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KOUAMEC

Cette étude évalue les pertes post-récolte des légumes feuilles traditionnels à Yaoundé, au Cameroun, en analysant les pratiques de manutention et les causes des pertes. Les résultats montrent des pertes moyennes de 10 % pour l'amarante et 20 % pour la morelle noire et la corète, entraînant des pertes financières significatives pour les producteurs. L'étude recommande le développement de techniques de manutention simples et d'infrastructures pour réduire ces pertes et améliorer la qualité des produits.

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KOUAMEC

Cette étude évalue les pertes post-récolte des légumes feuilles traditionnels à Yaoundé, au Cameroun, en analysant les pratiques de manutention et les causes des pertes. Les résultats montrent des pertes moyennes de 10 % pour l'amarante et 20 % pour la morelle noire et la corète, entraînant des pertes financières significatives pour les producteurs. L'étude recommande le développement de techniques de manutention simples et d'infrastructures pour réduire ces pertes et améliorer la qualité des produits.

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EVALUATION DES PERTES POST-RECOLTE DANS LA CHAINE DE


PRODUCTION ET DE COMMERCIALISATION DES LEGUMES FEUILLES
TRADITIONNELS A YAOUNDE (CAMEROUN)

Article · January 2013

CITATION READS

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3 authors, including:

Christophe Kouame Regine Tchientche Kamga


Consultative Group on International Agricultural Research World Vegetable Center
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Pertes post-récolte des légumes feuilles traditionnels 61

EVALUATION DES PERTES POST-RECOLTE DANS LA


CHAINE DE PRODUCTION ET DE COMMERCIALISATION
DES LEGUMES FEUILLES TRADITIONNELS A YAOUNDE
(CAMEROUN)

C. KOUAME, R. BATCHEP et R. T. KAMGA

ICRAF/MARS V4C Project Manager, World Agroforestry Centre (ICRAF), Côte d’Ivoire. 01 BP 2024 San Pedro.
E-mail : [email protected]

RESUME

Les légumes feuilles traditionnels contribuent à l’alimentation quotidienne de la population au Cameroun.


La nature particulièrement périssable de la plupart de ces légumes, limite leur durée de conservation après
récolte. Cette étude montre la situation des pertes post-récolte de ces légumes telle que perçue par les
acteurs de la chaîne d’approvisionnement de Yaoundé. L’enquête auprès des producteurs et des
commerçants a porté sur l’analyse de la manutention de la filière pour déterminer les types, l’ampleur, et
les causes des pertes. La méthodologie utilisée a été adaptée de celle de La Gra (1990). Les pertes
observées sont causées par des facteurs mécaniques, physiologiques ou pathologiques pouvant être
aggravés par des techniques après récolte déficientes. L’ampleur de ces dommages sur les légumes a
varié selon la sensibilité de l’espèce. L’étude a révélé en outre, des pertes moyennes d’environ 10 % pour
l’amarante et 20 % pour la morelle noire et la corète. Des pertes financières de 2 000 F CFA/semaine, soit
4 $ pour la vente de l’amarante et de 4 000 F CFA/semaine, soit 8 $ pour chacun des deux autres légumes
ont ainsi été enregistrées. Pour minimiser les pertes après récolte, l’étude recommande, le développement
de techniques simples de manutention, d’infrastructures de transport, de commercialisation et de
conservation des produits.
Mots clés : Légumes feuilles traditionnelles, manutention post-récolte, facteur de détérioration, estimation
des pertes, Cameroun.

ABSTRACT

POST-HARVEST LOSSES OF TRADITIONAL LEAFY VEGETABLE WITHIN THE CHAIN OF PRODUCTION AND COMMERCIALISATION
IN YAOUNDE, CAMEROON

Traditional leafy vegetables contribute to the daily diet of the population in Cameroon. Their nature
particularly perishable limited shelf-life once harvested. This study provides an overview of post-harvest
losses of these vegetables as perceived by actors in the supply chain of Yaoundé. In a survey of producers
and traders we analyzed handling practices to determine the types, causes, and extent of post harvest losses
along the supply chain. The methodology used was adapted from La Gra (1990). The losses were caused
by mechanical, physiological or pathological factors, which may be aggravated by deficient post-harvest
technologies. The extent of losses varies with species sensitivity. The study found that the average losses are
approximately 10 % for amaranth and 20 % for each black nightshade and jute mallow. That causes the
equivalent of 2 000 XAF (~ 4 USD) for amaranth and 4 000 XAF (~ 8 USD) losses/week for the two others
vegetables. To minimize post harvest losses, the study recommends the development of simple handling
techniques, the development of transport and storage infrastructures, as well as an efficient marketing system.
Keywords : Traditional leafy vegetables, post-harvest handling, deterioration factors, loss estimation,
Cameroon.

Agronomie Africaine 25 (1) : 61 - 70 (2013)


62 C. KOUAME et al.

INTRODUCTION avec une teneur en eau élevée. Ils ont une durée
de conservation très limitée. Malgré la proximité
entre la production et la consommation des
Les légumes feuilles traditionnels contribuent à légumes feuilles, l’information ne circule pas
l’alimentation quotidienne de la population au bien dans la filière (Temple et Dury, 2004). En
Cameroun. Les cultures des légumes feuilles raison de la vitesse de dégradation des produits,
indigènes telles que Solanum spp. (Morelle une grande partie des récoltes est souvent
noire), Amaranthus spp. (Amarante) et perdue. D’autre part, peu de technologies post-
Corchorus spp. (Corète potagère) sont une récoltes existe pour les légumes, et lorsqu’elles
caractéristique de l’agriculture périurbaine à existent, elles sont trop complexes ou
Yaoundé (Kahane et al., 2005, Dongmo et al., inaccessibles pour le paysan (Berinyuy, 2004).
2005). Les légumes feuilles jouent aussi un rôle Ces légumes ne font pas l’objet de programmes
central dans la lutte contre la pauvreté par deux de recherche et de vulgarisation qui seraient
mécanismes : souvent issus de cueillettes ou pourtant utiles pour améliorer leurs conditions
cultivés dans des zones marginales (bas-fonds, de conservation (Dongmo, 2005). L’importance
marécages) (Kahane et al., 2005), leur production des pertes après récolte des légumes feuilles
est assurée plutôt par de petits agriculteurs varie d’un pays à l’autre en fonction de
marginalisés pour lesquels simultanément ils l’organisation des circuits de commercialisation
contribuent à l’équilibre nutritionnel et procurent (Kader, 2005). Panhwar (2006) a évalué à environ
par leur vente de petits revenus (Gockowski, 30 à 40 % les pertes après récolte des fruits et
2003). Par ailleurs leur commercialisation fait légumes au Pakistan et pense qu’elles seraient
l’objet généralement de circuits courts (Moustier encore plus élevées dans les pays en voie de
et Fleury, 2003), aux conditions d’accès développement. En effet, les pertes des fruits
nécessitant peu de moyens, et générant de fait et légumes dans certains pays africains
de nombreux emplois pour des populations avoisinent les 50 % FAO (2008). Dans cette
marginalisées des villes. Les revenus générés proportion, la part relative aux légumes feuilles
par la vente contribuent à la sécurité alimentaire n’est pas spécifiée. L’objectif de cette étude est
des ménages, à l’accès aux soins de santé de d’évaluer les pertes post-récoltes le long de la
la famille et permettent aux femmes d’atteindre chaîne de commercialisation des trois légumes
un certain degré d’indépendance financière dans feuilles traditionnels les plus consommés dans
le budget familial (IITA (International Institute of la ville de Yaoundé. Les objectifs spécifiques
Tropical Agriculture), 2003 ; Batchep, 2009). Les de cette étude consistent à : (i) rechercher les
légumes feuilles jouent un rôle important dans causes des pertes post récoltes et leur
le maintien de l’équilibre alimentaire surtout des incidence sur les produits, (ii) faire des
populations défavorisées (FAO (Food and propositions pour réduire ses pertes et améliorer
Agricultural Organisation), 2002). Elles
la qualité des produits et les bénéfices financiers
apportent aux ménages pauvres une grande
des producteurs et des commerçants et à
partie des micro-éléments indispensable pour
analyser les pratiques de manutention des
leur alimentation (Dongmo et al., 2005). Les
légumes traditionnels sont généralement plus acteurs de la filière afin de déterminer les types
riches en éléments minéraux, vitamines et et les causes des pertes après récolte et leur
facteurs nutritionnels, sans présenter de facteurs ampleur sur la filière.
antinutritionnels rédhibitoires (Bailey, 2003). Les
richesses en fer, vitamines A et C correspondent MATERIEL ET METHODES
à des enjeux de santé particulièrem ent
significatifs dans les pays où l’on compte de
nombreux cas d’aném ie causés par le MATERIEL VEGETAL
paludisme, et de déficience immunitaire. Les
fortes concentrations minérales assimilables
alliées aux faibles teneurs en substances anti- La morelle noire
nutritionnelles (acides phytique ou tannique, La morelle noire est une plante de la famille des
oxalates) en font de recommandables
Solanaceae. L’espèce la plus répandue au
suppléments diététiques (Akindahunsi et
Cameroun est Solanum scabrum. Localement
Salawu, 2005).
Zoom par les Bétis, Njap lah par les Bamiléké,
Les légumes feuilles sont des produits ba’am par les bassa, Bitosso par les Bafia,
périssables, qui sont habituellement récoltés Cissan par les Douala, Djap che par les Bamoun

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Pertes post-récolte des légumes feuilles traditionnels 63

et Houlahada en Fufuldé. C’est le légume étudiés ont été exprimées selon la formule :
feuille traditionnel le plus cultivé et le plus
P = (QA - QV) / QA
consommé.
Où, P = pertes (en %), QV = quantité vendable,
La corète potagère QA = quantité achetée.

La corète potagère est une plante de la famille La catégorie des légumes classée comme étant
des Tiliaceae. L’espèce la plus répandue au la quantité vendable est composée par les
Cameroun est Corchorus olitorius L. Localement légumes relativement sains qui pourraient être
appelé Tegue par les Bétis, Gbarack par les acceptés par les consommateurs. L’évaluation
Bafia, Django par les Bassa, Keleng keleng par des pertes a été réalisée par l’enregistrement à
les Douala et Lalo en Fufuldé. Trois variétés sont l’ombre, de la température interne des paniers,
fréquemment cultivés à savoir : L’Ewondo et par les pesées quotidiennes et le comptage
(Aziga), le Bafia et le géant de Bertoua. des échantillons. Pour se faire, 20 paquets ou
bottes de chaque type de légumes (amarante,
L’amarante morelle et corète potagère) ont été achetés à
raison de 10 paquets chez les producteurs (bord
L’amarante est une plante de la famille des champ) et 10 chez les détaillantes. Le volume
Amaranthaceae. L’espèce le plus cultivé au des paquets a varié suivant les fournisseurs.
Cameroun est Amaranthus cruentus L.; mais Dans chaque botte et pour chaque produit, un
on rencontre aussi A. dubius qui pousse comme échantillon de 10 tiges a été aléatoirement
une adventice. Localement appelé Kumkum par prélevé. Sur chaque échantillon de 20 tiges une
les Bafia, Ndjap mekat par Bamilekés, Po’oga identification des types et du niveau des pertes
par les Bassa, Folong par les Betis, Biwolè par a été effectuée par observation visuelle.
les Douala et Hakondjam en Fufuldé. L’évaluation des pertes a été effectuée sur les
échantillons dans les minutes qui ont suivi
METHODES l’approvisionnement. Ces échantillons ont été
étalés à l’ombre sur des sacs en plastique pour
minim iser les pertes dues aux dégâts
Collecte et analyse des données
physiologiques.
Les données ont été collectées à Yaoundé, La méthodologie utilisée pour conduire l’étude
d’une part dans les différents sites de production a été adaptée de celle de La Gra (1990) selon
que sont : Nkolondom, Ekoumdoum, Mendong, les étapes suivantes :
kondengui et Nkolbisson et d’autre part dans
les plus grands marchés locaux de vivres tels - choisir les systèmes à étudier ;
que Mokolo, Mfoundi, Mvog-Mbi et Essos. Pour - illustrer le processus suivi pour chaque cas
les trois légumes feuilles ciblés par cette étude étudié ;
que sont l’amarante, la morelle noire et la corète
potagère, chaque opération en rapport avec la - décrire et analyser le processus de la
manutention post-récolte ;
manutention post-récolte, de même que les
pertes à chaque étape ont été identifiées et - mesurer les pertes où elles ont été identifiées
analysées. La collecte des données a été comme importantes ;
réalisée à travers deux enquêtes au moyen d’un
- identifier les problèmes dans les systèmes de
questionnaire. La première enquête a consisté
manutention ;
en la collecte d’informations auprès des
producteurs, des grossistes et des détaillants - présenter les idées pour solutionner les
sur leurs méthodes de manutention, sur les problèmes.
destinations de leur produit et sur leur niveau de
Les données collectées ont été introduites dans
connaissance des causes de détérioration des
le logiciel EXCEL et transférées plus tard dans
produits et des techniques de conservation post-
SPSS (Statistical Package for Social Sciences)
récolte et enfin sur leurs perceptions des pertes
pour analyse. Les paramètres ont été définis
post-récoltes. La deuxième enquête a consisté
suivant l’ordre des questions dans le
en une analyse des pertes physiques et
questionnaire. Les fréquences des réponses
économiques au stade de la vente au détail.
semblables ont été groupées et comparées. Les
Les pertes post-récolte évaluées sur des tableaux et les graphiques auraient donc pu se
échantillons des différents légumes feuilles dessiner en utilisant l’Excel.

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RESULTATS par les insectes qui ont été éliminés à la récolte.


En général, la récolte a été exécutée avec soin
à la main ou à l’aide d’un couteau.
DESCRIPTION ET ANALYSE DU PROCESSUS
DE MANUTENTION POST-RECOLTE DES Les légumes ont ensuite été triés au champ et
LEGUMES FEUILLES. conditionnés en bottes par les producteurs ou
encore transportés en vrac dans les marchés
La figure 1 illustre le processus de manutention par les détaillantes qui feront par la suite, le tri
post-récolte des légumes feuilles. et le conditionnement en bottes. Avant la mise
en vente, les légumes feuilles ont été placés
Description du processus de sur des comptoirs soit étalés à même le sol.
manutention Pendant cette phase, les feuilles sont
généralement exposées au soleil ce qui crée
Pendant la récolte des légumes feuilles, les souvent des flétrissements ou des
pertes ont été très réduites. Ces pertes étaient dessèchements du fait de la perte d’eau par
constituées principalement de légumes abîmés transpiration.

Figure 1 : Processus post récolte de manutention des légumes feuilles.


Postharvest handling techniques process of leafy vegetables.

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Pertes post-récolte des légumes feuilles traditionnels 65

Analyse du processus de manutention convenablement stockés du fait d’un manque


d’infrastructures appropriées. Ils subissent ainsi,
La perception des différents acteurs de la filière des dommages dus à la chaleur (flétrissement,
des stades où se produisent des pertes de j auni ss em ent ) pendant l a pér iode de
légumes est indiquée sur la figure 2. stockage.
Les pertes des légumes feuilles sont intervenues Chez les grossistes, 40 % de répondants ont
durant la phase d’approvisionnement, de la déclarés que les pertes sont principalement dues
récolte à la consommation en passant par le d’une part, au temps mis avant le transport des
conditionnement, l’entreposage, le transport et produits sur les marchés, d’autre part, aux
la vente. La mise en vente est la principale étape mauvaises conditions de transport. Pendant les
au cours de laquelle 93 % de producteurs et périodes d’attente, lorsque les légumes feuilles
63 % de détaillantes ont enregistré les niveaux n’ont pas été bien conditionnés, ils étaient sujets
de pertes les plus élevés, surtout en cas de à la dégradation physiologique et à la pourriture
mévente de leurs produits. Souvent, dans les provoquée par l’infestation des légumes abîmés
marchés, les légumes feuilles ne sont pas par des agents pathogènes.

Figure 2 : Niveaux de pertes des légumes par les différents acteurs.


Stages of vegetable losses by different actors.

TYPES ET PRINCIPALES CAUSES DES optimales perdent rapidement de l’eau par


PERTES POST-RECOLTES évaporation. D’où une perte par flétrissement
plus importante.
La figure 3 illustre la perception que les
Les maladies et les insectes ont été cités par
répondants ont du niveau de pertes de leurs
les répondants comme une des causes des
produits vis-à-vis des différents dommages qui
pertes post-récoltes. En effet, 37 % des
peuvent les affecter ou être à l’origine des pertes.
producteurs sont persuadés qu’une non
Pour 68 % des répondants, le flétrissement des utilisation ou une utilisation inadéquate des
légumes était à l’origine des pertes de quantité pesticides affecte l’état des légumes. Ceci serait
moyenne, alors que 32 % pensent que ce facteur à l’origine des pertes de quantités non
serait à l’origine des pertes de faibles quantités. négligeables de produits. Soixante trois pourcent
En fait, les légumes souvent exposés à des pensent que les pertes de ce type sont plutôt
températures supérieures aux températures faibles. Plus de 70 % des répondants ont indiqué

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que les pertes en rapport avec la pourriture due Les dégâts mécaniques causés par une
à l’infestation des feuilles abimées au contact m anutention inadéquate dans la filière
des agents pathogènes sont faibles. Ce facteur d’approvisionnement semblent être les moins
aggravé par la durée de conservation des perceptibles. Quatre vingt dix-sept pourcent des
légumes feuilles frais (en moyenne 2 à 3 jrs) est répondants pensent qu’ils affectent faiblement
non négligeable. Environ 25 % de répondants le niveau de perte et seulement 3 % jugent que
lui attribuent des dégâts moyens (Figure 3). leur impact est moyen.

Figure 3 : Niveau de pertes post récolte par rapport des différents dommages qui peuvent liés
à leurs origines.
Degree of postharvest losses in relation with the different damages which can
cause them.

INCIDENCE DES CAUSES DES PERTES l’amarante (3 %) et à la corète (4 %). Les


POST-RECOLTES morelles ont aussi enregistré un taux plus élevé
de dommages physiologiques (flétrissement)
L’impact des types de perte post-récolte sur les sur environ 34 % des observations. L’analyse
différents légumes feuilles étudiés a été des échantillons d’amarante a montré que
enregistré dans le tableau 1. 42 % des échantillons n’ont présenté aucun
signe de dommages mécaniques et 75 % n’ont
Les pertes les plus élevées dues aux dégâts
montré aucun signe d’attaques d’insectes ou
mécaniques ont représenté 23 et 29 % des
de maladies. Cinquante quatre pourcent des
observations, respectivement chez les
échantillons de morelles n’ont montré aucun
amarantes et les morelles. Les dégâts
impact d’attaques des insectes. Soixante quatre
mécaniques, résultats d’une manutention
pourcent des échantillons de la corète n’ont pas
brutale des légumes se font particulièrement
présenté de signes de dommages mécaniques,
ressentir pendant la phase de chargement pour
contre 42 % pour les amarantes et 25 % pour
le transport des produits vers les marchés. Les
les morelles.
morelles noires ont présenté le taux le plus élevé
de légumes feuilles attaqués par les insectes La figure 4 met en relief une estimation des
pendant la production (9 %) comparées à pertes post-récolte des légumes feuilles étudiés.

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Pertes post-récolte des légumes feuilles traditionnels 67

Les pertes moyennes post-récolte ont donné (Batchep, 2009), les coûts en valeur
respectivement été de l’ordre de 10 % pour les monétaire des pertes s’élèveraient à 2 000 F/
amarantes et de 20 % pour les morelles et la semaine pour la vente de l’amarante et à
corète potagère. Ainsi, pour une botte de 4 000 F/semaine pour la morelle et la corète
légumes vendue au détail à 100 F CFA, les potagère, respectivement. Ces chiffres sont
élevés pour ces détaillantes qui ne disposent
pertes en valeur monétaire seraient respecti-
pas de ressources financières suffisantes. En
vement de 10 F/botte d’amarante et de 20 F/ outre, dépendantes du marché, elles peuvent
botte de morelle et de corète. Si l’on considère être contraintes à vendre leurs produits à vil prix
le fait que les détaillantes vendent en moyenne car le manque à gagner serait important en cas
200 bottes/semaine pour un type de légume de mévente.

Tableau 1 : Estimation qualitative des pertes post-récoltes des légumes feuilles.


Qualitative postharvest losses assessment of leafy vegetable.

Aucun : Ne présente aucune anomalie apparente,


Faible : Anomalie présente mais difficilement identifiable
Moyen : Anomalie apparente
Elevé : Anomalie grossière

Figure 4 : Estimation des pertes quantitatives des légumes feuilles traditionnels à la vente au détail.
Quantitative losses assessment of traditional leafy vegetables at retail sale.

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68 C. KOUAME et al.

DISCUSSION récolte. Ces facteurs peuvent être encore


aggravés par l’absence d’information et
d’expériences relatives aux bonnes pratiques
Cette étude a été initié pour évaluer la situation
post-récolte (FAO, 2006).
des pertes post-récolte de trois légumes feuilles
telle que perçue par les acteurs de la chaîne Cette étude a aussi révélé que les pertes post-
d’approvisionnement de Yaoundé. Les résultats récoltes des légumes traditionnels ont été
ont montré que la réduction de volumes des d’environ 10 à 20 %, les morelles sont plus
légumes due au flétrissement, est la cause de fragile et sensible à l’humidité comparée aux
perte des quantités plus ou moins importante autres légumes. Ce résultat se rapproche de
des légumes. Ce qui limite leur durée de ceux de Oluoch et al. (2009) qui ont estimé à
conservation à l’état frais à 2 voir 3 jrs. En effet, moins de 15 et 25 % les pertes des corètes et
à la température ambiante, les légumes feuilles des amarantes dues aux insectes au Kenya
se détériorent rapidement à cause de leur activité entre 1996 et 1998. Les pertes post-récoltes de
respiratoire élevée, qui favorise l’accumulation
tous les légumes en Egypte ont été estimé à
de la chaleur et l’épuisement de leurs
30 % (Blond, 1984). Les dégâts mécaniques,
importantes réserves d’eau (FAO, 1992). La
résultants d’une manutention brutale des
température est le facteur qui influence le plus
légumes sont réduites laissant supposer que
la vitesse de détérioration de la qualité des
légumes feuilles. Les températures et les taux les intervenants manipuleraient et traiteraient les
d’humidité élevés accélèrent la vitesse de légumes avec soin Le circuit de commer-
développement de la pourriture. Aussi, pendant cialisation des produits est également
le transport, l’aération étant insuffisante, la problématique. Les légumes ayant une durée
température des produits à l’intérieur de de conservation limitée, sont successivement
l’emballage s’élève rapidement ce qui fait qu’à réceptionnés et manipulés par les grossistes et
l’arrivée au marché, les légumes commencent les détaillants avant d’être mis à la disposition
déjà à flétrir et ne présentent plus la fraîcheur des consommateurs. Par conséquent,
qu’ils avaient lors de la récolte. Pour une plante, l’amélioration du système de manutention devrait
la récolte des tiges ou des feuilles est une forme être impérativement promue.
d’ «amputation». Au champ, la plante est reliée
aux racines qui lui fournissent l’eau et les feuilles
lui fournissent l’énergie nécessaire pour la
CONCLUSION
synthèse des matières organiques qui
contribuent à sa croissance et son Les pertes des légumes feuilles traditionnels
développement. Une fois que les légumes sont sont enregistrées à tous les stades de la filière
séparés de leur source d’eau, ils devraient d’approvisionnem ent : La récolte, le
inévitablement mourir. Une manutention post- conditionnement, le transport, et la vente des
récolte soigneuse est alors nécessaire. Les produits. Ces pertes sont essentiellement de
produits végétaux après la récolte peuvent être trois types : dommages mécaniques (emballage
affectés par des facteurs biologiques et inapproprié, surcharge pendant le transport,
environnementaux et aussi par un ou plusieurs m auvais état des routes) dommages
facteurs socio-économiques (Kader, 1983). Ces pathologiques et dommages physiologiques
facteurs socio économiques sont principalement
(exposition au sol et à la pluie, flétrissement et
des systèmes de commercialisation et des
perte de volume exposition au soleil, conser-
infrastructures de transport inadéquats, des lois
vation, transport). Ces pertes sont princi-
et règlementation, l’indisponibilité des outils et
palement dues à la conjonction d’infrastructures
matériels nécessaires, le manque d’information
et le mauvais entretien des infrastructures. déficientes, à l’absence d’informations sur la
Minimiser ces contraintes est alors essentiel manutention post-récolte et de la complexité du
pour réduire les pertes post-récoltes des produits système de commercialisation. L’étude a révélé
agricoles. Les pays en développement sont que la manutention telle qu’elle est pratiquée
surtout confrontés à des problèmes d’infra- est susceptible d’entraîner des pertes post-
structures. C’est le cas de l’insuffisance et de récolte de 10 à 20 % selon l’espèce. En
l’inefficacité des réseaux routiers et électriques. conséquence, ces pertes peuvent avoir une
Deux facteurs pourtant indispensables pour incidence sur la qualité nutritionnelle de ces
réduire l’impact considérable des pertes post- produits et sur les revenus des acteurs.

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Pertes post-récolte des légumes feuilles traditionnels 69

Afin de parvenir à la réduction des pertes post- vation de la biodiversité et de l’environ-


récoltes des légumes traditionnels, cette étude nement. TROPICULTURA, 2005, 23, 3,
suggère : une manutention soigneuse des 130 - 135
produits, et un contrôle des facteurs Essiane Y. 2008. Diagnostic de la consommation
environnementaux et socio-économiques. En des légumes en fonction des facteurs
outre, une intervention de tous les acteurs socio démographiques dans la ville de
concernés, en particulier ceux des institutions Yaoundé. Rapport de stage de pré-insertion
des secteurs publics (l’Etat, les services de professionnelle. FASA : Université de
Dschang, Cameroun. 49 p.
vulgarisation) et privés (les institutions de
recherche et les ONG) est à encourager FAO.1992. Prévention des pertes après récoltes
vivement. En effet, l’Etat devrait s’investir dans des fruits, légumes racines et tubercules.
le développement des infrastructures de Rome N° 1712, 183 p.
transport, de commercialisation et de FAO. 2002. Agriculture, alimentation et nutrition en
conservation. Les institutions de recherche Afrique. Un ouvrage de référence à l’usage
devraient développer des technologies et des des professeurs d’agriculture. Rome,
pratiques simples et adaptées aux conditions 446 p.
locales. Des programmes de formation et de FAO. 2008. Consultant. www.agrisupport-
diffusion des informations aux acteurs concernés online.com.
sur les méthodes de manutention, de transport
Gockowski J., Mbazo’o J., Mbah G. and F. T.
et de stockage appropriées sont aussi à Moulende. 2003. African traditional leafy
envisager. vegetables and the urban and peri-urban
poor. Food Policy 28, 221 - 235
REFERENCES Kader A. 1983. Postharvest quality maintenance of
fruits and vegetables in developing
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vegetables. Afr. J. Biotechnol. 4 : 497 - 501. Kahane R., Temple L., Brat P. et H. De Bon. 2005.
Les légumes feuilles des pays tropicaux :
Bailey J. M. 2003. Aliments du Pacifique : Les diversité, richesse économique et valeur
feuilles vertes que nous mangeons. Version santé dans un contexte très fragile.
française du manuel de la CPS n°31, 2000. Colloque Angers 7 - 9 septembre 2005 - 03
Service de publication du Secrétariat général - 14. Les légumes : un patrimoine à
de la Communauté du Pacifique (CPS), transmettre et à valoriser.
Graphoprint, Nouméa. 97 p
IITA. 2003. Pass the leafy veggies please. In E.W.
Batchep R. 2008. Diagnostic de la consommation Sci. in Afr. Mag. Iss. no. 31.
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