Section 2 : le fondement légale de la détention préventive dans le code de procédure
pénale marocain :
Sur le plan juridique, la détention préventive est considérée comme une mesure exceptionnelle, car
elle va à l’encontre du principe de la présomption d’innocence dont bénéficie toute personne
poursuivie. Ce caractère exceptionnel est justifié par la nécessité de protéger les droits de la défense.
Le Code de procédure pénale encadre strictement cette mesure, notamment dans ses articles 175 à
188, qui précisent sa définition, sa durée, ainsi que les conditions dans lesquelles elle peut être
décidée.
La détention préventive joue un rôle essentiel dans le maintien de l’ordre public, en assurant à la
fois sa protection et une fonction de dissuasion. Elle permet également de garantir la présence de
l’inculpé tout au long de la procédure judiciaire et de préserver les preuves nécessaires à la
manifestation de la vérité.
Selon les dispositions de l’article 175 du C.P.P, le juge peut décider de mettre un accusé en
détention provisoire à n’importe quel moment de l’enquête, même si cette personne est déjà sous
contrôle judiciaire. Cela permet de réagir rapidement si la situation évolue, par exemple si l’accusé
ne respecte pas ses obligations ou s’il y a de nouveaux éléments graves. Le juge doit informer tout
de suite l’accusé et le procureur de cette décision. Si l’accusé est présent, il est directement envoyé
en prison avec un ordre de dépôt. S’il est en fuite, un mandat d’arrêt est lancé contre lui. L’accusé
ou son avocat peut demander une copie de cette décision, ce qui leur permet de comprendre la
mesure et éventuellement de la contester. Cet article cherche donc à protéger la bonne marche de la
justice tout en respectant les droits de la personne mise en cause.
la durée de la détention préventive :
Une fois le placement en détention provisoire justifié, les juges doivent s’assurer que celle-ci
n’excède pas une durée raisonnable afin de limiter au strict nécessaire l’atteinte à la liberté
individuelle et à la présomption d’innocence.1
La durée de la détention préventive varie selon la nature et la gravité de l’infraction. On peut alors
distinguer deux cas :
Tout d'abord, l'article 176 du Code de procédure pénale, qui concerne la durée de la détention en
matière délictuelle, précise que cette durée ne peut excéder un mois. Une fois ce délai écoulé, si le
maintien en détention préventive est jugé nécessaire, le juge d'instruction peut décider de le
prolonger par une ordonnance dûment motivée, à la demande du ministère public, lui aussi motivée.
1
2EN-NEFKHAOUI Aziz, « La problématique de la détention préventive et ses alternatives possibles » , Article
publié in REMALD, numéro 124, septembre-octobre 2015
Ce prolongement ne peut être effectué que deux fois et pour la même durée. Si le juge d'instruction
ne prend pas de décision pendant ce délai, conformément à l'article 217 suivant, l'inculpé doit être
libéré de plein droit, et l'instruction continue .
Ensuite, l'article 177 concerne le cas des personnes suspectées d'avoir commis un crime. Le juge
d'instruction peut être saisi dans le cadre d'une instruction obligatoire ou facultative. En matière
criminelle, la durée de la détention préventive ne peut excéder deux mois. À l'issue de ce délai, si le
maintien en détention reste jugé nécessaire, le juge d'instruction peut ordonner un prolongement, à
condition que cette décision soit spécialement motivée, sur la base d'une réquisition également
motivée du ministère public. Ce prolongement est limité à cinq fois et pour la même durée à chaque
fois. Si le juge d'instruction ne rend pas une ordonnance de clôture de l'instruction, l'inculpé est
libéré de plein droit, et l'instruction continue.2
Liberté provisoire :
L’article 179 du CPP encadre la procédure de demande de mise en liberté provisoire durant
l’instruction. Il renforce les garanties procédurales en fixant des délais précis pour chaque acteur : le
juge d’instruction, le ministère public, la chambre d’accusation, et éventuellement la partie civile.
L’article consacre le droit pour le mis en cause ou son avocat de demander la liberté à tout moment,
tout en imposant au juge de statuer rapidement (dans un délai de cinq jours). En cas de silence du
juge, la demande peut être transférée à la chambre d’accusation, qui doit aussi respecter un délai de
traitement.
Il prévoit également une libération automatique du prévenu en cas de non-respect des délais, sauf si
un acte d'instruction est encore en cours, ce qui protège contre les abus de détention prolongée.
Enfin, l'article veille à ce que la partie civile soit informée et puisse donner son avis, ce qui équilibre
les droits des différentes parties.
En somme, cet article cherche à assurer un équilibre entre les droits de la défense, les exigences de
l’enquête, et les droits des victimes.
l’article 184 du CPP précise le rôle et la fonction de la caution en cas de mise en liberté provisoire.
Il montre que la caution n’est pas seulement une garantie de présence du prévenu aux actes de
procédure, mais aussi un mécanisme de garantie financière au profit des victimes et de la justice.
L’article établit un ordre de priorité pour l'utilisation de la caution : d’abord pour les frais engagés
par la partie civile, ensuite pour les indemnisations, les frais de justice, puis les amendes. Le juge
2
Les articles 176 et 177 du C.P.P.
fixe le montant attribué à chaque poste, avec la possibilité de consacrer la totalité de la somme aux
droits des victimes, ce qui reflète une volonté de protéger les intérêts civils dans le cadre pénal.3
Gestion de la Caution en Cas de Mise en Liberté Provisoire :
Les articles 187 et 188 précisent les règles de répartition et de restitution de la caution versée lors
d’une mise en liberté provisoire.
L’article 187 distingue deux cas :
En cas de non-lieu, d’acquittement ou d’exemption, la partie de la caution destinée à couvrir
les frais et amendes est entièrement restituée.
En cas de condamnation, cette somme est affectée au paiement des frais de justice, des
amendes, des remboursements, des pensions alimentaires et des dommages-intérêts, selon un
ordre bien défini, et le solde est remboursé.
L’article 188, lui, organise la mise en œuvre concrète de cette répartition. Il oblige le ministère
public à fournir les documents nécessaires au percepteur (ou à la Caisse de dépôt et de gestion) pour
qu’il puisse distribuer les sommes aux bénéficiaires. En cas de désaccord sur cette distribution, le
tribunal tranche en chambre du conseil en tant que difficulté d’exécution. Ces articles visent à
garantir une gestion équitable, ordonnée et transparente des fonds de la caution.4
3
l’article 184 du C.P.P.
4
Les articles 187 et 188 du C.P.P