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PLAN

Le recueil poétique Chants d’Ombre de Senghor, publié en 1945, évoque la mémoire de l'Afrique et la culture noire à travers des thèmes tels que l'enfance, l'exil, la colonisation et la femme. Senghor y développe un style unique, mêlant traditions africaines et influences françaises, tout en affirmant l'identité nègre et en dénonçant les injustices subies par son peuple. Ce recueil est à la fois une célébration de la culture africaine et un cri de révolte contre l'oppression coloniale.

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Le recueil poétique Chants d’Ombre de Senghor, publié en 1945, évoque la mémoire de l'Afrique et la culture noire à travers des thèmes tels que l'enfance, l'exil, la colonisation et la femme. Senghor y développe un style unique, mêlant traditions africaines et influences françaises, tout en affirmant l'identité nègre et en dénonçant les injustices subies par son peuple. Ce recueil est à la fois une célébration de la culture africaine et un cri de révolte contre l'oppression coloniale.

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PLAN

INTRODUCTION
Le recueil poétique Chants d’Ombre est lié aux années parisiennes de Senghor et aux
épreuves de la guerre. En effet, cette oeuvre annonce la volonté de rendre « la mémoire de vie
à l’homme noir aux espoirs éventrés » et de « manifester l’Afrique avec confiance ». Mais
Chants d’Ombre est surtout la poésie du « royaume d’enfance » selon l’heureuse formule du
poète lui-même. En donnant à son recueil le titre de Chants d’Ombre, Senghor fait un pari à la
fois poétique et idéologique. Dans le cadre de cette étude, nous nous intéresserons d’abord à
l’auteur en faisant un aperçu biographique et bibliographique, avant d’analyser l’oeuvre en
étudiant le contexte, d’apparition, le contenu, la structure, les thèmes et le style.

Vie et œuvre de Senghor

Biographie

Bibliographie

Résumé

Les styles
Le poète définit son style comme le style nègre, le style qui n’est pas répétition, le style qui
n’est pas soumission en un mot le style qui n’est pas logique.
SENGHOR fait état des reproches qui sont faits à Aimé Césaire, en particulier celui de «
lasser» de fatiguer « par son rythme de tam-tam » ; et SENGHOR ajoute : «… comme si le
propre du zèbre n’était pas de porter des zébrures. » Il y aurait donc un rapport intime, étroit,
nécessaire, entre le rythme et les traditions poétiques négroafricaines. Le poète s’en explique
en associant le rythme et l’authenticité : le Nègre, dit-il « est d’un monde où la parole se fait
spontanément rythme dès que l’homme est ému, rendu à lui-même, à son authenticité.»
L’importance des traditions africaines, dans le rôle qu’il attribue au rythme, est
immédiatement marquée par le fait que le poète donne parfois des indications sur les
instruments africains (tam-tams, kôras, balafong) qui doivent accompagner certains poèmes
(Que m’accompagnent kôras et balafong ; Le retour de l’enfant prodigue).
Malgré l’influence de la poésie française, l’on sent bien que SENGHOR ne se contente pas de
juxtaposer ce qui pourrait s’appeler octosyllabes, décasyllabes alexandrins, etc. Il crée des
vers réclamant une ampleur de respiration plus exigeante que les vers français traditionnels, et
qu’on aura tendance à appeler des versets. (Le verset c’est initialement ,chacun des petits
paragraphes traditionnellement constitués pour diviser un texte sacré,comme la Bible ou le
Coran . Mais ce nom est employé également, depuis 1933, pour désigner une phrase ou une
suite de phrases rythmées d’une seule respiration, et découpées dans un texte poétique à la
façon des versets des psaumes.)
Même si l’utilisation du verset à la place du vers traditionnel dans la poésie senghorienne a
parfois été considérée comme une influence de Claudel ou de Saint John-Perse, il n’en
demeure pas moins que la poésie de Chants d’ombre revêt une originalité incontestable. Cette
originalité est en effet marquée par :
– l’omniprésence de la nomination : cf. « Joal », « Masques ! O Masques », « Femme noire ».
Dans la culture dont il vient, le pouvoir du verbe ne se définit pas comme dans la
cultureoccidentale .En effet, dit – il, dans les langues négro-africaines, « presque tous les mots
sont descriptifs ». Qu’est-ce que cela veut dire ? Que dans ces langues, nommer une réalité,
c’est décrire – c’est donc véritablement, rendre cette réalité présente, (alors que depuis la fin
du XIXème siècle un certain nombre de poètes français, symbolistes notamment, ont pensé
que nommer, c’était désigner les choses en absence, et, d’une certaine façon, faire briller leur
absence.)
-On note l’emploi d’un lexique inhabituel et exotique puisé dans la réalité africaine
(Ex :Dyâli, tyédo, signares, guelôwar…); d’un vocabulaire religieux et profane (Hostie,
Tatum Ergo, pangoles); de multiples figures de style telles que l’anaphore (femme noire), la
personnification, l’allégorie (représentation de l’Afrique) ; des rejets qui mettent en valeur un
mot clé ou une réalité : « A peine » (p. 12) et des procédés sonores qui compensent l’absence
de rimes (voici que décline la lune lasse vers son lit de mer étale)
-Le style dans Chants d’ombre est aussi marqué par des images surréalistes et des associations
de mots étranges, des écarts syntaxiques qui réveillent l’imaginaire du lecteur et lui suggère
plus de pistes d’interprétations ; des écarts lexicaux qui produisent plus de sens parce qu’ils
échappent à la banalité : « Les patènes des joues », « je t’adore o beautés, de mon œil
monocorde »p. 16
-On peut aussi noter la rareté de la ponctuation qui est parfois absente, ce que SENGHOR
revendique comme « ponctuation expressive » qui assure une fluidité et une ampleur de la
pensée.
-L’originalité de la poésie senghorienne se trouve aussi dans le mélange entre la tonalité
épique ( par exemple quand le poète veut faire revivre le passé de l’Afrique et sa grandeur
mythique) et la tonalité lyrique ( quand il évoque ses propres sentiments).

Etude thématique
Publié en 1945, une quinzaine d’années avant l’acquisition de l’indépendance dans la plupart
des colonies africaines, ce recueil intitulé Chants d’ombre est l’une des oeuvres majeures
écrites par un Sénégalais. Il glorifie le monde noir qui en est la première référence et y évoque
pêle-mêle l’histoire du Sine, de celle des autres empires africains ou encore de l’Égypte
pharaonique ; il y célèbre l’art, la sagesse africaine et y rend hommage à la femme noire.
Chants d’ombre est donc le recueil de la nostalgie, d’une tentative de conjurer l’exil parisien
et de ressusciter l’Afrique précoloniale, « cette Afrique-là » qui semble avoir disparu à jamais.
Chants d’ombre est aussi une réponse idéologique et militante aux thèses pour légitimer la
colonisation dont le maître-mot est la négation de l’existence de culture et de civilisation en
Afrique. Chants d’ombre est enfin là voix de l’Afrique et de la race noire qui développe des
thèmes variés : le royaume d’enfance, la fidélité à la culture, l’exil, la femme, la race, la
colonisation… que j’aborde dans l’ensemble dans cette publication

1. LE « ROYAUME D’ENFANCE »
L’expression »royaume d’enfance » réunit plusieurs significations, à petite comme à grande
échelle. Présent dans des poèmes comme »Joal », »Nuit de Sine », »Que m’accompagnent
kôras et balafongs », etc., ce terme renvoie tantôt à la patrie du poète, à son enfance idyllique,
tantôt à un contexte : celui de la société africaine d’avant la colonisation.
Les villages de Joal »l’ombreuse », de Djilor, de Fadiouth restituent, sous forme
d’échantillons, ce cadre quasi paradisiaque qui abrite une société fortement enracinée dans ses
valeurs, ses traditions et son histoire, c’est-à-dire une communauté non encore »corrompue »
par ce que les Occidentaux appellent la seule »civilisation ».

2. LA CULTURE
Senghor a bâti sa doctrine autour du village africain, siège de la culture, pour mieux battre en
brèches les thèses racistes de »table rase ». Chants d’ombre est un hymne de la fidélité à la
culture originale à travers l’exhibition des manifestations rituelles (sacrifices), l’oralité (griots,
chants, devinettes…), le merveilleux (les êtres surnaturels) et les croyances ancestrales
(réincarnation, communion avec les morts). D’ailleurs, les titres des poèmes du recueil ( »Nuit
de Sine », »Joal », »Masque nègre », »Totem », »Prière aux masques »,… traduisent
parfaitement le refus de l’assimilation et le souci de préservation des valeurs ancestrales.

3. LE MYSTÈRE
Dans ce livre, l’Afrique est représentée comme un univers où l’on vit dans la familiarité des
ancêtres qui ne sont plus : « Femme allume la lampe au beurre clair que cause autour les
ancêtres comme les parents, les enfants au lit.
Écoutons la voix des Anciens d’Élissa. Comme nous exilés
Ils n’ont pas voulu mourir, que se perdit dans les sables
Le torrent séminal. (…)
Que je respire l’odeur de nos morts, que je recueille et redise leurs voix vivantes…» ( »Nuit
de Sine »)
Convaincu que les « morts ne sont pas morts », le poète croit fondamentalement au principe
de réincarnation :
« Je suis moi-même le grand-père de mon grand-père
J’étais son âme et son ascendance »
Dans cette Afrique là, les anciens initient les jeunes aux mystères de la nature :
« Tokô ‘ Waly (oncle de Senghor) tu écoutes l’inaudible
Et tu m’expliques les signes que disent les ancêtres dans la sérénité marine des constellations
» ( »Que m’accompagnent kôras et balafongs »)

4. L’EXIL
Senghor quitte très tôt le nid douillet de la famille, le giron du royaume d’enfance en quelque
sorte, pour séjourner seize ans en Europe où il se sent seul, très seul… Exilé dans la froide
ambiance de la vie occidentale, le poète fait l’amère expérience de l’ennui :
« Quelle marche lasse le long des jours d’Europe où parfois
Apparaît un jazz orphelin qui sanglote sanglote sanglote »
Parfois, ce sentiment d’exil est traduit en terme d’enfermement, de souffrance et d’angoisse :
« Mes ailes battent et se blessent aux barreaux du ciel bas
Nul rayon ne traverse cette voûte sourde de mon ennui » ( »Ndessé ou blues »)

5. LA RACE
Senghor garde vivace dans sa mémoire le souvenir de l’oppression dont sa race a été victime,
notamment l’épisode douloureux de l’esclavage :
« Les mains blanches qui flagellèrent les esclaves » ( »Neige sur Paris »)

6. LA COLONISATION
Le poète sénégalais instruit le procès de la colonisation ; il dénonce énergiquement le pillage
de l’Afrique, les brimades, la violence et les servitudes de la colonisation :
« Les mains blanches qui tirèrent des coups de fusils qui croulèrent les empires. (…)
Les mains blanches qui abattirent la forêt de rônier » ( »Neige sur Paris »)

7. L’HISTOIRE
Dans Chants d’ombre, Senghor entreprend un travail de réhabilitation des figures historiques
africaines (que les Occidentaux ont qualifiés de roitelets sanguinaires) à travers leur prestige,
leur humanisme, leur élan de patriotisme. Loin d’être un tyran, le souverain est le défenseur,
le protecteur de son peuple :
« Tu n’es pas plante parasite sur l’abondance rameuse de ton peuple
Ils mentent ; tu n’es pas tyran, tu ne te nourris pas de graisse.
Tu es l’organe riche de réserve, les greniers qui craquent pour les jours d’épreuve (…)
Je ne dis pas le silo mais le chef qui organise la force forge
Le bras, mais la tête qui reçoit coups et boulets.
Et ton peuple s’honore en toi… »
( »Que m’accompagnent kôras et balafongs »)

8. LA FEMME
Dans Chants d’ombre, la femme a une dimension complexe. Son évocation est parfois liée au
thème de l’amour ( »Masque nègre », »Femme noire »…) La peinture de la femme peut
revêtir des accents pétrarquistes, compte tenu de sa dimension platonique. Dans »Masque
nègre », la femme affiche un visage « que ne souillent ni fards ni rougeurs ni rides, ni traces
de larmes ni de baisers ». Cependant, ce lyrisme poétique atteint parfois des proportions
érotiques ; dans »Femme noire » par exemple, on peut lire :
« Gazelle aux attaches célestes, les perles sont étoiles dans la nuit de ta peau ».
Mais mieux vaut l’ajouter, cette femme fait aussi office de mère dans d’autres poèmes et,
mieux encore, elle symbolise l’Afrique dans ce qu’elle a de paradisiaque mais une terre
vierge, hélas, saccagée, violée, piétinée par les Blancs envahisseurs et si soifs de chair fraîche.

CONCLUSION.
Pour tout dire, ce recueil sonne comme une sorte d’affirmation de l’identité nègre, un cri
d’espoir et de
révolte au nom d’une race et d’un peuple opprimé. Au vu et au su de tout ceci, qui oserait
prétendre que
Senghor n’est pas engagé ?

Composition
Chants d’ombre, publié en 1945 est composé de poèmes écrits vers les années 1930 et pour la
plupart ayant pour cadre la France. Ce recueil est structuré en sous-parties ou sections qui sont
les suivants :

 Première Section :
Elle est constituée de 17 poèmes dont deux sont dédiés à Aimé Césaire et à Pablo Picasso.
Cette section traduit le mal du poète et sa nostalgie pour l’Afrique. Elle exprime aussi
l’esthétique nègre, l’affirmation d’une culture noire, la reconnaissance du poète
 Deuxième Section :(« Que m’accompagnent koras et balafongs »)
Le poète y fait un va-et-vient entre le passé (son enfance, sa formation intellectuelle et
religieuse) et le présent marqué par son écartèlement entre deux cultures symbolisées par deux
jeunes filles et le choix à faire. Pour l’action future, le poète veut rétablir l’ordre ancien et
traditionnel que l’Europe avait bouleversé en falsifiant l’histoire réelle.
Enfin, le poète fait une synthèse entre hier et aujourd’hui en mettant en relief l’esthétique
nègre.

 Troisième Section :( « Par-delà l’Eros ») :


Comme l’indique le titre, on retrouve dans cette partie des poèmes d’amour. Il s’agit de
l’amour pour différentes femmes de races variées. Le poète s’amuse à brouiller ses souvenirs
en utilisant souvent la métonymie.

 Quatrième Section (« Le retour de l’enfant prodigue »)

Après une longue absence, le poète rentre à la maison paternelle. Pour se défaire de
l’influence de la civilisation européenne, il fait appel aux « anciens ». Ambassadeur de sa
race, le poète veut libérer son peuple asservi et exploité en sollicitant le soutien des « anciens
» et en ressuscitant le passé lointain. Il fait alterner le passé (fait de bonheur) et le présent
(synonyme de négation des valeurs humaines) qui s’éclairent mutuellement par contraste.

Etude temporaire et spatiale

Conclusion
On peut retenir de Senghor le fait qu’il fait partie des poètes qui ont lutté pour l’enracinement
dans les valeurs culturelles du monde noir. On peut dégager aussi dans ses poèmes deux axes
de réflexion. Le premier serait diachronique et porterait sur la signification des principaux
messages véhiculés par le recueil. Ils sont donc contingents puisque marqués par les
événements vécus par l’auteur. Quant au second, il serait plutôt synchronique et traiterait des
thèmes récurrents présents dans la plupart des recueils.

I/ BIOGRAPHIE ET BIBLIOGRAPHIE DE L’AUTEUR :

Senghor voit le jour à Joal en 1906. On lui donna le surnom de Sédar qui signifie « celui qui
ne connaitra jamais la honte ». Son père Diogoye Basile est un riche commerçant et sa mère
Gnilane Bakhoum est issue d’une famille qui possédait quelques champs et quelques tètes de
bétail .Senghor passera les sept premières années de sa vie à Djilor, village de sa mère où son
oncle maternel (Toko Waly) lui fera découvrir la Nature et ses mystères. Cette période de sa
vie marquera profondément le futur poète car il évoquera souvent dans ses poèmes ce «
royaume d’enfance ». Ensuite, il poursuivra son éducation chez les Pères de Ngazobil. Après
son certificat d’études primaires, comme il envisage de devenir prêtre, il est envoyé au
Collège-Séminaire Libermann de Dakar. C’est à cette époque que Senghor commencera déjà
à prendre conscience de certains préjugés dont la race noire était victime. Le Père directeur,
jugeant son esprit frondeur incompatible avec la vocation de prêtre, l’obligea alors à aller au
Cours Secondaire laïque. Quand il obtient son baccalauréat, il renonça définitivement à sa
vocation et va poursuivre ses études en France. Senghor évoquera plus tard son angoisse lors
de ce départ dans son poème « C’est le temps de partir » tiré de Chants d’ombre (« C’est le
temps de partir, d’affronter l’angoisse des gares ») ; il y évoquera aussi ce « Paris froid » qui
manque de chaleur climatique et humaine. Senghor est parti en France pour dira-t-il « se
servir des armes de l’Europe, de la raison discursive pour acquérir les sciences de l’Europe
qui nous permettraient d’avancer matériellement dans la voie de la civilisation moderne, mais
en même temps, il s’agissait pour moi de revaloriser les valeurs de la civilisation négro-
africaine ». C’est aussi à Paris que va se concevoir en 1934 le
Mouvement de la Négritude avec Césaire, Damas et Senghor. Ces années parisiennes sont
pour le poète des années de maturation qui forgeront sa pensée et transformeront ses écritures.
En 1935, Senghor est reçu à l’agrégation de grammaire. Ensuite, il est nommé Professeur et il
« enseigne le français aux Français de France ». En 1939, Senghor qui a la nationalité
française participe à la deuxième guerre mondiale et il sera fait prisonnier. Le recueil Hosties
noires évoque ses sentiments et les sacrifices des tirailleurs. Après la guerre, de retour au pays
pour étudier le rythme sérère, il sera persuadé par Lamine Guèye (Maire de Dakar) à
s’engager dans la politique « je voyais la misère des paysans et j’ai accepté, mon but était de
mener le Sénégal à l’indépendance, après quoi je prendrai ma retraite politique ». Partagé
entre son intérêt pour la littérature et le devoir de s’impliquer dans la politique, il sera
successivement député, secrétaire d’Etat et premier Président du Sénégal indépendant. Il
occupera ce dernier poste pendant 20 ans avant de quitter volontairement le pouvoir. Sa
politique était basée sur l’éducation qui, selon lui, est la base de l’évolution des peuples car «
le progrès repose sur les hommes ».Après sa retraite politique, il entre à l’Académie Française
en 1984. Sa vie privée est endeuillée par la mort accidentelle de deux de ses enfants, nés de
son second mariage avec Colette. Après avoir connu les honneurs d’une destinée
internationale, Senghor se retire à Verson où il finira ses jours le 20 décembre 2001. Il sera
enterré au cimetière de Bel Air à Dakar à côté de son fils Philippe malgré les réticences de
certains qui affirmaient que Senghor voulait être enterré à Joal. Ce poète- président qui
préférait modestement les joies de l’esprit aux griseries du pouvoir s’est immortalisé à jamais
à travers surtout sa production littéraire, c’est lui-même qui, parlant de la mort disait : « Je
suis plein d’angoisse et je me demande ce qu’est la mort(…).En tant qu’écrivain, en tant que
poète, je pense que le but ultime de la vie d’un homme, c’est de créer des oeuvres de beauté et
c’est à travers ces créations qu’on participe à l’éternité de la vie. »

II/CONTEXTE D’APPARITION ET CONTENU DU RECUEIL


A/ LE CONTEXTE
Senghor se trouve en France où il se sent dépaysé dans un pays où il n’y pas de chaleur
humaine, de solidarité et d’altruisme. Pour le poète le pays devient presque invivable il a du
mal à s’adapter dans un pays où tout contraste avec l’Afrique. Dans sa solitude, Senghor fait
un voyage poétique dans les profondeurs de l’Afrique dont il a la nostalgie. Les meilleurs
souvenirs défilent et le poète plonge dans l’atmosphère chaleureuse du pays natal.

B/LE CONTENU
Chants d’Ombre est une oeuvre dans laquelle la poésie de Senghor se fait plus poétique. Le
poète y chante des valeurs morales et esthétiques du monde noir.
Chants d’Ombre est aussi une oeuvre nostalgique et les images du pays natal hantent le poète
dans sa solitude.
L’oxymore du titre contribue à accentuer le contraste entre son désarroi né de la solitude de la
nuit et la joie des souvenirs de la belle vie en Afrique :
Dans les 41 poèmes que compte ce recueil, Senghor a développé d’une part l’existence d’une
civilisation, et d’autre part il a évoqué son monde de l’enfance qu’il recrée comme cadre d’un
bonheur total. Pour le poète son enfance a été un royaume, un Eden, un paradis.
A travers ses poèmes, la négritude senghorienne tend à dire ce qu’est le monde noir ce qu’est
sa civilisation avec toutes ses richesses et ses valeurs.
Chants d’Ombre pourrait être une poésie lyrique car le poète chante son émoi causé par
l’éloignement de son village natal : par exemple dans « In memoriam » le poète sollicite
l’intercession des morts.
« Tout le long du jour » indique également une plongée du poète dans l’atmosphère du
Sénégal qui fait penser à une campagne électorale.
« Femme Noire » évoque des images sensorielles qui incitent aux désirs physiques. Les
valeurs esthétiques sont étroitement liées à la négritude en tant que volonté de revaloriser la
beauté noire.
« Prière aux masques » est un poème, marqué de « sacralité » c’est une prière aux ancêtres
symbolisée par les masques qu’il faut vénérer. C’est aussi pour Senghor l’occasion de montrer
l’apport du nègre à la civilisation de l’universel à travers nos rires, nos chants et nos danses : «
Nous sommes les hommes de la danse dont les pays reprennent vigueur en frappant le sol dur
»
« Nuit de Sine » est la première représentation d’une atmosphère nocturne. Dans ce poème le
poète évoque la communion entre l’homme et la nature, les êtres vivants et les morts.
« Joal » est le plus beau souvenir du poète. Cette ville natale ou plutôt d’adoption hante le
poète dans sa tour où il est enfermé en France. Il revoit son enfance à travers cette ville
majestueuse, pleine de mystères et de souvenirs .
« Que m’accompagnent Koras et balafongs » écrit en Décembre 1939 au début de la guerre ;
ce poème très long est composé de plusieurs tableaux ou mouvements qui évoquent
alternativement l’Europe et l’Afrique en un curieux jeu de miroirs. Tout Senghor est dans
cette alternance qui surgit souvent dés que sa méditation se prononce etc.…
Vers la fin du recueil la négritude théorisante cède la place à la négritude combattante. Chants
d’Ombre est donc l’un des recueils du poète les plus fascinants où Senghor est souvent
partagé entre une mère-Afrique tendre, douce, possessive et un père adoptif l’Europe aux
infrastructures enivrantes et à la rationalité séduisante.

III/STRUCTURE DU RECUEIL
A/LE TITRE
Le titre semble revêtir une double signification. Pour Senghor, le chant exprime une
spécificité culturelle en Afrique où la création littéraire reste essentiellement orale et se
transmet souvent par le chant. Le chant pour Senghor, est synonyme de poésie, de moyen de
communication avec l’autre. L’ombre, quant à elle, peut aussi bien suggérer l’inquiétude, le
mystère, que la sagesse, le sacré, la couleur noire, en un mot l’Afrique. En effet, la plupart des
titres de poèmes ou de recueils de poèmes de Senghor renvoient soit à la couleur noire (« Nuit
de Sine, Femme noire,
Hosties noires, Nocturnes…), soit à des réalités typiquement africaines (« Masque nègre, Au
Guélowar, Que m’accompagnent koras et balafongs, Lettres d’hivernage…).

B/COMPOSITION

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