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Al3 LPC

La Peau de Chagrin d'Honoré de Balzac raconte l'histoire de Raphaël de Valentin, qui, en échange de ses désirs, voit sa vie se réduire à mesure qu'il utilise un talisman magique. Le dénouement tragique illustre la philosophie balzacienne selon laquelle l'excès de désir conduit à la destruction, culminant dans la mort de Raphaël et la souffrance de Pauline. Ce récit mêle réalisme, fantastique et tragédie, mettant en lumière les dangers de la passion démesurée.

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La Peau de Chagrin d'Honoré de Balzac raconte l'histoire de Raphaël de Valentin, qui, en échange de ses désirs, voit sa vie se réduire à mesure qu'il utilise un talisman magique. Le dénouement tragique illustre la philosophie balzacienne selon laquelle l'excès de désir conduit à la destruction, culminant dans la mort de Raphaël et la souffrance de Pauline. Ce récit mêle réalisme, fantastique et tragédie, mettant en lumière les dangers de la passion démesurée.

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AL3 La Peau de Chagrin

La mort de Raphaël

La Peau de Chagrin d’Honoré de Balzac est un roman réaliste et fantastique. Il présente aussi les
caractéristiques d’un conte philosophique et orientaliste, et d’une tragédie antique. Raphaël de Valentin, le
personnage principal choisit de voir ses désirs exaucés au prix d’une vie de plus en plus courte. Ce pacte est
scellé par la possession de la Peau de chagrin qui lui offre le pouvoir au service de son vouloir. Il use donc du
pouvoir de la peau pour assouvir ses désirs les plus débridés. En voyant la peau rétrécir dramatiquement, il
décide de s’enfermer dans un hôtel particulier pour échapper à toute tentation. Mais son histoire d’amour
avec Pauline, à qui il dévoile la vérité du talisman, le conduit à sa perte. L’explicit propose un dénouement à la
fois fantastique et tragique.
En quoi ce dénouement illustre-t-il la philosophie balzacienne selon laquelle « l’excès de désir tue » ?

1er mouvement : La découverte de la Peau


La jeune fille crut Valentin - Pauline est d’emblée inquiète : le verbe modalisateur
devenu fou, elle prit le talisman, croire traduit l’angoisse pour la santé mentale de Valentin
et alla chercher la lampe. « fou ».
- Face à cette situation angoissante, elle ne reste pas les bras
croisés, elle passe à l’action comme en attestent les verbes
d’action au PS « prit » et « alla chercher » (= Curiosité de
Pauline).

- La peau est présentée tel un tableau : elle est « éclairée par la


Éclairée par la lueur vacillante qui
lueur vacillante qui se projetait également sur Raphaël et sur le
se projetait également sur
talisman ». Ce jeu de clair-obscur crée une atmosphère
Raphaël et sur le talisman,
fantastique et rappelle la luminosité fantastique de la Peau
dans le bazar de l’antiquaire.

elle examina très-attentivement


- La curiosité scientifique de Pauline transparaît à travers le choix
du verbe de perception « examina » et surtout des adverbes
« attentivement » accentué par « très » mais l’adjectif
« magique » (qui clôt la phrase) contrebalance le côté
scientifique.

- La polysyndète, qui reprend la structure binaire « sur Raphaël et


et le visage de son amant et la
sur le talisman », souligne le lien qui unit fatalement Raphaël et
dernière parcelle de la Peau
la Peau.
magique.
- Le talisman est réduit à « la dernière parcelle de la Peau
magique » où l’adjectif « dernière » connote la mort
imminente.
2e mouvement : Le réveil du désir
En la voyant belle de terreur et - Folie et amour s’entremêlent dans l’antithèse « belle de terreur
d'amour, il ne fut plus maître de et d’amour » appuyée par la négation partielle « il ne fut plus
sa pensée : maître de sa pensée ». L’effet est simultané.
- La focalisation interne qu’on décèle grâce à l’emploi des
possessifs « sa pensée », « sa passion », « son âme » donne
accès à l’intériorité du personnage et révèle tout son désarroi.
les souvenirs des scènes - La démesure est traduite par le pluriel des « scènes
caressantes » et des « joies délirantes » rapprochant la passion
caressantes et des joies délirantes
de la démence.
de sa passion triomphèrent dans
- Grammaticalement, Raphael est l’objet et non le sujet des
son âme depuis longtemps verbes, il est donc sous la coupe de cette passion : « les
endormie, et s'y réveillèrent souvenir » sont sujet de verbes d’action « triomphèrent » et
comme un foyer mal éteint. « s’y réveillèrent ».
- Le verbe « triompher » confirme l’emprise de la passion sur
Raphael.
- L’allitération en « s » amplifie le plaisir associé à ses souvenirs.
- Toute l’ironie tragique réside dans ces passions « longtemps
endormies » et qui se « réveillent » pour causer enfin la mort de
Raphael.
- La comparaison de la passion au feu « foyer » rappelle les
métaphores raciniennes : la passion est associée à la souffrance.
Elle est synonyme de démesure = elle suggère les effets
néfastes de cette passion fatale.
- Le foyer « mal éteint » peut s’embraser à tout moment. La
comparaison suggère que le désir ne peut jamais être
totalement étouffé  vouloir lutter contre le désir est donc
− Pauline, viens ! Pauline ! impossible.

- La répétition du prénom « Pauline » correspond à une certaine


forme d’obsession, de folie. Le cri de Raphaël révèle la
puissance de son désir. Au désir d’éloignement succède un
violent désir de rapprochement traduit par l’emploi de
l’impératif « viens ».

3e mouvement : La terreur de Pauline


Un cri terrible sortit du - Pauline souffre devant la prise de conscience du rapport entre
gosier de la jeune fille, ses yeux se la superficie de la peau et la durée de vie de Raphael. Cette
dilatèrent, ses sourcils souffrance est exprimée par des manifestations physiques :
violemment tirés par une douleur « un cri terrible », « ses yeux se dilatèrent », « ses sourcils
inouïe, s'écartèrent avec horreur, violemment tirés par une douleur inouïe, s’écartèrent avec
elle lisait dans les yeux de Raphaël horreur ». (hypotypose, cf. Le Cri de Munch)
un de ces désirs furieux, jadis sa Les termes associés à l’expression de la souffrance sont
gloire à elle ; hyperboliques : « terrible », « violemment », « inouïs »,
« horreur ». La description permet de visualiser l’étendue et
l’intensité de cette douleur. Pauline est comme habitée par
cette souffrance.
mais à mesure que grandissait ce - La temporelle qui exprime la simultanéité mêle de nouveau
désir, la Peau, en se contractant, l’amour et la mort « grandissait ce désir » v/s « la peau se
lui chatouillait la main. contractant ».

Sans réfléchir, elle s'enfuit dans le - Pauline n’a donc plus qu’une solution : la fuite spontanée (CCM
salon voisin dont elle ferma la négatif) pour préserver la vie de son amant.
porte.

4e mouvement : La folie de la passion


− Pauline ! Pauline ! cria le - Raphael est désigné par la périphrase « le moribond », il perd
moribond en courant après elle, je son identité avant de perdre la vie.
t'aime, je t'adore, je te veux ! - Le lecteur assiste impuissant à une tragédie = Raphael se bat
« je t’aime, je t’adore, je te veux !». La gradation fait passer
Pauline d’amante à déesse puis à objet de désir.
je te maudis, si tu ne m'ouvres ! je - La menace explicite rappelle que cet amour est en fait une
veux mourir à toi ! malédiction pour les deux.
- « Je veux mourir à toi ! » est une phrase grammaticalement
incorrecte qui lie le désir et la mort. Cette construction suggère
Par une force singulière,
que Raphaël veut mourir non pas pour Pauline mais en lui
dernier éclat de vie, il jeta la porte appartenant dans une étreinte charnelle.
à terre, et vit sa maîtresse à demi
nue se roulant sur un canapé.

Pauline avait tenté vainement de - R est doté d’une énergie excessive. Cette puissance maléfique
se déchirer le sein, et pour se rappelle le fantastique « force singulière », « dernier éclat de
donner une prompte mort, elle vie », « jeta la porte à terre », surtout qu’elle est inattendue
chez un moribond. Elle suggère que Raphaël est comme
cherchait à s'étrangler avec son
possédé.
châle.
- Champ lexical du suicide : « se déchirer le sein », « s’étrangler
− " Si je meurs, il vivra ! " disait- avec son châle », «se donner une prompte mort », « serrer le
elle en tâchant vainement de nœud » Pauline comprend qu’elle est la cause du désir et donc
serrer le nœud. de la mort de R. elle décide alors de se supprimer pour garder
son amant vivant.
Ses cheveux étaient épars, ses
épaules nues, ses vêtements en
désordre, et dans cette lutte avec - La construction hypothétique (et antithétique) « Si je meurs, il
la mort, les yeux en pleurs, le vivra » rappelle que la survie de l’un.e détermine la mort de
visage enflammé, se tordant sous l’autre.
un horrible désespoir, elle
présentait à Raphaël, ivre - Pauline est transformée en un personnage digne de la tragédie
d'amour, mille beautés qui grecque : « cheveux (…) épars », « yeux en pleurs », « visage
augmentèrent son délire ; il se enflammé », « horrible désespoir ».
jeta sur elle avec la légèreté d'un - Paradoxalement, sa beauté s’amplifie « mille beautés » à
oiseau de proie, brisa le châle, et mesure qu’elle cherche à se tuer, et entraîne une réaction
voulut la prendre dans ses bras. hyperbolique « ivre d’amour ».
- La métaphore finale « avec la légèreté d’un oiseau de proie »
donne de Raphaël une image ambiguë : Raphael est mi ange, mi
prédateur. Mais le côté prédateur semble prendre le dessus
comme en attestent les deux verbes de violence « se jeta » et
« brisa ».
-

5e mouvement : La mort de Raphaël


Le moribond chercha des - La passion destructrice : la métaphore « le désir qui dévorait
paroles pour exprimer le désir qui toutes ses forces » assimile la passion à un monstre qui se
dévorait toutes ses forces ; nourrit de celui qui l’éprouve.

mais il ne trouva que les sons - La négation restrictive « il ne trouva que les sons étranglés du
étranglés du râle dans sa poitrine, râle » confirme l’agonie qui est rendue auditivement grâce à
l’allitération en « r ».
dont chaque respiration creusée
plus avant, semblait partir de ses
entrailles.

Enfin, ne pouvant bientôt plus - C’est la dernière étape de l’agonie marquée par le connecteur
former de sons, il mordit Pauline chronologique « Enfin ».
au sein. - Il s’agit d’un balancement entre impuissance (la négation « ne
pouvant plus ») et la puissance féroce « il mordit »
- Le sein est le siège des sentiments et le symbole de la féminité
et de la sensualité. La dimension érotique de la scène culmine
dans ce passage : R meurt en mordant le sein de P. Le contact
charnel entraîne la mort.

Jonathas se présenta tout - Le serviteur, tel le lecteur, spectateur est horrifié : « tout
épouvanté des cris qu'il entendait, épouvanté des cris qu’il entendait ».
et tenta d'arracher à la jeune fille
le cadavre sur lequel elle s'était - Dans ce tableau final d’épouvante, Raphael n’a plus de nom, il
n’existe plus, il n’est plus qu’un « cadavre ». Pauline est
accroupie dans un coin.
assimilée à un animal « accroupie dans un coin ».
− Que demandez-vous ? dit- - Les propos de Pauline sont décousus : ses phrases se succèdent
elle. Il est à moi, je l'ai tué, ne sans vrai rapport. Pauline est l’incarnation de la perte des sens.
l'avais-je pas prédit ? - À qui Pauline pose-t-elle la question ? au serviteur ? au lecteur ?
question provocatrice, s’énonce comme un défi.
- On se demande si c’est Pauline qui s’exprime ou la peau (les
trois dernières phrases). La prédiction fatale s’est réalisée.

Somme toute, ce dénouement qui frappe le lecteur par sa dimension théâtrale, illustre la thèse
philosophique développée tout au long du roman : le désir et l’ambition épuisent l’énergie vitale et détruisent
le héros. Les tragédies de Racine sont chargées de sentiments aussi forts que ceux exprimés par Raphaël et
Pauline mais les règles de la bienséance ne permettaient pas des tableaux aussi crus de la démesure et de la
passion dévastatrice.

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