Cours 3 Anneaux
Cours 3 Anneaux
M2 FEADéP 2019–2020
1
(e) Congruences dans Z. Nombres premiers. Étude de l’anneau Z/nZ et de ses éléments inversibles,
fonction indicatrice d’Euler.
(f) Corps des fractions rationnelles à une indéterminée sur un corps. Décomposition en éléments simples.
Cas réel et complexe.
4 Polynômes à n indéterminées 17
4.1 Algèbre sur un anneau . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
4.2 Degré, polynômes homogènes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
4.3 Polynômes symétriques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
4.4 Relations coefficients-racines . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
Bibliographie
• À suivre...
2
1 Anneaux commutatifs
1.1 Notions de base
Définition 1.1. Un anneau unitaire (ou plus simplement un anneau) (A, +, ·) est un ensemble A muni
de deux lois de composition internes + et · telles que :
— (A, +) est un groupe abélien (dont on note 0 l’élément neutre) ;
— la loi · est associative et possède un élément neutre, noté 1 ;
— la loi de multiplication · est distributive par rapport à l’addition +.
Un sous-anneau de A est un sous-groupe B de (A, +) qui contient 1 et qui est stable par multiplication.
Un anneau est dit commutatif si a · b = b · a pour tous a, b ∈ A.
Un anneau est dit intègre s’il est non nul et si le produit de deux éléments non nuls est non nul.
Remarque 1.2. On évitera de dire que A est un anneau lorsqu’il est non-unitaire, on parlera alors plutôt
de pseudo-anneau dans ce cas.
Exemple 1.3.
1. Si 0 = 1, alors l’anneau est nul et ne contient qu’un élément. En effet, pour tout a ∈ A, on a
a = a · 1 = a · 0 = a · (a + (−a)) = a · a + (−a) · a = a · a − a · a = 0.
2. Z, Q, R, C sont des anneaux commutatifs intègres.
3. Z/nZ est un anneau commutatif non intègre.
4. N n’est pas un anneau.
5. Si A est un anneau commutatif, alors A[X] est un anneau commutatif et Mn (A) est un anneau
non commutatif pour n ≥ 2.
Définition 1.4. Un morphisme d’anneaux est une application f : A → B telle que :
— f (a + b) = f (a) + f (b) ;
— f (ab) = f (a)f (b) ;
— f (1) = 1.
Exemple 1.5.
1. Si B est un sous-anneau de A, alors l’inclusion B → A est un morphisme d’anneaux ; typiquement
Z → Q.
2. Si A anneau commutatif et a ∈ A, on a des morphismes d’évaluation en a donnés par :
eva : P ∈ A[X] 7→ P (a)
Définition 1.6. Soient a, b ∈ A deux éléments.
On dit que b divise a et on note b|a s’il existe c ∈ A tel que a = bc.
Un élément a d’un anneau A est dit :
— inversible s’il existe b ∈ A tel que ab = 1, on note A× l’ensemble des éléments inversibles de A× ;
— irréductible si a 6∈ A× et si a = bc implique que b ∈ A× ou c ∈ A× ;
— premier si a 6∈ A× et si a|bc implique que a|b ou a|c – lorsque A est commutatif ;
— diviseur de 0 si a 6= 0 et s’il existe b ∈ A \ {0} tel que ab = 0 ;
— nilpotent si an = 0 pour un certain n ∈ N∗ ;
— idempotent si a2 = a.
Un corps est un anneau commutatif dans lequel tout élément est inversible.
Fait 1.7. L’ensemble A× est un groupe pour ·.
Si A est intègre, alors :
— 0 est le seul élément nilpotent,
— 1 est le seul élément idempotent,
— A n’admet pas de diviseurs de 0,
— tout élément premier est irréductible.
Exemple 1.8. Dans
√ Z/6Z, l’élément 3 est premier mais il est idempotent donc pas irréductible.
√ √
Dans A = Z[i 5], l’élément 2 est irréductible mais n’est pas premier car 2 · 3 = 1 − i 5 1 + i 5 .
3
Fait 1.9. Pour tout a ∈ A, on a 1 | a | 0.
Le groupe A× agit par multiplication à droite sur A. On note A/A× l’espace des orbites.
Si A est intègre, alors la relation binaire · | · est une relation d’ordre partielle sur A/A× pour laquelle
1 est le plus petit élément et 0 est le plus grand élément.
Ces deux faits très élémentaires seront un très bon exercice pour le lecteur qui voudra se familiariser
avec les définitions.
Remarque 1.10. Lorsque l’anneau A n’est pas intègre, il se peut qu’il y ait des diviseurs de 0 et que · | ·
ne soit pas une relation d’ordre.
Par exemple, pour A = Z/6Z, l’élément 2 est un diviseur de 0 mais 2 et 0 n’ont pas la même orbite.
Exercice 1. Soit K un corps. Trouvez les éléments inversibles, irréductibles, premiers, diviseurs de 0,
nilpotents, idempotents des anneaux suivants :
1.2 Idéaux
Dans toute la suite A est un anneau commutatif.
Il existe une notion d’idéal à gauche, à droite, bilatère dans un anneau non-commutatif mais nous
n’en parlerons pas.
Définition 1.11. Un idéal I de A est un sous-A-module de A, autrement dit un sous-groupe de (A, +)
tel que pour tout a ∈ A et tout i ∈ I, on a a · i ∈ I.
Fait 1.12. Une intersection quelconque et une réunion croissante d’idéaux forment des idéaux de A.
Définition 1.13. Si X est une partie de A, on appelle idéal engendré par X le plus petit idéal de A
contenant X, qu’on peut réaliser comme intersection de tous les idéaux de A contenant X.
Si X = {a1 , . . . , an } on notera souvent (a1 , . . . , an ) l’idéal engendré par X.
Fait 1.14. Si I et J sont des idéaux, on note :
— I + J = {i + j, i ∈ I, j ∈ J} est l’idéal de A engendré par I ∪ J ;
— I · J l’idéal engendré par la famille (i · j)i∈I, j∈J .
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Démonstration. Ceci est laissé en exercice. On pourra utiliser le morphisme d’anneaux π : A → A/I.
√
Exemple
√ 1.20. L’élément 2 est irréductible
√ sur Z[i 5]√mais l’idéal (2) n’est pas maximal car
√ l’anneau
Z[i 5]/(2) n’est pas intègre car π 1 − 5 et π 1 + 5 sont des diviseurs de 0 dans Z[i 5]/(2). En
√
particulier, la proposition dit que (1) et (2) sont les seuls idéaux principaux de Z[i 5] contenant (2).
Corollaire 1.21. Un anneau est intègre (resp. un corps) si, et seulement si, 0 est premier (resp. maxi-
mal).
Théorème 1.22 (Théorème de Krull). (théorème admis) Soit A un anneau commutatif. Alors tout idéal
propre est contenu dans un idéal maximal.
Démonstration. C’est le lemme de Zorn sur l’ensemble des idéaux propres, inductif pour l’inclusion.
Lemme 1.23. Soient I1 , . . . , In des idéaux de A deux à deux premiers entre eux. Alors pour tout k ∈
J1, n − 1K, les idéaux I1 · · · Ik et In sont premiers entre eux.
Démonstration. On procède par récurrence sur k. On a I1 + In = A.
Hérédité : On écrit A = A · A = (I1 · · · Ik−1 + In ) · (Ik + In ). Alors A ⊆ I1 · · · Ik + In .
Théorème 1.24 (Lemme des restes chinois). Soit A un anneau commutatif, n ∈ N∗ et I1 , . . . , In des
idéaux de A deux à deux premiers entre eux. Alors I1 · · · In = I1 ∩ · · · ∩ In et on a un isomorphisme
canonique A/I1 ∩ · · · ∩ In ' A/I1 × · · · × A/In .
Démonstration. On procède par récurrence sur n. Si n = 1, il n’y a rien à montrer.
Traitons le cas n = 2. Alors on peut définit un morphisme d’anneaux
Φ: A → A/I1 × A/I2
. Le noyau de ce morphisme est I1 ∩I2 . Montrons qu’il est surjectif.
a 7→ (a mod I1 , a mod I2 )
Soit 1 = i1 + i2 avec ik ∈ Ik . Alors Φ(ai2 + bi1 ) = (a(1 − i1 ) + bi1 mod I1 , ai2 + b(1 − i2 ) mod I2 ) =
(a mod I1 , b mod I2 ). Par passage au quotient, on en déduit l’isomorphisme. Enfin, notons que
I1 ∩ I2 = I1 · I2 car si y ∈ I1 ∩ I2 , alors y = i1 y + i2 y et la réciproque est immédiate.
|{z} |{z}
∈I1 I2 ∈I1 I2
Hérédité : Supposons n ≥ 3. Le lemme nous dit que I1 · · · In−1 et In sont premiers entre eux donc,
par hypothèse de récurrence, on a
et
A/I1 · · · In ' (A/I1 · · · In−1 ) × (A/In ) ' A/I1 × · · · × A/In−1 × A/In .
Dans le cas n = 2, la preuve construit plus précisément un inverse à Φ en utilisant une relation de
la forme 1 = i1 + i2 . On se demande alors comment construite explicitement, dans un anneau, une telle
relation.
On retiendra que :
Corollaire 1.25. Soit A un anneau et a, b, u, v ∈ A des éléments tels que 1 = au + bv. Alors
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1.3 Anneaux euclidiens et principaux
Définition 1.26. Un anneau est Euclidien s’il est intègre et s’il admet un stathme euclidien, c’est-à-dire
une application φ : A \ {0} → N telle que pour tout a ∈ A, tout b ∈ A \ {0} il existe des éléments
(q, r) ∈ A2 tels que a = bq + r et (r = 0 ou φ(b) > φ(r)).
Exemple 1.27. Les anneaux suivants sont Euclidiens pour les stathmes décrits :
1. Z pour | · | ;
2. K[X] si K corps pour deg ;
3. Z[i] pour N (a + ib) = a2 + b2 ;
4. KJXK pour vX ;
5. Zp pour vp .
Définition 1.28. Un anneau est principal s’il est intègre et si tout idéal est principal.
Soit (ai )i∈I une famille d’éléments de A.
— On appelle PGCD un élément d ∈ A qui engendre l’idéal engendré par les ai .
\
— On appelle PPCM un élément m ∈ A qui engendre l’idéal (ai ).
i∈I
×
On dit que les (ai )i∈I sont premiers entre eux si d ∈ A .
Exemple 1.29. Les éléments 6, 10, 15 ∈ Z sont premiers entre eux mais ne sont pas deux à deux premiers
entre eux. On a 1 = 6 + 10 − 15.
Fait 1.30 (Identités de Bézout). Soit (ai )i∈J1,nK une famille finie d’éléments de A et d =
pgcd(a1 , . . . , an ). Alors il existe des éléments ui de A tels que d = u1 a1 + . . . un an .
Démonstration. d ∈ (a1 ) + · · · + (an ).
Une telle relation s’appelle une relation de Bézout. On verra plus tard que çe type de relation s’avère
utile dans la résolution d’équations diophantiennes.
Théorème 1.31. Un anneau euclidien est principal.
Démonstration. Soit A un anneau principal et I idéal non nul de A. L’ensemble N (I \ {0}) est une partie
non vide de N donc admet un plus petit élément. Soit a ∈ I réalisant le minimum. La division euclidienne
nous dit alors que pour tout b ∈ I, on a b ∈ (a). Donc I = (a).
Définition 1.32 (Caractéristique d’un corps). Soit K un corps. On a un morphisme d’anneaux canonique
σ : Z → K. Son image est un sous-anneau de K, donc intègre. Donc son noyau est un idéal premier de Z,
donc de la forme pZ avec p premier ou p = 0. Ce nombre p, noté car(K) est la caractéristique du corps
K.
Théorème 1.33 (Diviseurs élémentaires). Si A est un anneau principal et si M ∈ Mr,s (A), alors il
d1 | . . . |dn , uniquement
existe des entiers déterminés, et des matrices P ∈ SLr (A) et Q ∈ SLs (A) telles
d1 0
..
que P M Q =
. .
dn
0 0
Démonstration. Idée pour l’existence : considérer l’ensemble des matrices équivalentes à M et montrer
que l’ensemble des premiers coefficient de ces matrices est un élément minimal pour la division. En déduire
que c’est en fait le PGCD des coefficients de M , appliquer des opérations élémentaires sur les lignes et
colonnes pour se ramener au cas d’une ligne et d’une colonne nulle sauf le premier terme. Conclure par
récurrence.
Pour l’unicité, n montre d’abord l’unicité de n, puis on procède par récurrence sur le PPCM de deux
diviseurs élémentaires dn , d0n en considérant un quotient par l’idéal engendré par p, pour remplacer dn
d0
et d0n par dpn et pn . Le plus simple étant ici d’utiliser la notion de module libre sur un anneau principal,
qui n’est plus au programme de l’agrégation depuis quelques années maintenant.
Remarque 1.34. Dans le cas d’un anneau Euclidien, on a un algorithme explicite de calcul.
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Corollaire 1.35 (Structure des groupes abéliens de type fini). Si G est un groupe abélien de type fini (i.e.
engendré par une partie finie), alors il existe des entiers r, s ∈ N et d1 | · · · |ds , uniquement déterminés,
tels que G ' Zr × Z/d1 Z × . . . Z/ds Z.
Démonstration. La version « anneaux » de ce résultat consiste surjecter un Z-module libre de type fini
sur le groupe G. Plus précisément, si X = {x1 , . . . , xn } de cardinal n engendre G, alors on pose M = Zn
et f (ei ) = xi . Comme Zn est un module libre, on peut étendre la formule par Z-linéarité pour définir
un morphisme surjectif f : M → G dont on note N le noyau. Le théorème des diviseurs élémentaires
nous dit alors qu’on va pouvoir « diagonaliser » N vu comme sous-Z-module de M , c’est-à-dire trouver
une base B = (b1 , . . . , bn ) de M et des entiers d1 | . . . |dn tels que (di bi )1≤i≤n est une base de N , avec
éventuellement di = 0 à partir d’un certain rang. On a alors M/N ' Z/di Z ' G.
Démonstration. Soit a ∈ A irréductible tel que a|bc. Soit u ∈ A tel que au = bc. Soit d = pgcd(a, b) et
e ∈ A tel que a = de. Comme a est irréductible on a d ∈ A× ou e ∈ A× . Si e ∈ A× , alors a|d|b. Si d ∈ A× ,
alors par Bézout, il existe u, v tels que 1 = au + bv. Alors a|bcv donc a|acu + bcv = c.
Théorème 1.38. Tout anneau principal est factoriel.
Démonstration. Pour (E), considérons l’ensemble J des idéaux (a) de A tels que a ne s’écrit pas sous
la forme souhaitée. Supposons par l’absurde J 6= ∅. On observe d’abord que J admet un idéal qui est
maximal au sens de l’inclusion dans J. En effet, si ce n’était pas le cas, il existerait une suite strictement
croissante ((ai )) d’idéaux de J dont la réunion est un idéal de A, disons (b). Mais alors b ∈ (ai ) pour un
certain i, ce qui contredit la stricte croissance de la suite d’idéaux.
Ensuite, soit (a) un élément maximal de J. Comme a ne peut pas être irréductible, il s’écrit a = bc
tels qu’on ait des inclusions strictes (a) ⊂ (b) et (a) ⊂ (c). Donc (b), (c) 6∈ J donnent des écritures
b = up1 · · · pr et c = vq1 · · · qs , de sorte que a = uvp1 · · · pr q1 · · · qs .
Pour (U ), on observe que les irréductibles de A sont premiers, ce qui permet d’ôter un facteur et de
conclure par récurrence sur le nombre de facteurs.
Théorème 1.39 (Lemme d’Euclide). Dans un anneau factoriel, tout élément irréductible est premier.
7
Fait 1.42. Ce sont des opérations associatives (on peut parenthéser comme bon nous semble).
Notation 1.43. On note parfois a ∧ b = pgcd(a, b) et a ∨ b = ppcm(a, b). Quand on utilise une notation
non standard comme celle-ci, on le dit !
Théorème 1.44 (Lemme de Gauss). Si A est factoriel, si a, b, c ∈ A et si pgcd(a, b) = 1, alors a|bc ⇒ a|c.
Théorème 1.45 (Gauss). Si A est factoriel, alors A[X] est factoriel.
Démonstration. On en reparlera plus tard quand on traitera les anneaux de polynômes.
Factoriel
3;
"*
Corps +3 Euclidien +3 Principal intègre
#+
Noethérien
Propriétés spécifiques :
— Euclidien : algorithme d’Euclide (calcul explicite de PGCD, PPCM).
— Principal : identités de Bézout.
— Factoriel : (E) et (U ) ; irréductible ⇔ premier ; existence de PGCD, PPCM ; Lemme de Gauss ;
Lemme d’Euclide ; existence des valuations p-adiques.
— Noethériens : (E) ; stable par quotient.
— Commutatif : lemme des restes chinois.
Les (contre-)exemples :
1
— Euclidien : Z, K[X], Z[i], Z 10 , K[[X]], Zp .
√
— Principal (non euclidien) : Z[(1 + i 19)/2] (pas facile).
— Factoriel (et noethérien non principal) : K[X, Y ], Z[X] d’idéaux non principaux (X, Y ) et (2, X).
√
— Noethérien (et intègre non factoriel donc non principal) : Z[i 5].
— Factoriel (et intègre non noethérien donc non principal) : K[(Xn ), n ∈ N].
— Intègre (non factoriel, non noethérien) : H(C) fonctions entières sur C.
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2 Polynômes à une indéterminée – compléments
Si A est un anneau, il est en général difficile d’en déterminer les éléments irréductibles (penser par
exemple aux irréductibles de Z/nZ). Lorsque A est un anneau factoriel, les irréductibles jouent alors un
rôle important, notamment parce qu’on dispose alors d’une unique écriture en produit d’irréductibles, et
donc de valuations associées aux irréductibles de A.
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Si deg(P ) ≥ 1, montrons que P est irréductible dans A[X] si, et seulement si, c(P ) = 1 et P est
irréductible dans K[X].
⇒ : D’une part, c(P ) = 1 car sinon, par (1), on aurait que P = c(P )Pe est réductible car c(P ), Pe 6∈ A× .
D’autre part, si P = U V avec U, V ∈ K[X], par l’existence de (3), on écrit U = uU e et V = v Ve avec
u, v ∈ K et Ue , Ve ∈ A[X] primitifs. Alors P = uv U e Ve ∈ K[X] donc, par l’unicité de (3), on a uv ∈ A× .
Ainsi Ue ∈ A× ou Ve ∈ A× par irréductibilité de P dans A[X]. Mais alors U ∈ K × ou V ∈ K × , ce qui
nous dit bien que P est irréductible sur K[X].
⇐ : Si P est irréductible dans K[X], alors l’écriture P = QR donne en particulier que Q ∈ K × ∩ A =
A\{0} ou Q ∈ A\{0}. Comme c(P ) = 1 = c(Q)c(R), on a c(Q) = c(R) = 1, donc Q ∈ A× ou R ∈ A× .
Théorème 2.4 (Permanence de la factorialité – Gauss). Si A est factoriel, alors A[X] est factoriel.
En particulier, tout anneau de polynômes sur un anneau factoriel est factoriel.
Proposition 2.7 (Critère par extension). Soit P ∈ K[X] tel que deg(P ) = d ≥ 2. Alors P est irréductible
si, et seulement si, dans toute extension de corps L/K de degré [L : K] ≤ d2 , le polynôme P est sans
racines.
Sur un anneau factoriel, on a déjà vu que :
Proposition 2.8. P ∈ A[X] est irréductible si, et seulement si, P est irréductible dans K[X] et c(P ) = 1.
∗. On rappelle que toute extension finie d’un corps algébriquement clos est triviale.
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Exercice 2.
1. Montrer que P = X 4 + X + 1 est irréductible sur F2 mais qu’il admet une racine sur F16 .
2. En déduire une construction de F16 comme corps de rupture sur F2 .
Proposition 2.10 (Critère par réduction). Soit A un anneau factoriel et K = Frac(A). Soit P ∈ A[X]
de coefficient dominant ad . Soit I un idéal premier de A et L = Frac(A/I). On suppose que :
— ad 6∈ I ;
— l’image P de P dans L[X] est un polynôme irréductible.
Alors P est irréductible dans K[X].
En particulier, si c(P ) = 1, alors P est irréductible dans A[X].
Exercice 4. Montrer que le polynôme X 8 Y + XY 2 + Y 2 + Y − 1 est irréductible dans Z[X, Y ].
Proposition 2.11 (Critère par recherche de racines dans le corps des fractions). Soit A un anneau
Pd
factoriel et K = Frac(A). Soit P = i=0 ai X i ∈ A[X]. Si r = α β avec α, β ∈ A tels que α ∧ β = 1 est
une racine de P dans K, alors α|a0 et β|ad .
En particulier, un polynôme P primitif
n de degré inférieur
o à 3 est irréductible dans A[X], si et seulement
α
si, il n’admet pas de racines dans β, α|a0 et β|ad .
Cette dernière condition peut offrir très peu de choses à tester pour vérifier l’irréductibilité d’un
polynôme là où le critère d’Eisenstein ne s’applique pas.
Exercice 5. Le polynôme Q = X 3 − 4X 2 − 92 X − 52 est-il irréductible sur Q ?
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3 Anneaux Z/nZ et polynômes cyclotomiques
Pour conclure ce cours de révisions sur les anneaux, étudions l’anneau Z/nZ où n ∈ N∗ est fixé, et ses
applications aux polynômes cyclotomiques. Notons P ⊂ N l’ensemble des nombres premiers de Z.
Propriétés d’anneau : L’anneau Z/nZ est un quotient d’un anneau principal donc tous ses idéaux
sont principaux, donc de la forme (d) = dZ/nZ avec d|n dans Z. En particulier, tout quotient de Z/nZ
est isomorphe à un Z/dZ pour d|n.
En revanche, ce n’est ni un anneau principal, ni un anneau factoriel car il n’est pas intègre. On ne
dispose donc, entre autres, pas d’un PGCD, PPCM dans Z/nZ. C’est un anneau fini donc, en particulier
noethérien (c’est aussi un quotient d’un anneau noethérien).
Soit a1 , . . . , an des éléments de Z, deux à deux premiers entre eux. Le lemme des restes chinois nous
donne Z/a1 . . . an Z ' Z/a1 Z × · · · × Z/an Z. En particulier, on a :
Y ×
Z/pvp (n) Z Z/pvp (n) Z .
×
Y
Z/nZ ' et (Z/nZ) '
p∈P p∈P
×
Il suffit donc de déterminer pour p ∈ P et α ∈ N∗ le groupe (Z/pα Z) afin de comprendre le groupe
×
(Z/nZ) .
×
Structure des (Z/pα Z) :
Théorème 3.3. Soit p ∈ P et α ∈ N∗ .
×
1. On suppose p 6= 2. Alors le groupe (Z/pα Z) est cyclique d’ordre pα−1 (p − 1).
2. On suppose p = 2.
×
(a) Si α ∈ {1, 2} alors le groupe (Z/pα Z) est cyclique d’ordre α.
n o
×
(b) Si α ≥ 3, alors le groupe U (α) = a ∈ (Z/pα Z) , a ≡ 1 mod 4 est cyclique, d’ordre 2α−2
×
et engendré par 5. De plus, on a un isomorphisme de groues : (Z/pα Z) ' ±1 × U (α).
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3.2 Racines de l’unité
Les racines de l’unité ont un intérêt particulier : par exemple, les valeurs propres qui apparaissent
dans une représentation linéaire complexe d’un groupe fini, les éléments non nuls d’un corps finis sont
des exemples de racines de l’unité.
On va introduire une famille de polynôme qui permet de mieux les appréhender.
Tout d’abord, remarquons que l’ensemble des nombres complexes de modules 1 forme un groupe,
souvent noté U ou U1 (C), naturellement isomorphe à SO2 (R), commutatif. L’ensemble des éléments
d’ordre fini forme un sous-groupe appelé groupe des racines de l’unité dans C.
Définition 3.4. Plus généralement, si K est un corps, on note µ(K) l’ensemble des racines de l’unité de
K × , autrement dit, l’ensemble des éléments d’ordre fini de K× . C’est un sous-groupe, donc commutatif,
de K × .
On note µn (K) = {ζ ∈ K, ζ n = 1} le groupe des racines n-èmes de l’unité dans K. C’est aussi
l’ensemble des éléments de µ(K) dont l’ordre divise n.
On appelle racine primitive n-ème de l’unité un élément d’ordre n de µn (K), ce qui n’existe pas
toujours. On note µ∗n (K) l’ensemble formé par ces racines : celui-ci n’est pas un groupe !
G
Fait 3.5. Par définition, on a µn (K × ) = µ∗d (K × ).
d|n
Cas d’un corps fini K = Fq : Tous les éléments de F× q sont des racines de l’unité. On a alors
µ(K) = F× q ' Z/(q − 1)Z. On remarque alors que pour d divisant q − 1, le nombre ϕ(d) est alors le
nombre de racines primitives d-èmes de l’unité dans F×q . Ainsi
0 si d 6 |q − 1
Card µ∗n (F×q )= ϕ(d) si d|q − 1
À ce stade, on ne sait pas encore vraiment décrire Fq . On sait dire, néanmoins que
G G
µn (F×
q )= µ∗d (F×
q )= µ∗d (F× ×
q ) = µpgcd(n,q−1) (Fq )
d|n d|n
d|q−1
P
est un groupe cyclique d’ordre d| pgcd(n,q−1) ϕ(d) = pgcd(n, q − 1).
Remarque 3.9. Lorsque p = car(K) divise n, si on écrit n = pm, on a X p − 1 = (X − 1)p . Ceci nous
donne donc X n − 1 = X pm − 1 = (X m − 1)p de sorte que µn (K) = µm (K). En particulier, µ∗n (K × ) = ∅.
En effet, si ζ ∈ µ∗n (K × ), alors hζi est un sous-groupe d’ordre n de µm (K × ), lui-même d’ordre au plus
m, ce qui est absurde.
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3.3 Polynômes cyclotomiques sur C
Comme vous l’avez certainement vu en option C, il est utile de définir les polynômes cyclotomiques
aussi bien sur C que sur un corps fini.
Y
Définition 3.10. Le n-ème polynôme cyclotomique est définit par Φn = X − ζ.
n (C)
ζ∈µ∗
Y
Proposition 3.11. On a X n − 1 = Φd .
d|n
G
Démonstration. Il suffit d’observer que µn (C) = µ∗d (C) est l’ensemble des racines de X n − 1.
d|n
Démonstration.
1. Si X n − 1 a un facteur carré Q, on écrit X n − 1 = Q2 R avec Q, R ∈ K[X]. En dérivant, on a
nX n−1 = Q(2Q0 R + QR0 ) donc Q divise X n − 1 et nX n−1 . Comme n est inversible dans K par hypothèse
sur la caractéristique, on en déduit que Q| pgcd(X n − 1, X n−1Q ) = 1.
2. Soit ζ ∈ K une racine de X n − 1. Comme X n − 1 = d|n Φd , la racine ζ est racine de l’un des
Φd . Mais ζ si est une racine primitive, alors ζ n’est pas racine de Φd pour d|n, d 6= n, donc est racine
de Φn . Si ζ n’est pas une racine primitive, alors il existe e|n, e 6= n tel que ζ e = 1, donc ζ est racine de
Φd |X e − 1 pour un certain d|e|n, d 6= n.
Proposition 3.15. Si car(K) 6 |n, alors Card(µn (Kn )) = n et Card(µ∗n (Kn )) = ϕ(n).
En particulier, µn (Kn ) est isomorphe à Z/nZ et µ∗n (Kn ) est l’ensemble des générateurs de ce groupe
×
cyclique qu’on identifie à (Z/nZ) .
Démonstration. Le polynôme X n − 1 est sans facteur carré donc ne possède pas de racine multiple dans
Kn , où il est alors scindé à racines simples. Ainsi, µn (Kn ) est un groupe cyclique d’ordre n et les éléments
de µ∗n (Kn ) sont alors exactement les éléments d’ordre n de µn (Kn ).
Définition 3.16. Si p 6 |n, on définit le n-ème polynôme cyclotomique par :
Y
Φn,K = (X − ζ)
ζ∈µn (Kn )
Exercice 6. Montrer, en utilisant des extensions de corps, qu’on peut se ramener à l’un des cas K = Q
ou K = Fp .
Proposition 3.17. On suppose p 6 |n. Soit ι : Z → K le morphisme canonique. Alors Φn,K = ι(Φn ).
14
Démonstration. Remarquons d’abord que µn (Kn ) = d|n µ∗d (Kn ) car X n − 1 est scindé à racines simples
F
sur Kn . Ainsi, Y Y Y Y
Xn − 1 = (X − ζ) = = Φd,Kn
ζ∈µn (Kn ) d|n ζ∈µ∗
d
(Kn ) d|n
∗
On pose Ψn = ι(Φn ) et on va montrer par récurrence sur n ∈ N tel que p 6 |n que Ψn = Φn,Kn . Si
n = 1, alors Ψn = Φn,Kn = X − 1.
Y Y Y
Hérédité : On a Φd,Kn = X n − 1 = ι (X n − 1) = ι Φd = Ψd . Les d|n vérifient l’hypothèse
d|n d|n d|n
donc par hypothèse de récurrence, on a Φd,Kn = Ψd pour tout d|n tel que d 6= n. Comme l’anneau Kn [X]
est intègre, on a alors Φn,Kn = Ψn .
Les polynômes cyclotomiques donnent alors une famille de polynômes irréductibles de Z[X]. Cepen-
dant, comme la démonstration le suggère, ces polynômes
ne sont en général pas irréductibles sur un corps
fini. Par exemple Φ8 = X 4 − X 2 + 1 = X 2 + X + 1 sur F2 . et on a le résultat suivant :
Théorème 3.20. Soit κ = Fq un corps fini à q éléments et n ∈ N∗ un entier premier à q. Soit r l’ordre
de q ∈ Z/nZ. Alors les facteurs irréductibles de Φn dans Fq sont deux à deux distincts et de degré r.
Démonstration. Soit P un facteur irréductible de Φn de degré s et K = Fq [X]/(P ), corps de rupture de
P sur Fq , qui est donc un corps fini de cardinal q s . Par construction, K contient une racine de Φn , disons
s
ζ 6= 0 qui est donc une racine primitive n-ième de l’unité par le lemme (2.), donc d’ordre n. On a ζ q = ζ
donc n|q s − 1. Ainsi q s ≡ 1 mod n et donc s ≥ r.
r
Inversement, comme ζ n = 1 et q r ≡ 1 mod n, on a ζ q = ζ. Soit L le sous-corps de K formé
r
des racines de X q − X. Alors ζ ∈ L mais K = Fq [ζ] par construction comme corps de rupture, donc
L = K = Fq [ζ]. Donc q s = Card(K) ≤ q r et ainsi r ≥ s car q ≥ 2.
Ainsi, tous les facteurs irréductibles de Φn sont de degré r. De plus, ils sont deux à deux distincts car
Φn |X n − 1 qui est sans facteur carré sur Fq par le lemme.
15
Corollaire 3.21. Le polynôme cyclotomique Φn est irréductible sur Fq si, et seulement si, q ∈ Z/nZ est
×
un générateur du groupe (Z/nZ) .
×
Démonstration. Φn est irréductible si, et seulement si, l’ordre de q dans (Z/nZ) est r = deg(Φn ) =
×
ϕ(n) = (Z/nZ) .
En particulier, les Φ2m ne sont jamais irréductibles sur Fq , sauf si m ∈ {1, 2}.
Corollaire 3.22. Dans l’anneau Fp [X], les facteurs irréductibles de Φpr −1 sont de degré r.
Un tel facteur est appelé un polynôme primitif sur Fp et ses racines sont des racines primitives pr − 1-
ièmes de 1. En particulier, Fpr = Fp [ζ] pour ζ un générateur de F×
pr .
15
Exemple 3.23. Pour construire F16 , on doit choisir un facteur irréductible de Φ15 = ΦX1 Φ3−1
Φ5 . On trouve
4 3 4 4
Φ15 = X + X + 1 X + X + 1 . Ainsi F16 = F2 [X]/ X + X + 1 = F2 [α] et l’élément α vérifiant
α4 = α + 1 est un générateur de F× 16 .
Ainsi F16 = 1, α, α2 , . . . , α15 et la table de multiplication est immédiate. La table d’addition se
dresse ensuite facilement en exploitant la relation α4 = α + 1. Par exemple α5 = α2 + α et α8 = α2 + 1
donc α5 + α8 = α + 1 = α4 .
3.7 Une remarque culturelle sur certains groupes linéaires sur un corps
Soit K un corps.
On dispose d’une injection naturelle j : SLn (K) ,→ GLn (K) et d’un morphisme de groupes quotient
GLn (K) PGLn (K) = GLn (K)/K × In . On peut alors considérer le morphisme de groupes f = π ◦ j :
SLn (K) → PGLn (K).
Tout d’abord on observe que ker f = j −1 (K × In ) = K × In ∩ SLn (K) = µn (K)In . On dispose alors
d’une première suite exacte :
f
1 → µn (K) → SLn (K) → PGLn (K)
D’un autre côté, on dispose d’un morphisme de groupes induit par le déterminant : det : GLn (K) →
K × . On observe que l’image par ce morphisme du centre de GLn (K) est det(K × In ) ⊂ K ×n l’ensemble des
puissances n-èmes dans K × . En considérant le morphisme de groupes quotient q : K × K × /K ×n , on
peut alors définir un morphisme de groupes q◦det : GLn (K) → K × /K ×n qui est surjectif par composition.
Comme K × In ⊂ ker q, celui-ci induit alors un morphisme de groupes δ : PGLn (K) → K × /K ×n qui est
encore surjectif.
Enfin, on peut vérifier que im(f ) = ker δ de sorte qu’on a en fait une suite exacte de groupes :
f δ
1 → µn (K) → SLn (K) → PGLn (K) → K × /K ×n → 1
Lorsque n est une puissance de car(K) = p, on sait alors que µn (K) = 1. On observe dans ce cas
que SLn (K) s’identifie à un sous-groupe distingué de PGLn (K) et que K × /K ×n s’identifie au quotient
PGLn (K)/SLn (K).
16
4 Polynômes à n indéterminées
Tous les anneaux considérés seront commutatifs, et on désigne toujours par A un anneau commutatif
et K un corps.
Théorème 4.4 (Propriété universelle des algèbres de polynômes (finies)). Soit A un anneau commutatif
et B une A-algèbre. Soit n ∈ N∗ . Soient b = (b1 , . . . , bn ) un n-uplet d’éléments de B qui commutent
deux à deux. Alors il existe un unique morphisme de A-algèbres ϕ = evb : A[X1 , . . . , Xn ] → B tel que
ϕ(Xi ) = bi pour tout i ∈ J1, nK.
Ceci définit en particulier P (b) = ϕ(P ) et permet de manipuler des formules usuelles. On notera
que la condition de commutativité est vide si n = 1, ce qui est le cas en général quand on manipule des
polynômes d’endomorphisme en algèbre linéaire par exemple.
Corollaire 4.5. On a un isomorphisme d’algèbres naturel A[X1 , . . . , Xn ][Y ] ' A[X1 , . . . , Xn , Y ].
Corollaire 4.6. À tout polynôme P ∈ A[X1 , . . . , Xn ], on associe une fonction fP : An → A dite
polynômiale, donnée par (x0 , . . . , xn ) 7→ P (x0 , . . . , xn ) = evx1 ,...,xn (P ).
Remarque 4.7. Si B est une R-algèbre et ρ : A → R est un morphisme d’anneau, alors B hérite d’une
structure de A algèbre via ρ mais il faudra alors remarquer que les coefficients de P via ϕ sont « modifiés »
par ρ.
On se fixe un entier naturel n ∈ N∗ et on considère l’algèbre A[X1 , . . . , Xn ] des polynômes à n
indéterminées sur un anneau A.
17
Définition 4.11. Un polynôme est dit homogène de degré d si les monômes non nuls qui le constituent
sont tous de degré d.
Une forme algébrique de degré d à n variables est l’application polynomiale fP : K n → K associée à
un polynôme P ∈ K[X1 , . . . , Xn ] homogène de degré d.
Exemple 4.12.
(1) Une forme algébrique de degré 1 est une forme linéaire.
(2) Une forme algébrique de degré 2 est une forme quadratique.
n
Xσ(j),j est un polynôme homogène en n2 variables de degré
X Y
(n) Le déterminant det = ε(σ)
σ∈Sn j=1
n. La forme algébrique associée fdet de degré n permet
P de définir une application n-linéaire alternée f
sur le A-module libre An , donnée par f ( x1j , . . . , xnj ) = fdet (xi,j ).
P
Fait 4.13. L’ensemble des polynômes homogènes de degré d est un A-module libre de rang n+d−1
d et de
base (X1m1 · · · Xnmn )m où m = (m1 , . . . , mn ) ∈ Nn vérifie m1 + · · · + mn = d.
Exemple 4.14.
(1) L’espace vectoriel des formes linéaires sur K n est de dimension n.
n+2−1
n(n+1)
(2) L’espace vectoriel des formes quadratiques sur K n est de dimension n = 2 .
Voici deux liens entre les polynômes à plusieurs variables et les polynômes homogènes :
Lemme 4.15. Soit P ∈ A[X1 , . . . , Xn ] un polynôme, Q(T ) = P (T X1 , . . . , T Xn ) ∈ A[X1 , . . . , Xn ][T ] et
d ∈ N. S’équivalent :
(i) le polynôme P ∈ A[X1 , . . . , Xn ] est homogène de degré d ;
(ii) Q(T ) = T d P (X1 , . . . , Xn ) ;
(iii) le polynôme Q(T ) est un monôme de degré d.
X X X
Démonstration. Soit P = am X m ∈ A[X1 , . . . , Xn ]. Alors Q(T ) = am X m T d . (i) ⇒
m d∈N m∈Nn
m1 +···+mn =d
(ii) car tous les monômes non nuls ont degré d donc on peut ôter la somme sur d ∈ N. (ii) ⇒ (iii) est
évident. (iii) ⇒ (i) car tout monôme de P doit être soit nul, soit de degré d.
Proposition 4.16 (Échelonnement
X en degré). Tout polynôme P ∈ A[X1 , . . . , Xn ] s’écrit de manière
unique sous la forme P = Pd avec Pd ∈ A[X1 , . . . , Xn ] homogène de degré d.
d∈N
18
— soit fP s’annule sur D ;
— soit fP ne s’annule pas sur D \ {0}.
On ne peut pas définir directement de fonction polynômiale sur l’espace projectif (i.e. l’espace des droites
vectorielles), mais on peut donner un sens à l’équation P [x0 : . . . : xn ] = 0.
Par exemple, le polynôme X 2 + Y 2 − Z 2 , qui est l’homogénéisé de X 2 + Y 2 − 1 définit un cône de R3
et, en fait, une conique dans P2 (R). Une conique projective est alors, par définition, le lieu d’annulation
dans P2 (K) d’un polynôme homogène de degré 2 de K[X, Y, Z].
On étudiera plus en détails ces propriétés géométriques dans le cours de géométrie et dans le prochain
cours sur les formes quadratiques, ainsi que quelques éléments de classifications.
Théorème 4.22. L’ensemble A[X1 , . . . , Xn ]Sn des polynômes symétriques est une sous-A-algèbre de
A[X1 , . . . , Xn ] engendrée par les Σnk .
Démonstration. La preuve de ce théorème est fondamentale car elle fournit également un algorithme qui
permet d’écrire explicitement un polynôme symétrique comme polynôme en les polynômes symétriques
élémentaires. On considère l’ordre lexicographique, noté , sur Nn donné par
a = (a1 , . . . , an ) b = (b1 , . . . , bn ) ⇐⇒ ∃k ∈ J0, n − 1K, ak+1 > bk+1 et ∀i ≤ k, ai = bi
X
Pour P = am X m , on définit son multidegré par mdeg(P ) = max {m ∈ Nn , am 6= 0} où le
m∈Nn
maximum est pris pour l’ordre lexicographique . On dira que amdeg(P ) est le coefficient dominant de P .
Soit P un polynôme symétrique de multidegré m = (m1 , . . . , mn ). On cherche alors un polynôme
Q ∈ A[Σn1 , . . . , Σnn ] ⊂ A[X1 , . . . , Xn ]Sn ayant même coefficient dominant que P et même multidegré.
Lemme 4.23. Si P est symétrique de multidegré m, alors m1 ≥ m2 ≥ · · · ≥ mn .
σ
Démonstration. Soit σ ∈ Sn . Notons mσ = mσ(1) , . . . , mσ(n) . Le monôme σ · X m = X m apparait
Soit Pe = P − am Q. Alors mdeg(P ) mdeg(Pe). Comme est un bon ordre sur Nn , on en déduit
que la suite définie par P0 = P et Pi+1 = Pei stationne en 0 et, en particulier, que P ∈ A[Σn1 , . . . , Σnn ] car
Pi − Pi+1 avec Pi − Pi+1 = Pi − Pei ∈ A[Σn1 , . . . , Σnn ].
P
P =
19
Exercice 9. Montrer que P = X13 + X23 + X33 est symétrique et l’écrire comme un polynôme en les
polynômes symétriques élémentaires.
20
Démonstration. On évalue par la propriété universelle la formule du lemme en (α1 , . . . , αn ), ce qui donne :
d
Y d
X
λ (X − αi ) = λ(−1)i Σdi (α1 , . . . , αn )X d−i = P.
i=1 i=0
Pd−1
Corollaire 4.31. Soit A est un anneau commutatif intègre et P = X d + i=0 ai X i ∈ A[X] un polynôme
unitaire de degré d. Soit K = Frac(A) et L = DecK (P ) le corps de décomposition de P sur K. Soient
α1 , . . . , αd les racines de P dans L comptées avec multiplicité. Alors pour tout polynôme symétrique Q ∈
A[X1 , . . . , Xn ], il existe (un unique) polynôme R ∈ A[Y1 , . . . , Yd ] tel que Q(α1 , . . . , αd ) = R(a0 , . . . , ad−1 ).
En particulier, toute relation symétriques en les racines d’un polynôme est un élément de l’anneau
qui contient les coefficients de ce polynôme.
a j n + j 2n ∈ Z, où j = e
i2π
Exemple 4.32. Pour tout n∈ N, on 3 .
√ n √ n
1− 5 1+ 5
De même, 2 + 2 ∈ Z.
21