Italo Svevo - La coscienza di Zeno (1923)
- Protagoniste a plus de 50 ans, a un psychologue
- Essaye de se rappeler de son rêve, voit son neveu et s’adresse à lui
Narratologie : discipline qui étudie les techniques et les structures narratives dans les textes littéraires
Narrateur peut être :
- hétérodiégétique : absent comme personnage
- homodiégétique : présent comme personnage
Son point de vue :
- omniscient : il sait + que le personnage
- interne : il sait =
- externe : il sait -
Protagoniste d’ici : homodiégétique et interne
Vu que le personnage est malade, le journal n’est pas exactement une autobiographie, mais plutôt
l’histoire de la maladie. Il écrit ce jour pour comprendre les raisons de sa névrose. (La névrose : résultat
d’un refoulement qui éloigne la conscience des événements les + désagréables de la vie).
Le narrateur est peu fiable à cause de sa névrose. La coscienza di Zeno est alors une « œuvre ouverte » à
la collaboration du lecteur pour la construction du sens.
Qualification d’œuvre moderniste : Changement de paradigme (modèles explicatifs) épistémologique
(étude critique des fondements des sciences) au début du XXè siècle. Ces changements remettent en
question la relation de l’Homme avec lui-même dans le monde. Cela se manifeste par une attention à
l’intériorité des personnages, à leur quotidien et à la relativité des points de vue. Dans la routine
quotidienne se produisent des lapsus qui sont cachés de la conscience. La narration moderniste se
caractérise alors par la représentation des événements banals.
Le style de Svevo se caractérise par un registre plus formel, lié à la littérature, à cause de sa culture
mittleuropéenne, d’influence austro-hongroise.
Luigi Pirandello - Il fu Mattia Pascal (1904)
- Roman à la 1e personne, commence après la fin de l’histoire, avec une narration rétrospective
- Protagoniste d’ici : homodiégétique et interne
Les temps narratifs :
- de l’histoire : mesure l’étendue et la durée chronologique des événements, c’est l’ordre logique-
chronologique, la fabula
- du récit : mesure la manière et la forme dont les événements sont présentés (sauts, coupures),
c’est l’ordre dans lequel ils sont décrits dans le texte, l’intrigue
Après avoir gagné molti soldi à Montecarlo, Mattia revient chez lui et découvre son « suicide ». Il
construit alors l’identité d’Adriano Meis et s‘installe à Rome. Il se lasse de cela et veut se redéclarer
comme un Pascal vivant, mais sa femme s’est remariée et donc il décide de vivre comme un fantôme.
L’œuvre est écrite de façon post-factum (après le déroulement de tous les événements). L’histoire se
commence par un flash-back (introduction d’une action qui s’est déroulé chronologiquement avant
l’événement en cours).
Il y a trois « je » :
- Mattia du chapitre 3
- Adriano du chapitre 7
- Mattia du chapitre 16 (là où l’identité de Meis s’écroule)
L’échec de Meis est celui d’un Bildungsroman, un modèle romanesque structuré autour de l’hypothèse
d’une formation sentimentale, morale et culturelle progressive du protagoniste qui à construire
véritablement sa personnalité. Pascal se trouve dans une situation d’achronie (hors du temps) à la fin de
l’œuvre.
Pirandello s’est inspiré beaucoup du théâtre et veut le raconter à travers le roman. Le théâtre pour lui est
la métaphore du monde, où les hommes sont des acteurs qui s’inventent une vie (crise identitaire, thème
du modernisme). Par le straniamento (perturbation de la perception habituelle de la réalité), le narrateur
présente une chose « normale » sous un angle « étrange » pour l’effet de distanciation.
Luigi Pirandello - Il treno ha fischiato (1914)
- Belluca, employé modèle, se révolte au boulot asile
- Déclencheur de la révolte : sifflement d’un train . perception d’un ailleurs physique et imaginaire
- Se décline en 5 chapitres :
I. La folie de Belluca : Méprisé par ses collègues sadiques, qui employent tous termes techniques pour
l’aliéner, B manifeste son envie d’être traité dignement.
II. Le narrateur comprend la situation : encore un narrateur homodiégétique interne. B a eu une épiphanie
et s’exprime poétiquement
III. Réflexion du narrateur : narrateur = médiation entre la folie de B et le lecteur avec la raison
IV. Flashback de vie de B : Narrateur = voisin de B ; B souffre aussi à la maison
V. Récit d’épiphanie : B découvre l’existence de l’univers
Épiphanie : action d’une divinité se manifestant à travers un signe (le train). Dans ce contexte, elle pousse
le personnage à une conscience supérieure.
Discours indirect libre : semble être prononcé par le personnage mais reste un discours indirect. Permet au
narrateur de changer de PDV à celui du personnage.
La vérité des personnages, qu’il soit des collègues ou du narrateur, est subjective. Pirandello conteste les
vérités cristallisées et enquête toujours pour trouver un autre sens (une échappatoire pour B). Les auto-
illusions = forme de l’existence. La vie est aussi le flux de la vie universelle, profonde et cachée et ne
surgit parfois que par des moments de pause des mécanismes de l’existence (épiphanie). Le sujet contraint
à la forme un masque, tous les hommes jouent un rôle.
Donc soit le personnage vit avec le masque, soit il vit ironiquement entre la scission entre forme et vie.
Giovanni Verga - La Lupa, da Vita dei Campi (1880)
Le verismo: influencé par le positivisme et le naturalisme :
- le positivisme : se repose sur le progrès par lo sviluppo della scienza. La société humaine est
régie par des lois invariables et rationnellement connaissables sociologie, investigation de
l’Homme.
- le naturalisme : l’écrivain se nourrit de matériel scientifique pour décrire les lois du
comportement humain. Il applique une méthode scientifique au roman (moyen expérimental).
L’environnement, le contexte historique et l’héritage biologique sont pris en compte. Le style emploie
un langage objectif et impersonnel.
Le vérisme se préoccupe des masses paysannes à travers une impersonnalité dans le style, adapté au
sujet de la narration. Le registre linguistique est alors abaissé à un langage dépouillé, pauvre, parsemé
d’expressions et de formules populaires.
Pour Verga, pessimiste et conservateur, le progrès serait pour l’Homme un fleuve qui ne les enfoncerait
que plus dans leur condition négative. Son pessimisme est originaire de la crise du positivisme et de celle
de l’intellectuel avec le développement du capitalisme. Son conservatisme serait lié à un fatalisme
sicilien.
La Louve est représentée comme un topos d’une femme fatale, rongée de l’intérieur par un vice (sa
maigreur) et pourtant sensuelle (bruna). Verga emploie des champs lexicaux de la ferme et de la récolte
pour contextualiser l’action. Le personnage de Nanni, loin d’être un idéal romantique, s’intéresse bien à la
dot tandis que la misère a déjà dérobé le sentiment maternel de la Louve pour sa fille. Celle-ci, quant à
elle, se montre plus maternelle telle femme au foyer. La Louve tente vainement de séduire son beau-fils,
mais comme si son surnom n’était pas déjà assez pour la déshumaniser, Nanni la considère comme un
diable et au final, comme pour se déculpabiliser vis-à-vis de tout le village, s’apprête à la tuer.
En conclusion, par la description précise et la représentation détaillée des personnages et de leur
environnement, Verga exprime son idéologie imbibé de pessimisme et d’esprit conservateur. La
déclaration audacieuse de la Louve, femme persécuté et maudite, l’humanise en un sens et pourrait être
considérée comme étant précurseur à la lutte des classes et au féminisme.
Cesare Pavese - Dialoghi con Leucò (1947)
Publiée pendant le triomphe du néoréalisme, courant d’abord cinématographique marqué par une
engagement idéologique et politique explicite des classes populaires. Pavese souhaite lire les
comportements humais sous un autre angle hors du temps réécriture des mythes gréco-romaines
antiques comme dialogues. Le genre du dialogue est abordé de manière platonicienne par Pavese. Les
actions sont rapportées par les interlocuteurs (tragédie grecque). Le temps de l’histoire est aussi le
temps du récit.
Pavese emploie les mythes antiques, qui, transmis oralement, racontent des exploits des divinités ou des
héros. Cela permet de faire face à travers les contes aux erreurs humaines dans une dimension spatio-
temporelle exceptionnelle. En effet, Pavese les fusionne avec les mythes à travers l’intertextualité (le texte
étant fruit du lien avec d’autres) et du dialogisme (un texte entretenant une relation avec tous les
énoncés et discours dans une culture donnée).
Dans Le Mystère, Dionysos et Déméter parlent de l’envie insatiable de l’Homme qui, par diverses
créations, cherchent à donner un sens à leur vie, pour au final ne pas pouvoir échapper au destin
tragique qui les attrape. Ils font l’éloge de leur richesse d’imagination mais critiquent aussi leur
violence envers autrui (« ils donnent un sens à la vie en se tuant »). La solution offerte par Déméter est
de leur apprendre la vie bienheureuse, afin que les hommes puissent goûter et apprécier le temps
éphémère qu’ils ont, via toute l’intériorité de leur conscience.
Natalia Ginzburg - Lessico famigliare (1963)
L’autrice est originaire de Turin, d’une famille aisée et antifasciste. Son œuvre est caractérisée par la
mémoire familiale et l’autobiographie. Son courant est la littérature bourgeoise avec des traits
psychologiques et de relation entre le passé et le présent.
Le genre d’autobiographie vise à donner un sens global aux expériences vécus. Le genre entretient un
pacte tacite entre l’auteur et le lecteur : celui de sincérité, de complétude et de discrétion.
Dans Lessico famigliare, on retrouve une ironie affectueuse et un humour détaché. La figure du père,
créateur du jargon familial titulaire, est à la fois sympathique et autoritaire. Natalia est la cadette des cinq
enfants. L’autrice accorde à ses parents des « attributs épiques » exprimés par le triestin du père et le
milanais de la mère.
Le contexte est celle de l’affirmation et la consolidation du fascisme qui donnera naissance à la
Résistance. Les Ginzburg sont des bourgeois éclairés et socialistes, mais Natalia met à côté l’aspect
héroïque, préférant le goût de l’aventure, la fierté, l’élégance, la capacité de souffrir sans se plaindre.
Le point de vue narratif de Ginzburg est enfantin et superficiel. Il s’exprime par une syntaxe simple et des
récits concentrés sur des actions et des paroles au détriment des motivations et des liens psychologiques.
Ce point de vue va mûrir avec le personnage au cours des années.
L’emploi de l’imparfait a une valeur itérative, ce qui implique une répétition implicite de l’action du
verbe. Les personnages semblent donc à des marionnettes.
La structure narrative fournit des informations biographiques des personnages par leur apparence. Le père
est conservateur mais ouvert à la discussion et la mère est optimiste et affectionne les arts.
Ginzburg emploie le mot « vendange » pour désigner l’explosion de liberté littéraire durant l’après-
guerre. Auparavant, les écrivains « jeûnaient » et se contentaient d’un monde de rêve aride et clos.
Cependant, l’euphorie de cette liberté fut brève, et la réalité se révéla d’être aussi difficile. Pour Ginzburg,
le fait de faire la poésie sur n’importe quel sujet (e.g. les mondines) représente un engagement politique et
rappelle le premier élan d’enthousiasme de l’après-guerre.
Italo Calvino - Palomar (1983)
Calvino a maintenu une distance par rapport aux courants littéraires du XXe, préférant une attitude
rationnelle et scientifique pour expliquer le monde. Son œuvre s’intéresse d’abord à la science et la
sémiologie dans les années 60s puis à une posture pessimiste dans les années 70s. Il vient d’une famille
antifasciste et cultivée. Calvino préférait dans les années 50s des romans fantastiques et allégoriques qui
décrivent allégoriquement la condition humaine. Dans les années 60s il s’intéressait au cosmos et à la
littérature comme « jeu combinatoire ».
Palomar est divisé en trois parties et se concentre sur le personnage titulaire (autobiographie de Calvino)
dans 27 courts récits. Palomar est un personnage en quête d’harmonie et de compréhension dans un
monde strident en déchirement. Il s’agit de l’exercice littéraire de l’œuvre. Dans La contemplation des
étoiles, la dite activité équivaut à la méditation, avec Palomar essayant de comprendre le lien entre le moi
et le monde et ceux entre les astres.
Le personnage rencontre des difficultés techniques et matérielles pour l’observation des étoiles, mais
aussi par rapport à la relativité de l’acquisition de la connaissance et la subjectivité de l’existence. Sa
relation avec la nature n’est d’abord pas naturelle dans ce monde moderne et scientifique. Il passe alors à
travers des symboles en appelant les constellations par leurs noms d’origine gréco-romaine. Il découvre
que l’homme doit rester vigilant par rapport à la certitude et donc toujours interroger le sens du monde,
approche jugée comme démente par la société.
Discours direct : Paroles rapportées sous forme de dialogue ( : « »)
Discours indirect : Narrateur restitue les paroles du personnage sans couper le récit (verbe introducteur +
propo sub, troisième personne, registre moins personnel)
Discours indirect libre : Rapporte les pensées du personnage au discours indirect sans filtrage (personnage
se réfère à lui-même à la 3e pers, temps verbaux coïncident avec temps du récit, style personnalisé)