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Actes Du Colloque

Le colloque « Empêche-moi si tu peux !! » a eu lieu en mai 2014 à Dieppe, abordant la vie affective et sexuelle des personnes en situation de handicap. Les intervenants ont discuté des évolutions législatives et sociétales concernant la sexualité des personnes handicapées, tout en soulignant les défis persistants dans les établissements. L'événement visait à sensibiliser les professionnels et les familles sur l'importance d'accompagner les personnes handicapées dans leur vie affective et sexuelle.

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Actes Du Colloque

Le colloque « Empêche-moi si tu peux !! » a eu lieu en mai 2014 à Dieppe, abordant la vie affective et sexuelle des personnes en situation de handicap. Les intervenants ont discuté des évolutions législatives et sociétales concernant la sexualité des personnes handicapées, tout en soulignant les défis persistants dans les établissements. L'événement visait à sensibiliser les professionnels et les familles sur l'importance d'accompagner les personnes handicapées dans leur vie affective et sexuelle.

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LES ACTES DU COLLOQUE Octobre 2014

APEI de la Région Dieppoise ACTES DU COLLOQUE


« Empêche-moi si tu peux !! »
14 et 15 mai 2014 à Dieppe Ma vie , mes besoins, mes droits, mes devoirs

Colloque sur la Vie Affective et Sexuelle des personnes en situation de handicap


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Les Intervenants

Sabine CHATROUSSAT est Psychologue Clinicienne à l'ARRED et Doctorante à


l’Université de Rouen. Le SAVS de l’APEI de DIEPPE a collaboré à ses recherches sur
la parentalité des personnes en situation de handicap.

Martine COSTES PEPLINSKY est diplômée en sexologie humaine (Faculté de


Médecine de Bobigny). Formée à l’approche sexo-corporelle par le Pr [Link]
DESJARDINS (Hôpitaux Universitaires de Genève/Suisse). Membre de l’ISI, Institut
Sexo-corporel International. Formation et Clinique.

Le CRIAVS est le Centre Ressources pour les Intervenants auprès des Auteurs de
Violences Sexuelles. Jean Boitout, coordinateur du CRIAVS. Catherine Beuzelin est
Infirmière en psychiatrie au Centre Thérapeutique Saint-Sever. Jean François Laot est
Educateur Spécialisé au Centre Thérapeutique Saint- Sever

Gaëlle LEGRAND est Conseillère en Image. Agence Parenthèse. Elle propose un


atelier colorimétrie.

Christian LUCAS est formateur dans le secteur médico-social et médiateur. Il est le


discutant durant ces deux journées.

Héloïse REMY est chorégraphe et fondatrice de la compagnie de danse Lamadéo,


installée en Haute Normandie depuis 2011. Elle animera l’atelier artistique.

Muriel ROBINE est Présidente de l'association COVER, fondatrice du magazine en


ligne « COVER-Dressing » et auteure du mémoire « La mode comme outil d’inclusion
des personnes en situation de handicap ». Elle porte, avec des actions innovantes, une
volonté de changement de regard sur le handicap, au travers d’une présentation
différente de la personne.

Christine TERNAT est Directrice de Publication du Journal Globules. Elle a collaboré


avec l’APEI à la création d’un témoignage vidéo des participants.

Sheila WAREMBOURG est diplômée en sexologie et santé publique. Elle est chef du
projet AVAS (Service d’Accompagnement à la vie affective et sexuelle des personnes
handicapées) et propose aux professionnels des formations à l’animation de groupes
de paroles sur les thèmes de la vie intime, affective et sexuelle.

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Mot d’accueil

François LECOSSAIS, Président de l’APEI de la Région Dieppoise

BONJOUR A TOUS ET A TOUTES,

Permettez-moi d’excuser M. Sébastien JUMEL Maire de Dieppe et M. Daniel VERGER,


délégué au handicap qui n’ont pu être là pour des obligations.

La sexualité est un sujet sensible entre tous. Mais en plus s’il concerne des personnes en
situation de handicap, ce n’est plus un sujet sensible mais plutôt un sujet tabou.

En effet, aborder le sujet de la vie affective et sexuelle pour les personnes qui sont prises en
charge dans nos associations n’a pas toujours été source de consensus mais depuis quelques
années, les mentalités et les comportements sont en train de changer.

A l’APEI de Dieppe, sous l’impulsion de Nancy COUVERT, un travail est engagé depuis 3 ans
pour sensibiliser tous les professionnels. Car le constat est que les personnes en situation de
handicap mental n’ont pas accès à la connaissance et l’échange sur l’émotion, les sentiments ,
la sexualité.

C’est aussi dans le foyer familial que ses accès à la connaissance ne se font pas, sans doute
parce qu’il est difficile de parler de ces sujets auxquels nous ne sommes pas formés.

C’est pour cette raison, que notre association, respectant son projet associatif, s’engage
aujourd’hui dans une démarche volontariste et ce colloque se propose de répondre à de très
nombreuses questions que nous pouvons et nous devrons nous poser.

De nombreux sujets seront abordés tout au long de ces deux journées et j’espère que
l’ensemble des participants pourront trouver les réponses aux questions qu’elles pouvaient
se poser ou auront une nouvelle approche de la prise en charge ou des réponses aux
problèmes que pouvait soulever le désir de l’autre.

Colloque sur la Vie Affective et Sexuelle des personnes en situation de handicap


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« Empêche-moi si tu peux !! »
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Nancy COUVERT, Directrice du Secteur Adultes de l’APEI de la Région Dieppoise

Simplement deux mots pour introduire ces deux journées. Nous réunissons aujourd’hui 170
personnes. Nous sommes professionnels, familles, administrateurs, personnes accueillies,
tous concernés par un sujet important, mais délicat.

Un sujet intime et qui pourtant est aussi un sujet politique, un sujet de société.

Un sujet qui peut évoquer la peur, le bonheur, la colère, ma vie, la souffrance.

Qui peut séparer et parfois rassembler comme aujourd’hui.

Après les remerciements du Président, je tenais donc tout d’abord à vous remercier d’être
présents et de partager avec nous l’intérêt pour cette question.

Nous aurons l’occasion de vous présenter le travail mené dans les établissements pour
adultes de l’APEI de la région dieppoise au cours d’une table ronde demain.

Mais je souhaitais, cependant juste situer ce Colloque « Empêche-moi si tu peux » qui


marque pour nous un point d’étape de trois années de vie d’un projet institutionnel
transversal auquel ont participé de plus ou moins près tous les professionnels du secteur
Adultes de l’APEI de Dieppe, des personnes accueillies, des administrateurs et des familles.

Un projet construit avec des étapes : du recueil des attentes des uns et des autres, de
l’échange, de la réflexion à la création d’outils, d’écrits institutionnels, d’actions et
d’événements.

L’organisation de ce colloque est une des actions de ce vaste projet.

Il a été pensé avec la volonté à la fois humble et fervente de partager notre expérience,
d’évaluer le travail accompli et tenter de mesurer ses effets sur l’accompagnement, sur le
vécu des personnes accueillies et de leurs familles.

Mais aussi de se poser pour mieux poursuivre, enrichis par les apports des intervenants et
les échanges que nous pourrons avoir.

Pour garantir le bon déroulement de ces journées, nous avons confié le rôle d’animateur
discutant à Christian LUCAS, c’est donc à lui que je passe la parole.

Colloque sur la Vie Affective et Sexuelle des personnes en situation de handicap


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Christian LUCAS, animateur discutant

Le langage affectif et sexuel est le plus fort que tout être humain puisse employer, il est aussi
le plus difficile à gérer.

Dans le champ des handicaps, les limites physiques, sensorielles et/ou mentales vont amener
l’enfant, puis l’adolescent concernés à manifester moins facilement ou au contraire avec
excès leurs besoins affectifs et sexuels : ils touchent les autres et se touchent directement
pour connaître, ils se montrent pour nous signifier qu’ils changent dans leur corps, ils
provoquent pour interroger, ils utilisent certains termes à défaut de connaître ceux qui sont
adéquats, ils abusent parfois pour crier leur solitude.

Les enfants en situation de handicap ne sont pas dépourvus de curiosité sexuelle, mais soit,
ils ne peuvent rien nous en dire par manque de code proches des nôtres, soit ils nous la
traduisent sans pudeur, sans filtre et souvent sans émotion apparente.

Lorsque cette curiosité ne peut se parler, elle est parfois mise en scène : l’enfant glisse sa
main dans la culotte, cherche à regarder ou au contraire détourne les yeux, pose toujours
un doigt sur l’entre-jambe nu de la poupée, rit bruyamment à la vue d’images d’amoureux
dans les magazines, etc….

Il y a donc un monde à raconter, à jouer et à imager, et si le jeune enfant peut entendre


parfois même apprendre le vocabulaire du schéma corporel, il n y a pas de raison de lui
épargner celui du corps intime et nous pouvons d’emblée prononcer des mots comme
« fesses, pénis, vagin ».

Plusieurs questions sont posées et parlées avec les personnes en situation de handicap :

 C’est comment être un homme, être une femme ?


 Qu’est ce qu’on apprécie de soi ?
 Comment faire respecter son intimité
 Comment supporter ou rechercher la solitude
 Comment se protéger
 Comment est construit l’intérieur de notre corps
 Quels sont nos différents liquides : ceux que l’on voit souvent et ceux que l’on voit
rarement
 Et puis que dire de ces réflexes qui nous arrivent sans qu’on les commande : rougir,
sentir son cœur battre, percevoir de la chaleur dans le ventre, des gonflements ici et
pas là,, pourquoi ?
 Comment distinguer la nature des multiples liens que nous établissons avec les
différentes personnes de l’entourage.
 Comment s’affirmer vis-vis de ses parents, d’un éducateur, ou encore de son
partenaire

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« Empêche-moi si tu peux !! »
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Introduction

Martine COSTES PEPLINSKY

Professionnels et Familles face à la question sexualité et handicap


 Handicap et sexualité, des évolutions radicales :
Les progrès de la médecine ont profondément changé le monde du handicap : les handicapés
de naissance (IMC, handicapés mentaux, physiques, trisomiques, autistes, etc.) vivent de plus
en plus âgés. Alors que nombre d’entre eux décédaient très jeunes, aujourd’hui, ils passent
l’adolescence et deviennent adultes – et même vieux. !

Les handicapés par accidents survivent aussi de mieux en mieux à l’accident et vivent de plus
en plus longtemps avec le handicap acquis.

Ces progrès médicaux se sont doublés de l’évolution de la société. En quarante ans, la


question « sexualité et handicap » est révolutionnée. Cette sexualité s’exprime donc plus
facilement dans les établissements mais elle reste perçue comme un problème et non comme
un signe de santé.

 Les évolutions législatives


Les lois de 2002 et 2005 nous enjoignent de permettre aux personnes handicapées de vivre
de façon libre et autonome leur sexualité. Même sous tutelle, ils doivent pouvoir accéder
aux relations affectives et sexuelles. Et pour ce faire les personnels doivent pouvoir les
accompagner vers l’autonomie maximum en la matière. Ainsi, l’accompagnement à la gestion
de vie sexuelle fait partie de la vie des professionnels qui les soignent et qui les
accompagnent dans leur vie quotidienne.

 La réalité dans les établissements


Pourtant, la réalité dans les établissements a encore peu évolué : les textes 2002 et 2005 et
leur déclinaison en matière de sexualité sont mal connus des personnels de terrain.

Les comportements des résidents sont encore mal vécus : ceux qui expriment leurs besoins
(masturbations ou relations sexuelles) sont encore perçus comme dangereux ou en danger,
les relations sexuelles sont encore souvent interdites dans les règlements intérieurs (ou
autorisés mais non tolérés-sic), les aménagements rarement pensés pour permettre intimité,
visites et éventuellement vie de couple, très peu d’éducation sexuelle, très rarement une
information adaptée sur la contraception et la prévention des IST.

Les demandes d’aide à des spécialistes sont le plus souvent liées à des accidents ou des
violences. Très peu dans une dynamique éducative et préventive.

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« Empêche-moi si tu peux !! »
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S’il n’est (presque) plus admis d’interdire purement et simplement, on étouffe encore
l’expression masculine par des androcures et autres calmants pour les hommes sans
diagnostic sexologique. Et s’il n’est plus question d’avortements ou se stérilisations maquillés
sous des appendicites pour les femmes, que faire et comment le faire ? Et comment se
garantir le consentement de la personne handicapée ?

Enfin, les professionnels craignent fortement les réactions de parents face à toute forme
d’autorisation de la sexualité dans les établissements.

 Permettre aux professionnels d’accompagner le développement sexuel de leurs


résidents
Peurs et méconnaissances font encore de la sexualité un domaine difficile à aborder, y
compris y compris pour les professionnels du médical et de l’éducatif. Ils sont souvent
renvoyés à leur seule expérience personnelle, sans repères sur le développement « en
santé » de la sexualité, et sans outils adaptés pour intégrer cette question dans
l’accompagnement éducatif.

Si la sexualité fait bien partie intégrante de la vie quotidienne de la personne handicapée ou


non, les professionnels du handicap doivent intégrer cette dimension dans leur
accompagnement éducatif et médical.

C’est pourquoi, nous proposons aux professionnels un travail pour initier une prise en
charge incluant la santé sexuelle dans la prise en charge globale du handicap.

Loi-Sexualité et Handicap
 Préalable :
Il faut distinguer : loi – justice – morale – croyance – valeurs ainsi que code pénal - code civil

 Les principes :
- Pas de loi spécifique pour les handicapés par refus de stigmatiser. C’est donc
d’abord le droit commun qui s’applique :
- Respect de la vie privée
- Principe d’inviolabilité du corps humain (code civil – art 16-1)
- Droit à la vie
- Droit à la vie familiale
- Responsabilité civile et pénale
- Capacité à l’autorité parentale (sauf mesures d’information qui prouveraient un
incapacité provisoire ou durable)
- La protection contre les violences sexuelles telles que définies par le code pénal

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La loi française prévoit divers dispositifs de protection juridique pour les personnes majeures
dont les facultés mentales ou corporelles sont altérées (sauvegarde de justice - tutelle,
curatelle – pouvant être assumée par un membre de la famille). Mais la protection de la
personne handicapée ou malade mentale ne la dépossède ni de ses droits, ni de ses
obligations. Elle est assistée. Tuteur ou curateur ne peuvent faire obstacle à sa sexualité.

 Des mesures de protection sur 4 axes :


1. l’âge
La majorité sexuelle est fixée à 15 ans, sauf vulnérabilité particulière, auquel cas, la majorité
est à 18 ans. (code civil)
Le mariage est impossible avant la majorité civile, soit 18 ans, pour les garçons comme pour
les filles.
2. la particulière vulnérabilité
« La particulière vulnérabilité, dûe à son âge, à une maladie, à une infirmité, à une déficience
physique ou psychique ou à un été de grossesse, apparente ou connue de l’auteur », est une
circonstance aggravante du code pénal en cas de violence et d’agression sexuelle.
3. le consentement
- Tout mineur est réputé ne pas avoir la capacité d’être ou non consentant. Le majeur est
donc totalement responsable de ses actes envers un mineur.
- La personne handicapée ou malade mentale majeure est capable de consentement : elle
dispose de son droit à consentir ou refuser des actes sexuels, le mariage, ainsi que la
contraception et l’IVG, sauf à être « hors d’état de manifester sa volonté. »
3. Obligation d’information et d’éducation sexuelle
Tout établissement accueillant des handicapés doit inscrire l’information des résidents et la
formation des personnels dans le projet d’établissement. Les inspecteurs de l’IGAS ont
préconisé depuis 1998 « la liberté et l’autonomie des personnes handicapés et des malades
mentaux doivent être promues par un environnement matériel (préservation de l’intimité), juridique
(charte et règlement intérieur) et psychologique (formation des professionnels, aide à l’expression)
qui favorise leur épanouissement amoureux et érotique. » (in V. Larmignot et [Link], La
sexualité confisquée, ASH n°2088n.1998, pp.25-26.)

Note de l’Espace METANOYA : le programme prévu par l’Education Nationale (2h par
trimestre de la maternelle à la terminale) peut servir de référence pour l’appropriation la
mieux conscientisée possible par chacun des résidents de sa vie sexuelle. En veillant à ne pas
travailler que sur les dangers (abus sexuels, grossesses indésirées ou MST) mais bien sur
l’épanouissement de chacun dans le respect de soi, de l’autre et des autres.

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La sexualité, une chance pour les personnes handicapées !


et pour nous tous !

Notre approche et notre expérience en la matière nous permet d’affirmer que cet effort de
tous les professionnels pour voir, entendre et guider les personnes handicapées dans
l’appropriation de leur vie sexuelle est une chance à saisir pour élargir leur
champ d’autonomie, pour améliorer leur qualité de vie intime, certes, mais aussi pour
améliorer leur qualité de vie sociale et leur insertion en milieu ordinaire.

Enfin, la sexualité amène dans l’espace public une parole propre des personnes
en situation de handicap dans une dimension que nous n’avons connue pour
d’autres revendications (soin, accessibilité, citoyenneté ...).

Au travail, donc pour répondre aux besoins !!

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1ère partie :

L’institution confrontée à ses paradoxes : liberté, respect, limites,


protection

Vie affective, intime et sexuelle : quel engagement institutionnel pour


les personnes en situation de handicap, leurs familles et les
professionnels ?
Sheila WAREMBOURG

 Présentation de son parcours :


 Diplômée en sexologie et Santé Publique
 Responsable du Service AVAS (Accompagnement de la Vie affective et Sexuelle des
personnes en situation de handicap), mais depuis 2009, travail indépendant dans la
cadre du cabinet « Sexual understanding »
 Formation professionnelle, animation de groupes de parole avec les personnes
handicapées
 Soirées débats avec les parents (plusieurs séances)
 Consultations individuelles

 Les objectifs de l’accompagnement de la VAS dans les institutions :


 Favoriser la prise de parole des personnes en situation de handicap afin de lever les
tabous et les non-dits qui entourent leur vie affective, intime et sexuelle.
 Promouvoir l’éducation à la vie affective et sexuelle dans le respect de l’intégrité
morale et physique de chacun afin d’apprendre aux jeunes et aux moins jeunes à
identifier et à intégrer les différentes dimensions de la sexualité humaine
 Apporter des informations et des explications claires et adaptées afin de développer
l’aptitude des jeunes et des adultes en situation de handicap à être responsable de
leur vie privée, à adapter des attitudes qui ne nuisent pas à autrui et à s’orienter dans
un monde en pleine évolution des mœurs.
 Assurer une mission de prévention face aux risques des infections sexuellement
transmissibles, de grossesses non désirées et de violences sexuels.

 Historique
 Divers types d’établissements : La France a choisi lier l’aspect intime à l’espae
collectif. Le poids des institutions en France et des professionnels reste donc
aujourd’hui encore prédominant dans la relation à l’enfant et à l’adulte handicapé.
Colloque sur la Vie Affective et Sexuelle des personnes en situation de handicap
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Divers établissements existent : établissements religieux, et puis des associations de
parents qui se battent pour créer des lieux de vie adaptés au fur et à mesure de
l’évolution des besoins de leurs enfants.
 Prévention VIH- SIDA : Le VIH est apparu dans les établissements médico-sociaux
alors qu’auparavant, seul le planning familial s’occupait de ce sujet. Il y a eu quelques
années de flottement où on a senti le travail à faire, mais on n’avait pas les moyens de
le faire.
 Lois en faveur des personnes en situation de handicap : loi de 2002, de 2005, loi
n°2001-588 relative à l’IVG, et à la contraception, stérilisation à visée contraceptive,
l’article 22 dans le code de l’éducation et la circulaire d’application du 17 février 2003
incitant au développement de l’éducation à la sexualité dans les milieux scolaires pour
enfants et adultes.

 Dans combien d’établissements, y a-t-il un projet éducatif sur la sexualité ? Quelle


démarche ?
 Déterminer le positionnement éthique et d’accompagnement pratique
 Créer son réseau intérieur et à l’extérieur de l’établissement : les professionnels ne
sont pas forcément compétents dans tous les domaines, il est nécessaire de se faire
aider, créer un petit comité pour partager les expérioences, analyser les situations
 Inciter un partenariat avec les familles
 Donner la possibilité à TOUS les professionnels d’analyser la situation au niveau
institutionnel et individuel
 Faire un travail en commun (cadres, professionnels, personnes accueillies, familles ) et
réaliser une Charte

Exemple de Charte :

« Un droit fondamental au cœur de la prise en charge : positionnement éthique en faveur de


la vie affective, intime et sexuelle
- L’association reconnaît à chaque enfant et à chaque adulte handicapé mental, le droit
au respect de sa personne.
- L’association reconnaît que prendre en compte la vie affective et sexuelle des
personnes en situation de handicap est un réel facteur de l’épanouissement pour elle.
- L’association reconnaît à toute personne handicapée, quel que soit le niveau de son
handicap, le droit à être considéré comme acteur de sa propre vie affective et
sexuelle.
- L’association reconnaît, conformément à la loi, à chaque personne accueillie, le droit
d’avoir une vie affective et sexuelle
- L’association reconnaît à chacun le droit d’avoir des relations privilégiées avec la
personne de son choix, dans le respect de la volonté de cette personne et dans le
respect des conventions sociales… »

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Un autre exemple de charte dans un ESAT :

« L’ESAT est un lieu de travail.


- L’ESAT est un lieu de relations professionnelles.
- L’ESAT n’est pas un lieu approprié pour vivre des relations intimes et amoureuses.
Toute relation doit avoir lieu dans le respect des soi et des autres. Toute relation
intime n’est pas tolérée sur le lieu de travail
- Il serait souhaitable que les relations amicales, amoureuses et intimes puissent être
facilitées par l’entourage (la famille, le foyer, ….) des travailleurs, hors de l’ESAT.
- Les moniteurs et éducateurs sont à l’écoute et peuvent être à la disposition des
ouvriers en ce qui concerne les questions relatives à la sexualité.
- Les professionnels de l’ESAT peuvent faire appel aux autres collègues, SAVS ou
autres intervenants extérieurs pour apporter des réponses adaptées. »

 Accompagnement des professionnels


Plusieurs points sensibles persistent pour la direction des établissements et des
professionnels :
 Etre témoin de la vie intime de l’autre est difficile voire insupportable,
 Protéger sans surprotéger, lourde tâches de responsabilité
 Accepter des envies et pratiques différentes
 Assistance sexuelle

 En ce qui concerne les personnes accueillies

Leurs volontés c’est de :


 Vivre dignement, avec les mêmes droits, devoirs et libertés
 Apprendre à briser le silence, grâce aux méthodes et outils adaptés à leurs
compétences et déficiences
 Affirmer ses choix et ses désirs
 Prendre des risques : aimer au risque des déceptions mais aimer
 Rêver et s’imaginer : en couple, marié, peut-être parent…ou pas

Cependant des points sensibles persistent pour ces personnes :


 La solitude, la difficulté pour rencontrer de nouveaux amis, avoir son propre réseau
social
 Peu de temps et d’espaces intimes
 Du temps et une méthodologie adaptée pour apprendre et évoluer dans sa pensée.
Elles vont papillonner moins si elles ont le temps d’élaborer des relations.

Colloque sur la Vie Affective et Sexuelle des personnes en situation de handicap


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 Accompagnement des familles :

 Désir et obligation de protéger son enfant,


 Besoin de se questionner, rester humble face à l’inconnu qui est la vie intime de son
enfant
 Eduquer et dialoguer avec son enfant (morale , croyances) mais reconnaitre le besoin
du soutien des professionnels
 Participer à la vie de son enfant qui devient adultes ou qui est adulte, pour pouvoir
intervenir le moins possible dans sa vie intime.

Conclusion en s’adressant à l’auditoire :

De quelle manière votre établissement accompagne (ou devrait accompagner) les


enfants, adolescents et adultes concernés par le handicap à vivre leurs droits, libertés
et à s’autodéterminer dans la façon dont ils vivent leur vie intime, affective et
sexuelle ?

Victor Hugo a dit : « La volonté trouve, la liberté choisit, Trouver et choisir, c’est penser »

Jacques Waynberg : « L’amour est au cœur de l’émancipation d’un Homme »

Témoignage d’un père :

« Je suis signalé à l’ARS car j’ai mis en danger la vie de mon fils en situation de handicap mental et
épileptique, en lui achetant des billets de train afin d’aller dans un « sauna HOMO » où il rencontre un autre
homo. Je lui fournis les lubrifiants et préservatifs.

Mon fils a commencé sa sexualité à l’IME. Il était amoureux d’un autre garçon qui lui est devenu séropositif
car aucune protection.

Ma question est la suivante : Les parents sont seuls à affronter la sexualité de leurs enfants, c’est nous qui
achetons les billets de train. Le vrai danger c’est l’ignorance de cet aspect. »

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L’expérience du CRIAVS Haute Normandie (Centre de Ressources pour les


Intervenants auprès des Auteurs de Violences Sexuelles) auprès
d’équipes éducatives confrontées à des comportements sexuels
inadaptés et/ou violents de la part d’adolescents ou de jeunes adultes.
Intervention de M. Jean BOITOUT, Coordinateur
Tél : 02 35 63 56 37
[Link]@[Link]
106 rue Lafayette 76100 Rouen

 Présentation de l’équipe du CRIAVS HN

Psychiatres, Infirmiers, Psychologues, Éducateurs, CHS du Rouvray, CD de Val de Reuil,


MA de Rouen, Centre Thérapeutique St Sever.

 Les missions du CRIAVS :


1. Impulser la formation initiale et continue auprès des équipes de soins.
2. Initier et animer des réseaux Santé/Justice
3. Etre un lieu de conseil et d’aide pour les professionnels.
4. Participer au développement des principes et actions de prévention
5. Favoriser et développer la recherche, l’évaluation des pratiques et les réflexions sur
l’amélioration des traitements des auteurs de violences sexuelles
6. Créer un centre de documentation.
7. Création d’une Fédération des CRIAVS

 Les types d’agressions sexuelles :


 Attouchements sexuels : Touchers à connotation sexuelle que l’agresseur pose sur la
victime ou lui demande de poser sur lui. Il peut également obliger la victime à toucher une
troisième personne.

 Appels obscènes : anonymes la plupart du temps, ces appels sont constitués de propos
à caractère sexuel, dans le but d’intimider la personne.

 Voyeurisme : le voyeur observe les gens à leur insu; il cherche à les surprendre dans
leur intimité.

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 Exhibitionnisme : provoque de la gêne ou de la peur en montrant des comportements
sexuels et ce, sans nécessairement rechercher de contacts physiques (ex. : exhiber ses
organes génitaux, montrer des illustrations ou des vidéos pornographiques).

 Harcèlement sexuel : il peut s’agir de paroles grossières, d’attitudes, d’actions, voire


même de comportements provoquant l’inconfort et la crainte, menaçant ainsi le bien-être
de la personne. Le harcèlement sexuel est une forme de discrimination, d’abus de pouvoir
et de violence qui implique habituellement la notion de répétition.

 Pédopornographie : consiste à représenter des activités sexuelles impliquant un ou


plusieurs enfants Par définition, les actes sexuels enregistrés et produits dans le contexte
de la pédopornographie sont des abus sexuels sur mineur.

 Viol : relation sexuelle avec pénétration, qu’elle soit vaginale, anale ou orale. La
pénétration peut être faite avec le pénis, une autre partie du corps ou un objet et est
effectuée contre le gré de la victime.
- De femme ou homme adulte viols de guerre
- Par personne ayant autorité
- Sur personne vulnérable handicapé
- Sur mineur, sur mineur de 15 ans
- Par ascendant

 L’inceste : agression sexuelle commise par un adulte sur un enfant avec lequel il a un
lien biologique (ex. : père, grand-père, oncle) ou par un adulte qui représente une figure
parentale pour cet enfant (ex. : beau-père). L’inceste fraternel.

 Les auteurs des violences sexuelles, Conclusions de la recherche


 Peu de pathologies psychiatriques, des troubles du comportement
 Pas de souffrance psychique exprimée, mais mise à jour de vécus traumatiques à travers
un questionnaire
 Le QICPAAS
 Pas de demande de soins
 Grandes difficultés à exprimer des émotions. Alexithymie
 Phobie de la relation ↔besoin de la relation ↔ Collage ↔ Emprise
 Le Déni: un moyen de défense important
 Pathologie du lien

A la veille d'un transfert d'établissement pour les congés d'été, une fillette de 12 ans révèle,
dans un état d'agitation important, être victime (mais peut-être aussi auteure) de « pratiques
sexuelles » régulières avec 6 autres jeunes garçons et filles de 8 ans à 12 ans. Ces actes ont
eu lieu dans une cabane, (dite « cabane de l'amour »), construite dans le parc du lieu de vie.

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Nous pensions que ce titre « cabane de l’amour » était strictement lié à cet établissement,
mais nous l’avons retrouvé ailleurs. Il est porteur d’un sens générique sur le sens du passage
à l’acte sexuel entre enfants dans ces institutions. Quel sens a pour l’enfant ces passages à
l’acte ? Quel sens pour les professionnels, les tutelles, la société ?

Le CRIAVS de Haute Normandie ouvert en septembre 2007 a été très vite sollicité, et
beaucoup plus que nous ne l'avions prévu, par des établissements accueillant des mineurs.
Institut Médico-Educatif-ITEP-PJJ etc. Bien plus que le passage à l'acte (agi ou subi) ayant
provoqué le placement, c'est souvent la transposition au sein du lieu d'accueil, de la
problématique familiale sexuelle et relationnelle des enfants qui déstabilise les équipes
éducatives et les traumatise quand les faits sont graves et répétés à l'insu de tous.

Ces institutions sont mises à mal car se sentent prises en défaut de protection et dans la
reproduction de l'exclusion (des auteurs). Mises à mal aussi par les enquêtes judiciaires et
administratives dont les recommandations peuvent modifier considérablement le regard et
les attitudes professionnelles qui tendent à devenir suspicieuses.

Le CRIAVS de Haute Normandie a fait le choix de proposer des interventions au sein même
de ces institutions. Nous mettons en place des séances de réflexions cliniques où se
travaillent des situations de jeunes concernés par cette problématique

Ces séances de travail demandent un engagement personnel de la part des équipes


éducatives, car la problématique sexuelle n'est pas un sujet facile à aborder, cela touche à
l'intime et lors de la présentation de cas cliniques, la charge émotionnelle est souvent très
importante.

En aucun cas nous ne nous substituons à l'analyse des pratiques souvent existantes dans ces
institutions et il est important que la personne qui fait ce travail soit informée de notre
intervention.

Nous proposons à l'équipe de nous exposer la situation problématique d'un jeune pris en
charge, on assiste souvent à une sidération des professionnels devant la violence des
problématiques sexuelles des jeunes qu'ils rencontrent que ce soit dans ce qu'ils agissent au
sein de l'institution ou dans ce qu'ils disent avoir subis dans leur milieu familial.

A partir de ces études de cas nous essayons d'apporter des éclairages théoriques, afin de
permettre aux professionnels d'analyser et de mentaliser certains passages à l'acte, de faire
des liens avec l'histoire familiale du jeune et de se dégager des symptômes sexuels pour une
prise en charge plus globale.

En effet dans l'histoire de ces jeunes placés en institution, on retrouve beaucoup de


maltraitances et de vécus traumatiques qu'il est important de mettre en lumière pour

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donner un sens à ces violences afin de trouver des réponses éducatives adaptées en évitant
le rejet ou l'exclusion.

Il est très important d'avoir toujours en tête que nous ne sommes pas face à des sujets
adultes, mais face à des jeunes dont la sexualité est en devenir.

Ce travail au sein des institutions est organisé sous forme de contrat avec un certain nombre
de séances déterminées à l'avance, ce qui permet une réflexion dans la durée sur plusieurs
situations et d'expérimenter les aides et éclairages que le CRIAVS apporte aux équipes.

A l'issue de ce temps imparti, il est toujours possible pour les équipes de nous recontacter
ponctuellement.

Cette approche de terrain (à différencier de formations proposées dans les locaux des
CRIAVS) répond aux missions complémentaires de formation, d'aide, de conseil, et de
prévention, mais pose les limites de la tentation de thérapie institutionnelle car souvent, les
passages à l'acte en particulier d'ordre sexuel s'inscrivent dans les failles des fonctionnements
institutionnels.

En fait, rapidement, nous sommes confrontés non seulement aux résistances individuelles,
mais surtout aux résistances groupales des équipes professionnelles. Et ces résistances se
sont organisées sur des fonctionnements propres à chaque institution. Nous constatons des
difficultés d’élaboration sur ces passages à l’acte, difficultés liées à l’histoire parfois
traumatique de l’institution, à ses idéaux fondateurs, à ses modes d’organisation.

Nous constatons que pour que notre travail puisse se faire, il nous faut démasquer l’origine
de ces résistances groupales pour ne pas être malgré nous en alliance avec ces résistances,
mais accompagner le groupe professionnel à faire face à ses difficultés là.

Avec du temps, le groupe professionnel accède à une réelle capacité d’élaboration sur ces
passages à l’acte (plus ou moins graves), mais aussi dévient beaucoup plus attentif aux
comportements pouvant être significatifs de problématiques sexuelles violentes.

C’est pourquoi, nous nous sommes aperçus à travers nos interventions que nous avions
aussi un rôle préventif quant à la réalisation ou la répétition de passages à l'acte (auteurs ou
victimes) en permettant aux équipes de repérer certains comportements indicateurs et
d'avoir un rôle plus contenant auprès de ces jeunes.

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Table ronde : Accompagner les adolescents et jeunes adultes vers une vie
affective et sexuelle responsable et épanouie : retours sur l’existence de
groupes de paroles dans les établissements du secteur Enfance/jeunesse.
Par :
 Céline CADOT, éducatrice spécialisé IME Mont Cauvaire
 Dominique CASTIONI, médecin SESSAD Rouen
 Anne COUTURIER, éducatrice spécialisée IMPro d’Omonville
 Nadège GUERET, éducatrice spécialisé IME Mont Cauvaire
 Béatrice LANGLOIS, infirmière à l’IME d’Arques la Batailles, APEI Dieppe,
secteur enfant
 Marcellin KOUBASSANAH NAKA, éducateur spécialisé à IME de Rieux
 Marie-Laure PELTIER, psychologue IME de Rieux et secteur adulte de l’APEI
de Dieppe

 Pourquoi la mise en place de groupe de parole dans votre établissement ?


IME de Rieux :
- Diminuer les passages à l’acte : actes consentis et non consentis
- Rendre légitime les désirs sexuels tout en précisant les règles sociales autour de cela
- Tendre à des relations plus respectueuses entre les garçons et les filles (respect
d’autrui dans les actes et dans les discours, consentement, prise en compte des
émotions d’autrui, aider les filles à être moins vulnérables)
- Apporter les connaissances nécessaires à la préservation de la santé (protection,
prévention)

IME d’Arques la Bataille :


Le groupe de parole sur la VAS à l’IME s’est mis en place en raison de la réflexion initiée sur
ce thème dans le secteur Adultes de l’APEI. Cela a amené une réflexion de certains
professionnels de l’IME qui se sont ainsi engagés dans la mise en place d’un groupe de parole
sur la VAS. Cela a été facilité par le fait que la psychologue de l’IME travaillait aussi à l’APEI
secteur adultes. Elle a donc fait le lien entre les deux secteurs.

IME Mont Cauvaire :


A la base, c‘est un projet associatif destiné au secteur Adultes en référence à la loi du 2
Janvier 2002 « Toute institution doit mettre en place un accompagnement de la vie sexuelle,
sur un plan social, relationnel et individuel ». Projet porté par la direction. Les groupes de
paroles sur la VAS existent depuis 2 ans et sont inscrits dans le projet d’établissement. Une
formation « Handicap mental et sexualité » avec le CIFRES (centre international de
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formation et de recherche en sexualité) animée par Rejean Tremblay est proposée aux
éducateurs. Une éducatrice du secteur enfant/ ado y participe.
Suite à la réflexion menée lors de cette formation ; il a été souligné qu’il existait un manque
certain autour de ce thème. Décision de créer un groupe de parole permettant de libérer la
parole de l’enfant et d’aborder enfin des sujets que l’on n’ose pas parler à la maison et à
l’IME.
Le groupe de parole devient « un groupe référence » sur l’unité. Ce groupe a une identité. Il
est reconnu aussi bien par les autres professionnels que les jeunes de l’unité.

SESSAD Rouen :
Suite aux propos et aux comportements des jeunes relatés par les éducateurs concernant
leur vie affective, le médecin de la structure souhaitait mettre un groupe en place car il lui
paraissait important que les adolescents du SESSAD bénéficient d’un temps d’échanges sur la
VAS.

IMPRo d’Omonville :
Il n’y a pas encore de groupe de parole, mais une réflexion sur ce thème est en cours. Une
éducatrice de l’établissement assiste à diverses réunions d’échanges et formations sur le
thème de la vie affective et sexuelle, organisées par l’ADAPT et l’ARRED, animées par
Bertrand Morin. Ces temps d’échanges avec d’autres professionnels d’établissement médico
sociaux, mettant en place des choses autour de la vie affective et sexuelle, ont conforté
l’IMPro dans le souhait d’offrir aux jeunes des temps d’échanges sur ce thème.

 Composition des groupes (mixte/non mixte, homogénéité/hétérogénéité au niveau


de la déficience, âge, nombre) :

IME de Rieux :
Adolescents de 12 à 20 ans volontaires et avec accord des parents
4 groupes non mixtes.
Homogène au niveau de la déficience.
Vigilance à séparer les personnalités trop forte qui empêchent aux plus introvertis de
s’exprimer.
5 à 6 jeunes par groupe

IME d’Arques :
Adolescent de 15 à 19 ans
4 groupes non mixtes
Homogène au niveau de la déficience
5 à 6 jeunes par groupes
Dans une petite salle. La grande salle a été essayée mais ne convenait pas car pas assez
contenante.

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IME Mont Cauvaire :


Enfants de 8-10 ans groupe mixte de 9 enfants une fois par semaine. Enfants ayant un bon
niveau de compréhension, d’écoute et d’échange. Homogènes au niveau de la déficience.

SESSAD Rouen :
Jeunes entre 14 et 25 ans issus d’un SESSAD au cours de leur parcours scolaire.
3 groupes non mixtes d’environ 5 jeunes
Homogène au niveau de l’âge
Réunions parents-professionnels tous les 3 mois pour parler du travail effectué avec les
jeunes.
Lieu neutre sans connotation de rééducation (hors SESSAD).

 Professionnels animant les groupes, durée et fréquence des rencontres :

IME Mont IMPro


IME Rieux IME Arques SESSAD Rouen
Cauvaire Omonville
Médecin et
Psychologue psychologue femmes
femme et OU 2 hommes
Professionnels Psychologue
éducateur homme 2 éducatrices (médecin+étudiant
animant le et infirmière
+ intervention femmes en psycho et
groupe femmes
ponctuelle de éducateur spécialisé
l'infirmière pour certains thèmes
En réflexion pour les garçons)

Durée des 1h15 à 1h30 selon les


1h 45 minutes 1h
rencontres groupes

1 rencontre par mois


Fréquence des 1 fois toutes les 2 1 fois par 1 fois par
pendant au moins 2
rencontres semaines mois semaine
ans

 Façon dont le groupe a été présentée aux jeunes et aux familles :

IME de Rieux :
Présentation à tous les groupes de jeunes âgés entre 12 et 20 ans. Constitution de petits
groupes de 6 au maximum et brainstorming sur les pensées et mots qui leur viennent en tête
lorsque l’on parle de « relations affectives et intimes ». Ainsi ils évoquent différents thèmes
lesquels seront discutés plus en détail dans chaque séance. A la fin de cette présentation, les
jeunes donnent ou non leur accord. Nous demandons ensuite l’accord aux parents par un
courrier explicatif du projet en restant à disposition pour toutes questions.

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IME d’Arques :
Le groupe et la réflexion sur la VAS menés par l’APEI ont été présentés lors de la réunion de
présentation annuelle aux parents. Les jeunes ont été inscrits dans les groupes et nous avons
expliqué les modalités à chacun d’eux.

SESSAD Rouen :
Présentation du projet aux parents et aux professionnels dans les différents SESSAD trisomie
21 de haute Normandie. Les enfants volontaires ont intégré le groupe.

IME Mont Cauvaire :


Nous avons choisis
- Des enfants de l’unité ayant un minimum de compréhension et une capacité d’échanges
- Des enfants qui au travers de leurs projets individualisés sont ressortis des besoins précis
par rapport aux sujets abordés
- A la demande des enfants eux-mêmes

 Thèmes abordés dans les groupes /

IME de Rieux :
- parler poliment, utiliser un vocabulaire approprié pour parler de la sexualité,
- l’anatomie,
- la différence entre ce que c’est qu’être ami et ce que c’est qu’être amoureux (les
projets de vie, les activités partagées),
- l’identification du sentiment amoureux (sensations corporelles, pensées occupées par
l’être aimé, etc.),
- le choix amoureux (les qualités et attitudes de l’autre qui font que le jeune peut
tomber amoureux)
- la construction de la relation amoureuse (réfléchir sur le fait qu’on ne passe pas d’une
rencontre à un acte sexuel, que l’acte sexuel s’inscrit dans une relation affective)
- la pornographie : amener les jeunes à remettre en question cette représentation de
la sexualité (explication qu’il s’agit de comédiens et que cela ne représente pas la
réalité sur le plan des relations interpersonnelles)
- le consentement (les conséquences négatives pour autrui et pour soi en cas de non-
respect de cette règle éthique, la nécessité pour la poursuite de la relation d’un
accord mutuel, le droit de dire non même si on est amoureux)
- les questionnements d’un garçon et d’une fille par rapport au premier acte sexuel
- comprendre les transformations corporelles liées à la puberté, comprendre les
mécanismes de la sexualité, de la fécondation, de l’accouchement
- Information sur la protection, MST, contraception (donner de l’information pour
gérer par soi-même et être responsable, favoriser la sollicitation des ressources
extérieures)

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- Les disputes : expression des émotions, résolution de conflits dans le respect de
l’autre
- La séduction
- Les séparations
- Les lois, responsabilité devant la justice à 18 ans

IME d’Arques :
- l’amitié
- l’amour
- le couple
- l’intimité
- différences filles-garçons
- savoir dire « non »
- la contraception, les règles
- projet d’avenir
- composition de la famille
- puberté
- les émotions
- le respect d’autrui.

SESSAD Rouen :
- Les émotions : joie, tristesse…repris au début de chaque séance : les jeunes
évoquent leur ressenti avant d’aborder le thème du jour.
- La beauté du corps : ce qu’ils aiment chez eux et le corps d’autrui. Les émotions que
renvoient les images de pub. Les trucages des pubs.
- Les besoins physiologiques du corps : fondamentaux, importants
- Les relations avec les autres selon le degré de connaissance : amoureux, famille,
amis…les activités que l’on peut faire avec chacun, la distance à tenir….
- L’évolution du corps du bébé à la personne âgée, les changements de la puberté
(visibles et invisibles). Anatomie et physiologie.
- Intimité, pudeur : comment préserver son intimité dans les différents lieux
- Savoir dire « non »
- Le toucher : agréable, désagréable,
- L’abus sexuel, prévention, se protéger, qui prévenir
- Masturbation, pornographie
- Avoir des amis, où en trouver
- La vie future, les différentes sortes de fécondité

IME Mont Cauvaire :


- Identité fille/garçon (puzzle avec des photos des diverses parties du corps des
participants à reconstituer)
- Hygiène, santé
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- Les dangers du quotidien
- La vie affective (différence garçon/fille – la famille - la fratrie – les sentiments – les
émotions - le bisou)
- Intimité
- Prévention : contraception, préservatif (secteur adulte)

 Supports d’animation des groupes :


IME de Rieux :
Nous sommes installés dans une petite pièce type salon, avec des canapés et des coussins.
Nous nous sommes inspirés du livre « Des hommes et des Femmes » avec un DVD qui
évoque diverses situations sur lesquelles nous pouvons échanger ensuite (exemples : la
première fois, la dispute, la séduction)
Nous nous sommes également aidés d’images recherchées sur Internet ou issues du
programme « Des hommes et des femmes » pour expliquer certains concepts tel que
l’amour, l’amitié ou encore pour expliquer la construction d’une relation amoureuse, les
actes autorisés et interdits, le fonctionnement du corps humain, etc.

IME d’Arques :
Photos, « Le zizi sexuel », moyens de contraception, pochette personnelle pour y mettre le
travail réalisé, constitution du puzzle du corps, de la carte d’identité, photos personnelles…

IME de Mont Cauvaire :


Puzzles du corps, photos, ouvrages de Dolto (« Le Bisous, « Le Corps humains », etc.)
Des affichages (posters de l’assurance maladie, de l’URIOPS, de l’INPES (Institut National de
Prévention et d’Education par la Santé)
Mises en pratique (séquentiel lavage des mains, brossage des dents)
Lieu : un des groupes éducatifs

SESSAD Rouen :
Jeux de rôles avec des accessoires, photo-langage, dessins, supports audio-visuels…
Utilisation du programme « des hommes et des femmes » et « mon corps c’est mon corps »

 Le choix du titre ou du nom du groupe :

IME de Rieux :
Auparavant il s’agissait de « Groupe de parole sur la sexualité » mais les adolescents de 12-
14 ans refusaient de venir au groupe. Nous avons donc changé par « Relations affectives et
intimes » pour d’une part, éviter le mot « sexualité » qui semblait générer des résistances.
Pour eux sexualité = l’acte sexuel. Mais nous abordons dans nos groupes des éléments bien
plus larges. Ainsi « Relations affectives et intimes » semble plus englobant.
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IME d’Arques :
Groupe VAS A, B, C, D faute de temps de préparation et de réflexion

SESSAD Rouen :
Chaque groupe a donné son nom : « les BG crackers », « les super-miss », « des amis
ensemble »…

IME Mont Cauvaire :


Groupe de parole

 Retour des jeunes, des familles, des équipes, changements éventuels dans
l’institution :

IME de Rieux :
Les jeunes sont contents d’avoir eu un espace pour parler de ce sujet, d’avoir pu évoquer
leurs situations personnelles, leurs questionnements, d’avoir appris plus sur leur corps, les
moyens de protection.
Equipe : l’équipe observe moins de passages à l’acte, et plus de stabilité dans les relations
amoureuses (changements de partenaires moins fréquents)
Familles : les familles ont fait peu de retours mais certaines peuvent dire qu’elles apprécient
que ce sujet soit discuté avec leur enfant à l’IME car il est difficile pour elles de le faire.

IME d’Arques :
Les jeunes ont grand plaisir à venir et certains sont très à l’heure. Les plannings sont affichés
sur les ateliers respectifs.
Les familles sont enchantées. Certaines familles ne savent pas comment aborder certaines
choses, cela leur facilite la tâche. Les parents en parlent lors des synthèses de leur enfant.
Notre directeur n’encourage pas la participation des jeunes sur des journées à thème
comme le repas de la St Valentin. Nous sommes un secteur enfance et il ne doit pas y avoir
d’encouragement à la sexualité, ceci est exclu dans le projet d’accueil du jeune.

SESSAD Rouen :
Les jeunes sont contents de venir, malgré que ce soit sur leur temps de WE
Les parents reçoivent un mail après chaque réunion pour connaître le thème abordé.
Les éducateurs et les parents trouvent que les jeunes changent, sont mieux dans leur corps,
et abordent ces sujets plus facilement

IME Mont Cauvaire :


Existence aujourd’hui de chambres pour les couples (secteur adulte)
Les jeunes osent plus facilement aborder certains thèmes
Parfois les thèmes ou les échanges viennent d’eux,Sollicitation ++ des jeunes
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 Eventuelles difficultés dans la mise en place des groupes de paroles :

IME de Rieux :
Difficulté à offrir des créneaux de groupe de parole pour l’ensemble des jeunes volontaires
en raison de la complexité des emplois du temps de chacun.
Résistances de certaines familles qui craignent qu’en parlant de sexualité, on induise des
comportements chez leur enfant, notamment chez les filles. Or, nous nous sommes rendus
compte que les jeunes ont des questions bien précises et se renseignent déjà par eux même
sur internet.

IME d’Arques :
Le départ de la psychologue de l’établissement n’a pas permis la poursuite des groupes VAS
car les éducateurs ne se sentent pas suffisamment formés pour intervenir auprès des jeunes,
sur ce thème en particulier.

IME Mont Cauvaire :


Manque de temps de préparation
Difficulté à avoir le groupe en entier (absences, prises en charges extérieures)

 Formations ou lectures qui vous ont semblées importantes dans la mise en


place des groupes de paroles

IME de Rieux :
Lecture du programme « Des hommes et des femmes ». L’éducateur a suivi une formation
dans lequel ce programme était présenté. Nous nous sommes donc principalement inspirés
de ce programme et nous sommes adaptés en fonction des besoins et des demandes des
jeunes.

IME d’Arques :
Nous avons monté le groupe de parole sans formation ni l’une ni l’autre. Le sujet nous tenait
à cœur et nous y avons consacré une bonne dose d’énergie. La complémentarité de l’une et
de l’autre (psychologue et infirmière) nous a permis de réfléchir chacune dans nos bureaux
et de mutualiser nos recherches avant nos rencontres VAS. Le manque de temps de
préparation était réel mais nous avons su y pallier par notre motivation réelle.

IME Mont Cauvaire :


Formation par le sexologue Réjean-Tremblay

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SESSAD Rouen :
Rencontre avec Denis Vaginay, Régine Scelles, Carole Durand « APARSA » Montpellier,
lecture de nombreux ouvrages, participation à des colloques et formations…

 Formations qui vous sembleraient importantes :

IME de Rieux :
Participer aux groupes de discussions thématiques autour de la vie affective et sexuelle que
propose l’ADAPT.

IME d’Arques :
Oui, des formations sont indispensables. J’aurais aimé (infirmière) participer à la semaine de
formation proposée par Sheila Warembourg ou peut-être rencontrer d’autres personnes qui
abordent ces thèmes mais mon poste d’infirmière ne me permet pas autant de détachement
d’heures.

SESSAD Rouen :
Continuer à se former et rencontrer d’autres équipes pour partager sur les parcours de
chaque établissement

 Thématiques issues des échanges :

La formation des animateurs : nous n’avons pas tous été formés. Une formation rassure sur les
compétences professionnelles, apporte des connaissances théoriques et donne des idées
d’intervention. Néanmoins, nous pouvons aussi inculquer des choses aux jeunes en fonction
de nos observations de leurs besoins et aussi en nous appuyant sur nos connaissances en
tant que professionnel et en tant qu’être humain. La VAS nous concerne tous et chacun de
nous souhaite transmettre des valeurs, des informations qui seront utiles aux jeunes pour
mener une vie affective et sexuelle responsable et épanouie. Le partage d’expériences entre
professionnels ayant déjà animés des groupes de paroles sur ce thème nous semblent très
enrichissant.

La nécessité d’un projet porté par la direction. Oui, car on observe que lorsque c’est le cas, les
groupes continuent d’exister malgré le départ des professionnels qui anime les groupes. Si le
projet est reconnu par la direction, les professionnels suivent.

Etre prêt à dévoiler des choses de soi car les jeunes nous interpellent sur notre vie personnelle
(en recherche de modèles ?). Etre à l’aise avec ce sujet pour mettre les jeunes en confiance
et créer un espace de parole serein.

Adapter nos interventions à la spécificité du public. Nécessité d’évaluer où les jeunes en sont
dans leur vie affective et sexuelle afin de ne pas avancer des sujets qui sont trop éloignés de
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leurs préoccupations. Préparer les thèmes et la façon d’intervenir est important mais il est
aussi nécessaire de s’adapter aux questionnements et préoccupations actuelles des jeunes.

L’importance d’un lieu d’écoute et de partage d’expérience. L’animateur est parfois amené à se
mettre en retrait car les jeunes échangent entre eux leurs expériences, se questionnent les
uns les autres. Ils enrichissent ainsi leurs représentations ce que peut être la vie affective et
sexuelle d’une personne.

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2ème Partie :

« Ce que je suis, ce que je vis », Plaisir, épanouissement, liberté,


légitimité

Connaître reconnaître son désir et son besoin


Martine COSTES, Sexologue

Le mammifère humain, contrairement aux autres mammifères, peut boire sans soif …
s’empiffrer ou jeûner... et avoir des rapports sexuels hors nécessité reproductive.... Alors
comment ça marche et à quoi nous sert la sexualité ???

Que savons-nous, aujourd’hui ? Les marqueurs de la sexualité humaine notamment


l’Extériorité du sexe masculin et l’Intériorité du sexe féminin.

En ce qui concerne le sexe masculin :


Avec la station debout, un sexe externe chez l’homme est palpable et palpé plusieurs fois par
jour.

Mais il est aussi vulnérable …., Diable ou ami, selon le discours du groupe.

L’érection est présente dès la vie fœtale. En moyenne, on compte 50 000 h d’ érection entre
20 et 75 ans, dont 2 à 3000 en acte sexuel. Soit 95% inutilisées !!!!
Pourquoi ?????
L’érection, est nécessaire à la santé sexuelle :
 Le pénis – extérieur – a besoin d’être oxygéné et maintenu à température du corps
 95% des érections servent donc à préserver sa capacité fonctionnelle
 L’érection est un réflexe (l’éjaculation aussi)

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Pour connaître son désir sexuel, l’homme doit reconnaître les différentes natures de ses
érections. Il doit apprendre à les distinguer :
 « Erection d’entretien» - « besoin d’éjaculer » et se masturber pour entretenir
une bonne capacité fonctionnelle.
 « Excitation sexuelle dans une dynamique relationnelle » (attirance sexuelle,
admiration, amour…) et reconnaître et réguler les émotions qu’elles déclenchent
en lui – car elles peuvent perturber son excitation sexuelle.

Il doit aussi apprendre comment marche son équipement… (périnée, érection,


excitation, éjaculation…) Car mauvais apprentissages et fausses croyances sont légions et
génèrent des difficultés (difficultés érectiles, éjaculation précoce, anéjaculation, manque de
désir, etc….)

Désir coïtal Désir de consolation … Désir de connaître… quoi ?

Désir fusionnel …

En ce qui concerne le sexe féminin :


Avec la station debout, et l’intériorisation du sexe féminin :
 Ce sexe devient caché, mystérieux …
 Sacralisé mais aussi souvent diabolisé
 Nié bien souvent !
Les indicateurs secondaires de féminité vont s’accentuer et devenir permanents
Les signes extérieurs permanents :
 seins, hanches,
 maquillage,
 vêtements..
Et les signes liés à la maternité vont s’estomper. C’est l’érotisation du corps féminin !
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De la mère préhistorique au profil de la Vénus…
Désirable, certes... Mais désirante ???? Et de quoi ??? d’enfant ? de sécurité ?
d’argent ? de coït ?

Le sexe féminin étant enfoui, comment la femme saura-t-elle qu’elle souhaite un


rapport sexuel ??
La génitalité féminine… toujours mystérieuse…. :
 Pour toute femme, la découverte de son intériorité génitale sera un apprentissage,
une maturation compliquée :
– par les discours restrictifs
– par la non éducation sexuelle
– par le désir d’enfant… qui sera souvent le moteur de ses premiers vrais désirs
d’être pénétrée…
– par le non désir d’enfant qui n’aide pas à l’éveil du désir génital

Elles apprennent à soigner leur enveloppe corporelle mais ont rarement appris comment
s’approprier leur féminité de l’intérieur car personne n’a guidé cette exploration….

Les signes physiologiques du désir sexuel féminin :


Vasocongestion (réflexe). Interne, elle se diffuse vite sur l’ensemble du corps :
 augmentation du rythme cardiaque, chaleur, rougeur du visage, dilatation des pupilles,
des lèvres
 transpiration, gonflement des mamelons, dilation des grandes lèvres, congestion du
clitoris, lubrification
 gonflement des 2/3 supérieurs du vagin qui entraîne la remontée du col de l’utérus.
 Et aussi…le resserrement du bas du vagin : récepteurs superficiels (sensibles au
toucher et aux caresses).
 Dans les 2 tiers supérieurs : récepteurs profonds ( sensibles aux pressions)
 L’éveil du senti interne

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- Ce senti interne se signale avec la puberté. Il provoque tensions, lubrifications intenses,
voire des douleurs…. Dans notre culture occidentale, ce senti interne a été et reste associé
aux douleurs des règles et de la maternité, puis de la ménopause.

Excitée par le désir de QUOI ??


 D’être admirée
 D’être choyée
 Soutenue – épaulée
 D’être caressée,
 D’être tenue
 Ou d’être pénétrée …. Tout à la fois ???

Sous le désir sexuel, il y a mille besoins : trompe-ennui, consolation, récompense / punition,


pour se rassurer, pour survivre, pour rassurer l’autre, pour se sentir exister, pour être
comme les autres ???, pour faire exulter mon corps ?, pour sentir la vie ? , pour remercier ?,
pour se sentir femme, homme ?, pour aimer, pour être aimée…, besoin d’enfant ?, besoin de
sécurité, besoin de fusion,
Pour le plaisir …. Pour la vie ... Pour un instant t???

Il existe donc Mille et une facettes du désir. Dans une vie, notre désir sexuel peut varier,
selon l’âge, les circonstances, les instants…

Apprendre à connaître et reconnaitre quand mes besoins sont à polarité


sensorielle, génitale, émotionnelle, à visée immédiate ou à visée plus durable
C’est apprendre à vivre avec son corps sexué.

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Témoignage vidéo de personnes en situation de handicap accueillies


dans divers établissements de l’APEI de la Région Dieppois :
« Ma vie amoureuse »

Interviewées par Christine TERNAT


Accompagnées par Erika DEHAIS Psychologue à l’APEI.

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LES ATELIERS

Ouverture des Ateliers qui se sont tenus dans différentes salles au


Rez-de-chaussée.
Atelier 1 : Groupe de parole pour les parents - Sheila WAREMBOURG : une grande
satisfaction des parents qui ont participé.

Atelier 2 : Groupe de parole pour les personnes en situation de handicap : Sentir et


ressentir son corps sexué - Martine COSTES

Atelier 3 : Prévention et informations – Pôle Santé CMS de Dieppe – CDAG (Pour tous)
Lors de cet atelier, il y a eu une présentation du Centre de Diagnostic Anonyme et Gartuit
de Dieppe qui concerne principalement le VIH et l’Hépatite B et C et du CDDIST Centre
d’Information, de Dépistage des Infections sexuellement Transmissibles, Il s’agitici
d’infections moins graves mais plus fréquentes.
Au-delà du dépistage, ce centre a pour mission la prévention et l’information au
niveau des écoles/lycées mais aussi des établissements médico-sociaux.
Ils ont présents sur les 4 territoires de Santé : Dieppe, El Bœuf, Fécamp et Le Havre.

Atelier 4 : Plaire, séduire, s’aborder pour les personnes en situation de handicap - Tendance
Coiffure et Parenthèses Agence de Conseil en image par Gaëlle LEGRAND, Conseillère en
image et l’ASSOCIATION « Les habilleuses de Fécamp » stand de vêtements accessibles à
tous.
Parce qu’avoir subi une épreuve de vie peut parfois entamer l’estime de soi, prendre soin de
soi, de son corps, se maquiller, se coiffer, porter des vêtements que l’on aime contribue au
bien-être dans la vie de tous les jours. Ce métier de passion, le conseil en image, a pour but
d’aider les autres à trouver une image qui correspond à leur personnalité, parce que l’image
est la première impression que l’on donne de soi et qu’il est agréable d’être à l’aise avec son
image et d’avoir confiance en soi. La colorimétrie permet de découvrir par un jeu de
draping , les couleurs qui mettent en valeur la personne. Par la suite, cet exercice permet de
choisir astucieusement la couleur de ses cheveux, des accessoires(bijoux, lunettes, etc…). Il
est complété par un apport sur la symbolique des couleurs et les codes qui s’y réfèrent.
Cette animation ludique et interactive, elle permet à l’individu de se retrouver face à un
miroir sans se focaliser sur son reflet. C’est un très bon ancrage pour un travail de réflexion
sur l’estime de soi.

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Atelier 5 : Atelier artistique, Danse contemporaine- Héloise REMY (pour tous).

Atelier 6 : Atelier d’écriture.

17h 45’ Fin de la première journée de conférence

18h : Apéritif dînatoire au sein de la salle de la chambre de commerce en face de


Dieppe Scène Nationale.

20h : les conférenciers ont assisté à la première représentation du spectacle de la


Comédie Musicale « Le train des désirs » à Dieppe Scène Nationale. Ce spectacle
réalisé par des personnes en situation de handicap de l’APEI de la Région Dieppois, sous la
direction d’Elisa AMSALLEM et Didier DERVAUX s’est joué à guichet fermé devant plus de
500 personnes.

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3ème Partie :
« La vie, les autres et moi »
Vulnérabilité des personnes, consentement, abus

Introduction de la 2ème journée

Chritian LUCAS

 Retour très positif sur la comédie Musicale de la veille

 Lecture des paroles de la chanson « On a osé ! » :


On a osé, on a osé Sur la hon’te, misérable garce
Venir vous voir pour Laissée au banc d’attrapes et farces
S’entraimer On a osé
Vous croiser s’entre baiser
On a osé, on a osé On a osé
Fouiller nos tripes, cracher l’ morceau
On a osé, Déshabiller recto verson
Toucher, caresser ressentir La panoplie d’nos transparences
Parler, parier sur l’avenir Pour venir vous faire concurrence
Ranger, sécher tous nos On a osé
Mouchoirs Et on os’ra encore, encore
Rendez-vous station de l’espoir Bousculer ce foutu décor
De ces paradis illusoires
On a osé Rendez-vous station de l’espoir
Dir’des mots qu’on s’interdisait
S’épuiser de nous déniaiser On osera, on osera
Ecrir’ « Amour » sur papier blanc Naturels et sans apparats
Sans buvard ni faux sentiments Le meilleur en diaporama
On a osé On osera , on osera

On a osé
Avouer un peu bon mal an
L’impudeur de nos rêv’es troublants
Oter nos masques, se mettre à nu
Devants vos regards bienvenus
On a osé
S’envoler plus haut que nos peurs
Rouler comme des boules de flipper

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 Lecture d’un texte de Charlie Chaplin « Le Jour Où Je Me Suis Aimé Pour De
Vrai… »

Le jour où je me suis aimé pour de vrai,


J’ai compris qu’en toutes circonstances,
J’étais à la bonne place, au bon moment.
Et alors, j’ai pu me relaxer.
Aujourd’hui, je sais que ça s’appelle estime de soi.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai,


J’ai pu percevoir que mon anxiété et ma souffrance émotionnelle
n’étaient rien d’autre qu’un signal
lorsque je vais à l’encontre de mes convictions.
Aujourd’hui, je sais que ça s’appelle authenticité

Le jour où je me suis aimé pour de vrai,


j’ai cessé de vouloir une vie différente,
et j’ai commencé à voir que tout ce qui m’arrive contribue
à ma croissance personnelle.
Aujourd’hui, je sais que ça s’appelle maturité.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai,


j’ai commencé à percevoir l’abus dans le fait de forcer une situation,
ou une personne,
dans le seul but d’obtenir ce que je veux, sachant très bien
que ni la personne ni moi-même ne sommes prêts,
et que ce n’est pas le moment.
Aujourd’hui, je sais que ça s’appelle respect.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai,


j’ai commencé à me libérer de tout ce qui ne m’était pas salutaire :
personnes, situations, tout ce qui baissait mon énergie.
Au début, ma raison appelait ça de l’égoïsme.
Aujourd’hui, je sais que ça s’appelle amour-propre.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai,


j’ai cessé d’avoir peur du temps libre et j’ai arrêté de faire des grands plans.
Aujourd’hui, je fais ce qui est correct, ce que j’aime,
Quand ça me plait et à mon rythme.
Aujourd’hui, j’appelle ça simplicité.
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Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
j’ai cessé de chercher à toujours avoir raison,
et je me suis rendu compte de toutes les fois où je me suis trompé.
Aujourd’hui, j’ai découvert l’humilité.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai,


j’ai cessé de revivre le passé et de me préoccuper de l’avenir.
Aujourd’hui, je vis au présent, là où toute la vie se passe.
Aujourd’hui, je vis une seule journée à la fois, et ça s’appelle plénitude.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai,


j’ai compris que ma tête pouvait me tromper et me décevoir.
Mais si je la mets au service de mon cœur,
Elle devient un allié très précieux.

Charlie Chaplin

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Qui sont les auteurs des violences sexuelles ?


Jean-François LAOT Educateur Spécialisé au Centre Thérapeutique Saint Sever.
CRIAVS

La violence sexuelle est aussi vieille que le monde mais de plus en plus judiciarisé.
22% des personnes incarcérées le sont pour violence sexuelle

 Définition de l’agression sexuelle :


« Situation de mise sous contrainte non justifiée d’un tiers, par un ou plusieurs sujets dans
un but évident d’en tirer un bénéfice sexuel, au seul profit du ou des agresseurs ».

Cette définition recouvre les situations d’agression et d’atteinte sexuelles, qu’elles soient
simples ou aggravées définies par le code pénal. Il s’agit des exhibitionnistes, des auteurs
d’atteintes sexuelles de toutes sortes dont le viol contre des adultes ou des enfants mais
aussi des auteurs de violences sexuelles intra familiales de viols conjugaux de viols en série
de viols collectifs.

 Qui est ce qui agresse ?


Des hommes dans une écrasante majorité 95%
Les femmes n’en représentant que 2,4%.
Des mineurs avant tout masculin. 50% des mineurs agressés sexuellement le sont par un
autre mineur.
Tous les milieux sociaux sont touchés.
Les agresseurs sont connus des victimes dans 80% des cas. 60% ont une relation de parenté
et 30% ont une relation d’autorité.

Dans les situations d’inceste, les actes violents sont le plus souvent le fait d’un beau père,
d’un concubin ou d’un frère ainé. Les pères utilisent plus souvent la séduction et la
contrainte. S’installe alors une relation d’emprise .
Dans les tournantes chez les adolescents, un des auteurs est connu de la victime.

 Psychopathologie des AVS

Les AVS ne sont pas une catégorie de patients psychiatriques on ne peut faire une typologie
selon les infractions commises.

On retrouve chez tous nos patients des troubles graves du narcissisme c’est-à-dire une
image de soi dévalorisée, une fragilité du sentiment de continuité identitaire, un risque

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d’effondrement dépressif lié à des angoisses, ces angoisses résultant de carences
fondamentales pendant la petite enfance.
Lorsqu’on explore l’histoire de nos patients , on se rend compte qu’elle est jalonnée de
séparations précoces, de ruptures, de frustrations de relations empreintes de violence, de
traumatismes, en tout cas d’expériences potentiellement traumatiques avec très souvent un
système familial qui a dysfonctionné.
Il y a Trauma quand un événement survient sans que le sujet puisse y faire face,
sans pouvoir l’intégrer dans ses représentations.

Nos patients AVS ont souvent été des enfants non reconnus comme sujets.

En tant que soignant on est souvent frappés par l’absence de souffrance exprimée de la part
de nos patients par rapport aux violences qu’ils ont subies, on va donc parler de déni, qui
est donc un mécanisme de défense inconscient qui vise à soulager le psychisme d’un danger,
ex : un conflit, une angoisse ,et ou il est important de se couper de soi même pour ne pas
sombrer pour ne pas être anéanti.
Le déni de l’altérité, de reconnaitre l’autre dans sa différence, son altérité, est retrouvé
dans des proportions importantes chez les AVS, et cela va se traduire par un manque
d’empathie, par une difficulté à différencier les sexes et les générations.

On retrouve souvent chez nos patients de l’immaturité, de l’impulsivité, ou à l’inverse de


l’introversion de l’inhibition
On retrouve aussi souvent des défauts dans les compétences sociales, des difficultés à entrer
en relation avec l’autre.
Mais aussi des états dépressifs associés à des conduites addictives. Plusieurs passages à l’acte
se produisent après une prise d’alcool, de toxique.

 Différentes personnalités :

Les AVS se rencontrent peu dans la schizophrénie ou là l’agression rentre dans le délire par
exemple un patient qui entend des voix qui lui disent de passer à l’acte ou dans le cadre
d’un délire mystique.

On en rencontre parfois dans les états maniaques ou il y a parfois un sentiment de toute-


puissance avec une levée d’inhibition d’ordre sexuel.

Dans ces cas de pathologies psychiatriques avérées il est important de prendre en charge le
patient dans sa globalité.

On rencontre aussi des AVS chez les personnes souffrant de troubles mentaux : les
passages à l’acte se traduisant par une familiarité, un investissement anarchique du corps de

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l’autre. Parfois la recherche d’une activité sexuelle partagée est équivalente à celle d’une
relation affective.

Concernant les victimes de ces auteurs handicapés :

En tout premier lieu, ce sont les plus jeunes, les plus petits dans l’institution ou bien leurs
pairs, filles et garçons du même âge. Dans les familles ce seront plutôt les frères, sœurs,
cousins, amis proches. Dans les familles d’accueil ce seront les enfants naturels mais aussi les
autres enfants placés.

Il y a une grande diversité de variation de la gravité des faits :


- Beaucoup se livrent à l’auto érotisme, parfais à la masturbation compulsive, effrenée
en public. Peut-on parler d’exhibionnisme ?
- Des attouchements peuvent être faits sur des pairs parfois sur les encadrants.
- Et plus grave des agressions sexuelles avec viol, gestes incontrôlés, compulsifs par
exemple à plusieurs dans une chambrée.

On retrouve là une difficulté pour mettre des mots sur les actes dont ils n’ont pas compris la
gravité.
Il faut dire que jusqu’à une période très récente, le sujet de la sexualité des handicapés
mentaux n’était pas ou peu abordé. Souvent la sexualité chez les handicapés était connotée
comme anormale pulsionnelle.
Aujourd’hui on sait mieux que ceux-ci ont une sexualité comme les autres.
Mais souvent le jeune déficient découvre la sexualité et la pratique dans une solitude
anxiogène et culpabilisante. La sexualité découverte, on voit que souvent il y a une tendance
à la répétition effrénée des actes.

Il est donc important de mettre en place un système d’auto régulation des comportements
avec un discours sur le sexuel s’ouvrant aussi sur l’intime, la notion de pudeur, sur la relation
à l’autre. Notons que plus les personnes handicapées mentales bénéficient de programmes
adaptés d’éducation sexuelle et affective, plus elles seront protégées des abus sexuels.

Souvent les auteurs déficients reconnaissent les faits et s’en excusent. Puis ils
recommencent, compte tenu de la difficulté à prendre conscience de la gravité des actes
commis.
Ils ont des difficultés à énoncer les règles de vie, de respect à l’autre, de comprendre les
interdits imposés par la famille, par l’institution. Y a -t-il un manque de culpabilité ?
Jeux sexuels ou actes pervers ? Il faudrait toujours pouvoir évaluer ce qui est de l’ordre du
jeu, d’une rencontre du corps de l’autre, d’interrogations qu’ils se posent avant de parler
d’actes transgressifs violents.
On ne peut nier le plaisir à transgresser, à jouer avec l’interdit à l’adolescence.

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Chez beaucoup de nos patients on retrouve des troubles de la personnalité ce qu’on
pourrait décrire comme des pathologies sévères du lien, ayant des facteurs multiples et
variés.

 Plusieurs facteurs de risque que l’on va retrouver dans l’enfance de nos patients
AVS.

 Des troubles liés à une histoire personnelle lourde ou plusieurs facteurs


associés entre eux sont responsables d’un développement disharmonieux, et d’une
mauvaise image de soi.

Selon les études 20 à 70% des AVS ont été eux-mêmes victimes d’abus sexuels
pendant leur enfance ou leur adolescence dans un cadre intra ou extra Familiale, il
faut tenir compte de ce facteur d’autant plus qu’il y a souvent corrélation entre l’âge de
l’auteur quand il a été victime et l’âge de sa victime.

 Des séparations, des divorces, des conflits au sein de leur couple


Vont parfois amener l’un des parents dans l’incapacité à maintenir une distance
générationnelle avec ses enfants. C’est le cas du père après une rupture qui va aller dans le
lit de sa fille trouver un réconfort
Parfois il y a un transfert sur l’enfant du conflit parental, l’enfant devient bouc émissaire. La
violence sur l’enfant peut parfois être fédératrice pour le couple.
Les parents ne jouent plus leur rôle d’étayage.

 La perturbation précoce du lien à l’autre liée à un dysfonctionnement du


couple parental et conjugal se traduisant par :
- des carences affectives qui entraineront chez l’enfant la mise en place d’une stratégie
de survie affective dans une dépendance à l’autre, Ces carences affectives, éducationnelles
peuvent aussi entrainer une dépendance à l’autre massive avec une quête de reconnaissance.

- comme chez nos patients AVS on peut découvrir beaucoup d’immaturité, et des troubles
de l’adaptation sociale qui les handicapent pour avoir une relation avec d’autres adultes, une
relation avec un enfant devient plus rassurante, moins angoissante plus inoffensive qu’une
relation avec un adulte. Comme c’est le cas des patients AVS avec une problématique
d’ordre pédophilique.
Les patients ont une grande incapacité à verbaliser sur ces sujets

 Des comportements familiaux tyranniques ou maltraitants qui engendre


des enfants coléreux, violents ou le risque d’identification à l’agresseur et l’érotisation
de la violence est important.

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 L’identification à l’agresseur
Ce concept d’identification à l’agresseur évoque l’incapacité pour l’enfant victime de se
défendre face à son agresseur par peur, et c’est cette peur qui amènerait l’enfant à se
soumettre à la volonté de son agresseur, à deviner, à anticiper le moindre des désirs de son
agresseur, En agissant ainsi l’enfant peut maintenir, préserver des rapports de tendresse avec
son agresseur dans le cadre d’une relation d’emprise.
On parle aussi d’identification à l’agresseur lorsqu’il y a reproduction des actes de la part
d’un sujet qui lui même a été victime.

Pourquoi cette reproduction ?


L’auteur va essayer de maitriser le traumatisme sexuel infantile qu’il a lui-même subi. Il n’est
pas question de se venger mais plutôt d’adopter une position active de maitrise pour effacer
ce qu’enfant il a subi passivement, réduit à l’impuissance et envahi par la rage et l’humiliation.
Le patient AVS n’est parfois que l’instrument d’une scène qui s’est jouée ailleurs
(transmission générationnelle ou identification à l’agresseur)

 Hyper investissement maternel et passivité ou absence du père. Le lien maternel


peut-être de nature quasi sexuel, non médiatisé par le père, ce qui peut entrainer une
sexualisation précoce de l’enfant.

 Des troubles profonds et durables du lien à l’autre dans les familles ou règne un
climat incestuel se traduisant par :
- Des attaques constantes à l’intimité, à travers le regard le toucher
- Dévalorisation du corps
- Absence de limites entre les espaces corporels et entre l’intimité de chacun
- Exhibitionnisme
- Manque de pudeur sexualité des parents exposés aux enfants ou partagés par des
confidences érotiques voire pornographique
- Suppression des frontières entre générations, absence d’une hiérarchie entre les parents
et les enfants qui normalement doivent être structurante pour l’enfant.

De fait l’enfant se retrouve plongé dans une cohabitation perverse malgré lui.
Ce qui crée une situation confusionnelle par rapport à sa propre identité, concernant les
limites de ce qui est.
Des familles ou il y a une mauvaise intégration de la loi elles vivent hors de la loi universelle
par rapport au tabou de l’inceste. Face à cela chaque individu a des stratégies de survie plus
ou moins adapté selon la conscience de l’existence de l’autre. Il n’y a pas toujours le même
niveau d’empathie selon l’histoire des individus.

Il y a aussi parfois des passages à l’acte qu’on a du mal à rattacher à des troubles
de la personnalité
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Ce sont des actes intervenant à un moment où l’auteur est fragilisé. Cela peut se traduire
par des régressions infantiles, des dépressions lors de ruptures affectives, de décès, de
déboires professionnels, d’anxiété liés à la prise de toxiques

Ces troubles du comportement sexuel correspondent moins à des troubles de la sexualité


qu’à des solutions défensives vis-à-vis d’angoisses.

Comment sont-ils pris en charge ?


Catherine BEUZELIN, Infirmière en psychiatrie au Centre Thérapeutique Saint-Sever.
CRIAVS

 Cadre déontologique et éthique de la prise en charge thérapeutique des


auteurs de violences sexuelles

Quelques principes éthiques et déontologiques sont ici à rappeler :

 Dans la prise en charge thérapeutique, la personne est un patient même s’il a commis un
acte délictueux
 Les règles médicales habituelles sont donc en vigueur : pas de traitement sans indication
médicale et accord préalable du sujet
 Le secret professionnel médical constitue une condition indispensable au cadre
thérapeutique, en milieu carcéral comme dans le dispositif du droit commun

La prise en charge thérapeutique des auteurs d’agression sexuelle s’adresse à la personne,


Celle-ci ne doit jamais être réduite ni à ses actes ni à ses symptômes.
Elle a pour objectif : la prise en charge de la souffrance du sujet, l’amélioration des
fonctionnements psychologiques, relationnels et sociaux, ce qui peut contribuer à une
réduction des conduites sexuelles inappropriées et à une diminution du risque de récidive.

L’une des principales difficultés déontologiques pour le praticien est de repérer les situations
nécessitant un signalement. En effet, le médecin aura, en conscience, à concilier des principes
pouvant être contradictoires ou à choisir entre eux : d’une part, l’obligation de respecter le
secret professionnel, les impératifs de la confidentialité nécessaires au cadre thérapeutique et
la non-ingérence dans les affaires de famille ; d’autre part, l’obligation légale de porter
assistance à une personne en péril et l’urgence de signaler les mauvais traitements sur un
mineur de moins de 15 ans ou une personne vulnérable, lorsqu’elle est en danger.

Lorsqu’une procédure judiciaire est en cours :

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 Les soins en détention reposent sur le principe du consentement : une offre de soins
peut être proposée sans qu’elle ait de caractère obligatoire. Elle peut s’inscrire dans le
cadre d’une demande de la personne ou dans le cadre de l’incitation judiciaire aux soins
après condamnation. Dans le cadre pré-sentenciel, le praticien doit rester vigilant et
respecter la présomption d’innocence

 En milieu ouvert, lorsque la personne est soumise à une injonction ou à une obligation
de soins, le médecin traitant ou le psychologue traitant n’ont pas à rendre compte
directement au juge des contenus et des modalités du soin. Ils peuvent, à la demande de
leur patient, délivrer une attestation de participation aux soins. C’est le médecin
coordonnateur ou bien l’expert désigné par le juge qui sont seuls tenus de fournir une
évaluation de la mise en œuvre et une appréciation de l’évolution de la personne.

 Evaluation initiale
Il est recommandé de réaliser un ou plusieurs entretiens à visée diagnostique, permettant
d’établir s’il existe ou non une indication de soins et d’en définir les orientations et les
modalités en s’appuyant sur toutes les informations dont on peut disposer

L’évaluation clinique initiale est indispensable au choix des modalités de prise en charge, parce
qu’elle permet de déterminer et d’identifier les vulnérabilités et les ressources du sujet et plus
généralement des facteurs qui ont pu contribuer au développement des troubles et à les
précipiter.

Les informations à réunir sont multiples et comprennent notamment des données


sociodémographiques (informations générales), des données cliniques (antécédents personnels
et familiaux, qualité des relations interpersonnelles, modalités de fonctionnement
psychologique, de relation à la réalité et à la loi, recherche de troubles psychiatriques
caractérisés et de troubles de la personnalité, description de la ou des paraphilies) et des
informations sur l’acte (description du ou des passages à l’acte).

Le cadre judiciaire éventuel sera également abordé :


 Infraction(s) sexuelle(s) ou non sexuelle(s) et condamnation(s) antérieure(s) ;
 Suivi sociojudiciaire ;
 Injonction ou obligation de soins.

La connaissance de ce cadre légal permet d’avoir recours au médecin coordonnateur.


Autant que possible, il convient d’avoir accès au dossier pénal s’il existe (expertises de l’auteur
et de la victime, réquisitoire définitif). Il est important de rappeler qu’un accès au dossier pénal
existe dès lors que la personne est condamnée dans le cadre du suivi socio judiciaire avec
injonction de soins. Dans le cadre de l’injonction de soins, le médecin traitant ou le
psychologue traitant disposent à leur demande des expertises et d’éléments du dossier pénal

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qui leur sont transmis par le médecin coordonnateur en milieu ouvert, par l’intermédiaire du
greffe de l’établissement en milieu pénitentiaire.

Un bilan somatique est réalisé en fonction des comorbidités en collaboration avec le médecin
généraliste traitant.
Si une lésion frontale ou un début de démence sont suspectés, il est recommandé de
demander un avis neurologique. Des tests neuropsychologiques peuvent être utiles en cas de
déficience intellectuelle.

Concernant l’évaluation psychologique, celle-ci repose avant tout sur l’entretien clinique. Le
cas échéant l’évaluation de dimensions plus spécifiques peut être réalisée.

En France, à titre informatif, plusieurs outils sont fréquemment utilisés notamment le


QICPAAS1(Questionnaire d’investigation clinique pour les auteurs d’agression sexuelle),
guide d’entretien structuré, constitué de questions ouvertes, semi-ouvertes et fermées,
organisées selon une progression hiérarchique.

 Prise en charge psychothérapique et pharmacologique

La prise en charge d’un auteur d’agression sexuelle peut être conçue comme un
accompagnement médico-psycho-éducatif.
Ce qui induit une prise en charge thérapeutique globale du sujet.

La prise en charge des auteurs d’agression sexuelle est très complexe et peut justifier que le
soignant puisse bénéficier d’informations et formations complémentaires relatives aux
problèmes spécifiques de cette population.

La première étape de la prise en charge consiste à faire émerger la demande, y compris dans
les cas fréquents où la demande n’est ni apparente ni explicite. Elle permet également la
construction du cadre de soin.
Les objectifs de la prise en charge de l’auteur d’agression sexuelle visent à créer les conditions
d’une bonne relation thérapeutique (alliance thérapeutique, bonne observance), à améliorer le
fonctionnement psycho-social du patient et à diminuer l’activité sexuelle inappropriée. Elle
peut ainsi contribuer à éviter la récidive de l’agression sexuelle, sans jamais pouvoir l’exclure.
Dès lors, l’absence de récidive ne saurait apparaître comme le premier et le seul objectif du
soin.

Les agressions sexuelles sont à replacer et à comprendre dans un contexte plus global,
notamment en termes de comorbidités somatique et psychique, voire psychiatrique, ainsi que
de contexte social général. Ces éléments contextuels doivent être reconnus et pris en charge
de manière adaptée. Les troubles psychiatriques caractérisés doivent être traités en priorité.

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Une réévaluation du comportement sexuel inapproprié doit être effectuée après stabilisation
des troubles.

Les éléments d’évaluation à prendre en compte au cours du suivi des auteurs d’agression
sexuelle sont notamment l’amélioration du fonctionnement psycho-social du sujet et d’autre
part sur des aspects plus spécifiques en lien avec le passage à l’acte.

A titre d’exemple, les éléments suivants du fonctionnement global du sujet peuvent être
évalués :

 Existence et qualité des relations interpersonnelles, et amélioration des habiletés sociales


telles que l’affirmation de soi, l’empathie, la capacité de se représenter le vécu de l’autre,
une meilleure gestion du stress et des émotions dont la colère, les affects dépressifs
paroxystiques et l’impulsivité ;
 Représentation de la fonction parentale et des relations intrafamiliales ;
 Adaptation et investissement sociaux et professionnels ;
 Amélioration de l’estime de soi ;
 Maturité affective ;
 Capacité d’autocritique « insight » (existence et qualité) ;
 Observance de la prise en charge ;
 La prise en charge des auteurs d’agression sexuelle apprécie plus particulièrement :
 Le positionnement par rapport à l’acte ;
 Les distorsions cognitives, en particulier relatives au passage à l’acte et à la victime
 Le « déni » ou la non-reconnaissance des faits ou actes ;
 La perception de la violence exercée sur la victime et la capacité de se la représenter
(« empathie envers la victime ») ;
 Le cas échéant, la compréhension du caractère pénalement répréhensible des faits ou
actes.

Il est important d’évaluer l’existence et la fréquence d’une activité sexuelle appropriée ou


inappropriée dans tous ses aspects incluant les fantasmes sexuels, l’activité masturbatoire,
l’exclusivité de l’objet sexuel, le caractère compulsif, etc.

 Prise en charge psychothérapeutique

La psychothérapie, quelle qu’en soit la modalité, est une composante incontournable de la


prise en charge thérapeutique. En milieu ouvert, la psychothérapie peut être réalisée dans le
secteur public ou privé, et le sujet doit être accueilli comme toute autre personne.
La prise en charge psychothérapique n’exclut pas l’association à un traitement
pharmacologique.

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Le type de prise en charge tient compte des capacités psychologiques, du niveau de
verbalisation du sujet, de sa motivation (démarche personnelle ou injonction de soins), et du
savoir-faire des thérapeutes. L’évolution du sujet est à prendre en compte (une prise en
charge initialement non indiquée peut le devenir quelques mois plus tard).

Les modalités de la psychothérapie peuvent évoluer dans le temps au cours de la prise en


charge en fonction des étapes successives du processus thérapeutique et des besoins du sujet.
Toute psychothérapie doit être régulièrement réévaluée et adaptée si besoin. Elle se doit de
considérer le sujet dans son intégralité (parcours de vie, ressources, problématiques
générales, etc.).

La modalité de psychothérapie peut varier aussi en fonction des moments du parcours


judiciaire du sujet, lorsque celui-ci est sous main de justice :
 Lorsque le sujet est dans la phase présentencielle, un travail spécifique sur les
problématiques associées au passage à l’acte n’est entrepris que s’il reconnaît les faits qui
lui sont reprochés et accepte cette prise en charge. Dans le cas où il nie complètement
les faits reprochés, la présomption d’innocence doit prévaloir et aucun travail ne
pourrait être entrepris sur un quelconque « déni ». Un suivi psychologique classique et
non spécifique peut lui être proposé, comme à toute autre personne ;
 Lorsque le sujet est condamné et incarcéré, la psychothérapie peut être plus spécifique
et questionner les faits sanctionnés. L’incarcération peut être une période favorable à un
accès aux soins. Le parcours de soin est bien sûr distinct du parcours d’exécution de la
peine du condamné, mais il y est articulé, particulièrement dans les 22 établissements
pour peine qui ont été spécialisés par l’administration pénitentiaire pour l’accueil des
condamnés pour infraction sexuelle ;
 Lorsque le sujet est sous injonction de soins à l’issue de la peine d’emprisonnement
ferme, il convient de faire le point de ce qui a été fait en détention et établir avec lui un
projet de prise en charge en s’appuyant sur le médecin coordonnateur qui est chargé
d’organiser le soin.
 lorsque le sujet est en obligation de soins, le recours au médecin coordonnateur n’est
pas possible et le cadre des soins doit être contractualisé par le thérapeute avec le sujet.

Les psychothérapies utilisées sont de type psychodynamique, cognitivo-comportemental,


systémique, familial ou associent ces différentes démarches en fonction des besoins et de
l’évolution du sujet.
Quel que soit son type, la psychothérapie peut être individuelle ou en groupe ou alterner les
deux modalités en fonction des besoins et de l’évolution du sujet.
De manière générale, les psychothérapies individuelles sont particulièrement indiquées
lorsqu’il existe une motivation du sujet, des potentialités d’auto-analyse, de symbolisation et
d’insight.

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Les psychothérapies de groupe facilitent l’expression par l’échange au sein du groupe,
apportent un étayage, qui concourt à l’amélioration des capacités d’introspection et de
verbalisation. Toute psychothérapie de groupe (quelle que soit sa référence théorique
principale) se découpe toujours en trois temps : pré, per et post-séance. Ces trois temps
rythment et structurent le processus psychothérapique.

 Types de psychothérapie

L’approche psycho dynamique accorde une place importante aux étapes précoces du
développement et à ses perturbations (traumatismes, maltraitance, séparations et ruptures),
qui s’expriment notamment dans des troubles de l’attachement et de la construction de
l’identité.

La psychothérapie s’appuie sur une relation de confiance et de sécurité avec le thérapeute, qui
permet d’aborder les problématiques profondes, les fantasmes (sexuels, de destruction, etc.)
et la souffrance de la personne dans le contexte de son fonctionnement psychique. Ces
problématiques sont abordées dans le transfert avec le thérapeute. Elles impliquent de sa part
un ajustement permanent et soutenu à l’évolution et aux (im) possibilités de la personne. Les
déficits initiaux de verbalisation et de mentalisation, la fragilité narcissique, la maturation
émotionnelle et relationnelle, la gestion de la sexualité s’inscrivent dans les objectifs de
changement, aux côtés de la compréhension cognitive et émotionnelle des processus
dynamiques internes associés aux comportements pathologiques et de la perception du vécu
des victimes.

Les accompagnements familiaux sont très souvent indispensables lorsqu’un membre de la


famille est impliqué dans une agression sexuelle. Les thérapies familiales font l’objet d’une
indication après évaluation (qu’elles soient de référence théorique psychodynamique ou
systémique). Elles peuvent être indiquées pour travailler les dysfonctionnements familiaux que
ce soit en cas de passage à l’acte intrafamilial ou non.

Elles sont indiquées lorsqu’il faut mettre en place une phase de préparation à des entretiens
individuels ou dans le cas d’une famille dépressive, repliée ou fusionnelle. Elles le sont
également lorsque les auteurs d’agression sexuelle sont identifiés comme autoritaires ou
tyranniques au sein du groupe. Il n’y a pas de contre-indications spécifiques aux thérapies
familiales car l’investissement des auteurs dans cette dynamique thérapeutique se réalise de
façon variable et individualisée.

 Place de la reconnaissance des faits


Pour ces sujets, la reconnaissance des faits renvoie souvent à l’image du monstre qu’en fait la
société, voire eux-mêmes. Aborder les faits va donc renvoyer à une réelle difficulté pour ces
sujets, et ce d’autant plus s’ils n’ont jamais bénéficié de suivi auparavant. Il faudra donc comme

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dans un suivi classique respecter le rythme du sujet pour arriver à ce que celui-ci puisse en
parler plus sereinement. Le déni, perçu comme mécanisme de défense sain (indispensable à la
santé mentale car la vie est intolérable sans illusion), est à respecter, ainsi que sa dynamique
car il permet au sujet de faire face au réel. Si celui-ci est massif, c’est qu’il est porteur de sens
pour le clinicien. C’est pour cette raison que les faits doivent pouvoir être abordés au cours
des entretiens sans y revenir de manière lancinante, mais ils ne doivent pas non plus être
scotomisés.

Dans le cadre de soins avec des personnes sous main de justice et condamnées, la prise en
considération du dossier pénal (récit des faits, expertises psychiatriques, enquête sociale)
paraît être un élément important dans la prise en charge de ces sujets. Contrairement à un
cadre de prise en charge dite classique, ce dossier permet de croiser le discours du sujet à
celui de la justice. Il peut être un levier thérapeutique car souvent les sujets n’ont que des
souvenirs partiels de ce qui a été énoncé lors du procès, et ce car les émotions les ont bien
souvent submergés à ce moment-là.

 Traitements pharmacologiques

On distingue deux cas :


 Le trouble sexuel apparaît dans le cadre d’une pathologie neurologique ou d’un trouble
psychiatrique caractérisé (trouble bipolaire, psychose, conduite addictive, etc.). Dans ce
cas, le traitement de ce trouble constitue un prérequis indispensable ;
 Le trouble sexuel s’inscrit dans le cadre d’une paraphilie comme diagnostic principal. Une
comorbidité psychiatrique (dépression, conduite addictive) ou un trouble de personnalité
peuvent être associés. Le traitement médicamenteux est associé dans la majorité des cas
à la prise en charge psychothérapique.

Les traitements psychotropes


Les antipsychotiques et thymorégulateurs n’ont pas d’indications dans le cas d’un trouble du
comportement sexuel, en dehors des cas où ce trouble est associé à un trouble psychiatrique
caractérisé.
Les antidépresseurs de type IRS ont fait l’objet d’études montrant un bénéfice dans l’indication
paraphilie. Ils sont souvent prescrits dans les paraphilies à faible risque de passage à l’acte
(exhibitionnisme, pédophilie sans antécédent de passage à l’acte) et à forte tonalité
compulsive, ou en cas de dépression associée.

Traitements hormonaux
Les traitements hormonaux ont pour objectif commun de réduire les pulsions sexuelles. IIs
réduisent les comportements sexuels inappropriés, mais ils réduisent également l’activité
sexuelle globale.

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Salvacyl LP® (triptoréline), disponible depuis le 23 août 2007 « pour la réduction majeure et
réversible des taux de testostérone afin de diminuer les pulsions sexuelles chez l’homme
adulte ayant des déviances sexuelles sévères. Le traitement par Salvacyl LP doit être instauré
et contrôlé par un psychiatre. Le traitement doit être associé à une psychothérapie dans le
but de diminuer le comportement sexuel inapproprié ».
Ces traitements ont l’avantage d’une réversibilité des modifications hormonales à l’arrêt.

Notre expérience de la prise en charge des sujets auteurs de violences sexuelles, en milieu
carcéral, nous a permis de nous rendre compte que chez certains de ces sujets, la
psychothérapie en face à face n’est pas toujours la mieux indiquée. Un passage dans un
dispositif groupal à un moment ou à un autre du parcours thérapeutique du sujet peut lui
permettre de se confronter à la notion d’altérité, problématique rencontrée souvent chez ces
patients. Le rapport à la relation duelle mobilise des aménagements défensifs de façon massive,
une persistance dans un déni au moins partiel des agissements, alors que le groupe va
permettre une diffraction du transfert et une ébauche d’approche de la problématique sous
jacente.

L’orientation des patients vers ce groupe de parole se fera après une évaluation et une
synthèse d’équipe.

Le groupe de parole proposé n’est qu’une forme de prise en charge possible.

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La prise en compte de la VAS (Vie affective et sexuelle) : Un projet


institutionnel transversal fédérateur pour les établissements de
l’APEI du Secteur Adultes.
Erika DEHAIS Psychologue
Emmanuelle LEFEBVRE Psychologue

 La vie affective et sexuelle dans l’histoire associative :


Plusieurs incidents en lien avec la vie affective et sexuelle ont été enregistrés dans les
établissements du Secteur adultes. Derrière ces incidents, on pouvait lire un mal-être des
personnes accueillies, des souffrances psychiques, des frustrations qui entraînent de
l’agressivité voire des déviances ou de la maltraitance.

Face à ces constats et consciente qu’ignorer cet aspect de l’accompagnement peut


comporter des risques, la directrice du Secteur Adultes de l’APEI Mme Nancy COUVERT a
appelé à une mobilisation d’ensemble pour mieux prendre en compte ces besoins
spécifiques. Le projet institutionnel sur l’accompagnement à la VAS a été lancé en mars 2011.

La démarche adoptée est voulue globale et transversale : tous les établissements du secteur
Adultes (ESAT, Ateliers de jour, Foyer d’Accueil médicalisé, Atelier de Jour médicalisé,
SAVS, Foyer d’hébergement et Foyer de vie) ont été fortement impliqués. Un comité de
pilotage pluridisciplinaire dont font partie le Vice-président du Secteur Adultes et un
administrateur parent, a été constitué en vue d’en suivre l’avancement.

 Les étapes du projet VAS de l’APEI


 Première étape : de Février 2011 à Juin 2012

La direction a commencé tout d’abord par la recherche du soutien de l’association et par la


clarification du positionnement associatif sur cette question. Elle a donc déployé un travail de
communication pour une évolution de la prise de position au sein du comité de pilotage, du
conseil d’administration, des membres de l’association. L’objectif étant de :
 Informer l’ensemble des acteurs associatifs
 S’entendre sur des missions et des valeurs communes
 Obtenir le soutien indispensable à la continuité des actions
 Ecrire et consolider le socle éthique
Comment ?
 Intervention de la directrice du secteur adulte au sein du Conseil
d’Administration de l’APEI
 Dans le projet associatif en cours de ré-écriture, insertion d’une phrase qui
explicite la prise en compte de la vie affective et sexuelle dans les missions de
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l’association en direction des familles et des personnes en situation de
handicap
 Présentation de la démarche et ses objectifs à l’assemblée générale, aux
réunions d’informations pour les familles de chaque établissement du secteur
adultes…
 Projet d’écriture d’une Charte sur la vie affective et sexuelle

Le deuxième défi, fut la recherche de cohésion :


Un questionnaire à destination des professionnels a été élaboré et distribué afin de prendre
conscience de leurs représentations et attitudes face à la sexualité des personnes porteuses
d’un handicap., et recueillir leurs besoins sur ce thème pour harmoniser les regards et les
pratiques d’accompagnement.

A partir de cette évaluation, des réunions transversales ont été mises en place pour
l’ensemble des professionnels éducatifs dans le but d’offrir aux professionnels une
information globale, et construire un socle théorique de base, commun à tous les les
établissements du secteur adulte.

Ces réunions de trois séances étaient animées par les deux psychologues du Secteur
Adultes. Les objectifs los de chaque séance se déclinent comme suit :

Première séance
 Se rencontrer, faire connaissance entre les professionnels des différents
établissements du Secteur Adultes
 Définir le cadre des réunions
 Cibler les attentes
Deuxième séance
 Exprimer les représentations
 Définir ce que l’écoute
 Parler de vie affective et sexuelle
Troisième séance
 Les manifestations de la sexualité
 Les notions de norme et de déviance
 Rôles et missions des professionnels, paradoxes

A la suite de ce travail de sensibilisation, plusieurs actions ont été entreprises afin de


promouvoir les pratiques et les connaissances des professionnels sur cette thématique:
1. Participation de 3 professionnels dont 2 du pôle « Famille » du SAVS à une
formation de 6 jours, animée par Sheila WARENBOURG sur l’animation
des groupes de paroles liés à la VAS. Suite à cette formation, ces

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professionnels ont animé plusieurs sessions de groupes de parole avec les personnes
accueillies.
2. Participation de 5 professionnels (de l’ESAT, Ateliers de jour, FAM et Foyer) à une
formation de 6 jours animée par le centre METANOYA, sur l’éducation à la
sexualité, en vue la mise en place de groupes d’éducation à la sexualité au sein de
nos structures.
3. Lancement d’un projet de Comédie Musicale sur le thème de l’Amour.
Ainsi, une troupe de chanteurs-danseurs a été constitué de 19 usagers (FAM,
ATELIERS DE JOUR, SAVS, ESAT, FOYER DE VIE) et de 5 professionnels, encadrée
par Elisa AMSALLEM artiste musicienne et de Didier DERVAUX auteur des textes.
4. Participation au travail de réseau avec des échanges inter associatifs mis en place par
l’ARRED et l’ADAPT de la région Rouennaise: sur l’animation de groupe de parole et
l’accompagnement à a parentalité
5. Participation de professionnels à des colloques sur le thème de la vie affective et
sexuelle (Paris, Evreux, Rouen).

 Deuxième étape : de Juin 2012 à Mai 2014

8 groupes de travail thématiques transversaux ont été constitués afin de réfléchir sur
l’amélioration de l’existant :
- LE CORPS ET L’ESTIME DE SOI
- LE TRAVAIL AVEC LES FAMILLES
- LE COUPLE
- INFORMATION PREVENTION EDUCATION POUR LES PERSONNES
- INFORMATION FORMATION PREVENTION EDUCATION POUR LES
PROFESSIONNELS.
- LES PARTENAIRES
- LES ESPACES
- LES REGLEMENTS ET LES ECRITS
Chacun de ces groupes de travail etait animé par un ou deux membres du comité de
pilotage.
Les réflexions menées ont abouti à plusieurs propositions, que le Comité de pilotage a validées.
Aussitôt, de nouveaux groupes de travail se sont constitués, toujours de manière volontaire et
transversale, en vue de concrétiser les actions proposées. Il s’agit en effet de :
1. L’Organisation d’un Colloque sur la Vie affective et sexuelle et présentation du
spectacle de la Comédie Musicale « Train des désirs » à l’occasion, en Mai 2014.

2. La rédaction d’une charte de reconnaissance de l’accompagnement de la vie


affective et sexuelle par le secteur Adultes de l’APEI avec la participation d’un
groupe d’administrateurs. Cette charte a été validée en 2013 par le Conseil

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d’Administration et présentée par le Vice-président du Secteur Adultes aux différents
établissements.
Le même groupe travail qui a rédigé la charte, a pour objectif d’insérer un paragraphe sur la
prise en compte de la VAS ainsi que les droits et obligations dans les règlements de
fonctionnement et dans les projets d’établissement qui sont en cours d’actualisation.

3. La mise en place d’un Pôle Ressources au niveau du siège du Secteur Adultes


pour permettre aux professionnels d’accéder à une base documentaire en lien
avec le domaine médico-social y compris l’accompagnement de la VAS. Ce Pôle
Ressources a été inauguré le 27 mars 2013.

4. La Célébration de la Saint Valentin en 2013 pour fêter les amoureux et les


amitiés en grand : Des repas améliorés sur le thème de l’amour furent organisés à l’ESAT,
au Foyer et au Art Café. Les usagers ont participé à la confection de la décoration.
Le groupe de travail à l’origine de cette belle initiative a décidé de la reconduire
annuellement, en l’étalant sur toute une semaine appelée « Semaine de l’Attachement ».
En février 2014 , il y a eu une exposition de photos, un repas amélioré à l’ESAT, un lâcher
de ballons avec des messages d’amour au Parc Guy-Weber, une diffusion de la Répète
« Comédie et amour » .

5. La Mise en place d’un guide adapté sur la vie affective et sexuelle pour les personnes en
situation de handicap. Ce guide sera distribué lors du Colloque

6. L’organisation ou la participation à des événements en lien avec la Prévention et la


Promotion de la Santé. Ce groupe a commencé son travail par un recueil des besoins au sein
des différents établissements. Plusieurs thématiques ont été identifiées comme pertinentes :
l’éducation à la sexualité et la contraception, la connaissance du corps, les addictions (alcool,

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drogues,…), l’alimentation équilibrée et la prévention de l’obésité, l’hygiène corporelle et du


domicile, les risques domestiques, les risques d’internet.

Le groupe travaille aussi sur le recensement les différentes ressources extérieures à mobiliser
dont l’IREPS de la Haute Normandie, en vue d’envisager des actions d’information et de
prévention en direction des usagers, dans le proche avenir.

7. La mise en place d’un comité transversal de supervision des groupes de parole auquel
participeraient les personnes ayant animé ou ayant envie d’animer des groupes de parole,
en vue d’échanger sur les outils et les pratiques. En cours

8. La Mutualisation des espaces et des activités de bien-être du secteur Adultes et enfance


(snoezellen, balnéo, salon de coiffure…) .

9. La mise en place de deux annuaires (un pour les participants et un autre pour les
professionnels) pour lister les différents partenaires externes qui peuvent être mobilisés.
En cours

10. La facilitation des rencontres et des liens pour les usagers (Organisation de soirées avec
d’autres établissements, pique-niques, …)

Du désir à la réalité…
Avancées, questionnements, ouvertures
 La VAS est un thème qui bouscule puisqu’il nous amène à faire face à la désorganisation
de nos repères et défenses, accueillir le changement;
 De l’information obligatoire à la démarche volontaire des professionnels
 De l’engagement dans le temps des professionnels
 De l’équilibre entre intérêt pour la VAS et travail quotidien : « le terrain n’attend pas ! »
 Un thème sans cesse à re-questionner : le travail d’analyse pluridisciplinaire face aux
situations
 Un projet global, des réponses individuelles pour les personnes
 De la volonté d’agir à l’impuissance: la gestion de la souffrance et la frustration chez les
personnes
 A chacun ses priorités ! Rester à l’écoute des problématiques individuelles : handicap, le
vieillissement…

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La vie affective et sexuelle des personnes en situation de handicap


Quel travail auprès des familles ?
Erika DEHAIS, Psychologue à l’APEI et témoignages de parents

 Le Groupe « Ressources Famille »

A l’origine de ce projet, il y a la volonté de tisser un lien de confiance avec les familles, de voir les
parents s’investir dans la vie de l’association et d’être porteurs de projets singuliers et dynamiques.
Les parents peuvent être acteurs dans l’évolution des projets associatifs, institutionnels ainsi que dans
l’accompagnement des personnes, via une alliance et une collaboration avec les institutions et les
équipes.

Pour réfléchir à la portée de ce projet, le Comité de pilotage « Ressources famille » composé des
directeurs adjoints, psychologues (du secteur adultes et enfants), et de 3parents administrateurs s’est
constitué afin d’élaborer un questionnaire en direction des familles de l’APEI, secteur enfants et
adultes - questionnaire ayant pour objectif de faire un état des lieux des modalités de rencontres
existantes, évaluer leur adéquation avec les besoins des familles, et faire émerger de nouvelles
propositions à ce sujet.

A réception des questionnaires, plusieurs pistes de travail se sont dégagées (voir shéma):
1. Se rencontrer de manière conviviale entre familles (café-parents)
2. Partager des temps de vie avec les professionnels de terrain
3. Participer à des groupes de parole parents-fratrie
4. Ateliers d’écriture

L’état des lieux a été également complété par le point de vue des personnes accueillies,
pour qui, des groupes de parole sur le thème de la « Famille » ont été animés. L’objectif
étant d’évoquer avec eux leurs représentations et besoins en lien avec la notion de famille.

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« Empêche-moi si tu peux !! »
14 et 15 mai 2014 à Dieppe Ma vie , mes besoins, mes droits, mes devoirs

Des rencontres au sein des différents établissements du secteur enfant


Discuter simplement,
et adulte pour mieux visualiser les lieux d’accueil de l’APEI sont
entre parents, frères et
sœurs proposées.

Les psychologues continueront d’accompagner la mise en place des


Groupes de parole café-parents. Elles permettent de faire le lien avec la vie au sein des
avec un psychologue établissements et de recueillir les attentes des familles. Les groupes de
parole se mettront en place sur l’année 2015.

En 2014, des ateliers d’écriture (trois ateliers au total), animés par


Florence Levasseur, écrivain-conseil, seront proposés à un groupe de 12
Ateliers d’écritures personnes, aimant jouer avec les mots, témoigner, découvrir une
nouvelle forme d’expression, simple et ludique.

Dans chaque établissement de l’APEI, les professionnels organisent des


Rencontres avec les rencontres avec les familles sous différentes formes : portes ouvertes,
professionnels réunions d’informations, repas festifs, marchés, brocantes… Cette
année encore, ils chercheront à être force de propositions pour mieux
aller à la rencontre des familles et à les accueillir…

Journées Des réunions d’information ponctuelles avec des interlocuteurs


thématiques, spécifiques seront proposées : rencontre avec un notaire, avec les
conférences services de tutelle, présentation des établissements de l’APEI… Une
conférence sur la vie affective des personnes en situation de handicap

Du Groupe Ressource Famille au Café-parents

En quoi consiste le café-parents ?


 Un projet pensé par des parents, pour des parents
 Pour renforcer nos liens, nos familles
 Pour mieux nous connaitre, nous informer
 Une démarche volontaire mais pas obligatoire
 En toute convivialité
 Echange
 Soutien
 Lien
 Solidarité
 Evolution

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 Convivialité
 Coopération
 Information
 Accueil
 Ecoute
 Partage
 Entraide
 Respect
 Différences

Une plaquette a vu le jour. Un travail de communication a été réalisé via courriers


d’information envoyés aux familles, articles dans le journal interne de l’APEI, réunions
d’établissement en présence des familles.

Les thèmes centraux


 L’annonce du handicap
 Le parcours scolaire, l’école
 La vie de couple
 Les frères et sœurs
 Le vieillissement des parents
 L’avenir
 Les tutelles
 Le regard des autres
 La séparation, l’entrée en établissement
 La vie en institution, le lien avec les équipes
 La réglementation, le financement des établissements, les aides…
 Les actualités dans le domaine du handicap (médiatisation, cinéma, spectacles…)
 Autres…

 La Vie affective et sexuelle des personnes en situation de handicap, Un


sujet « sensible » : Des familles face à l’intimité : paradoxes, craintes,
évolutions…

 Nécessité d’aborder ce thème avec les familles à diverses occasions


Le café-parents
Le comité de pilotage vie affective et sexuelle (équipe de direction, psychologues, parents
administrateurs)
Le groupe de travail vie affective et sexuelle et famille (professionnels de terrain,
psychologues, parents)
Les groupes de parole thématiques (animés par les psychologues et professionnels
ressources, pour les parents et pour les familles d’accueil)

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Le projet personnalisé: « mes désirs, mes souhaits, mes préoccupations » et l’entretien avec
la famille sur ces thèmes.
L’information auprès du conseil d’administration, des parents-administrateurs
Les écrits en direction des familles: projet associatif, projet d’établissement, charte sur la vie
affective et sexuelle
 Des outils de communication diversifiés pour sensibiliser, informer, décloisonner,
questionner, rassurer, libérer…
Le festival l’Ame de fond « Toi, moi…etc »
Conférence « Empêche moi-si tu peux !! »
La comédie musicale « Le train des désirs »

 La vie affective et sexuelle, ce que cela évoque chez les familles…

- Le handicap: Une histoire singulière pour la personne et sa famille. Comment est-il vécu
par les parents, dans la famille ? Comment est-il vécu par les personnes en situation de
handicap ? Comment est-il parlé au sein des familles?
- Les institutions: Quels regards sont portés sur les établissements et le travail des équipes?
Comment travailler ensemble tout en respectant les rôles et les espaces de chacun?
- L’intimité: Intimité du corps, intimité de la chambre, expériences intimes… A domicile,
comment préserver l’intimité de la personne en situation de grande dépendance?
- Confidences, jardins secrets, discrétion… Quelles sont les limites de ce qui se partage
entre professionnels et familles? La personne en situation de handicap « au cœur » de
cette question.
- Autonomie, vulnérabilité: entre peurs et réalités, quand les représentations et les regards
sur la personne divergent, comment se comprendre et envisager l’accompagnement.
- Parentalité des personnes en situation de handicap: Quelles représentations en ont les
familles? Comment entendre le désir des personnes ?

 Les conditions nécessaires au travail avec les familles

- Informer les familles sur le travail institutionnel et associatif,


- Respecter les différences et les rôles de chacun, entre parents et professionnels
- Valoriser les compétences et l’expertise des familles, les considérer comme des
personnes ressources, des partenaires dans l’accompagnement,
- Créer une véritable alliance, un lien de confiance pour co-élaborer ensemble sur
l’accompagnement des personnes accueillies, Pour trouver ensemble le juste équilibre
entre protection et liberté; et construire une vision harmonieuse de la personne
- Se donner la possibilité de se laisser surprendre par la personne en situation de handicap,
de laisser s’exprimer son potentiel.

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4ème Partie :
« A corps ouvert »
Le corps, l’identité l’image et la parentalité

L’accompagnement de la parentalité,
Un nécessaire travail de réseau.

Sabine, Psychologue Clinicienne à l’ARRED


Catherine BAUDET et Céline DUBOS Educatrices au Pôle Famille du SAVS de l’APEI
de la Région Dieppoise

 L’origine du Pôle Famille :

Catherine BAUDET:

Depuis la création de notre service en 1993, nous avons constaté une évolution progressive
de notre travail : au début, les participants s’installaient seuls en appartement, des couples se
sont ensuite formés ; le désir d’enfant a suivi naturellement, la concrétisation de ce désir leur
permettant d’être « comme tout le monde » ; rapidement, la possibilité de prendre un congé
parental avec deux enfants a augmenté le nombre de grossesses au sein de notre service ;
Certaines familles ont même désiré avoir d’autres enfants encore.

Au cours de cette période, notre service a orienté avant tout son travail sur la prévention,
sur les différents modes de contraception et autour d’une réflexion avec les participants sur
leur désir de grossesse, leurs projections personnelles. Notre travail, au sein du service est
bien d'accompagner les parents ou futurs parents mais en aucun cas d'encourager les
grossesses.

Devant, donc, le nombre croissant des suivis de grossesses et avec l’arrivée de tous ces
bébés, notre travail auprès des parents s’est modifié au fur et à mesure de nos interventions ;
Initialement, notre service n’étant pas missionné pour le suivi des enfants, nous avons dû,
néanmoins, faire face à la multiplication de leurs suivis éducatifs et de santé.
Dans une réflexion menée autour de nos pratiques professionnelles, on a pu mettre en
exergue que, même si les parents ne représentaient pas la part la plus importante en nombre
de suivis SAVS en comparaison avec les autres adhésions individuelles, ils nous
monopolisaient davantage en terme de temps de visites à domicile et en nombre de
démarches extérieures.

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Céline DUBOS :
A titre indicatif, nous souhaiterions vous soumettre quelques chiffres :

Nombre de familles en fonction du nombre d’enfants à la date du 12/05/2014

Enfant 1 2 3 4 + de 4
Année TOTAL
à naître enfant enfants enfants enfants enfants
19 familles : 28
2013 - 11 3 3 2 0
parents, 34 enfants
15 familles : 19
2011 1 7 2 3 2 0 parents, 28 enfants
+ 1 à naître
13 familles : 17
2010 - 6 3 3 1 0
parents, 25 enfants
11 familles : 11
2009 - 4 4 2 1 0
parents, 22 enfants

Nombre de naissances en 2013 : 5 enfants dont 1 décédé


Lorsque nous nous intéressons au nombre de familles en fonction du nombre d’enfants, nous
nous apercevons qu’à la date d’aujourd’hui, le Pôle Famille suit 19 familles, c'est-à-dire 28
parents, 34 enfants. En 2009, nous suivions 11 familles et plus précisément 11 parents et 22
enfants. A la création du pôle famille, nous suivions 15 familles (19 parents et 29 enfants).

Afin de redonner la place impartie et le temps nécessaire à chacun, en prenant également en


compte les deux dimensions qui émergeaient de nos observations, à savoir la dimension de la
famille, de la parentalité et celle de l’isolement, de la solitude très prégnante ressentie, la
direction et l’équipe du SAVS ont choisi de créer 3 pôles en avril 2011:
- « le Pôle Famille » incluant non seulement les parents et leurs enfants mais aussi le suivi
des adultes accueillis en familles d’accueil agrées par le Département
- « le Pôle Cœur du SAVS », constitué des autres adhérents.
- Et Le Pôle « Gestion des temps libres et des Loisirs » répondant donc à un
problème de solitude, identifié chez quasi tous les participants.

Le financement de notre SAVS est semblable à n'importe quel autre SAVS : nous
fonctionnons de manière expérimentale, sans subvention supplémentaire, en ayant redéployé
les ressources humaines, matérielles et financières.

Avant d’exposer nos constats sur la problématique des suivis de grossesses avec des
personnes en situation de handicap, il nous parait important de rappeler un élément essentiel
de notre pratique professionnelle, sur lequel nous sommes très vigilantes : dans tous nos
accompagnements, nous ne faisons jamais « à la place de » mais « avec la personne

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ou la famille concernée ;

Rappelons ici le décret du 11 mars 2005, régissant les Services d’Accompagnement à la Vie
Sociale et Médico-social pour les adultes en situation de handicap : Les Services
d’Accompagnement à la Vie Sociale ont pour vocation de contribuer a la
réalisation du projet de vie des personnes adultes handicapées par un
accompagnement adapte favorisant le maintien ou la restauration de leurs liens
familiaux, sociaux, scolaires, universitaires ou professionnels et facilitant leur
accès à l’ensemble des services offerts par la collectivité.

Concrètement, au sein de notre pôle, c’est toujours le parent qui nous sollicite pour être
accompagné lors d’un rendez-vous, jamais nous n'imposons notre présence, même si parfois
nous savons que les informations qui nous serons restituées par le parent, seront
incomplètes pour une compréhension parfaite de la situation.

Sabine CHATROUSSAT :
Pendant longtemps, il été refusé à la personne handicapée un statut de sujet ainsi que dénié
l’accès au désir et à son expression. La possibilité de se penser parent en était ainsi entravée.

Actuellement, cette parentalité de cachée est devenue visible et nécessite que familles et
professionnels s’ajustent dans le souci du respect du parent, mais aussi de l’enfant à venir.

La possibilité de prendre en compte la dimension psychique de la personne handicapée n’a


été que rarement envisagée pour elle ou pour les équipes. Cette situation a généré une
méconnaissance de la personne handicapée, mais surtout une impossibilité de la reconnaître
comme sujet désirant. Les difficultés dans lesquelles se trouvent aujourd’hui les équipes
éducatives, médicales, sociales pour accompagner les parents mettent en évidence les limites
de politiques sociales laissant de côté les dimensions psychiques de l’individu. Pourtant il est
nécessaire de prendre la mesure de l’impact psychique du handicap sur la manière de vivre la
parentalité dans toutes ses dimensions : réelle, imaginaire, fantasmatique et dans toutes ses
composantes.

Si aujourd’hui la question de la parentalité des personnes vivants avec un handicap est de


plus en plus souvent évoquée, c’est parce qu’elle est une réalité. Ce n’est que récemment
que véritablement des chercheurs, des praticiens, des professionnels commencent à
s’intéresser à ce qu’il en est du désir d’enfant, de la parentalité pour les personnes
handicapées et surtout montrent la volonté de les accompagner. Auparavant, dans tous les
domaines de la vie et tout particulièrement dans ceux de l’intimité, de l’affectivité et de la
sexualité, les représentations sociales les ont maintenues dans une dépendance, voire une
soumission, au désir de l’autre. C’est via une humanisation et une intégration dans la vie
sociale qu’ont pu alors s’exprimer et être pris en compte leurs propres désirs. La possibilité
de se penser parent devenait donc accessible.
Pourtant, le désir d’être parent a toujours existé et s’est toujours réalisé.

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Ce sont les professionnels du secteur social qui les premiers ont essayé de construire une
base théorique de réflexion face à des réalités qui venaient les surprendre et les bouleverser.
En effet, ces parents ou futurs parents existaient et bousculaient les représentations des
professionnels. Par ailleurs, les couples rencontraient souvent des difficultés dans l’éducation
de leur enfant et pouvaient en être séparés afin qu’ils soient confiés à des services dits
« compétents » ou à d’autres membres de la famille (grands-parents, fratrie,…). Des
situations dramatiques sont apparues et un besoin de réflexion est devenu indispensable
pour essayer d’y pallier. En partant prioritairement sur des propositions d’accompagnement
à la vie sexuelle, les professionnels ont élargi rapidement leur travail en y intégrant celui sur
la parentalité. Leur regard sur la sexualité et la parentalité des personnes en situation de
handicap a alors peu à peu changé. En effet, la sexualité des personnes handicapées a
longtemps dérangé, en particuliers dans les institutions où elle était souvent proscrite. La
demande de stérilisation ou encore la contraception fortement conseillée voire obligatoire
s’inscrivait alors dans une dimension de non-dit voire de secret évitant la mise en place d’une
éducation sexuelle qui risquait de favoriser l’accès à une certaine autonomie. Aujourd’hui, la
réalité est quelque peu différente.
Même si certaines représentations sont encore persistantes, sous l’impulsion des personnes
handicapées et de certaines associations, tout d’abord en Belgique ou en Suisse puis en
France, des programmes d’aide à la vie sexuelle sont nés. En France, la réflexion et
l’élaboration d’un accompagnement à la vie sexuelle, affective et à la parentalité en est
encore à ses balbutiements, mais les équipes éducatives et sociales en évaluent de plus en
plus fréquemment l’utilité et s’investissent de plus en plus pour être force de proposition.

Les difficultés des parents


Il est évident aujourd’hui que pour accompagner au plus près des besoins des couples, il est
indispensable d’identifier leurs difficultés et de le faire avec eux, d’identifier les liens
entravants et les liens soutenants qu’ils entretiennent avec leur entourage et de créer un
réseau de partenariat fiable et efficace. Pour éviter des situations d’urgence, situations
encore fréquentes, où la grossesse est annoncée tardivement, il semble nécessaire de
permettre que les questions autour du désir d’enfant, du désir d’être parent puissent
s’exprimer très tôt et être entendues. Il est erroné de croire qu’en parlant de parentalité on
risque de susciter une « éventuelle envie » et prendre le risque de faire naître un désir qui
n’existait pas. Le désir d’enfant est là, a toujours été présent mais souvent interdit.

Aujourd’hui, on peut et on doit en parler avant que le couple ait un projet réel d’enfant. Il
est donc important de réfléchir à un outil de réflexion pour que les équipes intègrent dès
avant grossesse, l’amorce d’une réflexion avec le couple, avant la parentalité réelle.

Il semble important de créer un outil méthodologique à destination des équipes de


professionnels qui soit un support d’accompagnement et qui :
 Mette en évidence les difficultés spécifiques des parents en situation de handicap

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 Permette de connaître les partenaires avec qui créer un réseau de soutien à la


parentalité des personnes vivants avec un handicap
 Permette d’envisager la mise en place d’un réseau afin d’éviter le morcellement voire
le clivage des prises en charge
 Permette de concevoir un outil spécifique à chaque couple, construit avec le couple,
qui prenne en compte ses difficultés et ses compétences afin d’ajuster
l’accompagnement à sa dynamique.

 Mise en évidence des spécificités dans l'accompagnement des parents ou


futurs parents en situation de handicap

Catherine BAUDET :
Depuis que nous accompagnons des parents ou futurs parents en situation de handicap,
nous sommes en mesure aujourd'hui de mettre en évidence des caractéristiques précises à
prendre en compte dans leur accompagnement.

Ces personnes ont des difficultés à avoir un raisonnement abstrait, elles possèdent peu
de facultés cognitives ; cela se traduit par une difficulté à se projeter dans l’avenir.
Concrètement, il est parfois difficile pour certaines mamans de se représenter les différentes
étapes de sa grossesse, d'appréhender les changements de son corps liés à la grossesse,
d'anticiper les achats de puériculture, de s'astreindre aux examens médicaux, d'organiser le
départ à la maternité, surtout quand d'autres enfants sont présents au domicile.

A plus long terme, les parents ou futurs parents n'ont pas forcément connaissance et/ou
conscience des différentes étapes de l'évolution de leur enfant, et donc de la nécessité de
s'adapter et d'ajuster achats, comportements, discours, etc...

Aujourd'hui, les enfants avançant en âge, nous sommes déjà confrontés aux problématiques
liées au passage à l’adolescence (les limites, la puberté...). Nous sommes amenées, à
accompagner les parents aux réunions d'orientation scolaire pour leurs enfants afin de les
aider à mieux comprendre les objectifs recherchés, de les accepter et parfois de mettre en
place des visites d'établissements dans le but de visualiser et mieux comprendre l'orientation
proposée.

A l'inverse, nous observons aussi combien il peut être difficile pour un enfant de dépasser le
niveau de compétences de son parent : il peut alors se développer au niveau de l'enfant, un
conflit de loyauté : continuer d'évoluer, de progresser et dépasser ainsi ses propres parents
ou refuser la poursuite des apprentissages pour rester au même niveau qu'eux.

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Céline DUBOS :

La compréhension, elle est souvent réelle et immédiate en face d'un médecin spécialiste,
du pharmacien, ou dans tout autre domaine, mais avec le temps, elle se dilue ; nous avons
alors besoin de redonner régulièrement les explications relatives à la situation.

Cette difficulté de compréhension nous oblige aussi, parfois, à reformuler les propos
entendus lors des différents entretiens, à utiliser un vocabulaire adapté, à imager, à trouver
des références dans leur quotidien.

Catherine BAUDET :

La notion de temporalité : les personnes en situation de handicap, après une rupture


affective, se tournent rapidement vers une autre personne et verbalise alors « être en
couple ».

Cette notion de temps n’existe pas au niveau des sentiments comme nous pouvons le
supposer dans des relations dites « ordinaires» ; nous le retrouvons également dans
l’exemple d’un deuil, l’expression du chagrin ne dure pas.

Nous observons aussi la nécessité pour les parents et futurs parents de disposer d'un temps
« suffisant »pour faire confiance à un autre professionnel avec qui nous les aurons mis en lien,
avant de pouvoir ne plus nous associer aux futurs rendez-vous.

Céline DUBOS :

La notion de distance vis-à-vis des autres n’est pas toujours non plus intégrée ; la barrière
patient/médecin/autre professionnel n’existe pas toujours au travers notamment du langage
et aussi vis-à-vis du SAVS ; nous sommes souvent confrontés à un manque de pudeur, un
manque de décence : lors des consultations, lorsque la personne souhaite que nous restions
auprès d’elle, elle n’éprouve pas de gêne pour se déshabiller ; à d’autres moments, à leur
domicile, elles peuvent également nous montrer des parties intimes de leur corps pour
mieux exprimer l’endroit de leur douleur ressentie ou la suite d’une opération.

Catherine BAUDET :

La vulnérabilité : dans les échanges avec certains professionnels, les personnes en situation
de handicap se sentent plus vite blessées, atteintes dans leur rôle de parents. Les remarques,
les conseils sont davantage pris pour des critiques et non comme un support d’échange leur
permettant de se saisir d’outils pour progresser.

Cette vulnérabilité s'applique aussi dans leurs difficultés parfois à protéger leur
environnement familial en ne sachant pas refuser l'entrée au domicile d'une personne

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potentiellement perturbatrice de l'équilibre familial : il arrive, dans ce genre d'expérience, que
les parents ne mesurent pas alors les conséquences d'une telle présence au domicile pour le
bien être de leur enfant.

La présence parfois d'un nouveau conjoint vient diminuer les ressources du foyer : il est alors
parfois difficile pour le parent de ne pas négliger les besoins de son enfant au profit de son
nouveau compagnon.

Céline DUBOS :

Des difficultés d’apprentissage et d’adaptation : les personnes en situation de


handicap ont besoin de répéter, de reproduire plusieurs fois leur apprentissage, afin qu’ils
deviennent presque des automatismes ; mais ces acquis dans un lieu donné, dans un contexte
précis, ne sont pas toujours transposables ensuite dans un autre endroit.

Catherine BAUDET :

La complémentarité observée au sein des couples : régulièrement, nous constatons


un certain équilibre entre les compétences de chacun au sein d'un couple de personnes en
situation de handicap. Ce que l'un ne maîtrise pas, l'autre sera plus à l'aise, et inversement.

Céline DUBOS :

L'importance du jeu comme support relationnel entre parents et enfants :


A chaque étape du développement de l'enfant, on constate combien il est difficile pour les
parents de partager avec leur enfant des temps de jeux ; parfois, il leur est tout simplement
inconcevable, de par leur propre éducation reçue et/ou leur caractère de s'amuser, de rire, de
chanter avec leur enfant. Se retrouver dans des postures et des discours semblables à ceux
de l'âge de leur enfant semble être mal vécu et peut leur renvoyer un sentiment
d'infantilisation.
La déficience vient aussi parfois accentuer leurs difficultés : par exemple, des parents, illettrés
ne peuvent mettre en place la journée ou le soir au coucher, un temps de lecture d'histoires :
notre intervention consiste alors par exemple, à ce moment-là d'expliquer qu'il n'est pas
nécessaire de savoir lire pour raconter une histoire à son enfant.

Catherine BAUDET :

Pour illustrer nos propos, nous vous proposons de vous présenter une situation que nous
accompagnons depuis 2006, donc à la fois avant la création du pôle famille et encore
aujourd'hui.

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Etude de cas : Caroline et Thierry

Caroline et Thierry sont en couple depuis 2006. Caroline était alors au foyer, dont elle
souhaitait partir pour prendre un appartement. Elle explique alors que la solution était
qu'elle tombe enceinte pour quitter l'établissement et intégrer le SAVS. Elle a donc
décidé de faire un enfant, contre l'avis de Thierry, et tout en poursuivant la prise de son
traitement psychiatrique.
En décembre 2006, ils ont alors emménagé ensemble et leur premier enfant est né en
janvier 2007. Rapidement, la maman a été dépassée par les problèmes de santé de sa fille :
montées en fièvre, bronchiolites, convulsions nécessitant des hospitalisations, puis
diagnostic d'épilepsie. A cela s'est ajouté des problèmes de hanches puis de jambes,
provoquant une démarche particulière. A ce moment, la maman se dit fatiguée, ne
pouvant pas dormir comme elle le souhaite, refusant de se lever la nuit pour s'occuper de
sa fille et obligeant Thierry, qui travaillait, à se lever.

Dans la journée, Caroline appelait sans cesse le service ou nous sollicitait pour aller chez
le médecin, expliquer la prise de médicaments voire nous demander de donner nous-
mêmes les médicaments. Elle attendait le retour de Thierry le soir pour qu'il emmène
leur fille aux rendez-vous de kiné. Concernant l'entretien de l'appartement, Caroline ne
se mobilisait pas : elle prétextait alors que son compagnon étant très maniaque, ça ne
servait à rien qu'elle le fasse puisqu'il repasserait derrière elle. Elle préférait utiliser ce
temps pour dormir. De plus, une TISF intervenait 3 fois par semaine essentiellement pour
du repassage et faire des repas adaptés à la petite. Ensuite, une inscription en crèche a été
proposée et la petite fille a bénéficié d'un accueil social qui s'est par ailleurs renouvelé
jusqu'à ses trois ans.

Cette situation familiale était l'une de celles qui occupait principalement nos temps de
réunions : nos inquiétudes quant aux sentiments exprimés par la maman, la fatigabilité du
papa, les tensions dans le couple, les soucis de santé de la petite fille et surtout les
difficultés à faire face à tout événement nouveau ou imprévu dans la prise en charge de la
petite. Malgré toutes les difficultés rencontrées, Caroline exprimait clairement son désir
de faire un autre enfant, à nouveau contre l'avis de Thierry. Parallèlement, ils
déménageaient pour prendre un appartement plus grand.

Début 2009, Caroline nous annonçait sa deuxième grossesse. Elle expliquait que les
difficultés qu'elle rencontrait avec sa fille aînée n'étaient pas graves, que ce n'était que
passager, qu'elle allait grandir. Quand on abordait sa fatigabilité, Caroline répondait que sa
fille irait à la crèche en journée et que Thierry la conduirait de bonne heure le matin et
irait la rechercher le soir. Elle ajoutait à cela une explication concernant ses origines :
issue de la communauté des gens du voyage, elle ne pouvait concevoir avoir un enfant
unique. Pour elle, une famille, c'est plein d'enfants et de préférence des garçons pour
jouer au foot avec eux !

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La deuxième petite fille est née en octobre 2009. Son développement s'est révélé être
moins problématique que celui de sa sœur aînée. Elle a rapidement intégré la crèche de
secteur, également en accueil social. Régulièrement, la famille nous interpellait sur sa
fatigue et ses difficultés à gérer les deux enfants associés au quotidien, notamment les
courses et le ménage.

A la rentrée 2010, l'aînée de la fratrie est rentrée à l'école : rapidement, les difficultés de
la petite fille ont été repérées et énoncées aux parents qui refusaient alors d'entendre
que leur fille puisse être porteuse d'un handicap. Une AVS a été mise en place pour
permettre à la petite fille d'intégrer l'école sur des temps de scolarisation de plus en plus
grands. Parallèlement, la situation au domicile se dégradant, les parents ne parvenant pas à
poser des limites à leur fille aînée, ils ont souhaité que celle-ci intègre une MECS. Elle y
est toujours accueillie à ce jour, avec des retours ponctuels au domicile organisés selon
un calendrier précis.

Au moment de cette rentrée 2010 et alors que les difficultés grandissaient, Caroline nous
annonçait être enceinte de son troisième enfant, à nouveau sans réelle concertation avec
son compagnon.
Un petit garçon est né en avril 2011, au moment où la sœur aînée intégrait la MECS.
Rapidement après cette naissance, la famille a souhaité emménager dans une maison avec
un jardin dans l'intérêt des enfants.
Le travail entrepris avec la MECS a permis de mettre à jour des difficultés relationnelles
au sein de la fratrie mais aussi au sein du couple avec de très nombreuses tensions. Après
l'arrêt des interventions de la TISF puisque Caroline leur imposait de faire du ménage
plutôt que de la soutenir dans la prise en charge de ses enfants, un SMD a été proposé
après que la proposition d'un travail avec le service famille de la MECS ait échouée. A ce
moment, Thierry, qui s'exprime peu sur ses ressentis, se montre fuyant par rapport aux
intervenants et ne souhaite pas se saisir de ce qui lui est conseillé alors que c'est lui qui
semble davantage prendre en charge leur fille aînée. Le SMD a été renouvelé plusieurs
fois et les observations des divers intervenants pointaient le manque de stimulation du
petit garçon, bien qu'accueilli en crèche. Un retard de marche et de langage sont
rapidement aussi détectés.

Parallèlement, Caroline amorce un suivi psychologique initialement pour aborder son


vécu de victime d'abus sexuels, mais, en réalité, Caroline y évoquera davantage le deuil de
son père et ses difficultés de couple, en révélant notamment des relations extra-
conjugales.

Dans le même temps, pour familiariser Thierry à un travail sur soi, notre service a
proposé régulièrement des entretiens de couple à leur domicile en l'absence des enfants.
Peu à peu, Thierry a pu se montrer réceptif à ce travail et nous avons pu lui proposer un
suivi auprès de l'Equipe Mobile Psychiatrique Précarité. Ces entretiens ont aussi été

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l'occasion d'aborder avec le couple et surtout avec Caroline, la notion de handicap, qu'elle
refuse en premier lieu pour elle-même et d'autant plus pour sa fille aînée. Ce travail a
permis d'aboutir à l'acceptation d'une orientation en établissement spécialisé.
A ce jour, Caroline évoque l'idée de concevoir un quatrième enfant « mais un plus tard,
quand les enfants seront plus grands ! ». Elle a repris son travail à temps partiel, sans
grand entrain et surtout en évoquant de plus en plus cette idée d'un autre enfant. Les
tensions dans le couple sont de plus en plus importantes : les échanges verbaux sont
essentiellement sur le mode de la violence et de l'agressivité. Thierry semble avoir atteint
aujourd'hui son seuil de tolérance par rapport à toutes les difficultés rencontrées et
manifeste même des idées suicidaires, de l'automutilation et un souhait de séparation.

L'aînée de la fratrie bénéficie dorénavant d'un accueil en IME et est toujours accueillie en
MECS, dans l'attente d'une Famille d'Accueil disponible. La cadette suit une scolarité en
milieu ordinaire, sans souci détecté. Le 3ème enfant devrait intégrer l'école maternelle à
la rentrée prochaine : le retard de langage s'accentue, la démarche est particulière et ce
petit garçon manifeste des comportements très ritualisés et parfois même inadaptés.

Sabine CHATROUSSAT :

Toutes ces spécificités, vulnérabilités peuvent parfois se cumuler, rendant les professionnels
d’autant plus inquiets et nécessitant la mise en place d’un réseau de partenariat d’autant plus
vaste. Il est donc indispensable d’identifier les vulnérabilités et les points forts du couple
pour construire avec lui un soutien individualisé, adapté à ses difficultés. Pour réaliser ce
travail, nous avons réfléchi et construit des « grilles d’entretien » (les termes ne sont pas
encore tout à fait définis) à l’usage des professionnels afin qu’ils puissent réaliser cette
évaluation avec le couple et construire avec lui le réseau d’aide dont il a besoin, avant même
qu’une grossesse soit annoncée.
Par ailleurs, il est indispensable d’identifier les liens soutenants et entravants de l’entourage
du couple. Les liens soutenants peuvent provenir de la famille, des amis mais aussi de
professionnels ou structures dont l’aide a déjà été mise en place.

Certains couples peuvent bénéficier d’un soutien familial, d’un réseau d’amis stable et
étayant. Cette aide qu’elle soit affective et/ou dans le quotidien est essentielle à prendre en
compte car elle pourra permettre au couple de partager ses émotions, ses difficultés (et
parfois d’en être soulagé) et d’être rassuré quant à la possibilité d’un relais mais aussi leur
offre la possibilité d’être valorisé et soutenu dans leur parentalité.
A contrario, les couples très isolés tant au niveau familial que socialement, ayant un réseau
d’amis très peu développés nécessiteront un accompagnement sans doute plus étroit afin de
minimiser les risques d’un isolement d’autant plus problématique voire empêcher l’apparition
de comportements dangereux pour leur enfant.

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 Pourquoi est-ce indispensable d’accompagner, soutenir les parents présentant


un handicap ?
Le handicap peut constituer un facteur de risque lors d’une grossesse et de l’arrivée d’un
enfant, et les couples auront sans doute besoin d’aide à des niveaux très divers en fonction
des difficultés et des vulnérabilités qu’ils rencontrent ou rencontreront.
Par conséquent, ces parentalités quand elles ne sont pas accompagnées, soutenues, peuvent
mener à des situations de ruptures familiales ou de placements. En effet, l’équilibre précaire
dans lequel se construisent parfois ces histoires peut conduire à un effondrement de toute la
cellule familiale. Dans une étude effectuée en 2004, et les résultats de l’enquête effectuée le
confirment, il est notable que la proportion d’enfants de parents déficients intellectuels
placés est significativement plus élevée que dans le reste de la population. Il est donc
indispensable que les équipes de professionnels créent de véritables réseaux de partenariat
afin d’orienter les parents en difficulté vers les interlocuteurs les plus appropriés.

 Les partenaires avec qui créer un réseau :


Les personnes en situation de handicap connaissent souvent depuis longtemps un
accompagnement en structure lié à leur handicap (IME, établissement spécialisé, …) mais
aussi parfois un suivi social lié à des conditions de vie difficiles (ASE, famille d’accueil,
hébergement…). Les couples connaissent donc souvent très bien les implications des suivis
éducatifs, sociaux,… La façon dont ses différents suivis ont été compris, acceptés par la
personne augurera de la façon dont elle pourrait accepter pour son couple et son enfant un
suivi similaire. Il est donc important d’échanger et d’amener les parents ou futurs parents à
élaborer une réflexion autour des besoins de leur futur enfant et de la nécessité de la mise
en place d’un réseau d’aide si besoin afin qu’ils ne mettent pas en échec les propositions
faites. Il est souvent douloureux pour un couple dont le souvenir du passé institutionnel est
encore très vif d’avoir le sentiment de faire vivre à son enfant ce qu’il a vécu.

En ce qui concerne les professionnels pouvant intervenir auprès des couples, ils sont de
différents champs et leur intervention très diversifiée provoque parfois un morcellement du
suivi et occasionne un manque de repère pour les parents. Ceux-ci ont beaucoup
d’interlocuteurs (PMI, éducateurs du SAVS, assistante sociale,…) et ne voient pas toujours la
finalité des différents suivis mis en place. D’autant qu’à l’arrivée du bébé des intervenants
pour l’enfant s’ajoutent aux leurs. Tous les professionnels s’additionnent mais ne sont pas
toujours coordonnés. Nous avons pu noter que ce manque de coordination entre les
différents professionnels et les clivages parfois entre différents service occasionne une
incompréhension pour les parents et les plonge au cœur de débats essentiels pour leur
avenir, débats dont ils sont exclus.
Lors de ce travail, nous avons pu noter aussi que certains professionnels de champs
différents accompagnent de fait, des personnes présentant des handicaps divers (déficience
intellectuelle, handicap moteur, handicap psychique) mais que leurs connaissances du
handicap ne sont pas toujours suffisamment solides. Cette méconnaissance rend difficile leur
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ajustement aux besoins de ces parents ou futurs parents et les plonge parfois dans un état de
sidération en accroissant leurs inquiétudes.
Il est donc indispensable de construire un réseau de partenaires qui puisse être coordonné,
formé ou tout du moins qui ait accès à des formations et un soutien quand des situations de
parentalité se présentent.
Il nous semble donc nécessaire de construire un outil synthétique avec le couple montrant
ses difficultés, ses potentialités, ses compétences, les personnes de son entourage sur
lesquelles il peut compter ou pas, les professionnels, services, structures qui pourraient être
ressources. Cet outil sera un support objectif permettant de guider les parents, d’évaluer
leurs capacités ou non de prise d’initiative, d’appel à l’aide et de mise en place de protection
pour l’enfant, le couple,…
Ce travail de dialogue, d’évaluation avec le couple futur parent, a pour objectif de construire
un projet de parentalité dans lequel chacun sera acteur.

Il est essentiel d’éviter les décisions prises en dehors de l’avis du ou des parents et qui les
amène à une situation de déresponsabilisation, même quand une séparation est nécessaire.
Eviter les relations d’emprise afin que la personne puisse se réapproprier sa parentalité dans
toutes ses dimensions même si la séparation est nécessaire.
Pouvoir aider les professionnels à se déculpabiliser d’accompagner vers une séparation.
Facteurs de protection pour les parents et l’enfant

Etre force de proposition pour les parents et surtout accepter qu’ils soient eux-mêmes
force de proposition et puissent aider à organiser leur suivi
Si une séparation est inévitable, il est important d’essayer au maximum que le ou les parents
soient acteurs de ce placement : différentes propositions doivent être présentées telles que
le tiers digne de confiance, parentalité partielle pour préserver un lien.
Le travail de réseau peut et doit permettre entre autre d’articuler et coordonner le travail
des différents services afin que la séparation soit la moins traumatique à la fois pour les
parents et pour l’enfant.
Le désir d’enfant et le désir d’être parent sont des processus qui se construisent dès
l’enfance et qui nécessitent donc d’être accompagnés tout au long du développement du
sujet et non pas seulement quand une grossesse est envisagée voire annoncée. Accompagner
le questionnement des enfants et des adolescents sur la sexualité, l’affectivité et la parentalité
est un premier pas vers une représentation, une possibilité de se projeter dans l’avenir
comme futur adulte et pourquoi pas possible parent.

Ce travail nous a permis de mettre en évidence qu’il existe une parentalité spécifique des
parents déficients intellectuels, mais que celle-ci s’inscrit dans des processus psychiques plus
généraux. Ces parents ont besoin d’une aide, d’un accompagnement spécifique dans leur
parentalité. Il est donc important de proposer un soutien, d’offrir une aide matérielle dirigée
vers les deux parents, en faisant appel à une ou des personne-ressource de leur entourage
(famille, éducateurs, travailleurs sociaux).

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 Quelles sont les pistes à travailler, à explorer ?

Ne plus faire sans les parents


Les travaux qui commencent à être publiés sur le sujet montrent qu’un espace de réflexion
est ouvert. Il devra passer par une meilleure compréhension et connaissance de ce que
vivent ces devenant parents, de les aider à formuler, à penser leur demande de soutien. C’est
pourquoi les travaux futurs devront obligatoirement explorer le point de vue subjectif de la
personne handicapée et ne pas s’étayer, se fonder uniquement sur ce que disent, en
perçoivent, pensent les professionnels ou les familles.

Créer une nouvelle forme d’accompagnement dégagée de position idéologique idéalisée ou


au contraire interdictrice. Penser cette parentalité possible, apporter un soutien individualisé
pour éviter les écueils en intégrant ce que le couple a à dire de ce qu’il veut ou ne veut pas.
Les inciter à construire avec eux l’accompagnement, comprendre et mettre en place les
suivis nécessaires. Il ne s’agit pas de favoriser la parentalité mais de la rendre possible avec
pour objectif de diminuer les risques, ce qui ne sera peut-être pas toujours possible.

Permettre un travail organisé, structuré et structurant


Dégager les éléments qui seraient spécifiques à la parentalité des parents présentant une
déficience intellectuelle et ceux inhérents à la parentalité en général, ce qui implique d’avoir
des connaissances sur les processus de parentalité.
Penser la vie affective, la sexualité comme un processus qui se construit tout au long de la
vie et qui doit être accompagné, soutenu tout au long de la vie.

Par conséquent, un travail de réseau doit permettre :


- D’inscrire dès son plus jeune âge, (avec notamment un travail dans les IME, les IMPRO),
les questions de vie affective, de sexualité, voire de parentalité dans des processus
humanisant constitutifs de l’être humain.
- De partager et d’actualiser des connaissances théoriques et pratiques de
l’accompagnement des parents et futurs parents en prenant en compte les mutations
sociales et les politiques sociales. Les échanges de connaissance, d’expérience (avec les
évaluations des difficultés, les bilans de ce qui a été mis en place, a échoué ou au
contraire fonctionne bien) sont essentiels à tous les niveaux, tant entre professionnels
du même champ d’intervention qu’entre professionnels d’autres champs mais aussi les
échanges plus théoriques par l’université, la recherche (GRR, projet rendu en
septembre). Le travail de réseau permet à chacun d’être créatif tout en le maintenant
dans un cadre de réalité.
- De structurer et individualiser les accompagnements afin de répondre au plus près aux
besoins des parents

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Il permet aussi que les différents services sollicités sortent de leur isolement, se dégagent
d’un isolement dans des pratiques complexes qui mettent en jeu des variables affectives
intenses, mettant en jeu souvent une culpabilité importante des professionnels

Cependant pour une meilleure efficacité, certains écueils sont à éviter comme:
- Un morcellement trop important qui risque d’ajouter à la vulnérabilité des parents en les
noyant dans de multiples suivis dont ils ne comprennent plus le sens. Il est donc
nécessaire d’organiser des réunions régulières, de structurer l’accompagnement afin qu’il
soit structurant et non morcelant.
- Il me semble nécessaire de désigner un interlocuteur ayant une connaissance du réseau
qui pourra expliquer aux parents, reprendre avec eux les différents dispositifs mis en
place afin d’éviter qu’ils se sentent déposséder des décisions les concernant ainsi que leur
enfant.
- Par ailleurs, les échanges de point de vue, les discussions parfois vives qui animent les
professionnels peuvent néanmoins permettre une mise à distance affective voire un
passage de relais dans des relations chargées d’émotion. L’émergence d’un autre regard
de professionnel moins envahi par les émotions peut tout à fait être à un certain moment
profitable pour tous.

Sans un encadrement social qui soit bienveillant et non pas jugeant, ces parentalités risquent
d’aboutir à des drames familiaux (placements, maltraitances, séparations…). Entre des
postures professionnelles teintées d’angélisme et de naïveté niant d’éventuelles difficultés et
des pratiques fondées sur l’interdit et la discrimination, il existe une position éthique à créer,
celle d’un accompagnement à une parentalité responsabilisée. Ce travail nécessite de la part
des professionnels un engagement de réflexion sur leurs propres représentations afin de se
dégager de relations affectives culpabilisantes. Ce travail ne peut se mener seul mais
nécessite un partage d’expérience et un renouvellement des connaissances impossible sans
un travail de réseau et un partenariat entre équipes solide et structuré.

 La nécessité d'un travail en réseau


Catherine BAUDET et Céline DUBOS

Notre expérience nous a amené à tisser un réseau de professionnels que nous sollicitons
régulièrement.

 Le CMS de secteur :
Systématiquement, à chaque début de grossesse, nous prenons un rendez-vous avec le CMS
du secteur afin d’exposer le contexte de la grossesse et de présenter globalement la future
maman ou les futurs parents. Ceux-ci sont donc informés des différents professionnels
exerçant sur ce lieu (Conseillère Conjugale, Assistance Sociale, Infirmière, Puéricultrice, Sage-

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Femme et le Médecin de PMI) et de leurs modalités d’intervention.
Notre service valorise auprès des futurs parents les missions de chaque professionnel du
CMS et la sécurité dans le suivi régulier qu’ils proposent pour leur futur bébé.

Les cours de préparation à la naissance s'organise en fonction des demandes et des


compétences des futurs parents : notre expérience nous a montré qu'assister à des cours en
groupe pouvait s'avérer être déstabilisant pour les personnes déficientes qui se sentent alors
mal à l'aise parmi les autres futurs parents. Nous proposons dans ce cas, la mise en place de
cours de préparation à la naissance, en individuel, au domicile, animés par la sage femme de
secteur. Il s'agit alors d'apprendre à faire un biberon, stériliser, s'organiser physiquement au
niveau du matériel...

 Les maternités

Nous accompagnons donc les futures mamans qui choisissent de faire suivre leurs grossesses,
pour certaines au sein du pavillon Mère-Enfant de l’hôpital de Dieppe et, pour d’autres, à la
Clinique des Aubépines qui est une maternité privée.
Devant des comportements et des discours qui leur semblent parfois non adaptés, les
professionnels des maternités peuvent ainsi nous solliciter : notre connaissance du parent
permet d’objectiver la situation et de rassurer d’éventuelles inquiétudes sur leur capacité à
assumer tous les rendez-vous médicaux et examens relatifs à leur grossesse en expliquant les
différents supports de notre accompagnement.

 L’Hôpital de Dieppe
La plupart des participants demeurant en centre-ville privilégient le suivi de la grossesse et le
suivi gynécologique à l’hôpital de Dieppe.
Notre expérience auprès de l’hôpital nous a montré que nous pouvions interpeller l’AS afin
d’échanger sur la situation en organisant des rencontres.
Il peut être proposé un allongement du séjour à la maternité si nécessaire, afin d’affiner les
observations concernant la prise en charge du bébé par les parents, ainsi que les interactions.
Cette proximité entre le SAVS et l’Assistante Sociale permet donc de réfléchir
conjointement à la situation afin d’envisager toutes les possibilités de prise en charge de
l’enfant et de permettre un accompagnement adapté.

 La Clinique des Aubépines


La présence d’une femme médecin gynécologue obstétricien à la clinique des Aubépines
encourage certaines de nos participantes à s’orienter vers cet établissement.

Une convention a été signée entre l'APEI et la Clinique ; elle décline les modalités du séjour
pour l’accouchement de la future maman : ainsi, elle lui offre d’abord la possibilité de
prolonger sa durée d'hospitalisation jusqu’à 10 jours ; puis, elle prévoit plusieurs rendez-vous
entre les différents professionnels de la clinique et notre service, afin d’évaluer les capacités
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de la maman ou du couple à s’occuper seuls, correctement du bébé.
A l’issue de ces rencontres et au terme du séjour, en cas de retour à domicile, nous pouvons
ainsi préconiser si nécessaire la nécessité de mettre en place un étayage précis pour pallier à
certaines lacunes observées autour de la prise en charge du bébé.

 Le domaine de la prévention
Dès notre rencontre avec le ou les futurs parents, nous informons que nous pouvons être
amenés, si la situation le justifie, à signaler aux autorités compétentes la mise en danger de
leur enfant.
Nous rappelons à chaque fois que nécessaire les droits et les devoirs de tout parent vis à vis
de leur enfant. En ce sens, nous pouvons être amenés à expliquer concrètement au(x)
parent(s) en quoi nous considérons qu'un enfant est en danger : nos observations liées à une
immaturité, une fragilité, un manque de stimulation ou une pathologie psychiatrique, des
violences, etc... Nous ont confronté à ce contexte de mise en danger et nous ont obligé à
agir dans l'intérêt de l'enfant.

Depuis les diverses situations communes rencontrées, l'inspectrice de l'ASE reconnaît


désormais la pertinence de notre accompagnement.

Les lieux d’accueil des enfants constituent des partenaires importants pour nous.

Nous accompagnons fréquemment les familles pour les inscriptions en crèches ou en école
mais notre travail peut se poursuivre au-delà.

 Les crèches
Nous essayons de favoriser au maximum ce mode de garde afin d’offrir au bébé une
socialisation précoce et parfois pallier ainsi aux manques de stimulation de la part des
parents. De plus, notre partenariat avec la mairie de Dieppe mais aussi les divers lieux
d'accueil nous permet de favoriser dès que nécessaire un accueil social en crèche (contrat
entre les parents et la crèches posant des horaires fixes tous les jours et des objectifs à
réévaluer dans le temps).

 Les nourrices
Il n’existe pas toujours de places disponibles dans ces crèches ou voire une absence totale
dans les campagnes environnantes de Dieppe : nous soutenons alors la maman ou le couple
dans la recherche d’une nourrice agréée.

Nous faisons ensuite le lien avec la mandataire judiciaire sur les possibilités budgétaires.

 Les écoles
Nous soutenons les parents, s’ils le souhaitent, dans la démarche pour l’inscription de leur
enfant à l’école maternelle et dans les achats exigés pour la rentrée.
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Nous nous faisons connaître auprès des écoles afin de pouvoir être interpellés en cas de
besoin et de soutenir les parents, à leur demande, lors des réunions scolaires. Nous
apportons également un soutien pour comprendre et compléter tous les documents d’ordre
administratifs. Par le biais du carnet de liaison, nous aidons les parents à comprendre les
demandes formulées par les professeurs des écoles et à y répondre.
Nous accompagnons aussi les parents quand une nouvelle orientation scolaire est proposée
à leur enfant, et que celle-ci se trouve éloignée de Dieppe (ex : St Valéry en Caux, St Nicolas
d’Aliermont) : en effet, si l’enfant bénéficie lui, d’un transport journalier en taxi pour se
rendre à sa nouvelle école, l’absence d’un permis de conduire et la distance pénalisent les
parents pour assister aux rencontres Parents/ Professeurs qui sont déjà la plupart du temps
une épreuve pour ces parents.

 Les MECS

Nous travaillons en lien avec deux MECS sur le territoire dieppois. Nous pouvons être en
lien direct avec les éducateurs des enfants lorsque la situation le nécessite (placement en
urgence dans un contexte de violences conjugales, immaturité dans la prise en charge de
l'enfant et son investissement affectif) mais, la plupart du temps, les entretiens avec les
professionnels de la petite enfance sont plus ponctuels : le rôle du pôle famille est de
reprendre avec les parents les objectifs posés, dans l'intérêt de leur enfant. Nous sommes
bien dans ce cas dans l'accompagnement du parent pour garantir le bien-être de l'enfant, son
évolution, l'équilibre du fonctionnement familial et non dans l'objectif d'intervenir dans le
fonctionnement de l'établissement.

A titre d'information, voici quelques chiffres concernant les lieux de vie des enfants :

Placement chez Au A pris Son


Accueillis Placement en
Année un tiers digne de domicile Indépen- TOTAL
en foyer famille d’accueil
confiance parental dance
33 + 1
2013 7 0 9 16 1
décédé

2011 2 1 8 1 16

Donc 16 enfants vivent dans leur famille (ce qui représente 50% des enfants).

Le secteur médical
 Les médecins généralistes et spécialistes

A le demande du parent, nous accompagnons ponctuellement divers rendez-vous médicaux,


que ce soit pour le parent ou pour l’enfant, essentiellement lorsqu'il s'agit des rendez-vous
auprès de spécialistes.

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 Les pédiatres

Nous rencontrons généralement les pédiatres avec les parents dans le cadre de souci
particulier de l’enfant (diabète, retard de croissance, épilepsie..), notre présence permet de
reprendre avec le(s) parent(s) les informations données lors de l‘entretien, de rassurer la
famille et d’organiser les éventuels rendez-vous ultérieurs.

 Les cabinets d’infirmières

Certaines infirmières interviennent régulièrement dans les familles pour un problème de


santé particulier (ex : diabète) : elles sont des observatrices régulières permettant de nous
renvoyer des éléments incohérents, inadaptés, voire inquiétants, qui peuvent survenir dans la
prise en charge de la maladie. Nous pouvons alors reprendre cela avec les parents.

 Le centre Henri Wallon : CMPP, CAMPS, Sessad..

Le Pôle Famille accompagne, toujours à la demande des parents, lors du premier rendez vous
pour mettre en lien avec l'interlocuteur ; notre présence peut rassurer, parfois les parents
cherchent dans notre regard, une approbation des propos qu'ils tiennent. Puis nous nous
assurons du suivi régulier, relançons ce suivi si nécessaire, en « remobilisant » le parent : nous
mettons en avant l'intérêt de leur enfant, faisons le parallèle sur leur propre
accompagnement et les bénéfices pour leur épanouissement.
Nous sommes amenés à nous rencontrer lors de synthèses, ce qui permet de partager nos
observations.

Sans imposer sa présence, le SAVS propose son soutien aux parents de l’enfant concerné lors
des entretiens.

 Le domaine de la protection de l’enfance

Que ce soit dans un cadre administratif ou judiciaire, le Pôle Famille du SAVS accompagne les
parents lors des rendez-vous avec les différents intervenants de la protection de l’enfance.
Notre présence lors des audiences auprès du Juge des Enfants permet de compléter les
propos des parents et de clarifier parfois des malentendus.

En ce qui concerne les médiatisations de rencontres parents / enfants, le Pôle Famille du


SAVS peut accompagner sur le lieu de visite et favoriser les échanges entre le(s) parent(s),le
service de l’UAF et la famille d’accueil.
Nous assumons aussi désormais des visites médiatisées au domicile des parents avec leur
enfant : lorsque plusieurs visites sont programmées au cours de la semaine, notre service en
assume une de temps en temps, selon un calendrier fixé par l'éducateur de l'UAF.

Dans le cadre des mesures d’Aide Educative à Domicile, notre service est maintenant aussi
associé aux réunions pour faire part de ses observations; il participe ainsi à l’élaboration des
objectifs et aide le parent à les accepter et les travailler, en collaboration avec tous les autres
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intervenants (Mandataire judiciaire, TISF, Services familles de MECS...).

 Conclusion

Catherine BAUDET

Depuis la création de notre Pôle Famille, nous avons été amenées à soutenir des parents
dans l'organisation, les préparatifs de leur mariage, mais nous avons été aussi confrontés à un
divorce et des séparations douloureuses;
Par exemple, nous avons accompagné un couple qui s'est séparé quelques temps après le
placement de leurs enfants ; aujourd'hui l'un des enfants réside dans une famille d'accueil,
l'autre dans un établissement.
Comme des parents séparés dits « normaux », les enfants rendent visite une fois à leur père,
une fois à leur mère selon un calendrier bien précis.
Autre évolution, nous avons aujourd'hui dans nos effectifs une participante devenue grand-
mère.
Mais les situations les plus éprouvantes que nous avons traversées dans notre pratique, sont
la mort d'un enfant, une fois en milieu de grossesse (IVG thérapeutique) et une autre fois
quelques jours après sa naissance. Nous avons alors soutenu les parents moralement, dans
l'organisation des funérailles et dans les démarches administratives relatives à cet événement.
Notre travail s'est ensuite poursuivi au niveau de l'accompagnement de la période de deuil.

Le travail au sein d'un SAVS est en perpétuelle évolution en fonction des problématiques
rencontrées. Actuellement, nous sommes amenées à accompagner des départs en retraite
mais aussi des maladies liées à l'âge, des fins des vie,,, qui doivent faire l'objet de formations
spécifiques. D'autre part, nous sommes de plus en plus confrontées à des problématiques
alcooliques mais aussi à des maladies psychiques qui touchent, pour ces deux domaines, à la
fois le cœur du SAVS et les parents accompagnés par le pôle famille.

Céline DUBOS

Perspectives :

A l'issue de ces quelques années d'expérience de fonctionnement du pôle famille, nous


pouvons constater combien la notion de désir de grossesse reste à travailler et aborder
clairement auprès des participantes que nous accompagnons. Les collègues d'ESAT
notamment nous sollicitent régulièrement à ce propos, ce à quoi nous répondons
actuellement par la proposition de participer à des groupes de paroles sur ce thème.
Toutefois, nous réfléchissons plus loin et souhaiterions mettre en place des projets plus
concrets permettant d'être confrontées à la réalité de ce qu'est de s'occuper d'un enfant
toute une journée par exemple.
Nous voudrions faire reconnaître au niveau du département, la spécificité de notre service,
de notre pratique et obtenir alors un financement, des créations de postes permettant

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d'améliorer nos prestations auprès des futurs parents et parents en situation de handicap, de
poursuivre le développement et la reconnaissance de notre service auprès des partenaires,
car le nombre de parents ou futurs parents accompagnés ne cesse de croître.

Nous souhaiterions travailler avec le REAAP (Réseau d’Ecoute, d’Aide et d’Appui à la


Parentalité) et avec les associations de parrainage, le soutien à la parentalité et l’intégration
dans les lieux de re parentalisation du type Pause Parent.

Dans le cadre des Analyses de Pratiques, nous souhaiterions continuer à nous interroger sur
la notion de contrat et la pertinence de mettre des échéances plus ou moins réduites à
notre accompagnement en requestionnant les outils que nous avons créés du type Projet
d'Accompagnement Familial.

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Etre une personne en situation de …. Mode ?


La mode et la beauté
pour inclure et « dé stigmatiser » le handicap
Muriel ROBINE de COVER Collectif du vêtement ergonomique
[Link]

Un bref état des lieux :


Selon l’étude « Vie quotidienne et Santé », 3.5 % de la population de plus de 16 ans, soit plus
de 2 millions de personnes rapportées à l’ensemble de la population éprouve des difficultés à
l’habillage et au déshabillage.1

Les situations vestimentaires possibles à aujourd’hui, c’est soit des Vêtements spécialisés,
soit des vêtements de grandes enseignes

L’importance du vêtement :
Le vêtement est une seconde peau pour se présenter au monde, c’est un élément
structurant de la personne. La mode et la beauté, sont des symboles forts : Travail sur le
corps/ accroche de stigmate, agissent sur « le construit culturel »

La mode et la beauté, sont des passeports pour la vie sociale et privée :


Elles permettent de :
- Construire l’estime de soi
- Affirmer son identité, son individualité et le fait d’être « comme tout le monde »
- Se projeter dans d’autres possibles
- Socialement valorisés, porteurs de codes
- Réinscrire la personne dans une même dynamique et rythmique sociale
- Réaffirmer l’appartenance de chaque homme, enfant à un monde commun, des rêves

1
Document de travail de la Direction des Etuides de l’évaluation et des statistiques (DREES), Série Etudes,
« Premiers travaux d’exploitation de l’enquête HID Handicap Incapacités Dépendance, Colloque scientifique,
er
Montpellier 30 novembre et 1 décembre 2000 », Coordination Christel COLIN et Roselyne KERJOSSE n°16 ?
Minist7re de l’emploi et de la solidarité, 2001, p.248
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« Empêche-moi si tu peux !! »
14 et 15 mai 2014 à Dieppe Ma vie , mes besoins, mes droits, mes devoirs
communs, une même humanité et une même société

Charles GARDOU a écrit :


« Nous avons besoin de termes communs pour tisser des liens, pour nous aider à être,
vivre et devenir ensemble », préface introductive au rapport de Jean-François CHOSSY.
« Se refaire une culture »,

Comment rendre la mode accessible, est donc devenu une de nos


préoccupations. Le but étant d’ :
 Apporter concrètement aux personnes en situation de handicap du bien-être physique
et social
 Permettre un accès aux mêmes droits que les autres
 Favoriser l’exercice de la pleine citoyenneté de chacun
 Changer concrètement et intellectuellement l’image du handicap
 Provoquer des changements qui soient bénéfiques à tous.

Les créateurs de mode adaptée, que l’on connaît actuellement :

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Et puis, il ya : COVER-Dressing : D’autres images du handicap, pour casser les préjugés


Les personnes en situation de handicap ont, elles aussi, ce souci de l’esthétique et ce besoin
de rêver.

Nous disposons d’un magazine en ligne : [Link]

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Exemple de commentaires :

Le label « Bien-à-Porter »

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Ce label est attribué par Cover dressing à des vêtements sympas trouvés dans des boutiques
de prêt-à-porter… et qui ont «quelque-chose en plus » ! Ce plus, ce peut-être la facilité
d’enfilage, le confort lors d’une position assise prolongée, ou toute caractéristique faisant
que ce vêtement sera, dans certains cas, plus approprié que d’autres. Les chroniqueuses du
magazine cherchent, testent, décrivent et proposent leurs trouvailles : chacun pourra y
reconnaître, ou non, une réponse à ses recherches. Chacun ses goûts, chacun ses besoins,
chacun son style ! Ces sélections visent simplement à répondre aux demandes les plus
courantes.

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CONCLUSION

Christian LUCAS

Dans le cadre de l’éducation sexuelle spécialisée, nous sommes supposés :


- Donner à l’enfant, puis à l’adolescent un rôle le plus actif possible grâce à l’exercice
de ses choix et à la connaissance de ce qui le concerne
- Lui proposer des explications qui lui soient utiles et vérifier qu’elles ne soient pas
nuisibles
- Réduire les inégalités à travers ces actions, et ne pas en provoquer de nouvelles
- Evaluer régulièrement ce que l’on fait.

Il apparait indispensable dans le cadre de la prise en compte de la vie affective et sexuelle des
personnes en situation de handicap, que nous accompagnions en permanence les actions
émancipatoires d’une réflexion éthique responsable :

Entre trop et pas assez


De paroles et de silences
Développer les potentiels
Et favoriser parfois des prises de risques,
afin que
toutes les personnes que nous accompagnons
puissent vivre un peu plus heureuses,
dans le respect de leurs limites
et
de celles de la société, revisitées.

En fait si la question de la sexualité est difficile, c’est qu’il n y a pas moyen de répondre sans
engager, si peu que ce soit notre propre manière de vivre la sexualité. Plus notre gêne sera
grande, et moins nous laisserons d’espaces aux personnes en situation de handicap pour
développer leur identité sexuée.

Qu’on se montre permissif, répressif, rigide, gêné, compréhensif, etc…, on parle tous de ce
à quoi nous renvoie la sexualité et l’on transmet tous quelque chose. Ainsi, il est préférable
d’être à l’aise pour mieux aborder (ou supporter) la question, il vaut mieux ne pas forcer sa
nature.

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