SOMMAIRE
SOMMAIRE.........................................................................................................................1
INTRODUCTION...................................................................................................................2
I. PRESENTATION DE L’AUTEUR ET DE L’ŒUVRE……………………………………………………………..……3
1. Présentation de l’auteur………………………………………………………………………………………………………….….3
2. Présentation de l’œuvre………………………………………………………………………………………………………….….3
II. FEMMES MARGINALES....................................................................................................4
1. Les veuves victimes du lévirat...........................................................................................4
2. Le martyre des mères de jumeaux....................................................................................5
3. Le supplice de l’épouse du dieu Tangbalé.........................................................................5
III. LES MARGINAUX DES MALADIES DITES « HONTEUSES ».................................................7
1. Les victimes de la lèpre....................................................................................................7
2. Les marginaux de la séropositivité (VIH-SIDA)...................................................................7
CONCLUSION......................................................................................................................8
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INTRODUCTION
La culture africaine est et demeure un vaste champ d’investigation de bon
nombre d’auteurs, qui pour témoigner de son existence avant la rencontre avec
l’Occident, qui pour appeler au non-reniement face à la modernité. Le tout sur fond
de revendication culturelle qui rappelle Soundjata ou l’épopée mandingue (D.T.
NIANE, 1960), Œuvre poétique (L.S. Senghor, 1964) ou la carte d’identité (J.M.
Adiaffi, 1980). Ainsi les œuvres africaines s’inscrivent dans une perspective de
promotion de valeurs culturelles. Cependant, force est de reconnaitre qu’à côté de
cette majorité, des plumes s’élèvent pour dénoncer certaines pratiques culturelles
africaines tant elles sont marginalisantes. C’est l’exemple de Le village de la honte de
Soro Guéfala. Dans cette œuvre, l’auteur ivoirien fait promener le lecteur dans
différentes aires culturelles pour découvrir l’exclusion de certaines catégories de
personnes jugées indignes de la société.
Aussi, proposons-nous dans cette étude comme sujet de réflexion : « le traitement de
l’injustice sociale dans le village de la honte de SORO Guéfala ».
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I. PRESENTATION DE L’AUTEUR ET DE L’ŒUVRE
1. Présentation de l’auteur
SORO Guéfala est né à Komborodougou dans le département de Korhogo (Côte
d’Ivoire). Professeur Certifié de lettres modernes, il a enseigné pendant dix ans au
lycée moderne de Dimbokro avant d’entrer dans l’encadrement pédagogique.
2. Présentation de l’œuvre
Contrairement aux attentes du lecteur, le village de la honte n’est pas un recueil
de contes mais plutôt un seul et même conte construit en pédagogique. Kodongo, le
personnage principal, parcourt le monde (au prétexte d’aller sur la lune) en
traversant des contrées et autant d’aires culturelles différentes. Il découvre, au cours
de ce périple, des us et coutumes, plus étranges (pour ne pas dire barbares) les uns
que les autres.
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II. FEMMES MARGINALES
Les aires culturelles, dans lesquelles nous promène l’auteur du village de la
honte, sont des sociétés phallocrates où, certes la femme est indispensable, mais a
peu de valeur et quasiment pas de droit, surtout elle n’a pas le droit de décision.
Dans bien de cas, elle est victime de pratiques culturelles : comme le lévirat, la
flagellation et l’isolement au nom d’une divinité.
1. Les veuves victimes du lévirat
A la suite d’un mariage forcé dans la plupart des cas et arrangé par les familles
des mariés, si le mari venait à disparaitre, la femme devient un bien matériel familial
dont héritera un frère du défunt comme en témoignent les propos suivants : « la
femme demeure un bien pour la famille qui l’a dotée. A la mort de son mari, elle
doit donc revenir à un frère cadet de ce dernier. C’est comme ça que nous
procédons depuis des temps immémoriaux » (S.G., 2013 : 64).
Et elle n’a pas le droit de s’y soustraire, pire, si le nouveau mari « héritier » par
malheur venait à disparaitre, quel que soit la cause, la femme est traitée de sorcière
et n’aura plus jamais droit à la chaleur conjugale car aucun autre homme ne sera
autorisé de la désirer intimement. Malgré ces mariages forcés (avant ou après le
veuvage) et en dépit de la résignation des femmes pour éviter la marginalisation et
des efforts consentis pour satisfaire les caprices des hommes, ceux-ci n’hésitent pas à
les violenter. La violence conjugale, en effet, même si elle n’est pas la panacée des
sociétés de notre corpus, l’auteur la dénonce également en ces termes : « Mais en
dépit de tous les efforts qu’elles faisaient pour satisfaire les caprices des hommes,
ceux-ci ne rataient aucune occasion pour les brutaliser et les humilier publiquement
en tout lieu et en tout temps sans que cela n’émeuve personne. » (S.G., 2013 :109).
Cette violence faite à la gent féminine, peut prendre une autre forme, la plus
déshumanisante : la flagellation abordée par le biais des femmes mères de jumeaux.
2. Le martyre des mères de jumeaux
Les jumeaux ou les jumelles sont des enfants (sexe masculin ou féminin) nés
d’un même accouchement donc d’une même mère. Dans certaines sociétés, à tort ou
à raison, ils sont considérés comme des personnes extraordinaires avec des pouvoirs
surnaturels (nous y reviendrons). Mais dans notre corpus, c’est le sort réservé à leur
génitrice qui suscite notre attention : la flagellation comme nous pouvons le lire : «
un homme tenait par les pieds deux bébés ; dans la main droite, il avait un grand
coutelas, comme ceux que les bouchers utilisent généralement pour égorger les
taureaux. Cet homme était suivi par une femme que les jeunes gens frappaient avec
des branches recouvertes d’épines acérées ; la femme pleurait à fendre l’âme. »
(S.G., 2013 : 80-81)
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Quel crime avait-elle commis ? Quel tabou avait-elle transgressé pour mériter une
telle punition et quelle était la portée de celle-ci ? La réponse à ces interrogations
nous est donnée dans les propos suivants :
« La réalité, c’est qu’en la flagellant, on la libère de l’esprit du mal. Son ventre est
impur, c’est pourquoi elle a pu mettre au monde deux enfants en un seul
accouchement (…) Les deux bébés étaient jumeaux. Or, seuls les animaux peuvent
donner naissance à deux, trois petits et même plus. Nous ne sommes pas des
animaux, nous autres. » (S.G., 2013 : 82). Ce traitement a éveillé notre attention
parce qu’il se différencie de la flagellation traditionnelle à laquelle certaines sociétés
nous ont habitués : la flagellation suite à la jalousie d’un mari cocufié, à un
blasphème ou à l’exposition de certaines parties intimes du corps humain. Dans ce
cas-ci, objet de notre analyse, qu’a-t-elle posé comme acte défiant si ce n’est de
recevoir les gamètes de son mari qu’on lui a d’ailleurs imposé. Si elle subit cette
flagellation, quel sort réserve-ton au père des jumeaux ? Le traitement de ce thème
pose également le problème de la place des jumeaux dans nos sociétés comme nous
le soulignions un peu plus haut.
3. Le supplice de l’épouse du dieu Tangbalé
Pour décrire ce supplice, l’auteur part d’un micro espace qui a pour
toponyme : Gopanledoua, dont les habitants adorent un dieu appellé : « Tangbalé ».
Dans des moments de grandes tristesses (sécheresses, disette, calamité…), des
prières et des sacrifices sont faites en son honneur après consultation d’un devin
comme on peut le lire : « il parait que pour conjurer le mauvais sort, un devin a
recommandé au chef d’organiser une grande fête à l’honneur du dieu Tangbalé »
(S.G., 2013 : 54). Et ce devin n’est autre que « Sambiékou » que l’auteur nous
présente lors d’une de ses prestations « (…), il était en compagnie de Sambiékou, le
devin. Sambiékou portait en équilibre sur la tête un canari d’où sortaient de grandes
flammes au milieu d’une fumée âcre. Il marchait d’un pas lent, sans regarder ni à
droit ni à gauche et ces yeux démesurément rouges semblaient émettre des braises
ardentes. » (S.G., 2013 : 57)
De même, dans des périodes fastes (retour des pluies, abondance des récoltes …), la
population de Gopanledoua exprime sa gratitude au dieu Tangbalé. Quelquefois fois,
en guise de remerciement, le village lui offre une femme en mariage. Passons sous
cape la cérémonie de mariage et arrêtons-nous sur le lieu et les conditions de vie de
l’épouse du dieu Tangbalé :
Le lieu : une fois le mariage célébré, l’élue du dieu Tangbalé vit dans un isolement
total comme en témoignent les propos suivants : « La case qui vient d’être construite
à l’entrée du village est destinée à recevoir la nouvelle femme du dieu ; c’est là
qu’elle devra vivre sa vie jusqu’à la fin de ses jours » (S.G., 2013 : 70)
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Les conditions : Elles sont décrites comme suit à la page 71 :
« Les lundis, elle doit être tout de blanc vêtu et, du matin au soir, elle ne doit
adresser la parole à personne »
« Les vendredis, elle doit rester toute la journée à l’intérieur ou à la porte de
sa demeure ».
« Pendant ces deux jours-là (les lundis et les vendredis), elle ne doit recevoir
la visite d’aucun homme ; ce sont des jours où Tangbalé est sensé la visiter. »
« Elle n’a pas le droit de se marier avec un être de chair puisqu’elle l’est déjà
avec le dieu Tangbalé. »
« Tous les hommes peuvent aller coucher avec elle et (…) elle n’a pas le droit
d’en refuser un seul quelle que soit sa laideur, son infirmité ou la maladie
qu’il traine. »
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III. LES MARGINAUX DES MALADIES DITES « HONTEUSES »
A la lecture du corpus, sous le vocable de maladies « honteuses », il faut entendre : la
lèpre, la tuberculeuse et le VIH-SIDA.
1. Les victimes de la lèpre
Maladie infectieuse chronique, touchant principalement la peau, les nerfs
périphériques, la muqueuse des voies respiratoires supérieures ainsi que les yeux et
pouvant entrainer une infirmité, la lèpre est considérée par certaines sociétés comme
« une honte », notamment, le village de Nabondala qui met les lépreux au rang des
damnés de la terre, isolés dans un camp « le village de la honte ». Même morts, ils se
retrouvent dans un cimetière exclusif « le cimetière des bannis ». La preuve est
donnée par les mots suivants : « le lépreux n’a aucun droit, sinon le Créateur de
toutes choses ne l’aurait pas accablé d’une telle infirmité. C’est donc pour cela qu’il
n’a pas droit à un traitement susceptible de l’élever au rang d’homme. » (S.G., 2013 :
34)
Mais, le plus touchant, ce sont les propos d’un des lépreux, la mort dans l’âme : «
nous sommes les bannis du village. Le seul rêve que nous faisons, c’est de mourir au
plus vite et de nous retrouver au cimetière des bannis. » (S.G., 2013 : 37). Assimilés
aux lépreux dans le traitement inhumain à eux infligé, ce sont les tuberculeux et
surtout les séropositifs.
2. Les marginaux de la séropositivité (VIH-SIDA)
Maladie grave, d’origine virale, caractérisée par une baisse des défenses
immunitaires de l’organisme, le SIDA est transmissible par voie sexuelle et sanguine
donc pas contagieux au toucher. Mais beaucoup la considère comme une maladie
honteuse ou « la maladie mystérieuse » (S.G., 2013 : 48) dont les victimes méritent
l’exclusion. Comme nous pouvons le lire : « nous avons décidé de les éloigner de
nous en leur créant un site d’accueil ; (…) ; ils ont leurs propres ustensiles de cuisine
et de toilette là-bas. » (S.G., 2013 : 39) pourquoi une telle marginalisation ? La
réponse est la suivante : « (…) il était dangereux de vivre sous le même toit que ces
malades, d’utiliser les mêmes ustensiles de toilette et de cuisine qu’eux. (…) parce
qu’ils pourraient nous contaminer avec leur sueur ou leur salive. » (S.G., 2013 : 39).
A lire ces propos, leurs auteurs confondent le SIDA et la tuberculose par
méconnaissance ou à dessein pour justifier leur traitement inhumain (même si l’une
des maladies peut justifier l’autre). De plus, la cause de contamination suffit-elle pour
marginaliser les victimes du SIDA et des maladies assimilées ? Les victimes sont-elles
toujours coupables ? Le SIDA en particulier, peut-être dû à une erreur ou une
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négligence médicale ou une mauvaise intention d’un partenaire ou d’une partenaire.
Quelques fois en Afrique, cette maladie est due à ces mariages précoces et forcés et à
la polygamie.
CONCLUSION
Le village de la honte de SORO Guéfala est un regard critique des pratiques
culturelles ancestrales. Cette œuvre nous interpelle sur ces pratiques, qui, au
contraire de fédérer, divisent, marginalisent. Certes, les avancées scientifiques,
religieuses, philosophiques, culturelles, ne doivent pas conduire à des reniements
culturels, identitaires. Mais, les idées préconçues telles que : « c’est comme cela que
nous procédons depuis la nuit des temps. » (S.G., 2013 : 83) ou encore « les
coutumes ne s’expliquent pas, ne se justifient pas. » (S.G., 2013 : 65) ne doivent plus
servir de prétextes de marginalisation, de flagellation, d’assassinat. Nous devons
reconnaître avec courage que : « Nos ancêtres nous ont légué de bonnes choses qui
ont toujours commandé notre comportement, (…). Mais, de ces choses qu’ils nous
ont léguées, il y en a de moins bonnes ou du moins des choses à adapter au monde
d’aujourd’hui. » (S.G., 2013 : 69). L’ouverture aux autres aires culturelles devrait
aboutir à l’enrichissement personnel et des différentes cultures en contact, tout en
débarrassant chacune de ses scories. Il n’y a pas de société qui soit meilleure à une
autre. Chacun doit prendre part à la transformation de sa société en une société
meilleure en détruisant « le village de la honte » qui est en lui. Nos us et coutumes
doivent prôner la tolérance, la solidarité pour rendre nos sociétés vivables pour
toutes les personnes furent-elles vulnérables (les femmes, les enfants, les malades
mentaux ou physiques, les jumeaux, les albinos). Homme de tout continent, élaguons
les branches sclérosées de nos us et coutumes pour éviter des tragédies en plus.