0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
13 vues104 pages

AideDomicile - L FR

Ce manuel de prévention des troubles musculosquelettiques dans le secteur de l'aide à domicile vise à sensibiliser et former les conseillers en prévention sur les risques liés aux troubles musculosquelettiques. Il s'inscrit dans le cadre des projets LOMBALGIES et PROXIMA, qui ont pour objectif d'améliorer les conditions de travail des aides familiales en Belgique. Le document aborde le fonctionnement de l'appareil musculosquelettique, les facteurs de risque et propose des solutions adaptées.

Transféré par

Hassan Souida
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
13 vues104 pages

AideDomicile - L FR

Ce manuel de prévention des troubles musculosquelettiques dans le secteur de l'aide à domicile vise à sensibiliser et former les conseillers en prévention sur les risques liés aux troubles musculosquelettiques. Il s'inscrit dans le cadre des projets LOMBALGIES et PROXIMA, qui ont pour objectif d'améliorer les conditions de travail des aides familiales en Belgique. Le document aborde le fonctionnement de l'appareil musculosquelettique, les facteurs de risque et propose des solutions adaptées.

Transféré par

Hassan Souida
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Prévention des troubles

musculosquelettiques
dans le secteur
de l’aide à domicile

Novembre 2010

Direction générale Humanisation du travail


Ce manuel a été élaboré par une équipe de PREVENT composée
de:
Jean-Philippe DEMARET, ergonome et licencié en kinésithérapie et en Lieven EECKELAERT, conseiller en prévention
éducation physique Rik OP DE BEECK, ergonome et conseiller en prévention
Frédéric GAVRAY, ergonome, kinésithérapeute et licencié en éduca- Freddy WILLEMS, ergonome européen et ergothérapeute
tion pour la santé

Remerciements ✒✒ à Liliane Hardenne, Romain Thirion, Eliane Rorive et Viviane Everaert du


CSD de Seraing
Merci à toutes les personnes qui ont exprimé leur intérêt pour ce travail et ✒✒ Vincent Bernard, Sylvie Gendarme et Martine Mertens du Centre
nous ont fait profiter de leur expérience de terrain et nous ont permis de Familial de Bruxelles
compléter les illustrations photographiques en situation réelle. ✒✒ Christa Thielen de Thuishulp
Merci particulièrement: ✒✒ à Catherine Drosson, Nadine Cloes, Sandrine Schoebrechts, Marie-Ca-
✒✒ aux membres de l’Hôpital St Joseph de Liège (CHC) et particulièrement role Tassignon, Julie Gathon, Tom et Lora
Jean-Paul Delvaux, Jean-Luc Delhaxhe, Claude Lambrechts, Didier Balts, Nous tenons aussi à remercier les membres du projet PROXIMA pour les
Pierre Francois, Jessica Janssens, Abdel Jarek, Salvatore Maggio, Calo conseils qu’ils nous ont prodigués tout au long de la réalisation de l’ouvrage
Marchese, Roberto Milazzo et nous ont permis d’établir des contacts avec les services d’aide à domi-
✒✒ à Augustin Pion des Cliniques de l’Europe, Site Saint Michel cile : Agnès Van Daele, Lorraine Léonard, Vinciane Letont, Tom Vandenbrande,
✒✒ à Isabelle Plumet du Centre Hospitalier Régional du Val de Sambre Wendy Ver Heyen, Elisabeth Wendelen.
✒✒ à Filip Buckens, coordinateur de l’équipe Manutention de L’Universitair
Ziekenhuis de Gent Merci également aux modèles et aux personnes qui ont eu la gentillesse de
✒✒ à Benoit Poncelet et Christophe Sorlet du service des soins intensifs mettre leur domicile à disposition et nous ont ainsi permis d’enrichir ce
médico-chirurgicaux du Centre Hospitalier de Luxembourg (service du manuel par des supports photographiques en situation réelle : Marie-Jeanne,
Dr. M. Hemmer) Joseph, Freddy, Monique, Eliane,Viviane, M et Mme L., …
✒✒ à Lieven Maertens de Heilig Hart Ziekenhuis Roeselare - Menen
Nous remercions également la société METRA (V. Morre) qui nous a permis
✒✒ au CHU Sart Tilman de Liège
de reproduire les photographies des articles, aides techniques et mobiliers
✒✒ à Jean-Benoît Dufour et Véronique Legrain de Solival Wallonie –
Bruxelles repris dans cet ouvrage.

PROMOTEUR DU PROJET
SPF Emploi, Travail et Concertation sociale
Direction générale Humanisation du travail
Rue Ernest Blerot 1 – 1070 Bruxelles

Ce manuel a pu être réalisé grâce


à l’appui de l’Union européenne
Fonds social européen

Cette publication peut également être consultée sur le site web: [Link]

H/F Ce manuel a été rédigé à la demande de la Direction générale Huma-


nisation du travail du SPF Emploi, Travail et Concertation sociale
Les termes « conseiller en prévention », « travailleur » et « em-
ployeur » utilisés dans cette publication renvoient aux personnes des Coordination: Direction de la communication
deux sexes. Couverture et mise en page: Sylvie Peeters
Impression: Imprimerie Albe De Coker
Dépôt légal: D/2010/1205/36
Deze publicatie is ook verkrijgbaar in het Nederlands.
Editeur responsable: SPF Emploi,Travail et Concertation sociale
© SPF Emploi, Travail et Concertation sociale rue Ernest Blerot 1 - 1070 Bruxelles
Tous droits réservés pour tous pays. Il est interdit, sauf accord pré- Ce manuel peut être obtenu gratuitement
alable et écrit de la Direction de la communication du SPF Emploi,
✒✒ Par téléphone au 02 233 42 14
Travail et Concertation sociale, de reproduire totalement ou par-
✒✒ Par commande directe sur le site du SPF:
tiellement la présente publication, de la stocker dans une banque de
[Link]
données ou de la communiquer au public, sous quelque forme que ce
soit. Toutefois, si la reproduction de textes de ce manuel se fait à des ✒✒ Par écrit à la Cellule Publications du
fins informatives ou pédagogiques et strictement non commerciales, SPF Emploi,Travail et Concertation sociale
elle est autorisée moyennant la citation de la source et, s’il échet, des rue Ernest Blerot 1 - 1070 Bruxelles
auteurs du manuel . Fax: 02 233 42 36
E-mail: publications@[Link]

2
Avant-propos

Ce manuel de prévention des troubles musculosquelettiques dans le secteur de l’aide à domicile , est une nouvelle
version de le manuel « Prévention des maux de dos dans le secteur de l’aide à domicile », développée dans le cadre
d’une collaboration entre les projets LOMBALGIES et PROXIMA, lancés par la Direction générale d’humanisation du
travail avec le soutien financier du Fonds social européen. Ce manuel étend la problématique des maux de dos à
l’ensemble de la problématique des troubles musculosquelettiques (plaintes des membres supérieurs et inférieurs).
Le projet LOMBALGIES a débuté en 2000 sur base d’un concept élaboré par le Centre de promotion du travail qui
avait pour objectif de combattre le risque de lombalgies et de maux de dos dans le secteur de la petite enfance en
offrant des formations aux puéricultrices et institutrices maternelles. Ce projet a été mené en collaboration avec
l’Institut PREVENT. Fort de son succès le projet a été élargi à d’autres secteurs comme l’agriculture, la construction,
l’aide à domicile et le secteur hospitalier.
Dans le cadre du projet PROXIMA, les conditions de travail des aides familiales en Belgique ont été étudiées et
différentes pistes d’amélioration de ces conditions de travail proposées. PROXIMA comportait deux volets séparés
mais complémentaires : un volet « Recherches » et un volet « Actions ». Le volet « Recherches » a permis de mieux
comprendre les problèmes observés dans le secteur en matière de conditions de travail (particulièrement en par-
tant du point de vue de la santé et de la sécurité au travail). Les résultats de cette recherche ainsi que les pistes
d’amélioration des conditions de travail ont été exposées dans le manuel « Travailler comme aide familiale à domi-
cile » éditée par le SPF Emploi, Travail et Concertation sociale en 2006. Le volet « Actions » permis de développer
un programme pertinent de sensibilisation, d’information et de formation basé sur les problèmes réels. C’est dans
le cadre de ce volet que se situe la collaboration avec l’autre projet soutenu par le Fonds social européen.
Ce manuel poursuit principalement trois objectifs: connaître le fonctionnement de l’appareil musculosquelettique,
comprendre comment les muscles et le squelette peuvent se détériorer et développer des solutions adaptées. Le
manuel s’adresse en priorité aux conseillers en prévention qui cherchent des connaissances complémentaires sur
la problématique des troubles musculosquelettiques et des arguments pour convaincre leurs interlocuteurs de pro-
téger leur dos et les membres ou celui de leurs travailleurs.
.

3
table des matières

Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7 5.3 Les affections neurovasculaires . . . . . . . . 23


5.4 Les affections musculaires . . . . . . . . . . . 23
1. Vous avez dit TMS ? . . . . . . . . . . 8
5.5 Un cas particulier: le lumbago . . . . . . . . . 24
2. Quelques chiffres . . . . . . . . . . . 10 5.5.1 Est-ce grave Docteur ? . . . . . . . . . . . . 24
2.1 En Belgique et en Europe . . . . . . . . . . . 10 5.5.2 Qu’est-ce qui est à l’origine du lumbago ? . . 24
2.2 L’analyse par âge et genre . . . . . . . . . . . 10 5.5.3 Le repos au lit : deux jours maximum . . . . . 24
2.3 L’analyse par secteur . . . . . . . . . . . . . 11 5.5.4 Les signes de gravité à prendre en
2.4 Les conséquences pour l’entreprise . . . . . 11 considération . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
5.6 Le vieillissement naturel et l’arthrose . . . . . 25
3. La réglementation . . . . . . . . . . 12
5.7 Les affections discales . . . . . . . . . . . . . 26
4. Les constituant de l’appareil 5.7.1 Stade 1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
musculosquelettique . . . . . . . . 12 5.7.2 Stade 2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
4.1 Les éléments de base . . . . . . . . . . . . . 12 5.7.3 Stade 3 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
4.1.1 Les os et les articulations . . . . . . . . . . 12 5.7.4 Stade 4 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
4.1.2 Les muscles et les tendons . . . . . . . . . . 13 5.7.5 L’intervention chirurgicale en cas de
4.1.3 Les ligaments . . . . . . . . . . . . . . . . . 13 hernie discale ? . . . . . . . . . . . . . . . . 27
4.1.4 Les éléments nerveux . . . . . . . . . . . . . 13 5.8 Les affections des bourses séreuses . . . . . . 27
4.2 La colonne vertébrale: pilier du corps . . . . 13
6 Les facteurs de risque de TMS . . . 27
4.2.1 Sa forme et ses segments . . . . . . . . . . . 13
6.1 Les facteurs de risque de type biomécaniques 27
4.2.2 Les constituants de la colonne vertébrale . . 14
6.1.1 Les postures . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
4.2.3 Les mouvements de la colonne vertébrale . . 16
6.1.2 La répétition des gestes et la durée . . . . . . 31
4.3 L’épaule . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
6.1.3 Les efforts et la force . . . . . . . . . . . . . 32
4.3.1 Les constituants de l’épaule . . . . . . . . . 16
6.2 Quelques exemples de facteurs de risque de
4.3.2 Les mouvements de l’épaule . . . . . . . . . 17
type biomécaniques spécifiques au secteur . . 34
4.4 Le coude . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
6.3 L’exposition aux facteurs environnementaux . 35
4.4.1 Les constituants du coude . . . . . . . . . . 17
6.3.1 Les pressions mécaniques et les chocs . . . . 35
4.4.2 Les mouvements du coude . . . . . . . . . . 17
6.3.2 Les vibrations . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
4.5 Le poignet et la main . . . . . . . . . . . . . 18
6.3.3 Le froid . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
4.5.1 Les constituants du poignet et de la main . . . 18
6.4 Les risques liés à l’organisation . . . . . . . . 38
4.5.2 Les mouvements du poignet . . . . . . . . . 18
6.5 Les facteurs de risque personnels . . . . . . . 39
4.5.3 Les mouvements de la main . . . . . . . . . . 18
6.5.1 Les capacités et condition physiques . . . . . 39
4.6 La hanche . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
6.5.2 Le genre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
4.6.1 Les constituants de la hanche . . . . . . . . 19
6.5.3 Le tabagisme . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
4.6.2 Les mouvements de la hanche . . . . . . . . 19
6.5.4 L’âge . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
4.7 Le genou . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
4.7.1 Les constituants du genou . . . . . . . . . . 19 7. La démarche d’intervention . . . . 40
4.7.2 Les mouvements du genou . . . . . . . . . . 19 7.1 Quel est le problème et qui est informé ? . . 40
4.8 La cheville . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20 7.2 L’analyse ergonomique . . . . . . . . . . . . 40
7.2.1 L’analyse de la charge de travail externe . . . 41
5. Les principaux troubles
7.2.2 Les mesures objectives de la charge interne . . . 41
musculosquelettiques . . . . . . . 20
7.2.3 L’enregistrement des expériences subjectives . 42
5.1 Les affections tendineuses . . . . . . . . . . 20
7.3 Les axes de réflexion et la sélection des mesures . . . 42
5.1.1 Au niveau de la main . . . . . . . . . . . . . 21
7.4 L’information sur les mesures . . . . . . . . . . . 42
5.1.2 Au niveau du coude . . . . . . . . . . . . . . 21
7.5 La mise en œuvre des mesures . . . . . . . . . . 42
5.1.3 Au niveau de l’épaule . . . . . . . . . . . . . 22
7.6 L’évaluation et la correction . . . . . . . . . 42
5.2 Les affections nerveuses et syndromes
7.7 Le suivi . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
canalaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
5.2.1 Au niveau du poignet . . . . . . . . . . . . . 22 8. La prévention: que faire pour éviter
5.2.2 Au niveau de la colonne vertébrale . . . . . . 23 ou réduire les TMS ? . . . . . . . . . 43

5
8.1 L’ergonomie (adapter le travail) . . . . . . . . 43
8.1.1 Améliorer la disposition des lieux . . . . . . 44
8.1.2 Réduire la distance d’atteinte . . . . . . . . 46
8.1.3 Réduire les forces à exercer . . . . . . . . . 47
8.1.4 Faciliter la manipulation des objets
48
(stockage et dépose des objets) . . . . . . . . . . . . . . .
8.1.5 Faciliter le déplacement et le levage
des bénéficiaires et des charges . . . . . . . . 50
8.1.6 Améliorer les caractéristiques des charges . . 53
8.1.7 Adapter ses outils . . . . . . . . . . . . . . . 54
8.1.8 Faciliter l’accès au poste de travail ou
aux charges . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
8.1.9 Organiser son travail . . . . . . . . . . . . . 56
8.1.10 L’ergonomie de bureau et la position assise . . 58
8.1.11 Prévenir les vibrations corps entier . . . . . . 62
8.2 Adopter des positions correctes . . . . . . . 62
8.2.1 Réduire les pressions sur la colonne vertébrale 62
8.2.2 Maintenir les courbures naturelles
de la colonne vertébrale . . . . . . . . . . . . 63
8.2.3 Les gestes complémentaires de protection
sans tâche de manutention . . . . . . . . . . 63
8.2.4 Quelques exemples de gestes appropriés
à des charges spécifiques . . . . . . . . . . . 64
8.3 L’application des solutions préventives
dans l’aide à domicile . . . . . . . . . . . . . 68
8.3.1 L’aide aux tâches ménagères . . . . . . . . . . 68
8.3.2 Les soins au bénéficiaire . . . . . . . . . . . . 78
8.4 La prévention à la maison et dans les loisirs . . 88
8.5 L’activité physique . . . . . . . . . . . . . . . 92
8.5.1 Changer fréquemment de position . . . . . . 92
8.5.2 Maintenir une bonne condition par
l’activité physique régulière . . . . . . . . . . 92
8.5.3 Quels sont les sports recommandés ? . . . . . 92
8.5.4 Quels sont les exercices que je peux
pratiquer facilement ? . . . . . . . . . . . . . 92
9. Références complémentaires . . . . . 95
10. Annexes . . . . . . . . . . . . . . . . . 97
10.1 Annexe 1 : liste de contrôle pour l’évaluation
du risque de surcharge physique due à
des mouvements répétitifs . . . . . . . . . . 97
10.1.1 Instrument pour le non-spécialiste . . . . . . 97
10.1.2 Instrument pour le spécialiste . . . . . . . . . 97
10.2 Annexe 2 : liste de contrôle charge physique - . .
force - position du corps - positions et
mouvements des mains/ bras - mouvements
répétitifs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 98
10.3 Annexe 3: explication sur les estimations
de pressions lombaires . . . . . . . . . . . . 99

6
Introduction

Les troubles musculosquelettiques touchent un grand nombre


de personnes.
Les chiffres sont particulièrement éloquents: entre 51% et 83
% des personnes consultées ont souffert au moins une fois
du dos dans leur vie. Les plaintes sur l’année écoulée sont
comprises entre 32 et 45%. Certains secteurs professionnels
semblent être touchés de façon plus importante par cette
atteinte. On peut citer notamment la construction: 48% de
plaintes selon l’Agence européenne (2000), le secteur de l’aide
à domicile avec 86% de plaintes (enquête PROXIMA 2006). Le
secteur des soins hospitaliers est confronté au problème de
façon importante également: 73 à 76% (Maul I. et coll. 2003)
des soignants ont connu un épisode de mal de dos sur l’année
écoulée.
Les maux de dos et autres troubles musculosquelettiques
viennent au premier rang des problèmes de santé liés au
travail, ils sont aussi la cause la plus fréquente des arrêts de
travail de longue durée. Beaucoup de personnes attribuent
leurs troubles musculosquelettiques à un faux mouvement,
au soulèvement d’une charge trop lourde ou d’un patient. De
même, d’autres pensent que le stress, une météo pluvieuse,
etc. sont la cause par exemple du fameux « tour de reins ».
Ils méconnaissent ainsi l’existence de facteurs musculaires ou
squelettiques qui ont fragilisé le dos. Les études scientifiques
des causes des troubles musculosquelettiques montrent que
de nombreux facteurs interviennent. Déterminer une origine
précise de la douleur est bien souvent impossible parce qu’elle
est rarement unique. D’autre part, une atteinte bénigne peut
occasionner des douleurs importantes qui tracassent souvent
à tort la personne atteinte quant à sa capacité à maintenir
une activité professionnelle de longues années durant. C’est
pour cette raison que ce manuel propose de faire connaître le
fonctionnement du dos et des membres du corps, faire com-
prendre comment ils peuvent se détériorer et suggère des
solutions adaptées.

7
1. Vous avez dit TMS ?
Notre système locomoteur (muscles, articulations, tendons, Néanmoins, il existe peu de consensus entre les pays concer-
ligaments, ...) accomplit chaque jour une quantité de gestes nant l’appellation à donner aux Troubles musculosquelettiques
plus ou moins fréquents (marcher ou tourner la clé dans la dont les apparitions sont associées à l’exercice d’un travail. Il
serrure), plus ou moins simples (saisir un bâton ou manipu- en va de même pour les critères de diagnostic pour lesquels il
ler un fin tournevis). Tous ces gestes sont souvent réalisés de n’existe aucune standardisation en Europe.
façon automatique, surtout lorsqu’ils sont familiers. Le corps
On retrouve ainsi les termes suivants pour parler des Troubles
s’adapte et trouve fréquemment la manière la plus perfor-
musculosquelettiques:
mante pour réaliser les tâches rencontrées dans les situations
RSI Repetitive Strain Injuries
professionnelles, de loisirs ou autres. Ces différents gestes
LATR Lésions Attribuables au Travail Répétitif
sont bien gérés par les différentes articulations et s’il est
TMS Troubles Musculo-Squelettiques
possible qu’une demande accrue, mais temporaire de mouve-
MSDs MusculoSkeletal Disorders
ments (comme lors de la reprise des séances de gymnastique)
CTD Cumulative Trauma Disorders
génère quelques douleurs dues souvent à la fatigue musculaire,
OCD Occupational Cervicobrachial Disease
celles-ci s’estompent généralement après quelques jours.
OOS Occupational Overuse Syndrome
Dans le cadre de la vie professionnelle et malgré le degré crois- WMSD Work-related Musculoskeletal Disorder
sant de mécanisation et d’automatisation des formes de travail
Si la prise en charge des TMS prend naissance dans le courant
actuelles, la charge physique des travailleurs semble toujours
des années 1980, certains auteurs ont déjà fait mention d’une
importante. S’il est vrai que certaines formes de travail mus-
attention particulière aux problèmes liés aux tâches profes-
culaire lourd ont disparu, de nouvelles tâches physiques com-
sionnelles. Ramazzini, considéré par certains comme le père
portant des risques ont fait leur apparition. Ces tâches sont
de la médecine du travail dans son traité « De morbis Arti-
caractérisées par un travail prolongé dans une même position,
ficum Diatriba » (Traité des maladies des artisans) publié en
souvent contraignante, et par des mouvements monotones et
1713 à Padoue s’est intéressé aux problèmes liés au maintien
répétitifs. Ces sollicitations exigeantes, répétées aboutissent
de la position debout, aux troubles visuels et aux mouvements
à des problèmes appelés Troubles Musculosquelettiques. Ces
répétitifs des mains. Il insistait déjà sur l’importance de l’ana-
troubles se manifestent progressivement et le plus souvent
lyse de l’activité de l’artisan par le médecin.
par des douleurs qui atteignent le système musculosquelet-
tique, c’est-à-dire les muscles, les articulations, les tendons, Philippe de la Hire (1640-1718), proposait des limites pour le
les ligaments et les nerfs principalement. La douleur n’est pas transport de charges et « formateur en manutention » avant
la seule manifestation possible de ces troubles, une lourdeur la lettre suggérait des postures adéquates pour le port de far-
articulaire pouvant être l’expression de la plainte. Les traits deaux en mettant en avant le bon usage des jambes.
communs sont les gestes répétés, des postures pénibles, une
Avant lui, Armanda de Villeneuve (1235-1311) se préoccupait
durée importante, sans que ces facteurs soient les seuls en
des problèmes liés à la sédentarité de certains métiers (no-
cause ou omniprésents.
taires).
De nombreux ouvrages traitent des troubles musculosque-
Les conséquences du travail répétitif ont marqué aussi les
lettiques du membre supérieur, excluant les autres segments
œuvres de nombreux artistes, peintres, littéraires. Jean-Fran-
corporels. D’autres traitent spécialement du dos qui constitue,
çois Millet - les Glaneuses (1857) et Edgar DeGas - les Repas-
de par sa complexité, une catégorie de troubles à part entière
seuses (1887) ont dépeint avec justesse les contraintes postu-
couramment étudiée sous l’appellation de « problèmes dor-
rales liées aux métiers des siècles précédents.
so-lombaires » ou encore plus simplement de lombalgies. Les
membres inférieurs ont quant à eux été beaucoup moins étu-
diés. La tendance actuelle est de regrouper ces localisations
anatomiques et de les envisager de façon commune.

8
Edgard Degas – De strijksters (1887)

Jean-François Millet – De Arenleessters (1857)

L’aspect répétitif des gestes rencontrés dans certains métiers


induit des pathologies spécifiques à cette pratique profession-
nelle. On a dès lors souvent associé la zone corporelle touchée
avec le nom du métier. On connait le Tennis elbow (coude du
joueur de tennis) ou le Golfer ’s elbow (coude du joueur de
golf) dus aux mouvements répétés du coude et de l’avant-bras
avec la raquette ou le stick. La liste suivante montre que des
liens sont réalisés couramment entre la souffrance d’une arti-
culation et le métier pratiqué.
Expression anglo-saxonne Traduction Types d’activités en rapport avec les TMS

Bricklayer ’s shoulder Epaule du maçon La manipulation des matériaux (briques et outils)

Carpenter ’s elbow Coude du charpentier L’usage du marteau pour enfoncer les clous

Carpet layer ’s knee Genou du poseur de carpette La position à genoux maintenue

Cherry pitter ’s thumb Pouce du dénoyauteur de cerise L’action du pouce pour ôter le noyau de cerise

Coton twister ’s hand Main du tourneur de coton Les mouvements répétés des mains pour tourner la balle de coton

Cymbal player ’s shoulder Epaule du joueur de cymbale Le maintien et les gestes répétés pour faire sonner les cymbales

Game keeper ’s thumb Pouce du garde-chasse L’armer du chien de fusil et l’action sur la gâchette

Jailor ’s elbow Coude du gardien de prison Le mouvement répété des poignets pour tourner les nombreuses clés des portes de prison

Jeweler ’s thumb Pouce du joaillier Les mouvements du pouce pour façonner les pierres précieuses

Stitcher ’s wrist Poignet du couturier La manipulation fine et les gestes de rotation du poignet pour coudre

Telegraphist ’s cramp Crampe du télégraphiste L’appui répété du doigt sur la barre du télégraphe
Le maintien de la plume et les gestes fins et répétés (pathologie décrite dès 1830 en Grande-Bretagne
Writer ’s cramp Crampe de l’écrivain
auprès des employés de l’administration à l’apparition de la plume d’acier)
Manure shoveler ’s hip Hanche du valet de ferme Les mouvements de hanche en manipulant la pelle pour retourner l’engrais

Définition des TMS

Ensemble de symptômes tels que l’inconfort, une faiblesse, une incapacité ou une douleur persistante dans les articulations,
les muscles, les tendons ou autres tissus mous, avec ou sans manifestations physiques (Kroemer, 1989)
Ces symptômes sont principalement dus à des contraintes mécaniques soutenues et répétées, sans phénomène du type
accident. Ils ne comprennent donc pas les blessures qui sont la conséquence directe d’une chute par exemple.
Les TMS concernent les muscles, tendons et gaines tendineuses, les nerfs, les bourses séreuses, les vaisseaux sanguins, les
articulations, les ligaments

9
2. Quelques chiffres et 83 % des personnes consultées en ont souffert au moins
une fois du dos dans leur vie alors que les plaintes sur l’année
écoulée sont comprises entre 32 et 45%.

2.1 En Belgique et en Europe Les TMS entraînent en Belgique la perte d’environ 40% de
l’ensemble des jours de travail, ce qui représente le double
L’identification des risques dans l’entreprise n’est pas chose aisée. du nombre de journées de travail perdues pour cause de
En outre, certaines de ces lésions présentent une évolution très stress. (Musculoskeletal Disorders and the Belgian Labour
lente; cela commence par de vagues troubles pour aboutir à des Market, Work Foundation, 2009. Disponible à : [Link]
douleurs insupportables et à une perte de fonction. Le long inter- [Link]/[Link]-
valle qui sépare la cause et les séquelles rend le dépistage de la [Link])
cause directe difficile. Le recueil des données épidémiologiques
n’est donc pas aisé. Les plaintes concernant les activités pénibles sont fréquentes :
45% ont déclaré travailler dans des positions pénibles ou fati-
Les études épidémiologiques menées sur une large échelle gantes, 35% portent ou déplacent de lourdes charges et 62,3%
montrent que ce phénomène touche une part importante de la estiment être exposés pendant un quart de leur travail à des
population. L’étude européenne (EU 25) sur les conditions de tra- mouvements répétitifs des mains et des bras.
vail menée en 2005 montre les tendances suivantes :
Pourcentage de travailleurs Belgique EU-25
Difficultés respiratoires 2,5 4,2
Allergies 3,4 3,8 2.2 L’analyse par âge et genre
Anxiété 7,7 7,8
Douleurs intestinales 7,1 5,5
La comparaison des données (Europe 27) concernant le genre
Maladies cardiaques 0,8 2,1
montre les différences suivantes :
Maux de tête 11,2 14,7 27,1 % des hommes se plaignent de douleurs au dos pour 23,6
Problèmes de peau 4,4 6,3 % chez les femmes, alors que 24,9 % des hommes pour 22,3 %
Irritabilité 13,5 10,4 des femmes se plaignent de douleurs musculaires.
Problèmes d’audition 3,4 7,1
Les tranches d’âge les plus touchées sont celles de 40 à 54 ans
Problèmes visuels 6,3 7,4 pour les douleurs au dos (27,3 %) et les douleurs musculaires
Douleurs dorsales 19,7(2) 23,8 (1) (25,4 %), tant pour les hommes que pour les femmes.
Problèmes de sommeil 9,6 8,3
Douleurs au dos Douleurs musculaires
Deouleurs musculaires 17,2 21,9 (2)
Age Homme Femme Total Homme Femme Total
Stress 21,4 (1) 21,7 (3)
Moins de 25 ans 23,1 16,1 17,7 21,2 15,1 16,5
Fatigue 19,5 (3) 21,3
25 – 39 ans 27,5 22,4 24,3 24,8 21,1 22,1
Plaintes des travailleurs en Belgique et dans l’Union Euro- 40 – 54 ans 29,2 26,5 27,3 27,0 25,1 25,4
péenne (EU 25) (European Foundation for the Improvement Plus de 55 ans 23,8 26,2 24,1 22,7 25,5 22,8
of Working and Living Conditions. European survey on wor- Total 27,1 23,6 24,7 24,9 22,3 22,8
king conditions, 2005. Disponible à : [Link]
Source: “managing musculoskeletal disorders” European Foundation for the Improve-
[Link]/working/surveys/ewcs2005/[Link]) ment of Working and Living Conditions available at [Link] (Qua-
trième enquête européenne sur les conditions de travail)
En 2005, 23,8% des travailleurs de l’Union Européenne (EU-
25) se sont plaints de douleurs dorsales et 21,9 % de douleurs
musculaires dans les bras et les jambes. Certaines différences
sont présentes selon l’étendue de l’analyse ainsi, les chiffres
concernant l’Europe des 27 (plus 4 autres pays) donnent les
valeurs suivantes : douleurs au dos : 24,7 % et douleurs mus-
culaires : 22,8 %.
Il en va de même en Belgique où 19,7% des travailleurs belges
interrogés déclarent souffrir de maux de dos et 17,2% de dou-
leurs musculaires. Les TMS représentent en Belgique la pre-
mière place des maladies liées au travail reconnues (30,5% en
2005) (Données Eurogip 2007 – réf. Eurogip-25/F – Les TMS
en Europe, définitions et données statistiques).
Certaines études (Inserm 2000) montrent une prépondérance
des problèmes de dos sur l’ensemble des plaintes : entre 51%

10
2.3 L’analyse par secteur les lésions chroniques, du fait qu’ils passent sous silence les si-
gnaux ou indications précoces de la lésion. Ces collaborateurs
Secteur Douleurs au dos Douleurs musculaires
qui sortent du circuit du travail parfois pour de très longues
périodes représentent pour l’entreprise une perte sur le plan
Homme Femme Total Homme Femme Total
des connaissances et de l’expérience.
Agriculture et pêche 43,8 54,4 47,0 43,0 54,1 46,3
Fabrication et extrac- 28,0 31,2 29,0 25,7 29,1 26,8 Les effets potentiels de ces pathologies sont multiples:
tion • Augmentation de l’absentéisme
Electricité, gaz et appro- 24,7 17,2 23,3 26,7 18,0 24,9 • Augmentation des incidents et des accidents par manque
visionnement en eau
d’attention et de capacités de réaction dues à la fatigue, la
Construction 39,2 17,7 37,0 34,8 14,6 32,7
douleur ou l’inconfort
Commerce (gros et 21,0 18,7 19,8 18,6 17 ,6 18,0 • Mauvaise ambiance de travail et perte de motivation
détail)
• Augmentation de la rotation du personnel pour remplacer
Hôtel et restaurants 20,0 24,9 22,2 16,7 23,7 20,0
les personnes touchées. Ce qui amène à des frais de forma-
Transport et commu- 31,4 17,5 27,9 27,1 18,4 24,9
nication tion et à un temps d’adaptation
Finance 9,7 14,6 11,9 9,8 14,6 11,9
• Objectifs de productivité non atteints par perte de qualité
Business et immobilier 16,6 16,7 16,6 14,8 17,1 15,8
et réduction de la quantité produite
• Pertes, déchets et augmentation des réparations dus à la
Administration publique 19,7 19,7 19,7 16,9 18,3 17,4
plus faible qualité du contrôle des opérations
Education et santé 19,6 22,4 21,7 18,2 21,3 20,5
• Atteinte à l’image de marque de l’entreprise
Autres services 21,1 21,2 21,2 21,3 18,7 19,8
Total 27,0 23,6 25,6 24,9 22,3 23,8
Source: “managing musculoskeletal disorders” European Foundation for the Improve-
ment of Working and Living Conditions available at [Link] (Qua-
trième enquête européenne sur les conditions de travail)

La comparaison des données entre les différents secteurs fait


apparaître deux secteurs particulièrement touchés : les travail-
leurs des secteurs agricoles, forestier et de la pêche ainsi que
ceux de la construction.
Les ouvrages scientifiques qui abordent les TMS citent aus-
si d’autres secteurs et métiers soumis également à des
contraintes importantes:
• soins hospitaliers dont 73 à 76% des soignants ont connu un
épisode de mal de dos sur l’année écoulée (Maul I. et coll.
2003)
• aide à domicile avec 86% de plaintes sur l’année écoulée
(enquête PROXIMA 2006)
• nettoyeurs et nettoyeuses
• puéricultrices
• conducteurs d’engins
• travailleurs du secteur de la distribution
• travailleurs de l’hôtellerie et de la restauration
• travailleurs du secteur du transport et de la logistique
• …

2.4 Les conséquences pour l’entreprise


Les TMS affectent non seulement la santé, mais également le
fonctionnement normal de la personne, que ce soit à la mai-
son ou au travail. La souffrance de l’individu est un paramètre
primordial à tenir compte. Mais l’entreprise en subit égale-
ment les conséquences, lesquelles se traduisent par une dimi-
nution des prestations des travailleurs. Souvent les travailleurs
motivés, consciencieux et durs à la tâche sont touchés par

11
3. La réglementation 4. Les constituants
de l’appareil
Mis à part l’arrêté royal du 12 août 1993 sur les manutentions musculosquelettique
manuelles de charges et un chapitre consacré à la manuten-
tion manuelle des charges (AR du 4/8/1996 relatif au bien-être
des travailleurs dans l’exécution de leur travail - article 5.), Marcher, sauter, danser, saisir un objet, autant de gestes com-
la loi sur le bien-être et ses arrêtés d’exécution ne contient plexes que le corps réalise sans que votre attention ne doive se
aucune réglementation spécifique en matière de troubles concentrer sur chaque geste. Ils sont automatisés. Chaque geste
musculo-squelettiques. Elle comporte malgré tout suffisam- du quotidien est le résultat de mouvements articulaires simples qui
ment d’éléments qui obligent l’employeur à tenir compte de combinés ensemble aboutissent à des mouvements fonctionnels.
ces risques et à prendre des mesures de prévention. L’arrêté Dans les tâches professionnelles, ces gestes sont répétés un grand
royal du 7 juillet 2005 relatif aux risques liés aux vibrations nombre de fois, avec une amplitude une force conséquente. Ces ca-
mécaniques sur le lieu de travail complète la réglementation ractéristiques augmentent la probabilité de survenue des troubles
sur les risques de TMS. Ainsi, l’employeur est tenu de favoriser musculosquelettiques. Afin de mieux appréhender les facteurs qui
le bien-être des travailleurs dans l’exécution de leur travail. provoquent ou entretiennent les douleurs ou autres handicaps de
A cet effet, il doit appliquer les principes généraux de la pré- l’appareil musculosquelettique ainsi que les diverses pathologies, ce
vention et s’appuyer sur le système dynamique de gestion des chapitre aborde l’anatomie du corps humain et les possibilités de
risques. Il doit élaborer une stratégie quant aux évaluations mouvement des principales articulations du corps.
de risques dans l’entreprise et aux mesures de prévention qui
les accompagnent. En fonction de la nature des activités de
l’entreprise, de son effectif et de la présence de conseillers en 4.1 Les éléments de base
prévention au sein de l’entreprise, le service interne pour la
prévention et la protection au travail peut assister l’employeur 4.1.1 Les os et les articulations
dans l’exécution de sa politique en matière de bien-être des
Les articulations sont les zones de mobilité entre deux os.
travailleurs. Il peut, en outre, faire appel à un service externe
Elles sont constituées de différents éléments qui rendent pos-
pour la prévention et la protection.
sible les mouvements.
Plus spécifiquement, l’employeur doit veiller à ce que le travail
soit adapté aux capacités physiques des personnes et à ce que
tout excès de fatigue professionnelle physique ou mentale soit
évité. Pour atteindre ces objectifs, il doit tenir compte:
• de l’organisation du travail et des méthodes de travail et
de production, de sorte que le travail monotone et le tra-
vail cadencé soient rendus moins pénibles, afin de limiter les
conséquences négatives pour la santé
• de la disposition des lieux de travail et de la conception et
de l’adaptation du poste de travail (ergonomie)
• du choix et de l’utilisation des équipements de travail et de
protection individuelle
• de la charge psychosociale.
Le médecin du travail / conseiller en prévention étudie l’inte-
raction entre l’homme et le travail afin de veiller à une meil-
leure concordance entre le travailleur et son travail et de
s’assurer, d’autre part, que le travail soit adapté à l’homme. Il
dépiste le plus tôt possible les maladies professionnelles ou
les affections liées au travail et étudie les facteurs de risque. 1. Tendon 6. Ligament
La déclaration des maladies professionnelles est obligatoire. 2. Gaine du tendon 7. Cavité synoviale
La visite dans l’entreprise constitue, pour cela, l’occasion par 3. Bourse séreuse 8. Capsule articulaire
excellence. Dans son rapport à l’employeur, il signale les pro- 4. Muscle 9. Membrane synoviale
blèmes qu’il a repérés et leurs effets sur la santé. L’employeur 5. Os de l’articulation 10. Cartilage
transmet à son tour une copie du rapport au Comité pour la
prévention et la protection au travail.
Le médecin du travail peut en outre proposer que certains
groupes de travailleurs subissent un examen médical régulier.

12
Les surfaces des os sont recouvertes de cartilage qui assure 4.2 La colonne vertébrale: pilier du
le glissement et l’amortissement. Les structures osseuses sont corps
maintenues ensemble grâce à la capsule articulaire, sorte de man-
chon entourant l’articulation. Dans cette capsule, une membrane, 4.2.1 Sa forme et ses segments
la membrane synoviale produit le liquide synovial qui est le lubri-
La colonne est composée de 5 parties constituées chacune
fiant de l’articulation.
de vertèbres.

4.1.2 Les muscles et les tendons


Les muscles sont constitués de fibres (myofibrilles) qui peuvent
se contracter ou s’allonger en fonction des mouvements souhai-
tés et de la charge physique appliquée au corps.
Le nerf transmet l’influx nerveux initié par le cerveau qui pro-
voque la contraction du muscle. Cette contraction consiste en un
raccourcissement du muscle et la mise en mouvement de l’os sur
lequel il s’insère. Elle permet également la stabilisation de l’articu-
lation pour maintenir une position.
La transmission de la force musculaire à l’os nécessaire pour réa-
liser le mouvement se fait au travers d’un élément appelé tendon
qui agit comme une « corde » plus ou moins élastique. Les ten-
dons constituent donc l’élément de liaison entre le muscle et l’os.
D’autres structures, autour des articulations, favorisent notam-
ment le glissement des tendons sur les os. Ce sont les bourses
séreuses, sortes de gros coussins lubrifiants remplis de liquide
synovial.
1) les sept vertèbres cervicales (C1 à C7)
2) les douze vertèbres dorsales (D1 à D12) auxquelles sont
4.1.3 Les ligaments attachées les douze paires de côtes
La stabilité des articulations est assurée par la présence de 3) les cinq vertèbres lombaires (L1 à L5)
ligaments, structures fibreuses reliant les os d’une articulation. 4) le sacrum (cinq vertèbres soudées, de S1 à S5)
Riches en fibres nerveuses, ces structures renseignent le corps 5) le coccyx (3 ou 4 vertèbres soudées)
sur des étirements trop intenses des articulations. Les vertèbres sont percées d’un orifice central appelé canal rachi-
dien. Chaque vertèbre est caractérisée par une lettre et un chiffre :
L1 pour la première lombaire par exemple. Un disque intervertébral
4.1.4 Les éléments nerveux
est intercalé entre les vertèbres. Chaque disque porte un nom carac-
Le câble nerveux central, appelé moelle épi- térisé par les vertèbres situées au-dessus et en dessous de lui. Par
nière vient du cerveau et passe dans chaque exemple, le disque situé entre la cinquième vertèbre lombaire et la
vertèbre à l’intérieur du canal rachidien. La première vertèbre du sacrum s’appelle le disque L5/S1 (flèche rouge
moelle épinière se subdivise en racines ner- dans le dessin). Les os iliaques (a) accolés au sacrum forment avec
veuses, qui donnent naissance aux différents celui-ci le bassin. Chaque fémur
nerfs permettant la sensibilité (nerfs sensi- (os de la cuisse) s’articule à un os
tifs) et commandant les mouvements (nerfs iliaque et forme l’articulation de
moteurs). la hanche (b).
Le nerf sciatique, par exemple, émerge de Au contraire de l’idée généra-
la colonne lombaire et innerve en partie la lement répandue selon laquelle
cuisse, la jambe et le pied. la colonne vertébrale est droite
Le plexus brachial émerge quant à lui des comme un manche de balai, elle
racines situées entre les vertèbres cer- comporte des courbures natu-
vicales et donne naissance aux nerfs du relles qui sont essentielles pour
membre supérieur. son bon fonctionnement. Les parties cervicales et lombaires sont
bombées vers l’avant (lordose). La partie dorsale est bombée vers
Le nerf cubital et le nerf médian innervent l’arrière (cyphose). La courbure antérieure du bas de la colonne (lor-
les muscles de l’avant-bras et de la main. dose lombaire) qui apparaît dès l’âge d’un an est une adaptation à la

13
position verticale et évite la fatigue des muscles du dos en position
debout. Nous reviendrons sur l’importance de ces courbures dans
les différentes positions de la vie quotidienne et au travail.

Une vertèbre et le disque vus par dessus

A. Le disque: coussinet amortisseur


Situé entre deux vertèbres (A), le disque intervertébral (B) est
composé du noyau et de l’anneau:
✒✒ Le noyau, (B1) au centre, a l’apparence d’une gélatine ferme.
Il est constitué essentiellement d’eau (90%) retenue par des
protéines (protéoglycans). Chez un individu jeune, ces pro-
4.2.2 Les constituants de la colonne vertébrale téines particulières ont tendance à attirer l’eau (comme une
éponge). Cela explique pourquoi notre taille peut augmenter
de 1 à 2cm au lever du lit.
✒✒ L’anneau (B2) ressemble à un treillis de fibres entrecroisées
qui maintiennent le noyau au centre.

Le noyau en jaune (au centre) et les fibres croisées de l’anneau péri-


phérique

Deux vertèbres et les différents constituants (vue de profil)) B. Les articulations postérieures
À l’arrière, les deux vertèbres s’emboîtent au niveau des arti-
culations postérieures (C). Celles-ci sont recouvertes par du
cartilage, c’est-à-dire par un tissu amortisseur.

C. Les ligaments
La colonne vertébrale est maintenue par des structures élas-
tiques, les ligaments (D). Contrairement au disque (voir plus
bas), les ligaments sont bien innervés (et donc sensibles à leur
détérioration).

14
D. Les éléments nerveux
Le gros câble nerveux central, appelé moelle épinière (E) vient
du cerveau et passe dans chaque vertèbre à l’intérieur du canal
rachidien. La moelle épinière se subdivise en racines nerveuses
(F), qui donnent naissance aux différents nerfs permettant la
sensibilité et commandant les mouvements.
Le nerf sciatique, par exemple, émerge de la colonne lombaire
et innerve en partie la cuisse, la jambe et le pied.

E. Les muscles
Les muscles paravertébraux (G) s’attachent à l’arrière de la co-
lonne et relient deux ou plusieurs vertèbres entre elles. Ils main-
tiennent le dos dans une position donnée et assurent la stabilité
et les mouvements de la colonne. Ils permettent notamment de
se redresser, de s’incliner sur le côté ou de se tourner.

F. Rôles et particularités du disque


F.a Deux rôles Les flèches vertes correspondent aux rares cellules nerveuses situées
en périphérie postérieure du disque
• amortir les chocs : comparable à un pneu bien gonflé, le disque
amortit et absorbe les différentes variations de pression
• Absence de vaisseaux sanguins
Le disque ne comporte pas de vaisseaux sanguins. Dès lors,
il fonctionne en quelque sorte comme une éponge. Les va-
riations de pression lors des mouvements ou changements
de position lui permettent d’être alimenté et d’éliminer les
toxines.
Le manque de mouvement et la sédentarité constituent donc
un risque pour notre dos.

• permettre les mouvements : se pencher, s’étendre, se tour-


ner sont autant de gestes rendus possibles par l’élasticité du
noyau

F.b Deux particularités


• Absence de cellules nerveuses
L’anneau et le noyau du disque ne sont pas pourvus de struc-
tures nerveuses ; les fibres nerveuses (représentées en vert)
ne sont présentes qu’à la périphérie postérieure de l’anneau.
Les premières lésions qui se produisent à l’intérieur du disque
restent donc indolores et « silencieuses ». D’où l’importance
de penser à son dos déjà avant d’avoir mal.

15
4.2.3 Les mouvements de la colonne vertébrale Ces mêmes termes sont utilisés pour décrire les mouvements
Le fait que la colonne soit composée de nombreux os articulés de la colonne cervicale.
entre eux, les vertèbres, lui octroie de nombreuses possibilités de
mouvements. Les photos suivantes montrent les noms associés
aux différentes postures.
Flexion – extension

Rotation Inclinaison

Il faut noter que certains segments sont plus ou moins en-


clins à permettre certains gestes en raison de la forme des
vertèbres qui la compose. Ainsi, la colonne lombaire est fort
mobile en flexion-extension, et peu en rotation alors que la
colonne cervicale est plus souple dans de nombreuses direc-
tions. La colonne dorsale quant à elle est plus raide, car la cage
thoracique entrave les mouvements.

4.3 L’épaule
4.3.1 Les constituants de l’épaule
L’épaule est une articulation permettant des mouvements très
amples. Elle est constituée de trois os : l’omoplate, la clavicule et
Une combinaison de mouvements est possible comme se pen- la tête de l’humérus, os du bras. Des muscles s’attachent depuis
cher et se tourner en même temps (flexion – rotation). l’omoplate vers l’humérus. Parmi ceux-ci se trouvent les muscles
qui composent la coiffe des rotateurs. Ils participent à la mobilité
de l’humérus par rapport à l’épaule, mais aussi évitent à la tête de
l’humérus de se catapulter contre la partie supérieure de l’omo-
plate, l‘acromion lors de l’extension.

16
4.3.2 Les mouvements de l’épaule 4.4 Le coude
L’épaule peut effectuer les mouvements suivants:
L’antépulsion et la rétropulsion 4.4.1 Les constituants du coude
Constitué de trois os, l’humérus, le cubitus et le radius, le
Flexion – extension coude (ou ulna). Deux saillies osseuses l’épitrochlée et l’épi-
condyle sont les points d’insertion des muscles de l’avant-bras
qui vont réaliser les mouvements du poignet et des doigts.

4.4.2 Les mouvements du coude


Situés au niveau du bras, les biceps et triceps permettent notam-
ment de fléchir (biceps) et d’étendre le coude (triceps). Ce mou-
vement s’appelle la flexion-extension. Il faut noter que le biceps est
Supination-pronation également capable de fléchir l’épaule.
Un mouvement particulier appelé la prono-supination consiste à
faire tourner le poignet comme lorsque l’on tourne les pages d’un
livre. Le biceps y participe avec d’autres muscles attachés au coude.

Rotation interne – rotation externe Circumduction

17
4.5 Le poignet et la main Inclinaison radiale

4.5.1 Les constituants du poignet et de la main


Le poignet est constitué de 8 os et de 33 ligaments. Ces os
portent des noms qui évoquent leur forme (semi-lunaire, pyra-
midal, scaphoïde, ...). De nombreux tendons passent à la face
interne du poignet. À ce niveau, une bandelette ligamentaire, le
ligament annulaire antérieur constitue avec les os du poignet
un tunnel appelé « canal carpien » dans lequel passent égale-
ment des nerfs (nerf médian et nerf cubital) qui innervent les
doigts.

Inclinaison cubitale (ulnaire)

Si dans la vie quotidienne, seule la moitié des amplitudes ar-


ticulaires est nécessaire (quelques degrés en flexion, 30 à 40
degrés pour l’extension, 5 à 10 degrés en inclinaison cubitale, 15
à 20 degrés en inclinaison radiale), certains métiers requièrent,
cependant, la totalité de la fonction comme chez le carreleur.
4.5.2 Les mouvements du poignet
Flexion 4.5.3 Les mouvements de la main
Dotée d’une motricité fine, la main permet une multitude de
gestes allant de la poignée de main à la préhension de petites vis.
Étape majeure de l’évolution humaine, l’opposition entre le pouce
et l’index est une marque de fabrique inhérente à l’être humain
qui le différencie de ses cousins proches les grands singes.

Flexion des doigts

Extension

Extension des doigts

18
4.6 La hanche Abduction Adduction

4.6.1 Les constituants de la hanche


La hanche également appelée articulation coxo-fémorale est la
liaison articulaire entre l’os du bassin, l’os iliaque (plus particu-
lièrement une partie de celui-ci, l’os coxal) et l’os de la cuisse,
le fémur. Cette articulation qui a la forme d’une boule dans une
cavité est très mobile.

4.7 Le genou
4.7.1 Les constituants du genou
Le genou constitue la liaison entre la cuisse et la jambe. Il est
constitué d’une part de l’articulation entre le fémur et le tibia
et d’autre part entre le fémur et la rotule. Des ligaments puis-
4.6.2 Les mouvements de la hanche sants maintiennent en place ces os. Des ménisques (pièces
cartilagineuses) complètent l’articulation.
Flexion Extension

Rotation interne Rotation externe


4.7.2 Les mouvements du genou
Flexion

19
Extension
5. Les principaux troubles
musculosquelettiques

Toutes les parties corporelles décrites précédemment sont


susceptibles d’être impliquées dans une affection de type mus-
culosquelettiques. Les tissus mous c’est-à-dire les muscles,
tendons et nerfs sont les structures les plus souvent touchées,
mais l’articulation peut aussi être le siège des plaintes. La
Le genou peut également effectuer (en position de flexion) de symptomatologie apparait très progressivement, on la subdi-
légers mouvements de rotation entre le tibia et le fémur. Ils vise en trois niveaux:
n’entrent pas ici en ligne de compte dans les problèmes liés • niveau 1: plaintes (douleurs, lourdeur, raideur, ...) durant une
au TMS. activité spécifique (principalement au début de l’activité)
disparaissant au repos;
• niveau 2: les plaintes (douleurs, lourdeur, raideur, ...) appa-
raissent plus rapidement lors de certaines activités que pour
4.8 La cheville le niveau 1 et mettent plus longtemps à disparaître au repos;
• niveau 3: plaintes (douleurs, lourdeur, raideur, ...) chroniques
La cheville effectue essentiellement les mouvements de flexion qui persistent également durant les autres activités et au
et d’extension. Bien qu’utilisée fréquemment lors de la marche repos.
ou de la conduite d’un véhicule, cette articulation n’est prise
en considération dans la problématique des TMS.
Flexion - extension
5.1 Les affections tendineuses
Les mouvements répétés ou une tension élevée exercée par le
muscle sur le tendon sont les contraintes principales. Il peut éga-
lement s’agir d’un étirement du tendon consécutif à une position
à la limite de l’amplitude articulaire.
La tendinite est la réaction du tendon, caractérisée par une in-
flammation, éventuellement accompagnée d’œdème et d’hémor-
ragie. S’il s’agit d’une inflammation du tendon et de sa gaine, elle
est appelée ténosynovite.

1. Muscle
2. Gaine du tendon
3. Os
4. Tendon
La tension du muscle provoque une déformation de type vis-
coélastique du tendon. Si la contrainte est trop forte et/ou
trop répétée, la tendinite peut devenir dégénérative, des mi-

20
croruptures apparaissent, les fibres de collagène (constituants 5.1.2 Au niveau du coude
des tendons) s’épaississent, une fibrose s’installe et le tendon
A. Épicondylite latérale (tennis elbow)
peut se calcifier.
L’épicondylite latérale, appelée aussi épicondylalgie latérale ou
La réaction inflammatoire n’est pas toujours le facteur prédo- encore tennis elbow, désigne une inflammation qui survient au
minant. Par conséquent, le suffixe « ite », qui signifie « inflam- voisinage d’une petite saillie osseuse (épicondyle) de l’os du bras
mation », est remplacé par « algie », pour « douleur ». Dans le (humérus), juste au-dessus de l’articulation du coude sur la face
cas des pathologies aboutissant à une diminution de la qualité externe du bras. Elle se traduit par des douleurs au niveau de
des tissus conjonctifs des tendons, le terme tendinite est inap- l’épicondyle, irradiant parfois vers l’avant-bras, exacerbées par les
proprié et il est préférable de parler de tendinose. mouvements d’extension du poignet et des doigts et les efforts
de préhension d’objets.

5.1.1 Au niveau de la main


A. Tendinite de de Quervain
La tendinite de De Quervain est une inflammation de la gaine
des tendons du pouce (long abducteur et court extenseur) au
bord externe du poignet. À cet endroit les tendons passent dans
un tunnel fibreux au contact du radius. C’est un peu comme
si les tendons et leur gaine « frottaient » contre les bords du
tunnel inextensible. La douleur se manifeste à la base du pouce
(face externe du poignet), amplifiée par les mouvements du poi-
gnet et de la main. Un gonflement peut apparaître au même
endroit, avec parfois des sensations de crépitements.
B. Épicondylite médiale ou épitrochléite
L’épitrochléite ou épicondylalgie interne (« coude du golfeur »
ou « golfer’s elbow »). Plus rare, cette affection représente de 10
% à 20 % des épicondylalgies. La douleur se situe dans la partie
intérieure de l’avant-bras, dans la région de l’épitrochlée, petite
saillie osseuse de la face interne de l’humérus. Les mouvements
de flexion du poignet et des doigts ainsi que la pronation de
l’avant-bras provoquent une augmentation de la douleur.

B. Ténosynovite sténosante crépitante (doigts et


pouce)
Les tendons et les gaines respectives des muscles fléchisseurs
(face palmaire) et des muscles extenseurs (face dorsale) du
poignet sont enflammés dans cette pathologie. Le terme sté-
nosante souligne le conflit entre la gaine et le tendon, entre
contenant et contenu. Le terme crépitante décrit l’impression
de crissement, comme « les pas dans la neige », lors de la palpa-
tion de la zone enflammée.
Cette forme de ténosynovite peut également apparaître au ni-
veau des doigts. C’est le doigt en ressort. La gaine tendineuse se
rétrécit ou un nodule est présent sur le tendon et empêche le
tendon de coulisser dans sa gaine..

21
5.1.3 Au niveau de l’épaule les structures tissulaires du nerf. Les messages sensitifs (qui
viennent des récepteurs de la peau notamment) et les mes-
A. Tendinite du sus-épineux et syndrome de
sages moteurs (qui provoquent la contraction des muscles)
la coiffe des rotateurs
sont perturbés, voire interrompus. Ils se traduisent par des
L’épaule est une articulation très mobile. Cela signifie aussi picotements, des engourdissements, des pertes de sensations
qu’elle est très vulnérable. Une surcharge mécanique peut tactiles (paresthésies) et des pertes de force dans les terri-
engendrer divers problèmes. Les tendons qui y sont les plus toires desservis par le nerf touché.
sensibles sont ceux qui contrôlent la rotation et le soulève-
ment latéral de l’épaule (abduction). Lorsque ces tendons sont 5.2.1 Au niveau du poignet
enflammés, on parle du syndrome de la coiffe des rotateurs
(«rotator cuff syndrom»). A. Syndrome du canal carpien
Le syndrome du canal carpien apparaît lorsqu’une friction des
Il se caractérise par une douleur de l’épaule ressentie lorsque
tendons provoque une inflammation de la gaine tendineuse au
l’on effectue un mouvement d’abduction du bras (le bras
niveau du poignet. Le gonflement qui en résulte exerce alors
s’écarte du corps).
une pression sur le nerf médian dans le canal carpien, ce qui
Ce syndrome apparaît suite à des tâches répétitives ou à des provoque des picotements, engourdissements et des douleurs
tâches qui exigent de travailler souvent avec les mains au-dessus dans la main, ainsi qu’un affaiblissement des muscles de la main
du niveau des épaules. Les groupes à risque sont notamment (1°, 2° et 3° doigt). La friction des tendons résulte de mou-
le personnel de caisse, les soudeurs, les tôliers, les personnes vements répétitifs, le poignet ayant une position défavorable.
qui transforment la viande, les ouvriers du bâtiment, les manu- Le syndrome du canal carpien touche entre autres les cou-
tentionnaires, les déménageurs, les peintres, les électriciens, les turières, les caissières, les assembleurs et les travailleurs sur
ouvriers forestiers. écran.

Canal carpien normal Inflammation du canal carpien

B. Ténosynovite bicipitale B. Syndrome du canal de Guyon


La tendinite du biceps est la conséquence d’une inflammation de Le syndrome de la loge de Guyon est une compression du nerf
la gaine tendineuse entourant une des deux parties (le long chef) cubital au niveau du poignet dans un canal ostéo-fibreux limité
du biceps, qui s’insère sur l’omoplate (au-dessus de la surface arti- en dedans par l’os pisiforme, et en avant et en arrière par le
culaire de l’épaule) et d’autre part sur le radius. Une douleur est ligament antérieur du carpe et ses ramifications. Des douleurs
présente entre la partie supérieure du bras et l’épaule. La flexion apparaissent et des paresthésies sont présentes dans le terri-
contre résistance et la supination de l’avant-bras aggravent la dou- toire innervé par le nerf cubital (4° et 5° doigt).
leur locale.

5.2 Les affections nerveuses et


syndromes canalaires
La fonction du nerf de transport de l’influx nerveux vers la
périphérie (muscles) ou vers le système nerveux central (cer-
veau) peut être perturbée. C’est le cas lorsque le nerf est
comprimé de façon chronique. Les micro-vaisseaux sanguins
du nerf sont bloqués par la prolifération de tissus conjonc-
tifs dans la membrane du nerf et ils ne peuvent alimenter

22
5.2.2 Au niveau de la colonne vertébrale symptômes sont une raideur transitoire, la douleur, les picotements
et les doigts qui deviennent blancs. L’exposition au froid et les gants
A. Cervicobrachialgie
serrants sont des facteurs secondaires importants qui augmentent
La cervicobrachialgie ou névralgie cervico-brachiale (NCB) est le risque de lésion. Ces facteurs entravent plus encore la circulation
souvent causée par l’usure des articulations cervicales (arth- sanguine dans les doigts, ce qui accélère l’apparition du syndrome
rose). Cette usure est à l’origine de la production d’ostéo- du doigt blanc (ou doigt mort)..
phytes et de la réduction de l’espace entre les vertèbres, dimi-
nution de place qui peut éventuellement provoquer un conflit
irritatif ou compressif du nerf à sa sortie du canal rachidien.
La douleur dans la nuque, irradiant vers les bras peut être
accompagnée de fourmillements, engourdissements et n’est
pas directement influencée par les mouvements du bras. La
nuque s’enraidit progressivement.
Ce trouble peut également se présenter au niveau lombaire
(voir plus loin).
Situation normale Dégradation des vaisseaux san-
guins

5.3 Les affections neurovasculaires


Les nerfs, mais également les vaisseaux sanguins sont touchés
dans cette affection. La compression du nerf implique des pares-
thésies, des douleurs alors que la compression des vaisseaux Doigts blancs
sanguins empêche l’oxygène d’arriver au tissu.

A. Syndrome du défilé thoracique C. Syndrome hypothénarien du marteau


Le syndrome du défilé thoracique ou rétrécissement du défilé Le syndrome hypothénarien du marteau est un trouble de la main
scalénique est le résultat d’une compression des nerfs et des qui entraîne une réduction du débit sanguin vers les doigts. L’émi-
vaisseaux dans un passage délimité par les muscles scalènes nence hypothénar désigne la partie charnue de la paume de la main
(muscles situés à la face latérale du cou) et les côtes, entraînant à la base du petit doigt. C’est de là que partent les muscles qui
la compression du plexus brachial (groupe de nerfs allant dans contrôlent les mouvements du petit doigt.
le bras). L’utilisation répétée la paume de la main en guise de marteau pour
écraser, presser ou tordre des objets altère les vaisseaux sanguins
de la main, dont l’artère cubitale qui apporte le sang vers les doigts.
Les lésions de l’artère entravent la nutrition des tissus au niveau
des doigts. Douleur, picotements, difficulté à tenir des objets lourds,
perte de sensibilité tactile et hypersensibilité au froid au niveau de
la main apparaissent alors.
Les travailleurs les plus à risque comprennent les mécaniciens d’au-
tomobile, les travailleurs du secteur métallurgique, les machinistes,
les bouchers, les boulangers, les charpentiers.

5.4 Les affections musculaires


B. Syndrome de Raynaud
Le phénomène de Raynaud, parfois appelé maladie ou syndrome Qui n’a pas déjà eu mal aux cuisses le lendemain d’une balade en
de Raynaud, est un trouble de la circulation sanguine au niveau des vélo ou d’une marche plus longue ou plus intense qu’à l’accoutu-
doigts et des orteils (et parfois aussi du nez et des oreilles) qui est mée ? Le mécanisme des TMS d’origine musculaire est semblable
aggravé par le froid. sauf que l’aspect, durée et répétition, de la pratique est ici pré-
pondérant.
L’utilisation prolongée d’appareils produisant des vibrations impor-
tantes entraîne une dégradation progressive des vaisseaux sanguins La contraction musculaire nécessite de l’énergie pour fonction-
périphériques et des nerfs des doigts. Les effets néfastes dépendent ner. Cette énergie est produite par le glycogène. La contraction
de la durée de l’exposition et de l’intensité des vibrations. Les produit des métabolites ou déchets. Cet approvisionnement et

23
cette élimination se font grâce aux vaisseaux sanguins (artères musculaire intense et très douloureuse et est à la recherche de la
et veines). La tension que le muscle produit lorsqu’il se contracte position la moins douloureuse. Ce tableau clinique est souvent la
perturbe voire annule la circulation sanguine. Cet appauvrisse- résultante de contraintes accumulées au fil des années par de nom-
ment de la circulation sanguine provoque une insuffisance en gly- breux gestes et positions inadéquats. C’est « la goutte d’eau qui fait
cogène ou une concentration en métabolites, à l’origine de la fa- déborder le vase » qui peut apparaître de façon aiguë, tant à la suite
tigue musculaire et qui se traduit par des douleurs. Ce symptôme d’un effort violent que d’un geste banal.
douloureux est appelé myalgie. La perturbation de la circulation
se manifeste lorsque la contraction est maintenue dans le temps
avec une intensité au-delà de 20% de la contraction maximale
5.5.1 Est-ce grave Docteur ?
volontaire.
Une étude canadienne (Abenhaim, L: Spine. 1995 Apr 1;20(7):791-
Il n’est pas nécessaire que la contraction soit intense. En effet, 5) a montré que la manière dont le premier diagnostic est com-
des études récentes montrent que certaines fibres musculaires muniqué conditionne toute l’évolution de la douleur. L’évocation
seraient continuellement actives, même à très faible niveau de de termes comme hernie discale, protrusion, dégénérescence dis-
sollicitation. Elles se nomment « fibres de Cendrillon (lever tôt – cale auprès du patient, sans autre explication que le jargon médi-
coucher tard) et cela semble expliquer des douleurs musculaires cal risque de provoquer une souffrance beaucoup plus intense
même avec une faible sollicitation de la force musculaire, mais et plus longue que lorsqu’on emploie des termes plus anodins
maintenue dans le temps. comme lumbago, et pour qui on adopte une attitude plus ras-
Une autre origine des courbatures lors d’un effort musculaire surante. Le recours précoce à des examens complémentaires
intense est la rupture des myofibrilles occasionnée par la contrac- comme le scanner aboutit à la même dérive. Hormis certaines in-
tion excentrique du muscle. Ces douleurs sont semblables à celles dications précises (traumatisme consécutif à une chute, sciatalgie,
occasionnées par une reprise trop intense de l’activité physique douleur augmentant d’intensité sans raison apparente, douleur
après une période prolongée d’inactivité physique. plus forte la nuit, ...) les examens complémentaires radiologiques
et autres sont généralement superflus, puisqu’ils n’orientent pas
Si les contractions dynamiques laissent un moment de relâche- la suite du traitement, et au contraire, ils sont plutôt de nature à
ment musculaire entre deux cycles, propice à la bonne circulation accroître l’anxiété.
sanguine, la contraction statique quant à elle ne permet pas ce
relâchement temporaire. Ce type de contraction est donc plus
pénible pour l’individu.
5.5.2 Qu’est-ce qui est à l’origine du lumbago ?
Ces myalgies sont susceptibles de toucher tous les groupes mus-
Trouver l’origine exacte de la douleur est très difficile. Le point
culaires du corps. Il est important de les prendre en considéra-
de départ peut être une atteinte des ligaments postérieurs (très
tion, car c’est parfois le premier signe (encore réversible) d’une
riches en terminaisons nerveuses), une petite lésion au niveau du
sur-sollicitation.
disque, ou des articulations intervertébrales postérieures.
A. Syndrome tensionnel de la nuque (tension neck La détérioration des ligaments n’est pas visible avec une radiogra-
syndrome) phie standard, mais dans 40% des cas d’autopsie on a constaté
Les efforts statiques prolongés, même s’ils sont de très faible que certains ligaments vertébraux étaient déchirés. Les ligaments
intensité, peuvent être source de troubles au niveau des fibres étant richement innervés (beaucoup de petits nerfs sensitifs), leur
musculaires. Il en résulte des fibres musculaires rouges et ru- détérioration provoquera des douleurs au niveau de l’endroit
gueuses («ragged-red fibers»). Chez les personnes travaillant lésé.
sur écran de visualisation, cette affection, appelée myalgie,
Les tissus avoisinants et surtout les muscles paravertébraux qui
touche souvent le trapèze (épaule). L’apparition d’une fatigue
assurent la stabilité de la colonne réagissent en se contractant
musculaire, que l’on peut détecter par un examen électro-
(spasme musculaire). Cette contraction parfois anachronique en-
myographique, est un signe avant-coureur de cette lésion par
traîne des douleurs totalement disproportionnées par rapport à
surcharge.
la lésion de départ. Une peur irrationnelle vient souvent se greffer
(menace déraisonnée de paralysie et sentiment d’aggravation au
moindre mouvement). Cette dérive est appelée « kinésiophobie »
(peur du mouvement) qui ne fait qu’aggraver la symptomatologie.
5.5 Un cas particulier: le lumbago
L’étymologie du terme lumbago comporte deux racines : « lumb »
pour la zone lombaire et « ago » du grec pour « j’ai mal ». Ce terme 5.5.3 Le repos au lit : deux jours maximum
désigne donc une douleur soudaine et importante, communément L’inactivité prolongée retarde la cicatrisation du disque interverté-
appelé « tour de reins ». bral puisque sa nutrition est tributaire des variations de pression
et donc du mouvement. La cicatrisation est plus rapide lorsqu’on
La personne adopte automatiquement une position bien recon-
garde une certaine activité physique. Il faut bien sûr qu’elle soit
naissable (« tordue de douleur ») provoquée par une contracture

24
adaptée aux capacités fonctionnelles permises par la douleur. L’ex- 5.6 Le vieillissement naturel et
cès d’activité en période douloureuse est à éviter. l’arthrose
Le repos prolongé au lit affaiblit également la musculature et di- Le cartilage, mince couche de cellules est le siège d’usure et
minue la condition physique. Le retour aux capacités initiales sera n’échappe pas au poids des années. Suite aux mouvements ré-
d’autant plus difficile. On estime à deux jours de repos complet le pétés, le cartilage des articulations peut s’user. Le terme utilisé
maximum à ne pas dépasser. est l’arthrose.
Si la douleur est très intense, la position recommandée est une Ce phénomène touche toutes les articulations du corps, mais
position couchée sur le dos, jambes fléchies. Dans cette position, nous nous attachons ici à deux localisations : l’épaule et la
la colonne vertébrale ne subit plus que 25% de la pression par colonne vertébrale.
rapport à la position debout.
A. L’épaule et le syndrome de l’articulation
Les études récentes montrent que les sujets qui maintiennent une
acromio-claviculaire
certaine activité physique (par une reprise précoce du travail no-
tamment) présentent moins de récidives dans les mois qui suivent, La répétition des gestes traumatisants est susceptible d’aboutir
au contraire de ceux qui ont adopté un repos au lit prolongé. à une arthrose de l’articulation acromio-claviculaire, c’est-à-dire
entre la partie antérieure de l’omoplate et la partie latérale de
la clavicule. Le croisement du bras devant déclenche la douleur
ainsi que la palpation, douleur qui peut irradier vers la nuque et
5.5.4 Les signes de gravité à prendre en vers l’épaule.
considération
Il faut être attentif cependant aux caractéristiques de la dou- B. La colonne vertébrale
leur: La colonne vieillit naturellement comme toutes les structures du
• si la douleur augmente en intensité au lieu de rester stable corps humain. Les rides au niveau du visage et des mains sont la
ou de diminuer conséquence de la perte de souplesse de la peau et de la diminu-
• si la douleur semble plus importante la nuit tion de la quantité d’eau présente dans les tissus. Les éléments de
• si la douleur, initialement limitée au bas du dos, gagne une la colonne vertébrale subissent également cette même évolution
des deux jambes lente. Le disque intervertébral et les facettes articulaires des apo-
physes articulaires postérieures vieillissent également. Les grosses
Consulter votre médecin sans tarder ; il décidera si la situation molécules (protéoglycans) du disque intervertébral, qui attirent
justifie des examens complémentaires (prise de sang, radiogra- l’eau à l’état jeune et confèrent au disque un état de précontrainte
phie, scanner ...) ( et donc d’amortisseur), perdent leur capacité à attirer l’eau.
Avec l’âge, le noyau ne contient plus autant d’eau et l’épaisseur
du disque diminue, c’est ce que l’on appelle le tassement discal.
L’os sous-jacent, qui n’est plus protégé par ce tissu amortisseur,
réagit alors aux pressions produites par les postures et mouve-
ments et développe de petites excroissances appelées « becs de
perroquet » (ostéophytes).
Ces modifications du cartilage correspondent à l’arthrose. Au
niveau du disque, elle porte le nom de discarthrose. L’amortis-
seur est moins performant, la souplesse de la colonne vertébrale
est parfois diminuée, mais souvent ce n’est pas douloureux. Ces
becs de perroquet, malgré leur apparence et au contraire d’idées
reçues, ne blessent pas les tissus.
Au niveau lombaire, le terme utilisé est la lombarthrose.

Disque jeune : bon amortisseur

25
5.7.2 Stade 2
Lors des mouvements de flexion ou de rotation-flexion répé-
tés ou excessifs en amplitude, des petites déchirures peuvent
apparaître dans les fibres. Ces déchirures ne sont pas doulou-
reuses (vu l’absence de récepteurs nerveux), mais créent une
zone de moindre résistance sur le plan mécanique, au niveau
de l’anneau.

Disque âgé : piètre amortisseur

5.7.3 Stade 3
Les flèches bleues indiquent les Le noyau s’infiltre à travers ces fissures, qui s’accentuent par la
becs de perroquet à l’avant des poursuite des mouvements en conditions défavorables, et pro-
vertèbres et les flèches vertes
indiquent l’arthrose des articula- gresse vers la périphérie de l’anneau, pouvant même provoquer
tions postérieures une boursouflure de l’anneau (protrusion discale). Cette der-
nière peut mettre sous tension la partie postérieure de l’anneau
Dans certains cas, ces modifications anatomiques provoquent et déclencher l’apparition de douleurs.
une réduction de l’espace disponible pour le passage de la racine
nerveuse. Cela peut alors éventuellement provoquer un conflit
irritatif ou compressif du nerf à sa sortie du canal rachidien.
La diminution de la hauteur des disques et les modifications
osseuses montrées par les rayons x correspondent le plus sou-
vent à une évolution normale pour l’âge ; l’arthrose dont parle
le médecin est aussi banale que les cheveux gris !

5.7.4 Stade 4
À ce stade, l’anneau est devenu fragile et un mouvement banal,
tel que ramasser un crayon par terre, peut déchirer les der-
5.7 Les affections discales nières couches de l’anneau et permettre ainsi à une partie
Le phénomène de détérioration discale est le plus souvent lent et du noyau de faire irruption hors de l’anneau : c’est la hernie
progressif. Pour mieux comprendre ce qui se passe, on peut distin- discale.
guer différents stades dans ce phénomène.
C’est entre 30 et 45 ans que le risque est le plus important. En
effet, après 45 ans, le disque et son noyau ne contiennent plus
5.7.1 Stade 1
autant d’eau qu’auparavant et il y a dès lors moins de matière
Il correspond à l’état intact du disque d’une personne de pouvant faire hernie.
moins de 15 ans.

La flèche verte indique la hernie


discale

26
6 Les facteurs de risque de
TMS

Identifier l’origine de la survenue des troubles musculosquelet-


tiques n’est pas chose aisée. Le diagnostic est difficile à poser, les
plaintes très variées et l’apparition progressive. La durée d’inca-
pacité de travail est variable, mais peut parfois amener à un long
délai avant que le travailleur puisse reprendre ses activités habi-
tuelles. Il n’est pas rare qu’il doive changer d’orientation profes-
sionnelle. À l’inverse de l’accident et son moment critique, cette
évolution lente, sournoise, « à bas bruit » complique l’analyse des
Ces quatre figures montrent les différentes possibilités lorsqu’on est
atteint d’une hernie discale : de l’absence totale de douleur jusqu’à
faits déclencheurs. La durée de l’exposition et la présence simul-
la douleur dans la jambe (sciatalgie) qui peut même donner lieu à une tanée de plusieurs risques jouent un rôle important dans l’appa-
paralysie de certains muscles rition de telles lésions. Un facteur de risque isolé ne provoquera
que rarement une lésion due à la surcharge. La plupart du temps,
plusieurs facteurs de risque sont présents. Ces pathologies sont
5.7.5 L’intervention chirurgicale en cas de hernie qualifiées à juste titre de multifactorielles.
discale ?
L’apparition d’une lésion due à la surcharge est le résultat d’un
Les chirurgiens estiment que la douleur, même très intense, déséquilibre entre la charge de travail assignée à une personne et
n’est pas une raison suffisante pour envisager l’opération. sa capacité de charge personnelle.
Celle-ci ne s’impose que lorsqu’il y a des symptômes majeurs
d’atteinte de la racine nerveuse : paresthésie (fourmillements, Charge de travail
picotements), pertes de sensation dans certaines zones de la RISQUE:
jambe et surtout perte de la force musculaire. Capacité de charge
Hormis les hernies avec compression importante de la racine,
pour lesquelles l’opération est la seule solution, les études Nous scindons pour une meilleure clarté ces facteurs de risque
scientifiques récentes montrent que la hernie peut se résor- en quatre groupes, mais il faut garder à l’esprit les interactions
ber partiellement et même disparaître totalement dans un que chacun des facteurs analysés va jouer avec les autres.
délai d’un an dans 75% des cas. L’explication de ce phéno-
mène est peut-être liée à des enzymes amenés par les globules
blancs qui s’attaquent à la hernie, sorte de corps étranger dans 6.1 Les facteurs de risque de type
le canal rachidien. biomécaniques
Quatre paramètres sont déterminants dans l’apparition des TMS:
Toute hernie discale n’est pas nécessairement douloureuse: de il s’agit de la posture, de la force, de la répétition et de la durée
3 à 20% de la population adulte en bonne santé aurait une de l’activité. Un élément pris en singulier n’aboutira sans doute
hernie discale sans douleur associée, mais révélée seulement pas à faire apparaître un TMS. Frapper 10 coups avec un mar-
par un scanner ou une imagerie en résonance magnétique teau espacés sur une journée ne constitue pas un grand risque
nucléaire (IRM). de faire apparaître un TMS. Par contre, la combinaison des quatre
paramètres a plus de chances d’aboutir à l’apparition d’un TMS.
Frapper 1000 coups de marteau en deux heures, plusieurs fois
par jour pendant des mois, avec un marteau de 5 kg saisi dans
une position inconfortable et un manche trop fin, augmente les
5.8 Les affections des bourses séreuses risques de tendinite par exemple.
Les bourses séreuses protègent notamment les tendons du Une des conséquences des contraintes biomécaniques est la per-
contact direct avec l’os. Le liquide synovial de la bourse peut turbation de la nutrition des structures articulaires, muscles et
présenter un épanchement qui se traduit par un gonflement tendons. Cette hypovascularisation empêche les tissus d’évacuer
important de la bourse séreuse. Appelée hygroma lorsqu’elle les toxines et de recevoir les éléments nutritifs (oxygène et glyco-
est dans un état chronique, elle touche souvent l’épaule, le gène). La fatigue augmente et la capacité de récupération diminue
coude ou le genou. en parallèle.

27
FRÉQUENCE DE MOUVEMENT A. Les postures et amplitudes à risque
(Références : Norme NBN EN 1005-4 : 2008, RULA (MacAtamney et
Corlett, 1993) et Orège (INRS))

FORCE POSITION A.a Colonne cervicale

DURÉE DE L’EXPOSITION

6.1.1 Les postures


La position debout verticale et la position assise sont les réfé-
rences pour de nombreuses conceptions anthropométriques
de postes de travail. Nous les utiliserons fréquemment dans
cet ouvrage pour proposer des adaptations ergonomiques. Une
autre position, appelée « position de confort articulaire » ou
position de moindre contrainte est celle adoptée spontanément
par une personne qui se trouverait en situation d’apesanteur
(dans un vaisseau spatial dans l’espace ou plongé dans une pis-
cine). La position que chaque articulation adopte dans ce cas
correspond à un équilibre entre les muscles agonistes et anta-
gonistes, c’est-à-dire ceux qui effectuent pour un mouvement
donné l’aller et le retour.
Acceptable sous certaines conditions : (Selon NBN EN
Les figures suivantes montrent les amplitudes de confort pour 1005-4 : 2008)
les principales articulations, c’est à dire les positions au-delà •• Inacceptable si la machine est susceptible d’être utilisée
desquelles, le risque de lésion articulaire augmente considéra- pendant de longues durées par la même personne
blement (voir plus loin : facteurs de risque liés à l’amplitude
articulaire).
A.b Colonne lombaire
La conséquence d’une posture en dehors de la zone de confort
résulte en un étirement des structures articulaires, des ligaments,
des tendons et muscles. Les structures nerveuses peuvent éga-
lement souffrir soit par étirement direct soit par compression
par les structures qui les entourent.
Parmi les facteurs de risque biomécaniques, les postures
adoptées par le travailleur sont les plus évidentes à analyser.
La connaissance des possibilités articulaires et des angles de
confort permettent de situer le geste de travail sur une échelle
d’appréciation du risque. L’évaluation devra tenir compte éga-
lement des combinaisons de postures qui accroissent le risque.
Les figures suivantes mentionnent pour chaque articulation la
zone dite posture ou amplitude de confort et la zone hors de
cette limite.
Légende:
Zone articulaire Type: Description: Action:
De confort, Risque considéré Aucune
acceptable comme faible ou
négligeable
Acceptable sous certaines conditions : (Selon NBN EN
1005-4 : 2008)
Non recommandé Risque accru pour Analyse et réduc-
tout ou une partie tion des risques •• Acceptable en cas de support complet du tronc
des utilisateurs •• Inacceptable si la machine est susceptible d’être utilisée
Inacceptable Risque inaccep- Modification du pendant de longues durées par la même personne
table pour tous les poste de travail
utilisateurs pour améliorer la
posture de travail

28
Explications spécifiques des contraintes pour la La posture en flexion du tronc provoque une inversion de la
colonne lombaire courbure du dos qui entraîne les conséquences suivantes.
• Pincement antérieur du disque
Position debout : répartition homogène des pressions sur le
• Étirement des ligaments postérieurs et de la partie posté-
segment vertébral
rieure du disque
Dans le cas de la colonne vertébrale, les pressions engendrées • Augmentation de la pression sur le disque (effet bras de
par la pesanteur sur les disques intervertébraux sont les plus levier)
faibles dans la position debout verticale. Le poids du tronc, de
la tête et des bras se répercute à la verticale des vertèbres Extension du tronc vers l’arrière
lombaires. Ainsi pour une personne de 60 kg, la pression sur le
disque L5/S1 équivaut environ à 40 kg. Dans cette position, la
courbure lombaire naturelle (lordose) ménage une répartition
équilibrée des pressions au niveau du disque et les tensions
des ligaments sont les plus faibles.

• Augmentation de la cambrure du dos


• Compression de la partie postérieure du disque et des arti-
culations postérieures
• Augmentation de la pression sur le disque (effet bras de
levier)

Rotation du tronc
Flexion du tronc vers l’avant • La rotation du tronc provoque un cisaillement des fibres de
l’anneau

29
Rotation combinée à la flexion Rester longtemps accroupi
La combinaison de ces deux postures provoque: Figure
• Inversion de la courbure du dos
• Cisaillement des fibres de l’anneau
• Partie antérieure du disque comprimée
• Augmentation de la pression sur le disque (effet bras de
• Partie postérieure du disque et ligaments postérieurs étirés
levier)
• Pression augmentée sur le cartilage des genoux
• Inversion de la courbure du dos
• Compression de la partie antérieure et latérale du disque
• Étirement de la partie postérieure et latérale du disque (la
plus fragile)
Ce type de mouvement constitue un risque majeur pour le
dos.

Épaule

Rester longtemps assis sur un siège


• Inversion de la courbure du dos
• Partie antérieure du disque comprimée
• Partie postérieure du disque et ligaments postérieurs étirés
Le maintien de la position assise constitue également une en-
trave à la nutrition du disque.

Acceptable sous certaines conditions : (Selon NBN EN


1005-4 : 2008)
•• Acceptable en cas de support complet du bras
•• Inacceptable si la machine est susceptible d’être utilisée
pendant de longues durées par la même personne
•• Inacceptable si la fréquence est supérieure ou égale à
10X/min

30
Coude Prise palmaire

6.1.2 La répétition des gestes et la durée


Poignet
Les gestes répétitifs et monotones (qui varient peu), avec ou sans
manipulation d’objets, sont également des facteurs de risque.
On dit qu’il y a travail répétitif lorsque les mêmes régions ou
structures musculosquelettiques sont sollicitées de façons fré-
quentes, en l’absence de pauses ou qu’une variation du geste est
[Link] les concepts de répétitivité et de monotonie, ou
invariabilité des mouvements, sont étroitement liés.
A. Définition de la répétitivité des gestes
La répétitivité d’une tâche est souvent décrite en fonction de la fré-
quence des opérations effectuées, mais en l’absence de consensus
clair de la part des scientifiques, le lecteur appréciera les différentes
appréciations de cette notion:
• Nombre de produits similaires fabriqués par unité de temps
(Tanaka et coll, 1993)
• nombre de pièces/heure
• nombre de mouvements par minute pour une articulation don-
née (INRS)
• nombre de fois où la main touche un élément du poste de travail
Main • nombre de cycles de travail accomplis au cours d’une journée de
travail (Luopajarvi et coll, 1979)
Prise pince pulpaire
• mouvements identiques ou comparables effectués à intervalle de
quelques secondes
• nombre d’efforts par cycle de travail, multiplié par le nombre de
cycles par poste (Stetson et coll, 1991)
• nombre de passages par unité de temps d’une situation
neutre à une situation extrême en terme de mouvements
angulaires, de force ou à la fois de mouvements et de force
(Malchaire et Cock, 1995)
L’intervalle entre 2 opérations s’appelle le « cycle de travail
» et plusieurs auteurs ont tenté de déterminer les cycles de
travail acceptables et inacceptables. Un cycle d’une durée de
30 secondes semble une limite tolérable en deçà de laquelle
il vaut mieux ne pas descendre (Silverstein et coll, 1987). Une
même séquence de gestes exercée pendant 50% du temps de
travail est également un autre critère de pénibilité au niveau
de la répétitivité.

31
Même s’il semble difficile d’établir un consensus pour définir la C. Position articulaire et distance de prise
répétitivité, ce facteur est étroitement corrélé avec l’apparition L’étirement musculaire produit par la position du muscle en étire-
des TMS. ment provoque un effet semblable à celui de la position statique,
c’est-à-dire une mauvaise circulation sanguine, car les vaisseaux
sanguins sont comprimés par les muscles soumis à l’étirement.
6.1.3 Les efforts et la force
Un autre facteur intervient, c’est la distance de prise. Une charge de
La force déployée par l’utilisateur est souvent associée aux TMS. 10 kg saisie contre le tronc ou à bout de bras génère une astreinte
De fait, elle peut engendrer des lésions par divers mécanismes. Des pour les muscles des bras totalement différente en raison du bras
ruptures au niveau des tendons, ligaments ou encore des lésions au de levier.
niveau des muscles ou des nerfs peuvent apparaître si l’application
d’une force est trop élevée, trop fréquente ou dure trop longtemps. Si on perçoit très vite la fatigue au niveau des bras et des épaules,
Il existe de nombreuses situations qui nécessitent l’exercice d’une on la méconnaît souvent au niveau du dos. Le calcul des pressions
force. Par exemple : la manutention d’objets lourds, l’utilisation d’ou- sur le bas de la colonne lombaire révèle que celles-ci dépendent
tils manuels, l’assemblage de pièces, … Le développement de la force de la distance à laquelle la charge est prise (mécanisme du bras de
va s’exprimer dans ces situations pour : tenir, serrer, appuyer, porter levier).
ou retenir.
Une charge de 10kg, peu contraignante lorsqu’elle est saisie contre
La force utilisée dépend de nombreux facteurs qui vont moduler le le bassin constitue un risque élevé lorsqu’elle est tenue à bout de
risque d’apparition des TMS. Le poids de l’objet ou de l’outil mani- bras. La pression sur les disques intervertébraux passe respective-
pulé n’est pas le seul facteur à prendre en compte. Il faut évaluer les ment de 50kg à 200kg selon la distance à laquelle elle est saisie (sur
caractéristiques de la posture, du type de contraction statique ou la tête ou bras tendus vers l’avant).
dynamique, du type de prise, ...
Pressions approximatives sur le Poids de la charge (en kg)
A. L’intensité de la force dernier disque lombaire pour
0 10 15 25 50
Plus un muscle augmente sa force de contraction, plus la trac- une personne de 75kg

tion sur ses myofibrilles (composants du muscle) et les ten- Figure A Tronc vertical et charge 50 110 140 200 350
contre le tronc (charge à
dons est forte. La force maximale correspond à la plus grande 25 cm du disque L5-S1, distance
force que le travailleur peut exercer pour une articulation horizontale)

donnée. Il est rare que cette force maximale soit utilisée régu- Figure B Tronc vertical et charge 50 160 215 325 600
bras mi-tendus (charge à 50
lièrement, mais les conséquences néfastes du geste sont déjà cm du disque L5-S1, distance
notables à partir de 20 % de la force maximale. horizontale)

Figure C Tronc vertical et charge 50 210 290 375 850


La conséquence pour les structures articulaires comme le disque bras tendus (charge à 75
cm du disque L5-S1, distance
et les ligaments peut être considérable. horizontale)

Figure D Tronc penché à 45° (dos 250 335 375 460 675
B. Le type de contraction musculaire rond)(charge à 30 cm du disque
Lorsque l’on saisit et dépose un objet régulièrement, la L5-S1, distance horizontale)

contraction musculaire est interrompue régulièrement par Figure E Tronc penché à 90° (dos 300 435 502 635 975
rond)(charge à 50 cm du disque
un moment de repos. Ce type de mouvements est appelé L5-S1, distance horizontale)
contraction dynamique (ou isotonique). Cette alternance de Figure F Accroupi (genoux complète- 175 375 475 675 1175
contraction-décontraction permet aux vaisseaux sanguins de ment fléchis, dos rond)(charge
à 75 cm du disque L5-S1, distance
jouer efficacement leur rôle de transport des éléments nutri- horizontale)
tifs et des déchets. Par contre, lors d’une contraction statique
(ou isométrique), c’est à dire qui ne présente pas des phases
de décontraction, la contraction musculaire comprime les vais-
seaux sanguins, entrave la circulation sanguine et aboutit à un
appauvrissement des tissus en oxygène et glucose. De même,
les déchets métaboliques s’accumulent. Ce phénomène pro-
voque une fatigue musculaire précoce. Les positions statiques
se retrouvent dans le maintien d’un objet contre la pesanteur,
dans la position de la nuque fléchie en avant pour examiner un
objet en contrebas ou pour lire un écran.

Figure A Figure B Figure C

32
L’effort sera toujours trop important chaque fois que l’on devra
utiliser une prise en pincement pour exercer une force.
Certains éléments influencent la qualité de la prise:
• La dimension de la prise: Le diamètre de prise des outils, la
qualité de la prise ont une influence sur la force à exercer

Figure D Figure E Figure F

En fonction de la position prise par l’articulation ou le membre


pour exercer la force, cette dernière sera plus ou moins impor-
tante et plus ou moins efficace. Il sera par exemple plus facile de • Le port de gants inadaptés : ils occasionnent une diminution de la
visser avec le coude fléchi que bras tendu, le biceps ne pouvant plus force de préhension maximale ainsi qu’une moins bonne sensibi-
assister le mouvement lorsque le coude est étendu. lité tactile. Pour tenir l’objet et garantir la qualité du geste, l’effort
augmente et les répercussions sur les articulations également
• Les objets glissants ou dont la forme ne permet pas une bonne
prise réduisent également la force de préhension et rendent
l’effort plus important
• La position du poignet : les positions neutres du poignet per-
mettent une prise de force maximale. Toute déviation par rap-
port à cette position augmente l’effort
E. Les caractéristiques de l’objet soulevé
D. La préhension D’autres facteurs compliquent encore la tâche tels que le carac-
En fonction de la position que la main adopte pour manipuler ou tère encombrant, instable, glissant, déséquilibré ou asymétrique
forcer sur un objet, l’application de la force est variable, et donc de la charge ou l’absence de poignées. Ces caractéristiques ag-
l’effort aussi. gravent l’effort requis.

Il faut s’adapter aux nombreuses formes et dimensions des objets L’encombrement de la charge augmente la pression sur le dos :
à manipuler. Deux types de prises : la prise en force et la prise en 140kg au lieu de 90 kg pour une charge de 10kg.
pincement.
• La prise de force: c’est la plus puissante, elle consiste en
un enveloppement de la paume et de l’ensemble des doigts
autour de l’objet

40 cm
10 cm
140 kg 10 kg 90 kg
10 kg

• La prise en pincement : c’est la plus précise, elle est moins effi-


cace pour l’exercice d’une force, mais elle requiert néanmoins
un effort musculaire beaucoup plus grand (5 fois plus élevé
qu’une prise de force)

75 kg + 10 kg 75 kg + 10 kg

33
6.2 Quelques exemples de facteurs
de risque de type biomécaniques
spécifiques au secteur
La façon dont le poste de travail est aménagé a des retentisse-
ments sur les facteurs biomécaniques décrits plus haut.
Un espace libre devant le plan de travail ou un accès limités
peuvent empêcher de prendre une posture confortable.

Des objets à saisir sur le côté ou derrière soi obligent à étirer


Un plan de travail (un objet ou un lieu de dépose des objets) l’épaule vers l’arrière ou à effectuer une rotation du tronc.
trop haut ou trop bas implique une position du tronc ou de la
nuque en flexion ou en extension.

Un objet ou un outil placé au-dessus du niveau de l’épaule


nécessite une extension de l’épaule pour le saisir ou pour tra-
vailler.

34
Un écran placé trop haut, trop bas ou de côté ne permet pas les autres contraintes environnementales (par expl. les vibra-
de placer la nuque dans une position confortable. tions) ne sont que très rarement présentes dans la pratique
professionnelle de l’aide à domicile.
Ils sont néanmoins exposés ici à titre informatif.

6.3.1 Les pressions mécaniques et les chocs


Tout contact du corps avec un élément dur de l’environne-
ment de travail occasionne des pressions sur les structures où
La forme de l’outil, de sa poignée ou de son manche provoque ils se produisent.
une prise dans une position inconfortable du poignet et néces- En fonction de leur intensité, ces pressions peuvent locale-
site une plus grande force de préhension. ment engendrer des lésions au niveau de la peau et des struc-
tures sous-jacentes, comme les nerfs, les bourses séreuses et
les vaisseaux sanguins.
Les mains sont souvent les plus touchées, mais également
les épaules, les coudes, les poignets et les genoux. Surtout
lorsqu’on prend appui sur des surfaces dures, que l’on utilise
des outils ou encore lors du transport de charge lourde, par
exemple sur l’épaule. L’appui continuel du coude sur le plan
de travail peut provoquer une bursite du coude. Le contact
permanent des poignets sur le bureau lors de la frappe au
clavier d’ordinateur augmente la pression sur le canal carpien
et peut augmenter le risquer de souffrir du syndrome du canal
carpien.
Les chocs liés à des forces d’impact importantes, comme lors
de l’utilisation du talon de la main comme un marteau, peuvent
être à l’origine de troubles vasculaires dans la main. Il en est de
même lors de l’utilisation d’outils qui s’arrêtent brusquement
ou qui donnent des coups intenses. C’est le cas des outils à
Un plan de dépose ou une zone de travail trop bas peuvent percussion ou encore des outils pneumatiques ou électriques
impliquer une position des genoux complètement fléchis. tels qu’une boulonneuse non débrayable.

6.3.2 Les vibrations


6.3 L’exposition aux facteurs
environnementaux A. Caractéristiques communes
Les vibrations produites par une machine touchent soit l’en-
Les contraintes de type biomécaniques décrites dans le chapitre semble du corps (vibrations corps-entier), surtout dans le cas
précédent peuvent être aggravées par la présence de facteurs de la conduite d’un véhicule, ou plus spécifiquement les mains et
environnementaux comme les pressions mécaniques produites l’avant-bras (vibrations mains-bras), via l’utilisation d’outils élec-
par le contact du corps avec des objets extérieurs, les chocs, les triques ou pneumatiques.
vibrations corps entier ou mains-bras, et le froid.
Le mécanisme des vibrations est similaire à celui d’un poids
Mis à part certaines conditions d’ambiances thermiques peu suspendu à un ressort. Ce poids monte et descend un certain
favorables (trop chaud, trop froid ou présence de courant d’air), nombre de fois par seconde (fréquence) et monte plus ou moins

35
haut suivant la force qu’on lui imprime (accélération). Dans le
cas d’un véhicule, si l’on parle de vibrations de 1,5 m/sec² à 5
Hertz, cela signifie que le corps du conducteur est soumis à
des mouvements de haut en bas 5 fois par seconde avec une
amplitude de 1,5m/sec².
Les vibrations sont donc caractérisées par:
• Leur fréquence (nombre d’oscillations effectuées par se-
conde et exprimée en Hertz)
• Leur amplitude, généralement exprimée en terme d’accélé-
ration (amplitude de la vibration exprimée en m/sec²)
• Leur direction, selon les trois axes orthogonaux:
•• Axe X, situé dans le plan transversal et qui traverse
horizontalement le corps d’avant en arrière
•• Axe Y, situé dans le plan frontal et qui traverse le corps
horizontalement le corps de gauche à droite
•• Axe Z, situé dans le plan axial et qui traverse le corps
verticalement de bas en haut
En général, dans la littérature, l’axe prédominant pour les vibra-
tions corps entier lorsque le travailleur est debout ou lorsque
l’engin est en déplacement est l’axe Z.
Exemples d’amplitudes des vibrations pour des machines courantes
Les membres supérieurs sont surtout sensibles aux vibrations (source : guide des bonnes pratiques en matière de vibrations mains-
comprises entre 5 et 1500 Hz alors que les vibrations trans- bras en vue de l’application de la Directive 2002/44/EC)
mises au corps entier sont plutôt ressenties entre 0,5 et 100 Hz.
Lorsque le recours à un appareil de mesure n’est pas possible,
L’amplitude des vibrations de basses fréquences (entre 0,5 Hz on peut malgré tout identifier les valeurs de l’outil utilisé soit
et 80 Hz) transmises au corps entier provoque divers troubles en s’informant auprès du fournisseur soit en consultant les
dont l’inconfort et la fatigue sont les premiers signes. sites internet suivants : [Link]
hav/[Link] ou [Link]/Default.
Intensités des vibrations Effet sur le confort
aspx?lang=EN
< 0,315 m/s2 Pas du tout inconfortable
De 0,315 à 0,63 m/s2 Légèrement inconfortable
De 0,5 à 1 m/s 2
Assez inconfortable
De 0.8 à 1,6 m/s2 Inconfortable
De 1,25 à 2,5 m/s2 Très inconfortable
> 2 m/s2 Extrêmement inconfortable

(d’après norme ISO 2631-1: 1997)

B. Vibrations mains-bras
Les expositions prolongées aux vibrations concernant les mains, Si l’amplitude des vibrations est une caractéristique impor-
les poignets, les coudes et les épaules peuvent contribuer à l’ap- tante à prendre en considération, la fréquence de vibration est
parition de troubles vasculaires au niveau des mains par une un facteur susceptible de causer des lésions également.
insuffisance vasculaire (syndrome de Raynaud), ou de troubles • Machines de basses fréquences < 60 Hz : (tailles haie élec-
neurologiques comme le syndrome du canal carpien (voir plus trique, outils pneumatiques, marteaux-piqueurs, burineurs,
loin pour l’explication de ces pathologies). …) : troubles ostéo-articulaires (arthrose, …) au niveau du
Conjointement, les vibrations peuvent modifier la sensibilité des poignet, des coudes et des épaules
mécanorécepteurs de la main et obliger ainsi le travailleur à • Machines de moyennes fréquences 60 à 200 Hz (tronçon-
empoigner les objets avec une force excessive pour en mainte- neuses, meuleuses verticales, polisseuses, …) : troubles vascu-
nir le contrôle, augmentant ainsi la sollicitation biomécanique. laires (syndrome de Raynaud) au niveau des mains et troubles
neurologiques : diminution de la perception (anesthésie vibra-
Chaque outil vibrant possède ses caractéristiques : fréquence et toire, …)
amplitude. Le tableau suivant propose quelques valeurs d’ampli- • Machines de hautes fréquences > à 200 Hz : (polisseuses,
tude de vibrations de différents outils. ébardeuses, …) : engourdissement, paresthésies, picotements
de la main

36
Réglementation et valeurs limites
L’Arrêté Royal du 7.07.2005 relatif à la protection de la santé
et de la sécurité des travailleurs contre les risques liés à des
vibrations mécaniques sur le lieu de travail impose des limites
à ne pas dépasser:
Valeurs d’exposition journalière déclenchant l’ac-
tion (A(8) = m/s²):
C’est le niveau d’exposition journalière aux vibrations au-delà
duquel il faut prendre des actions pour réduire l’exposition
au bruit.
Pour les vibrations main-bras, la valeur d’exposition journa-
lière déclenchant l’action (normalisée à une période de réfé-
rence de 8 heures) est fixée à 2,5 m/s².
Valeurs limites d’exposition journalière
C’est le niveau maximum de vibrations auxquels un travailleur
peut être exposé sur une seule journée.
Les travailleurs ne peuvent pas être exposés à des vibrations
dépassant les valeurs limites d’exposition quotidienne sui-
vantes : pour les vibrations bras-mains, la valeur limite d’expo-
sition journalière normalisée à une période de référence de 8
heures est fixée à 5m/s. Exemples d’amplitudes des vibrations pour des véhicules courants
(source : guide des bonnes pratiques en matière de vibrations corps
C. Vibrations corps entier entier en vue de l’application de la Directive 2002/44/EC)

La conduite d’engins sur chantier (chariot élévateur, camion, Lorsque le recours à un appareil de mesure n’est pas possible,
bulldozer, …) soumet le conducteur à des vibrations. Ces vi- on peut malgré tout identifier les valeurs de l’outil utilisé soit en
brations ont pour origine principale la réaction des pneus sur s’informant auprès du fournisseur soit en consultant les sites in-
le sol. L’irrégularité de celui-ci est un facteur important. Plus ternet suivants : [Link]
les dénivellations sont fortes et plus l’amplitude de la vibration htm ou [Link]/[Link]?lang=EN
sera élevée.
Ces banques de données sur internet permettent d’identifier le
Chaque secousse soumet la colonne vertébrale et ses disques niveau de vibration d’un grand nombre de véhicules et d’effec-
intervertébraux à une succession de compressions et disten- tuer le calcul de l’exposition journalière aux vibrations.
sions. Outre l’inconfort, la répétition de ce mécanisme au fil
Réglementation et valeurs limites
des années peut aboutir à accélérer l’usure des structures
vertébrales. On note des contractions musculaires réflexes L’ Arrêté Royal du 7.07.2005 relatif à la protection de la santé
(causes de douleurs au dos), des fractures du plateau de la et de la sécurité des travailleurs contre les risques liés à des
vertèbre, des fissures du disque intervertébral et des hernies vibrations mécaniques sur le lieu de travail impose des limites à
discales chez les conducteurs d’engins roulants. Il semble que ne pas dépasser:
l’entrave à la nutrition du disque provoquée par les vibrations Valeurs d’exposition journalière déclenchant l’ac-
soit également une cause potentielle de mal de dos. tion (A(8) = m/s²):
C’est le niveau d’exposition journalière aux vibrations au-delà du-
quel il faut prendre des actions pour réduire l’exposition.
La valeur d’exposition journalière déclenchant l’action (normalisée
à une période de référence de 8 heures) est fixée à 0,5m/s² pour
La conduite d’un véhicule sur une
route détériorée peut aussi pro-
les vibrations transmises à l’ensemble du corps.
voquer des contraintes pénibles
pour le dos. Ces contraintes sont Valeurs limites d’exposition journalière:
majorées si la posture adoptée est
mauvaise. C’est le niveau maximum de vibrations auxquels un travailleur
peut être exposé sur une seule journée.
Les travailleurs ne peuvent donc pas être exposés à des vibra-
tions dépassant les valeurs limites d’exposition quotidienne sui-

37
vantes : pour les vibrations de l’ensemble du corps, la valeur 6.4 Les risques liés à l’organisation
limite d’exposition journalière normalisée à une période de
Les études scientifiques montrent que le risque de subir un
référence de 8 heures est fixée à 1,15 m/s².
mal de dos chronique augmente fortement lorsque l’on est
Comme pour les vibrations mains-bras, la fréquence à laquelle confronté régulièrement à des situations stressantes. Le stress
les vibrations sont produites. Les fréquences basses (3 à 8 Hz) est donc perçu comme une réaction négative qui peut entre-
sont potentiellement plus dangereuses que les fréquences éle- tenir le mal de dos.
vées.
Pourtant, chez nos ancêtres préhistoriques, la réaction de
Normalement, le siège fonctionne comme un amortisseur. Mal- stress était un mécanisme adaptatif de défense permettant
heureusement, lorsqu’il est inadapté à l’engin ou mal réglé, il n’a de mobiliser notre énergie pour se défendre d’un agresseur.
aucun effet ou pire encore augmente l’amplitude des vibrations Les muscles tendus pour courir plus rapidement, le cœur qui
transmises au conducteur. bat plus vite pour amener le sang aux muscles ne sont que
L’impact négatif des vibrations est encore majoré par l’utilisa- quelques-uns des mécanismes utilisés par notre corps pour
tion intensive des véhicules. L’effet sur la colonne vertébrale sa survie.
n’est pas le même lors d’un usage occasionnel de 30 minutes Les agresseurs ont changé, ils sont rarement directement dan-
par jour comparé à une utilisation régulière de plusieurs heures gereux pour notre intégrité physique, mais notre réaction n’a
par jour. pas changé. Notre cœur bat toujours plus vite, nos muscles
La vitesse élevée de déplacement du véhicule aggrave les sont toujours contractés devant les stresseurs modernes.
contraintes. Les postures penchées ou en rotation prises par Ils sont devenus plus fréquents et nécessitent une capacité
le conducteur pour améliorer sa visibilité, rétablir son équilibre, d’adaptation importante : le manque de temps, les nombreuses
vérifier le fonctionnement de l’outil tracté ou réagir aux pentes tâches à effectuer sur la journée, les délais serrés pour les
rencontrées accentuent l’effet des vibrations. accomplir, les nombreux documents administratifs.

Sauter hors du véhicule au lieu de descendre marche par Ces exemples éclaircissent quelque peu la définition du stress
marche aggrave encore les conséquences des vibrations pour : c’est le sentiment du déséquilibre entre ce que l’on doit faire
le dos et soumet les articulations des genoux et des chevilles à (les exigences) et ce que l’on estime pouvoir faire (les moyens,
forte épreuve. l’autonomie, le contrôle), sans pouvoir s’y soustraire.

Le risque est augmenté si les travailleurs doivent en plus des Dans le secteur de l’aide à domicile, les situations potentielle-
expositions aux vibrations, manutentionner et/ou transporter ment stressantes sont nombreuses. Elles peuvent être liées à 3
des charges après le temps de conduite. types de facteurs:
✒✒ Les exigences des tâches à exécuter:
•• quantité de travail importante
•• positions pénibles
6.3.3 Le froid •• manutentions (bénéficiaire, matériel, …)
L’exposition au froid peut contribuer au développement des •• évolution de l’état du bénéficiaire (nécessitant de plus
TMS. Cette situation réduit la qualité du geste et la force des en plus de temps)
mains pour réaliser les gestes de travail. Le travailleur aug- •• nécessité d’hygiène importante
mente donc sa force de préhension pour compenser (le port •• tâches multiples
de gants n’arrange rien) et partant les contraintes mécaniques. •• conditions environnementales (bruit, chaleur, …)
•• contraintes administratives
Dans une ambiance froide, le travailleur augmente par réflexe
•• demandes de la famille
le tonus musculaire (la contraction musculaire réchauffe) et
•• …
donc aggrave la fatigabilité musculaire. Une étude a d’ailleurs
✒✒ Les moyens disponibles pour faire face à la demande:
constaté une augmentation de la tension des trapèzes (muscles
•• lieu de travail inadapté (manque de place)
entre l’épaule et la nuque) chez des travailleurs exposés à un
•• matériel inadéquat, détérioré
courant d’air frais suite à l’adoption d’une position dorsale
•• manque de temps
fléchie et de l’enroulement des épaules vers l’avant.
•• formation insuffisante
Le froid a aussi un effet direct sur les tissus via l’ischémie par- •• …
tielle qu’il produit. Le syndrome de Raynaud en est une mani- ✒✒ Le soutien social
festation, aggravée par les vibrations de l’outil. •• manque de reconnaissance
•• manque de soutien et/ou de contact de la ligne hiérar-
chique
•• soutien et /ou contact insuffisant des collègues
•• famille récalcitrante ou peu collaborante
•• …

38
Le sentiment d’équilibre entre ces 3 facteurs exigences – moyens les sollicitations mécaniques vont agir sur le corps. Si la force
– soutien réduit la réaction de stress. Un sentiment d’exigences semble le facteur qui prédispose à effectuer plus aisément des
élevées (nombreuses tâches à faire en même temps par exemple) manutentions, par exemple, l’habileté motrice et la dextérité
peut être contrebalancé par la perception de moyens adéquats fine facilitent les tâches de précision. Malheureusement, les
(matériel informatique, médical, …) et d’un bon soutien de la part tâches professionnelles requièrent parfois des habiletés variées,
de l’équipe ou des supérieurs. Par contre, tout sentiment de désé- rarement présentes chez une seule et même personne.
quilibre entre ces trois facteurs aboutit à la sensation de stress
C’est pourquoi la formation et l’expérience en améliorant les
avec des répercussions sur le corps et le mental.
capacités physiques réduisent les contraintes mécaniques avec
Le mécanisme des liens entre le stress et les TMS n’est pas encore une limite d’amélioration toutefois.
clairement démontré. Les hypothèses sont nombreuses:
Mis à part lors des activités administratives, la musculature
Stress : Activation du système nerveux central:
et les articulations du personnel d’un hôpital sont constam-
• Augmentation du tonus musculaire par activation du système
ment en mouvement. Néanmoins, la répétition du même geste
nerveux central. Le tonus musculaire augmenté accentue la
aboutit à un renforcement de certains muscles et par la suite à
charge sur les muscles et tendons Au niveau dorsal, la pression
leur enraidissement. Ce manque de souplesse qui est souvent
sur les disques intervertébraux augmente et peut contrarier à
fort marqué au niveau des muscles de la partie postérieure des
la longue leur nutrition et également sa cicatrisation
cuisses induit un manque de mobilité du bassin et dès lors une
• Apparition d’oedèmes par les corticoïdes libérés par la glande
sollicitation plus importante de la colonne vertébrale. Cette
cortico-surrénale. Ces oedèmes engendrent des compres-
raideur, similaire à celle produite par l’inactivité physique aug-
sions des nerfs comme dans le syndrome du canal carpien
mente le risque d’endommager les structures articulaires du
• Production accrue de cytokines qui peuvent augmenter le
dos. Le manque de souplesse contrarie également les activités
degré d’inflammation des tendons
qui nécessitent des positions contraignantes et rend plus diffi-
Stress: activation du système neuro-végétatif: cile le bon positionnement du dos.
• Restriction de la circulation des petits vaisseaux sanguins
Pour le personnel administratif par contre, le manque de mou-
musculaires et proches des tendons par la sécrétion des
vement est néfaste pour le dos. Ainsi que nous l’avons vu pré-
hormones adrénaline et noradrénaline. La fatigue chro-
cédemment, la nutrition des disques intervertébraux est liée
nique et les douleurs musculaires (myalgies) sont favorisées.
aux changements de position (effet éponge).
Les tendons surchargés par les gestes répétés se réparent
moins bien. Le port de chaussures inadaptées (sans système d’attache à
Le stress peut aussi avoir un effet de focalisation sur la douleur l’arrière, à hauts talons, de type « claquettes », à semelles glis-
avec le cortège de réactions qui ont aussi des effets néfastes santes) augmente le risque de chute ou d’entorse ; de plus, il
sur la colonne vertébrale : insomnie, dépression, réduction des est nécessaire que les pieds soient bien soutenus à l’arrière et,
déplacements, repli sur soi, boulimie, ... si possible, latéralement.
De même, les habits étriqués (long tablier d’une pièce) com-
pliquent l’adoption de postures adéquates (par exemple, flé-
chir les genoux ou écarter les pieds).
6.5 Les facteurs de risque personnels
Une même charge de travail peut entraîner des lésions dues 6.5.2 Le genre
à la surcharge chez une personne et n’avoir aucun effet sur
une autre personne. Ceci peut être lié aux habitudes de travail Les études statistiques montrent une prévalence accrue des
individuelles. Certaines méthodes de travail inadaptées s’ac- TMS chez les femmes. Les raisons sont multiples:
compagnent d’efforts inutiles ou de positions qui sont sources • Les tâches répétitives sont souvent allouées aux femmes et
de surcharge. Il peut en résulter des affections musculosque- spécialement celles qui concernent les membres supérieurs.
lettiques. • Considérées par certains préventeurs comme les senti-
nelles de la santé, l’expression plus précoce de leur plainte
En outre, certaines personnes, durant leurs activités de loisir, de TMS et partant des mauvaises conditions de travail peut
sollicitent leurs muscles et tendons de la même manière que favoriser une prise en charge du problème qui attendrait
durant leur travail. Ceci ne fait qu’accroître le risque de sur- encore d’être exprimée par l’homme.
charge. • Les tâches ménagères combinées aux tâches profession-
nelles exposent encore plus la femme aux TMS
• Certains facteurs de santé comme la grossesse, la méno-
6.5.1 Les capacités et condition physiques pause, la prise de contraceptifs oraux expliquent l’apparition
Chaque personne dispose d’une capacité physique propre, avec plus fréquente comme le syndrome du canal carpien. Dans
ses caractéristiques de force, souplesse, coordination, latéralité l’état de grossesse par exemple, la tendance à l’apparition
et autres qualités. Ces capacités peuvent influer la manière dont d’oedèmes augmente la pression dans le canal carpien.

39
6.5.3 Le tabagisme
7. La démarche
La nicotine inhalée par le fumeur est une substance qui pos-
sède notamment des effets vasoconstricteurs. Elle diminue le d’intervention
calibre des vaisseaux sanguins. Cette restriction de la circula-
tion sanguine a comme conséquence une diminution de l’ap-
port nutritif vers les disques intervertébraux, déjà limité, car La démarche de prévention et d’analyse des risques repose
totalement tributaire des variations de pression produite par sur une action par étapes successives.
les mouvements et changements de position (effet éponge).
On remarque une corrélation significative entre le fait d’être
un fumeur régulier et la présence de maux de dos, spéciale-
7.1 Quel est le problème et qui est
ment lorsqu’un excès de poids est présent. informé ?
Les faits suivants doivent déclencher la prise en charge de la
problématique:
6.5.4 L’âge • les travailleurs énoncent des plaintes, présentent des troubles
• l’absentéisme pour maladie est en hausse
Si l’expérience est un atout lié notamment à l’âge, celui-ci ré-
• les incidents et accidents augmentent
duit les capacités physiques. La force musculaire, la souplesse
• la rotation du personnel est importante ou en augmentation
diminuent. Si la contrainte reste semblable (le poids de la
• des erreurs systématiques sont commises
charge par exemple), l’astreinte (la réaction des tissus) aug-
• une baisse de la production ou de la qualité des produits est
mente, et le risque de détérioration est plus important.
signalée
L’histoire médicale, l’excès de poids peuvent aussi augmenter
La mise en place du projet ne peut se faire par une seule per-
le risque de maux de dos.
sonne, une équipe doit être constituée. Par ailleurs, la direc-
. tion doit s’engager à investir dans des mesures techniques et
organisationnelles ou dans de nouvelles méthodes de travail.
Le personnel doit être informé sur la problématique, il faut
éviter que des soupçons d’intention cachée de restructuration
prennent place.

7.2 L’analyse ergonomique


L’approche ergonomique est globale et participative:
• «Globale» signifie que tous les aspects du travail (tâche -
organisation - lieu de travail - environnement - équipement)
et de l’homme (capacités et limites physiques et psychiques)
sont pris en considération lors de l’analyse.
• «Participative» signifie que toutes les personnes impliquées
dans le travail sont également impliquées activement dans
l’analyse de risques, dans la recherche de solutions et dans
la mise en œuvre de changements techniques et organisa-
tionnels. Cela concerne donc les personnes qui exécutent
les tâches, les cadres, le service technique, le service du per-
sonnel, ...
L’analyse ergonomique se base sur la collecte et l’interpré-
tation de données objectives (que l’on peut mesurer) c’est-
à-dire la charge de travail externe et interne et de données
subjectives (expérience du travailleur).

40
7.2.1 L’analyse de la charge de travail externe célérations au niveau des articulations. Ces données peuvent
La charge externe comprend tous les éléments extérieurs qui ensuite être utilisées pour évaluer la charge interne.
ont une influence sur le travailleur.
Diverses méthodes peuvent être utilisées pour évaluer la
charge externe; cela va d’indications très rudimentaires à des 7.2.2 Les mesures objectives de la charge interne
appareils très sophistiqués. Pour effectuer un premier dépis- Pour obtenir une image objective des réactions des travailleurs à
tage des risques possibles, on a souvent recours à une liste la charge de travail externe, on peut effectuer une série de me-
de contrôle ou check-list. Pour compléter ensuite ce premier sures physiologiques.
dépistage, on procédera à diverses mesures. Ces mesures font appel à des équipements spécialisés, et les ré-
A. Premier tri au moyen de listes de contrôle sultats obtenus doivent être interprétés par des experts.
Une analyse de la charge de travail externe est réalisée au Des études montrent que ces données sont très importantes
moyen d’une liste de contrôle. Ceci peut se traduire par l’ana- pour détecter les points qui posent problème dans le travail. Les
lyse des aspects suivants: mesures physiologiques relevées durant le travail donnent une
• les tâches, tâches partielles, opérations, en étant attentif à image de l’état de fatigue. Lorsque ces mesures sont mises en
l’analyse des cycles, sous-cycles de travail relation avec une analyse de tâche détaillée, on arrive générale-
• la force exercée à l’aide d’un dynamomètre ment à déterminer pour quelles activités des mesures doivent
• les mouvements (éventuellement à l’aide d’une analyse vi- être prises. Du point de vue de la prévention et de la correction,
déo) cette analyse s’avère donc particulièrement intéressante.
• la position de travail On peut effectuer les mesures suivantes:
• l’organisation du travail (durée, pauses,…) • mesure de la fatigue musculaire par électromyographie (EMG);
• l’environnement de travail (avec une attention particulière L’électromyographie (EMG) de surface permet de mesurer
pour les vibrations des bras et des mains, mais aussi pour les l’activité électrique des muscles au moyen d’électrodes cuta-
problèmes d’atmosphère et d’éclairage,…) nées. L’EMG permet de comparer différentes méthodes de
• le lieu de travail (hauteur, périmètre de travail, facilité d’em- travail, d’adapter les lieux de travail et d’évaluer les effets des
ploi et forme des outils,…) formations.
• méthode/technique de travail (certaines personnes souf- L’évaluation sur une longue période du signal EMG peut four-
frant de troubles présentent des types de mouvements dif- nir des indications quant à la présence d’une fatigue mus-
férents des autres) culaire. À cet effet, on calcule certains paramètres du signal
L’annexe 1 contient deux listes de contrôle de ce type. EMG, également appelés indicateurs de fatigue.
• mesure de la fatigue musculaire par des mesures répétées de
B. Mesures complémentaires la dynamométrie manuelle. Cette méthode se base sur le fait
Après un premier dépistage au moyen d’une liste de contrôle, que la force de serrement diminue avec le temps sous l’effet
des mesures complémentaires peuvent être effectuées pour de la charge de travail, et plus encore lorsque des signes de fa-
analyser les facteurs de risque détectés. tigue apparaissent au niveau des muscles ou des tendons. Les
mesures sont la plupart du temps effectuées avant et après le
B.a Mesure des paramètres d’environnement travail, durant une période prolongée, car les effets ne sont
Ces mesures doivent être effectuées et interprétées par des souvent mesurables qu’après une charge cumulée
spécialistes. Dans ce contexte, on peut envisager de mesurer: • mesure de la fatigue générale par un enregistrement de la fré-
• les vibrations corps-entier mais également au niveau des quence cardiaque. La fréquence cardiaque est un paramètre
bras et des mains physiologique qui fournit, pour les activités dynamiques, une
• l’éclairage : des conditions d’éclairage inadéquates (trop peu bonne image de la consommation d’énergie durant le travail.
de lumière, mauvais contrastes,…) peuvent inciter à adop- Les fréquences cardiaques mesurées durant le travail sont
ter une mauvaise position comparées à ces valeurs maximales individuelles. Il est alors
• les conditions climatiques (température, humidité, tempéra- possible de déterminer si le travail est léger, moyennement
ture de contact,…): la chaleur et le froid influencent l’état lourd ou lourd. En outre, la mesure de la fréquence cardiaque
physiologique général des gens qui travaillent combinée à une analyse détaillée de la tâche permet de mettre
le doigt sur les composantes de la tâche qui entraînent une
B.b Analyse de posture charge maximale. Ceci peut s’avérer utile lors de l’examen de
En ce qui concerne les positions de travail et les mouvements, mesures à prendre.
on peut recourir à une analyse de posture. Il existe pour cela
diverses techniques. Cela va d’une analyse vidéo relativement
simple à une analyse de mouvement et de position tridimen-
sionnelle permettant de calculer les angles, la vitesse et les ac-

41
7.2.3 L’enregistrement des expériences • accessoires
subjectives • produits utilisés dans le travail
Le recueil de l’avis et de la perception des personnes qui exé- • organisation du travail
cutent le travail constitue une importante source d’informations • aménagement du lieu de travail
pour le dépistage des TMS. La sensation subjective de la personne • environnement de travail
qui exécute le travail est bien souvent le point de focalisation des • méthode de travail
diverses contraintes subies sur le poste de travail. • formation des collaborateurs

Les données de sentiment de fatigue ou de troubles corporels


sont collectées de manière standardisée et structurée auprès
d’un échantillon représentatif de travailleurs qui exécutent le tra-
7.4 L’information sur les mesures
vail que l’on veut évaluer.
La direction doit être bien informée de l’analyse menée au
L’objectif n’est pas de constituer une banque de données des
préalable, de ses conclusions. Le choix des mesures est effec-
troubles, mais d’utiliser de manière efficace les connaissances et
tué en concertation entre tous les niveaux hiérarchiques. La
l’expérience des travailleurs. C’est pourquoi, lors de l’enquête, il
mise en place de ces mesures doit répondre à certaines exi-
convient également de rechercher avec les travailleurs d’éven-
gences opérationnelles:
tuelles solutions aux problèmes soulevés. De cette manière, les
• Date de la mise en place des mesures
travailleurs seront impliqués de manière positive dans l’étude des
• Organisation concrète des mesures (qui fait quoi et com-
améliorations et montreront moins de réticence face au chan-
ment ?)
gement.
• Qui est responsable du suivi des opérations ?
Le questionnaire CERGO est un exemple de méthode basée sur
Les travailleurs concernés sont ensuite informés des résul-
l’interrogation. La méthode consiste à interroger individuellement
tats de l’analyse et des mesures proposées. Dans la mesure du
les travailleurs (oralement ou par écrit). Les travailleurs évaluent
possible, il convient de tenir compte des remarques ou de la
les différentes tâches effectuées. La fatigue ressentie est évaluée
réaction des travailleurs. Les solutions seront en effet mieux
sur une «échelle de désagrément» de 0 à 10. Les travailleurs éva-
acceptées si les travailleurs sont convaincus de leur efficacité.
luent également les désagréments ressentis en ce qui concerne
la position et les mouvements pour chaque opération, les para- L’information fournie aux travailleurs doit également mettre
mètres d’environnement et l’organisation. le doigt sur les problèmes pour lesquels aucune amélioration
n’est envisageable dans un premier temps.
Les troubles corporels sont identifiés en indiquant le problème
sur un dessin.
Le questionnaire contient toujours un espace pour les remarques
et les propositions éventuelles en vue de remédier aux problèmes
7.5 La mise en œuvre des mesures
signalés.
Le conseiller en prévention est souvent la personne la mieux
Le traitement des données fournit plusieurs valeurs statistiques
adaptée pour veiller à ce que les mesures sélectionnées soient
simples (scores moyens, répartition de la fréquence), ce qui per-
appliquées suivant les directives formulées sur le rapport ou
met en outre de quantifier les risques éventuels.
convenues en réunion. Il est important que ces directives soient
Le questionnaire CERGO est disponible auprès de PREVENT, mentionnées dans un rapport et éventuellement dans un cahier
02/643.44.63, [Link], customer@[Link] des charges (s’il s’agit d’une installation ou d’une machine).

7.3 Les axes de réflexion et la sélection 7.6 L’évaluation et la correction


des mesures Au cours de cette phase, les mesures mises en œuvre sont éva-
Après l’analyse ergonomique, on dresse un rapport reprenant luées en respectant la même méthodologie que celle utilisée
la synthèse des différentes étapes de l’analyse. Le rapport met lors de l’analyse. Les problèmes et les facteurs de risque ont-ils
l’accent sur les problèmes ou risques détectés. Sur la base de ce été éliminés ? Aucun nouveau risque n’est-il apparu ?
rapport, on pourra alors sélectionner les axes de réflexion et les
mesures les plus adaptées. Ces mesures peuvent porter sur les
éléments suivants:
• tâche (contenu de la tâche)
• machines
• outils

42
7.7 Le suivi 8. La prévention: que faire
Il est important s’assurer que les changements introduits ne pour éviter ou réduire les
seront pas, à terme, source de nouveaux problèmes. Un enre-
gistrement systématique des troubles, lésions, absences pour TMS ?
maladie, changements de personnel peut être utile pour l’éva-
luation de l’effet des mesures adoptées.
Après avoir dressé et analysé l’éventail des principaux facteurs
de risque de TMS, il ressort que les conseils préventifs doivent
porter eux aussi sur plusieurs paramètres. L’approche préven-
tive repose sur trois axes essentiels:
1. Envisager une adaptation des lieux, des objets et de l’organi-
sation du travail : c’est l’approche ergonomique
2. Réaliser des gestes qui permettent d’économiser le système
musculosquelettique : c’est l’approche gestuelle
La prévention des TMS ne s’arrête pas dès la fin de la pé-
riode de travail, notre colonne souffre également dans les
activités de la vie courante (sport, loisir, tâches de bricolage
et ménagères). Un chapitre est donc consacré à la « préven-
tion des TMS dans la vie courante ».
3. Maintenir ou améliorer sa condition physique
Le maintien ou l’amélioration de la condition physique et
notamment de la pratique d’exercices d’étirement et de
relâchement musculaire trouve également sa place dans
l’approche préventive, un chapitre lui est dédié.

8.1 L’ergonomie (adapter le travail)


L’Arrêté Royal du 27 août 1993 qui a trait aux manutentions
manuelles mentionne que l’employeur doit éviter la manu-
tention manuelle de charges par les travailleurs (art.4). Dans
l’impossibilité de répondre à cette recommandation, il doit
évaluer le travail (art.5) et réduire les risques, notamment en
aménageant et adaptant le poste de travail (art.6).
Ainsi, l’adaptation du poste de travail devrait suivre la logique
suivante, classée en deux niveaux:
✒✒ Niveau 1 : peut-on éliminer le risque ?
S’il est impossible (ou trop onéreux) de réaliser ce genre
d’intervention, on met en place une intervention du deu-
xième niveau.
✒✒ Niveau 2 : peut-on réduire le risque ?
Le premier type de solution est plus performant en
terme de prévention des accidents et de bien-être au
travail. Malheureusement, dans certaines situations, cette
suppression du risque n’est pas possible et on doit se
contenter de le réduire.
La recherche de solution doit associer à la fois le maintien
de la santé et du bien-être sans pour autant nuire à la qua-
lité et à l’efficacité du travail. Le coût des installations et
aménagements sera largement compensé par l’économie
en matière de soins de santé, de journées d’absence et par
l’amélioration de la qualité de la vie et de la productivité.

43
Ces mesures correctrices devraient de préférence être Hauteur A Hauteur B Hauteur C
intégrées dans la phase de conception. Elles peuvent toute- Travail de précision Travail léger Travail lourd
fois être appliquées également à des situations existantes Homme 100 – 110 cm (ou 90 – 95 cm 75 – 90 cm
suite à une analyse, dans une optique de correction. Tra- plus)
ditionnellement, c’est ce que l’on appelle la prévention Femme 95 – 105 cm 85 – 90 cm 70 – 85 cm
primaire (éviter le problème) et la prévention secondaire Repère Hauteur coudes Entre hanches et Hauteur hanches
(éviter que le problème ne se reproduise ou devienne (ou plus haut) coudes
chronique). À cela s’ajoute la prévention tertiaire (réduc-
On peut résumer les recommandations relatives au plan de
tion des limitations physiques ou des handicaps).
travail comme suit:
• Travail de précision (couper des oignons) = hauteur des
coudes ou plus haut (100 – 110 cm pour les hommes et 95
8.1.1 Améliorer la disposition des lieux – 105 cm pour les femmes)
Un des objectifs principaux dans la conception ou l’aména- • Travail léger (préparer une sauce) = hauteur entre les
gement du poste de travail consiste à éviter ou réduire le coudes et les hanches (85 – 95 cm pour les hommes et 80
nombre et l’amplitude des postures en dehors de la zone de – 90 cm pour les femmes)
confort articulaire, c’est-à-dire les positions dos fléchi vers • Travail lourd (poser la grosse marmite sur la table) = hau-
l’avant ou en rotation, nuque en flexion ou extension, bras teur des hanches (75 – 90 cm pour les hommes et 70 – 85
élevés, .... II faut dès lors être attentif aux paramètres suivants: cm pour les femmes)

A. La hauteur du plan de travail


La hauteur du plan de travail influence la position de l’utilisa-
teur. Ainsi, un plan de travail placé trop bas oblige à se pencher
vers l’avant alors qu’un plan de travail trop haut nécessite de
lever les bras et les épaules pour accomplir la tâche.
La hauteur du plan de travail est déterminée par deux critères
• La taille de l’utilisateur: c’est à dire convenir aux petits et
grands utilisateurs
• Le type de travail à effectuer: on a coutume de scinder les
types de travaux en trois catégories:
•• travail de précision Deux types de plan de travail existent:
•• travail léger • plan de travail de hauteur variable (électriquement ou méca-
•• travail lourd niquement) permettant d’ajuster la hauteur du plan de tra-
vail par rapport à ces deux critères.
Le type de travail va conditionner la hauteur adéquate du plan
de [Link], un travail de précision nécessite un plan de tra-
vail élevé qui permet une vision fine des objets sans nécessiter
de position penchée en avant. Au contraire, la manipulation
d’objets lourds ou l’utilisation du poids du tronc demande un
plan de travail bas pour éviter par exemple de lever inutile-
ment les bras et épaules.

A B C

Table trop basse pour le La table de repassage reste


repassage le premier plan de travail
réglable en hauteur pré-
sent dans les maisons. À
condition qu’elle soit bien
adaptée (plan de travail
situé entre les hanches et
les coudes, voir plus haut),
elle constitue un bon plan
de travail.

44
• plan de travail de hauteur fixe. S’il n’est pas possible de modi-
fier la hauteur du plan de travail, il convient de choisir la
hauteur permettant le meilleur compromis entre les diffé-
rents utilisateurs et types de tâches. Par exemple, pour un
travail de précision réalisé par des utilisateurs de tailles diffé-
rentes, il vaut mieux privilégier un plan de travail convenant
à la personne la plus grande. Il est en effet plus pénible pour
l’utilisateur de grande taille de se pencher systématiquement
que de lever les bras un peu plus haut pour la personne de
petite taille. Un plancher de rehausse peut éventuellement
résoudre les problèmes liés aux différences de taille, mais est
encombrant et comporte un risque de chute.
Hauteur adéquate pour la tâche de pliage du linge

Hauteur insuffisante pour


l’épluchage

Hauteur adéquate pour la tâche de vaisselle

B. L’inclinaison du plan de travail


La possibilité d’incliner le plan de travail réduit le degré d’incli-
naison de la nuque en permettant une vision plus aisée des
pièces ou du contenu des boites. La préhension est également
facilitée en réduisant le travail pour l’épaule.

Hauteur adéquate pour l’épluchage

Un four placé en hauteur réduit les postures contraignantes

45
C. L’espace pour les pieds et les genoux
Un espace pour les pieds permet de se rapprocher du plan
de travail et d’éviter un porte-à-faux fatigant pour les muscles
du dos.

Libérer l’accès au poste


de travail !

L’utilisation des zones de


cuisson les plus proches
Plan de travail sans espace pour Plans de travail avec espace prévu pour les casseroles les
les pieds pour les pieds plus lourdes permet de
réduire les efforts lors de
leur manutention

B. Distance d’atteinte verticale


L’analyse des risques (voir chapitre 6 ) a montré que l’arti-
culation de l’épaule peut subir, comme le dos, une contrainte
importante. Cet inconfort de l’épaule se manifeste déjà à partir
Plans de travail avec espace prévu pour les pieds de 30° d’élévation ou d’abduction (en cas de geste répété).
Afin de ne pas solliciter exagérément cette articulation, il faut
Pour la position assise, l’espace sous la table doit également
éviter de placer des objets à une hauteur qui oblige à déplacer
être suffisant pour permettre une posture confortable et de
l’épaule au-delà de cette angulation. Si cela n’est pas possible,
croiser les genoux librement.
il faut veiller à ne pas les positionner au-dessus de la hauteur
de cette articulation.

8.1.2 Réduire la distance d’atteinte Pour ne pas fatiguer le dos, il est recommandé de ne pas stoc-
ker des objets ou utiliser des outils en-dessous de la hauteur
A. Distance d’atteinte horizontale des mains.
Le rangement des outils ou objets à saisir devant soi doit per- Réduire par l’utilisation de rallonge
mettre de conserver des positions confortables pour le dos,
les épaules et les autres articulations du corps. Sur un plan de
travail, on peut considérer deux distances d’atteinte:
• La distance maximale d’atteinte correspond à la distance
entre le poignet et l’épaule, cette distance est réservée aux
mouvements intermittents
• La distance de confort correspond à la position semi-fléchie
du bras (environ les 2/3 de la distance maximale). Cette dis-
tance privilégie les mouvements fréquents.

L’utilisation d’un manche télescopique permet de travailler en sécurité


et d’éviter d’adopter une position dos en extension et mains au-dessus
Distance d’atteinte : des épaules.
Flèche verte = distance
de confort
Flèche rouge = distance
maximale d’atteinte

46
Réduire par l’utilisation d’échelle ou de marche-
pieds
Dans certaines situations où l’on manque de place, l’accès à un
objet n’est possible que par une hyperextension du tronc et
de flexion de l’épaule. La mise à disposition d’un marchepied
ou d’un escabeau réduit l’amplitude du geste.

S’il n’est pas possible de placer les objets à bonne hauteur, l’utilisation
d’outils évitant la flexion du tronc est à privilégier.

L’utilisation d’un manche télescopique facilite le nettoyage des sur-


faces difficiles d’accès.

Utiliser un escabeau pour


être à bonne hauteur

Une plate-forme posée sur le bac de la douche


rend l’accès aux parties supérieures du mur plus
facile. Un revêtement antidérapant de la surface
de ce podium évite le risque de chute.

8.1.3 Réduire les forces à exercer


Parmi les facteurs biomécaniques considérés comme présen-
L’utilisation d’un balai avec un manche ajus- tant un risque pour l’appareil musculosquelettique, la force
table en hauteur permet l’adaptation (hauteur exercée est un paramètre important à considérer. Le poids
de l’épaule ou plus haut) à la taille de l’utilisa-
teur et évite les flexions du tronc vers l’avant des charges manipulées peut être réduit ou leur déplacement
peut être facilité. Ces solutions sont abordées dans les cha-
pitres suivants. La force exercée sur un levier, sur les poignées
d’un outil, sur une paroi à déplacer doit également être ana-
lysée et ne pas dépasser certaines valeurs. Le tableau suivant
donne quelques éléments de limites à ne pas dépasser. Il faut
bien sûr compléter les recommandations en envisageant les
autres facteurs biomécaniques (amplitude et répétition no-
tamment) ainsi que les autres facteurs environnementaux et
psychosociaux.
Limites des forces recommandées (en Newton) pour cer-
taines actions courantes : ces valeurs correspondent à une po-
pulation active européenne, de genre et d’âge confondus, pour
Ustensiles de nettoyages pour atteindre les endroits difficilement ac- des tâches effectuées dans des conditions de travail optimales
cessibles

47
Activité Valeurs limites de
force isométrique
Travail avec une main: prise à pleine main 250
Travail avec le bras

• Vers le haut 50

• Vers le bas 75

• Vers l’extérieur 55

• Vers l’intérieur 75

• Poussée
o Avec support du tronc 275
o Sans support du tronc 62 Un caddie est utile pour ramener les achats lorsque
l’on revient au domicile à pied ou lorsque l’on se dé-
• Traction place avec son matériel d’un bénéficiaire à un autre.
o Avec support du tronc 225
o Sans support du tronc 55
Travail avec tout le corps (posture debout)
8.1.4 Faciliter la manipulation des objets (stockage
• Poussée 200 et dépose des objets)
• Traction 145
A. Prévoir un support de hauteur fixe
Travail du pied (posture assise avec support du tronc):

Action de la cheville 250


Action de la jambe 475

D’après la norme EN 1005-3 2002

Dépose de la Dépose de la Dépose de la


caisse de com- caisse de com- manne au sol
missions au sol missions sur
une chaise

L’utilisation d’un lève-personne est la solution la plus


sécurisante et la moins contraignante pour les déplace-
ments du patient grabataire. Peu couramment utilisé à
domicile pour diverses raisons, il est pourtant d’un grand
secours lorsque l’on est habitué à s’en servir.

Dépose de la manne sur Adaptation de la hauteur de la planche à


une table repasser et mise en hauteur de la manne.

Favoriser l’utilisation d’un système de nettoyage qui


permet d’économiser les poignets et les avant-bras
lors de l’essorage.

48
Mise en place de la machine à lessiver en
hauteur
Nouvelle cuve métallique sur un support en hauteur avec roulettes

B. Prévoir un support de hauteur variable


Les chariots à linge classiques sont profonds. Retirer le linge
nécessite une flexion importante et répétée du dos. Un cha-
riot muni d’un fond à ressort est avantageux : le linge est tou-
jours à bonne hauteur pour le saisir.

Penser à adapter la hauteur de travail ! Rehausser le lit bas avec des


supports est également une solution possible. Des lits réglables en
hauteur existent. Les sociétés mutualistes peuvent en mettre à dis-
position.

Dans certains cas, le remplacement du matériel existant par


un autre est nécessaire : le déplacement de cuves utilisées
pour nettoyer les disques des cireuses était délicat pour le dos
des techniciennes de surface. Ces cuves étaient volumineuses
et lourdes. Le nettoyage des disques impliquait une position
penchée en avant. L’aménagement a consisté à remplacer ces
cuves par une cuve métallique légère placée à meilleure hau-
Chariot à linge classique et posi- Chariot à linge avec fond à res-
teur et pourvues de roulettes. Le remplissage de la cuve et sa tion penchée pour saisir le linge sort : le linge est saisi en meilleure
vidange ainsi que le nettoyage des disques sont facilités. position

C. Disposer judicieusement les plans de travail


La disposition de certains plans de travail en équerre prédis-
pose souvent l’utilisateur à effectuer une rotation du dos au
lieu de bouger les pieds. La disposition des tables en juxtapo-
sition évite ou réduit cette rotation.

Position pénible pour soulever la cuve et nettoyer Disposition des plans de travail
les disques en équerre : l’utilisateur risque
de faire une torsion du dos s’il ne
prend pas garde à pivoter les pieds
pour passer d’une table à l’autre.

Disposition des tables en juxta-


position diminuant le risque de
torsion

49
Certaines armoires sont très profondes et peuvent contenir
de nombreux objets sur une planche. Il est conseillé de placer
les objets régulièrement utilisés en avant de la planche.

Disposition des tables avec un


mètre d’écart obligeant l’opéra-
teur à se déplacer.

D. Ranger à bonne hauteur les objets dans


les armoires, étagères, tiroirs
Mise en place de panneaux muraux pour
La façon de ranger les seaux, ramassettes, éponges, mar- faciliter le rangement
mites,… doit correspondre à la fréquence à laquelle on les
utilise:
• Ainsi pour un usage fréquent, il vaut mieux les stocker non 8.1.5 Faciliter le déplacement et le levage
pas à hauteur du sol, mais entre la hauteur des genoux et des bénéficiaires et des charges
des épaules afin d’éviter de se pencher inutilement.
Les longs déplacements avec une charge en mains fatiguent
• Les casseroles lourdes, les gros bidons de détergents, plus
le dos et les bras, mais occasionnent également une dépense
lourds, doivent être stockés à hauteur du bassin pour pou-
d’énergie accrue, avec comme conséquence une fatigue phy-
voir les saisir aisément.
sique augmentée et sans doute une vigilance plus faible pour
appliquer des gestes protecteurs.
Une aide mécanique (palan, rail fixé au plafond, lève personnes,
chariot élévateur, …) pour déplacer les charges ou les patients
ainsi que des chariots aisés à déplacer évitent les efforts et
suppriment en grande partie les risques pour le dos. Si l’inves-
tissement initial est élevé, le bénéfice est certain tant au niveau
de la réduction des accidents du travail ou de l’absentéisme
qu’au niveau du bien-être des personnes.

A. Exemples d’aide au déplacement


des bénéficiaires et des charges
Il existe dans le commerce spécialisé de nombreux engins per-
mettant de déplacer les bénéficiaires ou les charges avec un
Hauteur du bas- Hauteur comprise entre mi-cuisses et les effort minimum:
sin: rangement des épaules : rangement des objets légers et • Déplacement de lits motorisé ou non (A,B)
charges lourdes utilisés fréquemment
• Rail fixé au plafond et aide au levage du patient (C,D,E)
• Système d’aide au déplacement des patients assis sur une
chaise (F,G)
• Caddie (H)

A B

Hauteur du sol et de la tête: rangement Hauteur supérieure


des charges rarement utilisées à la tête: pas de
charge à cette hau-
teur

50
C D E ✒✒ Entretien régulier
Le mécanisme doit également être entretenu pour permettre
un déplacement aisé. Changer les roues inadaptées vaut mieux
que s’acharner à pousser cent fois un chariot de maniement
difficile.
✒✒ Poids du chariot
En fonction de son type, le chariot rempli ne doit pas dé-
passer un certain poids. Dans le cas contraire, il faut pré-
F G H voir sa mécanisation.
•• Brouettes et diables : maximum 80kg
•• Chariot ou casier porte-outillage et matériaux : maxi-
mum 300kg
•• Transpalettes manuels : maximum 600kg
✒✒ Visibilité
La hauteur du chariot rempli ne doit pas excéder 120cm
pour permettre la vision du sol et des obstacles éventuels.
B. Critères de choix des chariots ✒✒ Force maximale à développer pour la poussée ou la
Le choix du chariot devrait correspondre aux critères suivants: traction
✒✒ Hauteur cohérente du plateau de dépose Poussée à deux mains : force initiale acceptable en Newton
(pour 90% de la population)
La hauteur du plan de dépose des objets correspondant à
celui du plan de travail évite des changements de niveau de la Hauteur des Distance de Distance de Distance de
poignées (cm) parcours/ fré- parcours/ fré- parcours/ fré-
charge lors de son transfert. Cette adaptation est aisée lorsque quence 1 x par quence 1 x par quence 1 x par
les hauteurs des plans de travail sont identiques. Lorsque les minute 5 minutes 8 heures
objets à stocker sont de hauteur variable, l’utilisation de cha- 2m 2m 2m
riots avec des plateaux réglables en hauteur est judicieuse. H F H F H F H F

✒✒ Hauteur des poignées 144 135 250 170 260 200 310 220
95 89 260 170 280 200 340 220
Pour éviter de devoir se pencher pour pousser ou tirer
64 57 240 140 250 160 310 180
le chariot, les poignées doivent être situées entre 90 et
8m 8m 8m
120cm du sol.
144 135 210 160 220 180 260 200
95 89 230 160 250 190 300 210
64 57 200 140 210 160 260 170
15 m 15 m 15 m
144 135 190 140 200 150 250 170
95 89 220 140 230 160 280 170
64 57 190 120 200 130 240 150
30 m 30 m 30 m
144 135 150 120 190 140 240 170

Chariot avec poignées situées à 95 89 170 120 220 150 270 180
bonne hauteur (entre 90 et 120 64 57 140 110 190 120 230 150
cm)
D’après NEN-ISO 11228-2 Ergonomics - Manual handling - Part 2:
Pushing and pulling (ISO 11228-2:2007,IDT)
✒✒ Roues adaptées au terrain
Les roues du chariot sont choisies
en fonction du type de terrain et des
éventuelles différences de niveau du
sol. Les chariots aux roues de grand
diamètre sont plus faciles à manœu-
vrer en terrain irrégulier.

Roues de grand diamètre

51
Poussée à deux mains : force de roulage acceptable en New- Traction à deux mains : force de roulage acceptable en New-
ton (pour 90% de la population) ton (pour 90% de la population)
Hauteur des Distance de Distance de Distance de Hauteur des Distance de Distance de Distance de
poignées (cm) parcours/ fré- parcours/ fré- parcours/ fré- poignées (cm) parcours/ fré- parcours/ fré- parcours/ fré-
quence 1 x par quence 1 x par quence 1 x par quence 1 x par quence 1 x par quence 1 x par
minute 5 minutes 8 heures minute 5 minutes 8 heures
2m 2m 2m 2m 2m 2m
H F H F H F H F H F H F H F H F
144 135 150 100 180 110 220 140 144 135 120 100 150 110 180 150
95 89 160 90 190 100 230 130 95 89 160 100 190 110 240 140
64 57 160 80 180 90 230 120 64 57 170 90 200 100 250 130
8m 8m 8m 8m 8m 8m
144 135 130 70 150 80 180 110 144 135 100 90 120 100 150 130
95 89 130 80 150 90 180 110 95 89 130 90 160 100 190 130
64 57 120 70 140 80 180 110 64 57 140 80 170 90 200 120
15 m 15 m 15 m 15 m 15 m 15 m
144 135 110 40 130 70 160 90 144 135 90 60 100 80 130 110
95 89 110 40 130 70 160 100 95 89 120 60 140 80 170 110
64 57 110 40 120 70 150 90 64 57 120 60 150 70 180 100
30 m 30 m 30 m 30 m 30 m 30 m
144 135 60 40 120 60 160 80 144 135 70 50 90 70 130 100
95 89 60 40 120 60 160 90 95 89 70 50 120 70 170 100
64 57 60 40 110 60 150 80 64 57 70 50 130 60 180 90
D’après NEN-ISO 11228-2 Ergonomics - Manual handling - Part 2: D’après NEN-ISO 11228-2 Ergonomics - Manual handling - Part 2:
Pushing and pulling (ISO 11228-2:2007,IDT) Pushing and pulling (ISO 11228-2:2007,IDT)

Traction à deux mains : force initiale acceptable en Newton


(pour 90% de la population)
Hauteur des Distance de Distance de Distance de
C. Choix de fauteuils roulants adaptés
poignées (cm) parcours/ fré- parcours/ fré- parcours/ fré- Le fauteuil doit être confortable pour le bénéficiaire, mais il
quence 1 x par quence 1 x par quence 1 x par
minute 5 minutes 8 heures doit permettre au personnel de se rapprocher aisément et
2m 2m 2m de transférer le bénéficiaire vers un lit avec une différence de
H F H F H F H F
niveau la plus minime possible. Des accoudoirs amovibles ou
escamotables facilitent ces opérations. Un réglage du fauteuil
144 135 180 170 190 190 230 220
en hauteur est une qualité supplémentaire.
95 89 250 180 270 210 320 230
64 57 280 190 300 220 300 240
8m 8m 8m
144 135 160 160 170 170 210 200
95 89 230 160 240 190 290 210
64 57 260 170 270 200 330 220
15 m 15 m 15 m
144 135 150 130 160 150 200 170
95 89 210 140 230 160 280 180
64 57 240 150 260 170 310 190
30 m 30 m 30 m
144 135 120 120 150 140 190 170
95 89 160 130 210 150 260 180 Fauteuil avec accoudoirs escamo-
tables
64 57 180 130 240 150 300 190

D’après NEN-ISO 11228-2 Ergonomics - Manual handling - Part 2:


Pushing and pulling (ISO 11228-2:2007,IDT)

52
B. Réduire le volume
La taille des caisses et bacs ne devrait pas excéder les dimen-
sions suivantes:
Longueur : 40cm
Largeur : 30cm
Hauteur : 30cm
Ces dimensions réduites permettent de rapprocher le centre
de gravité de la charge plus près du corps et donc de dimi-
nuer l’impact de l’effet bras de levier sur la colonne vertébrale.
D’autres caractéristiques complètent ces qualités : absence de
bords tranchants, centre de gravité localisé au milieu de l’objet,
stabilité du contenu, ...

Fauteuil réglable en hauteur

8.1.6 Améliorer les caractéristiques des charges


A. Réduire le poids du contenu et du contenant
On constate aisément que la manutention d’une charge à bout
de bras est pénible. La rapprocher de soi est utile. Néanmoins,
lorsque le poids dépasse une certaine valeur (25 kg pour les
hommes et 15 kg pour les femmes), la pression sur les disques
intervertébraux est susceptible de leur causer un dommage Caisse trop volumi- Caisse de volume
important. Les figures suivantes mentionnent les valeurs à ne neuse adapté (40/30/30)
pas dépasser en fonction de la distance par rapport au corps
pour une femme et un homme.
C. Prévoir une prise aisée
Il existe une norme européenne avec le statut de norme belge,
la EN 1005-2 : 2003 annexe C, qui définit la masse de réfé- La prise de la charge est facilitée par la présence de poignées
rence à respecter pour un usage professionnel, afin d’éviter les ajoutées ou incluses dans la pièce (encoches).
surcharges au niveau lombaire : cette masse est fixée à 25kg. Caractéristique des poignées:
• Diamètre : 1,9 à 3,8 cm
• Longueur : minimum 11,5 cm
• Espace libre minimal de 5 cm (7,5 cm avec des gants entre la
poignée et le bord de la caisse
• Forme cylindrique
• Surface lisse et adhérente
Caractéristiques des découpes ou encoches:
• Hauteur : 3,8 cm
• Longueur : minimum 11,5 cm
• Forme semi-ovale
• Espace libre minimal de 5 cm (entre l’encoche et le contenu)
• Surface lisse et adhérente
• Épaisseur du container supérieure à 1,1 cm
Si poignées ou encoches ne sont pas prévues, la charge doit
permettre d’être saisie avec les doigts fléchis à 90°, le poignet
dans l’axe naturel et sans nécessiter trop d’effort pour le tenir.

53
L’emploi de couteaux ergonomiques permet d’éviter les
flexions du poignet
Le diamètre de la poignée ou du manche est primordial : de
forme ovale ou cylindrique et d’un diamètre compris entre
30 et 45 mm pour les prises de force et de 5 à 12 mm pour
les travaux de précision. Il convient que la plus grande partie
possible du manche soit en contact avec la paume de la main
et des doigts et ne provoque pas de point d’hyperpression. La
poignée doit permettre de saisir l’objet à pleine main et avec
les cinq doigts plutôt que du bout des doigts ou avec une prise
partielle.
Une matière antidérapante comme du caoutchouc rainuré
assure une meilleure prise encore.

Privilégier les poignées des seaux avec les diamètres les plus grands
(1,9 à 3,8 cm) pour limiter les contraintes lors de la prise.

8.1.7 Adapter ses outils


Les caractéristiques de l’outil doivent tenir compte de nom-
breux paramètres pour éviter qu’il ne devienne la cause de
TMS. La longueur des poignées supérieure à 100mm (idéale entre
150 et 200mm) réduit le risque de compression excessive au
A. Masse de l’outil niveau du creux de la paume de la main.
Le poids de l’outil doit être le plus réduit possible et utilisable
d’une seule main. Dans le cas de tâches répétitives, le poids
ne doit pas dépasser 1kg. Certains outils électriques peuvent
déroger à cette règle, il s’agit de ceux pour lesquelles une
masse suffisante améliore leur manipulation comme une meu-
leuse par exemple.
S’il n’est pas possible de diminuer le poids de l’outil, il faut pré-
voir un système de support, de suspension ou de contrepoids
de l’outil. L’écartement des branches (pince par exemple) ne doit pas
être excessif, de façon à éviter un travail élevé des extenseurs
L’équilibrage de l’outil est important, le centre de gravité doit des doigts pour saisir l’objet. Une distance de 50 à 65 mm
être situé dans l’axe de la poignée et procurer une sensation entre les deux poignées est recommandée.
d’aisance de maniement, spécialement dans la position d’utili-
sation.

B. Poignées et manches
La prise en main d’un outil conventionnel oblige souvent à plier
le poignet pour effectuer la tâche demandée. La conception de
l’outil en fonction de la particularité de l’axe avant-bras- main 50 à 65 mm
réduit cette contrainte. En d’autres mots, « pliez l’outil plutôt
que le poignet » ! L’utilisateur doit pouvoir empoigner, tenir et
utiliser l’outil en tenant le poignet droit..

54
E. Entretien
L’usure de l’outil, sa vétusté compliquent le maniement et aug-
mentent l’effort à développer pour le manipuler. L’entretien et
l’affutage réguliers sont deux paramètres à prévoir, de même
que le remplacement éventuel de l’appareil défectueux. L’affu-
tage de la chaîne de la tronçonneuse réduit les forces à exer-
cer pour la maintenir de même que les vibrations produites.

Taille S Taille XL 8.1.8 Faciliter l’accès au poste de travail ou


aux charges
Sécateur avec écartement ajustable en fonction de la taille de la main A. L’espace libre de circulation
(S à XL)
L’accès aux différents lieux de travail doit être aisé, sans obs-
C. Gâchettes tacle. L’espace laissé libre pour une voie de circulation à pied
doit être au minimum de 80cm sans charge à manipuler et de
Choisir les outils qui sont dotés d’une poignée de déclen- 120cm avec une charge. La circulation avec un lit ou un bran-
chement (actionnée par la main) plutôt que d’un bouton de card nécessite des ouvertures adaptées.
déclenchement (actionné par un doigt). La poignée permet
d’exercer plus de force sur une plus grande surface, ce qui
réduit la fatigue musculaire. Espace minimum pour le déplace-
ment d’une personne: 0,8 m

Espace minimum pour le croisement


entre deux personnes: 1,2 m

B. Le rangement
Le rangement du lieu de travail et le nettoyage du sol contri-
buent à éviter des chutes ou des heurts consécutifs à des ob-
jets qui traînent.

La gâchette des pinces pour ramasser les objets au sol doit


pouvoir être manœuvrée par deux ou trois doigts et d’une Des fils qui trainent ou Une place pour chaque
longueur minimale de 50 mm. encore un tapis qui glisse chose et chaque chose à
= risque de chute sa place
D. Adaptation à la tâche et à l’utilisateur
La sélection de l’outil en fonction de la disposition du lieu de
travail et du travail à effectuer complète les recommandations
précédentes. Un outil peut convenir à un travail, mais être très
mal adapté à un autre.
13% de la population européenne présente une prédominance
de la latéralité gauche. Il faut donc être attentif à proposer des
outils qui peuvent être utilisés sans problème avec l’une ou
l’autre main ou si ce n’est pas possible, proposer des outils
pour gauchers et pour droitiers.

55
C. Les surfaces de circulation 8.1.9 Organiser son travail
L’élimination de trous, de bosses ou petites différences de A. Rotation des tâches
niveau inattendues sur un sol théoriquement régulier évite les
La rotation des travailleurs entre les différentes tâches di-
chutes ou faux pas douloureux. Le balisage des voies de circu-
versifie le travail et contribue à réduire l’effet délétère des
lation et l’interdiction de déposer des objets dans la surface
contraintes répétées sur les mêmes articulations. Pour cer-
délimitée ainsi que la mise à disposition de poubelles et conte-
tains travailleurs, cette alternance est source de satisfaction.
neurs à déchets sont des mesures de prudence essentielles.
En outre, elle accroît la flexibilité des travailleurs concer-
Les échelles, escaliers ou rampes inclinées doivent être adap- nés. Étant donné que chaque tâche n’est exécutée que du-
tés au type d’activité et à la fréquence d’utilisation. Lorsque rant une période limitée, le risque lié à certains facteurs de
des activités de manutention sont fréquentes, le remplace- charge physique est réduit. Cette alternance présente plu-
ment d’une échelle par un escalier ou mieux encore par un sieurs avantages : travail plus varié et moins répétitif, réduction
monte-charge s’avère opportun. Le maintien de la qualité et la de la charge unilatérale des muscles et des tendons, moins
stabilité de ces éléments sont des éléments primordiaux. de risques de surcharge, plus de flexibilité dans l’entreprise
(un plus grand nombre de travailleurs maîtrise un plus grand
Caractéristiques d’un escalier droit:
nombre de tâches).
Compte tenu de la répartition du risque, la rotation dans le
travail ne peut être considérée comme la seule solution. Le
risque existe que plusieurs tâches nécessitent la même charge
corporelle, ce qui ne résout donc pas le problème. De même,
l’élargissement de la fonction est susceptible d’exposer les tra-
vailleurs à un nombre plus élevé de tâches à risques.
Le risque ne peut donc être traité uniquement par des me-
sures d’ordre organisationnel. Si la charge est trop lourde, il
faudra également agir sur le poste de travail, la tâche et l’envi-
ronnement de travail.
Il faut bien sûr permettre une adaptation du personnel aux
nouvelles tâches via une formation et ainsi leur donner la
possibilité de trouver le meilleur mode opératoire. Un comi-
té d’organisation (avec des représentants de la direction, de
• Hauteur des marches (H): entre 13 et 17 cm la hiérarchie et des travailleurs) doit être formé pour cette
• Profondeur de la marche (G) : entre 28 et 36 cm mise en place. L’avis des travailleurs est primordial et cette
• Rapport entre les deux : 2 H + G compris entre 60 et 64 cm forme nouvelle d’organisation ne doit pas être imposée. Les
• Des mains courantes ou garde-corps sont indispensables. questions comme la peur de perdre son droit d’ancienneté, le
salaire, la responsabilité des erreurs doivent être abordées. Un
D. L’éclairage
projet pilote peut être mis en place au préalable de l’extension
L’éclairage doit être conçu suffisant en intensité et homogé- à toute l’entreprise. Si l’expérience est concluante, une pé-
néité, pour éviter des trous noirs ou des endroits éblouissants. riode d’essai à plus grande échelle est mise en place en veillant
à un soutien concernant l’organisation.

B. Extension des tâches


L’extension des tâches qui consiste à élargir ou à varier le
contenu de la tâche évite à faire des tâches répétées et sté-
réotypées, rend le travail plus varié et enrichit le contenu de la
fonction. Ceci a pour avantages une plus grande variété de po-
sitions/mouvements, un travail plus «humain», une plus grande
flexibilité dans l’entreprise et une meilleure identification avec
le produit.
• La mise en place de pauses bien réparties sur la période
journalière de travail permet de récupérer de la fatigue ac-
cumulée par les tâches répétées.
• La formation des travailleurs aux gestes et postures adé-
quats pour qu’ils adoptent des mouvements à moindre
risque.

56
• Encourager les travailleurs à varier les postures et à se dé- G. Stretching
tendre lors de pauses courtes pendant la période de travail. On peut proposer d’améliorer la capacité physique des tra-
• Proposer une formation à l’analyse des risques de TMS vailleurs en leur proposant un entraînement physique général.
auprès des opérateurs et de la ligne hiérarchique afin de Ces séances de fitness doivent être encadrées et réalisées de
détecter précocement les contraintes de travail en matière façon régulière. Il faut aussi éviter tout risque de surcharge par
de TMS. des exercices inadaptés ou un mauvais dosage de l’effort.
• Éviter les cycles de travail trop courts: élargir l’ensemble de
tâches, roulement des tâches,… Il faut néanmoins veiller à
ne pas augmenter pour autant la charge mentale

C. Gestion du rythme de travail


Le rythme de travail ne doit pas être déterminé par la ma-
chine. Dans ce cadre, le recours à des zones tampons peut
s’avérer utile. La fatigue musculaire est en effet liée aux carac-
téristiques de la personne. Les périodes de récupération sont
plus efficaces lorsqu’elles peuvent être choisies librement. Ce
contrôle favorise l’autonomie du travailleur et a un impact po-
sitif tant sur l’appareil musculosquelettique que sur la charge
mentale et psycho-sociale des travailleurs.

D. Varier ses positions


Les mouvements et positions alternés favorisent les échanges H. Équipements de protection individuels et choix
nutritifs au niveau des articulations, muscles et aussi du disque de la tenue vestimentaire
intervertébral. La charge musculaire statique prolongée et L’utilisation d’accessoires peut contribuer à réduire la charge
les périodes à haute fréquence de mouvements doivent être physique, en offrant par exemple un meilleur soutien du corps
évitées. Il est donc important de solliciter différents groupes (repose-poignet) ou en réduisant la force à appliquer (système
musculaires durant le travail plutôt qu’un seul. de suspension pour soulever les outils). L’introduction d’ac-
cessoires doit cependant se faire de manière réfléchie. Ces
E. Alterner les tâches lourdes et légères pour les équipements doivent non seulement être pratiques et effi-
structures musculosquelettiques caces (sous peine de ne pas être utilisés), mais en outre ils ne
Entrecouper les tâches lourdes pour le dos par des activités doivent pas générer de nouveaux risques. Certains ustensiles
plus légères permet aux muscles de se reposer de courts ins- ne semblent pas encore avoir fait preuve de leur efficacité.
tants et d’être plus aptes à protéger le dos dans les moments C’est le cas des bandages au poignet et au coude ou des cein-
durs. tures lombaires, le risque de fausse sécurité lorsque le travail-
leur les porte est un point à prendre en considération.
F. Micropauses
Pour réduire la charge physique et mentale, il est plus efficace Certaines tenues vestimentaires constituent une entrave
de multiplier les pauses de courte durée («micro-pauses») à l’adoption de certaines postures protectrices pour le dos
plutôt que de prendre une ou deux longues pauses. À cet (plier les genoux). C’est notamment le cas des tabliers une
égard, il est nécessaire de prévoir des zones tampons afin que pièce, jupes et chaussures à talons. Protéger son dos consiste
les opérateurs puissent quitter leur travail si nécessaire. Pour dès lors à utiliser des tenues adaptées :
éviter les dissensions entre collaborateurs, des accords clairs • Chaussures souples, mais solidaires du pied et semelles
et une autodiscipline sont importants (éviter que ce soit tou- antidérapantes
jours les mêmes qui prennent des pauses). • Vêtements souples et ne limitant pas les mouvements
• Port de protège-genoux pour le personnel technique

57
I. Formation Tous ces problèmes doivent être appréhendés lors de l’analyse
La formation et/ou l’information doivent concerner l’ensemble des risques, mais sortent du cadre de cet ouvrage. Pour avoir
des acteurs de l’entreprise. La hiérarchie et les travailleurs for- un panorama complet des problèmes et solutions liés au tra-
més se sentent ainsi mieux impliqués dans les changements vail sur écran, il est conseillé de consulter le manuel édité par
mis en œuvre au niveau de l’organisation du travail, de l’envi- le SPF concernant le travail sur écran.
ronnement de travail, du lieu de travail, ...
A. Conseils pour l’adaptation du bureau
Il est important, dès lors, d’inculquer à toutes les personnes dans la pièce
concernées les techniques et les méthodes les plus appro-
Cinq conseils peuvent être donnés pour positionner les bu-
priées. Les objectifs de la formation sont clairement expliqués
reaux et les écrans d’ordinateur dans un local
avant la mise en place de celle-ci.
1. Éviter les reflets dans les écrans occasionnés par la lu-
Dans cette optique, il convient, lors de l’analyse de risques qui
mière du soleil, la lumière artificielle ou par la réflexion
précède la formation, d’accorder toute l’attention voulue à la
des sources lumineuses. Les reflets diminuent la lisibilité de
perception subjective des travailleurs ... Les informations ainsi
l’écran. Un écran placé perpendiculairement aux fenêtres
acquises pourront ensuite être intégrées dans la formation, ce
et des luminaires comprenant des lamelles qui évitent un
qui ne fera qu’accroître l’implication des travailleurs. D’autre
dispersement latéral de l’éclairage résolvent le problème. Il
part, avant de commencer la formation des travailleurs, il est
faut également éviter de positionner l’écran sous un lumi-
indispensable de s’assurer que les cadres ont réellement la
naire direct ou trop près de la fenêtre. Lorsque la disposi-
volonté d’améliorer les conditions de travail.
tion de la pièce ne permet pas de placer l’écran perpendi-
culairement aux fenêtres, l’utilisation de stores est requise
2. éviter les contrastes trop grands entre l’écran et son en-
8.1.10 L’ergonomie de bureau et la position vironnement. Disposer l’écran perpendiculairement aux
assise fenêtres est recommandé ici aussi. Le rapport d’éclaire-
Les problèmes rencontrés lors d’un travail administratif ne ment réfléchi (calculé en candela par m²) entre les zones
se bornent pas aux problèmes de type musculosquelettique. visuelles centrale, proche et éloignée doit correspondre à
Il n’est pas rare d’être confronté à des problèmes oculaires un facteur 1 – 3 – 10. Il est conseillé d’éviter d’utiliser du
(yeux lourds, larmoiements, …) ou des céphalées. Les pro- mobilier sombre (clavier, bord de l’écran, bureau, armoire,
blèmes liés à l’environnement physique de travail sont égale- …) qui provoque un contraste élevé avec le document
ment rencontrés (bruit, chaleur, …). papier blanc ou le fond de l’écran, placés généralement
proche du centre de vision de l’utilisateur
Les plaintes oculaires peuvent avoir plusieurs origines:
• Un niveau d’éclairage mal ajusté : 3. Ménager une profondeur de vision suffisante. Le champ de
Un éclairage trop faible oblige à agrandir exagérément la vision à côté ou au-dessus de l’écran doit être suffisant. Un
pupille (qui peut être comparable au diaphragme de l’appa- espace d’au moins deux mètres doit être prévu derrière
reil photo). Or les variations du diamètre de la pupille sont l’écran de manière à ce que les yeux puissent fixer un point
possibles grâce à la contraction des muscles de l’iris qui l’en- au loin et ainsi détendre les muscles oculaires
tourent. Toute contraction soutenue éprouve ces muscles 4. Eviter les regards et les portes dans le dos. Ceci est un
et peut donner lieu à ce sentiment de fatigue oculaire. Un facteur psychologique important, auquel sont sensibles de
éclairage trop puissant oblige à contracter exagérément la nombreuses personnes travaillant dans un bureau
pupille et donc aboutit au même phénomène de fatigue vi- 5. Respecter le sentiment de territoire. On devra prendre en
suelle. compte ce sentiment lors de la division de l’espace des-
• Des contrastes trop importants dans le champ visuel : tiné au bureau et éviter les bureaux trop proches l’un de
Des zones sombres peuvent être constituées par un mobi- l’autre.
lier de couleur noire sur un mur blanc, un écran à fond noir
ou un clavier noir sur une table claire. Les zones éblouis-
santes peuvent être la conséquence d’un luminaire non pro-
tégé ou du soleil à travers la fenêtre. Une alternance de
zones sombres et claires provoque une alternance répétée
de contraction et dilatation de la pupille.

Disposition de bureaux
dans un local selon les
5 règles

Mobilier et équipement de couleur


contrastent avec les zones plus claires
constituées par le mur blanc et la table
claire.

58
Les valeurs d’éclairement préconisées sont fixées entre 300 • en appuyant le dos contre le dossier pour réduire la pres-
et 500 lux pour un travail de bureau (certaines publications sion sur le bas de la colonne
plaident même pour des valeurs allant jusque 750 lux). Néan-
moins, il faut être attentif au fait que ces valeurs conviennent
à des personnes d’environ 40 ans. La quantité requise de lu-
mière pour une personne de 60 ans est approximativement
10 fois plus importante que pour une personne de 20 ans et 5
fois plus importante que pour une personne de 40 ans. La mise
en place d’un éclairage individualisé est donc recommandée
pour convenir la plus grande partie possible des personnes.
Un éclairage modulable au niveau central est aussi une possibi-
lité, s’il ménage un éclairement uniforme (sans zones sombres).

B. Conseils concernant le réglage et la qualité


du mobilier
B.a La position assise • en utilisant un coussin triangulaire qui aide au basculement
du bassin vers l’avant
Deux principes prévalent pour maintenir une position assise
protectrice du dos : respecter la lordose naturelle et varier
les positions.
L’angle entre les cuisses et le bassin joue un grand rôle dans
la courbure de la zone lombaire. Lorsque l’angle est fermé,
la tension des muscles postérieurs (fessiers notamment) pro-
voque une rotation du bassin vers l’arrière et entraîne la cour-
bure lombaire vers l’arrière (délordose lombaire). Par contre,
l’ouverture de cet angle favorise le maintien de la courbure
lombaire naturelle. Ce maintien de la courbure naturelle
lombaire sur une chaise classique peut être favorisé par les
moyens suivants:
• en contractant les muscles du dos (solution temporaire, car
vite fatigante) • en utilisant un appui du dossier avec l’ouverture de l’angle
entre les cuisses et le bassin (> 120 °). Cette position n’est
pas conseillée pour un travail actif comme l’écriture ou le
travail sur clavier d’ordinateur. Par contre, elle convient pour
une tâche passive comme la conversation téléphonique ou la
consultation de document sur écran.

• en basculant le bassin vers l’avant par l’ouverture de l’angle


entre les cuisses et le bassin

59
B.b La chaise
Le réglage de la chaise est primordial. Deux critères sont à
envisager:
• S’adapter à la morphologie de la personne
• S’adapter à l’activité réalisée
Dès lors, la chaise devrait comporter les réglages suivants,
faciles à utiliser et simples à comprendre:
• Réglage de la hauteur de l’assise : l’utilisateur doit pouvoir
régler le siège à une hauteur permettant d’avoir les coudes
au niveau du plan de travail, le tronc redressé et les pieds à
plat au sol, genoux fléchis aux environs de 90°. Lorsque la
table est de hauteur fixe et que la personne ne peut poser
les pieds au sol en position assise, il faut proposer un re-
pose-pieds. Réglage du dossier pour une Réglage de la hauteur du dossier
• Réglage de l’inclinaison de l’assise : ce réglage permet de gar- tâche passive (et du soutien lombaire)
der une posture confortable en fonction du type de travail à
effectuer. Un travail « actif » comme la saisie de données ou
• Réglage de la profondeur de l’assise: pour ne pas comprimer
l’encodage nécessite une assise basculée vers l’avant alors
le creux du genou ou avoir la moitié de la cuisse en dehors
que l’assise basculée vers l’arrière profitera à un travail «
de l’assise, il est préférable de régler cette profondeur afin
passif » comme lors d’une conversation téléphonique par
que la partie antérieure de l’assise soit située à 4cm du pli
exemple.
du genou.
• Réglage des accoudoirs: si des accoudoirs sont prévus, ils
doivent être munis de la possibilité de régler leur hauteur,
écartement et position antéro-postérieure et ne pas être
trop longs pour permettre à l’utilisateur de se rapprocher
aisément de la table.

Réglage de l’assise pour une tâche active

• Réglage de la hauteur et de l’inclinaison du dossier : le ren-


flement au niveau du bas du dossier est destiné à rétablir la
courbure naturelle lombaire. Il est donc important en fonc-
tion de la morphologie de l’utilisateur et de la position de
travail de régler la hauteur et l’inclinaison du dossier. Certains Réglage de la chaise pour une Réglage de la chaise pour une
sièges pourvus d’un mécanisme réglable (« siège dynamique tâche active tâche passive

») permettent à l’assise et au dossier de s’adapter automati-


quement à la position de l’utilisateur. Le réglage de ce méca-
nisme par l’utilisateur est possible grâce à une manette. Le B.c La table
juste réglage de ce mécanisme est obtenu lorsque d’un simple La profondeur de la table doit être suffisante pour accueillir
mouvement de la tête vers l’avant ou l’arrière, cela fait passer l’écran et permettre une vision confortable. Il est recomman-
le siège et son assise vers une position inclinée vers l’avant dé d’avoir 90 à 100cm en cas d’écran avec tube cathodique.
ou vers l’arrière. Cette variation possible de l’inclinaison du L’utilisation d’un écran plat permet de réduire cette dimen-
dossier et de l’assise trouve également son intérêt dans la sion. La largeur de la table supérieure à 160cm laisse assez de
variation de position et donc dans la nutrition du disque. place aux différents documents et appareils périphériques. Le
revêtement doit être mat et de couleur claire pour éviter les
reflets et les contrastes. L’espace sous la table doit être suffi-
sant, permettant de croiser les jambes ou de pivoter aisément.

60
B.d L’écran B.g Repose-pieds
Les critères suivants sont à respecter pour positionner l’écran Si la table n’est pas réglable en hauteur et l’utilisateur de petite
sur la table: taille, il ne peut pas poser ses pieds au sol. L’utilisation d’un
• Distance entre les yeux et l’écran : 40 à 80cm (en fonction repose-pieds est nécessaire. Il doit posséder les caractéris-
de la taille de l’écran et du confort de l’utilisateur). tiques suivantes:
• Hauteur de l’écran : le centre de l’écran situé à 20° sous la • Aisément réglable en hauteur jusque 20cm
ligne de vision horizontale (ce qui équivaut pour un écran • Inclinable
de taille moyenne à placer le bord supérieur de l’écran à • Suffisamment large pour soutenir les deux pieds et per-
hauteur des yeux) pour éviter de fléchir ou étendre trop la mettre le mouvement
nuque (sauf pour les porteurs de lunettes à doubles foyers
ou progressifs, dans ce cas, l’écran sera positionné nette-
ment plus bas)
• Situé perpendiculairement aux fenêtres extérieures (pour
éviter les reflets et éblouissements)
• Disposer d’une distance de 2 mètres au moins derrière
l’écran (pour laisser les yeux se reposer en regardant au
loin de temps à autre)
• Face à l’utilisateur (pour éviter la rotation de la nuque)

Repose-pieds facile à régler et suffi-


samment large

B.h Porte-document
Un support pour documents, placé près de l’écran évitera des
changements fréquents de distance de lecture et des mouve-
Hauteur de l’écran par rapport
aux yeux : 20° sous la ligne hori- ments de va-et-vient de la tête. Certains modèles de porte-
zontale du regard documents peuvent être positionnés entre le clavier et l’écran.
Ils permettent de poser dessus des objets plus lourds (livres
ou fardes).
B.e Clavier
• De couleur claire, le clavier doit être disposé face à l’utilisa- B.i L’ordinateur portable
teur. Un espace de minimum 10cm par rapport au bord de L’utilisation d’un ordinateur portable de façon soutenue (plus
la table est nécessaire pour permettre aux poignets de se d’une heure par jour) est contraignante sur plus d’un aspect:
poser sur la table en dehors des périodes d’encodage • Écran placé trop bas
• De face par rapport à l’utilisateur • Clavier de petite taille et non séparé
• Très légèrement incliné (5°) pour éviter de trop solliciter les • Absence de souris
poignets
Il est donc souhaitable lors de l’utilisation régulière d’un tel
B.f Souris ordinateur de prévoir quelques aménagements:
• Utiliser un support pour le portable (ou un écran complé-
• De préférence de couleur claire
mentaire) permettant de le placer à la hauteur recomman-
• Prévoir suffisamment de place pour laisser reposer l’avant-
dée.
bras (éventuellement sur l’accoudoir)
• Un clavier et une souris complémentaires doivent complé-
• Disposée dans l’axe de l’épaule pour ne pas fatiguer l’articu-
ter cet aménagement.
lation
• Suffisamment plate et adaptée à la taille de la main pour ne
pas provoquer de crispation
• Choisir une souris dont la taille correspond à la taille de la
main (Small à X-Large)

Aménagement ergonomique pour


l’utilisation régulière d’un ordina-
teur portable

61
8.1.11 Prévenir les vibrations corps entier possible de rechercher de meilleures postures protectrices,
que ce soit pour les activités de manutention ou pour les
A. Choix du véhicule
gestes de flexion du dos vers l’avant.
Les véhicules les plus hauts sont à privilégier, car ils permettent
d’y entrer et d’en sortir plus aisément. L’apprentissage de ces postures trouve admirablement sa
place dans le cours d’éducation physique. Les pages suivantes
B. Veiller à la qualité des pneumatiques donnent des pistes relatives à l’apprentissage de ces solutions
Le gonflage adéquat des pneus diminue les vibrations trans- gestuelles.
mises. Des pneus sous-gonflés ou sur-gonflés peuvent par Les pages précédentes concernant l’ergonomie ont mis en
contre les augmenter. avant le principe selon lequel il faut d’abord songer à adapter
C. Régler son siège et sa posture la situation de travail avant modifier ses gestes.
Penser avant d’agir, c’est faire en sorte par exemple d’éviter
de se pencher inutilement vers l’avant en déposant momen-
tanément un seau sur une table plutôt que de le poser au
sol. Il existe certainement un grand nombre de situations où
le dos peut être protégé en réfléchissant à une façon simple
d’adapter la situation. C’est une façon très simple de protéger
son dos. S’il n’est pas possible de faire de la sorte, alors il faut
adapter ses gestes et postures.
Respecter les positions articu-
laires les plus neutres possible
Les solutions gestuelles reposent sur deux grands principes:
• Réduire les pressions sur la colonne vertébrale
• Maintenir les courbures naturelles de la colonne vertébrale

Il faut être attentif à régler son siège en fonction: Un exemple classique de manutention d’une charge avec deux
poignées permet d’expliquer ses deux principes.
• de la taille des jambes : pour profiter du support complet de
l’assise au niveau des cuisses, sans créer de point d’hyper-
pression
a. au niveau mi-cuisse si l’assise est trop courte
b. à l’arrière des genoux si l’assise est trop longue
L’angle interne des genoux doit correspondre à 110° environ.
Les cuisses sont horizontales ou en légère déclive vers l’avant
pour maintenir plus aisément la lordose lombaire
• de la taille des bras : pour éviter une tension des muscles de
la nuque si les bras sont trop étendus.
L’angle des coudes devrait correspondre à 15° de flexion.
• de la hauteur du buste : un bon réglage de la hauteur et
de l’inclinaison du dossier permet de combiner un soutien
lombaire adéquat et une aisance de mouvement, notamment
pour pouvoir se retourner facilement.

8.2.1 Réduire les pressions sur la colonne


vertébrale
8.2 Adopter des positions correctes Les pressions sur la colonne vertébrale sont réduites de 503
L’adoption de bonnes postures est un complément aux adap- kg à 210 kg grâce:
tations ergonomiques. Les facteurs de risque biomécaniques • au rapprochement de la charge et de la colonne vertébrale :
(amplitude, force, répétition et durée des gestes) concernent l’idéal serait de superposer le centre de gravité de la charge
les différentes articulations du corps. En ce qui concerne les et les derniers disques lombaires. Ce serait le cas si la charge
membres supérieurs, les solutions potentielles sont essentiel- était posée sur la tête. Ce n’est pas le cas ici, mais le bras de
lement de type ergonomique. On peut soit adapter le mobilier, levier est fortement réduit, il passe de 50 cm dans la « mau-
l’outil ou l’organisation. Les gestes en eux-mêmes ne seront vaise manutention à 15 cm dans la « bonne manutention ».
que difficilement modifiables, tout au plus l’amplitude du geste Cette réduction de la distance passe par un encadrement de
peut-elle être réduite (encore une fois, si la disposition des la charge par les pieds. Cet encadrement s’effectue ici par la
lieux est modifiée). Par contre pour la région dorsale, il est

62
disposition des pieds en équerre, un pied en avant, l’autre sur 8.2.3 Les gestes complémentaires de protection
le côté (en diagonale). Généralement, le pied de la main do- sans tâche de manutention
minante se place en avant. Nous verrons que pour d’autres Le dos n’est pas uniquement en péril lorsqu’on soulève une
types de charge, les pieds peuvent se disposer en parallèle. charge, la répétition de gestes de flexion du tronc vers l’avant
• à la réduction de l’inclinaison du tronc : plus le tronc est ou de rotation combinée à cette flexion fragilise et endom-
vertical, plus faible est la distance entre le centre de gravité mage le dos à la longue. Différentes façons de protéger son
de l’ensemble tête-tronc-bras et les derniers disques lom- dos existent pour ces situations.
baires. Il n’est pas possible de soulever une charge posée au
sol et de garder le tronc complètement vertical, mais le fait A. Prendre un appui antérieur sur le mobilier ou
de passer d’une inclinaison de 90° à une inclinaison de 30° la cuisse
réduit le bras de levier de 20 cm à 10 cm. L’utilisation d’un appui antérieur consiste à poser une main sur
• à la flexion contrôlée des genoux : les genoux fléchis à 90° un support placé en avant du tronc (table, chaise, muret, …).
permettent de se rapprocher de la charge dans l’axe vertical. L’appui antérieur peut également s’effectuer sur la jambe avant
En règle générale, une flexion de 90° est suffisante. Cela per- fléchie à l’aide de la main ou du coude. Cette façon de faire
met d’éviter une inclinaison du tronc trop forte. Une flexion permet de réduire nettement la pression sur la colonne ver-
au-delà de 90° présente quelques inconvénients majeurs: tébrale. On peut comparer cette façon de faire à l’utilisation
l’effort pour redresser les genoux est trop important, la d’un portique qui possède deux points d’appui alors que se
flexion au-delà de 90° provoque en même temps une flexion pencher sans appui peut être comparé au principe d’une grue.
de hanches importante qui provoque une bascule du bassin Le maintien de la lordose naturelle en complément est re-
vers l’arrière et donc une délordose et un mauvais posi- commandé pour répartir la pression sur l’ensemble du disque
tionnement articulaire vertébral (pincement antérieur et intervertébral.
distension postérieure). D’autre part, la flexion prononcée
des genoux comprime fortement le cartilage de la rotule et Cette technique peut être appliquée également lors de la ma-
peut être préjudiciable à terme. Nous verrons plus loin que nutention d’une charge avec une poignée, l’autre main étant
la flexion prononcée des genoux peut être proposée pour placée en appui soit sur la cuisse soit sur un support.
les postures sans charge à soulever. Les photos suivantes montrent quelques applications de cette
technique.

8.2.2 Maintenir les courbures naturelles


de la colonne vertébrale
Le maintien des courbures naturelles de la colonne verté-
brale et spécialement la lordose lombaire permet de garder
les structures articulaires vertébrales dans un alignement où
les pressions sont réparties uniformément. Le pincement discal
antérieur et l’étirement ligamentaire postérieur sont évités. Ce
maintien des courbures nécessite la contraction des muscles
paravertébraux pour contrebalancer la tendance à la délordose
provoquée par la flexion des hanches.
Le positionnement de face par rapport à la charge évite la ro-
tation de la colonne vertébrale et est aussi un point à mettre
en avant.
Conseils complémentaires
Actions Intérêt
1 Garder les bras allongés Pour prévenir toute fatigue inutile des bras
2 Poser les pieds à plat Pour assurer la stabilité du mouvement et
prévenir tout déséquilibre
3 Souffler pendant l’effort de Pour éviter le blocage respiratoire (éléva-
soulèvement tion de la tension artérielle)
4 Placer les mains et les bras Pour pouvoir rapprocher la charge du
entre les jambes corps sans être gêné par elle
5 Adapter la vitesse de Pas trop vite pour ne pas créer un pic de
soulèvement pression dû à une accélération trop impor-
tante et pas trop lentement afin de profiter
de l’inertie de la charge pour la déposer
en hauteur

63
B. Adopter une position genoux fléchis ou accroupie D. Poser un genou au sol
Si l’on recommande de ne pas dépasser 90° de flexion des Si le sol n’est pas trop irrégulier, poser un genou au sol est une
genoux lors des manutentions de charges, la flexion complète solution satisfaisante pour protéger son dos lorsque les autres
des genoux est utile pour remplacer la flexion du tronc vers solutions ne sont pas envisageables.
l’avant. Le tronc reste vertical, la colonne est soumise à moins
de pression. Si les genoux sont malgré tout fortement fléchis,
l’effort n’est pas aussi considérable en absence de charge que
s’il fallait se redresser avec une charge de 15 kg en mains. Ce
mouvement, fréquemment recommandé par les thérapeutes
est peu réalisé, soit par négligence, soit par manque d’entraîne-
ment. L’habitude estompera assez rapidement la sensation de
fatigue au niveau des cuisses et c’est en même temps un exer-
cice de tonification musculaire. Remarquez également que la
courbure lombaire vers l’avant est maintenue au moyen d’une
contraction volontaire des muscles du dos.
Il faut toujours garder à l’esprit que le maintien prolongé de
la flexion des genoux deviendra pénible tant pour les genoux E. Mouvement de balancier et maintien
que pour le dos qui a tendance à se courber vers l’arrière et de la lordose lombaire naturelle
donc à étirer les structures ligamentaires et discales. L’élévation de la jambe vers l’arrière en même temps que le
tronc s’incline vers l’avant est une autre alternative. Le mouve-
ment de balancier permet un redressement vertical plus aisé.
C. Fléchir les hanches et maintenir la lordose La protection du dos nécessite un maintien des courbures
naturelle naturelles et un appui antérieur d’une main..
Dans certaines situations, la flexion de genoux n’est pas pos-
sible ou insuffisante en raison de l’accès difficile à l’objet et il
faut malgré tout incliner le tronc vers l’avant. L’alternative à ce «
dos rond » consiste à maintenir la courbure naturelle lombaire
(lordose). La flexion du tronc vers l’avant s’effectue à partir des
hanches. Le maintien de cette lordose lombaire permet aux pla-
teaux vertébraux de maintenir une répartition homogène des
pressions. La surface d’appui reste maximale, le pincement anté-
rieur du disque est éliminé. La pression globale sur le disque
reste importante : 250 kg en maintenant la lordose contre 300
kg le dos rond (voir explication en annexe). Par contre, le calcul
de la pression par unité de surface est édifiant:
• 40 kg/cm² dans la position penchée en avant dos rond
• 17 kg/cm² dans la position avec le maintien de la lordose
8.2.4 Quelques exemples de gestes appropriés
La difficulté d’application de ce geste réside dans le fait que à des charges spécifiques
pour maintenir la lordose, les muscles de la partie postérieure
des cuisses doivent être suffisamment souples pour permettre A. Charge rectangulaire avec deux poignées
au bassin de pivoter autour des hanches. Une raideur de ces Trois critères de réussite sont proposés :
muscles (ischio-jambiers) contrarie le mouvement correct. Le • Encadrement de la charge
maintien de la lordose exige • Flexion contrôlée des genoux (90°)
également une contraction • Maintien des courbures naturelles de la colonne vertébrale
des muscles paravertébraux
Le geste de manutention se décompose en 4 temps (explica-
plus importante que lorsque
tion pour un droitier):
l’on se penche le dos arrondi.
Ces deux facteurs expliquent Position de départ : pieds face à la longueur de la charge
sans doute pourquoi peu de 1. Avancer le pied droit
personnes réalisent spon- 2. Écarter le pied gauche (les talons placés aux coins en diago-
tanément ce geste de façon nale)
correcte. L’entraînement et 3. Fléchir les genoux (à 90°) et saisir les poignées
la pratique régulière du geste 4. Étendre les genoux
correct assoupliront et toni-
fieront les muscles impliqués.

64
B. Charge sans poignée:
Quatre critères de réussite sont proposés:
• Encadrement de la charge
• Flexion contrôlée des genoux (90°)
• Maintien des courbures naturelles de la colonne vertébrale
• Basculement de la charge vers l’avant (pour se créer une
prise)
On peut décomposer la manutention en 5 temps (explication
pour un droitier) :
Position de départ : pieds face à la longueur de la charge
1. Avancer le pied droit
2. Écarter le pied gauche (les talons placés aux coins en diago-
nale)
Bonne et mauvaise et postures pour soulever une charge avec deux
poignées : la diminution de pression est manifeste : 260 kg en moins à 3. Fléchir les genoux (à 90°), placer la main droite au coin avant
chaque bonne manutention droit et la main gauche sur le coin arrière gauche
4. Basculer la charge vers l’avant et placer la main gauche sous
le coin arrière gauche
5. Étendre les genoux

65
Posture pour soulever une caisse
sans poignée : remarquez le bas-
culement de la caisse vers l’avant
pour se créer une prise

C. Charge avec une poignée


Quatre critères de réussite sont proposés:
• Encadrement de la charge
• Flexion contrôlée des genoux (90°)
• Maintien des courbures naturelles de la colonne vertébrale
• Utilisation d’un appui antérieur de la main sur la cuisse
On peut décomposer la manutention en 4 temps (explication
pour un droitier):
Position de départ : pieds face à la largeur de la charge (ou
devant celle-ci si elle est circulaire).
1. Avancer et écarter le pied droit
2. Avancer et écarter le pied gauche
3. Fléchir les genoux (à 90°) et saisir la poignée, l’autre main se
place en appui antérieur sur la cuisse
4. Étendre les genoux en balançant la charge vers l’avant et
le côté (pour éviter qu’elle ne gêne le redressement des
Deux possibilités pour soulever une charge avec une poignée (remar-
jambes) quez l’appui antérieur de la main libre)
Petit truc : les deux pieds peuvent se mettre un peu en avant
D. Charge haute (bonbonne, petit fut)
par rapport au centre de la charge pour faciliter le passage de la
charge sur le côté du tronc. En effet, le fait que l’épaule soit en Quatre critères de réussite sont proposés:
avant de la charge permet un effet pendulaire sans forcer avec • Encadrement de la charge
les muscles de l’épaule. • Flexion contrôlée des genoux (90°)
• Maintien des courbures naturelles de la colonne vertébrale
La position des pieds est fonction du poids de la charge. Ainsi, • Basculement de la charge vers l’avant (pour se créer une
lorsque les pieds sont disposés parallèlement de part et d’autre prise)
de la charge, le centre de gravité de la charge est fort proche de
la verticale de la colonne lombaire basse et donc la pression sur On peut décomposer la manutention en 4 temps (explication
les disques est minimale. Il est possible de proposer pour une pour un droitier) :
charge plus légère une position antéro-postérieure des pieds à Position de départ : pieds face à la largeur de la charge (ou
côté de la charge. devant celle-ci si elle est circulaire)
1. Avancer et écarter le pied droit
2. Avancer et écarter le pied gauche

66
3. Basculer la charge vers l’avant (environ 45°) avec une main
(ou avec deux mains si elle est trop lourde pour le faire
d’une seule main)
4. Fléchir les genoux (à 90°) et saisir la partie antérieure de la
charge, l’autre main se place sous la partie inférieure de la
charge
5. Étendre les genoux en pivotant la charge vers le côté (pour
éviter qu’elle ne gêne le redressement des jambes) Cinq critères de réussite sont proposés:
• Encadrement de la charge en deux temps
• Flexion contrôlée des genoux (90°)
• Maintien des courbures naturelles de la colonne vertébrale
• Redressement de la charge vers l’avant (pour se créer une
prise)
• Basculement de la charge vers l’avant
On peut décomposer la manutention en 6 temps (explication
pour un droitier) :
Position de départ : pieds face à la largeur de la charge
1. Écarter le pied droit et le pied gauche
2. Fléchir les genoux (à 90°) et saisir les côtés du sac
3. Redresser le sac en étendant les genoux
E. Sac 4. Pivoter le sac (pour le positionner dans l’axe antéro-posté-
rieur) et le basculer vers l’avant en avançant les pieds
5. Saisir le coin postérieur (dessous) avec la main gauche (la
main droite reste en place au coin supérieur avant)
6. Étendre les genoux en tirant la main droite vers le haut
(comme pour démarrer une tondeuse)

F. Soulever à deux
Une charge trop lourde ou trop volumineuse pour être sou-
levée par un seul opérateur peut être manutentionnée à deux
personnes à moindre risque. Les principes généraux de manu-
tention devront être respectés, mais il faut être attentif à la
coordination entre les équipiers et décider d’un leader qui
organise le mouvement, notamment en déclenchant le mouve-
ment par un signal convenu entre les deux.

Manutention à deux personnes : se


coordonner

67
G. Déposer une charge sur un appui plus élevé que Il est parfois possible de se le procurer auprès des services
la hauteur des cuisses d’aide à domicile ou des institutions mutualistes. Certains bé-
L’impulsion donnée par la cuisse (le gerbage) à la charge lui néficiaires peuvent acquérir ce matériel ou mobilier qui peut
donne un mouvement ascensionnel qui permet la dépose à également leur être utile.
une hauteur supérieure à la prise de mains.

8.3.1 L’aide aux tâches ménagères


A. Nettoyer le sol (aspirateur, balai, torchon)
Le nettoyage du sol effectué à l’aide d’un balai, d’une raclette
ou d’un autre système nécessite fréquemment de se pencher
vers l’avant. Le choix judicieux de la taille du manche réduira
la flexion vers l’avant. La partie supérieure du manche doit
arriver au minimum à la hauteur de l’épaule de l’utilisateur. Un
manche télescopique est plus efficace grâce à la possibilité de
l’adapter à la taille de chacun.

H. Réajuster sa prise de main


En effectuant un appui intermédiaire sur les cuisses (en ban-
quette), les mains peuvent modifier leur prise.

Balai avec manche télescopique réglé à bonne


hauteur (hauteur de l’épaule)

Adapter un embout supplémentaire sur le manche existant


est une solution possible (tuyau plastique fixé avec un gant de
toilette).

8.3 L’application des solutions


préventives dans l’aide à domicile
Le travail dans le secteur de l’aide à domicile conduit à prendre
de nombreuses postures pénibles et dangereuses à la longue Tuyau (fixé avec gant de toilette) pour augmenter la
taille du manche
pour le dos. Vouloir supprimer toutes les mauvaises posi-
tions est utopique. Il faut économiser son dos en réduisant le
nombre de mauvaises positions journalières. On peut estimer
que les tâches d’une aide familiale par exemple nécessitent de
se pencher environ 1000 fois sur une journée. Réduire d’un
quart ou mieux encore de moitié le nombre de flexions par
jour reculerait sans doute l’échéance douloureuse ou la ren-
drait moins aiguë.
Certaines recommandations portent sur l’application de
gestes et postures corrects. D’autres préconisent l’utilisation
d’un matériel adapté au travail et à l’utilisateur(trice). Ce maté-
riel adapté existe très rarement au domicile du bénéficiaire.

68
Il est important de veiller à adopter fréquemment des posi-
tions différentes. Une bonne position adoptée trop fréquem-
ment pourrait à la longue devenir fatigante pour les mêmes
muscles et trop sollicitante pour les mêmes articulations.
Les systèmes combinés de nettoyage avec manche télesco-
pique et d’essorage sont tout à fait recommandés. Ils per-
mettent de travailler en position redressée et fatiguent moins
le dos. Le système d’essorage économise les poignets et les
avant-bras et diminue donc le risque de tendinite du coude et
de problème de canal carpien par exemple. Légèrement plus
onéreux que l’ensemble seau – torchon - raclette classique, il
est cependant souhaitable que le bénéficiaire ou le service en
mette un à la disposition des prestataires. L’information sur
l’usage correct de ce matériel doit être fournie.

Système combiné de nettoyage

Pour passer l’aspirateur sous un meuble ou une table, il faut


soit plier les genoux soit maintenir la lordose lombaire soit
prendre un appui sur une table ou la cuisse de la main restée
libre.

Manche et ramassette pour éviter de se pencher

69
Pour soulever et déplacer un seau ou un bidon, il est préfé-
rable de fléchir les genoux et d’utiliser un appui de la main sur Sinon on plie ses genoux
la cuisse. Pour essorer le torchon, il est recommandé de poser
le seau en hauteur (tabouret, …) ou de fléchir les genoux.

Le choix du torchon doit se porter vers des matières plus


faciles à essorer telles que du tissu en micro-fibres. Si un tor-
chon classique est utilisé, il vaut mieux le tordre en utilisant
la force des épaules que de forcer avec les poignets fléchis, le
risque de souffrir d’un syndrome du canal carpien sera réduit.

Façon déconseillée de tordre le torchon


(avec la force des poignets)

Utiliser la force des épaules : préférable

Poser le seau en hauteur


pour éviter de se pencher
Cirer le sol (ou nettoyer ponctuellement sans l’usage d’un
inutilement manche) peut s’effectuer en position à 4 pattes, ou avec un
genou en avant, ou en utilisant un appui du coude sur la cuisse.

70
B. Laver la baignoire, la douche ou le wc
Appuyer la main libre sur le bord, voire même se mettre dans
la baignoire sont des solutions possibles. De même, pour laver
le wc ou la douche, éviter la position jambes tendues, dos rond.

Système de nettoyage de wc avec long manche


recourbé

Un tapis de mousse semblable à celui utilisé pour jardiner est


un précieux auxiliaire pour les genoux lorsque l’on travaille
longtemps en appui dessus.

71
C. Laver les vitres D. Dépoussiérer ou cirer les objets, le mobilier
Pour atteindre le haut de la vitre, un tabouret stable est utile Atteindre l’extrémité ou la partie supérieure ou inférieure du
pour ne pas trop s’étendre en arrière. Pour éviter de s’incliner meuble entraîne souvent des contorsions du tronc. Utiliser
sur le côté, il vaut mieux prendre le temps de descendre du un tabouret stable et solide pour atteindre le haut du meuble
tabouret pour le déplacer que de risquer de se faire mal au évite de s’étendre fortement. Prendre un appui antérieur de la
dos ou de tomber. La partie inférieure des portes vitrées se main libre sur le meuble diminue la pression sur le bas du dos.
lave en pliant les genoux ou en prenant un appui. Veiller à tra-
vailler en alternant le bras gauche et le bras droit répartit les
contraintes et les diminue pour chaque membre.
L’utilisation d’un manche télescopique peut être ici aussi
conseillée.

Utiliser un escabeau pour


être à bonne hauteur

Manche télescopique

72
L’espace pour les pieds permet de se rappro-
cher du plan de travail

Lorsqu’on dispose d’un lave-vaisselle, il est conseillé également


de le remplir ou de le vider en protégeant son dos.

Ustensiles de nettoyage pour atteindre les


endroits difficilement accessibles

Manche télescopique et sys-


tème de nettoyage polyvalent

E. Faire la vaisselle
La hauteur de l’évier n’est pas toujours adaptée à la taille de
l’utilisateur. Le fond de l’évier est parfois trop bas. L’utilisation
d’un support sur pied (ou bassin retourné) posé dans le bac
permet d’avoir un fond placé plus haut. On peut également
adapter sa position en essayant de maintenir la lordose lom-
baire.

Evier trop bas pour Un bassin posé sur un support pour travail-
l’utilisatrice ler à bonne hauteur

73
F. Refaire le lit 100cm). Ne pas laisser le lit contre un mur mais le placer vers
Changer les draps, remettre l’édredon sont des actions pé- le centre de la pièce permet de le contourner plus aisément.
nibles pour le dos. C’est plus délicat encore lorsque le lit est Rehausser le lit bas avec des supports est également une solu-
bas, difficile d’accès et oblige à se contorsionner. Appliquer des tion possible. Des lits réglables en hauteur existent. Les socié-
gestes corrects est ici encore primordial. Fléchir les genoux tés mutualistes peuvent en mettre à disposition.
ou poser un genou au sol, maintenir la lordose lombaire ou
prendre un appui sur le matelas ou les montants du lit sont des
possibilités gestuelles. Le balancier d’une jambe vers l’arrière
peut aider pour se redresser plus facilement par après.

Différents modèles de
rehausse pour le lit

Un lit réglable en hauteur électriquement


permet de refaire le lit en bonne position
pour le dos

Retourner le matelas pour l’aérer est heureusement moins


fréquent, mais reste un risque intense pour le dos. Les règles
de manutention sont de rigueur : fléchir les genoux, se rap-
procher et maintenir les courbures naturelles de la colonne
vertébrale.

Une main en appui et


un léger balancier d’une
G. Laver le linge
jambe vers l’arrière L’utilisation d’une machine à laver est courante. Cela simplifie
bien sûr la tâche, mais néanmoins, la hauteur de l’ouverture est
souvent basse. On recommande alors de plier les genoux ou
On peut aussi proposer au bénéficiaire d’aménager l’espace poser un genou au sol (tapis de mousse dure sur le sol) pour
autour du lit, de le positionner à un endroit plus facile d’ac- mettre ou enlever le linge de la machine.
cès. Déplacer la table de nuit ou le fauteuil suffit parfois pour
disposer d’un espace suffisant (espace minimum nécessaire =

74
Manne à linge avec des pieds repliables

L’idéal est que les appareils électroménagers tels que la ma-


Porter la manne à linge : les techniques de manutention ont
chine à laver et le séchoir soient placés de façon à ce que le
été vues précédemment. Ici aussi il est préférable de les appli-
bord inférieur de la zone de remplissage se situe entre 70 et
quer. Éviter de trop la remplir et préférer faire deux trajets au
85 cm de hauteur par rapport au sol. On doit aussi prêter
lieu d’un est également une solution.
attention à ses gestes lorsqu’on lave le linge dans le lavabo
ou la baignoire en se mettant à hauteur (plier les genoux et
écarter les jambes) et en maintenant les courbures naturelles
de la colonne vertébrale.

Repasser le linge : la hauteur de la planche doit avoisiner une


hauteur intermédiaire entre les coudes et les hanches. Il vaut
mieux fractionner le travail en plusieurs périodes que de re-
Machine à laver placée sur un socle passer tout le stock de linge en une fois. Cette alternance
d’activités permet aux muscles du dos de se relâcher et de
Porter le linge au salon-lavoir est une bonne alternative, mais travailler différemment pendant d’autres types de travaux.
pas toujours réaliste, vu le coût que cela engendre pour le L’utilisation d’une chaise « assis-debout » rend la position plus
bénéficiaire. confortable. Utiliser une chaise « classique » est également
possible à condition de descendre la planche. On peut ainsi
Sécher le linge nécessite de se pencher pour le prendre dans
alterner les positions debout et assise.
la manne et de s’étendre fortement pour le pendre si les fils
sont placés trop haut. On peut dès lors placer la manne à linge
à bonne hauteur (sur un tabouret ou une table) ou utiliser
une manne à linge dont les pieds sont incorporés à la manne
et repliables.

Hauteur de planche trop basse (éviter de


poser la manne au sol)

La manne sur une table


évite de se pencher

75
H Faire les courses
Les articles proposés en grande surface ou à l’épicerie sont
disposés à des hauteurs variées. Les saisir nécessite également
d’être attentif à son dos.
Un caddie est utile pour les ramener vers le domicile lorsqu’on
est à pied, surtout si les pièces achetées sont lourdes et en-
combrantes. Une poignée à bonne hauteur et de grandes
roues le rendent plus facile à utiliser. Le déplacement du caddie
proche de soi et non en le tirant loin derrière soi est préfé-
rable. S’il est possible de le pousser devant soi, c’est encore
moins nocif pour le dos.
Hauteur adaptée à la Siège assis-debout (et
personne manne posée sur une
chaise)

Les travaux de couture sont généralement effectués en posi-


tion assise. Si la contrainte est plus importante au niveau de la
nuque, elle peut également se manifester au bas du dos. Une
bonne position assise peut être maintenue en veillant à garder
la lordose dans le bas du dos. Cette courbure est obtenue par
un effort musculaire, mais est difficile à conserver longtemps.
C’est pourquoi certaines aides matérielles sont intéressantes
: un support (un petit coussin, …) placé dans le bas du dos
contre le dossier tend à recréer le creux lombaire qui est
synonyme de bonne position. Une autre aide consiste en un I. Maintenir une position assise
coussin triangulaire placé sur l’assise du siège, qui permet de Remplir des documents administratifs, lire le courrier ou un
redresser ainsi le bassin vers l’avant et de garder la zone lom- livre au bénéficiaire tout en veillant à protéger son dos est
baire en bonne position (légère cambrure). possible. Le maintien de la courbure naturelle de la colonne
vertébrale (lordose lombaire) doit être favorisé par les moyens
déjà décrits plus haut (cf. travaux de couture). Ne pas rester
trop longtemps dans la même position même si elle paraît
bonne permet également aux disques d’être nourris grâce aux
variations de positions.

Une position corrigée et un coussin pour


soutenir les avant-bras

J. Déplacer le mobilier
Il arrive parfois que, suite à la demande du bénéficiaire ou pour
aménager plus correctement les lieux, les prestataires doivent
déplacer des meubles, chaises et tables, tapis, lit, plantes voire
même bouteille de gaz, bois ou charbon. Le déplacement ou
rangement d’un fauteuil roulant est aussi possible. Les règles
de protection du dos sont d’une importance primordiale dans
ces activités de déménagement, le mobilier étant souvent d’un
Un coussin triangulaire placé sur le siège pour poids important. Se rapprocher de la charge, fléchir les genoux
améliorer la posture assise et maintenir les courbures naturelles de la colonne vertébrale

76
réduisent le risque, mais ne l’éliminent bien sûr pas. Utiliser K. Entrer et sortir de la voiture
le poids de son corps pour pousser ou tirer le mobilier est Beaucoup de prestataires de l’aide à domicile possèdent un vé-
recommandé. hicule. Une vue générale de la protection du dos nous amène
à donner ici aussi quelques conseils. Entrer dans le véhicule en
protégeant son dos consiste à s’asseoir dos au siège puis de
pivoter avec les jambes. Sortir du véhicule s’effectue en pivo-
tant d’abord sur le siège pour sortir les jambes.

La position assise correcte pendant la conduite consiste à re-


culer le bassin le plus possible vers l’arrière du siège pour que
le dossier lombaire fasse office de soutien.

Reculer le bassin et retrouver la


lordose lombaire

Placer les courses dans le coffre peut aussi faire l’objet de re-
commandations. Déposer les charges lourdes près du bord du
coffre est plus protecteur que les poser dans le fond. Déployer
Le déplacement seul d’une table sur un sol lisse est facilité par la mise une couverture dans le fond du coffre et déposer les objets
en place de chiffons sous les pieds de la table, et par la poussée du dessus permet de les glisser à soi en tirant la couverture sans
meuble
se pencher trop fort.
On peut compléter les recommandations en préconisant de
se faire aider par un(e) collègue, en planifiant un temps de
travail à deux, même s’il semble que cela soit difficile.
Des aides matérielles existent également telles que des patins
ou des leviers pourvus de roulettes. Lorsqu’il faut fréquem-
ment déplacer des plantes en pot, l’utilisation d’un support à
roulettes est judicieux.

Support avec roulettes pour


déplacer les plantes

77
Les points suivants sont essentiels pour ces activités de soin:
• prévenez le bénéficiaire des mouvements que vous allez
effectuer avec lui. Cela favorisera sa participation, diminuera
la charge pour votre dos et évitera bien des surprises.
• essayez de partir du mouvement naturel pour les manuten-
tions : pour se lever, il faut d’abord se pencher vers l’avant
et puis pousser sur les jambes. Pour s’asseoir, il faut d’abord
reculer le bassin et puis plier les genoux.
• donner l’impulsion nécessaire pour pallier au manque de
force de la personne, ne faites pas le geste à sa place, vous
contribuerez ainsi à maintenir son autonomie et à protéger
votre dos.
• soyez doux lors des manutentions et manipulations : une
prise à large main et des gestes mesurés sont plus appréciés
que des prises en pince et brusques.
• demandez au bénéficiaire de se rapprocher de vous, en vous
tenant aux épaules par exemple, mais jamais à la nuque, elle
est top fragile pour permettre de s’y suspendre.

A. Habillage / déshabillage
Équilibrer la posture en portant
un paquet dans chaque main A.a Mettre les habits
Certains habits (chemise, veste, …) sont plus pratiques à
Mettre le fauteuil roulant dans le coffre reste difficile malgré mettre que d’autres. Il est possible de faciliter la tâche d’ha-
les conseils de bonnes postures. billage en choisissant des vêtements amples et faciles à enfiler.
Des velcros peuvent remplacer avantageusement les boutons.
Conseiller le choix d’un fauteuil roulant léger avec des roues Enfiler les chaussettes, chaussures et pantoufles, attacher les
amovibles est judicieux. lacets sont des gestes plus contraignants pour le dos. Se posi-
tionner à genoux, accroupi
ou même assis sur une chaise
8.3.2 Les soins au bénéficiaire basse est plus protecteur pour
le dos. Disposer d’un chausse-
Aider une personne à se déplacer, à s’habiller ou à se lever
pied à long manche, choisir des
n’est pas une chose facile. La participation du bénéficiaire est
chaussures faciles à enfiler ou
inégale. Certaines personnes nécessitent une supervision lé-
remplacer les lacets classiques
gère alors que d’autres sont incapables de se déplacer seules
par des lacets élastiques (la
et requièrent une aide importante de la part du prestataire
boucle reste en permanence)
pour se mouvoir ; d’autres encore peuvent avoir des mouve-
sont des mesures complémen-
ments violents lorsqu’on les assiste ou des gestes qui contra-
taires.
rient le sens de la manœuvre. Il faut garder en tête que le
bénéficiaire doit rester actif autant que possible pendant ces
actes, faire certaines tâches à sa place fait peut être gagner A.b Mettre les bas
du temps momentanément, mais ne contribue pas à maintenir Placer ou ôter les bas (spécialement les bas de contention)
une certaine autonomie au bénéficiaire. Or, au-delà des consi- est souvent décrit comme particulièrement difficile. Outre les
dérations humaines pour le bien-être de la personne, c’est recommandations de bonnes postures, il existe des systèmes
cette autonomie, si faible soit-elle, qui aide à préserver le dos de traction mécanisés ou des aides techniques qui facilitent
des prestataires. cette activité.
La façon de communiquer pour solliciter la participation du
bénéficiaire est fondamentale. Expliquer doucement et claire-
ment les déplacements et gestes qui vont être réalisés, rassure.
Dresser une liste des capacités du bénéficiaire dès la prise en
charge est une mesure qui évite des malentendus. Connaître
les limites du bénéficiaire permet de le stimuler à être le moins
dépendant possible.

Système d’aide pour enfiler les bas

78
B. Déplacements et changements de position
de la personne
B.a Sur le lit : retourner la personne sur le coté
Saisir délicatement la jambe pliée et l’épaule de la personne
alitée permet de la mettre aisément de côté. Un drap (une
alèse) peut également être utilisé pour retourner la personne.

Cette opération peut être facilitée par l’utilisation d’un tissu


de transfert (easyglide) qui permet de rehausser la personne
avec un effort réduit.

Rehausser la personne au lit


Une personne qui reste au lit pendant de longs moments a
parfois tendance à descendre vers le fond du lit. L’aider à se
rehausser n’est pas chose aisée. Il faut d’abord mettre le lit le
plus possible à plat (ôter les coussins et oreillers). Il est sou-
haitable de solliciter l’aide de la personne en lui demandant de
plier les jambes et de pousser sur les pieds et les bras. Après
avoir placé les mains et avant-bras sous le bassin et le thorax,
l’aide familiale transfère le poids de son corps d’une jambe
vers l’autre pour aider à remonter le patient vers le haut du lit.

79
Lorsque le lit est surmonté d’un bras (perroquet), on peut
demander à la personne alitée de se tenir à la poignée et de se
tirer vers le haut tout en poussant sur les jambes (à condition
que la poignée soit reculée vers la tête du lit et repositionnée
après la manœuvre).

B.b Rehausser la personne au fauteuil


Une personne avachie dans son fauteuil ou sur une chaise
nécessite de l’aide pour se redresser dans le fond du siège.
Après avoir placé les pieds du patient d’aplomb par rapport
aux genoux, l’aide se place derrière la personne (à condition Position des mains
que le dossier ne soit pas trop haut) et réalise une traction
vers l’arrière (et non pas vers le haut).
Si le dossier est trop haut, on procède en se mettant devant
la personne en poussant les genoux de la personne en même
temps que les mains aident à reculer le bassin.

Reculer les pieds avant toute autre manœuvre

Les mains peuvent être placées


au niveau du bassin ou des omo-
plates de la personne pour aider
au reculement

On peut aussi, pratiquer la « marche fessière », en inclinant la


personne sur le côté et en repoussant latéralement son bassin
vers le dossier, puis en faisant la même chose de l’autre côté.

80
Si cette personne glisse trop souvent vers l’avant, on peut uti-
liser un système antidérapant (onewayglide) qui l’empêche de
glisser vers l’avant et permet un rehaussement plus facile.

Position latérale pour une aide


légère apportée à une personne
plus valide

Une meilleure prise peut être assurée en utilisant une haus-


La flèche verte indique la possibilité de mouvement, la flèche barrée
rouge montre que le glissement vers l’avant n’est pas possible sière, large bande de tissu pourvue de poignées qui passe dans
le dos de la personne ou une ceinture de marche.

B.c Lever de la chaise, du fauteuil


Pour aider une personne à se redresser, la première phase
consiste à lui reculer les pieds s’ils sont trop avancés. Après
avoir invité la personne à se pencher vers l’avant (en évitant
qu’elle ne tombe vers l’avant), on lui demande de pousser sur
les jambes et on assiste l’extension de celles-ci en tenant la
personne soit au bassin (éventuellement par la ceinture), soit à
l’avant-bras soit dans le dos au niveau des omoplates.

Haussière

Un cadre métallique comportant un appui pour les genoux et


des poignées permettant à la personne de se tirer vers l’avant
est encore plus performant pour protéger le dos de l’aidant.

Système pour l’aide au passage à


la position debout ( Return)

Position face à la personne pour une personne qui a des difficultés im-
portantes à se lever

Aide pour déplacer le bénéficiaire assis sur une chaise classique (Chai-
rie)

81
B.d Asseoir sur un siège suit la même procédure à l’envers. Suivant les possibilités, on
Le mouvement naturel pour s’asseoir consiste d’abord à recu- règlera l’inclinaison du dossier.
ler le bassin (faire une flexion des hanches) et puis à plier les
genoux. Pour aider une personne à s’asseoir, il faut lui impri-
mer ce mouvement du recul du bassin en poussant celui-ci
d’une main et en passant l’autre main sous l’épaule contre
l’omoplate pour retenir le tronc. Il faut fléchir les genoux en
même temps que la personne afin d’être toujours à même
hauteur.

L’utilisation d’une espèce d’échelle de corde fixée au bas du lit


aide la personne à se tracter en position assise à partir de la
position couchée. Un cadre fixé au sol et/ou au mur facilite le
redressement debout à partir de la position assise au lit.

B.e Lever du lit


La difficulté de la manœuvre sera liée à la hauteur du lit ou à
Échelle de corde pour se redresser
la place disponible.
Après avoir fléchi les jambes de la personne, on l’aide à se rou-
ler sur le côté. Les pieds étant positionnés hors du lit, on lui
demande de pousser avec la main sur le matelas et on assiste
des deux mains le redressement du tronc. Le coucher au lit

82
L’utilisation d’un plateau tournant peut être utile pour aider
à pivoter la personne en position debout, s’il faut réduire la
durée de transfert de celle-ci. Le pivotement du plateau tour-
nant doit être contrôlé par le pied de l’aide.

Système Flexigrip pour faciliter le re-


dressement

Cadre fixé au sol et au mur

B.f Aide au transfert lit-fauteuil, chaise roulante,


wc, …
Certaines personnes éprouvent de la difficulté à passer du
lit à une chaise roulante par exemple. Si la personne peut se
mettre en position debout, on combinera les procédures pour
se lever et s’asseoir sur la chaise.

Plateau tournant

Pour les personnes qui ne peuvent se mettre debout, il est


recommandé d’utiliser un support appelé planche de trans-
fert qui se place sur les deux sièges et permet de glisser la
personne d’un siège sur l’autre (l’accoudoir du fauteuil devant
être retiré).

Planche de transfert

Planche de transfert (Glider)

83
Pour asseoir la personne sur le wc, les mêmes recommanda- B.g Marche, promenade
tions que celles faites précédemment sont à employer. Des L’accompagnement à la marche s’effectue latéralement à la
barres latérales de soutien peuvent être ajoutées de même personne. Le bras du coté de la personne ceinture celle-ci à la
qu’une rehausse à positionner sur la cuvette du wc pour faci- taille tandis que le bras du côté opposé est proposé en guise
liter le redressement (rehausse dont on peut resserrer les vis de support. Ainsi, tout déséquilibre est prévenu. Une ceinture
pour éviter tout risque de chute). Cette rehausse peut consis- de marche permet d’obtenir une prise plus ferme et sécurisée.
ter en un bloc (bois, …) placé sous le wc. La formule suivante
aide à déterminer la hauteur de la planche du wc :la hauteur
minimale d’assise égale à la taille de la personne divisée par 3,5.
Exemple : pour une personne mesurant 170cm, la planche du
wc doit être placée à une hauteur minimale de 48,5cm.

Rehausse placée sur la cuvette


du wc

Rehausse placée sous le wc

L’utilisation d’un lève-personne est la solution la plus sécuri- Ceinture de marche


sante pour les déplacements du patient grabataire. Peu cou-
ramment utilisé à domicile pour diverses raisons, il est pour- Si la personne ressent un malaise soudain, sans qu’une chaise
tant d’un grand secours lorsque l’on est habitué à s’en servir. ne soit à proximité, il vaut mieux se placer derrière elle et l’ai-
der à doucement s’asseoir ou se coucher par terre, en assis-
tant la descente en fléchissant les genoux et en la supportant
aux aisselles.
Pour lui permettre de se redresser, après avoir vérifié qu’au-
cune blessure n’est apparue et avoir éventuellement prévenu
les secours, on place une chaise devant la personne, et en-
suite on l’assiste dans le retournement et le positionnement
à quatre pattes. De cette façon, elle peut prendre appui sur la
chaise et être accompagnée dans le relèvement

84
Quelques personnes utilisent un déambulateur ou cadre de
marche pour se déplacer. Cette aide permet de préserver
l’équilibre de l’utilisateur. Certains déambulateurs sont pour-
vus d’un panier pour pouvoir transporter de petits objets.

L’entrée dans la voiture peut


être facilitée par l’utilisation
d’une planche de transfert et
d’une ceinture avec poignée
(glider)

Cadre de marche avec panier

B.h Entrer/sortir de la voiture


Un plateau tournant facilite l’accès au
Il arrive parfois que l’on doive prendre le bénéficiaire avec soi véhicule
en voiture (faire des courses ou aller à la poste). Pour le faire
entrer ou sortir de la voiture, les mêmes recommandations
que pour le lever du siège sont applicables. Il faut d’abord lui
proposer de s’asseoir dos au siège pour ensuite l’aider à pivo-
ter sur celui-ci et rentrer les jambes dans l’habitacle. Un disque
pivotant (ou à défaut un sachet plastique) placé sur le siège
facilite le pivotement. Plateau d’accès pour les différences
de niveau

85
C. Les soins au bénéficiaire
C.a Alimenter la personne
Donner à manger au lit et donc s’asseoir sur le bord du lit
n’est pas une position très confortable. Souvent, le dos est
tourné de côté. S’asseoir le plus possible face à la personne
et respecter les courbures de la colonne vertébrale réduit les
risques.

La hauteur trop faible du lit est une contrainte qui peut être
C.b Donner les soins légers réduite en procédant à sa rehausse par des supports sous
Lors de l’application de pommade sur les jambes par exemple, forme de plots (voir précédemment). Un lit réglable en hau-
on peut protéger son dos en utilisant un petit tabouret et en teur (électriquement ou mécaniquement) constitue la meil-
corrigeant sa position pour se mettre le plus possible face à la leure adaptation.
partie corporelle à soigner.
L’application d’un bandage à la jambe est facilitée par un sup-
port pour la jambe du patient. Ce support posé sur le lit suré-
lève la jambe et évite de devoir la tenir en l’air pendant que
l’on applique le bandage.

Lit réglable en hauteur électriquement

Un lit placé à bonne hauteur


simplifie la tâche de la toi-
lette au lit

Il existe des lingettes humides pour la toilette qui rassemblent


en une unité le gant de toilette, l’eau et le savon et sont plus
faciles à utiliser.

C.c Toilette au lit C.d Toilette devant le lavabo


On peut réaliser la toilette au lit en étant assis sur le bord du Laver la personne, tout en veillant à ce qu’elle conserve son
lit ou sur une chaise, mais en veillant à limiter la flexion et la équilibre, oblige à des positions contraignantes pour le dos.
rotation du dos. L’adoption de la position du chevalier-servant Plier les genoux, maintenir les courbures naturelles de la co-
(un genou au sol) est une alternative. Le fait de poser une main lonne vertébrale ou prendre un appui antérieur sur le lavabo
sur le matelas ou sur le montant du lit (appui antérieur) peut est préférable à des positions en torsion du tronc. Placer une
soulager le dos. barre d’appui latéralement au lavabo pour permettre au béné-
ficiaire de s’y tenir simplifie la tâche. Une barre rainurée en
matière plastique est moins glissante qu’une barre en inox.
Prévoir un tabouret ou une chaise pour le bénéficiaire est une
alternative conseillée également.

86
C.e La douche
Le manque de place, les efforts pour préserver l’équilibre du
bénéficiaire et les positions pour aider à la toilette sont des
contraintes élevées pour le dos des prestataires.
Un siège adapté à la douche est plus sécurisant pour le béné-
ficiaire et permet ainsi à l’aide familiale de se positionner plus
aisément pour aider la personne sans se soucier du risque de
chute. Placer une barre d’appui comme pour le lavabo est aussi
une possibilité. Un tapis antidérapant est également recom-
mandé. Un meuble sur roulettes pour le rangement des usten-
siles de toilette soulage des contorsions inutiles.

Douche avec siège

C.f Le bain
L’accès à la baignoire est très souvent difficile pour une per-
sonne âgée ou handicapée. La position que le prestataire doit
adopter pour aider à y accéder est pénible pour le dos (tronc
penché en avant et en rotation). L’aide à la toilette est aussi
contraignante.
Une planche de transfert permet de passer plus aisément de
Siège avec pieds réglables la chaise roulante à la baignoire.
en hauteur
Une planche de rehausse (siège de bain) placée dans la bai-
gnoire permet à la personne d’être assise à une bonne hauteur
Réfléchir avant d’agir prend ici aussi tout son sens : s’organiser, et lui facilite le passage à la position debout. Des barres d’appui
c’est mettre tous les ustensiles dont on aura besoin près de confortent l’aide apportée.
soi. En effet, se rendre compte au milieu de la toilette que l’on
a oublié la serviette de bain est problématique lorsque l’on a
affaire à un bénéficiaire à l’équilibre instable.

Siège de bain motorisé

Cadre roulant et armoire roulante pour regrouper les ustensiles de


toilette Planches et sièges de bain

87
E. Le choix de la tenue vestimentaire
Certaines tenues vestimentaires constituent une entrave
à l’adoption de certaines postures protectrices pour le dos
(plier les genoux). C’est notamment le cas des tabliers une
pièce, jupes et chaussures à talons. Protéger son dos consiste
dès lors à utiliser des tenues adaptées:
• Chaussures souples mais solidaires du pied et semelles anti-
dérapantes
• Vêtements souples et ne limitant pas les mouvements

Chaussures peu stables

Chaussures solidaires du pied


avec semelles antidérapantes

Barres d’appui et de traction pour faci-


liter l’accès à la baignoire

Une carpette de bain antidérapante posée dans le fond de la


baignoire assure une position stable. 8.4 La prévention à la maison et
dans les loisirs
D. Soulever un enfant
Le portage d’un enfant qui peut se mettre debout est facilité A. Se lever du lit
lorsqu’il est actif dans le mouvement : donner une impulsion Le sommier sera constitué de lattes et le matelas sera suffi-
des jambes au début du geste et serrer l’adulte avec les jambes samment souple pour permettre une répartition homogène
lorsqu’il est dans les bras. Si l’enfant ne sait pas se mettre des points de contact aux différentes zones du corps, notam-
debout, la position du « chevalier-servant » (un genou au sol) ment de la colonne vertébrale.
permet de le prendre au sol en prenant soin de son dos.

88
Bonnes postures pour attacher ses lacets

D. Balayer et passer l’aspirateur


À défaut d’utiliser un manche adapté à la taille (correspon-
dant à la hauteur de l’épaule), ces activités comportent de
nombreuses postures inclinées du tronc vers l’avant et il est
Les étapes pour se lever du lit
conseillé d’être attentif à adopter de bons gestes.

B. Se brosser les dents


Maintenir la lordose lombaire, rechercher un appui antérieur.
La hauteur de l’évier doit être adaptée à la taille du ou des uti-
lisateurs. Un petit tabouret utilisé par le plus petit de la famille
permet de placer l’évier à bonne hauteur pour le plus grand
des utilisateurs sans handicaper le plus petit.

Mauvaises postures pour balayer et passer l’aspira-


teur

Posture avec maintien de la lordose et


appui antérieur

C. Attacher ses lacets

Mauvaise posture
Bonnes postures pour balayer et passer l’aspirateur

89
Songer à placer dans chaque pièce une prise de courant à un F. La position assise: prendre un dossier dans
mètre de hauteur environ évite de devoir systématiquement le tiroir ou la mallette
se pencher (ou fléchir les genoux) pour insérer la fiche élec-
trique.

Posture avec flexion combinée à la rotation:


très risquée pour le dos

Mauvaise posture pour insérer la fiche de


l’aspirateur

Postures adéquates, sans rotation et avec appui antérieur

G. Entrer ou sortir de la voiture


Pour entrer dans la voiture sans se contorsionner, il est re-
commandé de s’asseoir d’abord et puis de pivoter sur le siège
Postures adéquates pour insérer la fiche de l’aspi- pour entrer les jambes dans l’habitacle. Pour sortir du véhi-
rateurr cule, il faut procéder à l’inverse.

E. Prendre un objet dans le frigo

Mauvaise position pour entrer ou sortir de


la voiture

Mauvaise posture

Position adéquate : le tronc, le bassin et les


jambes pivotent en même temps

Postures correctes : genoux fléchis et appui anté-


rieur

90
H. Caresser le chien

Mauvaise position pour caresser le chien

Postures conseillées : flexion des genoux, à 4 pattes, appui antérieur


Posture correcte:
genoux fléchis

J. École: la mallette de l’enfant


Saisissons l’occasion de dire que la prévention commence dès
l’enfance. Le poids du cartable ne devrait pas dépasser 10%
à 15% du poids de l’enfant. Le tri des livres et cahiers néces-
saires pour la journée est donc indispensable, en accord avec
les enseignants.

On peut aussi dresser ergonomiquement


le chien à sauter sur la chaise pour se faire
caresser

I. Désherbage manuel

Un cartable bien ajusté


et pas trop lourd

Posture à éviter autant


que possible

91
K. Stimuler dès le plus jeune âge • Exercices de renforcement musculaire (8 à 12 répétitions de
Il est intéressant de stimuler les enfants à protéger leur dos chaque exercice) 2 jours non consécutifs par semaine
dès le plus jeune âge. Jouer avec eux à protéger son dos en Ces études scientifiques proposent également la possibilité de
faisant comme papa et maman est une bonne solution pour comptabiliser les activités de la vie courante d’intensité modé-
chacun. Les petits se feront un plaisir de rappeler aux parents rée à élevée d’une durée minimum de 10 minutes).
les bons conseils pour économiser leur dos en cas d’oubli de
leur part. Cette régularité permet d’améliorer la force et l’endurance
cardio-vasculaire et musculaire. Certains voient également
dans l’activité physique un exutoire permettant de diminuer le
stress. Conjugué à de bonnes habitudes alimentaires, il permet
de contrôler le poids corporel.
En corollaire, de nombreuses personnes mentionnent le fait
que lorsqu’elles sont actives, leur mal de dos est diminué, voire
disparaît. Cela peut notamment s’expliquer par le fait que le
mouvement en général permet une cicatrisation plus rapide
des tissus tels que le disque intervertébral et permet un meil-
leur échange circulatoire.
L’activité professionnelle à l’hôpital requiert certainement une
L’enfant peut être encouragé à protéger son dos lors des activités de bonne dose de mouvements qui peuvent contribuer à main-
jeux, études, rangement, nettoyage tenir certains aspects de la condition physique : fléchir les
genoux plus fréquemment qu’à l’accoutumée tonifie la mus-
culature des cuisses et des fessiers, se pencher vers l’avant
en maintenant la lordose lombaire assouplit les muscles de
l’arrière des cuisses et tonifie la musculature du dos. Il est
8.5 L’activité physique
toutefois conseillé de compléter cette activité par la pratique
régulière d’exercices tels que ceux décrits par la suite, faciles à
8.5.1 Changer fréquemment de position
réaliser chez soi, avec un simple tapis de mousse.
Les positions maintenues longtemps et notamment la position
assise sont sans doute défavorables au point de vue nutrition
des disques. Nous avons vu que les changements de pression
au niveau de la colonne vertébrale provoquent un va-et-vient 8.5.3 Quels sont les sports recommandés ?
liquidien, tout comme dans une éponge. Il convient dès lors Les sports d’endurance font partie des activités possédant un
de varier autant que possible ses positions « pour nourrir ses impact positif pour le dos (la marche, le jogging, la natation, le
disques ». vélo). Le fitness pratiqué sous la surveillance de kinésithéra-
peutes se révèle une aide précieuse. Des précautions particu-
lières sont à prendre pour les sports asymétriques (le tennis
en est un exemple) ou impliquant des risques de chute.
8.5.2 Maintenir une bonne condition par
l’activité physique régulière
Une activité physique régulière est bénéfique pour la santé en
général. C’est un conseil classique préconisé par les médecins, 8.5.4 Quels sont les exercices que je peux
kinésithérapeutes, … pratiquer facilement ?

Les dernières recommandations du Collège américain de mé- A. Exercices de stretching (ou assouplissement)
decine du sport et de l’Association américaine d’étude des Ces exercices peuvent être pratiqués à n’importe quel mo-
maladies du cœur (2007) proposent en fonction de l’activité ment de la journée. Si le temps manque pour les faire d’affilée,
physique, les fréquences et durées suivantes: on peut en exécuter à des moments divers de la journée. Il
• Activité physique aérobie (intensité permettant aux muscles convient de respecter les principes du stretching:
de ne pas être en état d’asphyxie): • étirer de façon progressive
•• soit intensité modérée (comparable à la marche à un • garder une aisance dans l’étirement : un bon étirement ne
pas soutenu) : 30 minutes au moins 5 jours par semaine fait pas nécessairement mal
•• soit intensité élevée (comparable au jogging): 20 • maintenir la position d’étirement environ 20 secondes et
minutes, 3 jours par semaine éviter les mouvements saccadés
•• soit combinaison : 2 x 30 min. modérée et 2 x 20 min.
élevée par semaine

92
Préparation

étirement

B. Exercices de musculation

Seulement pour les plus entraînés

93
Ces exercices peuvent être effectués en trois séries de 15
répétitions et puis, au vu des progrès, les répétitions et les C. Exercices de mobilisation du dos
séries seront augmentées. Les mouvements de bascule du bassin et de flexion-extension
de la colonne permettent le relâchement des structures mus-
culaires contracturées et peuvent aussi favoriser une meilleure
nutrition du disque par des variations de pression. Ces mouve-
ments peuvent être réalisés couché sur le dos, assis ou debout.

94
9. Références complémentaires

Brochures et livres
•• ANACT : Prévenir les TMS – repères pour agir dans l’entre-
prise (4 quai des Etroits 69321 LYON CEDEX 05
•• Burel A., Gonzales F., Baron R., Dewitte J-D. : Une profession
méconnue : aide-ménagère. Archives des maladies profes-
sionnelles, 2000,61, n°6,379-388
•• CFES ( Comité Français d’Education pour la Santé) et l’As-
surance Maladie – livret pédagogique : protège ton dos !
•• CISME – le travail d’aide aux personnes âgées – avril 99
•• CNAMTS – Les risques professionnels dans les métiers de
l’aide et du soin à domicile – Chiffres clés en 2006 - 2008
•• Conseil de la santé et de la sécurité au travail de l’Ontario
– lignes directrices et manuel de ressources de prévention
des TMS pour l’Ontario - 2007
•• CSC : Le travail, c’est la santé – Infirmières, aide(s)-soi-
gnant-e(s), collection sur les troubles musculosquelettiques.
Bruxelles 2001
•• CSC : Plein le dos de votre boulot – Nettoyage, collection
sur les troubles musculosquelettiques. Bruxelles 2001
•• CSST – TMS : une démarche simple de prévention - 2004
•• Demaret J-P., Gavray F. Willems F. : Troubles musculosque-
lettiques – Prévention des maux de dos dans le secteur de
la construction., SPF Emploi, Travail et Concertation sociale,
2007, Bruxelles
•• Demaret J-P., Gavray F. Willems F. : Troubles musculosque-
lettiques – Prévention des maux de dos dans le secteur de
l’aide à domicile. SPF Emploi, Travail et Concertation sociale,
2007, Bruxelles
•• Demaret J-P., Gavray F. Willems F. : Troubles musculosque-
lettiques – Prévention des maux de dos dans le secteur
de l’agriculture et de l’horticulture. SPF Emploi, Travail et
Concertation sociale, 2007, Bruxelles
•• Demaret J-P., Gavray F. : Troubles musculosquelettiques –
Prévention des maux de dos dans le secteur de la petite
enfance. SPF Emploi, Travail et Concertation sociale, 2007,
Bruxelles
•• Demaret J-P., Gavray F. Willems F. : Troubles musculosque-
lettiques – Prévention des maux de dos dans le secteur
hospitalier. SPF Emploi, Travail et Concertation sociale, 2007,
Bruxelles
•• Dohogne T., Selis K. : Ménager son dos en déplaçant le pa-
tient. IDEWE, 1995
•• Dotte Paul Méthode de Manutention Manuelle des Malades.
Editions VIGOT MALOINE 27, rue de l’école de médecine
75006 PARIS, 2000
•• Eurogip – les troubles musculosquelettiques en Europe –
définitions et données statistiques – 2006
•• EWCO - Managing musculoskeletal disorders », Mario Giac-
cone, 2007
•• Fondation européenne pour l’amélioration des conditions
de vie et de travail – Quatrième enquête sur les conditions
de travail – 2007

95
•• Harichaux P. et Libert JP. - Ergonomie et prévention des •• INRS: D’une maison à l’autre – Risques professionnels et
risques professionnels, Les contraintes musculosquelet- aide à domicile. DV 0346 Paris 2005
tiques et leur prévention, Tome 2, Collectif sous la direc- •• INRS: Des gestes et des mots. DV 0323 Paris 2005
tion des Prs Pierre Harichaux et Jean-Pierre Libert, éditions •• INRS: Travailler auprès des personnes âgées. VS 0321 Paris
Chiron, 2003 2005
•• HSE (Health and Safety Executive) – Are you making the •• Prevent – Ménagez votre dos
best use of lifting and handling aids ? – 2004 •• SPF ETCS - Prévention des maux de dos dans le secteur de
•• INRCT (Institut National de Recherche sur les Conditions l’aide à domicile. SPF Emploi, Travail et Concertation sociale,
de Travail) J. Malchaire et B. Indesteege : Troubles musculos- 2008, Bruxelles
quelettiques analyse du risque - 1997
•• INRS – Les troubles musculosquelettiques du membre su- Sites internets
périeur, guide pour les préventeurs (INRS ED 957) - 2005 •• [Link]
•• INRS : évaluation et prévention des risques chez les aides •• [Link]
à domicile. Documents pour le médecin du travail n° 102 •• [Link]
Paris 2005 •• [Link] site hollandais mentionnant des
•• INRS : Quand l’aide est un métier. ED 1360 Paris 1989 outils didactiques et aides techniques
•• INRS : Regard sur le travail : quand les aides à domicile de- •• [Link]
viennent « auxiliaires de vie sociale ». Notes scientifique et site du gouvernement nord-américain concernant le travail
technique (NST) Paris, octobre 2005 en soins à domicile
•• IRSST (Institut de recherche en santé et en sécurité du tra- •• [Link] site français concernant l’aide
vail du Québec) – Les LATR : mieux les comprendre pour aux personnes âgées
mieux les prévenir - 1996 •• [Link] site belge mentionnant des conseils
•• Letont V., Léonard L. et Van Daele A. Travailler comme aide et adaptations pour l’adaptation du domicile pour les per-
familiale à domicile. Enquête Proxima : politique et gestion sonnes moins valides
des services. Rapport, Université de Mons-Hainaut, Mons •• [Link] site hollandais concernant les moyens
2005 d’aide pour les soins à domicile
•• Mairiaux P. et coll. : Manutentions manuelles. SPF Emploi,Tra-
vail et Concertation sociale, 1998, Bruxelles Services et matériel:
•• Malchaire J., Piette A. : Série stratégie Sobane – gestion des •• Attitude santé : fournisseur de matériel médical. 19, rue du
risques professionnels - Travail sur écran. SPF Emploi,Travail Houisse, B 5590 Achêne
et Concertation sociale, 2006, Bruxelles •• Global net : matériel d’hygiène professionnelle. 8, Barrière
•• PreGo !: Tips om fysieke belasting te verminderen (Versie Hinck B 6680 Sainte Ode. [Link]
Zorg). Sectorfondsen Zorg en Welzijn, 2003 •• Homecraft Rolyan,: fournisseur de matériel d’aides, de soins,
•• Prevent. Manutention manuelle de charges – Législation en de manutention, Nunn Brook Road Huthwaite Sutton-in-
pratique n°2. Bruxelles 2001 Ashfield, Nottinghamshire, NG17 2HU, UK. [Link]-
•• Prevent. Lésions par surcharge – série ergonomie. Bruxelles [Link]
2003 •• Metra : société proposant du matériel de manutention, des
•• Prevent – Ménagez votre dos – 2009 aides techniques. Drongenstationstraat, 2, B 9031 Gent.
•• Sectorfondsen Zorg and Welzijn : Zorg voor Thuiszorg – [Link]
Werkpakket Aanpak fysieke belasting. Utrecht 2003 •• Solival Wallonie-Bruxelles ASBL : services entièrement gra-
•• Thuiszorg : Goede afspraken maken goede vrienden – ma- tuits et accessibles à tous, pour apporter des conseils et des
nueld’information Bruxelles, Thuishulp, 2005 pistes de solutions favorisant l’autonomie, la qualité de vie
•• The Work Foundation – Fit for work ? Les troubles mus- et surtout le maintien à domicile de la personne en situa-
culosquelettiques et le marché du travail belge - Stephen tion de handicap physique, mental ou sensoriel et apporter
Bevan, Robin McGee, Tatiana Quadrello, The work founda- également des conseils à l’entourage de ces personnes ou à
tion, 2009 tout autre service d’aide ou d’accompagnement.
•• Ver Heyen W. et Vandenbrande T. : Werken in de gezinszorg. •• Cette association propose un lieu non commercial d’appren-
Kwali¬teit van de arbeid van de verzorgenden HIVA-K.U.L. tissage et d’essai permettant à la personne ou à ses aidants
Louvain, 2005 de faire un choix motivé parmi différentes aides techniques,
adaptations, et aménagements possibles. Ces essais sont le
Vidéos complément indispensable des visites à domicile réalisées
•• INRS – TMS du membre supérieur – comprendre et agir - gratuitement par nos ergothérapeutes.
2001 •• Les conseillers proposent un choix d’aides techniques (par
•• INRS – A propos des TMS – une compilation de cinq films des fiches d’information, des brochures, ..), un projet d’amé-
– 2001 nagement en fonction des besoins, des capacités, des habi-

96
tudes de vie et de l’environnement de chacun (conjoints,
aidants familiaux, ...). Un dossier personnalisé est établi.
10. Annexes
•• Pour plus d’information : [Link], par mail : info@
[Link], par tél : 081 41.16.90, par fax 081 41.46.92 .
Cliniques universitaires de Mont-Godinne (UCL) – avenue 10.1 Annexe 1 : liste de contrôle pour
Docteur G. Thérasse, 1 – B 5530 Yvoir l’évaluation du risque de surcharge
physique due à des mouvements
répétitifs
10.1.1 Instrument pour le non-spécialiste
Question Réponse Action
1. Dans le cadre du tra- Oui Travail à risque
vail, doit-on régulière-
Ne sait pas Utiliser l’instrument pour
ment soulever/tenir des
le spécialiste (B)
charges au-dessus des
épaules? Non Passer à 2.
2. Dans le cadre du travail, Oui Travail à risque
doit-on régulièrement
Ne sait pas Utiliser l’instrument pour
tendre la main à plus de
le spécialiste (B)
50 cm? (distance entre
le milieu de l’épaule et le Non Passer à 3.
milieu de la main, mesu-
rée dans le plan hori-
zontal)
3. Si le travail exige égale- Oui Travail à risque
ment de la force, doit-on
Ne sait pas Utiliser l’instrument pour
régulièrement appliquer
le spécialiste (B)
une force maximale?
Non Passer à 4.
4. Travaille-t-on réguliè- Oui Travail à risque
rement à une vitesse
Ne sait pas Utiliser l’instrument pour
proche de la vitesse
le spécialiste (B)
maximale?
Non peu de risques

Dans ce contexte, «régulièrement» signifie plus de 30 % du


temps durant lequel le travail est exécuté.

10.1.2 Instrument pour le spécialiste


A. Combien d’affirmations s’appliquent-elles au
travail en question?
plus de 5 : travail à risque
entre 3 et 5 : risque limité de surcharge
moins de 3 : risque de surcharge nul ou très limité
Les activités:
1) Les mouvements sont très répétitifs (on exécute presque
toujours les mêmes mouvements)
2) le travailleur n’a pratiquement pas la possibilité de fixer
lui-même le rythme de travail
Position:
3) la main doit régulièrement être tendue à plus de 30 cm
4) il faut régulièrement porter la main à une hauteur de plus
de 5 cm au-dessus du niveau des épaules
5) il faut régulièrement travailler avec la main à côté et/ou en
arrière du corps
6) le coude doit régulièrement être soulevé à partir de la
position de repos (rotation de l’articulation de l’épaule)

97
7) le poignet doit régulièrement être plié dans une position Recommandation: garder les articulations en position inter-
fortement écartée de la position de repos médiaire durant les mouvements
8) l’avant-bras doit régulièrement être tourné ([Link]. visser)
9. La distance entre l’opérateur et son poste de travail est-
9) les doigts doivent régulièrement adopter de mauvaises
elle adéquate?
positions, [Link]. prise de précision ou tension/extension
Recommandation: veiller à ce que la distance entre l’opéra-
excessive
teur et son poste de travail soit adéquate. Ceci peut être
10) les épaules doivent régulièrement être relevées
vérifié comme suit:
11) le cou doit être incliné vers l’avant ou vers l’arrière de
- la tête est légèrement inclinée vers l’avant;
manière régulière ou prolongée
- les bras reposent naturellement sur le plan de travail;
12) le tronc doit être incliné vers l’avant (sans soutien) de ma-
- le dos est suffisamment soutenu;
nière régulière ou prolongée
- il y a suffisamment d’espace pour les genoux et les jambes;
Force: - les pieds sont soutenus.
13) des efforts physiques importants doivent être régulière- 10. L’orientation du plan de travail peut-elle être adaptée?
ment fournis Recommandation: une modification de l’orientation des
14) il faut régulièrement effectuer des mouvements de frappe, pièces qui arrivent sur le tapis roulant, de la forme du poste
de coup, de traction ou de lancer de travail ou de la position des bancs latéraux, permet de
faciliter l’accès du travailleur aux composants, aux outils ou
Fréquence et durée:
aux équipements.
15) on a rarement la possibilité d’interrompre un instant le
11. La hauteur du plan de travail est-elle adaptable à la hauteur
travail ou de prendre une (très) courte pause
du travailleur (premier diagramme) et au travail (second
Facteurs de gêne et facteurs ambiants: diagramme)?
16) des pressions sont régulièrement exercées sur la peau des 12. Le plan de travail peut-il basculer en fonction du travail et
doigts, de la main, du bras, [Link]. par les bords saillants de la du travailleur?
table ou d’un outil Recommandation: le basculement du plan de travail permet
17) on doit régulièrement regarder fixement, ou il arrive régu- souvent d’améliorer la vue d’ensemble et la portée du tra-
lièrement que l’on ne voie pas bien le travail ([Link]. en rai- vailleur.
son d’un mauvais éclairage ou de la finesse des détails) 13. Le travail peut-il être exécuté sans entrer en contact avec
18) on travaille régulièrement avec des outils qui vibrent des bords saillants?
19) on porte régulièrement des gants durant le travail
14. Les mains sont-elles exposées à des températures supé-
rieures à 21°C?
Un environnement froid accélère parfois l’apparition des
10.2 Annexe 2 : liste de contrôle charge symptômes dus à la surcharge.
physique - force - position du corps - 15. Le travail peut-il être exécuté sans l’utilisation de gants?
positions et mouvements des mains/ Les gants diminuent la force de préhension et la sensibilité
bras - mouvements répétitifs des mains. En cas de travail de précision, ils peuvent engen-
drer des problèmes.
A. Charge physique
16. L’éclairage est-il disposé de manière à éviter que la per-
1. Évite-t-on de travailler au-dessus du niveau des épaules? sonne n’adopte une position anormale?
2. Évite-t-on de travailler en arrière du corps? 17. A-t-on tenu compte des gauchers?
3. Évite-t-on de travailler en dessous du corps? Les gauchers ont souvent des problèmes liés à la concep-
4. Évite-t-on les mouvements de rotation? tion des outils, des équipements et des lieux de travail.
5. Les coudes restent-ils au niveau de la poitrine? B. Force
6. Évite-t-on les mouvements vers l’avant de plus de 400 mm 18. Le travail exige-t-il un effort inférieur à 4,5 kg?
pour atteindre un objet? 19. Le travail peut-il être exécuté sans devoir saisir du bout
Recommandation: éviter les mouvements vers l’avant de des doigts (prise de précision)?
plus de 400 mm pour atteindre un objet Gauche: prise de précision Droite: prise de force
7. Les mains se déplacent-elles selon une courbe naturelle? 20. Évite-t-on les chocs au niveau des mains?
Recommandation: déplacer les mains selon une courbe plu- [Link]. mieux vaut utiliser un marteau en caoutchouc que les
tôt qu’en ligne droite mains
8. Les mains de l’opérateur se trouvent-elles à mi-distance de
leur portée maximale?

98
C. Position du corps 34. Le temps de récupération est-il suffisant durant le cycle
21. L’opérateur peut-il se tenir debout et regarder devant lui des opérations commandées par une machine ?
pendant qu’il exécute sa tâche? Ce graphique fournit une idée du temps de récupération
Recommandation: faire en sorte que l’opérateur se tienne pour les travaux répétitifs. Le temps de récupération s’ob-
debout et regarde devant lui tient en soustrayant le temps de prise du temps de passage.
Demandez à l’opérateur quel est le degré de force.
22. L’opérateur peut-il éviter de pencher la tête pour exécuter
sa tâche ? 35. Les mouvements répétitifs de saisie avec les mains sont-ils
Recommandation: le fait de pencher la tête vers l’avant pro- évités ?
voque une tension des muscles du cou. La saisie répétée avec les mains est aussi néfaste que le
fait d’étendre excessivement et de tourner l’avant-bras.
23. L’opérateur peut-il choisir entre la position assise et la
Le transport de briques ou de blocs d’une palette vers
position debout ?
l’arrière du jardin est souvent à l’origine des symptômes
Recommandation: l’opérateur doit pouvoir choisir entre la
lors d’activités de loisirs.
position assise et la position debout. Ceci permet de varier
les positions. 36. La fonction est-elle très répétitive ?
24. L’opérateur peut-il varier les positions pendant qu’il exé- 37. Y a-t-il des mouvements rapides ?
cute sa tâche ?
25. La tâche peut-elle être exécutée sans devoir adopter des
positions anormales durant des périodes prolongées ? 10.3 Annexe 3: explication sur les
Exemple de position anormale souvent rencontrée estimations de pressions lombaires
26. Le poids du corps peut-il être réparti équitablement sur A. En position debout
les deux pieds ? Au risque de se mettre à dos (c’est le cas de le dire) les scienti-
Une répartition déséquilibrée du poids sur les deux pieds fiques respectueux des conventions utilisées en physique pour
est souvent source de problèmes. L’utilisation de pédales parler des poids, masses et pressions, nous avons exprimé les
peut par exemple provoquer des lésions par surcharge. Par valeurs de poids et pression en kilogramme et kilogramme
contre, un repose-pieds, sur lequel les pieds peuvent régu- par centimètre carré au lieu de Newton et Newton par mètre
lièrement venir se reposer dans diverses positions, offre un carré ou Pascal, ceci par souci de compréhension par le plus
bon support dans les positions statiques. grand nombre. J’espère qu’ils nous pardonneront cette utilisa-
27. Est-il possible de modifier la position des pieds ? tion de termes familiers.
D. Positions et mouvements des mains et des bras La pression sur le dernier disque lombaire (L5-S1) en position
28. La fonction peut-elle être exécutée sans flexion ou exten- debout est conditionnée par le poids du tronc, de la tête, des
sion du poignet ? bras et des épaules qui représentent environ les 2/3 du poids
Le travail doit être effectué sans rotation du poignet (des- total. Ainsi, pour une personne pesant 75kg, la pression subie
sin du milieu) ou sans plier complètement le poignet vers par le dernier disque lombaire est de 50kg (kgf) environ.
le bas ou vers le haut. Les dessins illustrent des problèmes
fréquemment rencontrés.
29. La fonction peut-elle être exécutée sans trop écarter les
doigts les uns des autres ?
L’écartement trop prononcé des doigts est un problème
fréquent.
30. La fonction peut-elle être exécutée sans mouvement de
torsion ?
Les mouvements de torsion constituent un facteur de
risque.
31. La fonction peut-elle être exécutée sans déviation du poi-
gnet ?
32. La fonction peut-elle être exécutée sans rotation répétée
de l’avant-bras ?

E. Mouvements répétitifs
33. La durée du cycle est-elle supérieure à 30 secondes dans
les opérations commandées par une machine ?

99
B. Avec une charge de 15kg sur la tête D.b Levier inter-appui avec bras de levier inégaux
Si la charge repose bien à la verticale des derniers disques Si un des deux bras de levier est divisé par un certain coeffi-
lombaires, alors la pression est calculée par l’addition des cient (10), il faut multiplier la charge de l’autre côté du même
poids de l’ensemble tronc – tête – bras avec la charge : 50kg coefficient pour rétablir l’équilibre.
+ 15 kg = 65kg (kgf)
La pression sur la surface d’appui P = la somme des deux poids
150 kg + 15 kg = 165kg

E. Principe du bras de levier appliqué au corps


humain
•• Le bras de levier correspondant à la distance entre le disque
et la charge = 50cm.
•• Le bras de levier correspondant à la distance entre le disque
et les muscles paravertébraux = 5cm
•• Le poids de la charge = 15kg
C. Avec une charge de 15kg dans les mains •• La force de contraction des muscles paravertébraux =
La prise de la charge en avant de la colonne vertébrale déter- 150kg.
mine un bras de levier qui augmente la pression sur le disque. •• Poids du tronc, de la tête et des membres supérieurs = 50kg
(pour une personne de 75 kg)
D. Petit rappel sur les bras de levier •• La pression sur la surface d’appui P (soit le disque L5-S1) =
150kg +15kg + 50kg = 215kg
D.a Levier inter-appui avec bras de levier égaux
Si nous avons deux poids de 15 kg sur une balançoire chacun
à 50cm du point d’appui, la balançoire est équilibrée et la pres-
sion sur le point d’appui est égale à la somme des deux poids.
La figure suivante permet d’apprécier la pression sur la surface
d’appui P.

La pression sur le point P = la somme des deux poids 15kg


+15kg = 30kg

100
F. Penché en avant à 90°, dos rond, sans charge en
main
•• Le bras de levier correspondant à la distance entre le disque
(L5-S1) et le centre de gravité du tronc = 20cm
•• Le bras de levier correspondant à la distance entre le disque
et les muscles paravertébraux = 4cm (il est plus faible qu’en
position debout, car dans la position dos rond, les muscles
paravertébraux se rapprochent du disque)
•• Le poids du tronc de la tête et des membres supérieurs =
50kg
•• La force de contraction des muscles = 250kg
•• La pression sur la surface d’appui P (soit le disque L5-S1) =
H. Avec une charge de 15kg en posture correcte
250kg + 50kg = 300kg
La flexion de genoux et l’encadrement de la charge obtenu
en se rapprochant de la charge et en écartant les pieds per-
mettent de diminuer la distance entre la charge et le disque
lombaire L5-S1et donc de raccourcir le bras de levier. Le main-
tien de la lordose permet d’une part de garder un bras de
levier des muscles paravertébraux de 5cm au lieu de 4cm ainsi
qu’une répartition des pressions homogènes entre l’avant et
l’arrière du disque. La pression par unité de surface est dès
lors réduite.
La pression sur la surface d’appui P (soit le disque L5-S1) =
100kg + 45kg + 50kg + 15kg = 210kg.

G. Penché en avant à 90°, dos rond, avec une


charge de 15kg en main
Le calcul prend en considération les contraintes du poids de
la charge et du tronc, les distances respectives des charges et
du tronc par rapport au disque L5-S1et le bras de levier des
muscles paravertébraux.
La pression sur la surface d’appui P (soit le disque L5-S1) =
250kg + 187,5kg + 50kg + 15kg = 502,5kg.
Ces pressions élevées peuvent favoriser des micro-ruptures
au niveau des fibres de l’anneau fibreux, préparant ainsi la voie
à la hernie discale.

La compression lombaire dans la position correcte est réduite


d’environ 300 kg en comparaison avec la position penchée en
avant, jambes tendues

101
102
103
104

Vous aimerez peut-être aussi