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Mémoire

L'émigration sénégalaise est un phénomène complexe, marqué par des facteurs économiques, sociaux et environnementaux qui poussent les jeunes à quitter le pays en quête d'un avenir meilleur. Le Sénégal, en tant que pays de départ, de transit et d'accueil, voit une forte aspiration à l'émigration, souvent perçue comme une nécessité due à des conditions de vie difficiles. Ce mouvement migratoire, bien que porteur d'espoir pour certains, entraîne également des conséquences graves, tant pour les individus que pour la société, et nécessite une réflexion approfondie sur les solutions à mettre en place.

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Mémoire

L'émigration sénégalaise est un phénomène complexe, marqué par des facteurs économiques, sociaux et environnementaux qui poussent les jeunes à quitter le pays en quête d'un avenir meilleur. Le Sénégal, en tant que pays de départ, de transit et d'accueil, voit une forte aspiration à l'émigration, souvent perçue comme une nécessité due à des conditions de vie difficiles. Ce mouvement migratoire, bien que porteur d'espoir pour certains, entraîne également des conséquences graves, tant pour les individus que pour la société, et nécessite une réflexion approfondie sur les solutions à mettre en place.

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REPUBLIQUE DU SENEGAL

Un peuple - Un but – Une foi


MINISTERE DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR
DE LA RECHERCHE. ET DE L’INNOVATION

❖ TPE (Problème, Thématique et Solution) Groupe 1

Présenté par :

➢ Romain BADIANE
➢ Elisa BIKINDOU
➢ Samba DIENG
➢ Mamaïssata Hawa BANGOURA
➢ Karlito Stephenson LEHOUMBOU
➢ Raïssa Atanga DOKGUEMBI
➢ Coura NDIAYE
➢ Maguette NDIAYE
➢ Dallya MOUNKASSA
➢ Naomie KIMPOUNI
➢ Roger SAGNA
➢ Abdul Hounon WAHID
➢ Adama DIEME

❖ Année Académique : 2024-2025


Encadré par : Docteur HANN Aly
Depuis la nuit des temps, l’être humain n’a cessé de se déplacer, de franchir des
frontières, de fuir des situations difficiles ou de poursuivre des rêves ailleurs. Ce phénomène
de mobilité humaine, loin d’être récent, s’inscrit dans une longue trajectoire historique. Déjà
dans l’Antiquité, les grandes civilisations comme celles de l’Égypte, de la Grèce ou de Rome
ont connu des mouvements migratoires, que ce soit pour des raisons économiques,
commerciales, militaires ou climatiques.

Au fil des siècles, les migrations ont façonné le monde : des grandes explorations européennes
aux déportations massives durant la traite négrière, en passant par les déplacements provoqués
par les guerres mondiales ou les colonisations, l’histoire de l’humanité est aussi celle de ses
déplacements. Avec le temps, et notamment avec la mondialisation, ce phénomène s’est
accéléré et transformé. L’émergence de nouveaux moyens de transport, la diffusion rapide de
l’information, et l’interconnexion des économies ont profondément modifié les dynamiques
migratoires.

Aujourd’hui, les migrations internationales sont devenues un enjeu mondial majeur, au cœur
des préoccupations politiques, économiques et sociales des États. En effet, elles soulèvent des
débats complexes sur les droits humains, la souveraineté nationale, l’intégration, l’identité, ou
encore le développement. Alors que certains pays deviennent des pôles d’attraction pour les
populations en quête de sécurité ou de meilleures conditions de vie, d’autres connaissent une
fuite massive de leurs forces vives, notamment de leur jeunesse. Dans ce contexte, les pays du
Sud, et plus particulièrement ceux du continent africain, apparaissent comme les principaux
foyers de départ.

Parmi eux, l’Afrique subsaharienne se distingue par l’ampleur et la diversité de ses flux
migratoires. Les conflits armés, les régimes autoritaires, la pauvreté endémique, les
changements climatiques ou encore le chômage massif des jeunes nourrissent un fort désir de
départ. Mais, au-delà des chiffres et des statistiques, il s’agit d’une réalité humaine complexe,
faite d’espoirs, de souffrances, de ruptures et de rêves.

Le Sénégal, pays de l’Afrique de l’Ouest, s’inscrit pleinement dans cette dynamique. Depuis
plusieurs décennies, il est à la fois un pays de départ, de transit et d’accueil. L’émigration
sénégalaise, bien que plurielle, est particulièrement marquée par la jeunesse. Dans les rues de
Dakar, dans les campagnes du Fouta ou dans les quartiers populaires de Thiès, l’idée de « partir
» revient comme une obsession. Sur les réseaux sociaux, dans les discussions familiales ou
entre amis, le rêve de l’Europe, perçue comme un eldorado, occupe une place centrale.
Ce rêve est souvent nourri par l’illusion d’une vie meilleure ailleurs, alimentée par les récits de
ceux qui sont partis et réussissent, ou par les images idéalisées de l’Occident.

Cependant, cette aspiration à l’émigration, loin d’être une simple envie d’aventure, résulte
souvent de contraintes structurelles : taux de chômage élevé, pauvreté persistante, manque de
perspectives professionnelles, déséquilibres régionaux, corruption, pression sociale. Ainsi,
pour beaucoup de jeunes Sénégalais, émigrer apparaît non seulement comme une opportunité,
mais aussi comme une nécessité, voire une obligation morale vis-à-vis de leur famille. Celui
ou celle qui part est perçu comme un espoir, une fierté, et parfois un pilier économique à travers
les transferts d’argent qu’il envoie.

L’obtention des « papiers » devient alors un symbole de réussite et de régularisation dans une
société perçue comme plus juste et plus prospère. Néanmoins, cette émigration massive n’est
pas sans conséquences. Elle affecte aussi bien les pays d’origine que les pays d’accueil. D’un
côté, elle peut contribuer au développement par les envois de fonds, la formation d’une
diaspora dynamique et la construction de ponts culturels. De l’autre, elle peut entraîner un
exode des compétences, une rupture sociale ou encore des tragédies humaines liées aux
migrations irrégulières. Les traversées périlleuses en mer, les réseaux clandestins, les
conditions de vie précaires à l’arrivée sont autant de risques que beaucoup acceptent de courir
au nom de l’espoir.

Ainsi posée, la question de l’émigration au Sénégal ne peut être abordée de manière simpliste.
Elle engage des dimensions multiples : économiques, sociales, culturelles, politiques, et même
psychologiques. Elle interpelle aussi bien la responsabilité des gouvernements que celle des
sociétés civiles, des familles, et des individus. Elle interroge la capacité de l’État à offrir des
alternatives crédibles à sa jeunesse et met en lumière les inégalités profondes entre les pays du
Nord et du Sud.

Face à cette réalité, il devient nécessaire de mener une réflexion globale et nuancée sur le
phénomène migratoire. C’est pourquoi, dans le cadre de cette étude, nous nous proposons
d’analyser les causes profondes de l’émigration des populations sénégalaises avant d’en
explorer les conséquences majeures, aussi bien positives que négatives, sur les individus et la
société.

Dans cette perspective, notre étude se déploiera en deux chapitres complémentaires et


imbriqués. Le premier, consacré à la problématique de l’émigration sénégalaise, procédera à
une analyse approfondie des facteurs économiques, sociaux, culturels et politiques qui poussent
les jeunes à quitter le pays, décrira les différentes manifestations de ces dynamiques migratoires
– qu’il s’agisse de départs clandestins à haut risque ou de migrations plus formalisées – et
évaluera les conséquences à la fois individuelles, familiales et collectives de ces mouvements
de population. Quant au second chapitre, résolument tourné vers la recherche de solutions, il
examinera d’abord l’efficacité et les limites des stratégies et politiques nationales déjà mises
en œuvre, étudiera ensuite les initiatives et partenariats internationaux mobilisés pour encadrer
la mobilité et protéger les droits des migrants, et s’achèvera sur un ensemble de
recommandations concrètes visant à promouvoir une gouvernance migratoire équilibrée,
solidaire et durable, susceptible de réduire les vulnérabilités, de favoriser l’insertion socio-
économique des migrants et de renforcer la coopération entre le Sénégal et ses partenaires à
l’échelle régionale et mondiale.
L’émigration sénégalaise contemporaine s’impose aujourd’hui comme l’un des
phénomènes sociaux les plus marquants de la sous-région ouest-africaine. Principalement
orientée vers les îles Canaries, l’Espagne et plus largement l’Europe, cette migration repose sur
une interaction complexe de facteurs socio-économiques, territoriaux, environnementaux et
culturels. Elle s’exprime sous des formes de plus en plus irrégulières, empruntant des itinéraires
maritimes ou terrestres souvent dangereux. Derrière les chiffres et les récits médiatiques, c’est
une réalité profonde qui se dessine : celle d’une jeunesse désillusionnée, portée par l’espoir
d’un avenir meilleur à l’étranger, parfois au péril de sa vie.

Avec une population estimée à 17,9 millions d’habitants en 2023 (FSIN, Global Report on
Food Crises, fsinplatform.org), le Sénégal connaît une dynamique démographique
particulièrement intense. Plus de 60 % de sa population a moins de 25 ans (UNICEF, 2022,
unicef.org), une structure qui pourrait représenter un atout en termes de dividende
démographique, mais qui devient un défi majeur dans un contexte d’économie fragile. Le taux
de chômage élargi des 15–24 ans dépassait les 20 % au troisième trimestre 2024 (ANSD via
Mastercard Foundation, ansd.sn / mastercardfdn.org), ce qui traduit une incapacité structurelle
du marché de l’emploi à absorber cette jeunesse, même diplômée. En effet, le secteur informel
domine l’économie sénégalaise, représentant plus de 90 % des emplois (ILO, 2023), avec des
revenus instables, une absence de protection sociale et des perspectives professionnelles très
limitées. Face à ce manque d’opportunités locales, l’émigration devient une stratégie de survie
mais aussi un projet d’ascension sociale.

Cette réalité économique est renforcée par une dépendance croissante du pays aux remittances.
Selon la Banque mondiale (World Bank FRED, 2023 ; PRB 2021, prb.org), les envois de fonds
des Sénégalais de la diaspora représentaient environ 11 % du produit intérieur brut en 2023. Ce
flux financier joue un rôle vital dans l’économie des ménages, permettant de subvenir aux
besoins quotidiens, d’investir dans l’éducation, la santé ou la construction. Mais cette manne
financière crée aussi une forme de pression sociale : dans de nombreuses familles, migrer
devient un devoir implicite, une manière d’assurer l’honneur et le soutien de la cellule
familiale. Partir n’est donc pas seulement une réponse à la précarité économique ; c’est aussi
une injonction sociale, un passage vers la reconnaissance et la réussite. Ce poids culturel de la
migration, associé aux récits enjolivés de réussite à l’étranger relayés par les réseaux
diasporiques, renforce l’aspiration à quitter le pays, y compris chez des mineurs parfois âgés
de 12 ou 13 ans, comme en témoignent plusieurs enquêtes de terrain (El País, avril 2025,
elpais.com).

Au-delà des dimensions économiques et sociales, les déséquilibres territoriaux jouent un rôle
non négligeable dans la structuration des flux migratoires. Le Sénégal est marqué par une
centralisation des ressources et des investissements autour des zones li ttorales et urbaines,
notamment Dakar, la Petite Côte ou Saint-Louis. Ces régions concentrent les infrastructures,
les services publics, les opportunités touristiques ou éducatives, tandis que l’intérieur du pays
– Fouta, Casamance, Tambacounda – reste en marge du développement national. Ce clivage
territorial alimente un sentiment d’injustice et de marginalisation, en particulier parmi les
jeunes ruraux qui voient peu d’avenir dans leur région d’origine. Paradoxalement, ce sont
souvent les zones côtières elles-mêmes qui deviennent les principaux points de départ, comme
Dakar, Bargny ou Saint-Louis, non seulement en raison de leur exposition géographique, mais
aussi parce qu’elles concentrent des populations en transit ou en attente de départ.
L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a installé plusieurs « Flow Monitoring
Points » sur cette façade atlantique, soulignant son rôle central dans les départs migratoires
irréguliers (iom.int).

L’une des routes les plus actives est celle qui mène aux îles Canaries, également connue sous
le nom de « route atlantique ». En 2023, plus de 39 910 migrants sénégalais et gambiens ont
atteint l’archipel espagnol, soit une hausse de plus de 150 % par rapport à l’année précédente
(Ministère de l’Intérieur espagnol, via IOM MMP, interior.gob.es / iom.int). Entre juin et
décembre 2023, 210 pirogues parties des côtes sénégalaises ont transporté 24 256 passagers
vers les Canaries (Mixed Migration Centre, mixedmigration.org). Ce phénomène ne faiblit pas
: au cours des deux premiers mois de 2025, on comptait déjà 7 200 arrivées (InfoMigrants,
infomigrants.net). Ces voyages, effectués à bord de cayucos ou de pirogues artisanales, sont
particulièrement périlleux. Le drame survenu au large de Saint-Louis en février 2024, avec au
moins 20 morts (Reuters, 29 février 2024, reuters.com), en est une illustration tragique. Au
total, 514 décès de migrants originaires d’Afrique de l’Ouest ont été enregistrés en 2023 sur
l’ensemble des routes migratoires (IOM, Missing Migrants Project, missingmigrants.iom.int).

En parallèle de la route atlantique, d’autres itinéraires demeurent actifs : la route


méditerranéenne centrale (via la Libye, la Tunisie ou le détroit de Gibraltar), les corridors
terrestres sahéliens traversant le Mali ou le Niger, et la migration circulaire entre le Sénégal et
d’autres pays ouest-africains. En 2024, plus de 65 % des retours assistés de migrants sénégalais
ont été recensés dans le cadre de programmes de retour volontaire, notamment depuis la Libye
(InfoMigrants, infomigrants.net).

L’ensemble de ces flux s’inscrit dans une dynamique historique qu’il convient de rappeler. Dès
les années 1960–1970, les premières migrations sénégalaises vers l’Europe se faisaient dans le
cadre de politiques de recrutement de main-d’œuvre en France (MAFE-WP21, 2014 ; UN
Women 2006, unwomen.org). La crise des cayucos de 2006, avec plus de 31 000 arrivées aux
Canaries (Associated Press, apnews.com ; CEAR Espagne, cear.es), avait provoqué une prise
de conscience internationale et entraîné un repli des flux jusqu’en 2014 (46 arrivées en 2009
selon ArcGIS StoryMaps, arcgis.com). Mais depuis 2020, la migration irrégulière a connu une
nouvelle flambée, portée par les mêmes facteurs structurels que par le passé, aggravés par le
changement climatique et les effets de la pandémie.

En effet, l’environnement constitue aujourd’hui une cause de migration de plus en plus


significative. La salinisation des sols dans les zones fluviales et côtières, causée par la montée
des eaux et la baisse des précipitations, réduit la productivité agricole, fragilisant les moyens
d’existence des agriculteurs et des pêcheurs (World Bank, Groundswell Deep Dive 2021). Les
sécheresses, l’imprévisibilité des pluies et la dégradation des terres contribuent également à
pousser les populations rurales à envisager l’exode. Ces migrations dites « environnementales
» restent encore difficiles à quantifier précisément, mais elles complètent le tableau d’une
mobilité contrainte.
Ainsi, la dynamique migratoire sénégalaise actuelle ne peut se comprendre à travers une seule
grille de lecture. Elle résulte d’un enchevêtrement de vulnérabilités multiples, qu’elles soient
économiques, sociales, culturelles, territoriales ou écologiques. Derrière chaque départ se
cache une histoire complexe, où se mêlent aspirations individuelles, logiques familiales et
pressions systémiques. La persistance de ces flux, malgré les dangers et les pertes humaines,
montre que pour de nombreux jeunes Sénégalais, migrer n’est plus un choix : c’est devenu une
nécessité.
L’émigration sénégalaise contemporaine, notamment vers les îles Canaries et
l’Europe continentale, est devenue l’un des phénomènes migratoires les plus marquants en
Afrique de l’Ouest. Si les migrations internationales sénégalaises ne datent pas d’hier, elles ont
connu depuis le début des années 2000 une intensification qualitative et quantitative, avec une
explosion des départs irréguliers, souvent au péril de la vie. Derrière ce flux migratoire
croissant se cache un faisceau de causes profondes, structurelles et interconnectées, qui
dépassent largement la seule volonté individuelle de “partir” : elles révèlent les fragilités du
modèle socio-économique sénégalais, les déséquilibres territoriaux internes, l’impact du
changement climatique et la force des représentations sociales liées à la migration.

La première cause de cette dynamique migratoire tient aux difficultés économiques


structurelles du pays. Le Sénégal connaît une croissance démographique soutenue : sa
population est estimée à près de 18 millions d’habitants en 2024, dont plus de 60 % ont moins
de 25 ans (UNICEF, 2022). Ce dynamisme démographique, s’il peut constituer un atout
potentiel pour le développement, devient une source de pression lorsque le tissu économique
national n’est pas en mesure d’absorber cette jeunesse dans des emplois stables et décents.

Le taux de chômage des jeunes de 15 à 24 ans dépasse les 20 % en 2024, selon l’Agence
nationale de la statistique et de la démographie (ANSD), avec une situation encore plus critique
pour les diplômés de l’enseignement supérieur, dont beaucoup peinent à trouver un premier
emploi (ANSD, ansd.sn ; Mastercard Foundation, 2023). À cela s’ajoute une prédominance de
l’informel : plus de 90 % des emplois se trouvent en dehors du secteur formel (ILO, 2023),
c’est-à-dire sans contrat, sans sécurité sociale, sans salaire minimum garanti. Cette informalité
généralisée réduit considérablement les perspectives d’avenir, particulièrement pour les jeunes
diplômés qui, frustrés par le manque de débouchés, se tournent vers l’étranger dans l’espoir
d’une meilleure insertion professionnelle.

L’économie sénégalaise est également fortement dépendante des transferts financiers des
migrants. En 2023, les remittances représentaient 10,5 % du PIB national, selon la Banque
mondiale (FRED, worldbank.org). Ces envois de fonds, bien que vitaux pour les familles,
créent un effet de levier paradoxal : plus les ménages s’habituent à cette aide extérieure, plus
ils encouragent leurs jeunes à migrer, même au péril de leur vie. Partir devient alors non
seulement une opportunité économique, mais aussi une responsabilité sociale : il faut réussir
“pour les autres”, envoyer de l’argent, devenir le soutien du foyer. La migration s’installe donc
comme un mécanisme compensatoire d’un marché intérieur défaillant.
Une migration valorisée par les représentations sociales

À cette logique économique s’ajoute une dimension socio-culturelle puissante : la migration


est valorisée dans l’imaginaire collectif comme une voie légitime de réussite. Le jeune homme
qui part en Europe, envoie de l’argent à ses parents, construit une maison dans son village natal,
incarne un modèle de succès qui dépasse souvent celui de l’élite intellectuelle restée au pays.
Ce phénomène, largement documenté dans les travaux de terrain et les entretiens menés par
l’OIM et des médias comme El País (2025), contribue à l’émergence d’un véritable “mythe
migratoire”, qui alimente l’envie de départ dès le plus jeune âge.

Dans certains cas, cette pression sociale devient si forte qu’elle pousse même des mineurs à
migrer. Des enfants de 12 ou 13 ans sont encouragés, parfois par leur propre famille, à prendre
le large. L’exemple des aînés installés en Espagne, en Italie ou en France, les récits enjolivés
de la réussite à l’étranger, et la visibilité des migrants sur les réseaux sociaux renforcent ce
phénomène. Partir devient un “rite de passage” qui permet de gagner en respect, d’acquérir un
statut social nouveau et d’échapper à l’échec symbolique du “rester”.

Des inégalités territoriales renforçant les déséquilibres

La fracture territoriale constitue une autre cause majeure, souvent négligée dans les analyses
classiques. Le Sénégal est un pays profondément inégalitaire dans sa répartition des richesses
et des opportunités. Alors que les régions du littoral – notamment Dakar, la Petite Côte ou
Saint-Louis – concentrent les infrastructures, les investissements, les services et les emplois,
l’intérieur du pays (Fouta, Tambacounda, Casamance) reste sous-équipé, enclavé et faiblement
intégré au tissu économique national.

Ces zones délaissées sont pourtant les plus touchées par la pauvreté et la précarité. L’absence
d’accès à une éducation de qualité, à la santé, ou à des débouchés économiques pousse les
jeunes à quitter d’abord leur région pour rejoindre les zones côtières, puis à envisager le départ
vers l’étranger. Cette migration interne précède souvent une migration externe. Le sentiment
d’exclusion territoriale alimente une défiance croissante envers l’État, perçu comme absent ou
indifférent. Les données de l’OIM montrent que les principaux points de départ des migrants
irréguliers sont situés sur le littoral, mais les migrants viennent souvent de l’intérieur (iom.int).
Les effets aggravants du changement climatique

Enfin, il serait réducteur d’analyser la migration sénégalaise sans prendre en compte les
conséquences du changement climatique, particulièrement visibles dans les zones rurales. La
salinisation des terres, liée à l’élévation du niveau de la mer et à l’intrusion d’eaux salines dans
les sols agricoles, affecte sévèrement la productivité, notamment dans le delta du fleuve
Sénégal et dans les zones côtières de Saint-Louis et Bargny. Parallèlement, la variabilité des
précipitations, les sécheresses récurrentes, la déforestation et l’érosion des sols compliquent le
travail agricole, qui constitue pourtant la principale source de revenus pour près de 60 % de la
population active (World Bank Groundswell Deep Dive, 2021).

Face à ces bouleversements, de nombreux paysans et éleveurs sont contraints de migrer pour
survivre. Il ne s’agit plus d’une migration “d’opportunité”, mais d’une migration “de
contrainte”, où la survie devient l’enjeu premier. Cette migration environnementale reste
largement sous-estimée dans les statistiques, car elle prend souvent la forme de mobilités
internes temporaires, mais elle constitue un moteur fondamental des dynamiques actuelles.

Une migration multidimensionnelle, reflet d’une crise structurelle

En définitive, l’émigration sénégalaise ne saurait être analysée sous un seul prisme. Elle est le
produit d’un enchevêtrement de facteurs structurels : chômage des jeunes, informalité du
marché du travail, valorisation sociale de la migration, inégalités territoriales persistantes et
vulnérabilités environnementales. Chacun de ces éléments, pris isolément, peut suffire à
déclencher une volonté de départ. Mais c’est leur combinaison, leur interaction, leur inscription
dans la durée, qui expliquent l’intensification des flux migratoires irréguliers, malgré les
risques élevés.

Comprendre cette complexité est essentiel pour envisager des réponses politiques durables. Car
tant que les causes profondes ne seront pas traitées – développement territorial équitable,
création d’emplois décents, adaptation au changement climatique, valorisation des réussites
locales – la migration restera, pour beaucoup, la seule voie possible vers un avenir meilleur.
L’émigration sénégalaise contemporaine, caractérisée par un dynamisme renouvelé
vers l’Europe, notamment via la route atlantique vers les Canaries, entraîne des conséquences
multiples qui dépassent le cadre individuel pour s’inscrire dans une transformation profonde
de la société, de l’économie et des équilibres démographiques du pays. Loin de ne représenter
qu’un flux humain vers l’extérieur, ce phénomène affecte durablement les structures sociales
sénégalaises, tout en générant des impacts transnationaux dans les pays de transit et de
destination. Si certaines de ces conséquences peuvent apparaître comme bénéfiques ou
porteuses de perspectives, notamment sur le plan économique, d’autres soulèvent de réelles
inquiétudes quant à la stabilité sociale, à la cohésion territoriale et à la souveraineté nationale.

L’un des effets les plus visibles et les plus mesurés de l’émigration réside dans les transferts de
fonds envoyés par les migrants à leurs familles restées au pays. Ces remittances constituent une
source financière essentielle pour de nombreux ménages sénégalais et jouent un rôle significatif
dans la lutte contre la pauvreté et l’insécurité alimentaire. Selon les données de la Banque
mondiale (World Bank FRED, 2023), les envois de fonds représentaient environ 10,5 % du PIB
sénégalais en 2023, ce qui place le pays parmi les principaux bénéficiaires de remittances en
Afrique subsaharienne. Pour certaines familles, ces flux d’argent permettent d’accéder aux
soins de santé, de financer la scolarisation des enfants ou d’investir dans des activités
génératrices de revenus. L’étude du Partenariat pour la migration, l’asile et la mobilité de la
main-d’œuvre (MIEUX, 2021) souligne que ces fonds ont contribué à réduire la pauvreté de
plus de 6 % dans certaines régions fortement migratoires. Dans ce sens, l’émigration est perçue
comme une stratégie d’adaptation économique face à la précarité et aux déficiences des
politiques publiques.

Cependant, cette manne financière, bien que précieuse à l’échelle microéconomique, engendre
aussi une série de distorsions au niveau macroéconomique. D’une part, elle peut renforcer la
dépendance structurelle de l’économie nationale vis-à-vis des fonds extérieurs, limitant les
incitations à diversifier les sources de croissance interne. D’autre part, les remittances
alimentent des dynamiques inflationnistes locales, notamment dans l’immobilier et les services
urbains, créant des inégalités supplémentaires entre familles bénéficiaires et non-bénéficiaires.
Le rapport de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM, 2022) mentionne
également que les fonds envoyés sont rarement investis dans des projets productifs à long
terme, mais davantage orientés vers la consommation immédiate, ce qui limite leur potentiel
de transformation économique durable.
Par ailleurs, l’émigration a un impact profond sur la démographie sénégalaise. La plupart des
migrants étant de jeunes hommes âgés de 18 à 35 ans, leur départ crée un déséquilibre au sein
des communautés rurales et périurbaines, en privant ces dernières de leur force de travail active.
Ce phénomène de « saignée démographique » est particulièrement préoccupant dans les régions
fortement touchées par les départs, comme Saint-Louis, Matam ou Kolda, où les campagnes se
vident progressivement d’une partie de leur jeunesse. Le recensement national de 2023 (ANSD,
ansd.sn) confirme une stagnation, voire une baisse, de la population active dans certaines zones
rurales fortement migratoires. Cette évolution compromet les efforts de développement local,
notamment dans le secteur agricole, qui dépend fortement de la main-d’œuvre jeune. Dans le
même temps, le déséquilibre entre les sexes s’accentue dans certaines régions, avec une
féminisation accrue des zones rurales, ce qui modifie les rôles sociaux et accentue la
vulnérabilité des femmes, souvent contraintes de prendre en charge seules les activités
économiques et les responsabilités familiales.

L’émigration a également des conséquences sociales et psychologiques non négligeables sur


les familles des migrants, notamment sur les enfants et les épouses restés au pays. Les départs
prolongés, souvent dans l’irrégularité, entraînent une instabilité affective et un éclatement des
structures familiales. Selon un rapport du Mixed Migration Centre (2023), plusieurs enfants de
migrants sont confrontés à des troubles scolaires et à un manque de repères parentaux, surtout
lorsque les figures paternelles sont absentes de manière prolongée. Ce vide affectif est parfois
aggravé par les incertitudes liées à la réussite ou à l’échec de la migration. Lorsque le migrant
ne parvient pas à s’installer durablement à l’étranger ou disparaît en mer, comme ce fut le cas
lors du naufrage de Saint-Louis début 2024 ayant causé la mort d’au moins 20 personnes
(Reuters, 2024), la douleur psychologique et l’insécurité économique se cumulent au sein des
familles endeuillées, parfois réduites à l’indigence.

Au niveau politique et sécuritaire, l’augmentation des flux migratoires irréguliers vers l’Europe
suscite des tensions croissantes avec les pays partenaires, notamment l’Espagne, qui est en
première ligne des arrivées via la route atlantique. Le nombre de migrants arrivés aux Canaries
depuis l’Afrique de l’Ouest a fortement augmenté, avec 39 910 arrivées en 2023, dont une
majorité de Sénégalais (Ministère de l’Intérieur espagnol, interior.gob.es ; IOM MMP, iom.int).
Cette situation a conduit à un durcissement des politiques migratoires européennes, qui
exercent des pressions sur le Sénégal pour renforcer le contrôle de ses frontières et accepter le
retour de ses ressortissants en situation irrégulière. Les négociations diplomatiques autour des
accords de réadmission se multiplient, mais suscitent de vives critiques au sein de la société
civile sénégalaise, qui y voit une atteinte à la souveraineté nationale et une externalisation du
contrôle migratoire européen. Ces tensions fragilisent la coopération bilatérale, tout en
renforçant le sentiment d’abandon et de méfiance parmi les jeunes, déjà en rupture avec les
institutions nationales.

En parallèle, l’émigration renforce la place et le pouvoir symbolique des diasporas dans la vie
politique et économique sénégalaise. Les Sénégalais de l’extérieur jouent un rôle croissant dans
les élections nationales, notamment depuis la mise en place du vote des expatriés. Leur
influence sur les débats publics s’accroît, tout comme leurs revendications concernant leur
représentation institutionnelle. Ce phénomène contribue à redéfinir les contours de la
citoyenneté sénégalaise, désormais éclatée entre le territoire national et ses extensions
diasporiques. Toutefois, cette évolution soulève aussi la question d’un possible fossé entre les
aspirations des diasporas et les réalités vécues par les populations restées au pays, notamment
dans les zones rurales marginalisées.

Enfin, l’émigration sénégalaise contemporaine entraîne des conséquences culturelles et


symboliques majeures. L’idéal migratoire, largement diffusé à travers les réseaux sociaux et les
récits de réussite, tend à marginaliser les parcours de réussite locale et à valoriser exclusivement
le départ comme voie d’accomplissement personnel. Cette représentation sociale, fortement
intériorisée par les jeunes générations, affecte les choix d’orientation, l’investissement scolaire
et les trajectoires de vie. Plusieurs études qualitatives (notamment celles de la revue Cahiers
d’Études africaines, OpenEdition, openedition.org) ont montré comment les jeunes en milieu
urbain et périurbain construisent leur avenir à travers un imaginaire migratoire, souvent
déconnecté des réalités du départ et des souffrances qui l’accompagnent. Cette valorisation du
départ, au détriment des formes d’insertion locale, peut affaiblir la résilience communautaire
et miner les dynamiques de développement endogène.

Ainsi, les conséquences de l’émigration sénégalaise sont multiples, profondes et ambivalentes.


Si elle constitue une ressource vitale pour de nombreux ménages et un levier d’autonomisation
financière, elle génère aussi des déséquilibres majeurs, tant au niveau familial que territorial.
Elle transforme les équilibres sociaux, affecte la cohésion nationale, interroge la souveraineté
politique et modifie les rapports à la citoyenneté. Comprendre ces dynamiques dans toute leur
complexité est essentiel pour envisager des politiques migratoires justes, équilibrées et
porteuses d’avenir, à la fois pour ceux qui partent, ceux qui restent et ceux qui reviennent.

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