Cours d'Etienne Kippelen Culture musicale UV 2
Synthèse musique classique
(1750-1815)
Aspects idiomatiques
• disparition progressive de la basse continue (de 1760 à 1780) remplacée par des formules
d'accompagnement comme la basse d'Alberti au clavier ou les croches répétées aux cordes
• consécration rapide du pianoforte comme instrument-roi face au clavecin déchu (vers 1775)
• un nouveau public bourgeois avide de divertissement et de virtuosité
• coexistence de plusieurs styles : style galant (dès 1730) léger et distingué, Empfindsamkeit (dès
1760) sensible et contrasté, style ancien ou d'église comme continuité du contrepoint baroque
• rayonnement des capitales européennes : Vienne, Paris, Mannheim, Londres, etc.
Opéra
• Opera seria : opéra au sujet mythologique ou historique de 3 ou 4 heures, alternant des
couples récitatif-air (souvent entre 20 et 40), souvent précédé d'une sinfonia (ouverture à
l'italienne vif-lent-vif) et laissant une place de choix à la virtuosité.
Christoph Wilibald Gluck (1714-1787) : compositeur d'environ 40 opéras (seria et opéra-comique),
postérité exceptionnelle de son Orphée et Euridice (1762 à Vienne, 1774 à Paris) Che faro senza
Euridice (version viennoise), air de douleur sobre qui cherche le naturel et rompt avec le bel canto et la
séparation marquée du récit et des airs. Encore dépendant des passions baroques françaises dans
Iphigénie en Tauride (1779), grand succès à Paris, Grands dieux soyez nous secourables avec
introduction d'orchestre tempétueuse avec trémolos, vents, percussions, puis air et chœur.
Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), premiers opéras marqués par le modèle baroque italien,
notamment après sa rencontre avec le Padre Martini juste avant Mitridate (1770) commandé pour le
Théâtre ducal de Milan : aria da capo Al Destin avec sonneries de chasse dans l'introduction.
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• Opera buffa : œuvre lyrique chantée et (parfois) parlée en italien, de genre comique,
appelée parfois dramma giocoso, qui découle de l'intermezzo
Giovanni Batista Pergolesi (1710-1736), maître italien de l'intermezzo qui préfigure l'opera buffa. Sa
Serva padronna (1733) et son air Lo conosco, brève, légère et vaudevillesque déclenche à Paris la
Querelle des Bouffons en 1752 : affrontement esthétique entre les tenants de la tragédie lyrique
française (Rameau) et ceux de la nouvelle musique italienne (Rousseau).
Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), trilogie Mozart-Da Ponte (librettiste), parmi les plus jouées :
Les Noces de Figaro (1786) air de Figaro Non più andrai, Don Giovanni (1787) et Cosi fan tutte (1790).
• Opéra-comique apparaît en France sous l'influence des intermezzi, mélange de chanté et
de parlé, d'art naïf apprécié par le nouveau public, sans ressort comique systématique.
André-Modeste Grétry (1741-1813), 20 opéras comiques en collaboration avec deux grands
librettistes : Marmontel et Sedaine, compositeur favori de Marie-Antoinette, dans le style léger,
mélodique, voix souvent syllabique et doublée par les violons ou par un bois. Le Huron (1768), premier
succès, opéra-comique exotique, adaptation de l'Ingénu de Voltaire, puis Zémire et Azor (1771), trio
typique « Veillons mes sœurs », autre voie que le bel canto et la tragédie lyrique française. Richard
Cœur de Lion (1784), un des premiers opéras historiques, air de Blondel « Oh Richard ! Oh mon Roi ! »,
futur chant de ralliement royaliste après la Révolution française.
• Singspiel : opéra-comique en allemand mélangeant airs, chœurs et textes parlés
Christoph Wilibald Gluck (1714-1787) inaugure le singspiel exotique : Les Pèlerins de la Mecque (1763),
ouverture avec percussions métalliques et piccolo, inspiré de la musique des janissaires ottomans.
Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) maître du genre, couronné de succès, plusieurs types de
singspiele : singspiel parodique, Le directeur de théâtre (1786), trio Ich bin die erste Singerin, singspiel
exotique, L'enlèvement au sérail (1782), finale dans le style des turqueries et singspiel fantastique et
pittoresque, le plus célèbre, La flûte enchantée (1791), air de Papageno qui préfigure l'opéra
romantique allemand du XIXe siècle.
Les Lumières comme émancipation, à relier aux nouveaux genres de l'art lyrique qui s'émancipent
des académismes anciens, cf. Kant, Qu'est-ce que les Lumières ? (1784) :
Les «Lumières» se définissent comme la sortie de l'homme hors de l'état de minorité dont il est lui-
même responsable. L'état de minorité est l'incapacité de se servir de son entendement sans être dirigé
par un autre. Elle est due à notre propre faute lorsqu'elle résulte non pas d'une insuffisance de
l'entendement, mais d'un manque de résolution et de courage pour s'en servir. Aie le courage de te
servir de ton propre entendement ! Telle est la devise des Lumières.
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Musique pour clavier
• Sonate pré-classique, pièce pour clavecin, mettant en valeur l'agilité d'un instrumentiste
face à un geste d'allure improvisé, ornementé et de forme plus ou moins libre, dérivé de la suite
Domenico Scarlatti (1685-1757), 555 sonates pour clavecin en un mouvement, inspirées par l'Espagne
où il réside dès 1733 et écrites dans un style original préfigurant le classicisme. Sonate de coupe binaire
à reprise, proche de la suite baroque, décrivant une grande variété de caractères : Sonate K 141
(clavecin), imitant la guitare, et Sonate K 380 (piano) avec de discrètes sonneries de chasse.
• Rondo et fantaisie, formes plus libres que la sonate, en vogue dans les années 1770-1780
Carl Philip Emmanuel Bach (1714-1788), plus de 150 sonates dont un tiers en mineur, fait unique à
l'époque, auteur d'un traité de référence jusqu'aux années 1800 : Essai sur la manière de jouer des
instruments à clavier (1753), compositeur de l'Empfindsamkeit appréciant contrastes nets, points
d'orgue, modulations hardies, surprises et tonalités mineures : Rondo en la mineur (1778)
• Forme sonate, forme majeure de la musique classique, essentiellement pratiquée dans les
pays germaniques et illustrée dans les premiers mouvements de sonates, symphonies, quatuors
à cordes et concertos de la période classique, alternant exposition (d'un ou deux thèmes) dans
un ton et sa dominante ou son relatif, développement et réexposition dans le ton principal.
Joseph Haydn (1732-1809), une cinquantaine de sonates, le plus souvent monothématiques, riches en
surprises, mais souvent de style galant.
Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), 18 sonates contrastées et denses, aux formes empreintes de
la dialectique tonale et thématique : Sonate n°18 en ré majeur (1789) « La chasse ». Deux seules
sonates en mineur, plus sombres : Sonate n°8 en la mineur (1778).
Ludwig van Beethoven (1770-1827), 32 sonates de piano, corpus de référence dont les premiers opus
ressortissent d'une esthétique classique, inspirée par Haydn et C.P.E. Bach : large palette de registres,
contrastes de nuances et thèmes vigoureux sont la marque du jeune compositeur, Sonate n°1 en fa
mineur (1795).
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Quatuor à cordes
• Genre emblématique de la musique de chambre , marqué principalement par
le style galant et l'importance de la musique de salon, des milliers de quatuors composés entre
1770 et 1800, la plupart pour amateurs. La forme sonate s'impose, surtout à Vienne, comme
incontournable au moins dans le premier des quatre mouvements, tandis que le style
concertant, à la mélodie élégamment ornementée, est privilégié par le quatuor franco-italien.
Joseph Haydn (1732-1809), 68 quatuors, le principal précurseur dès 1757, modèle des générations
suivantes, développement du genre dans les années 1760-1770, compositeur prolifique, quatuor le
plus souvent à destination exploratoire, Quatuor opus 76 n°2 (1796) « Les Quintes ».
Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), 21 quatuors à cordes, marqués par l'influence de Haydn (6
d'entre lui sont dédiés) et par un style souvent au croisement entre le galant, d'une riche écriture
mélodique, et l'exploration de nouvelles sonorités, Quatuor n°19 (1785) dit « Les dissonances ».
Luigi Boccherini (1743-1805) 91 quatuors, développement parallèle à celui de Haydn dès 1761, mais
valorisant un premier violon chanté et brillant, richement ornementé, le violoncelle souvent dans
l'aigu : Quatuor opus 26 (1778) « à la française », en deux brefs mouvements, avec une danse en finale.
Giuseppe Maria Cambini (1746-1825), 143 quatuors à cordes depuis 1773, compositeur très prolifique,
inspiré par Boccherini, principal représentant du style galant en France où il s'installe vers 1770, malgré
une certaine sensibilité aux passions viennoises, créateur du quatuor concertant (ou dialogué) apprécié
à Paris où les musiciens sont tour à tour solistes : Quatuor opus 3 n°3 en si mineur (1804-1806).
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Symphonie
• Précurseurs de la symphonie, apparition conjointe en Italie, à Mannheim et à Paris à
la jonction avec la période classique, vers 1740-1750
Giovanni Battista Sammartini (vers 1700-1775) à Milan, compositeur de beaucoup de musique
instrumentale (sonates en trio, concertos, pièces pour instruments seuls), Symphonie en ré majeur,
écrite aux alentours de 1750, aussi incisive qu'un concerto italien : basse continue dynamique,
marches, énergie rythmique et goût pour la mélodie, l'un des premiers créateurs de la forme sonate.
Antoine Dauvergne (1713-1797), dans la suite des premières « symphonies » de Michel-Richard
Delalande, quatre Concerts de simphonies (1751) d'esprit encore baroque, quelques morceaux en
forme de danses qui rappellent la suite et une pièce sur basse obstinée, chaconne ou passacaille :
Chaconne de la Symphonie opus 4 n°2.
François-Joseph Gossec (1734-1829), compositeur à la longévité exceptionnelle, dont le style épouse
l'air du temps révolutionnaire et napoléonien : grandiose Symphonie à 17 parties (1809) en phase avec
l'esprit conquérant et héroïque de l'époque post-révolutionnaire et napoléonienne.
Ecole de Mannheim (1740-1780), rôle très important : orchestre excellent et réputé pour sa justesse,
sa précision rythmique et ses nuances. Dirigé de 1743 à 1757 par Johann Stamitz (1717-1757) - qui
développe la forme sonate bithématique et systématise les carrures binaires -, l'orchestre suscite de
nombreuses commandes, y compris à J.-C. Bach, Haydn et Mozart. Brève Symphonie opus 3 n°2 (1754),
premier style classique avec contrastes de nuances et crescendo, importance des vents parfois en solo
(deuxième mouvement). Son fils Carl Stamitz (1745-1801) poursuit le travail de direction et de
composition de son père, style cynégétique typique dans sa Symphonie de chasse en ré majeur (1772).
• Symphonie viennoise, très hétérogène, marquée par le style galant et par le modèle de
Haydn qui la pousse aux confins du pré-romantisme.
Joseph Haydn (1732-1809), 104 symphonies, évolution stylistique majeure entre les premières brèves
symphonie encore baroques et les dernières œuvres, puissantes et énergiques, marquées par la quasi
omniprésence de l'introduction lente (depuis la trentième), Symphonie n°94 (1792) premier
mouvement alternance vents/codes, et Menuet plein de dérision, en forme de danse paysanne.
Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), 41 symphonies majoritairement optimistes en majeur, mais
certaines penchent vers le pré-romantisme : toutes deux en sol mineur, Symphonie n°25 (1773),
énergique mais encore peu de vents et Symphonie n°40 (1788), aux proportions plus amples.
Ludwig van Beethoven (1770-1827), 9 symphonies dont les deux premières sont encore marquées par
le modèle classique de Haydn, en particulier la Symphonie n°1 (1800), avec introduction lente et
dialogues cordes-bois.
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• Symphonie concertante, mélange de symphonie (effectif) et de concerto (forme) à
plusieurs instruments, fréquemment des vents, apprécié à Londres, à Vienne et surtout à Paris,
culmine dans les années 1780-1810. Genre typiquement classique, la symphonie concertante
offre la possibilité d'une confrontation simultanée entre plusieurs virtuoses.
Joseph Haydn (1732-1809), précurseur involontaire en 1761 dans ses trois symphonies 6 à 8, à
caractère descriptif et d'inspiration vivaldienne, sous-titrées Le Matin (finale), Le Midi, Le Soir.
Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), 2 symphonies concertantes, dont une, très jouée aujourd'hui,
pour hautbois, clarinette, basson et cor, composée à Paris en 1778 : extraits.
Joseph Bologne, chevalier de Saint-Georges (1745-1799), 10 concertantes, compositeur métis
guadeloupéen, fin escrimeur et violoniste, élève de Gossec, compose pour son instrument des œuvres
très galantes, Symphonie concertante opus 6 n°1 pour deux violons (1775).
Giuseppe Maria Cambini (1746-1825), 79 concertantes souvent en deux mouvements (à la française),
premier à utiliser le trombone dans la symphonie avant Beethoven, style galant, élégant, discrètement
ornementé et virtuose, comme dans la Symphonie concertante n°9 pour hautbois et basson (1782).
Ignace Pleyel (1757-1831), 8 concertantes, élève de Haydn, célèbre facteur de piano, installé à Paris
après la Révolution, compositeur très réputé, fidèle toute sa vie aux mêmes recettes empruntées à
Haydn et Mozart, notamment dans la virtuose et galante Symphonie concertante n°5 pour flûte,
hautbois, basson et cor (1802).