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Cours MAT 203 Moodle

Le document présente le cours MAT 203 d'Analyse approfondie à l'Université Grenoble Alpes pour l'année universitaire 2024-2025. Il aborde divers sujets mathématiques tels que les propriétés des nombres réels, les suites numériques, les limites, la continuité, et les fonctions dérivables. Chaque section est détaillée avec des sous-thèmes et des propriétés essentielles pour une compréhension approfondie des concepts mathématiques.
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© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
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Université Grenoble Alpes

MAT 203
Analyse approfondie

Cours écrit par Emmanuel Russ


avec quelques modifications par l’équipe de MAT203.

Année Universitaire 2024-2025

Licence 1 - Parcours IMA

==============================================
Table des matières

1 Quelques propriétés des nombres réels 5


1.1 Rappels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.1.1 Nombres entiers . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.1.2 Nombres réels et rationnels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.2 Parties majorées, minorées, bornées . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.2.1 Majorant, minorant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.2.2 Plus grand et plus petit élément . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
1.2.3 Borne supérieure, borne inférieure . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
1.2.4 Retour sur des propriétés de N et Z . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
1.3 Intervalles et valeur absolue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
1.3.1 Intervalles de R . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
1.3.2 Caractérisation des intervalles de R . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
1.3.3 Nombres rationnels, irrationnels et intervalles de R . . . . . . . . . . 10
1.3.4 Lien entre intervalles et valeur absolue . . . . . . . . . . . . . . . . . 10

2 Suites numériques 13
2.1 Généralités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
2.2 Limites de suites . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
2.2.1 Suites convergentes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
2.2.2 Suites convergentes et suites bornées . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
2.2.3 Opérations sur les suites convergentes . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
2.2.4 Suites convergentes et inégalités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
2.3 Limites infinies . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
2.3.1 Définitions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
2.3.2 Suites de limite infinie et inégalités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
2.3.3 Opérations sur les limites infinies . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
2.3.4 Croissance comparée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
2.3.5 Suites convergentes et monotonie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
2.4 Relations de comparaison . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
2.5 Suites définies par récurrence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
2.5.1 Généralités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
2.5.2 Suites arithmétiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
2.5.3 Suites géométriques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
2.5.4 Suites arithmético-géométriques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
2.5.5 Suites homographiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
2.5.6 Un autre exemple . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
2.6 Suites extraites . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27

3
2.6.1 Définition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
2.6.2 Lien avec la convergence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27

3 Limites et continuité 31
3.1 Limite d’une fonction en un point . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
3.1.1 Compléments sur les intervalles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
3.1.2 Définition de la limite d’une fonction en un point . . . . . . . . . . . 31
3.1.3 Propriétés de la limite . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
3.2 Fonctions continues . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
3.2.1 Fonctions continues en un point . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
3.2.2 Fonctions continues sur un intervalle . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
3.2.3 Théorème des valeurs intermédiaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
3.2.4 Lien entre continuité et bijection . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
3.2.5 Fonctions continues sur un segment . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
3.2.6 Prolongement par continuité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44
3.3 Limites infinies . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
3.4 Limites en ±∞ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49
3.5 Relations de comparaison . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52

4 Fonctions dérivables 55
4.1 Définitions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
4.2 Propriétés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
4.3 Fonction dérivée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 57
4.4 Dérivées d’ordre supérieur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59
4.5 Dérivabilité et extrema locaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60
4.6 Théorème des accroissements finis . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
4.7 Dérivabilité et monotonie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
4.8 Dérivée et fonction réciproque . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 63

5 Développements limités 65
5.1 Une nouvelle caractérisation de la dérivabilité . . . . . . . . . . . . . . . . . 65
5.2 Formule de Taylor-Young . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66
5.3 Développements limités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 68
5.3.1 Premières propriétés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 68
5.3.2 Les développements limités des fonctions usuelles . . . . . . . . . . . 70
5.3.3 Développement limité d’une somme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 70
5.3.4 Développement limité d’un produit . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71
5.3.5 Développement limité et dérivation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 72
5.3.6 Développement limité d’une fonction composée . . . . . . . . . . . . 73
5.3.7 Quelques applications des développements limités . . . . . . . . . . . 74

==============================================
Chapitre 1

Quelques propriétés des nombres réels

1.1 Rappels
1.1.1 Nombres entiers
On rappelle que Z désigne l’ensemble des entiers, et N celui des entiers positifs ou nuls :
N := {n ∈ Z; n ≥ 0} ,
alors que
N∗ := {n ∈ N; n ≥ 1} .

1.1.2 Nombres réels et rationnels


De plus, R désigne l’ensemble des nombres réels, et Q celui des rationnels, c’est-à-dire
les réels x pour lesquels il existe p ∈ Z et q ∈ N∗ tels que x = pq . On note que Q 6= R. Par

exemple, 2 ∈ / Q. En effet, supposons qu’il existe p ∈ N et q ∈ N∗ tels que
p √
= 2.
q
Soit k le P GCD de p et q. Il existe donc p1 ∈ N et q1 ∈ N∗ tels que p = kp1 et q = kq1 .
Alors
p1 √
= 2,
q1
et p1 et q1 sont premiers entre eux (ce qui signifie que leur seul diviseur commun est 1).
En élevant cette égalité au carré on obtient
p21 = 2q12 ,
de sorte que p21 est pair, donc p1 est pair aussi (sinon, p1 = 2n1 + 1 pour un entier n1 ∈ N,
donc p21 = 4n21 + 4n1 + 1 est impair). Il existe donc n1 ∈ N tel que p1 = 2n1 , donc
4n21 = 2q12 ,
ce qui donne
q12 = 2n21 .
Par suite, q12 est pair, donc q1 est pair. Ainsi, p1 et q1 sont√divisibles par 2, ce qui est
impossible car p1 et q1 sont premiers entre eux. Finalement, 2 ∈ / Q.
On rappelle aussi que, pour tout réel x, il existe un entier n ∈ Z tel que n ≥ x et un entier
m ∈ Z tel que m ≤ x.

5
1.2 Parties majorées, minorées, bornées
1.2.1 Majorant, minorant
Définition 1.2.1 Soit A ⊂ R.
1. On dit que A est majorée si et seulement si il existe M ∈ R tel que, pour tout x ∈ A,
x ≤ M . Avec des quantificateurs, A est majorée équivaut à

∃M ∈ R, ∀x ∈ A, x ≤ M.

2. On dit que A est minorée si et seulement si il existe m ∈ R tel que, pour tout x ∈ A,
x ≥ m. Avec des quantificateurs, A est minorée équivaut à

∃m ∈ R, ∀x ∈ A, x ≥ m.

3. On dit que A est bornée si et seulement si A est majorée et minorée. Cela revient à
dire qu’il existe M > 0 tel que, pour tout x ∈ A, |x| ≤ M .

Remarque 1.2.2 1. Si A est majorée et si M ∈ R est tel que x ≤ M pour tout x ∈ A,


alors, pour tout M 0 ≥ M , x ≤ M 0 pour tout x ∈ A. Enoncé analogue pour une partie
minorée.
2. Si A ⊂ R, A n’est pas majoré si et seulement si,

∀M ∈ R, ∃x ∈ A, x > M

et A n’est pas minoré si et seulement si,

∀m ∈ R, ∃x ∈ A, x < m.

Exemple 1.2.3 1. Si A = [0, +∞[= {x ∈ R; x ≥ 0}, A est minoré (car pour tout
x ∈ A, x ≥ 0) mais pas majoré (en effet, si A est majoré, la remarque 1.2.2 montre
qu’il existe M > 0 tel que x ≤ M pour tout x ∈ A. Or 2M > M et 2M ∈ A, ce qui
donne une contradiction.
2. Si A = [0, 1[= {x ∈ R; 0 ≤ x < 1}, A est borné.
3. Si A = R, A n’est ni majoré ni minoré (argument analogue au premier exemple).

Définition 1.2.4 Soit A ⊂ R.


1. On suppose A majoré. On appelle majorant de A tout nombre M ∈ R tel que x ≤ M
pour tout x ∈ A.
2. On suppose A minoré. On appelle minorant de A tout nombre m ∈ R tel que x ≥ m
pour tout x ∈ A.

Exemple 1.2.5 1. Si A = [0, +∞[, l’ensemble des minorants de A est égal à ] −


∞, 0] = {y ∈ R; y ≤ 0}. En effet, si m ≤ 0, m ≤ 0 ≤ x pour tout x ∈ A, donc m
est un minorant de A. Si m > 0, alors m n’est pas un minorant de A car 0 < m et
0 ∈ A.
2. Si A = [0, 1[, l’ensemble des minorants de A est égal à ]−∞, 0] (même argument que
le cas précédent) et l’ensemble des majorants de A est [1, +∞[= {y ∈ R; y ≥ 1}.
En effet, si M ≥ 1, x ≤ M pour tout x ∈ A donc M est un majorant de A. Si
0 ≤ M < 1, alors 0 ≤ M < 1+M 2 < 1 donc 1+M 2 ∈ A et M n’est donc pas un
majorant de A. Si M < 0, M n’est pas un majorant de A car 0 ∈ A.
1.2.2 Plus grand et plus petit élément
Définition 1.2.6 Soit A ⊂ R.
1. On appelle plus grand élément de A le nombre M ∈ R (s’il existe) tel que :
(a) M ∈ A,
(b) pour tout x ∈ A, x ≤ M .
En d’autres termes, M est un majorant de A qui appartient à A.
2. On appelle plus petit élément de A le nombre m ∈ R (s’il existe) tel que :
(a) m ∈ A,
(b) pour tout x ∈ A, x ≥ m.
En d’autres termes, m est un minorant de A qui appartient à A.

Remarque 1.2.7 1. Même si A est majoré, A n’a pas forcément de plus grand élé-
ment. Par exemple, soit A = [0, 1[. Si A possède un plus grand élément M , alors
pour tout x ∈ A, x ≤ M donc M est un majorant de A, donc M ≥ 1 (voir l’exemple
1.2.5). Or pour tout M ≥ 1, M ∈/ A. De même, un ensemble minoré n’a pas forcé-
ment de plus petit élément.
2. Si A possède un plus grand élément, alors cet élément est unique. En effet, si M1
et M2 sont des plus grands éléments de A, comme M2 est un majorant de A et
comme M1 ∈ A, M1 ≤ M2 . Comme M1 est un majorant de A et comme M2 ∈ A,
M2 ≤ M1 . Finalement M1 = M2 . De même, si A possède un plus petit élément,
alors cet élément est unique.
3. Si A = [0, 1] := {x ∈ R; 0 ≤ x ≤ 1}, alors 0 est le plus petit élément de A et 1 le
plus grand élément de A.
4. Si A est un ensemble fini, alors A possède un plus grand élément et un plus petit
élément.

1.2.3 Borne supérieure, borne inférieure


Un majorant d’une partie majorée est d’autant meilleur (ou plus précis) qu’il est plus
petit. Ainsi, le “meilleur” majorant d’un sous-ensemble majoré de R est le plus petit élément
de l’ensemble de ses majorants, si ce plus petit élément existe. Cette observation conduit
à la notion importante de borne supérieure :

Proposition 1.2.8 (Propriété de la borne supérieure) Soit A ⊂ R non vide.


1. On suppose A majorée. Alors l’ensemble des majorants de A possède un plus petit
élément, qu’on appelle la borne supérieure de A et qu’on note sup A.
2. On suppose A minorée. Alors l’ensemble des minorants de A possède un plus grand
élément, qu’on appelle la borne inférieure de A et qu’on note inf A.

Preuve : Notre définition opératoire des nombres réels comme nombres signés qui peuvent
être représentés par un entier suivi d’une liste finie ou infinie de décimales est un peu trop
naïve. L’existence de ce plus petit majorant (ou plus grand minorant) peut se prouver en
étudiant d’une manière plus précise comment construire R à partir de Q et donc à partir de
la théorie des ensembles. Ceci sortirait de l’objectif de ce cours. Nous considérerons donc
cette proposition comme un axiome de R.

Exemple 1.2.9 1. Si A = [0, 1], l’ensemble des majorants de A est {x ∈ R, x ≥ 1},


donc le plus petit majorant de A est 1. On a donc sup A = 1. De même, inf A = 0.
2. Si A = [0, 1[, l’ensemble des majorants de A est {x ∈ R, x ≥ 1}, donc le plus petit
majorant de A est 1. On a donc sup A = 1. Là aussi, inf A = 0.
3. Soit A = x ∈ R; x2 ≤ 2 . A est clairement majoré, par exemple par 2 puisque le


carré de tout entier x ≥ 2 vérifie x ≥ 4 et donc ne peut être dans A. Il existe donc
un plus petit majorant M = sup A de A. Par l’absurde on montre facilement
√ que
2
M = 2. Une définition possible de la racine carrée est donc de poser 2 = sup A.

Remarque 1.2.10 Soit A ⊂ R une partie non vide majorée.


1. La partie A possède toujours une borne supérieure (Proposition 1.2.8), mais pas
toujours de plus grand élément. Par exemple, si A = [0, 1[, la borne supérieure de
A vaut 1 (exemple 1.2.9) mais A n’a pas de plus grand élément (remarque 1.2.7).
2. Si A possède un plus grand élément M , alors M = sup A. En effet, M est un
majorant de A, et si x < M , x n’est pas un majorant de A puisque M ∈ A. Ainsi,
M est bien le plus petit majorant de A.

On peut reformuler la définition de la borne supérieure de la façon suivante (preuve laissée


en exercice) :

Proposition 1.2.11 Soit A ⊂ R une partie non vide majorée. Soit M ∈ R. Alors M =
sup A si et seulement si les deux conditions suivantes sont vérifiées :
1. pour tout x ∈ A, x ≤ M ,
2. pour tout M 0 < M , il existe x ∈ A tel que x > M 0 .

1.2.4 Retour sur des propriétés de N et Z


On rappelle l’importante propriété suivante :

Proposition 1.2.12 Soit A ⊂ Z une partie non vide. Alors :


1. si A est minorée, A possède un plus petit élément,
2. si A est majorée, A possède un plus grand élément.

Une conséquence importante est l’existence, pour tout réel, de sa partie entière :

Proposition 1.2.13 Soit x ∈ R. Il existe un unique entier n ∈ Z tel que n ≤ x < n + 1.


L’entier n s’appelle la partie entière de x et se note n =: E(x).

Preuve : Pour l’existence, soit A := {n ∈ Z; n ≤ x}. L’ensemble A est non vide (fin de
la section 1.1.2) et majoré par x. La proposition 1.2.12 assure que A possède donc un plus
grand élément n ∈ Z, qui vérifie donc n ≤ x. Comme n + 1 ∈ / A (puisque n + 1 > n et n
est le plus grand élément de A), n + 1 > x.
Pour l’unicité, soient n1 , n2 ∈ Z tels que n1 ≤ x < n1 + 1 et n2 ≤ x < n2 + 1. Alors n1
est le plus grand élément de A. En effet, n1 est un élément de A, et si k ∈ A est tel que
k > n1 , alors comme k est un entier, k ≥ n1 + 1 > x donc k ∈ / A). De même, n2 est le plus
grand élément de A, donc n1 = n2 . 

1.3 Intervalles et valeur absolue


1.3.1 Intervalles de R
Définition 1.3.1 Soit I ⊂ R. On dit que I est un intervalle de R si et seulement si l’une
des conditions suivantes est vérifiée :
1. I = ∅,
2. il existe a ≤ b ∈ R tels que I = [a, b] := {x ∈ R; a ≤ x ≤ b} ou I = [a, b[:=
{x ∈ R; a ≤ x < b} ou I =]a, b] := {x ∈ R; a < x ≤ b} ou I =]a, b[:= {x ∈ R; a < x < b},
3. il existe a ∈ R tel que I =]−∞, a] := {x ∈ R; x ≤ a} ou I =]−∞, a[:= {x ∈ R; x < a}
ou I = [a, +∞[:= {x ∈ R; x ≥ a} ou I =]a, +∞[:= {x ∈ R; x > a},
4. I = R.

Définition 1.3.2 Soit I ⊂ R un intervalle. On dit que :


1. I est ouvert si I = ∅, ou si I = R, ou s’il existe a < b ∈ R tels que I =]a, b[, ou s’il
existe a ∈ R tel que I =] − ∞, a[ ou I =]a, +∞[,
2. I est fermé si I = ∅, ou si I = R, ou s’il existe a ≤ b ∈ R tels que I = [a, b], ou s’il
existe a ∈ R tel que I =] − ∞, a] ou I = [a, +∞[,
3. I est un segment s’il existe a ≤ b ∈ R tels que I = [a, b], ce qui revient à dire que I
est un intervalle fermé et borné.

1.3.2 Caractérisation des intervalles de R


On décrit ici une caractérisation importante des intervalles de R, qui affirme que les
intervalles de R sont exactement les parties convexes de R, c’est-à-dire celles qui, chaque
fois qu’elles contiennent deux points x et y, contiennent tout l’intervalle [x, y] :

Proposition 1.3.3 Soit I ⊂ R. Alors I est un intervalle de R si et seulement si, pour


tous x, y ∈ I avec x < y, [x, y] ⊂ I.

Preuve : On vérifie facilement que si I est un intervalle de R, alors pour tous x, y ∈ I


avec x < y, [x, y] ⊂ I.
On suppose maintenant que pour tous x, y ∈ I avec x < y, [x, y] ⊂ I. Si I = ∅, I est un
intervalle. On suppose maintenant I non vide.
Supposons I majoré et minoré et soient a := inf I et b := sup I. Si a ∈ I et b ∈ I, alors
I = [a, b]. En effet, comme I est minoré par a et majoré par b, alors I ⊂ [a, b]. De plus,
comme a, b ∈ I, par hypothèse, [a, b] ⊂ I. Ainsi, I = [a, b].
Si a ∈ I et b ∈ / I, alors I = [a, b[. En effet, I ⊂ [a, b], et comme b ∈ / I, I ⊂ [a, b[. Soit
maintenant x ∈ [a, b[. Comme b est le plus petit majorant de I, x n’est pas un majorant
de I, donc il existe y ∈ I tel que x < y < b. Comme a, y ∈ I, [a, y] ⊂ I, donc x ∈ I. Ainsi,
[a, b[⊂ I.
On traite de même le cas où a ∈ / I et b ∈ I. Enfin, si a ∈/ I et b ∈
/ I, on montre de même
que I =]a, b[.
Si I est majoré et non minoré, soit a := sup I. Alors I ⊂]−∞, a]. Si a ∈ I, alors I =]−∞, a].
En effet, soit x ≤ a. Comme I n’est pas minoré, il existe y < x tel que y ∈ I. Comme
a ∈ I, [y, a] ⊂ I, donc x ∈ I.
Si a ∈/ I, alors I ⊂] − ∞, a[. Soit maintenant x < a. Comme I n’est pas minoré, il existe
y < x tel que y ∈ I. Comme a est le plus petit majorant de I, x n’est pas un majorant de
I, donc il existe z ∈ I tel que x < z. Comme y, z ∈ I, [y, z] ⊂ I, donc x ∈ I. Finalement,
I =] − ∞, a[.
On traite de même le cas où I est minoré et non majoré.
Finalement, si I n’est ni minoré, ni majoré, alors I = R. En effet, soit x ∈ R. Comme I
n’est pas minoré, il existe y < x tel que y ∈ I. Comme I n’est pas majoré, il existe z > x
tel que z ∈ I. Comme y, z ∈ I, [y, z] ⊂ I, de sorte que x ∈ I. 
1.3.3 Nombres rationnels, irrationnels et intervalles de R
Etant donnés deux réels, il existe toujours un rationnel strictement compris entre ces
réels. En d’autres termes :
Proposition 1.3.4 Soient x, y ∈ R avec x < y. Alors il existe z ∈]x, y[ tel que z ∈ Q. En
d’autres termes, tout intervalle ouvert non vide de R contient (au moins) un rationnel. On
traduit aussi cette propriété en disant que Q est dense dans R.

Preuve : Soit n ∈ N∗ un entier tel que n1 < y − x. Un tel n existe toujours, par exemple
1
n = E( y−x ) + 1. Comme ny − nx = n(y − x) > 1, il existe un entier k ∈ N tel que
nx < k < ny. Donc x < nk < y et nk ∈ Q. 
On remarquera que t = x+y 2 vérifie x < t < y donc ]x, y[ contient deux intervalles disjoints
]x, t[ et ]t, y[. En répétant cette construction et en utilisant la proposition 1.3.4 il existe
donc même une infinité de rationnels dans l’intervalle ]x, y[.
Une autre conséquence de la proposition 1.3.4 est que tout intervalle ouvert non vide de R
contient aussi un irrationnel (et en fait en suivant la même construction une infinité) :
Corollaire 1.3.5 Soient x, y ∈ R avec x < y. Alors il existe z ∈]x, y[ tel que z ∈
/ Q. En
d’autres termes, R \ Q est dense dans R.

Preuve : Soit z ∈√ Q avec x < z < y√ (donné par la proposition√


1.3.4). Soit n ≥ 1 √
un
entier tel que n > y−z . Alors x < z + n < y. De plus, si z + n est rationnel, alors n2
2 2 2
√ √ √ √ √
l’est aussi (car n2 = n2 + z − z), donc 2 aussi (car 2 = n2 × n), ce qui est faux (voir
√ √
2 2
la section 1.1). Finalement, z + n ∈
/ Q et x < z + n < y. 

1.3.4 Lien entre intervalles et valeur absolue


On rappelle que, pour tout a ∈ R,

a si a ≥ 0,
|a| =
−a si a < 0.
Si z = a + ib ∈ C avec a, b ∈ R, on définit le module de z :
p
|z| = a2 + b2 .
Remarquons que si z est un réel le module de z est sa valeur absolue, ce qui justifie le fait
d’utiliser la même notation.
On rappelle l’inégalité triangulaire :
Proposition 1.3.6 Pour tous a, b ∈ C,
|a + b| ≤ |a| + |b| ,
et en conséquence,
||a| − |b|| ≤ |a − b| .
Certains intervalles de R peuvent être décrits au moyen de la valeur absolue. En effet,
soient a ∈ R et ε > 0. Alors
{x ∈ R; |x − a| < ε} =]a − ε, a + ε[
et
{x ∈ R; |x − a| ≤ ε} = [a − ε, a + ε].
On peut interpréter |x − a| comme la “distance entre x et a”.
On termine ce paragraphe par le résultat suivant, qu’on utilisera fréquemment :
Lemme 1.3.7 Soit a ∈ C. On suppose que |a| ≤ ε pour tout ε > 0. Alors a = 0.

|a|
Preuve : On suppose que a 6= 0, de sorte que |a| > 0. Alors, si ε := 2 , on a bien ε > 0
et |a| > ε. 
Chapitre 2

Suites numériques

2.1 Généralités
La plupart des résultats énoncés dans cette section ont été vus au premier semestre, et
seront donc présentés ici sans démonstration.

Définition 2.1.1 On appelle suite réelle (respectivement complexe) une application u de


N dans R (respectivement dans C). On la note généralement (un )n∈N ou (un )n≥0 .

Remarque 2.1.2 Soit N ∈ N. Dans certains cas, on considèrera des suites définies à
partir de N , c’est-à-dire définies pour tout entier n ≥ N . On les notera (un )n≥N .

Définition 2.1.3 Soit (un )n∈N une suite à valeurs dans C.


1. La suite (un )n∈N est bornée si et seulement si il existe M > 0 tel que, pour tout
n ∈ N, |un | ≤ M . Cela revient à dire que l’ensemble {|un | ; n ∈ N} est borné.
2. Si un ∈ R pour tout n ∈ N, la suite (un )n∈N est majorée si et seulement si il existe
M > 0 tel que, pour tout n ∈ N, un ≤ M . Cela revient à dire que l’ensemble
{un ; n ∈ N} est majoré.
3. Si un ∈ R pour tout n ∈ N, la suite (un )n∈N est minorée si et seulement si il
existe m > 0 tel que, pour tout n ∈ N, un ≥ m. Cela revient à dire que l’ensemble
{un ; n ∈ N} est minoré.
4. Si un ∈ R pour tout n ∈ N, la suite (un )n∈N est croissante si et seulement si, pour
tout n ∈ N, un ≤ un+1 .
5. Si un ∈ R pour tout n ∈ N, la suite (un )n∈N est strictement croissante si et seule-
ment si, pour tout n ∈ N, un < un+1 .
6. Si un ∈ R pour tout n ∈ N, la suite (un )n∈N est décroissante si et seulement si, pour
tout n ∈ N, un ≥ un+1 .
7. Si un ∈ R pour tout n ∈ N, la suite (un )n∈N est strictement décroissante si et
seulement si, pour tout n ∈ N, un > un+1 .
8. Si un ∈ R pour tout n ∈ N, la suite (un )n∈N est monotone si et seulement si (un )n∈N
est croissante ou (un )n∈N est décroissante.
9. Si un ∈ R pour tout n ∈ N, la suite (un )n∈N est strictement monotone si et seulement
si (un )n∈N est strictement croissante ou (un )n∈N est strictement décroissante.

13
Remarque 2.1.4 Soit (un )n∈N une suite à valeurs dans C. On suppose qu’il existe M > 0
et N ∈ N∗ tels que, pour tout n ≥ N , |un | ≤ M . Alors la suite (un )n∈N est bornée. En
effet, si
K := max |uk | ,
0≤k≤N −1

alors, pour tout entier n ∈ N,


|un | ≤ max (K, M ) .

Exemple 2.1.5 1. Si θ ∈ R, un := einθ et vn := neinθ pour tout n ∈ N, la suite


(un )n∈N est bornée car |un | = 1 pour tout entier n et la suite (vn )n∈N n’est pas
bornée car |vn | = n pour tout entier n.
2. Si un := (−1)n pour tout entier n ∈ N, la suite (un )n∈N est bornée, mais n’est pas
monotone car u0 > u1 et u1 < u2 .
3. Si un := 1
npour tout n ∈ N∗ , la suite (un )n≥1 est strictement décroissante.
4. Si un := E n2 , où on rappelle que E désigne la partie entière (Proposition 1.2.13),


alors (un )n∈N est croissante mais pas strictement croissante.

2.2 Limites de suites


2.2.1 Suites convergentes
Définition 2.2.1 Soient (un )n∈N une suite à valeurs dans C et l ∈ C. On dit que (un )n∈N
converge vers l, ou a pour limite l, si et seulement si, pour tout ε > 0, il existe N ∈ N tel
que |un − l| ≤ ε pour tout n ≥ N . On écrit alors

lim un = l.
n→+∞

Avant de donner des exemples de suites qui possèdent ou non une limite, il est important
de voir que la limite d’une suite, si elle existe, est unique :

Proposition 2.2.2 Soient (un )n∈N une suite à valeurs dans C et l1 , l2 ∈ C. On suppose
que (un )n∈N converge vers l1 et vers l2 . Alors l1 = l2 .

Exemple 2.2.3 1. Soit a ∈ R. Si un := a pour tout entier n ∈ N, alors

lim un = a.
n→+∞

En effet, pour tout ε > 0 et tout entier n ∈ N,

|un − a| = 0 < ε.

1
2. Si un := n pour tout entier n ≥ 1, alors

lim un = 0.
n→+∞

En effet, soit ε > 0. Soit N ≥ 1 un entier tel que N ≥ 1ε . Alors, pour tout entier
n ≥ N,
1 1
|un | = ≤ ≤ ε.
n N
3. Si un := (−1)n pour tout n ∈ N, alors (un )n∈N ne possède pas de limite dans R. En
effet, supposons qu’il existe l ∈ R tel que

lim un = l.
n→+∞

Soit ε > 0. Il existe N ∈ N tel que, pour tout entier n ≥ N , |un − l| ≤ ε.


Soit n un entier pair tel que n ≥ N . Comme un = 1, on obtient que |1 − l| ≤ ε.
Comme c’est vrai pour tout ε > 0, on a donc 1 − l = 0 par le lemme 1.3.7, donc
l = 1.
De même, soit n un entier impair tel que n ≥ N . Comme un = −1, on obtient que
|−1 − l| ≤ ε. Comme c’est vrai pour tout ε > 0, on a donc −1 − l = 0 par le lemme
1.3.7, donc l = −1.
On a donc obtenu que l = 1 et l = −1, ce qui est impossible par la proposition 2.2.2.
4. Pour tout x ∈ R, il existe une suite (xn )n∈N avec xn ∈ Q pour tout n ∈ N et
limn→+∞ xn = x. En effet, pour tout entier n ∈ N, par densité de Q dans R
1 1
(proposition 1.3.4 du chapitre 1), il existe xn ∈ Q tel que x − n+1 < xn < x + n+1 .
1 1
En d’autres termes, |x − xn | < n+1 . Soient ε > 0, et N ∈ N tel que N > ε − 1.
Alors, pour tout n ≥ N ,
1 1
|x − xn | < ≤ < ε.
n+1 N +1
On a donc bien limn→+∞ xn = x.

2.2.2 Suites convergentes et suites bornées


Comme le montre l’exemple de la suite ((−1)n )n∈N (exemple 2.2.3), une suite bornée
n’est pas nécessairement convergente. Par contre :
Proposition 2.2.4 Soit (un )n∈N une suite à valeurs dans C. On suppose que (un )n∈N
converge vers l ∈ C. Alors la suite (un )n∈N est bornée.

2.2.3 Opérations sur les suites convergentes


On va examiner la convergence d’une somme, d’un produit ou d’un quotient de suites
convergentes. On commence par un résultat concernant le produit d’une suite de limite
nulle par une suite bornée :
Proposition 2.2.5 Soient (un )n∈N et (vn )n∈N des suites. On suppose que limn→+∞ un = 0
et que la suite (vn )n∈N est bornée. Alors limn→+∞ un vn = 0.

Remarque 2.2.6 Si, dans l’énoncé de la proposition 2.2.5, on ne suppose plus la suite
(vn )n∈N bornée, la conclusion n’est plus vraie. Ainsi, si un := n1 et vn = n2 pour tout entier
n ≥ 1, alors un vn = n pour tout entier n ≥ 1 et la suite (un vn )n≥1 n’est pas bornée, donc
ne converge pas.

Voici maintenant ce qui se passe pour des sommes, produits ou quotients de suites conver-
gentes :
Proposition 2.2.7 Soient (un )n∈N et (vn )n∈N des suites. On suppose qu’il existe l1 , l2 ∈ C
tels que limn→+∞ un = l1 et limn→+∞ vn = l2 . Alors :
1. limn→+∞ (un + vn ) = l1 + l2 ,
2. limn→+∞ (un vn ) = l1 l2 ,
un l1
3. si l2 6= 0, alors il existe N ∈ N tel que vn 6= 0 pour tout n ≥ N et limn→+∞ vn = l2 .

On examine maintenant le lien entre convergence d’une suite et passage à la valeur absolue
(ou au module).

Proposition 2.2.8 Soit (un )n∈N une suite à valeurs dans C. Alors :
1. si limn→+∞ un = l ∈ C, alors limn→+∞ |un | = |l|,
2. de plus, limn→+∞ un = 0 si et seulement si limn→+∞ |un | = 0.

Remarque 2.2.9 La réciproque du point 1 de la proposition 2.2.8 est fausse. Plus préci-
sément, la convergence de la suite (|un |)n∈N n’entraîne pas celle de la suite (un )n∈N . Par
exemple, si un := (−1)n , on a limn→+∞ |un | = 1 mais la suite (un )n∈N ne converge pas
(exemple 2.2.3).

Enfin, on considère le lien entre limite et racine carrée :

Proposition 2.2.10 Soit (un )n∈N une suite réelle. On suppose


√ que un ≥ 0 pour tout n ∈ N

et que limn→+∞ un = l. Alors l ≥ 0 et limn→+∞ un = l.

2.2.4 Suites convergentes et inégalités


Proposition 2.2.11 Soient (un )n∈N et (vn )n∈N des suites réelles et l1 , l2 ∈ R. On suppose
que :
1. limn→+∞ un = l1 ,
2. limn→+∞ vn = l2 ,
3. un ≤ vn pour tout entier n ∈ N.
Alors l1 ≤ l2 .

Preuve : On suppose que l1 > l2 et on pose ε := l1 −l 4 . Comme limn→+∞ un = l1 , il existe


2

N1 ∈ N tel que |un − l1 | ≤ ε pour tout entier n ≥ N1 . De même, il existe N2 ∈ N tel que
|vn − l2 | ≤ ε pour tout entier n ≥ N2 . Soit alors N un entier tel que N ≥ N1 et N ≥ N2 .
On a donc
uN ≥ l1 − ε > l2 + ε ≥ vN ,
ce qui est absurde car uN ≤ vN par hypothèse. Ainsi, on a bien l1 ≤ l2 . 

Remarque 2.2.12 Si, dans la proposition 2.2.11, l’hypothèse “un ≤ vn pour tout n ∈ N”
est remplacée par l’hypothèse plus forte “un < vn pour tout n ∈ N”, on a toujours l1 ≤ l2
mais pas l1 < l2 en général. Par exemple, si un := 0 et vn := n1 pour tout n ∈ N∗ , on a
bien limn→+∞ un = 0, limn→+∞ vn = 0 et un < vn pour tout entier n ∈ N.

La proposition 2.2.11 suppose les suites (un )n∈N et (vn )n∈N convergentes, et conclut à une
comparaison des limites si on sait comparer les suites. L’énoncé suivant, parfois appelé
“théorèmes des gendarmes”, permet de conclure qu’une suite est convergente si elle est
encadrée par deux suites de même limite :

Proposition 2.2.13 Soient (un )n∈N , (vn )n∈N et (wn )n∈N des suites réelles et l ∈ R. On
suppose :
1. limn→+∞ un = l,
2. limn→+∞ wn = l,
3. un ≤ vn ≤ wn pour tout n ∈ N.
Alors limn→+∞ vn = l.

Preuve : Soit ε > 0. Comme limn→+∞ un = l, il existe N1 ∈ N tel que |un − l| ≤ ε pour
tout entier n ≥ N1 . De même, il existe N2 ∈ N tel que |vn − l| ≤ ε pour tout entier n ≥ N2 .
On pose N := max(N1 , N2 ). Alors, pour tout n ≥ N ,

−ε ≤ un − l ≤ vn − l ≤ wn − l ≤ ε,

ce qui signifie que |vn − l| ≤ ε. On a donc bien montré limn→+∞ vn = l. 


Une conséquence importante de la proposition 2.2.13 (mais qu’on peut aussi montrer de
façon immédiate avec la définition des limites) est la suivante :

Corollaire 2.2.14 Soient (un )n∈N une suite à valeurs dans C et (vn )n∈N une suites réelle.
On suppose :
1. limn→+∞ vn = 0,
2. |un | ≤ vn pour tout n ∈ N.
Alors limn→+∞ un = 0.

Preuve : Comme −vn ≤ |un | ≤ vn pour tout n ∈ N, la proposition 2.2.13 assure que
limn→+∞ |un | = 0, ce qui équivaut à limn→+∞ un = 0 (Proposition 2.2.8). 

2.3 Limites infinies


2.3.1 Définitions
Définition 2.3.1 Soit (un )n∈N une suite à valeurs réelles.
1. On dit que limn→+∞ un = +∞ si et seulement si, pour tout A ∈ R, il existe N ∈ N
tel que, pour tout entier n ≥ N , un ≥ A.
2. On dit que limn→+∞ un = −∞ si et seulement si, pour tout A ∈ R, il existe N ∈ N
tel que, pour tout entier n ≥ N , un ≤ A.

Remarque 2.3.2 Il est immédiat que limn→+∞ un = +∞ si et seulement si limn→+∞ −un =


−∞.

Exemple 2.3.3 1. Si un := n pour tout n ∈ N, alors limn→+∞ un = +∞. En effet,


soit A ∈ R. Si N ∈ N est un entier tel que N ≥ A, alors pour tout entier n ≥ N ,
un = n ≥ N ≥ A.
2. Si un := n2 , alors limn→+∞ un = +∞. En effet, soit A ∈ R. Si A
√ ≤ 0, alors un ≥ A
pour tout n ∈ N. Si A > 0, et si N est un entier tel que N ≥ A, alors pour tout
n ≥ N , un = n2 ≥ N 2 ≥ A.
3. Si un := 2n pour tout entier n ∈ N, alors limn→+∞ un = +∞.
4. Si (un )n∈N est bornée, alors on n’a ni limn→+∞ un = +∞, ni limn→+∞ un = −∞.
En effet, il existe M > 0 tel que −M ≤ un ≤ M pour tout n ∈ N. Il n’existe donc
aucun entier n tel que un ≥ M + 1 et aucun entier n tel que un ≤ −M − 1.
5. Si 
n si n est pair,
un :=
0 si n est impair,
la suite (un )n∈N n’est pas bornée. En effet, si A < 0, alors u1 > A. Si A ≥ 0, et si n
est un entier pair tel que n > A, alors un > A. Cela montre que (un )n∈N n’est pas
majorée. Toutefois, on n’a pas limn→+∞ un = +∞. En effet, il n’existe pas d’entier
N ∈ N tel que un ≥ 1 pour tout n ≥ N (si n est un entier impair tel que n ≥ N ,
alors un = 0). On n’a pas non plus limn→+∞ un = −∞, car il n’existe aucun entier
n tel que un ≤ −1.

On vérifie facilement :
Proposition 2.3.4 Soit (un )n∈N une suite réelle.
1. Si limn→+∞ un = +∞, alors la suite (un )n∈N est minorée.
2. Si limn→+∞ un = −∞, alors la suite (un )n∈N est majorée.

Preuve : Pour 1, il existe N ∈ N tel que un ≥ 0 pour tout n ≥ N . Alors, pour tout
n ∈ N,
un ≥ min(u0 , ..., uN −1 , 0).
On déduit le point 2 du 1 en considérant (−un )n∈N . 

2.3.2 Suites de limite infinie et inégalités


Proposition 2.3.5 Soient (un )n∈N et (vn )n∈N des suites réelles. On suppose que un ≥ vn
pour tout entier n ∈ N.
1. Si limn→+∞ vn = +∞, alors limn→+∞ un = +∞.
2. Si limn→+∞ un = −∞, alors limn→+∞ vn = −∞.

Preuve : pour 1, soit A ∈ R. Il existe N ∈ N tel que vn ≥ A pour tout n ≥ N . Alors,


pour tout n ≥ N , un ≥ vn ≥ A, donc limn→+∞ un = +∞. Le point 2 se déduit du 1 si on
considère les suites (−un )n∈N et (−vn )n∈N . 

2.3.3 Opérations sur les limites infinies


Proposition 2.3.6 Soient (un )n∈N et (vn )n∈N des suites réelles. On suppose que limn→+∞ un =
+∞.
1. Si (vn )n∈N est minorée, alors limn→+∞ (un + vn ) = +∞. En particulier, s’il existe
l ∈ R tel que limn→+∞ vn = l ou si limn→+∞ vn = +∞, alors limn→+∞ un + vn =
+∞.
2. S’il existe α > 0 et N ∈ N tels que vn ≥ α pour tout n ≥ N , alors limn→+∞ (un vn ) =
+∞. En particulier, s’il existe l > 0 tel que limn→+∞ vn = l ou si limn→+∞ vn =
+∞, alors limn→+∞ (un vn ) = +∞.
3. De même, s’il existe α < 0 et N ∈ N tels que vn ≤ α pour tout n ≥ N , alors
limn→+∞ (un vn ) = −∞. En particulier, s’il existe l < 0 tel que limn→+∞ vn = l ou
si limn→+∞ vn = −∞, alors limn→+∞ (un vn ) = −∞.

Remarque 2.3.7 La remarque 2.3.2 permet d’adapter ces énoncés au cas où limn→+∞ un =
−∞, en remplaçant un par −un .

Preuve : Pour 1, soit m ∈ R tel que vn ≥ m pour tout entier n ∈ N. Soient A ∈ R et N ∈ N


tels que un ≥ A − m pour tout n ≥ N . Alors, pour tout n ≥ N , un + vn ≥ A − m + m = A.
Ainsi, limn→+∞ (un + vn ) = +∞.
Pour 2, soient A > 0 et N1 ∈ N tels que un ≥ A α pour tout n ≥ N1 . Alors, pour tout
n ≥ max(N, N1 ), un vn ≥ α A
α = A. Ainsi, lim n→+∞ (un vn ) = +∞. On déduit l’assertion 3
de 2 en appliquant 2 à −vn . 
Remarque 2.3.8 1. L’assertion 1 de la proposition 2.3.6 ne donne pas de conclusion
si limn→+∞ un = +∞ et limn→+∞ vn = −∞. Par exemple, si un = n2 et vn = −n,

un + vn = n2 − n = n(n − 1),

et comme limn→+∞ n = limn→+∞ n − 1 = +∞, limn→+∞ un + vn = +∞.


Si un = n et vn = −n, limn→+∞ un + vn = 0.
Si un = n et vn = −n + sin n, alors un + vn ne possède aucune limite.
2. L’assertion 2 de la proposition 2.3.6 ne donne pas de conclusion si limn→+∞ un =
+∞ et limn→+∞ vn = 0. Si un = n et vn = 0, alors un vn = 0. Si un = n et vn = n1 ,

un vn = 1. Si vn = √1n , alors un vn = n donc limn→+∞ un vn = +∞.

La proposition suivante se déduit facilement de la définition de limite infinie :


Proposition 2.3.9 Soit (un )n∈N une suite réelle.
1. On suppose que limn→+∞ un = +∞. Alors il existe N ∈ N tel que un 6= 0 pour tout
n ≥ N et limn→+∞ u1n = 0. Même conclusion si limn→+∞ un = −∞.
2. On suppose que limn→+∞ un = 0. S’il existe N ∈ N tel que un > 0 pour tout n ≥ N ,
alors limn→+∞ u1n = +∞. De même, s’il existe N ∈ N tel que un > 0 pour tout
n ≥ N , alors limn→+∞ u1n = −∞.

2.3.4 Croissance comparée


On rappelle les limites suivantes :
Proposition 2.3.10 Soient a > 1 et α, β > 0. Alors
α
a(n )
lim = +∞
n→+∞ nβ

et

lim = +∞.
n→+∞ (lnn)β

n 5 n
Exemple 2.3.11 Soit un := 2 −n +(−1)
n8 +cos n
pour tout entier n ≥ 1. On cherche si la suite
(un )n≥1 possède une limite. Pour cela, la proposition 2.3.10 montre que 2n est prépondérant
par rapport à n5 et à (−1)n , et de même n8 par rapport à cos n. En effet en écrivant un
sous la forme  
5 n
2n 1 − 2nn + (−1)2n
5 (−1)n
2n 1 − 2nn + 2n
un = = 8 .
n8 1 + cos n 1 + cos n

n8
n n8
La proposition 2.3.10 montre que
n5
lim= 0.
n→+∞ 2n

De plus,
(−1)n 1
n
= n
2 2
donc
(−1)n
lim = 0.
n→+∞ 2n

De même,
cos n 1
8
≤ 8
n n
donc
cos n
lim = 0.
n→+∞ n8

Ainsi,
5 n
1 − 2nn + (−1)
2n
lim cos n = 1.
n→+∞ 1 + n8
Comme
2n
lim = +∞,
n→+∞ n8

on conclut finalement par la proposition 2.3.6 que

lim un = +∞.
n→+∞

2.3.5 Suites convergentes et monotonie


Théorème 2.3.12 Soit (un )n∈N une suite réelle croissante.
1. On suppose la suite (un )n∈N majorée. Alors il existe l ∈ R tel que limn→+∞ un = l
et on a un ≤ l pour tout n ∈ N.
2. On suppose la suite (un )n∈N non majorée. Alors limn→+∞ un = +∞.

Remarque 2.3.13 En utilisant −un , on en déduit que, si (un )n∈N est décroissante, alors
la suite (un )n∈N possède une limite l ∈ R si elle est minorée, et tend vers −∞ si elle n’est
pas minorée.

Preuve : Pour 1, l’ensemble A := {un ; n ∈ N} est majoré, on pose donc l := sup A. Soit
ε > 0. Comme l − ε n’est pas un majorant de A, il existe N ∈ N tel que uN ≥ l − ε. Soit
alors n ≥ N . Comme la suite (un )n∈N est croissante et majorée par l, l ≥ un ≥ uN ≥ l − ε.
Ainsi, pour tout n ≥ N , |un − l| ≤ ε.
Pour 2, soit A ∈ R. Comme la suite (un )n∈N n’est pas majorée, il existe N ∈ N tel que
uN ≥ A. Comme la suite (un )n∈N est croissante, on a un ≥ uN ≥ A pour tout entier
n ≥ N. 

Exemple 2.3.14 1. Pour tout n ≥ 1, on pose


n
X 1
un := .
k2
k=1

Pour tout n ∈ N∗ , un+1 − un = (n+1)1


2 > 0, donc la suite (un )n≥1 est strictement

croissante. De plus, pour tout n ≥ 2,


n n  
X 1 X 1 1 1
un ≤ 1 + =1+ − =1+1− ≤ 2.
k(k − 1) k−1 k n
k=2 k=2

Ainsi, la suite (un )n≥1 est croissante et majorée donc convergente.


2. Pour tout n ≥ 1, on pose
n
X 1
un := .
k
k=1

Pour tout n ∈ N∗ ,un+1 − un = n+1 1


> 0, donc la suite (un )n≥1 est strictement
croissante. On suppose la suite (un )n≥1 majorée, donc convergente de limite l. Ainsi,
limn→+∞ un = l. On en déduit que limn→+∞ u2n = l. En effet, soit ε > 0. Il existe
N ≥ 1 tel que |un − l| ≤ ε pour tout n ≥ N . Alors, pour tout n ≥ N , 2n ≥ n ≥ N
donc |u2n − l| ≤ ε.
Par conséquent, limn→+∞ (u2n − un ) = 0. Or, pour tout entier n ≥ 1,
2n
X 1 1 1
u2n − un = ≥ ×n= ,
k 2n 2
k=n+1

ce qui est en contradiction avec limn→+∞ (u2n − un ) = 0. Ainsi, la suite (un )n∈N est
croissante et non majorée, donc

lim un = +∞.
n→+∞

Définition 2.3.15 Soient (un )n∈N et (vn )n∈N des suites réelles. On dit que (un )n∈N et
(vn )n∈N sont adjacentes si et seulement si les trois conditions suivantes sont vérifiées :
1. (un )n∈N est croissante,
2. (vn )n∈N est décroissante,
3. limn→+∞ (vn − un ) = 0.

Remarque 2.3.16 Si (un )n∈N et (vn )n∈N vérifient les conditions de la définition 2.3.15,
alors un ≤ vn pour tout n ∈ N. En effet, s’il existe N ∈ N tel que uN > vN , alors pour
tout n ≥ N ,
un ≥ uN > vN ≥ vn ,
donc un − vn ≥ uN − vN > 0, ce qui contredit limn→+∞ (vn − un ) = 0.

Proposition 2.3.17 Soient (un )n∈N et (vn )n∈N des suites adjacentes. Alors il existe l ∈ R
tel que
lim un = lim vn = l
n→+∞ n→+∞
et
un ≤ l ≤ vn pour tout n ∈ N.

Preuve : Par la remarque 2.3.16, pour tout n ∈ N, un ≤ vn ≤ v0 . La suite (un )n∈N


est donc croissante et majorée, donc converge vers l1 ∈ R. De même, pour tout n ∈ N,
vn ≥ un ≥ u0 . La suite (vn )n∈N est donc décroissante et minorée, donc converge vers
l2 ∈ R. Donc limn→+∞ (vn − un ) = l2 − l1 , si bien que l2 − l1 = 0, donc l1 = l2 =: l. Comme
(un )n∈N est croissante de limite l, un ≤ l pour tout n ∈ N. Comme (vn )n∈N est décroissante
de limite l, vn ≥ l pour tout n ∈ N. 

2.4 Relations de comparaison


Définition 2.4.1 Soient (un )n∈N et (vn )n∈N deux suites réelles. On suppose vn ≥ 0 pour
tout n ∈ N. On dit que un = O(vn ) si et seulement si il existe N ∈ N et C > 0 tels que,
pour tout n ≥ N ,
|un | ≤ Cvn .
On dit aussi que (un )n∈N est dominée par (vn )n∈N .

Remarque
  2.4.2 Si vn > 0 pour tout n ∈ N, alors un = O(vn ) si et seulement si la suite
un
vn est bornée.
n∈N
Exemple 2.4.3 1. Si vn = 1 pour tout n ∈ N, dire que un = O(vn ) signifie exactement
que la suite (un )n∈N est bornée.
2. Si vn = n1 pour tout n ∈ N∗ , dire que un = O(vn ) signifie exactement que la suite
(nun )n∈N∗ est bornée.

Remarque 2.4.4 La notation un = O(vn ) n’est pas une véritable égalité. En particulier,
un = O(vn ) et wn = O(vn ) n’entraîne pas un = wn . Par exemple, si (un )n∈N et (wn )n∈N
sont des suites bornées, on a bien un = O(1) et vn = O(1).

Définition 2.4.5 Soient (un )n∈N et (vn )n∈N deux suites réelles. On suppose vn ≥ 0 pour
tout n ∈ N. On dit que un = o(vn ) si et seulement si, pour tout ε > 0, il existe N ∈ N tel
que, pour tout n ≥ N ,
|un | ≤ εvn .
On dit aussi que (un )n∈N est négligeable devant (vn )n∈N . Cela revient à dire qu’il existe
une suite (wn )n∈N telle que
1. un = vn wn pour tout n ∈ N,
2. limn→+∞ wn = 0.
Si vn 6= 0 pour tout n ∈ N, cela revient aussi à dire que
un
lim = 0.
n→+∞ vn

Exemple 2.4.6 1. Si un = o(vn ) alors un = O(vn ).


2. Si vn = 1 pour tout n ∈ N, dire que un = o(vn ) signifie exactement que la suite
(un )n∈N est de limite nulle.
3. Si vn = n1 pour tout n ∈ N∗ , dire que un = o(vn ) signifie exactement que la suite
(nun )n∈N∗ est de limite nulle.

Remarque 2.4.7 La notation un = o(vn ) n’est pas une véritable égalité. En particulier,
un = o(vn ) et wn = o(vn ) n’entraîne pas un = wn . Par exemple, si (un )n∈N et (wn )n∈N
sont des suites qui tendent vers 0, on a bien un = o(1) et vn = o(1).

Définition 2.4.8 Soient (un )n∈N et (vn )n∈N deux suites réelles. On dit que (un )n∈N et
(vn )n∈N sont équivalentes si et seulement si il existe une suite (wn )n∈N telle que
1. un = vn wn pour tout n ∈ N,
2. limn→+∞ wn = 1.
La condition “(un )n∈N et (vn )n∈N sont équivalentes” se note un ∼ vn .
Si vn 6= 0 pour tout n ∈ N, cela revient à dire
un
lim = 1.
n→+∞ vn

On vérifie que si un ∼ vn , alors vn ∼ un .

Exemple 2.4.9 1. Si limn→+∞ vn = l 6= 0, alors un ∼ vn si et seulement si limn→+∞ un =


l.
1 1
2. Cet énoncé n’est
1
 si l = 0. Ainsi, limn→+∞ n = 0 et limn→+∞
 plus vrai
1
n2
= 0, mais
les suites n n≥1 et n2 n≥1 ne sont pas équivalentes.
2.5 Suites définies par récurrence
2.5.1 Généralités
Soient I ⊂ R un intervalle, f : I → I une fonction et a ∈ I. On peut définir une suite
(un )n∈N par récurrence en posant :

u0 = a,
un+1 = f (un ) pour tout n ∈ N.

On vérifie en effet par récurrence sur n que, pour tout n ∈ N, un est défini et appartient à
I. C’est vrai pour n = 0. Si maintenant n ∈ N et si un est défini et appartient à I, alors
comme f (I) ⊂ I, f (un ) est bien défini et appartient à I, ce qui signifie que un+1 est défini
et appartient à I.

Remarque 2.5.1 La condition f (I) ⊂ I est importante et suffit à garantir que la suite
(un )n∈N est bien définie. En l’absence de cette condition, la suite peut ne pas être définie.
Par exemple, si a > 0, la suite

u0 = a,
un+1 = lnun pour tout n ∈ N

n’est pas définie. En effet, pour tout x > 0, lnx ≤ x − 1 (pour le voir, on peut poser
g(x) := lnx − x + 1, la fonction g est dérivable sur ]0, +∞[ et g 0 (x) = x1 − 1, ce qui
montre que g est strictement croissante sur ]0, 1] et strictement décroissante sur [1, +∞[,
et g(1) = 0, donc g(x) ≤ 0 pour tout x ∈ R).
Si maintenant la suite (un )n∈N est définie, alors un ≤ a − n pour tout n ∈ N. En effet, c’est
vrai pour n = 0 et si, pour un entier n ∈ N, un ≤ a − n, alors un+1 = lnun ≤ ln(a − n) ≤
a − n − 1 = a − (n + 1). Or, comme la suite (un )n∈N est définie, on a aussi un > 0 pour
tout n, ce qui donne une contradiction.

Proposition 2.5.2 Soient I ⊂ R un intervalle, f : I → I une fonction, a ∈ I. On définit


la suite (un )n∈N par : 
u0 = a,
un+1 = f (un ) pour tout n ∈ N.
1. On suppose f croissante sur I. Alors, si u0 ≤ u1 , la suite (un )n∈N est croissante.
Si u0 ≥ u1 , la suite (un )n∈N est décroissante.
2. On suppose f décroissante sur I. Alors :
(a) ou bien (u2n )n∈N est croissante et (u2n+1 ) est décroissante,
(b) ou bien (u2n )n∈N est décroissante et (u2n+1 ) est croissante.

Preuve : Pour 1, on suppose u0 ≤ u1 . Alors, pour tout n ∈ N, un ≤ un+1 . En effet,


c’est vrai pour n = 0, et si, pour un entier n ∈ N, un ≤ un+1 , alors par croissance de
f , un+1 = f (un ) ≤ f (un+1 ) = un+2 . La suite (un )n∈N est donc croissante. Raisonnement
analogue si u0 ≥ u1 .
Pour 2, la fonction f ◦ f : I → I est croissante sur I, car si x < y ∈ I, f (x) ≥ f (y)
donc f (f (x)) ≤ f (f (y)). De plus, pour tout n ∈ N, u2n+2 = (f ◦ f )(u2n ) et u2n+3 =
(f ◦ f )(u2n+1 ). Si u0 ≤ u2 , d’après le point 1, (u2n )n∈N est croissante. De plus, u1 =
f (u0 ) ≥ f (u2 ) = u3 , donc le point 1 assure que (u2n+1 )n∈N est décroissante. Raisonnement
analogue si u0 ≥ u2 . 
2.5.2 Suites arithmétiques
Soient a, r ∈ R. On définit la suite (un )n∈N par

u0 = a,
un+1 = un + r pour tout n ∈ N.

La suite (un )n∈N est bien définie et s’appelle suite arithmétique de raison r. On a un = a+nr
(preuve par récurrence sur n). Ainsi :
1. si r > 0, alors limn→+∞ un = +∞,
2. si r < 0, alors limn→+∞ un = −∞,
3. si r = 0, alors limn→+∞ un = a (et on a en fait un = a pour tout n ∈ N).

2.5.3 Suites géométriques


Soient a, r ∈ R. On définit la suite (un )n∈N par

u0 = a,
(2.1)
un+1 = run pour tout n ∈ N.

La suite (un )n∈N est bien définie et s’appelle suite géométrique de raison r. On a un = arn
pour tout n ∈ N. En ce qui concerne la convergence de la suite (un )n∈N , on énonce la
proposition suivante :

Proposition 2.5.3 Soient a, r et la suite (un )n∈N donnée par (2.1).


1. Si a = 0, alors un = 0 pour tout n ∈ N.
2. Supposons maintenant a 6= 0.
(a) Si |r| < 1, alors limn→+∞ un = 0.
(b) Si r > 1, alors limn→+∞ un = +∞ si a > 0 et limn→+∞ un = −∞ si a < 0.
(c) Si r < −1, alors limn→+∞ |un | = +∞ mais la suite (un )n∈N ne tend ni vers
+∞, ni vers −∞ (et elle n’a pas non plus de limite dans R, car elle n’est pas
bornée).
(d) Si r = 1, alors un = a pour tout entier n ∈ N.
(e) Si r = −1, alors un = a(−1)n pour tout n ∈ N. La suite (un )n∈N est bornée
mais ne possède pas de limite dans R.

Preuve : Pour justifier le cas |r| < 1, on remarque que |un+1 | = |r| |un | ≤ |un |, donc
la suite (|un |)n∈N est décroissante et positive, donc converge vers l ≥ 0. On a donc aussi
limn→+∞ |un+1 | = l, et limn→+∞ |r| |un | = |r| |l|, donc |l| = |r| |l|. Comme |r| < 1, on
obtient que l = 0.
Si r > 1 et a > 0, on vérifie de même que la suite (un )n∈N est croissante. Si elle est majorée,
alors elle converge vers l ∈ R. Comme précédemment, on obtient que l = rl, ce qui donne
l = 0. Or |un | ≥ |u0 | = |a| > 0 pour tout n ∈ N et on obtient une contradiction. Ainsi,
la suite (un )n∈N n’est pas majorée, donc limn→+∞ un = +∞. Le cas a < 0 se traite par
passage à l’opposé.
Si r < −1, |un | = |a| |r|n donc limn→+∞ |un | = +∞, ce qui montre que la suite (un )n∈N
n’est pas bornée. Comme un et un+1 sont de signe opposé, la suite (un )n∈N ne peut tendre
ni vers +∞ ni vers −∞.
Le cas r = 1 est immédiat et le cas r = −1 se ramène à l’exemple 2.2.3. 
On énonce ici une variante de la proposition 2.5.3.
Proposition 2.5.4 Soit (un )n∈N une suite telle que un > 0 pour tout entier n ∈ N.
1. On suppose qu’il existe l ∈ [0, 1[ tel que
un+1
lim = l.
n→+∞ un

Alors limn→+∞ un = 0.
2. On suppose qu’il existe l > 1 tel que
un+1
lim = l.
n→+∞ un

Alors limn→+∞ un = +∞.

1−l
Preuve : On commence par le cas 1. Soit ε := 2 > 0. Il existe N ∈ N tel que
un+1
un − l ≤ ε pour tout n ≥ N . En particulier, pour tout n ≥ N , uun+1 n
≤ l + ε < 1, donc
un+1 ≤ un . La suite (un )n∈N étant décroissante et positive, elle possède une limite a ≥ 0.
Mais si a > 0, alors limn→+∞ un+1 = a, donc
un+1 a
lim = = 1,
n→+∞ un a

ce qui est faux. On a donc a = 0.


vn+1 un
Pour le cas 2, on pose vn := u1n . Alors vn > 0 pour tout n et vn = un+1 , donc

vn+1 1
lim = < 1,
n→+∞ vn l

donc limn→+∞ vn = 0. Comme un > 0 pour tout n ∈ N, limn→+∞ un = +∞. 

Remarque 2.5.5 La proposition 2.5.4 ne traite pas le cas où limn→+∞ uun+1


n
= 1.
un+1
Si un = 1 pour tout n ∈ N, alors limn→+∞ un = 1 et limn→+∞ un = 1.
Si un = n pour tout n ∈ N, alors limn→+∞ uun+1
n
= 1 et limn→+∞ un = +∞.
1 ∗ un+1
Si un = n pour tout n ∈ N , alors limn→+∞ un = 1 et limn→+∞ un = 0.

2.5.4 Suites arithmético-géométriques


Soient a, b, r ∈ R avec r 6= 1. On définit la suite (un )n∈N par

u0 = a,
(2.2)
un+1 = run + b pour tout n ∈ N.

La suite (un )n∈N est appelée suite arithmético-géométrique. On ramène l’étude de la suite
(un )n∈N à celle d’une suite géométrique en posant vn := un − c avec c ∈ R à choisir. On a
alors

vn+1 = un+1 − c = run + b − c = r(vn + c) + b − c = rvn + c(r − 1) + b.


b
On choisit donc c := 1−r , de sorte que vn+1 = rvn . Comme la convergence de la suite
(un )n∈N est équivalente à celle de (vn )n∈N et comme la suite (vn )n∈N est géométrique, la
suite (un )n∈N converge si et seulement si |r| < 1. Dans ce cas, si limn→+∞ un = l, alors
b
limn→+∞ un+1 = l et limn→+∞ run + b = rl + b, donc l = rl + b, c’est-à-dire l = 1−r .
2.5.5 Suites homographiques
Soient a, b, c, d ∈ R avec ad − bc 6= 0. Soit α ∈ R. On considère la suite (un )n∈N , dite
homographique, définie par

u0 = α
un+1 = au n +b
cun +d pour tout n ∈ N.

Là aussi, on peut ramener, en général, l’étude de la suite (un )n∈N à celle d’une suite
géométrique ou d’une suite arithmétique. On illustre cette idée sur l’exemple suivant :

u0 = α > 0
un+1 = 5u n +3
un +3 pour tout n ∈ N.

On vérifie d’abord par récurrence sur n que, pour tout n ∈ N, un est défini et un > 0.
C’est vrai pour n = 0 et si, pour un n ∈ N, un est défini et un > 0, alors 5un + 3 > 0 et
un + 3 > 0, donc un+1 est défini et un+1 > 0.
On détermine les réels x tels que
5x + 3
x= .
x+3
Cette équation équivaut à x2 − 2x − 3 = 0, donc à x = 3 ou x = −1. On pose alors
un − 3
vn := ,
un + 1
qui est bien définie puisque un + 1 > 1 pour tout n ∈ N. On constate alors que (vn ) est
bien une suite géométrique puisque
5un +3
un+1 − 3 un +3 −3 2un − 6 1
vn+1 = = 5un +3 = = vn ,
un+1 + 1 un +3 +1 6un + 6 3
vn +3
de sorte que limn→+∞ vn = 0. Comme un = 1−vn , on a donc limn→+∞ un = 3.

2.5.6 Un autre exemple


En général, pour une suite (un )n∈N définie par récurrence, on ne peut pas exprimer un en
fonction de n. Il reste toutefois possible, dans certains cas, de déterminer le comportement
de la suite.
Exemple 2.5.6 Soit a ≥ −2. On définit

u0 = a, √
un+1 = 2 + un pour tout n ∈ N.

√ pour tout n ≥ 1, un est bien défini et un ≥ 0. Comme u0 ≥ −2,


On vérifie d’abord que,
u0 +2 ≥ 0 donc u1 = u0 + 2 est bien défini et positif. Si, pour un entier n ≥ √
1, un est bien
défini avec un ≥ 0, alors 2 + un ≥ 2 ≥ 0 donc un+1 est bien défini et un+1 = 2 + un ≥ 0.
On suppose d’abord que a ≤ 2. Alors un ≤ 2 pour tout n. En effet, c’est vrai pour n = 0,
et si un ≤ 2 pour un entier n ∈ N, alors 2 + un ≤ 4 donc un+1 ≤ 2. On en déduit que la
suite (un )n∈N est croissante. En effet,
√ 2 + un − u2n (2 − un )(un + 1)
un+1 − un = 2 + un − un = √ = √ ≥ 0.
2 + un + un 2 + un + un
Comme la suite (un )n∈N est majorée par 2 et croissante, elle possède une limite l ∈ R.
Comme limn→+∞ un+1 = l et, par la proposition 2.2.10,
√ √ √
limn→+∞ 2 + un = 2 + l, on a l = 2 + l, donc l2 = 2+l, ce qui donne l = 2 ou l = −1.
Mais comme un ≥ 0 pour tout entier n ≥ 1, l ≥ 0, donc l = 2. Ainsi, limn→+∞ un = 2.
On suppose maintenant a > 2. Alors on montre comme dans le cas précédent que un ≥ 2
pour tout n, puis que la suite (un )n∈N est décroissante. Elle possède donc une limite l, et
le même calcul que précédemment assure que l = 2.

2.6 Suites extraites


2.6.1 Définition
Soit (un )n∈N une suite de réels. Extraire une sous-suite de (un )n∈N consiste à sélection-
ner des termes (un )n∈A où l’ensemble A ⊂ N est infini. Par exemple, A peut être l’ensemble
des entiers pairs, ou l’ensemble des entiers impairs. Par contre, A ne peut pas être l’en-
semble des entiers inférieurs ou égaux à 1054 . On va formaliser cette idée de la manière
suivante.
Définition 2.6.1 Soienit (un )n∈N une suite réelle. On appelle suite extraite (ou sous-suite)
de (un )n∈N toute suite de la forme (uϕ(n) )n∈N où ϕ : N → N est une fonction strictement
croissante.

Exemple 2.6.2 1. Si ϕ(n) = 2n, la suite extraite est la suite u0 , u2 , u4 , ..., correspon-
dant aux termes d’indice pair.
2. Si ϕ(n) = 2n + 1, la suite extraite correspond aux termes d’indice impair.
3. On peut aussi prendre ϕ(n) = n2 .
4. Par contre, ϕ(n) = 10 pour tout n ne convient pas.

On notera qu’une fonction ϕ : N → N est strictement croissante si, et seulement si, pour
tout n ∈ N, ϕ(n + 1) > ϕ(n). Une fonction stritement croissante de N dans N vérifie de
plus la propriété suivante :
Lemme 2.6.3 Soit ϕ : N → N une fonction strictement croissante. Alors ϕ(n) ≥ n pour
tout entier n et limn→+∞ ϕ(n) = +∞.
La preuve de la première assertion est immédiate par récurrence sur n et la deuxième
assertion en résulte aussitôt.

2.6.2 Lien avec la convergence


Si une suite converge, toute suite extraite converge vers la même limite. Plus précisé-
ment :
Proposition 2.6.4 Soit (un )n∈N une suite réelle.
1. Si limn→+∞ un = l ∈ R, alors toute suite extraite de (un )n∈N converge vers l.
2. Si limn→+∞ un = +∞, alors toute suite extraite de (un )n∈N converge vers +∞.
3. Si limn→+∞ un = −∞, alors toute suite extraite de (un )n∈N converge vers −∞.

Preuve : Prouvons le point 1. Soit ε > 0. Par hypothèse, il existe N ∈ N tel que
|un − l| ≤ ε pour tout n ≥ N . Alors, pour tout n ≥ N , ϕ(n) ≥ n ≥ N par le lemme 2.6.3,
ce qui montre que uϕ(n) − l ≤ ε. Les preuves des points 2. et 3. sont analogues. 
En particulier, si (un )n∈N converge, alors (u2n )n∈N et (u2n+1 )n∈N convergent aussi vers la
même limite que (un )n∈N . Réciproquement :
Proposition 2.6.5 Soit (un )n∈N une suite de réels.
1. On suppose que (u2n )n∈N et (u2n+1 )n∈N convergent vers la même limite l ∈ R. Alors
limn→+∞ un = l.
2. On suppose que limn→+∞ u2n = +∞ et limn→+∞ u2n+1 = +∞. Alors limn→+∞ un =
+∞.
3. On suppose que limn→+∞ u2n = −∞ et limn→+∞ u2n+1 = −∞. Alors limn→+∞ un =
−∞.

Preuve : On prouve le point 1. Soit ε > 0. Il existe N1 ∈ N tel que, pour tout n ≥ N1 ,
|u2n − l| ≤ ε. De même, il existe N2 ∈ N tel que, pour tout n ≥ N2 , |u2n+1 − l| ≤ ε. Soit
alors N = max(2N1 , 2N2 + 1). Si n ≥ N , ou bien n est pair, mais dans ce cas n = 2k avec
k ≥ N1 donc |un − l| = |u2k − l| ≤ ε, ou bien n est impair, mais dans ce cas n = 2k + 1
avec k ≥ N2 donc |un − l| = |u2k+1 − l| ≤ ε. Les preuves des points 2. et 3. sont analogues.

La proposition 2.6.5 dit donc que si les suites paires et impaires extraites de (un )n∈N ont
la même limite, alors (un )n∈N a aussi la même limite. L’hypothèse que les suites paires et
impaires ont la même limite est essentielle. Ainsi, si un = (−1)n , on a

u2n = 1 pour tout n et u2n+1 = −1 pour tout n,

mais la suite (un )n∈N ne possède pas de limite (exemple 2.2.3).

On va regarder de plus près le cas où (un )n∈N n’a pas de limite (sinon, toutes les suites
extraites ont la même limite). Trois cas peuvent alors se présenter : ou bien la suite (un )n∈N
n’est pas majorée, ou bien la suite (un )n∈N n’est pas minorée, ou bien elle est majorée et
minorée.
Proposition 2.6.6 Soit (un )n∈N une suite réelle non majorée. Alors il existe ϕ : N → N
strictement croissante telle que limn→+∞ uϕ(n) = +∞.

Preuve : Dire que (un )n∈N n’est pas majorée signifie qu’il n’existe pas de M ∈ R tel que
un ≤ M pour tout n ∈ N.
Il existe donc N0 ∈ N tel que uN0 > 0 et on pose ϕ(0) = N0 .
Soit n ∈ N. On suppose qu’on a construit ϕ(1), ..., ϕ(n) avec ϕ(0) < ϕ(1) < ... < ϕ(n) et
uϕ(k) > k pour tout k ∈ J0, nK. Alors, il existe Nn+1 > ϕ(n) tel que uNn+1 > n + 1.
En effet, si ce n’était pas le cas, l’ensemble des uk pour k > ϕ(n) serait majoré, et comme
l’ensemble des uk pour k ≤ ϕ(n) est fini, l’ensemble des uk pour k ∈ N serait majoré, ce
qui est contraire à l’hypothèse.
On pose donc ϕ(n + 1) = Nn+1 . On a bien uϕ(n+1) > n + 1 et ϕ(n + 1) > ϕ(n).
On construit donc ainsi une fonction ϕ : N → N strictement croissante telle que uϕ(n) > n
pour tout entier n ∈ N, ce qui entraîne que

lim uϕ(n) = +∞.


n→+∞

et termine la preuve 
En passant à l’opposé, on a donc aussi :
Proposition 2.6.7 Soit (un )n∈N une suite réelle non minorée. Alors il existe ϕ : N → N
strictement croissante telle que limn→+∞ uϕ(n) = −∞.
Que se passe-t-il maintenant si la suite (un )n∈N est majorée et minorée, c’est-à-dire bornée ?
Le théorème suivant, qui est très important, répond à cette question :
Théorème 2.6.8 (Théorème de Bolzano-Weierstrass) Soit (un )n∈N une suite réelle bor-
née. Alors il existe ϕ : N∗ → N strictement croissante et l ∈ R tels que limn→+∞ uϕ(n) = l.

Preuve : Soient a < b ∈ R tels que a ≤ un ≤ b pour tout n ∈ N. On pose a0 := a et


b0 := b. On considère les ensembles
   
a+b a+b
A1 := j ∈ N; a ≤ uj ≤ , B1 := j ∈ N; ≤ uj ≤ b .
2 2
Comme N = A1 ∪ B1 , ou bien l’ensemble A1 est infini, ou bien l’ensemble B1 est infini
(les deux cas peuvent se présenter simultanément). Si A1 est infini, on pose a1 := a et
b1 := a+b a+b
2 . Sinon, B1 est infini et on pose a1 := 2 et b1 := b. Dans chaque cas, on définit
ϕ(1) ∈ N tel que a1 ≤ uϕ(1) ≤ b1 .
Soit n ∈ N∗ . On suppose qu’on a construit a0 , ..., an , b0 , ..., bn ∈ [a, b] et des entiers
ϕ(0), ..., ϕ(n) tels que :
1. a0 ≤ ... ≤ an ,
2. b0 ≥ ... ≥ bn ,
b−a
3. bk − ak = 2k
pour tout entier k ∈ J0, nK,
4. ϕ(k) < ϕ(k + 1) pour tout entier k ∈ J0, n − 1K,
5. ak ≤ uϕ(k) ≤ bk pour tout entier k ∈ J1, nK,
6. l’ensemble {j ∈ N; an ≤ uj ≤ bn } est infini.
On considère alors les ensembles
   
an + bn an + bn
An+1 := j ∈ N; an ≤ uj ≤ , Bn+1 := j ∈ N; ≤ uj ≤ bn .
2 2
Comme précédemment, ou bien l’ensemble An+1 est infini, ou bien l’ensemble Bn+1 est
infini. Si An+1 est infini, on pose an+1 := an et bn+1 := an +b
2 . Sinon, Bn+1 est infini, et
n

on pose an+1 := an +b2


n
et bn+1 := bn . Dans les deux cas, on choisit ϕ(n + 1) > ϕ(n) tel
que an+1 ≤ uϕ(n+1) ≤ bn+1 . On a aussi an ≤ an+1 , bn ≥ bn+1 et
bn − an b−a
bn+1 − an+1 = = n+1 .
2 2
On note aussi que l’ensemble {j ∈ N; an+1 ≤ uj ≤ bn+1 } est infini.
Finalement, on a construit par récurrence des suites (an )n∈N et (bn )n∈N et une fonction
ϕ : N∗ → N telles que :
1. a ≤ an ≤ b et a ≤ bn ≤ b pour tout entier n ∈ N,
2. (an )n∈N est croissante et (bn )n∈N est décroissante,
b−a
3. bn − an = 2n pour tout entier n ∈ N,
4. an ≤ uϕ(n) ≤ bn pour tout entier n ∈ N∗ .
Les suites (an )n∈N et (bn )n∈N sont adjacentes et convergent donc vers une limite commune
l ∈ [a, b]. Comme an ≤ uϕ(n) ≤ bn pour tout entier n ∈ N, on a aussi, par la proposition
2.2.13, limn→+∞ uϕ(n) = l. 
On peut, en utilisant les résultats précédents, préciser le lien entre convergence d’une suite
et convergence de ses suites extraites. On commence par l’observation suivante, qui est très
utile :
Lemme 2.6.9 Soit (un )n∈N une suite réelle et l ∈ R. On suppose que (un )n∈N ne converge
pas vers l. Alors il existe ε > 0 et ϕ : N → N strictement croissante telle que, pour tout
n ∈ N, uϕ(n) − l ≥ ε.
Preuve : L’hypothèse signifie qu’il existe ε > 0 avec la propriété suivante : pour tout
N ∈ N, il existe n ≥ N tel que |un − l| ≥ ε.
En appliquant cette propriété à N = 0, on obtient donc un entier j0 tel que |uj0 − l| ≥ ε,
et on pose ϕ(0) = j0 .
Soit n ∈ N. On suppose construit ϕ(k) pour tout 0 ≤ k ≤ n vérifiant ϕ(0) < ... < ϕ(n) et
uϕ(k) − l ≥ ε pour tout 0 ≤ k ≤ n. Alors il existe jn+1 ≥ ϕ(n) + 1 tel que ujn+1 − l ≥ ε,
et on pose ϕ(n + 1) = jn+1 , de sorte qu’on a bien ϕ(n) < ϕ(n + 1) et uϕ(n+1) − l ≥ ε.
Cela termine la preuve. 
On déduit de ce lemme le théorème suivant :

Théorème 2.6.10 Soit (un )n∈N une suite bornée de réels. On suppose qu’il existe un réel
l tel que, pour toute fonction ϕ : N → N strictement croissante, si la suite (uϕ(n) )n∈N
converge, alors sa limite vaut l. Alors limn→+∞ un = l.

Attention : on ne suppose pas que toute suite extraite de (un )n∈N converge vers l. On
suppose seulement que, si une suite extraite de (un )n∈N converge, alors sa limite est obli-
gatoirement l.
Preuve : On suppose la conclusion fausse. Alors, par le lemme 2.6.9, il existe ε > 0 et
une fonction ϕ : N → N strictement croissante telle que pour tout n ∈ N,

uϕ(n) − l ≥ ε. (2.3)

Comme la suite (uϕ(n) )n∈N est bornée, le théorème 2.6.8 fournit une fonction ψ : N → N
strictement croissante telle que (uϕ◦ψ(n) )n∈N converge vers une limite l0 . D’après (2.3), on
a
uϕ◦ψ(n) − l ≥ ε (2.4)
pour tout n ∈ N. Faisant tendre n vers +∞ dans (2.4), on obtient que |l − l0 | ≥ ε, et en
particulier l 6= l0 . Or la suite (uϕ◦ψ(n) )n∈N est extraite de (un )n∈N et converge, donc par
hypothèse, sa limite est l, c’est-à-dire que l = l0 , ce qui est donc contradictoire. 

Remarque 2.6.11 La conclusion du théorème 2.6.10 est fausse si la suite (un )n∈N n’est
pas supposée bornée. Ainsi, si

n si n est pair ,
un =
0 si n est impair ,

on vérifie que, si une suite extraite de (un )n∈N converge, sa limite est forcément nulle, alors
que la suite (un )n∈N ne converge pas vers 0 puisqu’elle n’est pas majorée.
Chapitre 3

Limites et continuité

3.1 Limite d’une fonction en un point


3.1.1 Compléments sur les intervalles
On rappelle d’abord (définition 1.3.2) :

Définition 3.1.1 Soit I ⊂ R un intervalle. On rappelle que I est ouvert si et seulement


si I = ∅, ou I = R, ou il existe a < b ∈ R tels que I =]a, b[, ou il existe a ∈ R tel que
I =] − ∞, a[ ou I =]a, +∞[.

Définition 3.1.2 Soit I ⊂ R un intervalle. On définit l’intervalle I, aussi appelé adhérence


de I, de la façon suivante :
1. si a < b ∈ R et I =]a, b[ ou I = [a, b[ ou I =]a, b] ou I = [a, b], alors I := [a, b],
2. si a ∈ R et I =] − ∞, a[ ou I =] − ∞, a], alors I =] − ∞, a],
3. si a ∈ R et I =]a, +∞[ ou I = [a, +∞[, alors I = [a, +∞[,
4. si I = {a} avec a ∈ R, ou I = ∅ ou I = R, alors I = I.

Remarque 3.1.3 On peut vérifier que I est exactement l’ensemble des x ∈ R tels qu’il
existe une suite (xn )n∈N avec :
1. xn ∈ I pour tout n ∈ N,
2. limn→+∞ xn = x.

Dans la suite, on va considérer la situation suivante : soient I ⊂ R un intervalle non vide,


f : I → R une fonction et a ∈ I. On veut donner un sens à :

lim f (x) = l
x→a

avec l ∈ R. On notera que a n’appartient pas forcément à I.

3.1.2 Définition de la limite d’une fonction en un point


Définition 3.1.4 Soit l ∈ R. On dit que

lim f (x) = l
x→a

31
si, et seulement si, pour tout ε > 0, il existe η > 0 tel que, pour tout x ∈ I avec |x − a| < η,

|f (x) − l| < ε.

Avec des quantificateurs, cela s’écrit :

∀ε > 0, ∃η > 0, ∀x ∈ I, |x − a| < η ⇒ |f (x) − l| < ε.

Exemple 3.1.5 Soit f :]0, +∞[→ R donnée par f (x) = x1 . Alors

lim f (x) = 1.
x→1

En effet, soit ε > 0. Alors

1
|f (x) − 1| < ε ⇔ 1 − ε < < 1 + ε.
x
Si ε < 1, cette dernière inéquation équivaut à

1 1
<x<
1+ε 1−ε
donc à
ε ε
− <x−1< .
1+ε 1−ε
ε ε
Soit alors δ := 1+ε . Alors δ ≤ 1−ε , donc si |x − 1| < δ, alors

ε ε
− = −δ < x − 1 < δ ≤ ,
1+ε 1−ε

donc x1 − 1 < ε.
Si ε ≥ 1, on sait qu’il existe δ > 0 tel que, pour tout x > 0 avec |x − 1| < δ, |f (x) − 1| < 12 .
Alors, pour tout x > 0 avec |x − 1| < δ, on a aussi |f (x) − 1| < ε.

Exemple 3.1.6 On considère la fonction E : R → R qui, à tout x ∈ R, associe sa partie


entière. On rappelle que c’est le plus grand entier k ∈ Z tel que k ≤ x. Alors, il n’existe
pas de réel l ∈ R tel que
lim E(x) = l.
x→0

En effet, supposons qu’un tel l existe. Soit ε > 0. Il existe donc η > 0 tel que, pour tout
x ∈] − η, η[, |E(x) − l| < ε. Pour tout x ∈ [0, η[ avec x < 1, on a E(x) = 0, donc |l| < ε.
Pour tout x ∈] − η, 0[ avec x ≥ −1, on a E(x) = −1, donc |−1 − l| < ε. Comme c’est vrai
pour tout ε > 0, on obtient à la fois que l = 0 et l = −1, ce qui est impossible.

Remarque 3.1.7 Attention : la négation de

lim f (x) = l
x→a

n’est pas
lim f (x) 6= l.
x→a

En effet, la fonction f peut n’avoir aucune limite en a. La négation s’écrit ainsi :

∃ε > 0, ∀η > 0, ∃x ∈ I, |x − a| < η et |f (x) − l| ≥ ε.


3.1.3 Propriétés de la limite
On a d’abord une propriété d’unicité : si la limite de f en a existe, alors elle est unique.

Proposition 3.1.8 Soient I ⊂ R un intervalle, a ∈ I et f : I → R. S’il existe l1 et l2


dans R tels que
lim f (x) = l1 et lim f (x) = l2 ,
x→a x→a

alors l1 = l2 .

Preuve : Soit ε > 0. Il existe η1 > 0 tel que, pour tout x ∈ I tel que |x − a| < η1 ,
ε
|f (x) − l1 | < .
2
De même, il existe η2 > 0 tel que, pour tout x ∈ I tel que |x − a| < η2 ,
ε
|f (x) − l1 | < .
2
Soient alors η := min(η1 , η2 ) > 0 et x ∈ I tel que |x − a| < η. On a

|l1 − l2 | ≤ |f (x) − l1 | + |f (x) − l2 | < ε.

Comme c’est vrai pour tout ε > 0, on obtient bien que l1 = l2 . 

Une fonction possédant une limite en a est bornée au voisinage de a. Plus précisément :

Proposition 3.1.9 On suppose que

lim f (x) = l ∈ R.
x→a

Alors il existe η > 0 et un réel M > 0 tels que, pour tout x ∈ I avec |x − a| < η,

|f (x)| ≤ M.

En d’autres termes, f est bornée sur I∩]a − η, a + η[.

Preuve : La définition de la limite appliquée à ε = 1 montre qu’il existe η > 0 tel que,
pour tout x ∈ I avec |x − a| < η,
|f (x) − l| < 1.
Alors, pour tout x ∈ I avec |x − a| < η,

|f (x)| = |f (x) − l + l| ≤ 1 + |l| ,

ce qui termine la preuve. 

Remarque 3.1.10 Attention : même s’il existe η > 0 tel que f soit bornée sur I∩]a −
η, a + η[, f ne possède pas forcément une limite en a. Ainsi, si f est la fonction partie
entière, f est bornée sur ] − 1, 1[ mais ne possède pas de limite en 0.

Voici le lien -très important- entre cette notion de limite et la limite des suites :
Théorème 3.1.11 Soit a ∈ I, f : I → R et l ∈ R. Alors

lim f (x) = l
x→a

si, et seulement si, pour toute suite (xn )n∈N avec xn ∈ I pour tout n ∈ N et limn→+∞ xn =
a,
lim f (xn ) = l.
n→+∞

Preuve : On suppose d’abord que limx→a f (x) = l et soit (xn )n∈N une suite de points de
I qui converge vers a. Soit ε > 0. Il existe η > 0 tel que, pour tout x ∈ I avec |x − a| < η,
|f (x) − l| < ε. De plus, il existe N ≥ 1 tel que, pour tout n ≥ N , |xn − a| < η. Alors, pour
tout n ≥ N , |f (xn ) − l| < ε. On a donc bien limn→+∞ f (xn ) = l.
On prouve l’implication réciproque par contraposition. On suppose donc qu’on n’a pas

lim f (x) = l
x→a

Par la remarque 3.1.7, il existe ε > 0 tel que, pour tout η > 0, il existe x ∈ I avec
|x − a| < η tel que |f (x) − l| ≥ ε. En particulier, pour tout n ≥ 1, il existe xn ∈ I avec
|xn − a| < n1 tel que |f (xn ) − l| ≥ ε. Ainsi, la suite (xn )n≥1 converge vers a et la suite
(f (xn ))n≥1 ne converge pas vers l. 

On peut utiliser cette propriété pour montrer qu’une fonction possède, ou ne possède pas,
de limite en un point. Reprenons l’exemple 3.1.6. Pour montrer que E n’a pas de limite en
0, on peut dire que, si l était cette limite, en choisissant xn = n1 qui tend vers 0, on aurait

l = lim E(xn ) = 0

car E(xn ) = 0 pour tout n ≥ 1. En choisissant xn = − n1 qui tend aussi vers 0, on aurait

l = lim E(xn ) = −1

car E(xn ) = −1 pour tout n ≥ 1. C’est impossible.

L’observation suivante est très utile :

Proposition 3.1.12 Soit a ∈ I et f : I → R. On suppose que

lim f (x) = l
x→a

et que l > 0. Alors, il existe η > 0 tel que f (x) > 0 pour tout x ∈ I tel que |x − a| < η.
Conclusion analogue pour l < 0.

Preuve : La définition de la limite, appliquée avec ε = 2l , montre qu’il existe η > 0 tel
que, pour tout x ∈ I avec |x − a| < η,
l
|f (x) − l| < ,
2
donc, pour un tel x,
l
f (x) > > 0,
2
ce qui termine la preuve. 

On a aussi les propriétés suivantes à propos des opérations sur les limites :
Théorème 3.1.13 Soient a ∈ I et f1 , f2 : I → R. On suppose que

lim f1 (x) = l1 et lim f2 (x) = l2 .


x→a x→a

Alors :
1. limx→a (f1 + f2 )(x) = l1 + l2 ,
2. pour tout réel λ,
lim (λf1 )(x) = λl1 ,
x→a

3. limx→a (f1 f2 )(x) = l1 l2 ,


4. si l2 6= 0, alors il existe η > 0 tel que f2 (x) 6= 0 pour tout x ∈ I avec |x − a| < η, et
on a
f1 l1
lim (x) = .
x→a f2 l2

Preuve : Laissée en exercice. On peut par exemple utiliser le théorème 3.1.11 et les
propriétés correspondantes sur les suites. Pour le point 4., on utilisera aussi la proposition
3.1.12. 

Ce théorème permet souvent de calculer la limite d’une fonction en un point. Par exemple,
prenons
x2 + 4x − 1
f (x) =
x3 + 1
pour tout x ∈ [0, +∞[, et cherchons si f possède une limite en 0. D’après le théorème
3.1.13,
lim x2 + 4x − 1 = −1 et lim x3 + 1 = 1,
x→0 x→0
donc
−1
lim f (x) = = −1.
x→0 1

Remarque 3.1.14 Pour le point 4. du théorème 3.1.13, si l2 = 0, on ne peut pas utiliser


alors l’énoncé du 4. pour conclure, et il faut s’y prendre autrement. Par exemple, si I = R
et f1 (x) = f2 (x) = x, on a

lim f1 (x) = 0 et lim f2 (x) = 0,


x→0 x→0

f1
mais la fonction f2 vaut toujours 1 en dehors de 0 et on a donc

f1
lim (x) = 1.
x→0 f2

Si f1 (x) = x2 et f2 (x) = x, on a encore

lim f1 (x) = 0 et lim f2 (x) = 0,


x→0 x→0

et
f1
lim (x) = 0,
x→0 f2
f1 f2 1
puisque f2 (x) = x pour tout x 6= 0. Par contre, dans ce cas, f1 (x) = x pour tout x 6= 0 et
f2
on vérifie que la fonction f1 ne possède aucune limite en 0.
A propos du produit de fonctions, on a aussi la propriété suivante :

Proposition 3.1.15 Soient a ∈ I et f1 , f2 : I → R. On suppose que

lim f1 (x) = 0
x→a

et qu’il existe η > 0 tel que f2 soit bornée sur I∩]a − η, a + η[. Alors

lim (f1 f2 )(x) = 0.


x→a

Preuve : Utiliser, par exemple, des suites. 

On a aussi une propriété importante des limites vis-à-vis de la composition :

Théorème 3.1.16 Soit a ∈ I et f : I → R. On suppose que

lim f (x) = b ∈ R.
x→a

On suppose aussi que J est un intervalle ouvert contenant b, que g : J → R et que

lim g(y) = l.
y→b

Alors il existe α0 > 0 tel que g ◦ f soit définie sur I∩]a − α0 , a + α0 [ et

lim g ◦ f (x) = l.
x→a

Preuve : D’abord, comme b ∈ J et que J est ouvert, il existe η0 > 0 tel que ]b−η0 , b+η0 [⊂
J. Il existe α0 > 0 tel que, pour tout x ∈ I avec |x − a| < α0 ,

|f (x) − b| < η0 ,

donc, pour un tel x, f (x) ∈ J, ce qui fait que g ◦ f est bien définie en x.
Soit ε > 0. Comme limy→b g(y) = l, il existe η > 0 tel que, pour tout y ∈ J avec |y − b| < η,

|g(y) − l| < ε. (3.1)

Comme l’intervalle J est ouvert, il existe α ∈]0, η[ tel que ]b − α, b + α[⊂ J. Comme
limx→a f (x) = b, il existe δ > 0 tel que, pour tout x ∈ I avec |x − a| < δ, |f (x) − b| < α,
ce qui montre en particulier que f (x) ∈ J. Alors, pour tout x ∈ I avec |x − a| < δ, comme
|f (x) − b| < α < η, (3.1) montre que |g(f (x)) − l| < ε. 

Pour utiliser efficacement ce théorème, on se servira des limites suivantes :

Proposition 3.1.17 1. pour tout α ∈ R et tout a > 0, limx→a xα = aα ,


2. limx→a sin x = sin a pour tout a ∈ R,
3. limx→a cos x = cos a pour tout a ∈ R,
4. limx→a ex = ea pour tout a ∈ R,
5. limx→a lnx = lna pour tout a > 0.
sin x
6. limx→0 x = 1.
7. limx→0 ln(1+x)
x = 1.

Voici des exemples d’utilisation du théorème 3.1.16 et la proposition 3.1.17.


Exemple 3.1.18 Soit
f (x) = cos ln(x2 + 1)


pour x ∈ R. On peut écrire f = f1 ◦ f2 ◦ f3 où

f1 (x) = cos x, f2 (x) = lnx et f3 (x) = x2 + 1.

Par le théorème 3.1.13 et la proposition 3.1.17,

lim f3 (x) = 1, lim f2 (x) = 0 et lim f1 (x) = 1,


x→0 x→1 x→0

donc le théorème 3.1.16 assure que

lim f (x) = 1.
x→0

Exemple 3.1.19 On peut aussi utiliser ces théorèmes pour traiter des cas où le point 4.
du théorème 3.1.13 ne s’applique pas. Par exemple, si
3x − 3
f (x) = √
x+3−2

pour x ∈]1, +∞[ et si on cherche à savoir si f possède une limite en 1, on ne peut pas
appliquer directement le théorème 3.1.13, car, d’après la proposition 3.1.17 et le théorème
3.1.13, √
lim x + 3 − 2 = 0.
x→1

Par contre, on peut écrire, pour tout x > 1,


√ √
(3x − 3)( x + 3 + 2) (3x − 3)( x + 3 + 2) √
f (x) = √ √ = = 3( x + 3 + 2),
( x + 3 − 2)( x + 3 + 2) x−1

donc
lim f (x) = 12.
x→1

On termine ce paragraphe par le lien entre limites et inégalités :

Théorème 3.1.20 Soient a ∈ I et f1 , f2 , f3 : I → R des fonctions telles que, pour tout


x ∈ I,
f1 (x) ≤ f2 (x) ≤ f3 (x).
On suppose aussi qu’il existe l ∈ R tel que

lim f1 (x) = l et lim f3 (x) = l.


x→a x→a

Alors
lim f2 (x) = l.
x→a

Preuve : On peut utiliser des suites, ou revenir aux définitions de la limite. 


Un cas particulier d’usage fréquent de ce théorème est le suivant : si |f1 (x)| ≤ f2 (x) pour
tout x ∈ I et si limx→a f2 (x) = 0, alors limx→a f1 (x) = 0. En effet, on a

−f2 (x) ≤ f1 (x) ≤ f2 (x)

pour tout x ∈ I et on applique le théorème 3.1.20.


1

Voici un exemple d’utilisation du théorème 3.1.20. Soit f (x) = x sin x pour x ∈]0, +∞[.
Si g(x) = x, on a
|f (x)| ≤ g(x)
pour tout x > 0. Comme limx→0 g(x) = 0, on obtient que

lim f (x) = 0.
x→0

On notera que la fonction x 7→ sin x1 ne possède aucune limite en 0, ainsi qu’on peut le


voir en utilisant les suites


1 1
xn = et yn = π .
nπ 2 + nπ

Remarque 3.1.21 Dans le théorème 3.1.20, l’hypothèse que f1 et f3 ont la même limite
en a est essentielle. Par exemple, si, pour tout x ∈]0, +∞[,
 
1
f1 (x) = −1, f2 (x) = sin et f3 (x) = 1,
x

on a bien f1 (x) ≤ f2 (x) ≤ f3 (x) pour tout x > 0, mais f2 ne possède aucune limite en 0.

On termine avec la propriété suivante :

Proposition 3.1.22 Soient a ∈ I et f1 , f2 : I → R. On suppose que, pour tout x ∈ I,


f1 (x) ≥ f2 (x), et que
lim f1 (x) = l1 et lim f2 (x) = l2 .
x→a x→a

Alors l1 ≥ l2 .

Preuve : En utilisant f1 − f2 , il suffit de montrer que, si f : I → R vérifie f (x) ≥ 0 pour


tout x, et si
lim f (x) = l,
x→a

alors l ≥ 0. Or si l < 0, la proposition 3.1.12 montre que f est strictement négative sur un
intervalle ouvert contenant a, ce qui est impossible. 
Si, dans l’énoncé de la proposition 3.1.22, on suppose que f1 (x) > f2 (x) pour tout x, alors
on ne peut pas conclure l1 > l2 , mais seulement l1 ≥ l2 . Par exemple, si f1 (x) = x pour
tout x ∈]0, +∞[ et f2 (x) = −x pour tout x ∈]0, +∞[, on a bien f1 (x) > f2 (x) pour tout
x > 0 mais
lim f1 (x) = lim f2 (x) = 0.
x→0 x→0

3.2 Fonctions continues


3.2.1 Fonctions continues en un point
On considère ici un cas particulier de la situation décrite dans le paragraphe 3.1. On
désigne toujours par I un intervalle et a ∈ I. Cette fois, on suppose f définie sur I (donc
y compris en a).

Définition 3.2.1 Soit a ∈ I et f : I → R une fonction. On dira que f est continue en a


si, et seulement si,
lim f (x) = f (a).
x→a
Remarque 3.2.2 Soit f : I → R une fonction et a ∈ I. S’il existe l ∈ R tel que
limx→a f (x) = l, alors l = f (a). En effet, soit ε > 0. Il existe η > 0 tel que, pour tout
x ∈ I avec |x − a| < η, |f (x) − l| < ε. En particulier, |f (a) − l| < ε, et comme c’est vrai
pour tout ε > 0, f (a) = l.

Exemple 3.2.3 1. Soit f : R → R définie par

f (x) = x3 .

La fonction f est continue en 1.


2. Soit E la fonction partie entière. Alors E n’est pas continue en 1. Plus généralement,
pour tout n ∈ Z, E n’est pas continue en n. Par contre, E est continue en tout point
x∈/ Z, car si x ∈ R \ Z, il existe η > 0 tel que E soit constante sur ]x − η, x + η[.
3. Soit f : [0, 2] → R définie par

 0 si 0 ≤ x < 1,
f (x) = 1 si x = 1,
0 si 1 < x ≤ 2.

On a f (1) = 1, mais on n’a pas

lim f (x) = 1.
x→1

Les propriétés des limites donnent aussitôt des propriétés des fonctions continues, qu’on
laisse le soin au lecteur ou à la lectrice d’énoncer. On indiquera seulement :

Théorème 3.2.4 Soit a ∈ I et f : I → R. Alors f est continue en a si, et seulement si,


pour toute suite (xn )n≥1 ∈ I qui converge vers a,

lim f (xn ) = f (a).


n→+∞

On peut utiliser cette propriété pour montrer qu’une fonction est continue ou non en un
point. Par exemple, si on définit f : R → R par

1 si x ∈ Q,
f (x) =
0 si x ∈
/ Q,

alors f n’est continue en aucun point de R. En effet, soit a ∈ Q. Il existe une suite (xn )n≥1
de points de R \ Q qui converge vers a, de sorte que f (xn ) = 0 pour tout n ≥ 1 et la suite
f (xn ) ne converge donc pas vers f (a) = 1. On raisonne de même si a ∈ / Q.

3.2.2 Fonctions continues sur un intervalle


Soit f : I → R. On va considérer à présent le cas où f est continue en tout point de I.

Définition 3.2.5 Soit f : I → R. On dira que f est continue sur I si, et seulement si,
pour tout a ∈ I, f est continue en a.

Le fait que f soit continue en un point a n’implique pas du tout qu’elle le soit aussi pour des
points proches de a. Il peut arriver que f soit continue en un point a et ne soit continue en
aucun autre point de I. Par exemple, reprenons la fonction f décrite juste après le théorème
3.2.4 et posons, pour tout x ∈ R, g(x) = xf (x). Alors g est continue en 0. Par contre, si
a 6= 0, g n’est jamais continue en a. En effet, si I est un intervalle ouvert contenant a mais
ne contenant pas 0, on a
g(x)
f (x) =
x
pour tout x ∈ I. Donc, si g est continue en a, alors f est aussi continue en a. Or on a vu
que f n’est continue en aucun point.

Dire que f est continue sur I veut dire qu’elle est continue en tout point de I, ce qui donne
immédiatement le théorème suivant à propos de la continuité sur I :

Théorème 3.2.6 Soient f1 , f2 : I → R. On suppose que f1 et f2 sont continues sur I.


Alors :
1. f1 + f2 est continue sur I,
2. pour tout réel λ, λf1 est continue sur I,
3. f1 f2 est continue sur I,
f1
4. si f2 ne s’annule jamais sur I, alors f2 est continue sur I.

Voici des exemples de base de fonctions continues sur des intervalles :

Proposition 3.2.7 1. Tout polynôme (c’est-à-dire toute fonction de la forme x 7→


a0 + a1 x + a2 x2 + ... + an xn avec n ∈ N et a0 , ..., an ∈ R) est continu sur R,
2. pour tout α ∈ R, la fonction x 7→ xα est continue sur ]0, +∞[,
3. les fonctions x 7→ cos x et x 7→ sin x sont continues sur R,
4. la fonction x 7→ ex est continue sur R,
5. la fonction x 7→ lnx est continue sur ]0, +∞[,
6. la fonction x 7→ |x| est continue sur R.

Enfin, on énonce le résultat suivant à propos de la composition des fonctions continues sur
un intervalle :

Théorème 3.2.8 Soit f : I → R continue sur I, J un intervalle contenant f (I) et g :


J → R une fonction continue sur J. Alors g ◦ f est continue sur I.

En combinant les théorèmes 3.2.6 et 3.2.8 avec la proposition 3.2.7, on peut établir la
continuité de certaines fonctions. Ainsi, si

esin x
f (x) = √
x2 + 1

pour tout x ∈ R, la fonction f est continue sur sin x est continue sur R
x
√ R, car x 7→ e
2
par composition de x 7→ sin x et x 7→ e , x 7→ x + 1 est continue par composition de

x 7→ x2 + 1 et x 7→ x, et f est donc continue comme quotient de deux fonctions continues
dont la deuxième ne s’annule jamais.
3.2.3 Théorème des valeurs intermédiaires
On va à présent énoncer deux théorèmes fondamentaux concernant les fonctions conti-
nues sur un intervalle. Pour comprendre le premier théorème, considérons la fonction
f : [0, 1] → R donnée par f (x) = 0 si 0 ≤ x < 1 et f (1) = 1. On a ici f (0) = 0 et
f (1) = 1, mais il n’existe aucun x ∈ [0, 1] tel que f (x) = 12 , par exemple, et plus généra-
lement, f ne prend sur [0, 1] aucune valeur comprise strictement entre 0 et 1. Cela tient
au fait que f n’est pas continue en 1. Ce phénomène disparaît si f est continue sur tout
l’intervalle :

Théorème 3.2.9 (Théorème des valeurs intermédiaires) Soit f : I → R une fonc-


tion continue sur I. Soient a < b dans I. On suppose que f (a) ≤ f (b). Alors, pour tout
y ∈ ]f (a), f (b)[, il existe x ∈]a, b[ tel que f (x) = y.

Preuve : on construit deux suites (an )n≥1 et (bn )n≥1 de points de [a, b] de la façon
suivante. On pose d’abord a0 = a et b0 = b, de sorte que

f (a0 ) ≤ y ≤ f (b0 ) et 0 ≤ b0 − a0 = b − a.

Soit n ∈ N. On suppose construits a0 , ..., an et b0 , ..., bn dans [a, b] tels que, pour tout
0 ≤ k ≤ n,
b−a
f (ak ) ≤ y ≤ f (bk ) et 0 ≤ bk − ak = k
2
et, pour tout 0 ≤ k ≤ n − 1,
ak ≤ ak+1 ≤ bk+1 ≤ bk .
Alors, si f an +b

2
n
≥ y, on pose

an + bn
an+1 = an et bn+1 = .
2
On vérifie que
b−a
f (an+1 ) ≤ y ≤ f (bn+1 ) et 0 ≤ bn+1 − an+1 = (3.2)
2n+1
et
an ≤ an+1 ≤ bn+1 ≤ bn . (3.3)
an +bn

De même, si f 2 < y, on pose

an + bn
bn+1 = bn et an+1 = ,
2
et (3.2) et (3.3) sont encore satisfaites.
La suite (an )n≥0 est croissante, la suite (bn )n≥0 est décroissante et 0 ≤ bn − an = b−a
2n
pour tout n ∈ N, donc limn→+∞ (bn − an ) = 0. Ainsi, les suites (an )n∈N et (bn )n∈N sont
adjacentes donc ont une limite commune notée l. Comme, pour tout n ∈ N,

f (an ) ≤ y ≤ f (bn )

et comme f est continue en l, on obtient en faisant tendre n vers +∞,

f (l) ≤ y ≤ f (l),

de sorte que f (l) = y.


Une reformulation du théorème 3.2.9 est la suivante :
Théorème 3.2.10 Soit f : I → R une fonction continue sur I. Alors f (I) est un inter-
valle.
On rappelle que

f (I) = {y ∈ R; il existe x ∈ I tel que f (x) = y} .

Preuve : soient y1 et y2 dans f (I). On suppose y1 ≤ y2 . Il existe x1 ∈ I tel que y1 = f (x1 )


et x2 ∈ I tel que y2 = f (x2 ). Alors, si par exemple x1 < x2 , si y ∈]y1 , y2 [, il existe, d’après
le théorème 3.2.9, un point x ∈]x1 , x2 [ tel que f (x) = y, de sorte que y ∈ f (I). Ainsi, tous
les points de ]y1 , y2 [ sont dans f (I), qui est donc un intervalle.

Remarque 3.2.11 Une fonction peut avoir la propriété des valeurs intermédiaires sans
être continue. Par exemple, la fonction f : [0, +∞[→ R définie par
2x sin x1 − cos x1
  
si x > 0,
f (x) =
0 si x = 0,
n’est pas continue en 0 mais, pour tout intervalle J ⊂ [0, +∞[, f (J) est un intervalle
(exercice pas si facile).

Une conséquence très utile du théorème des valeurs intermédiaires est la suivante :
Proposition 3.2.12 Soit f : I → R une fonction continue. On suppose que, pour tout
x ∈ I, f (x) 6= 0. Alors ou bien f (x) > 0 pour tout x ∈ I, ou bien f (x) < 0 pour tout x ∈ I.
Preuve : sinon, il existe a ∈ I tel que f (a) > 0 et b ∈ I tel que f (b) < 0, avec par exemple
a < b. Mais le théorème des valeurs intermédiaires montre alors qu’il existe c ∈]a, b[ tel que
f (c) = 0, ce qui est impossible.

3.2.4 Lien entre continuité et bijection


Le théorème des valeurs intermédiaires dit donc que, si f est continue sur I, f (I) est
un intervalle. On peut préciser dans quelles situations f est une bijection de I sur f (I) :
Théorème 3.2.13 On suppose que f : I → R est continue sur I. On note J = f (I),
qui est donc un intervalle. Alors f est une bijection de I sur J si, et seulement si, f est
strictement monotone sur I (c’est-à-dire soit strictement croissante sur I, soit strictement
décroissante sur I). De plus, si f : I → J est une bijection, alors f −1 : J → I est
aussi continue sur J et strictement monotone, de même sens que f . On dit que f est un
homéomorphisme de I sur J.
Preuve : il est clair que, si f est strictement monotone sur I, alors f est injective sur I
c’est donc une bijection de I sur f (I) = J. On admettra que, réciproquement, si f est une
bijection de I sur f (I), alors f est strictement monotone sur I.
On suppose maintenant que f est une bijection de I sur f (I) et on montre que f −1 est
continue sur f (I). Supposons par exemple f strictement croissante sur I. Soit y0 ∈ f (I)
et x0 ∈ I tel que y0 = f (x0 ). Si x0 n’est pas une extrémité de I, il existe ε0 > 0 tel que
]x0 − ε0 , x0 + ε0 [ ⊂ I. Soit alors ε ∈ ]0, ε0 [. Posons K = ]f (x0 − ε) , f (x0 + ε)[. Alors,
pour tout y ∈ K, f −1 (y) − f −1 (y0 ) < ε. Si x0 est une extrémité de I, on adapte sans
problème ce raisonnement (le faire en exercice).
Une illustration du théorème 3.2.13 : si f : [0, 1] → [0, 1] est donnée par f (x) = x2 , f est
bien une bijection strictement croissante de [0, 1] sur [0, 1], dont la réciproque est donnée

par f −1 (x) = x. Par contre, si g : [−1, 1] → [0, 1] est donnée par g(x) = x2 , g n’est pas
strictement monotone sur [−1, 1] et n’est pas injective, car g(−1) = g(1).
3.2.5 Fonctions continues sur un segment
L’autre propriété essentielle concerne les fonctions continues sur un segment, c’est-à-
dire un intervalle de la forme [a, b] avec a < b ∈ R. Elle dit qu’une fonction continue sur
[a, b] possède un maximum et un minimum sur [a, b].

Théorème 3.2.14 Soient a < b ∈ R et f : [a, b] → R une fonction continue sur [a, b].
Alors :
1. il existe c ∈ [a, b] tel que, pour tout x ∈ [a, b], f (c) ≤ f (x),
2. il existe d ∈ [a, b] tel que, pour tout x ∈ [a, b], f (d) ≥ f (x).
On dit que f (c) est le minimum de f sur [a, b] et que f (d) est le maximum de f sur [c, d].
En particulier, f est bornée sur [a, b].

Preuve : Supposons d’abord f non majorée. Il existe donc, pour tout n ∈ N, un nombre
un ∈ [a, b] tel que f (un ) ≥ n. Comme la suite (un )n∈N est bornée, il existe, par le théorème
2.6.8, une fonction ϕ : N → N strictement croissante telle que uϕ(n) → l, et on a encore
l ∈ [a, b]. Par continuité de f , limn→+∞ f (un ) = f (l) (théorème 3.2.4), ce qui est impossible
car limn→+∞ f (un ) = +∞. La fonction f est donc majorée.
L’ensemble f ([a, b]) étant non vide et majoré, il possède une borne supérieure M . Soit alors
1
n ∈ N. Par définition de la borne supérieure, M − n+1 n’est pas un majorant de f ([a, b]),
1
ce qui signifie qu’il existe un ∈ [a, b] tel que f (un ) > M − n+1 . La suite (un )n∈N étant
bornée, il existe, par le théorème 2.6.8, une fonction ϕ : N → N strictement croissante telle
que uϕ(n) → l, et on a encore l ∈ [a, b].
1

Comme f uϕ(n) > M − ϕ(n+1) , on obtient en faisant tendre n vers +∞ que f (l) ≥ M , et
comme M est un majorant de f sur [a, b], on a donc f (l) = M . Ainsi, f possède en l un
maximum sur [a, b].
En appliquant ce qui précède à −f , on prouve que f possède aussi un minimum sur [a, b].


Remarque 3.2.15 Il est important de remarquer qu’il est essentiel de se placer sur un
segment dans le théorème 3.2.14. Ainsi, si f :]0, 1] → R est définie par f (x) = x1 pour tout
x ∈]0, 1], f est continue mais n’est pas majorée sur ]0, 1]. Si g :]1, 2[→ R est définie par
g(x) = x, g est continue et bornée mais ne possède ni maximum ni minimum sur ]1, 2[. En
effet, si c ∈]1, 2[ est tel que g(c) ≤ g(x) pour tout x ∈]1, 2[, alors c ≤ x pour tout x ∈]1, 2[,
ce qui est faux pour x = 1+c 2 par exemple. On raisonne de même pour prouver que g n’a
pas de maximum sur ]1, 2[.
On remarque aussi que c et d ne sont pas uniques dans le théorème 3.2.14. Ainsi, si f
est constante sur [a, b], n’importe quel c et n’importe quel d vérifient les conclusions de ce
théorème.

Une conséquence utile du théorème 3.2.14 est la suivante :

Proposition 3.2.16 Soit f : [a, b] → R une fonction continue. On suppose que f (x) > 0
pour tout x ∈ [a, b]. Alors il existe m > 0 tel que f (x) ≥ m pour tout x ∈ [a, b].

Preuve : Par le théorème 3.2.14, il existe c ∈ [a, b] tel que, pour tout x ∈ [a, b], f (c) ≤
f (x), et il suffit de poser m = f (c). 
Il faut noter que la conclusion de cette proposition est fausse si on ne se place pas sur un
segment. Par exemple, si f (x) = x1 pour x ∈]0, +∞[, f est continue et strictement positive,
mais il n’existe pas de m > 0 tel que f (x) ≥ m pour tout x > 0 (exercice).
3.2.6 Prolongement par continuité
Prenons d’abord un exemple. Si f :]0, +∞[→ R est définie par
 
1
f (x) = x sin ,
x

alors le théorème 3.1.20 montre que limx→0 f (x) = 0. La fonction f est continue sur
]0, +∞[, mais n’est pas définie en 0 et l’expression définissant f n’a pas de sens pour
x = 0. Mais si on définit 
f (x) si x > 0,
fe(x) =
0 si x = 0,

la fonction fe est continue sur [0, +∞[ : en effet, elle est bien continue sur ]0, +∞[ comme
f et de plus
lim fe(x) = 0 = fe(0).
x→0

On dit que fe est le prolongement de f par continuité sur [0, +∞[. Le mot “prolongement”
signifie que fe = f sur ]0, +∞[, c’est-à-dire lorsque f est définie, et “par continuité” indique
que ce prolongement est continu partout où il est défini.
Plus généralement :

Théorème 3.2.17 Soit I un intervalle ouvert de R et a une extrémité de I. On suppose


que f : I → R est continue sur I et que

lim f (x) = l ∈ R.
x→a

Alors la fonction 
f (x) si x ∈ I,
fe(x) =
l si x = a,
est continue sur I ∪ {a} et prolonge f . C’est la seule fonction qui vérifie cette propriété et
on l’appelle le prolongement par continuité de f à I ∪ {a}.

Preuve : Il est clair que fe est continue et prolonge f . De plus, si g est continue sur I ∪ {a}
et prolonge f , alors on doit avoir

g(a) = lim g(x) = lim f (x) = l,


x→a x→a

ce qui montre bien l’unicité de fe. 


Une fonction définie et continue sur un intervalle ne possède pas toujours de prolongement
par continuité. Ainsi, si
1
f (x) = pour tout x ∈]0, 1],
x
il est impossible de prolonger f par continuité à [0, 1], car

lim f (x) = +∞.


x→0

Si  
1
g(x) = sin pour tout x ∈]0, 1],
x
il est impossible de prolonger g par continuité à [0, 1] car g ne possède aucune limite en 0,
comme on l’a signalé après l’énoncé du théorème 3.1.20.
3.3 Limites infinies
Commençons par un exemple. Soit f :]0, 1] → R définie par f (x) = x1 . Peut-on rendre
f (x) aussi grand qu’on veut pour x assez proche de 0 ?
Si, par exemple, on veut avoir f (x) > 103 , cela équivaut à x < 10−3 . Ainsi, si J =
]−10−3 , 10−3 [, J est un intervalle ouvert contenant 0, et pour
 tout x∈ J∩]0, 1], f (x) > 103 .
1 1
Plus généralement, si M > 0 est quelconque, et si J = − M , M , alors, pour tout x ∈
]0, 1] ∩ J, f (x) > M . On traduit cette propriété en disant que

lim f (x) = +∞.


x→0

Un autre exemple : soit f :]0, 1] → R définie par f (x) = − x1 . Peut-on rendre f (x) aussi
petit qu’on veut pour x assez proche de 0 ?
Si, par exemple, on veut avoir f (x) < −103 , cela équivaut à x < 10−3 . Ainsi, si J =] −
10−3 , 10−3 [, J est un intervalle ouvert contenant 0, et pourtout x ∈ J∩]0, 1], f (x) < −103 .
1 1
Plus généralement, si M < 0 est quelconque, et si J = M , −M , alors, pour tout x ∈
]0, 1] ∩ J, f (x) < M . On traduit cette propriété en disant que

lim f (x) = −∞.


x→0

On retourne à la situation générale de la section 3.1.2. Soit I ⊂ R un intervalle, a ∈ I,


f : I → R. On donne la définition générale suivante :

Définition 3.3.1 1. On dit que

lim f (x) = +∞
x→a

si, et seulement si, pour tout M > 0, il existe η > 0 tel que, pour tout x ∈ I avec
|x − a| < η, f (x) > M .
2. On dit que
lim f (x) = −∞
x→a

si, et seulement si, pour tout M < 0, il existe η > 0 tel que, pour tout x ∈ I avec
|x − a| < η f (x) < M .

Remarque 3.3.2 Si limx→a f (x) = +∞, alors il n’existe pas de réel η > 0 tel que f soit
bornée sur I∩]a − η, a + η[ (raisonner par l’absurde). Par conséquent, d’après la proposition
3.1.9, si limx→a f (x) = +∞, alors il n’existe pas de réel l tel que

lim f (x) = l.
x→a

De même, s’il existe l ∈ R tel que


lim f (x) = l,
x→a

alors on n’a pas limx→a f (x) = +∞. Les mêmes remarques sont valables pour −∞.

Remarque 3.3.3 Une fonction qui tend vers ±∞ en a n’est jamais bornée sur I∩]a −
η, a + η[ avec η > 0. En revanche, une fonction qui n’est jamais bornée sur I∩]a − η, a + η[
avec η > 0 ne tend pas forcément vers +∞ ou vers −∞ en a.
Exemple : on définit f :]0, 1] → R de la façon suivante : si x1 ∈
/ N, on pose f (x) = x1 , et si
1
x ∈ N, on pose f (x) = 0. Alors :
1. il n’existe aucun intervalle ouvert J contenant 0 tel que f soit bornée sur ]0, 1] ∩ J,
2. on n’a pas
lim f (x) = +∞,
x→0

3. on n’a pas
lim f (x) = −∞.
x→0

0 1
 ouvert contenant 0, il1 existe ε > 0 tel que J ⊃]0, ε[. Si
En effet, si J est un intervalle
M > 0, soit M > max M, ε un irrationnel. Alors M 0 ∈ J et
 
1
f = M 0 > M.
M0

On prouvera les points 2. et 3. plus loin.

Remarque 3.3.4 Il peut arriver qu’une fonction ne possède aucune limite en a, ni dans
R, ni +∞, ni −∞. Voir pour cela le deuxième exemple de la section 3.2.3, ou l’exemple
de la remarque 3.3.3.

Là aussi, on peut donner le lien entre limite infinie et limite des suites :

Théorème 3.3.5 Soit a ∈ I et f : I → R. Alors

lim f (x) = +∞
x→a

si, et seulement si, pour toute suite (xn )n≥1 de points de I qui converge vers a,

lim f (xn ) = +∞.


n→+∞

On a un énoncé analogue en remplaçant +∞ par −∞.

Preuve : Analogue à celle du théorème 3.1.11. 

On peut utiliser cette propriété pour montrer qu’une fonction possède, ou ne possède pas,
de limite en un point. Reprenons l’exemple de la remarque 3.3.3. Si xn = n1 pour tout
n ∈ N∗ , xn → 0 avec xn > 0 pour tout n ≥ 1, mais f (xn ) = 0 pour tout n ≥ 1, de sorte
qu’on n’a pas
lim f (xn ) = +∞.
n→+∞

Ainsi, on n’a pas


lim f (x) = +∞ ni lim f (x) = −∞.
x→0 x→0

L’observation suivante est très utile :

Proposition 3.3.6 Soit a ∈ I et f : I → R.


1. On suppose que
lim f (x) = +∞.
x→a

Alors, il existe η > 0 tel que f (x) > 0 pour tout x ∈ I∩]a − η, a + η[.
2. On suppose que
lim f (x) = −∞.
x→a

Alors, il existe η > 0 tel que f (x) < 0 pour tout x ∈ I∩]a − η, a + η[.
Preuve : Exercice, appliquer la définition de la limite. 

On a aussi les propriétés suivantes à propos des opérations sur les limites :
Théorème 3.3.7 Soient a ∈ I et f1 , f2 : I → R. On suppose que

lim f1 (x) = +∞ et lim f2 (x) = +∞.


x→a x→a

Alors :
1. limx→a (f1 + f2 )(x) = +∞,
2. pour tout réel λ > 0,
lim (λf1 )(x) = +∞,
x→a

3. pour tout réel λ < 0,


lim (λf1 )(x) = −∞,
x→a

4. limx→a (f1 f2 )(x) = +∞.


1
5. limx→a f2 (x) = 0.

Preuve : Laissée en exercice. On peut par exemple utiliser le théorème 3.1.11 et les
propriétés correspondantes sur les suites. Pour le point 4., on utilisera aussi la proposition
3.1.12. 

On a aussi :
Théorème 3.3.8 Soient a ∈ I et f1 , f2 : I → R. On suppose que

lim f1 (x) = l1 ∈ R et lim f2 (x) = +∞.


x→a x→a

Alors :
1. limx→a (f1 + f2 )(x) = +∞,
2. si l1 > 0,
lim f1 f2 (x) = +∞,
x→a

3. si l1 < 0,
lim f1 f2 (x) = −∞.
x→a

Dans certaines situations, on ne peut pas appliquer les théorèmes précédents, et il faut
alors regarder cas par cas.
1
Premier exemple : si f1 (x) = 0 et f2 (x) = x pour tout x ∈]0, +∞[, on a

lim f1 (x) = 0 et lim f2 (x) = +∞,


x→0 x→0

et
lim (f1 f2 )(x) = 0.
x→0
1
car f1 f2 = 0. Mais si f1 (x) = x et f2 (x) = x2
pour tout x ∈]0, +∞[, on a encore

lim f1 (x) = 0 et lim f2 (x) = +∞,


x→0 x→0

et
lim (f1 f2 )(x) = +∞,
x→0
car (f1 f2 )(x) = x1 .
1
Deuxième exemple : si f1 (x) = f2 (x) = x pour tout x ∈]0, +∞[,

lim f1 (x) = lim f2 (x) = +∞


x→0 x→0

et
lim (f1 − f2 )(x) = 0
x→0
1 1
car f1 − f2 = 0. Mais si f1 (x) = x2
et f2 (x) = x pour tout x > 0, alors

lim f1 (x) = 0 et lim f2 (x) = +∞,


x→0 x→0

mais
1
f1 − f2 (x) = (1 − x) ,
x2
1
et comme limx→0 x2
= +∞ et limx→0 1 − x = 1, on obtient

lim (f1 − f2 )(x) = +∞.


x→0

1
Remarque 3.3.9 Si limx→a f (x) = 0, on ne peut pas affirmer que limx→a f (x) = +∞ ni
1
que limx→a f (x) = −∞. Ainsi, si on prend f (x) = x pour tout x ∈ R, on remarque que, si
xn = n1 , xn → 0 et
1
lim = +∞,
n→+∞ f (xn )

alors que, si xn = − n1 , xn → 0 et

1
lim = −∞,
n→+∞ f (xn )
1 1
de sorte qu’on n’a ni limx→0 f (x) = +∞ ni limx→0 f (x) = −∞. Par contre, si limx→a f (x) =
0 et s’il existe η > 0 tel que, pour tout x ∈ I∩]a − η, a + η[, f (x) > 0, alors
1
lim (x) = +∞.
x→a f
La preuve est laissée en exercice.

On termine cette section avec des résultats de comparaison :

Théorème 3.3.10 Soient a ∈ I et f, g : I → R. On suppose que, pour tout x ∈ I,


f (x) ≥ g(x).
1. Si limx→a g(x) = +∞, alors limx→a f (x) = +∞.
2. Si limx→a f (x) = −∞, alors limx→a g(x) = −∞.
1 1

La preuve est laissée en exercice. Par exemple, si f (x) = x − sin x pour tout x ∈]0, 1],
comme f (x) ≥ g(x) := x1 − 1, on obtient

lim f (x) = +∞
x→0

car cette propriété est vraie pour g.


3.4 Limites en ±∞
Dans cette section, on considère des fonctions définies sur I = [a, +∞[, ou I =]a, +∞[,
ou I =] − ∞, a] ou I =] − ∞, a[ avec a ∈ R, ou encore I = R.
Premier exemple : si f (x) = x2 pour tout x ∈ R, on peut rendre f (x) > 106 , par
3
√ tout x > 10 . Plus généralement, si A > 0 est donné, on a f (x) > A pour
exemple, pour
tout x ∈] A, +∞[. On peut donc trouver un intervalle de la forme ]B, +∞[ sur lequel
f > A. On traduit cette propriété en disant que

lim f (x) = +∞.


x→+∞

Deuxième exemple : si f (x) = sin x pour tout x ∈ R, il est impossible de trouver un


intervalle de la forme ]B, +∞[ sur lequel f > 2. On n’a donc pas

lim f (x) = +∞.


x→+∞

Troisième exemple : si f (x) = x sin x pour tout x ∈ R, peut-on trouver B > 0 tel que,
pour tout x > B, f (x) > 106 ? La réponse est non, car, si B vérifie cette propriété, il existe
un entier k tel que kπ > B, et f (kπ) = 0. On n’a donc pas non plus

lim f (x) = +∞.


x→+∞

Quatrième exemple :  si f (x) = x1 pour tout x ∈ [1, +∞[, pour tout ε ∈]0, 1[, on a
|f (x)| < ε pour tout x ∈ 1ε , +∞ . On traduit cette propriété en écrivant que

lim f (x) = 0.
x→+∞

Ces exemples conduisent aux définitions suivantes :


Définition 3.4.1 Soit a ∈ R et f :]a, +∞[→ R.
1. Si l ∈ R, on dit que
lim f (x) = l
x→+∞

si, et seulement si, pour tout ε > 0, il existe B > 0 tel que, pour tout x > B,
|f (x) − l| < ε.
2. On dit que
lim f (x) = +∞
x→+∞

si, et seulement si, pour tout A > 0, il existe B > 0 tel que, pour tout x > B,
f (x) > A.
3. On dit que
lim f (x) = −∞
x→+∞

si, et seulement si, pour tout A < 0, il existe B > 0 tel que, pour tout x > B,
f (x) < A.

Définition 3.4.2 Soit a ∈ R et f :] − ∞, a[→ R.


1. Si l ∈ R, on dit que
lim f (x) = l
x→−∞

si, et seulement si, pour tout ε > 0, il existe B < 0 tel que, pour tout x < B,
|f (x) − l| < ε.
2. On dit que
lim f (x) = +∞
x→−∞
si, et seulement si, pour tout A > 0, il existe B < 0 tel que, pour tout x < B,
f (x) > A.
3. On dit que
lim f (x) = −∞
x→−∞
si, et seulement si, pour tout A < 0, il existe B < 0 tel que, pour tout x < B,
f (x) < A.

Remarque 3.4.3 Il est facile de vérifier que, si f :]a, +∞[→ R, si on définit g :] −


∞, −a[→ R par g(x) = f (−x), alors, pour tout l ∈ R,
lim f (x) = l si, et seulement si, lim g(x) = l,
x→+∞ x→−∞

et de même,
lim f (x) = +∞ si, et seulement si, lim g(x) = +∞,
x→+∞ x→−∞

et
lim f (x) = −∞ si, et seulement si, lim g(x) = −∞.
x→+∞ x→−∞

La plupart des propriétés des limites vues dans les sections 3.1 et 3.3 restent valables pour
des limites quand x → +∞ ou x → −∞. Plus précisément, les propositions 3.1.8, 3.1.9,
3.1.12, 3.1.15, 3.1.22 et 3.3.6 et les théorèmes 3.1.11, 3.1.13, 3.1.20, 3.3.5, 3.3.7, 3.3.8 et
3.3.10 restent valables si on considère des fonctions définies sur ]a, +∞[ et qu’on considère
les limites en +∞, ou si on considère des fonctions définies sur ] − ∞, a[ et qu’on considère
les limites en −∞.
On peut compléter le théorème 3.1.16 de la façon suivante :
Théorème 3.4.4 1. Soit a ∈ I et f : I → R. On suppose que
lim f (x) = b.
x→a

Soit J est un intervalle ouvert contenant b et g : J → R vérifiant


lim g(y) = +∞ (resp. − ∞).
y→b

Alors il existe η0 > 0 tel que g ◦ f soit définie sur I∩]a − η0 , a + η0 [ et


lim g ◦ f (x) = +∞ (resp. − ∞).
x→a

2. Soit f :]a, +∞[→ R telle que


lim f (x) = l ∈ R.
x→+∞

On suppose que I est un intervalle ouvert contenant l et que g : I → R vérifie


g(l) = l0 et
lim g(x) = l0 ∈ R.
x→l
Alors il existe B > a tel que g ◦ f soit définie sur ]B, +∞[ et
lim g ◦ f (x) = l0 .
x→+∞

Cet énoncé reste valable si l0 est remplacé par +∞ ou par −∞ (en retirant alors
l’hypothèse g(l) = +∞ ou g(l) = −∞, qui n’a aucun sens).
3. Soit f :]a, +∞[→ R telle que

lim f (x) = +∞ ∈ R.
x→+∞

On suppose que g :]b, +∞[→ R (où b ∈ R) et que

lim = l ∈ R.
x→+∞

Alors il existe B > a tel que g ◦ f soit définie sur ]B, +∞[ et

lim g ◦ f (x) = l.
x→+∞

Cet énoncé reste valable si l est remplacé par +∞ ou par −∞.

On peut bien sûr donner des énoncés analogues pour des fonctions définies sur ] − ∞, a[ et
des limites en −∞.
Le théorème 3.4.4 permet de calculer des limites à partir des limites classiques suivantes :

Proposition 3.4.5 1. pour tout entier n ≥ 1 et tous a0 , ..., an−1 ∈ R,

lim xn + an−1 xn−1 + ... + a1 x + a0 = +∞,


x→+∞
lim xn + an−1 xn−1 + ... + a1 x + a0 = +∞ si n est pair,
x→−∞
lim xn + an−1 xn−1 + ... + a1 x + a0 = −∞ si n est impair,
x→−∞

2. limx→+∞ ex = +∞, limx→−∞ ex = 0,


3. limx→+∞ lnx = +∞, limx→0 lnx = −∞,
4. pour tout α > 0, limx→+∞ xα = +∞,
5. pour tout α < 0, limx→+∞ xα = 0,
exp(xα )
6. pour tous α, β > 0, limx→+∞ xβ
= +∞,
α
7. pour tous α, β > 0, limx→+∞ x β = +∞.
(lnx)

Par exemple,  
1
lim exp = 1,
x→+∞ x
car limx→+∞ x1 = 0 et limx→0 ex = 1.
Il existe de nombreuses situations où ces théorèmes généraux ne permettent pas de conclure
directement. Par exemple, si
√ √
f (x) = x + 3 − x − 1

√ x ∈]1, +∞[,√et si on cherche une éventuelle limite de f en +∞, les fonctions


pour tout
x 7→ x + 3 et x 7→ x − 1 tendent vers +∞ quand x → +∞, donc aucun théorème
général ne permet de conclure directement. Par contre, si on écrit
√ √  √ √ 
x+3− x−1 x+3+ x−1 4
f (x) = √ √ =√ √ ,
x+3+ x−1 x+3+ x−1
et on conclut alors que
lim f (x) = 0.
x→+∞
Si maintenant p √
g(x) = x2 + 3 − x − 1
pour tout x ∈]1, +∞[, et si on cherche une éventuelle limite de g en +∞, là encore, les
théorèmes généraux ne donnent pas de résultat, mais si on écrit
r !
p
2
x−1
g(x) = x + 3 1 − ,
x2 + 3

comme
1 1
x−1 x − x2
= ,
x2 + 3 1 + x32
on voit que r
x−1
lim 1 − = 1,
x→+∞ x2 + 3
donc
lim g(x) = +∞.
x→+∞

Remarque 3.4.6 Le théorème 3.4.4 montre que, si f :]0, +∞[→ R, alors


 
1
lim f (x) = l si, et seulement si, lim f = l,
x→+∞ x→0 x

pour l ∈ R ou l = +∞ ou l = −∞. On peut ainsi en théorie ramener un problème de limite


en +∞ à un problème de limite en 0.

3.5 Relations de comparaison


Dans cette section, I ⊂ R est un intervalle, f, g : I → R et a ∈ I.

Définition 3.5.1 On suppose g(x) ≥ 0 pour tout x ∈ I.


1. On dit que f = O(g) au voisinage de a si et seulement si il existe η > 0 et C > 0
tels que, pour tout x ∈ I tel que |x − a| < η,

|f (x)| ≤ Cg(x).

On dit aussi que f est dominée par g au voisinage de a.


2. On dit que f = o(g) au voisinage de a si et seulement si, pour tout ε > 0, il existe
η > 0 tel que, pour tout x ∈ I tel que |x − a| < η,

|f (x)| ≤ εg(x).

On dit aussi que f est négligeable devant g au voisinage de a.


3. Ces définitions s’adaptent si f, g :]a, +∞[→ R et si on se place au voisinage de ∞
(à adapter aussi au voisinage de −∞).

Exemple 3.5.2 1. Si f (x) = x3 et g(x) = x2 , f = o(g) au voisinage de 0.


2. Si f (x) = (lnx)α et g(x) = x−β avec α, β > 0, alors f = o(g) au voisinage de 0.
3. Si f (x) = xα et g(x) = eβx avec α, β > 0, alors f = o(g) au voisinage de +∞.
Définition 3.5.3 On dit que f est équivalente à g au voisinage de a si et seulement si il
existe η > 0 et une fonction h :]a − η, a + η[∩I → R telle que
1. f (x) = g(x)h(x) pour tout x ∈]a − η, a + η[∩I,
2. limx→a h(x) = 1.
On vérifie que, si f est équivalente à g au voisinage de a, alors g est équivalente à f au
voisinage de a. On note alors f ∼ g au voisinage de a.

Exemple 3.5.4 1. Si f (x) = x et g(x) = x + 1, alors f ∼ g au voisinage de +∞ (ou


de −∞).
2. Si f (x) = ln(1 + x) et g(x) = x, alors f ∼ g au voisinage de 0.

On vérifie immédiatement :

Proposition 3.5.5 Si f1 ∼ f2 et g1 ∼ g2 au voisinage de a, alors :


1. f1 g1 ∼ f2 g2 au voisinage de a,
2. s’il existe η > 0 tel que f1 (x) 6= 0 pour tout x ∈]a − η, a + η[∩I, alors il existe
η 0 ∈ ]0, η[ tel que f2 (x) 6= 0 pour tout x ∈]a − η 0 , a + η 0 [∩I et f11 ∼ f12 au voisinage
de a.

Remarque 3.5.6 Sous les hypothèses de la proposition 3.5.5, on n’a pas f1 + g1 ∼ f2 + g2


au voisinage de a. Par exemple, x ∼ x et −x ∼ −x+1 au voisinage de +∞, mais x−x = 0
et x − x + 1 = 1 ne sont pas équivalentes au voisinage de +∞.
Chapitre 4

Fonctions dérivables

Dans tout ce chapitre, on désigne par I un intervalle de R non vide et non réduit à un
point.

4.1 Définitions
Définition 4.1.1 Soit a ∈ I. On dit que f est dérivable en a si, et seulement si, la limite
suivante
f (x) − f (a)
lim
x→a x−a
existe dans R. Si c’est le cas, on pose

f (x) − f (a)
f 0 (a) = lim .
x→a x−a

f (x)−f (a)
On notera que la fonction x 7→ x−a n’est pas définie en a, mais est définie sur I \ {a}.

Premier exemple : si f (x) = x3 sur R et si a = 1, on regarde donc la fonction x 7→


x3 −1 2
x−1 = x + x + 1 pour tout x 6= 1, dont la limite en 1 est égale à 3. On en déduit que f
est dérivable en 1 et que f 0 (1) = 3.

Deuxième exemple : si f (x) = |x| et si a = 0, on regarde la fonction x 7→ |x| x , qui vaut


1 pour x > 0 et −1 pour x < 0, et n’a donc pas de limite en 0. Ainsi, f n’est pas dérivable
en 0.
Troisième exemple : si f (x) = E(x), où E(x) désigne la partie entière de x et a = 0,
on regarde x 7→ E(x) 1
x , qui vaut 0 pour 0 < x < 1 et − x pour −1 < x < 0 et ne possède
donc pas de limite en 0. Ainsi, f n’est pas dérivable en 0.

4.2 Propriétés
Voici d’abord le lien entre dérivabilité et continuité :

Proposition 4.2.1 Soit f : I → R et a ∈ I. Si f est dérivable en a, alors f est continue


en a.

55
Preuve : Pour tout x 6= a,
f (x) − f (a)
f (x) − f (a) = (x − a),
x−a
de sorte que
lim f (x) − f (a) = 0,
x→a
ce qui signifie exactement que f est continue en a. 
La réciproque de la proposition 4.2.1 est fausse. Ainsi, la fonction x 7→ |x| est continue en
0 mais pas dérivable en 0, comme on l’a vu dans le deuxième exemple après la définition de
la dérivabilité. On peut même construire une fonction continue de R dans R mais dérivable
an aucun point de R.

On passe maintenant aux opérations sur la dérivation. Voici d’abord la plus simple :
Théorème 4.2.2 Soient f, g : I → R, λ ∈ R et a ∈ I. On suppose que f et g sont
dérivables en a. Alors :
1. f + g est dérivable en a et (f + g)0 (a) = f 0 (a) + g 0 (a),
2. λf est dérivable en a et (λf )0 (a) = λf 0 (a).
La preuve est laissée en exercice, il suffit d’appliquer les théorèmes sur la limite d’une
somme et du produit par une constante.
Le comportement par rapport au produit est un peu plus compliqué :
Théorème 4.2.3 Soient f, g : I → R et a ∈ I. On suppose que f et g sont dérivables en
a. Alors f g est dérivable en a et
(f g)0 (a) = f 0 (a)g(a) + f (a)g 0 (a).

Preuve : Pour tout x 6= a,


(f g)(x) − (f g)(a) g(x) − g(a) f (x) − f (a)
= f (x) + g(a) ,
x−a x−a x−a
et il suffit de faire tendre x vers a et d’utiliser le fait que f est continue en a car dérivable
en a (Proposition 4.2.1) pour obtenir la formule annoncée. 
On passe maintenant au comportement vis-à-vis du quotient :
Théorème 4.2.4 Soient f, g : I → R et a ∈ I. On suppose que f et g sont dérivables en
a et que g(a) 6= 0. Alors il existe η > 0 tel que g(x) 6= 0 pour tout x ∈ I∩]a − η, a + η[, la
fonction fg est dérivable en a et
 0
f g(a)f 0 (a) − f (a)g 0 (a)
(a) = .
g g(a)2

Preuve : Comme g est dérivable en a, elle est continue en a donc il existe η > 0 tel que
g(x) 6= 0 pour tout x ∈ I∩]a − η, a + η[. Pour tout x ∈ I∩]a − η, a + η[ avec x 6= a,
   
f f
g (x) − g (a) f (x)g(a) − f (a)g(x)
=
x−a  − a)
g(x)g(a)(x 
1 f (x) − f (a) g(x) − g(a)
= g(a) − f (a) ,
g(x)g(a) x−a x−a
et on obtient la formule annoncée en faisant tendre x vers a et utilisant la continuité de g
en a. 
Enfin, on a une propriété très importante vis-à-vis de la composition :
Théorème 4.2.5 Soient f : I → R et a ∈ I. On suppose que f est dérivable en a, que
J est un intervalle ouvert contenant f (a) et que g : J → R est dérivable en f (a). Alors il
existe η > 0 tel que g ◦ f soit définie sur I∩]a − η, a + η[, g ◦ f est dérivable en a et

(g ◦ f )0 (a) = g 0 (f (a))f 0 (a).

Preuve : On définit d’abord



 (g ◦ f )(x) − (g ◦ f )(a)
si f (x) 6= f (a),
h(x) = f (x) − f (a)
 0
g (f (a)) si f (x) = f (a).

Pour tout x 6= a,
(g ◦ f )(x) − (g ◦ f )(a) f (x) − f (a)
= h(x)
x−a x−a
(vérifier cette formule quand f (x) 6= f (a) puis quand f (x) = f (a)). Comme

lim h(x) = g 0 (f (a)),


x→a

on obtient la conclusion voulue. 

4.3 Fonction dérivée


On considère maintenant le cas de fonctions dérivables sur tout un intervalle.

Définition 4.3.1 Soit f : I → R. Si, pour tout a ∈ I, f est dérivable en a, on dit que f
est dérivable sur I. On note alors f 0 la fonction définie sur I qui, à tout a ∈ I, associe
f 0 (a). La fonction f 0 est la dérivée de f .

Les résultats de la section précédente s’étendent aussitôt au cas des fonctions dérivables
sur un intervalle. Pour les fonctions usuelles, on a les dérivées suivantes :

Proposition 4.3.2 1. Si f (x) = xk pour un entier k ≥ 1, alors f est dérivable sur R


et f 0 (x) = kxk−1 pour tout x ∈ R. Si k = 0, f est dérivable sur R et sa dérivée est
nulle.
2. Si, pour tout x ∈]0, +∞[, f (x) = xα avec α ∈ R, α 6= 0, alors f est dérivable sur
]0, +∞[ et f 0 (x) = αxα−1 .
3. Si f (x) = exp(x), alors f est dérivable sur R et f 0 (x) = exp(x) pour tout x ∈ R.
4. Si f (x) = lnx pour tout x ∈)0, +∞[, alors f 0 (x) = 1
x pour tout x ∈]0, +∞[.
5. Si f (x) = sin x pour tout x ∈ R, alors f est dérivable sur R et f 0 (x) = cos x pour
tout x ∈ R.
6. Si f (x) = cos x pour tout x ∈ R, alors f est dérivable sur R et f 0 (x) = − sin x pour
tout x ∈ R.
x pour tout x ∈ − π2 + kπ, π2 + kπ , alors f est dérivable
 
7. Si k ∈ Z et f (x) = tan
sur − π2 + kπ, π2 + kπ et f 0 (x) = 1 + tan2 x = cos12 x .


En utilisant cette proposition et les théorèmes sur la somme, le produit, le quotient et la


composition, on peut calculer la dérivée de fonctions données explicitement.
Premier exemple : f (x) = 3x pour tout x ∈ R. On a f (x) = exp (xln3). On a donc
f = f1 ◦ f2 , avec
f1 (x) = exp x et f2 (x) = xln3.
Comme f10 (x) = exp x et f20 (x) = ln3, on obtient que, pour tout x ∈ R

f 0 (x) = exp(xln3) × ln3 = ln3 × 3x .



Deuxième exemple : f (x) = cos 1 + x pour tout x ∈ [−1, +∞[. On peut écrire f
comme f = f1 ◦ f2 avec

f1 (x) = cos et f2 (x) = 1 + x.

On sait que f10 (x) = − sin x. Pour dériver f2 , on écrit

f2 = f3 ◦ f4

avec

f3 (x) = x et f4 (x) = 1 + x.

Ainsi, le théorème 4.2.5 donne f20 (x) = f30 (f4 (x))f40 (x) = 2√1+x
1
pour tout x ∈] − 1, +∞[.
Enfin,
√ 
0 0 0
√  1 sin 1 + x
f (x) = f1 (f2 (x))f2 (x) = − sin 1 + x √ =− √ ,
2 1+x 2 1+x
pour tout x ∈] − 1, +∞[.

Remarque 4.3.3 La fonction f est-elle dérivable en −1 ? Pour répondre, on regarde, pour


tout x 6= −1,

f (x) − f (−1) cos 1 + x − 1
=
x+1 x + √1 
2 1+x
sin 2
= −2
 1 +√x  2
1+x
1 sin 2
= −  √  ,
2 1+x
2

et cette dernière quantité tend vers − 21 quand x tend vers −1, à cause de

sin u
lim = 1.
u→0 u

Ainsi, f 0 (−1) = − 21 .

exp(x2 ) f1
Deuxième exemple : si f (x) = 2+sin(x+x3 ) pour tout x ∈ R, on peut écrire que f = f2 ,
avec
f1 (x) = exp x2 et f2 (x) = 2 + sin x + x3 .
 

Le théorème 4.2.5 montre que, pour tout x ∈ R,

f10 (x) = 2x exp x2 et f20 (x) = (1 + 3x2 ) cos x + x3 .


 

Par le théorème 4.2.4, on conclut que, pour tout x ∈ R.

exp x2 2x 2 + sin x + x3 − (1 + 3x2 ) cos x + x3


  
0
f (x) = .
((1 + 3x2 ) cos (x + x3 ))2
4.4 Dérivées d’ordre supérieur
Définition 4.4.1 Soit f : I → R une fonction.
On note f (0) = f ,
Si n ∈ N et si on a défini f (k) : I → R pour tout entier 0 ≤ k ≤ n, et si f (n) est dérivable
0
sur I, alors on pose f (n+1) := f (n) . La fonction f (n) s’appelle la dérivée n-ième de f .

Ainsi, si f est dérivable et si f 0 est elle-même dérivable sur I, alors f (2) = f 00 est la dérivée
de f 0 .
Par exemple, si f (x) = exp(x), alors, pour tout n ∈ N et tout x ∈ R, f (n) (x)= exp(x).
Si g(x) = sin x, alors, pour tout n ∈ N et tout x ∈ R, g (n) (x) = sin x + nπ 2 (le voir par
récurrence sur n).

Définition 4.4.2 Soit f : I → R.


1. Soit n ∈ N∗ . La fonction f est de classe C n si, et seulement si, f (n) est existe et
est continue sur I.
2. La fonction f est C ∞ si, et seulement si, f est de classe C n pour tout entier n ≥ 0.

Par exemple, f est de classe C 1 si, et seulement si, f est dérivable sur I et f 0 est continue
sur I. Ainsi, la fonction x 7→ cos x est de classe C ∞ sur R.
Attention : en général, même si f est dérivable sur I, f 0 n’est pas nécessairement continue
sur I. Exemple : on pose
  
 2 1
x sin si x > 0,
f (x) = x
0 si x = 0.

On vérifie que f est dérivable sur R. En effet, pour tout x > 0,


   
1 1
f 0 (x) = 2x sin − cos .
x x

De plus, pour tout x > 0,  


f (x) − f (0) 1
= x sin ,
x x
et cette quantité tend vers 0 quand x → 0, ce qui montre que

f 0 (0) = 0.
1
Si xn = 2nπ pour tout entier n ≥ 1, on a xn → 0 et on vérifie sans problème que

lim f 0 (xn ) = −1,


n→+∞

ce qui montre qu’on n’a pas


lim f 0 (x) = f 0 (0),
x→0

donc f 0 n’est pas continue en 0.

On peut donner une formule sur la dérivée d’ordre n du produit de deux fonctions, qui
généralise le théorème 4.2.3 :
Théorème 4.4.3 Règle de Leibniz Soit n ∈ N et f, g : I → R. On suppose que f et g sont
n fois dérivables sur I. Alors f g est n fois dérivable sur I et
n  
X n
(f g)(n) = f (k) g (n−k) ,
k
k=0

avec  
n n!
=
k k!(n − k)!
pour tous entiers 0 ≤ k ≤ n.

Preuve : Pour n = 0, il n’y a rien à prouver. On suppose le résultat montré pour un


entier n ∈ N. Soient f, g des fonctions n + 1 fois dérivables sur I. Alors, par hypothèse de
récurrence, f g est n fois dérivable et
n  
(n)
X n
(f g) = f (k) g (n−k) ,
k
k=0

Or, pour tout k ∈ J0, nK, f (k) et g (n−k) sont dérivables, donc (f g)(n) est aussi dérivable, ce
qui signifie que f g est n + 1 fois dérivable et qu’on a
n   n  
(n+1)
X n (k+1) (n−k)
X n (k) (n+1−k)
(f g) = f g + f g
k k
k=0 k=0
n+1
X n  n  
(k) (n+1−k)
X n (k) (n+1−k)
= f g + f g
k−1 k
k=1 k=0
n    
X n n
= + f (k) g (n+1−k) + f (n+1) g + f g (n+1)
k−1 k
k=1
n+1
X n + 1 
= f (k) g (n+1−k) ,
k
k=0

la dernière ligne provenant de la relation


     
n n n+1
+ = .
k−1 k k

Ainsi la conclusion est aussi vérifiée pour n + 1, ce qui termine la preuve.

4.5 Dérivabilité et extrema locaux


On rappelle d’abord la définition des extrema locaux :

Définition 4.5.1 Soit f : I → R et a ∈ I qui n’est pas une extrémité de I.


1. On dit que f possède un minimum local en a si, et seulement si, il existe h > 0 tel
que ]a − h, a + h[⊂ I et, pour tout x ∈]a − h, a + h[, f (a) ≤ f (x).
2. On dit que f possède un maximum local en a si, et seulement si, il existe h > 0 tel
que ]a − h, a + h[⊂ I et, pour tout x ∈]a − h, a + h[, f (a) ≥ f (x).
3. On dit que f possède un extremum local en a si, et seulement si, f possède un
maximum local en a ou f possède un minimum local en a.
Ainsi, si f (x) = x2 sur R, f possède un minimum local en 0. Si f (x) = x3 pour tout x ∈ R,
f ne possède pas d’extremum local en 0, car si h > 0, on a toujours f (−h) < f (0) < f (h).
Le lien entre existence d’un extremum local et dérivabilité est le suivant :

Théorème 4.5.2 Soit f : I → R et a ∈ I qui n’est pas une extrémité de I. Si f est


dérivable en a et si f possède un extremum local en a, alors f 0 (a) = 0.

Preuve : On suppose par exemple que f a un minimum local en a. Soit h0 > 0 tel que
]a−h0 , a+h0 [⊂ I (un tel h0 existe car a n’est pas une extrémité de I). Pour tout h ∈]0, h0 [,
on a
f (a + h) − f (a)
≥ 0,
h
de sorte que, en faisant tendre h vers 0, on obtient f 0 (a) ≥ 0. De même, pour tout h ∈]h0 , 0[,
on a
f (a + h) − f (a)
≤ 0,
h
de sorte que, en faisant tendre h vers 0, on obtient f 0 (a) ≤ 0. Cela termine la preuve.

La réciproque du théorème 4.5.2 est fausse. Par exemple, si f (x) = x3 sur R, on a déjà vu
que f ne possède pas d’extremum local en 0, alors que f 0 (0) = 0.

4.6 Théorème des accroissements finis


Ce théorème sera une conséquence du lemme suivant, appelé théorème de Rolle :

Lemme 4.6.1 Théorème de Rolle Soient a < b ∈ R et f : [a, b] → R une fonction


continue telle que f (a) = f (b). On suppose f dérivable sur ]a, b[. Alors il existe c ∈]a, b[
tel que f 0 (c) = 0.

Preuve : Si f est constante sur [a, b], sa dérivée est nulle sur ]a, b[ et n’importe quel c ∈]a, b[
convient. Sinon, le théorème 3.2.14 montre que f possède un maximum M et minimum m
sur [a, b], et comme f n’est pas constante, m < M . Il existe c1 ∈ [a, b] tel que f (c1 ) = m
et il existe c2 ∈]a, b[ tel que f (c2 ) = M . Comme m < M et f (a) = f (b), on a forcément
c1 ∈]a, b[ ou c2 ∈]a, b[ (sinon, c1 et c2 sont des extrémités de [a, b] et f (c1 ) = f (c2 )). Si par
exemple c1 ∈]a, b[, f possède un minimum local en c1 , qui n’est pas une extrémité de [a, b],
donc, d’après le théorème 4.5.2, f 0 (c1 ) = 0. Sinon, la même conclusion est vraie avec c2 .

On notera que, dans les hypothèses du théorème de Rolle, on ne suppose f dérivable ni en
a ni en b, et le point c obtenu appartient bien à ]a, b[.
Le théorème des accroissements finis généralise celui de Rolle, lorsqu’on ne suppose plus
f (a) = f (b) :

Théorème 4.6.2 Théorème des accroissements finis Soient a < b ∈ R et f : [a, b] → R


une fonction continue. On suppose f dérivable sur ]a, b[. Alors il existe c ∈]a, b[ tel que
f (b) − f (a) = (b − a)f 0 (c).

Preuve : On définit
g(t) = f (b) − f (t) − K(b − t)
où K ∈ R est choisi de sorte que g(a) = 0 (c’est-à-dire que K = f (b)−f b−a
(a)
). La fonction g
est continue sur [a, b] et dérivable sur ]a, b[, elle vérifie g(a) = g(b) = 0. Par le théorème de
Rolle, il existe c ∈]a, b[ tel que g 0 (c) = 0, ce qui donne

0 = g 0 (c) = −f 0 (c) + K,

donc
f (b) − f (a)
f 0 (c) = K = ,
b−a
ce qui est la conclusion voulue. 
Voici une conséquence d’usage fréquent, dont la preuve est immédiate :

Corollaire 4.6.3 Soient a < b ∈ R et f : [a, b] → R une fonction continue. On suppose


f dérivable sur ]a, b[ et qu’il existe k ≥ 0 tel que |f 0 (t)| ≤ k pour tout t ∈]a, b[. Alors
|f (b) − f (a)| ≤ k(b − a).

4.7 Dérivabilité et monotonie


La connaissance du signe de la dérivée d’une fonction donne des renseignements sur
son sens de variation. Plus précisément :

Théorème 4.7.1 Soit f : I → R dérivable, où l’intervalle I est supposé ouvert. Alors :


1. f est croissante (resp. décroissante) sur I si, et seulement si, f 0 (x) ≥ 0 pour tout
x ∈ I (resp. f 0 (x) ≤ 0 pour tout x ∈ I). Par suite, f est constante sur I si, et
seulement si, f 0 (x) = 0 pour tout x ∈ I.
2. f est strictement croissante sur I (resp. strictement décroissante sur I) si, et seule-
ment si, f 0 (x) ≥ 0 pour tout x ∈ I (resp. f 0 (x) ≤ 0) pour tout x ∈ I) et il n’existe
pas de a < b ∈ I tels que f 0 (x) = 0 pour tout x ∈]a, b[.

Preuve : On fera ces preuves dans le cas croissant (le cas décroissant s’en déduit par
utilisation de −f , qui est alors croissante).
Pour le 1, on suppose d’abord f croissante sur I. Soit x ∈ I. Pour tout y > x, f (y)−f
y−x
(x)
≥ 0,
de sorte que, en faisant tendre y vers x, on obtient que

f 0 (x) ≥ 0.

Réciproquement, on suppose que f 0 (x) ≥ 0 pour tout x ∈ I. Soient x < y ∈ I. Le théorème


4.6 assure qu’il existe z ∈]x, y[ tel que

f (y) − f (x) = (x − y)f 0 (z) ≥ 0,

donc f (x) ≤ f (y), ce qui montre que f est croissante sur I. Enfin, f est constante sur I si,
et seulement si, f est croissante et décroissante sur I, ce qui termine la preuve du point 1.
Pour le point 2, on suppose d’abord f strictement croissante. Comme f est croissante, on
a f 0 (x) ≥ 0 pour tout x ∈ I. De plus, si a < b et si f 0 (x) = 0 pour tout x ∈]a, b[, f est
constante sur [a, b], ce qui est impossible puisque f est strictement croissante sur I.
Réciproquement, on suppose que f 0 (x) ≥ 0 pour tout x ∈ I et qu’il n’existe pas de
a < b ∈ I tels que f 0 (x) = 0 pour tout x ∈]a, b[. Déjà, comme f 0 (x) ≥ 0 pour tout x ∈ I, f
est croissante sur I. De plus, si x < y ∈ I et si f (x) = f (y), comme f est croissante sur I,
f est donc constante sur [x, y], de sorte que f 0 (z) = 0 pour tout z ∈]x, y[, contrairement à
l’hypothèse. 
4.8 Dérivée et fonction réciproque
Théorème 4.8.1 Soit f : I → R une fonction dérivable strictement monotone. Alors
J = f (I) est un intervalle, f est une bijection de I sur J, et sa réciproque f −1 : J → I est
dérivable en x ∈ J tel que f 0 (f −1 (x)) 6= 0. De plus, pour tout x ∈ J tel que f 0 (f −1 (x)) 6= 0,
1
(f −1 )0 (x) = .
f 0 (f −1 (x))

Preuve : Comme f est dérivable sur I, elle est continue sur I, donc J = f (I) est un
intervalle (théorème 3.2.10). Par suite, f définit une bijection de I sur J et f −1 est continue
sur J. Soit maintenant x ∈ J tel que f 0 (f −1 (x)) 6= 0, et y ∈ J différent de x. On a

f −1 (x) − f −1 (y) f −1 (x) − f −1 (y)


= .
x−y f (f −1 (x)) − f (f −1 (y))

Quand y → x, la continuité de f −1 montre que f −1 (y) → f −1 (x), de sorte que

f (f −1 (x)) − f (f −1 (y))
lim = f 0 (f −1 (x)),
y→x f −1 (x) − f −1 (y)

ce qui termine la preuve du théorème. 


Chapitre 5

Développements limités

Dans ce qui suit, on fixe un intervalle ouvert non vide I de R.

5.1 Une nouvelle caractérisation de la dérivabilité


On peut donner une autre formulation de la dérivabilité d’une fonction en un point :
Proposition 5.1.1 Soit f : I → R une fonction et x0 ∈ I. Alors f est dérivable en x0 si,
et seulement si, il existe un réel l et une fonction ε : I → R tels que :
1.
f (x) = f (x0 ) + l(x − x0 ) + (x − x0 )ε(x) pour tout x ∈ I, (5.1)
2.
lim ε(x) = 0. (5.2)
x→x0

Si ces conditions sont réalisées, alors l = f 0 (x0 ).

Preuve : On suppose f dérivable en x0 et on définit, pour tout x ∈ I,


 f (x) − f (x0 ) − f 0 (x0 )(x − x0 )

6 x0 ,
si x =
ε(x) = x − x0
 0 si x = x0 .
On a alors clairement (5.1) avec l = f 0 (x0 ) et (5.2) par définition de f 0 (x0 ). Réciproque-
ment, si (5.1) et (5.2) sont vraies, on a
f (x) − f (x0 )
ε(x) = −l
x − x0
pour tout x ∈ I \ {x0 }, et (5.2) montre que f est dérivable en x0 et f 0 (x0 ) = l.
Ainsi, si f est dérivable en x0 , il existe une fonction ε : I → R telle que
f (x) = f (x0 ) + (x − x0 )f 0 (x0 ) + (x − x0 )ε(x) pour tout x ∈ I (5.3)
et
lim ε(x) = 0. (5.4)
x→x0

La relation (5.3) donne une approximation de f au voisinage de x0 par un polynôme de


degré inférieur ou égal à 1. Ce polynôme est P (x) = f (x0 ) + (x − x0 )f 0 (x0 ) et l’erreur
commise quand on remplace f par P est (x − x0 )ε(x).

65
5.2 Formule de Taylor-Young
On cherche à généraliser (5.3) en remplaçant le polynôme de degré au plus 1 par un
polynôme de degré au plus n avec n ≥ 1. On va résoudre ce problème en supposant que la
fonction f est dérivable n fois.
On suppose donc que la fonction f est n fois dérivable sur I, on fixe x0 ∈ I et on
cherche à approcher f au voisinage de x0 par un polynôme de degré inférieur ou égal à n.
Pour cela, on commence par examiner le cas où f est un polynôme de degré inférieur ou
égal à n et exprimer alors f de façon exacte en fonction de ses dérivées successives en x0 .
Lemme 5.2.1 Soit x0 ∈ I et n ∈ N. On suppose que f est un polynôme de degré inférieur
ou égal à n. Alors, pour tout x ∈ I,
n
X (x − x0 )k
f (x) = f (x0 ) + f (k) (x0 )
k!
k=1
(x − x0 )n (n)
= f (x0 ) + (x − x0 )f 0 (x0 ) + ... + f (x0 ).
n!
Preuve : On raisonne par récurrence sur n. Pour n = 0, c’est clair, car f est constant
donc f (x) = f (x0 ) pour tout x ∈ I. Soit n ∈ N et supposons le lemme démontré pour
tout polynôme de degré inférieur ou égal à n. On considère alors un polynôme f de degré
inférieur ou égal à n + 1. On veut montrer que, pour tout x ∈ I,
n+1
X (x − x0 )k (k)
f (x) = f (x0 ) + f (x0 ). (5.5)
k!
k=1

Pour cela, on pose, pour tout x ∈ I,


n+1
X (x − x0 )k (k)
g(x) = f (x) − f (x0 ) − f (x0 ).
k!
k=1

La fonction g est un polynôme de degré inférieur ou égal à n + 1. Un calcul montre que,


pour tout x ∈ I,
n+1 n
0 0
X (x − x0 )k−1 (k) X (x − x0 )k
g (x) = f (x) − f (x0 ) = f 0 (x) − f (k+1) (x0 ).
(k − 1)! k!
k=1 k=0

D’après l’hypothèse de récurrence appliquée à f 0,


qui est un polynôme de degré inférieur
0
ou égal à n, g (x) = 0 pour tout x ∈ I, ce qui montre que g est constant. Comme, de plus
g(x0 ) = 0, g(x) = 0 pour tout x ∈ I, ce qui montre bien que (5.5) a lieu.
Lorsque f n’est plus nécessairement un polynôme, on a le résultat suivant :
Théorème 5.2.2 Formule de Taylor-Young Soit n ∈ N∗ , x0 ∈ I et f : I → R. On
suppose que f (n−1) existe sur I et que f (n) (x0 ) existe (c’est-à-dire que f (n−1) est dérivable
en x0 ). Alors, il existe une fonction ε : I → R telle que :
k
1. f (x) = f (x0 ) + nk=1 (x−x 0)
f (k) (x0 ) + (x − x0 )n ε(x) pour tout x ∈ I,
P
k!
2. limx→x0 ε(x) = 0.
Cette formule décrit l’erreur commise quand on remplace f par le polynôme f (x0 ) +
Pn (x−x0 )k (k)
k=1 k! f (x0 ) (sachant qu’il y aurait égalité si f était un polynôme de degré infé-
rieur ou égal à n). Noter que le théorème 5.2.2 s’applique en particulier quand f (n) existe
sur I, ce qui sera le cas la plupart du temps.
La preuve de la formule de Taylor-Young repose sur le lemme suivant :
Lemme 5.2.3 Soient α > 0, k ∈ N et g :] − α, α[→ R une fonction dérivable. On suppose
que g 0 (t) = o(tk ) au voisinage de 0, ce qui signifie qu’il existe une fonction ε :] − α, α[→ R
telle que limt→0 ε(t) = 0 et
g 0 (t) = tk ε(t),

ou encore que
g 0 (t)
lim = 0.
t→0, t6=0 tk

Alors g(t) − g(0) = o(tk+1 ) au voisinage de 0.

Preuve : [Lemme 5.2.3] Soit ε > 0. Il existe h ∈]0, α[ tel que, pour tout t ∈] − h, h[,
|g 0 (t)| ≤ ε |t|k . Soit alors t ∈]0, h[. Par le théorème des accroissements finis, il existe c ∈]0, t[
tel que g(t) − g(0) = tg 0 (c). On en déduit que

|g(t) − g(0)| = |t| g 0 (c) ≤ ε |t| |c|k ≤ ε |t|k+1 ,

et cette inégalité reste valable avec un argument analogue si t ∈] − h, 0[. On a donc bien

g(t) − g(0)
lim =0
t→0 tk+1

comme annoncé.

Preuve : [Théorème 5.2.2] On suppose d’abord que x0 = 0 et on raisonne par récurrence


sur n. Pour n = 1, c’est exactement la formule (5.3).

On suppose la conclusion valable pour un entier n ≥ 1. Soit maintenant f supposée n + 1


fois dérivable en 0. Alors comme f 0 est n fois dérivable en 0, il existe ε : I → R telle que

n
X xk
f 0 (x) = f 0 (0) + f (k+1) (0) + xn ε(x) (5.6)
k!
k=1

pour tout x ∈ I avec


lim ε(x) = 0. (5.7)
x→0

On pose alors
n+1
X xk (k)
g(x) := f (x) − f (0) − f (0)
k!
k=1

pour tout x ∈ I. La fonction g est dérivable sur I et, pour tout x ∈ I,

n
X xk
g 0 (x) = f 0 (x) − f (k+1) (0).
k!
k=0

D’après (5.6) et (5.7), g 0 (x) = o(xn ) quand x tend vers 0. Le lemme 5.2.3 assure donc que
g(x) − g(0) = o(xn+1 ) quand x tend vers 0, ce qui donne bien la conclusion voulue pour f .
Finalement, si x0 ∈ R, il suffit d’appliquer la conclusion à la fonction f1 (x) := f (x0 + x).
5.3 Développements limités
On dira qu’une fonction possède un développement limité au voisinage d’un point si on
peut l’approcher au voisinage de ce point par un polynôme dans le sens suivant :

Définition 5.3.1 Soit f : I → R, x0 ∈ I et n ∈ N. On dit que f possède un développement


limité (DL) d’ordre n au voisinage de x0 si, et seulement si, il existe des réels a0 , ..., an et
une fonction ε : I → R tels que
1. f (x) = a0 + nk=1 ak (x − x0 )k + (x − x0 )n ε(x) pour tout x ∈ I,
P

2. limx→x0 ε(x) = 0.

Dans cette définition, la relation 1. définit la fonction ε pour tout x ∈ I avec x 6= x0 : elle
est en effet équivalente à

f (x) − a0 − nk=1 ak (x − x0 )k
P
ε(x) = .
(x − x0 )n

La relation 2. précise le comportement de ε quand x tend vers 0. Ainsi, dire que f possède
un DL d’ordre n au voisinage de x0 signifie exactement qu’il existe des réels a0 , ..., an tels
que
f (x) − a0 − nk=1 ak (x − x0 )k
P
lim = 0.
x→x0 (x − x0 )n
On peut encore reformuler la définition 5.3.1 d’une autre manière : f possède un DL d’ordre
n au voisinage de x0 si, et seulement si, il existe un polynôme P de degré inférieur ou égal
à n et une fonction ε : I → R tels que
1. f (x) = P (x) + (x − x0 )n ε(x) pour tout x ∈ I,
2. limx→x0 ε(x) = 0.

Remarque 5.3.2 Dire que f possède un DL d’ordre n au voisinage de x0 revient à dire


que g(x) := f (x0 + x) possède un DL d’ordre n au voisinage de 0. Il sera souvent pratique,
pour calculer un DL, de se ramener au calcul d’un DL au voisinage de 0, en utilisant cette
remarque.

5.3.1 Premières propriétés


Voici les premières propriétés des développements limités :

Proposition 5.3.3 Soit f : I → R, n ∈ N et x0 ∈ I.


1. Si f possède un DL d’ordre n au voisinage de x0 , alors ce DL est unique. Plus
précisément, si P1 et P2 sont deux polynômes de degré inférieur ou égal à n et ε1 , ε2
deux fonctions de I dans R tels que
(a) f (x) = P1 (x) + (x − x0 )n ε1 (x) = P2 (x) + (x − x0 )n ε2 (x) pour tout x ∈ I,
(b) limx→x0 ε1 (x) = 0, limx→x0 ε1 (x) = 0,
alors P1 = P2 et ε1 = ε2 .
2. Si n ≥ 1 et si f possède un DL d’ordre n au voisinage de x0 , alors f possède un DL
d’ordre m au voisinage de x0 pour tout m ≤ n.
3. Si I =] − α, α[ et si f est paire (resp. impaire) sur I et possède un DL d’ordre n au
voisinage de 0, alors ce développement est pair (resp. impair), ce qui signifie que les
coefficients des puissances impaires (resp. paires) de x dans le DL sont nuls.
Définition 5.3.4 Si f possède un DL d’ordre n au voisinage de x0 , le polynôme P tel que
f (x) = P (x) + (x − x0 )n ε(x) avec limx→x0 ε(x) = 0, qui est unique d’après la 1. de la
proposition 5.3.3, s’appelle la partie principale du DL.

Preuve : [Preuve de la proposition 5.3.3 : ] Pour 1., il suffit de montrer que, si P est un
polynôme de degré inférieur ou égal à n tel que, pour tout x ∈ I, P (x) + (x − x0 )n ε(x) = 0
avec limx→x0 ε(x) = 0, alors P (x) = ε(x) = 0 pour tout x ∈ I. On pose Q(x) = P (x + x0 ),
de sorte que P (x) = Q(x − x0 ). Notons
n
X
Q(x) = ak xk = a0 + a1 x + ... + an xn
k=0

avec a0 , ..., an ∈ R. On raisonne par l’absurde en supposant que les ak ne sont pas tous
nuls, notons alors j le plus petit entier tel que aj 6= 0. On a donc
n
X
ak (x − x0 )k + (x − x0 )n ε(x) = 0
k=j

pour tout x ∈ I. Pour x 6= x0 , on obtient donc, en divisant par (x − x0 )j ,


n
X
ak (x − x0 )k−j + (x − x0 )n−j ε(x) = 0,
k=j

soit encore
n
X
aj + ak (x − x0 )k−j + (x − x0 )n−j ε(x) = 0
k=j+1

pour tout x ∈ I avec x 6= x0 . En faisant tendre x vers x0 et en utilisant le fait que ε(x) → 0
quand x → x0 , on obtient donc aj = 0, ce qui est impossible. Ainsi, on a bien P = 0, et
par suite, (x − x0 )n ε(x) = 0 pour tout x ∈ I. Donc, pour x 6= x0 , ε(x) = 0, et en faisant
tendre x vers x0 , on trouve que ε(x0 ) = 0.
Pour 2., on suppose qu’il existe des réels a0 , ..., an et une fonction ε : I → R tels que
1. f (x) = a0 + nk=1 ak (x − x0 )k + (x − x0 )n ε(x) pour tout x ∈ I,
P

2. limx→x0 ε(x) = 0.
On a alors, pour tout x ∈ I,

Xm n
X Xm
k k n
f (x) = a0 + ak (x−x0 ) + ak (x−x0 ) +(x−x0 ) ε(x) := a0 + ak (x−x0 )k +(x−x0 )m ε1 (x),
k=1 k=m+1 k=1


n
X
ε1 (x) := ak (x − x0 )k−m + (x − x0 )n−m ε(x),
k=m+1

on a donc clairement limx→x0 ε1 (x) = 0.


Pour 3., on peut écrire
1. f (x) = P (x) + xn ε(x) pour tout x ∈] − α, α[,
2. limx→0 ε(x) = 0,
où P est un polynôme de degré inférieur ou égal à n. On a donc, pour tout x ∈] − α, α[,
1. f (−x) = P (−x) + xn (−1)n ε(x) pour tout x ∈] − α, α[,
2. limx→0 ε(x) = 0,
et x 7→ P (−x) est aussi un polynôme de degré inférieur ou égal à n. Si f est paire, on a
f (x) = f (−x) pour tout x ∈] − α, α[, de sorte que, par unicité du DL, P (x) = P (−x) pour
tout x ∈] − α, α[. On raisonne de même si f est impaire.

Pour n = 0, f possède un DL à l’ordre 0 au voisinage de x0 si, et seulement si, f est


continue en x0 . Ce DL est donné par f (x) = f (x0 ) + ε(x) avec limx→x0 ε(x) = 0.
Pour n = 1, f possède un DL à l’ordre 1 au voisinage de x0 si, et seulement si, f est
dérivable en x0 (c’est exactement la proposition 5.1.1). Ce DL est donné par (5.3).
Pour n ≥ 2, la formule de Taylor-Young montre que, si f (n−1) existe sur I et est dérivable
en x0 , alors f possède un DL d’ordre n au voisinage de x0 , et la formule de Taylor-Young
donne la partie principale de ce DL de façon explicite (noter que l’existence du DL de f à
l’ordre n au voisinage de x0 n’entraîne pas que f soit n fois, ni même 2 fois dérivable en
x0 , ainsi que le montre la remarque (5.3.10) ci-dessous) . On va donc s’intéresser d’abord
aux DL de fonctions usuelles.
Remarque 5.3.5 Dans toute la suite, on va indiquer des procédés permettant de calculer
les parties principales des DL de fonctions données explicitement. On notera que, quand
on sait calculer cette partie principale, le reste, c’est-à-dire le terme (x − x0 )n ε(x) n’est
pas connu explicitement (on peut simplement dire que c’est f moins la partie principale),
mais l’information importante sur ce reste est que ε → 0 en x0 . En ce sens, l’information
fournie par un DL est purement locale.

5.3.2 Les développements limités des fonctions usuelles


Par application de la formule de Taylor-Young, on obtient les DL suivants au voisinage
de 0, pour tout entier n ∈ N (à chaque fois, la fonction ε tend vers 0 en 0) :
n
X xk
ex = + xn ε(x),
k!
k=0
n
X x2k
cos x = (−1)k + x2n ε(x),
(2k)!
k=0
n
X x2k+1
sin x = (−1)k + x2n+1 ε(x),
(2k + 1)!
k=0
n
X xk
ln(1 + x) = (−1)k+1 + xn ε(x),
k
k=1
n
α
X α(α − 1)...(α − k + 1)
(1 + x) = 1+ xk + xn ε(x).
k!
k=1

Dans le dernier DL, α ∈ R est un nombre fixé. En particulier, quand α = −1, on obtient
n
1 X
= (−1)k xk + xn ε(x). (5.8)
1+x
k=0

5.3.3 Développement limité d’une somme


On a la propostion suivante :
Proposition 5.3.6 Soient f, g : I → R, n ∈ N et x0 ∈ I. On suppose que f et g possèdent
des DL d’ordre n au voisinage de x0 . Alors f + g possède un DL d’ordre n au voisinage de
x0 , dont la partie principale est la somme des parties principales des DL de f et de g.
Preuve : On a

f (x) = P (x) + (x − x0 )n ε1 (x) et g(x) + Q(x) + (x − x0 )n ε2 (x)

pour tout x ∈ I, où P et Q sont des polynômes de degré inférieur ou égal à n et


limx→x0 ε1 (x) = limx→x0 ε2 (x) = 0. En ajoutant, on en déduit que, pour tout x ∈ I,

f (x) + g(x) = R(x) + (x − x0 )n ε(x),

où R = P + Q est un polynôme de degré inférieur ou égal à n et ε = ε1 + ε2 tend vers 0


en x0 .

5.3.4 Développement limité d’un produit


On peut également calculer le DL d’un produit de fonctions de la manière suivante :

Proposition 5.3.7 Soient f, g : I → R, n ∈ N et x0 ∈ I. On suppose que f et g possèdent


des DL d’ordre n au voisinage de x0 . Alors f g possède un DL d’ordre n au voisinage de
x0 , dont la partie principale est la somme des termes de degré inférieur ou égal à n dans
le produit des parties principales de f et de g.

Preuve : On peut écrire


n
X n
X
f (x) = ak (x − x0 )k + (x − x0 )n ε1 (x) et g(x) = bl (x − x0 )k + (x − x0 )n ε2 (x)
k=0 l=0

pour tout x ∈ I avec limx→x0 ε1 (x) = limx→x0 ε2 (x) = 0. En faisant le produit, on trouve
X
(f g)(x) = ak bl (x − x0 )k+l
0≤k,l≤n
n n
!
X X
+ (x − x0 )n ε2 (x) ak (x − x0 )k + ε1 (x) bl (x − x0 )k
k=0 l=0
+ (x − x0 )2n ε1 (x)ε2 (x)

pour tout x ∈ I. En posant


X
ε(x) := ak bl (x − x0 )k+l−n
0≤k,l≤n, k+l≥n+1
Xn n
X
+ ε2 (x) ak (x − x0 )k + ε1 (x) bl (x − x0 )k + (x − x0 )n ε1 (x)ε2 (x)
k=0 l=0

pour tout x ∈ I, on voit que limx→x0 ε(x) = 0 et que


X
(f g)(x) = ak bl (x − x0 )k+l + (x − x0 )n ε(x)
0≤k,l≤n, k+l≤n

pour tout x ∈ I, ce qui termine la preuve.

Exemple 5.3.8 On cherche le DL à l’ordre 3 au voisinage de 0 de h(x) = cos x ln(1 + x).


On a vu que
x2 x4 x2
cos x = 1 − + + x4 ε1 (x) = 1 − + x2 ε2 (x)
2 24 2
avec limx→0 ε2 (x) = 0, et

x2 x3
ln(1 + x) = x − + + x3 ε3 (x)
2 3
avec limx→0 ε3 (x) = 0. La proposition 5.3.7 montre donc que

x2 x3 x2 x2 x3
cos x ln(1 + x) = x − + − x + x3 ε(x) = x − − + x3 ε(x)
2 3 2 2 6
avec limx→0 ε(x) = 0.

5.3.5 Développement limité et dérivation


Si f est dérivable et si on connaît le DL de f 0 , on en déduit le DL de f de la façon
suivante (cette proposition est admise) :

Proposition 5.3.9 On suppose que I =] − α, α[ et que f : I → R est dérivable sur I. Si


n ∈ N et si f 0 possède un DL d’ordre n au voisinage de 0, donné par
n
X
0
f (x) = ak xk + xn ε(x)
k=0

où ε : I → R vérifie limx→0 ε(x) = 0, alors f possède un DL d’ordre n + 1 au voisinage de


0, donné par
n
X ak k+1
f (x) = f (0) + x + xn+1 ε1 (x)
k+1
k=0

avec limx→0 ε1 (x) = 0.

Remarque 5.3.10 Attention : si f est dérivable et posssède un DL d’ordre n + 1 au


voisinage de 0, cela n’entraî ne pas que f 0 possède un DL d’ordre n au voisinage de 0, ni
même à un ordre inférieur. On pourra prendre par exemple
  
 3 1
x sin si x 6= 0,
f (x) = x2
0 si x = 0,

et vérifier que f possède un DL d’ordre 2 au voisinage de 0 et est dérivable sur R, alors


que f 0 ne possède pas de DL d’ordre 0 au voisinage de 0. Cela donne aussi un exemple de
fonction f possédant un DL d’ordre 2 au voisinage de 0 sans être deux fois dérivable en 0.

Exemple 5.3.11 On cherche le DL de f (x) = arctan x à l’ordre 5 au voisinage de 0. Pour


tout x ∈ R, f 0 (x) = 1+x
1
2 , et d’après (5.8),

1
= 1 − x2 + x4 + x4 ε(x)
1 + x2
avec limx→0 ε(x) = 0. D’après la proposition 5.3.9 et le fait que arctan 0 = 0, on obtient
que
x3 x5
arctan x = x − + + x5 ε1 (x)
3 5
avec limx→0 ε1 (x) = 0.
5.3.6 Développement limité d’une fonction composée
Proposition 5.3.12 On suppose que I =] − α, α[ et que g : I → R possède un DL d’ordre
n au voisinage de 0, qu’on note
n
X
g(x) = a0 + ak xk + xn ε1 (x) = a0 + P (x) + xn ε1 (x)
k=1

où a0 = g(0), P est un polynôme de degré inférieur ou égal à n et satisfaisant P (0) = 0


et limx→0 ε1 (x) = 0. Soit J un intervalle ouvert de R tel que g(I) ⊂ J et f : J → R une
fonction possédant un DL d’ordre n au voisinage de a0 = g(0). On écrit donc

f (a0 + x) = Q(x) + xn ε2 (x)

avec limx→0 ε2 (x) = 0 (cf remarque 5.3.2). Alors f ◦g possède un DL d’ordre n au voisinage
de 0, donné par
f ◦ g(x) = R(x) + xn ε(x),
avec limx→0 ε(x) = 0 et R est la somme des termes de degré inférieur ou égal à n dans le
polynôme Q ◦ P .

Preuve : Pour tout x ∈ I, on a

(f ◦ g)(x) = f (g(x))
= f (a0 + P (x) + xn ε1 (x))
= Q(P (x) + xn ε1 (x)) + (P (x) + xn ε1 (x))n ε2 (P (x) + xn ε1 (x)).

Notons
n
X
Q(u) = bl ul ,
l=0

de sorte que
n
X
Q(P (x) + xn ε1 (x)) = b0 + bl (P (x) + xn ε1 (x))l .
l=1

Soit 1 ≤ l ≤ n. Si on développe (P (x) + xn ε1 (x))l , on trouve P (x)l ajouté à des termes


dans lesquels on peut mettre xn ε1 (x) en facteur, ce qui donne le produit de xn par une
fonction qui tend vers 0 en 0. On obtient
n
X
n
Q(P (x) + x ε1 (x)) = b0 + bl P (x)l + xn ε2 (x) = Q ◦ P (x) + xn ε2 (x)
l=1

où limx→0 ε2 (x) = 0. De même, comme P (0) = 0 (ce qui veut dire que P (x) = xS(x)
où S est un polynôme), le terme (P (x) + xn ε1 (x))n ε2 (P (x) + xn ε1 (x)) est le produit de
xn par une fonction qui tend vers 0 en 0. Enfin, dans Q ◦ P , on conserve les termes de
degré inférieur ou égal à n, et on met xn en facteur dans tous les autres, ce qui permet de
les considérer comme le produit de xn par une fonction qui tend vers 0 en 0. On obtient
finalement donc bien le résultat annoncé.
1
Exemple 5.3.13 On cherche le DL à l’ordre 6 au voisinage de 0 de h(x) = cos x . Pour
cela, on écrit h = f ◦ g avec f (x) = x1 et g(x) = cos x. Ici g(0) = 1. On a

x2 x4 x6
g(x) = 1 − + − + x6 ε1 (x) = 1 + P (x) + x6 ε1 (x)
2 24 720
avec limx→0 ε1 (x) = 0. Puis, on écrit le DL de f (g(0) + x) à l’ordre 6 au voisinage de 0,
ce qui donne
1
f (1 + x) = = 1 − x + x2 − x3 + x4 − x5 + x6 + x6 ε2 (x) = Q(x) + x6 ε2 (x).
1+x
On déduit de la proposition 5.3.12 que le DL de f ◦ g d’ordre 6 au voisinage de 0 est donné
par les termes de degré inférieur ou égal à 6 dans Q ◦ P , soit
x2 x4 x6 x4 x6 x6 x2 5x4 61x6
(f ◦ g)(x) = 1 + − + + − + + x6 ε(x) = 1 + + + + x6 ε(x)
2 24 720 4 24 8 2 24 720
avec limx→0 ε(x) = 0.
On en déduit le DL de x 7→ tan x à l’ordre 5 au voisinage de 0, en utilisant celui que l’on
vient de trouver et
x3 x5
sin x = x − + + x5 ε1 (x)
6 120
avec limx→0 ε1 (x) = 0. Par la proposition 5.3.7, on obtient que le DL cherché est
x3 x5 x3 x5 5x5 x3 2x5
tan x = x − + + − + + x5 ε(x) = x + + + x5 ε(x)
6 120 2 12 24 3 15
avec limx→0 ε(x) = 0.

Exemple 5.3.14 On cherche le DL de ln(cos x) à l’ordre 6 au voisinage de 0. On peut


écrire ln(cos x) = (f ◦ g)(x) où f (x) = lnx et g(x) = cos x, de sorte que g(0) = 1. On écrit
le DL de f (1 + x) à l’ordre 6 au voisinage de 0, ce qui donne
x2 x3 x4 x5 x6
f (1 + x) = ln(1 + x) = x − + − + − + x6 ε1 (x) = Q(x) + x6 ε1 (x)
2 3 4 5 6
avec limx→0 ε1 (x) = 0. On déduit de la proposition 5.3.12 que le DL cherché est
x2 x4 x6 1 x4 x6 1 x6 x2 x4 x6
 
ln(cos x) = − + − − − − + x3 ε(x) = − − − + x6 ε(x)
2 24 720 2 4 24 3 8 2 12 45
avec limx→0 ε(x) = 0. On pourrait retrouver ce résultat à partir de l’exemple (5.3.13) et la
proposition 5.3.9, car la dérivée de x 7→ ln(cos x) est − tan x.

5.3.7 Quelques applications des développements limités


Application à des calculs de limites : les DL peuvent permettre de calculer certaines
limites lorsque les théorèmes généraux sur les limites ne s’appliquent pas.
tan x−x
Exemple 5.3.15 On cherche si la fonction x 7→ sin x−x possède une limite en 0. Comme
lim tan x − x = lim sin x − x = 0,
x→0 x→0

les théorèmes sur les quotients de limites ne permettent pas de conclure. Si on écrit
x3 x3
tan x − x = + x3 ε1 (x) et sin x − x = − + x3 ε2 (x)
3 6
avec limx→0 ε1 (x) = limx→0 ε2 (x) = 0, on voit que
x 3 1
tan x − x + x3 ε1 (x) + ε1 (x)
= 3x3 = 31 ,
sin x − x 3
− 6 + x ε2 (x) − 6 + ε2 (x)
et en appliquant les théorèmes sur les quotients de limites à cette dernière expression, on
trouve que la limite cherchée existe et vaut −2.
Application au prolongement de fonctions : posons
1 1
f (x) = −
ex −1 x

pour tout x 6= 0. On vérifie d’abord en utilisant des DL que limx→0, x6=0 = − 12 . On prolonge
alors f en 0 en posant f (0) = − 21 . En utilisant la définition de la dérivée et des DL, on
1
montre ensuite que f , ainsi prolongée, est dérivable en 0 et que sa dérivée en 0 vaut 12 .
1 1
Branches infinies d’une courbe : posons f (x) = x4 + x2 4 − x3 + x2 3 pour tout
 

x 6= 0. Pour x > 0, on a
 1  1
f (x) 1 4 1 3
= 1+ 2 − 1+ .
x x x

Comme
1 1 1 1 1
(1 + x) 4 = 1 + x + xε1 (x) et (1 + x) 3 = 1 + x + x2 + x2 ε2 (x)
4 3 9
avec limx→0 ε1 (x) = limx→0 ε2 (x) = 0, on obtient que
 
f (x) 1 13 1 1
=− + 2
+ 2ε
x 3x 36x x x

avec limx→0 ε(x) = 0. On en déduit que


 
1 13 1 1
f (x) = − + + ε ,
3 36x x x

ce qui montre que la courbe représentant f admet pour asymptote la droite d’équation
y = − 31 et est située au-dessus de l’asymptote. Un calcul analogue montre que, pour x < 0,
 
1 5 1 1
f (x) = −2x − − + ε ,
3 36x x x

avec toujours limy→0 ε(y) = 0, ce qui montre que la courbe représentative de f admet pour
asymptote la droite d’équation y = −2x − 13 et qu’elle est située au-dessus de l’asymptote.

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