Problématique du projet
En tant que des chercheurs engagées dans l’amélioration des
conditions de vie dans notre environnement immédiat, nous avons été
interpellées par la situation préoccupante d’insalubrité qui prévaut dans
plusieurs communes de la ville de Kinshasa, particulièrement dans le district de
Tshangu. Masina, N’djili et Kimbanseke, bien qu’étant des zones densément
peuplées et stratégiques, présentent un visage urbain profondément dégradé,
avec des montagnes d’immondices, des caniveaux bouchés, des marchés
insalubres et une mauvaise gestion des déchets ménagers.
Face à cette réalité, une question nous est revenue sans cesse :
Pourquoi, malgré les nombreuses campagnes de sensibilisation, les
conditions d’insalubrité persistent, voire s’aggravent, dans ces communes ?
Cette question, en apparence simple, cache une complexité que nous voulons
explorer à travers ce projet, en nous concentrant particulièrement sur un levier
fondamental du changement : la communication publique.
Un problème visible, mais apparemment ignoré
Chaque jour, les habitants de Masina, N’djili et Kimbanseke vivent
dans un environnement où les déchets font presque partie du décor. Les marchés
se tiennent au milieu des ordures, les rues sont parfois inaccessibles à cause des
déchets plastiques, et les canaux d’évacuation d’eaux usées sont transformés en
dépotoirs. Pourtant, les autorités locales ne restent pas totalement inactives.
Elles organisent des campagnes de salubrité, installent des panneaux de
sensibilisation, interviennent dans les médias… mais ces efforts semblent
n’avoir qu’un impact limité.
Pourquoi ? C’est là que se pose le véritable problème de l’efficacité
de la communication publique. Ce n’est pas seulement la présence ou
l’absence de message qui pose problème, mais plutôt la manière dont ces
messages sont conçus, diffusés, perçus et intégrés dans la culture
quotidienne des citoyens.
Une communication souvent unidirectionnelle et peu engageante
Ce que nous avons pu observer, c’est que la communication publique
menée dans ces communes est souvent descendante. Elle vient des autorités,
passe par quelques supports formels (communiqués radio, journées de salubrité),
mais n’intègre que très rarement les populations comme acteurs de la démarche.
Or, pour qu’un message soit efficace, il doit non seulement informer, mais aussi
engager, faire participer et mobiliser. Dans les réalités de Tshangu, cette
dimension participative est encore faible.
De plus, les messages diffusés manquent parfois de clarté, de
régularité ou de proximité avec les réalités locales. On parle de salubrité dans un
langage technocratique, souvent éloigné du vécu des citoyens. Et lorsque les
actions sont menées, elles ne sont ni suivies, ni évaluées. La communication
devient alors un acte ponctuel, sans véritable stratégie de transformation sociale.
Des obstacles multiples et enracinés
À travers nos observations, plusieurs freins à la bonne
communication sont apparus :
Le manque de coordination institutionnelle : entre les bourgmestres,
les services d’hygiène, les comités de quartier, chacun agit souvent de
son côté, sans stratégie commune.
La faiblesse des moyens logistiques et financiers : impossible de
mener une campagne efficace sans budget suffisant, sans supports
adaptés, sans suivi.
La méfiance de la population envers les autorités : dans certaines
zones, les habitants ne croient plus aux promesses officielles, ce qui
rend la communication inefficace dès le départ.
Le manque de relais communautaires formés : les chefs de rue,
leaders religieux ou responsables d’associations ne sont pas toujours
impliqués dans la diffusion des messages, alors qu’ils pourraient
en être des porteurs puissants.
L’absence d’évaluation des campagnes précédentes : on ne
mesure pas ce qui marche ou non, on ne corrige pas, on répète.
Un besoin urgent de repenser la communication publique
On est convaincu que si nous voulons transformer durablement la
situation environnementale dans nos communes, il nous faut repenser
profondément la manière dont la communication est conçue et mise en
œuvre. Il ne s’agit plus simplement de dire aux gens de "ne pas jeter les
déchets", mais de créer une culture de la propreté, d’intégrer la salubrité dans
l’identité urbaine, dans les habitudes, dans la fierté collective.
Cela passe par une communication plus inclusive, plus participative,
plus contextualisée, qui parle aux réalités de Masina, de N’djili et de
Kimbanseke. Une communication qui fait appel aux jeunes, aux écoles, aux
marchés, aux églises, aux radios communautaires. Une communication qui
valorise les bonnes pratiques locales, qui récompense, qui motive, et qui écoute.
Formulation centrale de la problématique
Ainsi, la question centrale qui guide mon projet est la suivante :
Comment la communication publique menée dans les communes de
Masina, N’djili et Kimbanseke peut-elle être rendue plus efficace, plus
participative et plus adaptée pour lutter durablement contre l’insalubrité ?
Autour de cette interrogation principale, d’autres questions
secondaires guideront mon analyse :
Quelles stratégies de communication sont actuellement mises en
œuvre ?
Quels sont leurs impacts réels sur les comportements citoyens ?
Quels sont les blocages institutionnels, socioculturels et techniques
?
Comment construire une communication qui mobilise réellement
les habitants ?
Ce projet n’est pas simplement académique pour nous. Il est un
engagement citoyen, une contribution à un mieux-être collectif, un appel à une
gouvernance plus humaine et plus efficace. Si la salubrité est l’affaire de tous,
alors la communication publique doit devenir une affaire partagée,
incarnée, vivante et inclusive.
Objectifs du projet
Dans le cadre de ce projet, notre ambition est de contribuer à la
réflexion et à l’amélioration de la communication publique dans la lutte
contre l’insalubrité dans le district de Tshangu, particulièrement dans les
communes de Masina, N’djili et Kimbanseke. Pour ce faire, j’ai défini
cinq objectifs principaux qui guideront mes recherches :
1. Analyser les stratégies actuelles de communication publique
On va d’abord comprendre comment les autorités
communiquent avec les citoyens au sujet de la salubrité publique.
Quelles sont les méthodes utilisées ? Quels types de messages sont
véhiculés ? Sont-ils adaptés aux réalités locales ? Cette analyse me
permettra de cerner la logique qui sous-tend la communication officielle
et de voir si elle répond réellement aux besoins des populations de ces
trois communes.
2. Evaluer l’efficacité des messages et canaux de
communication
Cet objectif consiste à mesurer dans quelle mesure les
campagnes de sensibilisation les contenus diffusés (affiches, radios,
réseaux sociaux …) sont bien compris, pertinents et adaptés aux
contexte local. Nous allons procéder au vérification en ce qui concerne,
si les messages atteignent leurs cibles et produisent un changement de
comportement. Cela passe par des enquêtes de terrain, des
observations et l’analyse de la réception des messages par la
population. Il s’agira de savoir si les gens comprennent les messages,
s’ils y adhèrent et s’ils modifient leurs habitudes (ex. : gestion des
déchets, propreté des espaces publics).
3. Proposer des stratégies de communication participative et
inclusive
Il ne suffit pas de parler à la population, il faut aussi l’impliquer.
Cet objectif vise à imaginer des approches de communication qui
incluent les citoyens (à travers les associations, comités de quartiers,
écoles, églises, etc.) afin qu’ils deviennent eux-mêmes des acteurs de la
lutte contre l’insalubrité. Une communication participative favorise
l’adhésion, la responsabilisation et l’appropriation des messages.
4. Identifier les obstacles majeurs à une communication
publique efficace
Malgré les efforts de sensibilisation, plusieurs facteurs peuvent
freiner l’efficacité de la communication : manque de financement,
mauvaise coordination entre acteurs, faible niveau d’instruction,
méfiance envers les autorités, etc. Cet objectif permet de recenser et
analyser ces freins afin de mieux les contourner dans les
recommandations.
5. Identification des principales causes de l’insalubrité dans le
district de Tshangu
Cet objectif nous guidera à soulever les principales causes de
l’insalubrité dans le district Tshangu, car cela résulte plusieurs causes
majeures qui se déroulent tout d’abord la mauvaise gestion des déchets,
combinées à un manque de moyen financier des autorités locales et les
comportements inappropriés de certains habitants qui jettent leurs
déchets dans les lieux non autorisés.