KOUAMEC
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ICRAF/MARS V4C Project Manager, World Agroforestry Centre (ICRAF), Côte d’Ivoire. 01 BP 2024 San Pedro.
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RESUME
ABSTRACT
POST-HARVEST LOSSES OF TRADITIONAL LEAFY VEGETABLE WITHIN THE CHAIN OF PRODUCTION AND COMMERCIALISATION
IN YAOUNDE, CAMEROON
Traditional leafy vegetables contribute to the daily diet of the population in Cameroon. Their nature
particularly perishable limited shelf-life once harvested. This study provides an overview of post-harvest
losses of these vegetables as perceived by actors in the supply chain of Yaoundé. In a survey of producers
and traders we analyzed handling practices to determine the types, causes, and extent of post harvest losses
along the supply chain. The methodology used was adapted from La Gra (1990). The losses were caused
by mechanical, physiological or pathological factors, which may be aggravated by deficient post-harvest
technologies. The extent of losses varies with species sensitivity. The study found that the average losses are
approximately 10 % for amaranth and 20 % for each black nightshade and jute mallow. That causes the
equivalent of 2 000 XAF (~ 4 USD) for amaranth and 4 000 XAF (~ 8 USD) losses/week for the two others
vegetables. To minimize post harvest losses, the study recommends the development of simple handling
techniques, the development of transport and storage infrastructures, as well as an efficient marketing system.
Keywords : Traditional leafy vegetables, post-harvest handling, deterioration factors, loss estimation,
Cameroon.
INTRODUCTION avec une teneur en eau élevée. Ils ont une durée
de conservation très limitée. Malgré la proximité
entre la production et la consommation des
Les légumes feuilles traditionnels contribuent à légumes feuilles, l’information ne circule pas
l’alimentation quotidienne de la population au bien dans la filière (Temple et Dury, 2004). En
Cameroun. Les cultures des légumes feuilles raison de la vitesse de dégradation des produits,
indigènes telles que Solanum spp. (Morelle une grande partie des récoltes est souvent
noire), Amaranthus spp. (Amarante) et perdue. D’autre part, peu de technologies post-
Corchorus spp. (Corète potagère) sont une récoltes existe pour les légumes, et lorsqu’elles
caractéristique de l’agriculture périurbaine à existent, elles sont trop complexes ou
Yaoundé (Kahane et al., 2005, Dongmo et al., inaccessibles pour le paysan (Berinyuy, 2004).
2005). Les légumes feuilles jouent aussi un rôle Ces légumes ne font pas l’objet de programmes
central dans la lutte contre la pauvreté par deux de recherche et de vulgarisation qui seraient
mécanismes : souvent issus de cueillettes ou pourtant utiles pour améliorer leurs conditions
cultivés dans des zones marginales (bas-fonds, de conservation (Dongmo, 2005). L’importance
marécages) (Kahane et al., 2005), leur production des pertes après récolte des légumes feuilles
est assurée plutôt par de petits agriculteurs varie d’un pays à l’autre en fonction de
marginalisés pour lesquels simultanément ils l’organisation des circuits de commercialisation
contribuent à l’équilibre nutritionnel et procurent (Kader, 2005). Panhwar (2006) a évalué à environ
par leur vente de petits revenus (Gockowski, 30 à 40 % les pertes après récolte des fruits et
2003). Par ailleurs leur commercialisation fait légumes au Pakistan et pense qu’elles seraient
l’objet généralement de circuits courts (Moustier encore plus élevées dans les pays en voie de
et Fleury, 2003), aux conditions d’accès développement. En effet, les pertes des fruits
nécessitant peu de moyens, et générant de fait et légumes dans certains pays africains
de nombreux emplois pour des populations avoisinent les 50 % FAO (2008). Dans cette
marginalisées des villes. Les revenus générés proportion, la part relative aux légumes feuilles
par la vente contribuent à la sécurité alimentaire n’est pas spécifiée. L’objectif de cette étude est
des ménages, à l’accès aux soins de santé de d’évaluer les pertes post-récoltes le long de la
la famille et permettent aux femmes d’atteindre chaîne de commercialisation des trois légumes
un certain degré d’indépendance financière dans feuilles traditionnels les plus consommés dans
le budget familial (IITA (International Institute of la ville de Yaoundé. Les objectifs spécifiques
Tropical Agriculture), 2003 ; Batchep, 2009). Les de cette étude consistent à : (i) rechercher les
légumes feuilles jouent un rôle important dans causes des pertes post récoltes et leur
le maintien de l’équilibre alimentaire surtout des incidence sur les produits, (ii) faire des
populations défavorisées (FAO (Food and propositions pour réduire ses pertes et améliorer
Agricultural Organisation), 2002). Elles
la qualité des produits et les bénéfices financiers
apportent aux ménages pauvres une grande
des producteurs et des commerçants et à
partie des micro-éléments indispensable pour
analyser les pratiques de manutention des
leur alimentation (Dongmo et al., 2005). Les
légumes traditionnels sont généralement plus acteurs de la filière afin de déterminer les types
riches en éléments minéraux, vitamines et et les causes des pertes après récolte et leur
facteurs nutritionnels, sans présenter de facteurs ampleur sur la filière.
antinutritionnels rédhibitoires (Bailey, 2003). Les
richesses en fer, vitamines A et C correspondent MATERIEL ET METHODES
à des enjeux de santé particulièrem ent
significatifs dans les pays où l’on compte de
nombreux cas d’aném ie causés par le MATERIEL VEGETAL
paludisme, et de déficience immunitaire. Les
fortes concentrations minérales assimilables
alliées aux faibles teneurs en substances anti- La morelle noire
nutritionnelles (acides phytique ou tannique, La morelle noire est une plante de la famille des
oxalates) en font de recommandables
Solanaceae. L’espèce la plus répandue au
suppléments diététiques (Akindahunsi et
Cameroun est Solanum scabrum. Localement
Salawu, 2005).
Zoom par les Bétis, Njap lah par les Bamiléké,
Les légumes feuilles sont des produits ba’am par les bassa, Bitosso par les Bafia,
périssables, qui sont habituellement récoltés Cissan par les Douala, Djap che par les Bamoun
et Houlahada en Fufuldé. C’est le légume étudiés ont été exprimées selon la formule :
feuille traditionnel le plus cultivé et le plus
P = (QA - QV) / QA
consommé.
Où, P = pertes (en %), QV = quantité vendable,
La corète potagère QA = quantité achetée.
La corète potagère est une plante de la famille La catégorie des légumes classée comme étant
des Tiliaceae. L’espèce la plus répandue au la quantité vendable est composée par les
Cameroun est Corchorus olitorius L. Localement légumes relativement sains qui pourraient être
appelé Tegue par les Bétis, Gbarack par les acceptés par les consommateurs. L’évaluation
Bafia, Django par les Bassa, Keleng keleng par des pertes a été réalisée par l’enregistrement à
les Douala et Lalo en Fufuldé. Trois variétés sont l’ombre, de la température interne des paniers,
fréquemment cultivés à savoir : L’Ewondo et par les pesées quotidiennes et le comptage
(Aziga), le Bafia et le géant de Bertoua. des échantillons. Pour se faire, 20 paquets ou
bottes de chaque type de légumes (amarante,
L’amarante morelle et corète potagère) ont été achetés à
raison de 10 paquets chez les producteurs (bord
L’amarante est une plante de la famille des champ) et 10 chez les détaillantes. Le volume
Amaranthaceae. L’espèce le plus cultivé au des paquets a varié suivant les fournisseurs.
Cameroun est Amaranthus cruentus L.; mais Dans chaque botte et pour chaque produit, un
on rencontre aussi A. dubius qui pousse comme échantillon de 10 tiges a été aléatoirement
une adventice. Localement appelé Kumkum par prélevé. Sur chaque échantillon de 20 tiges une
les Bafia, Ndjap mekat par Bamilekés, Po’oga identification des types et du niveau des pertes
par les Bassa, Folong par les Betis, Biwolè par a été effectuée par observation visuelle.
les Douala et Hakondjam en Fufuldé. L’évaluation des pertes a été effectuée sur les
échantillons dans les minutes qui ont suivi
METHODES l’approvisionnement. Ces échantillons ont été
étalés à l’ombre sur des sacs en plastique pour
minim iser les pertes dues aux dégâts
Collecte et analyse des données
physiologiques.
Les données ont été collectées à Yaoundé, La méthodologie utilisée pour conduire l’étude
d’une part dans les différents sites de production a été adaptée de celle de La Gra (1990) selon
que sont : Nkolondom, Ekoumdoum, Mendong, les étapes suivantes :
kondengui et Nkolbisson et d’autre part dans
les plus grands marchés locaux de vivres tels - choisir les systèmes à étudier ;
que Mokolo, Mfoundi, Mvog-Mbi et Essos. Pour - illustrer le processus suivi pour chaque cas
les trois légumes feuilles ciblés par cette étude étudié ;
que sont l’amarante, la morelle noire et la corète
potagère, chaque opération en rapport avec la - décrire et analyser le processus de la
manutention post-récolte ;
manutention post-récolte, de même que les
pertes à chaque étape ont été identifiées et - mesurer les pertes où elles ont été identifiées
analysées. La collecte des données a été comme importantes ;
réalisée à travers deux enquêtes au moyen d’un
- identifier les problèmes dans les systèmes de
questionnaire. La première enquête a consisté
manutention ;
en la collecte d’informations auprès des
producteurs, des grossistes et des détaillants - présenter les idées pour solutionner les
sur leurs méthodes de manutention, sur les problèmes.
destinations de leur produit et sur leur niveau de
Les données collectées ont été introduites dans
connaissance des causes de détérioration des
le logiciel EXCEL et transférées plus tard dans
produits et des techniques de conservation post-
SPSS (Statistical Package for Social Sciences)
récolte et enfin sur leurs perceptions des pertes
pour analyse. Les paramètres ont été définis
post-récoltes. La deuxième enquête a consisté
suivant l’ordre des questions dans le
en une analyse des pertes physiques et
questionnaire. Les fréquences des réponses
économiques au stade de la vente au détail.
semblables ont été groupées et comparées. Les
Les pertes post-récolte évaluées sur des tableaux et les graphiques auraient donc pu se
échantillons des différents légumes feuilles dessiner en utilisant l’Excel.
que les pertes en rapport avec la pourriture due Les dégâts mécaniques causés par une
à l’infestation des feuilles abimées au contact m anutention inadéquate dans la filière
des agents pathogènes sont faibles. Ce facteur d’approvisionnement semblent être les moins
aggravé par la durée de conservation des perceptibles. Quatre vingt dix-sept pourcent des
légumes feuilles frais (en moyenne 2 à 3 jrs) est répondants pensent qu’ils affectent faiblement
non négligeable. Environ 25 % de répondants le niveau de perte et seulement 3 % jugent que
lui attribuent des dégâts moyens (Figure 3). leur impact est moyen.
Figure 3 : Niveau de pertes post récolte par rapport des différents dommages qui peuvent liés
à leurs origines.
Degree of postharvest losses in relation with the different damages which can
cause them.
Les pertes moyennes post-récolte ont donné (Batchep, 2009), les coûts en valeur
respectivement été de l’ordre de 10 % pour les monétaire des pertes s’élèveraient à 2 000 F/
amarantes et de 20 % pour les morelles et la semaine pour la vente de l’amarante et à
corète potagère. Ainsi, pour une botte de 4 000 F/semaine pour la morelle et la corète
légumes vendue au détail à 100 F CFA, les potagère, respectivement. Ces chiffres sont
élevés pour ces détaillantes qui ne disposent
pertes en valeur monétaire seraient respecti-
pas de ressources financières suffisantes. En
vement de 10 F/botte d’amarante et de 20 F/ outre, dépendantes du marché, elles peuvent
botte de morelle et de corète. Si l’on considère être contraintes à vendre leurs produits à vil prix
le fait que les détaillantes vendent en moyenne car le manque à gagner serait important en cas
200 bottes/semaine pour un type de légume de mévente.
Figure 4 : Estimation des pertes quantitatives des légumes feuilles traditionnels à la vente au détail.
Quantitative losses assessment of traditional leafy vegetables at retail sale.
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