Lutte Contre L'Homophobie Et Pratiques Auprès Des Lesbiennes, Gais Et Bisexuels (Les)
Thèmes abordés
Lutte Contre L'Homophobie Et Pratiques Auprès Des Lesbiennes, Gais Et Bisexuels (Les)
Thèmes abordés
MÉMOIRE
PRÉSENTÉ
COMME EXIGENCE PARTIELLE
DE LA MAÎTRISE EN TRAVAIL SOCIAL
PAR
ANTOINE COULOMBE
OCTOBRE 2008
UNIVERSITÉ DU QUÉBEC À MONTRÉAL
Service des bibliothèques
Avertissement
La diffusion de ce mémoire se fait dans le respect des droits de son auteur, qui a signé
le formulaire Autorisation de reproduire et de diffuser un travail de recherche de cycles
supérieurs (SDU-522 - Rév.ü1-2üü6). Cette autorisation stipule que «conformément à
l'article 11 du Règlement no 8 des études de cycles supérieurs, [l'auteur] concède à
l'Université du Québec à Montréal une licence non exclusive d'utilisation et de
publication de la totalité ou d'une partie importante de [son] travail de recherche pour
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intellectuelle. Sauf entente contraire, [l'auteur] conserve la liberté de diffuser et de
commercialiser ou non ce travail dont [il] possède un exemplaire.»
AVANT-PROPOS
C'est à l'automne 2000, à l'Association étudiante du Cégep Sainte-Foy, qu'un étudiant est
venu me voir pour demander mon aide pour créer un comité pour les étudiants(es) lesbiennes,
gais et bisexuels(les) (LGB) du cégep. Quel beau projet! À ce moment, mon rôle était celui
d'organisateur communautaire. J'étais loin d'être certain d'avoir les capacités d'accompagner
une telle aventure. Pourtant, ces jeunes, qui commençaient à venir me rencontrer de plus en
plus souvent, étaient prêts et grandement motivés à développer des services et activités qui
viendraient répondre aux besoins des jeunes LGB. Je me rendais vite compte que le fait que
je suis bisexuel et que je fréquente les mêmes lieux pour socialiser allait faire en sorte qu'ils
et elles allaient venir me voir de plus en plus souvent. J'étais, un peu malgré moi, ciblé
comme l'intervenant « ouvert ». Et c'était, sans le savoir, le début d'une belle aventure.
Dans l'année qui a suivi, nous avons miS en place un comité pour les étudiants(es) LGB
(Arco Iris), mon rôle était d'accompagner les étudiants(es) dans les étapes de création et de
fonctionnement de ce comité. Puis, dans les années qui ont suivi, j'ai travaillé dans le
développement de services pour les populations homosexuelles et bisexuelles de la région de
Québec. D'abord, avec le CLSC Haute-Ville, soit par l'organisation et l'animation des
rencontres de concertation des organismes pour jeunes LGB, et ce, afin de favoriser le
développement régional de services pour ces Jeunes. Puis, de 2003 à 2005, j'ai été
coordonnateur d'un organisme communautaire qui travaille auprès des LGB et qui lutte
contre l'homophobie dans la région de Québec, GRlS-Québec. En ces cinq années de travail,
nous avons réussi à développer des services et des projets, à mobiliser un grand nombre de
membres et bénévoles, et à faire reconnaître régionalement les besoins des jeunes LGB.
d'une pleine acceptation sociale. En ce sens, j'aimerais par cette recherche contribuer au
bien-être des personnes LGB, et celles qui se questionnent sur leur orientation sexuelle.
Aujourd'hui les jeunes acceptent et dévoilent leur orientation sexuelle de plus en plus jeune.
Dans les dernières années, j'ai rencontré à diverses occasions des jeunes qui dès le début de
l'adolescence, affirmaient être homosexuel ou bien bisexuel. À leur façon, ces jeunes
représentent l'avancement de notre société vers une plus grande acceptation de la diversité
sexuelle. Par contre, ces jeunes sont souvent fragiles et leurs milieux de vie (école, famille,
milieu jeunesse, etc.) ne savent souvent pas quoi leur dire, ni comment les aider.
Les LGB se retrouvent dans toutes les sphères de notre société et doivent vivre avec
différents niveaux d'oppression et de discriminations, internes et externes, et ce, à tous les
âges. Ces populations, comme toutes les autres populations qui doivent faire face à diverses
formes de discrimination et d'oppression, ont besoin de services et de soins spécifiques qui
les aident à faire face à ces difficultés. Ils et elles ont besoin du soutien des
professionnels(les) dans leurs différents milieux, et aussi de services spécifiques qUI
reconnaissent leur diversité.
La réalisation d'un projet de maîtrise ne pourrait se faire sans le soutien des enseignants. Je
tiens spécialement à remercier Jean-François René d'avoir accepté de m'accompagner dans
ce processus d'apprentissage comme directeur de maîtrise. Merci particulièrement de m'avoir
aidé à réfléchir, soit par tes questionnements, tes réflexions et surtout par l'espace que tu
m'as laissé pour trouver mes réponses!
La réussite d'un projet de mémoire dépend aussi du support et soutien personnel, je tiens à
remercier mon conjoint, ma famille et mes amis(es) d'avoir offert votre écoute, vos
encouragements, votre compréhension et votre aide.
TABLE DES MATIÈRES
AVANT-PROPOS ii
RÉSUMÉ ix
INTRODUCTION 1
111- MÉTHODOLOGIE 43
IV- RÉSULTATS 52
CONCLUSION 111
BIBLIOGRAPHIE 115
À travers les dernières années, un nombre grandissant de services ont été développés au
Québec pour venir en aide aux lesbiennes, gais et bisexuels(les) (LOB). Un courant qui est
venu inspirer bon nombre de ces projets est celui de l' empowerment. Cette recherche a pour
objectif d'approfondir comment les pratiques sociales liées à la perspective d'empowerment
peuvent être mises en place afin de favoriser le bien-être des LOB, soit en regardant comment
les professionnels(les) viennent en aide à ces populations au Québec. Pour étudier ce sujet,
nous avons choisi de rencontrer directement des professionnels(les) qui travaillent auprès de
ces populations. La première étape de la recherche consistait à réaliser des entrevues
individuelles auprès de six professionnels(les) d'expérience dans les pratiques sociales auprès
des minorités sexuelles, soit pour connaître leurs pratiques et leurs perceptions de ces
pratiques auprès des LOB. La deuxième étape consistait à réaliser trois rencontres avec un
groupe de cinq professionnels(les) qui interviennent actuellement auprès des populations
homosexuelles et bisexuelles. Le cheminement du groupe a permis un plus grand
approfondissement des sujets par un va-et-vient entre les discussions, les réflexions et
l'action à travers leurs pratiques auprès des LOB.
Les résultats obtenus nous ont permis de mieux comprendre l'expérience, les pratiques et les
réflexions de professionnels(les) qui travaillent auprès des LOB. Pour eux, un(e)
professionnel(le) en intervention auprès des LOB doit posséder les compétences et les savoirs
inhérents à une profession d'aide, avoir une ouverture d'esprit et avoir une compréhension
des réalités des LOB, de l'homophobie et de l'hétérosexisme. Dans leurs pratiques, les
professionnels(les) ont développé diverses stratégies et services qui aident les LOB à réaliser
leur processus d'acceptation, leur coming out et à faire face à diverses difficultés en lien avec
l'homophobie et l'hétérosexisme. Cette recherche confirme un accord entre les besoins des
LOB en matière de services, les pratiques actuellement mises en place par les
professionnels(les) et les pratiques d'empowerment. L'empowerment propose des outils qui
favoriseront la remise en question de l'homophobie, et qui favoriseront auprès des LOB le
développement d'une vision de soi positive, une prise pouvoir sur ses réalités, la possibilité
de joindre ses forces à d'autres LOB et de prendre action pour changer les réalités sociales et
structurelles.
Les réalités des lesbiennes, gais et bisexuels(les) (LGB) ont grandement changé dans la
dernière décennie, soit par l'accès à une égalité de droits, par le développement d'une plus
grande ouverture sociale et une plus grande reconnaissance de leurs réalités et besoins. Par
contre, les LGB vivent encore de nos jours de nombreuses formes de discrimination et il reste
encore un long chemin à parcourir pour parler d'une pleine acceptation sociale. Afin d'aider
ces personnes, les professionnels(les) des services sociaux, de l'éducation et des organismes
communautaires ont un rôle stratégique à jouer. Par contre, ces professionnels(les) ont
souvent peu d'outils et sont souvent porteurs eux-mêmes et elles-mêmes de peurs et de
préjugés.
Au cours des dernières années, un nombre grandissant de services ont été développés au
Québec pour venir en aide aux LGB. Un courant qui est venu inspirer bon nombre de ces
projets est celui de l' empowerment. Ainsi, ces projets tentent de favoriser la prise en charge
des LGB de leurs propres réalités, les aident à combattre les diverses formes d'homophobie
qu'ils et elles rencontrent et les aident à développer leurs forces, leur estime de soi et leurs
capacités. Plusieurs auteurs (Appleby et Anastas, 1998; Lee, 2001; Tully, 2000) soulignent le
lien approprié entre les pratiques d'empowerment et les besoins et le cheminement
d'émancipation des LGB.
À travers cette recherche, nous avons regardé comment l' empowerment peut être expliqué et
mis en pratique dans le contexte du travail social auprès des LGB. Le premier chapitre
explore certains enjeux vécus par les LGB, c'est-à-dire le contexte historique et les contextes
de vie empreints d'homophobie, les réalités et difficultés que peuvent vivre les LGB et les
services auxquels ils et elles ont accès pour favoriser leur plein développement. Dans le
deuxième chapitre, nous présentons les objectifs de cette recherche ainsi que le cadre
conceptuel sur les pratiques d'empowerment auprès des LGB. Le troisième chapitre présente
2
la méthodologie utilisée pour cette recherche. Concrètement, nous sommes allé rencontrer
des professionnels(les) qui travaillent au Québec auprès des personnes LGB afin de mieux
connaître leurs parcours, leurs pratiques et leurs réflexions sur l'aide aux LGB. Au moyen
d'une méthodologie inspirée de l'empowerment, nous avons rencontré six professionnels(les)
par des entrevues individuelles, et un groupe de cinq professionnels(les) a accepté de
participer à un processus de réflexion sur trois rencontres. À travers le chapitre sur les
résu Itats, nous avons cherché à expliquer les réflexions et pratiques que ces
professionnels(les) nous ont partagés. Ainsi, vous pourrez mieux comprendre le parcours de
ces professionnels(les), leur vision des pratiques auprès des LGB et plus concrètement leurs
pratiques. Voir ces éléments a permis d'établir une base de discussion pour réfléchir sur les
liens entre leurs pratiques et les pratiques d'empowerment. Enfin, le dernier chapitre,
l'analyse, est une réflexion qui cherche à expliquer les pratiques d'empowerment dans un
contexte d'aide aux personnes LGB.
1 - HOMOSEXUALITÉ, BISEXUALITÉ ET HOMOPHOBIE
4
L'homosexualité est de nos jours de mieux en mieux acceptée au Québec et au Canada. Les
mouvements créés par les populations LGB et l'ouverture au changement de notre société
permettent à grands pas une plus grande acceptation de la diversité sexuelle. Par contre, cela
n'a pas toujours été le cas. De par le passé, l'homosexualité a longtemps été vue comme étant
un problème. À partir de généralisations abusives à travers l'histoire, différents préjugés ont
été développés sur les personnes homosexuelles et bisexuelles. Puis, au cours des années, de
nombreuses recherches ont été réalisées afin de déterminer la cause de l'homosexualité. La
recherche « des causes de l'homosexualité procure, le plus souvent, davantage d'informations
sur les préjugés des chercheurs que sur le phénomène qu'ils étudient. » (Dorais, 1994)
[En ce sens, une] grande partie des écrits d'avant le milieu des années 1970 est
aujourd'hui rigoureusement examinée et critiquée, en raison principalement de
sérieux doutes quant aux biais personnels des chercheurs, conditionnés qu'ils étaient
par l'homophobie et l'hétérosexisme, de même que de doutes quant aux populations
gaies, lesbiennes et bisexuelles qu'ils ont étudiées. (Ryan, 2003, p. 4)
N'oublions pas que c'est seulement en 1973 que l'Association américaine des psychiatres
raye l'homosexualité de sa liste des maladies mentales. Après cette date importante, une
grande partie des recherches se sont concentrées à comprendre l'homosexualité au lieu d'en
chercher sa cause.
loi C-38 qui étend le sens de « mariage» aux conjoints de même sexe et qui accorde ainsi
tous les mêmes droits aux couples de même sexe.
Les communautés LGB sont passées dans les dernières années par différentes phases
importantes. À travers les années 80 et 90, les communautés ont commencé à s'organiser afin
de se donner des lieux pour vivre son orientation sexueJJe, des lieux pour discuter,
comprendre et définir ses réalités. Ces lieux sont divers, que ce soit pour socialiser (bars,
cafés, etc.), des organismes communautaires ou bien des organismes de concertation et de
défense des droits. Ceux-ci ont longtemps été clandestins et un grand nombre des ressources
ont été créées en lien avec la crise du VIH-Sida des années quatre-vingts. Les
développements se sont principalement fait dans les centres urbains, et encore aujourd'hui il
existe peu ou pas d'organismes dans plusieurs régions du Québec. Un effet bénéfique du
développement des communautés est la mobilisation et la visibilité que cela a donnée à
l'homosexualité. En ce sens, notre société a longtemps cru que l'homosexualité et la
bisexualité étaient des phénomènes isolés ou bien rares. Maintenant, jouissant d'une plus
grande visibilité, il est plus difficile d'ignorer l'existence de ces populations. À travers cette
période, le travail de plusieurs organismes « a mis l'accent sur la contestation et la
modification des lois oppressives et répressives. » (Ryan, 2003, p. 75) À travers les trente
dernières années, divers groupes et personnes ont entrepris des démarches afin de favoriser la
légal isation et l'inclusion, au même titre que les couples hétérosexuels, dans les lois
québécoises et canadiennes. Cette phase importante s'est terminée par l'inclusion des couples
de même sexe dans toutes les lois canadiennes, dont la plus importante est celle du mariage.
Maintenant que les batailles juridiques ont été gagnées au Québec comme au Canada, une
nouvelle phase gagne en importance, celle de changer les attitudes et perceptions, soit passer
de l'acceptation légale à une acceptation sociale. Cette phase est probablement plus complexe
et difficile, car elle interpelle chaque personne dans ses propres peurs, préjugés, valeurs et
croyances. Cette troisième phase a été marquée par le développement d'un grand nombre de
projets de sensibilisation et par l'arrivée de la Journée internationale de lutte contre
l' homophobie.
6
Les personnes homosexuelles et bisexuelles se retrouvent partout dans notre société. Ils et
elles sont nos collègues, nos voisins(es), notre famille, nos amis(es). Ils et elles sont la plupart
du temps dans l'ombre et par le fait même invisibles. Cette invisibilité a de nombreuses
conséquences (Ryan, 2003), car elle rend la population générale inconsciente et ignorante du
vécu des personnes LGB.
[L]es gais, les lesbiennes et les bisexuels ont déclaré des taux plus élevés de
victimisation avec violence, notamment d'agression sexuelle, de vols qualifiés et de
voies de fait, que leurs homologues hétérosexuels. [... ] La proportion de gais, de
lesbiennes et de bisexuels qui ont déclaré avoir été victimes de discrimination était
environ trois fois plus importante que celle des hétérosexuels. (tiré de
www.statcan.ca le 4 mars 2008)
De plus, 78 % des gais et lesbiennes ayant fait l'objet de discrimination croyaient que cette
discrimination était attribuable à leur orientation sexuelle, comparativement à 29 % des
bisexuels et 2 % des hétérosexuels. Ces gestes et attitudes négatives envers ces populations
ont des conséquences plus graves que celles estimées, car ils touchent un plus grand nombre
de personnes.
7
1.2.1 Famille
Il faut préciser que « faire sa sortie» c'est acquérir une identité gaie, se présenter
comme tel aux autres et vivre avec les conséquences de son dévoilement. En effet, il
peut y avoir acceptation, rejet, exclusion de la maison familiale ou reniement de la
famille ou des amis. (Jalbert, 1998, p. 217)
La question du coming out auprès de la famiJle est un phénomène de plus en plus étudié. Les
recherches réalisées traitent principalement du coming out dans la famille chez les jeunes
LGB, et traitent moins du phénomène chez les adultes. Ce phénomène touche un grand
nombre de familles, « [u]ne famille sur deux ou trois, au pays, compte un membre qui est gai,
lesbienne ou bisexuel-le, et plusieurs autres personnes ont régulièrement des expériences
sexuelles avec le même sexe.» (Ryan, 2003, p. 22) Avant de se dévoiler, un(e) jeune
appréhendera la réprobation de la famille (Tremblay, Julien & Chartrand, 2007). Souvent, le
jeune attendra d'avoir un réseau d'amis et de soutien avant de révéler son orientation sexuelle
à ses parents. Certains devront attendre leur vie d'adulte avant d'en parler, alors que d'autres
garderont ce secret toute leur vie. En général, révéler son orientation sexuelle dans sa famille
« entraîne, pour les parents, une période d'adaptation, variable en durée et en intensité, qui
risque de générer des perturbations familiales.» (Tremblay, Julien & Chartrand, 2007, p.
165) « Les parents sont alors confrontés eux aussi à un « processus d'acceptation ». Ce
processus d'acceptation peut prendre plusieurs mois ou plusieurs années avant que les parents
finissent par s'intéresser ou questionner l'enfant sur ce qu'il vit.» (Jalbert, 1998, p. 223) Face
aux difficultés, « plusieurs jeunes quittent leur famille à cause d'un rejet homophobique ou de
la peur du rejet; pour ces raisons, plusieurs se sentent forcés de quitter leur ville ou village,
notamment en région rurale.» (Ryan, 2003, p. 16) Il semble par exemple qu'aux États-Unis,
entre 20% et 40% de tous les jeunes de la rue s'identifient comme LGB ou transgenre (Ray,
2006).
8
1.2.2 École
L'homophobie et ('hétérosexisme en milieu scolaire sont des phénomènes qui sont également
de plus en plus étudiés. Grâce à l'investissement de chercheurs (Dorais,2000; Grenier, 2005;
Emond et Bastien, 2008), des groupes communautaires (GRIS-Québec, GRIS-Montréal) et de
certaines instances gouvernementales (Conseil Permanent de la Jeunesse, Commission des
droits de la personne) nous avons une vision de plus en plus claire de ce phénomène. Le
problème fondamental de l'école réside dans le fait que trop souvent les élèves homosexuels
et bisexuels n'y trouvent de soutien ni auprès de leurs compagnons de classe, ni auprès du
personnel de l'école. En d'autres mots, tout se passe comme si les moins de 18 ans
homosexuels et bisexuels n'existaient pas ou ne devraient pas exister (Dorais, 2000). À
l'école, les jeunes homosexuels(les), identifiés comme tels ou ayant des attitudes pouvant
laisser percevoir une telle orientation sexuelle, sont potentiellement en danger de se faire
harceler et violenter. Lors d'une enquête nationale réalisée aux États-Unis auprès de 1732
LGB entre 13 et 20 ans (Kosciw et Diaz, 2005), 75,4% des étudiants(es) LGB ont répondu
entendre des remarques telles que « faggot » ou « dyke » de façon fréquente ou très fréquente
à l'école. Lors de ces situations, seulement ]6,5% des professionnels(les) présents
interviendraient lorsqu'ils entendent de telles paroles, et même que 18,6% de ces
professionnels(les) contribueraient à ces paroles homophobes. 64,3% de ces étudiants(es)
indiquaient se sentir insécures à l'école à cause de leur orientation sexuelle. 64,1% ont
indiqué avoir été victime de violence verbale et 17,6% ont été victimes de violence physique
en lien avec leur orientation sexuelle dans la dernière année. La majorité des étudiants(e) qui
ont été victimes de violence dans cette enquête n'ont pas porté plainte, ni aux autorités
scolaires (58,6%), ni à leurs parents (55,1 %), ni à d'autres membres de leur famille (62,6%).
L'enquête exploratoire réalisée par GRIS-Québec (Grenier, 2005) auprès de 2101 jeunes dans
la région de Québec démontre des résultats très clairs: l'homophobie est encore
manifestement présente à l'école. Même si 63 % des élèves interrogés disent connaître une
personne homosexuelle et que 35 % de ces personnes homosexuelles sont des
9
• Ma meilleure amie est lesbienne: 29 % des élèves seraient mal à l'aise à l'idée que
leur meilleure amie soit lesbienne (37 % des filles et 21 % des garçons);
• Mon meilleur ami est gai: 37 % des élèves participant à l'étude expriment un
malaise à l'idée d'avoir un meilleur ami homosexuel (16 % des filles, 61 % des
garçons);
Lors d'une enquête menée par le Conseil permanent de la jeunesse, Il jeunes LGB se sont
exprimés(es) sur ce qu'ils vivaient à l'école, en résumé:
Les jeunes ont compris le message qu'ils pouvaient être différents, mais que cela ne
devait pas paraître. En conséquence, ils ont appris à éviter les comportements, les
lieux, les moments et les personnes à risque. Malgré tous les détours, ils n'échappent
pas à la violence, plus souvent verbale que physique. La peur est, pour plusieurs, une
émotion quotidienne qui fait de l'école un environnement hostile. (Fournier, 2007, p.
41)
Ce qui est encore plus inquiétant est que peu de recherches se sont intéressées aux services
pour les aînés LGB et que les résultats sont unanimes à l'effet que ceux-ci ne sont pas
toujours capables d'offrir les services appropriés (Ryan, 2003). Ainsi, les organismes pour
personnes âgées et les professionnels(les) à leur emploi pourraient être la source même de
l'oppression et de la discrimination de cette population déjà fragilisée. En conséquence, pour
se protéger, plusieurs choisiront de retourner dans le « placard» et cacheront leur orientation
sexuelle.
Comme nous avons pu le voir, l'homophobie est omniprésente à travers différentes sphères
de notre société. Afin de pouvoir faire face à ces difficultés, les LGB auront souvent besoin
du soutien et de l'aide des services sociaux. Les recherches tendent à démontrer que les LGB
utilisent les services d'aide plus souvent et pour de plus longues périodes (Hunter &
Hickerson, 2003), et que les LGB sont présents à travers toute la gamme des services sociaux
(Appleby & Anastas, 1998). Les LGB de tous les âges, lorsqu'ils consultent dans un contexte
Il
de santé et de services sociaux, rencontrent encore des réactions négatives de la part des
professionnels(les). Celles-ci incluent anxiété, réactions inappropriées, gêne, rejet, hostilité,
curiosité excessive, pitié, condescendance, ostracisme, refus de traitement, détachement,
crainte du contact physique, ou bien bris de confidentialité (Brotman, Ryan, Cormier, 2003).
Un problème à la base dans les services sociaux est que les besoins spécifiques des LGB sont
peu ou tout simplement pas reconnus. Par conséquent, peu ou pas de programmes sont mis en
place afin de développer des services spécifiques (Hunter et Hickerson, 2003).
Une équipe de recherche à Saskatoon (Banks, 2003) s'est intéressée à mesurer l'impact de
l'homophobie chez les personnes LGB, en comparaison avec les non-LGB. Ceux-ci ont
effectué une vaste revue de littérature et n'ont conservé que les recherches qui démontraient
sérieux et rigueur, soit plus de 260 références. Leur objectif était de mesurer l'impact humain
et économique de l'homophobie. Voici un sommaire des résultats qu'ils ont obtenus: taux de
suicide 6 fois plus élevé chez les LGB; taux de tabagisme 1,6 fois plus élevé chez les LGB;
taux d'abus d'alcool 1,7 fois plus élevé chez les LGB; taux d'abus de drogue 2,6 fois plus
élevé chez les LGB; taux de dépression 2,5 fois plus élevé chez les LGB.
12
Comment expliquer cela? Une des problématiques à la base de toutes les autres est
l'isolement social dont sont souvent victimes les LGB. La présomption d'hétérosexualité de
la société maintient un tabou autour du sujet de l'orientation sexuelle qui fait que la personne
aura souvent de la difficulté à se confier à un proche, la confinant, dans la honte, à
l'isolement et à la clandestinité. Peu d'adolescents(es) ayant eu une expérience homosexuelle
ou pressentant une orientation homosexuelle en parleront ouvertement (Ryan et Frappier,
1994). L'absence de modèles homosexuels et bisexuels intensifie ces difficultés.
Le fait que les modèles de rôles positifs qui sont présentés à la plupart des jeunes
soient exclusivement hétérosexuels, et que les personnes gaies, lesbiennes et
bisexuelles soient presque toujours perçues de manière négative dans la plupart des
milieux où évoluent les jeunes (l'école, les organismes de services à la jeunesse,
etc.), empêche des jeunes gais et lesbiennes de se voir projetés dans le futur. (Ryan,
2003, p. 15)
hétérosexuels. Elle peut envisager d'avoir un certain contact avec des gais ou
lesbiennes, afin de réduire l'aliénation ressentie à cette période.
Le processus de sortie est un moment important dans la vie des personnes homosexuelles et
bisexuelles, et aussi pour les personnes qui les entourent. En ce sens, « le plus important
facteur de prédiction du changement d'attitude parmi les membres du grand public est qu'ils
soient conscients qu'il y a parmi leurs connaissances une ou des personnes gaies, lesbiennes
et bisexuelles. »(Ryan, 2003, p. 75) Ainsi, aider les personnes homosexuelles et bisexuelles à
réaliser leur processus de sortie, c'est aussi aider les personnes qui entourent ces personnes,
donc l'ensemble de la société, à développer une vision plus positive de la diversité sexuelle et
par le fait même contrer le phénomène de l'homophobie.
14
De nos jours, les professionnels(les) qui viennent en aide aux personnes homosexuelles et
bisexuelles sont de plus en plus nombreux(ses). La reconnaissance des problèmes vécus par
ces populations et la reconnaissance de l'homophobie comme étant un problème social
important, a graduellement emmené un nombre considérable de professionnels(les) à se
questionner sur leurs pratiques. Ceux-ci se retrouvent dans une grande diversité de milieux
(éducation, services sociaux, santé et organismes communautaires). Alors que certains
milieux se spécialisent dans l'aide et le support aux LGB, d'autres milieux cherchent à
adapter leurs services afin d'être plus inclusifs et ainsi mieux répondre aux besoins de ces
populations. Dans cette section, il sera question de faire le tour des types de pratiques qui
sont mises en place par des intervenants(es) sociaux pour venir en aide aux personnes LGB,
soit à travers les expériences terrain au Québec, les formations offertes pour ces
professionnels(les) et les recherches réalisées sur les pratiques auprès de ces populations.
Il Ya au Québec plus de deux cents organisations qui viennent en aide directement aux LGB
(Commission des droits de la personne, 2007). 58% de ces organisations se retrouvent à
Montréal, 13% à Québec et 29% dans le reste du Québec. Jusqu'à maintenant aucune
recherche n'a répertorié les activités et expériences terrain d'aide et de soutien aux LGB au
Québec. Ainsi, cette section ne cherche pas à tracer un portrait complet des expériences
terrain, mais plutôt à tracer les grandes lignes des expériences d'aide qui sont actuellement
mobilisées au Québec afin de venir en aide à ces populations.
Le développement de projets et services pour les populations LGB est assez récent. Ce n'est
que durant les années 80 que nous pouvons voir l'apparition de premiers projets d'envergure.
Par contre, ceux-ci ne visaient pas directement l'aide aux personnes homosexuelles et
bisexuelles et la lutte contre l'homophobie, mais plutôt à aider dans la crise du VIH qui
15
Au niveau provincial, deux organismes qui ont marqué l'intervention auprès des LGB sont
Gai Écoute, fondé en 1980 et Gay Line, fondé en 1976. Ces services sont maintenant bien
connus à travers la province. Les jeunes et les adultes peuvent, en toute confidentialité,
appeler la ligne 1-888-505-1010 et parler avec un(e) bénévole ou un(e) professionnel(le)
ayant un vécu LGBT et qui a reçu une formation spécialisée en écoute active. En 2003-2004,
Gai Écoute a traité 20 311 appels et courriels.
Les années 90 ont amené de nouveaux services et projets, principalement au niveau des
jeunes LGB et dans la lutte contre l'homophobie dans les milieux scolaires. Au Début, des
années 90, GRlS-Montréal (Groupe de Recherche et d'Intervention Sociale - www.gris.ca)
fait son entrée. Cet organisme cherche à sensibiliser et « Démystifier l'homosexualité» dans
16
les milieux scolaires. L'intervention est simple et efficace: deux bénévoles, un gai et une
lesbienne, partagent leur vécu homosexuel et répondent à toutes les questions des jeunes
rencontrés. On compte maintenant un GRlS dans quatre régions du Québec et d'autres
organismes inspirés de celui-ci.
Au milieu des années 90, on voit la naissance du Projet 10 à Montréal. Celui-ci a été un
pionnier dans le développement de services auprès des jeunes et est souvent reconnu comme
un modèle à suivre. L'organisme offre différents services aux 14 à 25 ans, soit: groupes de
discussion, drop-in, projets artistiques, accompagnement individuel, etc. Dans les dernières
années, il y a eu la création du Projet ACE (maintenant Le Néo), à Lanaudière, et de L'accès
du GRlS-Québec, à Québec, tous deux des milieux de vie pour jeunes LGB qui offrent divers
services. De nombreuses régions du Québec font face à une absence totale de ressources
spécialisées pour les jeunes LGB (Lac Saint-Jean, Côte-Nord, Bas-Saint-Laurent, etc.). Puis,
depuis la fin des années 90, on a pu voir la création de services et associations pour parents
LGB (ex. : Association des mères lesbiennes du Québec, Association des pères gais de
Montréal). Ces organisations offrent des services de soutien, d'information et d'aide aux
parents homosexuels et bisexuels soit par des groupes de discussion, de l'aide entre pairs,
soutien individuel, etc.
Bien que bref, ce portrait nous permet d'avoir une idée globale des services actuellement mis
en place auprès des LGB au Québec. On remarque qu'une grande majorité de ces
organisations fonctionnent avec un petit ou très petit budget. Seulement une minorité de ces
organisations ont réussi à se tailler une place au travers du financement gouvernemental.
Ainsi, les services et activités de la majorité de ces organisations reposent sur
l'investissement et la disponibilité de ses membres bénévoles.
Vers le milieu et la fin des années 80, avec l'apparition des organismes en prévention du
VIH, on a vu apparaître les premiers professionneJs(les) rémunérés afin de venir en aide aux
hommes bisexuels et gais. Bien que limités par leurs objectifs en prévention du VIH, ces
professionnels(les) ont tout de même lancé les premières bases des pratiques auprès des
17
Une grande partie des outils de formation des professionnels(les) se sont développés vers la
fin des années 90 et ce n'est qu'en 1998 que l'on voit naître au Québec un réel programme de
formation. Suite à l'adoption des orientations ministérielles au Québec (Gouvernement du
Québec, 1997), la Direction de la Santé Publique a mis en place un cadre de formation
spécialisé pour les professionnels(les) en santé et services sociaux, soit sous la forme de trois
journées de formation. Ces formations sont: Pour une nouvelle vision de l'homosexualité;
Adapter nos interventions aux réalités des jeunes gais, lesbiennes et bisexuels; et Adapter nos
interventions aux réalités des adultes gais, lesbiennes et bisexuels. Depuis le début du projet,
plus de 13 000 professionnels(les) ont été rencontrés à travers la province.
d'Alliés cherche à mobil iser les professionnels(les) de la santé, des services sociaux, de
l'éducation et des organismes communautaires à devenir plus actifs dans la lutte contre
l'homophobie et dans l'aide aux personnes LGB. Ce concept fut d'abord développé par la
Santé publique, à l'intérieur d'un coffret qui est offert aux milieux qui ont reçu la formation
« Pour une nouvelle vision de l'homosexualité». Un(e) professionnel(le) qui désire être un
Allié s'engage à s'outiller pour être capable de venir en aide aux LGB et à lutter contre
l'homophobie dans leur milieu. À Québec, un organisme communautaire, GRIS-Québec
(www.gris-quebec.ca). a développé le Réseau des Alliés, qui offre un ensemble de services
pour les professionnels(les) Alliés: un service de référence; un bulletin d'information; des
activités de réflexion; un accompagnement dans la réalisation de projets.
Depuis les dernières années, un nombre de plus en plus important de recherches ont été
réalisées afin de mieux comprendre ce que vivent les LGB et mieux cerner l'homophobie.
Malgré une nette amélioration, il reste encore beaucoup de chemin à faire en recherche afin
de bien cerner ces populations. Par contre, très peu d'attention a été portée au Québec sur les
approches et les modèles de pratiques auprès des LGB. À travers ma revue de littérature, je
n'ai trouvé que quelques textes réalisés au Québec sur les pratiques auprès de ces
populations. La grande majorité des textes trouvés qui abordent les questions de pratiques
auprès de ces populations viennent des États-Unis et sont relativement récents.
Les principaux textes québécois sur les pratiques d'intervention auprès des LGB ont été
produits par des organismes communautaires et par la Santé publique. D'abord, en 2003
l'organisme GRIS-Montréal lance un guide pédagogique pour les enseignants et enseignantes
du primaire et du secondaire, « Démystifier l'homosexualité, ça commence à l'école».
Réalisé par Irène Demczuk (2003), ce guide cherche à outiller les professionnels(les) afin de
leur permettre d'intervenir dans Je contexte de la classe et de l'école, et propose une diversité
d'activités qui favorisent chez les jeunes une prise de conscience des conséquences de
19
Dans les dernières années, principalement aux États-Unis, se sont développées des
connaissances sur les pratiques sociales auprès des populations LGB. Le courant principal est
celui de l' « Affimative Practice» ou l'approche affirmative (Hunter et Hickerson, 2003). Ce
courant reconnaît la nécessité de développer les pratiques sociales qui favorisent le bien-être
des personnes LGBT. Pour réaliser cela, pas besoin de créer un nouveau modèle de pratiques,
car une vaste littérature a été développée auprès de groupes minoritaires qui vivent diverses
formes d'oppression. Il suffit d'adapter ces modèles, principes et pratiques aux réalités et
besoins des LGBT (Appleby et Anastas, 1998). Dans l'approche affirmative, l'intervenant(e)
paltage clairement sa position sur j'hétérosexisme et l'homophobie, indique que ces
phénomènes sont néfastes et doivent être remis en question, et cherche à promouvoir une
vision saine et positive de la diversité des orientations sexuelles (Hunter et Hickerson, 2003).
Cette approche s'est aussI développée auprès des populations transgenres,
« transaffirmative» (Hunter et Hickerson, 2003). Ainsi, les intervenants(es) qui s'engagent
dans l'approche affirmative reconnaissent les diverses formes d'expression de l'orientation
sexuelle et de l'identité sexuelle. Un autre appolt, se trouve dans le travail réalisé par Carol
T. Tully (2000) de l'Université Columbia de New York, qui a adapté la perspective
d'empowerment pour les pratiques sociales auprès des LGB, soit auprès des jeunes et adultes
LGB en tenant compte des interventions individuelles, de groupes, communautaires et
collectives (micro, mezzo et macro). Selon cette perspective, le fait que les personnes LGB
doivent interagir dans une société hétérosexuelle, empreinte d'homophobie et
20
d'hétérosexisme, les rend plus à risque de vivre des difficultés. À partir d'une relation de
confiance, le(la) professionnel(le) cherchera à favoriser la prise de pouvoir des personnes sur
leurs propres réalités, intérieures et extérieures.
II - APPROCHE ET CADRE CONCEPTUEL
22
Comme nous avons pu le voir à travers la littérature, les LGB sont à risque de vivre un grand
nombre de difficultés en lien avec l'homophobie et l'hétérosexisme. Ces populations, comme
toutes les populations, ont Je droit d'avoir des milieux et services qui leur permettrait de
s'épanouir. Bien qu'encore limités au Québec, on peut voir un nombre croissant d'efforts et
d'initiatives, principalement dans les grandes villes, afin d'offrir des services qui viennent
répondre aux besoins de ces populations. De plus, depuis la naissance de la journée de lutte
contre l'homophobie en 2003, un nombre de plus en plus important de milieux s'engagent à
êtres actifs dans le développement d'une plus grande inclusion de la diversité sexuelle.
Nous avons au Québec une grande richesse d'expériences réalisées et/ou accompagnées par
des professionnels(les). Ces connaissances expérientielles sont une richesse qui contribue
grandement au développement d'une société plus ouverte. Mieux connaître les interventions,
[es stratégies, les services qui sont réalisés par ces professionnels(les), ainsi que leurs
réflexions sur leurs pratiques nous permettraient de mieux connaître les pratiques sociales
auprès des LGB, et ainsi développer les bases théoriques qui sous-tendent ces pratiques. Ces
connaissances permettraient aux professionnels(les) de mieux comprendre les pratiques
23
sociales qu'ils et elles mobilisent, et ainsi favoriser une meilleure transmission de ces
connaissances dans la formation des professionnels(les).
[[ serait difficile d'explorer l'ensemble des pratiques sociales que peuvent utiliser les
professionnels(les) auprès de ces populations, car celles-ci sont relativement vastes et sont
peu ou pas documentées. Par contre, cette première exploration permet de cibler deux champs
des pratiques qui seraient intéressantes à développer, soit les approches affirmatives et les
approches d'empowerment. Ici nous avons choisi les approches d'empowerment auprès des
LGB. Celles-ci semblent avoir joué un rôle important dans le développement des ressources
pour ces populations au Québec. À travers la revue des principaux écrits, un grand nombre
d'auteurs (Appleby et Anastas, 1998; Lee, 2001; Tully, 2000) ont ciblé cette perspective
comme efficace et pertinente auprès des LGB. On dénote d'ailleurs que plusieurs éléments de
l'approche affirmative sont inspirés de l'empowerment. Plus particulièrement, les travaux de
Tully (2000) ont porté exclusivement sur l'approche d'empowerment auprès de ces
populations. Celle-ci souligne, que ces personnes vivent dans un contexte oppressif, causé par
l'homophobie et l'hétérosexisme (institutionnel, individuel et intériorisé), et que les pratiques
d'empowerment aident ces individus, couples, familles, groupes, communautés et
organisations victimes d'oppression et d'aliénation à retrouver leur pouvoir. Les pratiques
d'empowerment peuvent jouer un rôle important dans le développement du bien-être des
populations LGB.
Cette recherche a pour objectif d'approfondir comment les pratiques sociales liées à la
perspective d' empowerment peuvent être expliquées et mises en place dans le contexte de
l'aide auprès des LGB. Soit en tentant de répondre aux questions suivantes:
• Qu'est-ce que l' empowerment dans le contexte des pratiques auprès des LGB?
• Quels sont les principes qui sous-tendent cette perspective dans un contexte d'intervention
auprès des LGB?
24
• Quels sont les rôles des professionnels(les) dans l'émancipation des LGB?
• Comment la perspective d'empowerment peut être mise en pratique auprès des LGB?
Individuellement? En groupe? Et collectivement?
• Et quelles sont nos recommandations?
L'oppression est un état de fait avantageant les groupes dominants (hommes, blancs,
hétérosexuels, etc.) qui touche les relations humaines et qui est omniprésent dans les
structures sociales. C'est aussi un processus par lequel groupes et individus atteignent le
pouvoir qui vient limiter les autres groupes et individus avec moins de pouvoir (Ward et
Mullender, 1994). L'oppression a pour son origine une « norme» (Pharr, 1997) qui a pour
but de maintenir un état de fait avantageant les groupes dominants, à partir de cette norme les
personnes sont jugées et classées, « normaux» ou « hors-norme». L'oppression envers les
personnes homosexuelles et bisexuelles est communément appelée homo phobie et
hétérosexisme.
Pour Borrillo (2001, p.3), l'homophobie « est l'attitude d'hostilité à l'égard des homosexuels,
hommes ou femmes. » Pharr (1997) parle d'une peur irrationnelle et d'une haine envers ceux
et celles qui aiment et désirent sexuellement ceux et celles du même sexe. Pour le bien de
cette recherche, nous nous sommes inspirés des définitions construites par deux organismes
qui ont particulièrement été actifs dans la lutte contre l'homophobie au Québec, la Fondation
Émergence et la Commission des droits de la personne et de la jeunesse. Ces définitions ont
été construites pour être inclusives des différentes facettes de l'homophobie et en ce sens
offrent une perspective intéressante pour l'intervention.
[En ce sens,] l'homophobie revêt un sens large et englobe les attitudes négatives
pouvant mener au rejet et à la discrimination, directe et indirecte, envers les gais, les
26
Il est important de comprendre les interrelations entre les diverses formes d'oppression,
mieux les comprendre nous permet de mieux saisir les solutions possibles pour défaire ces
constructions sociales. Il est impossible de voir une oppression, comme le sexisme, le
racisme et l'homophobie, séparée et sans liens avec les autres oppressions, car elles sont
toutes connectées (Pharr, 1997). Les diverses oppressions sont liées par la même origine, soit
la concentration du pouvoir, et par des méthodes similaires de contrôle. Toutes les
oppressions sont terribles et destructrices, il n'y a pas une oppression plus importante qu'une
autre. En ce sens, pour être efficaces les mouvements de 1ibération doivent travai 11er à
éliminer l'ensemble de ces oppressions, sans cela leur travail restera incomplet (Pharr, 1997).
Plusieurs recherches démontrent des liens entre l'affirmation de la masculinité et les gestes et
paroles homophobes (Fone, 2000; Kaufman et Raphael 1996; Ryan 2005). Les diverses
insultes, « fif », « tapette », et les gestes homophobes serviront de moyens pour affirmer sa
masculinité. Notons que l'homosexualité masculine est souvent perçue comme une action
féminine (le fait d'aimer un homme) et que pour accéder à leur masculinité, plusieurs
hommes vont rejeter tout ce qui est féminité de leur vie (Badinter, 1992). Ainsi, le garçon (ou
homme) qui désire assurer et prouver sa masculinité face à soi et aux autres, sera tenté
d'utiliser des actions (paroles et gestes) homophobes envers d'autres garçons. De cette façon,
en ridiculisant une personne homosexuelle (ou présumée homosexuelle), ce garçon aura
prouvé aux autres qu'il rejette l'homosexualité, et donc la féminité, et ainsi faire reconnaître
sa masculinité « supérieure ». Avec l'hétérosexisme, l'homophobie devient une arme du
sexisme (Pharr, 1997), car l'hétérosexisme créée un climat propice à l'homophobie et à une
vision que le monde doit être hétérosexuel avec ses privilèges masculins de pouvoir. En ce
sens, l'homophobie et l'hétérosexisme fonctionnent ensemble pour imposer la norme
hétérosexuelle et cette construction patriarcale du pouvoir. On remarque que « l'homophobie
est plus prévalente dans des cultures attachées aux valeurs traditionnelles, où les rôles
sociaux-sexuels sont stéréotypés, les croyances religieuses bien ancrées, le mariage et les
enfants valorisés. » (Berthelot, 1995, p. 16) Certains diront même que l'acceptation de leur
orientation sexuelle est passée par le rejet de la religion (Dorais, 2000). Puis, au niveau des
29
jeunes, ce n'est pas une coïncidence qu'à l'approche de la puberté les jeunes augmentent les
gestes et paroles homophobes, soit en utilisant les mots "tapette", "fif', car c'est à la puberté
que les jeunes ressentent le plus la pression sociale de se conformer à l'hétérosexualité et de
se préparer au couple (Pharr, 1997). Cela aura comme conséquence que les femmes
lesbiennes et bisexuelles seront perçues comme étant sorties de cette « norme» de
dépendance sociale et économique envers les hommes, soit une femme qui peut vivre sans les
hommes et qui, de façon illogique, est contre les hommes (idem). Les hommes gais et
bisexuels sont aussi perçus comme une menace au contrôle masculin, et l'homophobie qui
leur est exprimée a les mêmes racines que le sexisme. Ces hommes homosexuels et bisexuels
font l'objet d'une violence et d'une haine par les hommes hétérosexuels, car ils rompent les
rangs de la sol idarité masculine hétérosexuelle qui tente de maintenir cette structure de
pouvoir sexiste et en ce sens ils sont considérés des « traîtres qui doivent être punis et
éliminés.» (Pharr, 1997, p. 18)
diversité des populations. Dans les sections qui suivent, nous regarderons plus concrètement
comment les pratiques d'empowerment peuvent contribuer à aider ces populations opprimées.
Les personnes qui doivent faire face à des réalités difficiles, car elles font partie d'un
groupe opprimé peuvent être perdues, [... ] ou elles peuvent, à divers degrés,
développer le pouvoir de vivre leur vie pleinement tout en contribuant à la vie de
leur communauté. (traduit de Lee, 2001, p. 30)
Dans les dernières années, un grand nombre d'auteurs ont cherché à clarifier ce qu'est
l'empowerment. « Sommairement, on peut définir l'empowerment comme la capacité des
personnes et des communautés à exercer un contrôle sur la définition et la nature des
changements qui les concernent. » (Lebossé, 2004, p. 32) Pour sa part, Judith A. B. Lee
(2001) définit l'approche d'empowerment dans la pratique du travail social comme une
intervention qui prend en compte la responsabilité individuelle et environnementale, et qui a
pour but d'accompagner les personnes qui vivent de la pauvreté et/ou de l'oppression, dans
leurs efforts à développer du pouvoir, de favoriser l'épanouissement de leurs capacités
d'adaptation, et de travailler à favoriser le changement de l'environnement social et des
structures qui oppriment. Certains courants de pensée décrivent l' empowerment par sa
dimension individuelle, soit le développement d'un sentiment de bien-être personnel et d'une
vision positive de soi, en excluant l'importance du travail sur les dimensions structurelles de
l'oppression (Lee, 2001). La compréhension de l' empowerment dans cette recherche se veut
cohérente avec la vision originale de cette perspective, soit que les professionnels(les)
peuvent accompagner les personnes victimes d'oppression dans un processus d' empowerment
au niveau personnel, interpersonnel et politique, afin qu'elles retrouvent leur liberté et
qu'elles puissent se réaliser pleinement. Ainsi, l'empowerment est un processus nécessaire
pour faire face à un monde hosti le et peut vouloir dire : (l) augmenter l'efficacité
personnelle; (2) développer maîtrise, initiative et action; et (3) favoriser, par le travail de
groupe, la prise de conscience et un sens de partage du destin; (4) la réduction de
l'autoculpabilisation; (5) J'acceptation d'une responsabilité personnelle pour le changement
31
(Appleby & Anastas, 1999; Ninacs, 2003). L'empowerment fait référence à un état d'esprit,
comme le sentiment de compétence et du pouvoir persormel, et fait référence au pouvoir
d'influencer les structures sociales (Appleby et Anastas, 1999). Ainsi, les pratiques
d'empowerment cherchent à favoriser des transformations intérieures et personnelles, ainsi
que des transformations sociales et structurelles, ces « transformations psychologiques sont
nécessaires pour passer de l'apathie et du désespoir à l'action. » (Ninacs, 2003, p. 25)
Dans ses recherches sur le suicide auprès des jeunes hommes gais, Michel Dorais (2000) s'est
intéressé à analyser les expériences de différents garçons en lien avec leur orientation
sexuelle. À travers son analyse, il a pu observer différents mécanismes d'adaptation.
D'abord, il y a ceux qui tenteront à tout prix de répondre aux attentes sociales et
camoufleront leur orientation sexuelle, ou bien ceux qui s'adapteront selon les contextes en
changeant leurs comportements et attitudes. D'autres seront identifiés par leur entourage
comme homosexuels et seront la cible de moqueries. Puis, de tous les garçons qu'il a
rencontrés, ceux qui s'en sortent le mieux sont ceux qui auront choisi d'accepter leur
orientation sexuelle pleinement et qui refuseront l'homophobie et l'hétérosexisme. Cette
personne « développe une résistance qui le protègera en quelque sorte de la dépression ou des
idées suicidaires. » (Dorais, 2000, p. 53) En ce sens, ce que semblent démontrer de plus en
plus de recherches (Hunter & Hickerson, 2003; Appleby & Anastas, 1998; Lee, 2001) est que
la meilleure stratégie pour permettre aux LGB de s'épanouir est de les aider à réaliser ce
processus d'acceptation personnelle et de les aider à refuser l'homophobie et l'hétérosexisme,
soit par le développement du pouvoir personnel, interpersonnel et politique. C'est en ce sens
que l' empowerment apparaît comme une perspective des plus intéressantes pour venir en aide
aux personnes et communautés LGB.
32
Tully, qui a travaillé l'approche d'empowerment (2000) auprès des populations LGB,
souligne l'importance de redonner du pouvoir à ces populations, car celles-ci doivent vivre et
fonctionner dans un environnement qui les opprime, soit empreint d'homophobie
institutionnelle, individuelle et intériorisée. Pour l'auteure, cette approche reconnaît que: le
pouvoir et les connaissances sont importants pour le plein épanouissement des individus; les
personnes vivant de l'oppression désirent reprendre pouvoir sur leur vie et changer ce
contexte; les personnes, groupes, communautés et sociétés ont un pouvoir intérieur, une
force, qui peuvent être utilisés face aux situations d'oppression; le rôle de l'intervenant(e)
social est de travailler en partenariat avec les personnes pour faciliter la découverte et
l'application de cette force intérieure. En ce sens, une approche centrée sur l'empowerment
diffère d'une approche uniquement participative:
Dans sa réflexion, Yann LeBossé (2004, p. 33 à 36) identifie cinq composantes essentielles à
l'approche d'empowerment auprès des personnes et des collectivités, soit:
2. L'adoption de l'unité d'analyse acteur en contexte: Afin d'avoir des actions qui
tiennent compte des conditions structurelles et individuelles, il est important d'avoir une
analyse qui tient compte de la personne dans son environnement.
33
En résumé, pour cette recherche, la perspective d' empowerment est définie comme: un
cheminement par lequel lesbiennes, gais et/ou bisexuels(les)) (individuellement et/ou en
groupe), devant l'homophobie et l'hétérosexisme, peuvent, par un processus de collaboration
et de dialogue, améliorer leur compréhension de leur vécu, développer leur esprit critique,
leurs compétences personnelles et leur pouvoir pour choisir d'agir contre les diverses formes
d'oppression qu'ils et elles rencontrent et mettre en place les conditions nécessaires à leur
plein épanouissement, soit au niveau personnel, interpersonnel et/ou social.
Pour arriver à une pleine acceptation de leur orientation sexuelle, les LGB se tourneront
souvent vers l'aide et le soutien de professionnels(les) dans les services de santé, services
sociaux, éducation et communautaire. Pour aider ces personnes, les professionnels(les)
pourront utiliser diverses connaissances qui les accompagneront dans ce processus. Les
notions en intervention sociale viennent de l'accumulation de connaissances professionnelles,
amassées à travers les pratiques, les connaissances théoriques, et les expériences personnelles
qui ont été acquises à travers la rencontre des personnes, des populations et leurs
environnements (Lee, 2001, p. 56). Le rôle du professionnel, ses valeurs et ses principes, tels
que définis sont une forme de connaissance valide qui permet d'influencer et guider ce qui est
fait à travers les pratiques sociales. Cette section cherchera à tracer les grandes lignes du
travail des professionnels(les) auprès des LGB à travers la perspective d'empowerment.
Tout d'abord, un professionnel qui désire travailler auprès des LGB doit se questionner sur
son niveau de connaissances et son niveau d'engagement auprès de ces populations (Appleby
et Anastas, 1998). Dans cette première étape, le(la) professionnel(le) doit se questionner sur
son degré d'aise à travailler avec ces populations, il doit être capable de regarder franchement
ses propres peurs, préjugés et perceptions erronées, et graduellement développer une
compréhension non oppressive des réalités de ces personnes. Il est essentiel que ces
professionnels(les) soient préparés(ées) à offrir les services appropriés. En ce sens, ils et elles
doivent être conscients(es) de l'impact de l'homophobie, sous ses diverses formes, de
35
l'impact du manque de support auquel doivent faire face ces populations (Tully, 2000) et
comprendre que les diverses formes d'hétérosexisme augmentent les difficultés rencontrées
par les LGB (Hunter et Hickerson, 2003). Les pratiques auprès des personnes homosexuelles
et bisexuelles demandent des attitudes exemptes de jugement envers l'orientation sexuelle,
permettant ainsi au travailleur d'offrir services et supports optimaux, en favorisant
l'empowerment des personnes à travers les différentes phases du « coming out », de
l'acceptation de soi et au-delà (Appleby at Anastas, 1998).
Certains auteurs soulignent que les LGB préfèrent habituellement des professionnels(les)
homosexuels(les) et/ou bisexuels(les), car ils et elles les considèrent plus habilités, plus
connaissants et empathiques (Hunter et Hickerson, 2003). L'expérience personnelle peut
offrir certains avantages, si ce n'est que de connaître les réalités de populations et
communautés souvent peu connues de la population générale. Par contre, tout(e)
professionnel(le) hétérosexuel(le) qui a une vision positive de la diversité des orientations
sexuelles, qui a développé des connaissances du vécu de ces populations et qui est préparé à
travailler auprès des LGB peut être efficace. Les professionnels(les) homosexuels(les) ou
bisexuels(les) doivent aussi se préparer dans leur travail à recevoir des LGB. Pour eux et
elles, en tant que professionnel(le), rencontrer une personne homosexuelle ou bisexuelle qui
est en train de faire son cheminement peut entraîner des confrontations sur leur propre vécu et
leur propre cheminement (Hunter et Hickerson, 2003).
résumés comme suit: collaborer et partager le pouvoir avec les participants(es); développer
des liens de confiance; accepter les raisons évoquées par le client pour consulter; identifier et
favoriser le développement des forces des personnes; favoriser le développement d'une
conscience critique sur les sujets de classe et de pouvoir; favoriser la participation du cl ient
dans le processus de changement; favoriser l'apprentissage de compétences; utiliser le travail
en groupes restreints favorisant l'entraide et le soutien; voir à la mobilisation de ressources;
et défendre les droits des clients (Hunter & Hickerson, 2003). Les professionnels(les), qui
utilisent la perspective d'empowerment, ne doivent pas encourager les clients à mettre leurs
espoirs dans le jugement des experts. Au contraire, ils doivent encourager les personnes à
développer leur confiance en leurs propres capacités, soit en développant leur discernement à
travers le dialogue et la réflexion (Tully, 2000).
Rappelons que le but de l' empowerment est de permettre aux personnes de retrouver le
pouvoir et le contrôle sur leur vie, soit en prenant en charge les difficultés qu'ils et elles
rencontrent, et en développant un esprit critique face aux structures sociales et aux
conséquences des iniquités sur leurs vies. Puis, par un processus de collaboration avec
d'autres personnes, prendre action afin de remettre en question ces iniquités. Enfin, le but
atteint permettra à la personne de retrouver un meilleur équilibre avec son environnement
(Lee, 2001).
Les principes déterminent les structures d'une approche, ce qu'on devrait faire, les limites de
ce qu'on peut faire et servent ainsi de cadre pour l'action du professionnel. Le(la)
professionnel(le) peut alors utiliser ces principes de manière habile et créative dans l'action
(Lee, 2001). Par exemple, Ward et Mullender (1994), dans Je travail avec les groupes
autogérés, suggèrent l'application de différents principes: être ouvert à la diversité des points
de vue partagés par le groupe, refuser les étiquettes négatives, reconnaître que chaque
personne a des habiletés et connaissances, reconnaître la complexité des problèmes des
personnes et développer des réponses qui reflètent cette complexité, tout en reconnaissant que
l'action collective peut être libératrice et la pratique doit être bâtie sur cette reconnaissance
que l'action collective peut avoir beaucoup de pouvoir. Ainsi, par ces principes, les
37
Dans le cadre des pratiques auprès des LGB, différents auteurs (Appleby et Anastas, 1998;
Hunter et Hickerson, 2003; Pour une nouvelle vision de l'homosexualité, 2001; Lavoie,
2005) soulignent les principes ou des pistes d'intervention que les professionnels(les) qui
désirent travailler auprès des LGB devraient mettre en pratique. Remarquons ici que ces
principes cherchent à aider des professionnels(les) déjà formés et se veulent un complément
aux formations déjà reçues en relation d'aide. Plusieurs de ces principes concordent
directement avec l' empowerment. Voici la synthèse des principaux principes qui ressortent de
ces auteurs:
• Prenez la responsabilité et l'engagement de vous intéresser au vécu des LGB soit à
travers leur rencontre directe, auprès de clients(es) et dans d'autres contextes;
• Soyez conscients(es) que cela peut prendre des mois et même des années d'efforts
avant de bien comprendre ce que veut dire être un professionnel auprès de ces
popu lations;
• Remettez en question les stéréotypes et les généralisations faits sur les LGBT;
• Favorisez l'inclusion des LGBT dans les différentes politiques de votre milieu de
travail et autres.
Dans le cadre ce cette recherche, nous retiendrons huit prinCipes d'empowerment qUi
serviront de base de discussion pour les travaux de recherche. Nous avons adapté le travail
réalisé par Lee (2001), pour construire des principes d'empowerment auprès des LGB. Pour
cette recherche, les principes sont:
2- Les professionnels(les) doivent maintenir une vision qui tient compte de la complexité du
vécu des LGB en lien avec l'homophobie et l'hétérosexisme, soit en tenant compte: de
l'histoire de l'homophobie et de l'histoire des communautés LGB; des diverses formes
d'homophobie rencontrées; de la double discrimination que vivent plusieurs groupes
(femmes, minorités culturelles, etc.); des enjeux politiques et culturels; etc.
3- Les LGB prennent pouvoir sur leur réalité eux-mêmes et elles-mêmes, les
professionnels(les) facilitent ce processus;
4- Les LGB ont besoin de travailler ensemble pour développer leur pouvoir;
6- Les professionnels(les) devraient encourager les LGB qu'ils et elles rencontrent à donner
leurs opinions;
7- Les professionnels(les) devraient voir les personnes comme des vainqueurs et non
comme des victimes;
Le(la) professionnel(le) qui offre son aide le fait pour une période déterminée dans le long
processus d'empowerment de la vie d'une personne (Lee, 2001). Nous ne débutons pas ce
processus, ni le terminons. Le travail du professionnel est d'entrer dans l'expérience des
personnes, joindre ses forces à celles-ci, analyser et comprendre ensemble les dynamiques
d'oppression, puis, avec le développement de l'esprit critique, accompagner ces personnes
dans leurs choix de stratégies et d'actions. Enfin, le rôle du professionnel est de quitter. Ce
processus peut se réaliser dans le travail individuel, communautaire et organisationnel ou
politique (Ninacs, 2003).
« Sur le plan temporel, le processus se situe dans le long terme, car on ne peut ni hâter ni
forcer l'empowerment, on ne peut que le favoriser.» (Ninacs, 2003, p. 27) Le processus
d'empowerment n'est pas réalisé par le(la) professionnel(le), il est réalisé par les personnes
elles-mêmes, à leur rythme, selon leurs prises de conscience, leur compréhension et leurs
choix d'action. Le rôle des professionnels(les) est de favoriser ce processus d'émancipation et
d'appropriation du pouvoir qu'est J'empowerment.
Hickerson, 2003). Cette relation entre le(la) professionneJ(le) et la personne est bâtie dans le
respect et la réciprocité et démontre honnêteté, ouverture, authenticité, compassion et naturel
(Tully, 2000). Le(la) professionnel(le) est un(e) allié(e), il(elle) est du côté des personnes
opprimées, contre la souffrance et ('oppression et pour le développement des forces de ces
personnes.
Le niveau d'empowerment variera selon le type de groupe, ses buts, sa structure, ses
processus, ses dynamiques, et ses phases de développement, et selon les habiletés des
professionnels(les) et des membres (Lee, 2001). Pour être considéré un groupe
d'empowerment, le contenu et le processus du groupe doivent refléter les principes et les
valeurs de l'empowerment, oppression et pouvoir doivent être discutés ouvertement, sans
toutefois être les seuls objectifs du groupe. Dans le cas des groupes pour LGB, divers sujets
pourront être discutés en lien avec l'orientation sexuelle, l'homophobie, ('hétérosexisme et
avec toutes les autres sphères de la vie touchées par ces éléments (amour, amitié, famille,
école, travail, émotions, etc.).
42
En ce sens, il peut être intéressant de penser l'intervention en terme plus communautaire. Les
exemples québécois présentés précédemment témoignent de ce lien avec la communauté et
les organismes du milieu. Un tel élargissement de l'approche d'empowerment a déjà été
expérimenté avec les LGBT en ce qui a trait aux problèmes de santé:
III- Méthodologie
44
Différentes stratégies de recherche peuvent être utilisées pour connaître les pratiques sociales
utilisées par les professionnels(les) auprès des LGB. Ici, nous avons choisi de rencontrer
directement ces professionnels(les). L'objectif de la collecte de données était d'écouter le
cheminement, les expériences, les réflexions et les découvertes que ces praticiens et
praticiennes ont fait à travers leurs pratiques. Puis, à travers un premier niveau d'analyse,
faire ressortir les principaux éléments de ces pratiques. Enfin, dans un deuxième niveau
d'analyse, à partir de ces connaissances, procéder à une exploration des pratiques
d'empowerment dans le contexte du travail avec les populations LGB.
les professionnels(les) qui ont été rencontrés comme des chercheurs dans le sens qu'ils et
elles ont accunulé diverses connaissance expérientielles à travers leurs pratiques et leurs
réflexions.
Nous avons opté pour une collecte de données qui inclu deux phases qui se veulent
complémentaires pour favoriser un plus grand approfondissement. La première phase
consistait à rencontrer six professionnels(\es) d'expérience à, soit par des entrevues
individuelles, et dans la deuxième nous avons rencontré un groupe de cinq professionnels(\es)
à l'intérieur de trois rencontres de groupe. À travers les entrevues individuelles, l'objectif
était d'écouter les découvertes que ces praticiens et praticiennes ont fait à travers leurs
pratiques. Puis, dans le volet entrevue de groupe, les professionnels(les) ont été invités à aller
plus loin, soit en participant à un processus de réflexion critique de groupe.
Ainsi, à travers les rencontres de groupe, les professionnels(Jes) ont été invités à participer à
un réel processus de construction qui avait pour source première de connaissances leurs
expériences professionnelles, leurs interrogations et leurs réflexions en J ien avec leurs
pratiques. L'originalité de la méthodologie choisie est que chaque étape est venue inspirer le
travail des étapes subséquentes. En ce sens, les entrevues individuelles ont été réalisées et
analysées dans un premier temps. Cette première phase a permis de tracer un premier portrait
de la situation et de cibler des pistes qui seraient intéressantes à approfondir. Ce travail est
venu inspirer les réflexions en lien avec les préparatifs des entrevues de groupe qui ont suivi.
Puis, au fur et à mesure, la participation des professionnels(les) aux entrevues de groupe est
venue inspirer et influencer la poursuite des rencontres.
46
Les entrevues réalisées dans ce volet ont cherché à connaître les perceptions de ces
professionnels(les) des pratiques sociales auprès des LGB, plus particulièrement en lien avec
les pratiques d' empowerment. Notez que les pratiques d' empowerment ont été touchées plus
ou moins directement selon le degré de confort et de connaissances des personnes
rencontrées. L'objectif ici était de permettre à ces professionnels(les) de partager leurs
connaissances et expériences sur les pratiques; être trop insistant sur les pratiques
d'empowerment aurait pu venir limiter ce partage, voire même créer un inconfort chez les
professionnels(les) qui ne connaissent pas spécifiquement ces pratiques, ou aurait pu induire
les réponses et créer un biais.
LGB au niveau personnel et professionnel et ce qui est venu inspirer ses pratiques
professionnelles actuelles.
• Pratiques sociales et pratiques d'empowerment auprès des LGB : Dans cette dernière
section, soit le cœur du sujet, la personne a été invitée à partager sa vision des pratiques
sociales et des pratiques d'empowerment actuellement utilisées au Québec auprès des
LGB. Elle a été invitée à toucher différents angles de ces pratiques, soit les pratiques
individuelles, de groupe et collectives ainsi que les principes et les spécificités de ces
pratiques. L'entrevue cherchait à faire ressortir des exemples concrets. Puis, la personne
était invitée à partager sa vision de la formation des professionnels(les) qui désirent
intervenir auprès des LGB.
Les entrevues ont duré approximativement une heure quarante-cinq minutes et étaient
accompagnées d'un guide d'entrevue à questions ouvertes. Toutes les entrevues ont été
enregistrées et retranscrites pour l'analyse.
L'analyse des entrevues s'est faite au fur et à mesure, soit à travers un résumé thématique et
une analyse par entrevue. Faire l'analyse au fur et à mesure a permis de prendre un recul et de
les ajuster au fur et à mesure. Puis, une fois les analyses terminées, un premier résumé des
entrevues individuelles a été réalisé. L'objectif de cette première analyse était de tracer un
premier portrait des pratiques d'intervention auprès des LGB et de cibler des éléments qui
seraient intéressants à approfondir à travers les entrevues de groupe. En ce sens, cette
première analyse aura permis de préparer la suite de la recherche.
Cette deuxième étape consistait à réaliser trois rencontres avec un groupe de cmq
professionnels(les), de la région de Québec, qui interviennent actuellement auprès des
populations homosexuelles et bisexuelles. Tous et toutes devaient avoir au moment des
rencontres un terrain d'intervention auprès des personnes homosexuelles et bisexuelles et
48
avoir les disponibi lités nécessaires pour participer aux trois rencontres. Il est à noter qu'une
contrainte importante dans le recrutement de ces professionnels(les) a été le nombre restreint
de professionnels(les) travai liant auprès de ces popu lations. Nous avons recruté les
professionnels(les) auprès de deux organismes communautaires, soit GRIS-Québec,
organisme de sensibilisation et d'aide auprès des jeunes LGB, et MIELS-Québec, organisme
de prévention du VIH. Les rencontres ont duré environ deux à trois heures chacune.
Le choix d'utiliser l'entrevue de groupe s'est avéré intéressant, car il a favorisé un échange
entre ces professionnels(les) sur leurs pratiques et a ainsi permis une réflexion collective. De
plus, un cheminement qui s'étale sur plusieurs rencontres a favorisé une réflexion plus
approfondie, soit par un va-et-vient entre la réflexion du groupe et le « terrain» de ces
professionnels(les). Dans un premier temps, les participants(es) ont été invités à décrire leurs
pratiques auprès des LGB et leurs perceptions des pratiques auprès de ces populations, pour
en venir graduellement à définir un modèle d'intervention propre à eux et elles. La première
rencontre a permis aux participants(es) de se connaître, de présenter le fonctionnement de la
recherche et d'amorcer les discussions. La deuxième a permis de poursuivre les discussions,
d'approfondir par les observations et réflexions des participants(es) entre les rencontres. Les
participants(es) ont été invités(es) à poursuivre leurs réflexions entre les rencontres à travers
leur pratique, et à réaliser des mini-enquêtes dans leurs milieux afin de vérifier des
perceptions. Les deux premières rencontres ont couvert les thèmes suivants: leur vision
d'un(e) professionnel(le) auprès des LGB; les parcours des pratiques sociales auprès des
LGB (individuellement, en groupe et collectivement); les principes d'intervention auprès des
LGB; et les spécificités des pratiques auprès des LGB. Enfin, la dernière rencontre a permis
de terminer le processus de groupe et de discuter des différences et similitudes entre leur
modèle d'intervention et le modèle d'empowerment. Les rencontres ont été préparées et
animées par le chercheur. Ces rencontres se voulaient agréables et vivantes, tout en laissant
beaucoup de place aux paroles des participants(es). Ainsi, à travers les rencontres il y a eu
diverses activités qui ont cherché à favoriser l'émergence d'idées, de discussions, de
réflexions, de créativité, mais aussi des activités qui ont amené les participants(es) à se
positionner comme groupe sur les éléments importants de leurs pratiques. De plus, rencontrer
le groupe à plusieurs reprises a permis une première validation des résultats. À la dernière
49
Le climat lors des rencontres fut très agréable, la plupart des participants(es) se connaissaient
déjà et partageaient une complicité qui a facilité la création d'un climat de confiance. Pour les
participants(es) cela fut une opportunité de prendre un recul sur leur travail et d'approfondir
la compréhension de leurs pratiques. L'ensemble des participants(es) a souligné être satisfait
du processus de recherche. Encore une fois, notez que les pratiques d' empowerment ont été
touchées plus ou moins directement selon le degré de confort et de connaissances des
personnes rencontrées. L'objectif était de permettre à ces professionnels(les) de partager leurs
connaissances et expériences sur les pratiques. Être trop insistant sur les pratiques
d'empowerment aurait pu venir limiter ce partage, voire même créer un inconfort chez les
professionnels(les) qui ne connaissent pas spécifiquement les concepts de ces pratiques. Les
rencontres ont été préparées et animées par le chercheur. Puis, les rencontres ont été
enregistrées et retranscrites pour l'analyse. L'analyse des rencontres s'est faite au fur et à
mesure, ce qui a permis de prendre un recul et d'ajuster les rencontres subséquentes.
L'analyse des données s'est faite en deux temps. Dans un premier temps, l'analyse a servi à
résumer ce qui est ressorti des diverses entrevues et à tracer les grandes lignes des pratiques à
l'image des professionnels(les) rencontrés(es). Cette section aura permis de jeter un regard
direct sur les pratiques des professionnels(les) rencontrés(es). À la lumière de cette première
phase d'analyse, la deuxième phase d'analyse a cherché à souligner les particularités des
pratiques d'empowerment dans le travail avec les LGB et à répondre aux diverses questions
posées dans cette recherche. Le but ici était d'articuler une compréhension des pratiques
d'empowerment auprès des LGB qui est conforme aux réalités des professionnels(les) que
nous avons rencontrés(es).
50
3.1.4 Construction d'un guide des pratiques d'empowerment auprès des lesbiennes, gais et
bisexuels(les)
L'étude des pratiques sociales auprès des populations homosexuelles et bisexuelles est un
sujet qui a été peu étudié. Bien que cela présente un avantage au niveau de la pertinence de
cette recherche, cela pose aussi certaines limites. En ce sens, il y a peu de points de
comparaison, la plupart des études sur les pratiques sociales auprès des LGB viennent des
États-Unis dans des villes et contextes parfois bien distants des réalités connues ici au
Québec.
Cette recherche cherche à développer les pratiques sociales auprès des personnes
homosexuelles et bisexuelles. Pour faire cela, ce sont les professionnels(les) qui travaillent
auprès de ces populations qui ont été rencontrés(es) et ce sont les connaissances qu'ils et elles
ont accumulés(es) de différentes manières qui ont été utilisées. Il serait fort intéressant de
pousser la recherche plus loin et d'étudier d'autres angles sur les pratiques auprès des LGB,
par exemple: mesurer l'impact des différentes pratiques mobilisées par ces
professionnels(les) sur le bien-être des LGB; réaliser une étude de cas sur un service ou une
activité spécifique auprès des LGB, etc.
51
Dans la revue de littérature, nous avons pu voir que différents courants de pratiques
professionnelles se développent actuellement pour venir en aide aux LGB. L'angle choisi
pour cette recherche est celui de l'empowerment. Il aurait aussi été intéressant d'explorer
d'autres courants de pratique comme celui des pratiques affirmatives. Une autre limite de
cette recherche est que la stratégie actuelle cherche à connaître l'ensemble des pratiques
d'empowerment, soit au niveau des pratiques auprès des individus, des groupes et des
collectivités. En ce sens, étudier seulement un de ces volets des pratiques aurait permis
d'aller plus en profondeur.
La recherche avec des êtres humains demande un cadre éthique et certaines réflexions qui
permettent de protéger les participants(es) et d'assurer la rigueur de la recherche. Dans le
cadre de cette recherche, les participants(es) ont donné leur accord 1ibre et éclairé, et ce, dès
le début de la recherche, ainsi que tout au long des rencontres. Afin d'assurer cela, le
chercheur a présenté les divers éléments de la recherche aux participants, a répondu à leurs
questions et a demandé leur consentement par écrit. L'enregistrement et la retranscription des
entrevues sont gardés en sécurité par le chercheur. Seuls le chercheur et le directeur de
maîtrise ont accès à ces informations.
IV-RÉSULTATS
53
Six personnes ont participé aux entrevues individuelles, soit trois hommes et trois femmes. Ils
ont entre 2 et 20 ans d'expérience dans les pratiques auprès des LGB. Cinq ont travaillé plus
spécifiquement auprès des jeunes LGB et cinq ont une formation professionnelle
(baccalauréat, maîtrise) dans un domaine de relation d'aide (sexologie, travail social,
psychothérapie). La majorité des professionnels(les) travaillent dans un organisme
communautaire, soit quatre, un(e) auprès d'un organisme gouvernemental, et un(e) auprès
d'une université.
Cinq personnes ont participé aux entrevues de groupe, soit quatre hommes et une femme.
Trois proviennent de l'organisme GRIS-Québec et deux de l'organisme MIELS-Québec.
Trois travaillent spécifiquement auprès des jeunes LGB et deux spécifiquement auprès
d'adultes LGB dans la lutte contre le VIH. Quatre ont une scolarité en lien avec la relation
d'aide (deux techniques et deux baccalauréats). Ils cumulent entre 2 et 5 ans de travail auprès
des populations homosexuelles et bisexuelles.
54
[Il Y a dix ans, j']avais 18 ans, et je continuais à me questionner sur mon orientation
sexuelle. Je commençais à comprendre que mes attirances et fantasmes n'étaient pas
passagers : ils avaient duré tout le secondaire et continuaient au Cégep! Je
commençais à me faire des amis qui étaient ouvertement gais sans pour autant faire
de dévoilement (j'ai fait mon coming out en 2000).
d'engagement dans leur travail. Pour plusieurs, devenir un(e) professionnel(\e) auprès des
LGB s'inscrit dans un long processus d'émancipation qui a commencé par leur propre
cheminement en lien avec leur orientation sexuelle. À la question, « Pourquoi avez-vous
choisi de travailler auprès des LGB? », certains répondent:
Je crois que le fait que je sois homosexuel y est pour quelque chose.
Je pense qu'en étant une fille marginale j'ai toujours voulu être dans un milieu qui
me ressemblait (... ] Je comprends très bien c'est quoi être marginalisée, donc aider
les autres qui le sont, je comprends un p'tit peu ce qu'ils peuvent vivre, (... ], il Y a
comme un fondement où on vit les mêmes choses. Le rejet, la discrimination, on vit
les mêmes choses, donc pour moi ça me motive.
Pour ce qui est des professionnels(les) hétérosexuels(les) rencontrés(es), travailler auprès des
LGB allait de soi et n'entrait pas en contradiction avec leurs valeurs, mais plutôt en
continuité avec divers aspects de leur vie.
J'ai toujours été une personne qui s'intéressait au niveau politique, au niveau du
langage, au niveau du genre, et puis comment notre position dans le monde avait un
effet sur comment on réagit avec notre environnement, et puis, c'est pour ça que je
pense que le milieu GLBT m'a beaucoup intéressé.
Pour plusieurs de ces professionnels(les), travailler auprès des LGB a suscité de nombreux
questionnements et remises en question, devenir plus sensibles à l'hétérosexisme et s'ouvrir
plus à la diversité. C'est aussi se questionner pour trouver sa place dans ce mouvement.
Il est intéressant d'observer les différents parcours des professionnels(les) rencontrés, car,
peu importe leur orientation sexuelle, bon nombre d'entre eux ont passé par un cheminement
qui s'apparente avec le processus d'empowerment. Ceci est clairement observable chez
certains professionnels(les) qui ont eux-mêmes et elles-mêmes été victimes de diverses
formes d'oppression et qui ont à travers leur expérience développé un esprit critique face à
ces phénomènes et qui ont graduellement développé du pouvoir personnel. Puis, ceux-ci se
sont joints à d'autres, soit à travers du bénévolat et à travers leur travail afin de contribuer au
changement social des réalités des personnes LGB. En quelque sorte, ces professionnels(les)
sont des modèles concrets de l'émancipation possible pour les LGB. Puis, cette expérience
personnelle leur offre un bagage expérientiel qui peut les aider dans leur travail
d'intervention auprès des LGB.
Pour les professionnels(les) rencontrés lors des entrevues individuelles, il est clair que la base
des problèmes vécus par les LGB est l'homophobie et l'hétérosexisme et leurs divers impacts
auprès des LGB. Ceux-ci soulignent qu'il « existe encore beaucoup de préjugés,
d'homophobie dans notre société» (1), et « que les mentalités n'évoluent pas aussi vite que
les lois» (4). Il reste encore de grands pas à franchir afin de parler d'acceptation. Pour
réaliser ce chemin et offrir un contexte de vie plus sécuritaire pour les LGB, certains parlent
de l'importance de la prévention et de l'éducation.
s'amorçait par le fait que je regardais un peu ce que je faisais, ce qu'on faisait
collectivement, et je me disais qu'il faut reculer d'un pas, il faut reculer d'un pas, il
faut reculer d'un pas. Et donc, si on veut vraiment faire de la prévention auprès
d'une population gaie, il faut qu'on travaille la question de l'homophobie et de
l'acceptation sociale, du coming out et du soutien pour le coming out. (5)
Cela est encore plus important chez les jeunes LGB, «Quand t'es un jeune pis quand
t'apprends que t'es pas hétérosexuel, ça va pas toujours bien, tu trébuches sur plein plein de
choses. » (1) Certains professionnels(les) ont souligné l'impact important de l'adolescence
sur la vie des personnes LGB. Le problème peut commencer très tôt, dès que l'on présente un
cadre aux jeunes, aux enfants, on donne des messages à ces jeunes, un cadre de vie, soit pour
donner une image de l'avenir, « on oublie une partie importante, ces jeunes ne vont pas vivre
dans ce cadre là. » (5) Ce cadre alimente la souffrance de l'adolescence, qui n'est déjà pas
une période facile, et pour les adolescents LGB il Y a un fardeau additionnel, «je constate
que beaucoup de jeunes ont encore ce fardeau-là, et même abandonnent le désir de vivre. »
(5) Les jeunes et adultes qui auront eu l'opportunité de travailler cette blessure et de passer
par-dessus auront développé de nombreuses forces.
Quand tu te fais jeter en dehors de chez vous, quand tu sens qu'il n'y a pas d'issue,
que les relations frères-sœurs ne sont pas bonnes, ou quand tu as des problèmes, ou
peu importe [... ] il y a souvent un sentiment d'impuissance. (2)
J'ai une petite hypothèse, peu importe notre orientation sexuelle, on passe une partie
de notre vie adulte en réglant notre enfance et je pense encore là pour les gens qui
font partie d'une minorité sexuelle c'est multiplié par cinq, six, sept, huit fois en
importance. [... ] Et si on ne réussit pas à régler et à se réconcilier avec son sexe, son
58
Il faut être en mesure de comprendre la complexité des situations que peuvent vivre ces
jeunes et adultes. Ce n'est pas juste la question de l'orientation sexuelle et de l'homophobie,
mais c'est aussi comment ces composantes ont des impacts sur toutes les autres composantes
de leur vie. Ainsi, le problème se situe à deux niveaux, un face à soi-même et deux face aux
autres (amis, famille, société, etc.). Pour retrouver une harmonie, les LGB doivent mieux
accepter leur orientation sexuelle et développer des mécanismes d'adaptation pour faire face
au monde extérieur. Une fois que la personne a appris à s'accepter, le défi est à un autre
niveau, « ce n'est pas: je ne peux pas être comme ça, ou je ne veux pas être comme ça, [... ]
c'est beaucoup plus je m'affirme, mais le monde autour de moi me présente des obstacles et
me reçoit comme sije suis problématique ouj'ai un problème.» (5)
Le coming out dans la famille est en général bien accepté. Par contre, il y a souvent un
silence ou un tabou en lien avec ce sujet, « il y a comme un silence après [Je coming out], ça
été dit, ok, c'est accepté, relativement bien accepté on pourrait dire. Puis encore, on ne sait
pas trop parce que si on n'en parle pas est-ce que c'est si accepté que ça? On peut se poser la
question. » (4) Donc, après le coming out peu de membres de la famille vont s'intéresser au
vécu homosexuel ou bisexuel de cette personne, on peut questionner jusqu'à quel point la
famille accepte cette différence. Pour ce qui est du travail, cela semble être une préoccupation
importante chez les adultes LGB, «je dirais le milieu de travail ça c'est le questionnement,
le gros questionnement actuel. » (4) Dans leurs divers milieux de travailles LGB devront tout
au long de leur vie se poser la question le dire? Ou ne pas le dire? « Est-ce que ça vaut la
peine de prendre le risque de divulguer son orientation sexuelle? » (4)
Une problématique importante, qui a été nommée par presque l'ensemble des
professionnels(les) rencontrés est l'isolement. Les jeunes LGB, tout comme les adultes,
cherchent à rencontrer d'autres LGB. Par contre, pour ces populations c'est trop souvent la
quasi-absence de milieux et d'opportunités de rencontres. Souvent, les seuls milieux seront
des commerces (bars, restaurants, etc.) ou bien Internet qui offriront des opportunités souvent
59
Une participante souligne que, les professionnels(les) aussi ont reçu une formation
« hétérosexiste » avec souvent une absence totale de connaissances sur les réalités et besoins
des LGB. Pour intervenir correctement, un(e) professionnel(le) doit avoir développé son
esprit critique, avoir compris les diverses formes de discrimination en lien avec l'orientation
sexuelle. Autrement, un(e) intervenant(e) risque plus de nuire à la personne que de l'aider.
Certains professionnels(les) remarquent que très souvent les diverses formes d'homophobies
60
ne seront pas dénoncées dans les milieux jeunesse et les milieux d'intervention. Par contre,
les intervenants(es) réagiront vivement devant des actes sexistes ou racistes.
Les professionnels(les) rencontrés ont souligné que les pratiques auprès des LGB ne sont pas
très différentes des pratiques auprès de d'autres populations. En fait pour venir en aide aux
LGB les professionnels(les) peuvent s'inspirer de pratiques développées dans d'autres
contextes et les adapter.
Qu'est-ce qui fonctionne bien dans l'intervention tout court et comment est-ce que je
l'applique ça aux OLB? [... ] C'est exactement ce que j'utilise avec des personnes
hétérosexuelles, sauf que les thématiques qu'ils nomment ne sont pas autour de leur
orientation sexuelle. (5)
Un pro: hétéro ou LGB ? Une question qui revient souvent est celle de ('orientation
sexuelle de l'intervenant(e), est-il préférable que l'intervenant(e) soit LGB? Peut-on être
hétérosexuel et intervenant(e) auprès des LGB? Ce sujet a suscité diverses opinions auprès
61
des professionnels(les) rencontrés(es), et les réponses ont varié d'une personne à ['autre. Pour
plusieurs, être LGB est un avantage majeur, mais il faut d'abord être compétent.
Le fait de leur dire « moi je suis gai aussi », on dirait que là pour une personne qui
vit son coming out et qui n'en a jamais rencontré avant, qui a été stigmatisé, ça leur
fait du bien, ça les rassure. (J 1)
J'ai cette chimie-là avec les gens qui savent qu'on a vécu des choses très similaires.
(2)
Être un(e) professionnel(le) LGB donne accès à une expérience personnelle et intime du
processus de coming out, des diverses formes de discrimination, etc. Plusieurs indiquent que
cela facilite la création d'un lien de confiance, le fait de dire son orientation sexuelle rassure
la personne, « une impression plus grande de « on me comprend»» (9), « tout vient de
tomber, c'est comme si ok là on peut parler d'égal à égal. » (2) La personne se sent en
confiance de partager ce qu'elle vit plus rapidement. De plus, cela donne aux LGB un
modèle, « les jeunes quand ils arrivent ils veulent des modèles, voir des personnes heureuses
et épanouies. » (8) En ce sens, pour ces professionnels(les), le fait d'être homosexuel (le) ou
bisexuel(le) faciliterait le contact avec les LGB et aurait une importance du côté de la
personne qui vient utiliser les services de l'organisme, cela viendrait la rassurer et lui
permettre d'avoir accès à un modèle.
Il est clair, pour les professionnels(les) que nous avons rencontrés, que l'expérience
personnelle ne remplace pas les compétences et connaissances nécessaires pour réaliser un
travail professionnel, « Moi j'aimerais mieux un hétérosexuel compétent qu'un gai ou
lesbienne incompétent. Parce que l'incompétence ce n'est pas selon l'orientation sexuelle de
la personne.» (5) Plusieurs ont souligné les pièges possibles pour les professionnels(les)
LGB, soit d'utiliser leur vécu personnel de manière inappropriée ou même parfois d'être
confronté à des situations qui éveillent des difficultés personnelles en lien avec son propre
cheminement.
62
Pour le gai, la lesbienne qui reçoit des gens, qui travaille sur la question d'orientation
sexuelle je pense que c'est d'être clair par rapport aux limites, aux frontières. Et ça,
c'est pas parce que nous sommes gais ou lesbienne, mais ça, c'est parce que notre
cheminement aussi coïncide beaucoup avec le cheminement de la personne devant
nous et est-ce qu'on est capable de gérer le transfert et le contre-transfert qui existe
et qui va exister et qui n'est pas toujours une mauvaise chose. Ça peut être une bonne
chose, mais il faut que ça soit géré d'une façon positive au service du client. Pas au
service de l'intervenant. (5)
Je pense que c'est important qu'au moins une des personnes soit membre de la
minorité, et que les jeunes puissent s'identifier à cette personne-là. C'est de trouver
un équilibre, mais je pense que ça appartient au groupe minoritaire. L'émancipation
d'un groupe minoritaire appartient à cette minorité là d'une certaine façon, avec
l'aide des alliés. C'est de refléter ça dans une intervention. (5)
Deux participants aux entrevues de groupe ont consulté les LGB de leur organisme sur la
question de l'orientation sexuelle de leurs professionnels(les) dans l'organisme. Selon les
commentaires qu'ils ont recueillis, il semble y avoir une différence entre les besoins des
jeunes et des adultes. Pour les adultes, le fait que l' intervenant(e) soit LGB a souvent une
grande importance, cela facilite la création d'un sentiment de confiance et celui-ci représente
pour eux un modèle envers qui ils et elles peuvent s'identifier. Pour ce qui est des jeunes, ils
63
recherchent aussi des modèles, par contre, cela semble moms passer par l'intervenant(e).
Pour eux et elles l'important est que l' intervenantee) ait des qualités humaines d'ouverture,
d'écoute, de respect, de «joie de vivre », etc. Ce qui semble motiver grandement les jeunes
LGB est de se retrouver entre pairs, soit avoir d'autres jeunes LGB du même âge avec qui se
retrouver, et qui pourront servir de modèles. Ceci a des implications intéressantes pour
l'intervention. Ce qui semble essentiel pour les LGB est qu'ils et elles puissent rencontrer des
LGB qui peuvent leur servir de modèles positifs envers qui ils et elles peuvent s'identifier. Ce
contact leur permettra de faciliter leur propre cheminement et acceptation. Par contre, si l'on
regarde l'exemple des jeunes LGB, ce modèle n'est pas nécessairement l' intervenantee), cela
peut se produire entre pairs pour certains, ou bien par des modèles avec plus d'expérience
pour d'autres. À la lumière de ce que les jeunes et adultes LGB nous ont partagé, il pourrait
être avantageux de considérer différentes stratégies à la fois, soit d'être sensible à
l'établissement de reJations positives entre pairs, ainsi qu'à l'établissement de relations
positives entre LGB qui possèdent différents niveaux d'expérience afin de favoriser leur
entraide. En ce sens, les professionnels(les) peuvent eux et elles aussi représenter un modèle
LGB. Par contre, pour permettre aux différents besoins de trouver réponse, il est
probablement plus stratégique d'offrir diverses possibilités.
Les pros hétéros, les Alliés! Pour les participants(es) à la recherche, les professionnels(1es)
hétérosexuels(les) ont un rôle important et essentiel à jouer dans l'aide aux jeunes LGB et
dans le développement de milieux jeunesse ouverts et sécuritaires. Sou lignons que les
professionnels(les) hétérosexuels(1es) rencontrés(es) ont démontré avoir un grand
enthousiasme à travailler auprès de cette population. Ceux-ci jouent aussi un rôle de modèle,
soit celui de la personne hétérosexuelle qui est ouverte et à l'aise avec la diversité sexuelle.
Ceci peut aider les LGB à développer de la confiance envers les personnes hétérosexuelles,
que celles-ci sont aussi capables de démontrer de l'ouverture, de les accepter et de les aimer
comme ils et elles sont. TI est important de se rappeler que l'orientation sexuelle n'est qu'une
composante d'une personne et qu'il est possible de prendre pour modèle une personne qui n'a
pas la même orientation sexuelle, soit sur d'autres aspects de la vie (personnalité, réalisations,
qualités, etc.).
64
Moi je ne vois pas une personne homosexuelle, je vois une personne, il y a d'autres
problématiques et réalités qui sont reliées à cette orientation sexuelle, et que moi je
peux avoir un vécu en commun. Souvent, j'essaie de me défendre, parce que moi
aussi je suis hétéro et j'animais des groupes de discussion gais et la plupart des
gens disaient: « Tu ne me comprends pas, je te parle de ma peine d'amour, tu ne
comprends pas ». Quelque part moi aussi j'ai vécu une peine d'amour, peut-être que
ma peine d'amour à moi s'approche plus de la tienne que celle de ton voisin qui est
gai. Il ne faut pas voir les individus comme une orientation sexuelle point. Ils ont une
orientation sexuelle, mais ils ont aussi d'autres problématiques et réalités qui sont
vécues peut-être en lien avec ça, mais peut-être avec d'autres choses aussi. Comme
d'autres branches, donc en partant de ses autres branches on peut aussi finir par avoir
un impact sur l'orientation, sur l'homosexualité, comment bien la vivre. (10)
Le jour où les hétéros vont se sentir aussi concernés que les jeunes gais, lesbiennes,
bisexuels, imagine le pouvoir [... ]. Tant et aussi longtemps que les hétérosexuels ne
se sentiront pas concernés, il va manquer du monde dans la lutte.» « Ce que
j'expliquais aux gens en formation - ce que vous avez à faire les intervenants, c'est
que le fait d'être homophobe ça devienne Out, que vous changiez le rapport de force.
Pis là, à ce moment-là, l'ambiance change, les messages tolérés versus non tolérés
changent, là vous êtes capables de renverser la vapeur, on est tous capables d'avoir
ce pouvoir-là. (3)
Pour plusieurs, arriver dans un organisme pour LGB a suscité divers questionnements sur
leur place dans les communautés LGB, leur rôle et leur identité professionnelle. « Il y a un
travail, il y a une prise de conscience, là je le remarque, je devais faire preuve
d'hétérosexisme, mais je ne m'en rendais pas compte, mais là il vient un moment donné que
ça nous saute aux yeux. » (8) Ainsi, à travers leur contact avec les personnes LBG, plusieurs
professionnels(les) hétérosexuels(les) ont vécu diverses remises en question qui leur ont
permis de prendre conscience des diverses formes d'homophobie et d'hétérosexisme, et de
65
À travers les rencontres de groupe, et trois des entrevues individuelles, les participants(es) ont
tracé les parcours d'intervention et de services qu'ils et elles ont développés. La section qui
suit cherche à reprendre les grandes lignes de ces parcours en présentant les cinq principales
étapes d'intervention qui ressortent. Réaliser cela nous permettra de répondre à plusieurs
questions de la recherche, soit plus particul ièrement à « comment la perspective
d'empowerment peut être mise en pratique auprès des LGB? Individuellement? En groupe?
Et collectivement? ». De plus, à travers cette section, nous avons choisi de commencer à faire
certains liens avec les auteurs, et ce afin de compléter certains éléments énoncé par les
participants(es), et amorcer l'étape d'analyse.
Une version préliminaire de cette section a été présentée et discutée lors de la troisième
rencontre de groupe, ce qui lui a permis d'être validée par les professionnels(les) présents. À
travers l'analyse, on a pu observer que le continuum de services des organismes pour jeunes
LGB que nous avons étudié est presque identique, soit les services offerts par Projet 10,
Jeunesse Idem et GRIS-Québec. Bien que ces organismes ont plusieurs différences dans la
66
forme de leurs services, leurs locaux, leur financement, etc., ils possèdent sensiblement les
mêmes étapes de services. De plus, à travers les entrevues nous avons pu noter plusieurs
similitudes dans les diverses présentations des professionnels(les), soit par rapport aux enjeux
vécus par les jeunes rencontrés et dans les besoins que ces jeunes vivent dans leur
développement. Pour ce qui est des organismes pour adultes, ce parcours en cinq étapes ne
faisait pas l'unanimité des projets, mais en rejoignait une majorité. On peut expliquer cela par
le fait que certains services développés pour les adultes cherchent à répondre à des besoins
précis, par exemple la prévention du VIH, comparativement aux autres services et
organismes qui ont un objectif de bien-être global en lien avec l'orientation sexuelle.
Toutefois, malgré cela, nous pouvons observer une tendance qui suit les étapes présentées
dans cette section.
La manière dont fonctionne ce système, est que les organisations rencontrées offrent
différents services aux jeunes LGB, ceux-ci ont alors la possibilité de choisir le ou les
services qui leur convient le mieux. Ces services semblent être adaptés aux diverses étapes
vécues par les LGB dans leur acceptation et leur développement. Les participants(es) peuvent
venir pour un service puis repartir, ou bien ils peuvent s'intégrer dans un service et
poursuivre dans d'autres services. Il n'y a pas d'ordre prédéterminé, mais règle générale les
étapes se suivront. En ce sens, certains professionnels(les) ont tenu à souligner le caractère
unique de chaque parcours. À trayers ce processus, le jeune qui a réalisé un certain
cheminement pourra devenir un modèle pour les autres et graduellement s'impliquer dans
l'organisation d'activités et de services pour les autres LGB.
Avant d'en arriver à demander de l'aide, les jeunes homosexuels ou bisexuels feront face à
des questionnements, des besoins et/ou des difficultés. Parfois, ces jeunes vivront une
situation difficile ou une situation d'urgence. Chez les garçons c'est souvent la crainte du
rejet, par exemple la crainte du père, ou bien quand ils ont une première blessure émotive
67
importante (rejet, peine d'amour, etc,), lorsqu'ils «frappent un mur, quand ils ont une
première expérience, une première blessure, c'est souvent là qu'ils vont m'appeler» (2),
Chez les filles, c'est souvent lié à des sentiments amoureux, « c'est souvent, je suis en amour
avec ma meilleure amie» (2), lié au questionnement de quoi faire face à cela, ou bien à la
peine lorsque les sentiments ne sont pas réciproques. Tully (2000) ajoute diverses raisons qui
peuvent motiver un(e) jeune LGB de consulter un(e) professionne(le): famille rigide et
homophobe, expériences négatives dans l'enfance, abus sexuels, expériences homophobes,
etc.
Pour trouver du soutien, un jeune « va partager ce qu'il est en train de ressentir à un proche
de confiance, soit un professionnel à l'école, un parent, souvent c'est les amis, dans ce qu'on
voit chez les jeunes c'est souvent un ami ou un professionnel» (9). Parfois c'est la personne
qui aura trouvé la ressource, soit par une publicité, par une recherche de services ou bien par
le site web de l'organisme. Avant d'arriver à l'organisme, le jeune aura parfois consulté un(e)
professionnel(le) ou un service et aura été référé à une ressource téléphonique comme Gai
Écoute ou SOS Suicide. L'aide d'un(e) professionnel(le) s'inscrit dans un processus
d'émancipation qui a commencé bien avant, et qui se poursuivra après la rencontre du
professionnel (Lee, 2001). Le premier contact se fera souvent par téléphone, ou bien la
personne se présentera directement à l'organisme.
Une des premières choses que l'on fait, c'est de l'écoute téléphonique, pas à la
même échelle que Gai Écoute, mais je reçois des appels soit de jeunes, de parents,
d'intervenants, de professeurs, d'amis d'un ami évidemment, donc ça souvent c'est
les premiers contacts que j'ai (2).
Moi je veux que notre climat soit confortable, je ne veux pas que tu aies l'impression
que j'essaye de te dicter comment faire tes affaires. Puis,je leur dis toujours, « il n'y
a personne d'autre que toi qui est mieux outillé pour savoir ce que tu veux et ce que
tu veux faire. Moi je suis là pour t'aider à débroussailler tout ça et mettre de l'ordre,
mais je ne peux pas le faire tout seul parce que moi je ne peux pas choisir comment
tu vas vivre ta vie. Sauf que si tu me dis comment toi tu veux, on peut parler
ensemble pour voir si ça fait du sens et si tu serais à l'aise là-dedans. » (2)
Dans ces interventions, il est conseillé de rester réaliste « il faut que la personne sache que
pour chaque chose que l'on fait dans la vie, il y a toujours des répercussions positives ou
négatives. » (2) En ce sens, l'intervenant(e) cherchera à aider la personne à comprendre les
choix possibles dans sa situation et les conséquences possibles de ces choix. Par exemple,
pour certains, le fait de dévoiler son orientation sexuelle à sa famille peut entraîner des
difficultés dont il est important de tenir compte dans la démarche. Certains
professionnels(les) soulignent l'importance de favoriser ['autonomie dès le début de
l'intervention, « plus que la personne peut prendre en main sa vie, plus que le travail est
accompli pour moi. » (5) Dès le début de l'intervention, les LGB sont encouragés à prendre
leurs décisions, à parler en leurs mots de leurs réalités. À cette étape Tully (2000) explique
l'importance de permettre aux récits des personnes d'évoluer en leurs mots d'une manière
non menaçante, mais que ces personnes soient encouragées à dire en leurs mots ce qu'elles
vivent. Le(la) professionnel(le) cherchera à identifier les difficultés vécues par la personne,
mais aussi les comportements et mécanismes d'adaptation développés par la personne. Puis,
le(la) professionnel(le) cherchera à encourager les comportements positifs qui favoriseront
l'émancipation, tout en aidant la personne à reconnaître et éviter les situations dangereuses.
69
Dans cette intervention, les professionnels(les) LGB pourront, s'ils le jugent pertinent,
dévoiler leur orientation sexuelle. De leur côté, les professionnels(les) hétérosexuels(les), tout
comme les professionnels(les) LGB, pourront partager qu'ils ont déjà rencontré des situations
similaires avec d'autres jeunes et se faire rassurants. Ici il est important de se rappeler que les
premières rencontres chercheront à créer un lien de confiance et que partager son expérience
peut dans plusieurs situations contribuer à créer ce lien. Toutefois, Tully (2000) souligne
l'importance de considérer les risques du dévoilement de son orientation sexuelle dans le
contexte du travail avec des jeunes mineurs.
Cette première phase peut se faire sur une ou quelques rencontres, au téléphone ou bien en
personne, à l'organisme ou bien dans un milieu jeunesse. À la fin de cette étape,
!'intervenant(e) pourra présenter les possibilités de services, activités et interventions qui sont
disponibles dans l'organisme et/ou dans la région et qui pourraient les aider dans leurs
démarches et ainsi les aider à choisir la prochaine étape.
À cette étape ces jeunes commencent leur cheminement, se questionnent parfois encore sur
leur orientation sexuelle, éprouvent des difficultés dans leur acceptation (homophobie
intériorisée, manque de connaissances, etc.), et/ou se sentent isolés. Dans leur entourage ils et
elles font souvent l'expérience des difficultés en lien avec l'homophobie et l'hétérosexisme
extérieur (famille, école, amis) et ont besoin de soutien pour faire face à ces difficultés. Ici le
jeune choisit de participer à un service et un réel processus d'intervention prend forme qui
visera à favoriser une meilleure estime de soi, une acceptation de son orientation sexuelle, et
le développement de connaissances et d'outils qui favoriseront une intégration harmonieuse
de son orientation sexuelle. Pour faire cela, l' intervenant(e) cherchera à créer un contexte
ouvert à la diversité sexuelle pour aider les LGB à explorer ce qu'ils vivent, partager leurs
questionnements et leurs expériences. Comme l'a indiqué Lee (2000), il est essentiel pour les
70
personnes qui ont vécu des expériences d'oppression de se retrouver dans un environnement
non opprimant et nourrissant. À travers l'intervention, les professionnels(les) chercheront à
connaître les forces et les outi Is des jeunes rencontrés, et chercheront à les aider à développer
de nouvelles forces et de nouveaux outils qui leur permettront de faire face aux diverses
situations qu'ils et elles rencontrent.
Les gens arrivent carencés, ils ont des manques, ils ont des lacunes, ils ont des
choses qu'ils ne sont pas capables de faire, donc nous notre rôle c'est de leur
présenter les outils, puis de les motiver afin qu'ils puissent s'en servir. [... ] des outils
pour pouvoir faire leur coming out de façon harmonieuse. (1)
Les jeunes ont déjà des outils, des connaissances et des mécanismes d'adaptation qui peuvent
leur être utiles pour faire face à ces situations. En ce sens, il faut leur laisser bâtir à partir de
leur propre expérience, de leurs propres outils qui ont déjà fonctionné dans le passé.
À 14 ans c'est faux d'assumer que la personne n'a pas d'outils. [... ] Il faut aller où
ils sont ces jeunes, puis aller chercher leurs forces et travailler là dessus. Cela a été la
base, le fondement, de comment j'ai fait de l'intervention auprès des jeunes. (1)
À cette étape, les jeunes LGB vivront avec plusieurs craintes, « mes parents ne voudront plus
me parler, je vais perdre mes amis, je ne me trouverai jamais de blonde, j'ai peur, je ne veux
pas baiser. » (1) Une tâche importante en intervention sera d'aider les LGB à démystifier ce
qu'est l'homosexualité et la bisexualité, démêler les préjugés et les réalités, et ainsi
développer une perception plus réaliste et moins dramatique, « démystifier c'est quoi, puis
aussi leur donner la chance de décider pour eux-mêmes. » (1) En ce sens, il est important de
donner une vision vaste de la diversité sexuelle, en incluant les diverses possibilités, ceci
permet aux jeunes LGB de connaître un éventail et aussi leur permet de choisir par eux
mêmes leur situation, « Qu'on leur donne un système de valeurs large, puis qu'ils prennent ce
qu'il leur appartient, ce qu'ils ont le goût de prendre. » (2) Ici, divers thèmes en lien avec
l'orientation sexuelle seront touchés en fonction de ce que les jeunes LGB rencontrés vont
vivre dans leur quotidien, de leurs questionnements et de leurs prises de conscience, soit
71
Pour cela, chaque jeune aura son rythme et vivra des contextes de vie différents. Pour certains
cela se vivra très rapidement et en quelques semaines leur processus aura avancé très vite.
Pour d'autres, cela sera plus long et sera peut-être le processus d'une vie. Le tout dépendra du
jeune (sa personnalité, ses outils, ses limites, l'homophobie intériorisée, etc.) et de
l'environnement du jeune (fermeture ou ouverture de la famille, violence à l'école, support
d'amis, etc.). À cette étape différents types d'intervention peuvent être utilisés: intervention
individuelle, groupe d'entraide et de discussion, aide entre pairs. Ces services chercheront à
offrir un cadre sécuritaire, avec un certain anonymat, et un certain cadre d'intervention, ce
72
Groupe de soutien: Tous les organismes jeunesse, et plusieurs organismes pour adultes, que
nous avons étudiés offrent, à travers leurs services, des groupes de soutien. Ceux-ci ont lieu
un soir de semaine et sont d'une durée de deux à trois heures. Lors de ces soirées, les jeunes
LGB parlent de ce qu'ils et elles vivent, écoutent les situations, perceptions et
questionnements des autres, et avancent graduellement dans leur acceptation. Les
participants(es) aux groupes sont souvent rendus(es) à différents niveaux les uns par rapport
aux autres, cela aura pour avantage de favoriser un échange où les jeunes pourront apprendre
ensemble. Les groupes sont ouverts, donc un(e) participant(e) peut venir pour une rencontre,
ou bien participer aux rencontres sur une plus longue période. Les groupes sont parfois à
thèmes prédéterminés, ou bien à thème ouvert.
On travaille beaucoup avec eux pour qu'ils soient capables de s'épanouir, de briser
leur isolement, connaître plus de gens, être capables de partager ce qu'ils vivent, pas
de se comparer, mais d'aller chercher de l'information par rapport à ce que les autres
vivent [... ]. Puis, c'est là souvent qu'ils vont trouver leurs réponses, [aux questions]
qu'ils se sont posées sur Internet par rapport au coming out, aux parents. Parce que là
ils entendent ce que les autres ont fait. Un a fait ça comme ça, l'autre a fait ça
comme ça, lui ça bien été, lui ça moins bien été, qu'est-ce que t'as fait après ça? Puis
toutes sortes de discussions. Puis là, [... ] ils en prennent un peu ici et là et puis ils
J'adaptent à la réalité de leur famille, la personnalité de leurs parents, leur
personnalité. (2)
Les objectifs des groupes pour jeunes LGB sont de briser l'isolement des jeunes, leur
permettre de se faire des amis(es), développer la solidarité et l'entraide et favoriser leur
expression. À travers les groupes de soutien, l' intervenantee) est facilitateur et cherche à
favoriser le partage, l'entraide, une bonne dynamique de groupe, à intégrer les nouveaux et
nouvelles et à favoriser le pouvoir du groupe. Plusieurs professionnels(les) ont souligné leur
grande motivation pour ce genre d'intervention, « c'est vraiment l'fun, tu fais que de
l'animation, les jeunes sont là pour s'apprendre entre eux, et toi, ta job, c'est de faire des
liens. » (1)
73
C'est de voir leur visage, de voir comment ils sont contents d'arriver. [... ] Les gens
se déplacent de 25 minutes, 30 minutes d'autobus, ou de route pour venir ici, parce
qu'ils se disent c'est la seule journée dans la semaine que j'ai pour être moi-même
dans un environnement où je peux être moi-même et bien me sentir. (2)
Une grande motivation pour les jeunes LGB est de se retrouver en groupe pour briser leur
isolement et retrouver des personnes qui vivent les mêmes réalités et obstacles.
Quelqu'un qui les ressemble, ils veulent savoir qu'ils ne sont pas seuls, ils veulent
savoir qu'il y a des gens qui font face aux mêmes expériences. [00'] Souvent c'est la
première fois qu'ils sont entourés de jeunes gais, bisexuels(les) transsexuels(les), qu i
étaient isolés. Ils se pensaient tous seuls. Ils pensaient que dans leur classe il n'y
avait personne d'autre comme eux. Là ils arrivent dans un groupe qu'ils ne
connaissent pas, mais l'orientation sexuelle les unit. Puis là, c'était fort comme
moment, c'était vraiment fort. (1)
Juste le fait de venir au groupe, de voir qu'il y a un groupe, de voir que c'est possible
de parler d'homosexualité sans être jugé, en étant accueilli, qu'ils sont même
valorisés à un certain point, déjà ça, ça fait « ok, je suis correct », il y a une
normalisation qui se fait à ce niveau-là. (4)
Le fait de se rencontrer en groupe offre un pouvoir réel aux participants qui leur permet
d'accomplir des tâches difficiles.
74
Je me dis, s'il n'avait pas eu le groupe, tu sais il y a un effet, [... ], je pense qu'il y a
une énergie qui fait qu'on peut se sentir plus fort [dans un groupe] qui fait que des
fois on pose des gestes qu'on ne poserait pas. Je pense que c'est la force du groupe.
C'est le fait de ne plus être tout seul, d'être solidaires, d'avoir d'autres personnes
avec soi qui fait qu'ils peuvent poser des gestes assez remarquables des fois. (4)
Certains auront vécu une grande solitude face à leur orientation sexuelle et de nombreuses
difficultés qu'ils et elles n'auront jamais partagées avant, « il y en a qui ont vécu des
cauchemars, puis, pour certains c'est la première fois qu'ils ont un espace pour en parler. »
(4) En ce sens, le fait de se retrouver entre pairs qui vivent la même chose permet à certains
de briser le silence face à des éléments personnels difficiles. Peut-être ce qui explique la
popularité de cette méthode d'intervention auprès des jeunes LGB, et auprès des adultes
LGB, est que celle-ci offre un grand nombre de possibilités et d'outils à ces personnes, et
qu'ultimement cette méthode d'intervention fonctionne et permet aux participants(es)
d'avancer rapidement.
En groupe, je voyais des jeunes changer devant moi. Ils arrivaient au groupe, s'ils
pouvaient être invisibles et rentrer dans les murs, puis être là dans le groupe
seulement, sans parler, être invisible, c'est ce qu'ils voudraient faire, avoir un
pouvoir magique et être invisible, pas être vu, mais écouter. Souvent leur première
session c'était comme ça. Puis, au fil du temps ils réalisent qu'ils ont des points
communs, que ce n'était pas aussi dramatique qu'ils le pensaient. Parce que souvent
aussi ils arrivaient avec des craintes, « Là je vais me faire rejeter par tout le monde ».
C'était souvent leur pensée. (l)
Comme il a été indiqué plus tôt, cette étape est centrale dans le processus d'intervention.
C'est principalement à cette étape que les professionnels(les) accompagneront les jeunes
LGB dans leur processus d'acceptation. On peut remarquer ici de nombreux liens entre les
pratiques développées par les professionnels(les) rencontrés et les pratiques d' empowerment.
D'abord, l'intervention se fait principalement par un processus de dialogue où les jeunes
LGB explorent des sujets en lien avec leur orientation sexuelle et en 1ien avec l'homophobie.
Faire cela permet aux jeunes de développer une perception plus critique de la diversité des
orientations sexuelles, et de l'homophobie, de développer du pouvoir et des compétences, et
de débuter le processus de conscientisation.
75
Ces groupes, puisqu'ils offrent l'opportunité à ses membres de valider leurs forces et
leurs compétences, deviennent des environnements qui sont « correctifs)} de l'image
négative que les individus ont tendance à accepter de soi lorsque le reste de la société
reflète leur absence de pouvoir et leur procure une faible estime de soi. Par exemple,
les dynamiques de groupe d'entraide qui cherchent simplement à raconter sa propre
histoire, ce qui permet à tous les membres du groupe de découvrir les éléments
structurels communs qui caractérisent leurs situations individuelles. Réaliser cela est
le début de la conscientisation. (traduit de Breton, 1999, p. 35)
A cette étape, les professionnels(les) aident les jeunes à développer leurs forces et à
apprendre de nouveaux outils qui peuvent les aider dans leur quotidien. Pour faire cela, le
groupe est avantageux, car il permet aux participants(es) d'exprimer leurs forces en aidant les
autres LGB. Combiner aider et recevoir de l'aide permet aux participants de diminuer le
sentiment d'incompétence que peut ressentir une personne aidée, et leur permet de
développer graduellement leur pouvoir personnel et de groupe (Breton, 1999).
Une fois qu'ils auront développé une vision plus positive de leur orientation sexuelle et une
meilleure estime de soi, les participants(es) auront le désir de rencontrer d'autres personnes
homosexuelles et bisexuelles. Faire cela leur permettra de développer des expériences
positives en lien avec leur orientation sexuelle et développer un certain sentiment
d'appartenance avec une personne, un groupe d'amis(es) et/ou avec une communauté. Cette
étape permettra aux participants(es) de définir leur identité en lien avec leur orientation
sexuelle, soit leur style, leurs goûts, leurs ressemblances et leurs différences avec les autres
LGB qu'ils et elles rencontrent, et graduellement reconstruire une vie enrichissante en lien
avec leur orientation sexuelle.
Pour faire cela, ils et elles auront différentes possibilités qui varieront grandement d'une
région à une autre. Ils pourront joindre différents groupes qui rassemblent des LGB, soit un
76
groupe sportif, culturel, social, politique, etc. Ils et elles pourront aussi sortir dans les bars
(pour les majeurs), se créer un réseau social, tomber en amour, etc. Cette étape se vivra plus
ou moins graduellement selon l'expérience de chaque personne et selon les possibilités qui
lui sont offertes. À cette étape, l' intervenantee) peut jouer un rôle stratégique en informant les
jeunes des activités possibles dans leur région et même en favorisant le développement de
telles activités.
Cette étape ne sera pas nécessairement facile pour toutes les personnes. Pour certains, celle-ci
sera source de déception, car ils ou elles auront plus de difficulté à construire des relations
avec d'autres. Par exemple, les jeunes de moins de 18 ans ont peu de milieux où ils peuvent
rencontrer d'autres jeunes LGB de leur âge, souvent les seuls lieux de rencontre sont
commerciaux, souvent réservés aux majeurs (bars, réseau internet, etc.), et offrent des
possibilités limitées de rencontre.
Au début, pendant les premières années, c'est l'fun tu t'entoures de plein de gens qui
sont homosexuels(les) ou bisexuels(les), t'as une communauté, tu sens qu'il y a une
communauté, tu sens qu'il y a des gens qui te ressemblent. Après ça, mise à part
l'orientation sexuelle, est-ce que vous avez des choses en commun? Ça c'était dur
pour eux de reconnaître qu' « ah ok t'es gai, mais à part de ça qu'est-ce que nous
avons en commun? » C'était dur pour eux de reconnaître ça. Souvent je voyais des
jeunes qui allaient dans des groupes. Ils se voyaient pendant un bout de temps. Là ils
étaient super emballés, emportés par le fait qu'il y a d'autres personnes comme eux,
mais là ils réalisaient que non, non ils ne sont pas comme moi. (1)
Les projets communautaires offrent une alternative facilitante à cette étape, car ceux-ci
offrent un cadre aux participants(es) et un soutien qui les aideront à construire des relations
avec d'autres personnes. De plus, la présence d'un support peut aider les jeunes LGB à faire
face aux diverses difficultés qu'ils et elles peuvent rencontrer. Considérant que cette étape
permet aux LGB de découvrir dans l'expérience ce que veut dire être LGB, il est important
d'offrir une grande diversité de possibilités pour qu'ils et elles puissent se situer à l'intérieur
de tout cela, et pour que ces jeunes comprennent que bien qu'il y a des tendances dans les
communautés LGB, il Y a autant de diversité et de possibilités que dans les autres
communautés. « On essaie d'élargir le plus possible pour que les gens aient une vision
77
globale de ce que c'est que de vivre dans la communauté gaie, que d'être gai, que ça fait
partie de nous autres, mais ce n'est pas juste ça. » (2)
Les professionnels(les) que nous avons rencontrés ont partagé diverses possibilités d'activités
qui peuvent être organisées par les organismes pour jeunes LGB, ou bien par d'autres
organisations dans la région comme des associations étudiantes pour LGB dans les cégeps ou
universités. Cela peut être la simple sortie au cinéma en groupe, un « party », la participation
à des activités comme la Fierté gaie, la visite du quartier gai à Montréal ou dans une autre
ville, participer à des activités organisées par des organismes jeunes LGB des autres régions,
etc. Lorsque les activités sont organisées dans les organismes pour jeunes LGB, ces activités
sont en parallèle aux autres services et son souvent organisées par les jeunes LGB eux
mêmes et elles-mêmes.
Milieu de vie pour jeunes LGB et leurs Alliés(es) : Un modèle qui se développe de plus en
plus au Québec est celui du milieu de vie pour jeunes LGB et leurs Alliés(es). Pour les jeunes
de la région de Québec entre 14 et 25 ans, il y a L'accès du GRlS-Québec, celui-ci est ouvert
trois soirs par semaine. Ce milieu a pour objectifs de briser l'isolement, créer des liens entre
les jeunes, favoriser le partage, le soutien et l'acceptation de son orientation sexuelle. Le
fonctionnement de ce milieu de vie est bien simple, il s'agit d'un local qui appartient aux
jeunes qui le fréquentent, celui-ci est décoré à leur goût, il y a un coin salon, un coin cantine,
un coin ordinateur, etc. Les jeunes y viennent pour y passer du temps de façon informelle, ou
bien parfois pour participer à une activité plus formelle, soit sociale, culturelle ou sportive.
Ainsi, les jeunes ont l'opportunité de rencontrer d'autres jeunes dans des contextes informels
et graduellement de développer un lien d'appartenance.
Ici, le rôle de l'intervenant est d'être présent dans le milieu de vie avec les jeunes, de discuter
avec eux, de faciliter l'intégration des nouveaux et nouvelles, au besoin de rencontrer les
jeunes qui le désirent individuellement et de favoriser la solidarité et la prise en charge des
jeunes dans leur milieu. Dans le modèle de L'accès, les jeunes ont l'opportunité de participer
au bon fonctionnement du projet, soit par l'organisation d'activités, ou bien pour les 18 ans et
78
Les services de milieu de vie développés à travers la province pour venir en aide aux jeunes
LGB représentent un modèle d'intervention simple, peu coûteux et efficace. Ce modèle fut
probablement inspiré par les divers milieux de vie jeunesse existants et le réseau des Maisons
des jeunes. Il s'agit principalement de créer un environnement nourrissant pour les jeunes
LGB, soit un milieu qui favorise J'affirmation de soi, l'expérimentation et la prise du pouvoir.
De plus, à travers leur participation au projet milieu de vie les jeunes LGB vont pouvoir se
retrouver dans un milieu non aliénant où diverses possibilités formelles et informelles leur
seront offertes pour se développer, pour se créer un réseau et pour s'engager dans une
communauté. Se retrouver dans un tel environnement est un élément important pour la vie
des jeunes LGB, car ce milieu constitue souvent le seul lieu où ils et elles peuvent vivre
pleinement leur orientation sexuelle et ainsi poursuivre leur développement social et émotif.
Après avoir développé une meilleure estime de soi, une meilleure compréhension de soi et
une certaine expérience de la vie homosexuelle ou bisexuelle, certains participants(es) auront
envie d'aider d'autres personnes à s'accepter, de redonner ce qu'ils et elles ont reçus(es), de
donner ce qu'ils et elles auraient aimé recevoir et/ou de contribuer à la lutte contre
l'homophobie. Pour commencer, cela peut vouloir dire s'impliquer dans un projet de
l'organisme et d'aider à l'organisation d'une activité. Puis, souvent graduellement, prendre
plus de responsabilités. Cette étape permettra aux jeunes de prendre encore plus confiance sur
leur vie, leur permettra de développer des expériences positives en lien avec leur orientation
sexuelle et ainsi viendra contribuer à leur émancipation.
79
Le rôle de l'intervenant(e) est très différent à cette étape, alors que dans les étapes
précédentes, l'intervenant(e) cherchait à favoriser le cheminement des personnes, à ce stade
l'intervenant(e) cherchera à accompagner et soutenir les bénévoles dans leurs activités, soit
en les rencontrant au besoin, en organisant des activités de formation, en favorisant l'entraide
entre les bénévoles et leur prise en charge, etc. Il sera important à ce stade que
l'intervenant(e) aide les jeunes à choisir des activités où ils(elles) se sentent prêts(es).
Dans certains cas, l' intervenant(e) peut être un(e) allié(e) important en accompagnant le jeune
dans ces démarches et même en réalisant un travail avec le jeune. Un professionnel a partagé
un exemple où un participant vivait des difficultés à son école, il était fréquemment victime
d'insultes, particulièrement avant les cours d'éducation physique. Celui-ci décide alors de
partager son vécu en rencontre individuelle. Ensemble, à la fin de la rencontre, ils ont choisi
les prochaines étapes, soit que le jeune en parlerait avec un professeur ouvert. Puis, suite à
cette rencontre, le professeur et l'intervenant ont créé un petit comité d'école afin d'étudier la
question. Ensemble, ils ont décidé qu'une intervention était nécessaire, soit par la réalisation
d'une activité de sensibilisation avec les intervenants(es) de cette école et avec les jeunes qui
la fréquentent.
C'est grâce à ce que lui a voulu dire de ce qu'il vivait, le calvaire qu'il vivait à
l'école, a fait en sorte que moi j'ai pu parler à travers toute ['école de cette
problématique-là, pas de son cas à lui particulièrement, mais aller parler
d'homosexualité, d'homophobie et faire de la sensibilisation. Puis après de pouvoir
80
lui dire «si toi tu ne t'étais pas levé, tu n'aurais pas parlé, ça ne se serait
probablement jamais fait. Il faut que tu sois fier de ce que tu as fait. » Depuis, cette
personne-là a commencé à s'impliquer dans les activités, dans les ateliers, et
aujourd'hui il me dit «j'ai hâte qu'on puisse commencer à faire des présentations
dans les écoles ensemble. » (2)
Le simple fait de dénoncer une expérience de discrimination en lien avec son orientation
sexuelle est une action qui demande une affirmation personnelle importante. Réaliser une
telle action et en voir les bénéfices aura pour impact de venir développer j'estime de soi,
l'affirmation de soi et contribuera à l'émancipation personnelle. Graduellement, les jeunes
LGB développeront le goût de faire plus et s'impliqueront en devenant bénévoles. Un
nombre important de jeunes à travers les organismes que nous avons rencontrés participent à
la réalisation d'activités de sensibilisation qui ont pour but de lutter contre l'homophobie et
de favoriser l'acceptation de la diversité des orientations sexuelles, soit souvent par des
ateliers témoignage en classe au secondaire. L'expérience de participer à une activité de
sensibilisation est un défi d'importance pour les jeunes LGB. Pour eux et elles, c'est de se
retrouver dans le même environnement où ils et elles ont vécu diverses formes de
discrimination pour tenter d'aider le milieu à devenir plus ouvert.
On allait chercher les jeunes qu'on sentait qui auraient une aise en classe, on
recrutait ces jeunes-là. Souvent ils faisaient l'intervention eux-mêmes, c'est difficile,
des fois il se passait des trucs pas trop corrects, où les jeunes avaient des
commentaires homophobes. On les ramassait souvent après l'intervention. Mais en
même temps ils étaient tellement fiers de l'avoir fait. (1)
Parfois, le cheminement d'un jeune peut se faire très rapidement, et devenir actif dans sa
communauté en quelques semaines.
Ça, c'est un jeune homme que j'ai vu comme adolescent et qui a évo lué très
rapidement. Au début, il venait pour du soutien à l'organisme et pas longtemps après
il est allé se présenter devant sa Régie régionale pour exiger qu'un tel projet existe
dans sa propre région. Pour moi c'est le modèle instantané, parce que c'était assez
instantané. [... ] Mais à un autre niveau, c'est de rencontrer quelqu'un qui dit deux
années après avoir participé aux services «je l'ai dit à ma famille, je suis out au
travail, ou à l'université [... ] Mais je me sens bien par rapport à qui je suis
81
Les professionnels(les) que nous avons rencontrés sont sensibles à l'importance que les LGB
rencontrés deviennent actifs dans leur développement et dans leur environnement. Ils sont
aussi très sensibles et réal istes par rapport au niveau de prise en charge. En ce sens, ce sont
les LGB qui choisissent eux-mêmes et elles-mêmes. Pour certains cela peut représenter
apprendre à s'affirmer dans un groupe, pour d'autres devenir des citoyens(nes) actifs(ves)
dans leur communauté. À travers cela, le rôle des professionnels(les) sera de favoriser
l'empowerment et non de le faire à la place des personnes.
Pour certains jeunes LGB, après avoir vécu une expérience positive dans l'organisme, après
s'être développés comme personne, le désir naîtra de s'engager dans la lutte contre
l'homophobie et/ou dans l'aide auprès des LGB. Ces jeunes deviennent graduellement des
modèles pour les autres jeunes et des ressources pour ces organisations. Un intervenant
soulignait qu'à cette étape leur rôle comme professionnels(les) change complètement et qu'ils
se retrouvent partenaires dans l'organisation et dans les prises de décision. Cette étape est
aussi enrichissante pour ces jeunes, car ils développent alors des compétences qui
favoriseront leur émancipation, leur leadership et leur estime de soi. Pour ces jeunes, il est
maintenant temps de s'engager dans l'action et d'aider d'autres personnes. Un des
professionnels a demandé aux membres de son Conseil d'administration quelles étaient leurs
motivations à s'engager bénévolement. Ceux-ci ont répondu:
Je me suis impliqué, car il faut des gens pour faire avancer la cause et je crois
nécessaire de se battre pour faire avancer nos droits. Il faut qu'on vive heureux, c'est
82
primordial. Je ne veux pas que des jeunes se suicident à cause de leur orientation
sexuelle. Il faut montrer des modèles positifs.
Combattre les préjugés et faire avancer les mentalités. Pour pouvoir vivre pleinement
sans avoir peur du rejet, du jugement, de la violence, de l'ignorance qu'on peut nous
faire subir.
Ces quelques témoignages évoquent bien l'engagement de ces personnes, leur désir de voir
les conditions des LGB s'améliorer, et leur désir d'aider dans ce travail. Les bénévoles dans
ces organisations offrent une aide importante. Un grand nombre de projets que nous avons
rencontrés à travers cette recherche fonctionnent grâce à l'aide des bénévoles. Les
organismes pour LGB sont encore sous-financés et ne pourraient répondre aussi bien aux
besoins des LGB sans la participation volontaire.
Pour les professionnels(les) que nous avons rencontrés(es), cette étape est aussi une occasion
pour les LGB de poursuivre leur développement. Ils se disent« c'est à mon tour, làj'ai envie
d'aider, j'ai envie de faire quelque chose, de faire bouger et changer les choses. » (8) Cette
participation commune leur donne un sentiment d'appartenance, cette mission et le fait de
vivre la même discrimination crée un lien entre les gens, «à partir du moment où tu es
minoritaire ou marginalisé, je pense que ça soude des liens particuliers. » (9) Pouvoir aider, et
donner quelque chose, cela aussi fait grandir.
83
Désir de s'engager dans la Engagement bénévole: Travailler avec les jeunes LGB
lutte contre l'homophobie conseil d'administration, Graduellement, partager
et/ou dans l'aide auprès des responsable de comité, pouvoir et responsabilités
jeunes LGB animateur(trice), etc.
Devenir des modèles positifs
pour les autres jeunes
84
Les professionnels(les) rencontrés lors de cette recherche à travers les entrevues individuelles
et les rencontres de groupe ont présenté un grand nombre de projets pour venir en aide aux
personnes homosexue.l1es et bisexuelles, et pour lutter contre l'homophobie. Pour les
professionnels(les) que nous avons rencontrés(es); leurs pratiques sont directement liées aux
services qu' iIs et elies ont déve loppés. Cette section présentera que Iques-uns de ces projets
que nous avons jugés complémentaires à ce qui a été présenté auparavant et qui nous
permettront de mieux saisir la diversité des pratiques qui ont été développées auprès des
LGB. Ces projets ont aussi été choisis, car ils nous permettent de mieux comprendre la
diversité des pratiques d'empowerment qui peuvent être mises en place pour venir en aide
aux LGB et pour lutter contre l'homophobie.
Le Centre 2110 - Le plus inclusif, et peut-être le plus idéaliste, des services pour adultes
étudiés à travers cette recherche est le Centre 2110, programme de pairs aidants, de
l'université de Concordia à Montréal. Cet organisme a pour mandat de venir en aide aux
personnes qui sont victimes de l'oppression, soit les personnes homosexuelles, bisexuelles,
transsexuelles, les femmes, les personnes vivant de la pauvreté, etc. Une forte proportion des
personnes qui utilisent les services de l'organisme sont des transsexuels, soit
approximativement 40%, et la question de l'orientation sexuelle est omniprésente. Les
professionnels(les) dans cet organisme s'inspirent pour leur travail des théories Queer, « donc
85
peu importe si la personne en avant de moi était hétérosexuelle, c'était un être humain devant
moi, mais il y avait des différences soit vis-à-vis leur marginalisation dans le monde» (1). Un
autre particularité de cet organisme est qu'il est financé par l'association étudiante, et bien
qu'il pourrait se limiter à desservir la population étudiante, l'organisme est ouvert à toute
personne qui en fait la demande. Le Centre 2110 compte quelques travailleurs, mais ce sont
les bénévoles qui permettent aux services de fonctionner.
Le projet Ateliers - Le projet Ateliers existe maintenant depuis plus de 10 ans, soit comme
service de l'organisme montréalais Sérozéro. À l'époque l'idée était de créer des ateliers qui
parleraient principalement de d'autres choses que du «condom », mais qui favoriseraient la
baisse de la prise de risque des hommes soit en travaillant tout ce qui est en lien avec l'estime
de soi. «Être homosexuel c'est être hors norme, quand la norme est hétérosexiste, c'est sûr
qu'au niveau de l'estime de soi il y a une blessure », ce qui peut entraîner des difficultés
comme la prise de risque. En ce sens, « l'estime de soi, c'est ce que proposait le projet et
c'est ce qu'il propose encore aujourd'hui ».
86
Les Ateliers Estime de soi se déroulent sur 6 rencontres, une rencontre par semaine et un
maximum de huit participants par groupe. S'ils le désirent, les participants peuvent suivre des
ateliers supplémentaires (les relations amoureuses, l'affirmation de soi, vieillissement gai).
Les ateliers sont animés par un intervenant et souvent co-animés par un bénévole ou stagiaire.
Pour les participants, les ateliers leur permettent « de voir comment ils se situent par rapport à
leur estime personnelle, par rapport à leur prise de risques, par rapport à leur vie gaie aussi, à
l'homophobie, à l'homophobie intériorisée ». En règle générale, les hommes qui participent
au groupe cherchent à briser leur isolement et viennent chercher une appartenance, un
groupe. « Souvent juste le fait de pouvoir partager et d'entendre d'autres hommes qui vivent
sensiblement les mêmes problématiques, déjà ça les rassure beaucoup ». Souvent ces
hommes ne fréquentent pas le village, ce qui leur donne une occasion de rencontrer d'autres
hommes. Pour ceux qui fréquentent le village, ça leur donne l'occasion de rencontrer dans un
contexte sans alcool, toxicomanie et séduction. La moyenne d'âge des participants est de 39
ans, en général de 28-30 ans à 60-65 ans. L'élément central des Ateliers est le partage des
expériences et il y a un peu de théorie, mais c'est le partage d'expérience qui fait la richesse
des ateliers.
ESPAR - Le programme sur la sexualité ESPAR existe maintenant depuis 2001 au Centre
ville de Québec et touche plus d'une dizaine d'écoles secondaires de la région. Le
programme offre aux enseignants(es) une formation complète ainsi qu'un cahier avec une
explication de plusieurs ateliers sur différents thèmes en lien avec la sexualité qui peuvent
être réalisés dans le cadre scolaire. Les fondements théoriques de ce programme sont
largement inspirés de la perspective d' empowerment, traduite dans ce projet par le pouvoir
d'agir et de réfléchir. L'objectif est de travai 11er l'aspect réflexion critique des jeunes et
l'apprentissage coopératif. En quelque sorte c'est de les amener à se questionner sur leur
87
« environnement, et à se questionner sur pourquoi c'est comme ça? Pis qu'est-ce qui fait que
c'est comme ça? Et qu'est-ce qu'on peut faire pour changer ça?».
L'atelier sur l'orientation sexuelle se déroule de la manière suivante: la première chose est de
faire 3 colonnes au tableau, une pour les gais, une pour les lesbiennes et une pour les
hétérosexuels(les). Puis, les jeunes sont invités à nommer tous les préjugés qu'ils connaissent
par rapport à ces catégories. Le but de ce premier exercice est de faire tout de suite sortir les
blagues, rires, etc. Puis, de leur poser la question « Qu'est-ce que vous observez dans les
différences entre les 3? » et de les faire réfléchir et se positionner sur cette différence entre le
nombre de préjugés envers les lesbiennes et les gais par rapport aux hétérosexuels(les). Par
après, la deuxième partie de l'atelier est de sortir les affiches de Gai-Écoute (Fifi c'est le nom
d'un chien, Ceci est une tapette, etc.) et de leur poser comme question « Pourquoi croyez
vous que Gai Écoute a senti le besoin de faire des affiches comme celles-là? ». Cela lance la
discussion, puis il s'agit de relancer les questions. Ce processus vise à favoriser une prise de
conscience, soit de l'impact de l'homophobie et de leur rôle comme personne dans la société.
Par après, l'enseignant(e) leur présente un vidéo de l'émission « Watatatow» qui présente
deux situations différentes, soit un gars qui fait son coming out et qui s'oblige à sortir avec
une fille, puis, un autre gars qui fait un rêve dans lequel il embrasse un autre gars et se
questionne si cela veut dire qu'il est gai. Cette dernière partie est la composante individuelle
de l'atel ier. Les ateliers cherchent à toucher à deux composantes, la composante
individuelle/personnelle et la composante sociale/collective. À travers cette activité, les
jeunes réussiront à faire un cheminement réflexif qui les aidera à mieux comprendre les
enjeux en lien avec l'homophobie, et les aidera à voir leur responsabilité personnelle face à ce
phénomène.
Démystification de l'homosexualité - Un autre service qui a fait ses preuves dans la région
de Québec, ainsi que dans d'autres régions du Québec par les autres GRIS, est le travail de
démystification de l'homosexualité et de la bisexualité. À la demande d'enseignants(es), deux
bénévoles de l'organisme se présentent en classe pour partager leur vécu à des jeunes,
principalement du secondaire. Le fonctionnement est bien simple, un gars et une fille,
homosexuel(le) ou bisexuel(le), se présentent brièvement, affichent dès le départ leur
88
orientation sexuelle, partagent quelques éléments de leur vécu et invitent les jeunes à poser
toutes les questions qu' ils et elles se posent. Puis, les démystificateurs(trices) répondent à
partir de leur expérience, pas de théorie, pas de statistiques. Un élément intéressant de cette
méthode d'intervention est que les jeunes sont confrontés à poser des questions, donc par le
fait même à démontrer un intérêt authentique envers le vécu d'une personne homosexuelle ou
bisexuelle. Pour plusieurs jeunes, c'est la première occasion qu'ils et elles ont de rencontrer
réellement un(e) LGB et d'entendre comment se passe leur cheminement.
D'un autre côté, les LGB qui acceptent de devenir démystifiacteur(trice) vivent un
cheminement qui favorise leur émancipation et leur prise de pouvoir. L'expérience d'utiliser
son propre vécu comme personne homosexuelle ou bisexuelle pour sensibiliser d'autres
personnes et ainsi contribuer à une meilleure acceptation est pour plusieurs une expérience
libératrice, de dévoilement positif de son orientation sexuelle. À travers ces activités de
démystification, les bénévoles développeront des forces, des compétences et une meilleure
connaissance de soi.
Pour devenir membres de ce réseau, les professionnels(les) doivent répondre à trois critères:
avoir un intérêt, être soutenus par son organisation, et suivre la formation « Pour une nouvelle
vision de l'homosexualité ». Ensuite, le professionnel(le) qui fait partie du Réseau s'engage à
89
être actif dans l'aide aux personnes LGB et dans la lutte contre l'homophobie. De son côté,
l'organisme GRlS-Québec offre différents services aux professionnels(les), soit des activités
de formation, un journal interne aux membres du Réseau, du soutien spécifique dans le
développement de projet et dans des situations spécifiques d'intervention, etc. De plus, le
Réseau des AlIiés(es) offre diverses possibilités de réseautage et de mobilisation. Ainsi, les
professionnels(les) qui s'inscrivent au Réseau des AlIiés(es) vont vivre un processus graduel
qui va leur permettre d'accroître leur pouvoir d'intervenir dans le domaine de la diversité
sexuelle et de la lutte contre l'homophobie et leur offrira une occasion de devenir des
membres actifs dans l'organisation d'activités du Réseau.
Discussion
Les différents projets présentés ici, nous permettent de voir la diversité des types de services
qui peuvent être développés pour venir en aide aux LGB, pour lutter contre l'homophobie et
pour accompagner les professionnels(les) dans leur travail. Dans certains projets, comme
Projet Ateliers et ESPAR, les professionnels(1es) sont responsables de l'organisation des
services et aussi de l'intervention elle-même. Pour d'autres projets, comme le Centre 2110 et
les activités de démystification, ce sont les bénévoles qui réalisent l'intervention. Les
professionnels(les) sont alors responsables, souvent avec les bénévoles, de diverses tâches
liées à l'organisation comme le recrutement, la formation, la promotion, etc.
À divers degrés, ces différents services rejoignent les pratiques d'empowerment et nous
permettent de saisir clairement les deux principaux niveaux d'intervention en empowerment
auprès des LGB. Dans le premier niveau, les services pour LGB chercheront à aider ces
personnes à retrouver leur pouvoir personnel, soit en favorisant l'acceptation de leur
orientation sexuelle et en les aidant à retrouver un équilibre dans leur environnement. Par
contre, cette intervention seule ne peut changer complètement le problème, car une partie
importante du problème se trouve dans l'oppression présente dans la société. Ainsi,
éventuellement, certaines personnes choisissent de devenir actives dans le changement social.
C'est ici que le deuxième niveau d'empowerment est utile. Pour ces personnes qui désirent
aller plus loin et contribuer au changement, ils ont ici l'occasion de le faire, soit en devenant
bénévoles dans un projet de lutte contre l'homophobie ou dans l'aide aux LGB.
v - VERS UN MODÈLE D'EMPOWERMENT AUPRÈS DES LGB
91
Tout au long des entrevues individuelles et des entrevues de groupe, les professionnels(les)
nous ont partagé les pratiques qu'ils et elles exercent auprès des LGB et leurs perceptions de
ces pratiques. Dans le chapitre précédent, nous avons pu voir les principaux éléments qui
ressortent de cette collecte de données et ainsi mieux comprendre les pratiques actuellement
mises en place par ces professionnels(les). À partir de ces divers résultats, nous aimerions
maintenant faire ressortir les particularités des pratiques d'empowerment dans l'aide aux
LGB et ainsi procéder à une réécriture de cette perspective dans le contexte des pratiques
auprès des LGB. Suite à cela, nous aimerions regarder quelques limites que nous pouvons
observer dans ces pratiques, ainsi que cibler quelques recommandations qui pourraient
contribuer au développement de celles-ci.
Rappelons ici que l'exercice est de redéfinir l'approche d'empowerment dans le cas concret
des pratiques auprès des LGB, soit dans ses diverses applications auprès des LGB. Comme
l'a indiqué un participant, « c'est dans un but de se donner des outils, des pistes, des
approches possibles selon les cas qui se présentent à nous.» (9) De plus, certains
intervenants(es) nous ont mis en garde contre la création d'un modèle d'intervention qui ne
respecte pas la diversité des situations rencontrées, car concrètement les pratiques
d'intervention sont multiples et doivent s'adapter dans l'action aux diverses réalités
rencontrées. Le travail réalisé ici se veut un outil pour aider les professionnels(les) à mieux
comprendre les pratiques d' empowerment auprès des LGB. Par contre, cet outil ne remplace
pas le fait que l'intervention se réalise directement dans l'action et que les professionnels(les)
sont responsables de comprendre la complexité des enjeux des personnes qu'ils et elles
rencontrent, et sont responsables de choisir leurs actions comme professionnels(les).
Les LGB ont intégré et vivent dans leur quotidien diverses formes d'homophobie et
d'hétérosexisme. L'approche empowerment propose des outils qui favoriseront la remise en
question de cette homophobie, et le développement d'une vision de soi positive. Ce processus
est à la base même de l'intervention avec les LGB. Comme l'a indiqué Michel Dorais (2000)
à travers son étude sur les jeunes hommes homosexuels, ceux qui seront le moins tentés de
s'enlever la vie sont ceux qui remettent en question l'homophobie et qui acceptent
pleinement leur orientation sexuelle. Une pratique d'empowerment favorise [a création de
contextes qui aideront [es LGB à devenir positifs face à eux-mêmes et [es encourageront à
remettre en question les diverses formes d'oppression et d'homophobie.
Les pratiques mises au point par les professionnels(les) que nous avons rencontrés sont
novatrices à plusieurs égards. Les services pour LGB sont encore sous-développés et trop
souvent sous-financés, les professionnels(les) se doivent d'être créatifs(ves) pour répondre
aux divers besoins des LGB. Comme nous avons pu le voir à travers le dernier chapitre, ils et
elles ont mis en place à travers les années un véritable modèle d'intervention auprès des LGB
qui est cohérent avec la perspective d' empowerment. En ce sens, les services cherchent à
favoriser que les LGB développent leur estime de soi, prennent pouvoir sur leur réalité,
joignent leurs forces à d'autres LGB, développent leur compréhension de leur vécu et soient
encouragés à prendre action dans leur propre vie et dans leur communauté pour travai 11er à
améliorer l'environnement des LGB et à lutter contre l'homophobie.
5.1 REDÉFINITION
À travers cette section, ['idée est de proposer une nouvelle définition des pratiques
d'empowerment auprès des LGB. Pour réaliser cela, nous nous sommes inspirés des éléments
que les professionnels(les) nous ont partagés à travers les entrevues et les rencontres de
groupe. Nous avons cherché à réutiliser les mêmes mots que ces professionnels(les)
utilisaient et les mêmes nuances sur les pratiques. Puis, à partir de cette nouvelle définition,
93
nous avons repris ses diverses composantes et nous avons cherché à les expliquer, soit,
encore une fois, à partir des résultats. Puis, dans le but d'aller un peu plus loin, nous avons
cherché à faire des liens avec des éléments présentés par différents auteurs. Enfin, nous avons
écrit cette section en prévision de la rédaction d'un guide des pratiques d'empowerment
auprès des LGB qui s'adressera aux professionnels(les) qui travaillent ou qui désirent
travailler auprès des LGB.
Un cheminement: Les personnes qui sont victimes d'oppression feront face à deux grands
chemins possibles, soit accepter et intégrer cette oppression (intérieure et extérieure),
succomber à un sentiment d'impuissance; ou refuser et combattre cette oppression,
développer du pouvoir dans leur vie et contribuer à la vie de leur communauté (Lee, 2001).
Plusieurs recherches auprès les LGB soulignent l'importance de favoriser l'acceptation de
son orientation sexuelle. Cette acceptation aidera les LGB à accéder à une meilleure santé et
viendra diminuer les prises de risques et les difficultés qu'ils et elles peuvent rencontrer
(Banks, 2003; Dorais, 2000; Ryan, 2003). Les professionnels(les) ont une responsabilité
éthique de reconnaître que l'acceptation de son orientation sexuelle est le cheminement à
favoriser auprès des LGB, « mon biais c'est que les personnes GLB ne peuvent accéder à une
bonne santé mentale s'ils se détestent, ou si elles se détestent. Donc, j'ai une responsabilité
éthique de nommer cela. »(5)
diverses formes d'homophobie et un désir d'agir pour améliorer sa situation. Il est important
ici de se rappeler que ce cheminement est graduel et se vivra différemment pour chaque
personne. Auprès de certains LGB le cheminement s'enclenchera très rapidement et à
l'intérieur de quelques semaines ils et elles auront réalisé de grandes étapes, d'autres auront
besoin de plusieurs mois et parfois des années pour accomplir le même chemin, alors que
certains ne pourront pas se rendre aussi loin dans leur cheminement. De plus, les
cheminements pourront varier grandement pour chaque personne, certains choisiront de
révéler leur orientation sexuelle à leur famille, d'autres préféreront rester plus discrets,
certains choisiront de devenir bénévoles alors que pour d'autres cela ne sera pas dans leurs
motivations. Ici encore la question de choix est centrale. Ce sont les LGB eux-mêmes et
elles-mêmes qui doivent prendre pouvoir sur leur propre destinée.
Comme professionnel(le), pour se préparer à accompagner des LGB, il est important de bien
comprendre le cheminement des LGB et de bien saisir la complexité des difficultés qui
peuvent être rencontrées par ces populations. Par exemple, une intervention pour aider une
personne qui n'accepte pas son orientation sexuelle sera bien différente d'une intervention
auprès d'une personne qui accepte son orientation sexuelle, mais qui est victime
d'homophobie dans son milieu de travail. Pour la première, une intervention avec une
approche de relation d'aide sera très aidante et pour J'autre situation une approche de défense
des droits sera plus appropriée. Chaque parcours est unique et possède ses propres
complexités. Pour aider les professionnels(les) à comprendre le cheminement de ces
populations, il est conseillé de se familiariser avec les étapes d'émancipation des LGB, soit
en rencontrant directement des LGB et en écoutant leurs parcours, en discutant avec des
collègues qui ont plus d'expérience en ce domaine, en suivant une formation, etc.
Les professionnels(les) désirent mettre en place un contexte de dialogue avec les LGB et
entre LGB afin de favoriser l'exploration de leurs diverses expériences, les prises de
conscience, le développement de l'esprit critique et l'action (Lee, 2000). En fait, le dialogue
sera un principe important. Ceci permettra aux LGB d'explorer différents sujets en lien avec
leur orientation sexuelle et graduellement de mieux comprendre leurs diverses réalités. Les
professionnels(les) ont à instaurer un dialogue qui respecte les personnes rencontrées, soit en
encourageant les personnes à parler en leurs mots et en favorisant la solidarité et l'entraide
entre les membres. Encore une fois, ce sont les personnes elles-mêmes qui sont responsables
de ce dialogue, les professionnels(les) facilitent ce processus, mais ne peuvent réaliser cela à
la place des personnes. Afin de favoriser ce dialogue, les professionnels(les) peuvent mettre
en place de contextes facilitant à travers des pratiques d'intervention individuelle, aide et
écoute entre pairs, groupe de soutien, contextes semi-formels, etc.
Améliorer leur compréhension de leur vécu, développer une vision positive de soi et de son
orientation sexuelle: À travers leurs cheminements, les LGB auront entendu et intégré
diverses connaissances sur le vécu homosexuel et bisexuel. Un grand nombre de ces
connaissances seront empreintes de fausses perceptions, de généralisations, de peurs, de
mythes et de préjugés. Encore de nos jours, l'image de l'homosexualité et de la bisexualité
est trop souvent négative. Certains LGB auront intégré ces messages négatifs et vivront
diverses difficultés en lien avec cette vision négative intériorisée (homophobie intériorisée).
Ainsi, à travers l'intervention, les professionnels(les) chercheront à aider les LGB à
graduellement déconstruire l'image négative qu' iIs et elles auront intégrée. «II lui faut
confronter chacune de ces idées reçues à des faits et des témoignages de personnes ayant
expérimenté ce dont elles parlent, afin de se déprogrammer de toutes les conceptions
inadaptées à ce qu'elle vit et qui la place en situation de conflit avec elle-même. » (Berthelot,
1998) Puis, les interventions chercheront à aider les LGB à retrouver une image plus positive
et réal iste de soi et de son orientation sexuelle. Cette étape est bien importante, car elle
96
permet graduellement aux LGB de se défaire d'une perception négative de soi qui crée un
conflit face à soi-même et de retrouver une image plus positive qui permet de retrouver une
harmonie face à soi.
L'estime de soi, ou l'image positive de soi, une fois retrouvée, est vue comme une base qui
permettra aux LGB de développer leurs capacités et leurs forces. Une fois une vision de soi
plus positive retrouvée, une confiance en ses capacités, la personne aura développé la force
pour entreprendre son processus d'acceptation, son coming out, et aura plus de facilité à faire
face aux situations souvent complexes de l'homophobie et de l'hétérosexisme.
des personnes, «c'est faux d'assumer que la personne n'a pas d'outils. [... ] Il faut aller où ils
sont ces jeunes, puis aller chercher leurs forces et travailler là-dessus. » (1) Dans le cas des
LGB, les compétences à développer seront à trois niveaux:
1- Compétences en liens avec son orientation sexuelle - Les LGB développeront les
compétences en lien avec la capacité de comprendre et d'accepter son orientation
sexuelle, soit par le développement de leur compréhension de l'homosexualité et de la
bisexualité, du coming out, de l'homophobie, des communautés LGB, de la sexualité,
etc. ;
2- Compétences en lien avec le contexte social - À ce niveau les LGB développeront des
compétences qui leur permettront de faire face aux difficultés en lien avec leur
environnement. En ce sens, ils et elles pourront développer des compétences en lien avec
le dévo ilement de leur orientation sexuelle, des compétences pour reconnaître et faire
face aux diverses formes d'homophobie et des compétences pour développer des liens
avec d'autres LGB et avec les communautés LGB ;
politique -la solution des problèmes d'ordre structurel passe par le changement social.
Les résultats mettent en évidence que, pour les LGB, le développement de l'esprit critique
pourra se faire au fur et à mesure de leurs expériences, de leur émancipation et de leurs
réflexions. Ici l'élément principal sera de regarder, au fur et à mesure, les différents
mécanismes d'oppression en lien avec l'orientation sexuelle, soit l'homophobie et
l'hétérosexisme, de réfléchir sur ces éléments afin d'en comprendre ses sources (intérieures et
extérieures), ses manifestations et les actions possibles pour favoriser des changements. Si
l'on regarde le développement de l'esprit critique à travers les étapes d'intervention, on
remarquera que celui-ci suivra et favorisera les étapes d'émancipation de la personne. En ce
sens, le développement de l'esprit critique sera un outil qui favorisera J'émancipation des
personnes LGB.
Par contre, le développement de J'esprit critique ne se fait pas automatiquement et le rôle des
professionnels(les) pour faciliter ce processus est essentiel. Pour être capables d'accompagner
des LGB dans ce processus de réflexion critique, les professionnels(les) devront eux aussi
avoir développé cette capacité de réfléchir. En ce sens, nous pouvons observer à travers les
résultats que les professionnels(les) qui dans leurs parcours ont vécu des étapes de réflexion
et d'analyse, souvent en lien avec leur propre expérience, ont développé une meilleure
compréhension des enjeux vécus par les LGB. Si un professionnel a de la difficulté à saisir
les causes structurelles et sociales de l'homophobie, il aura aussi de la difficulté à faciliter un
processus de réflexion auprès des LGB qu'il rencontre sur les enjeux subtils et moins subtils
de l'homophobie. Ainsi, ayant reconnu les causes structurelles et collectives de l'homophobie
et de l'hétérosexisme, plusieurs LGB choisiront de devenir actifs dans le changement social.
99
Joindre ses forces - Un défi important dans l'empowerment est de créer des lieux exempts
d'oppression et plus nourrissants (Lee, 2001). Ces lieux permettront aux LGB de briser leur
isolement, de prendre confiance et de se développer. Cela est encore plus vrai lorsque les
personnes que nous rencontrons vivent diverses formes d'oppression dans tous les milieux
qu' iIs et elles rencontrent.
Se rendre compte que t'es pas tout seul à vivre ça, c'est important pour les gens de
parler, de parler de ce qu'ils ont vécu, de se rendre compte que d'autres personnes
ont vécu ça aussi, puis que ensemble, soit en reflétant ce qu'on pense ou peu
importe, mais que ensemble, dans un groupe, ils réussissent à trouver des solutions
pour leur permettre d'avancer puis finalement se prendre en charge eux-mêmes. (10)
Pour plusieurs, l'acceptation de son orientation sexuelle passera par la création d'amitiés, par
l'amour et par l'expérimentation. Une particularité des LGB, comparativement à d'autres
populations vivant de l'oppression (minorité culturelle, femmes, etc.) est que ceux-ci sont
souvent plus isolés. Par exemple, après avoir vécu une situation d'exclusion à l'école, un
jeune d'une minorité culturelle pourra entrer à la maison et trouver le support de ses parents.
Par contre, les jeunes LGB, lorsqu'ils ont besoin d'aide par rapport à une situation difficile,
auront de la difficulté à trouver du support auprès de leurs proches (famille, amis, etc.) qui
sont la plupalt du temps hétérosexuels(les). En ce sens, il est important de faire un effort
supplémentaire dans les pratiques auprès des LGB pour leur permettre de se faire un réseau
social.
Les projets et organismes qui viennent en aide aux LGB que nous avons vus à travers cette
recherche ont une composante importante de socialisation. Cela est peu coûteux, demande
peu d'efforts, mais donne des résultats importants dans l'émancipation des LGB et est porteur
de pouvoir pour ces personnes. Dans sa recherche, Diana S. Greywolf (2006) souligne que la
présence d'un réseau social est importante pour aider [es jeunes LGB à faire face aux diverses
100
situations d'homophobie et pour développer une vision positive de soi. En ce sens, améliorer
le support et avoir des lieux de socialisation positifs réduit les effets négatifs de
l'homophobie, et, en conséquence, aide la santé mentale et physique des LGB, et augmente
leur potentiel de productivité.
La participation des LGB et leur prise en charge sont des éléments centraux de l'intervention
pour bon nombre des professionnels(les). Une grande énergie est investie dans
l'accompagnement, la formation et le soutien des bénévoles dans ces organisations. Ainsi, les
LGB et leurs alliés(es) sont amenés(es) à graduellement prendre des rôles et responsabilités
dans ces organisations. Cette dernière étape est essentielle à l'empowerment, c'est celle du
passage à l'action dans le but de favoriser des changements dans l'environnement social et
les structures qui oppriment (Lee, 2001). Partager le pouvoir semble avoir deux avantages,
101
d'un côté cela permet aux LOB de développer des compétences, du pouvoir et des
expériences positives, et d'un autre côté cela permet aux organisations d'offrir de meilleurs
services, soit par leur aide-bénévole.
Choisir d'agir dans leur propre vie, dans leurs communautés et/ou dans la société afin
d'aider soi, les LGB, et lutter contre l'homophobie - Éventuellement, les LOB désireront
agir afin d'améliorer leur vie et/ou la vie des autres. Après avoir développé une vision plus
critique des sources des problèmes, les LOB pourront choisir des actions pour favoriser un
changement. Ici la notion de choix est très importante. Plusieurs professionnels(les) ont
souligné que ce choix appartient aux personnes. Le rôle des professionnels(les) est d'aider les
LOB à faire un choix éclairé. Dans plusieurs cas, poser un geste pour favoriser un
changement social peut entraîner des difficultés dans la vie personnelle, car poser un geste en
ce sens veut aussi souvent dire exposer son orientation sexuelle. Il « faut que la personne
sache que pour chaque chose que l'on fait dans la vie, il y a toujours des répercussions
positives ou négatives» (2). Nous avons remarqué à travers les pratiques des
professionnels(les) trois niveaux d'action, soit:
Choisir d'agir au niveau personnel: Pour plusieurs LOB, prendre conscience de son
orientation sexuelle éveillera plusieurs d ifficu ltés intérieures. Ces difficultés sont en
grande partie causées par l'homophobie intérieure, la haine de soi de se découvrir
différent. Devant ces difficultés, les LOB pourront choisir de devenir actifs dans leur
propre acceptation et leur propre cheminement, poser un tel geste est en fait une prise
de pouvoir sur sa propre vie, et cette étape est nécessaire au plein épanouissement de
la personne.
devront se poser comme question « Est-ce que ça vaut la peine de prendre le risque
de divulguer son orientation sexuelle? » (4). Puis, après avoir dévoilé leur orientation
sexuelle, les LGB joueront souvent un rôle de sensibilisation dans leur entourage. Par
ailleurs, les LGB pourront aussi jouer un rôle de support envers les autres LGB qu'ils
et elles rencontrent.
La construction de cette section s'est faite en trois temps. D'abord, un premier modèle de
principes a été construit à partir du cadre conceptuel par le chercheur. Ce premier modèle se
voulait un point de départ. Puis, à travers les entrevues individuelles, plusieurs principes pour
l'intervention ont été ajoutés selon les apports des divers professionnels rencontrés. Ensuite,
cette liste, contenant vingt principes, a été présentée lors de la deuxième entrevue de groupe
et a été soumise à la discussion. Le groupe avait alors pour mandat de faire consensus sur huit
principes d'intervention à retenir (voir Annexes « Jeu des principes »). À cette étape, les
professionnels(les) avaient aussi la possibilité de modifier les principes proposés ou bien d'en
ajouter. Le groupe a réussi à faire consensus sur ces huit éléments sans difficulté et a même
souligné avoir une grande confiance sur leurs choix. Finalement, cette liste a été présentée
une dernière fois au groupe de professionnels(les) lors de la troisième rencontre pour nous
assurer de leur validité. Voici les principes qui ont été retenus:
103
2. Pouvoir de choisir: Reconnaître que les LGB sont eux-mêmes et elles-mêmes les
mieux placés(es) pour trouver les réponses à leurs situations. Le rôle du professionnel est
d'encourager l'autonomie de choix et d'aider ce processus, soit en offrant les outils
nécessaires pour leur permettre de prendre des choix éclairés devant les diverses
situations complexes qu'ils et elles peuvent rencontrer. Les LGB prennent pouvoir sur
leur réalité eux-mêmes et elles-mêmes, les professionnels(les) facilitent ce processus.
3. Estime de soi et affirmation de soi: L'intervention doit favoriser une mei Ileure estime
de soi et l'affirmation de soi. Reconnaître qu'une personne LGB qui a une pauvre estime
de soi et de l'homophobie intériorisée aura plus de difficulté à vouloir améliorer sa
situation.
4. Développer des outils et des connaissances: Offrir des outils et des connaissances aux
LGB en lien avec l'orientation sexuelle, pour qu'ils et elles utilisent ces éléments afin de
s'actualiser.
5. Citoyen critique: Favoriser chez les LGB et hétérosexuels(les) une prise de conscience
du problème de l'homophobie et de l'hétérosexisme et les aider à prendre conscience de
leur rôle par rapport à ce problème et dans la construction d'une société plus ouverte.
6. Créer des espaces sans oppression: Le rôle des professionnels(les) est de favoriser la
création de milieux qui sont ouverts et exempts des diverses formes d'oppression
(homophobie, sexisme, racisme, etc.) où les LGB peuvent être réellement eux-mêmes et
elles-mêmes.
Dans la construction de cette section, il est intéressant de noter que parmi la diversité des
principes qui a été proposée les professionnels(les) en ont choisi huit qui ensemble
ressemblent à l'émergence d'un modèle des pratiques d'empowerment auprès des LGB.
Notons que parmi les principes retenus, seulement trois sont identiques aux principes
104
Le seul élément qui semble manquer dans cette construction, par rapport aux pratiques que
nous avons pu observer de ces professionnels(les), est l'importance pour les LGB de
rencontrer d'autres LGB. Comme nous avons pu le voir à travers les différentes phases du
processus d'intervention, à une certaine étape les LGB ressentent le besoin de rencontrer
d'autres LGB. Presque tous les projets que nous avons pu observer avaient une composante
de socialisation et/ou d'intervention de groupe. Il est important que les professionnels(les)
reconnaissent l'importance de cette étape, car celle-ci favorise le cheminement de ces
personnes. Ainsi, on pourrait voir un neuvième principe qui irait comme suit:
9. Joindre ses forces aux autres: Les autres LGB, une appartenance à un groupe, à une
communauté jouent un rôle important. Ils donnent aux individus l'opportunité de
partager leurs expériences, briser leur isolement, de se définir par rapport aux autres
et l'opportunité de développer du pouvoir et de la solidarité. Faire parti d'un groupe,
d'une communauté donne un pouvoir, une confiance aux individus qui à leur tour
leur permettent d'accomplir de grands pas comme le coming out. Les LGB ont
besoin de travailler ensemble pour développer leur pouvoir. Le rôle des
professionnels(les) est de favoriser ce processus en facilitant la création d'espaces où
ces personnes peuvent se rencontrer et où ils et elles peuvent développer leur
solidarité.
La construction de cette section sur les principes d'empowerment reflète toute la pertinence
de cette recherche. À travers l'ensemble de la recherche, nous avons cherché à donner la
parole aux professionnels(les), pour qu'ils et elles puissent s'exprimer sur leurs pratiques.
Puis, à travers les rencontres de groupes, nous avons cherché à aller un peu plus loin, soit en
proposant aux professionnels(les) de construire leur modèle d'intervention. En ce sens,
l'exercice de discussion, de réflexion et de décision par consensus sur les principes
d'intervention s'est avéré des plus intéressants. Encore une fois, ici il ne s'agit pas d'un
nouveau modèle d'intervention, mais bien d'une redéfinition des divers principes
d'intervention dans le contexte des pratiques d'aide auprès des LGB. Ce modèle permet de
cerner des éléments qui sont particuliers aux pratiques auprès de ces populations et d'y
lOS
indiquer clairement les éléments essentiels. Soulignons que ce processus a amené une grande
satisfaction auprès des participants(es) en leur permettant de mettre des mots sur leurs
pratiques.
La réalisation de cette recherche nous a permis d'avoir un regard unique sur les pratiques
professionnelles au Québec auprès des LGB. À travers les dernières sections, nous avons pu
voir la richesse du travail et des réflexions de ces professionnels(les). Toutefois, nous avons
pu noter à travers ce travail quelques limites que peuvent rencontrer ces praticiens, limites
qu'eux-mêmes et elles-mêmes nous ont partagées à travers les entrevues. Dans cette section,
nous aimerions discuter ces éléments, et ce, dans le but de nOlis permettre d'approfondir et
poursuivre notre réflexion sur ces pratiques et émettre quelques recommandations.
Un aspect qui est ressorti à travers les réflexions des professionnels(les), mais qui est moins
ressorti à travers les pratiques et techniques utilisées par ceux-ci, est celui de favoriser le
développement de l'esprit critique des LGB. À travers les entrevues et les rencontres de
groupes, plusieurs ont souligné l'importance de favoriser le développement de l'esprit
critique et la participation citoyenne chez les LGB. Par contre, à travers l'étude des pratiques,
nous avons pu percevoir peu d'éléments dans l'intervention pour aller en ce sens.
L'intervention mettra l'accent sur le développement de l'estime de soi, de l'affirmation de soi
et du bien-être des participants(es). Une fois cela retrouvé, dans le contexte de pratiques
d'empowerment, le processus d'intervention devrait chercher à aller plus loin, et à créer des
contextes de dialogue qui favorisent les prises de conscience par rapport aux diverses formes
d'oppression qui les entourent, de leurs sources et de leurs impacts. Puis, au fur et à mesure
que ce processus se fait, favoriser la prise en charge des participants(es) à s'engager dans des
actions pour transformer ces réalités personnelles, interpersonnelles et collectives.
106
Dans le cas des LGB, le développement de l'esprit critique est aussi lié au développement du
bien-être. Comme l'a indiqué Ninacs (2003, p. 25), « [l]e développement d'une conscience
critique serait requis pour surmonter les obstacles psychologiques, car elle permet de
comprendre que les problèmes ne sont pas tous individuels, ni dans leurs causes ni dans leurs
solutions. » En ce sens, favoriser le développement de l'esprit critique chez les LGB leur
permettra de comprendre les difficultés qui leur appartiennent individuellement (image de
soi, préjugés, etc.) et de comprendre les enjeux extérieurs, qui appartiennent aux autres, en
lien avec l'homophobie et l'hétérosexisme, ainsi que de comprendre les impacts de ces
enjeux sur leur vie. Développer l'esprit critique permet de comprendre les sources des
problèmes, leurs conséquences, les pistes de solution, et aussi de comprendre la
responsabilité personnelle et collective de ces problèmes et de leurs solutions.
À notre connaissance, il existe peu d'outils qui cherchent à expliquer et à favoriser les
cheminements critiques spécifiques des personnes LGB. Les méthodes utilisées pour
favoriser ce cheminement critique doivent être adaptées au contexte de l'orientation sexuelle
et de l'homophobie. En ce sens, ici lorsque nous parlons d'oppression envers l'orientation
sexuelle nous parlerons des formes subtiles et moins subtiles d'oppression que les LGB ont
subi ou subissent dans leurs divers milieux de vie. Ainsi, un rôle important des
professionnels(les), est celui de favoriser ce processus réflexif, souvent par le dialogue, sur
les diverses expériences personnelles en lien avec l'homophobie et l'hétérosexisme. Cet
élément devrait se retrouver au centre des pratiques, tout comme celui de l'estime de soi et du
développement d'outils. Faire cela permet aux LGB de mieux comprendre les phénomènes
qui ont des impacts sur leurs réalités et en comprenant ces phénomènes se positionner par
rapport à ceux-ci et choisir d'agir ou non pour changer ces réalités. Ce processus leur permet
d'acquérir un pouvoir intérieur, celui de mieux comprendre les phénomènes, et par cela, leur
permet de développer les bases pour développer des outils pour faire face à leurs diverses
difficultés.
107
Écouter et rencontrer ces divers professionnels(les) à travers les entrevues et les rencontres de
groupe a soulevé différentes interrogations sur le développement des pratiques d'aide aux
LGB. Ces professionnels(les) ont souvent développé ces pratiques à travers leur expérience
terrain. Plusieurs ont un vécu comme LGB et peuvent utiliser ce bagage d'expériences pour
comprendre et aider d'autres LGB, parfois ce bagage peut représenter un obstacle. Pour les
autres, en plus d'apprendre ce métier, ils et elles doivent se familiariser avec les réalités et les
difficultés de ces populations.
Parmi les professionnels(les) LGB, ceux et celles qui ont fait un cheminement personnel
et/ou qui ont participé à un ou des services semblent avoir une longueur d'avance sur les
autres. En ce sens, une personne qui a vécu un cheminement d'émancipation et
d'empowerment, qui a développé son sens critique et des outils d'adaptation, semble être
mieux outillée pour aider d'autres personnes dans ce même processus. L'empowerment est un
processus parfois difficile à comprendre et intégrer. Une des meilleures façons de faire cela
est probablement d'en avoir une expérience personnelle. Cette espérience servira de base qui
permettra de mieux comprendre les principes en lien avec cette approche, et permettra de
mieux comprendre le processus à développer à travers le travail avec des populations.
Dans les dernières années, il y a eu une expérience similaire qui a été mise en place pour les
professionnels(les) qui travaillent auprès des LGB dans la région de Québec. Ces rencontres
étaient animées par un professionnel avec plus d'expérience. Elles se tenaient une fois par
mois et duraient un après-midi entier. Lors de ces rencontres, les professionnels(les) étaient
invités à discuter des situations spécifiques d'intervention qu'ils et elles avaient vécues. Ces
rencontres ont permis aux professionnels(les) de prendre un recul par rapport à leurs
pratiques, d'échanger, de développer une solidarité entre eux, et de poursuivre leur
développement professionnel. Il est assez récent qu'il y ait des pratiques professionnels(les)
auprès des LGB. Les professionnels(les) qui s'y aventurent, développeront directement dans
l'action les pratiques auprès de ces populations. Se joindre à un groupe de professionnels(les)
leur permettrait d'accéder à plusieurs connaissances expérientielles et ainsi de se donner
collectivement des outils pour réaliser leur travail.
À travers les pratiques des professionnels(les) que nous avons rencontrés, l'intervention
collective et la défense des droits semblent prendre une place moins importante par rapport
aux autres types d'intervention. Un professionnel nous a partagé qu'il aimerait que les
organisations et les professionnels(les) soient « plus audacieux », « plus vites à dénoncer les
choses» et plus « penchés sur la défense des droits» (5). Bon nombre des projets auprès des
LGB ont des implications collectives. Pensons à l'organisation d'activités importantes lors de
la journée de lutte contre l'homophobie, à l'accompagnement de projets scolaires, aux
démarches liées à la reconnaissance politique pour obtenir le financement nécessaire au
fonctionnement d'un organisme, etc. Nous croyons que les intervenants(es) pourraient
profiter davantage du développement d'outils d'intervention collective et que les
organisations pour LGB auraient avantage à donner une place plus importante à ces
interventions. Pour réaliser cela, la valeur de justice sociale auprès des professionnels(les) est
essentielle: « Sans une valeur centrale de justice sociale, la pratique du travail social ne peut
pas intégrer l'action sociale et le changement social à l'intérieur des pratiques courantes. »
109
(traduit de Breton, 2006, p. 34) En ce sens, les pratiques resteront centrées sur les enjeux
individuels du changement et d'adaptation, sans toucher aux enjeux collectifs.
Ici l'action collective peut s'amorcer directement du vécu des personnes LGB. Prenons un
exemple concret qui a marqué les pratiques du Réseau des Alliés de la région de Québec. Une
professionnelle au cégep F.X. Garneau de la région de Québec a reçu comme mandat de créer
un service pour les étudiants(es) LGB. Celle-ci a débuté par la création d'un groupe de
soutien qui se réunissait une fois par semaine et par l'organisation d'activités de socialisation.
Après quelque temps d'activités, quelques participants(es) au groupe de discussion ont
partagé de vivre des situations spécifiques et parfois complexes de discrimination au cégep.
Devant cela, les participants(es) au groupe, accompagnés de cette professionnelle, ont
poursuivi leurs réflexions et ont commencé à explorer les pistes de solution. Leur choix s'est
arrêté sur la création d'un comité qui allierait des professeurs, professionnels(les) et
étudiants(es) du cégep ouverts et désireux d'aider à améliorer le climat d'ouverture aux
diversités et à lutter contre l'homophobie. Les étudiants(es) et la professionnelle ont ciblé des
professeurs et des professionnels(les) qui pourraient être intéressés par un tel projet et les ont
invités à une rencontre pour présenter leur situation et leur idée d'action. Un comité, alliant
les professeurs, professionnels(les) et étudiants(es), fût ainsi formé. Ce comité se rencontre
tous les mois et se donne pour mandat de discuter de la diversité sexuelle au cégep, de
l'homophobie et de l'hétérosexisme, et de discuter d'activités et d'actions qui peuvent être
réalisées afin d'améliorer la situation. Ce comité a fait preuve d'une grande efficacité. Les
étudiants(es) LGB peuvent partager leurs réal ités et les difficu ltés qu' ils et elles rencontrent,
participer à un processus de changement social et ainsi graduellement développer un
sentiment de sécurité et de pouvoir dans leur cégep. Puis, les travailleurs peuvent, en écoutant
les expériences des étudiants(es) être sensibilisés aux difficultés qu'ils et elles peuvent
rencontrer et ainsi améliorer leur compréhension du vécu de ces étudiants(es). Ensemble, les
travailleurs et étudiants(es), peuvent choisir des actions afin de lutter contre l'homophobie et
améliorer des conditions pour les LGB du cégep.
À travers cet exemple on voit que le rôle du professionnel n'est pas de faire le travail à la
place des participants(es), mais de joindre ses forces à ceux-ci afin de les aider dans leurs
110
réflexions et leurs choix d'actions, et de faire ce cheminement réflexif et ces actions avec eux
et elles. Cet exemple reflète bien comment ce qui est vécu par un groupe de LGB peut
graduellement se transformer en une intervention qui touchera l'ensemble des personnes et
aura un impact significatif sur le bien-être des LGB.
Il serait intéressant d'approfondir les pratiques d'actions collectives, car les quelques
exemples qui ont été notés lors des entrevues, soit principalement des projets scolaires, ont
rapidement eu des impacts positifs, significatifs, et ce pour un faible coût social et
économique. Les projets communautaires, les actions collectives ont une plus grande portée,
car ces projets et actions peuvent avoir des impacts positifs dans les communautés
hétérosexuelles tout comme pour les communautés LGB, et ainsi graduellement changer le
problème structurel. Il est essentiel de ne pas oublier que l'homophobie et l'hétérosexisme
sont aussi des problèmes collectifs et structurels qui demandent des solutions collectives et
structurelles (Lee, 2001). Ainsi, une étape essentielle des pratiques sociales pour venir en
aide aux personnes LGB est de développer et de multiplier des pratiques qui rejoignent cette
dimension.
Ces pratiques n'ont pas besoin de se substituer aux pratiques individuelles. Bien au contraire,
elles peuvent travailler en synergie avec celles-ci et s'interinf1uencer : « L'engagement dans
Je changement social peut favoriser la guérison personnelle, et la guérison personnelle peut
favoriser J'action sociale; les deux peuvent se produire simultanément. » (Breton, 2006, p.35)
Ainsi, favoriser une telle synergie dans les pratiques auprès des LGB permet de réaliser deux
tâches importantes, soit d'un côté favoriser l'émancipation des LGB et d'un autre favoriser
un changement social.
CONCLUSION
112
TI reste de nombreux défis pour parler d'une pleine acceptation de la diversité sexuelle dans
les divers milieux de notre société. Lorsqu'existants, les organismes et projets pour LGB sont
souvent sous-financés et fragiles. Plusieurs milieux et organisations de la santé, des services
sociaux et de l'éducation continuent d'ignorer les besoins des LGB et parfois vont même
jusqu'à alimenter les préjugés. L'absence de services est un problème important pour les
LGB, ceux-ci se retrouvent trop souvent isolés et vivent diverses difficultés liées à
l'homophobie et l'hétérosexisme qui les entourent. L'empowerment est une approche fort
intéressante dans ce contexte. Elle propose aux personnes de transformer leur vie et leur
société à la fois. Ainsi, la transformation personnelle devient un moteur de transformation
sociale qui pourra avoir à son tour un impact positif sur le développement de services.
Par cette recherche nous avons voulu approfondir et explorer comment les pratiques sociales
liées à la perspective d'empowermenl peuvent être expliquées et mises en place dans le
contexte de ('aide auprès des LGB. L'objectif était large, car les pratiques d'empowerment
sont très vastes et elles peuvent prendre de multiples formes. En ce sens, nous ne croyons pas
avoir réussi à répondre entièrement à cet objectif et il reste encore de nombreux angles qui
mériteraient d'être étudiés. Par contre, nous croyons avoir porté un regard intéressant sur les
pratiques de ces professionnels(les) rencontrés et ainsi avoir contribué à la compréhension et
à l'évolution de ces pratiques. Nous croyons que les pratiques d'empowermenl ont joué un
113
rôle essentiel dans le développement des services pour les LGB au Québec et que très peu de
recherches se sont intéressées à ce sujet. Il serait donc avantageux de poursuivre les
réflexions et recherches sur ces pratiques.
Un élément clé de cette recherche a été de trouver une méthodologie qui nous permettait
d'atteindre nos objectifs. D'abord, les entrevues nous ont permises de jeter un premier regard
sur l'expérience, les pratiques et les réflexions des professionnels(les). Puis, les rencontres de
groupe nous ont permis de proposer à un groupe de professionnels(les) de s'impliquer dans la
construction de ce modèle. Lors des rencontres de groupe, les professionnels(les) ont été
invités à décrire leurs pratiques, et, à travers le dialogue, ils et elles ont été amenés à
confronter leurs opinions et à faire des choix. Cet exercice s'est avéré fort stimulant et
intéressant pour les professionnels(les) qui y voyaient une occasion de prendre un recul sur
leur travail et de contribuer très concrètement à l'évolution des pratiques. Les résultats de cet
exercice sont bien enrichissants. Les rencontres de groupes auront permis de définir quelques
éléments centraux de cette recherche comme les étapes d'intervention et les principes
d'intervention. Puis, à travers l'analyse, nous avons cherché à aller un peu plus loin, et nous
avons proposé un nouvelle définition des pratiques d' empowerment auprès des LGB et une
explication de celle-ci. En somme, le processus nous a permis de jeter les prémisses d'un
modèle et de dégager des principes des pratiques d'empowerment auprès des LGB qui se
veulent concrètes, accessibles et représentatives des pratiques et réflexions qui nous ont été
partagées.
Les professionnels(les) que nous avons rencontrés ont des parcours remarquables. Ils ont
souvent un vécu personnel comme LGB et ont choisi d'aider les LGB dans leur acceptation,
ou bien, ils sont hétérosexuels(les) et se sont sentis interpellés comme Allié envers ces
populations. À travers leur travail, ils et elles ont créé au fur et à mesure divers services et
organismes adaptés aux réalités et aux besoins des LGB. Dans le développement de ces
pratiques, l'idée n'était pas de repartir à zéro, mais de s'inspirer des pratiques déjà existantes
et de les adapter aux réalités et besoins des LGB. Ces stratégies trouvent leurs fondations
dans des principes parallèles à ceux de l'empowerment. Ces professionnels(les) ont mis
l'accent dans leurs pratiques sur: l'estime de soi afin de contrer l'homophobie intériorisée;
114
développer des espaces sans oppression afin de briser l'isolement; et, développer les forces
de ces personnes afin de favoriser leur participation à la construction d'une société plus
ouverte.
II est essentiel de poursuivre le développement de la réflexion autour des pratiques auprès des
LGB. Comme nous avons pu le voir dans cette recherche, les professionnels(les) peuvent
jouer un rôle important dans ce développement. Malgré le nombre grandissant de projets,
services et organismes auprès de ces populations, les pratiques auprès des LGB ont été peu
étudiées au Québec. Il serait donc intéressant de réaliser de nouvelles recherches et réflexions
sur les pratiques auprès des LGB. Ces recherches pourraient avoir un impact important sur
l'évolution de notre société vers une plus grande ouverture et inclusion.
Pour notre part, nous aimerions poursuivre en créant un guide des pratiques d'empowermenl
auprès des lesbiennes, gais et bisexuels(les) à l'usage des professionnels(les). Ainsi, une suite
logique à cette recherche est de retourner sur le terrain de la pratique et de vérifier si les
éléments qui ont été développés dans cette recherche peuvent réellement aider le travail des
profess ionne Is(les).
Encore une fois, nous aimerions souligner le travail essentiel des professionnels(les) que nous
avons rencontrés. Ceux-ci représentent un espoir important pour le bien-être des populations
LGB. Ces professionnels(les) sont présentement en train de développer, directement dans
l'action, des modèles de services qui, nous espérons, pourront inspirer la création de
nombreux projets pour les LGB d'ici et d'ailleurs.
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Erik Bisson, Intervenant et responsable du projet Jeunesse Idem, organisme pour jeunes
Allosexuels(les) entre 14 et 25 ans de la région de l'Outaouais. Il milite activement en faveur
de l'équité des droits de la communauté allosexuelle depuis plus de 10 ans.
Sarah Blumel, Cocoordonnatrice au Projet 10. Elle a fait des études en théâtre à Concordia
avant de faire un baccalauréat en travail social à McGilJ.
Bill Ryan, travailleur social, chercheur et andragogue, est professeur adjoint à l'École de
service social de l'Université McGill à Montréal et formateur pour le Ministère de la Santé et
des Services sociaux du Québec.
GRIS-Québec
Organisme d'éducation et de sensibilisation, GRIS-Québec fait la promotion d'une vision
positive de l'homosexualité et de la bisexualité en offrant des activités de démystification
dans les écoles et les milieux jeunesse, un espace sécuritaire (L'accès) et des groupes de
discussion aux jeunes, ainsi qu'en faisant la lutte à J'homophobie notamment par la mise en
place d'un Réseau des Alliés.
Jeunesse Idem
Jeunesse Idem est un organisme d'aide et de soutien pour les jeunes gais, lesbiennes,
bisexuels(les) et en questionnement entre 14 et 25 ans de la région de l'Outaouais. JI offre
aux jeunes divers services, soutien individuel, groupes de discussion et activités. De plus,
l'organisme offre des ateliers de sensibilisation à la diversité sexuelle dans les milieux
jeunesse de la région.
MIELS-Québec et PRISME-Québec
MIELS-Québec (Mouvement d'information et d'Entraide dans la Lutte contre le Sida), est un
organisme communautaire fondé en 1986 afin de répondre aux enjeux soulevés par VIH-sida.
MIELS-Québec axe ses services sur le maintien dans la communauté, les liaisons avec les
communautés, et la vie communautaire. Depuis 1998, MIELS-Québec soutient PRISME
Québec. Ce programme offre un service d'accueil, de référence et d'accompagnement
individuel entre pairs à J'intention des hommes qui ont des interrogations ou qui éprouvent
des difficultés en lien avec leur orientation sexuelle. PRISME-Québec offre également des
groupes de discussion pour les hommes homosexuels, bisexuels ou en questionnement de
plus de 25 ans.
Courriel : [email protected]
Site web: www.miels.org
Projet 10
Projet 10 travaille à promouvoir le bien-être personnel, social, sexuel et mental des jeunes et
adultes lesbiennes, gais, bisexuel(le)s, transgenres, transsexuel(le)s, bispirituel(le)s,
intersexués et en questionnement agé(e)s entre 14 et 25 ans de la région de Montréal. Par la
sensibilisation et à l'aide de la défense des droits ainsi qu'en utilisant l'approche de réduction
des méfaits, Projet 10 vise à faciliter l' empowerment des jeunes au niveau individuel,
institutionnel et dans la communauté par le biais de support envers les individus et les
groupes qui vivent un entrecroisement d'oppression.
6, Weredale Park
Montréal, (Québec) H3Z 1Y6
Téléphone: 514-989-4585
Courriel: [email protected]
Site web: www.p10.qc.ca
Séro Zéro
Action Séro Zéro est un organisme communautaire montréalais, actif depuis 1991, qui
propose aux hommes gais, bisexuels ou ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes
divers services gratuits de promotion de la santé et de prévention du V1H1sida et des
infections transmissibles sexuellement et par le sang (lTSS).
Adresse postale:
Action Séro Zéro, C.P. 246, Suce. C, (Montréal) H2L 4Kl
Téléphone: 514-521-7778
Site web: www.sero-zero.qc.ca
123
ANNEXE B
7- Point ouvert
• Prochaine rencontre: Construction d'un modèle d'intervention, local
• Avez-vous des questions, suggestions, commentaires?
8- Fin de la rencontre
125
1 - Ouverture
Bonjour et comment ça va?
Présentation de la rencontre
3- Enquêtes terrain
Retour sur les enquêtes terrain réalisées.
7- Fin
126
1 - Ouverture
Bonjour et comment ça va?
Présentation de la rencontre
3- Enquêtes terrain
Retour sur les enquêtes terrain réal isées.
4- Modèle d'empowerment
Présentation du modèle d'empowerment et discussion
7- Fin
127
ANNEXEC
Madame, Messieurs,
Dans le cadre des travaux de la toute nouvelle politique de lutte contre l'homophobie, le
premier ministre du Québec vous invite, en tant qu'expelts(es), à faire partie d'un groupe de
travail mixte pour la création d'un modèle d'intervention afin de venir en aide aux personnes
homosexuelles et bisexuelles.
Votre mandat est de déterminer les 8 principes d'intervention les plus importants pour venir
en aide aux LGB. Ces 8 principes représenteront la base du modèle d'intervention québécois.
Vous trouverez ci-joint une liste de principes d'intervention qui ont été inspirés de lectures
d'un grand nombre de textes nord-américains et d'entrevues individuelles réalisées dans le
cadre d'une recherche québécoise à Montréal, Gatineau et Québec auprès de 6
professionnels(\es).
Vous avez le droit d'utiliser cette liste, vous avez le droit de modifier ces principes et vous
avez le droit de créer des principes d'intervention en dehors de cette liste.
Mise en garde!!! Un principe doit contenir seulement un principe, ou une idée générale. On
ne peut pas présenter deux principes dans le même énoncé. Celui-ci doit être modifié,
fusionné et ne donner qu'un seul principe.
Le sors de la diversité sexuelle du Québec repose sur vos épaules! Bonne chance! Et au nom
de la nation québécoise, je vous remercie de votre dévouement à la cause!
1. Vision diversifiée: Les professionnels(les) devraient offrir une vision la plus large
possible de ce que peut vouloir dire être LGB, donner un système de valeurs large,
des connaissances diversifiées, et diverses possibilités d'expérimentation.
3. Pouvoir de choisir: Reconnaître que les LGB sont eux-mêmes et elles-mêmes les
mieux placés pour trouver leurs réponses à leurs situations. Le rôle du professionnel
est d'encourager l'autonomie de choix et d'aider ce processus, soit en offrant les
outils nécessaires pour leur permettre de prendre des choix éclairés devant les
diverses situations complexes qu'ils et elles peuvent rencontrer. Les LGB prennent
pouvoir sur leur réalité eux-mêmes et elles-mêmes, les professionnels(les) facilitent
ce processus.
4. Encourager à agir: Encourager les LGB à agir lorsque cela est possible pour faire
changer les choses, à prendre position dans leur vie et ne pas prendre pour acquis les
avancements politiques, car ils restent fragi les, mais les encourager à mi liter pour que
les choses continuent à s'améliorer.
5. Favoriser de la solidarité entre les LGB: Pour que les LGB ensemble brisent leur
isolement, se créent une chimie et une énergie qui favorisera leur entraide et leur
pouvoir. «Je vais t'écouter, tu vas m'écouter, pis on va passer à travers ça
ensemble ».
10. Dans leurs mots: Les professionnels(les) devraient encourager les LGB qu'ils et
elles rencontrent à donner leurs opinions, s'expriment sur leurs vécus, trouvent leurs
explications, dans leurs mots.
Il. Faire partie d'un groupe: Le groupe joue un rôle important, lieu de normalisation,
il donne aux individus l'opportunité de partager leurs expériences, briser leur
isolement et l'opportunité de développer du pouvoir (une énergie) et leur solidarité.
Le groupe donne un pouvoir aux individus qui à leur tout leur permet d'accomplir de
grands pas comme le coming out. Les LGB ont besoin de travailler ensemble pour
développer leur pouvoir (empowerment);
13. Développer des outils et des connaissances: Offrir des outils et des connaissances
aux LGB en lien avec l'orientation sexuelle, pour qu'ils et elles utilisent ces éléments
afin de s'actualiser.
14. Citoyen critique: Favoriser chez les LGB une prise de conscience du problème de
1'homophobie et de l'hétérosexisme et les aider à prendre conscience de leur rôle par
rapport à ce problème et dans la construction d'une société plus ouverte.
15. Favoriser le dialogue critique: C'est à travers le dialogue que les LGB et les
hétérosexuels peuvent prendre conscience du phénomène de l'homophobie et de
l'hétérosexisme. Le dialogue permet de développer l'esprit critique et de prendre
conscience des phénomènes d'oppression.
16. Créer des espaces sans oppression: Le rôle des professionnels(les) est de favoriser
la création de milieux qui sont ouverts et exempts des diverses formes d'oppression
(homophobie, sexismes, racismes, etc.) où les LGB peuvent être réellement eux
mêmes et elles-mêmes.
19. Des vainqueurs: Les professionneJs(les) devraient voir les personnes comme des
vainqueurs et non comme des victimes.
The document presents varying opinions on whether social workers for the LGB community should be LGB. Being LGB is viewed as advantageous as it facilitates a deeper empathetic connection, offers personal insight into the challenges of coming out, and can help build trust with clients who see a reflection of their experiences. LGB professionals can serve as positive role models, which is crucial for those lacking such figures in their environment. However, competence and skills are emphasized as more critical than sexual orientation; a non-LGB professional who is understanding and experienced might be preferred over an LGB one lacking essential skills. Furthermore, there's caution against LGB professionals projecting personal experiences onto clients, which underscores the need for professional boundaries and competencies .
Early LGB projects and services in the 1980s primarily focused on addressing the crisis of HIV/AIDS, particularly within the gay community. These initiatives aimed to raise awareness about HIV prevention and support individuals affected by the virus. This era marked the urgent development of health services for gay and bisexual men. Although the initial focus was not directly on aiding LGB individuals or combating homophobia, over time, the necessity to support the community in this crisis fostered a broader network of services that ultimately sought to improve the overall well-being of the homosexual and bisexual populations. Key organizations like Gai Écoute and Gay Line, established in the late 1970s and early 1980s, became foundational in offering support and have since been instrumental in expanding services tailored to LGB individuals, adapting to their evolving needs and promoting acceptance and rights .
The concept of empowerment in social work for LGB individuals is intrinsically linked to broader social change initiatives by encouraging individuals to engage both personally and collectively in activism and advocacy. Empowerment practices equip LGB individuals to recognize their rights and challenge systemic oppression. This dual focus on personal agency and systemic transformation encourages LGB individuals to participate actively in societal issues, contributing to broader change. Additionally, empowerment in social work aims to dismantle internalized biases, which fuels broader societal acceptance and equality, thus promoting a culture of inclusion and diversity .
Empowerment practices play a critical role in combating internalized homophobia among LGB individuals by fostering environments where individuals can challenge negative self-perceptions instilled by societal biases. These practices emphasize the importance of building self-esteem and providing spaces free of oppression to counteract the effects of internalized homophobia and heterosexism. Empowerment initiatives aim to facilitate a reclamation of personal power and encourage self-affirmation by offering tools to question and dismantle ingrained prejudices. This approach not only helps individuals develop a positive self-image but also promotes resilience against broader societal discrimination .
Social support groups for LGB youth foster empowerment and self-acceptance by providing a space where individuals can share common experiences and challenges openly, without judgment. These groups offer validation, reduce feelings of isolation, and allow participants to witness peers overcoming similar obstacles. By engaging in group dialogues, participants explore issues related to their orientation and homophobia, developing a critical understanding which encourages personal empowerment. Additionally, witnessing others navigate their coming out process and gain confidence contributes to individuals gaining a sense of communal strength, which is essential for developing a positive self-identity .
Interviews with professionals provide critical insights that refine empowerment strategies for LGB interventions by highlighting practical experiences, challenges, and successful methodologies. The professionals shared diverse perspectives on empowerment practices, allowing researchers to identify best practices and common pitfalls. These shared experiences informed a more nuanced understanding of effective empowerment approaches by incorporating the lived realities of both service providers and LGB individuals. Consequently, this collective knowledge facilitated the adaptation and customization of empowerment models to better meet the specific needs of the LGB community .
The adaptation of social services to the needs of the LGB community has evolved significantly, transitioning from primarily focusing on health crises like HIV/AIDS in the 1980s to encompassing a broader spectrum of support addressing mental health, social integration, and legal rights. Over the years, services have become more inclusive and diversified, expanding to meet the various needs of the LGB community, such as combating homophobia in schools and providing dedicated support for young people. This evolution is marked by the development of multifaceted programs that offer peer support, professional counseling, and advocacy for rights, reflecting a comprehensive approach to enhancing the well-being of LGB individuals .
Initiatives such as GRIS and Project 10 significantly reshaped the support structure for young LGB individuals by concentrating on demystifying homosexuality and addressing homophobia within educational contexts. GRIS implemented practical intervention strategies in schools, where volunteers share personal experiences to foster understanding and acceptance, directly countering stereotypes and misconceptions. Project 10 focused on providing comprehensive support services for young people, including discussion groups and artistic projects, which allowed youth to explore identity in supportive environments. These initiatives questioned the status quo of educational environments, ensuring the institutions became more inclusive, informed, and responsive to the needs of LGB youth .
Professionals encounter several challenges when implementing empowerment practices with LGB individuals, such as navigating personal biases, respecting diverse personal narratives, and the risk of unintentionally imposing a one-size-fits-all approach. The document suggests that professionals should be adaptable and conscious of the unique circumstances each client faces, tailoring interventions to suit specific needs. It is crucial for professionals to undergo introspection to maintain professional boundaries, particularly for LGB professionals to prevent self-experiences affecting client interactions. Continuous training and reflection on empowerment techniques help professionals provide effective support and adapt to the dynamic scenarios they encounter .
Individual and group empowerment practices are crucial in fostering self-acceptance among LGB youth by creating supportive spaces where they can engage in self-exploration and dialogue about their experiences. Individual practices focus on helping youth recognize their strengths and build self-esteem. Group practices, on the other hand, enhance their sense of belonging and validation by sharing common experiences with peers. These interactions facilitate open discussions about orientation, identity, and external pressures, enabling LGB youth to develop confidence and self-acceptance, reducing the influence of stigma and internalized homophobia .