Jean-Claude Bader@
Jean-Claude Bader@
Jean-Claude Bader*1, Gilles Belaud2, Jean-Pierre Lamagat1, Thibaud Ferret3, Philippe Vauchel4
2 Supagro, UMR G-EAU, 2 place Pierre Viala, 34060 Montpellier cedex, France
*[Link]@[Link]
Résumé Dans la vallée du fleuve Sénégal et le delta intérieur du fleuve Niger, la crue annuelle
inonde un vaste lit majeur par des chemins d’écoulement complexes. Pour représenter la
propagation d’écoulement entre lits mineur et majeur sur ces zones très plates, on utilise un modèle
sans données topographiques initialement développé pour les lits mineurs (Lamagat,1983). En
fonction du niveau dans le lit mineur, le modèle calé sur les niveaux observés à deux stations donne
le niveau dans le lit majeur et le temps de propagation entre stations. Plusieurs cas sont testés, pour
divers types de connexions entre lits mineur et majeur. Le modèle représente bien les dynamiques
de crue et de décrue pour des systèmes de structure stable, y compris pour un lac du lit majeur relié
par un unique chenal au lit mineur ou dans le cas d’un fort amortissement de l’onde de crue entre
Mots-clefs : fleuve Sénégal, fleuve Niger, faible pente, inondation, lit majeur, modèle hydrologique
de propagation
1
FLOOD PROPAGATION MODELING BETWEEN RIVERBED AND FLOODPLAIN ON
Abstract In the Senegal river valley and Niger Inner Delta, the annual flood inundates a wide
floodplain consisting of a complex network of lakes and channels, where topographic informations
needed by standard hydraulic models are difficult to obtain. To represent the flood propagation
between mainstream and floodplain, we use a model designed for flood propagation in river
mainstreams with flat bed and large overflowing without topographic data (Lamagat, 1983).
Depending on the level in the riverbed, the model calibrated on the levels observed at two stations
gives the level in the floodplains and propagation time between stations. Several cases are tested for
various types of hydraulic connections between mainstream and floodplain. The model could
correctly reproduce the flood rise and fall in the floodplain, even for a lake connected by a single
channel to the riverbed or in the case of a strong attenuation of the flood between very distant
stations.
Keywords: Senegal river, Niger river, small slope, floodplain, inundation, hydrological propagation
model
NOTATIONS
D pas de temps entre délais de propagation successifs testés pour le calage du modèle
Dv dénivelée positive de ligne d’eau entre extrémités du chenal reliant lac et lit mineur
Ev taux de pertes par infiltration et évaporation dans le lac (lame d’eau par unité de surface et
F intervalle de valeurs de Hm
2
g fonction donnant T à partir de Hm
Hc niveau moyen du fond du chenal reliant le lit mineur au lac du lit majeur
Hm niveau absolu de plan d’eau dans le lit mineur du fleuve, à la station préviseur
Q débit dans le chenal, positif du fleuve vers le lac et négatif dans le sens inverse
moyenne des cotes Hv modélisées; V, variance des valeurs observées de cote Hv)
arithmétique des carrés des écarts entre valeurs modélisées et valeurs observées de cote Hv)
T délai de propagation entre stations du lit mineur (préviseur) et du lit majeur (prévisande)
t temps
Zv tirant d’eau dans le chenal reliant le lit mineur au lac du lit majeur
3
INTRODUCTION
En Afrique de l’Ouest, le fleuve Sénégal dans la vallée située à l’aval de Bakel entre Mauritanie et
Sénégal (fig.1) et le fleuve Niger dans le Delta Intérieur situé au Mali (fig. 2), présentent les
caractères suivants : 1-écoulement à très faible pente dans une zone très plate ; 2- crue annuelle
unimodale essentiellement alimentée par les pluies de mousson sur l’amont du bassin situé dans les
monts du Fouta Djallon en Guinée ; 3- inondation d’un vaste lit majeur lors du passage de la crue
traditionnelles des populations (cultures de décrue, pastoralisme, pêche, etc.) ; 4- barrages réservoirs
à buts multiples situés en amont, existants ou en projet, pouvant fortement réguler les écoulements
(production hydroélectrique, laminage des trop fortes crues, soutien des étiages pour l’agriculture
irriguée et la navigation). L’analyse d’impact des barrages sur l’inondation annuelle de ces zones
nécessite des modèles numériques décrivant la propagation des écoulements à la fois dans le lit
Les modèles hydrauliques décrivant la propagation des ondes de crues dans les cours d’eau sont
généralement basés sur les équations de Barré de Saint Venant, qui traduisent la conservation de
masse et de quantité de mouvement au sein de l’écoulement. Sans solution analytique, ces équations
aux dérivées partielles sont résolues numériquement par les méthodes des éléments finis ou des
différences finies, selon des schémas explicites ou implicites qui favorisent respectivement la
simplicité de mise en œuvre et la stabilité numérique des calculs. Les modèles obtenus diffèrent
également (Ponce & Simons, 1977, Chow et al., 1988) selon qu’ils tiennent compte de tous les
mieux les phénomènes (système Saint Venant complet), ou qu’ils en négligent certains (modèles
d’onde dynamique stable, d’onde de gravité, d’onde diffusante et d’onde cinématique, par ordre de
simplification croissante). Moussa et Bocquillon (1996) montrent que parmi ces formes plus ou
moins simplifiées, le modèle le plus adapté dépend à la fois du nombre de Froude de l’écoulement
4
et de la forme de l’hydrogramme de crue.
Tous ces modèles, dits distribués, peuvent représenter les variables de l’écoulement en différents
points sur un maillage des biefs étudiés. Les plus utilisés sont des modèles dits 1D ou filaires, qui
donnent le niveau de surface libre et le débit pour des sections du cours d’eau perpendiculaires à la
direction générale d’écoulement. Pour représenter les débordements sur lit majeur, ces modèles
doivent être adaptés de façon à tenir compte des connexions hydrauliques entre lit mineur et lit
majeur (continue sans obstacle, par chenal, par submersion de digues, etc.) et des caractéristiques
d’écoulement très différentes entre ces deux domaines (vitesse, profondeur, rugosité hydraulique,
niveau). Parmi ces modèles 1D adaptés, on distingue les modèles à lit composé et les modèles à
casiers.
Les modèles 1D à lit composé supposent pour chaque section un niveau de surface libre identique
sur les lits mineur et majeur et ne sont donc pas adaptés à toutes les situations. Ils ne considèrent
souvent que les débits longitudinaux, obtenus pour chaque section en combinant par différentes
méthodes (Einstein, Debord) ceux du lit mineur et du lit majeur, calculés avec des coefficients de
rugosité distincts et des gradients de perte de charge identiques ou distincts (Proust et al., 2009). On
peut simplifier ces modèles en considérant le lit majeur comme une simple zone de stockage avec
des vitesses longitudinales nulles (Moussa & Bocquillon, 2000). Cette simplification améliore dans
certains cas les résultats du modèle utilisé (Mizanur & Chaudhry, 1995).
Les modèles 1D à casiers représentent les lits majeurs par un maillage de cellules contigües,
homogènes, etc.). Chaque cellule échange des débits à ses frontières avec ses voisines et/ou le lit
mineur, selon le niveau de surface libre de chaque élément. Ces débits, calculés par des formules
sont perpendiculaires aux frontières des cellules et ne suivent donc pas forcément la direction
générale de l’écoulement. Dans ce type de modèle, la représentation des écoulements sur le lit
5
majeur s’apparente donc à une modélisation 2D, surtout dans le cas d’un maillage serré (Bates &
De Roo, 2000).
Nécessitant une description très précise de la topographie, les modèles 2D sont plus difficiles à
mettre en œuvre que les modèles 1D mais ils donnent des résultats plus détaillés et généralement
plus précis, surtout pour des lits majeurs de topographie très complexe (Tayefi et al., 2007). Dans
certains cas toutefois, les modèles 1D peuvent être de précision équivalente, s’ils intègrent une
Les modèles hydrauliques, une fois calés sur des observations hydrométriques, ont le grand
avantage de pouvoir être adaptés pour intégrer certaines modifications du milieu, contrairement à
des modèles hydrologiques conceptuels ou de type ‘’boîte noire’’ calés sur les mêmes observations
(Kundzewicz, 1986). On peut alors les utiliser pour l’analyse anticipée de scénarios
Sur les fleuves Sénégal et Niger, les zones qui nous intéressent se caractérisent par la quasi-absence
de pente et une grande complexité des écoulements sur le lit majeur. Les données topographiques
disponibles sont insuffisamment précises pour permettre d’y appliquer des modèles hydrauliques
sur de longs biefs. On peut par contre utiliser des modèles hydrologiques de propagation, qui ne
nécessitent pas de données topographiques. Généralement basés sur des concepts schématiques de
l’écoulement, ces modèles ne peuvent représenter la cote ou le débit qu’aux points où ils ont été
Muskingum, qui correspond à une solution approchée du modèle hydraulique d’onde cinématique
(Cunge, 1969). Sur un bief donné, ce modèle suppose une vitesse de propagation constante de
l’écoulement et représente le stock d’eau présent par une fonction stable des débits à l’entrée et à la
sortie du bief. Du fait de ces hypothèses, la méthode de Muskingum ne donne pas de bons résultats
pour les écoulements sur de vastes plaines d’inondation (Chow et al., 1988), où l’on observe
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souvent des vitesses de propagation variables ainsi que des relations non univoques entre débit et
niveau, dues au caractère très diffusif des ondes de crue. Elle n’est donc pas adaptée pour nos zones
d’étude où l’on peut observer, par exemple à Podor sur le fleuve Sénégal, un débit passant du
simple au double entre décrue et montée de crue pour une même cote de moyennes eaux (Bader &
Cauchy, 2014). Il en est de même pour les modèles de propagation obtenus par linéarisation des
équations de Saint-Venant (Hayami, 1951), bien que ceux-ci puissent être qualifiés de distribués
par Lamagat (1983) est bien adapté pour les écoulements fortement diffusifs, où l’atténuation est
contrôlée par les dynamiques d’échange lit mineur-lit majeur. Il décrit correctement la propagation
dans le lit mineur de cours d’eau à faible pente, tels que le Niger et la Gambie (Lamagat et al.,
1993), le Nil (Morel-Seytoux et al., 1993) et le Tana (Léauthaud et al., 2013). Le but de la présente
étude consiste à tester les performances de ce modèle pour représenter la propagation entre lit
METHODE
Après avoir présenté les données de l’étude qui sont des niveaux observés dans le lit mineur et sur
le lit majeur des fleuves Sénégal et Niger, on rappelle les principes du modèle de Lamagat (1983,
1987, 1990) et sa justification théorique à partir des équations de Saint Venant (Morel-Seytoux et
al., 1993). Pour chaque fleuve, on cale ensuite le modèle sur des niveaux observés pour qu’il donne
le niveau dans le lit majeur en fonction du niveau dans le lit mineur, pour différents types de
liaisons hydrauliques entre les deux domaines et sans hypothèse sur les débits échangés.
Pour chacun des cinq cas étudiés sur le fleuve Sénégal, qui associent quatre cuvettes du lit majeur à
trois stations du lit mineur, le modèle une fois calé est validé sur des données observées non
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Pour les deux cas étudiés sur le fleuve Niger, qui à une dépression fermée du lit majeur reliée au lit
mineur par un unique chenal associent deux stations du lit mineur, on cale d’abord le modèle sur
une longue période de données observées avant d’analyser l’évolution temporelle de ses erreurs
cumulées. Cette analyse met en évidence des périodes successives sur lesquelles le modèle doit être
calé différemment, pour rendre compte de modifications physiques qui sont manifestement
intervenues sur la liaison hydraulique entre lit mineur et lit majeur, et qu’avèrent certaines images
satellitaires publiées par Google Earth. On analyse enfin certaines limites d’utilisation du modèle en
appliquant celui-ci sur des régimes d’écoulement théoriques plus ou moins éloignés du régime
observé, et pour lesquels les niveaux dans la dépression du lit majeur sont auparavant reconstitués
masse.
DONNEES
Les données utilisées sont des cotes moyennes journalières absolues (NGAO1) de plan d’eau
observées en différents points du lit majeur et du lit mineur des fleuves Sénégal et Niger.
Fleuve Sénégal
Entre Matam et Podor, le fleuve qui sépare le Sénégal et la Mauritanie ne reçoit que de faibles
apports locaux. Son écoulement résulte essentiellement de la propagation d’une crue annuelle
formée à l’amont (Mali, Guinée) par les pluies de mousson et en partie contrôlée par le barrage de
Manantali, situé à plus de 550 km en amont de Matam. La très faible pente du fleuve, de l’ordre de
3 cm/km entre Matam et Salde et 1 cm/km entre Salde et Podor, provoque l’inondation d’un vaste
lit majeur lors de la crue (fig. 1-A). L’analyse porte sur quatre cuvettes du lit majeur (fig. 1-B) en
rapport avec trois stations du lit mineur sur la période 1997-2000, pendant laquelle les liaisons
hydrauliques concernées ne subissent pas de modification physique. Les données utilisées (source :
1
Nivellement Général de l’Afrique de L’ouest
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OMVS (Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal)) sont les cotes absolues déduites
des chroniques homogènes de cotes observées aux échelles des stations suivantes :
• cuvette de Podor : dépression avec mare résiduelle reliée au lit mineur par 4 chenaux ;
• cuvette de Wawa : plaine d’inondation en continuité directe avec le lit mineur, sans
dépression susceptible de garder l’eau après la décrue ; superficie observée entre 0 et 26 km2
• cuvette de Nabadji : dépression avec mare résiduelle, reliée au lit mineur par un chenal
• cuvette de Donaye : plaine d’inondation sans dépression, séparée du lit mineur par un
Fleuve Niger
La zone étudiée se situe au Mali dans le Delta Intérieur du fleuve Niger, où la crue annuelle de
mousson formée à l’amont inonde un immense lit majeur, constitué par un réseau complexe de
chenaux, de plaines d’inondation diffuse et de lacs bien individualisés. Situé près de Tombouctou et
recevant environ 250 mm de pluie par an (Brunet-Moret et al., 1986), le lac Fati est une dépression
toujours en eau reliée au lit mineur du fleuve par un chenal d’une dizaine de kilomètres de long, qui
sert successivement à son remplissage puis à sa vidange lors du passage de la crue. L’analyse porte
sur le niveau du lac à Tondigame, en rapport avec le niveau du fleuve à Tindirma et Mopti, situés
respectivement à l’entrée du chenal et environ 200 km à l’amont (fig. 2). Les données utilisées
(source : Direction nationale de l’hydraulique du Mali) sont les cotes absolues déduites des cotes
observées aux échelles de ces trois stations sur la période 1955-2000, homogènes pour Mopti et
reconstituées pour Tindirma (30% des valeurs entre 1955 et octobre 1996, et 100% ensuite) par le
modèle de Lamagat (période de calage : 1955-1996 ; erreur type : 6 cm ; NSE = 0.999) à partir des
9
niveaux observés à Diré.
PRINCIPE DU MODELE
Le modèle de Lamagat (1983, 1987, 1990), justifié de façon théorique par Morel-Seytoux et al.,
(1993), est basé sur les équations de Barré de Saint Venant qui régissent les écoulements à surface
libre monodimensionnels et graduellement variés. Pouvant être considéré comme un modèle d’onde
diffusive (ou ‘’zéro inertie’’), il suppose que dans l’équation dynamique d’écoulement, les termes
d’accélération locale et convective sont négligeables par rapport au terme des forces de pression
(proportionnel à la dérivée de la profondeur d’eau par rapport à l’abscisse) et à ceux des forces de
gravité et de frottement. Cette hypothèse est généralement vérifiée pour la propagation des ondes de
Exploitant la proportionnalité entre débit et racine carrée de la pente de friction (French, 1985),
Morel-Seytoux et al. (1993) montrent que la propagation d’un signal de niveau de surface libre de
l’amont à l’aval d’un bief est alors régie par deux fonctions f et g du niveau amont Hm, donnant
bief divisée par la vitesse moyenne de l’onde cinématique le long du bief. On a donc au temps t :
Les fonctions f et g ne peuvent malheureusement pas être déterminées directement à partir de leurs
formules théoriques, où interviennent des paramètres qui en pratique ne sont jamais connus sur les
cours d’eau naturels. Il faut donc les déterminer à partir de séries de valeurs de Hm et Hv observées
à la fois en crue et en décrue, qui doivent être analysées par intervalles successifs de valeurs de Hm.
Ces intervalles doivent être suffisamment petits pour que la fonction f puisse y être considérée
comme linéaire, ce qui permet de la déterminer par la méthode des moindres carrés.
Pour caler le modèle sur un marnage [Hm1 ; Hm2] de valeurs de Hm, on procède par intervalles
10
successifs Fn définis par Fn = [Hm1+n×I ; Hm1+A+n×I], ou A et I sont respectivement une
corrélation entre Hm et Hv. On définit alors les bornes minimale T1 et maximale T2 de délai de
propagation à tester, et,D un pas de temps de discrétisation. Pour chaque rang p entier situé entre
zéro et (T2-T1)/D, on calcule alors l’erreur type Sn,p de la corrélation linéaire entre les valeurs de
délai de propagation optimal Tn = T1+pn×D affecté à l’intervalle Fn, pour lequel on retient
également les valeurs moyennes Hmn et Hvn des couples Hm, Hv reliés par la corrélation associée.
L’ensemble des triplets Hmn, Hvn, Tn obtenus en faisant varier n permet de définir la fonction f
par le barème des valeurs Hmn et Hvn et la fonction g par celui des valeurs Hmn et Tn. Dans
l’analyse, les paramètres A, I, T1, T2 et D sont adaptés arbitrairement en fonction des échantillons
de valeurs observées. Il est parfois nécessaire de les faire varier pour différentes parties du marnage.
Enfin, le modèle est d’autant plus performant que les apports ou pertes de débit dans le bief
reliant les deux stations sont faibles ou corrélés aux cotes Hm à la station préviseur.
Fleuve Sénégal
La figure 3 montre pour les quatre cuvettes étudiées les cinq calages du modèle effectués à partir de
croissantes reliant la cote Hv dans les cuvettes du lit majeur à la cote Hm aux stations préviseurs du
lit mineur sont très régulières. Ceci est moins vrai pour les fonctions g donnant les temps de
propagation T, car pour un intervalle Fn donné de valeurs Hm, l’erreur type Sn,p présente parfois un
minimum de faible concavité en fonction de p. Selon les aléas d’échantillonnage de Hm et Hv, ceci
peut conduire à une moindre précision dans la détermination du temps Tn associé au minimum Sn de
11
Sn,p. Une erreur de modélisation du temps T entraîne une erreur d’autant plus importante sur les
cotes que celles-ci sont rapidement variables. C’est pourquoi les plus fortes erreurs types S du
modèle sont observées dans la plupart des cas pour les moyennes eaux, qui sont les plus concernées
La forme des fonctions g dépend des liaisons hydrauliques entre cuvettes et lit mineur, ainsi que
de la position des stations préviseurs du lit mineur. Pour les cuvettes de Podor, Nabadji et Donaye
(fig. 3 A, D et E respectivement) situées à faible distance des stations préviseurs (Podor, Matam et
Podor), le temps T correspond essentiellement au passage du signal entre le lit mineur et le lit
majeur. Il décroît globalement en fonction de Hm, à mesure que la liaison hydraulique se remplit
entre lit mineur et lit majeur. Pour la cuvette de Wawa, le temps T depuis Salde (fig. 3 B) croît au
contraire en fonction de Hm du fait de la distance importante parcourue par le signal dans le lit
mineur depuis cette station. Dans ce bief, plus la crue est importante, plus elle est ralentie par son
étalement dans le lit majeur. Toujours pour Wawa, le temps T croissant puis décroissant en fonction
de la cote Hm à Podor (fig. 3 C) résulte probablement d’une situation mixte entre les précédentes.
Par ailleurs, le temps T peut être négatif quand la station préviseur du lit mineur se situe à l’aval de
la liaison hydraulique entre cuvette et lit mineur (fig. 3 C et E). Dans ce cas, le modèle exprime une
correspondance entre des variables Hm et Hv qui ne sont pas forcément reliées de cause à effet,
Sur chaque cuvette, l’utilisation du modèle consiste à appliquer sur les chroniques de cotes Hm
observées les fonctions f et g, étendues si nécessaire vers le haut par rapport à leur domaine de
définition (extrapolation linéaire pour f et constante pour g), mais pas vers le bas. Les cotes Hv
modélisées présentent un NSE toujours supérieur à 0.98 en calage et supérieur à 0.97 quatre fois sur
cinq pendant deux années supplémentaires de validation (tab. 1 et 2). La figure 4 montre la capacité
du modèle à reproduire précisément, à partir d’un unique calage, le niveau dans chaque cuvette pour
12
Fleuve Niger
La longue série de données disponibles pour le lac Fati couvre une période (1955-2000) durant
laquelle le chenal reliant le lac au lit mineur du Niger a visiblement connu d’importantes
modifications. Les images satellitaires publiées par Google Earth montrent l’absence probable en
janvier 1987, puis la présence probable en octobre 2001 et certaine en janvier 2004, d’une digue de
franchissement barrant le chenal à Tindirma et ne permettant l’écoulement que dans quatre passes
de 3 m de large, alors que le lit majeur naturel du chenal atteint à cet endroit une largeur de 950 m.
passant par exemple d’un simple radier submersible à un pont enjambant le lit mineur, avant
l’existence de la digue actuelle. C’est en tous cas ce que suggère l’analyse du cumul des erreurs du
modèle calé sur la période 1955-2000 entre les cotes Hm du fleuve à Tindirma et les cotes Hv du lac
Fati à Tondigame. En effet, au lieu d’évoluer de façon aléatoire autour de zéro, ce cumul varie de
façon organisée pour différentes tranches de marnage. Les ruptures de pente des courbes (fig. 5-A)
B), Le modèle est finalement calé séparément sur les quatre périodes suivantes, correspondant
chacune à une relation Hv(Hm) assez homogène: 1955 à mai 1983, juin 1983 à mai 1992, juin 1992
à mai 1997 et juin 1997 à 2000. L’évolution des paramètres du modèle (fig. 6) entre ces périodes
changement de zéro de référence du limnimètre qui aurait pu se produire à Tondigame, mais qui
n’aurait pas modifié la relation T(Hm). Elle montre plutôt une évolution de la capacité d’échange
Le modèle est enfin calé sur les quatre périodes précitées entre les cotes Hm du Niger à Mopti
et les cotes Hv du lac. Pour tenir compte de l’amortissement très important de la crue entre Mopti et
Tindirma, on utilise ici les cotes Hm en moyenne mobile entre j–50 jours et j+50 jours. Cette durée
13
de 50 jours, qui n’excède pas le temps de propagation constaté entre Mopti et Tondigame, est celle
qui en pratique donne les meilleurs résultats. Les résultats obtenus (fig. 7) confirment la diminution
La précision des cotes modélisées sur le lac Fati à partir des cotes du fleuve à Tindirma ou à
Mopti est assez bonne, avec un NSE toujours supérieur ou égal à 0.93 sur chaque période (tab. 3 et
4), sauf pour la période 1997-2000 à partir de Tindirma. Sur chaque période de calage (fig. 8 et 9),
le modèle donne de bons résultats pour des crues d’amplitude variée. Enfin, le niveau du lac est
modélisé correctement avec les quatre calages successifs pour les crues de 1977-1978, 1991-1992,
1996-1997 et 1997-1998, très semblables dans le fleuve Niger à Tindirma ou à Mopti. Ceci
confirme que les différents calages du modèle ne sont pas nécessités par des signaux d’entrée
différents, mais bien par de probables modifications physiques du chenal reliant le lac au fleuve.
Non respect de certaines hypothèses de base du modèle, en particulier dans le cas d’un chenal
Les résultats présentés ci-dessus montrent la capacité du modèle à représenter la propagation des
écoulements entre lit mineur et lit majeur sur les fleuves Sénégal et Niger. On ne peut affirmer
cependant que les cas étudiés vérifient bien en permanence toutes les hypothèses de base du
modèle, en particulier celles, implicites, selon lesquelles les stations préviseur et prévisande doivent
être en connexion hydraulique, suivant un chemin et un sens d’écoulement constants. Pour le fleuve
Sénégal, les temps T négatifs obtenus dans certains cas, qui pourraient s’expliquer par combinaison
pour quatre des cinq cas étudiés (fig. 3B), pourrait correspondre à des changements du chemin ou
du sens d’écoulement entre stations préviseur et prévisande.. Pour le cas étudié sur le fleuve Niger
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(tout comme pour la cuvette de Nabadji sur le fleuve Sénégal) la variabilité du sens d’écoulement
est évidente puisque l’unique chenal reliant le lac Fati au fleuve sert successivement à son
remplissage et à sa vidange lors du passage de la crue annuelle. Enfin, les informations disponibles
ne permettent pas de garantir la permanence de connexion entre lits majeur et mineur pour les plus
Application du modèle de Lamagat pour des régimes modifiés d’écoulement du fleuve Niger
Même théoriquement justifié à partir des équations de l’hydraulique, le modèle de Lamagat est
soumis aux limitations de tous les modèles hydrologiques de propagation calés statistiquement :
recalage nécessaire en cas de modifications physiques sur le bief modélisé ; validité non garantie en
dehors du domaine de calage. Cette dernière limitation du modèle pose problème pour les fleuves
Sénégal et Niger, où les régimes d’écoulement pourraient évoluer sous l’effet de changements
climatiques et surtout suite à l’implantation de barrages réservoirs sur les hauts bassins.
L’utilisation du modèle en dehors de son domaine de calage est très problématique quand de
surcroît toutes ses hypothèses de base ne sont pas respectées. Il est ainsi évident qu’entre le fleuve
Niger et le lac Fati, le modèle calé sur le régime observé ne conviendrait pas en régime quasi
permanent. Dans ce cas en effet, le niveau du lac à Tondigame se confondrait avec celui du Niger à
Tindirma dès lors que celui-ci se situerait au-dessus du seuil d’écoulement du chenal (probablement
inférieur à 260 m d’après les cotes Hm et Hv observées (fig. 8)). Or la fonction f du modèle, éloignée
de la première bissectrice pour Hm inférieur à 262 m (fig. 6), ne peut pas représenter cela.
On teste donc ci-dessous le modèle entre fleuve Niger et lac Fati pour des régimes d’écoulement du
Niger qui diffèrent du régime observé par la fréquence ou l’amplitude des crues, et pour lesquels les
niveaux correspondants du lac sont reconstitués par ailleurs à l’aide d’un modèle hydraulique
On remplace d’abord des lacunes résiduelles du limnigramme observé à Tindirma (déjà complété à
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partir de cotes observées à Diré) par des interpolations linéaires ou des paliers de niveau constant en
fin d’étiage, pour obtenir un limnigramme complet et exploitable par le modèle hydraulique sur des
périodes les plus longues possible. Sur celle du 10/07/1955 au 30/08/1981, la cote du fleuve Niger
présente un signal périodique annuel de moyenne 260.32 m, dont le minimum annuel varie entre
257.09 et 258.39 m et le maximum annuel entre 261.79 et 263.35 m. De l’étiage à la crue suivante,
le marnage annuel varie entre 4.51 et 5.87 m selon les années, avec une moyenne de 5.24 m.
reviennent à multiplier par K la période annuelle du signal naturel (méthode α) ou son amplitude
minimale), modifient ainsi chaque cote observée : α) en multipliant par K le délai écoulé depuis le
l’écart à la cote minimale de 257.09 m. Ces limnigrammes théoriques du Niger à Tindirma sont
ensuite utilisés pour simuler avec le modèle hydraulique simplifié (calé sur le régime observé de
1955 à août 1981) le niveau du lac Fati, initialisé le 29/07/1955 à la cote observée de 260.32 m.
Le modèle de Lamagat calé sur les données observées de 1955 à 1983 et extrapolé vers le haut
si nécessaire est enfin appliqué sur les limnigrammes théoriques de Tindirma utilisés en entrée, à
partir de la date correspondant au minimum d’étiage observé en 1956 et jusqu’à leur fin (du
01/07/1956 au 30/08/1981 pour les limnigrammes d’amplitude modifiée ; sur des périodes variables
selon l’ampleur K de déformation du signal pour les limnigrammes de période modifiée). Pour
pour le lac Fati avec celui qui est produit par le modèle hydraulique simplifié, plus fiable a priori.
Calé en régime observé, le modèle appliqué en régime théorique voit sa précision diminuer
d’autant plus que l’ampleur K de déformation du signal s’éloigne de 1. Les résultats restent
toutefois assez bons (NSE>0.95) pour 0.67 < K < 1.51 si la période du signal est modifiée (fig 10α),
16
pour 0.74 < K si l’amplitude du signal est modifiée avec cote moyenne conservée (fig. 10β) et pour
0.87 < K si l’amplitude du signal est modifiée avec cote minimale conservée (fig. 10γ). Ces
résultats expliquent pourquoi le modèle reproduit correctement l’ensemble du régime observé, qui
est caractérisé à Tindirma par un limnigramme de périodicité constante avec un marnage annuel
assez peu variable (entre 0.86 et 1.12 fois le marnage moyen de 5.24 m). Ils montrent également
que le modèle calé sur le régime observé ne convient pas pour des régimes très différents, pour
Les calages effectués sur les différents régimes théoriques sont satisfaisants (NSE>0.98) même
quand ces derniers diffèrent beaucoup du régime naturel, sauf pour un signal de période très courte
(K<0.44, fig. 10α), qui ne laisse pas le temps au lac de s’équilibrer avec le niveau du fleuve, et pour
un signal de très faible amplitude avec cote minimale conservée (K <0.80, fig. 10γ), qui entraîne
chaque année une déconnexion très prolongée entre lac et fleuve. Le calage du modèle diffère
d’autant plus du calage en régime observé (K=1), qu’il est effectué pour des régimes qui en sont très
éloignés (fig. 11 à 13). Ces différences concernent surtout les valeurs des fonctions f et g pour des
cotes Hm inférieures à environ 261.50 m à Tindirma. Fort logiquement, la fonction f tend vers la
première bissectrice pour les régimes se rapprochant le plus d’un régime permanent avec un signal
CONCLUSION
Pour chacun des sept cas étudiés sur les fleuves Sénégal et Niger, le modèle de Lamagat (1983)
permet de calculer de façon satisfaisante le niveau dans une dépression du lit majeur en fonction du
niveau dans le lit mineur. Sur le fleuve Sénégal, le NSE du modèle est dans tous les cas supérieur à
0.98 sur deux années de calage et supérieur à 0.97 dans quatre cas sur cinq sur deux autres années
de validation. Sur le fleuve Niger, l’analyse des erreurs cumulées du modèle calé sur 46 ans de
données observées permet de dater certains changements probablement intervenus sur la liaison
17
hydraulique entre fleuve et lit majeur, suite à la construction et aux modifications d’un ouvrage de
franchissement. Ces changements conduisent à caler différemment le modèle sur des périodes
successives car celui-ci, affranchi de données topographiques, suppose la stabilité des conditions
d’écoulement sur le bief modélisé. Enfin, le modèle peut représenter un fort laminage de l’onde de
crue entre une station préviseur du lit mineur et la station prévisande du lit majeur, s’il utilise en
Paradoxalement, le modèle donne de bons résultats y compris pour des configurations d’écoulement
qui ne vérifient pas certaines de ses hypothèses de base, comme c’est le cas pour le lac Fati qui est
reliée au lit mineur du fleuve Niger par un seul chenal où le sens d’écoulement s’inverse
régulièrement. Malgré cette configuration, le modèle calé sur le régime observé reste valide (avec
NSE > 0.95) pour des régimes théoriques d’écoulement du fleuve relativement modifiés du point de
vue de la fréquence ou de l’amplitude des crues. Quelle que soit l’ampleur des modifications
envisagées par rapport au régime observé, le modèle peut être calé de façon satisfaisante sur le
nouveau régime (avec NSE >0.98), sauf pour une fréquence de crue plus que doublée, qui ne
laisserait pas le temps au lac de s’équilibrer avec le fleuve, ou pour un limnigramme d’amplitude
totale diminuée de plus de 20% avec cote minimale conservée, qui entraînerait chaque année une
En conclusion, le modèle de Lamagat se révèle bien adapté pour représenter la propagation des
écoulements par différents types de connexion hydrauliques entre lit mineur et lit majeur, sur des
zones très peu pentues des fleuves Sénégal et Niger recevant des apports intermédiaires
négligeables. L’unimodalité, la périodicité constante et le marnage assez peu variable des crues sur
ces zones lui permettent de fonctionner même en dehors de son champ théorique d’application,
comme dans le cas d’un lac fermé du lit majeur relié au fleuve par un unique chenal. Ce modèle
simple à mettre en œuvre, qui ne nécessite pas de données topographiques mais doit être calé sur
des niveaux observés, peut être utile pour la reconstitution de données manquantes, la prévision de
18
niveau en temps réel sur des délais limités par les temps de propagation, ou la simulation de
scénarios relatifs à des régimes d’écoulement relativement modifiés par un changement climatique
modélisé. Une extension possible est le calage de corrélations entre des niveaux observés à des
échelles et des surfaces en eau obtenues par télédétection sur plusieurs années de crue (Ogilvie et
al., 2015).
19
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22
ANNEXE : MODELE HYDRAULIQUE ELEMENTAIRE DE REMPLISSAGE DU LAC
FATI
niveau Hv sont connues (fig. 14). On les exploite pour développer un modèle hydraulique de
fonctionnement du lac basé sur le principe de conservation de masse, qui représente l’évolution de
son niveau à partir du niveau Hm du fleuve à Tindirma. Compte tenu des informations relevées sur
Google Earth et des résultats obtenus avec le modèle de Lamagat, on choisit de représenter ici la
liaison entre le fleuve et le lac sur les périodes de 1955 à mai 1983 et de juin 1983 à mai 1992 par
un simple chenal de section triangulaire, dont le fond situé à la cote Hc est supposé horizontal. La
dénivelée Dv de ligne d’eau sur toute la longueur du chenal est calculée en supposant que le niveau
de surface libre aux extrémités est celui du Niger à Tindirma et du lac Fati à Tondigame
est évalué à son extrémité amont par la formule de Manning Strickler dans laquelle le rayon
hydraulique est assimilé à la moitié du tirant d’eau Zv, ce dernier étant négligeable par rapport à la
largeur L0.. On suppose également qu’à chaque pas de temps, la valeur absolue du débit Q ne peut
excéder celle du débit théorique Qextr qui provoque l‘égalité des niveaux Hv et Hm en fin de pas de
temps. On utilise enfin la valeur maximale de largeur L0 et la longueur L1 du chenal estimées avec
Google Earth (L0max= 1000 m ; L1 = 18500 m), ainsi que la valeur maximale observée de Hm et Hv
(Hmvmax = 263.42 m) pour estimer la pente de ligne d’eau et la largeur L0, respectivement
constant des pertes nettes résultant de l’infiltration, de l’évaporation et de la pluie sur le lac, le
temps t en jour et les autres variables en unités SI, le modèle s’exprime ainsi au pas de temps
journalier :
Hv = f2-1(Vv) [3]
23
Sv =f1(Hv) [5]
A partir de juin 1992, la présence probable d’un ouvrage de franchissement sur le chenal amène à
calculer le débit échangé entre le fleuve et le lac par la formule d’un seuil épais de niveau Hs, de
chaque côté duquel le niveau de plan d’eau est supposé égal à celui du fleuve à Tindirma et du lac à
relations 8 et 9 sont alors remplacées par les suivantes, où Zam et Zav désignent les lames d’eau
B0 la largeur du seuil.
A partir des cotes du régime observé dans le fleuve à Tindirma et avec un niveau dans le lac
lac (fig.15) pour les périodes de 1955 à mai 1983 (NSE = 0.990) et de juin 1983 à mai 1992 (NSE =
0.955), et de façon moins satisfaisante pour les périodes de juin 1992 à mai 1997 (NSE = 0.865) et
24
de juin 1997 à 2000 (NSE = 0.672). Ces résultats sont obtenus avec les valeurs optimisées suivantes
de paramètres : Hc = 258.99 m et Ev = 6.945 mm/jour pour toutes les périodes ; k = 8.64 m1/3s-1
pour la première période ; k = 8.87 m1/3s-1 pour la seconde période ; B0 = 6.19 m et Hs = 259.36 m
Les valeurs relativement faibles du coefficient de Strickler optimisé peuvent s’expliquer par
certaines caractéristiques du chenal visibles avec Google Earth : très forte sinuosité en basses eaux ;
présence massive de cultures de décrue sur les berges du chenal inondées pendant les hautes eaux.
Quant à elles, les valeurs optimisées de la largeur B0 de seuil, deux et quatre fois plus faibles sur les
périodes 3 et 4 que la largeur cumulée des passes estimée avec Google Earth (12 m), pourraient
s’expliquer par le freinage de l’écoulement par les trois piles séparant les passes, ainsi que par la
sous-estimation du niveau Zav à l’aval du seuil (du fait d’une pente de ligne d’eau éventuellement
Enfin, avec les valeurs moyennes pour la région de 210 mm/an pour les précipitations (L’Hôte &
Mahé, 1996) et de 2500 mm/an pour l’évaporation sur plan d’eau (Brunel & Bouron, 1992), la
valeur optimisée des pertes nettes Ev permet d’estimer les pertes par infiltration dans le lac à 0.78
mm/jour. Sur la période de 1955 à mai 1981, le débit Q entrant dans le lac varie entre -40.2 et 84.0,
avec une moyenne de 8.23 m3s-1. Les autres termes du bilan en eau prennent les valeurs moyennes
suivantes (m3s-1) : évaporation = 8.16 ; infiltration = 0.80 ; précipitations = 0.69 ; stockage = -0.05.
Du même ordre de grandeur que les précipitations, l’infiltration est environ dix fois plus faible que
l’évaporation. Tout comme pour le lac Tchad (Bader et al., 1992), elle constitue un terme très
C’est le modèle hydraulique calé sur la première période (1955 à mai 1983) qui est utilisé pour
calculer les limnigrammes du lac Fati à partir de différents limnigrammes théoriques du Niger à
Tindirma, déformés par rapport au limnigramme observé sur cette même période.
25
Tableau 1 : précision des cotes modélisées en calage sur les cuvettes du lit majeur du fleuve Sénégal
Tableau 2 : précision des cotes modélisées en validation sur les cuvettes du lit majeur du Sénégal
Tableau 3 : précision des cotes modélisées sur le lac fati à Tondigame à partir des cotes du Niger à
Tableau 4 : précision des cotes modélisées sur le lac fati à Tondigame à partir des cotes du Niger à
26
14° W
vers océan
Atlantique, à 267
cuvette de
km en aval de
DONAYE
Podor cuvette de
cuvette de
PODOR WAWA
station de
station de
PODOR
SALDE
16° N
cuvette de
NABADJI
station de
0 10 20 30 40 50 km MATAM
vers Bakel, à 171 km
en amont de Matam
Figure 1-A : images satellitaires du fleuve Sénégal entre Matam et Podor pendant la crue de 1999
27
Sé
né g (α) (β)
N al
Sén
é gal
5 km
PODOR
2 km
Ga
yo
yil
li Ma
Tié
14°33' ouest Ba
Do r igu
ué 16°33'06'' nord ira
2 km
yo
Do Ga
ué
16°36' nord
15°44'06'' nord
Figure 1-B : plan de quatre cuvettes suivies sur le fleuve Sénégal (d’après Lamagat et al 1999, et
images GoogleEarth) avec leurs connexions aux axes d’écoulement et leurs contours de plan d’eau
mesurés par cheminement GPS (α : cuvette de Podor observée les 26/09, 13/10 et 30/10/1997 ; β :
28
Tombouctou
NIGER AVAL
lac Fati
Dire
16° N
Tindirma
100 km
Mopti
3° W
BANI
NIGER AMONT
Figure 2 : réseau hydrographique du Delta Intérieur du Niger (traits gras : cours d'eau principal;
29
4.5 14 T (j) 0.14
Hv (m) S (m)
12 0.12
4.0
10 0.10
3.5 8 0.08
3.0
A 6 0.06
4 0.04
2.5
Hm (m) 2 0.02
Hm (m) Hm (m)
2.0 0 0.00
2 3 4 5 2 3 4 5 2 3 4 5
7 10 0.35
Hv (m) T (j) S (m)
6 8
0.30
0.25
5 6 0.20
B 0.15
4 4
0.10
3 2 0.05
Hm (m) Hm (m) Hm (m)
2 0 0.00
4 6 8 10 4 6 8 10 4 6 8 10
7 2.0 0.14
T (j) S (m)
Hv (m) 1.5 0.12
6
1.0 0.10
5 0.08
C 0.5
Hm (m) 0.06
4
0.0
0.04
3 -0.5 2 3 4 5
Hm (m) 0.02 Hm (m)
2 -1.0 0.00
2 3 4 5 -1.5 2 3 4 5
14 25 0.30
T (j) S (m)
Hv (m) 0.25
20
13
0.20
15
12 D 0.15
10
0.10
11 5 0.05
Hm (m) Hm (m) Hm (m)
10 0 0.00
6 8 10 12 14 6 8 10 12 14 6 8 10 12 14
6 2 0.08
Hv (m) T (j) S (m)
1 0.07
5 Hm (m) 0.06
0 0.05
4 E -1 2 3 4 5 0.04
-2 0.03
3 0.02
-3
Hm (m) 0.01 Hm (m)
2 -4 0.00
2 3 4 5 -5 2 3 4 5
Figure 3 : modèle donnant la cote Hv=f(Hm) (cuvettes de Podor (A), Wawa (B), Wawa (C),
Nabadji (D), Donaye(E)), le temps T=g(Hm) et l'erreur type S sur Hv en fonction de la cote Hm
(stations de Podor, Salde, Podor, Matam et Podor respectivement), calé sur la période 1997-1998
30
(m) période de calage
5.0 Hm : station de PODOR
4.5 Hv : cuvette de PODOR
4.0
3.5
3.0
2.5
2.0
1.5
date
01/01/1997 01/01/1998 01/01/1999 01/01/2000
1
01/01/1997 01/01/1998 01/01/1999 01/01/2000 date
4.5
3.5
2.5
1.5
01/01/1997 01/01/1998 01/01/1999 01/01/2000 date
12
10
6
date
01/01/1997 01/01/1998 01/01/1999 01/01/2000
3.5
2.5
1.5
01/01/1997 01/01/1998 01/01/1999 01/01/2000
Hv observé
Hv observé Hm observé
Hm observé Hv modélisé
Hv modélisé
Figure 4 : comparaison des cotes observées et modélisées sur le lit majeur du fleuve Sénégal
31
cumul des erreurs du modèle (cm) 259.47 < Hv < 260.76
100 260.76 < Hv < 262.06
50 262.06 < Hv < 263.35
0
A
-50
-100 rang
-150 chronologique de
l'erreur
-200
0 250 500 750 1000 1250 1500 1750 2000 2250 2500
date
2000
01 mai 1997
1992 01 mai 1992
1976
B
1968
1960
rang chronologique de l'erreur
1952
0 250 500 750 1000 1250 1500 1750 2000 2250 2500
Figure 5 : évolution pour différentes tranches de marnage, du cumul chronologique des erreurs du
Hv (m) 80 0.5
T (j) S (m)
263 70
0.4
60
262
50 0.3
40
261
30 0.2
260 20
0.1
10
Hm (m) Hm (m) Hm (m)
259 0 0.0
257 259 261 263 257 259 261 263 257 259 261 263
1955 - mai 1983 1uin 1983 - mai 1992 juin 1992 - mai 1997 juin 1997 - 2000
Figure 6 : calage du modèle donnant la cote Hv du lac Fati à Tondigame, le temps T et l'erreur type
32
264 110 0.4
Hv (m) T (j) S (m)
263 100
0.3
90
262
80 0.2
261
70
0.1
260 60
Hm (m) Hm (m) Hm (m)
259 50 0.0
261 263 265 267 261 263 265 267 261 263 265 267
1955 - mai 1983 1uin 1983 - mai 1992 juin 1992 - mai 1997 juin 1997 - 2000
Figure 7 : calage du modèle donnant la cote Hv du lac Fati à Tondigame, le temps T et l'erreur type
S sur Hv en fonction de la cote Hm du fleuve Niger à Mopti en moyenne mobile (j-50 à j+50)
33
264 (m)
262
260
258
256
1955 1956 1957 1958 1959 1960 1961 (année)
264 (m)
262
260
258
256
1962 1963 1964 1965 1966 1967 1968 (année)
264 (m)
262
260
258
256
1969 1970 1971 1972 1973 1974 1975 (année)
264 (m)
262
260
258
256
1976 1977 1978 1979 1980 1981 1982 (année)
264 (m)
calage modifié
262
260
258
256
1983 1984 1985 1986 1987 1988 1989 (année)
264 (m)
calage modifié
262
260
258
256
1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 (année)
264 (m)
calage modifié
262
260
258
256
1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 (année)
Figure 8 : cotes du lac Fati à Tondigame. Valeurs observées et modélisées à partir des cotes du
Niger à Tindirma
34
268 (m)
266
264
262
260
258
1955 1956 1957 1958 1959 1960 1961 (année)
268 (m)
266
264
262
260
258
1962 1963 1964 1965 1966 1967 1968 (année)
268 (m)
266
264
262
260
258
1969 1970 1971 1972 1973 1974 1975 (année)
268 (m)
266
264
262
260
258
1976 1977 1978 1979 1980 1981 1982 (année)
268 (m)
calage modifié
266
264
262
260
258
1983 1984 1985 1986 1987 1988 1989 (année)
268 (m)
calage modifié
266
264
262
260
258
1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 (année)
268 (m)
calage modifié
266
264
262
260
258
1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 (année)
Figure 9 : cotes du lac Fati à Tondigame. Valeurs observées et modélisées à partir des cotes du
Niger à Mopti
35
NSE NSE NSE
1 1 1
0.9 0.9 0.9
0.8 0.8 0.8
α β γ
0.7 0.7 0.7
K K K
0.6 0.6 0.6
0 1 2 3 4 5 0 1 2 3 0.5 1.0 1.5 2.0
modèle calé sur régime observé (1955-1983) modèle calé sur chaque régime modifié
Figure 10 : coefficient d’efficacité NSE du modèle Tindirma lac Fati, appliqué pour un régime
théorique du Niger à Tindirma (limnigramme observé de 1955 à août 1981, modifié en multipliant
par K la période (α) ou l’amplitude (β avec cote moyenne conservée ; γ avec cote minimale
conservée))
Hv (m) T (j)
269 50
267 40
265 30
263 20
261 10
Hm (m)
259 0
250 255 260 265 270 250 255 260 265 Hm (m)
270
Figure 12 : calage du modèle (Tindirma Tondigame) pour des régimes théoriques différant du
régime naturel par l’amplitude de variation des cotes à Tindirma, avec cote moyenne conservée
36
Hv (m) T (j)
269 80
267
60
265
263 40
261
20
259 Hm (m)
Hm (m)
257 0
257 259 261 263 265 267 269 257 259 261 263 265 267
amplitude naturelle (6.26 m) multipliée par : 2 1.5 1.3 1 0.9 0.8 0.7
Figure 13 : calage du modèle (Tindirma Tondigame) pour des régimes théoriques différant du
régime naturel par l’amplitude de variation des cotes à Tindirma, avec cote minimale conservée
Sv (km2) Vv (km3)
500 2.5
400 Sv = f1(Hv) 2
200 1
100 0.5
Hv (m)
0 0
256 258 260 262 264 266 268 270
37
264 (m) (m3/s) 150
262 100
260 50
258 0
256 -50
1955 1956 1957 1958 1959 1960 1961 (année)
3
264 (m) (m150
/s)
Hv (observé)
262 Hm (observé + reconstitué)
100
260 Hv (modélisé) 50
Hm (interpolé + palier)
258 Q (modélisé)
0
256 -50
1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 (année)
Figure 15 : cotes du lac Fati à Tondigame. Valeurs observées et reconstituées par modèle
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