurer le paysage par
un ouvrage laid. A l’inverse, on peut même dire qu’un ouvrage réussi sur le plan
architectural contribue, dans certains cas, à l’épanouissement touristique de la zone dans
laquelle il est implanté.

69
CHAPITRE II : LES DIFFERENTES ETAPES TECHNIQUES
DANS L’ELABORATION D’UN PROJET DE PONT

L’élaboration d’un projet de pont procède, quel qu’en soit le maître d’ouvrage, par étapes :
 les étapes techniques
 les étapes administratives

Nous n’aborderons ici que le cadre technique dans lequel se situe la construction d’un pont-
route de la voirie régionale

II.1 LES ETAPES DE L'ETUDE

Lors de l'élaboration d'un projet de pont, le concepteur suit généralement les grandes étapes
suivantes :

1- Le recueil des données


2- L'inventaire des solutions possibles
3- La comparaison entre les diverses solutions
4- L'étude complémentaire de la solution choisie.

Remarquons que toute l'étude doit être menée en vue de satisfaire un besoin qu'il convient
de bien cerner. C'est le but de l'étape 1.
Notons également que les étapes 2 et 3 peuvent se reproduire à plusieurs reprises d'abord
pour les solutions d'ensemble et ensuite pour les problèmes de détails
L'organigramme repris à la figure 2.1 schématise les diverses étapes que nous allons
étudier en détails.

70
Organigramme relatif à une étude

1
Demandeur Rassemblement Normes
Données Expérience ...

Analyse

2
Inventaire
des
solutions

A.P. A.P. A.P.

Avis
3
Comparaison
et
Choix

4 - 1re partie
Projet

Adjudication

Examen
des
offres

4 - 2me partie
Etude
d'exécution

Fig. II.1 – Organigramme relatif à une étude technique de pont

71
II.1.1 1ère étape : le recueil des données

II.1.1.1 Implantation et caractéristiques d’ensemble de l’ouvrage.

En rase campagne, l’implantation d’un ouvrage est souvent fixée par le projet routier qui
l’englobe, mais rarement de manière impérative. L’optimum résulte généralement d’un
compromis entre plusieurs exigences qui peuvent être contradictoires. En milieu urbain,
les contraintes sont généralement plus sévères qu’en rase campagne, qu’il s’agisse de la
construction d’un ouvrage neuf ou de la reconstruction d’un ancien pont.
Les grands ouvrages doivent, dans toute la mesure du possible, être projetés droits : un
biais, même modéré, complique l’exécution et induit un fonctionnement mécanique qui
peut s’écarter sensiblement des modèles de calcul de la résistance des matériaux usuelle.
Les ponts à courbure prononcée doivent rester rares et même exceptionnels en rase
campagne où l’on peut presque toujours les éviter aisément si l’on y pense en temps
voulu.
La question de la longueur et même de l’existence même du pont doit être posée : il faut
étudier la possibilité de la solution remblais. Cependant, un remblai neutralise une bande
de terre d’autant plus importante que sa hauteur est grande.

II.1.1.2 Le recueil des données naturelles.

1. La topographie

Dans le cadre du projet routier, il convient de disposer d’un relevé topographique


aussi précis que possible, avec l’indication de repères de niveau.

2. L’hydrologie

Dans le cas du franchissement d’un cours d’eau, il est indispensable d’en connaître
parfaitement le régime : fréquence et importance des crues, débit solide, charriage
éventuel de corps flottants susceptibles de heurter les piles. Mis à part les chocs, le
plus grand danger réside dans les affouillements. D’une manière générale, on
cherchera, bien sûr, à limiter autant que possible le nombre des appuis en site
aquatique.

72
3. La reconnaissance géotechnique

Les sondages comprennent :


 des carottages avec prélèvement d’échantillons intacts
 des essais pressiométriques
 des essais au pénétromètre.

Des techniques de reconnaissance plus poussées peuvent être nécessaires dans


certains cas.
Les résultats de la reconnaissance sont interprétés par un expert en mécanique des
sols qui recommande un mode de fondation, un niveau à atteindre et un niveau de
sollicitation du sol à ne pas dépasser. A partir de ces données, un choix plus précis
peut être fait, qui doit permettre de fixer définitivement la conception d’ensemble de
l’ouvrage projeté.

4. Les actions naturelles susceptibles de solliciter le pont.

 le vent
 la neige et la glace
 les séismes
 la houle dans le cas du franchissement d’un estuaire ou d’un bras de mer,
ainsi que les embruns et, de façon générale, l’action agressive de
l’atmosphère marine.

73
II.1.1.3 Le recueil des données fonctionnelles

Afin de ne rien omettre, il convient de dresser à l’avance la liste de données indispensables


pour entreprendre l’étude18.

1. Un plan de situation (fig. 2.2)

Il s’agit de préciser l’implantation générale de l'ouvrage (extrait de plan IGN ou


équivalent - échelle 1/10000ème) et éventuellement un plan d'emprises

Fig. II.2 – plan de situation à l’échelle 1/10.000ème

18
A ce propos, on trouvera en annexe 3 un document mis au point par la D411 qui permet la récolte de ces
données.

74
2. Un plan terrier (fig. 2.3)

Ce plan, à l’échelle 1/1000ème ou 1/500ème avec courbes de niveau reprendra :


 le repérage précis des profils en long et en travers
 l’angle du biais
 les talus actuels et les possibilités d’adaptation
 le tracé en plan des voies existantes et futures supérieures et inférieures
 les constructions existantes y compris celles enterrées (anciens supports, câbles,
conduites, etc...)

Fig. II.3 – Plan terrier de la situation future.

75
3. Les profils en long des voiries inférieures et supérieures (+ terrain naturel) (fig. 2.4)

Sur ce plan, on retrouvera :


 les gabarits des voiries inférieures (largeur/hauteur) (H demandée - H minimum
- H existant)
 éventuellement le gabarit de la voirie supérieure
 éventuellement le gabarit en construction
 les possibilités d’adaptation (points imposés -pentes - rampes max)
 si nécessaire les zones d’implantation possible pour les piles

Fig. II.4 – Profil en long de la voie portée.

76
4. Les profils en travers des voiries inférieures et supérieures (fig. 2.5)

Ce plan, à l’échelle 1/100ème ou 1/50ème présentera :


 Le repérage de l'emplacement des profils en travers sur le plan terrier
 Le nombre et la largeur des bandes de circulation, filets d’eau, trottoirs, etc..
 Les pentes transversales (voiries / trottoirs) (y compris élargissement éventuel
futur)

Fig. II.5 – Profils en travers des voies portée et franchie

5. Les charges d’exploitation, normales et exceptionnelles (NBN B03-101 ou ENV


eurocode provisoire + convois lourds éventuels).

6. La qualité architecturale (parachèvements particuliers souhaités)

7. Les sujétions de construction

Elles peuvent être de nature très variées :


 détail des impétrants (emplacement actuel et éventuellement futur avec
caractéristiques des conduites, charge des conduites, dispositifs de support et
de protection)
 équipements souhaités. Croquis reprenant :
o les revêtements (type et épaisseur des couches) : chape, contre-chape,
revêtement voirie/trottoir
o les filets d’eau (type, dimensions)
o le type de garde-corps
o les dispositifs de sécurité envisagés (continuité éventuelle avec le
dispositif de la route)
o les éléments linéaires
o l’éclairage
o autres

77
 le type d’ouvrage souhaité

 les conditions particulières éventuelles concernant


o les usagers des voiries (véhicules et piétons)
o les concessionnaires
o les riverains

 les délais d’exécution et les périodes souhaitées pour les travaux

 les organismes à contacter le cas échéant

 les travaux préparatoires éventuels à prévoir (p. ex. : démolition éventuelle)

 les renseignements relatifs au chantier :


o aire de stockage utilisable
o engins de chantier utilisables et disponibles
o accès au chantier
o conditions d’approvisionnement des matériaux et éléments
préfabriqués
o conditions de circulation durant le chantier

78
II.1.2 2ème étape : L’ inventaire des solutions

II.1.2.1 La problématique du choix

Pour franchir une brèche donnée, le concepteur recherche normalement la solution la


plus économique respectant les contraintes imposées dont la nature peut être très diverse.
Pour aboutir au meilleur choix, il doit d’une part bien connaître l’éventail des solutions
possibles avec leurs sujétions, leurs limites et leur coût et d’autre part, être en mesure de
recenser et d’évaluer les contraintes avec la plus grande précision possible afin de limiter
au maximum les aléas pendant l’exécution.

II.1.2.2 Panorama des principaux types d’ouvrages

Nous passerons ici en revue les différents types de ponts. La classification retenue est
valable de manière générale pour les ouvrages courants. Les cas particuliers d’ouvrages
exceptionnels sortent de cette classification.

1. Les ouvrages de petite portée (inférieure à 10 m)

Il s’agit ici de la catégorie des petits passages sous remblai utilisés comme :
 ouvrages de décharge hydraulique
 passage pour le bétail ou le gibier sous une voie de circulation
 rétablissement d’un chemin d’intérêt local

Dans la gamme des très faibles portées (5 ou 6 m) plusieurs types d’ouvrages sont
envisageables :
 les ponceaux voûtés massifs en béton
 les passages inférieurs en voûte mince
 les buses métalliques
 les ponts-cadres en béton armé.

2. Les ouvrages de portée moyenne (entre 10 et 35 m)

Dans cette gamme, on retrouve :


 les portiques simples
 les dalles
 les poutres en béton armé
 les poutres précontraintes par pré-tension
 les tabliers à poutrelles métalliques enrobées de béton
 les poutres préfléchies
 les ponts à béquilles

79
3. Les ouvrages de grande portée (entre 35 et 100 m)

Au-delà des 30 à 40 m de portée déterminante, nous entrons dans le domaine des


grands ouvrages.

En béton précontraint, la panoplie des solutions comporte :


 les dalles nervurées
 les poutres précontraintes par post-tension
 les poutres préfléchies
 les ponts-caissons construits par poussage ou sur cintre auto-lanceur
 les ponts caissons construits par encorbellement

Dans le domaine de la construction métallique, la panoplie des solutions


comporte :

 les ouvrages à poutres latérales triangulées


 les ossatures mixtes à couverture en béton armé dont la structure porteuse
peut être constituée de poutres en I ou d’un caisson
 les ponts à dalle orthotrope
 les ponts à béquilles
 les arcs bowstring

4. Les ouvrages des très grandes portées (supérieure à 100 m)

Dans le domaine du béton, on rencontre les arcs en béton armé ou faiblement


précontraint.

Dans le domaine de l’acier, les solutions possibles sont :


 les arcs (y compris Bowstring)
 les ponts à béquille
 les ponts à haubans à tabliers en béton précontraint ou métallique
 les ponts suspendus

80
II.1.2.3 Les dossiers pilotes principaux du SETRA19

Il s’agit d’une classification française que nous reprenons ici dans une démarche
pédagogique. La classification des ponts proposée (circulaire ministérielle du 2 janvier
1986) offre l’avantage de présenter les ouvrages conformes à des modèles types, ouvrages
dont le tablier peut alors être étudié dans le cadre des dossiers pilotes du SETRA

Fig. II.6 – Dossiers pilotes principaux du SETRA

19
Service d’études techniques des routes et autoroutes (www.setra.fr ) : site recommandé !

81
Les figures 2.7 et 2.8 résument les domaines d’emploi des différents types d’ouvrages que
nous avons passés en revue. La figure 2.9 rappelle les principaux éléments de
prédimensionnement des ouvrages courants.

Fig. II.7 – Domaine d’emploi des principaux ouvrages d’art de type courant.

82
Fig. II.8 – Ponts en béton armé ou précontraint et ponts métalliques.

83
Fig. II.9 – Eléments de dimensionnement des ouvrages courants.

84
II.1.2.4 L’inventaire des solutions au MET

Cette étape comprend deux parties. Il est, en effet, rationnel de commencer par définir
les grandes lignes d'un ouvrage, avant de s'attaquer aux détails, tout en étant attentif au
fait que certains détails peuvent imposer une adaptation des grandes options.

1. Les grandes options

Il y a essentiellement deux grandes options à définir : le type d'ouvrage et le


matériau utilisé.

Le type d'ouvrage

Pour déterminer un type d'ouvrage, il faut le définir longitudinalement et


transversalement. On commencera, en général, par examiner les zones
d'implantation des supports et la qualité du sol afin de définir le pont
longitudinalement. Cet examen conduira à choisir un schéma statique combiné à
un système d'appui. Le type de structure sera choisi en fonction des portées.
Transversalement , le choix de la solution structurelle sera fait en fonction de la
structure choisie longitudinalement et de l'implantation des supports.

Le matériau

Le choix du matériau dépendra en grande partie des dispositions définies lors du


choix du type d'ouvrage. On aura le choix entre :

 le béton non armé


 le béton armé
 le béton précontraint
 l'acier
 une structure mixte (acier-béton)
 un ouvrage en maçonnerie

Nous obtenons à l'issue de cette analyse un certain nombre de solutions possibles


qui seront esquissées. Cette démarche conduira déjà à l'élimination de certaines
solutions.

85
2. Options particulières et de détails

Les esquisses sont précisées par le choix des options particulières afin de pouvoir
déterminer d'une manière approximative les quantités à mettre en oeuvre et donc un
coût approximatif

Ces options portent sur les éléments suivants, notamment :

 l’infrastructure
• type de fondation
• culées
• piles
• ouvrages annexes (mur de soutènement)

 la superstructure
• type de poutre
• type de dalle
• entretoise
• détails : dalle souple, bord de l'ouvrage

 les équipements
• chape d'étanchéité et revêtement (route et trottoir)
• dispositifs de sécurité
• évacuation des eaux
• appuis
• joint de dilatation
• poteau d'éclairage
• placement d'impétrants
• balises de repère et de tassement
• extrémités latérales de l'ouvrage

A ce stade, la division des ponts et charpentes fournit les esquisses d'avant-


projet :

 Plans ou croquis des diverses solutions envisagées


 Estimation grossière de chacune des solutions
 Photo montage
 Image de synthèse
 Rapport justificatif ainsi que tout document permettant au client de faire son
choix.

86
II.1.3 3ème étape : Le processus de choix

II.1.3.1 Présentation du problème

Il est assez rare que la prise en considération des différentes contraintes naturelles et
fonctionnelles conduise à une solution unique pour un franchissement donné. En fait,
un ouvrage comprend trois parties principales :
 le tablier
 les fûts de piles
 les fondations

Une augmentation des portées engendre une croissance rapide du coût du tablier pour
une économie de fondation qui n’est importante que si la qualité du sol impose des
moyens très onéreux. De façon générale, pour des terrains convenables et, en
l’absence de contraintes imposant de grandes ouvertures, un ouvrage simple, aux
portées modestes sera plus économique qu’un ouvrage plus ambitieux, plus difficile à
construire et plus exposé à des désordres ultérieurs.

II.1.3.2 Le processus du choix au MET (comparaison des avant-projets et choix)

A ce stade, nous travaillons sur des avant-projets obtenus lors de l’étape précédente.
Le but poursuivi étant de présenter à l'adjudication en général un seul projet de pont, il
convient donc de comparer et de choisir les avant-projets.
Ceci se fera suivant plusieurs critères, notamment :

 le coût
 les impératifs d'exécution
 l'esthétique
 l'entretien (gestion)

A ce stade, la division des ponts et charpentes fournit (pour permis de bâtir


et PMA) :

 Plans d'ensemble et de détails décrivant l'ouvrage


 Métré approximatif
 Estimation approximative

87
II.1.4 4ème étape : L'étude complémentaire de la solution choisie.

Après le choix, l'étude se poursuit pour préciser les dimensions de l'ouvrage, les détails, le
coût de la solution choisie afin d'aboutir à un projet pouvant être présenté à l'adjudication.
(4ème étape – 1ère partie)
Ultérieurement l'étude sera poursuivie par l'établissement de plans d'exécution étayés par
une note de calcul. (4ème étape – 2ème partie)
A titre indicatif, on trouvera en annexe 2 le plan d'une note de calcul type d'un pont

A ce stade, la division des ponts et charpentes fournit (en vue de la mise en


adjudication) :
 Plan d'ensemble
 Plans de coffrage des principaux éléments
 Plans de détails (armatures, câblage de principe)
 Plans d'équipements
 Métré - Estimation
 Elaboration du CSC (clauses administratives et techniques)

88
II.2 EVOLUTION DE LA CONCEPTION DES PONTS

II.2.1 Facteurs à intégrer lors de la conception des Ponts

L'étude de la conception d'un pont doit intégrer une série de facteurs. On peut les
classer en 6 catégories :
 besoins à satisfaire
 matériaux à utiliser
 étude théorique
 moyens et procédés d'exécution
 aspect esthétique
 coût

II.2.2 Evolution de la conception

Ces facteurs évoluent dans le temps ce qui implique une évolution de la conception.
Quelques exemples sont donnés ci-dessous :

II.2.2.1 Les besoins


 la géométrie
 les charges

II.2.2.2 Les matériaux


 amélioration de la qualité des matériaux
 industrialisation évolution technique

II.2.2.3 L’étude théorique


 développement des moyens de calcul et de dessin
 meilleure connaissance des matériaux
 autre méthode de calcul
 étude de détail en vue d'améliorer la gestion, le coût à long terme et la
durabilité

II.2.2.4 Les moyens et procédés d'exécution


 standardisation de ponts et d'éléments de ponts
 industrialisation
 manutention de pièces plus lourdes

II.2.2.5 Les aspect esthétiques


 exigence des usagers
 recherche de détails satisfaisants

II.2.2.6 Le coût
 investissement immédiat
 coût de l'entretien.

89
CHAPITRE III : LES FONDATIONS SUPERFICIELLES

III.1 CONCEPTION DES FONDATIONS EN SITE TERRESTRE

III.1.1 Fondations superficielles en l’absence de nappe.

Ce cas de figure est le plus simple que l’on puisse rencontrer. La fondation est alors
constituée par une semelle en béton armé, de forme rectangulaire, carrée ou circulaire.

Quelque soit le type de pile (ou d’appuis) ou le nombre des éléments porteurs verticaux,
la fondation comporte une semelle unique, éventuellement raidie (fig. 3.1) pour
« absorber » les hétérogénéités locales du sol.
La longueur des semelles est fixée par la dimension des appuis à leur base.
Leur largeur est fixée par :
 la qualité du sol de fondation au niveau considéré.
 la descente de charge et son centrage
 le poids des terres sus-jacentes.

Son épaisseur doit être suffisante pour lui conférer une bonne rigidité. Elle est
généralement constante.

Fig. III.1 – semelle de fondation

90
III.1.2 Fondations superficielles dans la nappe.

Lorsque le sol est le siège d’une nappe, il est naturellement préférable, si les
caractéristiques le permettent, de placer la fondation à un niveau supérieur.
Si ce n’est pas possible, on exécute la semelle à sec sur un massif de béton non armé.
Dans le cas, précisément, où la fondation est profonde, et lorsque des problèmes
d’emprise limitée se posent, on exécute la semelle à l’abri d’un blindage.
Les figures 3.2 et 3.3 donnent deux exemples de fondations réalisées à l’abri de
blindages circulaires en parois moulées.

Fig. III.2

91
Figure III.3

92
III.1.3 Dispositions constructives.

On note :
 B la largeur de la semelle
 h son épaisseur
 b la largeur de l’appui.

L’ épaisseur de la semelle doit satisfaire à la condition de rigidité qui s’exprime par :


B −b
h > Sup { 0 , 60 m ; }
4

Le ferraillage principal de la semelle est celui disposé parallèlement à sa largeur lorsque


la géométrie de la semelle n’est pas circulaire.
On prévoit généralement, dans le sens longitudinal, un ferraillage de répartition,
proportionné au ferraillage principal, offrant une section minimale égale :
ème
 en face inférieure au 1000 de la section droite de la semelle
ème
 en face supérieure à 0,5/1000 de la section droite de la semelle.

On ne placera des étriers que si la contrainte de cisaillement maximale est supérieure au


seuil suivant :
τ = 25 ω t t (en Mpa)

ωt représentant le pourcentage des armatures principales.


La figure 3.4 résume l’ensemble de ces dispositions.

Fig. III.4 – dispositions constructives dans une semelle en béton armé

93
III.2 LES FONDATIONS SUPERFICIELLES EN SITE AQUATIQUE
Les fondations superficielles en site aquatique posent essentiellement des problèmes
d’exécution.

III.2.1 Les divers types de batardeaux en palplanches métalliques.

III.2.1.1 Les batardeaux en rideaux plans avec étais

C’est le type de batardeau le plus courant pour exécuter les fondations des
franchissements hydrauliques. On fonce des palplanches dans le sol selon un contour
polygonal plan, le plus souvent rectangulaire. La géométrie de ce contour est
maintenue à l’aide d’étaiements, de cadres et de butons. La photo 3.1 donne un
exemple de batardeau de ce type. La figure 3.5 donne un autre exemple de batardeau
rectangulaire classique.
Le nombre des étaiements dépend de la hauteur d’eau à retenir et leur espacement
varie, selon leur rigidité, de 3 à 6 mètres.

Photo III.1 - Construction d’une pile de la digue de marée de Wivenhoe (UK)

Figure III.5 - Exemple classique de batardeau rectangulaire étayé

94
III.2.1.2 Les batardeaux circulaires.

Lorsque la forme de la fondation est approximativement carrée ou circulaire, il est


possible de concevoir des batardeaux circulaires dont la stabilité propre est assurée par
des cerces métalliques ou en béton armé. Ces batardeaux dont le diamètre peut varier
de 10 à 50 mètres présentent l’avantage, par rapport aux batardeaux rectangulaires
classiques, de dégager complètement l’accès à la fouille.

III.2.1.3 Les batardeaux exceptionnels.

Par le passé, lorsque la hauteur d’eau était très importante, on a conçu des batardeaux
de dimensions exceptionnelles, notamment des batardeaux « téléscopiques ». La
longueur des palplanches étant limitée, on avait imaginé de réaliser un batardeau, plus
profond, à l’intérieur d’un premier batardeau (batardeau supérieur) de plus grandes
dimensions que le second.

III.2.2 Exécution des batardeaux en palplanches métalliques.

III.2.2.1 Le fonçage des palplanches.

Les palplanches sont foncées dans le sol, le plus souvent par paires20, par battage (fig. 3.6),
par trépidation ou par vibrofonçage.
Pour savoir quel type de palplanche choisir et quelle cote peut être atteinte au battage,
on procède généralement à un essai de battage au niveau de la reconnaissance normale.
Il est en effet difficile de prévoir la pénétrabilité des palplanches.

Fig. III.6 – palplanche et casque de battage

20
Les palplanches de type U peuvent être livrées séparément ou déjà assemblées par deux ou même par trois
(points de pinçage ou cordon de soudure) . Les profils Z peuvent être livrés séparément ou par deux (fixations
identiques). Les palplanches plates (série AS) sont généralement assemblées par soudure. Dans leur cas, il est
néanmoins possible de réaliser des raccords boulonnés.

95
III.2.2.2 L’étanchéité des batardeaux

1. Etanchéité entre palplanches.

Sauf circonstances spéciales, l’étanchéité au droit des joints entre palplanches est
assez rapidement acquise : l’eau est en effet toujours suffisamment chargée en
sédiments fins qui viennent progressivement les colmater. L’étanchéité latérale
des batardeaux est donc presque toujours bien assurée21.

2. Etanchéité du fond de fouille

En revanche, il est rare que le fond de fouille à l’intérieur d’un batardeau soit
étanche (fig. 3.7). Lorsque les palplanches ne rencontrent pas un substratum
imperméable, les différentes possibilités sont les suivantes :

 se ramener au cas ou il y a un substratum (figure 3.7) en injectant le sol au


niveau du pied des palplanches.

Figure III.7 - fond de fouille imperméable (substratum non désorganisé) et injection du fond
de fouille.

 couler sous l’eau un bouchon de béton (fig. 3.8) dont l’épaisseur est choisie de
sorte que son poids équilibre, en première approximation, la pression de l’eau.
En appelant H, la hauteur d’eau totale au niveau du pied des palplanches, la
hauteur h de béton doit être telle que :

h> H
2 ,4

21
Il est possible d’assurer une étanchéité parfaite en remplissant les joints entre profils, préalablement au battage,
avec un produit d’étanchéité. Cette technique est cependant généralement réservée aux applications pour
lesquelles l’étanchéité prime comme, par exemple ,les bassins d’orage ou de stockage de déchets, etc…

96
 prévoir un bouchon d’épaisseur limitée (fig. 3.8), le déséquilibre des pressions
étant repris par des tirants ancrés dans le sol et dans le bouchon.

 interposer, entre le sol et le bouchon de béton, afin de «casser » les sous-


pressions, une couche drainante dans laquelle sont placées une ou plusieurs
pompes judicieusement dimensionnées (fig. 3.8).

Fig. III.8 – Bouchon de béton ancré, bouchon de béton d’épaisseur réduite grâce à un ancrage ou
à une couche drainante

97
III.2.3 Les caissons havés.

Lorsque la hauteur d’eau est très importante, on peut employer la technique des caissons
havés. Le procédé consiste à foncer, par havage à l’air libre ou à l’air comprimé, une
enceinte creuse que l’on fait descendre jusqu’à un substratum résistant.
Le fonçage du caisson est assuré par son poids propre, au fur et à mesure que les
matériaux sablo-graveleux sont extraits de son intérieur. La principale force de
résistance est donc due au frottement latéral sur la paroi externe du caisson et l’on
conçoit aisément que le fonçage ne soit guère possible dans des sols cohérents.
Pour faciliter le fonçage, la partie basse du caisson est souvent munie d’une trousse
coupante légèrement évasée afin d’ouvrir une fouille de diamètre légèrement supérieur à
celui du caisson. La figure 3.9 donne un exemple de fondation exécutée à l’aide d’un
caisson havé à l’air libre.

Fig. III.9 - pile n°12 du pont de St André de Cubzac sur la Dordogne

98
III.3 LES FONDATIONS SUPERFICIELLES SUR SOL EN PENTE

Comme les fondations superficielles en site aquatique, les fondations superficielles sur sol
en pente présentent essentiellement des problèmes d’exécution, mais d’une tout autre nature.
En effet, et notamment en zone montagneuse, il arrive fréquemment que le rocher soit :
 proche de la surface mais diaclasé
 situé à moyenne profondeur mais recouvert par un manteau d’éboulis.

III.3.1 Cas des versants rocheux diaclasés

Les semelles ont généralement une forme trapézoïdale ou à redans pour limiter les
tassements. Si les diaclases ont une direction dangereuse pour la stabilité de l’appui, il
est possible de disposer des tirants destinés à stabiliser la semelle par un ancrage dans
une partie saine. Deux techniques sont possibles :
 les tirants passifs
 les tirants actifs

La figure 3.10 donne un exemple de fondation au rocher d’une pile de pont sur
l’autoroute A9 en France entre Le Boulou et Le Perthus.

Fig. III.10 – fondation au rocher d’une pile de pont sur l’autoroute A9 en France
entre Le Boulou et Le Perthus.

99
III.3.2 Cas des zones rocheuses surmontées par un manteau d’éboulis d’épaisseur
modérée.

Il est en général très difficile d’apprécier le degré de stabilité de ces éboulis. C’est
pourquoi, dans la plupart des cas, on recourt à des méthodes d’exécution qui remanient
au minimum le sol en place.

III.3.2.1 la méthode dite du « puits marocain »

On exécute, « à la main », des forages dans les éboulis par tranches d’un mètre
environ et on bétonne un anneau de stabilisation immédiatement après
l’excavation. On réalise ainsi une fouille circulaire blindée par tranches de faible
épaisseur jusqu’à ce que l’on trouve un appui satisfaisant.

III.3.2.2 la méthode des pieux-racines ou micro-pieux

La figure 3.11 montre la descente de charge d’une pile de viaduc qui se trouve
reportée sur le rocher sain par l’intermédiaire d’une forêt de micro-pieux.

Fig. III.11

Si l’on craint des mouvements, il convient de projeter des fondations qui ne sont
pas en contact direct avec les couches susceptibles de glisser.
La solution la plus simple, dans ce cas de figure, consiste à confectionner des
colonnes en béton armé à l’intérieur de puits marocain de fort diamètres, régnant
sur toute la hauteur susceptible d’être en mouvement.

100
CHAPITRE IV : LES FONDATIONS PROFONDES SUR PIEUX

IV.1 LES PIEUX MIS EN PLACE PAR REFOULEMENT DU SOL

IV.1.1 Les procédés de mise en œuvre

Les deux principaux procédés de mise en œuvre sont le battage et, dans une moindre
mesure, le vibrofonçage.
Le battage proprement dit est effectué à l’aide d’un mouton diesel qui coulisse sur un
mât. Le contrôle de la force portante d’un pieu au cours du battage se fait à l’aide d’une
« formule de battage » qui fait intervenir le « refus » correspondant au dernier coup de
mouton. Comme ce paramètre est très difficile à mesurer avec précision, on estime plutôt
le « refus moyen », e, observé au cours de la dernière volée de 10 coups de mouton. La
formule de battage la plus couramment employée est la formule dite des Hollandais :

g h M ²
R =
6 e (M + P )
Avec M = masse du mouton
h = sa hauteur de chute
P = la somme des masse entraînées par la percussion
g = l’accélération de la pesanteur

R est alors la force portante du pieu et le coefficient 6 est un coefficient de sécurité


dont la valeur élevée se justifie par le mode grossier d’établissement de la formule.

Le vibrofonçage est un procédé plus récent. On fixe, sur le système à foncer, un


vibrofonçeur constitué de moteurs hydrauliques ou électriques entraînant des balourds
excentrés et un système oscillant. Le poids du vibrofonceur, sa puissance et la fréquence
de vibration sont choisis en fonction des terrains à traverser et du poids et des dimensions
de l’élément à vibrer. Le vibrofonçage est une technique très rapide et spectaculaire
mais présente les mêmes avantages et inconvénients que le battage.

101
IV.1.2 Les pieux préfabriqués en béton armé ou précontraint.

L’emploi de pieux préfabriqués en béton armé a pratiquement disparu aujourd’hui, du


moins, dans le domaine des ouvrages d’art. Compte tenu des problèmes de manutention,
les pieux ont une section transversale de dimensions modestes et une longueur limitée à
une quinzaine de mètres. Les dessins de la figure 4.1 donnent les principales
dispositions de conception de tels pieux.

Fig. IV.1

Les principaux inconvénients des pieux en béton armé sont :


 leur faible longueur pratique
 leur difficulté de pénétration dans des couches tant soit peu compactes.
 leur faiblesse à reprendre les moments fléchissants en tête ou en section
courante.

Pour pallier ces insuffisances, un certain nombre de dispositions peuvent être envisagées,
mais elles ne constituent jamais des solutions très satisfaisantes.

102
IV.1.3 Les pieux métalliques

IV.1.3.1 Les pieux tubulaires

Ils sont relativement chers du fait du prix de l’acier. Leur diamètre courant va de 200 à
1000 mm environ et leur épaisseur doit être assez élevée. Mais ils sont d’une bonne
robustesse et d’un maniement aisé. Ils sont foncés soit ouverts, soit fermés à la base et
ce, en fonction de la compacité des couches traversées. Le dessin de la figure 4.2 donne
un exemple d’utilisation de pieux métalliques pour réaliser les fondations d’un
appontement.

Fig. IV.2

IV.1.3.2 Les caissons de palplanches

Ils sont plus économiques que les précédents. Il s’agit de pieux tubulaires dont la
section n’est évidemment pas circulaire, confectionnés en soudant deux ou plusieurs
palplanches le long de leurs charnières longitudinales.

103
IV.1.3.3 Les profilés H

Il est certain que dans les sols non cohérents, ces pieux n’induisent pratiquement pas de
refoulement. Ils travaillent donc exclusivement au frottement latéral et n’entrent, en
principe pas, dans la classification de ce paragraphe. Mais, dès que le sol est tant soit
peu cohérent, il peut y avoir un effet d’accrochage des terres entre les ailes du H qui
permet d’observer un effet de pointe consécutif à un refoulement.

IV.2 LES PIEUX MIS EN PLACE PAR EXCAVATION DU SOL

On distingue essentiellement les pieux forés sans tubage et les pieux forés à l’abri d’un
tube de travail.

IV.2.1 Les pieux forés sans tubage.

Dans le cas général, le soutènement des parois du forage est assuré par une boue
bentonitique. Si les circulations d’eau sont importantes, il est alors prudent de prévoir un
gainage des pieux immédiatement avant bétonnage. Ce gainage peut être très mince
mais, du fait de son diamètre plus faible que celui de l’excavation, il pose un problème
de mobilisation du frottement latéral. Le gainage doit donc rester une solution
exceptionnelle.
Le dessin de la figure 4.3 illustre les principales phases d’exécution d’un pieu foré.
L’outil de forage le plus employé est le bucket qui permet d’exécuter des forages dont le
diamètre va de 0,8 à 2,5 m.

Fig. IV.3

104
IV.2.2 Les pieux forés avec tubage

Lorsque le soutènement des parois du forage ne peut être assuré à l’aide de boue, on
exécute le forage à l’intérieur d’un tube de travail qui est battu ou vibrofoncé. Le sol est
extrait à l’intérieur à l’aide d’un outil appelé hammergrab (trépan-benne, en français).
Le forage sous-tubage est souvent employé :
 en site aquatique
 lorsque l’on doit traverser des couches dures

En général, le tube est récupéré. On le retire au fur et à mesure du bétonnage du pieu.


Parfois, on le laisse en place pour des raisons de résistance mécanique.

IV.2.3 Intérêt des pieux forés.

Les pieux forés présentent de nombreux avantages par rapport aux autres types de pieux.
Ils permettent la confection de véritables colonnes de grande longueur qui offrent une
bonne résistance à la flexion. De plus, les pieux forés font l’objet de techniques
d’auscultation très performantes qui permettent de garantir leur qualité. Des reprises en
sous-œuvre en cas de défauts constatés sont possibles.

105
IV.3 CONCEPTION D’UNE FONDATION SUR PIEUX

IV.3.1 Choix du type de pieu

Compte-tenu des énormes progrès technologiques réalisés au cours de ces dernières


années par les entreprises spécialisées, les pieux forés sont le type de pieux le plus
couramment employé dans les ouvrages neufs.
Lorsque la descente de charge est modérée et que le substratum porteur est assez proche
de la surface, il est possible de recourir à des pieux métalliques battus, de préférence
tubulaires, si les conditions économiques de tels pieux sont intéressantes.

IV.3.2 Choix du diamètre des pieux et de leur nombre

Pour les pieux métalliques battus, le choix du diamètre est fonction des produits
commercialisés de façon courante. Pour les pieux forés, nous avons déjà dit que le
diamètre pouvait aller jusqu’à 2,50m. Mais pour ces pieux, il convient de ne pas
descendre en-dessous d’un diamètre minimal de 0,80 m. Dans tous les cas, le choix du
nombre et du diamètre des pieux résulte d’une optimisation globale de la fondation tant
sur le plan mécanique que sur le plan économique.

En règle générale, il est préférable de prévoir un nombre limité de pieux de fort diamètre
plutôt qu’une forêt de petits pieux. Toutefois, il ne faut pas oublier que l’épaisseur de la
semelle de répartition est fonction du diamètre des pieux.

IV.3.3 Dispositions constructives courantes

IV.3.3.1 Choix de l’entraxe des pieux.

Un espacement trop grand entre pieux a une forte incidence sur le volume de la semelle
de répartition. En revanche, un espacement trop faible présente des inconvénients
majeurs, tant à l’exécution que sur le plan du fonctionnement mécanique.
C’est pourquoi, il est communément admis qu’un entraxe de trois diamètres est une
bonne base de départ pour le dimensionnement d’une fondation.

IV.3.3.2 Nombre de files de pieux

Le nombre de files de pieux est essentiellement lié au choix mécanique de résistance.


Dans le cas de pieux métalliques battus de faibles dimensions transversales, ces
éléments vont essentiellement travailler à l’effort axial : on pourra donc disposer des
files verticales et des files inclinées. Dans le cas de pieux forés dont la résistance aux
efforts horizontaux mobilise la butée du terrain, on prévoit généralement deux files de
pieux. Il convient d’éviter un nombre impair de files de pieux qui conduit à en disposer
une dans l’axe de l’appui. Pour des petits ouvrages, il est possible de fonder certains
appuis sur une file unique de pieux verticaux. Pour qu’une telle fondation ne soit pas
trop souple, il faut que les pieux soient d’assez fort diamètre et que les sols traversés
soient susceptibles d’offrir une réaction horizontale assez forte.

106
IV.3.3.3 La semelle de liaison

Selon les schémas classiques de calcul, les semelles de liaison des pieux sont toujours
considérées comme étant infiniment rigides. Il convient donc de les dimensionner en
conséquence.
Dans le cas de pieux forés de fort diamètre, et dans la mesure ou un entraxe de trois
diamètres entre les pieux est respecté, l’épaisseur h de la semelle peut être prise égale à
1,2 fois le diamètre commun des pieux. En règle générale, on cherchera à avoir des
bielles aussi peu couchées que possible sur l’horizontale (fig. 4.4). Le débord de la
semelle par rapport aux pieux est d’un demi-diamètre de pieux.
La semelle transmet à la fondation des efforts qui induisent dans les pieux des forces
axiales et, le plus souvent, des moments. Pour que ces moments soient transmis, il faut
que les pieux soient mécaniquement encastrés dans la semelle.
Ceci s’obtient facilement avec des pieux forés. Par contre, avec des pieux métalliques
battus, le problème est moins simple.

Fig. IV.4 – Fondation de pile sur deux files de pieux.

107
CHAPITRE V : LES CULEES

V.1 GENERALITES

Dans ce chapitre, nous ne nous intéresserons qu’aux ouvrages décomposables en un tablier


et des appuis intermédiaires.
Pour les ouvrages qui nous intéressent, on peut distinguer deux familles de culées :
 les culées à réaction principale verticale « positive »
 les culées à réaction verticale principale « négative »

La première famille est de loin la plus courante. La seconde concerne des ouvrages à
travées « déséquilibrée » aux abouts desquels il convient de disposer un système de lestage.

V.2 LA FONCTION CULEE

V.2.1 La fonction mécanique

Les caractéristiques de la fonction mécanique sont :


 la bonne transmission des efforts au sol de fondation
 la limitation des déplacements horizontaux en tête afin de ne pas entraver le
fonctionnement des appareils d’appui
 la limitation des déplacements verticaux

V.2.2 La fonction technique

La fonction technique d’une culée se caractérise par le fait que l’on accède souvent par
elle à l’intérieur de l’ouvrage et que l’on peut être amené à lui associer une chambre de
tirage lorsque des conduites ou des canalisations passent à l’intérieur du tablier.

Dans certains cas, essentiellement en site urbain, il peut être souhaitable de créer un
local technique à proximité. On prévoit alors, en général, une culée creuse à l’intérieur
de laquelle on peut faire des aménagements spécifiques ou entreposer divers matériels.

108
V.3 DIMENSIONNEMENT DES TETES DE CULEES

La figure 5.1 présente les différentes parties de la tête d’une culée. Cette tête de culée
comporte un sommier d’appui et un mur garde-grève doté d’un corbeau avant contenant
une réservation pour le joint de chaussée et d’un corbeau arrière sur lequel prend appui la
dalle flottante.

Fig. V.1

109
V.3.1 Le sommier d’appui

Le sommier d’appui est l’élément sur lequel repose l’about du tablier. Sa surface doit
être aménagée de façon à permettre l’implantation des appareils d’appui, la mise en
place de vérins et l’évacuation des eaux.

Il semble intéressant de se pencher sur quelques caractéristiques :


L’espace entre le garde-grève et l’about du tablier est réduit au maximum pour des petits
ouvrages alors que dans le cas de grands ouvrages, il est couramment de 50 à 60 cm.
La distance entre l’about du tablier et le nu intérieur des appareils d’appui varie de 50
à 75 cm pour les petits tabliers droits. Elle varie de 70 à 110 cm si le tablier est biais.
Par contre, pour les grands ouvrages en béton précontraint ou métalliques, elle est au
minimum de 30 cm, mais on la détermine en fonction du câblage et des conditions
d’équilibre du bloc d’about.
Les appareils d’appui ne doivent pas être implantés trop près du bord extérieur du
sommier (figure 5.2). Une distance de 10 cm est un minimum absolu et lorsque la
descente de charge est importante, il vaut mieux s’en tenir à au moins 20 cm.

Fig. V.2

110
V.3.2 Le mur garde-grève.

Le mur garde-grève a pour fonction de séparer physiquement le remblai de l’ouvrage.


Il peut encore avoir d’autres fonctions :
 porter partiellement la dalle flottante
 servir d’appui au joint de chaussée

Il s’agit d’un voile en béton armé qui doit résister aux efforts de poussée des terres,
aux efforts de freinage dus à la charge mobile et aux efforts transmis par la dalle
flottante. Pour rattraper l’espacement entre le tablier et le mur garde-grève, ces deux
éléments sont munis de consoles en partie supérieure. Ces consoles présentent des
réservations pour les joints de chaussée. Pour le mur garde-grève, les dispositions
courantes sont représentées à la figure 5.3

Fig. V.3

A l’arrière du mur garde-grève, on trouve une autre console : il s’agit de l’appui de la


dalle flottante ou dalle de transition. Cette dernière est destinée à atténuer les effets des
dénivellations se produisant entre la chaussée courante et l’ouvrage d’art.

Fig. V.4

111
La console d’appui de la dalle flottante est systématiquement placée à environ 80 cm
de l’arase supérieure du mur garde-grève pour permettre au maître d’œuvre de
concevoir en toute liberté le corps de chaussée.
La dalle flottante (fig. 5.4) présente la même dimension transversale que le mur garde-
grève. Sa longueur varie de 3 à 6 mètres suivant la hauteur de remblai. On peut
dimensionner cette longueur par la formule :

L = Min { 6 m ; Max {3 m ; 0,6 H }}

Avec H la hauteur de remblai (m).

La hauteur du mur garde-grève est directement liée à celle du tablier. Son épaisseur
est fonction des efforts qu’il doit supporter. A titre de pré-dimensionnement, on
utilisera la formule suivante :

e = Max {0,3 ; h }
8

Avec e son épaisseur et h sa hauteur exprimées en mètres.

112
V.4 LES CULEES ENTERREES

V.4.1 Morphologie générale

Les culées enterrées sont les plus répandues à l’heure actuelle. Les culées enterrées sont
celles dont la structure porteuse est noyée dans le remblai d’accès à l’ouvrage.
La structure porteuse peut être réduite à sa plus simple expression dans le cas
d’ouvrages en déblai dans une zone où le rocher affleure : le sommier d’appui est alors
directement fondé sur ce rocher.

V.4.1.1 Cas des ouvrages en déblai.

Dans le cas d’un ouvrage en déblai, la tête de culée est implantée, en phase définitive,
au voisinage de la crête du talus. En éliminant le cas banal où la talus est rocheux, la
solution la plus classique consiste à fonder le sommier d’appui sur des pieux,
métalliques battus ou forés, en béton armé disposés en une ou deux files parallèles.

V.4.1.2 Cas des ouvrages en remblai.

Il existe, pour ce cas, deux types de culées enterrées selon qu’elles sont fondées
superficiellement ou qu’elles nécessitent des pieux.

1. Culées fondées superficiellement.

On fonde la culée sur une semelle soit directement, soit par l’intermédiaire d’un
massif de béton de volume raisonnable. Le dessin de la figure 5.6 donne un
exemple de culée pour un petit ouvrage de type pont-dalle. La tête de culée repose
sur des poteaux normalement placés sous les appareils d’appui. La dimension
minimale des poteaux est de 0,5 m lorsqu’ils sont de section carrée et de 0,6 m
lorsqu’ils sont de section circulaire.

Fig. V.6 – Culée enterrée sur poteaux

113
Dans le cas des grands ouvrages, le dessin de la figure 5.7 donne un exemple de
culée enterrée fondée sur semelle. La tête de culée repose maintenant sur des
voiles robustes placés sous les appareils d’appui.
On commence par exécuter la semelle et les voiles. On vient ensuite déposer et
compacter le remblai à l’arrière, à l’avant et entre les deux voiles de façon à bien
enserrer cette structure dans le sol.
Ce n’est qu’une fois le tablier achevé que le mur garde-grève est érigé et que l’on
procède à la dernière phase de remblaiement.

Fig. V.7 – culée enterrée sur voiles

2. Culées fondées sur pieux

Une telle conception suppose que l’on puisse ériger le remblai suffisamment à
l’avance pour que les pieux puissent être exécutés à travers le remblai. Les phases
successives de construction de la culée sont :
1. Forage ou exécution des pieux à travers le remblai
2. Confection du sommier d’appui à la cote voulue
3. Exécution du tablier
4. Construction du mur garde-grève
5. Exécution du remblai derrière le mur garde-grève

114
Fig. V.8

Le dessin de la figure 5.8 donne un exemple réel de culée enterrée fondée sur pieux.

V.4.2 Implantation d’une culée enterrée (fig. 5.9)

L’allongement du tablier dû à ce type de culée est généralement largement compensé


au plan économique. Les remblais sont talutés avec une pente variant généralement
entre 4/4 et 8/4. On adopte souvent une valeur de 6/4.

Fig. V.9 – implantation de l’axe d’appui d’une culée.

Le résultat final n’est souvent obtenu que par une approche itérative puisqu’avant
d’avoir fixé la longueur totale à franchir, on ne connaît pas encore le type de tablier et
son prédimensionnement.

115
V.4.3 Eléments de pré-dimensionnement d’une culée enterrée

V.4.3.1 Prédimensionnement du sommier

Nous avons déjà évoqué le dimensionnement de la tête de culée.

Pour les culées fondées superficiellement, et dans le cas où le tablier est de portée(s)
modeste(s), l’épaisseur du sommier est couramment de l’ordre de 0,6 à 0,7 m lorsque
les éléments porteurs sont directement sous les appareils d’appui. Elle peut atteindre
0,9 m à 1 m si les appareils d’appui sont un peu décalés. Pour fixer les idées, retenons
une épaisseur correspondant à un élancement de l’ordre de 1/6 par rapport à la portée
du sommier entre axes de voiles voisins.
Pour les culées fondées sur pieux, l’épaisseur du sommier dépend essentiellement de
la disposition en plan des pieux. Nous rappellerons ici que pour des entre axes de
pieux de l’ordre de trois diamètres, l ‘épaisseur du sommier est de l’ordre de 1,2 fois le
diamètre des pieux et son débord doit être d’un demi-diamètre.

V.4.3.2 Prédimensionnement des voiles porteurs.

Nous avons déjà évoqué le dimensionnement des éléments porteurs des piles-culées
des ouvrages courants. En ce qui concerne les culées enterrées des grands ouvrages,
fondées superficiellement, les voiles porteurs doivent être très robustes. Leur
épaisseur est prise égale à :
e= Max ( 0 , 60 m ; h )
8
h (m) étant leur hauteur.

La largeur des voiles à leur partie supérieure est égale à celle du sommier. Cette
largeur va en augmentant vers la base. Elle est souvent égale à celle de la semelle
diminuée d’un débord.

116
V.4.3.3 Dimensionnement des murs en retour

Pour retenir latéralement les terres en tête des culées enterrées, celles-ci sont munies
de petits murs en retour suspendus, liés au mur garde-grève.

Fig. V.10

Leur dimensionnement est fonction des efforts qu’ils ont à reprendre, notamment
lorsqu’une barrière est implantée en leur partie supérieure. Dans les cas courants, leur
épaisseur est comprise entre 30 et 40 cm. Par ailleurs, le dessin des murs en retour
doit être tel que leur partie inférieure soit enterrée d’au moins 50 cm dans le talus pour
éviter les renards solides.
Enfin, pour pouvoir poser des éléments de corniche préfabriquée, on augmente
généralement leur épaisseur en tête de façon à avoir une assise suffisante. Le dessin
de la figure 5.10 donne un exemple de dimensionnement de mur en retour.

117
V.5 LES CULEES REMBLAYEES

V.5.1 Morphologie générale

Une culée remblayée est constituée par un ensemble de murs ou voiles en béton armé.
Sur l’un d’entre eux, appelé mur de front, s’appuie le tablier de l’ouvrage. Les autres
murs sont les murs latéraux, appelés murs en ailes ou en retour selon qu’ils ne sont pas
ou qu’ils sont parallèles à l’axe longitudinal de l’ouvrage projeté. Le dessin de la
figure 5.11 donne le schéma de principe d’une culée remblayée avec murs en retour.

Pour que l’effort transmis à la fondation ne soit pas trop déséquilibré, on peut jouer sur
plusieurs éléments ou paramètres et notamment la dimension des murs en retour et la
dimension arrière de la semelle.

Fig. V.11

118
Toutefois, il convient d’avoir présent à l’esprit la cinématique de construction d’une telle
culée afin d’appréhender au mieux les divers efforts qu’elle aura à reprendre ainsi que les
sollicitations sur ses fondations.
Une culée remblayée ne peut se concevoir que pour une hauteur limitée à une dizaine de
mètres. Au-delà, les quantités à mettre en œuvre deviennent trop importantes et il est
certainement plus économique, globalement, d’allonger le tablier et de passer à des culées
enterrées. En ce qui concerne les murs latéraux, les murs en retour sont dans la majorité des
cas, préférables. Les actions des terres tendent, naturellement, à la désolidarisation des murs
en aile avec le mur de front, ce qui est très disgracieux au niveau du joint.
Le mur de front est généralement un voile d’épaisseur constante de façon à simplifier le
coffrage, même si les quantités de matière sont surabondantes sur le plan mécanique. On
peut économiser un peu de matière en disposant des voiles porteurs au droit des appareils
d’appui. Cette disposition se justifie cependant rarement car elle complique le coffrage
et le ferraillage et pose des problèmes de remblaiement au voisinage du voile frontal.

V.5.2 Implantation d’une culée remblayée (figure 5.12)

L’intérêt d’une culée remblayée est de limiter, si un besoin précis se fait sentir, la
longueur du tablier. L’implantation est assez aisée :
 on place le parement vu du mur de front au bord de l’obstacle à franchir
 on dessine la tête de culée
 on fait passer la trace du remblai d’accès, taluté à 6/4, par le pied du mur de front
au niveau du terrain naturel à l’avant de la culée en observant une revanche de
l’ordre de 0,5 à 1m.
 on déduit la géométrie des murs en retour pour lesquels on prévoit une garde d’au
moins 1 m sous la trace du remblai pour éviter le phénomène de renard solide.

Fig. V.12

119
V.5.3 Eléments de pré-dimensionnement

V.5.3.1 Le mur de front

Le mur de front est un voile épais dont l’épaisseur courante varie de 0,8 à 1,2 m selon la
hauteur. D’une manière générale, on cherche autant que possible à centrer la descente
de charge verticale du tablier dans l’axe du mur de front. Le débord du nu du mur par
rapport au nu des appareils d’appui ne doit pas être inférieur à une vingtaine de cm.
Le dessin de la figure 5.13 montre le raccordement du mur de front et de la tête de la culée.

Fig. V.13

V.5.3.2 Les murs en retour

Les murs en retour sont des voiles d’épaisseur constante sauf, éventuellement, en partie
supérieure pour l’accrochage des corniches ou la fixation d’éventuelles barrières de
sécurité. La longueur de la partie libre ne doit pas dépasser 7 à 8 m.
L’épaisseur des murs en retour varie entre 30 cm et 45 cm.
Lorsqu’une barrière de sécurité est implantée en crête des murs en retour, les calculs
montrent que les efforts engendrés en cas de choc peuvent être très difficiles à reprendre
si un poteau est situé au voisinage de l’extrémité libre.

120
V.6 LES CULEES CREUSES

On appelle couramment culée creuse, une culée comportant un mur de front, des murs en
retour et un platelage supérieur, culée dans laquelle le remblai est taluté.

C’est certainement dans cette catégorie de culées que l’on rencontre les conceptions les
plus variées. Le dessin de la figure 5.14 montre un exemple de culée creuse. Il s’agit en
fait d’une construction très sophistiquée que l’on ne conçoit plus, de nos jours, que dans des
cas exceptionnels. En tout état de cause, la conception d’une culée creuse moderne doit
être la plus simple et la plus rustique possible même si l’on aboutit à des dimensionnements
surabondants.

Fig. V.14

121
V.7 LES CULEES CONTREPOIDS

Dans certains cas particuliers, le projeteur est amené à concevoir un ouvrage dont la
distribution des travées ne permet pas d’assurer à tous les appuis une réaction verticale
descendante avec des dimensionnements usuels.
En règle générale, il est impératif que la réaction d’appui au droit d’une culée ne puisse
changer de signe car cela imposerait un double jeu d’appareils d’appui.
Certains appuis doivent cependant reprendre des réactions négatives.
Lorsque le déséquilibre est très marqué, il convient de concevoir la culée de façon à ce
qu’elle puisse jouer le rôle de contrepoids. Cette conception reste alors à l’initiative totale
du projeteur. La figure 5.15 montre un exemple de culée contrepoids en béton armé.

Fig. V.15

V.8 DISPOSITIONS ANNEXES

V.8.1 Les murs de masque

Qu’il s’agisse de culées enterrées ou de culées remblayées, on dispose généralement des


murs de masque aux extrémités latérales des têtes de culées. Ces murs de masque
permettent de protéger les appareils d’appui des terres lorsque la trace extérieure du
remblai recoupe la partie basse du tablier. Ils ont également une fonction esthétique

V.8.2 Les perrés

De manière générale, les talus sont sensibles au ravinement de l’eau. L’érosion est
généralement stoppée grâce à un système de drainage correct et une couverture végétale
stable. Sous le tablier, la végétation ne peut prospérer et l’on dispose alors un perré qui
est un élément de finition non négligeable.

122
CHAPITRE VI : LES PILES

VI.1 INTRODUCTION

Les piles peuvent jouer un rôle plus ou moins important dans le fonctionnement mécanique
du tablier. Dans le présent chapitre, nous nous bornerons à décrire les principaux types de
piles des ouvrages les plus fréquemment rencontrés.
Il est clair que le choix d’une implantation des appuis, de façon générale, suppose que le
projeteur soit expérimenté et qu’il connaisse bien les domaines d’emploi des différents
types de structure.

VI.2 GENERALITES SUR LES ELEMENTS DE DIMENSIONNEMENT DES PILES

VI.2.1 Dimensionnement de la tête de pile

Indépendamment des conditions de résistance mécanique du fût, la tête des piles doit
être dimensionnée de façon à donner au tablier porté une assise appropriée.
Mais d’une façon générale, les têtes de pile doivent être dimensionnées de façon à
permettre l’implantation de dispositifs nécessaires à la construction, au fonctionnement
en service et à l’entretien de l’ouvrage.

V.2.1.1 Les piles de ponts courants.

Ces ponts reposent sur leurs piles par l’intermédiaire d’appareils d’appui en
élastomère fretté de dimensions relativement modestes. Les piles de ces ponts sont de
type voile ou poteau.
Par ailleurs, le débord nu des piles par rapport au nu des appareils d’appui doit être
suffisant pour que les frettes d’acier placées sous les appareils d’appui soient
correctement ancrées. Les dessins de la figure VI.1 illustrent ces considérations.

Fig. VI.1

123
VI.2.1.2 Les piles de grands ouvrages.

Pour un bon nombre d’entre eux, leur mode de construction nécessite l’emploi
d’appareils d’appui provisoires, ce qui augmente d’autant la place nécessaire au niveau
de l’assise. La première étape du dessin d’une pile est celle du dessin de la tête de cette
pile : il faut donc faire une bonne estimation de la descente des charges pour
apprécier les dimensions des appareils d’appui, provisoires et définitifs ainsi que les
dimensions des éventuels vérins de levage.
Il faut ensuite tenir compte de certaines particularités liées au mode de construction du
tablier comme, par exemple, la stabilité des fléaux d’un pont construit par
encorbellements successifs.
Il convient de respecter un débord minimal entre le nu des piles et le nu des appareils
d’appui. En l’absence de dé, le nu d’un appareil d’appui ne doit pas être à moins de 10
cm du parement de pile le plus proche.

VI.2.2 Dimensionnement du fût de pile

Le dimensionnement des fûts de piles fait appel à des critères de résistance mécanique, de
robustesse et d’esthétique.
Le critère de résistance mécanique fait intervenir les diverses actions auxquelles sont
soumises les piles. Ces actions sont transmises directement par le tablier porté ou
directement appliquées au fût de pile ou, plus rarement, à la fondation : il s’agit
essentiellement des efforts représentatifs de chocs de bateaux ou de véhicules. Un certain
nombre de ponts dont les piles sont exposées aux chocs de bateaux ont été muni d’un
système de blocage en tête des piles. Ce dispositif se présente sous la forme d’un bossage
qui vient se loger dans une réservation dans l’intrados du tablier (figure 6.2). En cas de
choc, une telle clé, solidarise transversalement le tablier à ses appuis.

Fig. VI.2

Nous avons dit que les fûts de piles sont susceptibles d’être soumis principalement aux
efforts résultants de chocs. Dans le cas de piles hautes, il y a lieu de considérer
l’action du vent, notamment en cours de construction et éventuellement, les effets
d’une différence de température dans le sens transversal.

124
Le dimensionnement des fûts de pile doit évidemment partir des efforts réels que nous
venons d’évoquer de manière générale. Cependant, ce dimensionnement doit tenir
compte d’un certain nombre d’éléments qui ne peuvent se rattacher directement à des
critères de résistance mécanique.
Une première question se pose fréquemment : les piles doivent-elles être pleines ou
évidées ? Il est clair que les piles des ouvrages courants, du fait de leurs faibles
dimensions transversales, sont toujours pleines. Dans le cas de grands ouvrages, les piles
doivent être pleines, du moins sur une fraction adéquate de leur hauteur, si les fûts
peuvent subir des chocs de bateaux ou de véhicules. Dans les cas de piles de grande
hauteur, le mode de construction influe directement sur le dimensionnement de la section
transversale. Par le passé, il n’était pas rare de confectionner des piles de grande
hauteur à l’aide de coffrages glissants avec des épaisseurs de parois de l’ordre de 25 ou
même 20 cm. (figure 6.3).

Fig. VI.3

De telles épaisseurs sont considérées, de nos jours, comme insuffisantes. Les piles construites
avec cette technique doivent avoir, actuellement, une épaisseur minimale de 30 cm.

125
VI.3 MORPHOLOGIE GENERALE DES PILES DES OUVRAGES COURANTS

Dans le cadre de ce cours, nous nous bornerons à évoquer les lignes générales de leur
morphologie. Comme nous l’avons déjà dit, on peut classer ces piles en deux familles :
 les piles de type voile
 les piles de type poteau

VI.3.1 Les piles de type voile

Le modèle de base le plus simple est le voile continu d’épaisseur constante dont la
longueur est égale à la largeur du tablier porté. Pour être robuste, facilement exécutable
et ne pas donner l’impression d’être trop grêle, l’épaisseur du voile doit être nettement
supérieure à ce qui est exigé par les seules conditions de résistance mécanique. Ainsi,
une épaisseur de 50 cm est une bonne base de départ pour les tabliers dont la hauteur ne
dépasse pas 80 cm. Les dessins de la figure 6.4 donnent des exemples de traitement
d’une pile en partant du type voile.

Fig. VI.4

126
VI.3.2 Les piles de type poteau (fig. 6.5)

La deuxième famille de piles est celle dont les éléments porteurs sont de type poteau.
Le principal problème de ce type de piles est un problème de robustesse vis-à-vis de
chocs de véhicules.
Les poteaux (ou colonnes) peuvent être libres en tête ou liés par un chevêtre.
Il est clair que le modèle de base le plus simple est le poteau de section constante carrée
ou circulaire.

Fig. VI.5

127
VI.3.3 Les piles spéciales

Dans le cas des ouvrages urbains, les concepteurs de ponts dessinent souvent de piles qui
ne peuvent se ranger nettement dans l’une des deux familles évoquées ci-dessus. Nous
les appellerons de ce fait piles spéciales. Elles se caractérisent essentiellement par le fait
qu’elles n’assurent pas une descente de charge directe car leur géométrie est souvent
choisie de façon à limiter les emprises au sol. Les dessins de la figure 6.6 donnent
quelques exemples de telles piles.

Fig. VI.6

VI.3.4 Quelques réflexions sur le choix d’un type de piles.

Etant donné un ouvrage courant dont la largeur est connue, le projeteur dispose d’une
enveloppe générale pour dessiner chacun de ses appuis. Les étapes de l’étude sont :
 choix de la morphologie
 répartition à l’intérieur de l’enveloppe générale et recherche des proportions
 choix d’une forme
 éventuellement, recherche de couleur ou de texture.

Lorsque les conditions mécaniques ne sont pas déterminantes, le choix de la


morphologie peut être fait sur la base de critères économiques ou d’aspect.
Le nombre d’éléments porteurs est lié au nombre des points d’appui de la structure et
les proportions des éléments porteurs doivent être étudiées à partir de perspectives
réalistes.

En ce qui concerne la forme, les épaisseurs des éléments doivent être choisies en
fonction de la hauteur vue de la pile, l’épaisseur vue du tablier et la portée des travées.
Calgaro et Virlogeux proposent une formule empirique liant l’épaisseur e des piles à
leur hauteur h et à la portée l des travées centrales :

4h+l
e = Max { 0 , 50 m ; + 0 , 1} (en mètres)
100

128
VI.4 MORPHOLOGIE DES PILES DE GRANDS OUVRAGES EN BETON

VI.4.1 Piles des ponts à poutres précontraintes préfabriquées

Les conditions de résistance mécanique des abouts de poutre conduisent à leur donner un
certain débord par rapport au nu extérieur des appareils d’appui. Compte-tenu de
l’espacement à laisser entre deux poutres successives, la distance entre axes des appareils
d’appui de deux poutres est de l’ordre de 1,50 m. Il en résulte que la plupart des piles
des ponts à poutres comportent un chevêtre en partie supérieure, chevêtre dont la largeur
est de l’ordre de 2 m (figure 6.7).

Fig. VI.7

Cette dimension de 2 m doit être considérée comme une dimension minimale.

VI.4.1.1 Les piles-marteau

Le dessin de la figure 6.8 donne un exemple classique de pile-marteau. Ce type de


pile est intéressant pour sa forme est esthétique et son emprise au sol très limitée.

Fig. VI.8

129
Les dessins de la figure 6.9 montrent encore une pile marteau d’assez grande hauteur.
Le principe est le même que pour la précédente mais la conception du fût est adaptée à
la hauteur de l’appui.

Fig. VI.9

La conception et la réalisation des piles-marteaux posent quelques problèmes


techniques :
 la mise en place des poutres sur les piles se fait progressivement, en
commençant par les poutres de rives.
 un marteau est large et le concepteur hésite souvent entre le béton armé et
le béton précontraint. Il convient de préférer les marteaux en béton armé
pour des raisons de facilités de mise en œuvre.

130
VI.4.1.2 Les piles portiques.

Lorsque le tablier est très large, la pile-marteau ne peut, pour des raisons évidentes, être
envisagées.

1. Piles de hauteur modérée.

Lorsque les piles ne sont pas de très grande hauteur, leur conception mécanique
s’apparente souvent à celle d’un portique. Les figures 6.9 et 6.10 livrent deux
interprétations architecturales très différentes de la notion de portique.

Fig. VI.9

Fig. VI.10

131
2. Piles de grande hauteur

Dans le cas de piles de grande hauteur, dès que le tablier est tant soit peu large et que
des problèmes de fondation se posent, on recourt volontiers à des piles portiques. Le
dessin de la figure 6.11 montre les piles du viaduc d’accès au pont de St Nazaire.

Fig. VI.11

132
VI.4.2 Piles des ponts poussés

Leurs piles ne se distinguent guère de celles des autres grands ponts en béton
précontraint que l’on verra par la suite. Il convient de toutefois souligner quelques
particularités liées au mode de construction de ce type de tablier.

 La tête de pile est conçue pour permettre l’implantation de dispositifs de


guidage du tablier. Les dessins de la fig. 6.12 donnent un exemple de pile,
avec ses aménagements en tête, du viaduc du Serein pour le TGV.

Fig. VI.12

 Au cours du poussage, le tablier transmet aux appuis un effort horizontal dont


l’intensité varie de 1 à 5 % de la descente de charge verticale. Si les piles sont
souples, il convient de les haubaner en tête, par exemple, à l’aide de câbles
ancrés dans le pied de la pile voisine. Ce problème devient encore plus aigu
lorsque l’ouvrage possède une pente générale (fig. 6.13).

Fig. VI.13

133
VI.4.3 Piles des ponts construits sur cintre autolanceur

Le cintre est conçu pour pouvoir, après exécution d’une travée, être lancé au-dessus de la
travée suivante. Il est, à cet effet, muni d’un avant-bec et parfois d’un arrière-bec.
Il existe deux types principaux de cintres autolanceurs :
 Les cintres « par-dessous » dont les poutres sont situées sous le tablier.
 Les cintres « par-dessus » situés au-dessus du tablier et auxquels sont
suspendus les coffrages.

Les dessins de la figure 6.14 donnent le schéma de principe de ces deux types de cintre et
illustrent les problèmes de géométrie dans le cas des cintres par-dessous.

Fig. VI.14

VI.4.4 Piles des ponts construits par encorbellements successifs

La conception de leurs piles dépend de nombreux facteurs et notamment du type de


liaison entre le tablier et les appuis. Nous distinguerons donc les tabliers simplement
appuyés, partiellement encastrés et totalement encastrés sur les piles.

VI.4.4.1 Les tabliers simplement appuyés sur les piles.

Pour ces tabliers, les dimensions des piles et de leur tête, en particulier, sont
largement tributaires de leur mode de construction et des problèmes de stabilité des
fléaux avant clavage. Le dessin de la figure 6.15 montre des dispositions classiques à
adopter pour ce type de pile, au niveau de son arase supérieure. On y trouve
essentiellement :
 des appareils d’appui définitifs
 des appareils d’appui provisoires
 des emplacements de vérinage.

134
Fig. VI.15

Il s’ensuit , dans les cas courants, une largeur de tête de pile de l’ordre de 2,80 m est
nécessaire pour des ponts de portée déterminante allant jusqu’à 90 ou 100 m.

Dans le cas de piles de grande hauteur, il est assez souvent difficile de mettre en place des
dispositifs de stabilité des fléaux extérieurs aux appuis. En général cette stabilité est
assurée par deux files de câbles aussi distantes que possible l’une de l’autre, et ancrées
dans les piles. Cela oblige à augmenter assez fortement la largeur des têtes de piles.

Fig. VI.16 – Tête de pile de viaduc construit par encorbellements.

135
En ce qui concerne la conception et le dimensionnement des fûts de pile, ce problème est
largement lié à des questions d’esthétique. Très souvent, la recherche de forme conduit,
lorsque les piles sont de hauteur modérée, à des fûts dont la section horizontale est de
géométrie variable.
Par ailleurs, la descente de charge étant assez forte, il convient de ne pas trop la concentrer
au risque d’avoir une transmission médiocre des efforts dans la fondation.
Enfin, la géométrie du fût doit être examinée en relation avec les possibilités de ferraillage
et de bétonnage. Les figures 6.17, 6.18 et 6.19 donnent trois exemples de piles massives
de hauteur modérée.

Fig. VI.17

136
Fig. VI.18

137
Fig. VI.19

Les fûts de piles de grande hauteur sont généralement de géométrie régulière.


Il s’agit généralement de piles en H avec un chevêtre prismatique en tête ou de piles-
caissons qui peuvent être partiellement remplies si elles sont susceptibles d’être soumises
à un choc de bateau.

Les figures 6.19 et 6.20 montrent deux exemples classiques de piles de grande hauteur.

138
Fig. VI.19

Fig. VI.20

139
VI.4.4.2 Les tabliers partiellement encastrés sur les piles

Lorsque les piles sont de grande hauteur et que les travées du tablier sont assez longues,
il peut être intéressant de faire participer les appuis au fonctionnement mécanique de la
structure. Le moyen le plus simple pour réaliser un encastrement partiel consiste à
dédoubler la file d’appareils d’appui sur une pile. Le dessin de la figure 6.21 montre le
mode de liaison du tablier aux piles dans le cas du viaduc d’Oléron.

Fig. VI.21

140
VI.4.4.3 Les tabliers totalement encastrés sur les piles.

Lorsque les piles sont très hautes, il est intéressant d’encastrer le tablier à la fois pour
résoudre les problèmes de stabilité des fléaux en cours de construction et pour reporter
une partie des efforts de la structure dans les appuis. Le dessin de la figure 6.22 donne
un exemple de tablier totalement encastré sur ses piles.

Fig. VI.22

141
CHAPITRE VII : LES APPAREILS D’APPUI
Les tabliers de ponts reposent, en général, sur leurs appuis par l’intermédiaire d’appareils
d’appui, conçus pour transmettre des efforts essentiellement verticaux, ou, à la fois, des
efforts verticaux et horizontaux.

Le rôle de ces appareils d’appui est :


 de transmettre des efforts : reporter les charges de la superstructure sur l’infrastructure
 de fixer l’ouvrage et de rendre possible sa déformation suivant les nécessités

Il peut être intéressant de se pencher préalablement sur la position relative en plan des
appareils d’appuis.

Fig. VII.1 : disposition en plan des appareils d’appui des ponts

Ces dispositions montrent qu’il faut :


 autoriser un mouvement de translation dans toutes les directions autour de l’appui fixe
 bloquer le mouvement dans le sens perpendiculaire à ces directions afin que les appuis
puissent résister à tous les efforts horizontaux agissant sur le tablier du pont.

La figure VII.1 illustre ces deux principes. Ces deux exemples montrent qu’un tablier ne peut
reposer sur une file d’appareils d’appuis fixes et sur une file d’appareils d’appuis mobiles : il
y a lieu de prendre en considération le mouvement de translation dans le sens perpendiculaire
à la portée (voir aussi fig. VII.7).

142
Fig VII.2 : disposition en plan des appareils d’appui de ponts

Cette démarche doit aussi être réalisée pour le mouvement en rotation autour d’un axe
parallèle à la portée du pont qui est souvent négligé à tort par rapport au mouvement de
rotation autour d’un axe de rotation perpendiculaire au sens de la portée (fig. VII.2). Ce
phénomène est surtout sensible dans le cas de pont à fortes charges mobiles comme les ponts
ferroviaires. Pour autoriser la rotation des extrémités des entretoises d’about, il y a lieu de
prévoir un appareil d’appui qui libère ce mouvement de rotation. Si tel n’est pas le cas, les
entretoises exercent un couple d’encastrement à leurs extrémités dont il faut tenir compte dans
le dimensionnement de l’appareil d’appui et de la fixation de l’entretoise sur la maîtresse-
poutre.

Il existe essentiellement quatre types d’appareils d’appui qui sont :


 les articulations en béton ou mortier
 les appareils d’appui métalliques
 les appareils d’appui en élastomère fretté ou non
 les appareils d’appui spéciaux

VII.1 LES ARTICULATIONS EN BETON OU MORTIER.

Les articulations en béton sont assez rarement employées et sont réservées à des ouvrages
en béton de petites portées. Elles ne sont plus guère utilisées aujourd’hui eu égard au
risque de corrosion, aux faibles valeurs de rotations qu’elles autorisent et aux faibles
charges qu’elles supportent. Citons ici :
 l’articulation Mesnager conçue autrefois pour des ouvrages en béton armé et
constituée par des barres d’armatures croisées

143
 l’articulation Freyssinet qui remplaça en son temps les vieilles articulations
roulantes22 par une galette de mortier de faible hauteur et fortement comprimée
(figure VII.3)

Fig. VII.3

Leur principe de fonctionnement est le suivant : sous charges permanentes, les


galettes de mortier sous soumises à une contrainte de compression de l’ordre de
20 à 25 N/mm² qui les plastifie. Leur intégrité est assurée par le frettage des
parties adjacentes du tablier et de la pile (ou de la culée).

Ces articulations n’admettent pas de déplacements horizontaux mais permettent de


petites rotations de l’ordre de 0,05 radians sans que la galette ne se fissure. On
peut encore aller plus loin (jusqu’à 0,15 rad) dans la mesure où la fissuration ne
met pas en danger la bonne conservation de l’articulation.
L’épaisseur h de la galette est limitée au 1/10ème de sa longueur avec un
maximum de 2 cm.

22
Il s’agissait de deux plaques en acier dont une des deux était usinée suivant un cylindre. La rotation entre les
deux éléments se faisait sans entrave par roulement , la ligne de contact, et donc, la réaction se déplaçant avec
celui-ci.

144
VII.2 LES APPAREILS D’APPUI METALLIQUES

Les appareils d’appui métalliques se rencontrent essentiellement dans le cas des ponts
métalliques, bien que nombre d’entre eux soient maintenant équipés d’appareils d’appui
en élastomère fretté ou d’appareils d’appui spéciaux.
Actuellement, les constructeurs métalliques confectionnent parfois des appareils d’appui en
acier moulé ou, plus récemment, en acier laminé de nuance AE355. La figure VII.2 donne
quelques exemples d’appareils d’appui fixes ou mobiles.

Fig. VII.2

De nos jours cependant, les appareils d’appui métalliques cylindriques ne sont pratiquement
plus mis en œuvre dans les ponts eu égard :
 au coût élevé de ces appareils qui nécessitent d’importants usinages et réglages à la
pose.
 Aux dysfonctionnements constatés sur les appareils à rouleaux conséquemment au
fait que ces appareils n’autorise aucune rotation autour d’un axe parallèle à la
portée du pont. Signalons que l’expérience des ponts-rails montre que ces couples
d’encastrement (évoqués en introduction) ont une influence néfaste à long terme

145
sur les comportement des appareils métalliques à rouleaux qui, à chaque passage
d’un convoi, ont tendance à tourner autour d’un axe vertical. Ces rotations autour
d’un axe vertical ont déjà provoqué à plusieurs reprises des ruptures des ergots de
guidage, ce qui a généré un déplacement excessif du rouleau entraînant sa chute et
provoquant un mouvement brusque vertical de la superstructure.

146
VII.3 LES APPAREILS D’APPUI EN ELASTOMERE

VII.3.1 Les appareils d’appui en élastomère non fretté

Les appuis en élastomère non-fretté sont utilisés principalement en bâtiment comme


appuis d’éléments fixes. Ils sont utilisés comme appui élastique pour de petites charges et
de petits déplacements en rotation et/ou translation par exemple sous des éléments
préfabriqués ou coulés sur place. Ils absorbent les tolérances de pose et préviennent
l’apparition de tensions incontrôlables. Ils n’ont donc pas un rôle uniquement constructif :
ils participent à la statique de la construction.
Leur placement est simple, ils ne nécessitent aucun entretien et possèdent une très
bonne résistance aux agents atmosphériques. Ils sont fournis en bloc ou à bande (Photo
VII.1). Leur épaisseur est de min 5 mm et le taux de travail maximum est de 5N/mm².

photo VII.1

VII.3.2 Les appareils d’appui en élastomère fretté

Ces appareils d’appui règnent en maître sur une très large


gamme de charges (jusqu’à 15000 kN). Ils sont constitués
par un empilage de feuilles d’élastomère (caoutchouc
naturel ou caoutchouc au chloroprène ou une combinaison
des deux) de 8 ou 12 mm d’épaisseur et de tôles d’acier
aussi appelées frettes de2 ou 3 mm d’épaisseur. Ils
présentent une forme en plan rectangulaire ou circulaire.
Le principal intérêt de ces appareils d’appui réside dans leur
déformabilité vis-à-vis des efforts qui les sollicitent. Mais
ces déformations s’accompagnent de contraintes de
cisaillement à l’intérieur des feuillets de néoprène qu’il
convient de limiter pour éviter leur dégradation (figure VII.2
et photo VII.2).
Ils sont caractérisés par un ensemble de couches de
néoprène ou de caoutchouc naturel, entre lesquelles Fig. VII.2

147
viennent adhérer par vulcanisation ( sous pression et à hautes températures) des tôles
métalliques. Les bords des frettes sont usinés de manière à éviter tout effet d'entaille

Le tout peut être ensuite enrobé d’une couche extérieure de néoprène (photo VII.4) ou
non (photo VII.3).

Photo VII. 3 : appareil d’appui en élastomère fretté partiellement enrobé

Photo VII.4 : appareil d’appui en élastomère fretté totalement enrobé

Ces appareils d’appui peuvent admettre un effort vertical très élevé : la


déformation latérale de l’élastomère résultant des efforts verticaux est
limitée par les frettes métalliques. La contrainte de cisaillement qui
résulte de l’effort vertical se reporte sur les frettes. L’élastomère peut
ainsi garder son élasticité à long terme.

Les avantages des appareils d’appui en néoprène fretté sont nombreux, citons :

 Grande capacité de reprise de charges et de déformations ;


 Gamme standard très étendue ;
 Fabrication sur mesure possible ;
 Grand champ d’application ;
 Prix attractif ;
 Résistant aux intempéries ;
 Exempt d’entretien ;

148
 Facilement remplaçable en cas de nécessité ;
 Grande longévité.

Photo VII.5 : appareil d’appui reprenant un déplacement horizontal de la structure

VII.3.3 Le dimensionnement des appareils d’appui en élastomère fretté

Les dimensions des appuis en néoprène fretté sont fixées par les paramètres suivants :

 En plan :
o Condition de non-cheminement
o Condition de non-écrasement

 En coupe : le nombre de feuilles et de frettes est déterminé par


o une condition de non-dépassement de certaines contraintes tangentes (non-
distorsion et non-cisaillement)
o une condition de non-soulèvement
o une condition de résistance à la traction des frettes

 De plus, l’épaisseur totale T de l’appui doit respecter une condition de non-


flambement :

Le concepteur tiendra compte également des éléments suivants ;

 Lorsqu'on se trouve en présence de forces horizontales importantes (cas


notamment des forces de freinage et de démarrage des ponts-rails), il est préférable
de prévoir des organes de blocage qui résistent à ces efforts horizontaux au lieu de
concevoir l'appareil d'appui proprement dit pour résister à ces efforts. Cette
disposition offre en outre l'avantage de limiter le déplacement du tablier sous ces
efforts.
 Un grand nombre d'ouvrages sont constitués de poutres préfabriquées qui
présentent à la pose une "contre-rotation". Il y a lieu dans ce cas de vérifier les
différents stades de la "vie" de l'appareil d'appui en ne perdant pas de vue que la
face inférieure de l'appareil d'appui doit être posée horizontalement.

149
 Des appuis en caoutchouc fretté de ± I m2 ont déjà été réalisés. Il est cependant
conseillé au concepteur qui désire mettre en oeuvre un appareil d'appui dépassant
les dimensions 900 mm x 900 mm de se rapprocher de l'industrie avant de finaliser
son projet.
 Pour les cas où une faible capacité de rotation est exigée, il est prudent
d'augmenter la rotation angulaire de calcul pour tenir compte d'un défaut de pose
de l'appareil d'appui dû à la tolérance admise sur le socle d'appui, sur la poutre et
sur les dimensions de l'appareil d'appui proprement dit.

VII.3.4 Quelques applications particulières

 Certains dispositifs peuvent être inclus à l’appareil d’appui de manière à empêcher


le mouvement de translation suivant un ou deux axes : on obtient alors une
articulation puisque le seul mouvement de rotation est désormais possible autour
de n’importe quel axe.

Fig. VII.3 : articulation en élastomère fretté

Photo VII.6 : articulation en élastomère fretté totalement enrobé

 Dans le cas où le déplacement horizontal à reprendre par l’appui est trop important ou
lorsque l’on veut limiter l’intensité des efforts horizontaux transmis à l’appui, on
dispose des appareils d’appui glissants. On dépose alors sur la face supérieure des
appareils d’appui, au contact avec une plaque d’acier inox scellée au tablier, une mince
couche de PTFE (polytétrafluoréthylène appelé communément téflon). Ce dispositif a
pour effet évident de diminuer le frottement entre le tablier et l’appui. Avec cette
technique, on entre dans la famille des appareils d’appuis spéciaux (point VII.3 suivant).
Elle est également utilisée lorsqu’il y a combinaison défavorable entre un grand
déplacement latéral et une faible charge verticale.

150
VII.3.5 La réception provisoire sur appareils d'appui en élastomére fretté

Bien que les appareils d'appui en élastomère fretté sont calculés pour fonctionner
largement en-dessous du niveau de résistance ultime des matériaux, il faut procéder
systématiquement à plusieurs essais pour réceptionner ces pièces eu égard au processus de
fabrication qui est mis en oeuvre.

On procède généralement à une campagne d'essais par lot de fabrication qui vise à vérifier
d'une part, les caractéristiques mécaniques du caoutchouc situé au coeur même d'un appui
et d'autre part, à vérifier le comportement global de l'appui chargé par des efforts verticaux
et par des efforts horizontaux.

Sur des éprouvettes de caoutchouc, on procède principalement à


 un contrôle de la résistance à la traction et de l'allongement à la rupture tant avant
qu'après vieillissement accéléré (NBN T31-006).
 une mesure de la dureté Shore A (NBN T31-002)
 une mesure de la déformation permanente (NBN T31-003)
 une mesure de l'adhérence sur métal (NBN T31-008).
Les éprouvettes sont prélevées d'un appui de la fabrication par sciage parallèlement aux
frettes.

Sur un appareil d’appui complet, on procède:

 à un essai de compression
1. dans un premier temps en chargeant l'appui jusqu'à 12 MPa et on mesure la
déformation permanente
2. dans une seconde étape, en appliquant un effort de compression de 48 MPa
alors que la pression en service n'excède pas 15 MPa;
La rupture ne peut être atteinte durant cet essai

 à un essai de cisaillement en exerçant un effort horizontal sur la face supérieure


provoquant un déplacement horizontal égal à (0,9 x Tq) où Tq est l'épaisseur totale
de l'élastomère en cisaillement;
 à un essai de résistance des plans de frettage en exerçant un effort horizontal sur la
face supérieure provoquant un déplacement horizontal égal à (2 x Tq) et en
chargeant simultanément l'appui à une pression de 10 MPa.

151
VII.3.6 Le Montage des appareils d'appui en élastomère fretté

Au moment de la conception de l'ouvrage il est impératif de déterminer l'évolution des


sollicitations et des déplacements des appuis à tous les stades de la construction. Cette
étude doit permettre de donner des instructions précises au constructeur de pont pour le
montage des appuis et ce en fonction du type de structure (structure coulée in situ, structure
préfabriquée, structure à deux ou plusieurs appuis) et en fonction des tolérances de pose et
de fabrication.

Ces instructions visent non seulement à éviter des désordres dans les appareils d'appui
proprement dits, mais aussi dans la superstructure du pont qui ne peut reposer sur des
appuis présentant un manque de concordance (cas des superstructures préfabriquées
munies de plus de trois appuis).

Quelle que soit la géométrie de la superstructure (pente transversale, pente longitudinale, ...)
la face inférieure de tout appareil d'appui doit être parfaitement horizontale. Si tel ne devait
pas être le cas, le poids propre de la superstructure induirait un effort horizontal sur
l'appareil d'appui. Lorsque le profil en long de la voie supérieure supportée par le pont
présente une pente importante, il est impératif "d'aménager" la surface inférieure du tablier à
l'aplomb des appuis de manière à ne pas "manger" toute la rotation disponible uniquement
sous le poids propre de la structure.

Fig : Profil en long présentant une Fig : Superstructure préfabriquée posée


pente importante avec une contre-rotation

Cet aménagement consiste souvent à disposer sous la face inférieure de la superstructure une
tôle d'épaisseur variable dont la face inférieure est pratiquement horizontale (voir figure
6.8). Cette tôle d'épaisseur variable permet en outre d'imposer le cas échéant une "contre-
rotation" à (appareil d'appui au moment de la pose d'une superstructure préfabriquée
augmentant ainsi la rotation admise après pose de la structure (voir figure 6.8).

Dans la majorité des cas il est conseillé pour réduire les défauts de pose, de prévoir un
mortier entre l'infrastructure et la face inférieure de l’appareil d'appui. Il s'agit d'un mortier
plastique qui est mis en oeuvre avant la pose d'un appareil d'appui à élastomère fretté.

Dans le cas d’un appareil d'appui à pot, la pose est réalisée sur des cales provisoires avant la
mise en oeuvre du mortier de réglage qui doit être très fluide pour remplir parfaitement tous
les vides sous l’appareil d'appui. Cette opération doit être parfaitement contrôlée et il est
conseillé de mettre ce mortier en place par injection sous pression et non simplement par
gravité. Cette démarche permet de s'affranchir d'une déformation de la tôle inférieure du pot

152
cylindrique qui se produirait dans le cas d'un remplissage partiel du vide sous l'appareil
d'appui, ce qui peut rendre inopérant (appareil d'appui.

153
VII.4 LES APPAREILS D’APPUI SPECIAUX

VII.4.1 Les appareils d’appui à pot

Leur principe de fabrication est simple : un coussin en élastomère est enfermé dans une
enceinte étanche constituée d’un pot circulaire métallique et d’un couvercle métallique
formant piston (d’où le nom d’« appui à pots »). L’élastomère lorsqu’il est soumis à une
forte compression se comporte comme un fluide. Cette propriété permet au couvercle de
supporter de rotations de faible amplitude dans tous les sens. On réalise ainsi une véritable
articulation ponctuelle (fig. VII.4).
Ce type d’appareil d’appui est utilisé pour des charges importantes (de 10.000 à
60.000 kN) ou quelquefois pour des charges inférieures (1000 à 10.000 kN) lorsque la
place disponible ne permet pas de mettre en œuvre des appareils d’appui en élastomère
fretté plus encombrants.

Fig. VII.4 : articulation ponctuelle

Ce système permet aussi l’obtention d’appuis simples (ou appuis à rouleaux).


Le couvercle peut être surmonté par une plaque de glissement en PTFE qui, moyennant
des dispositifs de guidage appropriés permet d’obtenir des appareils d’appui glissant uni-
directionnel (figure VII.5) ou glissant multidirectionnel (figure VII.6).
 La fonction rotation est assurée par la déformation du coussin en élastomère non
fretté enfermé entre le cylindre et le couvercle en acier
 La fonction translation est assurée par le glissement entre une plaque d’acier
inoxydable solidaire du tablier et la couche de Téflon solidaire du couvercle

154
Fig. VII.5 : appui uni-directionnel Fig. VII.6 : appui multi-directionnel

Les appareils d’appui à pot ne sont dimensionnés que par la descente de charge verticale
qu’ils supportent : on choisit dans le catalogue du fabricant le modèle qui peut supporter la
charge P donnée23.

Les avantages des appuis à pot par rapport aux appuis en élastomère frettés sont les
suivants :
 qualité et donc une durabilité nettement supérieure
 encombrement réduit en cas de descentes de charge très élevées.

Le dessin de la figure VII.7 donne un exemple d’implantation d’appareils d’appui à pot


dans un ouvrage à trois travées, l’appui intermédiaire gauche étant choisi comme appui fixe
du tablier vis-à-vis des efforts horizontaux longitudinaux.

Fig. VII.7

23
A ce titre, on trouvera en annexes, quelques caractéristiques d’appuis tirées du catalogue d’un fabricant.

155
Fig : appareil d’appui à pot unidirectionnel

156
6. Dimensionnement des appareils d'appui à pot

• Contrairement aux appareils d'appui en élastomère fretté, les fonctions "rotation" et


"translation" sont ici bien séparées. Le coussin en caoutchouc situé entre le pot cylindrique et
le couvercle doit résister à l'effort vertical appliqué et doit être capable de se déformer et
d'accepter la rotation angulaire imposée. Le coussin en caoutchouc n'est pas affecté ni par un
mouvement de translation imposé à l'appareil d'appui, ni par un effort horizontal appliqué.

• Le diamètre du coussin de caoutchouc est déterminé en imposant que la pression


uniformément répartie sur le coussin dû à la charge verticale de calcul (ELS) est limitée à 25
MPa ou quelquefois à 30 MPa.

• Le pot cylindrique est dimensionné pour limiter la contrainte sur le mortier de remplissage à
20 MPa.

Il faut veiller toutefois à doter la tôle inférieure du pot cylindrique d'une épaisseur suffisante
pour s'affranchir d'une déformation importante de celle-ci dans le cas où le mortier de
remplissage n'occuperait pas parfaitement tout l'espace sous la tôle.

VII.4.2 Les appareils d’appui à calotte sphérique

Bien qu’ils soient moins utilisés que les appareils d’appui en élastomère ou que les
appareils d’appui à pot, il faut mentionner leur existence et évoquer leurs principales
caractéristiques car ils peuvent s’avérer intéressants en présence de grands mouvements.

La figure appareil d'appui sphérique multidirectionnel qui


assure:
une fonction de rotation autour de n'importe quel axe dans le plan de l'appareil par
glissement d'un noyau en alliage d'aluminium en contact avec la superstructure sur une
feuille de P.T.F.E. (polytétrafluoréthylène téflon) collée sur une embase en aluminium
coulé qui est solidaire de l'infrastructure; une fonction de translation dans toutes les
directions par glissement entre une plaque d'acier solidaire de la superstructure (avec
revêtement en acier inoxydable) et une feuille de téflon collée sur le noyau en alliage
d'aluminium
Il existe également des appareils sphériques unidirectionnels qui sont munis à leur -ieure
de barres de guidage qui n'autorisent le mouvement de translation que dans irection
privilégiée.
Les appareils sphériques fixes sont simplement dépourvus des organes de translation
décrits ci-avant.

Il existe aussi des appareils cylindriques qui autorisent une rotation autour d'un seul axe
gent entre un noyau cylindrique en alliage d'aluminium et une feuille de téflon une embase
cylindrique en alliage d'aluminium coulé.

157
ANNEXES

158
Annexe 1

159
Annexe 2

160
Annexe 3

Formulaire de demande d’étude d'un projet d'ouvrage d'art


à la D 411 - Direction des Ponts et Charpentes

Service demandeur : Date de la demande :


Ir responsable :

Remarques :- Ce document est un guide pour le service demandeur. Il n'exclut pas la


fourniture de plus amples renseignements, voire l'organisation d'une réunion.
- Le service demandeur est invité, au stade actuel d'avancement du dossier à
remplir les différentes rubriques encadrées en y indiquant le cas échéant le
numéro de l'annexe.
I. Identification de l’ouvrage
Remarque : Le numéro d'ordinateur et le numéro d'identification sont donnés par la D 411

Nom du Pont :
Itinéraire :
Obstacle(s) :
Numéro éventuel :
Importance de l'ouvrage
(surface approximative) :

161
II Documents à fournir par la D 411 oui/non Date de fourniture
souhaitée
1. Esquisses d'avant-projet
Plans ou croquis des diverses solutions
envisagées
Estimation grossière

2. Avant-projet (pour permis de bâtir et PMA)


Plans d'ensemble et de détails décrivant l'ouvrage
Métré approximatif
Estimation approximative

3. Projet (en vue de la mise en adjudication)


Plan d'ensemble
Plans de coffrage des principaux éléments
Plans de détails (armatures, câblage de principe)
Plans d'équipements
Métré - Estimation
Aide à l'élaboration du CSC
(Clauses techniques particulières)

4. Etude d'exécution
(cas exceptionnel vu les effectifs de la D 411)
Plans détaillés et complets de la structure
(coffrage et armatures)
Plans d'équipements
Métré - Bordereaux

162
III. Renseignements et documents à fournir par le demandeur

A. Renseignements administratifs

Année budgétaire
Type de marché envisagé
Contre-projets ou variantes sont-ils admis ?
Assurance contrôle est-elle envisagée ?

B. Renseignements géométriques
Remarques :
- Les documents décrits ci-dessous seront joints à la demande ou à fournir au plus tôt
- La situation existante est figurée en trait fin et la situation future en trait plus gros
- Il est clairement précisé les données qui peuvent être modifiées et dans quelles
limites

Documents Joint à
/fourni fournir
1 Plan de situation (extrait de plan IGN ou équivalent - échelle
1/10.000°) et éventuellement plan d'emprises

2 Plan terrier (échelle 1/1.000° ou 1/500°) y compris courbes de niveau


avec repérage précis des profils en long et en travers
angle du biais
talus actuels et possibilité d’adaptation
tracé en plan des voies sup. et inf.
constructions existantes y compris celles enterrées
(p.ex anciens supports, câbles, conduites.....)

3 Profils en long des voiries inférieures et supérieures + terrain naturel


avec gabarits des voiries inférieures (larg/Haut)
(H demandée - H minimum - H existant)
éventuellement gabarit de la voirie supérieure
éventuellement gabarit en construction
possibilités d’adaptation oui / non
(points imposés -pentes -rampes max)
si nécessaire zones d’implantation possible pour les piles

4 Profils en travers des voiries inférieures et supérieures


(échelle 1/100° ou 1/50°)
Repérer l'emplacement des profils en travers sur le plan terrier
avec nombre et largeur des bandes de circulation, filets d’eau,
trottoirs..
pentes transversales (voiries / trottoirs)
(y compris élargissement éventuel futur)

5 Renseignements géotechniques (y compris implantation)


Joints ou disponibles dans la Direction territoriale ou une autre DT
A demander à la D 421

163
C. Renseignements particuliers complémentaires
Remarques :
- Les renseignements ci-dessous préciseront les souhaits des DT ou les conditions
environnementales particulièrement importants qu'il convient d'intégrer dans l'étude.
- Il n'est pas impératif de répondre à toutes les questions.
- Le cas échéant, le numéro des annexes sera précisé dans les cadres.

1 Charges mobiles
NBN B03-101 ou ENV (eurocode provisoire)
+ convois lourds éventuels (Préciser si la
demande est à faire par nos soins à la Direction
concernée du Ministère des Communications)

2 Impétrants (joindre détail en annexe)


- préciser l’emplacement actuel et éventuellement
future ainsi que les caractéristiques des conduites
- préciser la charge des conduites y compris
dispositifs de support et de protection

3 Equipements souhaités (joindre un croquis)


-revêtements (type et épaisseur des couches)
chape
contre-chape
revêtement (voiries / trottoirs...)
-filet d’eau (type, dimensions)
-type de garde-corps
-élements linéaires
-dispositifs de sécurité envisagés (continuité
éventuelle avec dispositif de la route)
-éclairage
-autres (p. ex. gaines pour câbles.....)

4 Parachèvements particuliers souhaités

5 Type d'ouvrage souhaité (motiver ce souhait)

6 Conditions particulières éventuelles concernant


- les usagers des voiries (véhicules et piétons)
- les concessionnaires
- les riverains

7 Délais d’exécution et périodes souhaités pour les


travaux

8 Organismes à contacter le cas échéant

9 Travaux préparatoires éventuels à prévoir


(p. ex. : démolition éventuelle)

164
Annexe 4

Exemple de note de calcul de pont

1. Hypothèses de base

A. Caractéristiques générales de l'ouvrage


Schéma statique, biais, portées, largeur, structure de l'ouvrage, hypothèses d'exécution,
appuis, matériaux.
B. Caractéristiques des différentes sections
Hauteur, surface, position du centre de gravité, moment d'inertie, module d'inertie en
tenant compte si nécessaire de l'homogénéisation des armatures.
C. Actions
Poids propre, surcharges fixes, surcharges mobiles, tassement différentiel des appuis,
réglage des réactions, température...

Remarque : La poursuite de l'étude peut se faire soit avec des outils de calcul traditionnels,
soit actuellement de plus en plus avec des moyens informatiques plus ou moins poussés.

2. Note de calcul de l'infrastructure

A. Calcul général des réactions par exemple au moyen de ligne d'influence ou encore au
moyen d'un logiciel de calcul
Ce calcul doit intégrer l'étude de l'influence de la répartition transversale des charges
notamment des charges ponctuelles
B. Sollicitations des piles et des culées (liées au type d'appuis)
- Réactions verticales sous poids mort et sous charges extrêmes y comprises les réactions
parasitaires engendrées par la précontrainte - réactions horizontales correspondantes
- Réactions horizontales sous poids mort - réactions verticales correspondantes
- Effets éventuels des tassements différentiels, du réglage des appuis (à ajouter)
NB.: Dans certains cas, il est nécessaire de tenir compte de la souplesse des supports
(pile et appuis)
C. Etude des piles aux EL
Corps de pile, semelle, fondations (directe ou sur pieux)
D. Etude des culées aux EL
Corps de culée, fondations, garde-grève, mur en retour.
E. Etude des appuis y compris frettage
F. Etude des murs (mur en aile, en retour et mur de soutènement) et autres éléments de
l'infrastructure (chambre de visite par exemple)

165
3. Note de calcul de la superstructure

A Calcul de ou des poutres principales (y compris dans les cas particuliers arc, haubans,
pylônes...
a. Calcul des éléments de réductions (Effort normaux, moments fléchissants, efforts
tranchants, moments de torsion éventuels) au moyen de lignes d'influence ou encore au
moyen d'un logiciel de calcul
b. Vérification à l'ELU des différentes sections caractéristiques en tenant compte si
nécessaire, des différentes phases de construction.
1. Vérification de la résistance aux moments fléchissants et aux efforts normaux
- Moments fléchissants et efforts normaux caractéristiques dus au poids mort, aux
surcharges permanentes et mobiles (y compris des effets secondaires tels que
température).
- Détermination de la précontrainte (dans le cas de pont précontraint) (Effort de
précontrainte, tracé du câble, programme de mise en tension, estimation des pertes de
précontrainte, détermination du moment parasitaire) et des armatures passives et/ou
contrôle de la stabilité de la section (dans le cas de pont en acier) en tenant compte
des problème d'instabilité
2. Vérification de la résistance aux efforts tranchants et aux moments de torsions
- Effort tranchants et moments de torsions caractéristiques dus au poids mort, aux
surcharges permanentes et mobiles (y compris des effets secondaires tels que
température)
- Contrôle de la stabilité de la section et/ou détermination des armatures en tenant
compte de l'influence des efforts normaux et des moments fléchissants ( interaction).
c. Vérification aux ELS
1. Calcul des contraintes normales et tangentielles sous les diverses sollicitations et sous
l'effet des valeurs extrêmes (diagrammes enveloppes) y compris sous l'effet de la
précontrainte (dans le cas de pont précontraint) avant et après perte
2. Vérification des déformations
3. Vérification des effets vibratoires et du confort des usagers
4. Vérification de la fissuration (cas ponts en béton et pont mixtes)
5. Vérification à la fatigue (cas ponts métalliques)

166
B Calcul des autres éléments de la superstructure
- Etude de la dalle de plattelage, des entretoises, des blocs d'about....

C Etude des équipements


- Appuis fixes et mobiles
- Joint de dilatations
- Dispositifs de sécurité
- Système d'évacuation des eaux
- Dalle flottante

D Programme provisoire et définitif d'exécution


a. Dans le cas de ponts précontraints
1. Programme de mise en tension des câbles de précontraintes
- Il s'agit d'une note basée sur l'étude dont question plus haut et qui précise le programme
de mise en précontrainte.
- Ce programme doit éventuellement être revu sur base de la note de calcul adaptée en
fonction des essais de mise en tension dans l'ouvrage de certains câbles
judicieusement choisis
2. Pour les grands ponts établissement d'une note précise, sur base de l'étude, des
différentes phases d'exécution. Cette note peut évoluer en fonction des difficultés
rencontrées sur chantier.
b. Dans le cas de pont métallique
- Etablissement d'une note précise, sur base de l'étude, des différentes phases
d'exécution. Cette note peut évoluer en fonction des difficultés rencontrées sur
chantier

E. Essais de mise en charge


- Calculs des déformations théoriques sous les charges d'essais
- Après essais, analyse des résultats

167
Annexe 5

168
169
170
171
Annexe 6 : gabarit sur voies navigables

3. CLASSIFICATION des VOIES NAVIGABLES

Les voies navigables sont classées en différentes catégories selon le classement CEMT
(Conférence Européenne des Ministres des Transports) de la manière suivante :

Classe I II III IV

Type de bateau Spits Campinois D.E.K. R.H.K.


Longueur (m) 38,50 50 67 80
Largeur (m) 5,05 6,60 8,20 9,50
Tirant d¹eau (m) 1,90 2,50 2,50 2,50
Tirant d¹air (m) 3,70 4,70 4,70 4,95
Tonnage (t) 300 600 1 000 1 350

Classe Va Vb VIa VIb

Type de bateau Grand rhénan Convois poussés Convois poussés Convois poussés
Longueur (m) 95 172 95 185
Largeur (m) 11,40 11,40 22,80 22,80
Tirant d¹eau (m) 2,70 >3 >3 >3
Tirant d¹air (m) 6,70 > 6,70 > 6,70 > 6,70
Tonnage (t) 2 000 > 2 000 > 2 000 > 2 000

4. CARACTERISTIQUES DES BATEAUX DE NAVIGATION INTERIEURE

Classe Type Lon- Lar- Tiran Ton- Hauteur sans ballast jaugeage tirant poids
CEM gueur geur t nage (t) d’eau à
T d’eau vide
(m) (m) (m) (t) cabine avec 1er cm dernier à (t)
cm
démontée cabine vide
(m)

I Spits 38,90 5,05 2,202 300 3,30/3,80 4,00/4,70 1,76 1,86 0,40/ 70
,50 390 0,50
Sambrésien 47,00 5,05 2,50 450 3,15/4,70 3,90/5,25 2,10 2,25 0,40/ 85
0,50
II Campinois 50,00 6,60 2,502 600 4,00 5,00 2,90 3,10 0,45/ 155
,60 630 0,55
55,00 6,60 2,60 670 4,00 5,20 3,10 3,40 0,50/ 165
0,60
55,00 7,20 2,60 700 4,00/5,00 5,00/6,25 3,30 3,80 0,55/ 175
0,60
67,00 7,20 2,60 900 4,40 5,45 4,15 4,55 0,50/ 210
0,60
III D.E.K. 67,00 8,20 2,502 1000 4,00/4,60 5,00/6,00 4,70 5,00 0,55/ 230

172
Classe Type Lon- Lar- Tiran Ton- Hauteur sans ballast jaugeage tirant poids
CEM gueur geur t nage (t) d’eau à
T d’eau vide
(m) (m) (m) (t) cabine avec 1er cm dernier à (t)
cm
démontée cabine vide
(m)
,60 1050 0,65
73,00 8,20 2,70 1150 4,15/4,90 5,20/6,50 5,20 5,60 0,55/ 255
0,65
IV R.H.K. 80,00 9,50 2,502 1350 4,30/4,70 5,40/6,85 6,50 7,00 0,55/ 500
,80 1500 0,65
Va Gd-Rhénan 95,00 11,50 2,702 2000 6,00 7,45 9,00 9,50 0,55/ 500
100,00 12,00 ,80 2050 0,65
Barge Eur1 54,50 9,50 3,00 1250
Convoi 2b ±130 9,50 3,00 2500
Barge Eur2 76,50 11,40 3,50 2250
Vb Convoi 2b ±180 11,40 3,50 4500
VIb Convoi 4b ±180 22,80 3,50 9000

8. DIMENSIONS ADMISES DES BATEAUX ET CONVOIS


Remarques générales :
- les valeurs indiquées pour les longueurs, largeurs et tirants d’eau sont les valeurs maximales à
respecter pour être admis à naviguer sur les tronçons de voie d’eau correspondants;
- des autorisations spéciales, dérogeant aux longueurs et largeurs, peuvent être sollicitées
uniquement pour les transports spéciaux et/ou de pièces indivisibles;
- les tirants d’air indiqués sont calculés à la flottaison normale sans tenir compte du
relèvement des plans d’eau dû aux manoeuvres des ouvrages et au régime des rivières; ces
tirants d’air sont de 30 cm inférieurs à la hauteur libre sous les ponts.

Canal Albert

Cumulées (de - Longueur Largeur Tirant d’eau Tirant d’air


à)
0.000 à 18.730 196,00 23,00 3,40 7,20

Canal de Lanaye

Cumulées (de - à) Longueur Largeur Tirant d’eau Tirant d’air


0.000 à 1.934 135,00 12,50 3,20 8,20

Canal de Haccourt à Visé

Cumulées (de - à) Longueur Largeur Tirant d’eau Tirant d’air


0.000 à 1.230 54,70 7,30 2,80 5,30

Canal de Monsin

Cumulées (de - à) Longueur Largeur Tirant d’eau Tirant d’air


0.000 à 0.750 135,00 12,50 2,80 8,90

173
Canal de l’Ourthe

Cumulées (de - à) Longueur Largeur Tirant d’eau Tirant d’air


0.035 à 2.500 44,80 5,10 1,90 3,70

Meuse

Cumulées (de - à) Longueur Largeur Tirant d’eau Tirant d’air


0.000 à 45.828 98,00 11,80 2,50 6,70 *
99,70 2,20
45.828 à 73.450 135,00 12,50 2,80 6,70 *
73.450 à 97.100 135,00 12,50 3,00 6,70
97.100 à 104.000 196,00 ** 12,50 3,00 6,70
104.000 à 113.699 196,00 ** 12,50 3,40 6,70
115.260 à 117.755 135,00 12,50 2,80
117.755 à 121.220 135,00 12,50 2,40 > 10,00
121.220 à 122.220 135,00 12,50 1,50
122.220 à 127.720 135,00 12,50 2,80 7,60

* sauf les ponts suivants : Cumulée Tirant d’air


Pont de Dinant 18.926 5,33
Pont de Rouillon 30.475 6,22
Pont-rails du Luxembourg 47.025 6,40
Pont de Sclayn 59.990 6,30

**entre 135 et 196 m


Voir restrictions avis n°1999/26/167 du 06/10/1999

174
Sambre
Cumulées (de - à) Longueur Largeur Tirant d’eau Tirant d’air
0.000 à 32.130 40,17 5,08 2,20 4,20 *
32.130 à 61.754 85,00 10,30 2,60 5,30 *
90,00 9,60
61.754 à 77.074 85,00 10,30 2,80 5,30
90,00 9,60
77.074 à 87.600 85,00 10,30 2,80 5,70
90,00 9,60

* sauf les ponts suivants : Cumulée Tirant d’air


Pont de Merbes 5.029 3,75
Pont-rails n° 2 6.726 4,09
Pont-rails n° 15 33.820 4,17
Pont-rails T.M.M. 35.320 4,21
Pont-rails n° 16 36924 4,86

Canal de Charleroi à Bruxelles


Cumulées (de - à) Longueur Largeur Tirant d’eau Tirant d’air
0.000 à 24.814 85,00 10,30 2,50 5,75
24.814 à 47.860 85,00 10,30 2,50 4,90 *

* sauf le pont suivant : Cumulée Tirant d’air


Pont-route de Clabecq 45.769 4,55

Canal du Centre (1350 tonnes)


Cumulées (de - à) Longueur Largeur Tirant d’eau Tirant d’air
0.000 à 5.618 85,00 10,30 2,50 5,00
12.895 à 24.275 85,00 10,30 2,50 6,19

Canal du Centre historique (300 tonnes)


Cumulées (de - à) Longueur Largeur Tirant d’eau Tirant d’air
0.000 à 7,240 40,50 5,10 1,90 3,70

Canal Nimy - Blaton - Péronnes


Cumulées (de - à) Longueur Largeur Tirant d’eau Tirant d’air
0.000 à 38.914 85,00 10,30 2,50 4,90

Dendre
Cumulées (de - à) Longueur Largeur Tirant d’eau Tirant d’air
0.000 à 17.386 41,55 5,10 1,90 3,75 *

* sauf le pont suivant : Cumulée Tirant d’air


Passerelle de Bilhée 1.132 3,50

175
Canal Blaton - Ath
Cumulées (de - à) Longueur Largeur Tirant d’eau Tirant d’air
0.000 à 22.575 40,75 5,08 1,90 3,60 *

* sauf les ponts suivants : Cumulée Tirant d’air


Pont-rails SNCB 22.125 3,44
Pont-rails SNCB 22.262 3,44

Canal Pommeroeul - Condé (actuellement hors service)


Cumulées (de - à) Longueur Largeur Tirant d’eau Tirant d’air
0.000 à 6.100 110,00 11,40 3,00 6,80

Haut-Escaut
Cumulées (de - à) Longueur Largeur Tirant d’eau Tirant d’air
0.000 à 32.757 85,00 10,30 2,50 5,88
100,00 9,60

Lys
Cumulées (de - à) Longueur Largeur Tirant d’eau Tirant d’air
0.000 à 7.700 85,00 10,30 2,30 5,09
110,00 9,60

176
BIBLIOGRAPHIE

 Standardisation des poutres préfabriquées en béton précontraint pour ouvrages d’art


(Fédération de l’Industrie du Béton - FeBe)
 Documentation technique et commerciale des établissements Ronveaux , rue
Rebonmoulin 16, 5590 Ciney
 Travail de fin d’études ingénieur Industriel P. Declercq « Présentation et
informatisation du calcul de dimensionnement de la poutre Flexstress » (1989/90)
 Travail de fin d’études graduat en construction « La poutre préflex » D. Sellier
(1999/2000)
 Travail de fin d’études graduat en construction « Mise en œuvre de la post-contrainte
au pont-canal du Sart » H. Thiry (1999/2000)
 Notices techniques Freyssinet International & Cie
 Les ponts en béton précontraint – J-M Cremer
 Constructions métalliques : les ponts (les cahiers de la technique) J-P Ducout
 Les procédés généraux de construction – J. Mathivat, G. Fenoux (Ed. Eyrolles 1983)
 Conception des ponts – A-B Gely, J-A Calgaro (Presses des ponts et chaussées)
 Travaux réalisés par les étudiants de 2ème graduat en construction 1999/2000.
 Un demi-siècle de technique française de la précontrainte – association scinetifique de
la précontrainte – revues Travaux – avril et mai 1966.

177
QUESTIONS D’EXAMEN DE GENIE CIVIL (2000/2001)

1. Définissez pont, expliquez ses différents éléments, définissez portée, biais, PS et PI ,


2. Présentez les ponts à poutres droites, entretoises, schémas statiques avec avantages et
inconvénients
3. Présentez les ponts en arc avec leurs variantes (bowstring, voûtes, portiques), terminologie,
contreventement, réactions.
4. Présentez les ponts suspendus : principe, types, pylônes, suspentes, câbles, tablier. Présentez
les ponts à haubans : principe, types, avantages et inconvénients par rapport aux ponts
suspendus,
5. Présentez une classification des ponts dans leur schéma transversal : superstructure et position
du tablier,
6. Présentez une classification des ponts suivant leur procédé de construction. Donnez des
fourchettes de portée pour chacun des procédés.
7. Expliquez le principe de la précontrainte du béton. Citez 3 avantages du BP sur le BA.
Explicitez pourquoi le BP utilise mieux la matière que le BA.
8. Expliquez le pourquoi de la traction en fibre supérieure aux appuis dans une poutre en BP et
explicitez les techniques utilisées pour résoudre ce problème.
9. Explicitez la précontrainte par pré-tension : principe de fabrication, avantage sur la
précontrainte par post-tension, coffrages, produits finis standardisés et non standardisés.
10. Explicitez le principe de la précontrainte par post-tension (gaines, familles de câbles). Citez
les étapes d’une mise en précontrainte par post-tension dans le cas de torons gainés. Expliquez
le matériel utilisé spécifique à la mise en précontrainte par post-tension.
11. Détaillez les étapes d’une mise en précontrainte par post-tension dans le cas de torons gainés
graissés.
12. Expliquez les éléments qui ont amené à la précontrainte par préflexion. Expliquez les poutres
préflex et flexstress avec leurs avantages respectifs.
13. Définissez et explicitez les exigences fonctionnelles auxquelles un pont doit satisfaire. Citez et
explicitez les actions liées à ces données fonctionnelles
14. Définissez et explicitez les exigences naturelles qui peuvent influer sur la conception d’un
pont. Citez et explicitez les actions liées aux données naturelles
15. Présentez l’organigramme relatif à l’étude d’un pont. Explicitez l’étape concernant le recueil
des données (implantation et caract. d’ensemble, recueil des données naturelles, données
fonctionnelles)
16. Parlez de la problématique du choix des solutions d’AP. Explicitez les possibilités en matière
d’ouvrages de petite portée (<10 m) et de moyenne portée (de 10 à 35m)
17. Explicitez les possibilités en matière d’ouvrages de grande portée (35 à 100 m) et de très
grande portée (>100 m)
18. Expliquez la manière dont l’inventaire des solutions d’AP se réalise au MET. Expliquez le
processus du choix entre les différentes solutions d’AP. Citez les 4 grandes leçons à retenir du
chapitre.
19. Explicitez la fonction culée sous l’angle mécanique et l’angle technique. A l’aide d’un
croquis, explicitez le dimensionnement des têtes de culées (sommier, garde-grève et dalle
flottante)
20. Explicitez les culées enterrées (morphologie générale, implantation) fondées superficiellement
et en profondeur.
21. Explicitez les éléments du pré-dimensionnement d’une culée enterrée (sommier, voiles
porteurs, murs en retour)
22. Explicitez les culées remblayées (morphologie générale, implantation) en parlant également
des murs de front et des murs en retour.

178
23. Explicitez les culées creuses, les culées contrepoids et les dispositions annexes aux culées
(masques et perrés). Exposez les cas de figure d’utilisation des différents types de culées
présentés dans le cadre du cours.
24. Explicitez le dimensionnement des têtes de piles de ponts courants et de grands ouvrages.
Faites de même pour les fûts de ces mêmes piles.
25. Parlez de la morphologie des piles des ouvrages courants (voiles – poteaux - piles spéciales).
Développez quelques réflexions sur le choix d’un type de pile.
26. Explicitez les caractéristiques morphologiques des piles de ponts à poutres précontraintes
préfabriquées.
27. Explicitez les caractéristiques morphologiques des piles de ponts poussés et de ponts construits
sur cintre auto-lanceurs.
28. Explicitez les caractéristiques morphologiques des piles de ponts construits par encorbellement
29. Expliquez le rôle des appareils d’appui. Citez les différents types d’appareils d’appui.
Explicitez les considérations sur les appareils d’appui en élastomère fretté. Parlez notamment
de leur dimensionnement.
30. Décrivez la conception des fondations superficielles en site terrestre en présence ou non de
nappe.
31. Décrivez la conception des fondations superficielles en site aquatique. Parlez notamment des
batardeaux et des caissons havés.
32. Décrivez la conception des fondations superficielles sur terrains en pente.
33. Explicitez les notions présentées en classe concernant les pieux mis en place par refoulement
du sol.
34. Explicitez les notions présentées en classe concernant les pieux mis en place par excavation du
sol. Développez la conception d’une fondation sur pieux

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