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Taylorisme - Wikipédia

Le taylorisme, développé par Frederick Winslow Taylor à la fin du XIXe siècle, est une méthode d'organisation scientifique du travail visant à maximiser l'efficacité par une analyse rigoureuse des tâches et une séparation des rôles entre conception et exécution. Bien qu'il ait contribué à la rationalisation de la production, il a également été critiqué pour ses effets aliénants sur les travailleurs, conduisant à des problèmes de santé et à une démotivation. Les approches post-tayloristes cherchent à remédier à ces limites en favorisant la rotation des postes, l'enrichissement des tâches et une plus grande autonomie des travailleurs.

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Taylorisme - Wikipédia

Le taylorisme, développé par Frederick Winslow Taylor à la fin du XIXe siècle, est une méthode d'organisation scientifique du travail visant à maximiser l'efficacité par une analyse rigoureuse des tâches et une séparation des rôles entre conception et exécution. Bien qu'il ait contribué à la rationalisation de la production, il a également été critiqué pour ses effets aliénants sur les travailleurs, conduisant à des problèmes de santé et à une démotivation. Les approches post-tayloristes cherchent à remédier à ces limites en favorisant la rotation des postes, l'enrichissement des tâches et une plus grande autonomie des travailleurs.

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Taylorisme

théorie d'organisation du travail

Le taylorisme – du nom de son inventeur, l'ingénieur américain Frederick Winslow Taylor (1856-
1915) – désigne la forme d'organisation scientifique du travail (OST) définie par lui et ses
disciples à partir des années 1880.

Frederick Taylor

Dans un monde où la division du travail est déjà la norme, pour obtenir des conditions propres à
fournir le rendement maximum dans le cadre d'une organisation, le taylorisme préconise :

une analyse détaillée et rigoureuse — d'où l'accent mis sur le qualificatif de « scientifique » —
des modes et techniques de production (gestes, rythmes, cadences, etc.) ;

l'établissement de la « meilleure façon » (the one best way) de produire (définition, délimitation
et séquençage des tâches) ;

la fixation de conditions de rémunération plus objectives et motivantes.

Taylor systématise sa méthode, qu'il expose dans un livre, intitulé The Principles of Scientific
Management (1911)1. Cet ouvrage s'inscrit dans la première modernisation des années 1850.

La taylorisation est l'application des principes du taylorisme dans l'organisation du travail et


dans les entreprises.
Réaction au contexte d'une industrialisation ressentie
comme désordonnée

L'organisation scientifique du travail telle que la conçoit Taylor se comprend assez bien dans le
contexte d'essor de l'industrialisation. Taylor estime qu'il est impossible de réaliser une
production de masse sans un minimum d'organisation et de discipline. Or, ce qu'il voit à la fin du
xixe et au début du xxe siècle dans les ateliers ne va pas dans ce sens : le travail réellement
collectif est un mythe tant les comportements individuels, enfermés dans des logiques de
métiers fortement corporatistes, ne contribuent, en aucune manière, à la cohérence ni à la
collaboration. L'état d'esprit, les réflexes, les comportements dominants demeurent artisanaux et
individualistes, alors qu'il s'agit de faire œuvre d'industrie.

Taylor rapporte cette anecdote dans son livre La Direction scientifique des entreprises2 :

« La scène se passe aux États-Unis en 1898 dans une aciérie. Une équipe charge dans des
wagons des gueuses de fonte. Chaque ouvrier prend une gueuse, pesant 40 kg chacune,
avance sur un plan incliné qui conduit au wagon et jette sa charge dans le fond. Au bout de sa
journée, il en a ainsi transporté treize tonnes.
Un monsieur s'approche de l'un des ouvriers, un petit Hollandais […].

– Vous gagnez un dollar quinze par jour, je crois, dit le monsieur. […] Voulez-vous gagner
désormais un dollar quatre-vingt-cinq ?
– Que faudra-t-il faire ?
– C'est tout simple. Quelqu'un viendra demain et vous ferez exactement ce qu'il vous dira
toute la journée. Quand il vous dira de prendre une gueuse et de la transporter, vous le ferez.
Quand il vous dira de vous asseoir et de vous reposer, vous le ferez. Sans discuter. Un bon
ouvrier fait ce qu'on lui dit et ne discute pas. Nous verrons de quoi vous êtes capable.

Le lendemain, les choses se passent exactement ainsi. Le petit Hollandais se met au travail ;
toute la journée, l'homme qui se trouve auprès de lui, avec un chronomètre, lui dit : maintenant
ramassez une gueuse et transportez-la ; maintenant asseyez-vous et reposez-vous…
travaillez… reposez-vous.
Le petit Hollandais obéit sans discuter. Et à cinq heures et demie, il touche en effet soixante-
dix cents de plus que d'habitude.
Il faut préciser que ce jour-là, il n'avait pas manipulé treize tonnes, mais cinquante. »

Contenu

Taylor plaide pour une double clarification. Selon son point de vue, le travail d'organisation - pour
être complet - doit être clairement déployé et articulé selon deux dimensions complémentaires :
la dimension verticale : il s'agit d'établir une stricte distinction entre d'une part les tâches de
conception du travail et de formation et d'autre part celles dites d'exécution : « Les ingénieurs
pensent le travail et les ouvriers doivent l'exécuter conformément aux instructions et à la
formation que les premiers leur fournissent »3. On appelle les ingénieurs les « cols blancs » et
les ouvriers les « cols bleus ». Cette séparation entre la conception et l'exécution est permise
par l'appropriation du savoir des ouvriers, et donc de leur pouvoir, par la direction et permet
ainsi à celle-ci d'assurer son emprise managériale4.

la dimension horizontale : il faut décomposer le processus de production d'un bien en une


suite de tâches simples confiées chacune à un ouvrier spécialisé. L'objectif est d'identifier la
manière la plus efficace de découper le travail. Doivent être chargés de cette mission, des
ingénieurs qui de manière scientifique vont chronométrer chaque mouvement élémentaire,
éliminer les temps inutiles, étudier les meilleurs outils pour réaliser chaque mouvement, définir
un temps optimal pour chaque stade de production, rédiger les recettes de fabrication3.

Le taylorisme est souvent assimilé — à tort — :

au concept et à la pratique du travail à la chaîne, dont il serait le principal instigateur. Cette


croyance est fausse : le travail à la chaîne est déjà connu et pratiqué depuis longue date (voir
en particulier l'exemple ancien de sa mise en œuvre par l'arsenal de Venise). Fin xixe, Henry
Ford aux États-Unis (qui s'inspire des méthodes de travail qu'il a découvertes lors de sa visite
des abattoirs de Chicago) et Louis Renault en France vont réactualiser cette forme
d'organisation du travail collectif et l'appliquer au secteur industriel alors naissant de
l'automobile ;

au concept du fordisme qui recouvre une réalité beaucoup plus large.

Postérité

La compréhension des principes de l'organisation taylorienne du travail reste une base de tous
les cours et formations traitant de l'organisation de l'entreprise.

On trouvera une ou plusieurs études approfondies du développement de la rationalisation


(taylorisme et fordisme) en France dans les années 1919-1939 par Charles de La Poix de
Fréminville qui en fut l'instigateur en France, et dans le livre d'Aimée Moutet, Les Logiques de
l'entreprise, la rationalisation dans l'industrie française de l'entre-deux-guerres5.

Limites et critiques

Les tâches répétitives sont aliénantes et posent parfois aux ouvriers des problèmes de santé au
travail ou d'attention (pouvant se traduire par une augmentation du taux de malfaçon6).
Dès 1913, le taylorisme essuie des critiques, ainsi pour le journal L'Humanité d'alors le taylorisme
n'est qu'une généralisation du travail aux pièces employé par le patronat pour réduire les
salaires7.

Entre 1911 et 1925, le polytechnicien Émile Belot construit une théorie à l'opposé du taylorisme,
mettant en exergue l'importance de la composante « temps ». Cette approche dynamique de la
production centrée sur le « principe de continuité » est, d'après François Vatin, « parfaitement
d'actualité à l'heure de l'informatisation de la production »8.

Dès les années 1960, les protestations se font plus vives et l'« absentéisme » augmente3. Les
ouvriers les plus cultivés, les moins pauvres ou les plus organisés sont lassés d'un métier sans
place pour l'initiative et la créativité et se révoltent. Des industriels cherchent des réponses via
l'enrichissement du travail ou une démocratie industrielle9.

Si l'intention initiale est d'organiser les ateliers et les postes de travail pour une moindre fatigue
de l'ouvrier (la juste journée de travail), le résultat final obtenu, constaté sur le terrain, ne
comporte pas que des aspects positifs.

Du fait qu'il n'y a aucune place pour l'imprévu, les opérateurs exécutants sont placés dans une
situation de dépendance. Chaplin, dans le film Les Temps modernes, tourne en dérision cette
méthode de travail qui laisse peu de place à l'être humain3. Les ouvriers sont utilisés comme
des machines : ils effectuent continuellement le même geste, sont chronométrés et ils sont
licenciés dès lors qu'ils ne sont plus suffisamment productifs.

La répétition indéfinie des mêmes tâches se traduit par :


l'apparition de troubles musculo-squelettiques (TMS), constatés par les médecins du
travail ;

l'affectation du moral, pouvant aller dans certains cas jusqu'à l'atteinte psychique plus
sérieuse liée à l'absence de perspective d'évolution.

Post-taylorisme

Il s'agit de remédier aux dysfonctionnements liés au taylorisme et de trouver une réponse à la


démotivation des travailleurs. Plusieurs moyens sont suggérés pour promouvoir une meilleure
participation des travailleurs à la production :

1. La rotation des postes : l'ouvrier occupe successivement différents postes de travail pour
éviter la routine et pour avoir une vision plus globale de la production3 ;

2. L'élargissement des tâches : les tâches sont moins fragmentées, moins pénibles, moins
répétitives3 ;

3. L'enrichissement des tâches : le travail s'étend à d'autres tâches telles que le réglage et
l'entretien des machines. Cela implique une responsabilisation du travailleur3 ;
4. Les groupes semi-autonomes : quelques ouvriers s'organisent librement pour atteindre un
niveau de production fixé par la direction3. D'où l'incompatibilité de la division horizontale du
travail à ce type d'organisation ;

5. Les cercles de qualité : les groupes de travailleurs volontaires se réunissent pour améliorer
le processus de production et la qualité des produits. C'est une remise en cause de la
division verticale du travail énoncée dans le taylorisme3.

Dépassement du taylorisme

Si l'organisation dite « scientifique » du travail pratiquée par Taylor et ses disciples est
considérée encore aujourd'hui comme utile dans certains cas de figure ou certaines activités,
elle n'a plus du tout aujourd'hui le monopole de la réflexion en matière d'organisation du travail.

Les méthodes venues du Japon en particulier et décrites par Kiyoshi Suzaki dans son ouvrage Le
nouveau défi industriel10 ont ouvert des perspectives nouvelles :

le paradigme d'une production de masse organisé selon un cadre strict, répétitif et continu,
n'est qu'un mode d'organisation parmi d'autres, et ne garantit plus l'atteinte des meilleures
performances ;

la division verticale du travail, selon laquelle il y a des gens qui pensent et d'autres qui
exécutent, représente une véritable mutilation sociale : d'une part elle enferme une foule de
personnes dans un cadre déshumanisé, d'autre part elle méprise la capacité d'évaluation et de
proposition qui existe chez n'importe quel participant à une action ou un processus déterminé ;

la division horizontale du travail, qui délimite strictement les périmètres d'intervention de


chaque opérateur, ne paraît plus pouvoir être justifiée :
dans le cadre d'activités de service ou de production qui impliquent une forte
différenciation,

dès qu'un certain degré de flexibilité et d'adaptation est nécessaire pour comprendre et
fournir le livrable attendu par le client.

Notes et références

1. (en) The Principles of Scientific Management (http://www.eldritchpress.org/fwt/taylor.htm


l) [archive], sur le site Eldritch Press.

2. Anecdote citée dans Yves Frédéric Livian, Introduction à l'analyse des organisations, Paris,
Economica, 1995, 112 p. (ISBN 2-7178-2772-2), p. 20.

3. Bertrand Blancheton, Maxi fiches de Sciences économiques, Paris, Éditions Dunod,


coll. « Maxi-Fiches », 15 juin 2016, 3e éd., 296 p. (ISBN 978-2-10-074537-1 et 2-10-074537-9),
p. 100-101 fiche 35 Le Taylorisme.
4. Danièle Linhart, Gabriel Colletis, Raphaëlle Bour, Étienne Fieux, Anne Isla, Julien Pharo et
Maryse Salles, « Le numérique, aboutissement rêvé du taylorisme (https://journals.openediti
on.org/socio-anthropologie/13616) [archive] », sur Socio-anthropologie [En ligne], 47,
31 mai 2023 (consulté le 15 août 2024)

5. Aimé Moutet, Les Logiques de l'entreprise, la rationalisation dans l'industrie française de


l'entre-deux-guerres, Paris, Éditions de l'EHESS, 1997, 495 p. (ISBN 978-2-7132-1225-3).

6. Cambridge, Work in America : (plusieurs volumes), ABC-CLIO, 2003.

7. Bracke, Le système Taylor (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k253393k/f2.item.r=taylori


sme.zoom) [archive], L'Humanité, 28 février 1913, p. 1-2.

8. François Vatin, Émile Belot et le principe de continuité, vol. Fascicule 2, Rennes,


coll. « Publications de l'Institut de recherche mathématiques de Rennes », 1985 (lire en ligne (h
ttp://www.numdam.org/article/PSMIR_1985___2_56_0.pdf) [archive]), p. 56-69.

9. (en) Walther Müller-Jentsch, Industrial Democracy: Historical Development and Current


Challenges (http://www.management-revue.org/papers/mrev_4_08_Mueller-Jentsch.pd
f) [archive], in Management Review, 19 (4), 16 décembre 2007, p. 260–273.

10. Kiyoshi Suzaki, Le nouveau défi industriel : les techniques et les hommes, traduction de la
version américaine parue chez InterÉditions, Paris, 1991 (ISBN 978-2-7296-0306-9).

Voir aussi

Bibliographie

(en) Robert Kanigel, The One Best Way: Frederick Winslow Taylor and the Enigma of Efficiency,
New York, Viking, 1997 (ISBN 0-670-86402-1)

Dominique Pignon et Jean Querzola, « Dictature et démocratie dans la production », dans : Les
Temps Modernes, n°314-315, pp. 438-466 ; réédition dans : André Gorz (dir), Critique de la
division du travail, Paris, Éditions du Seuil,1973, p. 103-159.

Lion Murard, Patrick Zylberman, Le soldat du travail. Guerre, fascisme et taylorisme, revue
Recherches, n° 32/33, sept. 1978.

Maurice de Montmollin, Le taylorisme à visage humain, Paris, Presses universitaires de France,


1981.

Berjamin Coriat, L'Atelier et le chronomètre : essai sur le taylorisme, le fordisme et la production


de masse, Paris, Christian Bourgois éditeur, 1979 (rééd. 1982 et 1994).

Jean Querzola, Le chef d'orchestre à la main de fer - Léninisme et taylorisme, Paris, Éditions
Recherches, 1978.
Robert Linhart, Lénine, les paysans, Taylor : essai d'analyse matérialiste historique de la
naissance du système productif soviétique, Paris, Le Seuil, 1976 ; rééd. 2010.

Articles connexes

Coolie

Division du travail

Engagisme

Organisation du travail

Rationalisation

Rationalité économique

Révolution industrielle

Route du coolie

Toyotisme

Travail à la chaîne

Liens externes

Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes : Britannica (https://www.brita


nnica.com/topic/Taylorism) [archive] · Den Store Danske Encyklopædi (https://denstoredanske.
lex.dk//taylorisme/) [archive] · Dictionnaire historique de la Suisse (http://www.hls-dhs-dss.ch/t
extes/f/F013883.php) [archive] · Dizionario di Storia (https://www.treccani.it/enciclopedia/tayl
orismo_(Dizionario-di-Storia)/) [archive] · Gran Enciclopèdia Catalana (https://www.enciclopedi
a.cat/EC-GEC-0145163.xml) [archive]

Notices d'autorité : Japon (https://id.ndl.go.jp/auth/ndlna/00564440) ·


Lettonie (https://kopkatalogs.lv/F/?func=direct&local_base=lnc10&doc_number=000351162)

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