SALMONELLA
OBJECTIFS
-Citer 2 milieux d’enrichissement et 2 milieux sélectifs d’isolement des Salmonella.
-Définir les fréquences des hémocultures positives pendant les 4 premiers septénaires de
la fièvre typhoïde.
-Citer 7 antibiotiques utilisables pour l’antibiogramme des Salmonella.
-Définir le sérodiagnostic de Widal-Félix et la cinétique des agglutinines O et H au cours
de la fièvre typhoïde.
-Citer 4 causes de résultats faussement positifs et 3 causes de résultats faussement
négatifs du sérodiagnostic de Widal-Félix.
-Définir les moyens de prévention des salmonelloses.
INTRODUCTION
Ces bactéries sont principalement responsables de toxi-infections alimentaires (gastro-
entérites) et de septicémie. Dans les pays en développement, elles sont endémiques et
surviennent surtout pendant l'hivernage: elles constituent un véritable problème de santé
publique.
I -CARACTERES BACTERIOLOGIQUES
1Taxonomie et nomenclature
L’analyse par hybridation génétiques ADN-ADN, a montré que toutes les souches de
salmonelle appartiennent à deux espèces : enterica et bongori (exceptionnel chez l’homme)
L’espèce S. enterica qui comprend 7 sous-espèces dont la principale est S. enterica sub
species enterica qui représente 99% des Salmonella isolées en pratique médicale avec environ
2 200 sérovars.
Quatre de ces serovars correspondent aux salmonelles dites « majeurs » strictement humains
responsables de fièvres typhoïdes et paratyphoïdes , et
les autres dites « mineurs » d’origine animale et pouvant être retrouvés chez l’homme en
portage asymptomatique ou responsables de diarrhées bénignes
la plupart des ces serovars sont désignés par des noms géographique (Wien, Dublin, Panama
et--)
Sous-Espèces Noms
I Salmonella enterica subspecies enterica
II Salmonella enterica subspecies salamae
IIIa Salmonella enterica subspecies arizonae
IIIb Salmonella enterica subspecies diarizonae
IV Salmonella enterica subspecies houtenae
V Salmonella enterica subspecies bongori
VI Salmonella enterica subspecies indica
La sous-espèce I comprend plus de 99% des souches de Salmonella rencontrées en
pathologie.
Les 7 sous-espèces sont elles-mêmes divisées en serovars définis par leurs constituants
antigéniques (Ag O, H et Vi).
DETERMINATION DU SEROVAR
L'étude des antigènes O, H et Vi a abouti à l'établissement d'un catalogue des
formules antigéniques (schéma de Kauffman-White).
On peut le comparer à un annuaire de téléphone ou les antigènes O donneraient
les numéros du central et les antigènes H les chiffres particuliers de l'abonné.
Ce catalogue permet de différencier les salmonelles des fièvres typhoïdes et para-typhoïdes
des autres.
Extraits du Schéma de Kauffmann-White
Sérotypes Antigènes O Vi Antigènes H
Phase 1 Phase 2
A Paratyphi A 1, 2, 12 a -
B Paratyphi B 1, 4, 5, 12 b 1, 2
Typhimurium 1, 4, 5, 12 i 1, 2
C Paratyphi C 6, 7 + C 1, 5
D Typhi 9, 12 + D -
Enteritidis 1, 9, 12 gm -
Dublin 1, 9, 12 + gp -
M Soumbedioune 28 B e,n,x
2-Caractères morphologique et culturaux
Bacilles mobiles, mais certaines souches peuvent devenir immobiles.
Sur milieu gélosé, les colonies de Salmonella sont habituellement normales en 18h-24h d'incubation
3-Caractères biochimiques
-Caractères du genre Salmonella (en général)
-Mannitol (+); Mobilité (+) sauf Salmonella Gallinarum-pollurum; Nitrate (+).
-Glucose (+); Gaz (+) sauf Salmonella Typhi; Lactose (-); ONPG (-); H2S (+) sauf Salmonella
paratyphi A et S. choleraesuis; LDC (+) sauf S. paratyphi A.
-Uréase (-); Indole (-); TDA (-).
-Citrate de Simmons (+)
Identification biochimique des serovars plus fréquents
-Salmonella typhi: production de H2S en moustache dans le milieu de Kligler-Hajna; Gaz (-);
Faiblement mobile à l'isolement; Citrate de Simmons (-).
-Salmonella paratyphi A: H2S (-); LDC (-); Citrate de Simmons (-).
-Salmonella paratyphi B : H2S (+).
-Salmonella paratyphi C: H2S (+).
II-ÉPIDÉMIOLOGIE
1-Habitat.
Présent dans le tube digestif de l’homme (malades, convalescents, porteurs
asymptomatiques) et des animaux vertébrés à sang chaud et à sang froid. S. Typhi et S.
Paratyphi sont strictement adaptés aux humains, on peut les retrouver aussi. dans le milieu
extérieur: eaux (des égouts), aliments (légumes, œufs, farines de poissons,…). Bacilles
disséminés dans la nature par les excréta (selles).
2-Transmission
-Contamination par voie orale, d'homme à homme ou à travers les aliments (Toxi-Infection
Alimentaire Chronique ou TIAC, …) et eaux de boisson souillés par les excréments de
malades ou de porteurs asymptomatiques.
-S. Enteridis est souvent transmis à travers les œufs de poule infectés par voie verticale (voie
transovarienne).
3-Importance des infections à Salmonella au Burkina Faso
-Salmonella paratyphi B est actuellement le sérotype le plus fréquent au Burkina Faso. Il est
suivi des S. Typhi, paratyphi A, et C.
-Les infections à Salmonella sont endémiques, avec une recrudescence des cas pendant
l'hivernage. Toutes les tranches d'âge et les 2 sexes sont concernés.
III-POUVOIR PATHOGÈNE NATUREL
Les salmonelles sont responsables de salmonelloses qui peuvent revêtir divers aspects
cliniques sont reparties comme suit
-Formes digestives: toxi-infections alimentaires consécutive à l’absorption d’aliments
(viandes pâtisseries ,pâtés) contamines; =SALMONELLOSES MINEURES
-Formes septicémiques: fièvres typhoïdes (S. Typhi) et paratyphoïdes (S. paratyphi A, S.
Paratyphi B, S. Paratyphi C).avec des risques de complications (collapsus, hémorragies et
péritonites)= SALMONELLOSES MAJEURES
-Formes extra-digestives: méningites, atteintes ostéo-articulaires, infections urinaires
(fréquentes chez les drépanocytaires), atteintes hépatiques, infections pulmonaires,…
IV--DIAGNOSTIC AU LABORATOIRE
1-Prélèvements
-Sang (hémoculture): recueilli aux moments des pics thermiques dès le début de la fièvre
typhoïde.
-Selles dans les gastro-entérites et les toxi-infections alimentaires. La coproculture doit être
toujours demandée parallèlement à l'hémoculture et au sérodiagnostic.
-Autres prélèvements: LCS, pus d'abcès, urines, etc…
2-Coproculture
-Enrichissement en bouillon Müller-Kauffman ou en bouillon au Sélénite,…Après
incubation à 37°C/ 4-6h, repiquage du bouillon sur milieux d'isolement.gélose SS
(Salmonella-Shigella), ou Hektoen à 37°C pendant 24h.
-Identification et antibiogramme
Des colonies suspectes [Lactose (-); H 2S (±)] sont soumises à l'identification biochimique qui
est complétée par l'identification antigénique. Le sérotypage se fait des techniques
d'agglutination sur lame avec des sérums anti-Salmonella O, Vi et H polyvalents puis
monovalents.
Pour l'antibiogramme tester des antibiotiques comme: ampicilline, amoxcicilline, Imipénème,
Cazlocilline, Cefotaxine, Tobramycine, amikacine, Gentamicine, Nétilmicine, Tétracycline,
Chloramphénicol, Colistine, Acide nalidixique, Ciprofloxacine, Péfloxacine, Cotrimoxazole,
…
3 Hémoculture
On recueille environ 10 ml de sang dans le bouillon d'hémoculture en ballon. Les bactéries
ayant cultivé dans le bouillon sont isolées sur milieu gélosé et soumis aux identifications
biochimique et antigénique.
En l’absence d’antibiothérapie, les hémocultures sont positives :
-dans 90% des cas durant la 1ère semaine de la maladie (1er septénaire)
-dans 75% des cas durant la 2ème semaine de la maladie (2ème septénaire)
-dans 40% des cas durant la 3ème semaine de la maladie (3ème septénaire)
-dans 10% des cas durant la 4ème semaine de la maladie (4ème septénaire)
4 Examens directs des autres prélèvements
Les autres prélèvements sont analysés selon la même démarche que celle des selles: examen
microscopique direct, enrichissement, isolement, identification antibiogramme.
La recherche des Salmonella peut être faite dans les aliments contaminés.
5-Diagnostic indirect: le sérodiagnostic de Widal et Félix
5.1Définition
Détermination qualitative (détection) et quantitative (titrage) des agglutinines (Ac) anti-O
et/ou anti-H de Salmonella Typhi, S. paratyphi A, S. Paratyphi B et S. Paratyphi C ainsi
que de S. Typhimurium et S. Enteridis. La recherche qualitative des agglutinines peut se faire
par la méthode classique lente à l'étuve ou la température ambiante, par une méthode rapide
après centrifugation ou sur lame avec des suspensions bactériennes colorées. La sérologie de
l’anti-Vi est sans intérêt pratique dans le diagnostic des salmonelloses.
Le sérodiagnostic de Widal-Félix comporte de nombreuses causes d'erreurs et son
interprétation est parfois délicate. Il doit toujours être accompagné de coproculture et/ou
d'hémoculture .Inutile dans les toxi infections, il présente une valeur d’orientation du
diagnostic
5.2-Cinétique des Agglutinines
-Au cours de la fièvre typhoïde
-Apparition des agglutinines : •O : vers le 8ème jour de la maladie
•H: vers le 10-12ème jours
-Période d'État : les 2 types d’agglutinines sont présents
•Titre maxi des agglutinines O de Salmonella typhi (TO) :
1/200-400
•Titre maxi des agglutinines H de Salmonella typhi (TH) : 1/800
-Disparition des agglutinines ; •O: au bout de 2 à 3 mois
:•H: persistent plusieurs années
-Après vaccination : Persistance d'agglutinines H
-Chez un sujet vacciné (vaccin TAB) atteint de typhoïde :Présence simultanée
d'agglutinines TH, AH, BH et d'agglutinines O
: Évolution du titre des agglutinines au cours des fièvres typhoïdes et paratyphoïdes.
5.3 Causes de résultats faussement positifs
-Présence d'agglutinines TO seules dues généralement à une infection S. Enteridis
(communauté antigénique).
-Présence d'agglutinines BO seules dues à une infection S. Typhimurium par exemple
(communauté antigénique).
-Agglutination avec BO (serogroup II) ou avec TO (sérogroupe IV) dues aux communautés
antigéniques avec Yersinia pseudotuberculosis.
-Réactions faussement positives pouvant être observées au cours de certaines maladies
comme le paludisme, le typhus exanthématique, les dysglobulinémies (myélomes,
collagénoses, cirrhoses) et infections diverses dues à des entérobactéries.
5.4-Causes des résultats faussement négatifs
-1er septénaire de la maladie
-Antibiothérapie ou corticothérapie précoce
-Rares cas de typhoïde vraie sans élévation du titre des Ac.
V-ELEMENTS DE PROPHYLAXIE ET DE TRAITEMENT
1 Prévention
Elle repose sur
-Hygiène individuelle: détection de porteurs asymptomatiques notamment chez le personnel
de restauration, des industries alimentaires,…
-Hygiène collective: lutte contre le péril fécal et contrôle bactériologique des aliments et des
eaux.
la vaccination
-Vaccin Typhim Vi®: vaccin composé de polyoside capsulaire, administré par voie injectable.
Vaccin TAB (vivant atténué) pouvant être associé à l'anatoxine diphtérique (TAB-D) et
tétanique (TABDT ou DTTAB) est présentement abandonné.
2-Traitement curatif
-Fièvres typhoïde et paratyphoïde
La voie d’administration est préférentiellement buccale
Le chloramphénicol, thiamphénicol, ampicilline, cotrimoxazole, colistine, quinolones
systématiques sont les plus utilisés
-Durée du traitement: 10 à 15 jours après la chute de la fièvre pour éviter les rechutes, La
négativation des hémocultures et des coprocultures signent l’efficacité du traitement
-Gastro-entérites et Toxi-infections alimentaires
Si elles sont bénignes, pratiquer un traitement symptomatique, notamment une RVO. Seules
formes graves sont justiciables d’une antibiothérapie.