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Zappa

Frank Zappa, guitariste iconoclaste et compositeur prolifique, a défié les conventions musicales tout en dénonçant l'hypocrisie de la société américaine à travers une œuvre variée et engagée. Influencé par la musique classique et le blues, il a fondé le groupe Mothers of Invention et a produit des albums innovants, mêlant rock, jazz et humour. Sa carrière, marquée par une quête incessante de créativité, a fait de lui une figure controversée, à la fois admirée et critiquée, mais toujours inclassable.

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Frank Zappa, guitariste iconoclaste et compositeur prolifique, a défié les conventions musicales tout en dénonçant l'hypocrisie de la société américaine à travers une œuvre variée et engagée. Influencé par la musique classique et le blues, il a fondé le groupe Mothers of Invention et a produit des albums innovants, mêlant rock, jazz et humour. Sa carrière, marquée par une quête incessante de créativité, a fait de lui une figure controversée, à la fois admirée et critiquée, mais toujours inclassable.

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Cartes : Morceau3 : Sgt Peppers

Peaches : Dream Theater Scenes from a memory

Si ya un bien un guitariste qui est vraiment pas facile à cerner, qui a été à l’encontre de
toutes les règles établies, qui a sorti plus d’une soixantaine, j’ai bien dit une soixantaine,
d’albums dénonçant tour à tour la bien-pensance, l’hypocrisie et les prétentions de
l’establishment politique américain et de la contre-culture qui s’y opposait, mais qui a aussi
composé pour des orchestres classiques, le tout en respectant un principe simple et
terriblement moderne : ne jamais, jamais, se compromettre, et ben c’est le célèbre Frank
Zappa. Adulé pour sa droiture d’esprit, sa culture, autant que pour son jeu de guitare hors-
normes, il est aussi détesté par tous ceux qui ne voient en lui qu’un énième prétentieux qui
pense avoir tout compris à la musique, un snob qu’il faudrait encenser aveuglément et dont
l’arrogance n’a d’égale que sa misanthropie. Mais alors, Zappa est-il un génie ou un clown ?
Et ben comme souvent, la vérité est nuancée. Et c’est ce qu’on va essayer de comprendre
dans cette vidéo. On va parler de l’incroyable destin de Frank et de la musique de Zappa.
Comment il compose, qu’est-ce qui l’a poussé à faire de la musique une véritable
philosophie de vie, et quelles sont ses meilleures productions. Comme c’est un authentique
iconoclaste, je m’attends à une pluie de commentaires -dites-moi ce que vous pensez du
bonhomme, et si vous le connaissiez pas, si ça vous donne envie de découvrir son œuvre. Si
la vidéo vous plait, mettez un petit like, abonnez-vous pour pas rater les prochaines vidéos,
vous connaissez la chanson, et maintenant, on parle de Frank Zappa, donc.. ne Zappa pas.

*Générique

Alors pour comprendre Zappa, on va essayer de cerner un peu son état d’esprit et quelle a
été son éducation musicale. Frank Vincent Zappa est né en décembre 1940 à Baltimore aux
Etats-Unis dans une famille d’origine méditerranéenne, principalement sicilienne. Ses
parents sont stricts sur son éducation, plutôt conservateurs, mais étant artistes eux-mêmes,
ils font régner une certaine liberté d’expression, ce qui donne au petit Frank (Francois
Feldman) une très grande curiosité. Faut dire que l’environnement musical de la famille
Zappa est particulièrement stimulant. Le papa est passionné par la musique et les arts
visuels, et la maman est mélomane à ses heures pas perdues pour tout le monde.
Logiquement, dans ce melting-pot artistique, Frank montre un intérêt pour la musique dès
son plus jeune âge. Il apprend rapidement à jouer de la batterie, alors que la famille vient de
déménager en Californie.

Dès sa jeunesse, Frank Zappa se démarque. Il s'intéresse très tôt à la musique classique
d'avant-garde, en particulier à celle des compositeurs Igor Stravinsky et Edgar Varese,
auquel il va louer une admiration sans borne : ainsi, quand sa mère lui offre 5 dollars pour
son quinzième anniversaire, le jeune Frank les dépense en téléphonant au compositeur. Au
collège, il est expulsé de la fanfare pour avoir fumé alors qu’il portait l’uniforme. Bien que le
Zappa adulte soit un fervent opposant à toute consommation de drogues, faut savoir qu’il
considérait cependant que les cigarettes… ben c’était comme de la nourriture. Alors Zappa
est quand même resté dans l’orchestre de son école, et il a profité de cette occasion pour
écrire ses premières séquences d’accords atonaux, juste pour voir ce que ça pourrait donner
d’avoir un orchestre qui joue de la musique non-conventionnelle. Et cette expérience, et ben
elle s’est révélée précieuse pour la suite de sa carrière, car il a réitéré ce concept avec son
groupe Mothers of Invention, notamment quand celui-ci s’est étoffé de sections de cuivres,
on va y revenir.

*Cosmik Debris
Une autre influence de Frank Zappa qui se développe de façon précoce, c’est son attrait
pour le blues et le doo wop, une sorte de rythm’n’blues, qu’il découvre en même temps que
son alter ego en termes d’excentricité, son ami Don Van Vliet, connu aussi sous le nom de
Captain Beefheart, et avec qui l’émulation au cours de leur carrière sera continue et
réciproque. Durant leur adolescence, les deux potes se font des road trips dans le désert
californien en écoutant les chansons de Guitar Slim, la plus grande influence du style
guitaristique de Zappa, et des groupes comme The Penguins, pour lesquels il a écrit
Memories of El Monte, sa première composition à avoir été enregistrée. Zappa se détourne
progressivement de tout ce qui est batterie et percussions pour bosser la guitare, et très
vite il s’intéresse notamment aux solos, qu’il considère comme des sortes de sculptures
aériennes.

Après avoir appris pas mal en roulant sa bosse dans divers groupes de R&B pour
adolescents, et après un mariage (très) précoce infructueux, Frank Zappa commence à
travailler dans un studio a Cucamonga, dans la grande banlieue de Los Angeles, et achète
l’endroit avec l’argent qu’il gagne en participant à des petits films, comme Run Home Slow,
sorti en 1965. Rebaptisé Studio Z, ce studio permet à Zappa de vivre au jour le jour,
d’expérimenter avec l’ancêtre des multi-pistes, et de bosser beaucoup, pas loin de 12
heures par jour. Mais le business est pas terrible, et Zappa gagne heureusement un peu
d’argent en faisant de la scène avec un power trio, the Muthers. Alors anecdote un peu folle,
un policier en civil est venu voir Frank Zappa en mars 65, et lui a offert $100 pour produire
une cassette audio avec des sons suggestifs pour un enterrement de vie de garçon. Zappa
et une copine s’exécutent pour enregistrer des sons disons, euh, explicites, bien que
complètement simulés. Et au moment de lui donner la cassette, et ben il se fait arrêter pour
« complot en vue de commettre des actes pornographiques ». Il écope quand même de 10
jours de prison, ce qui le marque profondément dans sa détestation de l’autorité, mais qui,
côté positif quand même, lui a valu d’être exempté de service militaire pendant la guerre du
Vietnam.

*Montana

Alors ça, c’est Montana, une chanson aux paroles tout simplement idiotes, à base de fil
dentaire qui pousse dans cet état américain. Au moins ici, pas de blasphème, pas d’attaque
ou de revendication, juste un prétexte musical à faire cohabiter sur scène une multitude
d’instruments. Sur la version de l’album, après un énième solo épique, on a pont musical à
base de chœurs vocaux suivant toujours des métriques Zappa-iennes, avec des
groupements notes inhabituels, et faut remarquer que celles qui font les chœurs sur ce
bridge, c’est ni plus ni moins que Tina Turner, accompagnée de ses Ikettes, qu’on retrouve
d’ailleurs sur 2 autres chansons de l’album (image de Im the Slim et Dirty Love).

Alors au début des années 60, Zappa avait participé en tant que guitariste à un groupe de
R&B qui s’appelait les Soul Giants, groupe dont il avait rapidement pris la direction,
remplaçant notamment les reprises pop par ses compos déjantées. Le groupe évolua vers la
formation plus connue sous le nom de The Mothers, vu que leur premier concert eut lieu le
jour de la fête des mères. Jouer moins de reprises, forcément, ça les avait privés de
certaines scènes, mais ils étaient quand même bien là quand les hippies ont commencé à
faire leur apparition en Californie. Leur mélange de rock, d’impro jazz, de pastiche,
d’humour et de commentaires sur la société trouva largement son public, et lorsque le
producteur Tom Wilson (qui avait produit le Velvet Underground et Bob Dylan), les a vus
jouer, il les a immédiatement engagés chez MGM. Ils ont alors enregistré leur premier
double album « Freak Out » en 1966, et ils ont pour l’occasion changé leur nom en Mothers
of Invention.
*Bobby Brown

Alors bien que Zappa fasse partie de la scène artistique un peu excentrique de Los Angeles,
il déteste malgré tout le conformisme des hippies du flower power de San Francisco, et ne
s’est pas gêné de les tourner en dérision dans ce que beaucoup considèrent comme un des
chefs d’œuvre de Zappa, We’re only in it for the money, sorti en 1967, dont la pochette
rappelle très très très légèrement une autre un peu plus connue. Oui, évidemment c’est une
parodie du sergent Peppers des Beatles (carte). D’ailleurs pour éviter les procès, la maison
de disque a placé cet artwork à l’intérieur de la pochette, ce qui avait bien dégouté Zappa.
Ce qu’il faut savoir, c’est que Zappa, sa femme, et son groupe avaient en fait déménagé sur
la côte Est, à New York, après s’être vus offerts un contrat avec le Garrick Theater. Et c’est
là que la machine Zappa a véritablement pris son envol. Les concerts étaient un micmac
d’improvisations de chacun des membres du groupe, mais aussi de nombreux invités, voire
même des personnes du public. Tout était très organique, chacun pouvait s’exprimer
musicalement si Frank Zappa les jugeait capables, et il dirigeait le tout de façon très
visuelle, un peu à la manière d’un chef d’orchestre en impro totale qui ressent les ondes de
la musique et qui tente de les contrôler en déplaçant ses mains dans les airs.

Le fait d’être à New York ouvre à Zappa tout un monde d’opportunités. Il écrit notamment la
musique d’une pub pour des pastilles pour la gorge (extrait). Mais surtout, il devient
producteur, et le restera jusqu’à la fin. Et dès l’album We’re only in it for the money, sa
créativité en studio est flamboyante, un peu dans le même esprit que ce que les Beatles
avaient fait à la même époque : il joue avec les bandes, les coupe, les colle, il change leur
vitesse de défilement, enregistre des pistes en superposition, les unes par-dessus les autres,
ajoute des bruits un peu random, etc.

*Morceau4 (200 Motels)

Au fil de sa carrière, Frank Zappa se lance dans une pléthore de projets ; entre un album de
reprises de chansons doowop, dont on ne sait pas trop s’il est un album sarcastique ou
purement artistique et des apparitions avec le boys band de l’époque les Monkees, Zappa
est partout. Il intègre aussi deux membres du groupe The Turtles, Mark Volman et Howard
Kaylan, plus connus sous leur nom de duo Flo & Eddie, et reprend avec eux leur succes
Happy Together (extrait). Zappa est touche-à-tout, et produit aussi bien cet album
grandiose, Uncle Meat, sorti en 69, que cet improbable film musical, 200 motels, dans lequel
on retrouve, outre son groupe Mothers of Invention, les batteurs Ringo Starr et Keith Moon.
Mais c’est pas tout, loin de là. Zappa participe aussi à la création d’autres labels, au pluriel,
pour pouvoir enregistrer d’autres artistes dans des registres variés, comme son pote
Captain Beefheart, mais aussi le jeune Alice Cooper ou le célèbre humoriste/comédien Lenny
Bruce. Le groupe tourne en Europe, y compris à l’Olympia, à Paris, et même si les concerts
se passent bien, et ben financièrement, vu le nombre de musiciens présents sur scène,
Zappa et les siens ne s’y retrouvent pas. Aussi, quand ils déménagent de nouveau sur la
côte ouest, à Los Angeles, Zappa utilise ses propres sous, de ses divers projets, pour payer
ses NEUF musiciens. Forcément, ça tient pas très longtemps cette affaire-là, et Zappa
décide donc de dissoudre le groupe. Alors si l’argent est la raison officielle, en filigrane on
voit pointer la direction artistique que Zappa voulait prendre, plus axée sur le jazz et le
classique plus instrumentaux, mais aussi le fait qu’il était trop perfectionniste, et
franchement tyrannique sur les bords.

Et puis, en 1969, Zappa publie Hot Rats, un album instrumental qui change radicalement la
donne avec ses compositions fusionnant le rock et le jazz. C’est une nouvelle direction pour
Zappa, avec des morceaux plus sophistiqués qui mettent en avant une utilisation très
créative de la guitare, et des arrangements orchestraux. Le meilleur exemple, c’est ce
morceau, Peaches en Regalia, dont on écoute un petit extrait :

*Peaches En Regalia

Alors on va évidemment pas analyser tout le répertoire de Zappa, mais ce morceau est
assez représentatif et révélateur de son style. Alors d’abord, le titre du morceau, qui est
souvent sujet a spéculation. On peut conjecturer que l’association des deux termes pêches
et ornements est une métaphore de la fusion des genres qu’on retrouve dans le morceau.
Pour sa structure, le morceau peut être décomposé en 3 mouvements distincts, connectés
par des passages de transition à la fois imprévisibles et complexes. On a d’abord deux
mesures de batterie suivies du thème d’ouverture, une progression harmonique
descendante en triades, c’est-à-dire des ensembles de 3 notes, jouées à l’unisson pour
augmenter l’impact de cette ouverture simple mais accrocheuse. Puis on découvre le thème
principal, dont les notes sont groupées rythmiquement de manière étrange, ce qui nous fait
clairement dresser les oreilles pour essayer de comprendre ce qui se passe. Pour l’anecdote,
c’est ce genre d’étrangeté rythmique qui a inspiré Dream Theater sur le morceau Beyond
This Life, avec le passage qu’ils appellent le « Zappa section », on en avait parlé ici (carte).
Le motif est alors transposé d’une manière très jazzy pour donner un peu de tension, et les
cuivres, qui sonnent presque comme des klaxons, ajoutent encore à l’incroyable palette
sonore du morceau. Je vous la fais courte, mais on a aussi des variations dans un style un
peu oriental, des transitions avec des arpèges rapides et une troisième partie qui module à
nouveau le thème principal. La structure générale rappelle les sonates de Debussy et de
Strauss et Zappa montre ici une maitrise totale de l’écriture et de l’instrumentation. Mais
pas que ! Il explore aussi l’aspect sonore du truc. Par exemple, les batteries sont
enregistrées à la moitié de leur vitesse, avant d’être re-accélérées, pour donner un feeling
jazzy tout particulier. Zappa mélange ici de nombreux instruments, des claviers, des
clarinettes, des flutes, pour donner des textures complexes et des harmonies riches. La
production, enregistrée avec un magnétophone 16 pistes spécialement conçu pour Zappa,
met l’accent sur le contenu musical plutôt que sur la technique de production. C’est tout
simplement du grand Art, avec un a majuscule.

Rien n’arrête Zappa. Son style, sa moustache, son air hautain et inspiré, beaucoup disent de
lui qu’il ressemble physiquement à sa musique. Mais Zappa, c’est un artiste total. Son
œuvre, c’est sa vie, et sa vie, c’est son œuvre. Tout ce qu’il fait, ce qu’il enregistre, ce qu’il
joue sur scène, ce qu’il pense, ce qu’il écrit, ce qu’il n’écrit pas, ce qu’il dit en interview, tout
ça s’inscrit dans une sorte de continuum artistique, ou tout peut être musique et où tout EST
musique. On dit souvent que le silence qui suit une œuvre de Mozart est encore de Mozart,
et ben Zappa pousse le concept encore plus loin. Qu’on n’entende ou pas Zappa, le silence
entre deux de ses albums est encore de Zappa. Il se fout de la popularité, il se fout bien de
la critique. Tout ce qui l’intéresse, c’est de créer et d’explorer, encore et encore. Il se produit
justement à UCLA avec le Los Angeles Philarmonic en 1970. Le chef d’orchestre, Zubin
Mehta, a dit de lui qu’il était l’un des rares musiciens de rock à parler la même langue que
lui.

*Morceau avec orchestre philarmonique

Au début des années 70, le groupe Mothers of invention se reforme, et se nomme


maintenant les Mothers, tout simplement. Avec cette formation, Zappa enregistre quelques
albums, mais ce qu’on va surtout retenir de cette période, c’est qu’elle est pas folle pour
Zappa, mais déterminante pour le rock. J’vous explique.
On est le 4 décembre 71 au casino de Montreux, en Suisse, et c’est le Montreux Jazz Festival
qui a lieu, au cours duquel les Mothers se produisent sur scène. Et là, dans le public, ya un
spectateur, qui croit malin de déclencher une balise de signalisation, ou flare gun en anglais,
dans la salle. Hop, incendie immédiat qui se propage très rapidement à l’ensemble du
bâtiment, et le casino a été détruit en quelques heures seulement. Heureusement, Zappa et
les membres de son groupe, ainsi que le public, ont pu évacuer à temps, sans faire de
blessés graves. Mais ce qu’il faut savoir, c’est que dans ce public justement, se trouvaient
les membres de Deep Purple, qui étaient à Montreux pour enregistrer un album dans le
studio mobile des Rolling Stones, qui était garé à l’extérieur du casino. Après l’incendie, ils
ont pu continuer à observer la scène depuis leur hôtel, voyant la fumée s’élever au-dessus
du lac Leman, leur donnant l’idée de leur titre-phare : « Smoke on the water », dont les
paroles relatent précisément cet événement.

Mais c’est pas tout ! Zappa a beau être un artiste infini, il est aussi sacrément poissard.
Quelques semaines plus tard après Montreux, les Mothers jouent dans le nord de Londres, et
un spectateur, qui en voulait un peu à Frank, monte sur scène et le pousse dans la fosse, en
béton, et le bilan est sans appel : il souffre de multiples fractures, dos, jambes, cou (et la
tête alouette) mais aussi le larynx, ce qui va modifier sa voix, la rendant un peu plus grave,
à vie.

Cette histoire a fini de lui faire détester l’Angleterre. En vérité, la série noire a continué en
1975, quand il a dû intenter un procès au Royal Albert Hall pour rupture de contrat, après
que la salle de spectacle eut annulé un concert avec le Royal Philarmonic Orchestra, au
motif fallacieux d’obscénité… Sachant que l’un des mots incriminés était juste « brassière ».
Du coup, progressivement, Zappa s’éloigne des musiciens classiques, qu’il qualifie
désormais de mécaniciens de la musique, c’est-à-dire qui appliquent leurs méthodes sans
âme, et jusque dans les années 80, il va travailler de plus en plus en solo.

*Jewish Princess

Je peux malheureusement pas rentrer dans le détail de toute la production de Zappa


évidemment, mais on peut quand même remarquer que tout au long des années 70,
l’éclectisme dont il a fait preuve est monumental, en solo ou avec diverses formations :
musique orchestrale donc, jazz, impros à la guitare, et plus tard des synthétiseurs et des
séquenceurs. Il a également publié des albums vocaux typés rock qui, comme la plupart de
ses concerts, étaient surtout des démonstrations techniques de sa virtuosité, couplées a de
la beauferie misogyne et provocatrice comme les albums « Titties & Beer », dont je vous
épargne la traduction, et « Jewish Princess », une provocation qui attire la lumière sur ce
titre qui aurait dû rester relativement confidentiel, vu que les titres de Zappa n’étaient pas
vraiment joués en radio. Pour faire acte de contrition, ou plutôt pour dire que l’une n’est pas
moins pire que l’autre, il écrit également « Catholic Girls », histoire de dire que tout le
monde a largement la capacité d’en prendre pour son grade, et que s’il permet à certains
stéréotypes de prospérer, et ben il en a tout simplement rien à foutre.

En vrac, on peut aussi noter le titre humoristique Dont eat the yellow snow, une chanson qui
parle d’un bébé esquimau, qui conseille donc de ne pas manger la neige qui a été colorée
par l’urine des animaux, sorti sur l’album Apostrophe en 74 (Bernard Pivot). Si vous avez pas
toute la journée pour découvrir tous les albums du Zappa des seventies, je vous
recommande le live You cant do that on stage anymore vol2, sorti en 1988, mais enregistré
en 74, et qui capte parfaitement l’énergie, l’humour, la folie, l’esprit rebelle, et la virtuosité
de ce qu’était Zappa à cette époque.

*extrait du live You can’t do that on stage anymore


Vers la fin des années 70, Frank Zappa s’embourbe dans différents procès qui trainent en
longueur pour des histoires de droits, de contrats pas respectés, de pognon mal partagé,
etc. Faut dire que Zappa, en plus d’être procédurier, est un peu misanthrope sur les bords.
Plus exactement, il déteste les imbéciles, et pas de bol, y’en a beaucoup. Dans une
interview, il a même déclaré que « les relations sociales étaient une perte de temps ». Et
dans les actes, il a très souvent confirmé cela : en tournée, Frank Zappa avait l’habitude de
se prendre une chambre d’hôtel plus luxueuse et loin des autres musiciens. Il méprisait
souvent ses fans en disant d’eux qu’ils ne comprenaient pas sa musique. Il ne s’arrête
pourtant jamais de produire, notamment la trilogie Joe’s Garage, un opéra rock concept qui
explore les thèmes de la liberté d’expression et de la censure. Toujours adepte de
provocation, Frank Zappa n’hésite pas à s’afficher sur la pochette du disque.. avec un
blackface. Je me demande d’ailleurs si j’ai le droit de le mettre, donc jvais le flouter un peu.

*Joe’s Garage

Et puis, dans les années 80, alors que la pop music se barde de synthés, Zappa sort Shut Up
n Play yer Guitar, une série d’albums instrumentaux qui montrent son amour pour la guitare,
instrument qu’il manie avec une aisance toute particulière, et dans lesquels il laisse une
large place à l’improvisation. En 84, il sort The Perfect Stranger, un album où ses œuvres
sont interprétées par l'Ensemble InterContemporain dirigé par Pierre Boulez. Une rencontre
unique entre deux univers, qui témoigne de la reconnaissance de Zappa en tant que
compositeur d’avant-garde.

Avant ça, en 1982, il sort Ship Arriving too late to save a Drowning witch, un album qui
contient un de ses plus grands succès commerciaux très typé années 80, Valley Girl, une
véritable satire de la culture californienne, coécrit avec sa fille Moon Unit (extrait). Et
puisqu’on en est là, faut parler un peu de la famille Zappa. Parce que si c’est pas évident
d’être un fan de Zappa, faire partie de sa famille, c’est pas non plus une sinécure. Sa
seconde femme, Gail, a déclaré que la clé pour un mariage heureux avec Frank, c’est de se
parler le moins possible. Zappa, c’est le maitre à bord, et quand il veut qu’une groupie
s’installe dans le domicile familial, la famille doit s’exécuter. Pour l’éducation des enfants, il
a également un point de vue pour le moins singulier : déjà, il veut que ses enfants se
démarquent, et pour ça, il leur donne des prénoms, disons originaux : Moon Unit, Dweezil,
Ahmet, et Diva. Les enfants avaient une liberté quasi-totale, et un des seuls interdits de la
maison, c’était de passer du temps avec papa, qui faisait passer sa musique en premier,
quoiqu’il advienne. C’est d’ailleurs pour espérer passer un peu de temps avec lui que Moon
Unit (j’ai du mal à le dire quand même) a écrit cette chanson, pour qu’ils puissent se
rencontrer professionnellement à défaut de se voir dans la cellule familiale.

*Morceau

Au-delà de la musique, les années 80 pour Zappa c’est la décennie de tous les combats : en
85, il se dresse contre le Parents Music Resource Center (PMRC), un groupe de pression qui
souhaitait instaurer des labels d'avertissement sur les albums jugés offensants. Zappa prend
la parole à plusieurs reprises devant le Congrès américain, défendant avec ferveur la liberté
artistique, et critique ce qu'il considère être une atteinte dangereuse à la liberté
d'expression. Malgré ses nombreuses lettres à Ronald Reagan ou au Sénateur Al Gore, la loi
passa, et les albums eurent leurs autocollants.

Le truc auquel on s’attend pas forcément, c’est que là ou Zappa avait des nuées de fans,
c’était en Europe de l’Est. En fait, sa musique était un point de convergence pour la liberté
politique et intellectuelle des dissidents de la contre-culture, qui luttaient contre les
dictateurs communistes. En 1990, après l’indépendance de la république Tchèque, le
président du pays, Vaclav Havel, a accueilli Zappa à Prague et l’a nommé ‘ambassadeur
occidental spécial pour le commerce, la culture, et le tourisme’. Ceci n’a pas du tout plu au
secrétaire d’état américain James Baker, qui a demandé à ce que Zappa soit déchu de ce
titre.

Allez, trêve de politique, retour à la musique, et je me rends compte qu’il va quand même
falloir parler du matos et du style de Zappa, alors c’est l’heure de…

*Instant Matos

Alors Frank Zappa, vous vous en doutiez, c’est pas vraiment votre guitar hero ordinaire. Lui
qui a écrit des pièces polyrythmiques complexes avec de nombreux mouvements, des
compos orchestrales complètes, de l’avant-garde, du prog, du rock, et d’autres trucs
bizarres, il était incroyablement technique, et il écrivait et composait tout le temps. De
nombreux musiciens ont travaillé et/ou sont devenus célèbres grâce à lui, on pense
notamment à Steve Vai. Il avait une capacité inouïe à écrire des chansons dans sa tête, sans
instrument. On l’a vu prendre un bloc note et écrire toute une composition, avec la basse, la
batterie, les claviers, les guitares évidemment, le tout sans toucher à un seul instrument. Il
disait aussi qu’il ne jouait jamais un solo deux fois de la même manière, et en concert, il les
réinventait. Il était pas obsédé par la virtuosité pour elle-même, comme une fin en soi, mais
par l’exploration sonore.

Guitaristiquement parlant, le jeu de Zappa, c’est une grande variété de gammes et de


modes pour ses solos, comme les gammes mineures naturelle, mineure harmonique,
dorienne, mixolydienne, phrygienne et la gamme blues. Cependant, il basait souvent ses
solos sur la gamme pentatonique mineure, et ce qui le distinguait des autres guitaristes
utilisant la penta, c’était son penchant pour les combinaisons rythmiques inhabituelles.
Zappa alternait fréquemment entre des rythmes binaires (croches et doubles croches) et
ternaires (shuffle et triolets), et insérait des groupes de notes impairs dans des espaces
réguliers (par exemple, cinq doubles croches dans l'espace de quatre). Il avait aussi une
technique de legato très développée et une des mains droites les plus rapides pour le
picking, et c’est pour ça qu’on le voit souvent utiliser un picking en tremolo rapide pour
attaquer certaines notes en leur donnant beaucoup d’énergie. Zappa est aussi un grand fan
des cordes à vide, et du tapping à deux mains, une technique qu’il développe quelques
années avant qu’Eddie Van Halen ne la popularise.

Et puis Zappa, c’est évidemment du matériel extrêmement trafiqué, de l’électronique


modifiée dans quasiment chaque guitare, chaque ampli, et chaque pédale, toujours dans le
but ultime d’explorer et de trouver de nouvelles sonorités. Sa guitare emblématique est la
célèbre Gibson SG rouge, une guitare assez petite et légère, comme lui, mais sans
moustache, qu’il modifiait constamment. Dans son arsenal, il a aussi cette Fender
Stratocaster bien particulière, vu que c’est celle que Jimi Hendrix avait brulé sur la scène du
Miami Pop Festival en mai 68. Niveau effets, ses modifications lui permettaient tantôt
d’obtenir des sons fuzz bien sales et rugueux, tantôt des sons chauds et compressés,
parfaits pour ses solos. Et comme une image valent mieux qu’un long discours, je vous ai
fait une petite animation qui montre les modèles de base utilisées par notre ami moustachu.

(Animation matos)

Et puis en 1990, on diagnostique à Zappa un cancer inopérable de la prostate. Frank se


renferme de plus en plus sur lui-même, et mène une fin de vie essentiellement nocturne
dans sa maison des collines de Hollywood. Il continue de travailler dans son home studio sur
des enregistrements de concerts passés et publie une autobiographie, The Real Frank Zappa
Book, qui lui permet de régler ses comptes avec les aspects de la vie américaine qu’il
méprise au plus haut point, comme le système fiscal, l’éducation, la censure, la bière, et le
foot américain. Quelques traitements médicaux permettent de faire réduire sa tumeur, mais
inexorablement, celle-ci revient, plus forte, entrainant la mort de Frank Zappa en décembre
1993, à 52 ans seulement, quelques semaines après la sortie de son album The Yellow
Shark, une compilation de musique classique à la sauce Zappa. Mais Zappa sans drama,
même post mortem, c’est pas vraiment Zappa. Faut savoir que juste avant de mourir, il a
demandé à sa femme de tout vendre, son matos, son catalogue, tout, et de se retirer de
l'industrie musicale, qu'il trouvait corrompue, et dont il ne voulait pas qu’elle abuse de lui-
même après sa mort. Et ben cette chère Gail a dû voir ici l’occasion rêvée de prendre sa
revanche sur son despote de mari, et elle a fait… exactement le contraire. Elle a traqué
quiconque reprenait de près ou du loin du Zappa pour en extorquer la moindre royaltie, et
elle s'est arrangée pour que les biens de son mari soient répartis de manière complètement
inégale entre leurs quatre enfants, en fonction de ceux qu'elle jugeait les plus aptes à les
gérer. Ahmet et Diva ont hérité chacun de 30 % du Zappa Family Trust, tandis que Dweezil
et Moon n'ont reçu que 20 % chacun. Du coup, c’est absurde, mais Dweezil et Moon ont
besoin de l'autorisation de leurs deux jeunes frères et sœurs pour utiliser ou tirer profit de la
musique ou de l'image de leur père.

À un moment, Dweezil, lui-même guitariste professionnel qui reprend souvent les chansons
de son père, a reçu une lettre d'interdiction de la part de sa propre famille pour avoir utilisé
le nom Zappa Plays Zappa. Pour éviter un procès, Dweezil a bazardé toute la marchandise
et a renommé sa tournée en « 50 Years of Frank : Dweezil Zappa Plays Whatever the F--- He
Wants - The Cease and Desist Tour ». Un nom que son père aurait clairement approuvé.

Vous l’avez bien compris, cerner Frank Zappa n’est pas une mince affaire. À mi-chemin
entre un clown qui crache sur l’establishment et fait marrer les rebelles et les libertaires, et
un musicien génial qui a cassé les codes pour révolutionner la musique, avec une œuvre
dantesque, Zappa est une entité à part dans l’histoire du rock. D’un côté, c’est un virtuose
de la guitare, capable de composer des pièces complexes mêlant rock, jazz et musique
classique. De l'autre, c’est un mec qui aime jouer avec l'absurde, enchaînant les satires, les
titres déjantés, et les performances où le ridicule frôle le génie. Zappa, c'est un peu le
Mozart des temps modernes, un artiste inclassable qui, avec sa moustache légendaire,
brouille sans cesse les frontières entre l'art sublime et l'irrévérence totale. Alors, génie ou
clown ? Peut-être un peu des deux, mais surtout, un artiste qui n'a jamais laissé personne
indifférent, qui nous fait réfléchir et qui nous rend sans doute un peu meilleurs. Et si vous
découvrez le bonhomme, je vous partage mon top 3 des albums à écouter pour se faire une
petite idée de l’étendue de son répertoire :

One size fits all, une synthèse parfaite de rock complexe et d’arrangements audacieux.
Hot Rats, un chef d’œuvre instrumental ou Zappa laisse libre cours à son génie guitaristique.

Et puis Apostrophe, un album qui combine humour décalé et compos blues rock puissantes,
avec des solos vraiment déjantés.

Je vous souhaite une excellente écoute !

J’espère que cet épisode vous a plu et que vous avez appris des trucs sur ce personnage
très énigmatique, si c’est le cas, laissez le petit pouce bleu qui va bien, abonnez-vous pour
ne pas rater les prochaines vidéos, et je tenais à remercier les tippeurs Shad et Ommadawn,
et vous pouvez les rejoindre sur la page tipeee dont je vous remets le lien en description.
Dites-moi aussi en commentaire de quels groupes ou artistes vous voudriez qu’on parle
dans les prochaines vidéos, et pourquoi, je suis curieux ! Allez, je vous dis à la prochaine, ou
a tout de suite dans une des vidéos qui s’affichent. Salut !

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