Classification
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Les accords commerciaux régionaux sont de différents types, reflétant chacun des
degrés d’intégration économiques distincts. Béla Balassa, dans The theory of economic
integration, a proposé en 1961 une typologie en six grandes catégories :
la « zone d’échange préférentielle » qui lève les obstacles au commerce interrégional pour
certains produits ;
la « zone de libre-échange » qui est marquée par une suppression des obstacles tarifaires,
comme l'ALENA depuis 1994 ;
l'« union douanière » qui combine une libre circulation des marchandises et l’adoption d’un
tarif extérieur commun, c’est-à-dire des taxes douanières identiques à chaque pays membre
vis-à-vis des pays tiers ;
le « marché commun » correspond à la libre circulation des marchandises, des capitaux et
des personnes ;
l'« union économique et monétaire » ajoute l'instauration d'une monnaie unique ;
l'« union politique » correspond à l'étape ultime et intègre une politique étrangère et de
défense commune, dans un cadre qui peut rester fédéral : l’Allemagne du XIXe siècle a
atteint ce stade en 1870, soit 46 ans après la création d’une union douanière entre différents
États allemands, le Zollverein.
Impacts
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Depuis les années 1990 le commerce intrarégional a progressé au sein de l’ALENA,
passant de 42 à 54 % des exportations totales des pays membres, au sein
du Mercosur ce chiffre est passé de 9 à 20 % sur la même période, tandis qu’en Europe
la part des échanges intracommunautaires n’a guère progressé en dépit d’une
intégration croissante, restant toutefois au niveau élevé de 74 % en 200612. [ ]
Des impacts difficiles à cerner
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Avant l’entrée en vigueur de l’ALENA en 1994, Paul Krugman (La mondialisation n’est
pas coupable) s’interrogeait sur les conséquences de cet accord alors que certains
hommes politiques américains prévoyaient la disparition de centaines de milliers
d’emplois. Selon lui, la portée de tels accords est limitée. En effet les droits de douane
internationaux sont aujourd’hui de l’ordre de 3 ou 4 %, ce qui signifie un faible impact de
leur disparition. Dans le cas précis de l’ALENA, l’intégration du Mexique dans une zone
de libre-échange avec les États-Unis et le Canada aura surtout comme effet de
redonner confiance aux investisseurs financiers en ce pays en proie à des difficultés
économiques : une conséquence des comportements irrationnels des acteurs financiers
n’ayant que peu à voir avec le commerce international. En 1950, Jacob Viner (The
Customs Union Issue) a tenté de prévoir les conséquences de la constitution d’unions
économiques régionales. Elles ont selon lui un double impact sur le commerce
international :
Elles sont d’abord destructrices de certains flux commerciaux, vu que les partenaires d’une
même union économique tendent à réduire leurs importations en provenance des pays tiers.
Ce fut par exemple le cas de la Grande-Bretagne vis-à-vis du Commonwealth à la suite de
son entrée dans l’Union européenne. La préférence communautaire (une des clauses de la
PAC par exemple) supplantant dès lors la « préférence impériale ». Plus récemment l’entrée
des pays d’Europe de l’Est dans l’Union européenne risque de nuire aux importations
textiles en provenance du Maghreb.
Elles sont d’un autre côté créatrices de flux. Elles permettent une collaboration, et donc une
spécialisation accrue des différents pays membres qui accroît le commerce intra-zone. Elles
permettent une meilleure entente et une connaissance accrue des partenaires commerciaux
qui apporte confiance et facilité dans les échanges (il est par exemple plus aisé d'organiser
un échange avec les Allemands qu'avec les Chinois). Cela permet donc aux pays d'accroître
leur visibilité sur la scène internationale. Enfin, le développement de certains secteurs
protégés peut finalement se révéler profitable pour certaines économies étrangères. La
politique agricole commune, bien qu’ayant freiné les importations agricoles américaines, a
toutefois accru les commandes à ces derniers de matériel agricole.
Finalement il est difficile de conclure quant au côté profitable ou non de la constitution
d’espaces économiques régionaux pour la croissance des volumes d’échanges
internationaux.