0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
29 vues29 pages

L'homme Révolté Notes

Le texte explore la révolte de l'homme contre Dieu et la morale, mettant en avant la souffrance et l'injustice comme moteurs de cette révolte. Il aborde des thèmes tels que la solitude, la nécessité de la vertu, et la critique des idéologies qui cherchent à abolir la transcendance. Enfin, il souligne que la révolte, lorsqu'elle est débridée, peut mener à l'anéantissement de soi et à une perte de repères moraux.

Transféré par

kemly.raonizanany
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
29 vues29 pages

L'homme Révolté Notes

Le texte explore la révolte de l'homme contre Dieu et la morale, mettant en avant la souffrance et l'injustice comme moteurs de cette révolte. Il aborde des thèmes tels que la solitude, la nécessité de la vertu, et la critique des idéologies qui cherchent à abolir la transcendance. Enfin, il souligne que la révolte, lorsqu'elle est débridée, peut mener à l'anéantissement de soi et à une perte de repères moraux.

Transféré par

kemly.raonizanany
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

L'homme révolté


La révolte est ici, la notion hautainement mis en valeur, car ce soulèvement,
ayant aujourd'hui permis l'histoire et le triomphe de ces diaboliques
doctrines , dans le but de priver Dieu des hommes, car se sont dit-ils : la
suppression de la transcendance amènerai à la liberté absolue de
l'homme ,fut même l'origine et l'attisement du pouvoir, de ce dernier, régidé
sur terre de ce dénommé autrefois : Lucifer. 


I, qu'il préfère l'enfer avec Jésus , que le ciel sans lui .

Un personnage n'est jamais le romancier qui l'a créé. Il y a des chances,
cependant, pour que le romancier soit tous ses personnages à la fois.

Son existence supposerait indifférence , méchanceté ou cruauté 

Il faut ouvrir les prisons ou faire la preuve, impossible de sa vertu .

Le prince du mal n'a choisi sa voie que parce que le bien est une notion
définie et utiliser par Dieu pour ses desseins injustes 

Tant d'injustices souffertes , une douleur si continue autorisent tout les excès 
Qp
Un baroque romantique, découvert par Raomd Queneau, prétend que le but de
tout vie intellectuelle est de devenir Dieu. Le but n'était alors que d'égaler Dieu
et de se maintenir à son niveau ... On lui refuse toute soumission 

İl joue sa vie, faute de pouvoir la vivre

FlyNote

Être seul pour le dandy revient à n'être rien.Les romantiques n'ont parlé si
magnifiquement de la solitude que parce qu'elle était la douleur réelle , celle
qui ne peut se supporter.

İl ne nie donc pas absolument l'existence de Dieu. İl le refute au nom d'une
valeur morale.

Selon İvan Karamazov Si le mal est nécessaire à la création divine. Alors
cette création est inacceptable. Pourquoi ? Parce qu'elle est injuste.
" si la souffrance des enfants sert à parfaire la somme des douleurs
nécessaires à l'acquisition de la vérité , j'affirme d'ores et déjà que la vérité ne
vaut pas un tel prix." 
" mon existence persisterait même si j'avais tort ".

La foi mène à la vie immortelle . Mais la foi suppose l'acceptation du mystère
et du mal , la résignation de l'injustice celui que la souffrance des enfants
empêche d'acceder à la foi ne recevra donc pas la vie immortelle . Dans ces
conditions même si la vie immortelle existait, İvan la refuserait. İvan
n'accepterait pas que cette vérité fût payé par le mal , la souffrance et la mort
infligé à l'innocent. 

" Toute la science du monde ne vaut pas les larmes des enfants". İl ne dit pas
qu'il n'y a pas de vérité.il dit que s'il y a une vérité elle ne peut être
qu'inacceptable. İvan incarne le refut du salut.
K
Mais quelques lustres encore et une immense 

Mais vivre, c'est aussi agir. Au nom de quoi ? S'il n'y 
a pas d'immortalité, il n'y a ni récompense ni châtiment, ni bien ni mal. 
« je crois qu'il n'y a pas de vertu sans immortalité. » Et aussi : « je 

FlyNote
sais seulement que la souffrance existe, qu'il n'y a pas de coupables, 
que tout s'enchaîne, que tout passe et s'équilibre. » Mais s'il n'y a pas 
de vertu, il n'y a pas plus de loi : « Tout est permis. »

Une longue réflexion sur no- 
tre condition de condamnés à mort aboutit, seulement à la justifica- 
tion du crime.

Mais 
il deviendra fou. L'homme qui ne comprenait pas comment on pouvait 
aimer son prochain ne comprend pas non plus comment on peut le tuer. 
Coincé entre une vertu injustifiable et un crime inacceptable, dévoré 
de pitié et incapable d'amour, solitaire privé du secourable cynisme, la 
contradiction tuera cette intelligence souveraine. « J'ai un esprit ter- 
restre, disait-il. À quoi bon vouloir comprendre ce qui n'est pas de ce 
monde ? » Mais il ne vivait que pour ce qui n'est pas de ce monde, et 
cet orgueil d'absolu l'enlevait précisément à la terre dont il n'aimait 
rien.

L'unité du monde qui ne s'est 
pas faite avec Dieu tentera désormais de se faire contre Dieu.

Dès l'instant où l'homme soumet Dieu au jugement moral, il le tue 
en lui-même. Mais quel est alors le fondement de la morale ? On nie 
Dieu au nom de la justice, mais l'idée de justice se comprend-elle sans 
l'idée de Dieu ? Ne sommes-nous pas alors dans l'absurdité ? C'est 
l'absurdité que Nietzsche aborde de front. Pour mieux la dépasser, il 
la pousse à bout : la morale est le dernier visage de Dieu qu'il faut dé- 
truire, avant de reconstruire. Dieu alors n'est plus et ne garantit plus 
notre être ; l'homme doit se déterminer à faire, pour être.
Pour être révolutionnaire, il faut croire encore à quelque cho- 

FlyNote
se, là où il n'y a rien à croire. 

Les philosophies athées qui culminent 
dans le culte de l'État et de l'homme ne sont elles-mêmes que des 
« insurrections théologiques ». « Nos athées, dit Stirner, sont vrai- 
ment de pieuses gens. 
« C'est pour des raisons morales qu'on cessera un 
jour de faire le bien. »

Nietzsche,

Dans ce monde débarrassé de Dieu et des idoles morales, l'homme 
est maintenant solitaire et sans [94] maître. Personne moins que 
Nietzsche, et il se distingue par là des romantiques, n'a laissé croire 
qu'une telle liberté pouvait être facile.

« la question la plus douloureuse, la plus déchirante, celle du cœur qui se de- 
mande : où pourrais-je me sentir chez moi ? »

Parce qu'il était l'esprit libre, Nietzsche savait que la liberté de 
l'esprit n'est pas un confort, mais une grandeur que l'on veut et que 
l'on obtient, de loin en loin, par une lutte épuisante. Il savait que le 
risque est grand lorsqu'on veut se tenir au-dessus de la loi, de descen- 
dre au-dessous de cette loi. C'est pourquoi il a compris que l'esprit ne trouvait
sa véritable émancipation que dans l'acceptation de nouveaux 
devoirs. L'essentiel de sa découverte consiste à dire que si la loi éter- 
nelle n'est pas la liberté, l'absence de loi l'est encore moins. Finalement , ........

Si le destin n'est pas orienté par une valeur supé- 
rieure, si le hasard est roi, voici la marche dans les ténèbres, l'affreu- 
se liberté de l'aveugle.

FlyNote

Là où nul ne peut plus dire ce qui est noir et ce qui est 
blanc, la lumière s'éteint et la liberté devient prison volontaire.

« S'il y a un Dieu, comment supporter de ne l'être pas ? » 

Il avait cru au courage uni à l'intelligence, et c'est là ce qu'il appe- 
lait la force

la divinité de l'homme
.Nietzsche, du moins, a prévu 
ce qui allait arriver : « Le socialisme moderne tend à créer une forme 
de jésuitisme séculier, à faire de tous les hommes des instruments »

qu'incroyant, il ne savait se re- 
poser dans l'incroyance. 

Il est, comme Rimbaud, celui qui souffre et qui s'est révolté ;

Pour ne pas se haïr soi-même, il faudrait se 
déclarer innocent, hardiesse toujours impossible à l'homme [109] seul ; 
son empêchement est qu'il se connaît. On peut au moins déclarer que 
tous sont innocents, quoique traités en coupables. Dieu, alors, est le 
criminel.

Il semble bien que cette 
solitude lui ait été insupportable et que, dressé contre la création, il 
ait voulu en détruire les limites.

Mais le désir d'unité est plus exigeant. Il ne lui suffit pas que tout 
soit rationnel. Il veut surtout que le rationnel et l'irrationnel soient 

FlyNote
réconciliés au même niveau. Il n'y a pas d'unité qui suppose une mutila- 
tion.

Mais ce sont les mê- 
mes, brûlés du désir de la vraie vie, frustrés de l'être et préférant 
alors l'injustice généralisée à une justice mutilée


Même si Dieu existait, Ivan ne se rendrait pas à lui devant l'in- 
justice faite à l'homme. Mais une plus longue rumination de cette in- 
justice, une flamme plus amère, ont transformé le « même si tu exis- 
tes » en [131] « tu ne mérites pas d'exister », puis « tu n'existes 
pas ».


L'originalité de la révolution du XXe siècle est que, pour la 
première fois, elle prétend ouvertement réaliser le vieux rêve d'Ana- 
charsis Cloots, l'unité du genre humain, et, en même temps, le couron- 
nement définitif de l'histoire. L'égalité n'est qu'un prétexte.pour l'unification du
monde.

Qu'est-ce que la vertu, en effet ? Pour le philosophe bourgeois 
d'alors, c'est la conformité à la nature, Mais la nature, telle qu'on la rencontre
chez Bernardin de Saint- 
Pierre, est elle-même conforme à une vertu préétablie. La nature 
aussi est un principe abstrait. À ceux affirmant que ce qui est déviation des
normes de la nature, sont légitimes et justes.
et, en politique, la conformi- 
té à la loi qui exprime la volonté générale. Cependant cette volonté général n'a
pas été conforme à la nature.


FlyNote
« La morale, dit Saint-Just, 
est plus forte que les tyrans. » Elle vient en effet de tuer Louis XVI.

Le philanthrope 
écrivait ainsi dans le vocabulaire le plus monotone qui soit, jour et nuit, 
sur la nécessité de tuer pour créer

s'aperçoit que cer- 
tains ont une « idée affreuse du bonheur et le confondent avec le plai- 
sir ».

Il n'aimait pas le pouvoir 
« cruel et méchant », [162] et qui, disait-il, « sans la règle, marchait à 
l'oppression ». Mais la règle était la vertu et venait du peuple. 
Le peuple défaillant, la règle s'obscurcissait, l'oppression grandissait. 
La règle est donc supposer venir du peuple , cependant si le peuple lui même
manquait de vertu, l'oppression règnerait. Et c'est aujourd'hui le cas. 

Il faut alors mourir, et démon- 
trer une fois de plus que la révolte, lorsqu'elle est déréglée, oscille de 
l'anéantissement des autres à la destruction de soi. 

Il acceptait de mar- 
cher à la mort pour l'amour des principes et contre toute réalité, puis- 
que l'opinion de l'Assemblée ne pouvait être emportée, justement, que 
Par l'éloquence et le fanatisme d'une faction. Ce moyen par lequel la plus
injuste des causes, parviendrait à se légaliser, et qui permettrait au plus grand
des crimes à devenir juste ; la réthorique . Car il est seulement question
d'éloquence pour que l'on parvient à établir une loi. 

La loi peut régner, en effet, tant qu'elle est la loi de la Raison uni- 

FlyNote
verselle 40. Mais elle ne l'est jamais et sa justification se perd si 
l'homme n'est pas bon naturellement. Un jour vient où l'idéologie se 
heurte à la psychologie. Il n'y a plus alors de pouvoir légitime. La loi 
évolue donc jusqu'à se confondre avec le législateur et un nouveau bon 
plaisir. Où se tourner alors ? La voici déboussolée ; perdant de sa pré- 
cision, elle devient de plus en plus imprécise jusqu'à faire crime de 
tout. Crime de tout ou plutôt juste de tout ?La loi règne toujours, mais elle n'a
plus de bornes fixes.

. Le communisme russe, par sa critique violente 
de toute vertu formelle, achève l'œuvre révoltée du XIXe siècle en 
niant tout principe supérieur. Aux régicides du XIXe siècle succèdent 
les déicides du XXe siècle qui vont jusqu'au bout de la logique révoltée 
et veulent faire de la terre le royaume où l'homme sera dieu. Le communisme
est un système avancé de l'illumination .

les révolutionnaires du XXe siècle ont tiré 
l'arsenal qui a détruit définitivement les principes formels de la vertu. 
Ils en ont gardé la vision d'une histoire sans transcendance, résumée à 
une contestation perpétuelle et à la lutte des volontés de puissance.

Après la Révolution française, la 
transcendance des principes formels, raison ou justice, sert à justifier 
une domination qui n'est ni juste ni raisonnable.

mais comme 
l'avait prédit Stirner, il faut tuer la morale des principes où se re- 
trouve encore le souvenir de Dieu. 

On entre alors en mensonge et en violence comme 
on entre en religion, et du même mouvement pathétique.

FlyNote

Au commencement, tout est idylle selon Saint-Just, tout est tragédie se- 
lon Hegel. Mais à la fin, cela revient au même. Il faut détruire ceux 
[172] qui détruisent l'idylle ou détruire pour créer l'idylle. La violence 
recouvre tout, dans les deux cas. Le dépassement de la Terreur, en- 
trepris par Hegel, aboutit seulement à un élargissement de la Terreur.Je suis
du même avis que saint-Just

Pour être 
reconnue par une autre conscience, l'homme doit être prêt à risquer 
sa vie et accepter la chance de la mort. 

Les mouvements politiques, [181] ou idéologiques, inspirés par 
Hegel, se réunissent tous dans l'abandon ostensible (qui est pour être
montré) de la vertu.

Hegel pardonne sans doute les 
péchés à la fin de l'histoire. D'ici là, cependant, toute opération hu- 
maine sera coupable. « Innocente est donc seulement l'absence d'opé- 
ration, l'être d'une pierre et pas même celui d'un enfant. »

La vague figure de Dieu qui, chez [183] Hegel, se reflète encore 
dans l'esprit du monde ne sera pas difficile à effacer. Car ils comptaient,
ensemble, depuis longtemps, éradiquer Dieu de notre mémoire, de nos
souvenirs, de ce que nous ayons connu, de ce que nous connaissons, et
surtout de ce que nous ne connaissons pas encore.

Dieu sans l'homme n'est pas plus que l'homme sans 
Dieu . L'homme révolté n' est pas plus que l'homme bénis.

À la fin, Feuerbach (que Marx tenait pour un grand esprit et 

FlyNote
dont il se reconnaîtra le disciple critique), dans l'Essence du Christia- 
nisme, remplacera toute théologie par une religion de l'homme et de 
l'espèce, qui a converti une grande partie de l'intelligence contemporaine..

« L'individualité a pris la place de la foi, la raison celle de 
la Bible, la politique celle de la religion et de l'Église, la terre celle du 
ciel, le travail celle de la prière, la misère celle de l'enfer, l'homme 
celle du Christ. » Il n'y a donc plus qu'un enfer et il est de ce monde : 
c'est contre lui qu'il faut lutter. 

. L'attitude de Hegel 
consiste à dire : « Ceci est la vérité, qui nous paraît pourtant l'erreur, 
mais qui est vraie, justement parce qu'il lui arrive d'être l'erreur.

. Si l'on ne peut ac- 
cepter la souffrance des autres, quelque chose au monde n'est pas 
justifié et l'histoire, en un de ses points au moins, ne coïncide plus 
avec la raison

Bielinski s'adresse à Hegel lui-même : « Avec toute 
l'estime qui convient à votre philosophie philistine, j'ai l'honneur de 
vous faire savoir que si j'avais la chance de grimper au plus haut degré 
de l'échelle de l'évolution, je vous demanderais compte de toutes les 
victimes de la vie et de l'histoire. Je ne veux pas du bonheur, même 
gratuit, si je ne suis pas tranquille pour tous mes frères de sang 54. 

ils ressen- 
taient en même temps le doute et le besoin de croire. 

Si l'homme est 
le reflet de Dieu, alors il n'importe pas qu'il soit privé de l'amour hu- 

FlyNote
main, un jour viendra où il sera rassasié. Mais s'il est créature aveugle, 
errant dans les ténèbres d'une condition cruelle et limitée, il a besoin 
de ses pareils et de leur amour périssable. Où peut se réfugier la cha- 
rité, après tout, sinon dans le monde sans dieu ? 

Pisarev ne reculait pas, 
en pensée, devant le meurtre d'une mère et pourtant il a trouvé des 
accents justes pour parler de l'injustice. la multitude des actions justes ne
devrait pas faire oublier la grandeur de l'injustice. Comme les motifs ne
devraient point donner la plénitude de la légitimité au crime.


Mon moi per- 
sonnel est tué pour toujours, ma vie est la vraie vie. Elle s'est identi- 
fiée en quelque sorte avec la vie absolue. Â. Contre sens


Bakounine laisse apercevoir aussi toute la profon- 
deur d'une révolte apparemment politique. « Le Mal, c'est la révolte 
satanique contre l'autorité divine, révolte dans laquelle nous voyons au 
contraire le germe fécond de toutes les émancipations humaines. 
Comme les Fraticelli de la Bohème au XIVe siècle (?), les socialistes 
révolutionnaires se reconnaissent aujourd'hui par ces mots : « Au nom 
de celui à qui on a fait un grand tort. »

La lutte contre la création sera donc sans merci et sans morale, le 
seul salut est dans l'extermination. « La passion de la destruction est 
une passion créatrice. » 

Bakounine introduit au 
cœur de la révolution le principe nu de la révolte. « La tempête et la 

FlyNote
vie, voilà ce qu'il nous faut. Un monde nouveau, sans lois, et par consé- 
quent libre. »


Mais un monde sans lois est-il un monde libre, telle est la question 
que pose toute révolte. 
.

comme Bakounine, 
que désormais la politique serait la religion et la religion la politique. 

son rêve ( à Bakounine ) le 
plus évident était de fonder l'ordre meurtrier qui permettrait de propager et de
faire triompher enfin la divinité noire qu'il avait décidé de 
servir. La divinité noir serait-elle la bête ?

Il n'a pas seulement disserté sur la destruction universelle, son 
originalité a été de revendiquer froidement, pour ceux qui se donnent 
à la révolution, le « Tout est permis »,

Si, en effet, l'histoire, hors de tout 
principe, n'est faite que de la lutte entre la révolution et la contre- 
révolution, il n'est pas d'autre issue que d'épouser entièrement une de 
ces deux valeurs, pour y mourir ou y ressusciter. Netchaiev pousse 
cette logique à bout. Pour la première fois avec lui, la révolution va se 
séparer explicitement de l'amour et de l'amitié. Si une révolution, si l'on ne se
sépare donc de l'amour et de l'amitié, risque de conduire à la mort, la
contre-révolution quant à elle pourrait conduire, avec l'amour et l'amitié, s'il
s'agit d'une réaction non politique détruisant tout les effets des révolutions,
pourrait conduire à la résurrection, seulement une résurrection abstraite. 


FlyNote

2eme partie de la page 171 

une exigence douloureuse de l'amitié 
pour tous, même et surtout en face d'un ciel ennemi.

La violence, 
pour eux tous, est réservée à l'ennemi, au service de la communauté 
des opprimés. Mais si la révolution est l'unique valeur, elle exige tout 
et même la délation, donc le sacrifice de l'ami. Le sacrifice ou la trahison ?
Sache que, dans les derniers jours, il y aura des temps difficiles.Car les
hommes seront égoïstes, amis de l`argent, fanfarons, hautains,
blasphémateurs, rebelles à leurs parents, ingrats, irréligieux, traîtres,
emportés, enflés d`orgueil, aimant le plaisir plus que Dieu,
2 Timothée:3:4
2 Timothée:3:1


Mais 
Netchaiev fait plus que de militariser la révolution à partir du moment 
où il admet que les chefs pour diriger les subordonnés ont le droit 
d'employer la violence et le mensonge, Il mentira, en effet, pour com- 
mencer, quand il se dira délégué par ce comité central encore inexis- 
tant et quand, pour engager des hésitants dans l'action qu'il médite 
d'entreprendre, il le décrira comme disposant de ressources illimitées. 
Il fera plus encore en distinguant des catégories parmi les révolution- 
naires, ceux de la première catégorie (entendons les chefs) gardant le 
droit de considérer les autres comme « un capital qu'on peut dépen- 
ser ». Tous les chefs de l'histoire ont peut-être pensé ainsi, mais ils 
ne l'ont pas dit. Jusqu'à Netchaiev, en tout cas, nul chef révolution- 
naire n'avait osé en faire le principe de sa conduite. Aucune révolution 

FlyNote
n'avait jusqu'ici mis en tête de ses tables de la loi que l'homme pouvait 
être un instrument. Le recrutement faisait traditionnellement appel au 
courage et à l'esprit de sacrifice. Netchaiev décide que l'on peur faire chanter
ou terroriser les hésitants et qu'on peut tromper les 
confiants. 



Ivanov dont le seul tort semble être d'avoir eu 
des doutes sur le comité central, dont Netchaiev se disait le délégué, 
s'opposait à la révolution puisqu'il s'opposait à celui qui s'était identi- 
fié à elle. Il devait donc mourir. « Quel droit avons-nous d'enlever la 
vie à un homme ? demande Ouspenski, un des camarades de Netchaiev. 
- Il ne s'agit pas de droit, mais de notre devoir d'éliminer tout ce qui 
nuit à la cause. » Quand la révolution est la seule valeur, il n'y a plus de 
droits, en effet, il n'y a que des devoirs. Mais par un renversement 
immédiat, au nom de ces devoirs, on prend tous les droits. 

À ce moment, au sein de la révolution, tout est vraiment permis, le 
meurtre peut être érigé en principe.

Le nihilisme, étroitement mêlé au mouvement d'une religion déçue, 
s'achève ainsi en terrorisme

Jusqu'à eux, les hommes 
mouraient au nom de ce qu'ils savaient ou de ce qu'ils croyaient savoir.

À partir d'eux, on prit l'habitude, plus difficile, de se sacrifier pour 
quelque chose dont on ne savait rien, sinon qu'il fallait mourir pour 
qu'elle soit.


FlyNote
L'avenir est la seule 
transcendance des hommes sans dieu. Justement, vivre sans Dieu vous est
une vie restrictive, comme quoi une vie borné de limites que vous avez pensé
être une libération s'est transformée, même si elle l'a toujours été, en une
prison. 

e. Les terroristes veulent en réalité créer une Égli- 
se d'où jaillira un jour le nouveau dieu. 


Ils ne connais- 
sent pas, sinon de façon abstraite, la joie puissante de tout homme 
d'action en contact avec une large communauté humaine

Ils vivent sur le même paradoxe, 
unissant en eux le respect de la vie humaine en général et un mépris de 
leur propre vie, qui va jusqu'à la nostalgie du sacrifice suprême. 

L'action 
terroriste s'embellissait tout d'abord du sacrifice que lui faisait le 
terroriste 

Chez Voinarovski aussi, le goût du 
sacrifice coïncide avec l'attirance de la mort


Un si grand oubli de soi-même, allié à un si profond souci de la vie 
des autres, permet de supposer que ces meurtriers délicats ont vécu 
le destin révolté dans sa contradiction la plus extrême.

Ou ils se consoleront, au nom de l'histoire, de ce que la 

FlyNote
[212] violence soit nécessaire et ajouteront alors le meurtre au meur- 
tre, jusqu'à ne faire de l'histoire qu'une seule et longue violation de tout ce qui,
dans l'homme, proteste contre l'injustice. Ceci définit les 
deux visages du nihilisme contemporain, bourgeois et révolutionnaire.

Dès lors, 
incapables de justifier ce qu'ils trouvaient pourtant nécessaire, ils ont 
imaginé de se donner eux-mêmes en justification et de répondre par le 
sacrifice personnel à la question qu'ils se posaient. 

Au milieu d'un monde qu'ils nient et qui 
les rejette, 

Mais il restituera la terreur au niveau de l'État, avec, pour 
seule justification, la construction de l'humanité enfin divinisée.

Chigalev, après de longues réflexions, 
en est arrivé à conclure avec désespoir qu'un seul système est possi- 
ble, bien qu'il soit en effet désespérant. « Parti de la liberté illimitée, 
j'arrive au despotisme illimité. 


La liberté totale qui est négation de 
tout ne peut vivre et se justifier que par la création de nouvelles va- 
leurs identifiées à l'humanité entière.

Un dixième de 
l'humanité possédera les droits de la personnalité et exercera une autorité
illimitée sur les neuf autres dixièmes. Ceux-ci perdront leur 
personnalité et deviendront comme un troupeau ; astreints a l'obéis- 
sance passive, ils seront ramenés à l'innocence première et, pour ainsi 

FlyNote
dire, au paradis primitif où, du reste, ils devront travailler. 


Et [226] Hitler : « Quand la race est en danger d'être oppri- 
mée... la question de légalité ne joue plus qu'un rôle secondaire. » 

Le résultat est que l'homme n'est plus, s'il est du 
parti, qu'un outil au service du Führer, un rouage de l'appareil, ou, s'il 
est ennemi du Führer, un produit de consommation de l'appareil. L'élan 
irrationnel, né de la révolte, ne se propose plus que [229] de réduire, 
ce qui fait

La propagande, la 
torture, sont des moyens directs de désintégration ; plus encore la 
déchéance systématique, l'amalgame avec le criminel cynique, la com- 
plicité forcée. 


La révolution nihiliste, qui s'est exprimée historiquement : dans la 
religion hitlérienne, n'a ainsi suscité qu'une rage démesurée de néant, 
qui a fini par se retourner contre elle-même. Ainsi valse vos doctrines

et de l'Adam 
Kadmon des kabbalistes, qui a précédé la chute et qu'il s'agit mainte- 
nant de refaire. Lorsque l'Église aura recouvert le monde, elle donnera 
un corps à cet Adam premier et dernier. 

Ce que Hegel affirmait de la réalité en marche vers l'esprit, 
Marx l'affirme de l'économie en marche vers la société sans classes ; 
toute chose est à la fois elle-même et son contraire, et cette contra- 
diction la force à devenir autre chose. Exemple la couleur noir est en soi elle

FlyNote
même mais aussi la couleur blanche car comme la couleur blanche le noir
absorbe toutes couleurs.ou bien n'émet aucun rayonnement de façon
unitaire.

« L'athéisme est l'humanisme médiatisé par la suppression de la religion 

Une phrase de lui, 
pour une fois claire et coupante, refuse à jamais à ses disciples triom- 
phants la grandeur et l'humanité qui étaient les siennes : « Un but qui 
a besoin de moyens injustes n'est pas un but juste. »

La revendication de justice aboutit à l'injustice si elle n'est pas fon- 
dée d'abord sur une justification éthique de la justice. Faute de quoi, 
le crime aussi, un jour, devient devoir. Quand le mal et le bien sont 
réintégrés dans le temps, confondus avec les événements, rien n'est 
plus bon ou mauvais, mais seulement prématuré ou périmé. 

Aux peuples qui désespéraient du royaume des cieux, ils ont promis le 
royaume de l'homme. 

La volonté de puissance est venue relayer la volonté de [279] justice, 
faisant mine d'abord de s'identifier avec elle, et puis la reléguant 
quelque part au bout de l'histoire, en attendant que rien sur la terre 
ne reste à dominer. 

Lénine ne croit qu'à la révolution et à la vertu d'ef- 
ficacité. « Il faut être prêt à tous les sacrifices, user s'il le faut de 
tous les stratagèmes, de ruse, de méthodes. illégales, être décidé à 
celer la vérité, à seule fin de [280] pénétrer dans les syndicats... et 
d'y accomplir malgré tout la tâche communiste. » 


FlyNote
La totalité n'est en effet rien d'autre que le vieux rêve d'unité 
commun aux croyants et aux révoltés, mais projeté horizontalement 
sur une terre privée de Dieu. 

À la fin, quand l'Empire affranchira 
l'espèce entière, la liberté régnera sur des troupeaux d'esclaves, qui, 
du moins, seront libres par rapport à Dieu et, en général, à toute 
transcendance. 

choisit d'appeler liberté la servitude totale

La pensée historique devait délivrer l'homme de la sujétion divine ; mais cet- 
te libération exige de lui la soumission la plus absolue au devenir 

L'Empire est en même 
temps guerre, obscurantisme et tyrannie, affirmant désespérément 
qu'il sera fraternité, vérité et liberté : la logique de ses postulats l'y 
oblige.

Tout homme est un criminel qui s'ignore.

Le fascisme veut instaurer l'avènement du sur- 
homme nietzschéen. 

Les nihilistes, aujourd'hui, sont sur les trô- 
nes. Les pensées qui prétendent mener notre monde au nom de la révo- 
lution sont devenues en réalité des idéologies de consentement, non de 
révolte. Voilà pourquoi notre temps est celui des techniques privées et 
publiques d'anéantissement.

La calomnie de ce monde ramène au nihilisme que Nietzsche a 

FlyNote
défini. La pensée qui se forme avec la seule histoire, comme celle qui 
se tourne contre toute histoire, enlèvent à l'homme le moyen ou la raison de
vivre.

la littérature de dissidence qui commence avec les temps modernes.

Le roman naît en même temps que l'esprit de révolte et il 
traduit, sur le plan esthétique, la même ambition.

L'homme peut s'autoriser à dénoncer l'injustice 
totale du monde et revendiquer alors une justice totale qu'il sera seul 
à crée

. Nietz- 
sche pouvait refuser toute transcendance, morale ou divine, en disant 
que cette transcendance poussait à la calomnie de ce monde et de cet- 
te vie. Mais il y a peut-être une transcendance vivante, dont la beauté 
fait la promesse, qui peut faire aimer et préférer à tout autre ce 
monde mortel et limité. Justement, et c'est pourtant cette transcendance que
vous tenter nier . 

on a toujours consi- 
déré que le romanesque se séparait de la vie et qu'il l'embellissait en 
même temps qu'il la trahissait.

la réalité de la révolte et sa fureur de 
destruction. 

Mais meilleur ne 
veut Pas dire alors différent, meilleur veut dire unifié. Cette fièvre 
qui soulève le cœur au-dessus d'un monde éparpillé, dont il ne peut ce- 

FlyNote
pendant se déprendre, est la fièvre de l'unité. 

Si même le roman ne dit que la nostalgie, le désespoir, l'inachevé, 
il crée encore la forme et le salut. Nommer le désespoir, c'est le 
dépasser.


Le monde roma- 
nesque [325] n'est que la correction de ce monde-ci, suivant le désir 
profond de l'homme. Car il s'agit bien du même monde. La souffrance 
est la même, le mensonge et l'amour. Les héros ont notre langage, nos 
faiblesses, nos forces. Leur univers n'est ni plus beau ni plus édifiant 
que le nôtre. Mais eux, du moins, courent jusqu'au bout de leur destin 
et il n'est même jamais de si bouleversants héros que ceux qui vont 
jusqu'à l'extrémité de leur passion, Kirilov et Stavroguine, Mme Gra- 
slin, Julien Sorel ou le prince de Clèves. C'est ici que nous perdons leur 
mesure, car ils finissent alors ce que nous n'achevons jamais.


. Une belle histoire ne va pas sans cette continuité imperturbable 
qui n'est jamais dans les situations vécues, mais qu'on trouve dans la 
démarche de la rêverie, à partir de la réalité.

Le roman fabrique du destin sur [327] mesure. 
C'est ainsi qu'il concurrence la création et qu'il triomphe, provisoire- 
ment, de la mort. 

Une analyse détaillée des romans les plus célèbres 
montrerait, dans des perspectives chaque fois différentes, que l'es- 
sence du roman est dans cette correction perpétuelle, toujours diri- 
gée dans le même sens, que l'artiste effectue sur son expérience.

FlyNote

Le roman, à ce niveau, 
est d'abord un exercice de l'intelligence au service d'une sensibilité 
nostalgique ou révoltée

On pourrait étudier cette recherche de l'uni- 
té dans le roman français d'analyse, et, chez Melville, Balzac, Dostoïevski


il 
est bien évident que ce monde romanesque ne vise pas à la reproduc- 
tion pure et simple de la réalité, mais à sa stylisation la plus arbitraire. Tant
de haine

Les jeunes filles en fleurs rient et jacassent éternellement devant 
la mer, mais celui qui les contemple perd peu à peu le droit de les ai- 
mer, comme celles qu'il a aimées perdent le pouvoir [330] de l'être.

Il(Proust)n'a pas consenti à 
ce que les vacances heureuses soient à jamais perdues. Il a pris sur lui 
de les recréer à nouveau et de montrer, contre la mort, que le passé 
se retrouvait au bout du temps dans un présent impérissable, plus vrai 
et plus riche encore qu'à l'origine

Il s'agit 
seulement de la plus difficile et de la plus exigeante des mémoires, 
celle qui refuse la dispersion du monde tel qu'il est et qui tire d'un 
parfum retrouvé le secret d'un nouvel et ancien univers. 

Il a 
démontré que l'art romanesque refait la création elle-même, telle 

FlyNote
qu'elle nous est imposée et telle qu'elle est refusée. Sous l'un de ses 
aspects au moins, cet art consiste à choisir la créature contre son 
créateur.

« Les poètes, dit Shelley, sont les législateurs, non reconnus, du mon- 
de. »

La vraie création romanesque, au contraire, utilise le 
réel et n'utilise que lui, avec sa chaleur et son sang, ses passions ou 
ses cris. Simplement, elle y ajoute quelque chose qui le transfigure.

Finalement, la société capitaliste et la so- 
ciété révolutionnaire n'en font qu'une dans la mesure où elles s'asser- 
vissent au même moyen, la production industrielle, et à la même pro- 
messe. Mais l'une fait sa promesse au nom de principes formels qu'elle 
est incapable d'incarner et qui sont [337] niés par le moyen qu'elle .

Quand la passion du 
temps met en jeu le monde entier, la création veut dominer le destin 
tout entier. Mais, du même coup, elle maintient en face de la totalité 
l'affirmation de l'unité. Simplement la création est alors mise en péril 
par elle-même, d'abord, et par l'esprit de totalité, ensuite. Créer, au- 
jourd'hui, c'est créer dangereusement. 
emploie.

Un des sens de l'histoire d'aujourd'hui, et plus encore 
de demain, est la lutte entre les artistes et les nouveaux conquérants, 
entre les témoins de la révolution créatrice et les bâtisseurs de la ré- 
volution nihiliste. 

Chaque fois que, dans un homme, 

FlyNote
elle tue l'artiste qu'il aurait pu être, la révolution s'exténue un peu 
plus. 

Ernst Dwinger, dans son journal de Sibérie, parle de ce lieute- 
nant allemand qui, prisonnier depuis des années dans un camp où ré- 
gnaient-le froid et la faim, s'était construit, avec des touches de bois, 
un piano silencieux. Là, dans l'entassement de la misère, au milieu 
d'une cohue en haillons, il composait [341] une étrange Musique qu'il 
était seul à entendre. Ainsi, jetés dans l'enfer, de mystérieuses mélo- 
dies et les images cruelles de la beauté enfuie nous apporteraient tou- 
jours, au milieu du crime et de la folie, l'écho de cette insurrection 
harmonieuse qui témoigne au long des siècles pour la grandeur humaine. La
révolution sera donc au final qu'une absurdité, qui n'en vaur pas la peine.

Tous les grands réformateurs essaient de bâtir dans l'histoire 
ce que Shakespeare, Cervantes, Molière, ToIstoï ont su créer : un 
monde toujours prêt à assouvir la faim de liberté et de dignité qui est au cœur
de chaque homme.


Peut-on, éternellement, refuser l'injustice sans 
cesser de saluer la nature de l'homme et la beauté du monde ? 

Au sommet de la tragédie contempo- 
raine, nous entrons alors dans la familiarité du crime

Après avoir longtemps cru qu'il pourrait lutter contre Dieu avec 
l'humanité entière, l'esprit européen s'aperçoit donc qu'il lui faut aus- 
si, s'il ne veut pas mourir, lutter contre les hommes. Les révoltés qui, 
dressés contre la mort, voulaient bâtir sur l'espèce une farouche im- 
mortalité, s'effraient d'être obligés de tuer à leur tour. S'ils reculent 

FlyNote
pourtant, il leur faut accepter de mourir ; s'ils avancent, de tuer. La 
révolte, détournée de ses origines et cyniquement travestie, oscille à 
tous les niveaux entre le sacrifice et le meurtre. Sa justice qu'elle 
espérait distributive est devenue sommaire. Le royaume de la grâce a 
été vaincu, mais celui de la justice s'effondre aussi. L'Europe meurt 
de cette déception. Sa révolte plaidait pour l'innocence humaine et la 
voilà raidie contre sa propre culpabilité. À peine s'élance-t-elle vers la 
totalité qu'elle reçoit en partage la solitude la plus désespérée. Elle 
voulait entrer en communauté et elle n'a plus d'autre espoir que de 
rassembler, un à un, au long des années, les solitaires qui marchent 
vers l'unité. Ainsi , de quel vérité parler vous donc , et de quel refus de
l'injustice compter vous offrir aux hommes, auquel vous prévoyez de lutter
pour, si la base primitive de votre révolution s'admet cyniquement travestie?

Faut-il donc renoncer à toute révolte, soit que l'on accepte, avec 
ses injustices, une société qui se survit, soit que l'on décide, cynique- 
ment, de servir contre l'homme la marche forcenée de l'histoire ? 
Après tout, si la logique de notre réflexion devait conclure à un lâche 
conformisme, il faudrait l'accepter comme certaines familles accep- 
tent parfois d'inévitables déshonneurs. Étant donné que ces hommes révoltés
sont voués à l'échec , à la honte et à la dépravation, et qu'ils sont seuls entre
eux à mener le monde, dominer le monde , influencer, à aveugler les hommes
par l'unité et qu'en dépit de certaines contradiction de leurs doctrines, ils sont
uni pour faire des hommes l'objet de leur révolution, alors contre qui donc
craindraient-ils de se révéler '' déshonorés '' si ce n'est qu'envers Celui qu'ils
ont primitivement nier ? 


Mais sommes-nous encore dans un monde révolté ; la révolte n'est- 
elle pas devenue, au contraire, l'alibi de nouveaux tyrans ? En vallait-t-il la
peine ?

FlyNote

L'effraction qu'il effectue 
dans l'ordre des choses est sans lendemain. Tout pour au final être
condamné.

le déploiement sans limites de l'orgueil humain. Car c'est par ce dernier que
vous avez choisi le meutre. 

Le som- 
met de toutes les tragédies est dans la surdité des héros

Platon a rai- 
son contre Moïse et Nietzsche. Le dialogue à hauteur d'homme coûte 
moins cher que l'évangile des religions totalitaires, monologué et dicté 
du haut d'une montagne solitaire.

la liberté la plus extrême, celle de tuer

Il faut 
donc vivre selon l'efficacité immédiate, et se taire ou mentir.

La pensée de Jaspers, par exemple, dans ce qu'elle a d'essentiel, sou- 
ligne l'impossibilité pour l'homme de saisir la totalité, puisqu'il se 
trouve à l'intérieur de cette totalité. L'histoire, comme un tout, ne 
pourrait exister qu'aux yeux d'un observateur extérieur à elle-même 
et au monde. Il n'y a d'histoire, à la limite, que pour Dieu.

La liberté absolue raille la justice. La justice absolue nie la liber- 
té. Pour être fécondes, les deux notions doivent trouver, l'une dans 
l'autre, leur limite. Aucun homme n'estime sa condition libre, si elle 
n'est pas juste en même temps, ni juste si elle ne se trouve pas libre.

FlyNote


Que Dieu en effet soit expulsé 
de cet univers historique et l'idéologie allemande naît où l'action n'est 
plus perfectionnement mais pure conquête, c'est-à-dire tyrannie.

L'Europe n'a jamais été que dans cette lutte entre midi et 
minuit. Elle ne s'est dégradée qu'en désertant cette lutte, en éclip- 
sant le jour par la nuit. La destruction de cet équilibre donne aujour- 
d'hui ses plus beaux fruits. Privés de nos médiations, exilés de la 
beauté naturelle, nous sommes à nouveau dans le monde de l'Ancien 
Testament, coinces entre des Pharaons cruels et un ciel implacable.

Au 
cœur de la nuit européenne, la pensée solaire, la civilisation au double 
visage, attend son aurore. Mais elle éclaire déjà les chemins de la vraie 
maîtrise. 
La vraie maîtrise consiste à faire justice des préjugés du temps, et 
d'abord du plus profond et du plus malheureux d'entr'eux qui veut que 
l'homme délivré de la démesure en soit réduit à une sagesse pauvre. 

Mère des formes, source de vraie vie, elle 
nous tient toujours debout dans le mouvement informe et furieux de 
l'histoire.

L'homme peut maîtriser en lui tout ce qui 
doit l'être. Il doit réparer dans la création tout ce qui peut l'être. 
Après quoi, les enfants mourront toujours injustement, même dans la 
société parfaite. Dans son plus grand effort, l'homme ne peut que se 
proposer de diminuer arithmétiquement la douleur du monde. Mais l'in- 
justice et la souffrance demeureront et, si limitées soient-elles, elles 

FlyNote
ne cesseront pas d'être le scandale. Le « pourquoi ? » de Dmitri Kara- 
mazov continuera de retentir ; l'art et la révolte ne mourront qu'avec 
le dernier homme..

Le matérialisme contemporain croit aussi répondre à toutes 
les questions. Mais, serviteur de l'histoire, il accroît le domaine du 
meurtre historique et le laisse en même temps sans justification, sinon 
dans l'avenir qui demande encore la foi. Dans les deux cas, il faut at- 
tendre et, pendant ce temps, l'innocent ne cesse pas de mourir. Depuis 
vingt siècles, la somme totale du mal n'a pas diminué dans le monde.


Aucune parousie, ni divine ni révolutionnaire, ne s'est accomplie. Car ils
bloqué par une certaine barrière ; ke christianisme historique 

Ceux qui ne trouvent de repos ni en Dieu ni en l'histoire se 
condamnent à vivre pour ceux qui, comme eux, ne peuvent pas vivre : 
pour les humiliés. Or Avant la ruine, le coeur de l`homme s`élève; Mais
l`humilité précède la gloire.
Proverbes:18:12

Ceux-là aussi, seuls témoins de l'innocence crucifiée, refusent le salut, 
s'il doit être payé de l'injustice et de l'oppression. 

Par delà le ni- 
hilisme, nous tous, parmi les ruines, préparons une renaissance. Mais 
peu le savent

Kaliayev, et ses frères du 
monde entier, refusent au contraire la divinité puisqu'ils rejettent le 
pouvoir illimité de donner la mort. Ils élisent, et nous donnent en 

FlyNote
exemple, la seule règle qui soit originale aujourd'hui : apprendre à vi- 
vre et à mourir, et, pour être homme, refuser d'être dieu..

FlyNote

Vous aimerez peut-être aussi