Editions l'Atelier
Qu'est-ce qu'un métier de femme?
Author(s): Michelle Perrot
Source: Le Mouvement social, No. 140, Métiers de Femmes (Jul. - Sep., 1987), pp. 3-8
Published by: Editions l'Atelier on behalf of Association Le Mouvement Social
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Editoria/
Quest-cequtunmetierde femme?
par Michelle PERROT*
Les femmes onttoujourstravaille. Elles n'ontpas tou-
joursexercedes <<metiers >>.A l'histoirede cettenotion, relativement
contemporaine et singulierementambigues ce numero voudrait apporter
unecontribution (1).
En depitdes dispositions legales sur l'egalitesexuelledevant
l'emploi,le marche du travailfemininestaujourd'hui, en France et
ailleurs , fortetroit.La moitiedes femmes activesse concentrent
dans20% des occupations (2).Les discriminations de faits'enracinent
dansles meeurs, produitde representations de longueduree,remode-
leesau gredesbesoinsdu temps.
Aujourd'hui, plus encorequ'autrefois, les <<metiersde femmes >>,
ceuxdonton ditqu'ilssont<¢bienpourunefemme >>,obeissenta un
certainnombre quidessinent
de criteres, autantde limites. Reputespeu
accaparants, ils doiventpermettre a une femme de menera biensa
doubletache,professionnelle (mineure)et domestique La
(primordiale).
feminisation de l'enseignementsecondaire reposesurcetteideed'unmi-
tempsdontle clercconsacrait a l'etudele voletque la femme donnea
sa famille. Au pointque,lorsqu'une enseignante obtient un vrai<<mi-
temps >),ellea biendu mala le dediera ses objectifs propres (Marlaine
Cacouault).
Ces metierss'inscrivent dans le prolongement des fonctions
<<naturelles et menageres.
>>,maternelles Le modelede la femme qui
aide,dontYvonneVerdiera decritla pregnance quasi biologique
dansle monderural(3),qui soigneet qui console,s'epanouit dansles
professions d'infirmiere,d'assistantesociale (4) ou d'institutrice.
Enfants,vieillards, maladeset pauvresconstituent les interlocuteurs
contemporaine
d'histoire
* Professeur ParisVII.
a l'Universite
(1) Ce numeropoursuitla reflexioninauguree par Travauxde Femmesdans la Francedu
xixesiecle,Le Mouvementsocial (octobre-decembre resolument
1978,n° lOS)et s'inscrit dans
le xxesiecle.
(2) Cf.M.HUET, z Dechiffrer le droita l'emploi, NouvetlesQuestionsFeministes,hiver
1986,n° 14-15, Femmes,Modes d'emploi.Ce numero
intitule estparticulierementrichepour
notrepropos.Ainsique Le Sexe du Travail.Structuresfamilialeset systemeproductif,Gre-
1984,ceuvred'uncollectif
noble,PressesUniversitaires, de 27auteurs.
(3) Y. VERDIER, Fafons de dire, faaconsde faire.La laveuse, la couturiere,la cuisiniere,
1979.
Paris,Gallimard,
1980.
(4) Y. KNIBIEHLER, Nous, les assistantessociales,Paris,Aubier,
Le Mouvement social, n° 140, juillet-septembre1987, (C) Les Sditions ouvribres,Paris
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4 M. PERROT
privilegies d'une femme,vouee aux tachescaritativeset secourables,
desormaisorganiseesdans le travailsocial.
Enfin,ces metiersmettent en aeuvredes qualites<<innees>>,physi-
ques et morales:souplessedu corps,agilitedes doigts ces <<doigts
de fee>>,habilesa la coutureet au piano,propedeutique du clavierde
la dactyloet de la stenotypiste-,dexterite qui faitmerveille dans les
montageselectroniques de precision,patience,voirepassivitequi pre-
dispose a l'execution,douceur,ordre. Les employeursvantentces
<<qualitesfeminines >>,en faitfruitsde la traditionnelle educationdes
filles,qui fontdes Damesdes postes,si convenables, d'excellentes rece-
veuses,des infirmieres les meilleuresauxiliairesdu medecind'hopital,
ou des ouvrieresdes grandesusinesautomobiles de l'entre-deux-guerres
une main-d'ceuvre rompueaux gestesmonotones et a la disciplinedes
chalnes(SylvieZerner).
Prototype du metierfeminin:la secretairede direction, <<attachee)>
a soncadrecommeun lierrea son arbre,dontJosianePintoanalyseles
caracteres.Intuitive, discrete,toujoursdisponible,elle sait s'adapter
aux demandesles plus diverses,de la lettred'affairesau bouquetde
fleursou a la tassede the.Son amenitemeten reliefl'activevirilitedu
maltre surmene . Sa proverbiale <<gentillesse >>
, antidotede la seduction,
exorciseune sexualitehorsde propos.Ni intellectuelle ni coquette,elle
doitetrelisse et passe-partout, bon chicbon genresans excesni osten-
tation.Une telleimagecorrespond a l'ideal developpedans les classes
moyennes ou la bonneeducationdes fillesest une formede distinction
et un moyende promotion.
Des qualifications reellesdeguiseesen <<qualites>>naturelleset sub-
sumeesdans un attribut supreme,la feminite:tels sontles ingredients
du <<metierde femmes >>,construction et produitdu rapportdes sexes.
D'une certainemaniere,ces qualites,deployeesd'aborddans la sphere
domestique, generatrices de servicesplus que de marchandises, sont
valeursdJusage plus que valeursd'echange.Elles n'onten somme<<pas
de prix>>.Les employeurs y ontde longuedatepuise,maisde faon dif-
ferente selonl'organisation du marchedu travail.
Natalie Zemon Davis soulignela tres faible specialisationdes
femmesdans les arts mecaniqueslyonnaisau XVIesiecle; employees
commebouche-trou ou auxiliaires,tresprochesdes ouvriers<<casuels)>
d'aujourd'hui, elles accomplissent des operationsvariees,discontinues,
complementaires, apprisessur le tas, sans l'apprentissage formelqui,
seul, confereun statut.Mariees,elles <<ceuvrent >>dans l'ateliersans
remuneration. Veritablement <<sans qualite)>,elles n'ontaucune iden-
titeprofessionnelle (5).
L'industrialisation, des sa premierephase proto-industrielle , intro-
duitune segregation sexuelleplus rigoureuse dans une divisiondu tra-
vail plus poussee, qui induit des <<specialites>> pour les femmes.
L'indiennage est, sous cet angle,un laboratoired'experiences. Pince-
leuses,picoteuses,rentreuses, les femmesresoiventun salairequi n'a
riena voiravec leurscompetences reelles.<<Malgretroisans d'appren-
tissage,les rentreuses n'arrivent qu'a egalerle salairedes manceuvres
(S) N.Z. DAVIS, (<Women in the Arts Mecaniques in 16th centuryLyon,,, in Melanges
Gascon,Lyon,PUL, 1980.
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QU'EST-CE QU'UN METIER DE FEMME ? 5
sansqualification )>(6).Marginaux, leursemploissontliquidespar le
progrestechnique, des qu'ils cessentd'etreavantageux. Ce sontla
<<travaux de femmes >),ordinairement temporaires, exercesa certains
moments du cyclede vieou dansle cadredomestique.
La notionde <<metierfeminin >>prendveritablement corpsau
XIX' siecle,dansune conjoncture generalede professionnalisation, et
dansun equilibre demographique favorable, en France,a l'appelaux
femmes. Une reflexion sur la segmentation du marchedu travail
s'esquisse, dontJulesSimonet PaulLeroy-Beaulieu sontles temoins et
lesporte-parole, de fac,on biendifferente. Tresrestrictif, le premier sou-
lignel'incapacite des femmes au travailcreateur <<ellesne creent
pas,maisellesreproduisent a merveille; ce sontdes copistesde pre-
mierordre>>(7) , les dangers morauxde l'usineet les avantages du
travail a domicile, conciliateur de touteslesvertus. Interprete dulibera-
lismemoderne, le secondinsiste au contraire surla notion de <<metiers
propres auxfemmes >>et surla possibilite d'enetendre le spectreparla
formation etunjudicieux emploidesaptitudes du sexe.C'estsurtout le
tertiaire quiluiparaitconvenir: l'instruction<<les femmes ontd'ins-
tinctla connaissance de l'enfance >> , maisaussicommerce, banques,
administrations publiques, postesettelegraphes (8).La feminisation rai-
sonneede certains secteurs permet unemeilleure utilisation des capa-
citesproductives.
Le cas des Postes,etudiepar SusanBachrach, estexemplaire d'un
telprocessus. L'emploi des femmes y progresse de fasonspectaculaire
dansles annees1870-1890, moment du grandessordescommunications
postales:a la campagne d'abord, ou les receveuses <<pot-au-feu >>tim-
brent les lettresenfaisant leurtricot;envilleensuite ou onleurconfie
desbureaux paisibles danslesbeauxquartiers; lesbonnesmanieres de
ces petites-bourgeoises en malde travaily fontmerveille. La mobilisa-
tiondesfemmes n'a pas seulement permis d'accroitre leseffectifs a bon
marche;ellea promules hommes a unecategorie superieure et regle
leursproblemes de carrieres. D'ou leuracceptation relativement aisee
du recrutement des femmes cantonnees dansune classequi ne leur
portepasombrage. Onvoitqueles femmes nejouentpas exactement le
roled'unea armeede reserve >>;maisau contraire celuid'unemain-
d'aeuvre dontles qualitesspecifiques, la formation cachee,aidenta
resoudre des problemes a la foisquantitatifs et qualitatifs. Le meme
processus esta l'cruvre dansl'industrie entreles deuxguerres, comme
le montre SylvieZerner. Dansles grandes usines,les femmes se substi-
tuent auxhommes (fransais dumoins) qui,ainsiliberes, retournent vers
l'artisanat de la sous-traitance et desgaragesqui les sauvede la dequa-
lification.
Maisles femmes sontensuite captives de cesmetiers quiles accapa-
rentet ne leuroffrent guere,parailleurs, de perspective de promotion
(6) Voir les travaux de P. CASPARD sur Cortaillod, Le Mouvementsocial, octobre-
decembre 1976 et surtout: z Les pinceleuses d'Estavayer. Strategies patronales sur le
marchedu travailfemininau XVIIIEsiecle ,,,Revue Suisse d'Histoire,1986; S. CHASSAGNE,
La Manufacturede toilesimprimeesde Tournemine-les-Angers, 1752-1820,Paris, Klincksieck,
1971.
(7) J. SIMON, L'ouvriere,Paris,Hachette,1861,p. 219.
(8) P. LEROY-BEAULIEU, Le travaildes femmesau xlXesiecle,Paris, Charpentier,1888.
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6 M. PERROT
salariale ou sociale, tant ils sont volontairement bornes. <<Faire
carriere)> est de toutemaniereune notionpeu feminine;pour une
femme l'ambition,signe incongrude virilite,est deplacee. Elle
implique,en toutcas, un certainrenoncement, notamment au mariage.
S'il n'existepas, en France,de <<barrelegale>>du mariage,commedans
d'autrespays europeens,nombrede professions supposentle celibat.
Dans les mines(9) commedans les h6pitaux.Les infirmieres de 1900,
internees,sont l'objet d'une etroitesurveillance(VeroniqueLeroux-
Hugon),tandisque les hommespeuventcoucheren ville.Les deuxtiers
des receveusesdes postessontdes <<demoiselles >>;et en 1954encore,
plusde la moitiedes professeurs de lycee.Dans l'atelierfamilialde pas-
sementerie revigore par ltelectricite,
a Saint-Etienne, la filleainee,pour
poursuivre l'entreprise, restefille,ou se marietard(MathildeDubesset,
Jean-Paul Burdy,MicheleZancarini).Le celibatsignifie exigencede dis-
ponibilite.Il paraltnormalqu'unereceveusene prennepas de vacances,
que l'infirmiere ne connaissepointde dimanche,et la secretaire, pas
d'horairefixe.Il y a quelque chose de religieuxdans cetteattentedu
devouement des femmesa leur travail,quelque chose aussi du temps
fluideet etiredes menageres, hors des rigueursde l'horlogesalariale
(10). Le celibat,c'est aussi le <<prixa payer)>pour une volonte ou
une necessite de travailler dans un tempset un milieuqui reventde
femmeau foyer:les employesdes postesn'epousent pas leurscollegues
et celles-cirestentsouventseules, sans l'avoir toujourschoisi (11);
commeles contremaltresses de Saint-Etienne, admireeset redoutees
pourleuraudace: oser exercerdes fonctions d'autorite.
Les tentatives de professionnalisation du xxesieclevoudraient ente-
rinerl'existence de <<metiersde femmes >>,les limiter, les codifier. Elles
proviennent de certainsorganisateurs, desireuxd'ameliorer la qualitedu
servicequ'ilsattendent des femmes et qui,dJautre part,se conforment au
modelegeneralde scolarisation a l'aeuvrea cetteepoque.Ainsiles mede-
cins radicauxde l'Assistance Publiquede Paris,tel le DocteurBourne-
villeJqui veulenta la foislaiciserles hopitauxet fairedes fillesde salle
plebeiennesJ venuesdJuneBretagneun peu frusteJ les <<collaboratrices
disciplineeset intelligentes des medecins>>.La techniciteimporteici
moinsque la propreteet la politesse.Les femmesaussi souhaitent
accedera une professionnalisation qui leur permetde transformer les
qualites<<naturelles >>quJonleuraccordeen qualifications officiellement
brevetees,seule manierede les monayerconvenablement. Dans une
societed'examens , il n'estpas d'autrevoieque le passagepar lJenseigne-
ment,et la sanctiond'unenoteou dJun concours.
L'histoiredu travailmenagerentreles deuxguerres,tanten France
(MartineMartin)quJenAllemagne (Annick Bigot)*J illustrece processus.
(9) M. DRESSEN, a La femme,le mineuret la compagnie)),Nouvelles Questionsfeministes,
hiver1986,p. 117-129.
(10) E.P. THOMPSON, <<Temps, travail et capitalismeindustriel)>,Libre,1979, n° 5, fait
observercommentle travaila la tache,impliquantune moindrerepartition interieur/exterieur,
est dans les societestraditionnellesle modeledu travailmasculinet feminin;mais commentil
est disqualifiepar le salaire au temps-le tempsde l'horloge-de la societeindustrielle*du
coup,le travaila la tacheapparaitcommelie au travaildomestique,arriere,et irrationne;.
(11) Outre S. BACHRACH, voir P. PEZERATet D. POUBLAN,z Femmes sans mari. Les
employeesdes postes>>,in Madameou Mademoiselle ? Itineraires
de la solitudefeminine
au
xlxcsiecle(p.117-162)sous la directionde A. FARGEet Ch. KLAPISCH,Paris,Montalba,1984.
* L'articlede A. iigot sera publie en janvier 1988.
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QUIEST-CEQU'UN METIER DE FEMME ? 7
Fairede la menagere uneprofessionnelle, telleestl'ambition d'unePau-
letteBernege, pousseejusqu'ala caricature Finiles recettes de Tante
Marieet les savoir-faire de Grand-Maman ! Riennevautl'enseignement
menager descoursetdesecoles.Enseignement magistral, mecanisation,
organisation scientifique de l'espaceet du tempsqui transforme la cui-
sineen laboratoire et la maitres se de maisonen ingenieur taylorien , le
toutcouronne par un Institut Superieur Menager et consacrepar un
Salon,organise par le CNRS,sontles nouvelles voiesdu prestige. Il
fautbiencelapourretenir les femmes a la maisonet les detourner du
salariat.
Onsaisit, du memecoup, les changements de mental ite,la penet ra-
tionde la <<valeurtravail >>et l'assomption des notions d'utiliteet de
production, qui achevent de devaluer le travailmenager aux yeusdes
femmes. Cellesde Saint-Etienne, interrogees surleurtrajectoire, nient
<<avoirtravaille >>quandelles n'etaient que menageres: c'etaitune
peine,uneoccupation, nonuntravail veritable.
En toilede fondde cettehistoire, les femmes
il y a, en effet, elles-
memes, leursaspirations et leursrepresentations, particulierement dif-
ficilesa connaltre, tantle discours ideologique recouvre leursparoles,
fasonne leuretresocialet jusqu'aleurmemoire. Aupremier abord,le
consentement paraltl'emporter sur la revolte:consentement aux
attentes traditionnelles qui refusent auxfemmes la competence (<<Etre
competent, c'estse sentirun homme >>,ditune secretaire), l'autorite
(c'estbien connu:les femmes preferent etre commandees par un
homme...), et le droita tousles niveaux d'emploi. Unecertaine inhibi-
tionconduit les femmes a se cantonner dansles <<metiers feminins >>,
commedansun apanagequi leurest laisseet que seul,ellespeuvent
occupersansremords, et sansperdrela fameuse <<feminite >>qui les
renddesirables. Soumission ou sagesse? Choixou necessite ? Les
femmes ne sacralisentpas assez le travailpourlui sacrifie r leurvie
privee.Et a l'heureactuelle,en depitde la croissance continue des
femmes actives, ce doublechoixparaltplusfortquejamais(12).Oncon-
qu'ilsoitgenerateur
c,oit de tension duelle.
Maiscomment interpreter seulement comme uneadaptation auxcir-
constances, etnotamment auxnecessites economiques, la volonte de tra-
vaillerdes femmes, qui caracterise la situation fransaise depuisla fin
du XIXe siecle? SylvieZerner le montre bien,endeglobalisant les recen-
sementsprofessionnels dont les agregatsmasquentles evolutions
sectorielles:memeles lendemains de la premiere guerre, ou le bleu-
horizonvireau bleu-layette, n'interrompent pas l'irresistible mouve-
mentdes femmes versle salariatle plusmoderne. Les surintendantes
d'usines, dontAnnieFourcaut a analyseles temoignages (13)}se decla-
raientfrappees du refusdesouvrieres de renoncer auxavantages (eco-
nomiques et sociaux)de leurtravail:affaire de gain,maisaussi de
statut.Et lesobservateurs d'aujourd'hui disentla memechose.
Onest,toutautant, frappe des resistances opposeesa uneveritable
egalite.Les femmes devalorisent toutce qu'ellestouchent: l'exemple
(12) Enquetemeneeen 1985,par Demoscopieet l'AgenceFemmeInformation (AFI).
Paris, Maspero,
(13) A. FOURCAUT,Femmesd t'usineen France dans l'entre-deux-guerres,
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8 M. PERROT
des fileteusesen cyclesde Saint-Etienne est, a cet egard,significatif.
Les secteursou elles entrentsont progressivement desertespar les
hommesqui preferent reconstituer ailleursdes sitesmasculinsintacts.
La feminisation n'estpas necessairement une conqueteeclatante,mais
la consecration d'uneretraite. La mixitede l'emploin'estjamaisindiffe-
renciation, mais une nouvellehierarchiedes differences. Elle permet
aux hommesde se distinguer. Dans l'enseignement globalement devalo-
riseparceque feminise, il est des matieresnobleset prestigieuses, aux-
quelles les hommess'accrochent, en fonction notamment des perspec-
tivesde recherche ou de fuite,et d'autresqui tombent en quenouille.La
mixiten'empeche pas la recreation perpetuellede filieressexuees;ainsi
dans les IUT,observespar SylvieChaperon.
Enracineedans le symboliqueJ le mental,le langage, ideel>>(Mau-
1}<<
rice Godelier)^la notionde <<metierde femmes >>est une construction
sociale liee au rapportdes sexes. Elle montreles piegesde la diffe-
rence,innocentee par la nature,et erigeeen principeorganisateur, dans
une relationinegale.
LES FEMMES ET LA FAMILLE
DANS * LE MOUVEMENT SOCIAL *,
Sur les femmes et la famille,Le Mouvementsociat a deja publieles articlesou
numeros
,
speclauxsulvants:
. . .
Madeleine GUILBERT, (<Les problemes du travailindustriel des femmes et l'evolu-
tiondes techniques )>,n° 61, 1967,p. 33-46.
MadeleineGUILBERT, <<La presencedes femmes dans les professions et ses inci-
dencessurl'actionsyndicale avant1914)>,n° 63, 1968,p. 125-141.
Anne-Marie SOHN,<<La GarSonneface a l'opinionpublique:typelitteraire ou
typesocialdes annees20 ? >>,n° 80, 1972,p. 3-27.
CharlesSOWERWINE, <<Le groupefeministe socialiste(1899-1902)>>,n° 90, 1975,
p. 87-120.
FranSoisDELPLA,<<Les communistes fransaiset la sexualite(1932-1938) )>,n°91,
1975,p. 121-152.
FranSoiseMAYEUR, <<L'enseignement secondairedes jeunes filles(1967-1924) >>,
n°96,1976,p. 103-110.
Travauxde femmesdans la Francedu XIXe siecle,numerospecial,presentation
de MichellePERROT, n° 105,1978.
FranSoisRONSIN,<{La classe ouvriereet le neo-malthusianisme: l'exemplefran-
ais avant1914>>,n° 106,1979,p. 85-117.
Jean-LouisROBERT,<<La CGT et la familleouvriere,1914-1918:premiere
approche>>,n°116,1981,p. 47-66.
Sian REYNOLDS, <<Allemagne avantl'allemanisme: jeunessed'un militant (1843-
1880)>>,n°126,1984,p. 3-28.
Jean-William DEREYMEZ, et LeonGRIVOT, <<MarieGuillotet le syndicat des insti-
tuteursde Saone-et-Loire (premiertiers du xxesiecle): un document
inedit>>,n° 127,1984,p. 89-110.
Imagesdes famillesen Franceau xxesiecle,numerospecial,presentation de
NoelleGEROME, n°129,1984.
Ces differentsnumeros de notrerevuepeuvent etrecommandes a la librairiedes
Editionsouvrieres, l2, avenueSceur-Rosalie, 75621ParisCedex13.
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