Littérature d’idées du XVIe au XVIIIe siècle
Œuvre intégrale : DDFC, Olympe De Gouges, 1791
Parcours associé : Ecrire et combattre pour l’égalité
Explication linéaire du préambule avec les 4 articles
Introduction : (avant d’entrer dans la lecture de l’extrait)
Olympe de Gouges suit de très près son modèle, la Déclaration des droits de l’homme et du
citoyen. Mais une comparaison entre, dans les deux textes, ce qu’elle nomme « Préambule »
qui l’introduit, et les quatre premiers articles conduisent à une question : se contente-t-elle de
féminiser l’expression ?
La féminisation
Olympe de Gouges, tout en reprenant le lexique et la syntaxe de la Déclaration de
l’Assemblée, s’emploie à féminiser l’expression des droits de la façon la plus simple, par
substitution : les « droits de la femme » remplacent les « droits de l’homme », les «
réclamations des droits des citoyennes » remplacent celles des « citoyens ».
Mais elle procède aussi par ajout. Par exemple, là où le texte d’origine réclame « la
conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'Homme », avec la majuscule qui
généralise à « l’être humain », elle précise expressément « de la femme et de l’homme ».
Enfin, au lieu des « Représentants du Peuple Français », l’énumération qui ouvre le «
Préambule », détaillant « Les mères, les filles, les sœurs, représentantes de la Nation », traduit
sa volonté de rappeler aux hommes la place si proche occupée par les femmes dans leur
vie, donc les sentiments qu’ils devraient avoir envers elles ; de plus, l'emploi, au lieu de «
Peuple », du terme « Nation », plus habituel en 1791, époque de l’écriture, les invite à tenir
compte davantage des acquis de la Révolution, qui devraient les amener à accepter l’idée
d’égalité.
L’engagement d’Olympe de Gouges
Dans le "Préambule"
Le texte marque nettement la volonté polémique d’Olympe de Gouges, par la comparaison
établie entre les deux sexes. Par exemple, la formulation, strictement politique, qui distingue
« les actes du pouvoir législatif, et ceux du pouvoir exécutif » est remplacée par la seule
distinction des sexes : « les actes du pouvoir des femmes et ceux du pouvoir des hommes ».
Elle en arrive ainsi à un éloge insistant des femmes, puisqu’au lieu de « l’Assemblée
Nationale », elle prend comme sujet de sa phrase de présentation « le sexe supérieur en beauté
comme en courage dans les souffrances maternelles ».
Choix paradoxal cependant puisque ce comparatif, alors même qu’elle revendique l’égalité,
repose sur l’image traditionnelle de la femme, sa double dimension de séductrice et de
mère. De même, comment expliquer, à la fin du paragraphe, l’ajout « des bonnes mœurs »
entre l’objectif initial de « maintien de la Constitution » et de « bonheur de tous » ? Faut-il y
voir une volonté de répondre par avance à une objection de ceux qui considèrent que
l’association des femmes à la vie publique risquerait de les conduire à l’immoralité ? À
nouveau, cette précision ne révèle-t-elle pas qu’Olympe de Gouges reste marquée par le
regard traditionnel porté sur les femmes, dont la moralité serait fragile ?
La revendication d’égalité est immédiatement mise en valeur dans le premier article.
Là où le texte initial regroupe « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en
droits », Olympe de Gouges, en distinguant les deux verbes, renforce les deux principes,
en insistant sur celui d’égalité : « La femme naît libre et demeure égale à l’homme en
droits. »
Olympe de Gouges n’a pas attendu la Révolution pour demander plus de liberté pour les
femmes, et pour proclamer leurs droits à être considérées comme les égales des hommes.
Mais sa Déclaration apporte la preuve du bien-fondé de son engagement. Même quand le
pouvoir est placé entre les mains du peuple, et même quand les femmes ont lutté à leurs côtés
pour établir la république, son texte montre que les hommes ne sont pas encore prêts à leur
accorder une juste place dans la vie politique et dans la société.
L’explication linéaire :
Le discours argumentatif classique est composé de 5 temps forts :
- Exorde : attirer la bienveillance de son auditoire
- La narration : celui qui assume le propos
- La division : l’exposé des faits
- La confirmation : les preuves, les arguments
- La réfutation : la preuve de la fausseté du raisonnement de celui qui est attaqué
- Cela débouche sur la conclusion ou péroraison.
Ce texte (le préambule) se veut être une charte du vivre ensemble qui permet à tous un
épanouissement individuel et collectif. Soit précisément « un ensemble harmonieux »
Introduction
Lorsqu'elle écrit en 1791 la DECLARATION DES DROITS DE LA FEMME ET DE LA
CITOYENNE, Olympe de Gouges n'en est pas à son premier écrit politique (et polémique ) :
elle a déjà signé un nombre important de textes engagés tels que SUR « L'ESPECE
D'HOMMES NEGRES » (1788), LETTRE AU PEUPLE OU PROJET D'UNE CAISSE
PATRIOTIQUE PAR UNE CITOYENNE (1788), LE CRI DU SAGE PAR UNE FEMME
(1789), etc. Avec cette DECLARATION, Olympe de Gouges fait entendre une nouvelle fois
des revendications féministes, mais elle propose aussi une véritable refondation de la société
française, soulignant du même coup combien les femmes ont été les grandes oubliées de la
Révolution française. La déclaration se veut une réponse à la harangue du texte qui précède le
préambule « les droits de la femme » où elle montre que l’homme qui se comporte en tyran,
c’est-à-dire qui prend un pouvoir de manière illégale, l’auteure propose donc de faire une «
déclaration » c’est-à-dire d’annoncer officiellement un état de fait, et ici, il s’agit de
revendiquer des droits aux femmes. Ce texte est donc la réponse, la solution au problème mis
en avant dans l’exhortation. Ce texte constitue le préambule (l’introduction) à sa Déclaration
des droits de la femme et de la citoyenne. Dans ce texte introductif, De Gouges expose en
quelque sorte les buts de sa démarche.
Autre introduction
Le préambule de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (1791), rédigé par
Olympe de Gouges (1748-1793), s’impose comme un manifeste audacieux et incandescent,
interrogeant les fondements de l'ordre social établi à l’aube de la Révolution française.
Déployant un verbe incisif et un style implacablement rhétorique, l’auteure s’érige en avocate
d’un idéal universel : celui de l'égalité des sexes, non seulement dans la sphère juridique, mais
aussi dans le champ des droits naturels et imprescriptibles. Face à l’exclusion systématique
des femmes du contrat social conçu par les Lumières, De Gouges opère une subversion
intellectuelle magistrale, retournant contre leurs auteurs les principes révolutionnaires de
liberté, d’égalité et de fraternité. Ce texte, à la croisée du pamphlet politique et de l'exercice
philosophique, transcende les codes de l'époque pour énoncer une critique acerbe des dérives
patriarcales et des insuffisances de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de
1789. En préfigurant les revendications féministes modernes, le préambule se fait l’écho
d’une voix longtemps muselée, dont la quête d’émancipation résonne encore aujourd’hui avec
une intensité poignante. D’une audace qui frise l’insubordination, Olympe de Gouges y
déploie un discours visionnaire, où la rhétorique sophistiquée s’allie à une exigence éthique
implacable. Par cette œuvre, elle dessine les contours d’une société plus juste, où la femme,
actrice de son destin, se libère des chaînes d’une domination immémoriale. Ce préambule,
véritable condensé d’humanisme militant, ne se contente pas de dénoncer : il appelle à
refonder les bases mêmes de la civilisation, en mettant l’égalité des sexes au cœur du progrès.
Olympe s’inscrit dans le processus législatif puisqu’elle demande « à décréter » donc un
décret (= terme de droit, décision émanant de l’autorité souveraine) par l’Assemblée
Nationale soit le groupe qui légifère en France. Elle suit le procédé sur lequel repose la jeune
démocratie. Les textes de loi sont performatifs : une fois formulé, la loi est effective. Mais il
n’y a pas de femme dans l’assemblée ! Comment faire que la parole décrétée puisse être
performative ?
Problématiques possibles :
En quoi ce texte liminaire/ ce préambule justifie-t-il l’importance d’une constitution
affirmant l’égalité entre les hommes et les femmes ?
Dans quelle mesure cette réécriture de la déclaration des droits de l’homme et du
citoyen promeut-elle l’égalité entre les hommes et les femmes ?
En quoi la déclaration des droits de la femme s’inscrit-elle dans un combat politique et
sociétal?
Les mouvements :
Mvt 1 : la première phrase : l’appellation des femmes à se constituer en Assemblée Nationale.
Mvt 2 : de « considérant que l’ignorance »….Bonheur de tous » : le raisonnement de
l’auteure : les vertus de l’égalité entre les sexes.
Mvt 3 : « en conséquence…de la citoyenne » : une introduction qui annonce la déclaration en
posant de façon provocatrice la femme comme supérieure à l’homme et comme autrice du
discours/ introduction aux articles de droits auxquels elle aspire
Analyse linéaire :
Mouvement 1 : 1ère phrase
Olympe de Gouges ne se met pas en avant et s’exprime au nom de la gente féminine qui passe
par une énumération ternaire «les mères, les filles, les sœurs » : cela produit un effet
rhétorique, dans la lignée des réquisitoires et pamphlets révolutionnaires.
A travers cette énumération, on voit apparaitre le statut des femmes par le biais de
périphrases insistant sur le lien de solidarité existant entre les femmes, unies, formant une
seule famille : les mères, les filles et les sœurs. Et cela rappelle également le lien qui les relie
aux hommes, elles peuvent être une mère, une fille, ou une sœur.
Le dernier terme « les sœurs » montre une affinité particulière puisqu’en dehors de la sphère
familiale, il y a des sœurs.
La synecdoque / l’apposition « représentantes de la Nation » se veut plus précise pour ouvrir
ce préambule portant sur le droit des femmes (le terme femme en dehors du titre n’est pas
mentionné). Elles représentent toutes les autres femmes. Par le biais de cette synecdoque, De
Gouges passe du biologique au politique.
Ce 1er rôle politique attribué aux femmes montre que ces dernières sont capables, autant que
les hommes d’assumer cette responsabilité : représenter la nation.
La notion de Nation est complexe et se fortifie à la révolution française. La nation désigne
l’ensemble d’individus se mettant d’accord à coexister sous l’égide des mêmes lois et des
mêmes principes. La nation est considérée comme une organisation politique qui s’oppose à
la monarchie absolue où le roi est considéré comme ayant un droit divin.
L’auteure procède par syllogisme implicite : Or puisque ces femmes sont « les représentantes
de la nation, elles demandent donc d’être constituées en Assemblée nationale. »
L’emploi du présent de l’indicatif inscrit l’action dans le présent, l’urgence. L’auteure n’écrit
pas pour l’avenir, mais plutôt pour le présent urgent. Elle cherche à mettre en œuvre ce qui est
écrit. L’indicatif du verbe « demander » donne au texte un caractère performatif.
L’enjeu est complexe pour l’auteure qui doit s’adresser à plusieurs publics alors même
qu’elle appartient au public des femmes mais en écrivant elle assume le rôle attribué aux
hommes.
Notez Bien : n’oublions pas qu’Olympe de Gouges était considérée comme une « femme
–homme » par le procureur de la Commune de Paris, Chaumette qui la voit l’ennemie
de l’ordre naturel à savoir la femme devrait s’occuper du foyer.
« L’Assemblée nationale » est une organisation comme le terme « assemblée » l’indique
consiste à rassembler des individus élus et qui sont destinés à représenter et à défendre les
intérêts de la nation, à laquelle ils appartiennent. L’évocation de cette organisation n’est pas
fortuite car l’auteure fait allusion à un fait historique qui a eu lieu le 20 juin 1789 : le serment
de jeu de Paume : des représentants du peuple se sont rassemblés afin de préserver et défendre
les intérêts de la nation, ces représentants étaient tous des hommes.
L’auteure vise à accomplir une révolution dans la révolution : consacrer une place aux
femmes au sein de cette assemblée exclusivement masculine. Voici donc son objectif.
Mouvement 2 :
Le deuxième mouvement est une longue et unique phrase. Par le truchement de cette phrase,
l’autrice pose son raisonnement par le biais des arguments.
En effet, de son point de vue comme l’indique le participe présent « considérant » suivi
d’une énumération qui justifie cette demande.
La gradation « l’ignorance, l’oubli ou le mépris » est acerbe (violente) à l’égard de la société
qui est considérée de la part de l’auteure comme seule et unique responsable de la situation de
dépendance de la femme.
Ce traitement minable à l’égard des droits de la femme donne comme conséquence « des
malheurs publics et de la corruption des gouvernements. » : Effet de cause à conséquence.
L’auteure part d’une observation (diagnostic) et aboutit à une conclusion (raisonnement
déductif) : ces désordres mentionnés par le biais des GN proviennent du mépris. Le mépris
fait allusion à la misogynie, une maladie affectant tout le corps social.
Le problème est là, il faut donc le résoudre : la solution est donnée par l’auteure par la suite :
le participe passé « résolu » l’illustre. Cela et renforcé par le GN « déclaration solennelle » : la
déclaration est la solution à tous ces malheurs.
Faire une constitution qui égalise la condition des sexes : Ainsi (terme déductif), elles : les
femmes, l’auteure continue à parler au nom des femmes.
« Droits naturels, inaliénables et sacrés de la femme » : énumération ternaire ou gradation
ascendante d’adjectifs mélioratifs s’opposant aux noms péjoratifs qui ouvrent la phrase.
L’adjectif « naturel » rappelle que ces droits sont légitimes et donc l’autrice cherche par le
biais de cette déclaration à restaurer ces droits établis par la nature et que les hommes ont
bafoués.
« Naturels » a une valeur morale, « inaliénables » a une valeur juridique et « sacrés » a une
portée religieuse. Le rythme ternaire adopté confère à la demande une sacralité (la trinité).
Anaphore de la locution conjonctive qui exprime le but « afin que » : 3 occurrences : cela fait
écho au participe présent ouvrant la phrase « considérant » et qui confère au préambule une
dimension argumentative et juridique.
Adroitement, elle prétend que cette déclaration œuvrerait « au bonheur de tous » car elle
utilise des adjectifs qui ne soulèvent aucune protestation « simples et incontestables ». Elle
définit au final le principe même de la déclaration avec l’emploi du mot « but ».
L’adverbe temporel « constamment » accentué par la suite par « sans cesse » insiste sur le fait
que l’égalité entre les femmes et les hommes est un principe qui nécessite un effort, une
mobilisation de tous les instants désignés par la métaphore juridique « le corps social »
Ce principe doit devenir le fondement même des droits légitimes des femmes.
Elle propose une solution qui devrait permettre à la société d’accéder à l’égalité, au bien-être
tout en se référant à la Constitution. La majuscule donnée au mot « Constitution » sacralise le
texte juridique. Cela reflète la détermination de l’autrice qui ne considère pas la sacralité du
roi mais plutôt celle des idéaux de la révolution.
L’expression « aux bonnes mœurs » semblent soumettre l’idée que sans droit pour les
femmes, les hommes enfreignent les bonnes mœurs, ne respectent pas les femmes et la
conduite qu’ils se doivent d’avoir.
De même que sans la Déclaration des droits de la femme, la Constitution n’est pas respectée
puisque les femmes, comme, en écho à la phrase précédente sont les représentantes de la
Nation. Enfin, l’idée du « bonheur » s’inscrit pleinement dans le contexte des Lumières. Par le
biais du savoir pour tous, alors le bonheur est possible.
L’hyperbole lyrique « au maintien, aux bonnes mœurs, au bonheur de tous » témoigne de
l’enthousiasme de l’autrice. Ce bonheur visé provient des idéaux des Lumières.
« Les bonnes mœurs » : les femmes étaient considérées à l’époque comme faciles à
déconcerter, à manipuler et à tomber dans l’immoralité. L’autrice anticipe en associant
l’égalité hommes-femmes à la moralité.
Ainsi, cette phrase qui n’est construite que par des propositions subordonnées
circonstancielles de but « afin que » amène à l’esprit des Lumières et même plus
précisément à son origine en faisant référence au « sapere aude » de Kant « ose apprendre et
penser par toi-même ». C’est la devise des Lumières selon le philosophe Emmanuel Kant.
Une déclaration apporterait la lumière sur l’égalité qu’il doit y avoir envers les femmes.
Remarque : Dans son célèbre essai Qu'est-ce que les Lumières ?, en 1784, Emmanuel Kant
donne la définition suivante : « Le mouvement des Lumières est la sortie de l’homme de sa
minorité dont il est lui-même responsable. Minorité, c’est-à-dire incapacité de se servir de son
entendement sans la direction d’autrui, minorité dont il est lui-même responsable, puisque la
cause en réside non dans un défaut de l’entendement mais dans un manque de décision et de
courage de s’en servir sans la direction d’autrui. Sapere aude ! Aie le courage de te servir de
ton propre entendement ! Voilà la devise des Lumières. »
Mouvement 3 : Introduction aux articles des droits auxquels elle aspire
La fin du préambule débute par une introduction qui annonce la Déclaration en posant de
façon provocatrice la femme comme supérieure à l’homme et comme autrice du discours.
L’autrice fait, par le biais d’une périphrase, l’éloge de la femme « le sexe supérieur en beauté
comme en courage dans les souffrances maternelles ».
Elle présente la Déclaration qui va suivre comme rédigée par des femmes, pour des femmes.
Elle pose ainsi la singularité de leur condition non sans provocation : si les hommes fondent
leur supériorité sur la force physique et le courage, les femmes démontrent la leur en
l’appuyant sur leur beauté physique (le pouvoir de charmer, de séduire) et leur résistance à la
douleur dans la maternité, dans l’accouchement.
Avec finesse, l’autrice opère ici un rééquilibrage argumentatif original et basé sur un
parallélisme de structure elliptique : la thèse de la supériorité des hommes sur les femmes
s’appuie le plus souvent sur « la nature » et la biologie. Les hommes possèdent la force
physique et l’endurance, ils ont donc imposé leur domination naturelle. L’autrice prend le
même parti, suit le même raisonnement logique en changeant le point de vue : l’Etre Suprême
(une périphrase désignant Dieu : argument d’autorité) a voulu que la nature favorise aussi le
sexe féminin sur les critères différents mais biologiques de la maternité et de l’esthétique.
L’optique, pour être originale, n’est pas sans risques car elle s’appuie sur des préjugés qu’elle
reconduit (la femme est belle et mère, l’homme est fort et courageux). Astucieusement, elle
rappelle que ces hommes sont nés « dans les souffrances maternelles ». Autrement dit, sans
les femmes, il n’y aurait pas d’hommes (la réciproque est valable) et valide sa demande par
deux verbes déclaratifs « reconnaitre et déclarer ». Une fois de plus, Olympe de Gouges
inscrit ces termes dans le performatif (quand dire, c’est faire). Elle offre cependant l’avantage
de fonder la Déclaration sur la base philosophique fondamentale du siècle des Lumières : La
nature.
Cette fin du préambule se présente sous la forme d’une longue phrase qui inaugure le style
juridique de la Déclaration : « En conséquence », ce connecteur logique qui introduit la
déduction (la péroraison : on arrive à la conclusion), la récurrence / la fréquence de rythmes
binaires qui préfigure la revendication d’égalité (hommes-femmes), les sens de la nuance
entre les verbes conjugués au présent de l’indicatif « reconnaitre » et « déclarer » (fonction
performative du langage : qui réalise une action par le fait même de son énonciation),
préparent le style austère et lapidaire des articles qui vont suivre.
Conclusion : Ce préambule est doté d’une portée, d’une dimension didactique : il fonctionne
comme un texte liminaire qui fait comprendre le projet égalitariste de l’autrice avant de
l’étayer et de le détailler. Ce début de texte apparait d’emblée comme un texte de combat.
Olympe de Gouges s’arroge le droit d’écrire et de penser, comme un homme. « Le préambule
» cherche à faire réagir autant les hommes, contre qui elle écrit, que les femmes pour qui elle
se bat. La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne d’Olympe de Gouges trouve
un écho dans les écrits de Mary Wollstonecraft, qui, dans Défense des droits de la femme A
Vindication of the Rights of Woman (1792), défend elle aussi l’idée que l’égalité des droits
entre les sexes est une condition fondamentale pour l’épanouissement de la société. Comme
Olympe de Gouges, Wollstonecraft remet en question les fondements patriarcaux des sociétés
de son temps et appelle à une réforme des mentalités pour garantir aux femmes une pleine
citoyenneté et des droits égaux à ceux des hommes.