Cours des Instruments de paiements _ Licence I
INTRODUCTION
Les banques et établissements financiers jouent un rôle très important dans
l’économie d’un pays dans la mesure où ils ont le pouvoir de création monétaire ainsi
que la capacité de mobiliser l’épargne. L'importance des engagements qu'ils
portent et du risque systémique que leur défaillance fait courir à l'ensemble de
l'économie justifie leur statut particulier parmi les sociétés commerciales.
En effet, l'exercice de la profession bancaire dans l'espace économique et
monétaire ouest africain est régi par des dispositions relevant aussi bien des
législations nationales (droit des affaires), du droit d'essence communautaire (loi
bancaire, règlement portant plan comptable bancaire, réglementation
prudentielle…) que de conventions internationales (notamment recommandations
du Comité de Bâle). Cette réglementation spécifique vise essentiellement à
garantir leur solvabilité, leur liquidité, la protection des déposants et, de manière
générale, la sécurité du système bancaire dans son ensemble.
S'agissant de la supervision et de la surveillance du système bancaire, plusieurs
Autorités de tutelle interviennent afin de réguler cette activité sensible, en
particulier :
- le Conseil des Ministres de l'Union Monétaire Ouest Africaine (UMOA), qui fixe
le cadre légal et réglementaire applicable à l'activité de crédit ;
- la Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO), Institut
d'émission de l'UMOA, qui élabore notamment la réglementation prudentielle et
comptable et exerce également, pour son propre compte, une mission de
surveillance du système bancaire ;
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- la Commission Bancaire de l'UMOA, organe chargé de veiller à l'organisation et
au contrôle des banques et établissements financiers.
La loi bancaire fixe le cadre général de l’activité bancaire mais ne couvre pas tous
les aspects spécifiques des opérations que les établissements de crédits sont
appelés à effectuer. Dans la perspective de l’intégration financière recherchée
dans l’Union, certains de ces aspects obéissent toutefois à un dispositif légal et
/ou réglementaire uniformisé. Il en est ainsi notamment :
• des caractéristiques et de l’utilisation des instruments de paiement ;
• des relations financières extérieures des Etats membres de l’UMOA ;
• du marché financier régional ;
• des systèmes financiers décentralisés.
Les instruments de paiement et de crédit sont des moyens par lesquels les
créanciers recouvrent leurs créances. Ce sont généralement le chèque, la lettre
de change, le billet à ordre, les cartes bancaires, …
La normalisation des caractéristiques juridiques des instruments de paiement
(chèque, carte de paiement, lettre de change et billet à ordre), approuvée par le
Conseil des Ministres de l’UMOA lors de sa session du 29 septembre 1995 et
consacrée par une loi uniforme, accroît la sécurité de l’utilisation desdits
instruments, pour les établissements de crédit et pour le public. Elle harmonise
notamment les sanctions administratives (avertissement et interdiction bancaire),
pénales et civiles liées aux incidents de paiement dans l’ensemble de l’Union, et
organise un système de centralisation desdits incidents, géré par la Banque
Centrale et accessible au public.
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CHAPITRE I – LE CHEQUE
Si les opérations en espèces ont le mérite de la simplicité, elles ne sont pas très
utiles dès qu’il s’agit d’opérer des règlements à distance ou pour des montants
importants. Le chèque offre pour cela infiniment plus d’avantages.
I. Création et forme
1. Fonction et définition
Les formules de chèques, délivrées gratuitement par toutes les banques (mis à
part les éventuels frais d’envoi par la poste), permettent au titulaire d’un compte
en banque d’une part d’effectuer des paiements sans manipulation d’espèces,
d’autre part des retraits d’espèces.
Le chèque est un écrit par lequel une personne dénommée le tireur donne l’ordre à
une autre personne dénommée le tiré de payer une certaine somme au titulaire ou
à un tiers, appelé le bénéficiaire à concurrence des fonds déposés chez le tiré.
Le chèque fait donc intervenir 3 personnes :
• le tireur : c’est lui qui établit et signe le chèque ; il doit être capable ;
• le tiré : c’est lui qui détient les fonds et paye ; ce peut être une banque, un
trésorier payeur général, le caissier général de la Caisse des Dépôts et
Consignations, une caisse de crédit municipal, etc.
• le bénéficiaire : c’est lui qui reçoit le paiement. Le chèque peut être stipulé
payable à une personne dénommée, ou au porteur (si le chèque est non barré). Il
peut également être émis en blanc ; en ce cas il vaut comme chèque au porteur. Le
chèque peut être émis au profit du tireur lui-même.
2. Délivrance de chéquiers
Après avoir vérifié l’identité et le domicile du client demandant l’ouverture d’un
compte, le banquier ne peut délivrer de carnet de chèques à un nouveau client
qu’après consultation du fichier central de la Banque Centrale pour savoir si
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l’intéressé n’est pas sous le coup d’une interdiction d’émission de chèques
prononcée par une banque ou les autorités judiciaires.
Dans tous les cas, le banquier peut refuser de délivrer au titulaire d’un compte des
formules de chèques.
3. Aspects formels
➤ Mentions obligatoires
Le chèque doit comprendre un certain nombre de mentions obligatoires : le mot
chèque, l’ordre pur et simple de payer une somme déterminée, le nom du tiré
(banque ou autre), le lieu de paiement avec l’adresse complète et le numéro de
téléphone, la date et le lieu de création du chèque, le nom du tireur, son adresse
complète et sa signature.
L’omission d’une des mentions énumérées ci-dessus (sauf pour ce qui concerne les
lieux de création et de paiement) a pour conséquence, la non validité du chèque. Le
chèque perd alors sa qualité de chèque et les prérogatives particulières qui lui sont
attachées.
➤ Mentions facultatives
Le nom du bénéficiaire : cette mention est facultative car certains chèques
peuvent être émis au porteur dans la mesure où ils ne sont pas barrés (voir ci-
dessous).
Le barrement s’effectue au moyen de deux barres parallèles apposées au recto ;
il peut être général ou spécial. Le barrement est général s’il ne porte entre les
deux barres aucune désignation ; il ne peut être payé qu’à un banquier ou à un
établissement assimilé. Le barrement est spécial si le nom du banquier est indiqué
entre les deux barres ; il ne peut être payé par le tiré qu’au banquier désigné. Le
barrement spécial (très rare, en pratique) limite les risques d’escroquerie car le
porteur du chèque ne peut l’encaisser qu’en possédant un compte auprès de
l’établissement désigné.
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Le barrement général peut être transformé en barrement spécial, mais le
barrement spécial ne peut être transformé en barrement général.
Le barrement, qu’il soit général ou spécial, ne peut être annulé.
Exemple d’un chèque
4. Provision
Émettre un chèque, c’est donner l’ordre au tiré de remettre au bénéficiaire une
certaine somme d’argent soit directement, soit par l’intermédiaire d’un autre
établissement.
La provision doit être faite par le tireur. L’existence de fonds chez le banquier
constitue la provision du chèque. Celle-ci doit être préalable et disponible, c’est-
à-dire exister au moment de la création du chèque et être à la disposition
immédiate de celui qui sera porteur légitime du titre.
Un chèque pouvant être émis sans provision, le bénéficiaire peut souhaiter être
rassuré sur l’existence de la provision.
Il existe pour cela trois formes de chèques : le chèque visé, le chèque certifié et
le chèque de banque.
➤ Le chèque visé
Le chèque visé est un chèque ordinaire dont le tiré garantit à la création
l’existence de la provision. Cette garantie est effectuée par l’apposition d’un visa.
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➤ Le chèque certifié
Le chèque certifié est un chèque ordinaire émis par le titulaire du compte dont la
banque atteste l’existence de la provision pendant le délai d’encaissement en
apposant la mention « certifié pour la somme de… ». Le bénéficiaire est assuré
dans ce dernier cas que, s’il fait diligence pour remettre le chèque à
l’encaissement, ce dernier sera payé par la banque.
La certification du chèque peut être demandée par le tireur ou le bénéficiaire ;
elle ne peut être refusée par le tiré que pour insuffisance de provision.
Pour éviter les fraudes, les chèques certifiés ne sont plus utilisés et ont été
remplacés par les chèques de banque.
➤ Le chèque de banque
Le chèque de banque est un chèque émis par une banque soit sur l’une de ses
agences, soit sur une autre banque.
Compte tenu de la qualité du tireur, le porteur du chèque est assuré de son
paiement pendant toute la durée de validité du chèque.
Le chèque de banque peut être demandé par un client de la banque qui lors de sa
délivrance débitera le compte du demandeur. Il peut être aussi établi pour le
compte d’un client de passage et, dans ce dernier cas, la banque exigera des
espèces en contrepartie.
Le bénéficiaire d’un chèque de banque doit être très vigilant, car l’escroquerie aux
faux chèques de banque est très courante notamment lors de l’achat de véhicules
d’occasion.
II. Transmission
1. L’endossement
L’endossement est le mode de transmission du chèque d’un porteur à un autre
inscrit au verso ou sur une feuille attachée au chèque (allonge). Il doit être signé
par l’endosseur.
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L’endossement doit être pur et simple. Sont considérés comme nuls l’endossement
du tiré et l’endossement partiel.
2. Les effets de l’endossement
L'endossement transmet tous les droits résultant du chèque et notamment la
propriété de la provision.
« Lorsque l'endossement contient la mention "valeur en recouvrement", "pour
encaissement", "par procuration" ou toute autre mention impliquant un simple
mandat, le porteur peut exercer tous les droits découlant du chèque, mais il ne
peut endosser celui-ci qu'à titre de procuration ».
III. Délai de validité et d’encaissement
Un chèque est payable à vue ; toute mention contraire est réputée non écrite.
Le chèque doit, d’autre part, être présenté au paiement dans un délai très court
dit délai de présentation (ou d’encaissement). Ce délai est de :
✓ 8 jours si le chèque est émis et payable dans un pays membre de l’Union au
lieu d’émission et 20 jours dans les autres cas ;
✓ 45 jours s’il a été émis dans un pays de l’Union et payable dans un autre pays
de l’Union ;
✓ 70 jours s’il a été émis hors de l’Union et payable dans un pays de l’Union.
Passé ce délai, le chèque reste encore valable pendant 1 an ; on parle alors de délai
de validité.
Un chèque émis dans un pays de l’Union est donc valable 1 an et 8 jours ; au-delà,
on dit qu’il est prescrit.
Pendant l’année qui court entre le délai de présentation et la prescription du
chèque, le tiré doit payer si la provision au compte du tireur est suffisante ; le
porteur du chèque perd cependant certains de ses recours en cas de non-paiement.
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Ni le décès du tireur, ni son incapacité survenant après l’émission ne peuvent faire
opposition au paiement.
IV. Traitement des incidents de paiement du chèque
On appelle incident de paiement du chèque le non-paiement de tout chèque. Deux
motifs selon l’article 114 du règlement 15/2002/CM/UMOA peuvent déclencher
la procédure d’impayé à savoir l’absence de provision et l’insuffisance de provision.
A cet effet, deux mécanismes seront mis en place respectivement par les banques
et la banque centrale.
1. Mécanisme mis en place par le tiré
Le banquier qui a refusé le paiement d’un chèque pour absence ou insuffisance de
provision doit :
✓ enregistrer l’incident dans les livres de la banque ;
✓ délivrer une attestation de rejet en précisant dans le contenu le motif du
rejet ;
✓ avertir le titulaire du compte par un écrit (lettre) qu’il a un délai de 30 jours
pour régulariser sa situation et mais aussi les mandataires et les co-
titulaires de cet avertissement adressé au titulaire du compte avec les
conséquences qui en découlent ;
✓ enfin informer la BCEAO de l’avertissement en lui envoyant la copie de la
lettre à titre d’information et, qui doit inscrire cet avertissement sur le
fichier des incidents de paiement.
A l’issue de cette étape, deux cas peuvent se présenter :
a) La régularisation de l’incident dans le délai de 30 jours
✓ Le tiré délivre une attestation de paiement au tireur ;
✓ Le titulaire du compte doit constituer la provision suffisante sur le
compte et affectée au paiement du chèque impayé par le tiré.
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✓ La banque avise par écrit la BCEAO de la régularisation et demande
l’effacement de l’avertissement de son fichier ;
✓ La banque informe également les mandataires et les co-titulaires en
donnant la copie de la lettre de l’effacement adressée à la banque
centrale.
b) Absence de régularisation
Le banquier tiré doit :
✓ délivrer un certificat de non-paiement au porteur du chèque ;
✓ signifier au client qu’il est interdit d’émettre des chèques sur 5 ans
en qualité du titulaire du compte et non mandataire (article 116) ;
✓ aviser la BCEAO de l’incident le 4ème jour ouvrable suivant la date
d’expiration du délai ou le deuxième jour ouvré suivant l’incident
(article 115) ;
✓ enjoindre au titulaire du compte (client) de restituer à toutes les
banques dont il est client, les formules de chèque en possession et
celle de ses mandataires ;
c) Règlement postérieur à l’incident
Le titulaire du compte recouvre la faculté d’émettre des chèques, lorsqu’il justifie
avoir :
✓ réglé le montant du chèque impayé ou constitué la provision
suffisante et disponible à son règlement par la banque ;
✓ payé les pénalités libératoires dans les conditions par les articles 119
et 121.
Ainsi, la banque délivre une attestation de paiement sur la demande du client et
tire la levée de l’interdiction bancaire (118).
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2. Mécanisme mis en place par la Banque Centrale
L’article 127 du règlement numéro 15/CM/UEMOA met à la charge de la BCEAO
l’obligation de centraliser et de diffuser les infractions relatives aux incidents de
paiements. La mise en œuvre de cette disposition est à la base de la Centralisation
des Incidents de Paiements (CIP) ainsi que les procédures d’accès aux fichiers par
les établissements déclarants et le public.
Le CIP-UEMOA est un système de gestion des informations relatives aux
instruments de paiement émis dans l’Union définies aux articles 8 et 10 de la
présente instruction. La centralisation des incidents de paiement (CIP) est régie
par le règlement numéro 15/CM/UEMOA, relatif aux systèmes de paiement, la loi
uniforme sur les infractions en matière de chèque, de carte et autres procédés
de paiement ainsi que l’instruction numéro 009/07/RSP/2010 relative au dispositif
de centralisation et diffusion des incidents de paiement.
Ainsi le dispositif de centralisation mise en place par la BCEAO doit être étudié à
travers son organisation (A) et son fonctionnement (B).
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