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Expose 2

Le document traite des infractions pénales liées aux entreprises, notamment le faux en écritures, l'abus de confiance et l'abus de biens sociaux, en détaillant les cadres légaux et les éléments constitutifs de ces délits. Il souligne l'importance de la protection de la confiance dans les écrits et les conséquences juridiques des actes frauduleux. Les sanctions pour ces infractions incluent des peines d'emprisonnement et des amendes, avec des exemples concrets d'application dans le domaine des sociétés commerciales.

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Expose 2

Le document traite des infractions pénales liées aux entreprises, notamment le faux en écritures, l'abus de confiance et l'abus de biens sociaux, en détaillant les cadres légaux et les éléments constitutifs de ces délits. Il souligne l'importance de la protection de la confiance dans les écrits et les conséquences juridiques des actes frauduleux. Les sanctions pour ces infractions incluent des peines d'emprisonnement et des amendes, avec des exemples concrets d'application dans le domaine des sociétés commerciales.

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EXPOSE DE

DROITS DES
SOCIETES
➢ LES NOMS DES
MEMBRES DU
GROUPE
LLLL
INTRODUCTION
A côté de ces textes épars, le Code pénal contient des dispositions d’ordre
général qui peuvent aussi s’appliquer aux entreprises. C’est ainsi que des
exploitants de salles de cinéma ont été poursuivis– et en fin de compte
acquittés– pour outrage aux mœurs (art. 383) suite à la projection d’un film
estimé licencieux, ‘Le miracle de l’amour’. De même, les articles 418 à 420 du
Code qui répriment l’homicide et les lésions corporelles involontaires sont
souvent invoqués : en cas d’accidents du travail, ou de catastrophes survenant
dans une entreprise industrielle ou commerciale. Mais les dispositions les plus
marquantes et les plus régulièrement mises en œuvre sont celles relatives :
1. aux faux en écritures ;
2. à l’abus de confiance ;
3. à l’escroquerie.
Ces trois infractions constituent en quelque sorte le trépied de tout le droit pénal
des affaires. On les rencontre en effet dans pratiquement chaque dossier relevant
de ce type de criminalité.

1
I- LES FAUX EN ÉCRITURES

1- Le cadre légal
L’article 196 du Code pénal punit ceux qui auront commis un faux en
écritures authentiques et publiques et toutes personnes qui auront commis un
faux en écritures de commerce, de banque ou en écritures privées, soit par
fausses signatures, soit par contrefaçon ou altération d’écritures ou de
signatures, soit par fabrication de conventions, dispositions, obligations ou
décharges, ou par leur insertion après coup dans les actes, soit par addition ou
altération de clauses, de déclarations ou de faits que ces actes avaient pour
objet de recevoir et de constater. L’article 197 du Code pénal punit celui qui
aura fait usage de l’acte faux ou de la pièce fausse comme s’il était l’auteur
du faux. À ces dispositions générales (les plus fréquemment mises en œuvre
lors des poursuites pénales), s’ajoutent des infractions spécifiques concernant
notamment :
– les faux commis par les fonctionnaires ou les officiers publics (art. 194 et
195 C.P.);
– les faux commis dans les passeports, ports d’armes, livrets, feuilles de route
et certificats (art. 198 à 210 C.P.);
– les faux réprimés par les lois particulières comme les faux dans les comptes
annuels (voir no 940 de ce livre), les faux en matière fiscale (voir no 480 de
ce livre), les faux en informatique.

2- Éléments constitutifs du faux en écritures


a. L’altération de la vérité Tout faux en écritures est un mensonge ;
Ce mensonge peut affecter soit la matérialité même de l’écrit (grattage,
surcharge) : c’est le faux matériel, soit les énonciations de l’écrit sans que,
dans sa matérialité, celui-ci soit falsifié : c’est le faux intellectuel, qui porte
sur le contenu, la substance de l’acte. Le faux intellectuel peut se réaliser
par omission (p. ex. : le commerçant qui s’abstient d’indiquer sa qualité
d’ancien failli dans une demande d’immatriculation au registre du
commerce) ou par commission (p. ex. : faire état en comptabilité de frais
généraux fictifs). L’altération de la vérité peut notamment se réaliser par
simulation qui consiste en un déguisement de la vérité accompli de concert
par les parties dans le but de masquer un acte en faisant croire en un autre
acte : il s’agit soit de faire croire à l’existence d’une convention qui n’existe
pas, soit de dissimuler la nature véritable d’une convention ou de certaines

2
des conditions qui y sont constatées. C’est le cas notamment des factures
fictives1 et des sociétés fictives.

b. L’intention frauduleuse ou le dessein de nuire (art. 193)


L’intention frauduleuse se définit comme étant le but de se procurer à soi-
même ou à autrui un avantage illicite quelconque : dissimuler ses revenus
réels, toucher indûment une indemnité d’assurance, couvrir un transport
illicite d’alcool, recevoir des honoraires non légitimement mérités...
Le dessein de nuire consiste en la volonté de porter atteinte à la
considération d’autrui : par exemple, fabriquer un écrit faux dans le but de
faire condamner un tiers. Le coauteur ou le complice ne doit avoir été mu ˆ
que par un dol général, sans exigence du dol spécial requis pour l’auteur.
c. La possibilité d’un préjudice
Si l’altération de la vérité ne peut engendrer aucun préjudice matériel ou
moral pour qui que ce soit, elle ne constitue alors pas un faux punissable. Le
but du législateur est la protection de la confiance obligée dans les écrits. La
lésion de cette confiance constitue un préjudice : ainsi, quand un faux est
commis dans un acte authentique, le préjudice résulte automatiquement de
l’atteinte portée à la foi publique. Il suffit que le préjudice soit possible, il
ne faut pas qu’il ait été réellement causé : c’est la raison pour laquelle la loi
réprime le faux indépendamment de son usage. Le préjudice peut être
matériel ou moral. Ainsi, constitue un faux et un usage de faux le fait pour
un gérant de société, convoqué devant le service des enquêtes
commerciales, de soumettre au juge enquêteur une situation comptable
contenant des mentions inexactes. La possibilité de préjudice résulte de la
conviction du juge induit en erreur par la sincérité apparente de l’acte.
d. La réalisation du faux dans l’un des écrits et selon l’un des moyens
prévus par la loi
Les termes de la loi sont très généraux : l’écriture peut être imprimée,
manuscrite, dactylographiée, photocopiée, ou informatique. ‘Le minimum
exigé est que l’écriture soit l’expression d’une idée, la reproduction de
paroles, de mots, de chiffres.
Tel n’est pas le cas des écritures musicales, des empreintes digitales. La
falsification de plans, par exemple, pour obtenir un permis de bâtir, donne
ouverture à une jurisprudence controversée. La protection s’étend à
l’ensemble des écritures:

3
– authentiques et publiques: les actes judiciaires (jugements, procès-verbaux
dressés par des officiers de police judiciaire), les actes administratifs (registre
du commerce, déclaration en douane, registres du conservateur des
hypothèques), les actes des officiers publics (notaires, huissiers);
– de commerce et de banques: polices d’assurance et déclarations de
sinistres, bordereaux, requêtes en concordat judiciaire, livres de commerce,
actes de sociétés, titres de transport, chèques, traites, indication du titulaire
d’un compte bancaire etc.;
– privées, lorsque celles-ci sont de nature à produire des effets juridiques, ou
peuvent faire preuve dans une certaine mesure, les tiers étant tenus envers ces
documents par une certaine confiance obligée; ainsi, des mentions fausses
portées sur un document de licenciement C4; ainsi, une fausse facture peut
constituer un faux en écritures lorsqu’elle est produite frauduleusement
envers les tiers, mais non point lorsqu’elle est adressée au client qui peut en
vérifier l’exactitude.

Cas d’application
Les actes de société, qu’ils soient publics ou sous signature prive ´e, rentrent
dans la catégorie des écrits protégés : ils ont, en effet, pour but de fournir
différentes informations et de constater la réalité des conditions exigées par
les lois sur les sociétés commerciales. Les exemples de faux en écritures dans
ce domaine sont nombreux :
– l’article 30, 17°, des L.C.S.C. impose que l’acte de société indique les
charges hypothécaires ou les nantissements grevant les biens apportés. Si
l’acte constitutif constate faussement que les apports sont quittes et libres de
toute charge, ceux qui ont, avec une intention frauduleuse ou à dessein de
nuire, fait cette constatation sont coupables de faux ;
– l’intervention d’hommes de paille est également souvent poursuivie. Les
comparants à la fondation de la société n’ont aucune intention de s’engager
personnellement : ces hommes de paille agissent dans l’intérêt d’une seule
personne, fondateur ou tiers, qui leur fournit l’argent nécessaire, gérera
l’affaire pour son propre compte et à son seul profit. Cette situation se
rencontre notamment dans les cas suivants
• Un failli ne disposant plus du moindre crédit auprès de ses
fournisseurs obtient de comparses de comparaître à l’acte de
constitution dans le but de pouvoir ainsi continuer son activité sous le
couvert d’une société de façade ;

4
• Une personne constitue fictivement une société dans le seul but de
faire obstacle à l’exécution de décisions judiciaires en matière de
pensions alimentaires et d’organiser de la sorte son insolvabilité (art.
490bis C.P.) ou dans le but de contourner une interdiction
professionnelle qui la frappe.
Ainsi est entaché de faux l’acte constitutif d’une SA dont il est établi que
les comparants agissaient par pure complaisance et que leurs
souscriptions faites avec des fonds qui ne leur appartenaient pas étaient
fictives1. Constitue de même un faux en écritures l’acte d’augmentation
de capital d’une SA, contenant l’affirmation sciemment fausse que
certains comparants sont actionnaires et qu’ils souscrivent aux nouvelles
actions. La cour d’appel d’Anvers a estimé qu’était fictif l’apport d’un
fonds de commerce dont le passif excède l’actif : commet dès lors un
faux en écritures, celui qui dans l’acte constitutif présente un tel apport
comme effectif. La cour d’appel de Bruxelles a estimé´ que peut
constituer un faux intellectuel le fait de sous-évaluer les apports en
nature : en l’espèce le faux avait été établi dans le but d’éviter un
supplément de droits d’enregistrement qu’aurait entraîné l’évaluation
exacte de l’avoir social.
1- La peine
Le faussaire et l’auteur de l’usage de faux sont en principe punis de la
réclusion (c’est à dire d’un emprisonnement de 5 à 10 ans) et d’une amende
de 26 à 2.000 euros. Dans la pratique, ces crimes sont toujours
‘correctionnalisés’ et sanctionne ´s par un emprisonnement d’un mois à cinq
ans et par une amende de 26 à 2.000 euros.
2- Usage de faux
L’usage, c’est tout moyen permettant de tirer un profit d’écritures fausses ou
falsifiées, même si le but à atteindre n’est pas réalisé. L’usage de faux
requiert un fait d’usage, un faux en écritures, une intention frauduleuse ou un
dessein de nuire et un préjudice, réel ou possible. Ainsi, il y a usage de faux
bilan quand les administrateurs le déposent à la Banque nationale, le
soumettent à des créanciers ou à des investisseurs, établissent des bilans
ultérieurs sur base du faux bilan primitif. Ainsi constitue un usage de faux le
fait d’administrer une société anonyme fictive. Ainsi, commet un usage de
faux la partie qui fait déposer des conclusions devant un tribunal de
commerce en fondant sa demande sur des documents qualifiés ultérieurement
de faux.

5
3- Prescription
Une jurisprudence constante considère qu’à l’égard de l’auteur, le faux et
l’usage de faux constituent une seule et même infraction, l’usage en pareil cas
n’étant que la continuation du faux; qu’il s’ensuit que la prescription ne
commence à courir pour l’ensemble de l’infraction qu’à partir du dernier acte
d’usage; qu’il y a usage du faux, même sans fait nouveau de l’auteur du faux et
sans intervention itérative de sa part, tant que le but qu’il visait n’est pas
entièrement atteint et tant que l’acte initial qui lui est reproché continue de
produire à son profit, sans qu’il s’y oppose, l’effet utile qu’il en attendait.
II. L’ABUS DE CONFIANCE ET L’ABUS DE BIENS SOCIAUX
1. L’abus de confiance
1 .1- Le cadre légal
L’article 491 du Code pénal punit quiconque aura frauduleusement soit
détourné, soit dissipe´ au préjudice d’autrui, des effets, deniers, marchandises,
billets, quittances, écrits de toute nature contenant ou opérant obligation ou
décharge et qui lui avaient été remis à la condition de les rendre ou d’en faire un
usage ou un emploi déterminé.
1.2- Éléments constitutifs de
l’abus de confiance
a. L’intention frauduleuse
La fraude distingue l’abus de confiance de la simple inexécution d’un contrat.
La fraude consiste en la volonté de se procurer à soi-même ou à autrui un
bénéfice illicite quelconque. Elle peut notamment résulter de la circonstance
qu’au moment du détournement, le prévenu ne pouvait ignorer, en raison du
désordre de ses affaires, qu’il serait incapable de rembourser ce qu’il se faisait
remettre. La restitution des choses détournées n’est pas élusive de l’infraction.
L’élément moral de l’infraction peut exister au moment de la remise de la chose
ou naître ultérieurement lorsque le prévenu retient la chose et l’utilise à des fins
personnelles. Les créances que celui à qui est imputé un abus de confiance peut
faire valoir contre celui qui lui a remis une chose, à condition d’en faire un
usage déterminé, n’excluent pas nécessairement qu’il puisse frauduleusement
détourner ou dissiper cette chose.

b. Un détournement ou une dissipation

6
L’un et l’autre de ces actes révèlent la volonté de se conduire comme seul
propriétaire de l’objet : le détournement consiste en un acte d’appropriation
directe (refus de restituer), la dissipation en un acte de disposition (vendre,
mettre en gage). La dissipation implique donc nécessairement un détournement.
L’usage abusif d’une chose remise à titre de dépôt ou de gage ne constitue pas
un détournement ou une dissipation : le dépositaire d’une automobile qui
l’emploie à son usage personnel, la femme qui porte des bijoux qui lui ont été
remis en gage ne commettent pas d’abus de confiance. En revanche, commet un
abus de confiance l’employé qui emporte, au moment ou` il quitte le service
d’une entreprise, un livre de comptes qui lui avait été confié et dont l’intention
est de tirer profit des annotations contenues dans ce livre. Le délit d’abus de
confiance requiert une remise translative de la possession précaire de l’objet à
l’auteur par son propriétaire ou par un tiers agissant pour son compte. Si la
rétention frauduleuse ou l’usage abusif, secret et préjudiciable d’un actif social
peuvent constituer, le cas échéant, un abus de biens sociaux, ils ne peuvent, en
revanche, constituer un délit d’abus de confiance lorsque l’auteur, n’ayant pas
été mis en possession des biens, n’a pu se les approprier. L’usage abusif des
biens appartenant à une société est cependant à présent réprimé par le droit
belge.

c. Au préjudice d’autrui
Le préjudice existe dès qu’il est réalisé ou possible. La restitution tardive ne fait
pas disparaître le délit. Ainsi, a été condamne´ pour détournement celui qui avait
disposé frauduleusement de certains titres pour cautionner l’engagement d’un
tiers, encore que ces titres aient été restitués dans la suite. Le préjudice existait
par suite de l’affectation de ces titres au cautionnement du tiers.

d. Objets de l’abus de confiance


L’énumération des biens susceptibles d’être détournés ou dissipés est interprétée
de façon large par la jurisprudence qui considère qu’il s’agit de toute chose
mobilière pouvant faire l’objet d’un change ou d’un commerce : fiches de
renseignements commerciaux, effets de commerce, chèques, actions ou
obligations de sociétés, courant électrique... L’infraction peut porter sur des
choses fongibles (c.-à-d. interchangeables) : dans ce cas, le délit n’existe qu’à
partir du moment où l’auteur s’est mis dans la situation de ne pouvoir soit rendre
ce qui lui avait été remis, soit en faire l’emploi auquel il était tenu (p. ex. :
l’agent d’assurances ayant utilisé à des fins personnelles le montant de primes
encaissées pour compte de la compagnie).

7
e. Les objets doivent avoir été remis à l’auteur de l’infraction à la
condition de les rendre ou d’en faire un usage ou un emploi
déterminé
La remise doit être volontaire, spontanée et être ‘translative de la possession
précaire de la chose’, c’est-à-dire que la remise est faite avec l’obligation pour le
possesseur de restituer l’objet ou d’en faire un usage déterminé ; sont ainsi
translatifs de la possession précaire les contrats de dépôt, de mandat, de louage,
de gage, de prêt à usage. Puisque l’abus de confiance est une infraction contre la
propriété, il ne peut pas y avoir détournement lorsque le prévenu est devenu
propriétaire par la remise : à défaut de preuve de toute stipulation contraire entre
parties, c’est en propriété que sont transmis les acomptes versés à celui qui s’est
engagé à effectuer un travail en exécution d’un contrat d’entreprise.

Cas d’application
Est coupable d’abus de confiance :
– Le notaire ou l’avocat qui affecte à des fins personnelles des fonds reçus d’un
tiers pour compte de son client.
– L’administrateur, le gérant ou l’associe´ d’une société qui affecte à des fins
autres que celles qui leur étaient destinées des biens sociaux confiés à sa
gestion1. Cette décision se fonde sur la qualité de mandataire de l’organe social,
lequel, aux termes de l’article 62, alineà1er, des L.C.S.C.2est rendu responsable
conformément au droit commun, de l’exécution du mandat qu’il a reçu et des
fautes commises dans sa gestion. Il en va de même des prélèvements abusifs
opérés dans la caisse sociale3. Ces deux hypothèses, ayant donné lieu à
condamnation d’une manière critiquable, doivent à présent être appréhendées
par l’incrimination d’abus de biens sociaux dont il sera question ci-après.
– En cas de vente à tempérament avec clause de réserve de propriété, la loi du
12 juin 1991 (art. 46) impose que le contrat reproduise le texte de l’article 491
du Code pénal, sans quoi la clause est réputée non écrite. Commet un abus de
confiance celui qui ce `de l’objet d’une convention dans laquelle est mentionnée
semblable cause
La peine
L’article 491 du Code pénal punit l’auteur de l’abus de confiance d’un
emprisonnement d’un mois à cinq ans et d’une amende de 26 à 500 euros.

8
Infractions voisines
Le législateur a prévu des textes particuliers relatifs notamment :
– aux détournements commis par un fonctionnaire ou un officier public (art. 240
C.P.) ;
– à l’utilisation, par des professionnels du secteur, d’instruments financiers
appartenant aux clients. L’article 148, §3, de la loi du 6 avril 1995 relative aux
marches secondaires, au statut des entreprises d’investissement et à leur
contrôle, aux intermédiaires et conseillers en placement, qualifient coupables
d’abus de confiance et les sanctionnent des peines prévues par l’article 491 du
Code pénal, ceux qui, agissant au nom d’un intermédiaire vise à l’article 2,
mettent en report ou utilisent d’une manière quelconque au profit de cet
intermédiaire, à leur profit personnel ou au profit de tiers, des instruments
financiers appartenant à un client, sans l’autorisation écrite de celui-ci;
– à l’aliénation frauduleuse ou au déplacement des éléments d’un fonds de
commerce mis en gage. L’article 8 de la loi du 25 octobre 1919 dispose : ‘celui
qui a donné son fonds de commerce en gage est, par le fait même de son
nantissement, constitue´ gardien des éléments du gage. L’aliénation frauduleuse
ou le déplacement frauduleux de tout ou partie de ses éléments est passible des
peines prévues par l’article 491 du Code pénal’.

2- L’abus de biens sociaux


2.1- Le cadre légal
2.1.1- Éléments constitutifs de l’abus de biens sociaux
Cet article frappe d’un emprisonnement d’un mois à cinq ans et d’une amende
de 100 à 500.000 euros ‘les dirigeants de droit ou de fait des sociétés
commerciales et civiles ainsi que des associations sans but lucratif qui, avec une
intention frauduleuse et à des fins personnelles, directement ou indirectement,
ont fait des biens ou du crédit de la personne morale un usage qu’ils savaient
significativement préjudiciable aux intérêts patrimoniaux de celle-ci et à ceux de
ses créanciers ou associe´s’1.
a. Les auteurs de l’infraction
Cette infraction ne peut être commise que par certaines personnes, à savoir les
dirigeants de droit ou de fait des sociétés commerciales et civiles ainsi que des
associations sans but lucratif. La jurisprudence devra donc rechercher la
personne qui, en fait, gère la société, qu’elle soit ou non un organe. Cette
fonction de direction, de droit ou de fait, au sein de l’entreprise exclut les

9
membres du personnel, employés et ouvriers, quoique ceux-ci pourraient être
inquiétés en qualité de co-auteurs ou de complices, selon les termes généraux de
la répression de la participation. De même, aucune qualité particulière n’est
requise pour incriminer des personnes du chef de recel d’abus de biens sociaux,
sur base de l’article 505 Code pénal.
b. L’usage des biens ou du crédit social
L’acte matériel doit être un usage des biens ou du crédit de la société. Les biens
sociaux, non autrement définis, visent tout autant les actifs mobiliers
qu’immobiliers, corporels ou incorporels. Le crédit de la société pourrait être
défini comme la réputation de la société en raison de son capital, de la nature de
ses affaires et de la bonne marche de l’entreprise.

c. Un usage significativement préjudiciable aux intérêts patrimoniaux


de la personne morale et à ceux de ses créanciers ou associés
L’adjonction de l’adverbe ‘significativement’ tend évidemment à restreindre le
champ d’application de cette nouvelle incrimination mais pose, en réalité plus de
problèmes qu’il n’en résout: les travaux préparatoires précisent que cet adverbe
permet d’éviter que des vétilles ne fassent l’objet de poursuites, ce qui mettrait à
l’abri l’administrateur qui se serait rendu aux frais de la société dans un
restaurant trois étoiles quelques semaines avant la faillite, ou qui aurait
téléphone deux fois à son épouse aux frais de la société ou qui aurait fait
dactylographier par la secrétaire de l’entreprise le travail de fin d’études de son
fils. Cependant, si l’on doit envisager des critères objectifs, quels seront ces
critères à prendre en considération : chiffre d’affaires, bénéfices, taille de
l’entreprise, ... ? La Cour d’arbitrage n’a pas considéré que l’emploi de cet
adverbe violait le principe de la légalité du droit pénal. Il est exigé par le texte
pénal que l’usage soit préjudiciable non seulement à l’intérêt patrimonial de la
société mais également à celui des créanciers et associés de cette société, ce qui
est une exigence cumulative qui s’écarte donc du simple usage contraire à
l’intérêt social. Il demeure que le juge, pour apprécier cet élément constitutif de
l’infraction, devra se placer au jour de l’opération et non au jour où cette
opération a produit ses résultats. Selon certains, face à des groupes de sociétés, il
n’y aurait pas d’abus de biens sociaux lorsque les transferts de biens entre
sociétés d’un même groupe seraient justifiés par un intérêt commun réel qui
n’impliquerait pas de violation des droits et des intérêts particuliers d’une des
sociétés de l’ensemble.

10
d. Elément moral triple
L’élément moral de l’infraction doit consister en une intention frauduleuse dans
le chef du dirigeant qui doit avoir réalisé l’usage à des fins personnelles, et en
connaissance que cet usage était significativement préjudiciable. Cette
combinaison de conditions renforce l’exigence d’un élément moral tout à fait
particulier. L’intention frauduleuse est définie classiquement comme l’intention
de se procurer à soi-même ou à autrui un avantage illicite; cette intention
frauduleuse sera d’autant plus facilement démontrée que l’usage a été réalisé de
manière cachée, ce qui n’exclut cependant pas l’application de cette disposition
lorsque l’usage incrimine a été déclaré´, comptabilise´ voire même approuvé par
l’assemblée générale; les faits d’attribution d’une rémunération élevée ou
d’avantages en nature importants ou du maintien d’un compte courant débiteur
enlevé pendant une longue période seront à apprécier à l’aune de cet élément
moral.
L’exigence d’un usage réalisé à des fins personnelles directement ou
indirectement embrasse le comportement abusif d’un administrateur agissant
dans un but pécuniaire ou matériel, professionnel ou moral, au service d’une
réputation personnelle ou familiale, soit pour lui-même ne soit par personne
interposée.
L’exigence de la réalisation d’un intérêt personnel posera difficulté ` l’instar
de la jurisprudence de la Cour de cassation française qui suit une évolution
erratique dans le domaine: la haute juridiction française a rendu des décisions
contradictoires pour qualifier ou non d’abusif l’usage des biens d’une société
effectué dans un but illicite: il s’agissait tantôt de l’hypothèse d’utilisation de
fonds sociaux pour réaliser une corruption par le recours à des pots-de-vin,
tantôt de l’hypothèse de constitution d’une caisse noire pour rémunérer des
travailleurs clandestins. Cet élément moral pose également le problème de
l’application de la nouvelle infraction aux opérations intervenant au sein d’un
groupe de sociétés, dont il a déjà été question, puisque l’intérêt du groupe peut
parfois être différent de l’intérêt de chacune des sociétés composant le groupe.
L’exigence de la connaissance par l’auteur du caractère significativement
préjudiciable de l’usage renforce la volonté ´du législateur de contenir
l’incrimination dans des limites strictes.

11
Répression de l’infraction
Le libellé de l’incrimination doit faire considérer celle-ci comme étant une
infraction instantanée, s’agissant de la répression d’un usage frauduleux et non
pas d’une rétention frauduleuse. L’infraction est ainsi consommée lorsque tous
les éléments constitutifs sont réunis et la prescription commence à courir à partir
de ce moment. La tentative d’abus de biens sociaux n’est pas sanctionnée, a
défaut de texte légal. L’amende portée par le texte peut atteindre 500.000 euros,
soit, par le jeu des décimes additionnelles, un total de 500 000 x 200 ou
2 750 000 euros. L’infraction d’abus de biens sociaux est à présent susceptible
de donner lieu à application des interdictions professionnelles mentionnées dans
l’arrêté royal n° 22 du 24 octobre 1934 tel que modifie´ par la loi du 2 juin 1998.

III- L’ESCROQUERIE

1- Le cadre légal
L’article 496 du Code pénal punit ‘quiconque, dans le but de s’approprier une
chose appartenant à autrui, se sera fait remettre ou délivrer des fonds, meubles,
obligations, quittances, décharges, soit en faisant usage de faux noms ou de
fausses qualités, soit en employant des manœuvres frauduleuses pour persuader
l’existence de fausses entreprises, d’un pouvoir ou d’un crédit imaginaire, pour
faire naître l’espérance ou la crainte d’un succès, d’un accident ou de tout autre
évènement ou pour abuser autrement de la confiance ou de la crédulité’.

2- Éléments constitutifs de l’escroquerie

a. L’intention de s’approprier le bien d’autrui


L’élément moral de l’escroquerie consiste dans le but de s’approprier une chose
appartenant à autrui. L’infraction suppose qu’on se fasse remettre une chose
pour s’en servir et en disposer comme le ferait le propriétaire lui-même. Une
controverse existe quant à la possibilité de retenir le délit d’escroquerie lorsque
le prévenu a entendu obtenir de la victime, non la propriété de la chose
escroquée, mais uniquement la détention ou l’usage de cette chose3. Par contre,
il importe peu que le prévenu ait vise´ un avantage pour un tiers plutôt que pour
lui-même.

12
b. La remise ou la délivrance de certains objets
Pour qu’il y ait escroquerie, il est nécessaire que l’auteur soit parvenu à se faire
remettre ou délivrer effectivement les objets. La tentative d’escroquerie est
désormais punissable ; il est évidemment possible que la manœuvre qui n’a pas
entraîné de remise constitue une infraction en tant que telle : usage de faux,
chèque sans provision, port public de faux noms, etc... La remise peut se faire de
manière indirecte, par exemple par virement à un compte. Elle doit avoir lieu au
préjudice de quelqu’un : est ainsi constitutive d’escroquerie l’action de se faire
remettre par l’Institut belgo-luxembourgeois du change, en produisant de fausses
attestations, un certificat de bonne provenance de titres étrangers. Le préjudice
consiste dans le trouble apporte à l’économie de la réglementation que l’Institut
a pour mission de sauvegarder. Il n’est pas nécessaire que la somme escroquée
ait été remise à l’escroc par la victime elle-même, ni que cette remise ait été´
faite en mains propres de l’escroc. Tous les objets ayant une valeur matérielle ou
morale qui appartiennent au patrimoine d’autrui, à l’exception des immeubles,
sont protégés par le texte légal.

c. Provoquée par des moyens frauduleux


Les moyens frauduleux qui, selon l’article 496, peuvent servir à commettre
l’escroquerie, sont de deux types : d’une part, l’usage de faux noms ou de
fausses qualités, d’autre part, l’emploi de manœuvres frauduleuses. Chacun de
ces moyens frauduleux doit être déterminant de la remise et donc antérieur à la
remise : ce sont ces moyens qui doivent avoir conduit la victime à remettre la
chose escroquée. La question de savoir si des actes postérieurs à la remise
peuvent entrer en ligne de compte appelle une réponse nuancée. Il n’y a pas
d’escroquerie lorsque toutes les manœuvres sont postérieures à la remise de la
chose. Par exemple l’inexécution d’un contrat de construction postérieurement à
la remise de l’acompte ne peut être considérée comme une escroquerie puisqu’il
n’y a pas eu de manœuvres ayant déterminé la conclusion du contrat. Par contre,
des manœuvres postérieures à la remise peuvent, en connexité avec d’autres,
être déterminantes de l’escroquerie lorsqu’elles ont eu pour objet de convaincre
la victime de la sincérité des actes accomplis. Le simple mensonge portant sur le
nom ou sur une qualité suffit pour caractériser l’usage d’un faux nom ou d’une
fausse qualité, lorsque cet usage a été déterminant de la remise; il importe peu
que le faux nom utilisé est un nom imaginaire plutôt que le nom d’un tiers; la
qualité protégée par le texte légal porte objectivement sur les attributs juridiques
d’une personne (état civil, capacité, titres, profession), ou subjectivement (toutes
les particularités personnelles qui peuvent déterminer une remise: qualité de

13
propriétaire d’un immeuble, qualité de commerçant en timbres, qualité de
nouvel exploitant d’une firme, qualité de créancier, ...: cette pure casuistique
donne au mot qualité un sens presque infini); l’abus d’une qualité vraie peut
constituer l’usage d’une fausse qualité. Par contre, le simple mensonge ne suffit
pas pour caractériser les manœuvres frauduleuses visées par le texte légal ; par
manœuvres frauduleuses, on entend tous les moyens employés pour surprendre
la confiance d’une personne, la mise en scène ayant pour but et comme résultat
de tromper autrui. Elles doivent avoir été employées en vue d’atteindre un des
buts déterminés par le texte légal. Il est admis que la manœuvre frauduleuse peut
être constituée par un ensemble de faits dont chacun n’est qu’un élément de la
manœuvre et ne doit pas réunir tous les caractères de celle-ci1.Un simple
mensonge ne suffit pas: les manœuvres doivent revêtir une forme positive et
extérieure qui les rende visibles et tangibles: ainsi les allégations mensongères
faites par un emprunteur sur sa solvabilité ne constituent pas des manœuvres;
mais si elles sont accompagnées de documents qui leur confèrent un certain
crédit (p. ex., une fausse situation comptable), elles deviennent punissables.
L’usage de faux en écritures constitue l’une des formes les plus fréquentes de
manœuvres frauduleuses.

Cas d’application
Constitue un exemple classique de mise en scène aboutissant à l’escroquerie, le
procède utilisé par les ‘carambouilleurs’ : ‘Il consiste à faire croire à l’existence
d’une entreprise commerciale pour se faire livrer des marchandises à crédit. A `
cet effet, l’escroc organise le simulacre d’un véritable établissement, loue des
bureaux, engage des employés, fait imprimer des prospectus, etc. au nom de
cette prétendue firme ou société. À l’échéance, les créanciers ne trouvent que
des locaux abandonnés et des débiteurs insolvables lorsqu’ils ne sont pas en
fuite. La remise d’un chèque sans provision peut constituer une manœuvre
frauduleuse, même si le tireur n’utilise aucun artifice tendant à persuader le
bénéficiaire de la réalité du crédit dont il se prévaut abusivement5 et même si le
chèque est remis au propre banquier du tireur. Peut constituer une manœuvre
frauduleuse de nature à faire croire à un crédit imaginaire, le fait d’émettre, afin
de se faire remettre des marchandises, des lettres de change dont on sait que ni la
société dont on est le gérant ni soi-même ne pourront les payer à l’échéance.
Commet une escroquerie ‘celui qui, par des annonces publiées dans divers
journaux, promet des prêts avantageux, alors qu’il ne possède pas de capitaux et
n’est en rapport avec aucun groupe de capitalistes capables de faire face aux
demandes de prêts, et se fait ainsi remettre des sommes d’argent en
rémunération de services qu’il sait ne pas pouvoir rendre. Se rend de même

14
coupable de manœuvres frauduleuses constituées par des allégations
mensongères accompagnées d’une mise en scène, l’individu qui, pour obtenir en
sa qualité prétendue de ‘manager’ la signature de contrats artistiques, imposait
aux signataires des obligations très lourdes, avait prétendu avoir un bureau à
Paris alors que c’était faux, et pour appuyer son allégation avait convoqué´ ses
futures victimes, les avait soumises à des séances d’audition, à des prises de vue
destinées, selon lui, à la publicité’. Est une manœuvre constitutive d’escroquerie
le fait de vendre à tempérament une machine à un acheteur qui n’a pas le désir
d’acheter, en faisant miroiter à ses yeux les bénéfices illusoires de l’opération. Il
a été jugé que se rend coupable d’escroquerie, celui qui conclut un achat dans le
seul but de prendre possession des biens sans en acquitter le prix. Le fait d’offrir
des produits à des prix très élevés, mais avec l’argument que la vente a lieu au
profit des handicapés, constitue une escroquerie lorsque 2% seulement du prix
de vente sont adressés à des œuvres philanthropiques. L’utilisation abusive des
cartes de crédit est également constitutive d’escroquerie dans certaines
circonstances, ce qui peut entrer en concours avec le faux et la fraude
informatiques réprimés par les articles 210bis et 504 quater du Code pénal.
Les systèmes de ‘vente en chaine’ et de ‘vente en boule de neige’ peuvent
également constituer une escroquerie. Le domaine de la vente de véhicules
d’occasion est un lieu d’excellence pour les escroqueries, spécialement par le
fait de fraude opérée sur les compteurs kilométriques. La tricherie au jeu tombe
sous le coup de l’article 496 du Code pénal parce qu’elle suppose des
manœuvres frauduleuses qui abusent de la confiance ou de la crédulité du
joueur. Constitue une escroquerie le fait de se faire remettre, sous le couvert de
prétendus contrats de prêt, des sommes d’argent par un certain nombre de
personnes, alors que dès l’origine, l’intention de rembourser ces sommes est
inexistante, ou le fait pour une personne affectée au transport d’élèves d’établir
des factures portant en compte plus de kilomètres qu’il n’en a été parcouru, afin
d’obtenir des sommes auxquelles elle n’avait pas droit. L’imagination des
escrocs est à ce point fertile que le lecteur consultera utilement la longue liste
des types courants d’escroquerie, établie par les meilleurs auteurs. Sur le plan de
l’indemnisation de la victime dont l’imprudence ou la crédulité sont souvent
surprenantes, il importe de préciser que la Cour de cassation assure une
indemnisation complète de cette victime à charge du condamne´, par le recours
au principe général du droit ‘fraus omnia corrumpit’.
d. La tentative d’escroquerie
Les peines L’escroc est punissable d’un emprisonnement d’un mois à cinq ans et
d’une amende de 26 à 3.000 euros. Depuis la loi du 16 juin 1993, la tentative
d’escroquerie constitue désormais elle aussi un délit (sanctionne´ par une peine

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de prison de huit jours à trois ans et d’une amende de 26 à 2.000 euros). Cette
innovation doit en principe permettre une répression plus efficace de certaines
formes de criminalité avant qu’elles ne causent un préjudice effectif à leur
victime. Exemple : la mise en vente par publicité dans les journaux de biens
immobiliers ou de valeurs qui par la suite s’avèrent fictifs.
e. Infractions voisines
Le législateur a prévu des textes particuliers relatifs notamment :
– à la provocation à l’achat de titres de sociétés par des moyens frauduleux (art.
202 L.C.S.C.2) ;
– aux opérations sur valeurs mobilières ou instruments financiers à des
conditions usuraires. L’article 148, §1er, de la loi du 6 avril 1995 dispose: ‘Sont
considérés comme coupables d’escroquerie et punis des peines prévues par
l’article 496 du Code pénal, ceux qui, abusant de la faiblesse ou de l’ignorance
d’autrui, procèdent à des transactions sur instruments financiers à un prix ou à
des conditions manifestement hors de proportion avec la valeur réelle de ces
instruments’;– à l’abus d’effets de commerce (art. 509 C.P.);
– à la perception illégale de subventions, indemnités et allocations qui sont, en
tout ou en partie, à charge de l’E ´tat, d’une autre personne morale de droit
public, de la Communauté européenne ou d’une autre organisation internationale
ou qui est, en tout ou en partie, composée de deniers publics; l’arrêté royal du 31
mai 1933 modifie´ par la loi du 7 juin 1994 impose en effet des déclarations
sincères et complètes dans les demandes tendant à obtenir ces interventions; des
peines sont édictées pour sanctionner la déclaration sciemment incomplète ou
inexacte et la perception illégale de ces interventions. Dans cet ordre d’idées,
l’article 175.1o.b. de l’arrêté royal du 25 novembre 1991 portant réglementation
du chômage sanctionne l’employeur, son préposé ou son mandataire qui fait des
déclarations inexactes ou incomplètes qui peuvent donner lieu au paiement
d’allocations auxquelles le travailleur ne peut prétendre, ou qui concernent le
licenciement, le chômage temporaire ou l’occupation à temps partiel;– à
certaines fraudes relatives au kilométrage des véhicules (art. 7 de la loi du 12
mars 2000).

16
IV- LES INFRACTIONS LIÉES À L’ÉTAT DE FAILLITE

1- Disparition des infractions de banqueroute mais maintien du droit


pénal de la faillite
Les articles 489 et 490 du Code pénal érigeaient en crime la banqueroute
frauduleuse et en délit la banqueroute simple ; les éléments constitutifs de ces
incriminations résidaient dans les articles 573 à 585 de la loi du 18 avril 1851
sur les faillites. La loi du 8 août 1997 sur les faillites a abrogé l’ensemble de ces
dispositions, a abrogé le terme même de ‘banqueroute’ pour lui préférer
l’expression ‘infractions liées à l’état de faillite’, et a introduit une nouvelle
section dans le Chapitre 2 du Titre IX du Livre II du Code pénal consacré
aux « infractions liées à l’état de faillite », section composée des articles 489 à
490 bis du Code pénal. Cette nouvelle législation range l’ensemble des
infractions liées à l’état de faillite dans la catégorie des délits et reprend, pour
l’essentiel, les mêmes éléments constitutifs que ceux qui caractérisaient les
infractions de banqueroute1.

2- Auteurs des infractions liées à l’état de faillite


Sous l’ancienne législation, seules les personnes revêtues de la qualité de
commerçant pouvaient être poursuivies comme banqueroutiers ; la jurisprudence
avait entendu l’hypothèse aux dirigeants d’une société faillie, bien qu’ils ne
soient ni commerçants ni personnellement faillis. Les nouveaux articles 489,
489bis et 489 ter du Code pénal consacrent cette jurisprudence en identifiant les
auteurs de ces infractions aux commerçants et aux dirigeants, de droit ou de fait,
des sociétés commerciales en état de faillite; il en résulte donc que l’organe
d’une société Faillie peut être déclarée coupable d’infractions lie ‘Esa l’état de
faillite lorsqu’il a commis les faits en qualité d’organe et relativement à la
gestion de la société, puisque la responsabilité pénale de l’infraction commise
par une personne morale pèse sur les personnes physiques par lesquelles elle a
agi, le juge pénal devant rechercher l’auteur punissable dans la réalité des
choses, quelle que soit la situation juridique de cette personne physique à l’égard
de la personne morale2.

3- Faut-il un état de faillite ?


Les conditions de la faillite sont à présent celles de l’article 2 de la loi du 8 août
1997 sur les faillites, à savoir une cessation des payements de manière
persistante et un ébranlement du crédit ; la jurisprudence ancienne est
transposable dans la nouvelle législation, sous la précision que la cessation des

17
payements doit à présent être persistante. L’autonomie du droit pénal par rapport
au droit de la faillite, constante sous l’empire de l’ancienne législation, a été
aménagée par la nouvelle législation :

a. Sous l’empire de l’ancienne législation , l’action publique du chef de


banqueroute était indépendante, en ce qui concerne la date de la
survenance de la faillite, de toute déclaration de faillite prononcée par
le tribunal de commerce; le juge pénal fixait librement l’époque à
laquelle il estimait réunies les conditions de la faillite, sans être tenu
par les précisions résultant du jugement commercial, ou par un
jugement estimant qu’il n’y avait pas état de faillite, par l’absence de
déclaration de faillite ou par un jugement d’homologation de
concordat; à l’inverse, le tribunal de commerce n’était pas lie´ par un
acquittement ou une condamnation de banqueroute; le tribunal de
commerce n’avait pas à surseoir à statuer en raison d’une action pénale
en cours.

Le nouvel article 489quater apporte une brèche importante au principe


de l’autonomie du droit pénal de la faillite en précisant: ‘l’état de
faillite ne pourra néanmoins pas être conteste´ devant le juge pénal si
cet état a fait l’objet d’une décision du tribunal de commerce ou de la
cour d’appel, passée en force de chose jugée, au terme d’une procédure
à laquelle le prévenu a été partie, soit à titre personnel, soit en tant que
représentant de la société faillie’; cette brèche, insérée pour limiter les
hypothèses de décisions contradictoires, doit cependant être limitée
aux cas qu’elle vise strictement: ainsi, dans l’hypothèse visée, ce ne
sera que l’état de faillite déclarée qui ne pourra être remis en cause, le
juge pénal restant toujours compétent pour fixer, d’un point de vue
pénal, la date de la cessation des payements et pour apprécier par
exemple L’élément moral de l’infraction; l’hypothèse de l’absence de
jugement ou d’arrêté déclaratif de faillite doit être étendu à l’hypothèse
d’une faillite rapportée; la réserve introduite par le nouvel article
489quater portant sur la participation du prévenu aux débats consacrés
à l’état de faillite devant les juridictions commerciales, répond au souci
de garantir les droits de la défense et protège, par exemple,
l’administrateur d’une société qui serait poursuivi pénalement pour
infractions liées à l’état de faillite de ladite société et qui n’aurait pas
été partie dans la procédure commerciale de faillite parce que, par
exemple, il n’était plus administrateur à ce moment-là.

18
Le prévenu qui a fait défaut devant le tribunal de commerce a été jugé
avoir été partie à la procédure.
b. Les faits qui constituent le délit d’infraction liée à l’état de faillite ne
peuvent être commis qu’après la réunion des conditions légales de la
faillite, constatés par le juge répressif : si les faits sont antérieurs,
l’infraction n’est pas encore réalisée mais peut être appréhendée sous le
couvert d’une autre incrimination, par exemple l’abus de confiance, ou
l’abus de biens sociaux ou l’organisation frauduleuse d’insolvabilite´3.

4- Infractions vise ´es par l’article 489 du Code pénal


L’article 489 du Code pénal reproduit deux hypothèses de l’ancienne
banqueroute simple facultative, à savoir :
a. Article 489, 1° : avoir contracté, au profit de tiers, sans contrepartie suffisante,
des engagements trop considérables eu égard à la situation financière de
l’entreprise : il s’agit du correspondant de l’ancien article 574, 1°, du Code de
commerce ; ce sont, par exemple, les cautionnements donnés pour des dettes de
tiers sans contrepartie ou sans justes motifs de confiance dans la solvabilité du
débiteur garanti.

b. Article 489, 2° : avoir, sans empêchement légitime, omis d’exécuter


les obligations prescrites par l’article 53 sur les faillites : il s’agit du
correspondant de l’ancien article 574, 5°, du Code de commerce ; les
obligations en question concernent celle de se rendre à toutes les
convocations du juge-commissaire ou du curateur, celle de fournir au
juge-commissaire et au curateur tous les renseignements requis et celle
d’aviser le curateur de tout changement d’adresse. L’élément moral
requis par cette incrimination est le dol général.

5- Infractions visées par l’article 489bis du Code pénal


L’article 489bis du Code pénal reproduit, et parfois aménage, certaines
hypothèses de l’ancienne banqueroute simple, en incriminant les hypothèses
suivantes :
a. Article 489bis,1°: avoir, dans l’intention de retarder la déclaration de faillite,
fait des achats pour revendre au-dessous du cours ou s’être livre´ a ` des
emprunts, circulations d’effets et autres moyens ruineux de se procurer des
fonds: il s’agit du correspondant de l’ancien article 573, 3°, du Code de

19
commerce; le texte est exemplatif et sanctionne tout procédé ruineux auquel
aura recours le prévenu animé du dol spécial précisé´ par le texte, à savoir
l’intention de retarder la déclaration de faillite; le recours excessif au crédit,
même à un taux normal, peut constituer l’infraction; dans ce cas, le bailleur de
crédit pourrait être poursuivi comme complice s’il a participé sciemment à cet
objectif; les moyens utilisés à d’autres fins ne sont pas constitutifs du délit: la
vente à perte peut être décidée pour d’autres motifs légitimes.
b. Article 489bis, 2°: avoir supposé´ des dépenses ou des pertes ou n’avoir pu
justifier de l’existence ou de l’emploi de tout ou partie de l’actif tel qu’il
apparait des documents et livres comptables à la date de cessation de paiement
et de tous biens de quelque nature que ce soit obtenus postérieurement: il s’agit
du correspondant de l’ancien article 573, 4°, du Code de commerce, les
modifications apportées ne rencontrant qu’un souci de clarté´; l’infraction
suppose un inventaire; à de ´faut de celui-ci, le fait pourrait être constitutif d’un
détournement ou d’une dissimulation d’actif incriminés par l’article 489ter,1°,
nouveau du Code pénal, et constituer une infraction à la loi du 17 juillet 1975
relative à la comptabilité´ et aux comptes annuels des entreprises ; ce texte ne
requiert pas de dol spécial.
c. Article 489bis,3°: avoir, dans l’intention de retarder la déclaration de faillite,
paye´ ou favorise´ un créancier au préjudice de la masse: ce nouvel article fait
référence à l’ancien article 573, 5°, du Code de commerce mais s’en écarte
fondamentalement en exigeant cette fois un dol tout à fait spécial, à savoir
l’intention de retarder la déclaration de faillite, ce qui sous-tend la conséquence
d’aggravation du passif et l’atteinte aux intérêts des créanciers; il importe peu
que ce paiement soit nul ou annulable sur base des dispositions de la loi sur les
faillites ou qu’il ait été reçu par un créancier ignorant l’état de faillite du
débiteur; le délit exige un préjudice cause à la masse; le paiement fait à un
créancier privilégié est licite, de même que celui fait pour la conservation d’un
élément actif (des frais de remise en état par exemple) tandis que le paiement
d’une livraison future peut être critiquable1; la faveur à un créancier est
fréquemment la reprise par le fournisseur avec l’accord du débiteur, de
marchandises vendues, mais impayées, et ne constituera l’infraction qu’à la
condition de rencontrer l’exigence du dol spécial; l’expose´ des motifs précise
que le comportement incrimine´ n’est à prendre en considération qu’à partir de
la date de cessation des paiements.
d. Article 489bis,4°: avoir, dans l’intention de retarder la déclaration de faillite,
omis de faire l’aveu de la faillite dans le de ‘lai prescrit par l’article 9 de la loi
sur les faillites, ou avoir sciemment omis de fournir, à l’occasion de l’aveu de la

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faillite, les renseignements exigés par l’article 10 de la même loi, ou avoir
sciemment fourni des renseignements inexacts à l’occasion de l’aveu de la
faillite ou ultérieurement aux demandes adressées par le juge-commissaire ou
par le curateur: le nouvel article est le correspondant de l’ancien article 574, 4°,
du Code de commerce, sous la réserve que le défaut d’aveu de faillite n’est
incrimine´ à présent que si le prévenu poursuivait une intention de retarder la
déclaration de faillite; ce dol tout à fait spécial est évidemment essentiel 3 et
rend la nouvelle disposition plus favorable au pre´venu4; par ailleurs, le délai
résultant de la nouvelle loi sur les faillites pour faire l’aveu de la faillite est à
présent d’un mois, et non plus de trois jours comme précédemment;
l’introduction de ce dol spécial devrait avoir pour effet de réduire les poursuites
de ce chef, l’ancienne disposition étant la plus fréquemment appliquée dans le
droit pénal de la faillite; le délai d’un mois court à dater de la cessation des
paiements dont le moment est arrêté de manière indépendante par le juge pénal.

6- Infractions visées par l’article 489ter du Code pénal

L’article 489ter du Code pénal traduit quelques anciennes hypothèses de


banqueroute frauduleuse, sous la réserve qu’il s’agit à présent de délits et
non plus de crimes. L’exigence d’un dol spécial, à savoir l’intention
frauduleuse ou le dessein de nuire, est maintenue ; il avait été juge´ que
cette intention pouvait résulter d’un désordre de la comptabilité´ si
considérable qu’il ne pouvait être que frauduleux5. Comme les articles
489 à 490 nouveaux du Code pénal, l’article 489ter nouveau ne
sanctionne que les faits qui résultent de l’état de faillite ; dès lors, les faits
qui se produiraient avant que cet état ne soit constaté, pourraient être
poursuivis du chef d’une autre prévention, telle par exemple
l’organisation frauduleuse d’insolvabilité´, l’abus de confiance ou encore
l’abus de biens sociaux sur pied du nouvel article 492bis du Code pénal.

a. Article 489ter,1°: avoir détourné ou dissimulé une partie de l’actif: il


s’agit du correspondant de l’ancien article 577, 2°, du Code de commerce;
l’infraction consiste en la disparition d’une partie de l’actif sans
contrepartie économique; il en est ainsi pour la destruction volontaire de
biens, la cession de l’actif à une société créée à cette fin par le failli, les
ventes au noir, des prélèvements anormaux, même au titre de
rémunération, dans les fonds de l’entreprise1, l’impossibilité de justifier la
discordance entre l’actif actuel et l’actif du dernier inventaire;

21
le détournement ou la dissimulation doivent être commis au préjudice de
la masse des créanciers et non de certains d’entre eux seulement3.

c. Article 489ter,2° : avoir soustrait, en tout ou en partie, des livres ou


documents comptables : il s’agit du correspondant de l’ancien article
577, 1o, in initio du Code de commerce ; le droit comptable vise à
permettre aux tiers la connaissance de la situation de leur débiteur, la
faute étant de les mettre frauduleusement dans l’impossibilité de
disposer d’une information sincère. S’agissant à présent de délits et
non plus de crimes, il était nécessaire qu’une précision particulière
incrimine la tentative de ces délits, ce qui est prévu dans ce même
article 489ter. Certaines hypothèses anciennes de banqueroute
frauduleuse ont disparu du nouveau Code pénal, notamment
l’altération frauduleuse des livres et documents comptables et la
reconnaissance frauduleuse de dettes fictives, ces hypothèses restant
évidemment visées par les dispositions des articles 193 et suivants du
Code pénal relatives à la répression des faux en écriture, en telle sorte
que certaines redondances d’incriminations ont été supprimées.

7- Infractions visées par les articles 489quinquies et sexies du Code


pénal : infractions commises par des tiers

L’article 489quinquies est le correspondant de l’ancien article 575 du


Code de commerce en ce qu’il incrimine les infractions commises par des
tiers et non par le failli ; le dol spécial est requis et précisé ; les faits
incriminés supposent l’existence d’un jugement ou d’un arrêt déclaratif de
faillite préalable.

L’article 489 quinquies concerne d’abord les tiers qui, dans l’intérêt du
commerçant ou d’une société commerciale déclarés faillis, ont soustrait,
dissimulé ou recelé tout ou partie de l’actif ; il incrimine ensuite celui qui
a présenté dans la faillite et affirme´, soit en son nom soit par interposition
de personnes, des créances supposées ou exagérées. L’intention
frauduleuse est exigée.

L’article 489sexies nouveau du Code pénal incrimine le curateur qui s’est


rendu coupable de malversation dans sa gestion, comme le faisait l’ancien
article 575, 4°, du Code de commerce.
Les tiers peuvent donc être les auteurs d’une infraction principale aux
articles 489quinquies et sexies, mais peuvent également être inquiétés au

22
titre de la participation, en qualité de co-auteur ou de complice, à des
infractions principales commises par les commerçants en état de faillite ou
par les dirigeants des sociétés commerciales en état de faillite. Les
principes généraux de la participation s’appliquent évidemment aux
articles 489 à 490 nouveaux du Code pénal ; rappelons que le co-auteur
ou le complice est susceptible d’être poursuivi alors qu’il n’a pas agi lui-
même dans une intention frauduleuse, le dol requis dans le chef du
participant étant le dol général, à savoir l’action commise sciemment et
volontairement, même si l’intention frauduleuse est requise dans le chef
de l’auteur1.

8- Les peines

Les articles 489 à 490 nouveaux du Code pénal ces faits infractionnels en
délits ; le détournement d’actif incrimine´ par l’article 489ter, 1o, nouveau
du Code pénal autorise ainsi une peine d’emprisonnement d’un mois à
cinq années, et une amende de 100 F à 500.000 F (6200) ; la peine venant
frapper le curateur coupable de malversation dans sa gestion est du même
montant. L’article 490 nouveau du Code pénal prévoit la publication
obligatoire des décisions de condamnation à une peine d’emprisonnement
prononcée sur base des articles 489bis et 489ter du Code pénal, dans le
seul Moniteur belge, et non plus par voie de presse, ce qui comportait une
connotation infamante qui n’est plus adéquate de nos jours2. Les
interdictions professionnelles organisées par l’arrêté royal no 22 du 24
octobre 1934 sont maintenues dans les hypothèses d’infraction aux
articles 489, 489bis et 489ter du Code pénal.

9- Addendum : Les dispositions pénales de la loi du 17 juillet 1997


relative au concordat judiciaire

La nouvelle législation relative au concordat judiciaire comporte deux


dispositions de nature pénale, à savoir les articles 46 et 47, sanctionnant le
débiteur qui, de manière générique, a trompé sur la situation réelle de son
entreprise en difficulté, et de manière générique également, incrimine les
personnes, autres que les débiteurs, qui ont frauduleusement truqué des
opérations concordataires.

23
CONCLUSION

24

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