2010 - Douaire
2010 - Douaire
Maëlle DOUAIRE
Le 9 Décembre 2010
JURY
1
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RESUME
Cette thèse présente les résultats de travaux visant à étudier les interactions entre les conditions
hydrodynamiques et le comportement bactérien en bioréacteur. En s'intéressant plus particulièrement
aux phénomènes agissant aux petites échelles, nous avons cherché à identifier, caractériser et quantifier
les couplages hydro-bio à l'échelle de la cellule. Ici, la souche Lactococcus lactis a été choisie comme
modèle microbiologique, alors qu’un réacteur de type Couette a été préféré afin d’engendrer des
contraintes hydrodynamiques connues et définies. Il a été démontré que dans des conditions spécifiques
d’écoulement (Modulated Wavy Vortex Flow), les bactéries lactiques s’agrègent au sein d’une matrice
riche en polysaccharides. Le lien entre ce phénotype atypique et les contraintes locales liées à
l’écoulement a été étudié { l’aide de simulation numérique directe de l’écoulement combiné { un suivi de
particule. Cette approche permet d’établir les profils temporels des contraintes subies et de comparer la
nature des forces disruptives subies au mécanisme d’agrégation séparation des cellules bactériennes au
sein de leur matrice. Ce travail de recherche donne ainsi d’autres exemples d’interactions cellule –
environement en bioreacteurs, mettant en exergue des effets mécaniques.
Mots clés : Réacteur Couette, Lactococcus lactis, hydrodynamique locale, dissipation d’énergie,
interaction.
ABSTRACT
The aim of this work is to reach a better understanding of environmental effects on bacterial behaviour in
bioreactors. Particular attention has been paid to hydrodynamically-induced stresses at the cell scale,
with a view to characterizing and quantifying these local interactions. As a “model experiment”,
Lactococcus lactis NCDO2118 has been cultivated in a Couette
Bioreactor, a device generating a known and defined flow field. Under specific flow regime (Modulated
Wavy Vortex Flow), the cells end up being entrapped in a polysaccharidic matrix. The phenotype of the
cells has been demonstrated to be strongly affected by the flow conditions. The stress signal encountered
by the cells has been characterized, through umerical simulation (Direct Numerical Simulation) and
lagrangian particle tracking, and linked to the phenotypic expression. These studies provide further
examples of bacterial response to local hydrodynamic conditions.
Key words: Couette bioreactor, Lactococcus lactis, local hydrodynamics, energy dissipation, interaction.
3
4
REMERCIEMENTS
J’ai réalisé ma thèse au sein du Laboratoire d’Ingénierie des Systèmes Biologiques et des
procédés, dont je tiens { remercier le directeur Nic Lindley pour m’y avoir accueillie. Je
voudrais également adresser un merci particulier à mes directeurs de thèse, Jérôme
Morchain et Pascal Loubière, ainsi qu’{ Alain Liné pour leurs conseils et
encouragements, et aussi pour toutes les discussions animées que ce projet de
recherche a entrainé.
Je tiens également à remercier les membres de mon jury, tout particulièrement Benoît
Haut et Jack Legrand pour avoir accepté de rapporter ma thèse. Merci aussi à Eric
Olmos, malheureusement victime de la neige (pas faute d’avoir essayé de se rendre {
Toulouse) pour le jour J, sans qui je n’aurais pas eu connaissance de cette opportunité.
Une pensée chaleureuse à tous ceux qui ont permis la réalisation de ce travail dans la
bonne humeur, tant chez les ‘bio’ qu’au ‘hall’. Un merci spécial { Valérie et Myriam pour
leur aide, leur disponibilité, leur rigueur et leurs conseils précieux.
Autre merci spécial { tous ceux qui m’ont aidé { démonter mon réacteur Couette quand
il se faisait capricieux. J’ai plus les chronos en tête mais il me semble que Jan et Jillian
avaient battu des records.
Une pensée affectueuse pour mes comparses du bureau, dans lequel il en est passé des
thésards, post docs, stagiaires… mention spéciale { Ben « double B », Séb, Charlotte, Flo,
Mallorie, JC, … et aussi pour l’équipe de Auch où j’ai effectué la totalité de mes vacations,
Babé, Géraldine, Cathy, Fred, Domi et les autres.
5
Une pensée spéciale à la « thésarde d’avant moi », Angélique, rencontrée en pleine
rédaction de sa thèse et néanmoins disponible pour accompagner mes 1ers pas dans ce
laboratoire et plus spécifiquement dans cette thématique de recherche.
Je ne voudrais pas oublier les copains et copines, ceux du labo, ceux des apéros d’après
le labo, et ceux d’ailleurs (Ben, Emeu, Voisin Pierrot et ses ‘tit punchs, Sam, et j’en
oublie)
Un merci tout spécial { Jan et Marlène (et leur futon) sans lesquels je n’aurais pas vécu
mes dernières soirées de thésarde de la même façon.
Autre merci spécial pour Françoise et son forfait illimité, qui nous a permis de partager
nos hauts et nos bas de thésardes, les petites et grandes joies, ainsi qu’{ Amélie pour
l’approche non scientifique.
Je ne voudrais par terminer sans remercier ma famille, qui a supporté sans broncher ma
soutenance – c’est bon, maintenant, vous pouvez m’avouer qui s’est endormi ! En
particulier Madé et ses conseils avisés pleins d’expérience, et surtout mes parents pour
leur soutien et leurs encouragements.
Finally, I am especially thankful to Jon who managed to bear me in “writing up” mode,
his lunch boxes (I never ate so many curries!), his nerdiness (Matlab...) and his constant
and loving care.
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TABLE DES MATIERES
REMERCIEMENTS ............................................................................................................................................ 5
NOMENCLATURE ........................................................................................................................................... 13
ABRÉVIATIONS ............................................................................................................................................... 15
INTRODUCTION .............................................................................................................................................. 17
BIBLIOGRAPHIE ............................................................................................................................................. 21
7
[Link]. Ecoulements tourbillonaires ondulants (Wavy Vortex flows) ....................................................... 74
[Link]. Ecoulements tourbillonnaires turbulents et écoulement turbulent ................................................. 74
2.1.3. Effets de mélange dans un réacteur Couette ............................................................................................. 75
2.1.4. Cultures bactériennes et cellulaires .......................................................................................................... 77
2.1.5. Agrégation et floculation .......................................................................................................................... 78
2.2. Lactococcus lactis NCDO 2118 .................................................................................................... 79
2.2.1. Présentation et quelques généralités ......................................................................................................... 79
2.2.2. Catabolisme des sucres et shift métabolique de L. lactis NCDO 2118 ..................................................... 80
[Link]. Devenir des sucres en amont du pyruvate ...................................................................................... 80
[Link]. Devenir du pyruvate ...................................................................................................................... 83
[Link]. Shift métabolique chez L. lactis NCDO 2118 ................................................................................ 85
2.2.3. Les mécanismes de réponses au stress chez L. lactis ............................................................................... 86
2.2.4. EPS et PS chez L. lactis ........................................................................................................................... 88
[Link]. Quelques définitions ...................................................................................................................... 88
[Link]. Rôle des EPS et intérêt .................................................................................................................. 89
[Link]. Structure et composition des exopolysaccharides. ......................................................................... 90
[Link]. Production d'EPS par les bactéries lactiques / voies de synthèse ................................................... 91
2.2.5. Propriétés d'adhésion................................................................................................................................ 94
[Link]. Composition de la paroi et état de surface, propriétés fonctionnelles ............................................ 94
[Link]. Facteurs favorisant l’adhésion chez L. lactis ................................................................................ 96
[Link]. Adhésion, biofilm, et croissance immobilisée ............................................................................... 97
CONCLUSION GENERALE ET PERSPECTIVES D’ETUDE ........................................................................................ 98
8
4 MODELISATION DES EFFETS DE MICROMELANGE................................................................................... 123
4.1. Présentation du modèle utilisé et de l’expérience de Dunlop ..................................................... 124
4.1.1. Expérience : mise en œuvre et résultats expérimentaux ......................................................................... 124
4.1.2. Modèle de micromélange ....................................................................................................................... 126
4.2. Simulation du couplage mélange – réaction biologique ............................................................. 128
4.3. Conclusion .................................................................................................................................. 131
5 CONCLUSION ......................................................................................................................................... 134
9
2.4. Conclusion .................................................................................................................................. 216
3 OBSERVATION DES CHAMPS INSTANTANES – APPROCHE PHENOMENOLOGIQUE .................................... 216
4 UTILISATION DE LA CFD POUR DECRIRE LES CONTRAINTES .................................................................. 220
4.1. Amplitude et distributions des contraintes – cartographie de l’écoulement ............................... 221
4.1.1. Représentativité des valeurs ................................................................................................................... 221
4.1.2. Dissipation ............................................................................................................................................. 223
4.1.3. Echelle de Kolmogorov .......................................................................................................................... 225
4.1.4. Contrainte de cisaillement ...................................................................................................................... 228
4.2. Suivi Lagrangien de particule : nature et fluctuation des contraintes ........................................ 229
4.2.1. Amplitude et fluctuation......................................................................................................................... 230
4.2.2. Nature des contraintes ............................................................................................................................ 233
5 APPLICATION AUX CULTURES DE LACTOCOCCUS LACTIS EN REACTEUR COUETTE ................................. 237
5.1. Effet des contraintes sur la taille des agrégats ........................................................................... 237
5.2. Contraintes, structure de l’écoulement et agrégation ................................................................. 240
5.2.1. Aspect quantitatif des contraintes ........................................................................................................... 240
5.2.2. Aspect qualitatif des contraintes............................................................................................................. 242
6 CONCLUSION ......................................................................................................................................... 243
10
1.1. Dosage des polysaccharides par la méthode à l’anthrone ......................................................... 283
1.2. Dosage des sucres et acides en HPLC ........................................................................................ 283
1.3. Dosage des protéines .................................................................................................................. 284
1.4. Quantification des polysaccharides par précipitation à l’éthanol .............................................. 284
11
12
NOMENCLATURE
Lettres latines
E paramètre d’incorporation
P puissance (W)
13
Ro rayon externe (m)
Lettres grecques
14
Ω vitesse de rotation (rad.s-1)
ν viscosité cinématique (
ABREVIATIONS
DO densité optique
EPS exopolysaccharides
15
LDH lactate déshydrogénase
16
INTRODUCTION
17
environnement. L’approche pluri-disciplinaire procédé / microbiologie / mécanique des
fluides permet d’envisager ces interactions de la façon la plus globale possible.
18
phénotype unique et filamenteux dans certaines conditions d’écoulement : les cellules
s’agrègent et forment une matrice.
Ces hypothèses seront discutées dans le dernier chapitre qui abordera le procédé du
point de vue de la mécanique des fluides. L’écoulement au sein du réacteur Couette, est
résolu par Simulation Numérique Directe { l’aide du code de calcul de mécanique des
fluides numérique FLUENT. L’intensité et la distribution des stress mécaniques sont
identifiées dans les différentes configurations d’écoulement. Cartographie et approche
Lagrangienne sont alors combinées pour étudier la dimension temporelle des
contraintes subies par les cellules. Ce chapitre permet donc d’établir un lien entre les
distributions des contraintes et de la dissipation et l’apparition de ce phénotype. Une
approche comparative est enfin développée dans le but d’établir une relation entre les
tailles caractéristiques des agrégats et les différentes conditions d’agitation.
Pour terminer, et en guise de conclusion, les principaux résultats de ces travaux sont
résumés et nous proposons quelques perspectives à cette étude.
19
20
BIBLIOGRAPHIE
Au-delà des constatations réalisées sur des cultures à grande échelle, les interactions
hydro-bio sont également mises en évidence lors de l’opération de réacteurs de
laboratoire. Systèmes d’agitation, localisation de l’injection de substrat, aération des
bioréacteurs ont une influence reconnue sur les performances biologiques, même à
l’échelle des réacteurs de laboratoire. Pour preuve l’utilisation de différents designs en
fonction du type cellulaire (bactéries, cellules animales, …) cultivé. Cependant, l’étude
de ces interactions est très souvent centrée sur la réponse biologique en elle-même et
peu de travaux se concentrent sur les paramètres physiques mis en jeux, se contentant
bien souvent de détailler les caractéristiques du bioréacteur (design, système
d’agitation) ou d’approcher les contraintes subies { une échelle qualifiée de
macroscopique. Ainsi par exemple, en ce qui concerne la problématique du mélange, de
nombreuses références se rapportent aux gradients de concentrations dans les gros
bioréacteurs, présentant une photographie lointaine de l’environnement cellulaire. Le
mélange comme les contraintes mécaniques subies sont bien souvent reliés à la
puissance totale dissipée dans le réacteur, ne rendant compte que très grossièrement
21
des conditions locales rencontrées par les cellules. Cependant, l’hydrodynamique d’un
bioréacteur agité et aéré est complexe et bien souvent très hétérogène. Dans ces
conditions, il devient donc évident que le recours à des paramètres globaux ne permet
pas de caractériser précisément la nature, l’amplitude et la fréquence des contraintes
exercées { l’échelle cellulaire. De plus, si les phénomènes physiques tels que mélange ou
cisaillement sont des mécanismes distincts selon l’approche phénoménologique, ils
dépendent de l’hydrodynamique et sont de ce fait difficiles { découpler.
Cette première partie de la revue bibliographique permet donc de définir les bases
requises concernant le procédé (aspects physiques) et la biomasse (aspect biologique)
afin de formuler des recommandations en vue de la constitution d’une expérience
modèle pour éclairer l’étude de ces interactions.
22
mécaniques. Mélange, transfert, contrainte dépendent de l’hydrodynamique au sein du
bioréacteur qui conditionne les distributions de valeurs du taux de dissipation de
l’énergie cinétique. On recense ainsi de nombreux travaux traitant des effets induits par
l'écoulement, souvent négatifs, sur des matériaux biologiques divers : cellules en
suspension (cellules animales (Barbouche et al.; Haut et al. 2003), bactériennes (Arnaud
et al. 1993; Sahoo et al. 2003), hématies, algues (Cussatlegras and Le Gal 2004) ou
biopolymères (protéines, polysaccharides) (Ashton et al. 2009; Hackney et al. 1994).
L’opération de bioréacteurs conduit { des interactions à différentes échelles et de
différente nature entre l’hydrodynamique et la réponse biologique.
En effet, le mouvement du fluide est { l’origine de différents stress potentiels pour des
cellules cultivées en bioréacteur :
Stress mécanique : il est issu des contraintes exercées par le fluide sur les
particules en suspension. Si les biomatériaux sensibles aux conditions
d'écoulement sont souvent qualifiés de sensibles au cisaillement, il
convient cependant de ne pas imputer les effets mécaniques au seul
cisaillement, mais aussi aux contraintes élongationnelles (Yim and
Shamlou 2000).
Néanmoins, il est très difficile dans la plupart des cas d'imputer la réponse biologique à
l'un ou l'autre de ces effets, ces deux stress étant couplés dans la plupart des
bioréacteurs. En effet, il est très difficile de concevoir des réacteurs pilotes dans lesquels
mélange et contraintes mécaniques sont clairement différenciés, puisque résultant du
même phénomène. Tout au mieux, il est possible de minimiser l’impact de l’un pour
étudier spécifiquement les effets de l’autre.
23
L'énergie dissipée lors de l'écoulement du fluide dans un bioréacteur constitue donc un
facteur de mélange et de contrainte pour les cellules (cisaillement, élongation), dans des
écoulements organisés ou non. Ces points seront développés dans la suite de ce premier
chapitre de bibliographie. L’interaction mélange - réaction sera illustrée après avoir
défini brièvement les mécanismes propres au mélange. Les concepts de base
nécessaires { la compréhension de l’aspect mécanique seront ensuite définis. Après
avoir mis en évidence les effets des contraintes d’origine mécanique sur des cellules,
celles-ci seront analysées { l’échelle de la population de cellules.
Il est important de souligner ici que ces effets sont fortement dépendant du temps
(fréquence et durée d'exposition au stress), ce qui fera l'objet d'une analyse plus fine
dans le second chapitre.
24
turbulente permet l’atténuation des fluctuations de vitesse, alors que le mélange
conduit lui { l’atténuation des fluctuations de concentration. La théorie de la turbulence
permet d’associer des tailles caractéristiques { chaque niveau de fluctuation. En ce qui
concerne les fluctuations d’énergie, on distingue alors la macro échelle de la turbulence,
constituée de gros tourbillons transportant une grande quantité d’énergie, qui sera
progressivement dissipée dans des structures tourbillonnaires de plus en plus petites,
jusqu’ à atteindre la micro échelle de Kolmogorov de taille caractéristique notée λk. Les
mécanismes de mélange dans les écoulements turbulents sont généralement
décomposés en trois étapes ayant lieu de manière simultanée (Baldyga and Bourne
2003). Les différents processus de mélange sont classés par leur niveau d’action (figure
I.2 reprise de Delafosse (2008) d'après Baldyga and Bourne (2003) et Baldyga et al.
(1997)). On distingue ainsi le macromélange, lié { l’écoulement moyen, le mésomélange
et le micromélange, liés aux fluctuations de l’écoulement turbulent.
25
micromélange par incorporation (engulfment) dépend de la dissipation de l’énergie
cinétique turbulente et de la viscosité du fluide considéré. Puis l'homogénéisation des
scalaires (disparition des gradients de concentration) à l'échelle moléculaire se produit
sous l’effet de la diffusion moléculaire. La diffusion moléculaire a lieu entre les couches
de la structure lamellaire issues du micromélange par incorporation. C’est le
micromélange qui est responsable du mélange intime des constituants, et donc, dans le
cas des bioréacteurs, de l’apport de substrat aux cellules. Le micromélange dissipe les
fluctuations jusqu'à l'uniformisation des concentrations à toutes les échelles.
La figure I.1 résume les échelles de tailles correspondant aux fluctuations d’énergie
cinétique et de concentration lors de phénomène de mélange turbulent.
Figure I.1 : Spectres de l’´energie cinétique E(σ) et des fluctuations de concentration G(σ), d’après
Delafosse (2008)
26
Figure I.2 : représentation schématique des mécanismes de mélange turbulent, d’après Baldyga et Bourne
repris de Delafosse (2008)
Les échelles de taille et de temps pour les différents mécanismes de mélange sont
résumées dans le tableau I.1. Ces formules s'appliquent pour des phénomènes de
27
turbulence homogène et isotrope. k représente l'énergie cinétique turbulente, ε la
dissipation de l'énergie cinétique turbulente. Dans le cas d'une turbulence homogène, la
dissipation de l’énergie est identique en tout point, on obtient donc P/ρV=ε et le temps
caractéristique devient tc= k/ε. L’échelle de taille caractéristique du mésomélange Lc est
difficile { prédire. Elle dépend de la turbulence et des caractéristiques de l’alimentation
(concentration, débit, localisation du point d’injection). Cependant, on l’assimile souvent
{ l’échelle intégrale de la turbulence Λ.
Mésomélange
Micromélange
Réduction de Micromélange par
Macromélange par
l’échelle diffusion
incorporation
intégrale
1
Echelle 1 1
tc
V LC 2 3 2 2
de
NQc N d 3 t S 2 tk t D 2 arcsin h 0.05
D
temps
1 1
Echelle 3
1 k2 3 4 D 2 4
de k B
taille 2
Ces différentes échelles sont directement liées aux propriétés de la turbulence. En effet,
l'écoulement turbulent est composé d'innombrables tourbillons, dont les échelles de
taille sont distribuées entre une taille maximale initiale (échelle intégrale) et une taille
minimale (échelle de Kolmogorov). Ils sont en interaction par la cascade de
Kolmogorov. Cette cascade suppose que les tourbillons les plus gros alimentent les
tailles inférieures en dissipant leur énergie cinétique (zone inertielle-convective),
jusqu’{ l’échelle de Kolmogorov au-del{ de laquelle l’énergie cinétique est entièrement
dissipée et convertie en chaleur par effets visqueux (zone visqueuse-convective).
La simultanéité de ces étapes, ainsi que leur interdépendance, rend délicate la mise en
cause de tel ou tel mécanisme pour expliquer un défaut de mélange. On remarque de
28
plus que le taux de dissipation de l’énergie cinétique ε est un paramètre permettant de
définir les échelles de taille et de temps du méso et du micro mélange.
Comme nous allons l’évoquer par la suite, les défauts de mélange, que ce soit { l’échelle
macro ou micro sont souvent observés lors de l’opération de bioréacteurs, menant ainsi
à des réactions opérées en régime hydrodynamique. Ces défauts de mélange peuvent
avoir lieu à différentes échelles plus ou moins interdépendantes.
Pour pouvoir incriminer l’un ou l’autre de ces phénomènes de mélange, on peut par
exemple recourir { l’utilisation de plusieurs points d’injection (Baldyga et al. 1997;
Baldyga and Pohorecki 1995). De ce fait, on diminue la taille des paquets de fluide
incorporés, et on diminue le temps de mésomélange. Si une amélioration du procédé est
constatée, un défaut de mésomélange est à incriminer : celui ci ne permet pas la
création de structures suffisamment petites. Si, au contraire, aucune amélioration n’est
observée, le micromélange est en cause : la réduction de la taille des paquets de fluide et
l’amélioration de leur dispersion ne corrigent pas le fait que le micromélange reste le
mécanisme limitant la rencontre des réactifs entre eux.
29
1.2.2. Modélisation du micromélange
Dans un bioréacteur, le mélange a donc pour fonction d'assurer une bonne répartition
des microorganismes dans le milieu de culture, de dissiper les gradients de température
et d'assurer une répartition homogène du/des substrat(s) dans tout le volume du
réacteur (Bryant 1977), tout en permettant l’évacuation de métabolites potentiellement
toxiques à terme pour la cellule. C'est sur un défaut concernant la répartition du
substrat que nous allons focaliser ce paragraphe.
Nombreux sont les exemples que l'on peut tirer de la littérature mettant en évidence
des défauts de mélange dans des bioréacteurs. Ces défauts de mélange, quantifiés via la
30
distribution des temps de séjour (DTS) pour les réacteurs continus ou la distribution
des temps de circulation (réacteurs ouverts), peuvent être observés :
Il existe aussi des moyens indirects, en constatant par exemple les conséquences d'un
mélange défectueux sur les performances d'un bioréacteur (apparition d'un
métabolisme « overflow » ou effet Crabtree ayant pour conséquence une diminution
significative des rendements de conversion). C'est le cas par exemple des travaux de
Bylund et ses collaborateurs sur la production de protéines recombinantes par E. coli
(Bylund et al. 1998; Enfors et al. 2001) ou des études sur des cultures fed-batch de
Saccharomyces cerevisiae (George et al. 1998; Larsson et al. 1996). Depuis les premiers
travaux mettant en cause des effets de mélange, de nombreuses études traitent de ce
sujet. L’objectif de la partie suivante n’est pas d’en faire une revue exhaustive mais de
montrer comment ces effets peuvent avoir lieu à différentes échelles.
De l’échelle industrielle…
Leib et al. (2001) fournissent à travers une revue une description assez complète des
différents challenges liés au mélange à l'échelle des bioréacteurs. Si, de manière
31
générale, le défaut de mélange n'est pas critique pour des fermentations à haute valeur
ajoutée et faible volume réactionnel, l'impact économique peut se révéler très
important pour des grosses productions à faible valeur ajoutée, comme pour la
production de levure de boulangerie par exemple. En effet, les défauts de mélange vont
en s'empirant avec le scale up des bioréacteurs : le temps de macromélange augmente
(maintien de la puissance dissipée par unité de volume et diminution de la vitesse
d’agitation) alors que celui de la réaction d’assimilation du substrat peut être considéré
comme constant.
Figure I.3 : Champs de concentration en glucose obtenu par simulation LES (Large Eddy Simulation) dans
un bioréacteur de 22 m3 alimenté en glucose { 500 g/L au taux de 180 L/h, d’après Enfors et al., 2000.
32
Les cellules étant mises en circulation dans le bioréacteur, elles vont donc être
confrontées, au gré de leur cheminement, à des concentrations en substrat pouvant
varier considérablement, avec des conséquences potentiellement très négatives sur le
rendement de la bioréaction. Agger et al. (2001) ont étudié la production d'amylase par
un champignon filamenteux. Cette enzyme est produite lorsque la concentration en
glucose n'excède par 10 g/L, la quantité produite étant proportionnelle à la biomasse
présente. Lors du scale up du procédé, ils rapportent néanmoins que la production
d'enzyme lors de fermentations réalisées à forte concentration cellulaire dans un
réacteur continu est presque nulle : la très grande viscosité du milieu de culture à ces
concentrations cellulaires rend quasiment impossible le mélange rapide du substrat, de
ce fait, les cellules circulent dans une alternance de zones à forte concentration, au
voisinage de l’alimentation, et { faible concentration dans le reste du bioréacteur. Dans
ce cas précis, le temps de résidence dans des zones à forte concentration est suffisant
pour que la répression de l'enzyme puisse s'effectuer. Si les cellules circulent dans des
zones où la concentration locale en substrat est largement supérieure à la concentration
moyenne, elles peuvent également se retrouver dans des zones où ce dernier est
largement limitant, avec les mêmes effets délétères. Citons par exemple la perte
irréversible d'un plasmide, causée par une limitation en substrat dans le cas de la
production d'antibiotiques.
L'impact négatif de ce type de gradients est aussi déploré lors de la culture de levures
(Namdev et al. 1992), où le passage dans des zones très concentrées en substrat
entraîne une répression catabolique du métabolisme et de ce fait, diminue le rendement
de bioréaction (Dunlop and Ye 1990).
Outre une adaptation à un stress maintenu constant, les cellules peuvent aussi répondre
{ une contrainte fluctuante. C’est ce qu’ont montré Lin and Neubauer (2000) sur des
cultures semi continues de E. coli recombinantes. L’alimentation est constante ou
réalisée avec deux niveaux d’oscillation, faible (0,25/min) ou élevé (1/min). Dans le cas
d’une alimentation constante ou { faible fréquence de fluctuation, la croissance de
cellules sans plasmide est favorisée alors que des fluctuations plus rapprochées
conduisent à privilégier la croissance de cellules possédant le plasmide. Ces expériences
33
témoignent de la sensibilité des cellules à des perturbations répétées ayant pour temps
caractéristique la minute. Hewitt et al. (2000) ont obtenu des résultats similaires sur
des cultures fed-batch de E. coli : des perturbations fluctuantes ont pour effet une
production de biomasse plus faible mais de viabilité supérieure, indiquant que la cellule
fournit une réponse adaptative à une perturbation fluctuante.
34
concernant la physiologie cellulaire ne sont pas détaillés ici et nous nous contentons de
rapporter des observations.
… à l’échelle laboratoire
35
Al-Homoud and Hondzo (2008) et Hondzo and Al-Homoud (2007) dans un tout autre
domaine d'application (i.e. la description des écosystèmes marins, dans lesquels la
dissipation d’énergie est très faible, ε environ 10-7 m².s-3), se sont aussi penchés sur
l'influence des paramètres du micromélange sur des cultures bactériennes. Comme
expliqué précédemment dans la partie consacrée aux mécanismes de mélange, le taux
de dissipation de l'énergie cinétique turbulente (ε) est un paramètre clé définissant la
taille des plus petits tourbillons, conditionnant par conséquent l'épaisseur de la couche
au delà de laquelle seule la diffusion moléculaire permet l'apport du substrat à la cellule.
Afin d'étudier les effets du taux de dissipation de l'énergie cinétique turbulente sur les
performances biologiques, ces auteurs ont réalisé des cultures de E. coli dans un
réacteur avec une turbulence de grille, permettant une dissipation très homogène, dans
des conditions batch afin d’éviter l'apparition d'un quelconque gradient macroscopique.
Ils ont alors observé que la demande biologique en oxygène (soit l'oxygène requis pour
le bon fonctionnement du métabolisme microbien) est fonction de ε (varie entre 0,6.10-6
et 46,3.10-6 m².s-3). Autrement dit, plus la dissipation autour des cellules est importante,
plus celles-ci vont consommer rapidement leur substrat carboné, entrainant alors une
demande accrue en oxygène pour leur métabolisme oxydatif. Cette étude montre le lien
étroit entre mélange à l'échelle cellulaire et assimilation du substrat, bien qu'il soit
encore couramment considéré qu'une fois le macromélange réalisé, il n'y a plus aucun
frein à l'assimilation du substrat par les cellules. Ainsi, même une très faible dissipation
suffit à diminuer la diffusion de substrat vers les cellules. Le phénomène de mélange à
l’échelle cellulaire pourrait s’avérer plus critique qu’il n’y parait puisqu’en effet, (1999a;
Ferenci 1999b) a montré qu’une cellule adaptée { une limitation en substrat était
ponctuellement capable d’assimiler une sur-quantité de substrat pourvu que celui-ci lui
soit apporté.
Enfin, Garcia et al. (2009) ont montré, grâce à une construction plasmidique (insertion
d’un promoteur d'une enzyme sensible à une limitation sévère en O2 dans un plasmide
codant pour une protéine fluorescente, la GFP) capable de rapporter d'éventuelles
limitations en oxygène, qu'il existait une limitation en O2 même dans des réacteurs de
laboratoire aérés « parfaitement mélangés ». Pour cela, la bactérie E. coli a été cultivée à
36
très forte concentration dans des réacteurs de laboratoire (V. Utile 4 L) agités avec une
vitesse de rotation de 400 RPM avec des agitateurs munis de 1 ou 4 mobiles d’agitation.
Les résultats montrent, qu'à profils de croissance et tension en oxygène dissous
identiques, les cultures réalisées avec un seul agitateur sont bien plus fluorescentes que
celles réalisées avec les 4, témoignant ainsi d'une limitation en oxygène induite par le
micromélange à l'échelle de la cellule. Ces résultats corroborent ceux de Akiti (Akiti O.
and Armenante P. M. 2004) qui, par une méthode chimique, ont montré que l'efficacité
du micromélange peut varier de façon significative d'un réacteur de laboratoire à un
autre. Bien que macroscopiquement bien mélangés, ces réacteurs peuvent néanmoins
présenter des défauts de mélange aux échelles plus petites qu’il conviendra de prendre
en compte.
Cas général
Ainsi, les cellules circulant dans des bioréacteurs peuvent être confrontées à plusieurs
types de fluctuations :
37
performances et comportement cellulaire à l'intensité de la perturbation en terme de
fréquence et d'amplitude. Citons par exemple ici les travaux de Schweder et al. (1999)
qui ont montré une réponse au niveau de la transcription des gènes liés au stress, à
l'échelle de la seconde, chez E. coli cultivé dans des réacteurs industriels et scale down. Il
faut noter ici que l'exposition à des fluctuations répétées peut, elle aussi, induire à terme
des modifications physiologiques, comme par exemple la capacité des cellules à
répondre plus ou moins rapidement à un stress (mécanismes d’adaptation cellulaire).
En revanche, si au vu des études citées précédemment, il semble y avoir un effet du
mélange à l'échelle de la cellule sur la réaction biologique, ces effets sont encore peu
étudiés et leur importance mal définie.
38
échelles de temps caractéristiques pour le mélange et la réaction permet généralement
de définir le régime du procédé : régime chimique contrôlé par la réaction ou régime
hydrodynamique contrôlé par le mélange. Si cette démarche a largement fait ses
preuves dans le domaine des réactions chimiques, elle est néanmoins plus difficile à
mettre en place pour des bioréactions. En effet, s’il est aisé de considérer un temps
caractéristique de réaction dans le domaine du génie chimique, quel temps considérer
pour une cellule microbienne ? La figure I.4 illustre { titre d’exemple les différents
niveaux de réponse bactérienne et les temps caractéristiques associés.
Figure I.4 – Ordre de grandeur des temps de relaxation des microorganismes (Bailey and Ollis 1986)
39
croissance cellulaire dans son ensemble? Ou encore, comme pour le cas
de l'amylase produite par Aspergillus cité plus haut, les temps d'induction
(de la répression) et de relaxation? Si les temps de génération cellulaire et
de consommation de substrat sont faciles d'accès par des dosages
simples, il est bien plus compliqué d'évaluer proprement des temps
d'induction de phénomène ou d'assimilation de substrat, malgré les
avancées réalisées récemment dans le domaine de l'étude des voies
métaboliques. Il existe bien sûr des mécanismes biologiques dont les
temps caractéristiques sont bien plus petits que ceux de la consommation
de substrat ou encore de la croissance. L'étude de Schweder et al. (1999)
fait état par exemple de l'induction d'une réponse transcriptomique à un
stress à l'échelle de la seconde.
Yim and Shamlou (2000) définissent ainsi les contraintes s'exerçant sur des particules
en suspension dans un bioréacteur :
40
1.3.1. Quelles sont les contraintes hydrodynamiques en bioréacteurs
Les particules en suspension, à condition que leur densité ne soit pas très différente de
celle du fluide, suivent le mouvement de ce dernier. Elles sont alors soumises à des
contraintes résultant des efforts exercés par le fluide en mouvement. Ces contraintes
peuvent être définies de façon globale ou plus précisément en calculant leurs
composantes dans chacune des directions du repère. Pour comprendre comment ces
contraintes peuvent interagir avec les particules, il convient de considérer les
propriétés rhéomécaniques de ces dernières, l'échelle des contraintes « principale »
étant celles apparaissant à l'échelle locale, soit celle de la particule considérée.
41
leur intensité, leur niveau de fluctuation et la durée d'exposition des cellules à ces
contraintes.
u dp '²
G Eq I.1
dp
G Eq I.2
t u dp '² Eq I.3
où u '² dp est la vitesse quadratique moyenne, dont l'expression dépend de la zone dans
Il faut pour cela revenir à la théorie de la turbulence, déjà abordée dans la partie
consacrée au mélange. La théorie de Kolmogorov concernant les écoulements
turbulents suppose toute une cascade de dissipation d'énergie, des grandes échelles
(zone inertielle) aux plus petites (zone de dissipation visqueuse). La micro échelle de
Kolmogorov détermine la nature des contraintes hydrodynamiques auxquelles sont
soumises les cellules de diamètre dp en fonction de leur taille.
42
Zone inertielle dp >> λ k
Pour des particules de taille supérieure { λK, les forces s'exerçant sur les particules
résultent de la dissipation d'énergie dans la zone inertielle. Les particules subissent
alors majoritairement des contraintes turbulentes : fluctuations rapides de pression sur
la surface, entraînant compression, élongation et étirement intenses. L'équation du
gradient de vitesse peut s'exprimer en fonction d'une constante C, du taux de
dissipation de l’énergie cinétique turbulente et du diamètre de la particule :
1
u dp '² 3
C1 Eq I.4
dp d ²
p
1,9 d
u' 2dp
2
p
2
3 Eq I.5
Pour des particules de taille inférieure, ce sont les contraintes de déformation issues du
mouvement des plus petits tourbillons (zone de dissipation visqueuse) qui dominent. Le
gradient de vitesse devient :
1
u '2dp Cv 2
Eq I.6
dp 2
43
4
avec Cv
15
u ' 2dp
0,365 Eq I.7
dp
Cas général :
Ces définitions de la contrainte subie par une particule dans la zone de dissipation
visqueuse ne considèrent qu'une contrainte visqueuse. (Schügerl et al. 2000) suggère
qu'à cette échelle, une contrainte dynamique globale, incluant les effets de la turbulence
peut être aussi calculée, dont l'expression est donnée ici:
t 0,0676 d p2 Eq I.8
Pour les particules situées dans la zone de dissipation inertielle convective, la contrainte
turbulente est ainsi exprimée :
t 1,9 d p 3
2
Eq I.9
a
t dp
A Eq I.10
t
44
Les constantes a et A dépendant de l'échelle turbulente considérée t et trois zones sont
ici considérées :
Ainsi, la comparaison entre la taille des particules considérées et celle des tourbillons
indique quelle zone est déterminante pour la définition des contraintes. Cette zone
dépend alors de la dissipation d'énergie et de la taille des particules. Ainsi, plus la
particule est grande devant l'échelle de la turbulence, plus les contraintes auxquelles
elles sont soumises seront importantes et intenses.
45
Quelle que soit l'approche adoptée (contraintes turbulentes ou contraintes visqueuses),
la contrainte hydrodynamique subie par les particules en suspension dans un
écoulement est proportionnelle au taux de dissipation de l'énergie cinétique ε.
46
un écoulement hétérogène et enregistrant les fluctuations vues. C’est
l’approche qui permet d’intégrer les effets d’histoire, et qui est
développée lors du suivi de particules lancées dans un écoulement.
du du dv du dw
p 2
dx dy dy dz dx
dv du dv dv dw
S vij p 2
dx dy dy dx dy
du dw dv dw dw
p 2
dz dx dz dy dz
47
Le tenseur des contraintes turbulentes contient les termes liés aux fluctuations de
vitesses. Il a la dimension d’une contrainte et, bien qu’il représente l’accélération
convective, il est couramment nommé ‘contrainte’ (White 2002).
Ces tenseurs sont des matrices symétriques, l'extraction des termes de la matrice
permet de définir les contraintes s'exerçant sur une surface. On distingue alors :
Dans les bioréacteurs de type cuve agitée, le cisaillement est bien entendu bien plus
intense à proximité de l'agitateur. Pour le cas de réacteurs aérés, outre les contraintes
liées à l'écoulement turbulent ou aux déformations visqueuses, les auteurs ont proposé
que les contraintes liées à l'éclatement des bulles est lui aussi très important et devient
la cause majeure de stress pour les cellules (Yim and Shamlou)
48
Pour toute déformation appliquée à un corps solide élastique, la réponse (contrainte)
sera proportionnelle à la déformation qui est réversible, linéaire et immédiate.
a Ec Eq I.11
c Gc Eq I.12
d
Eq I.13
dt
La plupart des matériaux biologiques sont en réalité viscoélastiques (Yim and Shamlou
2000): la relation contrainte-déformation dépend du temps et l'objet, de part ses
propriétés élastiques, peut se relaxer c'est à dire retourner à l'état natif. Ainsi, au cours
du temps, chaque déformation induit une contrainte sur le solide, pouvant s'additionner
entre elles si leur fréquence (1/t) d'apparition est telle que l'objet n'a pas le temps de
relaxer.
49
du x d
Eq I.14
dy dt Gc
du x
représente la déformation globale [s-1] causée par une contrainte [Pa] et [Pa.s]
dy
correspond à la viscosité.
La constante élastique t e [s] est donc : t e
Gc
te
De
tp
Si le temps de la contrainte est très petit, donc De élevé, ce sont les contraintes
élastiques qui vont dominer, résultant en des contraintes élongationnelles (allongement
du solide).
Si au contraire, la durée de la contrainte est élevée, ce sont les propriétés visqueuses qui
vont dominer, et donc un stress lié à du cisaillement, résultant en la réécriture de
l'équation I.14 :
du x
Eq I.15
dy
Force est de constater que dans la plupart des bioréacteurs, l'écoulement est tellement
hétérogène que bien souvent, les termes élastiques et visqueux sont à considérer.
Outre la déformation, tout solide soumis à une contrainte peut également se rompre. La
figure I.6 issue de (Yim and Shamlou 2000) résume les valeurs estimées d'efforts
50
nécessaires à la rupture d'une particule biologique (ce terme a la dimension d'un couple
exercé sur une surface).
Figure I.6 d’après (Yim and Shamlou 2000): estimation de la contrainte minimum nécessaire à la rupture
de la bioparticule considérée
une rupture (si cette force est supérieure aux forces cohésives)
51
d'exposition est grande devant le temps de relaxation, la structure
reprendra sa forme initiale. Dans le cas contraire, si la fréquence
d'exposition est petite devant le temps de relaxation (i.e. la structure n'a
pas le temps de reprendre sa forme initiale), la contrainte peut conduire à
une déformation permanente ou à une rupture.
Les cellules, tout comme leurs constituants, présentent des propriétés élastiques et
viscoélastiques, c’est pourquoi nous allons tout d’abord nous intéresser ici aux
propriétés rhéologiques et biomécaniques des membranes et des bio-polymères. De
manière générale, la biophysique s'intéresse beaucoup aux propriétés mécaniques des
tissus et membranes biologiques, ainsi que des constituants cellulaires tels le
cytoplasme, dont nous ne citerons que quelques exemples ici. Le peptidoglycane,
constituant majoritaire de la paroi bactérienne, possède de fortes capacités d'étirement,
allant jusqu'à 400 % lorsqu'il est soumis à un stress (Needham et al, 1991, rapporté par
(Yim and Shamlou 2000). Les propriétés mécaniques des bi-couches phospholipidiques
52
ont elles aussi été largement étudiées (Janmey and Kinnunen 2006). Dans un tout autre
registre, les brins d'ADN soumis à une contrainte élongationnelle peuvent doubler leur
longueur avant de rompre (Odell and Taylor 1994).
En conséquence et d'un point de vue purement physique, les cellules, au sens large,
(membrane et composés intracellulaires) peuvent se déformer ou rompre selon le
niveau de contrainte exercée. Le cas des hématies, dont les propriétés élastiques leur
permettent de se déformer suite à des contraintes induites par des fluides, peut être
rapporté ici. De nombreuses études s'attachent en effet à décrire leur comportement
dans les écoulements sanguins : leur déformation permet le passage dans de petits
capillaires sanguins et leur agrégation sous les effets des contraintes mécaniques, est
critique pour la santé.
Cependant, la membrane externe des cellules, sensible aux contraintes mécaniques, est
constituée d'un réseau organisé de polymères : peptidoglycane, double couche
phospholipidique... Etant donné que l'activité physiologique réalisée à la paroi est très
variée, les composés de la membrane et leurs propriétés mécaniques sont très
hétérogènes et cette dernière est loin de constituer une surface uniforme, complexifiant
de ce fait un peu plus l'étude des interactions milieu environnant – membrane et
rendant encore un peu plus compliquée la prédiction des propriétés mécaniques de la
paroi extérieure. De plus, des changements dans la structure de ce réseau peuvent être
induits par des contraintes extérieures, telles celles exercées par l'écoulement du fluide.
53
interaction avec le milieu de culture et effet de la concentration cellulaire pour le
rhéomètre. Cependant, quelques articles font état de propriétés rhéologiques pour des
cellules bactériennes : on trouve dans la littérature (Rotsch et al, Investigating living
cells) par exemple une valeur du module de Young allant de 0,5 à 200 kPa pour des
bactéries. Des études similaires ont été menées pour des bactéries organisées en
biofilms. De plus, la surface des cellules bactériennes est décorée de nombreux
polymères, protéines, polysaccharides, lipopolysaccharides… qui interfèrent également
avec les propriétés mécaniques et d’adhésion des cellules.
Les cellules peuvent également présenter une élasticité anisotrope, c'est à dire que la
résistance aux stress tels l'étirement est variable en fonction de la direction.
L'anelasticité est induite par le stress et requiert de l'énergie dissipée sous forme de
chaleur. La membrane est ainsi localement fragilisée, entraînant une modification de ses
propriétés élastiques. De plus, la modification de la forme des cellules sous l'effet des
contraintes liées à l'écoulement (principalement l'élongation) rend cette étude encore
plus difficile puisque la surface cellulaire exposée au stress s'en trouve modifiée, sans
compter que la dissipation de l'énergie sous forme de chaleur, peut modifier et fragiliser
la structure des cellules. Du fait de l'anelasticité, les cellules cultivées dans un
bioréacteur, qui n'ont par conséquent pas toutes la même orientation par rapport à
l'écoulement, peuvent présenter une réponse au stress faussement dépendante du
temps, le temps justement que toutes les cellules soient passées par l'orientation les
rendant les plus sensibles.
54
N’oublions pas que dans un ensemble de particules dans un écoulement, elles peuvent
interagir aussi entre elles : suite aux rencontres et autres collisions provoquées par
l’écoulement, certaines cellules ont la possibilité d’adhérer entre elles et de former un
agrégat.
Les théories DLVO (initialement formulée par Derjaguine, Landau, Verwey, Overbeek
dans les années 1940) et DVLO étendue par van Oss et ses collaborateurs (prenant en
compte les interactions électrostatiques), issues de la physico-chimie des colloïdes,
permettent de décrire le comportement de particules en suspension et leurs
interactions. Dans le cas d’interactions entre deux bioparticules, il convient de
considérer également les interactions stériques, type d’interaction intervenant en la
présence de macromolécules. Adsorbées ou fixées à la surface des particules, ces
macromolécules peuvent modifier charge de surface et affinité desdites particules ou
conduire { un encombrement stérique, empêchant le rapprochement. L’interaction, {
priori répulsive, peut être attractive si les polymères parviennent { s’accrocher entre
eux, c’est le phénomène de pontage.
Ces considérations sont résumées dans la théorie DLVO mais la réalité est plus
complexe. Les deux particules en interaction peuvent se déformer et entrent alors en
jeu les effets plastiques et élastiques, de plus, dans le cas d’interaction dans un
écoulement, il convient de tenir compte des forces liées à cet écoulement.
55
Les flocs résultant de processus d’agrégation ont généralement une dimension fractale,
la croissance des agrégats donnant lieu à des courbes de distribution de taille
caractéristique présentant plusieurs pics : distributions modales.
[Link]. Effets des contraintes liées à l’écoulement sur des cellules en suspension
La théorie suppose que les cellules subissent les contraintes hydrodynamiques les plus
importantes si leur taille est similaire à celle de la taille des tourbillons du domaine de
dissipation inertielle convective. Cela implique que les cellules concernées soient de
taille supérieure { l'échelle de Kolmogorov (λk) précédemment définie. Cependant, il
existe bel et bien des contraintes qui s'exercent sur des cellules de taille inférieure { λ k
(Nienow 2006) : celles-ci, sans être immédiatement détruites sous l'effet des
contraintes turbulentes (cas de particules de taille supérieure à l'échelle de Kolmogorov
et donc subissant un phénomène de rupture instantané si les forces rencontrées sont
supérieures à leur force de cohésion), peuvent fournir une réponse physiologique plus
subtile que la simple et immédiate destruction sous l'effet des contraintes (zone
inertielle : déformation ou rupture). Ainsi, les cellules peuvent fournir une réponse plus
modérée lorsqu’elles sont dans la zone de dissipation visqueuse.
Très peu d'études concernent les effets des contraintes hydrodynamiques (de l'ordre de
celles rencontrées habituellement dans les bioréacteurs) sur des cellules bactériennes,
et le peu qui le font ne relèvent que peu d'effet sur la physiologie. Cela s'explique
56
probablement par le fait que, contrairement aux cellules animales, celles ci sont bien
plus résistantes aux contraintes subies dans les gammes habituelles et les hécatombes
liées à de trop fortes contraintes mécaniques ne sont généralement pas à déplorer dans
le cas de cultures bactériennes. Néanmoins, sans être soumises à des stress létaux, la
physiologie de la cellule comme la structure de ses composants peuvent être affectés.
Sahoo et al. (2003) ont étudié l’influence du cisaillement sur des cultures de Bacillus
subtilis en réacteur Couette alimenté en oxygène via le cylindre interne (membrane
perméable { l’oxygène). Ils ont noté une diminution de la taille des cellules, une
augmentation du taux de croissance et de la concentration cellulaire finale pour des
cultures réalisées avec un taux de cisaillement de 1480 s-1 comparé à une culture
témoin, réalisée en fiole agitée pour lesquelles le cisaillement est estimé à 0,028 s -1 (soit
une contrainte de cisaillement exercée sur la cellule de 2,8 x10-5 N.m-2). Ces
observations sont complétées par des mesures de l’activité spécifique de deux enzymes,
catalase intracellulaire et protéase, qui témoignent de l’intensification de l’activité
cellulaire. Une réponse génétique a aussi été remarquée au niveau de la transcription
d’un facteur de stress : le facteur sigma B dont l’expression est contrôlée par la présence
d’espèces oxydantes { l’intérieur de la cellule. La réponse au stress de cisaillement au
niveau génétique est donc exprimée via le niveau de stress oxydatif. Il est nécessaire de
faire remarquer ici que le kla peut lui aussi être modifié par ces mêmes paramètres qui
font varier le cisaillement, ainsi, une augmentation de la vitesse de rotation aura aussi
pour conséquence une amélioration du transfert d’oxygène dans le milieu et sera donc
potentiellement source de stress oxydatif.
Les observations de Sahoo et al. (2003) sont partiellement contraires aux conclusions
de Arnaud et al. (1993), pour qui le cisaillement plus élevé entraîne une augmentation
de la taille des cellules. Cependant, elles démontrent clairement une réponse
bactérienne à la contrainte hydrodynamique imposée.
Hewitt et al. (2000; 1999) ont travaillé sur des cultures de Escherichia coli soumises à
des niveaux d'agitation et d'aération largement supérieurs à ceux habituellement
57
pratiqués dans les bioréacteurs, exposant donc les cellules à de fortes contraintes. A la
différence des conclusions de Wase and Patel (1985) pour qui une forte agitation
entraîne l'augmentation du volume intracellulaire pour équilibrer les pressions
osmotiques, leurs résultats vont dans le sens de l'indifférence des bactéries vis à vis des
contraintes mécaniques. Pour la plupart des conditions d'aération et d'agitation, les
paramètres intrinsèques de la cellule, observés par cytométrie en flux, ne sont pas
affectés : taille, potentiel membranaire et structure cellulaire. Ils remarquent cependant
que pour de fortes agitations, la couche de polysaccharide est arrachée (visualisation au
Microscope à Transmission Electronique TEM).
Smith et Greenfield (Barbouche 2008) ont noté une augmentation du flux glycolytique
parallèlement { l’augmentation des contraintes hydrodynamiques sur des hybridomes
(cellule animale). De même, Confer and Logan (1991) remarquent que l’assimilation de
macromolécules comme le dextrane ou la BSA (Bovine Serum Albumin) est favorisée
par le cisaillement (taux de cisaillement de l’ordre de 200 s-1) chez E. coli et Zoogloea
ramigera. En effet, l’agitation conduit { une augmentation de l’assimilation bien
supérieure { celle liée { l’amélioration du transfert de matière résultant de
l’amélioration du mélange par l’agitation.
58
l’agrégation et de l’arrangement entre cellules (Trichoderma viride, Sphaerotilus natans),
modifications morphologiques (Penicillinum chrysogenum) et diminution de l’activité
biologique (Brevibacterium flavum) suite à l’augmentation de la turbulence
(turbohypobiosis).
Enfin, les travaux de Cussatlegras and Le Gal (2004) montrent que les cellules du
dinoflagellé Pyrocystis noctiluca, sont elles aussi sensibles à la turbulence. Cultivées
dans un réacteur Couette dans des régimes transitoires et laminaires, leur fluorescence
est bien moins importante que lorsqu’elles sont dans des conditions turbulentes ou
suite { un changement brusque de l’écoulement dans lequel elles sont placées.
59
trouve de nombreuses études de l'interaction entre fluide et structure biologique
déformable (Alpkvist and Klapper 2007) ; Duddu et al., 2008; Zhang et al., 2000; Zhu
and Peskin, 2007). (Janmey and Kinnunen 2006) proposent une revue de travaux sur
des membranes phospholipidiques. Les propriétés biophysiques des membranes leur
permettent des déformations, qui seront 'vues' par les protéines transmembranaires. La
tension exercée sur une membrane peut induire une réponse enzymatique au stress, et
affecter les propriétés de transport des canaux transmembranaires. Ainsi, l’induction de
la synthèse de fructanes (EPS) peut être liée à une pression sur la membrane chez
certains lactobacilles (Schwab and Ganzle 2006), ces molécules constituant une
protection pour la membrane.
A la frontière entre biologie et biophysique, Lau et ses collaborateurs (Lau et al. 2009)
ont montré que des modifications dans la structure de la capsule polysaccharidique de
Pseudomonas aeruginosa affecte de façon significative les propriétés d'adhésion de la
cellule, ainsi que les propriétés de cohésion et viscoélastiques du biofilm. Ainsi, une
modification dans la composition du lipopolysaccharide (qui, dans cette étude avait une
origine génétique) entraîne des modifications conséquentes des propriétés mécaniques
de la cellule.
60
des travaux mettant en avant des modifications structurelles des biopolymères dans des
écoulements (Pelletier et al. 2001; Priebe et al. 2010).
D’autre part, leur forme peut être modelée par l’écoulement. Besemer et al. (2007) ont
étudié la croissance de biofilms sous différents régimes d'écoulement. Ils ont montré
que le biofilm était ainsi sculpté et modelé au cours de sa croissance par le flux. La
croissance d'un biofilm dans un écoulement laminaire ne privilégie aucune direction. En
régimes transitoires et turbulents apparaissent des fils (streamers) et la surface
présente des arêtes, orientées par le courant (Puervforj 2002). Dans des écoulements
réguliers (contrainte unidirectionnelle), les biofilms tendent à s'allonger. En effet, les
cellules tendent à s'orienter dans l'écoulement de façon à minimiser les contraintes
subies. Ainsi, la sculpture de la forme du biofilm par l'écoulement permettrait aux
cellules agrégées une organisation réduisant les efforts et contraintes auxquelles elles
sont soumises (Taherzadeh et al. 2010). Un biofilm cultivé sous des contraintes fortes
sera par conséquent moins épais que celui développé en régime laminaire (Battin et al.
2003).
61
Les propriétés rhéomécaniques des biofilms ont elles aussi été l’objet de beaucoup
d’attention. Les travaux de Stoodley et al. (2002) par exemple, visent à étudier les
propriétés viscoélastiques des biofilms de Pseudomonas aeruginosa, par le suivi de la
déformation du biofilm en fonction des contraintes de cisaillement appliquées. On
observe un comportement élastique pour des stress de quelques secondes, et au delà,
un comportement visqueux (et linéaire...). C'est la matrice polymérique qui contrôle les
forces de cohésion. Par analogie avec les observations en couette, en écoulement
tourbillonnaire, les agrégats restent dans la structure un temps suffisamment long pour
que les propriétés visqueuses dominent, d'où la déformation – ici allongement -, alors
que dans le régime turbulent, la contrainte n'est pas assez longue et donc, les propriétés
élastiques dominent, avec retour à l'état initial rapidement. De plus, de fortes
contraintes turbulentes provoquent rupture et petits agrégats. En ce qui concerne l'effet
de l'intensité de la contrainte sur la forme du biofilm, celle ci doit être suffisamment
importante pour induire une déformation, les biofilms cultivés sous de faibles
contraintes ne forment pas de filaments mais de petits monticules. Ces observations
sont à rapprocher du comportement d'un fluide à seuil d'écoulement. Dans des cas de
contraintes extrêmes, on observe un détachement et la rupture du biofilm.
Si, comme nous l’avons précédemment évoqué, le terme de biofilm se réfère { des
populations de cellules adhérées à une surface, le terme de « streamers » ou « bacterial
streamers » est utilisé pour décrire une structure filamenteuse en suspension dans un
écoulement. Il s’agit de populations mixtes ou pures, observées { l’origine dans les
écosystèmes naturels (lit des rivières ou des torrents), et rapportées dans des
écoulements turbulents en laboratoire (Stoodley et al. 1998). L’équipe de Howard Stone
(Rusconi et al. 2009) a reproduit ce phénotype dans des micro-canaux en conditions
laminaires, à des vitesses de fluides allant de 0,2 à 1 mm/s, soit très lent par rapport aux
vitesses instantanées observées en bioréacteurs. Néanmoins, leurs travaux fournissent
d’importants renseignements concernant la formation et l’organisation de telles
structures en rapport avec l’écoulement. Tout d’abord, ces streamers se situent au
centre des canaux, se rattachant aux seules arêtes internes qu’ils rencontrent (figure
62
I.7), et n’apparaissent jamais dans des écoulements rectilignes. La localisation
particulière est liée à une accumulation de la biomasse à cet endroit précis.
Le filament (apparition après 6 à 7 h), d’abord constitué d’un petit nombre de cellules
emprisonnées dans une matrice polymérique, croit ensuite très rapidement (environ
1h) avec l’adhésion de cellules sur la matrice déj{ formée. La matrice constitue un
élément essentiel à la formation du streamer, formation d’autant plus rapide que la
concentration cellulaire est importante.
Dans les écoulements turbulents, le streamer est lui aussi { l’origine de perturbations de
l’écoulement avec la formation de vortex de Karman, engendrant la cause même de son
mouvement oscillatoire (Taherzadeh et al. 2010) (figure I.8).
63
Figure I.8 d’après Taherzadeh et al. (2010) : perturbation de l’écoulement par un streamer
64
1.4.1. Du phénotype au génotype
Tous ces mécanismes sont fortement imbriqués et le chemin menant d’une contrainte {
sa manifestation phénotypique est parfois compliqué, la réponse globale de la cellule
étant très certainement le résultat de la combinaison entre des facteurs physiques et
biologiques.
65
métabolique de L. lactis qui sera évoqué par la suite ou du métabolisme
overflow chez E. coli : un déséquilibre dans la concentration cellulaire de
certains métabolites oriente les flux métaboliques, inhibant ou au
contraire activant l’activité d’enzymes déj{ présentes et actives.
Dunlop et ses collaborateurs (Dunlop et al. 1994; Namdev and Dunlop 1995),
pressentent l'existence de protéines de stress, qui sont exprimées par des cellules à des
fins de protection vis-à-vis des stress subis (conditions environnementales non
optimales).
Le cas de la répression catabolique fait partie des réponses génétiques. Elle implique
des protéines régulatrices CcpA (Catabolite control protein A) faisant office de
régulateur transcriptionnel et se liant sur des sites (cre) localisés en amont, { l’intérieur
ou en aval des promoteurs des gènes cataboliques, entraînant ainsi soit l’activation, la
répression ou l’avortement de la transcription. Si CcpA est le régulateur principal
impliqué dans la répression catabolique, d’autres régulateurs transcriptionnels jouent
également un rôle important dans le contrôle de l’expression des gènes cataboliques.
66
Tout comme CcpA, ils peuvent agir sur la transcription de façon différente en la
réprimant, en l’activant ou en empêchant la terminaison de la transcription.
L’induction de la réponse adaptative chez L. lactis ssp. cremoris NCDO 712 augmente le
taux de survie de la bactérie lorsqu’elle est soumise { un stress acide sévère mais la
protège également contre d’autres stress, thermique, oxydatif, osmotique (O'Sullivan
and Condon 1997). La réciproque n’est pas vraie sauf pour le choc thermique qui
confère la résistance au stress acide. D’autre part, l’entrée des bactéries en phase
stationnaire confère également une grande résistance au stress acide mais également à
d’autres stress physico-chimiques (Hartke et al. 1996; Kim et al. 1999).
Outils d’investigation
67
de ces méthodes s'améliorant, il devient possible d'observer une réponse cellulaire à
des temps et fluctuations très courts.
Figure I.9 : schéma simplifié des niveaux de régulation et d’observation de la réponse biologique
Ainsi, Schweder et al. (1999) proposent de suivre les perturbations subies par E. coli
dans un bioréacteur (en termes de fluctuations de la concentration en substrat) en
suivant le niveau d’expression des gènes liés au stress (excès ou limitation en glucose,
stress osmotique ou limitation en oxygène). Les niveaux d’ARN messagers (ARNm) liés
à ces gènes sont en effet bien plus élevés dans les zones du bioréacteur dans lesquelles
la cellule est effectivement soumise { un stress (zone d’alimentation riche en substrat).
Ils ont montré que la réponse au niveau des ARNm apparait { l’échelle de la seconde et
constitue de ce fait un outil correct de suivi des modifications induites par la conduite
du procédé. Les progrès réalisés dans le domaine de l’analyse des flux métabolomiques
permettent de détecter une réponse cellulaire au plus tôt via le suivi des métabolites
68
transitoires. Cela ouvre la possibilité de créer des modèles métaboliques plus précis
(Chassagnole Christophe et al. 2002; Rizzi et al. 1997; Rizzi et al. 1996), et d’inclure une
réponse adaptative dans les modèles biologiques.
Les paragraphes précédents ont permis de montrer que les cellules ont la capacité de
répondre aux contraintes imposées par leur environnement, et, le cas échéant, de
s’adapter { ce dernier. La manière avec laquelle un microorganisme s’adapte et répond
peut également constituer un facteur de modification de l’environnement : l’excrétion
de métabolites et la production de biomasse peuvent par exemple modifier les
propriétés physico-chimiques du milieu de culture telle la viscosité. La composition
chimique du milieu est également influencée par le comportement de la biomasse. La
baisse du pH conséquente à la production de métabolites acides peut conduire à une
modification des propriétés rhéologiques de l’ensemble. Plus critique, l’adaptation de
cellules à des concentrations limitantes en substrat peut conduire à une augmentation
de leur capacité d’assimilation (Ferenci 1996; 1999a; 1999b; Ferenci and Robert 2007;
Lara et al. 2006). Ces cellules, placées dans des conditions plus favorables, pourront
donc consommer ce substrat de façon plus rapide, et être elles même { l’origine de
gradients de concentration.
1.5. Conclusion – transition : Quelles sont les contraintes imposées quant aux
outils choisis pour l’étude des interactions hydro - bio
69
conduire à des stress chimiques (mélange) ou mécaniques (contraintes de cisaillement),
ou encore conduire à une organisation de la population cellulaire gouvernée par la
structure de l’écoulement (streamers, agrégats). La compréhension de ces interactions
est rendue délicate par la multitude de paramètres interdépendants en ce qui concerne
l’aspect purement procédé et par le fait que la réponse biologique, qui peut apparaitre {
de multiples niveaux, est difficilement imputable { l’effet d’une contrainte précisément
identifiée. Cette première partie de l’étude bibliographique conduit { plusieurs
constatations qu’il faudra considérer lors du choix des outils utilisés lors de l’expérience
modèle :
70
choisir un microorganisme qui peut être cultivé en anaérobiose.
Ces constatations nous ont amené à choisir la souche Lactococcus lactis NCDO 2118,
largement étudiée par le passé au laboratoire. La réponse biologique pouvant être très
variable, la dernière partie de ce chapitre traitera du métabolisme, de la production de
polysaccharides et des propriétés d’adhésion de cette espèce.
2 ETUDE DES INTERACTIONS HYDRO – BIO A TRAVERS DES CULTURES DE LACTOCOCCUS LACTIS
EN REACTEUR COUETTE
2.1.1. Présentation
L'entrefer est noté e, les rayons internes (Ri) et externes (Ro) R1 et R2, leur rapport
étant η=Ri/Ro. η, le rapport H/e constituent les dimensions caractéristiques des
réacteurs de type Couette.
71
Ce type de réacteur, parce que doté de conditions hydrodynamiques particulières, est
couramment utilisé lors de travaux allant de l’étude du processus de floculation de
particules à la production de cellules animales (Barbouche et al.; Haut et al. 2003).
Dans un écoulement quel qu'il soit, deux mécanismes sont responsables du transport de
la quantité de mouvement : les forces inertielles et les forces visqueuses. Pour une
géométrie quelconque, le nombre de Reynolds (Re) caractérise le rapport des forces
inertielles et visqueuses et permet alors de définir le régime d'écoulement considéré. Un
écoulement turbulent sera donc dominé par des forces inertielles ; un écoulement
laminaire le sera par les contraintes visqueuses.
R2 R1 3 R1
Ta 2
2
Avec :
72
transitions sont résumés par Coufort (2004) pour une vitesse de rotation du cylindre
interne croissante. La figure I.11 illustre ces différentes transitions.
Figure I.11 : transitions dans un réacteur Couette, d’après Andereck, 1986 (Coufort 2004)
Notons que cette synthèse ne considère que les écoulements induits par le mouvement
du cylindre interne, dans des réacteurs non alimentés (sans flux axial de fluide) :
réacteurs Couette et Taylor Couette.
L’écoulement engendré par de faibles vitesses de rotation du cylindre interne est stable
et axisymétrique, pour lequel il est possible de donner une solution analytique pour sa
résolution. La forme du champ de vitesse obtenu à ces faibles vitesses de rotation
correspond à un écoulement purement tangentiel appelé écoulement de Couette.
73
réacteur. Ensuite, l’entrefer se remplit de vortex de section carrée correspondant { la
taille de l’entrefer. Les vortex adjacents sont { contre courant. Cet écoulement est connu
sous le nom d’écoulement tourbillonnaire ou vortex flow. Cet écoulement, stable, est
constitué de la superposition de l’écoulement de Couette et d’un écoulement hélicoïdal
tournant autour de l’axe des tourbillons (figure I.12).
Figure I.12- Schématisation des tourbillons de l’écoulement Taylor vortex flow, d’après Ohmura et al.,
(1997)
74
Lorsque Ta = 40 Tac , les vagues disparaissent mais les structures tourbillonnaires sont
conservées. Cet écoulement est appelé écoulement de Taylor turbulent ou turbulent
vortex flow.
Remarquons que si le nombre de Taylor représente toujours un rapport entre les forces
inertielles et visqueuses, différentes expressions littérales ont été relevées dans la
littérature conduisant à différentes valeurs critiques en ce qui concerne les transitions.
L'intérêt principal du réacteur de type Taylor-Couette pour notre étude est qu'il
présente une répartition volumique relativement homogène de taux de dissipation de
l'énergie cinétique turbulente. Contrairement aux bioréacteurs traditionnels (cuve
agitée) dans lesquels de grandes différences du taux de dissipation sont observées selon
la géométrie du réacteur et la position par rapport aux modules d’agitation, le taux de
dissipation de l’énergie cinétique présente une distribution étroite.
75
Ainsi, le passage d’un régime tourbillonnaire { un régime tourbillonnaire ondulant
permet d’améliorer encore le mélange grâce { l’onde azimutale qui transporte la
matière verticalement. Cependant, en fonction de la position par rapport au vortex, les
temps de mélange sont encore très variables à ce régime. Racina and Kind (2006a;
2006b) montrent que les temps de mélange sont nettement plus homogènes en régime
turbulent
Cette approche a été démentie entre autre par Desmet (Desmet et al. 1996; 1997) et
Haut et al. (2003) puis plus récemment Rudman et al. (2008). La figure I.13 permet de
visualiser le mélange de lait dans un réacteur couette en régime tourbillonnaire : on
observe que le transfert de matière entre les vortex est plus rapide que le mélange à
l'intérieur même du vortex.
76
Figure I.13 (Haut et al., 2003) : visualisation du mélange dans un écoulement tourbillonnaire
Il existe des zones ou il n’y a pas de mélange { l’intérieur des vortex (Dusting and
Balabani 2009). C’est le cas des travaux de Rudman et al. (2008) qui montrent
que le cœur des vortex ondulant présente des zones où le faible mélange
empêche la neutralisation de la base, laissant apercevoir des filets bleus dans la
zone préalablement neutralisée (jaune) (Figure I.14).
Les travaux faisant état de cultures cellulaire et bactérienne en réacteur couette sont
référencés et détaillés dans le chapitre consacré aux interactions hydro-bio. Ce ne sera
donc pas répété ici.
77
2.1.5. Agrégation et floculation
La géométrie du réacteur couette se prête très bien { l’étude de cet équilibre puisque les
forces hydrodynamiques mises en jeu sont relativement homogènes en termes
d’intensité. En effet, la dissipation de l’énergie cinétique, principal paramètre
déterminant l’intensité des contraintes hydrodynamiques, est distribuée équitablement
dans tout le volume du réacteur (voir figure I.15)
Figure I.15 : d’après Coufort, (2004) : profil de répartition de la dissipation ε et du cisaillement G dans un
réacteur Couette
78
λk, un pic de taille supérieure, correspondant à des zones de faible
écoulement, { l’intérieur des vortex par exemple, et un pic de taille
inférieure, correspondant { des zones de forte dissipation d’énergie, aux
parois.
Lactococcus lactis est une espèce appartenant à la famille des bactéries lactiques,
nommée ainsi en référence à leur capacité à produire de l'acide lactique lors du
catabolisme des sucres. Cette propriété en fait la famille bactérienne la plus utilisée par
l'industrie agroalimentaire. Les bactéries lactiques, connues pour le rôle qu'elles jouent
dans la préparation des laits fermentés ou du fromage, participent également { d’autres
préparations alimentaires telles que la fermentation de viandes et poissons, la
production de boissons alcoolisées, pain au levain ainsi que de sauce soja. De part les
métabolites produits, elles participent à la flaveur (formiate, diacétyle, ou amines
biogènes en ce qui concerne les arômes indésirables), la conservation (acide lactique) et
à la texture des produits (production d’exopolysaccharides). De plus, certaines bactéries
lactiques, de par leurs vertus probiotiques (du grec pro bios : en faveur de la vie), ont un
rôle bénéfique pour la santé du consommateur.
Leur classification parmi les microorganismes GRAS (Generally Regarded As Safe), leurs
nombreuses applications alimentaires et le classement de certaines d’entre elles parmi
les microorganismes probiotiques, expliquent l’intérêt porté { ce genre bactérien et ses
propriétés : métabolisme, voies de synthèse des polysaccharides, capacités d’adhésion…
79
La famille des bactéries lactiques comprend de nombreuses espèces classées en six
genres : Streptococcus, Lactococcus, Lactobacillus, Leuconostoc, Pediococcus et
Bifidibacterium. Le genre Lactococcus est constitué de plusieurs espèces, garviae, lactis,
plantarum et raffinolactis. L’espèce lactis regroupe elle-même trois sous-espèces,
cremoris, lactis et hordniae.
Lactococcus lactis est une espèce à Gram +, anaérobie mais aérotolérante, catalase
négative, non sporulante, non mobile, formant des cellules sphériques ou ovoïdes,
isolées ou en courtes chaînettes.
Si l’habitat courant des lactocoques demeure le lait, on peut cependant les isoler, comme
c’est le cas pour L. lactis ssp lactis NCDO2118, des plantes, qui constituent
vraisemblablement leur habitat d’origine.
L. lactis est une bactérie homo-fermentaire, c'est-à-dire qu’elle utilise la voie homo-
fermentaire (glycolyse ou voie de Embden-Meyerhoff-Parnas, EMP) pour la dégradation
des sucres. Cette voie conduit dans des conditions optimales de croissance à la
production de deux molécules de lactate et deux molécules d’ATP par molécule de
glucose consommée (Thompson et Gentry-Weeks, 1994). Des sucres autres que le
glucose peuvent également être fermentés via cette voie : monosaccharides,
disaccharides, hexitols. Ces microorganismes présentent un métabolisme de type
homolactique lorsque le lactate représente plus de 90 % des produits de fermentation.
Dans certaines conditions de croissance (certains sucres, limitation carbone …), le
métabolisme de ces bactéries se diversifie vers un métabolisme mixte avec production
en plus du lactate, de formiate ou de CO2, d’acétate et d’éthanol (Cocaign-Bousquet et al.
1996).
Le transport du sucre { l’intérieur de la cellule se fait par le biais de deux systèmes chez
L. lactis : le système phosphotransférase phosphoénolpyruvate dépendant (PTS), qui
80
couple le transport et la phosphorylation du glucide (Postma et al. 1993), et le système
perméase énergie-dépendant, qui fait pénétrer les sucres sous forme libre.
81
Figure I.16 : schéma succinct du système PTS (Görke and Stülke 2008 )
82
phosphorylé suit la glycolyse jusqu’au phosphoénolpyruvate (PEP) lui-même
transformé en pyruvate par le biais de la pyruvate kinase (PK) ou du système PTS.
Métabolisme homolactique
83
l’activité respiratoire. Les lactocoques sont anaérobies et dépourvus de chaîne
respiratoire, la réduction du NADH pourra donc être effectuée par la lactate
déshydrogénase (LDH) qui transforme le pyruvate en acide lactique (Figure I.18 ).
Figure I.18 : Métabolisme du pyruvate. LDH : lactate deshydrogénase, PFL : pyruvate formiate lyase,
PDH : pyruvate deshydrogénase, PTA : phosphotransacétylase, ACK : acétate kinase, ADHE : alcool
deshydrogénase.
Métabolisme mixte
84
condition anaérobie l’activité PFL est détectée ce qui n’est pas le cas en condition
d’aérobiose car cette enzyme est très sensible { l’oxygène (Abbe et al. 1982; Takahashi
et al. 1982). Cette enzyme qui transforme le pyruvate en formiate et acétyl-CoA est
également inhibée par le glycéraldéhyde-3-phosphate (GAP) et le dihydroxyacetone-
phosphate (DHAP), intermédiaires glycolytiques (Takahashi et al. 1982). La réaction de
décarboxylation du pyruvate est réalisée par la PDH qui permet de générer outre du CO2
et de l’acétyl-CoA, un autre coenzyme réduit. Chez Lactococcus lactis cette enzyme est
faiblement exprimée et rapidement inactivée en anaérobiose et semble sensible au
potentiel redox ainsi qu’au ratio NADH/NAD (Snoep et al. 1992).
85
2118 cultivée en culture discontinue sur milieu synthétique présente un métabolisme
homolactique pour des substrats permettant une croissance rapide tels que le glucose.
En présence de sucres à croissance faible (lactose, galactose, maltose), le métabolisme
de L. lactis NCDO 2118 se révèle être mixte. Cette diversité de métabolisme semble être
liée à la valeur du flux glycolytique (Garrigues et al. 1996).
La capacité de ces bactéries à orienter leur métabolisme selon les flux glycolytiques
perçus les rend particulièrement adaptées { l’étude de l’effet du mélange sur le
métabolisme microbien. En effet, un shift métabolique sur glucose est la preuve
concrète d’une limitation en substrat. De plus, contrairement { des bactéries telles que
E. coli très utilisée dans ce type d’études, { cause de leur métabolisme d’over flow, les
bactéries lactiques ne consomment pas les produits issus de leur fermentation. Ceci
permet donc de connaître avec plus de précision à quel moment ces bactéries se sont
retrouvées en limitation de substrat.
Lactococcus lactis, que ce soit dans son habitat naturel (plantes) ou lors de sa mise en
œuvre dans les processus industriels, doit faire face { de multiples stress nutritionnels
ou physico-chimiques (thermique, oxydatif, acide, osmotique) parfois concomitants
(Sanders et al. 1999; Stuart et al. 1999).
86
Les mécanismes de perception du stress, essentiels pour que la cellule puisse se
protéger avant que les effets de ce stress ne soient irréversibles, sont encore peu connus
chez Lactococcus lactis, mais semblent se faire chez les autres bactéries, soit au niveau
membranaire soit au niveau du cytoplasme (Rallu et al. 2000).
Face aux différents effets du stress, les bactéries disposent de plusieurs types de
réaction qui se répartissent en trois catégories (Rallu, 2000). La fuite consiste, pour les
bactéries capables de motilité, à rechercher des conditions plus favorables à la
croissance, mais Lactococcus lactis qui est dépourvu de flagelle ne peut pas utiliser cette
tactique. Le refus a pour but de diminuer l’intensité du stress, par exemple en utilisant
une autre source de nutriment lorsqu’elle est épuisée. Enfin la résistance devient
nécessaire lorsque le stress est persistant et/ou dommageable pour les constituants
cellulaires. Elle peut être acquise par une modification irréversible du matériel
génétique (mutation, remaniement), conduisant à une meilleure tolérance aux
conditions environnementales, ou par l’induction de systèmes de protection et de lutte
contre le stress ou de réparation contre les dommages causés.
L’enveloppe cellulaire est la première cible des stress physicochimiques. Il semble que
ce soit également le cas pour le stress acide puisque chez S. mutans l’adaptation {
l’acidification du milieu implique un enrichissement de la membrane en acides gras
mono-insaturés à longue chaîne (Quivey et al. 2000). Parmi les autres réponses au
stress acide, on peut citer l’activation des voies d’expulsion de protons, la production de
composés basiques ou la décarboxylation des fonctions acides. Les cellules peuvent
également présenter une réponse adaptative : la capacité de répondre à un stress est
alors acquise au cours d’un conditionnement cellulaire. La réponse adaptative se
caractérise en général par l’induction de certaines protéines nécessaires { l’acquisition
de la résistance au stress. Hartke et al. (1996) ont identifié 33 polypeptides induits par
un stress acide dont 9 protéines de choc thermique (HSP), 4 communes avec le stress
UV et 2 communes avec le stress oxydatif.
Lactococcus lactis semble répondre au stress causé par une diminution de la quantité de
substrat carboné disponible par un shift métabolique comme détaillé précédemment. Il
87
ne semble pas qu’une limitation en substrat induise la production de transporteur
spécifique ou l’augmentation de l’activité du système PTS. En effet, (Christian
Vadeboncoeur and Lortie 2000; Vadeboncoeur et al. 2000) ne rapportent que des
exemples de diminution de l’activité et de la quantité d’enzymes du système PTS
conséquente { l’appauvrissement du milieu. Cependant, il s’agit majoritairement
d’expériences issues de cultures batch, au cours desquelles la diminution de la quantité
de substrat disponible s’accompagne de l’apparition de conditions environnementales
différentes (pH, accumulation de métabolites). La disparition du glucose lève la
répression catabolique, ce qui autorise la synthèse d’enzymes spécifiques au transport
d’autres sucres s’ils sont disponibles (Redon et al. 2005a; 2005b).
Chez les bactéries lactiques, les polysaccharides peuvent être classés selon leur
localisation par rapport à la cellule (Cerning et al. 1992). On distingue ainsi :
88
lactiques sont capables de synthétiser deux formes de polysaccharides extracellulaires
et là encore, la distinction entre les capsules et les polysaccharides libérés dans le milieu
est difficile (Cerning 1995; Cerning et al. 1992). De plus, l’extraction et la quantification
des PS et EPS restent délicates ; si différents protocoles d’extraction sont présentés dans
la littérature, la quantification ultérieure dépend fortement de la méthode choisie. La
quantification est réalisée selon des méthodes indirectes, souvent colorimétriques, et
les résultats, exprimés en équivalent glucose, sont fortement dépendants de la bonne
mise en œuvre de l’extraction (pour une revue des protocoles d’extraction, voir (Ruas-
Madiedo and de los Reyes-Gavilan 2005). La mesure de la masse sèche est une
alternative prometteuse quoique non dénuée d’aléas (nécessité de laver et de dé-
protéiniser l’échantillon).
Si la synthèse de polysaccharide sous forme de capsule est très répandue chez les
bactéries pathogènes (propriétés d'adhérence, facteur de virulence, protection contre la
réponse immunitaire) et chez les bactéries Gram-, certaines bactéries lactiques
semblent être pourvues d'une pellicule polysaccharidique (Chapot-Chartier et al. 2010).
Cette pellicule, dont la production est codée par des gènes chromosomiques, n’est pas
une capsule et se différencie des PS de paroi. Il s’agit d’une fine couche externe,
constituée de PS contenant des résidus glucose, N-acétyl-glucosamine, rhamnose et
galactose liés par des ponts phospho-diesters. Cette pellicule, observable en
microscopie à transmission électronique, confère aux cellules une surface plus lisse que
celle des mutants non pelliculés. De plus, ces mutants apparaissent sous forme de
longues chaines. Ce défaut de séparation pourrait être directement lié { l’absence de
pellicule, ou en être une conséquence : l’absence de pellicule permettant la fuite des
enzymes responsables de la séparation des cellules filles.
Comme chez les autres bactéries, les EPS ont un rôle protecteur pour le microorganisme
vis à vis de la dessiccation, de la phagocytose, des antibiotiques et des molécules
toxiques (Kleerebezem et al. 1999), et protègent de l'attaque phagique en limitant
l'adhésion des phages à la surface des cellules. Cependant, ce dernier point semble
89
controversé, certains auteurs arguant du fait que les EPS pourraient fournir des sites de
reconnaissance et d'attache spécifiques pour les phages.
D'un point de vue technologique, la production d'EPS par les bactéries lactiques
présente un intérêt industriel car elle confère au produit ses propriétés rhéologiques
(texturation, épaississement, stabilisation) et permet la production de produits
« innovants » (Doublier et al. (2000) interaction protéines – polysaccharides).
Enfin, les EPS bactériens, en particulier ceux des bactéries lactiques, ont récemment été
l’objet d’une attention particulière en raison de leurs vertus prébiotiques (Ruas-
Madiedo et al. 2002).
90
D'autres monomères, bien qu'en faible quantité, sont fréquemment rencontrés dans les
hétéro-polysaccharides : le rhamnose (Cerning et al. 1986; Grobben et al. 1995;
Nakajima et al. 1992), le mannose (Petit et al. 1991), le fructose (Manca de Nadra et al.,
1985 rapporté par Cerning), l'arabinose et le xylose, ainsi que des dérivés de sucres tels
que la N-acétyl-galactosamine (Doco et al. 1990; Petit et al. 1991) et la N-acétyl-
glucosamine (Cerning 1995).
En quantités infimes, sont également présents des composés non glucidiques comme
des galactosamines, des acides neuraminiques et des protéines. Nakajima et al., 1990
mentionnent également des phospho-polysaccharides. Leur présence explique pourquoi
certaines souches peuvent synthétiser de façon simultanée deux types d'EPS de charges
différentes : l'un est neutre alors que l'autre est chargé négativement car possédant un
groupement phosphate (Kitazawa et al. 1998; Laws et al. 2001; Marshall et al. 1995).
La production d’EPS par les bactéries lactiques peut être codée au niveau du
chromosome ou être apportée par un plasmide (cas de L. lactis ssp lactis et des bactéries
lactiques mésophiles de manière générale) (vanKranenburg et al. 1997). Quoi qu’il en
soit, l’apparition de phénotypes mucoïde (ropy, slime) est très aléatoire (mutation,
nombreux repiquage, conditions de culture).
91
plasmique. Les hétéro-polysaccharides sont synthétisés par la polymérisation d’unités
répétitives produites dans le cytoplasme. Ces unités répétitives sont constituées d’un
hexose phosphorylé (hexose-1-P) et activé par association avec un nucléotide. C’est
l’activation qui permet la polymérisation du motif.
Le polysaccharide est ensuite exporté hors de la cellule par translocation où il est alors
séparé du transporteur, puis relargué dans le milieu (EPS) ou ancré à la membrane
(capsules).
92
Figure I.19, d’après de Vuyst and Degeest, 1999 : représentation schématique des voies métaboliques
mettant en jeu catabolisme du lactose et synthèse d’EPS chez Lactococcus lactis fermentant le lactose
(transport du lactose via un système spécifique de phosphotransférase) et les souches Lactobacillus
delbrueckii subsp. bulgaricus and Streptococcus thermophilus, galactose-negative (transport du lactose via
un système d’antiport lactose/galactose). Chez les souches fermentant le glucose, celui ci est transporté {
l’intérieur de la cellule par le système PTS et entre dans les voies métaboliques sous forme phosphorylée.
Les enzymes impliquées sont numérotées comme suit : 1, phospho-L-galactosidase; 2, L-galactosidase; 3,
glucokinase; 4, phosphoglucomutase; 5, UDP-glucose pyrophosphorylase; 6, UDP-galactose-4-epimerase;
7, dTDP-glucose pyrophosphorylase; 8, dehydratase; 9, epimerase reductase; 10, phosphoglucose
isomerase; 11, 6-phosphofructokinase; 12, fructose-1,6-bisphosphatase; 13, fructose-1,6-diphosphate
aldolase; 14, galactose 6- phosphate isomerase; 15, tagatose 6-phosphate kinase; 16, tagatose-1,6-
diphosphatealdolase.
Parmi les facteurs influençant la synthèse d'EPS par les bactéries lactiques, on peut citer
bien sûr la composition chimique du milieu de culture, mais aussi le pH (valeur optimale
autour de 6.0, (De Vuyst et al. 1998; Mozzi et al. 1996 ; Cerning 1995), la température, la
pression partielle d'oxygène et la durée d'incubation (Gancel et Novel, 1994a, b). Ces
paramètres influencent la production d'EPS de manière qualitative et quantitative, mais
93
aussi sa dégradation ultérieure. Outre les paramètres liés au contrôle du procédé
comme décrits ci-dessus, le substrat a une importance cruciale.
La production d’EPS par des bactéries lactiques dépend de la phase de croissance et des
conditions de culture de manière générale. Ainsi, les souches mésophiles verront leur
rendement s’améliorer dans des conditions non optimales de croissance (température,
pH) et en fin de phase exponentielle de croissance.
Comme évoqué précédemment, L. lactis appartient au groupe des Gram +. Pour cette
catégorie bactérienne, le contenu cellulaire est contenu dans une enveloppe (membrane
plasmique et paroi). La paroi est constituée de peptidoglycane, principalement composé
94
de N-acétyl-glucosamine β (1→4)-N-acétyl-muramic acide sur lequel sont insérés
protéines, acides teichoïques, polysaccharides et éventuellement une couche S
(empilement de protéines/ voir la figues I.20). Cette enveloppe constitue un réseau très
ramifié. Le peptidoglycane est d’abord formé { l’intérieur, avant d’être repoussé vers
l’extérieur par le peptidoglycane nouvellement formé.
Figure I.20 : schéma de la paroi des Gram + , membrane plasmique et peptidoglycane, d’après Delcour et
al. 1999.
Les polysaccharides sont des composés ubiquitaires de la paroi cellulaire. Ils sont
parfois appelés polysaccharides neutres, en opposition aux polysaccharides des acides
teichoïques, chargés négativement, bien qu’en réalité, leur association avec des
composés anioniques comme le glycérol-phosphate peuvent les rendre chargés (Coyette
& Ghuysen 1970; Kojima et al. 1985b, 1986 rapportés par Delcour et al. (1999).
95
Il convient de distinguer les polysaccharides de la capsule, qui forment une couche
extérieure épaisse, associée ou liée de façon covalente à la paroi et les polysaccharides
inclus ou associés au peptidoglycane. Ce sont des structures compliquées, impliquant
des monomères de nature différentes, de nombreux types de liaisons ou ramifications et
le plus souvent, la seule information disponible est le ratio entre les différents
monomères, dans lesquels le rhamnose est très souvent présent.
96
Giaouris et al. (2009), { travers l’étude de l’hydrophobicité de surface, de la charge de
Lewis et de la charge globale, ont montré que pour 50 souches de L. lactis de différentes
origines, l’adhésion est fortement corrélée { l’hydrophobicité de surface et { la charge
globale. Les souches au caractère hydrophobe prononcé ou de charge globale faible ont
ainsi la plus forte propension à adhérer aux surfaces. Il convient ici de remarquer que la
faible charge apparente de certaines cellules peut en réalité être la conséquence du
masquage de ces charges par d’autres biomolécules (Mozes and Rouxhet 1987).
Giaouris et al. ont, en outre, montré une très forte variabilité en ce qui concerne les
propriétés de surface des souches étudiées, variabilité apparemment sans aucun lien
avec l’origine ou la phylogénie de la souche étudiée. D’après ces mêmes auteurs, les 2
souches utilisées dans notre étude (L. lactis ssp lactis NCDO 2118 et L. lactis ssp lactis
IL1403) possèdent un caractère hydrophile marqué.
La croissance non planctonique des lactocoques a été étudiée par Ibrahim et al., (2004).
Ces auteurs déduisent que la distribution limitée dans le milieu, la croissance lente,
associés à un mélange entre cellules en phases stationnaire et exponentielle, constituent
des éléments caractéristiques de la croissance sessile. Ils notent au passage que
l’immobilisation peut être { l’origine de l’instabilité génétique de la culture (les
bactéries croissant en biofilm expriment des gènes que les bactéries planctoniques ne
transcrivent pas). Les caractéristiques de l’association immobile dépendent de la
composition moléculaire de la paroi cellulaire :
97
les protéines ancrées à la paroi cellulaire jouent un rôle positif dans
l’adhésion de L. lactis.
Le plus souvent, le polymère qui lie les cellules au sein d’un biofilm est un
polysaccharide, parfois le peptidoglycane. Le terme biofilm se réfère à des cellules
adhérées { une surface, cependant, les agrégats, ne nécessitant pas d’adhésion en
premier lieu, présentent des caractéristiques similaires aux biofilms dans leur
composition. L’adhésion est une première étape { la formation de biofilm, nécessaire
mais non suffisante pour créer un biofilm. Deux molécules de la paroi sont reconnues
impliquées dans le phénomène d’adhésion chez Lactococcus : PrtP et AcmA, cette
dernière hydrolysant le peptidoglycane et possédant des propriétés adhésives
intrinsèques.
Park et al. (1999) ont remarqué la formation d’agrégats filamenteux et floculant pour
des cultures de L. lactis ssp. lactis (phénotype non défini) cultivées sans agitation, dans
un bouillon MRS ou bouillon tryptone soja additionné de Tween 80, un surfactant.
L’observation de ces agrégats révèle une structure filamenteuse au microscope.
98
La réponse bactérienne quant à elle est complexe et intervient à différents niveaux : du
génome { la manifestation phénotypique. Cette réponse n’est toutefois pas toujours
instantanée et fait appel { des mécanismes d’adaptation dont les temps caractéristiques
sont très variables. Aussi, l’apparition d’une réponse { un stress donné dépend du
rapport entre le temps caractéristique d’exposition { une contrainte (incluant durée et
fréquence) et le temps de relaxation de la réponse biologique, qui peut être immédiate
ou au contraire, induite.
Si les progrès de la CFD permettent de calculer quelles sont ces contraintes au plus près
des cellules, il reste difficile d’établir des modèles fiables couplant réponse biologique et
modèle hydrodynamique, indiquant probablement un défaut de compréhension des
mécanismes locaux d’interaction. Une analyse par comparaison des échelles de temps et
de taille reste néanmoins un outil d’analyse intéressant pour la prédiction de ces
interactions et fera l’objet du chapitre II suivant.
99
fonction de son mode d’opération, organisé. En effet, s’il semble que les cellules
bactériennes ne soient que très peu affectées par les contraintes mécaniques,
l’apparition de streamers dans certains écoulements organisés mérite qu’on s’attache {
ce point dans notre étude.
Le chapitre III présentera des résultats de culture de Lactococcus lactis dans un réacteur
Couette et fera état de l’apparition d’un phénotype atypique. Le lien entre les conditions
particulières d’écoulement dans le réacteur Couette, appuyé par des résultats de
simulations numériques permettant de mieux caractériser les stress locaux, et cette
manifestation du phénotype, sera discuté dans le chapitre IV.
100
ANALYSE DU COUPLAGE MELANGE – REACTION ET ETUDE DE CAS SUR DES
CULTURES DE L. LACTIS NCDO 2118 EN REACTEUR COUETTE
Ce chapitre s’intéresse aux effets du mélange aux petites échelles sur des cultures de
Lactococcus lactis NCDO 2118 réalisées en batch. Afin de construire une expérience
modèle, les cellules sont cultivées dans un réacteur Couette dans lequel deux vitesses de
rotation permettent d’obtenir deux conditions de mélange différentes. En ce qui
concerne l’outil biologique de caractérisation des effets de mélange, c’est l’apparition
d’un shift métabolique qui est testée. Ce shift est caractérisé par la production de
formiate au détriment de la production de lactate. Il est observé en cas de diminution du
flux glycolytique, notamment dans le cas d’une limitation de la vitesse de consommation
du substrat carboné. Cette production est en revanche inhibée en présence d’oxygène.
101
1 ANALYSE PRELIMINAIRE
La réaction biologique est lente par rapport aux mécanismes de mélange. Le réacteur
est alors en tout point homogène et l’avancement de la réaction est contrôlé par les
constantes de réaction uniquement.
La réaction biologique est rapide par rapport au macromélange. C’est dans ces
conditions que des gradients macroscopiques apparaissent { l’échelle du réacteur.
Cependant, le mélange { l’échelle moléculaire est réalisé. On est alors en présence d’un
réacteur mal macromélangé et bien micromélangé. Au cours de la circulation dans le
réacteur, les cellules sont soumises à des fluctuations de concentrations dont la période
est de l’ordre du temps de circulation. A l’échelle du réacteur, il y a compétition entre
mélange et réaction, la vitesse de réaction résultante est le résultat du couplage entre
les opérations de mélange et de réaction.
102
La réaction biologique est rapide face au temps nécessaire pour réduire l’échelle
intégrale de concentration. Le temps de macromélange est dans ce cas également
supérieur, conduisant à une compartimentation macroscopique du réacteur : zone
autour du point d’alimentation concentrée en substrat alors que le reste du réacteur a
une concentration tendant vers zéro. Cependant, le temps de réaction étant supérieur
au temps de micromélange, il y a une distribution locale de concentration entre les
structures tourbillonnaires. Outre les fluctuations de concentration basse fréquence
rencontrées lors de la circulation dans le réacteur, les cellules sont soumises à des
fluctuations de fréquence plus élevées dans les tourbillons.
Si la définition d’un temps de mélange est relativement aisée une fois les
caractéristiques du bioréacteur définies, le temps de la réaction biologique, lui, est plus
difficile { identifier. Comme nous l’avons évoqué, celle ci est loin d’être constituée d’une
réaction unique, et les temps caractéristiques à considérer sont donc multiples. Si on
103
considère par exemple le temps de la croissance (de l’ordre de la dizaine de minutes),
celui-ci est bien supérieur aux temps de mélange usuellement rencontrés en
bioréacteurs. L’application de la méthodologie décrite ci-dessus conduirait donc à
affirmer que la croissance est insensible { la qualité du mélange, conclusion { l’opposé
de plusieurs exemples tirés de la littérature. En effet, la croissance est le résultat de
nombreuses réactions biologiques de temps caractéristique inférieur et donc
susceptibles d’interagir avec le mélange. Cet exemple sert { souligner l’importance du
choix de la réaction biologique considérée, qui doit être pertinente.
Dans le cas d’un réacteur fermé, le problème de la dispersion des substrats n’a plus lieu
d’être. De ce fait, il est possible d’étudier les effets de l’hydrodynamique aux petites
échelles sur le comportement des cellules. En particulier on peut penser que dans les
conditions de culture batch, le réacteur est et restera macroscopiquement homogène
cependant que l’agitation { l’échelle locale va conditionner le transport du substrat
jusqu’aux cellules.
Afin d’étudier les effets de l’hydrodynamique aux petites échelles, des cultures batch
sont réalisées dans un réacteur Couette. Des conditions de micromélange différentes
sont obtenues en modulant la puissance dissipée (ε) qui dépend de la vitesse de rotation
du cylindre interne. Le choix du microorganisme s’est porté sur la souche bactérienne
Lactococcus lactis dont la sensibilité aux conditions de mélange peut s’exprimer via un
shift métabolique. En présence d’un flux glycolytique faible, le métabolisme devient
hétérolactique et conduit { la production d’un composé excrété le formiate. La présence
de formiate témoigne de ce shift, et constitue un marqueur de la sensibilité aux
conditions de mélange à la microéchelle.
104
1.2. Echelles de mélange dans le réacteur Couette et effet de la dissipation
1
3 4
Echelle de Kolmogorov : k
Temps de micromélange :
Par incorporation 2
t k 17
1
2
Par diffusion t D 2 arcsin h 0.05 formule du
D
tableau)
114 0.13 50 47 28
Tableau II.1 : Echelles spatiotemporelles caractéristiques du réacteur Couette utilisé pour le mélange de
glucose.
105
L’échelle de Kolmogorov est, dans les deux cas de figure considérés dans cette étude,
supérieure { la taille de la cellule. Deux conclusions s’imposent alors :
106
2 RESULTATS EXPERIMENTAUX
Cette section présente les résultats pour l’évaluation de la croissance par mesure de la
DO et du métabolisme. L’objectif de notre étude est d’évaluer si les différentes
conditions de micromélange conduisent à un shift métabolique, c'est-à-dire, si, à
concentration en glucose égale, le flux apporté aux cellules (fonction de la vitesse
d’agitation) diffère suffisamment pour induire un shift métabolique. Aussi, les résultats
sont présentés ici en fonction de la concentration en glucose et ne concernent que les
métabolites se rapportant au shift métabolique de Lactococcus lactis NCDO 2118 (donc
les concentrations en lactate et formiate).
Ces cultures sont réalisées sans balayage d’azote ni aération du milieu, et sont donc
représentatives de conditions de microaérophilie. Dans ces conditions, l’oxygène
initialement présent dans le milieu est rapidement consommé au cours de la croissance
bactérienne pour atteindre des conditions de limitation en oxygène, le seul apport étant
constitué par le transfert de la phase gazeuse vers la phase liquide au niveau de la
surface libre.
2.1.1. Croissance
107
4
3,5
3
DO 580 nm
2,5
1,5
0,5
0
0 1 2 3 4 5
temps (h)
Graphes II.1 : croissance de Lactococcus lactis NCDO 2118 en fonction du temps pour des cultures à 20
RPM (■ □) et 114 RPM (● ○).
1
0,9
taux de croissance (1/h)
0,8
0,7
0,6
0,5
0,4
0,3
0,2
0,1
0
0 1 2 3 4
DO 580 nm
Graphes II.2 : taux de croissance de Lactococcus lactis NCDO 2118 en fonction de la biomasse (évaluée en
termes de densité optique à 580 nm) pour des cultures à 20 RPM (■ □) et 114 RPM (● ○).
108
En outre, un phénotype remarquable et inattendu est apparu spécifiquement lors des
cultures à 20 RPM. En effet, au fur et à mesure de la croissance, des filaments résultant
d’une agrégation cellulaire se développent dans le milieu de culture, alors que les
cultures à 114 RPM restent totalement planctoniques. Ce phénotype particulier est
analysé en détail dans le chapitre 3.
2.2. Métabolisme
30
25
[glucose] (mM )
20
15
10
0
0 1 2 3 4 5
temps (h)
109
70
60
[lactate] (mM )
50
40
30
20
10
0
0 1 2 3 4 5
temps (h)
Graphe II.4 : concentration en lactate en fonction du temps pour des cultures à
20 RPM (■ □) et 114 RPM (● ○).
110
3,5
3
[formiate] (mM )
2,5
1,5
0,5
0
0 1 2 3 4 5
temps (h)
Graphe II.5 : concentration en formiate en fonction du temps pour des cultures à
20 RPM (■ □) et 114 RPM (● ○).
111
4
3,5
3
[formiate] (mM )
1,5
1
y = -0,0472x + 2,0099
y = -0,0512x + 1,8932
0,5
0
0 5 10 15 20 25 30
[glucose] (mM)
Graphes II.6 : concentration en formiate en fonction de la concentration en glucose résiduel pour des
cultures à 20 RPM (■ □) et 114 RPM (● ○).
10
9
ν formiate (mmol /g/h )
8
7
6
5
4
3
2
1
0
0 5 10 15 20 25 30
[glucose] (mM)
Graphe II.7 : vitesse spécifique de production de formiate en fonction de la concentration en glucose
résiduelle pour des cultures à 20 RPM (■ □) et 114 RPM (● ○). Les vitesses spécifiques moyennes à 20
RPM (-) et 114 RPM (--) sont également indiquées.
112
Cette différence au niveau de la production de formiate est aussi visible sur le graphe
II.7 où est représentée la vitesse spécifique de production de formiate en fonction de la
concentration en glucose. Celle ci est constante, autour de 2,4 mmol de formiate.g-1.h-1
pour les cultures à 20 RPM et 1,4 mmol de formiate.g-1.h-1 pour les cultures à 114 RPM,
tout au long du processus de croissance et quelle que soit la concentration résiduelle en
glucose. Ainsi, les cellules cultivées à 20 RPM produisent plus de formiate (vitesse
spécifique de production et taux de conversion du formiate en glucose plus élevés) qu’{
114 RPM, sans pour autant que les effets de cette orientation du métabolisme vers la
production de formiate à 20 RPM soit visible sur les rendements de conversion du
glucose en lactate.
Les mêmes fermentations ont été répétées cette fois sous balayage d’azote et avec un
milieu de culture préalablement dégazé, donc en condition anaérobie.
2.3.1. Croissance
Les courbes de croissance sont présentées ci-dessous (graphe II.8). Si on observe une
bonne reproductibilité des expériences réalisées { 114 RPM, ce n’est pas le cas pour les
cultures { 20 RPM. Le même phénotype qu’en conditions microaérophiles, caractérisé
par la constitution de filaments résultant d’une agrégation cellulaire, est
systématiquement observé en anaérobiose à 20 RPM, quel que soit le profil de
croissance.
113
4,0
3,5
3,0
DO 580 nm
2,5
2,0
1,5
1,0
0,5
0,0
0 1 2 3 4 5 6 7
temps (h)
Graphe II.8 : évolution de la densité optique pour des cultures à 20 RPM (□, différentes nuances de
gris) et 114 RPM (○, différentes nuances de gris).
1,0
0,9
taux de croissance (1/h)
0,8
0,7
0,6
0,5
0,4
0,3
0,2
0,1
0,0
0 0,5 1 1,5 2 2,5 3 3,5
DO 580 nm
Graphe II.9 : taux de croissance de Lactococcus lactis NCDO 2118 en fonction de la biomasse (évaluée en
termes de densité optique à 580 nm) pour des cultures à 20 RPM (□, différentes nuances de gris) et 114
RPM (○, différentes nuances de gris).
114
2.3.2. Métabolisme
30,0
25,0
[glucose] (mM)
20,0
15,0
10,0
5,0
0,0
0 1 2 3 4 5 6 7
temps (h)
Graphe II.10 : évolution de la concentration en glucose pour des cultures à 20 RPM (□, différentes
nuances de gris) et 114 RPM (○, différentes nuances de gris).
115
rendements lactate/glucose sont semblables : 1,88 ± 0,06 mol lactate/mol glucose à 114
RPM et 1,84 ± 0,07 mol lactate/mol glucose à 20 RPM.
60,0
50,0
[lactate] (mM)
40,0
30,0
20,0
10,0
0,0
0 1 2 3 4 5 6 7
temps (h)
Graphe II.11: évolution de la concentration en lactate pour des cultures à 20 RPM (□, différentes nuances
de gris) et 114 RPM (○, différentes nuances de gris).
116
3,0
2,5
[formiate] (mM)
2,0
1,5
1,0
0,5
0,0
0 1 2 3 4 5 6 7
temps (h)
Graphe II.12 : évolution de la concentration en formiate pour des cultures à 20 RPM (□, différentes
nuances de gris) et 114 RPM (○, différentes nuances de gris).
3,0
2,5
y = -0,0873x + 2,6737
[formaite] (mM)
y = -0,0778x + 2,1301
2,0 y = -0,0897x + 1,9864
y = -0,0877x + 1,9099
1,5
1,0
0,5
y = -0,0837x + 2,3184
y = -0,0782x + 2,3632
0,0
0,00 5,00 10,00 15,00 20,00 25,00 30,00
[glucose] (mM)
Graphe II.13 : évolution de la concentration en formiate en fonction de la concentration en glucose
résiduelle pour des cultures à 20 RPM (□, différentes nuances de gris) et 114 RPM (○, différentes
nuances de gris) et courbes de régression linéaire 20 RPM (-) et 114 RPM (--).
117
10,0
ν formiate (mmol /g/h ) 9,0
8,0
7,0
6,0
5,0
4,0
3,0
2,0
1,0
0,0
0,00 5,00 10,00 15,00 20,00 25,00
[glucose] (mM)
Graphe II.14 : vitesse spécifique de production de formiate en fonction de la concentration en glucose
résiduelle pour des cultures à 20 RPM (■ □) et 114 RPM (● ○).
3 DISCUSSION
Les rendements moyens de conversion de glucose en formiate sont comparés dans les
différentes conditions de culture de L. lactis NCDO 2118 en réacteur Couette (tableau
II.2).
Rendement moyen
Vitesse de
formiate/glucose Ecart type
rotation
(mol/mol x100)
118
Tableau II.2 : valeur moyenne du rendement formiate/glucose et écart type pour des cultures à 20 RPM
(■ □) et 114 RPM (● ○)
Pour déterminer si le comportement métabolique dans les deux conditions est affecté,
les moyennes pour chaque condition de culture sont comparées grâce au test de Student
de comparaison de moyennes. La valeur du coefficient t de Student permet d’évaluer si
les deux populations sont significativement différentes en renvoyant la probabilité que
deux moyennes appartiennent { une même population : on considère qu’une différence
est significative si t est inférieur à 5 %. Pour la comparaison des séries à 20 et 114 RPM
réalisées en anaérobiose, t = 24 %, indiquant que la production de formiate n’est pas
significativement différente entre ces deux conditions. En revanche, les séries réalisées
en microaérophilie à 20 et 114 RPM sont significativement différentes (t = 0,3 %). Les
cultures réalisées en microaérophilie à 114 RPM se distinguent des autres par le
rendement formiate sur glucose plus bas, alors que les rendements obtenus dans les
cultures sans balayage d’azote { 20 RPM sont semblables à ceux obtenus en anaérobie.
Comme cela a été expliqué précédemment, L. lactis NCDO 2118 répond à une
diminution du flux de substrat reçu par un shift entre les métabolismes homolactique et
mixte. Parmi les métabolites produits dans le cas d’un métabolisme mixte, l’évolution de
la concentration en formiate a été suivie comme indicateur de ce shift. Les résultats
119
indiquent que, pour des cultures réalisées en anaérobiose, les deux conditions
d’agitation conduisent { des taux de conversion du glucose en formiate similaires, en
d’autres termes, aucun shift n’est observé dans ces conditions (les conditions
microaérophiles sont discutées ci-dessous, en 3.3). L’absence de shift métabolique
indique que, du point de vue de la cellule, le flux de substrat reçu n’est pas affecté par la
vitesse de rotation du cylindre. En considérant l’analyse décrite dans l’introduction, cela
montre que sur la durée de la culture batch, nous sommes dans les conditions décrites
en (iii) : le temps de réaction d’assimilation du substrat est supérieur aux temps de
mélange réalisés dans le réacteur.
S S
tR, S Eq II.1
qS X YS / X X
120
Nos résultats n’illustrent que les effets du couplage mélange-réaction { l’échelle de la
fermentation.
Figure II.1 : Illustration du transfert de matière par diffusion vers les cellules et influence de la
concentration moyenne sur le flux transféré.
Les résultats en termes de production de formiate sont comparés pour chaque vitesse
de rotation en fonction des conditions d’oxygénation du milieu. Si les rendements
formiate/glucose sont identiques pour les cultures à 20 RPM quelles que soient les
conditions vis-à-vis de l’oxygène, les cultures { 114 RPM présentent une différence
significative :
121
l’ensemble de la population cellulaire { une quantité d’oxygène suffisante pour inhiber
la PFL.
Dans le cas des cultures à 114 RPM, il est délicat d’évaluer le poids relatifs de la vitesse
de transfset d’oxygène et de la vitesse de micromélange vis à vis du phénomène décrit
car l’augmentation de la vitesse de rotation modifie ces deux paramètres. Une étude
poussée du transfert d’oxygène du ciel gazeux { la phase liquide dans ces conditions est
nécessaire, afin de pouvoir ensuite comparer les temps de transfert, de mélange et de
réaction. Le choix de ne pas pousser cette analyse mais de privilégier la simplification
du problème en travaillant dans des conditions s’affranchissant du transfert gazeux a
été fait pour la suite de ce travail.
122
n’était ressentie par les cellules, mais qu’elles étaient sensibles au transfert d’oxygène
dans le milieu. Par ailleurs, un phénotype remarquable a été observé au cours de ces
différentes cultures, caractérisé par un retard de croissance et par l’apparition
d’agrégats cellulaires (cet aspect est décrit et discuté au chapitre 3) { 20 RPM par
rapport à 114 RPM. Il semble cependant que ces deux phénomènes soient dissociés
puisque l’agrégation { 20 RPM est systématique alors qu’en anaérobiose, le retard de
croissance est variable, et que même sans retard de croissance (l’une des cultures { 20
RPM en anaérobiose) par rapport { 114 RPM, l’agrégation a lieu néanmoins.
Ce retard de croissance témoigne du fait que les conditions de croissance à 20 RPM sont
non optimales. De ce fait, le temps de réponse des cellules au stress (adaptation aux
conditions particulières de l’écoulement) peut expliquer le retard dans la croissance.
Néanmoins, le manque de reproductibilité des courbes obtenues en conditions
d’anaérobiose à 5 g/L soulève quelques interrogations. Ces résultats suggèrent une
forte variation apparente du temps de réponse au stress, ce qui est peu probable étant
donné qu’initialement, les cellules sont toutes dans le même état physiologique. En
revanche, l’écoulement qui s’établit { 20 RPM (Modulated Wavy vortex flow) peut
varier selon les conditions de mise en régime du réacteur et il convient d’y accorder une
importance particulière. De ce fait, les conditions hydrodynamiques rencontrées
peuvent varier pour une même vitesse de rotation, modifiant ainsi le niveau de stress
rencontré par les cellules. A l’heure actuelle notre hypothèse est donc que la variabilité
observée est liée { un manque de reproductibilité de l’écoulement.
123
ici d’expliquer les résultats expérimentaux de Dunlop { l’aide d’un modèle couplant
micromélange et réaction, et de mettre en perspective ces données avec les résultats de
nos expériences.
L’expérience de Dunlop que nous nous proposons d’expliquer { l’aide de ce modèle est
réalisée dans un réacteur de type scale down (figure II.2). La levure Saccharomyces
cerevisiae est cultivée dans ce réacteur dans lequel l’injection est réalisée en différents
points du réacteur :
124
Figure II.2 : représentation schématique du réacteur scale down utilisé par Dunlop.
125
Résultat en
Position de
Conséquence sur le mélange terme de
l’alimentation
métabolisme
Cas 2 :
Mélange lent (peu d’incorporation de milieu Pas/peu
entrée du réacteur
contenant des cellules dans le substrat). d’overflow
tubulaire
Le modèle utilisé ici est un modèle de micromélange par incorporation (ou engulfment)
développé par Baldyga. Comme son nom l’indique, il prend en compte le mécanisme de
micromélange par diffusion { l’intérieur des tourbillons responsables de
l’incorporation. Une représentation schématique de ce modèle est proposée sur la figure
II.3 ; Le mélange d’un volume V1 de fluide frais ajouté au volume initial V2 est décrit. Au
cours du mélange, le volume total est conservé. Le mécanisme d’incorporation conduit {
l’accroissement du volume V1 au détriment du volume V2. Le volume V1 augmente
alors que sa concentration diminue au fur et { mesure de l’incorporation. Par ailleurs, la
réaction ne se produit que dans le volume V1. Il permet de décrire en particulier la cas
où un petit volume fortement concentré en réactif est ajouté à un gros volume
contenant l’autre réactif.
126
V1 V2 Incorporation Homogénéisation Réaction
dV 1
EPV 1 Eq II.2
dt
V1
P représente la probabilité d’auto incorporation P 1
Vtot
1
1 2
E 0,058
Eq II.3
tK
Le bilan matière sur un composé α mélangé puis consommé par une réaction s’écrit
alors ainsi (équation II.4):
d V 1 c
EPV 1 c rV 1 Eq II.4
dt
127
C1.V 1 C 2V 2
c
V1 V 2
On considère par la suite une réaction biologique suivant une loi de Monod pour la
croissance et la consommation de substrat (équation II.5).
S S
q S Y XS1 Y XS1 max q S max Eq II.5
KS S KS S
Ce modèle est tout d’abord utilisé pour représenter l’effet de la ségrégation sur la
vitesse apparente d’assimilation de substrat lorsque la concentration du substrat ajouté
est élevée. Pour cette modélisation, nous avons utilisé une concentration en substrat
(0,2 g.L-1) très largement supérieure au Ks.
128
cellules est différente de la concentration moyenne résultant d’un processus de mélange
complet, ce qui est le cas si le réacteur est ségrégué, les vitesses d’assimilation s’en
ressentiront. Pour visualiser les effets de la ségrégation sur l’assimilation de substrat,
celle-ci est représentée sous la forme du ratio entre la vitesse d’assimilation moyenne
(<qs>) et la vitesse d’assimilation calculée sous l’hypothèse d’un mélange instantané
(graphe II.15). Les différentes courbes sont obtenues pour des temps caractéristiques
de micromélange allant de 50 à 500 ms.
0,9
0,8
0,7
0,6
<qS>/qS(<S>)
0,5
0,4
0,3
0,2 50ms
250ms
0,1 500ms
0
0 0,5 1 1,5 2 2,5 3 3,5 4 4,5 5
t (s)
Graphe II.15 : Effet de la ségrégation sur l’assimilation de substrat { concentration en substrat élevée
Si le micromélange est rapide (50 ms), les cellules sont rapidement confrontées à des
concentrations élevées. De ce fait, la vitesse consommation du substrat de l’ensemble
des cellules (<qs>) atteint rapidement la vitesse qs(<S>) prédite sous l’hypothèse d’un
mélange parfait. Dans le cas de l’expérience menée par Dunlop, ces conditions
conduisent { l’expression d’un métabolisme overflow (réacteur tubulaire muni d’une
grille). Au contraire, si le micromélange est lent (constante arbitrairement choisie ici à
500ms), la vitesse d’assimilation de l’ensemble des cellules est inférieure { la vitesse
atteinte dans le cas d’un mélange rapide. Dans ce cas, la consommation de substrat est
inférieure à la vitesse qs(<S>) prédite sous l’hypothèse d’un mélange parfait, expliquant
129
l’absence de métabolisme overflow. Elle augmente progressivement et n’atteint cette
vitesse qu’après 5s, soit en sortie du réacteur. Notons que le retour dans la cuve agitée a
pour effet de diluer l’excès de substrat dans l’ensemble de la cuve et donc de mettre fin
{ l’exposition { de fortes concentrations.
Ce graphe présente également la fraction massique des cellules dans la zone de réaction
(notée p(X|S>0)). Rappelons que seules ces dernières sont exposées au substrat. La
proportion de la population cellulaire concernée atteint 70% de la population totale à la
sortie du réacteur tubulaire. Au fur et { mesure que le mélange s’opère, la concentration
vue par les cellules diminue alors que de plus en plus de cellules se trouvent en
présence de substrat, et la vitesse d’assimilation normalisée se rapproche de la vitesse
attendue.
Cette représentation met en exergue le fait que, même dans le cas d’une concentration
moyenne en substrat trop faible pour entraîner un quelconque overflow, les effets de la
ségrégation dans le réacteur ont pour conséquence de confronter une partie de la
population à des concentrations bien supérieures, entrainant de fait l’expression de
130
l’overflow. Négliger la ségrégation dans le réacteur conduit alors à une erreur
d’interprétation en considérant que toutes les cellules voient la concentration moyenne
résultante. Pour des mêmes conditions de concentration moyenne, la diminution de la
vitesse de micromélange aura pour effet de réduire la proportion de cellules présentes
dans un environnement riche en substrat. Le réacteur sera plus ségrégué et la différence
entre les niveaux de concentration sera plus importante.
1 1
0,9 0,9
0,8 0,8
normalized uptake rates (-)
0,7 0,7
0,5 0,5
0,4 0,4
0,3 0,3
qS/qSmax
0,2 q(<S>)/qSmax 0,2
p(X|S>0)
0,1 0,1
0 0
0 0,5 1 1,5 2 2,5 3 3,5 4 4,5 5
t (s)
Graphe II.16 : effet de la ségrégation lorsque la concentration moyenne en substrat est faible (tk=500ms)
4.3. Conclusion
Dans le cas de réacteurs non alimentés, le flux de substrat apporté aux cellules est
contrôlé par le niveau de micromélange (figure II.1). Si ces faits sont bien établis dans la
théorie du mélange, leur effet sur le comportement bactérien n’a pas été démontré au
cours de cette étude.
131
Si au contraire, le réacteur est alimenté (alimentation en glucose dans les expériences
de Dunlop ou en oxygène dans notre cas), la vitesse d’incorporation de fluide « frais »
dans le milieu de culture va influencer la concentration de l’environnement proche des
cellules et ainsi affecter les vitesses moyennes de réaction. C’est ce qu’illustre la
modélisation du couplage entre réaction biologique et micromélange. Les résultats
montrent comment la qualité de ce dernier peut conduire à différents états de
ségrégation au sein d’une population cellulaire. Nous avons entre autre montré, grâce {
ce modèle, comment la concentration vue et la proportion de la population bactérienne
concernée peut varier en fonction de la qualité du micromélange, et ainsi expliqué les
résultats obtenus par Dunlop. Lorsque le micromélange est efficace (temps de
micromélange court), le substrat apporté est distribué de façon plus homogène. Si la
concentration en substrat résultante est supérieure à la concentration critique, toutes
les cellules présenteront un métabolisme overflow. Au contraire, pour des quantités de
substrat ajoutées identiques, un temps caractéristique d’incorporation plus lent
entraine que la sous-proportion de cellules ayant du substrat dans leur environnement
diminue, la concentration vue par les cellules étant bien plus importante (figure II.3). Au
niveau de la population, les effets du métabolisme overflow ne sont pas visibles car ne
sont le fait que d’une faible proportion de cellules.
132
Figure II.3 : Illustration du micromélange par incorporation et de son effet sur le couple
concentration/proportion de la population concernée.
Ces résultats illustrent également en partie nos observations quant aux concentrations
en oxygène subies par les cellules. Si une vitesse de rotation élevée permet de transférer
une plus grande quantité d’oxygène dans le réacteur et donc d’inhiber la pyruvate
formiate lyase (responsable de la synthèse de formiate), elle permet également un
meilleur mélange de l’oxygène dissout. Ainsi, la proportion de cellules affectée par
l’exposition { l’oxygène est plus importante lors d’une culture { vitesse de rotation
élevée de part un meilleur transfert, mais aussi un meilleur mélange de l’oxygène. Ces
133
conclusions quant { la répartition de l’oxygène rejoignent les résultats de Dunlop en
matière d’exposition { des concentrations en substrat sub-critiques. Un mélange plus
efficace conduit { faire subir { l’ensemble de la population des concentrations sub-
critiques, entrainant un métabolisme overflow.
5 CONCLUSION
A l’aide d’un modèle de micromélange, nous avons modélisé le couplage entre réaction
biologique et micromélange. Les résultats montrent comment la qualité de ce dernier
peut conduire { différents états de ségrégation au sein d’une population cellulaire. Nous
avons entre autre expliqué, grâce à ce modèle, comment la concentration vue et la
proportion de la population bactérienne concernée peuvent varier en fonction de la
qualité du micromélange. Cette approche associant intensité du stress et fraction de la
population exposée fournit une base théorique permettant d’expliquer les résultats
obtenus par Dunlop. Un temps de mélange long a pour conséquence, pour les cellules
incorporées, un temps de séjour dans des concentrations élevées relativement long,
alors qu’au contraire, une autre population cellulaire issue de la même culture sera dans
134
des conditions limitantes en substrat. La prise en compte des effets de mélange aux
petites échelles permet de considérer les effets de ségrégation et le fait que toutes les
cellules cultivées au sein d’un bioréacteur ne font pas face aux mêmes niveaux de
concentration. L’importance de la prise en compte des concentrations locales plutôt
qu’une concentration moyenne lors de la prédiction du comportement cellulaire est
alors mise en exergue.
135
MINI REWIEW : RELATIONSHIP BETWEEN HYDRODYNAMIC CONDITIONS AND
SUBSTRATE INFLUX TOWARD CELLS.
Université de Toulouse; INSA,UPS,INP; LISBP, 135 Avenue de Rangueil, F-31077 Toulouse, France
INRA, UMR792 Ingénierie des Systèmes Biologiques et des Procédés, F-31400 Toulouse, France
e-mail: [Link]@[Link]
1. INTRODUCTION
The modelling of biological reaction at different scales is a real challenge for the
research community. Despite many efforts, numerous questions among which the
136
integration of micromixing in turbulent flow with biokinetics and the dynamics of the
metabolism triggered by concentration fluctuations are still opened [1]. The study of the
interaction between mixing and biological reactions is complicated by the fact that cells
adapt their behaviour to the environmental condition they encounter. In particular for
fed-batch cultivations the residence time of cells is sufficiently important for
physiological adaptation to take place. As noted by Bailey and Ollis, [2] “effects imposed
at a certain length scale can influence the observed kinetics of cell population in
different ways”. It is important to recognize this connection so that kinetic
measurements and models can be developed under conditions which will resemble in
some senses those encountered in the large scale reactor.” Recent investigations in this
domain include on the one hand the understanding of the mechanisms provoking
reduced yields and on the other hand, the possibilities to obtain a better modelling of
such large scale processes and heterogeneities. In this paper we will focus on the latter
aspects.
Large scale bioreactors have been shown to exhibit heterogeneous concentration fields :
cells circulating through such reactors are submitted to an extracellular fluctuating
environment [3, 4]. As a result, large scale cultivations exhibit lower carbon conversion
yields on biomass than expected from lab-scale experiments : Bylund et al. [3] observed
a reduced yield of 20% for cultures of Escherichia coli; same results were reported by
Enfors et al. [5] for the production a Baker’s yeast Saccharomyces cerevisiae. Generally,
substrate is fed at the top of the reactor and air is injected at the bottom. Because of
imperfect macromixing both oxygen and substrate gradients are formed (low oxygen
and high substrate concentrations at the top and low substrate and high oxygen
concentration at the bottom). The effects of such heterogeneities on microbial
metabolism were studied in scale down reactors, composed of a continuous stirred tank
and a plug flow reactor with a view of periodically exposing cells to sudden variation of
the substrate concentration in their environment [3-8]. Insufficient macromixing
represented as periodic exposure to excessive substrate concentration induces some
modifications on the cell metabolism, leading to the formation of by-products and
137
decreasing the overall reactor performance. Dunlop and co workers pointed out the
influence of intermediate mixing scales (i.e. mesomixing) on continuous cultures of S.
cerevisiae [9, 10]. The conversion yield of substrate into biomass is found to be
dependent on the number and position of injection point in a 3L aerated bioreactor.
Bioreactors are characterized by a complex three phase flow (liquid, gas, biomass). The
modelling of a bioreactor requires a model for the flow field, a model for the reactions
taking place in the biomass and a model for the mass transfer between phases (from gas
to liquid and from liquid to biomass). Despite the fact that biological reactions are
conditioned by the mass transfer between the liquid and the biomass, hydrodynamics
and bioreactions are generally coupled through conservation equations for the
dissolved species. Only a few examples exist where the population of microorganisms is
treated with a Lagrangian approach [7, 11, 12]. The conservation equation for the scalar
, written over a control volume, accounts for convective, diffusive, turbulent transport
and reaction:
138
are strictly valid for steady state conditions with a high degree of mixing (small scale
reactor). More details are presented in the next section.
Yet, it is well established that the applicability of the biokinetic models to temporally
changing conditions experienced by microorganisms in large scale bioreactors is not
guaranteed [15]. Frequently, the parameters of the biokinetic model (including
metabolic model) obtained at the lab scale have to be adapted in order to fit the results
in large scale bioreactors [14]. It has already been pointed out that the interaction
between mixing and biological reaction (physiological response to imperfect mixing)
has to be taken into account in order to improve the predictive capabilities of the
models [1]. To begin with, recent progresses in the description of the substrate
assimilation capacity of the microorganisms are presented. This brief presentation is
important since the substrate assimilation is not characterized by a constant rate but
depend on the cell physiology which is conditioned by the encountered fluctuating
concentrations. This is a significant increase in complexity by comparison to turbulent
reacting flows.
Considering that cells growing in bioreactors are exposed to two kinds of fluctuating
concentrations, rapidly changing concentration due to small mixing scales and low
frequency fluctuation inhering in the circulation time in the bioreactor, the aim of this
paragraph is to highlight the impact of periodic fluctuations on bacterial metabolism.
Microbiologists all agree with the fact that starvation and suboptimal levels of substrate
induce non negligible consequences on bacterial metabolism [17]. Among them, one can
note the fact that bacterial cells adapt their substrate uptake capacities to the
concentration fields they undergo [18]. In other words when the substrate
concentration changes abruptly in time, or equivalently when cells are transported
through a gradient of substrate, relation (2) is not applicable locally because it is a law
of equilibrium. Neubauer et al. [6, 8] showed that heterogeneous conditions caused by
insufficient mixing influences cell physiology. They noticed that cells cultivated under
139
limiting conditions (starvation period during 27 minutes) but regularly exposed to
substrate excess (for 2 minutes) respond by an increase of their substrate uptake
capacity. As a result the instantaneous uptake rate measured after the limitation relief is
up to six times higher than the maximum uptake rate measured in a batch culture. This
faculty to exhibit instantaneous uptake rate that are not correlated to the growth rate
was also reported by Leegwater et al.[19]. Natarajan and Srienc [20, 21] confirmed by
recent techniques that growth rate and substrate uptake rate were decoupled in the
range of growth rates studied. Ferenci explains that when exposed to limiting
concentration cells develop additional systems for the transport of glucose
characterized by a high affinity for the substrate (very low KS value) [17, 18, 22]. From
these experimental results, it is possible to conclude that cells can develop an extra
assimilation capacity, suggesting that they assimilate a certain amount of excess
substrate when suddenly exposed to high substrate concentration. The actual
instantaneous uptake rate of the cell population is therefore a consequence of the
culture history [8]. Thus, the maximum uptake rate cannot be readily set to a constant
independently from the scale of the reactor if imperfect mixing conditions occur. Then,
the instantaneous uptake rate in heterogeneous concentration field cannot be
calculated from the average growth rate. However in most papers the evaluation of R in
equation (1) is obtained from a Monod type law described in all microbiology textbook,
which relates bacterial growth rate μ to the substrate concentration S. This relationship
is obtained from steady state experiments and perfect mixing is assumed. Therefore the
local value S(x,t) around each cell, the temporal average S t and the volume average
<S> are all equal. The substrate uptake rate qS is defined by equation (2) where KS is
defined as the affinity constant for the substrate (a few mg.l-1), YXS the conversion yield
of substrate into biomass (around 0.5 [Link]-1) and μmax the maximal growth rate.
S S
q S Y XS1 Y XS1 max q S max (2)
KS S KS S
By definition this relation is valid for cells that are adapted to their environment, i.e.
that have been facing a constant concentration S(t) for a long time. At steady state, the
140
uptake rate is found to be proportional to the growth rate, which is itself related to the
averaged volume concentration in the bioreactor. Because it is related to growth, the
substrate assimilation rate as defined in (2) is indeed an averaged value over the time
scale for growth. Yet, the literature reported above clearly indicates that the maximum
uptake rate is not constant but is a function of the culture history. Therefore, equation
(3) should be preferred.
1 t
q S max t f q S u du (3)
t
In order to account for such a memory effect, the most natural approach is to treat the
biomass as a dispersed phase. Recently, Lapin et al. [11, 12] have integrated a dynamic
metabolic model for the glucose uptake (adapted from Chassagnole et al. [23]) in an
Euler- Lagrange simulation of a bioreactor in order to compute the local substrate
uptake rate as a function of the cell composition. This modelling approach allows for the
decoupling of the substrate uptake rate from the local concentration. It must be noted
however that the local concentration here is still an averaged value over the control
volume which size is determined by the spatial resolution of the hydrodynamic model.
The mixing phenomena in turbulent flows can be decomposed into three steps (macro-,
mesoand micromixing) occurring simultaneously, whose characteristic time and length
scales are summarized in table 1 [24, 25]. For usual reactor configurations, the
Kolmogorov scale varies from 50 to 300μm, thus being far larger than bacterial cell
(2μm) or yeast (10μm) [9]. Microbial cells are placed in molecular diffusion controlled
environment and the phenomenon responsible for providing substrate to the cell
remains the molecular diffusivity. However the concentration in the environment of
cells is controlled by mesomixing. Al Homoud and Hondzo studied the effect of very low
turbulent dissipation rate on the rate of assimilation of oxygen and glucose [26, 27].
They described an experimental device which consisted in a batch reactor with an
oscillating grid, whose frequency varied from 0 to 6Hz resulting in an averaged
141
ranging from 0 to 4.6 10-5 m2.s-3. The measured assimilation rates are always below
the maximum uptake rate which means that the uptake is limited by the transport
towards the cell. In such conditions, i.e. no segregation at the macroscopic scale, very
low limiting substrate concentration, they found that the Sherwood number was
correlated to . However, such low values are not encountered in industrial bioreactors
and therefore, diffusion is not the limiting step for assimilation in stirred bioreactors.
Merchuk and Asenjo [28] proposed a reinterpretation of the Monod’s law as the result
of the competition between fast reaction at the cell interface and limiting transport. The
showed that the KS value is indeed an apparent constant that depends on the rate of
mass transport. As a consequence, the parameter KS also should not be set
independently from mixing conditions.
Mesomixing
Reduction of Micromixing
Macromixing integral by Micromixing by diffusion
length scale engulfment
1
1 1
Time tc
V L 2 3 2 2
NQc N d 3 t S 2 C tk t D 2 arcsin h 0.05
scales D
3
1 1
Length 1k 3 4 D 2 4
k B
2
scales
2
In fed reactors, substrate is transported from the feeding zone through macro and
mesomixing down to the Kolmogorov scale. Besides macromixing, which is correlated to
142
circulation time in the reactor and the averaged dissipated energy, the local energy
dissipation rate is a key element for determining the substrate influx to cells. Indeed,
local segregation can occur whereas the reactor is perfectly macro mixed. Dunlop and
co-workers [29] have shown that feeding substrate from zones with high energy
dissipation rate causes an increase of substrate flux towards cells. Some of their
experiments were conducted using a stirred tank reactor with a recirculation loop
through a static mixer with a removable grid. Substrate is fed either in the stirred or
plug flow zone to [Link]. This yeast presents the capacity to develop overflow
metabolism when exposed to substrate concentration above a critical value (growth
repression). When the substrate is fed into the well mixed stirred tank bioreactor no
overflow is observed, indicating that most of the cells experiment a concentration that
remains below the critical value. But, when the substrate is fed through the static mixer
the averaged concentration in the PFR zone controlled by the relative mass flow rates of
the feed and the recirculation, exceeds the critical value. When the grid is removed,
mixing in the mixer body is poor (Re=940) and only few cells face a high concentration
and are consequently repressed. In the grid-equipped static mixer (=1kW.m-3) all cells
experience the sub critical substrate concentration which causes overflow and a
significant decrease in the reactor performance. This study clearly shows the impact of
mixing intensity at the feed point, in a way that it conditions the cell population for
further cultivation in the stirred tank. In another lab scale study [9], conducted in well
agitated continuous fermentor, overflow metabolism was observed when the feed point
is located in a zone of low . According to the methodology proposed by Bourne [25] for
the investigation of mixing effects in chemical reactors, this suggests an effect of
mesomixing. These studies show the importance of considering both the local and
substrate concentration values to calculate the substrate flux to cells.
We will now examine the source of errors using equation (2) to compute the source
term in equation (1) when some segregation in the control volume exists. This was done
by using the E model with self engulfment [30]. This model distinguishes two zones in
143
the mixture, reaction only takes place in the substrate rich zone in which cells are
incorporated at a rate defined by the parameter E=1/tk. The PFR zone from Dunlop’s
experiments is studied [29]. In figure 1, the averaged concentration in the mixture (0.2
g.L-1) is far above KS, and results are examined in terms of the ratio between the
averaged assimilation rate and the assimilation rate based on the averaged
concentration (perfectly mixed hypothesis). When mixing is slow, the ratio smoothly
increases with time. In such case the fraction of cells in the glucose rich zone, where
they assimilate the substrate at the maximum rate, is small. When mixing is fast, the
fraction of cells facing high concentration reaches 1 after 0.5 s.
Then, the entire population assimilates the substrate at the maximum rate for the time
remaining in the PFR zone (set to 5 s in the simulations as in [29]). In case of q(<S>)
causing overflow, a perfect mixing will be prejudicial to the overall performance of the
bioreactor as reported by Dunlop.
0,9
0,8
0,7
0,6
<qS>/qS(<S>)
0,5
0,4
0,3
0,2 50ms
250ms
0,1 500ms
0
0 0,5 1 1,5 2 2,5 3 3,5 4 4,5 5
t (s)
Figure 1: Effect of segregation on the substrate assimilation rate at high <S> value
144
1 1
0,9 0,9
0,8 0,8
normalized uptake rates (-)
0,7 0,7
0,5 0,5
0,4 0,4
0,3 0,3
qS/qSmax
0,2 q(<S>)/qSmax 0,2
p(X|S>0)
0,1 0,1
0 0
0 0,5 1 1,5 2 2,5 3 3,5 4 4,5 5
t (s)
In figure 2 (graphe II.13), the average concentration (0.02 g.L-1) is only twice the value
of KS, resulting in q S S 0.66q S max . The normalised uptake rate for the fraction of cells
in the glucose rich environment (solid line) exceeds the normalized uptake rate based
on the average value (dashed line). The fraction of cells in the glucose rich zone (line
with symbols), increases as mixing proceeds and finally reaches 70% of the whole
population at the end of the mixer. From this it is clear that using equation (2) instead of
considering segregation would over estimate the fraction of reacting cells and
underestimate the actual uptake rate of cells that assimilate the substrate. In case of
q(<S>) under the overflow threshold, the model accounting for segregation is the only
one to predict that a subpopulation of cells actually facing high concentrations may shift
to an overflow metabolism.
4. CONCLUSION
145
prediction of microbial comportment remains a crucial issue for microbiologists and
engineers. Experiments reviewed clearly establish connections between mixing and
biological reaction but the effects of sub-grid segregation are ignored in the modelling of
bioreactors. Coupling biological reaction to a mixing model gave a sound explanation of
experimental observations. This review points out the need to consider mesomixing for
the prediction of local biological reaction rates in models used for the scale up of
bioprocesses.
NOMENCLATURE
S substrate concentration
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149
150
CULTURE DE LACTOCOCCUS LACTIS NCDO 2118 DANS UN REACTEUR COUETTE
Les résultats ainsi que la discussion s’y apparentant sont présentés sous forme d’un
article accepté dans Biotechnology and Bioengineering dans une première partie. La
seconde partie présente une analyse complémentaire de la composition de la matrice
obtenue et offre quelques hypothèses quant aux mécanismes biochimiques de
structuration de la matrice.
Université de Toulouse; INSA, UPS, INP; LISBP, 135 Avenue de Rangueil, F-31077
Toulouse, France;
INRA, UMR792 Ingénierie des Systèmes Biologiques et des Procédés, F-31400 Toulouse,
France;
151
Abstract
Batch cultures of Lactococcus lactis NCDO 2118 and IL 1403 were performed in a
Couette bioreactor operated in the Modulated Wavy Vortex flow and the turbulent
regimes. This study provides an overall analysis taking into account both mechanical
stress and mixing in a Couette bioreactor. A unique phenotypic aspect has been proved
to occur only in the Modulated Wavy Vortex flow regime for the two studied strains,
namely that the cells become entrapped in a filamentous form. No change in the
metabolic behaviour of the cells has been observed. The polymeric matrix has been
microscopically observed through FISH and fluorescent lectin binding, showing cells
entrapped in a glycoconjugate matrix. All hypotheses regarding insufficient mixing as a
cause of this phenotype have been discarded, leading to the conclusion that this
particular phenotypic feature is essentially due a combined effect of mechanical stress
and flow structure. Particle size measurement during the fermentation course indicates
that formation of filamentous form results from a continuous aggregation started in the
early stages of the cultivation. According to our results a minimum shear is required to
induce the ability for cells to aggregate. Then, it appears that both flow structure and
mechanical stress (shear) are responsible for the appearance of such a filamentous
form. As far as the authors know, this is the first experimental evidence of a bio
polymerisation induced by the flow structure.
1.1. Introduction
(Introduction)
Biological response to hydrodynamic stresses has been widely investigated during the
past decades. From a theoretical point of view, one can distinguish between two kinds
of stresses induced by hydrodynamic conditions: mechanical stress and chemical stress,
which are both associated with mixing. Substantial evidence of the interactions between
mixing and/or mechanical stress and bioreactions is available (Lara et al. 2006). While
mechanical stress is a critical issue regarding cell damage (e.g. for animal cells
(O'Connor et al. 2002), (Curran and Black 2004) and filamentous fungi (Amanullah et al.
2000; Jüsten et al. 1996)), insufficient mixing also impacts cell metabolism because it
152
exposes cells to nutrient concentration fluctuations in their environment. Mixing issues
can lead to lower (bioreactions) yields in large scale bioreactors (Bylund et al. 1998;
Enfors et al. 2001; George et al. 1998; Larsson et al. 1996) and also in scaled-down
bioreactors (Amanullah et al. 2001; Delvigne et al. 2006; Hewitt et al. 2000; Lara et al.
2006; Namdev et al. 1992; Oosterhuis et al. 1983). The influence of insufficient mixing at
very low agitation levels has also been studied, mainly in the environmental biology
field (Al-Homoud et al. 2007; Bergstedt et al. 2004; Hondzo and Al-Homoud 2007). In
the range of power input studied [0.6 – 46.3].10-6 [Link]-1 the oxygen uptake rate was
shown to be facilitated by small-scale fluid motion (Al-Homoud et al. 2007). Whatever
flow-related phenomenon is considered (mixing or mechanical stress), one key
parameter is the power input: both total value and the spatial distribution of the local
energy dissipation rate.
In stirred bioreactors, the power input is generally high (1 [Link]-1), the flow field is
highly heterogeneous in terms of local energy dissipation rate (Delafosse 2008;
Delafosse et al. 2009) and the 3D flow structure is very complex. So, it is likely that both
mechanical and chemical stresses are present and the analysis of the biological
response to environmental fluctuations is therefore rather complicated. The situation is
exacerbated when some gas sparging must be incorporated into the bioreactor, as
highlighted by a study which revealed that local oxygen limitations occurred in a
presumably perfectly mixed gas-liquid bioreactor (Garcia et al. 2009).
As alternatives to the stirred vessels, bioreactors have been developed which utilise
simpler flow configurations. In this study, the axisymmetric flow in the annular gap
between two coaxial cylinders is considered. When the inner cylinder rotates and the
outer one is immobile a laminar flow, known as Couette flow, is first observed. Above a
critical rotational speed, the flow becomes unstable and axially-stacked vortices appear
in the annulus, a phenomenon known as Taylor vortex flow (Kataoka 1986). Since the
original work of Taylor to those of Kataoka, Rudman (Rudman 1998; Rudman et al.
2008) or Climent (Climent et al. 2007) this type of flow has received a lot of attention
from the fluid mechanics community as it represents a fundamental problem for
studying flow instability. This is also true in the chemical engineering field, where this
153
flow was mainly used in the frame of mixing and precipitation studies (Desmet et al.
1996; Desmet et al. 1996; Liu and Lee D.J. 1999; Marchisio et al. 2001; Ohmura et al.
1997; Ohmura et al. 1998; Wang et al. 2005). Couette reactors are of particular interest
for such studies because the flow field can be either laminar or fully turbulent whilst
maintaining coherent structures named Taylor vortices. In the turbulent regime, the
flow structure is stable, spatially homogeneous and exhibits a narrow range of mixing
control parameters (narrow distribution of local energy dissipation) (Racina and Kind
2006). Between the laminar and turbulent regimes, a complex transition sequence
occurs, including the development of so called Modulated Wavy Vortex flow. A complete
characterisation of these regimes as well as transition limits in terms of Reynolds and
Taylor number can be found in Kataoka (Kataoka 1986).
As far as biological applications are concerned, the classification and analysis of the
previously published works is quite complex because of the diversity of strains,
operating conditions and flow regimes studied. Arnaud and co-workers (Arnaud et al.
1993) studied the effect of a controlled shear between 0 and 72 Pa, on the bacteria
Lactobacillus bulgaricus in a laminar Couette flow. In order to maintain the laminar flow
whilst increasing the rotation speed, CMC (carboxymethyl cellulose) was added to
increase the viscosity. Growth rate, lactose consumption and lactic acid production were
improved by intermediate shear stress levels (between 30 and 50 Pa). However the
observed cell lengthening might have introduced a bias in the biomass concentration
measurement, which was undertaken using an optical density technique. The authors
also pointed out that besides the reduced mass transfer due to the increased viscosity,
the CMC itself has a chemical effect on the biological activity. Cussatlegras and Le Gal
studied the effect of mechanical stresses on the bioluminescence of the dinoflagellate
Pyrocystis noctiluca in a laminar Couette reactor (Cussatlegras and Le Gal 2004). They
showed that a constant shear (in laminar conditions) only induces a weak response
whereas rapid changes in the shear produce a strong light emission. Sahoo et al. (Sahoo
et al. 2003) reported cells size modification, enzymatic activity and transcriptomic
response to shear stress of B. subtilis cultivated under laminar flow conditions.
154
Recently, Patel and co-workers presented experimental evidence of a relationship
between the shear rate, the growth rate, the protein production and the morphology of
Trichoderma reesei (Patel et al. 2010). The 5 L Couette reactor was equipped with a
membrane on the inner cylinder for oxygen supply and was operated either in batch or
continuous mode. The cultivations were performed under laminar conditions with a
shear rate ranging from 78,2 to 326 s-1. Unfortunately, both mixing and oxygen mass
transfer varied with the rotation speed, hence the biological response was probably due
to multiple effects.
If one excludes the works of Curran and Black (Curran and Black 2004; Curran and
Black 2005), and that of Dunlop et al. dedicated to plant cells (Dunlop et al. 1994), then
very few experimental studies on the relationship between the flow structure in a
Couette reactor and the cell physiology are available. Curran and Black demonstrated
the impact of shear stresses on mammalian cells, in terms of metabolism enhancement
and phenotypic properties. Dunlop et al. showed that a correlation exists between the
total energy dissipation and the biological activities (e.g. regrowth ability after an
exposure to mechanical stress, membrane integrity, mitochondrial activity, aggregate
break-up and lysis) in both laminar and turbulent flow regime. In particular, the ability
for cells to grow is restricted well below the critical limit required to lyse the cells. Plant
cells (20-100 µm) spontaneously grow in suspension culture as aggregates of hundreds
of cells. The size of the plant cell aggregates formed decreases with an increase in the
total energy dissipation.
155
This paper describes the results obtained in anaerobic batch culture of Lactococcus
lactis ssp. lactis performed in a Couette reactor at two rotation speeds corresponding to
the modulated wavy and the turbulent flow regimes. Lactococcus lactis is chosen
because it exhibits a sensitivity toward substrate influx (Garrigues et al. 2001).
Depending on substrate flux through the glycolytic pathway, homolactic or mixed-acid
metabolism can occur. The analysis of the produced metabolites represents an
interesting biological approach for observing the impact of mixing at the cell scale
(which governs the external mass transfer toward cells) and provides valuable
information on whether the cells’ metabolism is influenced by the features of the flow.
All cultures have been performed under anaerobic conditions so as to avoid
complicating issues due to gas-liquid two phases flow or oxygen transfer through a
membrane. Cultures have been repeated in two different Couette reactors using either
commercial M17 medium or a chemically defined medium. It is found that a specific
behaviour is triggered by the modulated wavy flow structure: whenever a culture is
performed under this flow condition, a filamentous form is induced by an aggregation of
cells entrapped in a polymeric substance. However the overall metabolism is not
seriously affected. As far as the authors know, this is the first experimental evidence of a
bio polymerisation induced by the flow structure. No such evidence of macroscopic
phenotypic difference has even been demonstrated in a Couette bioreactor for bacteria.
The possible links between these observations and the recent work of Chapot-Chartier
et al. (2010) are discussed in the final part of the paper.
156
eliminate the possibility of bias due to other properties of the reactor, e.g. construction
material.
For the main reactor, the resulting radius ratio, = RR is 0.87. The inner cylinder is
rotating, the outer one is immobile. The rotation speed, can be varied from 2.1 to 12
rad.s-1 (N = 20 to 114 Revolutions Per Minute RPM). The flow field in this device was
measured experimentally and simulated numerically by Coufort (Coufort 2004). In the
velocity range studied by Coufort (N[30-90] RPM), the flow was shown to be fully
turbulent. A mean value of the specific power input, ([Link]-1) was obtained from a
volumetric integration of the local turbulent energy dissipation rate derived from 2D, 3
components, axisymmetric, RANS- k- RSM numerical simulations (Coufort, 2004). It
was found that these values were in good agreement with the energy dissipation
estimated from the torque on the inner cylinder as well as with the experimental
correlation of Wendt, reported by. (Lathrop et al. 1992).
T 3/ 2
1.45 Re1, 445 400 Re 10.000
2 H (1 ) 7/4
(1)
T 3/ 2
0.23 Re1,7 10.000 Re 100.000
H
2
(1 ) 7/4
In this equation, T is the torque on the inner cylinder, (N.m), is the cinematic viscosity
of the liquid phase (water properties are used) and Re is the Reynolds number defined
as
Ri Ro Ri
Re (2)
In the present study, experiments were carried out at the maximum (114 RPM) and
minimum (20 RPM) stable rotation speeds with a view to maximising the difference in
specific power input. At the lowest rotation speed, the reduced Reynolds number
(Re/Recrit) is 27 which is slightly above the critical value above which instabilities occur
(Re/Recrit =20) as explained by Esser and Grossmann (Esser and Grossmann 1995). The
critical Reynolds number, Recrit, is defined by these authors as:
157
Re c
1 1 2 with characteristic constant α being equal to 0.1556
2 2 1 3
In our case its value is 117. It should be stressed that the flow structure differs notably
between these two extreme conditions: at 20 RPM the flow structure corresponds to the
Modulated Wavy Vortex Flow whereas it is Turbulent Vortex Flow at 114 RPM. In the
latter case, the flow structure consists in a stack of stable counter-rotating toroïdal
vortices, called Taylor vortices. Visualisations of the corresponding flow structures can
be found in Kataoka (1986) and Rudman (Rudman et al. 2008). In any case however, the
specific power input, in[Link]-1, can be estimated from the experimental correlation
due to Wendt.
P T
(3)
V V
In its non dimensional form, the specific power input corresponds to a power number,
Np, given by :
PRo Ri
Np (4)
VRi3 3
Figure 1 presents the power number and the specific power input dependence on the
Reynolds number of the flow. This type of representation, Np=f(Re), is common in the
field of mechanical agitation. In the laminar regime the power number is proportional to
Re-1, it is constant in the fully turbulent regime and varies continuously in the
transitional regimes (Harnby et al. 1997). It can be seen that our experiments were
conducted in this transition zone between strictly laminar and fully turbulent flow. The
experiment at 20 RPM is close to the laminar regime (Re < 2300). The experiment at
114 RPM approaches the region of constant power number associated with fully
turbulent flow.
158
0,005 1
0,004 0,1
0,003 0,01
114 rpm
0,002 0,001
0,000 0,00001
0 5000 10000 15000 20000 25000 30000 35000
Re
Figure 1: Power number (∆) and specific power input (□) as a function of the Reynolds number.
Estimated values from eq. (4)
The experimental points are marked by symbols and the corresponding values are
reported in Table 1. The specific power input is a hundred times greater at 114 RPM
than at 20 RPM.
N (rpm) 20 114
Ri ( Ro Ri ) 3140 17900
Re
Batch cultures of Lactococcus lactis ssp. lactis NCDO 2118, or of L. lactis IL 1403 for
control experiments, were produced in the 2-liter Couette reactor described above, in
159
cylindrical 60mL shaken flasks, and in 2-L fermentor (Setric Génie Industriel, Toulouse,
France) for comparison. Cultures were made under anaerobic conditions, at 30 °C, in
M17 medium (Oxoid LTD., Basingstoke, Hampshire, England) or in a chemically defined
medium designed for Lactococcus lactis cultures as described previously (Poolman and
Konings 1988). The initial glucose concentration was 5 or 25 g.L-1, as stated in the text,
and some experiments were performed with yeast extract enriched media (12.5 g.L-1
added to M17 media). Potassium hydroxide (5 M) was automatically added through a
needle in order to maintain the cultures at pH 6.6. A single point injection was used at
114 RPM whereas two injection points were used at 20 RPM. This strategy was adopted
in order to reduce potential mixing issues arising from the pulse addition of KOH
(Baldyga and Bourne 2003). Inoculation was at 2.5 % with exponential phase cells, from
pre-cultures grown in the same medium and conditions (with the exception of pH
regulation).
3. Analytical methods
Bacterial growth was monitored by measuring the optical density at 580 nm (1 OD unit
is equivalent to 0.3 g.L-1 of dried biomass). Glucose and fermentation products were
determined by HPLC analysis (Agilent Technologies 1200 Series, Waldbronn, Germany)
using a HPX87H+ Biorad column and the following conditions: a temperature of 50 °C, a
solvent (H2SO4 5 mM) flow rate of 0.5 [Link]-1, and dual refractometer and UV
detection. The exopolysaccharides (EPS) isolation and quantification protocol was
adapted from (Jung et al. 2008) and applied to stationary phase cells (at the end of broth
acidification). Trichloroacetic acid (TCA) was added to fermented cultures (4 % W/V)
which were then heated (100 °C / 20 min) to denature proteins and improve
detachment of EPS from the bacterial cell walls. Samples were then centrifuged (4000
RPM / 4 °C / 15 min) to remove precipitated proteins and dead cells. Ethanol was added
to the supernatants (50 % V/V) and the samples were gently agitated at 4 °C for 48 h.
The precipitated EPS were then filtrated (0.45 µm), dried (24 h / 60 °C / 0.2 atm), and
weighed.
160
At the end of the fermentation, once media acidification stopped, a needle was placed in
the bioreactor in order to collect the filamentous aggregates. After a few seconds the
needle was carefully removed and the material wrapped around it transferred into a
sampling tube.
An appropriate sampling protocol was chosen to avoid the presence of residual glucose.
Samples treatment was adapted from Böckelmann et al. (2002). Once collected, cells
were fixed with 200 µL of paraformaldehyde (PFA) solution (4 % in PBS) for 2 h at 4 °C,
then washed 3 times with PBS buffer 1X before dehydratation with increasing ethanol
concentration (50 %; 80 % and 96 % V/V) and oven-dried to eliminate residual ethanol.
Fixed samples were hybridized with 100 µl of hybridizing mixture (0.9 M NaCl, 20 mM
Tris-HCl pH 8, 25 % formamide, 0.02 % SDS) and 10 µL of probe solution (EUB338-cy3
50 ng/µl, Aman et al. 1990) for 1.5 h, at 46 °C in the dark. After hybridization the sample
was immersed for 10 min at 48 °C in washing mixture (0.15 M NaCl, 20 mM Tris-HCl pH
8.5 mM EDTA, 0.01 % SDS – kept at 46 °C) and rinsed twice with pre-warmed washing
buffer (20 mM tTris / HCl, 0.01 % SDS, 88 mM NaCl) prior to lectin binding assays.
Each lectin (Sigma Aldrich inc.) used in this study was commercially labelled with FITC.
Source, common name, sugar specificity (according to the manufacturer specification)
and concentration of the lectins used are summarized in table 2. The hybridized
samples were stained with 100 µL fluorescently labelled lectins for 30 min, at room
temperature, in the dark and washed 5 times with the washing buffer to remove
unbound lectins. The so-treated samples were then carefully applied on multi-well glass
slides and oven-dried prior to confocal epifluorescent microscopy observation.
161
Carnivalia Concanavalin A -glucose, -mannose 0.12 mg/ml
ensiformis
Table 2: characteristics of the lectins used in the lectin-binding assays of L. lactis NCDO 2118
5. Microscopy
The sample was mounted with cytifluor for the visualisation and viewed under oil
immersion with a confocal laser scanning microscope (Leica TCS SP2 with argon, GreNe
and HeNe laser). Pictures and three-dimensional reconstruction of images were then
created together using Volocity software (PerkinElmer).
6. Granulometry
162
1.3. Résultats
(Results)
Cultures of Lactococcus lactis NCDO 2118 were performed in a Couette reactor at two
rotation speeds in M17 medium with initial glucose concentration set at 5 g.L-1.
Surprisingly, cultures exhibited filamentous forms composed of cell aggregates at 20
RPM but not at 114 RPM. The hypothesis of a local glucose limitation due to insufficient
mixing, i. e. very low glucose concentration around the cells at low agitation level, was
analysed in similar cultures containing 25 g.L-1 glucose. As previously, a ropy phenotype
was clearly identified at 20 RPM in these conditions, as illustrated in Figure 2. Similar
batch experiments were conducted with 25 g.L-1 glucose with yeast extract
supplementation (12.5 g.L-1) to prevent any local nitrogen limitation. Those cultures
exhibited the same mucoïd phenotype at 20 RPM while the 114 RPM fermentation
remained planktonic.
Figure 2: Picture of the Couette reactor taken at 6h30min of culture of L. lactis NCDO 2118 performed at
20 RPM in M17 medium containing 25 g.L-1 glucose
163
only at 20 RPM, proving that such a phenotype is not a consequence of local pH
gradients due to insufficient mixing.
10,0
9,0
8,0
7,0
Optical Density 580 nm.
6,0
5,0
4,0
3,0
2,0
1,0
0,0
0,0 1,0 2,0 3,0 4,0 5,0 6,0 7,0 8,0
time (h)
Figure 3: Fermentation time course for L. lactis NCDO 2118 growing on glucose-containing M17 medium.
Data points represent biomass evaluated as optical density (○, ● : 114, □, ■ : 20 RPM)
164
conditions. The total catabolic carbon recovery ranged between 93 and 97 %, as
expected for lactic acid bacteria cultures. Total polysaccharide content after
polysaccharide extraction and quantification (according to Jung et al.) was not
significantly different : 509 mg/L +/- 102 mg/L and 563 mg/L +/- 103 mg/L for 114
RPM and 20 RPM fermentations respectively. . In order to investigate the strain
dependent character of the phenotype, L. lactis IL 1403 was cultivated in the Couette
reactor using M17 medium containing 25 g.L-1 glucose. As occurred for the NCDO 2118
strain aggregates were formed at 20 RPM but not at 114 RPM.
0,9
0,8
0,7
0,6
Growth rate (h-1)
0,5
0,4
0,3
0,2
0,1
0
0,00 1,00 2,00 3,00 4,00 5,00 6,00 7,00 8,00 9,00 10,00
Biomass (in terms of optical density units)
Figure 4: Evolution of specific growth rate as a function of biomass (evaluated as OD units), for 114 RPM
(○) and 20 RPM (□) cultures of L. lactis NCDO 2118
All fermentations conducted at 114 RPM remained in a planktonic form until the end of
bacterial growth. The same observation was made for the so called “static cultures”
performed in flasks without agitation at a pH=6.6, which was kept constant by the
165
buffered enriched medium until the 4th hour of growth. Hence the observed mucoid
form is not caused by the total power input solely. Indeed, it was observed that
changing the rotation speed from 114 to 20 RPM, either during exponential growth or
stationary phase, led to the formation of ropy aggregates within 40 min. This indicates
that not only the amount of energy, but also the flow structure, are involved in the
occurrence of the filamentous form.
30
25
glucose, lactate concentration (g/L)
20
15
10
0
0 1 2 3 4 5 6 7 8
time (h)
Figure 5: Fermentation time course for L. lactis growing on glucose-containing M17 medium. Data points
represent glucose (○ : 114 RPM, □ : 20 RPM) and lactate (● : 114 RPM, ■ : 20 RPM)
166
the biggest particles and the presence of only a few big inclusions (aggregate or bubble)
results in a peak in the range of large particles size. This kind of event also produces an
apparent flattening of the distribution in the range of small particle size. Oppositely,
since the large majority of particles are constituted by isolated cells, a number
distribution would mask the presence of big agglomerates.
A comparison of the PSD obtained after 4h45min of cultivation at 20 and 114 RPM is
shown in Figure 6. The behaviour is markedly different for the two cultures: the particle
size distribution at 114 RPM is monomodal and remains centred around a micrometer
which is approximately the cell size, whereas a bimodal distribution appears at 20 RPM,
with the highest volumetric percentage of particles in the range 10-20 µm.
16
14
12
10
% volume
0
0,1 1 10 100 1000
particle diameter (µm)
Figure 6: Comparison of volume particle distribution between cultures conducted at 114 RPM (○) and at
20 RPM (□). The x symbols represent distribution at t=0, identical for 114 and 20 RPM
167
The changes with time in the particle size distributions at 20 RPM are presented in
Figure 7. The initial distribution is centred around 1 µm which corresponds to a
planktonic state of the dispersion. As the fermentation proceeds, a bi-modal distribution
[1-10µm] clearly appears and finally turns into a three mode distribution [1-10-100µm]
at 6h15min of cultivation. From that point in time, it is no longer possible to perform
reliable measurements of the particle size distribution because the suspension becomes
heterogeneous due to the formation of millimetric aggregates. However, these
measurements in the early stages of the cultivation provide insight into the dynamic
aggregation that precedes the formation of macroscopic aggregates. It is noteworthy
that the first stages of the aggregation, leading to particles of about 10 µm in size, had
already commenced after 2 hour of cultivation.
16
14
12
10
% volume
0
0,1 1 10 100 1000
particle diameter (µm)
Figure 7: Volumetric particle distribution as a function of diameter during 20 RPM culture (visible
filamentous form occurred 5 hours and 30 min after inoculation). Time – dependant evolution (data
shown for x t=0 ; ∆ t=1h50 ; ▲-gray 25% t=2h40 ; ▲ gray 50% t=4h45 ; ▲ t=6h15)
Microscopic visualizations
168
Qualitative analyses of the filamentous form have been undertaken through FISH and
lectin binding experiments. FISH method allows specific visualisation of bacterial cells
while lectin binding of glycoconjugate residues facilitates analysis. Results show cells
entrapped in a glycoconjugate matrix. Concanavalin A (Figure 8A) and lectin from Lens
culinaris stained the overall matrix area, while coral tree lectin stained only small
regions of the samples (Figure 6B). In contrast, no staining was obtained with Griffonia
simplicifolia (Figure 6C). These data suggest that glucose (or glucosyl residues) and/or
mannose (or mannosyl residues), and to a lesser extent galactose, are constitutive of the
matrix linking the cells, but not -D-galactosyl residues and N-acetyl--D-
galactosaminyl residues. It is remarkable that the inter-cell distance is about a cell
diameter or more. This indicates that the matrix is an assembly of cells that could
disperse after division.
A C
169
B
Figure 8: Pictures of L. lactis NCDO 2118 aggregates collected during a culture in Couette reactor at 20
RPM, stained in red by FISH and in green by A) concanavalin A, or B) coral tree lectin, or C) Griffonia
simplicifolia.
The same staining experiment conducted on a sample issued from the 114 RPM culture
revealed isolated cells visualized by FISH but no staining by lectin, regardless of the type
of lectin (data not shown).
Figure 9 shows an isolated cell from a 20 RPM culture stained with ruthenium red,
which binds surface glycoproteins (Waller et al. 2004), observed with TEM. coarse
whereas static cells’surface remains dense and smooth.
170
Figure 9 : Picture of L. lactis NCDO 2118 cell isolated from a 20 RPM (left) and shake flask (right)
fermentation, stained with ruthenium red and observed with TEM (gr. x 170 000)
1.4. Discussion
(Discussion)
The results are discussed here in terms of specific power input which determines (i) the
local mixing conditions, i. e. external mass transfer rates for the substrate, (ii)
mechanical stresses, and (iii) flow field structure.
At low rotation speed, the Lactococcus lactis cultures exhibited an unexpected and
impressive phenotype characterized by macroscopic aggregates. To our knowledge, this
particular phenotype has never been observed before for L. lactis cultures.
The first hypothesis proposed to explain this behaviour was associated with mixing
issue. Specifically, at low agitation speed, local nutrient limitations around the cells
could provoke a limited substrate intake, which possibly reduces the growth rate.
L. lactis is known to be sensitive to the glucose flux through its metabolic pathway, since
it can achieve a mixed acid metabolism when the sugar uptake is limited, i. e. when the
171
central catabolic flux is limited at the level of substrate transport into the cell (Garrigues
et al. 1997; 2001),. In our two mixing conditions, the mixed acid yield on glucose shows
that metabolism remains homolactic, indicating that no glucose limitation occurred at
the cell scale. This conclusion was reinforced by the observation that the cultures
harboured an identical phenotype with five times more glucose in the medium.
The qualitative analysis of the matrix clearly indicated the presence of surface and
inter-cell polysaccharides, visualized by ruthenium red and lectin staining respectively.
A limitation in nitrogen, i.e. a high C/N ratio, is often considered as a stimulus for
polysaccharide production by bacteria but the increase in nitrogen supply through yeast
extract - supplemented media did not inhibit the cell aggregation, so the hypothesis of
N-source limitation toward cells was also rejected.
An eventual pH gradient linked to KOH addition was considered but, since such
phenotype was also reported for non regulated cultures performed in a buffered
medium, this hypothesis could be discarded. Therefore, through those experiments,
every hypothesis regarding substrate limitation or insufficient mixing as the origin of
such a phenotype has been eliminated. Similarly, while the evacuation of cell products
(e.g. metabolites) could be theoretically considered as an issue, it is unlikely to be
involved in the primary steps leading to the phenotype as no mixing problems were
demonstrated. Indeed, if the accumulation of excreted products in the vicinity of the cell
was the key phenomenon, one would expect to observe quantitative aggregation in
static culture because the power input is minimal. However, these cultures always
remained planktonic. From these observations, it is considered that insufficient mixing
is not the original cause of aggregation.
For the aggregation to proceed, two conditions must be satisfied: (i) cells must be able
to attach to each other, and (ii) cells must encounter one another.
No aggregation took place when cultures were performed in the Couette reactor
without agitation or in shaken flasks. On the contrary, all cultures performed at 20 RPM
172
produced aggregates. Cells which were initially cultivated in shaken flasks (until the
stationary phase) did not agglomerate when transferred into the Couette reactor
rotating at 20 RPM. Furthermore cells that were cultivated first at 114 RPM in the
Couette reactor or in a stirred bioreactor, and then placed at 20 RPM in the Couette
reactor also flocculated. Whether this adhesion property is due to a minimum amount of
extracellular matrix or to a modification of the cell surface polysaccharides is discussed
in the next paragraph. Nevertheless, it seems that there is a minimum level of
mechanical stress necessary to induce the cell’s ability to agglomerate. A quantification
of the mechanical stresses acting on the cells can be obtained from fluid mechanical
considerations. The force acting on a spherical particle subject to a pure shear has been
numerically calculated by Coufort and Liné (Coufort and Line 2003). Integrating the
force distribution on the particle leads to the stress acting on the particle, in N.m-2,
due to the shear rate G.
5
G (5)
2
The shear rate in the viscous sub-range is given by Camp and Stein (Camp and Stein
1943).
G (6)
At 20 RPM and 114 RPM, the specific power input, , was calculated from equations (1)
and (3) (values are given in Table1). The corresponding shear rates from equation (6)
are equal to 39 and 363 s-1 respectively. Considering the fluid viscosity =10-3 Pa.s, the
stress experienced by the cells can be evaluated as 0.097 and 0.908 N.m-2 at 20 and 114
RPM respectively.
These calculation are based on the assumption that the particle size is much smaller
than the the size of the smallest energy dissipating eddies (, the Kolmogorov length
scale)
173
1/ 4
3
(7)
At the highest rotation speed, the Kolmogorov length scale based on the specific power
input calculated in Table 1 is 56 µm. Thus it can be concluded that individual cells are
subject to a viscous “laminar stress” whatever the flow regime, because they are much
smaller in size than the energy dissipating eddies.
At 114 RPM the flow is turbulent, and the energy is dissipated locally at much finer
length scale than at 20 RPM. A higher total power input increases the stresses on
aggregates in turbulent flow and causes the break-up of aggregates larger than the
smallest turbulent eddies. In the particular device studied, Coufort et al. showed that the
mean size of mineral flocs is calibrated by the Kolmogorov length scale (Coufort et al.
2005). The same phenomenon might explain the absence of filamentous form at 114
RPM. It could be suggested that agitation is so low in static culture that cells rarely
encounter each other and therefore can not form agglomerates. However, in the
mechanism of cell division, mother and daughter cells are initially contacting each
other. Therefore, they would tend to aggregate if they were able to. Besides, this kind of
constitutive agglomeration (or growth related aggregation) has been described by
Dunlop et al. for plant cells. Millimetric aggregates of hundreds of cells are formed in
suspension culture and share cytoplasmic fluid due to incomplete separation of cells
(Dunlop et al. 1994). Our conclusions are therefore that (i) the absence of
agglomeration in static cultures can be related to an insufficient mechanical stress, (ii) a
shear stress on the particle of 0.097 N.m-2 is sufficient to induce a significant change in
the collision efficiency.
Since cells transferred from 114 RPM to 20 RPM flow conditions led to aggregates in a
few minutes, it can be assumed that the different initial conditions produced cells with
similar aggregation potentiality. In other words, it’s not a particular physiological or
biochemical state of the cells cultivated at 20 RPM which provokes aggregation.
174
Moreover, the aggregation process does not depend on whether the cells come from
growth or stationary phase. This indicates that neither growth, nor cell division, nor de
novo synthesis of cell components are required for aggregation. The total amount of
polysaccharides (PS) produced was not significantly different in the cultures at 20 and
114 RPM. Hence, it seems that the particular flow structure in the Couette bioreactor at
20 RPM, characterized by non turbulent, organized vortices favours aggregation.
However, it is first necessary that cells are exposed to a minimal level of mechanical
stresses.
Since the matrix was made of sugars, at least in part, it is tempting to consider that these
sugars are EPS produced by the bacteria. The genome of L. lactis NCDO 2118 is not
sequenced, so its ability to produce EPS is undetermined, albeit there is no strict
correlation between the presence or absence of eps genes and of PS (Van der Meulen et
al. 2007). However, the culture of the IL1403 strain, which is devoted to the eps
plasmidic locus and thus unable to produce EPS, harboured a similar filamentous
phenotype, so it can be assumed that no EPS stricto sensu are involved. This is
surprising because the cells in the aggregate seemed to be entrapped in a filamentous
form rather than stuck together. Hence, one can consider that a PS, but not an EPS,
produced by L. lactis NCDO 2118 as well as IL 1403, is involved in the cell aggregation,
regardless of mixing conditions.
The qualitative analysis of the polysaccharidic matrix using lectin binding revealed that
galactose (Gal) was rarely present in the aggregates. On the contrary, glucose (Glc)
and/or mannose appeared to be the major constituents of the matrix. In general, a
glucose to galactose molar ratio of 2:1 is found in the repeating units of EPS produced
by LAB, with other sugars like rhamnose (Rha) also being possibly involved in the
structure (Kleerebezem et al. 1999; Dabour et al. 2005). A quite similar ratio has
recently been determined for the novel cell wall PS pellicle on the surface of L. lactis IL
1403 (Chapot- (Chapot-Chartier et al. 2010). Monosaccharide analysis of this pellicle
revealed the presence of Rha, Glc, Gal and GlcN, in an approximate molar ratio of 0.8: 2:
1.4: 2. Due to this similarity, the lectin binding approach could not discriminate between
175
EPS and cell wall PS. Nevertheless, this pellicle has been proposed as a new cell
envelope structural component of Gram-positive bacteria.
Taking into account these new data, we postulate that the pellicle-like layer of L. lactis,
in the particular flow conditions of the Couette reactor at 20 RPM, could be structurally
modified or re-organised in such a way that leads to the creation of a filamentous form-
like matrix confining the cell. Structural changes in cell wall polysaccharides due to
shear stresses have been previously demonstrated for algae (Hackney et al. 1994). To
date, however, the possible involvement of cell-wall or extracellular molecules other
than PS cannot be discarded.
1.5. Conclusion
(Conclusion)
Batch cultures of L. lactis NCDO 2118 and L. lactis IL 1403 performed in two different
Couette bioreactors operated in the Modulated Wavy Flow regime systematically led to
the formation of filamentous aggregates, although the overall metabolism remained
unchanged. The phenotype was never observed in cultures performed in shaken flasks.
In contrast, cells initially cultivated in a turbulent flow turn out to form aggregates in
the Couette reactor. It is concluded that a minimum level of mechanical stress is
necessary to induce the adhesion property at the cell level but that higher values of local
energy dissipation are detrimental to the aggregation process itself. Observations with a
confocal microscope reveal individual cells entrapped in a polymeric matrix. The
biochemical analysis of the matrix shows that it contains polysaccharides. Their origin,
either EPS or PS, is not elucidated at the moment but the recent works regarding the cell
wall pellicle of L. lactis offer an interesting explanation for the fact that both the IL 1403,
which does not produce EPS, and NCDO 2118, are able to agglomerate in appropriate
flow conditions.
176
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181
2 ANALYSES COMPLEMENTAIRES SUR LA MATRICE PRODUITE
Pour aller un peu plus loin dans l’analyse et la compréhension de ce phénotype, nous
avons tenté de caractériser plus précisément la matrice entourant les cellules.
L’hétérogénéité du milieu en fin de culture et les difficultés { procéder { un
échantillonnage représentatif, la difficulté à séparer la matrice et les cellules et à
évaluer cette séparation, entre autres, rendent les résultats de cette analyse
essentiellement qualitatifs et semi quantitatifs. Cependant, l’analyse biochimique des
composés de la matrice fournit des indications précieuses. Un traitement aux ultrasons
a donc été mis au point afin d’extraire grossièrement des composés de la matrice et
quelques dosages simples ont été pratiqués pour une évaluation semi quantitative. Afin
d’éviter toute interférence entre les dosages des composés extraits et les constituants
du milieu de culture M17, cette analyse a été réalisée sur des cellules cultivées sur un
milieu chimiquement défini (MDC) dont la composition est résumée en annexe 1.
Croissance, métabolisme et phénotype des cultures réalisées sur milieu MCD sont
similaires avec les descriptions précédentes.
Les protocoles d’extraction et de chaque dosage sont détaillés en annexe, dans cette
partie ne sont indiqués que les principes pour chaque méthode.
Un traitement aux ultrasons a été choisi afin d’extraire les composés de la matrice
enveloppant les cellules. Ce traitement inclut les étapes suivantes résumées ici (le
protocole complet est détaillé en annexe 3):
Echantillonnage :
182
mauvaise représentativité de l’échantillon. A l’issue de chaque culture, 2 x 800 ml ont
été récoltés.
Afin d’éviter toute interaction entre les composés du milieu de culture et les cellules, il
est nécessaire de laver l’ensemble cellules + matrice dans un tampon PBS. Pour cela, les
échantillons, répartis dans des flacons, sont centrifugés 20 min à 4000 RPM et à 4 °C
afin de limiter les réactions. Après élimination du surnageant, le culot est repris dans du
tampon PBS. L’opération est réalisée 3 fois.
Concentration :
Chaque cycle comprend une phase de traitement (20 s, 2,4 W/ml dans de la glace) et
une phase de refroidissement de 1 min. Après 4 cycles, l’échantillon est centrifugé et le
surnageant conservé à -18 °C.
Lors de la mise au point de ce protocole, l’absence de lyse cellulaire a été vérifiée { l’aide
du dosage de l’activité Lactate déshydrogénase (LDH) après un traitement de 1 à 6
cycles. Les résultats montrent qu’il n’y a pas de lyse cellulaire significative jusqu’{ 4
cycles (voir annexe 3).
2.1.2. Dosages
Les polysaccharides ont été dosés par la méthode { l’anthrone. Après hydrolyse des
polymères, les sucres réducteurs forment un complexe coloré avec le réactif à
l’anthrone (cf annexe 2).
183
En formant de tels complexes, il prend une couleur pourpre dont l’intensité peut être
évaluée par dosage spectrophotométrique contre une gamme étalon en sérumalbumine
bovine (BSA, Bovin Serum Albumin). Les résultats sont donc exprimés en équivalents
BSA.
Pour des raisons de commodité, ces dosages (anthrone et BCA), utilisés en routine au
laboratoire, ont été réalisés en microplaques.
La masse sèche totale est grossièrement estimée par pesée d’un culot de centrifugation
préalablement séché { l’étude { vide.
L’évaluation de l’hydrophobicité de surface a été réalisée via un test d’affinité pour les
solvants (MATS, voir annexe3).
2.2. Résultats
Tout d’abord, commençons par des remarques d’ordre général. Tous les culots de
centrifugation présentent deux phases, qu’il s’agisse de cultures de L. lactis NCDO 2118
à 20 ou 114 RPM ou de L. lactis IL1403 { 20 RPM. Les différences résident dans l’aspect
et le volume de ces phases. La phase supérieure des culots de centrifugation des
cultures de L. lactis NCDO 2118 est constituée d’une masse gluante formant un gel peu
resserré autour de cellules alors que la phase inférieure est principalement constituée
de cellules. Si cette phase représente environ la moitié du culot (en volume) pour les
cultures à 20 RPM, elle est beaucoup plus fine pour les cultures à 114 RPM. Quant aux
culots de L. lactis IL1403, leur phase supérieure a un aspect plus solide et dense,
ressemblant plus { un amas cotonneux qu’{ un gel.
Les résultats des dosages de polysaccharides et de protéines sont présentés dans les
tableaux III.1 et III.2. Pour chaque souche et condition de culture, les concentrations en
184
polysaccharides (exprimées en équivalent glucose) et protéines (en équivalent BSA)
extraits sont indiquées pour des échantillons concentrés 8 fois. Les valeurs entre
parenthèses sont les concentrations équivalentes pour un échantillon non concentré. Si
les dosages sont répétables, l’échantillonnage et les étapes préliminaires sont source
d’une plus grande variabilité, avec pour conséquence des écarts types importants sur
les mesures.
IL 1403 0,104
0,038 Idem
20 RPM (0,013)
Tableau III.1 : résultats du dosage des polysaccharides liés aux cellules par la méthode { l’anthrone
D’un point de vue semi quantitatif, on remarque que quel que soit l’état de l’échantillon
initial (matrice filamenteuse ou cellules libres), les extraits contiennent plus de
protéines que de polysaccharides. Ces derniers, en équivalent glucose, ne représentent
que 0.1% du glucose initialement présent dans le milieu de culture.
185
20 RPM (0,259) dosages
Tableau III.2 : résultats du dosage des protéines liées aux cellules par la méthode BCA
Matières extraites
Des essais selon la méthode MATS (« Microbial Adsorption To Solvents »), décrite par
Bellon-Fontaine et al. (1996), ont été réalisés selon le protocole décrit en annexe 3.
L’objectif d’une telle mise en œuvre est de déterminer si l’agrégation des cellules est
d’une façon ou d’une autre corrélée { des différences quantifiables des propriétés de
surface (caractère hydrophile/hydrophobe) des cellules provenant des différentes
conditions de culture. Les résultats concernant l’affinité des cellules pour les solvants
testés sont présentés dans le tableau III.3 ci-dessous. Le caractère hydrophobe ou
hydrophile de la surface bactérienne est évalué via l’affinité des cellules pour les
différents solvants. L’affinité pour les solvants polaires comme le chloroforme
(accepteur d’électrons) et l’acétate d’éthyle (donneur d’électrons) indique un caractère
hydrophile (soit donneur soit accepteur d’électrons, respectivement) de la surface, alors
que l’affinité pour l’hexadécane ou le décane (solvants apolaires) reflète un caractère
hydrophobe.
186
On constate que, quelles que soient les souches et les conditions de culture, les cellules
présentent toutes des propriétés de surface plutôt hydrophiles (affinité maximale pour
les solvants polaires et adhésion minime aux solvants apolaires). L’affinité plus
importante pour le chloroforme indique de plus un caractère majoritairement donneur
d’électrons (base au sens de Lewis). Giaouris et al. (2009) ont testé l’affinité des souches
NCDO 2118 et IL 1403 pour le chloroforme et l’hexadécane. L’affinité des souches est
inférieure à 10% quel que soit le solvant. Cette différence pourrait venir du fait que,
contrairement à Giaouris et al., nous avons testé des cellules en phase exponentielle de
croissance.
Acétate
Solvant : Chloroforme Hexadécane Décane
d'éthyle
Les résultats entre souches et/ou conditions de culture ne sont pas significativement
différents au sens du test statistique de Student.
Quoi qu’il en soit, les cellules sont plutôt hydrophiles (affinité pour le chloroforme) et
l’agrégation ne semble pas pouvoir être expliquée par une augmentation de
l’hydrophobicité de surface.
De ce fait, il est difficile de tirer une conclusion définitive quant à une modification nette
des propriétés physico-chimiques de la surface bactérienne et son éventuelle
implication dans le processus d’agrégation observé à 114 RPM.
187
2.3. Discussion et conclusion
Les résultats de dosage des polysaccharides sur les cultures de L. lactis NCDO 2118 à 20
et 114 RPM sont très surprenants au regard des marquages précédemment réalisés.
Alors que des cellules cultivées à 114 RPM ne fixent aucune des lectines testées, elles
semblent néanmoins être pourvues de polysaccharides liés à leur paroi. Les quantités
extraites par le traitement aux ultrasons sont peu différentes dans les deux conditions
de culture. Différentes hypothèses peuvent expliquer ce comportement.
188
largement supérieure { celle autour de cellules planctoniques. D’autre
part, il est possible que la densité (compactage) des molécules
exocellulaires soit différente entre ces deux conditions et, dans le cas
d’une faible densité, conduisent { un signal fluorescent trop faible.
Le dosage des polysaccharides extraits pour L. lactis NCDO 2118 et IL1403 montre une
différence significative de concentration entre ces deux souches. Il convient néanmoins
d’être très prudent pour l’analyse de ces résultats. En effet, ces dosages sont effectués
sur des extraits. Conclure que IL 1403 présente moins de PS que NCDO 2118 implique
que les rendements d’extraction sont similaires pour ces deux souches, Cependant, le
filament obtenu avec IL 1403 semble plus solide et moins aérien, suggérant que la
matrice est plus difficile à déstructurer.
Composition de la matrice
Le fait que la matrice contienne des protéines en proportions plus importantes laisse à
penser que ce sont ces dernières qui interviennent principalement dans la cohésion et la
structure de la matrice, les polysaccharides étant éventuellement piégés dans le réseau
créé par les protéines. Cette hypothèse est cohérente avec les observations de cultures à
pH non régulé dans un milieu enrichi en tampon. Le phénotype apparait tant que le pH
189
est autour de 6,6. Lorsque la culture se poursuit et que le pH diminue, le phénotype
disparait. Cela indique que le phénotype est contrôlé par une molécule sensible au pH. Si
les polysaccharides présentent souvent des groupements carboxyles amphotères, le pKa
de ces fonctions est situé autour de 3-4, et par conséquent ces fonctions ne changent pas
de charge au début de l’acidification du milieu de culture. Cependant, les protéines
présentent une gamme de pHi (points isoélectriques) très variés, il est donc probable
que le réseau de base de la matrice comprenne des substances protéiques pour
lesquelles une diminution trop importante du pH entraine la perte de la capacité à créer
des liaisons ioniques. Dans des domaines voisins du champ de cette étude, il a été
prouvé que les protéines jouent un rôle important dans le processus d’agrégation
(Lazarova and Manem 1995) et l’augmentation d’adhérence des biofilms. Il a été aussi
démontré qu’il y a une corrélation positive entre la teneur en protéines et la capacité de
floculation (Wilén et al. 2003).
Essai
NCDO 2118 NCDO 2118 IL 1403
(souche et vitesse de
20 RPM 114 RPM 20 RPM
rotation)
Ratio
8,6 6,7 7,9
protéines/polysaccharide
Les marquages par des lectines ont montré la présence de polysaccharides dans la
matrice cellulaire. Des dosages complémentaires après destruction partielle de la
matrice par un traitement aux ultrasons ont aussi révélé la présence d’ADN et de
protéines en quantité non négligeable. Cette composition est assez caractéristique de la
composition de la matrice extracellulaire présente autours de biofilms (Nielsen et al.
1997). L’ADN pourrait jouer un rôle d’agent de cohésion (Briandet, communication
personnelle). Cette présence d’ADN pourrait indiquer une forte proportion de cellules
lysées. Cependant, des observations comparatives sur des champs microscopiques
identiques de cellules marquées (live) et de cellules observées en contraste de phase
n’indiquent pas de mort cellulaire significative (figure III.1).
190
marquage Live Dead Cellules observées en contraste de phase
Figure III.1 photographie de cellules emprisonnées dans un filament. A cellules vivantes, B cellules totales.
Enfin, le mécanisme d’adhésion reste { éclaircir. Le fait que des cultures cultivées à 114
RPM et transférées dans un écoulement ondulatoire forment des filaments dans un
intervalle de temps court (40 min) suggère que les cellules ont acquis la capacité à
adhérer entre elles préalablement. Il est fort probable que les propriétés surfaciques
des cellules soient impliquées dans le processus d’agrégation ; ces propriétés, analysées
uniquement par un test d’affinité pour des solvants (MATS), semblent similaires quelles
que soient les cellules testées et les conditions de culture. D’autres méthodes,
notamment de caractérisation biochimique de la surface cellulaire, seront à mettre en
œuvre pour comprendre les mécanismes d’agrégation.
191
3 CONCLUSION GENERALE
Cultivé en batch dans un réacteur Couette, Lactococcus lactis NCDO 2118 présente un
caractère phénotypique unique lorsque le réacteur est opéré en régime ondulatoire
modulé. Ce caractère phénotypique est amplifié lorsque la fermentation conduit à
produire plus de biomasse, en augmentant la concentration initiale de glucose. Il semble
également que, quelle que soit la géométrie du réacteur Couette, toute fermentation
réalisée dans ce régime d’écoulement particulier (Modulated Vortex Flow) conduise { ce
phénotype.
La principale différence entre les deux conditions opératoires testées étant le niveau
d’énergie dissipée dans le réacteur, les premières hypothèses visant { expliquer ce
phénotype sont liées { un défaut de mélange. Cependant, l’analyse du comportement
métabolique de L. lactis NCDO 2118 a montré qu’aucun shift métabolique n’apparaissait
lors des fermentations. Or, cette souche présente la particularité de présenter deux
comportements métaboliques (homolactique et métabolisme mixte) selon le flux de
substrat reçu. Il apparait alors évident que les différentes conditions opératoires
n’affectent pas le flux de substrat reçu puisque sans effet sur le métabolisme, ce qui
témoigne de conditions non significativement différentes en termes de mélange. Les
cultures étant régulées pour maintenir un pH optimal, un défaut de mélange de la
potasse peut également constituer un point critique. Ici encore, cette hypothèse a été
écartée puisque les cultures réalisées dans un milieu sur-tamponné, permettant de
retarder l’acidification et donc l’ajout de potasse, présentent le même phénotype tant
que le pH n’est pas trop bas, indiquant que ce dernier n’est pas causé par un quelconque
défaut de mélange de la potasse.
Le marquage par des lectines et des dosages réalisés sur des extraits de la matrice
témoignent de la présence de polysaccharides. Cependant, la production
d’exopolysaccharides au sens strict par la souche ne semble pas requise pour
l’obtention du phénotype. En effet, les cultures de L. lactis IL1403 présentent le même
phénotype. De plus, la quantité d’EPS produite est bien souvent corrélée au rapport
192
entre substrat carboné et azoté assimilé par la cellule. Cependant, les cultures dans un
milieu avec un ratio N/C modifié présentent le même phénotype.
Qui dit forces de cohésion dit cohésion, quel en est le mécanisme? Est-ce un mécanisme
induit ? Si les mécanismes d’adhésion sont liés aux caractéristiques biochimiques et
biophysiques des constituants de la matrice, sujet qu’il faudra approfondir, il semble
que les caractéristiques des cellules aptes { s’agréger soient identiques quelle que soit la
vitesse de rotation. Cette déduction est renforcée par le fait que le transfert de cellules
d’une condition planctonique { une condition provoquant l’agrégation conduit
effectivement à une agrégation rapide, même pour des cellules en phase stationnaire de
croissance. Il en découle que : (i) aucune modification (bio)chimique des cellules,
notamment une expression de gènes modifiée qui conduirait à une composition
différente en métabolites (de surface), n’est { invoquer pour observer le phénotype ; (ii)
une concentration particulière, ou critique, de molécules exocellulaires
(polysaccharides et protéines) ne semble pas un pré-requis pour observer l’agrégation.
193
Il est alors probable que cette concentration est non différente dans les deux conditions
de culture, avec ou sans agrégation, même si nos essais de quantification sont encore
trop imprécis pour le démontrer. Ces observations permettent de penser que la nature
des molécules, de surface ou exocellulaires, impliquées ou pas dans l’agrégation, n’est
pas non plus différente dans les deux conditions. Il faut donc envisager que leur
disposition, ou leur conformation, varie avec l’écoulement, et permette un
« accrochage » de structures moléculaires entre elles dans une condition d’écoulement
particulière. Cette caractérisation fine du mécanisme d’agrégation reste un challenge
pour l’avenir.
C’est donc l’objectif du chapitre suivant, qui va s’attacher à décrire et caractériser les
différences au niveau de l’écoulement et les contraintes subies par des cellules circulant
dans ces environnements.
194
DESCRIPTION DES CONTRAINTES LOCALES PAR SIMULATION NUMERIQUE DE
L’ECOULEMENT
L’hypothèse d’un défaut lié au mélange pour expliquer le phénotype ayant été exclue
dans le chapitre précédant, nous allons nous attacher ici à identifier les caractères
spécifiques de l’écoulement menant { nos observations. L’objectif de ce chapitre est de
réaliser une caractérisation détaillée des contraintes hydrodynamiques subies par des
cellules en culture dans un réacteur de Couette et ce dans les différents régimes
d’écoulement précédemment évoqués. L’analyse des données de la littérature a montré
que l’intensité d’un stress n’est pas la seule information { considérer mais que les
variations temporelles contribuent également à déterminer la réponse biologique.
Il a également été souligné que parmi les paramètres clés de l’écoulement, le taux de
dissipation de l’énergie jouait un rôle central. L’évaluation globale de cette grandeur
n’est pas problématique mais sa détermination { l’échelle de la cellule ainsi que les
variations spatio-temporelles sont en pratique très difficiles à mesurer (Huchet et al.
2009). Un moyen d’accéder { ces informations consiste { mettre en œuvre une
simulation numérique de l’écoulement
Nous avons ainsi réalisé la simulation numérique directe (DNS) de l’écoulement dans le
réacteur dans différentes conditions. La simulation de tels écoulement n’est pas triviale
et une analyse théorique préliminaire s‘impose afin de guider les choix lors du
paramétrage. Une fois les simulations validées par comparaison avec des données
expérimentales ou théoriques, l’écoulement est décrit dans son ensemble. Des valeurs
de contraintes moyennes ainsi que leurs répartitions volumiques sont calculées et une
cartographie du réacteur est ainsi réalisée. Un lâcher de particule a également été
effectué afin de recueillir des informations sur l’historique des contraintes subies par
les cellules. L’analyse des contraintes le long de la trajectoire d’une cellule dans le
réacteur relève de l’approche dite Lagrangienne. En conclusion de ce chapitre et grâce {
l’éclairage des données numériques récoltées, nous tenterons d’affiner les hypothèses
expliquant le lien entre phénotype et conditions hydrodynamiques locales et globales.
195
1 DESCRIPTION DE L’ECOULEMENT DANS LE REACTEUR COUETTE
RiRo Ri
Re Eq IV.1
Re c
1 1 2
Eq IV.2
2 2 1 3
Ri
Avec et α = 0,1556
Ro
La définition du nombre de Reynolds critique donnée par ces auteurs découle d’une
analyse linéaire de stabilité. Elle est de fait théorique et donne la limite approximative
au-del{ de laquelle l’écoulement ne peut plus être laminaire. Pour le réacteur étudié ici,
on calcule donc Rec = 117.
Au cours de cette étude, nous avons travaillé avec des vitesses allant de 20 à 114 RPM.
Le tableau IV.1 ci-dessous résume les différents régimes d’écoulement attendus en
fonction de la vitesse de rotation du cylindre interne.
196
Vitesse de rotation Reynolds réduit
Reynolds Régime d’écoulement
(RPM) (Re*=Re/Rec)
10 1751 13,4
Tourbillonnaire ondulant /
20 3142 26,9
éventuellement modulé
30 4712 40,3
70 10996 94,1
114 17907 153,3 Turbulent vortex flow
200 31416 268,9
Tableau IV.1: détermination des régimes d’écoulement rencontrés
Les différents régimes en fonction de Re* sont cohérents avec les résultats de
simulation numérique directe (DNS) de Dong (Dong 2007) selon lesquels les vortex de
Taylor sont laminaires pour Re*=14 puis turbulents pour Re*= 42 – 114 dans un
réacteur de ratio η=0,5. Par une approche de Simulation Numérique Directe de
l’écoulement et expérimentale, Rudman (Rudman et al. 2008) trouve que la transition
entre le régime ondulant et un régime relativement chaotique a lieu pour un Re compris
entre 120 et 160 dans un réacteur dont la géométrie est telle que η=0,856 soit Rec=111
et Re* entre 1,4 et 1,6.
Ces remarques indiquent que la transition est très rapide entre ces différents régimes
(régime vortex ondulatoires, modulés et turbulents). D’autre part, il semble que dans le
régime modulé, l’obtention d’une structure d’écoulement donnée soit de plus
dépendante de l’histoire de l’écoulement (Climent, communication personnelle). C’est
cette existence de solutions expérimentales multiples qui a été avancée an chapitre 2
pour expliquer une partie de la variabilité des cultures réalisées à 20 RPM.
De ces descriptions, quelques remarques sont à prendre en compte afin de réaliser une
résolution numérique la plus exacte possible. Du régime laminaire { l’apparition de
vortex de Taylor, l’écoulement est axisymétrique. Par la suite, l’augmentation de la
vitesse de rotation du cylindre interne entraine l’apparition de nouvelles instabilités :
on observe alors des vortex ondulants. L’écoulement perd de ce fait son caractère
axisymétrique et devient pseudo périodique : la valeur de vitesse en un point varie au
cours du temps mais cette variation est périodique. L’augmentation du nombre de
197
Reynolds entraine ensuite une modulation : une deuxième onde vient se superposer à la
première. L’écoulement devient alors peu { peu chaotique et par conséquent, difficile à
prédire, modéliser et observer. Par la suite, les vortex deviennent turbulents mais
stables en moyenne et l’écoulement moyen retrouve son caractère axisymétrique dans
le régime turbulent.
Des corrélations permettent de prédire des valeurs de couple, puissance dissipée, taux
de dissipation et cisaillement dans le réacteur Couette. Le couple exercé par le fluide sur
le cylindre en rotation est estimé selon la corrélation de Wendt (équations IV.3 à IV.5),
dont la validité a été plus récemment confirmée par les travaux expérimentaux de
(Lathrop et al. 1992).
C Ga dim 2 H Eq IV.3
3
2
3
400 ≤ Re ≤ 10 000 Ga dim 1,45 Re 2 Eq IV.4
1
7
4
3
2
Re ≥ 10 000 Ga dim 0,23 Re1, 7 Eq IV.5
1
7
4
198
P
Eq IV.6
V
Eq IV.7
Les valeurs de ces grandeurs globales ont été calculées pour la géométrie du réacteur
Couette utilisé dans cette étude. Elles sont résumées dans le tableau IV.2 ci-dessous et
vont permettre par la suite d’évaluer la convergence de la solution trouvée
numériquement.
Taux de
Vitesse de Puissance
Couple Taux de dissipation <ε> cisaillement
rotation dissipée
(N.m) ([Link]-1) < >
(RPM) (10-3 W)
(s-1)
10 0,44 0,46 0,00027 16,4
20 1,24 2,6 0,00153 39,1
30 2,28 7,2 0,00451 64,9
70 8,29 60,8 0,03574 189,1
114 18,99 226,7 0,13336 365,0
200 49,38 1,03.103 0,60838 780,0
Tableau IV.2: Valeurs caractéristiques pour différentes vitesses de rotation.
En effet, l’écoulement qui s’établit { 20 RPM est très proche de la zone dans laquelle
apparait le régime ondulatoire modulé (Modulated Wavy Vortex Flow). Cela signifie
qu’une onde modulée se superpose aux vortex de Taylor. Ces derniers oscillent de façon
199
axiale selon une période et une amplitude donnée et l’onde ne se déplace pas { la même
vitesse que le fluide. Cependant, le caractère modulé, que l’on peut décrire comme un
enchaînement de constriction et d’expansion des vortex de Taylor, entraine une double
instabilité qui rend la résolution numérique de ce type d’écoulement très périlleuse. Si
l’écoulement dans un réacteur Couette suscite l’intérêt des scientifiques depuis de
nombreuses années, la description et la simulation des régimes périodiques et modulés
ne sont pas pleinement résolus. Parmi les récents travaux en mécanique des fluides
numériques s’attachant { résoudre ce type particulier d’écoulement, citons Dong (Dong
2007) et Bilson et Bremhorst (Bilson and Bremhorst 2007). Une autre illustration de la
difficulté à décrire les phénomènes ayant lieu autour de ces transitions est la
problématique du mélange intravortex et son lien avec les vitesses de rotation qui
suscite de nombreuses controverse.
Dans ce cas particulier, il convient traiter les résultats numériques avec une très grande
attention, la simulation pouvant mener à plusieurs solutions stables différentes. Dong
(Dong 2007) remarque que plus le rapport hauteur/rayon interne est élevé, plus il y a
de chances (ou de risques) d’obtenir des écoulements résolus multiples (par exemple,
des écoulements ondulatoires de période différentes). Cette multiplicité n’est cependant
pas un artefact et rejoint certaines observations expérimentales (Coles 1965).
200
l’écoulement dans le réacteur Couette pour différentes vitesses de rotation par
simulation numérique directe (DNS).
U i
x
i
0
i
Eq IV.8
U i U i 1 p 2U i
U j
t j x j xi j x 2j
Dans le cas de la Simulation Numérique Directe (ou DNS), les équations de Navier-
Stokes, exactes, sont discrétisées et résolues sans formuler aucune hypothèse sur la
nature turbulente de l’écoulement. En d’autres termes, toutes les échelles de temps et
de longueur sont résolues ce qui conduit à une description spatiale et temporelle de
l’écoulement très détaillée. En contrepartie, la résolution spatiale et temporelle doit être
suffisamment fine afin de décrire effectivement l’ensemble des échelles présentes dans
l’écoulement. Ceci impose une taille maximale de maille et un pas de temps
judicieusement choisis. En pratique, il est souhaitable de raffiner jusqu’{ la taille des
plus petites structures turbulentes, définies par l’échelle de Kolmogorov. Les valeurs
des échelles spatiales et temporelles de Kolmogorov (échelle sous laquelle la dissipation
visqueuse domine) sont données dans le tableau IV.3. Ces deux grandeurs ont été fixées
a priori, en se basant sur la théorie de la turbulence, à partir de la valeur de la puissance
spécifique moyenne donnée par la corrélation de Wendt. Puisqu’il s’agit d’une péthode )
priori, et en particulier pour les écoulements peu turbulents (pour lesquels on ne peut
pas parler d’échelle de Kolmogorov stricto sensu), il conviendra de valider les
simulations en examinant la qualité des résultats notamment en comparant l’intégrale
de puissance dissipée localement à la puissance spécifique moyenne donnée par la
corrélation de Wendt.
201
Maillage
Conditions limites
Type : « Wall » ( condition d’adhérence + loi de paroi) pour les cylindres interne,
externe et le fond, « Symetry » pour la frontière supérieure ( vitesse normale nulle
et gradients normaux nuls pour les autres composantes : vitesses dans le plan). La
surface supérieure ne se déforme pas mais possède les propriétés d’une surface libre :
frottement nul.
Paramètres de la simulation
Les équations de Navier Stokes ont été discrétisées { l’ordre 3 en espace et 2 en temps,
et résolues en double précision, 3D, instationnaire.
1/ 4 1/ 2
3
k tk
dt
RPM (s)
(µm) (s)
20 160 0,0279 * 0,01
30 125 0,0155 0,001
70 73 0,0053 0,0005
120 50 0,0028 0,0001
* le caractère pleinement turbulent n’est pas établi à 20 rpm
202
Tableau IV.3 : échelles caractéristiques turbulentes pour les différentes vitesses de rotation utilisées à
partir de la dissipation moyenne
Critères
203
Intégrale des contraintes sur le cylindre intérieur qui permet de calculer
le couple puis la puissance fournie et la dissipation globale (dissipation
moyenne volumique calculée selon les équations IV.4 à IV.6 (à partir de la
puissance totale dissipée dans le réacteur),
u 2 v 2 w 2 u v 2 v w 2 u w 2
2 Eq IV.9
x y z y x z y z x
1 Eq
V V
V dV
IV.10
Examen de la convergence
Le graphe IV.1 ci-dessous présente l’évolution d’un critère choisi par Fluent
représentatif du couple exercé sur le cylindre dans l’écoulement { 20 RPM.
Les coefficients sont stables au delà de t =10s et sur une durée de 10 s supplémentaires,
on peut donc affirmer que l’écoulement est établi { 20 RPM sur cette durée, ce qui
représente 3 révolutions du cylindre interne.
204
0,00E+00
0 5 10 15 20 25
-5,00E-07
20 RPM
-1,00E-06
-1,50E-06
-2,00E-06
-2,50E-06
-3,00E-06
Graphe IV.1 : stabilisation du couple pour des simulations { 20 RPM (l’axe des ordonnées correspond { un
coefficient de calcul proportionnel au couple)
Les valeurs du couple exercé sur les cylindres interne et externe sont représentées sur
le graphe IV.2. Ce graphique compare, pour les simulations de l’écoulement { 20, 30, 70
et 114 RPM, les valeurs de couple relevés par Fluent avec celles calculées { l’aide de la
corrélation de Wendt ou mesurées par Coufort (Coufort 2004). Ces valeurs sont très
proches, ce qui confirme le caractère établi de l’écoulement. De plus, ces valeurs
coïncident avec la corrélation de Wendt (Tableau IV.4). Pour l’écoulement établi { 114
RPM cependant, il demeure un écart entre les valeurs des couples exercés sur les
cylindres externe et interne, indiquant que la résolution pourrait encore être améliorée
(ce qui nécessite un temps de calcul important). Cependant, on verra que les
conséquences sont négligeables sur l’évaluation de la dissipation.
205
0,100
1000 10000 100000
0,010
Couple
0,001
Couple (Wendt)
Graphe IV.2 : Valeur du couple en fonction du nombre de Reynolds d’après Wendt (empirique), Coufort
(mesure) et les valeurs calculées lors des simulations.
Calculée à partir des gradients de vitesses locaux via une custom field
function Fluent (équation IV.9)et obtenue en intégrant sur l’ensemble du
volume du réacteur la dissipation locale.
On observe une très bonne concordance entre ces valeurs pour toutes les simulations.
Les écarts observables pour les simulations { 70 et 114 RPM peuvent s’expliquer par la
réduction de l’échelle de dissipation liée { l’augmentation de la vitesse. Le maillage étant
identique, le calcul de la dissipation à partir des gradients de vitesse locaux est
susceptible de perdre en précision lorsque la vitesse de rotation augmente.
206
1,000
1000 10000 100000
0,100
Dissipation
0,010
Wendt (1933)
0,001
Dissipation calculée à partir du couple
Le point fort des calculs est que ces deux approches surfaciques et volumiques (couple
et dissipation) coïncident assez bien entre elles et avec les prédictions de la corrélation
de Wendt.
r u
M* Eq IV.11
R1 U 0
r R1
r* Eq IV.12
R 2 R1
207
Graphe IV.4 : Profil du moment angulaire normalisé pour des simulation en DNS de l’écoulement { 20
RPM.
avec les simulations de Dong et al. et les mesures de Coufort (Coufort 2004). Un petit
bémol peut cependant être relevé en ce qui concerne la pente du profil, légèrement
positive pour les simulations de Dong et al. et les valeurs expérimentales auxquelles ils
les ont comparées, bombées dans le cas de nos simulations.
Parmi les écoulements résolus numériquement dans cette étude, l’écoulement { 20 RPM
(Modulated WVF) est le plus délicat à résoudre numériquement. Aussi, les résultats
décrivant cet écoulement font l’objet d’une attention particulière.
Les graphes ci-dessous représentent les profils des trois composantes de la vitesse (ur,
uθ et uz) dans un plan horizontal en fonction de la coordonnée radiale
adimensionnalisée (équation IV.11). 7 champs instantanés de l’écoulement établi { 20
RPM ont été enregistrés. Chaque profil correspond à un instant particulier . Les valeurs
208
en un point sont issues d’une moyenne sur un cercle de rayon constant { hauteur z = 10
cm fixée. La moyenne d’ensemble correspondant { la valeur moyenne de la vitesse
tangentielle sur tous les instants considérés est représentée en gras.
Le profil de vitesse axiale (graphe IV.6) présente une amplitude inférieure au profil de
vitesse tangentielle. Les ordres de grandeur sont inférieurs d’un facteur 10 { celui de la
vitesse tangentielle et sont similaire à celui de la vitesse radiale. Elle renseigne sur le
sens de rotation du vortex. S’agissant de vortex en rotation dans un plan vertical et de
section égale { l’entrefer, la vitesse axiale est donc nulle { l’inflexion, soit au centre de
l’entrefer (extrémités hautes et basses du vortex). Ici, le plan horizontal d’altitude z
traverse un vortex tournant dans le sens trigonométrique.
0,18
Vitesse tangentielle (m/s)
0,16
0,14
0,12
0,10
0,08
0,06
0,04
0,02
0,00
0,0 0,2 0,4 0,6 0,8 1,0
r*(-)
Graphe IV.5 : Profil de la composante tangentielle de la vitesse en moyenne spatiale et temporelle (en
gras) dans un plan horizontal z=10 pour différents champs instantanés : t0 (◊), t1= t0+2s (□), t1= t0+4s
(∆),t3= t0+6s (x), t4= t0+8s (*), t5= t0+10s (○), t6= t0+12s (+).
209
0,015
0,010
0,000
0,0 0,2 0,4 0,6 0,8 1,0
-0,005
-0,010
-0,015
-0,020
-0,025
r*(-)
Graphe IV.6 : Profil de la composante axiale de la vitesse en moyenne spatiale dans un plan horizontal
z=10 pour différents champs instantanés : t0 (◊), t1= t0+2s (□), t1= t0+4s (∆),t3= t0+6s (x), t4= t0+8s (*), t5=
t0+10s (○), t6= t0+12s (+).
0,008
0,006
Vitesse radiale (m/s)
0,004
0,002
0,000
0,0 0,2 0,4 0,6 0,8 1,0
-0,002
-0,004
-0,006
r*(-)
Graphe IV.7 : Profil de la composante radiale de la vitesse en moyenne spatiale dans un plan horizontal
z=10 pour différents champs instantanés : t0 (◊), t1= t0+2s (□), t1= t0+4s (∆),t3= t0+6s (x), t4= t0+8s (*), t5=
t0+10s (○), t6= t0+12s (+).
La vitesse radiale quant à elle est nulle aux extrémités latérales du vortex et les valeurs
sont opposées selon un plan de symétrie horizontal coupant le vortex en son centre.
Son profil, qui renseigne sur la position du plan de mesure par rapport au tourbillon, est
210
visualisé sur le graphe IV.7. On observe une alternance de valeurs positives et négatives
selon l’instant considéré. Ceci est le reflet de l’instationarité de l’écoulement { 20 RPM
(onde superposée aux vortex). Ces trois profils nous montrent ainsi, dans un plan fixe, la
trace d’un vortex qui oscille verticalement au cours du temps.
Sur un même champ instantané, nous avons également comparé les profils de vitesses
pour différentes hauteurs dans le réacteur, c’est ce qui est illustré par les graphes IV.8 {
IV.10. Les vitesses sont moyennées sur un tour (points de coordonnées radiales et
axiales fixes).
Comme décrit précédemment, le profil de vitesse tangentielle est similaire quelle que
soit la hauteur dans le réacteur. La vitesse tangentielle n’est soumise { aucune
instabilité spatiale ou temporelle.
211
Graphe IV.8 : Profil de vitesse radiale à 20 RPM pour des plans horizontaux de hauteur z=2, 6, 12 et 14 cm
Graphe IV.9 : Profil de vitesse axiale à 20 RPM pour des plans horizontaux de hauteur z=2, 6, 12 et 14 cm
212
Graphe IV.10 : Profil de vitesse tangentielle à 20 RPM pour des plans horizontaux de hauteur z=2, 6, 12 et
14 cm
Les profils de vitesse radiale, tangentielle et axiale sont présentés pour différents plans
horizontaux (coordonnée axiale z=10cm) sur les graphes IV.11 à IV.13. Comme
précédemment, les valeurs des composantes de la vitesse en différents points de
coordonnée radiale fixée arbitrairement sont moyennées.
213
Graphe IV.11 : Profil de la vitesse tangentielle moyennée sur un plan vertical (z= 14 cm) pour différentes
vitesses de rotation
Graphe IV.12 : Profil de la vitesse axiale moyennée sur un plan vertical (z= 14 cm) pour différentes
vitesses de rotation
214
Graphe IV.13 : Profil de la vitesse radiale moyennée sur un plan vertical (z = 14 cm) pour différentes
vitesses de rotation
215
0,75
20 RPM DNS 110RPM 70RPM
30RPM 120 RPM DNS 70 RPM DNS
30 RPM DNS
0,50
0,25
0,00
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
r* (-)
Graphe IV.14 : les profils de vitesse tangentielle de la vitesse moyenne obtenus expérimentalement par
Coufort à 30 RPM (♦),50 RPM (□),70 RPM (▲),90 RPM (○) et 110 RPM (●).
2.4. Conclusion
Les simulations numériques semblent avoir convergé vers des solutions raisonnables et
les bilans sur la dissipation de l’énergie sont très convaincants. Les valeurs de couple et
de dissipation sont proches des corrélations de la littérature et les profils de vitesse
sont cohérents et similaires à ceux obtenus expérimentalement par Coufort sur ce
même réacteur.
Sur la figure IV. 1 présentant les champs instantanée de dissipation calculés par Fluent à
20 RPM, on observe des vortex de position et de diamètres différents, caractéristiques
de l’écoulement tourbillonnaire modulé. Ces vortex sont en nombre impair, ce qui peut
s’expliquer par la hauteur simulée dans notre cas (seulement 17 cm) et d’un nombre
variable, la disparition puis la disparition d’une paire de vortex correspondant à un
216
régime pseudo stationnaire de l’écoulement réalisé dans ces conditions. Ici encore, les
observations de Dong et al. sont d’une aide précieuse { l’interprétation de nos résultats.
Si l’écoulement VF présente des vortex de Taylor occupant tout l’espace de l’entrefer
avec une distinction claire entre les vortex, ce n’est pas le cas pour les écoulements {
Reynolds plus élevé. Ainsi, pour des écoulements à Reynolds réduit proche de 40 (WVF
et MWVF), on peut observer des vortex moins bien délimités, avec des cellules
tourbillonaires « élémentaires » en réalité constituées de deux vortex contrarotatifs
Figure IV. 1: champs instantanés de dissipation pour une section verticale de l’écoulement { 20 RPM
Les figures IV.1 et IV.2 montrent une cartographie d’une section verticale du réacteur
Couette présentant l’intensité de la dissipation et les champs de vitesse. La valeur
maximale de la dissipation a été limitée à 1 pour permettre une meilleure observation
de ses variations dans l’entrefer.
217
De manière qualitative, on observe des zones où l’intensité de la dissipation est élevée,
aux extrémités des vortex près des parois et des zones de plus faible intensité
dissipatrice, correspondant au cœur des vortex. On observe que la dissipation est forte
en paroi et dans les zones de rencontre des vortex.
218
219
Figure IV.2 : champs de dissipation locale et champs de vitesse pour un plan vertical de l’écoulement {
20RPM
Les résultats de simulation numérique étant correctement validés, nous pouvons donc
exploiter les bases de données générées pour tenter d’expliquer les différences de
comportement des cellules dans ces écoulements. Nous allons entre autre exploiter :
220
Le suivi Lagrangien d’une particule lancée dans l’écoulement qui permet
en outre de caractériser de manière plus fine les fluctuations subies et la
nature des contraintes.
Comme en témoignent les champs de dissipation locale, celle-ci est assez hétérogène
dans le réacteur. Il en est donc de même pour les valeurs de la microéchelle de
Kolmogorov et du taux de cisaillement. Les distributions volumiques sont représentées
sous la forme d’une distribution de probabilité. La valeur lue en ordonnée exprime la
probabilité p(x) de trouver un volume élémentaire dV à la valeur x lue en abscisse. A
partir de ces distributions, trois grandeurs sont calculées :
La valeur moyenne x p( x) x dx Eq IV.13
o
xm
La valeur médiane xm, telle que p( x) dx
0
p( x) dx 0,5
xm
Eq IV.14
Paramètres de description
Ces distributions de probabilité sont issues de l’analyse des données collectées dans un
plan vertical, ce qui représente au total environ15000 points. Dans le cas d’une
distribution non normale, au sens statistique du terme, la moyenne (équation IV.13)
seule ne permet pas de caractériser le niveau d’intensité du paramètre, la valeur
médiane (équation IV.14) a elle aussi été calculée.
221
Les distributions volumiques de la dissipation, du gradient de vitesse et de l’échelle de
Kolmogorov sont calculées { partir d’un plan vertical dans l’écoulement résolu. Si les
écoulements à 30, 70 et 120 RPM peuvent être considérés comme axisymétriques, et de
ce fait la distribution sur un plan vertical peut être considérée comme représentative,
l’écoulement { 20 RPM lui, est instationnaire. Il convient donc de vérifier que la
distribution sur un unique plan vertical représente correctement l’ensemble. Pour ce
faire, le graphe IV.15 compare les distributions en nombre (qui ne prend donc pas en
compte le volume de chaque maille) de la dissipation pour un plan vertical x=0 en 7
instants séparés chacun de 2s.
Le profil des distributions varie peu avec le temps. Les échelles qui varient
correspondent { des dissipations de l’ordre de 10-4 W/kg. Il s’agit des faibles échelles de
dissipation, probablement au cœur des vortex. La variation s’explique par l’apparition
aléatoire de bouffées turbulentes dans l’écoulement. De ce fait, dans la suite de ce
chapitre, on considère que les distributions sur un plan vertical sont représentatives de
l’ensemble du volume considéré et ce quelle que soit la vitesse de rotation.
Graphe IV.15 : Distribution en nombre de la dissipation sur un plan x=0 à différents instants pour
l’écoulement { 20 RPM.
222
4.1.2. Dissipation
Graphe IV.16 : profil de dissipation moyennée dans un plan vertical dans l’entefer { 20 RPM (○), 30 RPM
(+), 70 RPM (□) et 120 RPM (*)
223
Graphe IV.17 : distribution volumique de la dissipation sur un plan x=0 pour des écoulements à 20, 30, 70
et 114 RPM.
Vitesse de
Taux de dissipation médian Taux de dissipation moyen
rotation
εm ([Link]-1) <ε> ([Link]-1)
(RPM)
Tableau IV.5 : valeurs moyennes et médianes de la dissipation pour les différents écoulements considérés
224
4.1.3. Echelle de Kolmogorov
225
Graphe IV.18 : profil de l’échelle de Kolmorogov* moyennée dans un plan vertical dans l’entefer { 20 RPM
(○), 30 RPM (+), 70 RPM (□) et 120 RPM (*)
* : seule une estimation est donnée à 20 RPM
20 299 336
30 256 251
70 177 184
226
Graphe IV.19 : distribution volumique de l’échelle de Kolmogorov sur un plan x=0 pour des écoulements à
20, 30, 70 et 114 RPM.
Le graphe IV.20 ci-dessous présente la comparaison entre les tailles les plus probables
de la microéchelle de Kolmogorov obtenues expérimentalement par Coufort (Coufort
2004) et les valeurs moyennes et médianes tirées des simulations numériques. Ces
valeurs sont proches, d’autant plus proches que l’écoulement devient turbulent.
320
270
taille (µm)
220
170
120
0 20 40 60 80 100 120 140
vitesse de rotation (RPM)
Graphe IV.20 valeurs médiane (□), moyenne (■)et la plus probable selon Coufort (▲)de l’échelle de
Kolmogorov en fonction de la vitesse de rotation du cylindre interne
227
4.1.4. Contrainte de cisaillement
Le profil du taux de cisaillement (graphe IV.21), qui est une fonction de la dissipation est
donc similaire au profil de cette dernière. Ici encore, l’augmentation de la vitesse de
rotation conduit à une augmentation globale du cisaillement dans le réacteur,
augmentation accentuée aux parois.
Graphe IV.21 : profil du taux de cisaillement moyenné dans un plan vertical dans l’entefer { 20 RPM (○),
30 RPM (+), 70 RPM (□) et 120 RPM (*)
distributions sont présentées dans le graphe IV.22 et les valeurs caractéristiques sont
228
Graphe IV.22 : Distribution volumique du taux de cisaillement sur un plan x=0 pour des écoulements à 20,
30, 70 et 114 RPM.
20 10 23
30 16 37
70 30 82
114 44 134
Une particule a été lancée dans l’écoulement afin d’enregistrer les gradients de vitesse
rencontrés le long de sa trajectoire. Ces gradients permettent de reconstituer le tenseur
des contraintes et de calculer la dissipation localement. Nous n’avons suivi pour cette
229
étude qu’une seule particule et n’avons donc pas la prétention de décrire
statistiquement le niveau de fluctuations mais d’apporter une contribution { la
description des perturbations rencontrées par les cellules. Par la suite, le suivi
instationnaire de trajectoire d’un plus grand nombre de particules permettra cette
analyse plus fine.
Graphe IV.23 : Niveau de dissipation normée par la dissipation moyenne vue par une particule le long de
sa trajectoire à 20 RPM
230
Graphe IV.24 : Niveau de dissipation normée par la dissipation moyenne vue par une particule le long de
sa trajectoire à 30 RPM
Graphe IV.25 : Niveau de dissipation normée par la dissipation moyenne vue par une particule le long de
sa trajectoire à 70 RPM
231
Graphe IV.26 : Niveau de dissipation normée par la dissipation moyenne vue par une particule le long de
sa trajectoire à 114 RPM
Quel que soit l’écoulement considéré, la particule est exposée de façon ponctuelle { des
niveaux de dissipation importants. La fréquence de ces perturbations est estimée à
partir du nombre de pics tels que ε/εmoy>10 sur la durée du suivi (tableau IV.8). Plus la
vitesse de rotation augmente, plus l’amplitude et la fréquence des perturbations sont
importantes. L’amplitude relative maximale croit également avec la vitesse de rotation,
tout comme la valeur moyenne de la dissipation (paragraphe 4.3.2). Nous verrons les
effets quantitatifs lors de l’analyse détaillée des contraintes.
20 10 140 7
30 6 80 7,5
70 8 35 23
114 11 25 44
Tableau IV.8 : fréquence des perturbations
232
Cette analyse nous informe sur l’intensité et la fréquence des évènements stressants
rencontrés mais l’analyse peut être poussée un peu plus loin en examinant la nature des
contraintes.
L’ensemble des composants du tenseur des contraintes (équation IV.15) est accessible
par la simulation directe. Les termes diagonaux représentent les contraintes normales,
alors que les termes non diagonaux représentent les termes de cisaillement. La
comparaison des termes diagonaux et non diagonaux renseigne sur les contraintes
dominantes.
du du dv du dw
2
dx dy dy dz dx
dv du dv dv dw
S v ij 2 Eq IV.15
dx dy dy dx dy
du dw dv dw dw
2
dz dx dz dy dz
La diagonalisation du tenseur des contraintes permet d’extraire une matrice des valeurs
propres (diagonale) et une matrice des vecteurs propres (représentant les coordonnées
des vecteurs propres dans la base de départ x, y, z). La matrice diagonale obtenue par la
diagonalisation du tenseur représente les contraintes normales dans le repère des
vecteurs propres (équation IV.16).
u
0 0
SI 0 0 x
v
S propre 0 S II 0 0 0 Eq IV.16
0 y
0 S III
0 w
0
z
233
La trace de cette matrice (équation IV.17) correspond à la divergence de la vitesse et le
déterminant correspond au produit des valeurs propres.
u v w
0 Eq IV.17
x y z
L’amplitude des contraintes est proportionnelle au module des valeurs propres alors
que leur signe renseigne sur la nature des contraintes subies : si la valeur propre est
négative, il y a compression dans la direction associée, élongation dans le cas d’une
valeur positive. On notera qu’au moins l’une de ces valeurs propres doit être négative
car leur somme est nulle. Ainsi, si le déterminant de la matrice diagonale (produit des
valeurs propres) est négatif, il s’agit d’une bi-élongation alors que s’il est positif, il s’agit
d’une bi-compression. La direction dans laquelle s’exercent ces contraintes est donnée
par les vecteurs propres.
Après avoir vérifié que le calcul de la dissipation basé sur les gradients de vitesse
extraits le long de la trajectoire de la particule renvoyait des valeurs identiques à celles
calculées dans Fluent, nous avons tracé l’évolution de l’amplitude des contraintes
(valeurs minimales et maximales de la matrice des valeurs propres à chaque instant)
vues par une particule au cours de son trajet dans l’écoulement (graphes IV.27 et IV.28).
Le temps de suivi de particule étant différent pour chaque vitesse de rotation, nous
attirons l’attention du lecteur sur le changement d’échelle sur l’axe des abscisses.
Au cours de son passage dans le réacteur, la particule est donc soumise à une alternance
de contraintes élongationelles et de compression d’amplitudes variables. La fréquence
de ces alternances et l’amplitude de ces contraintes est proportionnelle { la vitesse de
rotation.
234
Graphe IV.27 : Amplitude des contraintes vues par une particule le long de sa trajectoire à 20 RPM
Graphe IV.28 : Amplitude des contraintes vues par une particule le long de sa trajectoire à 120 RPM
Comme expliqué plus haut, le déterminant représente le produit des valeurs propres.
Les valeurs propres les plus grandes en valeur absolue sont tracées sur les graphes
précédents : { chaque fois, une valeur positive et une valeur négative. C’est donc le signe
235
de la valeur propre de valeur absolue la plus faible qui va déterminer le signe du
déterminant. Les graphes IV.29 et IV.30 représentent, via l’évolution de la plus petite
valeur propre (en valeur absolue), l’alternance entre contraintes de compression et
d’élongation pour des écoulements { 20 et { 120 RPM. L’amplitude du signal est environ
10 fois plus faible que précédemment, indiquant que les contraintes dominantes sont
plutôt en deux dimensions. De plus, on visualise très bien l’alternance entre les zones de
compression et celles d’élongation. La fréquence des fluctuations augmente avec la
vitesse de rotation.
Graphe IV.29: Alternance des contraintes de compression et d’élongation vue par une particule le long de
sa trajectoire à 20 RPM
236
Graphe IV.30 : Alternance des contraintes de compression et d’élongation vue par une particule le long de
sa trajectoire à 114 RPM
L’analyse du tenseur des contraintes dans les cas où la dissipation subie est importante
révèle que le cisaillement y est moins important que les contraintes normales. De même,
l’analyse des vecteurs propres a montré que les efforts s’exerçaient dans deux
directions préférentielles : une droite verticale (Oz) et une droite contenue dans le plan
horizontal (rθ).
Les profils de distribution de taille des agrégats sont représentés sur le graphe IV.31
237
18
20 RPM
16 30 RPM
70 RPM
114 RPM
14
12
% volume
10
0
0,01 0,1 1 10 100 1000
taille (µm)
Graphe IV.31 : Distribution volumique de la taille des agrégats à 20 RPM (○), 30 RPM (+), 70 RPM (□) et
120 RPM (*).
238
350
300
250
taille (µm)
200
150
100
50
0
0 20 40 60 80 100 120 140
vitesse de rotation (RPM)
Graphe IV.32 : comparaison entre la taille des agrégats(▲) et les échelles de Kolmogorov médiane (□) et
moyennes (■)
Le ratio taille agrégats/(εmed)-1/4 (ce dernier termes évoluant de la même manière que
l’échelle de Kolmogorov ) est égal à 2 à 70 et 114 RPM, ce qui semble indiquer que la
taille des agrégats dont la croissance est limitée est contrôlée par le niveau de
dissipation localement rencontrée.
Le taux de cisaillement semble contrôler la taille des agrégats formés à 70 et 114 RPM.
En revanche, dans les écoulements établis à 20 et 30 RPM, celui-ci ne semble pas
suffisant pour contrôler la taille de l’agrégat. On observe sur le graphe IV.33, qui
représente la taille des agrégats en fonction du cisaillement moyen, une limite (située
entre 40 et 80 s-1) en deç{ de laquelle la croissance du filament n’est plus limitée.
239
160
120
100
80
60
y = 14027x-1,4887
40 R2 = 0,979
20
0
0 20 40 60 80 100 120 140 160
cisaillement moyen (1/s)
Graphe IV.33 : Evolution de la taille des agrégats de taille inférieure à 1mm en fonction du taux de
cisaillement.
Les gammes de taux de cisaillement subi (15-134 s-1 environ) sont bien inférieures aux
cisaillement au-delà duquel Sahoo et ses collaborateurs (Sahoo et al. 2003) observent
une modification significative des profils de croissance (741 s-1).
La contrainte exercée sur les petits agrégats est calculée d’après Henzler (Schügerl et al.
2000) { l’aide de l’équation IV.18 (contrainte due { la dissipation visqueuse) et sur les
gros agrégats, on calcule la contrainte turbulente (équation IV.19). Le calcul de la
contrainte { partir de l’estimation du gradient de vitesse (équation IV.20) est donné {
titre indicatif. Cette approche de la contrainte tend à surestimer les niveaux de
240
contrainte exercés aux petites échelles et à sous estimer celles subies par des particules
de taille supérieure { l’échelle de Kolmogorov.
t 0,0676 d p2 Eq IV.18
t 1,9 d p 3
2
Eq IV.19
G Eq IV.20
Contrainte Contrainte
Contrainte
Echelle de sur calculée à
sur
Vitesse de Kolmogorv Taille de l’agrégat de partir du
l’agrégat de
rotation (λk) l’agrégat diamètre > gradient de
diamètre
(RPM) médiane (µm) 12 λk vitesse
dp=1/6 λk local
(µm) dp = 4 mm
(Pa) (Pa)
(Pa)
20 299 120 0,3.10-3 0,7 23.10-3
30 256 80 0,4.10-3 1,1 37.10-3
70 177 13 1,9.10-3 4,9 82.10-3
114 146 10 4,3.10-3 10,8 134.10-3
Tableau IV.10 : Contraintes s’exerçant sur des bactéries ou ensembles de bactéries dans les zones
inertielle diffusive et inertielle convective
On calcule une contrainte subie entre 0,3 et 4 mPa, ce qui est loin des valeurs
dommageables pour les cellules bactériennes (Schügerl et al. 2000; Yim and Shamlou
2000).
Si les contraintes ne sont pas létales pour les cellules (ce qui a d’ailleurs été confirmé
par des marquages type live/dead sur des cultures) ; il n’est pas { exclure que ces
contraintes entrainent des modifications plus subtiles au niveau des composés
241
membranaires (sur un plan qualitatif : confirmation des molécules ou type de
molécules) ou sur un plan quantitatif.
Les contraintes exercées sur les agrégats à 70 et 120 RPM sont supérieures à la force de
cohésion de l’ensemble. Elles sont de l’ordre de 10-3 Pa. La contrainte exercée sur les
agrégats formés { 70 RPM est inférieure { celle causée par l’écoulement { 120 RPM,
suggérant que la taille de l’agrégat peut augmenter si on considère que seul le niveau de
contrainte limite la croissance. En revanche, ces contraintes sont inférieures pour
l’écoulement { 20 et 30 RPM, d’où la liberté pour la matrice de se former.
Cependant, le filament placé dans des écoulements peu turbulents grossit et subit donc
des contraintes plus importantes (tableau IV.10), supérieures aux contraintes qui
limitaient leur taille dans les écoulements à 70 et 120 RPM. Le maintien de la structure
peut être expliqué par différentes hypothèses :
242
Suivi de l’évolution des vecteurs propres indique que les agrégats subissent des
contraintes dans un écoulement que l’on peut considérer comme bi-dimensionnel : jet
en sortie de vortex (Rudman).
Le suivi de trajectoire d’un point matériel n’est pas adapté pour le suivi des contraintes
exercées sur des filaments car leur taille est bien supérieure et leur mouvement est
sensiblement différent de celui d’une particule microscopique. En effet, le filament, plus
gros est aussi soumis aux effets des forces centrifuges (d’ailleurs, on observe
expérimentalement le filament de placer de manière préférentielle { l’extérieur) et des
fluctuations de vitesses aux plus grandes échelles.
De plus, le suivi des contraintes s’exerçant sur la particule indique qu’il s’agit d’une
alternance de contraintes d’élongation et de compression. On rejoint ici les conclusions
de Rudman sur l’advection de fluide entre les vortex dans les écoulements WVF avec la
présence de jets en sortie de vortex.
6 CONCLUSION
La résolution des écoulements en DNS permet d’accéder aux paramètres descriptifs des
contraintes localement rencontrées par les cellules.
Au regard des résultats de la CFD, la nature des écoulements entre faible et fort
Reynolds se distingue par la présence de zones à faible dissipation dans lesquelles les
243
cellules ou agrégats peuvent rester un temps relativement long puisque l’intérieur des
vortex n’est pas soumis { l’écoulement chaotique., en cohérence avec les travaux de
Rudman (Rudman 1998; Rudman et al. 2008).
Le suivi d’une particule (qu’il conviendra d’étendre { plusieurs particules et sur des
durées plus longues) nous renseigne sur lles fluctuations et la nature des contraintes.
Mais Rusconi et al. (2009) ont également observé ce type de phénotype dans des
écoulements purement laminaires.
244
CONCLUSION
L'origine de ce travail reposait sur la question des interactions entre réaction biologique
et procédé. Largement étudiés aux grandes échelles, les effets des contraintes
hydrodynamiques sont moins critiques aux petites échelles et ont été l’objet de peu
d’études, mais sont néanmoins { prendre en compte lors de l'extrapolation des
bioréacteurs. En s'intéressant plus particulièrement aux phénomènes agissant aux
petites échelles, nous avons donc cherché à identifier, caractériser et quantifier les
couplages hydro-bio à l'échelle de la cellule.
La revue bibliographique met en exergue deux types de stress induits par les conditions
hydrodynamiques sur les cellules : un stress mécanique et un stress chimique. Ces deux
types de contraintes sont contrôlés par le niveau de l'un des paramètres
hydrodynamique caractéristique de l'écoulement : le taux de dissipation de l'énergie
cinétique turbulente (ε). C'est pourquoi le choix d'un réacteur de type Couette s'est
rapidement imposé, offrant l'avantage de présenter une dissipation relativement
homogène dans tout le volume.
Pour étudier la contrainte liée au mélange, nous avons choisi la souche Lactococcus
lactis NCDO 2118 pour sa capacité à orienter son métabolisme en fonction du flux de
substrat reçu. En effet, l’analyse préliminaire des interactions mélange-réaction et des
mécanismes du mélange turbulent montre que ce dernier peut affecter la manière dont
le substrat est transféré aux cellules. Cependant, nos résultats expérimentaux indiquent
que le niveau de dissipation de l'énergie dans le réacteur n'a pas d'effet sur le
245
métabolisme cellulaire. Si l’hypothèse d’une différence dans l’intensité du mélange {
l’échelle cellulaire peut expliquer certains comportements biologiques dans des
réacteurs de type scale down, celle-ci est négligeable dans les conditions expérimentales
étudiées.
246
viscoélastiques, qu’il conviendra de caractériser, permettent aux filaments longs de
résister aux contraintes imposées par les écoulements à faible vitesse de rotation. La
composition exacte, les propriétés physico-chimiques ainsi que la caractérisation
rhéologique de la matrice manquent { ce travail. Avec la caractérisation de l’état de
surface des cellules, ces propriétés permettraient de mieux appréhender les
mécanismes d'adhésion d'une souche bactérienne, tant sous l’aspect de la biochimie que
de la microbiologie dans des conditions hydrodynamiques contrôlées. La
caractérisation de l’état de surface des cellules cultivées dans différentes conditions
d’écoulement permettra également d’infirmer ou de valider l’hypothèse privilégiée {
l’heure actuelle concernant l’origine de l’agrégation cellulaire, { savoir une modification
de la structure des molécules de surface. Une autre approche consiste également à
étudier la réponse transcriptomique des cellules cultivées dans les différents
écoulements, notamment concernant les gènes codant pour la production de
polysaccharides, afin de vérifier si l’agrégation résulte d’une adaptation cellulaire
nécessitant une expression différenciée de certains gènes. A ce stade de nos travaux,
l’élucidation du mécanisme biochimique de l’adhésion, en lien avec l’écoulement et l’état
de surface des cellules, est une perspective essentielle.
Les conditions hydrodynamiques locales auxquelles sont soumises les cellules jouent
donc un rôle important dans l’établissement du phénotype. La simulation numérique
directe des écoulements a permis d’établir une description qualitative et quantitative
des contraintes exercées par l’écoulement sur les particules.
Il apparait alors que, comme pour les flocs minéraux, la taille des agrégats est limitée
par les échelles de la turbulence (écoulements turbulents, 70 et 114 RPM). Dans des
écoulements peu turbulents (Wavy Vortex Flows, 20 et 30 RPM), en revanche, l’agrégat
peut grossir librement jusqu’{ la formation de filaments.
L’analyse des contraintes exercées sur des particules de différentes tailles via l’analyse
de données de simulation numérique montre qu’un cisaillement supérieur { quelque
dizaines de s-1 affecte la croissance du filament mais n’entraine pas la déstructuration
de la matrice une fois formée. Ceci indique que la cohésion de la matrice augmente dans
247
les écoulements à faible vitesse de rotation, lui conférant une meilleure résistance aux
contraintes. Les données numériques montrent, d’autre part, que le cœur des vortex
dans les écoulements tourbillonnaires et tourbillonnaires modulés est le siège d’une
très faible dissipation. Cela explique également le caractère phénotypique observé :
transporté dans de telles structures, l’agrégat a toute la liberté de croitre. La nature,
l’intensité et le niveau de fluctuation des contraintes ont pu être évalués par le suivi
d’une particule lancée dans l’écoulement. Il apparait alors que les cellules subissent des
fluctuations plus faibles en fréquence et en intensité dans les écoulements à 20 et 30
RPM que dans des écoulements à 70 et 114 RPM. Dans ces conditions, la matrice peut se
former et atteindre un niveau de cohésion lui permettant de résister aux contraintes.
Comme nous l'avons précédemment évoqué, le niveau de contrainte mécanique subi par
les cellules est sans doute à l'origine de l'apparition de la matrice, via une modification
de la conformation des molécules décorant la surface (ce qui modifie l’affinité des
cellules entre elles), hypothèse privilégiée { l’heure actuelle, ou bien via l'induction de la
synthèse de molécules. L’outil de simulation numérique offre la possibilité d’évaluer les
niveaux de contraintes subies localement. La cartographie de la dissipation permet
d'accéder au niveau de contrainte moyenne mais ne constitue qu'une description à
l’échelle de la population cellulaire. Le suivi de trajectoire de particule est en revanche
très prometteur. L’apport de ce travail sur ce point est relativement modeste (suivi
d’une seule particule en Euler-Lagrange) et une des premières perspectives est
d’envisager le suivi d’un plus grand nombre de particules afin d’obtenir une meilleure
représentativité.
Enfin, le réacteur Couette, très utile pour cette étude car son hydrodynamique
relativement homogène est bien décrite, n'est pas un réacteur standard pour les
cultures bactériennes. Forts des résultats obtenus en réacteur Couette, il faut les mettre
en perspective avec un réacteur plus classique dans lesquels les écoulements sont bien
souvent plus turbulents et couvrent des niveaux de dissipation d’énergie plus larges. De
ce fait, les conditions hydrodynamiques de ces bioréacteurs sont peu susceptibles
d’engendrer un phénotype tel que nous l’avons observé et sont { l’origine de contraintes
fluctuantes d’amplitude plus importantes pour les cellules. Cependant, nos résultats
248
montrent que, si les niveaux de contraintes subies sont inférieurs à ceux rencontrés
dans les bioréacteurs de type cuve agitée, ces contraintes provoquent une réponse à
l’échelle cellulaire.
249
250
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265
266
TABLE DES ILLUSTRATIONS
Figure I.3 : Champs de concentration en glucose obtenu par simulation LES (Large Eddy
Simulation) dans un bioréacteur de 22 m3 alimenté en glucose à 500 g/L au taux
de 180 L/h, d’après Enfors et al., 2000.
Figure I.4 – Ordre de grandeur des temps de relaxation des microorganismes (Bailey
and Ollis 1986)
Figure I.6 d’après (Yim and Shamlou 2000): estimation de la contrainte minimum
nécessaire à la rupture de la bioparticule considérée.
267
Figure I.12 Schématisation des tourbillons de l’écoulement Taylor vortex flow, d’après
Ohmura et al., (1997)
Figure I.16 : schéma succinct du système PTS (Görke and Stülke 2008 XXX)
Figure I.19, d’après de Vuyst and Degeest, 1999 XXX : représentation schématique des
voies métaboliques mettant en jeu catabolisme du lactose et synthèse d’EPS chez
Lactococcus lactis fermentant le lactose (transport du lactose via un système
spécifique de phosphotransférase) et les souches Lactobacillus delbrueckii subsp.
bulgaricus and Streptococcus thermophilus, galactose-negative (transport du
lactose via un système d’antiport lactose/galactose). Chez les souches fermentant
le glucose, celui ci est transporté { l’intérieur de la cellule par le système PTS et
entre dans les voies métaboliques sous forme phosphorylée. Les enzymes
impliquées sont numérotées comme suit : 1, phospho-L-galactosidase; 2, L-
galactosidase; 3, glucokinase; 4, phosphoglucomutase; 5, UDP-glucose
pyrophosphorylase; 6, UDP-galactose-4-epimerase; 7, dTDP-glucose
pyrophosphorylase; 8, dehydratase; 9, epimerase reductase; 10, phosphoglucose
isomerase; 11, 6-phosphofructokinase; 12, fructose-1,6-bisphosphatase; 13,
fructose-1,6-diphosphate aldolase; 14, galactose 6- phosphate isomerase; 15,
tagatose 6-phosphate kinase; 16, tagatose-1,6-diphosphatealdolase.
268
Figure I.20 : schéma de la paroi des Gram + , membrane plasmique et peptidoglycane,
d’après Delcour et al. 1999.
Figure II.1 : Illustration du transfert de matière par diffusion vers les cellules et
influence de la concentration moyenne sur le flux transféré
Figure II.2 : représentation schématique du réacteur scale down utilisé par Dunlop
Figure II.3 : Illustration du micromélange par incorporation et de son effet sur le couple
concentration/proportion de la population concernée.
Figure IV.2 : champs de dissipation locale et champs de vitesse pour un plan vertical de
l’écoulement { 20RPM
269
Tableau II.1 : Echelles spatiotemporelles caractéristiques du réacteur Couette utilisé
pour le mélange de glucose.
Tableau II.2 : valeur moyenne du rendement formiate/glucose et écart type pour des
cultures à 20 RPM (■ □) et 114 RPM (● ○)Figure II.1 : Illustration du transfert de
matière par diffusion vers les cellules et influence de la concentration moyenne
sur le flux transféré
Tableau III.1 : résultats du dosage des polysaccharides liés aux cellules par la méthode à
l’anthrone
Tableau III.2 : résultats du dosage des protéines liées aux cellules par la méthode BCA
270
Tableau IV.8 : fréquence des perturbations
Tableau IV.10 : Contraintes s’exerçant sur des bactéries ou ensembles de bactéries dans
les zones inertielle diffusive et inertielle convective
Graphes II.1 : croissance de Lactococcus lactis NCDO 2118 en fonction du temps pour
des cultures à 20 RPM (■ □) et 114 RPM (● ○)
Graphe II.4 : concentration en lactate en fonction du temps pour des cultures à 20 RPM
(■ □) et 114 RPM (● ○).
Graphe II.8 : évolution de la densité optique pour des cultures à 20 RPM (□, différentes
nuances de gris) et 114 RPM (○, différentes nuances de gris)
271
Graphe II.9 : taux de croissance de Lactococcus lactis NCDO 2118 en fonction de la
biomasse (évaluée en termes de densité optique à 580 nm) pour des cultures à
20 RPM (□, différentes nuances de gris) et 114 RPM (○, différentes nuances de
gris)
Graphe II.10 : évolution de la concentration en glucose pour des cultures à 20 RPM (□,
différentes nuances de gris) et 114 RPM (○, différentes nuances de gris)
Graphe II.11: évolution de la concentration en lactate pour des cultures à 20 RPM (□,
différentes nuances de gris) et 114 RPM (○, différentes nuances de gris)
Graphe II.12 : évolution de la concentration en formiate pour des cultures à 20 RPM (□,
différentes nuances de gris) et 114 RPM (○, différentes nuances de gris)
Graphe IV.1 : stabilisation du couple pour des simulations { 20 RPM (l’’axe des
ordonnées correspond à un coefficient de calcul proportionnel au couple)
272
Graphe IV.2 : valeur du couple en fonction du reynolds d’après Wendt (empirique),
Coufort (mesure) et
Graphe IV.4 : profil du moment angulaire normalisé pour des simulation en DNS de
l’écoulement { 20 RPM
Graphe IV.8 : Profil de vitesse radiale à 20 RPM pour des plans horizontaux de hauteur
z=2, 6, 12 et 14 cm
Graphe IV.9 : Profil de vitesse axiale à 20 RPM pour des plans horizontaux de hauteur
z=2, 6, 12 et 14 cm
Graphe IV.10 : Profil de vitesse tangentielle à 20 RPM pour des plans horizontaux de
hauteur z=2, 6, 12 et 14 cm
Graphe IV.11 : profil de la vitesse tangentielle moyennée sur un plan vertical (z= 14 cm)
pour différentes vitesses de rotation
273
Graphe IV.12 : profil de la vitesse axiale moyennée sur un plan vertical (z= 14 cm) pour
différentes vitesses de rotation
Graphe IV.13 : profil de la vitesse radiale moyennée sur un plan vertical (z= 14 cm) pour
différentes vitesses de rotation
Graphe IV.16 : profil de dissipation moyennée dans un plan vertical dans l’entefer { 20
RPM (○), 30 RPM (+), 70 RPM (□) et 120 RPM (*)
Graphe IV.17 : distribution volumique de la dissipation sur un plan x=0 pour des
écoulements à 20, 30, 70 Tableau IV.5 : valeurs moyennes et médianes de la
dissipation pour les différents écoulements considérés
Graphe IV.18 : profil de l’échelle de Kolmorogov* moyennée dans un plan vertical dans
l’entefer { 20 RPM (○), 30 RPM (+), 70 RPM (□) et 120 RPM (*)
Graphe IV.19 : distribution volumique de l’échelle de Kolmogorov sur un plan x=0 pour
des écoulements à 20, 30, 70 et 114 RPM.
Graphe IV.20 valeurs médiane (□), moyenne (■)et la plus probable selon Coufort (▲)de
l’échelle de Kolmogorov en fonction de la vitesse de rotation du cylindre interne
Graphe IV.21 : profil du taux de cisaillement moyenné dans un plan vertical dans
l’entefer { 20 RPM (○), 30 RPM (+), 70 RPM (□) et 120 RPM (*)
Graphe IV.22 : distribution volumique du cisaillement sur un plan x=0 pour des
écoulements à 20, 30, 70 et 114 RPM.
274
Graphe IV.23 : Niveau de dissipation normée par la dissipation moyenne vue par une
particule le long de sa trajectoire à 20 RPM
Graphe IV.24 : Niveau de dissipation normée par la dissipation moyenne vue par une
particule le long de sa trajectoire à 30 RPM
Graphe IV.25 : Niveau de dissipation normée par la dissipation moyenne vue par une
particule le long de sa trajectoire à 70 RPM
Graphe IV.26 : Niveau de dissipation normée par la dissipation moyenne vue par une
particule le long de sa trajectoire à 120 RPM
Graphe IV.27 : Amplitude des contraintes vues par une particule le long de sa trajectoire
à 20 RPM
Graphe IV.28 : Amplitude des contraintes vues par une particule le long de sa trajectoire
à 120 RPM
Graphe IV.29: Alternance des contraintes de compression et d’élongation vue par une
particule le long de sa trajectoire à 20 RPM
Graphe IV.30 : Alternance des contraintes de compression et d’élongation vue par une
particule le long de sa trajectoire à 120 RPM
Graphe IV.31 : Distribution volumique de la taille des agrégats à 20 RPM (○), 30 RPM
(+), 70 RPM (□) et 120 RPM (*).
Graphe IV.33 : évolution de la taille des agrégats de taille inférieure à 1mm en fonction
du taux de cisaillement
275
276
ANNEXE 1 : CULTURE DE LACTOCOCCUS LACTIS NCDO 2118
1 SOUCHES
La majeure partie des cultures conduites au cours de cette thèse a été réalisée avec la
souche Lactococcus lactis subsp. lactis NCDO 2118. Cette souche a été choisie car elle
présente la particularité de répondre à une modification du flux glycolytique par un
shift métabolique, comme expliqué précédemment.
Des essais complémentaires ont été réalisés avec Lactococcus lactis subsp. lactis IL1403,
d’origine laitière et curée de tous ses plasmides, et Lactococcus lactis subsp. lactis biovar
diacetylactis LD61, souche laitière industrielle de la collection SOREDAB.
2 CULTURES
Au cours de cette étude, deux milieux de culture ont été utilisés pour les cultures des
différentes souches du genre Lactococcus : un milieu riche et un milieu chimiquement
défini (MCD).
Le milieu riche M17 (M17 broth - OXOID LTD., Basingstoke, Hampshire, England) est
composé de tryptone (5 g/L), peptone de soja (5 g/L), extrait de viande (5 g/L),
extrait de levure (2,5 g/L), acide ascorbique (0,5 g/L), sulfate de magnésium (0,25
g/L) et di-sodium glycérophosphate (19 g/L). La source carbonée, ici le glucose, est
ajoutée en fonction de la concentration finale désirée (5 ou 25 g/L).
La composition du milieu chimiquement défini est rappelée dans les tableaux ci-
dessous. Après reconstitution, le pH est ajusté à 6,6 et le milieu est conservé à 4°C et
utilisé dans les 5 jours suivant sa préparation.
277
Sucres et sels
Concentration Concentration
Composé Composé
(g/L) (g/L)
Acides aminés
Concentration Concentration
Composé Composé
(g/L) (g/L)
278
Bases azotées
Concentration Concentration
Composé Composé
(g/L) (g/L)
Vitamines
Concentration Concentration
Composé Composé
(g/L) (g/L)
Des cellules en phase exponentielle de croissance réalisées sur milieu M17 (glucose 5
g/L) sont conservées dans des cryotubes à -80 °C avec 20 % (V/V) de glycérol.
279
2.2.2. Précultures
Les précultures sont réalisées dans des fioles scellées, dans le milieu choisi pour la
fermentation. Une première préculture est réalisée à partir de cellules décongelées
(inoculation 1,5 % V/V, incubation une nuit à 30 °C sous agitation). La seconde
préculture est réalisée à partir de la précédente (inoculation 4 % V/V) dans les mêmes
conditions de milieu et d’incubation. Les cellules issues de cette préculture sont ensuite
ensemencées dans le réacteur alors qu’elles sont en phase de croissance.
Les cultures ont été réalisées dans deux réacteurs Couette et un fermenteur
parfaitement mélangé.
L’espace annulaire e entre ces deux rayons est de 15 mm et le ratio des diamètres η =
0,87. La hauteur des deux cylindres, H = 200 mm, confère au dispositif un rapport de
forme H/e ≈ 13.3. Le volume utile du réacteur est de 2 L.
Les vitesses de rotation du cylindre interne vont de 5 à 110 RPM avec une précision de 3
RPM. Cette installation repose sur un socle externe carré fait en aluminium. Le schéma
simplifié de l’installation est donné dans la figure XXX. Ce réacteur a été adapté afin de
permettre la culture bactérienne en son sein. Il a en particulier été équipé d’un dispositif
de régulation de température et de pH.
280
Des essais ont également été réalisés dans un réacteur Couette de caractéristiques
légèrement différentes :
L’espace annulaire e entre ces deux rayons est de 20 mm et le ratio des diamètres η =
0,83. La régulation de température est assurée par une circulation externe de liquide.
Certaines cultures sont réalisées dans des fermenteurs de 2 L (SGI) équipés d'une
turbine de Rushton. Les fermenteurs sont autoclavés (121 °C, 20 min) remplis d’eau. Le
milieu est ensuite introduit stérilement dans le fermenteur puis dégazé { l’azote
pendant 30 min.
Un module SGI permet de réguler les différents paramètres de culture. L’agitation est
fixée à 80 RPM et la température est maintenue constante à 30 °C par une barre
chauffante et un circuit de refroidissement par circulation d’eau. Le pH est régulé { 6,6
281
par ajout automatique de KOH 5 N. Les fermenteurs sont inoculés avec 60 mL de
préculture à DO = 1.
La concentration cellulaire est évaluée par mesure de la densité optique (DO) à 580 nm
{ l’aide d’un spectrophotomètre. Si nécessaire, les échantillons sont dilués pour rester
dans la gamme de linéarité de l’appareil (DO < 0,6).
282
ANNEXE 2 : CHIMIE ANALYTIQUE
1 DOSAGES BIOCHIMIQUES
20 mg d’anthrone en poudre
10 mL d’H2SO4 concentré
Pour chaque série d’analyses, une gamme étalon en glucose (de 0 à 0,15 g/L) est traitée
simultanément. Chaque étalon de la gamme et chaque échantillon sont dosés en
triplicats.
Les surnageants des échantillons prélevés lors des cultures sont analysés par
chromatographie liquide { haute pression (HPLC). Le système d’HPLC (Hewlett Packard
series 1050) est équipé d’un passeur automatique (Waters 717 Autosampler), d’une
précolonne (Biorad Microguard) et d’une colonne de type H+ (Biorad HPX87H) qui
effectue une séparation par échange d’ions et exclusion. L’analyse des échantillons est
réalisée à 48 °C et avec un débit d’éluant (H2SO4 5 mM) de 0,5 [Link]-1. La détection est
assurée par un spectrophotomètre UV (Perkin Elmer LC90Bio) à 210 nm pour le lactate
et le formiate, et par un réfractomètre (Hewlett Packard series 1047A) pour le glucose,
tous deux branchés en série. Les concentrations de ces composés dans les surnageants
de culture sont déterminées grâce au dosage de solutions étalons.
283
1.3. Dosage des protéines
Ces dosages sont réalisés en microplaques : 25 µL d’échantillon sont mélangés avec 200
µL de solution de travail BCA. L’ensemble est agité sur le shaker avant d’être incubé { 60
°C pendant 30 min. Après refroidissement { température ambiante, l’absorbance est
mesurée à 570 nm.
Une gamme étalon de BSA à différentes concentrations (0.01, 0.025, 0.05, 0.075, 0.1,
0.25, 0.5, 0.75 g/L) est traitée de manière identique en parallèle.
284
4 °C. Les EPS ainsi précipités sont ensuite filtrés (filtres millipores 0.45 µm), séchés (24
h / 60 °C / 0.2 atm) et pesés.
285
286
ANNEXE 3 : MESURES PHYSICOCHIMIQUES
La mesure est réalisée sur des cellules lavées deux fois dans de l’eau physiologique
(NaCl 9 g/L). Quatre solvants sont testés : chloroforme, acétate d’éthyle, hexadécane et
décane. Après mélange intime entre la phase cellulaire aqueuse et le solvant, l’affinité
pour ledit solvant est fonction de la proportion de cellule restant dans la phase aqueuse
après séparation des phases (décantation pendant 15 min).
DOinit
Affinite 1 100
DO finale
2 MESURES GRANULOMETRIQUES
Le suivi de la taille moyenne des cellules et des agrégats au cours des premières heures
de fermentation a été réalisé { l’aide d’un granulomètre Mastersizer Malvern.
Les échantillons sont dilués dans de l’eau additionnée de NaCl { 9g/L, puis le volume
d’échantillon est ajusté afin de se situer dans une zone définie d’obscuration du laser.
Ici, c’est la zone 5 – 15 % qui est choisie. Il est nécessaire de définir cette zone dans
laquelle les distributions sont ‘linéaires’. En effet, un échantillon, trop concentré
(obscuration > à la limite supérieure fixée) ou pas assez concentré (obscuration < à la
limite inférieure), renverra des distributions très différentes. La zone de ‘linéarité’
correspond à la zone dans laquelle les distributions renvoyées sont identiques.
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3 TRAITEMENTS D’EXTRACTION
Les cellules sont lavées 3 fois selon le protocole suivant : centrifugation 20 min à 4000
rpm et 4 °C, élimination du surnageant, compléter à 50 ml avec du tampon PBS.
A l’issue de la dernière centrifugation, les culots sont récoltés dans un seul flacon et le
volume complété à 50 ml avec du PBS.
Le traitement aux ultrasons est réalisé avec un appareil (Bioblock Scientific Vibra Cell
72412) dont la fréquence est 20 KHZ et la puissance est de 600W. L’amplitude de
l’appareil est réglée { 20 % ; soit pour le traitement de 50 ml de solution, une puissance
volumique de 2,4 W/ml. La sonde de diamètre 1 cm est plongée dans 1 cm
d’échantillon. Chaque cycle comprend une phase de traitement (20 s - 2,4 W/ml – 0 °C)
et une phase de refroidissement (1 min – 0 °C). Après 4 cycles, l’échantillon est
centrifugé et le surnageant conservé à -18 °C.
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Le dosage de l’activité de LDH s’effectue par la mesure de la diminution de NADH
(coefficient d’extinction à 340 nm de 6223 [Link]-1) qui peut être suivie par lecture de
l’absorbance { 340 nm, en fonction du temps. La solution de mesure de l’activité
enzymatique contient 250 µL de PBS, 100 µL de MgCl2 (50 mM), 100 µL de NADH (6
mM), 400 µL d’eau et 100 µL de surnagent après traitement aux ultrasons. 50 µL de
pyruvate (400 mM) sont ajoutés dans la solution pour initier la réaction. L’absorbance {
340 nm est suivie à 30 °C pendant 10 min, une mesure étant faite toutes les 12 s. La
cinétique d’absorbance est collectée par l’enregistreur du spectrophotomètre (Hewlett
Packard 8453).
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ANNEXE 4 : FLUORESCENCE ET MICROSCOPIE
1 ECHANTILLONNAGE ET PREPARATION
Les échantillons sont prélevés en fin de fermentation. Des brins de filaments sont
récoltés { l’aide d’une aiguille stérile plongée dans le milieu de culture. Après quelques
secondes, celle-ci est entourée de masse filamenteuse. Elle est alors délicatement retirée
et l’échantillon est placé dans un tube Eppendorf. Le fait de travailler avec des
échantillons récoltés en fin de culture permet de s’affranchir de la présence de glucose
résiduel.
Les échantillons sont ensuite fixés selon une méthode décrite par Böckelmann et al.
(2002) selon le protocole suivant : cellules + PBS contenant 4 % de paraformaldéhyde
(PFA), incubation 2 h à 4 °C, 3 lavages successifs dans du PBS, centrifugation 10000
RPM – 5 min puis élimination du surnageant et ajout de 500 µL de PBS au culot.
Les échantillons fixés sont ensuite déshydratés (condition sinequanone à la fixation des
lectines) : l’échantillon est mis au contact de solutions d’éthanol de concentration
croissante (50 % , 80 % et 96 % V/V) pendant 3 min.
Après fixation et déshydratation, les échantillons sont hybridés. Chaque échantillon est
traité avec 100 µL de solution d’hybridation et 10 µL de solution de sonde à 50 ng/µl. La
sonde utilisée ici est la sonde universelle bactérienne EUB338-cy3 (Aman et al. 1990).
Les échantillons sont incubés pendant 1,5 h, à 46 °C et dans l’obscurité.
Les échantillons hybridés sont ensuite lavés avec la solution de lavage pendant 10 min à
48 °C et rincés 3 fois { l’aide de la solution de lavage.
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Solution d’hybridation Solution de lavage
20 mM Tris-HCl pH 8 20 mM Tris-HCl pH 8
25 % formamide 5 mM EDTA
20 mM Tris-HCl pH 8
0.01 % SDS
Chaque lectine (Sigma Aldrich inc.) est marquée au FITC (Fluorescein isothiocyanate).
L’origine, le nom commun, les sucres spécifiques aux lectines utilisées ainsi que les
concentrations sont résumés dans le tableau suivant.
Les échantillons traités selon les protocoles décrits précédemment sont incubés en
présence de 100 µL de lectine pendant 30 min à température ambiante et { l’obscurité.
Chaque échantillon ainsi marqué est ensuite lavé 5 fois avec le tampon de rinçage afin
d’éliminer les lectines non fixées. Il convient ici de faire très attention { ne pas détruire
l’échantillon et le lavage s’opère en éliminant les surnageants { la pipette.
Les échantillons ainsi hybridés et marqués sont ensuite délicatement déposés sur les
lames multi puits et séchés pendant 1 nuit { 35 °C avant d’être observés en microscopie
confocale à épifluorescence.
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Sucre(s) specifique(s)
Nom commun Taxonomie (selon les specifications Concentration
du fournisseur)
characteristics of the lectins used in the lectin-binding assays of L. lactis NCDO 2118
La microscopie confocale permet de faire des visualisations avec une très faible
profondeur de champs, ce qui a pour conséquence d’obtenir des images avec une
résolution améliorée par rapport aux techniques de microscopie optique. Cette
technique présente un intérêt certain pour l’observation d’échantillons d’une certaine
épaisseur car cela permet de faire des images dans une coupe de très faible épaisseur.
La superposition des plans ainsi obtenus permet de réaliser une image en 3D de
l’échantillon.
4.2. Epifluorescence
L’échantillon, dont les molécules d’intérêt ont été préalablement marquées par une
molécule liée à un fluorochrome, est soumis à une excitation laser. La molécule
fluorescente, excitée par des rayons lumineux d’énergie appropriée, réémet un signal
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fluorescent. C’est ce signal qui est ensuite filtré par le sténopé du microscope et
transmis { l’observateur.
Les marqueurs utilisés dans cette étude portent différents fluorochromes dont les
longueurs d’onde d’excitation et d’émission sont résumées dans le tableau suivant
(tableau XXX)
Pour permettre une meilleure visualisation, une goutte de cytifluor est déposée à la
surface de chaque échantillon. Ceux-ci sont observés { l’immersion avec un microscope
confocal à épifluorescence (Leica TCS SP2 with argon, GreNe and HeNe laser).
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ANNEXE 5 : METHODOLOGIE D’IDENTIFICATION DES PARAMETRES DE MELANGE
CRITIQUE
Série d’expériences permettant d’identifier le ou les mécanismes de mélange contrôlant une réaction,
d’après Bourne.
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