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Recherches amérindiennes au Québec
La relation entre Autochtones et gouvernements provinciaux
vue à la lumière du développement nordique au Québec et en
Ontario
What Northern Development Strategies Can Tell About the
Provinces’ Relationship with First Peoples: A Case Study of
Ontario and Québec
La relación entre indígenas y gobiernos provinciales a la luz
del desarrollo del Norte en Quebec y Ontario
Alexandre Germain
Volume 41, numéro 1, 2011 Résumé de l'article
Le Québec n’est pas la seule province canadienne à se tourner vers le Nord
Plan nord, éducation et droit pour assurer son développement économique. L’Ontario a dévoilé des pans
importants de sa stratégie nordique peu avant la publication du Plan Nord du
URI : https://id.erudit.org/iderudit/1012711ar gouvernement du Québec. Cet article propose une analyse synthétisée des
DOI : https://doi.org/10.7202/1012711ar principaux documents définissant l’approche des deux gouvernements et fait
une comparaison de leur vision respective du développement, de la relation au
territoire qu’ils suggèrent et de la relation entre les Autochtones et l’État qui est
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mise de l’avant par chacun. Il en ressort des différences d’ampleur, de moyens,
de démarche, d’acteurs et de relations qui semblent avoir un lien avec la
relation qu’entretient chacune des deux provinces avec le fédéralisme
Éditeur(s) canadien. En d’autres mots, l’influence du fédéralisme canadien sur les
stratégies de développement nordique provinciales et sur les relations avec les
Recherches amérindiennes au Québec
Autochtones n’est pas uniforme.
ISSN
0318-4137 (imprimé)
1923-5151 (numérique)
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Citer cet article
Germain, A. (2011). La relation entre Autochtones et gouvernements
provinciaux vue à la lumière du développement nordique au Québec et en
Ontario. Recherches amérindiennes au Québec, 41(1), 91–95.
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La relation entre Autochtones et gouvernements
provinciaux vue à la lumière du développement
nordique au Québec et en Ontario
L
Alexandre E QUÉBEC ET L’ONTARIO disposent que l’identité nationale majoritaire
Germain chacun d’un important terri- en Ontario est canadienne).
Université du toire nordique peu développé Ce texte actualise, en les schéma-
Québec à Montréal en raison principalement de la diffi- tisant, les grandes lignes d’une com-
culté d’y accéder. La conjoncture paraison des approches québécoise
économique mondiale, qui laisse et ontarienne, décrite plus longue-
entrevoir une importante croissance ment dans une publication spéciale
de la demande en ressources natu- du réseau DIALOG (Germain 20121).
relles de la part des économies émer- Notre objectif est ici de faire res-
gentes, crée les conditions propices sortir, par contraste, les spécificités
à une poussée du développement de l’approche québécoise telle que
vers le Nord. C’est dans ce contexte suggérée par le Plan Nord. Pour
que les gouvernements du Québec faciliter sa compréhension, l’infor-
et de l’Ontario ont dévoilé, quasi mation a été synthétisée à l’aide de
simultanément, leurs nouvelles poli- deux tableaux et est accompagnée
tiques de développement nordique. d’un court texte d’interprétation des
Au Canada, le Nord est cette principales différences entre les
région où, presque par définition, deux approches.
il se produit une rencontre entre Nous invitons donc le lecteur à
Autochtones et non-Autochtones. porter une attention spéciale à ces
Les politiques de développement tableaux : le premier synthétise les
nordique sont donc des enjeux clés plans de développement nordique
dans l’étude des relations entre les de l’Ontario et du Québec et le
Autochtones et les États. La simul- deuxième identifie des éléments
tanéité des démarches québécoise contrastants. Mentionnons que, alors
et ontarienne incite à en faire la que la politique nordique du Québec
comparaison. L’intérêt de cette com- est redéfinie dans un document
paraison réside dans la profonde intitulé Plan Nord. Faire le Nord
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différence du rapport de chacune de ensemble : le chantier d'une génération
(Québec 2011), la nouvelle politique
ces provinces avec la fédération
ontarienne s’appuie sur deux docu-
canadienne, alors que leurs gouver-
ments complémentaires : Loi relative
nements émanent de deux majorités
à l’aménagement et à la protection du
nationales différentes (en présumant
Grand Nord – « Ontario Far North
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Tableau 1
Synthèse des plans de développement nordique de l’Ontario et du Québec
PLAN DE DÉVELOPPEMENT LOI RELATIVE À L’AMÉNAGEMENT ET À LA PLAN DE CROISSANCE DU NORD PLAN NORD. FAIRE LE NORD ENSEMBLE : LE CHAN-
NORDIQUE PROTECTION DU GRAND NORD DE L’ONTARIO DE L’ONTARIO TIER D’UNE GÉNÉRATION (QUÉBEC)
(ONTARIO FAR NORTH ACT)
Date de publication 25 octobre 2010 3 mars 2011 9 mai 2011
Territoire visé Les 42 % nordiques de la province Les 90 % nordiques de la province Les 72 % nordiques de la province
Population du 24 000 personnes, dont environ 800 000 personnes, dont environ 120 000 personnes, dont au moins
territoire visé 22 000 autochtones des nations crie 140 000 francophones et 33 000 autochtones des nations crie, inuite,
et ojibwa 100 000 autochtones innue et naskapie (les Algonquins et les
Attikameks ne sont pas mentionnés)
Nature du document Loi provinciale Énoncé de politiques publiques et plan Énoncé de vision, document promotionnel et
quinquennal plan quinquennal
Démarche Consultative et délibérative (en assemblée Consultative, sous l’égide du ministère de Consultative et partenariale (en tables de négo-
d’élaboration législative), sous l’égide du ministère des l’Infrastructure et du ministère du ciation), sous l’égide d’un comité ministériel
Richesses naturelles Développement du Nord, des Mines et présidé par le ministère des Ressources natu-
des Forêts relles et de la Faune
Objectifs 1) « Favoriser un rôle important pour les Planifier la croissance sur un horizon de Les objectifs ne sont pas explicites mais
Premières nations dans l’aménagement 25 ans : l’extrait suivant en traduit l’esprit, tout en
du territoire » 1) Permettre une croissance basée sur une laissant place à l’interprétation : « Le Plan
2) « Protéger les zones à valeur culturelle économie robuste et des collectivités fortes Nord doit être un projet exemplaire de
et les écosystèmes dans le Grand Nord en développement durable qui intègre le déve-
2) Favoriser un processus rationnel et
incluant une superficie d’au moins loppement énergétique, minier, forestier,
équilibré de prise de décision
225 000 kilomètres carrés dans un réseau bioalimentaire, touristique et du transport, la
3) Permettre une croissance planifiée de mise en valeur de la faune ainsi que la
interrelié de zones protégées désignées
manière large et intégrée protection de l’environnement et la
dans les plans communautaires
d’aménagement du territoire » 4) Définir une vision à long terme et conservation de la biodiversité. Il favorisera le
prévoir la coordination des politiques de développement au bénéfice des commu-
3) « Maintenir la diversité biologique, les
croissance entre tous les niveaux de nautés concernées et du Québec tout entier,
processus et fonctions écologiques, y
gouvernement et ce, dans le respect des cultures et des
compris le stockage et la séquestration du
identités. » (p. 14)
dioxyde de carbone dans le Grand Nord »
4) « Permettre un développement
économique durable qui profite aux
Premières nations »
Contenu Les modalités d’un aménagement Dans les domaines de l’économie, de la • Une vision du développement
communautaire du Grand Nord : population, des communautés, des infras- • Des projets d’investissements sociaux
• stratégie d’aménagement du Grand tructures, de l’environnement et des
• Des projets d’investissement dans le secteur
Nord par le ministre peuples autochtones
des ressources
• équipes mixtes de planification • des principes directeurs
• Des projets d’investissement en matière de
communautaire • des politiques générales transport et de communication
• déclaration de principes par des • des politiques spécifiques • Des mesures de protection des écosystèmes
organismes paritaires
• Un cadre financier
Act » (Ontario 2010) et Plan de croissance du Nord de Concernant d’abord la vision du développement nor-
l’Ontario (Ontario 2011). Notre analyse porte sur ces dique, les approches québécoise et ontarienne présentent
trois textes. Le premier tableau présente de manière syn- des différences d’ampleur (projet de société vs planifica-
thétique la portée et le contenu de ces textes, sans entrer tion territoriale), de moyens (création de Société d’État et
dans les détails (voir le texte d’Hugo Asselin, dans ce investissement majeurs vs principes directeurs et adop-
numéro, pour une discussion critique de la place des tion d’une loi), de démarche (structure complexe avec
Autochtones dans le Plan Nord québécois). Le deuxième beaucoup d’intervenants vs petites équipes sous l’autorité
tableau propose un aperçu des principales différences du ministre) et d’inclusion du gouvernement fédéral
d’approche entre le Québec et l’Ontario. (absent vs présent). Il semble que ces différences peuvent
Aux fins de la comparaison, nous avons identifié trois être interprétées en parallèle avec les relations qu’entre-
ordres de questionnement portant sur les politiques de tiennent les sociétés québécoise et ontarienne avec
développement nordique du Québec et de l’Ontario. « leur » territoire nordique.
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Faut-il rappeler que le Nord
Tableau 2
occupe une place considérable tant
Principales différences d’approche sur le développement nordique
dans les imaginaires nationaux qué-
en Ontario et au Québec
bécois que canadien. Au Québec, où
la société majoritaire est d’origine DIFFÉRENCES ONTARIO QUÉBEC
canadienne-française, le Nord fut un Vision du Ampleur Planification territoriale Projet de société
thème récurrent de la littérature développement
(Warwick 1972) et de la pensée Moyens Principes directeurs Création d’une société d’État
chez une certaine élite intellectuelle et adoption d’une loi et investissements majeurs
Démarche Petites équipes sous Structure complexe avec
(Morissonneau 1978). Il figure comme l’autorité du ministre plusieurs intervenants
l’un des mythes de la reconquête du Inclusion du Présent Absent
Nouveau Monde, par lequel la nation gouvernement
assumerait son destin historique fédéral
(Bouchard 2004 : 56). Plusieurs élé- Relation au Pragmatique : s’assurer que Mythique : perpétuation du
territoire les retombées économiques mythe du Nord, cette frontière
ments de discours du Plan Nord du développement profitent dont la colonisation assurera
laissent transparaître que l’on fait à toutes les communautés le rayonnement et le salut de
appel à cet imaginaire national. Citons la nation
Relation entre De province à communauté Selon l’approche québécoise
par exemple le premier paragraphe les Autochtones locale, dans le cadre des « de nation à nation »
de la conclusion du document Plan et l’État dispositions de la Constitution
Nord tel qu’il a été rendu public le canadienne
9 mai 2011 :
Le Nord fait partie de l’identité québé-
coise. Depuis toujours, il nourrit notre majoritaires québécoise et ontarienne a une incidence sur
imaginaire. Il a marqué notre littérature et notre culture ; il a
façonné notre économie, nous y puisons la majeure partie de
la relation entre leurs gouvernements et les Autochtones.
notre énergie… Et aujourd’hui, avec le Plan Nord, nous nous pré- Dans les Nords mythifiés par les acteurs sociaux et
parons à faire du Nord un exemple d’envergure internationale de politiques du Sud, l’autochtone est plutôt absent ou
développement durable à la faveur d’un partenariat respectueux
et moderne avec les Premières Nations, les Inuits et les instrumentalisé. Les peuples autochtones ne peuvent
communautés locales. (Québec 2011 : 119) néanmoins plus être exclus du développement nordique
et de fait, une place importante leur est accordée dans les
En comparaison, ce Nord qui est érigé en « mythe politiques de développement nordique du Québec et de
national » canadien (Berger 1966 : 22) et vu comme l’Ontario. Un chapitre leur est d’ailleurs consacré dans le
le « fondement de la communauté imaginée » Plan de croissance, et leur présence sur le territoire est en
(Grace 2002 : 23) ne suscite aucun écho dans la poli- quelque sorte la raison d’être de la loi ontarienne relative
tique ontarienne. Il est fort possible que cette différence à l’aménagement et à la protection du territoire. Ils sont
s’explique par le fait que, le territoire national canadien- en outre constamment cités dans le Plan Nord, en plus
français étant désormais réduit aux frontières du Québec, des pages consacrées à la « relation avec les Premières
la projection nordique de l’imaginaire national québécois Nations et les Inuits basée sur le respect mutuel et le
s’exerce dans les limites de la province. L’identité natio- partenariat » (Québec 2011 : 23-25) et du souci réitéré
nale en Ontario revendique des frontières plus vastes que dans les priorités d’actions du gouvernement pour leurs
celles de la province, et il apparaît ainsi plus normal besoins socio-économiques (voir l’annexe E du Plan Nord).
que le mythe nordique canadien ne se manifeste pas, ou Les gouvernements du Québec et de l’Ontario se pro-
très peu, dans la politique ontarienne de développement posent de développer une approche partenariale avec les
nordique. Autrement dit, on ne retrouve pas, dans la Autochtones. Cependant, l’approche qui se dégage de la
politique ontarienne, la portée identitaire donnée au Plan loi ontarienne sur l’aménagement et la protection du
Nord québécois, ce « chantier d’une génération » qui Grand Nord met de l’avant l’idée d’établir des partena-
semble bien perpétuer un mythe du Nord où la colonisa- riats qui font seulement appel à la participation des com-
tion de « notre dernière grande frontière du Nord » munautés locales. Chaque communauté ou regroupement
(Robitaille 2008) est essentielle au salut de la nation (par de communautés peut s’engager dans l’aménagement de
son succès économique, dans le cas présent). Ainsi, à son territoire par l’entremise d’une équipe mixte de pla-
l’instar de Caroline Desbiens (voir notamment son texte nification ou d’un organisme paritaire, où elle se trouvera
cosigné avec Étienne Rivard et publié dans ce numéro), à travailler avec des fonctionnaires. Dans ce modèle, le
on peut croire que la relation au territoire des sociétés pouvoir d’avaliser toute décision revient aux conseils de
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bande. Cette approche s’apparente au modèle de la portant sur leurs revendications territoriales globales que
cogestion des ressources naturelles, de plus en plus d’un conflit au sujet de la vision du développement. Les
répandu au Canada. L’approche québécoise propose plutôt difficultés qu’éprouve le gouvernement à régler ce conflit
d’établir des partenariats s’inscrivant dans la logique sont d’ailleurs liées au fait que ce qui apparaît comme
d’une relation de nation à nation, où la cogestion n’est une absence d’unité chez les Innus pose problème pour
pas nécessairement mise à l’avant-plan. Par contre, le la relation de nation à nation qu’il préconise.
pouvoir décisionnel autochtone ne se retrouve pas qu’au Une lecture plus attentive du Plan Nord révèle toute-
niveau local. fois, malgré cette sensibilité à l’autonomie « nationale »
Ces particularités sont à mettre en perspective avec la autochtone, des formulations qui trahissent souvent
relation qu’entretient chacune des provinces avec la fédé- l’identité d’un concepteur unique, le gouvernement du
ration canadienne. Dans un texte portant sur l’idéal Québec. Par exemple, on y définit la « relation avec les
fédéral et l’évolution du système politique canadien, Premières Nations et les Inuits » (Gouvernement du
François Rocher a montré que « la compréhension domi- Québec 2011 : 23, nous soulignons) et non la relation
nante dans la littérature d’expression anglaise a évacué entre le gouvernement et les Premières Nations et les
toute référence à la notion d’autonomie au profit de celle Inuits. Bref, même s’il est question d’un territoire dont
d’efficacité, alors que celle que nous retrouvons au sein la plus grande superficie est habitée en majorité par des
des travaux produits par les chercheurs québécois franco- autochtones, le Plan Nord, c’est avant tout le plan du
phones et les pratiques gouvernementales qui s’en inspi- gouvernement du Québec, et non celui des Cris, des Innus,
rent ont [sic] fait une place congrue à la notion des Naskapis ou des Inuits. La société Makivik a d’ailleurs
d’interdépendance », au profit de celle d’autonomie cru bon de répliquer avec son Plan Nunavik3 (voir le
(2006 : 113). Il semble que les positions du Québec et de texte de Jean-François Arteau dans ce numéro). Ici, il
l’Ontario soient archétypiques de leur relation avec le semble que la relation qu’entretient le Québec avec
fédéralisme canadien. Autrement dit, la grande préoccu- « son » Nord, ainsi que l’importance qu’il accorde à sa
pation pour l’autonomie, au Québec, dicte au gouverne- propre autonomie politique et économique, l’ait rendu
ment une approche de nation à nation qui néglige moins sensible à la question de l’interdépendance qui le
l’interdépendance avec les nations autochtones alors que lie aux Autochtones. C’est d’ailleurs dans cette interdé-
celle pour l’efficacité, en Ontario, suggère au gouverne- pendance que se trouve tout le sens de la citation de
ment une approche de cogestion qui néglige l’autonomie Louis-Edmond Hamelin, « Il n’y a pas de vrai Québec
des Premières Nations. D’ailleurs, le Plan de croissance a sans la zone nordique », placée en exergue du document
été critiqué pour ses lacunes eu égard à la consultation, et citée hors de son contexte, ce qui en brouille le sens.
et la loi ontarienne n’a pas reçu l’aval du Conseil de la Dans cette perspective, le gouvernement du Québec
Nation Nishnawbe Aski, dont l’opposition relève du fait aurait dû entamer un processus de « co-élaboration », ou
qu’elle estime que les communautés qu’elle représente « co-création », par lequel le Plan Nord aurait aussi été le
n’exercent pas suffisamment de contrôle sur leur terri- fruit d’une initiative des Autochtones. Une telle approche
toire et que l’obligation de protéger 50 % du territoire aurait été davantage réalisable si les Autochtones bénéfi-
peut faire obstacle à leur droit au développement2. ciaient d’une certaine représentation dans les institutions
Quant au Plan Nord, ses auteurs affirment respecter démocratiques québécoises.
les ententes conclues et vantent l’approche partenariale Ainsi, et nous conclurons là-dessus, il est possible de
par laquelle le gouvernement et les représentants autoch- tracer certains parallèles entre la relation qu’entretien-
tones se sont assis aux « tables des partenaires autoch- nent les gouvernements québécois et ontarien avec les
tones ». Ainsi, on peut supposer que l’approche peuples autochtones et avec la fédération canadienne.
québécoise semble satisfaire le besoin d'autonomie des D’abord par rapport aux institutions fédérales : le Québec,
Autochtones qui ont signé les conventions nordiques lui-même assez jaloux de son autonomie, exprime une
puisque Cris, Inuits et Naskapis ont adhéré au Plan certaine sensibilité pour l’autonomie autochtone dans
Nord. Par ailleurs, sur les huit communautés innues dont son approche basée sur un partenariat de nation à nation,
les villages se trouvent au nord du 49e parallèle, seules les mais il ne leur offre pas vraiment la possibilité d’être les
deux qui ont signé avec les gouvernements une entente « co-concepteurs » du projet de société proposé par son
de principe sur leurs revendications territoriales ont gouvernement. Cette situation suggère que la notion
signifié leur adhésion à ce plan. Les communautés dissi- d’interdépendance des nations autochtones et québécoise
dentes (au nombre de cinq), rassemblées au sein de pourrait être cultivée davantage. En matière de relations
l’Alliance stratégique innue, représentent un cas particu- avec les Autochtones, l’Ontario développe pour sa part une
lier puisque leur opposition vient davantage d’un pro- relation plus alignée sur l’approche canadienne (laquelle
blème de reconnaissance de droits lié à l’absence d’entente est plus sensible à la question de l’interdépendance,
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notamment pour des raisons d’unité nationale) qui fait Ouvrages cités
appel à la cogestion des ressources naturelles, avec les
conseils de bande intéressés, et s’applique à respecter ses BERGER, Carl, 1966 : « The True North Strong and Free », in
Peter Russell (dir.), Nationalism in Canada : 3-26. McGraw-
obligations, définies par la Constitution du pays, à l’égard Hill, Toronto.
des Autochtones. Cette approche n’a toutefois pas encore BOUCHARD, Gérard, 2004 : La pensée impuissante. Échecs et mythes
obtenu l’aval du Conseil de la Nation Nishnawbe Aski, nationaux canadiens-français (1850-1960). Boréal, Montréal.
qui représente, pour l’essentiel, toutes les communautés GERMAIN, Alexandre, 2012 : « Le développement nordique au
nordiques ontariennes. En ce sens, on peut croire que le Québec et en Ontario. Différentes perspectives d’avenir pour
gouvernement ontarien était davantage préoccupé par les peuples autochtones ». Publication spéciale du Réseau
des questions d’efficacité que par l’autonomie des com- DIALOG (à paraître).
munautés autochtones. Ensuite, en rapport avec la rela- GRACE, Sherrill E., 2001 : Canada and the Idea of North. McGill-
Queen’s University Press, Montréal et Kingston.
tion au territoire, la fédération canadienne permet à une
diversité d’imaginaires nordiques (et nationalistes) distincts, MORISSONNEAU, Christian, 1978 : La Terre promise : le mythe du
Nord québécois. Hurtubise HMH, Montréal.
et parfois concurrents, de s’exprimer et d’influencer les
ONTARIO (Gouvernement de l'), 2010 : Loi relative à l’aménage-
stratégies nordiques des différents gouvernements – et ment et à la protection du Grand Nord. Disponible sur Internet :
leurs relations avec les Autochtones, qui en découlent. <http://www.e-laws.gov.on.ca/html/source/statutes/french/2010/
L’influence du fédéralisme canadien sur le développe- elaws_src_s10018_f.htm> (consulté le 12 juin 2012).
ment nordique des provinces et sur les relations avec les —, 2011 : Plan de croissance du Nord de l’Ontario. Place à la
Autochtones n’est donc pas uniforme et contribue à pro- croissance : de meilleurs choix pour l’avenir. Ministère de
duire une diversité d’approches au niveau provincial. l’Infrastructure et ministère du Développement du Nord,
des Mines et des Forêts, Ottawa. Disponible sur Internet :
Cette diversité peut être bonne en soi, mais on n’y trouve <https://www.placestogrow.ca/images/pdfs/GPNO-final-FR.pdf>
pas encore une solution qui puisse vraiment permettre de (consulté le 12 juin 2012).
mettre de l’avant l’autonomie des nations minoritaires – QUÉBEC (Gouvernement du), 2011 : Plan Nord. Faire le Nord
les nations autochtones au premier chef. ensemble: le chantier d’une génération. Premier plan d’action
2011-2016. Ministère des Ressources naturelles et de la Faune,
Québec. Disponible sur Internet : <http://www.plannord.gouv.
Notes qc.ca/documents/plan-action.pdf> (consulté le 12 juin 2012).
ROBITAILLE, Antoine, 2008 : « Charest mise sur le Nord ». Le Devoir,
1. La description des approches québécoise et ontarienne y est 29 septembre. Disponible sur Internet : <http://www.ledevoir.
plus détaillée et la discussion est inscrite dans le débat portant com/ politique/quebec/208131/charest-mise-sur-le-nord>
sur les possibilités d’innovation offertes par le fédéralisme (consulté le 12 juin 2012).
canadien, en lien avec son caractère multinational.
ROCHER, François, 2006 : « La dynamique Québec-Canada ou le
2. Se référer aux communiqués de presse de la Nishnawbe Aski refus de l’idéal fédéral », in Alain-G. Gagnon (dir.), Le fédéra-
Nation parus les 2 et 3 juin 2009, le 13 août 2010 et les 17 et lisme canadien contemporain. Fondements, traditions, institutions :
22 septembre 2010, en ligne au <http://www.nan.on.ca/article/ 93-146. Presses de l’Université de Montréal, Montréal.
the-latest-news-from-nan-8.asp>.
WARWICK, Jack, 1972 : L’appel du Nord dans la littérature cana-
3. Une version trilingue du Plan Nunavik est disponible sur le site dienne-française. Hurtubise HMH, LaSalle.
de l’Administration régionale Kativik à l’adresse suivante :
<http://www.krg.ca/images/stories/docs/Communiques_en/
Plan%20Nunavik.pdf>.
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