REPUBLIQUE ALGERIENNE DEMOCRATIQUE ET POPULAIRE
MINISTERE DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR
ET DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE
UNIVERSITE BADJI MOKHTAR DE ANNABA
FACULTE DE MEDECINE
DEPARTEMENT DE MEDECINE
MODULE ORL
COURS POUR LES ETUDIANTS DE 6ÈME ANNEE DE MEDECINE
LES OTITES MOYENNES CHRONIQUES
DR [Link] SAIDIA
[Link]@[Link]
SERVICE ORL ET CCF CHU ANNABA
2024/2025
SOMMAIRE
Introduction
Anatomie
Les otites moyenne chroniques simples
Les otites sécrétoires
Les otites chroniques moyennes chroniques cholesteatomateuses
INTRODUCTION
Les otites chroniques est un ensemble hétérogènes d’atteinte de l’oreille moyenne ayant
comme dénominateur commun une inflammation de l’oreille moyenne. Le diagnostic est
dans la plupart des cas clinique aidé ou conforté par des examens qui permettent d’évaluer
l’audition ou de rechercher d’éventuelle évolution vers les complications.
Le traitement fait appel au traitement médical mais également chirurgical.
ANATOMIE
Anatomie de l’oreille
Les otites moyennes chroniques simples
I-Définition :
L’otite moyenne chronique simple (OMCS) est une inflammation chronique des cavités de
l’oreille moyenne et de ses dépendances.
II- Etiopathogénie: plusieurs facteurs :
-facteur bactériologique: entraine une induction et un entretien de l’otite
-facteur immunologique: dans cette pathologie on retrouve un conflit entre les défenses de
l’individu et l’agression externe.
-facteur allergologique : aggrave le terrain
III-Bactériologie: Il existe un polymorphisme microbien avec prédominance de bacilles
gram négatif (BGN).
IV-Anatomie pathologique: coexistence d’une inflammation active et d’une sclérose.
V-Clinique: TDD(OMCS en période de réchauffement)
1- circonstances de découverte:
Otorrhée mucopurulente chronique +++
Hypoacousie++
Acouphènes+
Otalgie rare
Mais également: vertige, pfp, céphalée…..
2- Examen clinique: Débute par une inspection de l’oreille externe et de la face puis
palpation de la région mastoïdienne à la recherche d’un empâtement. Il est basé sur
l’otoscopie par spéculum et miroir de Clar ou par l’optique rigide, après
nettoyage des secrétions purulentes. L’otoscopie retrouve une Perforation siégeant
sur la pars tensa et non marginale. La pars flacida est intacte et le fond de
caisse visualisé à travers de la perforation est inflammatoire.
L’examen clinique est terminé par un examen ORL et général complet
Perforation du tympan
3- Examens complémentaires: ne sont pas utiles au diagnostic
-ECB du pus d’oreille avec antibiogramme.
-Etude audiométrique: Surdité de Transmission de -10 à -30db.
-Radiologie: inutile
-Biologie: hyperleucocytose+-
VI- Formes cliniques:
1- OMCS sequellaire: perforation de la pars tensa qui est sèche avec un fond de caisse
propre.
2- OMCS avec tympanosclérose: présence de perforation ou non avec infiltration du
tympan par des concrétions calcaires qui peuvent envahir toute la caisse.
3- Otite adhésive: le tympan et attiré vers la paroi interne de la caisse.
4- OMCS et malformations maxillaires ou palatines.
VII-Diagnostic positif:
Circonstances de découverte:
Otorrhée ;
Surdité ;
Ou Bourdonnement d’oreille….. depuis plus de 6 semaines
L’examen otoscopique fait le diagnostic
VIII- Diagnostic différentiel:
Otite moyenne chronique cholesteatomateuse.
Otite externe
Exéma du conduit
Otomycose
Cancer de l’oreille
Tuberculose de l’oreille
IX- Evolution –complication
Elle évolue par poussée-réchauffement avec surdité progressive.
Parfois elle évolue vers des complications graves (PFP, labyrinthite, abcès endocrânien,
thrombophlébite…).
X-Traitement :
Buts:
Cicatrisation de la caisse
Préserver l’audition
Eviter les complications
Moyens:
Trt local par aspiration fréquente de la caisse et instillation de gouttes non ototoxiques.
Trt général lors des poussées de réchauffement (ATB selon l’antibiogramme)
Trt chirurgical par tympanoplastie, après avoir réhabilité les VADS.
Indications:
Réhabilitation des voies aérodigestive supérieures
OMC séquellaire: tympanoplastie
OMCs en poussée: traitement médical et local
Otite sécrétoire
I-Définition
L’otite sécrétoire ou otite séro-muqueuse est un épanchement (amicrobien)
de l’oreille moyenne de viscosité variable derrière une membrane tympanique
intacte sans signe d’inflammation aigue.
II-Etiopathogénie: L'otite sécrétoire (OS), ou otite séromuqueuse, otitis
media with effusion, dite aussi poétiquement glue ear est causée par une
dysfonction chronique des trompes d'Eustache,une rétraction tympanique,
apparition d'un transsudat, le tout spontanément résolutif dans la grande
majorité des cas. Si elle perdure, apparition d'un exsudat plus ou moins épais.
La pathogénie n'est pas encore totalement claire.
la culture, si elle révèle généralement les pathogènes classiques des otites : S.
pneumoniae, H. influenzae et Moraxella catarrhalis, reste stérile dans plus de
la moitié des cas. Deux théories expliquent cette pathologie :
*Théorie inflammatoire: fréquence des épisodes inflammatoire des VADS.
*Théorie mécanique par obstruction tubaire
*épidémiologie: La prévalence: 90% des enfants en souffrent au moins une fois
avant l'âge scolaire,.
*Les facteurs de risque sont : hiver, sexe masculin, OMA (otites moyennes
aiguës) à répétition dans la fratrie, absence d'alimentation au sein, fumée
passive, milieu social défavorisé, garderies, fentes palatines, trisomie 21. Les
allergies ne semblent pas jouer de rôle. L’ âge : enfant de 3 à 8 ans avec
prédominance masculine en saison automnohivernale.
III-Clinique: TDD: Otite sécrétoire(OS) de l’enfant
L'anamnèse :peut révéler :
*des OMA itératives avec OS intercurrente ;
*des otalgies isolées poussant l'enfant à se frotter l'oreille ;
*une hypoacousie avec manque de réactions à l'appel et aux bruits, mauvaise
orientation aux sons, augmentation du volume de la télévision ;
*des troubles comportementaux ;
*des troubles d'équilibre ;
*un retard de parole et de langage ;
*des difficultés scolaires.
Examen clinique: inspection et palpation et otoscopie :
-tympan bombé ou rétracté avec perte des reliefs ossiculaires et du triangle
lumineux; mat dépoli
-image de bulles avec niveau liquide derrière le tympan.
Le reste de l’examen appréciera l’environnement auriculaire
Otoscopie d’une OS
Examens para cliniques:
-Audiométrie : infantile en fonction de l’âge de l’enfan,ou audiométrie
tonale liminaire quand c’est possible. Trouve une Surdité de Transmission de -
20 à -50 db.
-Impédancemétrie: dépression + épanchement
IV-Formes cliniques:
*chez l’enfant, elle est le plus souvent bilatérale
*chez l’adulte, de fréquence moindre >>> cancer du Cavum(surtout si elle est
unilatérale)
V-Diagnostic positif:
Suspecté cliniquement confirmé par les examens audiométriques et
impédancémétriques
VI-Diagnostic différentiel:
*OMA au stade congestif
*catarrhe tubaire
*Otite atélectasique
VII-Evolution-complication:
La Guérison spontanée fréquente sinon évolution vers
complications (otite adhésive, typanosclérose, poche de rétraction,
cholé et la surdité de perception )
VIII-Traitement :
Buts: améliorer l’audition et éviter les CPC
Moyens:
*médicaux: ATB, anti-inflammatoire, mucolytiques, antihistaminiques
*kinésithérapie: manœuvre de Valsalva, cure thermale
*chirurgie : ME d’un ATT
Réhabilitation des VADS
Indications :
Le traitement ne peut être proposé que si la perte est supérieure à 20 dB.
Mise en place d’un ATT
L’otite moyenne chronique cholestéatomateuse
[Link]
L’otite chronique cholestéatomateuse se définit par la présence d’épiderme au sein de
l’oreille moyenne, c’est l’accumulation de débris de kératine dans la caisse tympanique
et/ou la mastoïde.
Ce cholestéatome est doué d’un potentiel de desquamation, de migration et d’érosion.
Elle est qualifiée de dangereuse, c’est la forme grave de l’otite moyenne chronique en
raison du risque de complications sévères.
[Link]
- L’otite moyenne chronique cholestéatomateuse est une pathologie
acquise, ce qui la différencie du cholestéatome congénital ou
primitif.
- Cholestéatome congénital: rare, se développe derrière une
membrane tympanique intacte et le plus souvent en l’absence de
pathologie inflammatoire muqueuse. Il correspond à l’absence de
résorption des cellules embryonnaires épidermiques.
- La pathogénie de l’otite moyenne cholestéatomateuse acquise est
diffé[Link] se divise en :
[Link]éatome aquis primaire :plusieurs théories ont été
avancées, mais la plus plausible actuellement c’est que le
cholestéatome fait suite à une poche de rétraction tympanique.
[Link]éorie de la poche de rétraction :+++ c’est la théorie admise
actuellement ,l’évolution ultime d’une poche de rétraction
(rétraction d’une partie plus ou moins importante d’une membrane
tympanique fragilisée vers le promontoire) qui devient desquamante
et érosive.
Les autres théories sont :
[Link] métaplasie de la muqueuse de l’oreille moyenne suggérant
que le revêtement muqueux de l’oreille moyenne pouvait se
transformer en
épithélium pavimenteux et kératinisant, sous l’effet de
l’inflammation chronique.
[Link]éorie de l’inclusion épidermique : l’inclusion épidermique
correspond à l’incarcération de fragments épidermiques au sein de
l’oreille moyenne, à la suite d’une fracture du rocher.
[Link]éorie de la prolifération papillaire : correspond à une
prolifération épithéliale profonde qui infiltre le conjonctif sous-jacent
et franchit toute l’épaisseur de la membrane tympanique. Des
papilles épidermiques vont former des inclusions épidermiques dans
l’oreille moyenne.
[Link]éorie de la traction muqueuse : cette théorie s’appuie sur le
principe d’une pathologie muqueuse, entraînant une attraction puis
un accolement entre la muqueuse de l’oreille moyenne et la face
muqueuse de la membrane tympanique.
[Link]éatome aquis secondaire :
C’est la migration épidermique à partir des berges d’une perforation
tympanique vers les cavités de l’oreille moyenne(OM répétés ou
traumatisme).
III. SIGNES CLINIQUES
[Link] signes d’appel : très insidieux
- Otorrhée purulente, intermittente, fétide, résistante au traitement
- Otalgie: peut se voir lors de poussées de réchauffement.
- Parfois: otorragie ou hypoacousie
- Des vertiges, des acouphènes, une paralysie faciale peuvent
compliquer le tableau habituel.
III.2. Otoscopie : Examen clé du diagnostic, réalisé au microscope
opératoire et/ou par les endoscopes après aspiration des sécrétions
purulentes. Il objective la présence de squames épidermiques
blanchâtres recouvrant une perforation ou une poche de rétraction
tympanique qui ont les caractéristiques suivantes :
Elles sont situées typiquement au niveau de la pars flaccida
(membrane de Shrapnell) ou au niveau de la région
postérosupérieure.
Lorsqu’il s’agit d’une perforation, elle est marginale, mordant sur le
mur de la logette ou sur le cadre tympanique postérieur.
Image otoscopique d’un cholestéaome
[Link] COMPLEMENTAIRES
[Link] FONCTIONNELLES
Audiométrie tonale liminaire :
Intérêt :
-Apprécie le degré d’atteinte de l’oreille malade
-Évalue l’oreille controlatérale.
La surdité est de type transmission. Une surdité mixte est le résultat
d’une atteinte labyrinthique associée, qui peut aboutir à la cophose
en cas de labyrinthite suppurée. L’audition peut par ailleurs être tout
à fait normale (effet columellaire).
[Link]
[Link] DES ROCHERS :
Intérêt:
-Etablir le bilan d’extension lésionnel,
-Rechercher des complications,
-Préparer la stratégie chirurgicale.
-Il peut également apporter des arguments sémiologiques en faveur
du diagnostic, dans les cas où l’examen otoscopique
n’est pas suffisamment contributif.
Les signes pathognomoniques sont : Opacité arrondie ,lyse des
osselets(surtout branche descendante de l’enclume), canal semi-
circulaire latéral, mur de la logette et des tegmen tympani et antri.
[Link]: trouve sa place dans l’exploration des complications
notamment labyrinthiques ,cérébroméningées et vasculaires. C’est
un examen indispensable pour le diagnostic des choléstéatomes
résiduels ou récidivant (permet de faire la différence entre un tissu
inflammatoire et un vrai cholestéatome).
[Link]
Le diagnostic de l’OMCC est essentiellement clinique(mise en
évidence des débris de kératine dans les cavités de l’oreille
moyenne),la TDM peut aider au diagnostic dans les formes
atypiques.
VI. COMPLICATIONS
L’évolution est caractérisée par le risque de complications en
l’absence de traitement :
[Link] EXTRA-CRANIENNES
- Lyse ossiculaire: Les 3osselets peuvent être touchés même si on
observe le plus fréquemment une atteinte de la longue apophyse de
l’enclume.
- Paralysie faciale périphérique: par atteinte du VII dans son trajet
intrapétreux (2ème portion, tympanique ou 3ème portion,
mastoïdienne). Se manifeste par une paralysie de l'hémiface, portant
sur les deux territoires du nerf.
- Fistule labyrinthique : le canal semi-circulaire latéral est le plus
souvent touché. Se manifeste par de grands vertiges rotatoires
déclenchés par la pression sur le tragus.
- Labyrinthite : liée à une destruction de la coque du canal semi-
circulaire latéral. Le diagnostic est évoqué devant la présence d’une
surdité neurosensorielle, parfois d’une cophose, d’acouphènes et de
vertiges spontanés.
- Mastoïdite
[Link] ENDOCRANIENNES:
- Méningite
- abcès cérébral, temporal ou de la fosse cérébrale postérieure
- Empyème sous-dural
-Thrombophlébite du sinus latéral
VII. TRAITEMENT
Le traitement est en règle chirurgical.
[Link] :
-Éradication du cholestéatome des cavités de l’oreille moyenne.
-Préserver ou rétablir au mieux la fonction de l’oreille.
-Éviter les récidives.
-Améliorer la qualité de vie.
Des aspirations quotidiennes préopératoires et une antibiothérapie
par voie locale et générale peuvent être nécessaires.
[Link] :Deux techniques peuvent être réalisées selon les cas :
- Les techniques conservatrices du conduit osseux (ou canal wall up
procedure, ou technique fermée) : sont la règle.
- Les techniques avec sacrifice du conduit osseux (ou canal wall down
procedure, ou technique ouverte) sont moins réalisées du fait de leur
morbidité.
-Le risque de récidive, même après un traitement bien conduit est
caractéristique du cholestéatome d’où la nécessité d’une
surveillance régulière.
VIII. Conclusion
L’otite chronique cholestéatomateuse est une pathologie
pourvoyeuse de complications potentiellement mortelles. Tout
malade suspect d'une OMC choléstéatomateuse doit être
impérativement adressé au spécialiste ORL, ce dernier va faire le
bilan d'extension, apprécier le retentissement fonctionnel et
rechercher les complications.