INTRODUCTION À INTERNET ET AUX OUTILS
DE COMMUNICATION SUR MICRO-ORDINATEUR
Cet article présente brièvement Internet et les principaux
outils de communication utilisables sur un micro-ordinateur via une
ligne téléphonique. Il s'adresse à des personnes non
nécessairement informaticiennes, qui désirent connaître les
possibilités de communication à partir de leur micro-ordinateur. Le
document ne prétend pas être exhaustif (ce domaine est en plein
essor actuellement) ; il est plus modestement destiné à donner un
premier aperçu sur l'univers de la communication électronique
(Cyberspace) qui préfigure les futures « autoroutes électroniques »
[15, 17, 23].
[Link]'EST-CE QU'INTERNET ?
Le réseau Internet (Interconnection network) désigne un
ensemble de réseaux informatiques (nationaux ou régionaux)
interconnectés à un niveau international avec le protocole de
communication TCP/IP (transport control protocol/internet protocol)
. Créé initialement en 1969 par le ministère de la défense des
Etats-Unis, il est actuellement en plein développement (plus de 20
millions d'usagers dans le monde). En Europe, il est surtout très
utilisé par la communauté universitaire et le monde de la
recherche scientifique mais des associations et des sociétés
commerciales offrent depuis peu un accès aux particuliers.
1.1 Internet en France
En France, le réseau s'étend peu à peu à tous les centres
universitaires et de recherche (plus de 200 sites connectés à ce
jour), sous la houlette d'organismes gouvernementaux dans la
cadre du réseau Renater (réseau national de télécommunications
pour la technologie, l'enseignement et la recherche) [5]. Toutes les
personnes disposant d'un compte de travail sur un système
informatique d'un des sites reliés, ont automatiquement et
gratuitement accès aux services du réseau (l'utilisation du réseau
est prise en charge de manière forfaitaire, et non selon l'utilisation
réelle, sur le budget du centre).
Par ailleurs, toute personne peut s'adresser à des
associations ou des sociétés commerciales (FDN, Fnet, Oléane,
FranceNet, Worldnet, Calvacom, etc.) afin d'obtenir un accès
payant au réseau Internet ( via une ligne téléphonique et un micro-
ordinateur avec un modem), ou peut utiliser un service télématique
sous certaines contraintes (36 15 INTERNET avec un minitel bi-
standard, par exemple) [13].
1.2 Services disponibles
Internet offre de nombreux services dont les principaux sont
décrits ci-après [19, 20, 21, 22, 24].
a) Courrier électronique (E-mail, electronic mail)
C'est un outil de messagerie très puissant qui permet de
joindre toute personne ayant accès au réseau, à l'aide de l'adresse
électronique qui lui est automatiquement attribuée sur un site et
qui commence à émailler les cartes de visite professionnelles.
Cette adresse se décompose généralement en deux parties
séparées par un symbole spécial ( « @ », qui représente « chez »
en anglais) :
(i) l'identification de la personne : c'est le nom du compte de
travail qui lui est attribué sur le système informatique ou un
synonyme (alias) plus explicite ; exemple : gandalf ou
[Link] ;
(ii) l'adresse du système informatique dans le réseau : elle
contient une localisation hiérarchisée de cette machine par
réseau et sousréseau (on parle de « domaine d'adressage
») ; exemple : [Link] où fr désigne la France,
inra le réseau de l'Institut national de la recherche en
agronomie, inapg le sous réseau pour l'école INA-PG et
seine un des systèmes informatiques de cet établissement ;
dans certains cas, l'adresse peut être abrégée par omission
du nom du système ;
D’où les adresses complètes : gandalf@[Link]
ou [Link]@[Link]
La transmission est sûre (le système informatique signale
tout problème de communication) et rapide (de quelques secondes
à quelques heures au maximum). On peut ainsi échanger des
messages (aussi long que souhaité) et, éventuellement, des
fichiers (textes notamment). Il existe aussi des listes de
distribution, qui par un système d'abonnement, permettent de
recevoir automatiquement des messages d'informations diffusés à
l'intérieur du groupe des abonnés. Cet outil remplace
avantageusement dans beaucoup de cas le téléphone ou le
courrier postal. Il est en passe de devenir indispensable pour tous
les personnels de l'enseignement supérieur et de la recherche [16].
b) Forums (news, Usenet)
Ce service n'est pas toujours disponible, cela varie selon les
centres informatiques. Il permet de participer à des discussions sur
des thèmes très variés (informatiques, loisirs, sports etc.) en
consultant les messages échangés et en contribuant à la discussion
par ajout d'un message au forum. Ce système particulier centralise
les informations sur un serveur au lieu de les dupliquer pour
chaque participant au forum. c) Téléchargement ( FTP, file
transfert protocol )
Il s'agit de la récupération de fichiers (documents ou
programmes essentiellement) accessibles sur un serveur ad hoc
connu par son adresse sur le réseau (qui est soit un nom, soit le
code « IP » ; exemple : [Link] ou [Link]) ; l'accès au
serveur s'effectue soit avec son identification personnelle quand on
y dispose d'un compte de travail, soit en anonyme (ftp anonymous)
quand le serveur le permet. d) Accès à un système distant
(telnet)
Cet outil permet de travailler sur un système informatique à
distance et, dans certains cas, d'utiliser un service disponible sur
un serveur comme par exemple la consultation du catalogue d'une
bibliothèque.
e) Recherche d'information
L'ensemble des serveurs existants offre une masse
d'information colossale difficile à connaître ou retrouver. Plusieurs
outils ont ainsi été développés afin de faciliter cette recherche
d'information (Mosaïc, Wais, Gopher, WWW notamment), voire
d'obtenir l'adresse électronique d'une personne comme dans un
annuaire.
Internet réunit des millions d'individus en dehors de toutes
frontières, recouvre un ensemble considérable de services et
permet d'accéder à une quantité inimaginable d'information. D'où
le terme anglosaxon de « Cyberspace » (forgé par l'écrivain William
Gibson dans sa nouvelle intitulée « Neuromancer » pour désigner
une société basée sur des ordinateurs, un « espace cybernétique »)
ou de « paradis informationnel ». Une communauté virtuelle se
développe dans un cadre pour le moins libertaire, avec ses us et
ses coutumes et en l'absence de hiérarchies et de structures
contraignantes. Ceci n'est pas sans poser de nombreux problèmes,
comme ceux de la maîtrise de l'information, des droits d'auteur, de
la confidentialité ou de la sécurité. S'initier à la manipulation des
services d'Internet n'est pas facile (il faut s'imprégner de la culture
du système informatique Unix) mais ce réseau s'avère à l'usage un
formidable et irremplaçable outil de communication et d'accès à
l'information.
2. QUELS SONT LES SERVICES ACCESSIBLES À PARTIR
DE SON MICRO-ORDINATEUR ?
Plusieurs grands types de services coexistent. Ils
correspondent soit à un usage bureautique (la télécopie), soit à un
usage universitaire ou de recherche (accès à un site universitaire),
soit à un usage individuel (accès à des serveurs commerciaux). Ils
sont rapidement décrits dans cette partie.
2.1 Connexion à un serveur informatique ou télématique
Par simulation (ou « émulation ») d'un terminal informatique,
il est possible d'utiliser les services d'un ordinateur (un « serveur »)
branché sur le réseau téléphonique, ou de transformer le micro-
ordinateur en un minitel. De plus, des fonctions de téléchargement
permettent d'échanger des fichiers entre le micro- ordinateur et un
serveur.
Il est ainsi possible :
a) de travailler à distance sur un centre informatique où on
dispose d'un compte de travail ;
b) de procéder à des interrogations de services télématiques
avec la gestion d'un répertoire télématique et avec la
possibilité de récupérer des informations par « capture
d'écran » dans un fichier de texte ;
c) de dialoguer avec des serveurs commerciaux (CompuServe
entre autres) ou d'associations (« BBS », bulletin board
systems, appelés « babillards ») [7], qui offrent
essentiellement l'accès à la récupération de logiciels
(notamment ceux gratuits, « freeware » ou à contribution
volontaire, « shareware ») et à des forums de discussion sur
des thèmes variés ; les services sont alors généralement
payants (abonnement forfaitaire et heures de connexion).
L'accès au réseau Internet s'effectue via un système informatique :
soit celui d'un centre informatique universitaire, soit un serveur
commercial.
2.2 Télécopie (fax)
Le micro-ordinateur se transforme en un télécopieur (partiel,
car il ne manipule pas directement une feuille de papier). Les
documents envoyés correspondent à un document informatique
obtenu par simulation d'une impression (comme si la feuille de
papier passait directement d'une imprimante à un télécopieur) à
partir d'un traitement de texte, un tableur etc. Il devient possible
de télécopier une feuille de papier, en passant par une étape de
numérisation (scanner, 1 page A4 numérisée peut occuper 1 méga-
octet sur disque). Certains logiciels permettent d'ajouter
automatiquement une page de garde lors de l'envoi, de gérer un
carnet de correspondants avec leurs numéros de télécopie, de
programmer l'envoi différé d'une télécopie ou d'effectuer des
envois multiples.
Si l'équipement le permet (c'est-à-dire le modem), la
réception de télécopie peut s'effectuer automatiquement (en «
tâche de fond », sans intervention humaine) ou manuellement. Les
documents reçus peuvent être imprimés ou, à l'aide d'un logiciel
complémentaire de reconnaissance de l'écriture (OCR, optical
character recognition) , transformés en texte réutilisable dans un
traitement de texte [1, 3].
[Link] EST L'ÉQUIPEMENT NÉCESSAIRE ?
Il se décompose en une partie matérielle (le modem) et une
partie logicielle (les logiciels de communication), présentées ci-
après. Il est à noter que l'installation d'un tel équipement n'est
généralement pas triviale, et que pour effectuer les réglages
souvent inévitables, il vaut mieux être soi-même informaticien ou
profiter des bons offices d'un spécialiste. Actuellement (en juin
1994), un équipement moyen coûte environ 2 000 F TTC (modem
rapide - V32bis - avec la télécopie et les logiciels associés) [9, 10,
11, 14].
3.1 Le modem
Pour pouvoir utiliser une ligne téléphonique ordinaire, il faut
installer un appareil, appelé « modem » (modulateur-
démodulateur), entre le micro-ordinateur et la prise téléphonique. Il
se présente soit sous la forme d'un boîtier externe se branchant sur
une prise « série » du micro-ordinateur, soit sous la forme d'une
carte d'extension s'insérant dans le micro-ordinateur ; par ailleurs,
il existe un modèle sur carte « PCMCIA » (format d'une carte de
crédit) destiné aux micro-ordinateurs portables. Son rôle consiste
essentiellement à transformer les signaux informatiques en
signaux téléphoniques et vice-versa.
Ses principales caractéristiques sont :
• La vitesse de transmission de l'information sur la ligne
téléphonique : elle se mesure en bits transmis par seconde («
bps », il faut environ 8 bits pour transmettre un seul
caractère d'un texte) ; les valeurs possibles sont :
Norme V21 V22 V22bis V23 V32 V32bis V32ter V34
( « avis » )
vitesse 300 1 200 2 400 1 9 600 14 19 200 28 800
200/75 400
(bps) (minitel
)
En vue d'un usage relativement important, il est conseillé de
s'équiper d'un modem pouvant fonctionner au moins en V32 bis (14
400 bps) ; l'investissement nécessaire, par rapport à un modem
moins puissant et moins cher, est rapidement récupéré par
l'économie réalisée sur la facture téléphonique. Par contre, pour un
usage occasionnel, il est à noter qu'on peut réutiliser le modem
disponible dans les terminaux minitel (V23, 1 200/75 bps) à l'aide
d'un câble spécial qui se branche sur une prise « série » et qui est
peu coûteux (environ 100 F).
• Les fonctions d'amélioration de la transmission : Il s'agit de
fonctionnalités assurant soit la prise en charge d'erreurs de
transmission (par correction automatique des erreurs,
normes V42, MNP2, MNP3, MNP4), soit l'augmentation du
débit de transmission (par compression des informations,
normes V42bis, MNP5) ; ceci permet de faire des économies
sur la facture de téléphone.
• La possibilité de télécopie : certains modems peuvent
envoyer et recevoir des télécopies. On distingue plusieurs
types selon le mode
de communication entre le modem et le micro-ordinateur :
classe 1, classe 2 (réception de télécopie possible) ou CAS
(communication application spécification). Il existe trois
groupes d'appareils de télécopies (à ne pas confondre avec la
classe du modem) ; les deux premiers sont déjà anciens et le
groupe III constitue le standard actuel : transmission en V29
(9 600 bps) ou sinon, en V27ter (7 200 bps) avec compression
des informations [4].
• La compatibilité « Hayes » : la reconnaissance du jeu de
commandes dit « de Hayes » (ou « commandes AT ») est
indispensable pour pouvoir utiliser le modem avec la majorité
des logiciels associés ; cependant, ce jeu de commandes
n'est pas normalisé et des différences existent selon les
fabricants.
• L'agrément national : en France, tous les appareils de
communication doivent être agréés par l'administration des
postes et des télécommunications. C'est théoriquement une
garantie de bon fonctionnement pour l'usager de l'appareil
(notamment pour la simulation du minitel en V23) par rapport
aux appareils non agréés (« réservés à l'exportation ») moins
chers. Il est possible de s'informer sur les agréments par le
service télématique 36 14 PTT ( mot-clef : AGR ).
Il est à noter que l'utilisation d'un modem entraîne
l'occupation d'une ligne téléphonique, et que cela est notamment
incompatible avec la présence d'un télécopieur ainsi qu'avec le
service d'indication d'appel de France Télécom.
3.2 Les logiciels de communication
La plupart des logiciels de communication pour un
microordinateur sont fournis avec les modems. Ils offrent
principalement :
(i) la simulation de terminal informatique (type « VT100 »
généralement) et de minitel ;
(ii) le téléchargement de documents et de logiciels à partir de
serveurs commerciaux (protocoles Kermit, Zmodem etc.) ;
(iii) l'envoi et la réception, de télécopie (si le modem offre cette
possibilité) [2, 8].
IlS existent aussi des logiciels gratuits, notamment pour la
simulation de terminal et le téléchargement de logiciels. Attention
aux produits d'origine étrangère qui n'offrent pas toujours la
simulation du minitel.
Certains logiciels de communication sont spécialisés dans la
connexion aux serveurs : ils offrent des possibilités
d'automatisation (à l'aide de la programmation d'un « script ») des
étapes de connexion et de récupération de logiciels [6].
Par ailleurs, des logiciels bureautiques (Claris Works,
Microsoft Works, Terminal de Windows par exemple) comportent
des fonctions de communication limitées (minitel, terminal
informatique et téléchargement).
De plus, il commence tout juste à apparaître des logiciels
pour utiliser les services d'Internet à partir de son micro-ordinateur.
Ces logiciels sont essentiellement gratuits (car du domaine public)
mais ils nécessitent la liaison à un site d'Internet permettant leur
emploi : c'est-à dire un accès téléphonique avec les protocoles SLIP
(serial line internet protocol) ou PPP (point-to-point protocol) ainsi
qu'un serveur POP (post office protocol) pour transférer le courrier
sur le micro-ordinateur. Sous Windows, il faut installer une
interface logicielle spéciale (bibliothèque « [Link] ») pour
pouvoir utiliser la simulation de terminal (telnet), le
téléchargement de fichiers (ftp), le courrier électronique (mail) etc.,
avec des logiciels comme : Trumpet for Windows, Eudora, WinQVT,
NCSA Telnet, PathWay Access, PC/TCP etc. [12].
.
3.3 Références bibliographiques
[1] « Boîtiers fax à reconnaissance : du texte au bout du fil »,
Science et vie micro, février 1993, p. 74-78.
[2] « Forging a Business Tool : Three Fax Sofware Packages for
Windows », Byte, février 1993, p. 209-212.
[3] « Fax Plus OCR : More Than Meets the Eye », Byte, août
1993 , p. 130-139.
[4] « Le point sur les solutions Fax-modems informatiques »,
Télécoms magazine, n° 25, octobre 1993, p. 62-67.
[5] J.L. Archimbaud, « Utilisation des nouveaux services d'accès à
l'information sur l'Internet (pour un laboratoire de recherche
ou une université) », Micro-bulletin du CNRS, n° 53, janvier-
février 1994.
[6] « Advancing Communications », Byte, février 1994, p. 104-
110.
[7] « Bien débuter avec la connexion aux BBS », Science et vie
micro, février 1994, p. 154-157.
[8] « Fax en réseau : l'an 01 de la nouvelle télécopie », 01
Réseaux, n°1, mars 1994, p. 97-104.
[9] « Comparatif : sept modems V32 bis à moins de 2 800 F »,
Science et vie micro, avril 1994, p. 108-113.
[10] « Dossier spécial : choisir et utiliser un modem », Soft &
Micro, mai 1994 , p. 46-61.
[11] « Mieux communiquer sous Windows », Windows plus, février
1994, p. 149-155.
[12] H.M. Kriz, « Windows and TCP/IP for Internet Access »,
document électronique [forum sur Usenet :
[Link]], janv. 1994.
[13] T. Besançon, « Accès à UUCP, USENET et l'Internet depuis la
France », document en cours de réalisation, mai 1994.
[14] « Banc d'essai : Smartcom de Hayes », Windows +, n°3, déc.
1993.
[15] « Au grand bazar des branchés », Le Monde, 15 juin 1994.
[16] J. Marchand, « A propos de la communication électronique »,
Guide de l'étudiant-chercheur, mai 1994 [document
disponible auprès de l'association Etudiants et Chercheurs,
c/o J. Marchand, 91, rue Boucicaut, 92260 Fontenay-aux-
Roses (envoyer une enveloppe timbrée à 6 F 70)].
[17] « Nouvelles technologies et communication, des autoroutes
pour aller où ? », Politis, n° 18, mai-juin 1994.
[18] L'indispensable pour communiquer avec son micro-
ordinateur, Marabout.
[19] B.P. Kehoe, Zen and the Art of the Internet, document
électronique [serveur FTP [Link]], janvier 1992.
[20] E. Krol, The Whole Internet User's Guide & catalog, O'Reilly,
1994, 410 p., 265 F.
[21] LaQuey, The Internet Companion, a beginning's guide to
global networking, 1993, 190 p., 93 F.
[22] Internet pour les nuls, 1994, 98 F.
[23] « Internet vient chasser sur les terres su Minitel », Libération,
juin 1994.
[24] « Branchez-vous ! » [Dossier sur Internet et les autoroutes de
l'information], Science et Vie Micro, juillet 1994, p. 72-92.