07 Cec
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Auteurs
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La circulation extra-corporelle (CEC) a déjà une longue histoire. L'idée d'une perfusion artificielle
revient au physiologiste français Jean-Jacques Le Gallois qui avait, en 1812, perfusé la tête de lapins
décapités pour prouver que la circulation du sang maintenait la fonction de l'organe. Le prototype de
machine coeur-poumon avec contrôle de la température a été imaginé en 1884 par von Frey et Gruber,
mais c'est Hooker, en 1915, qui a construit le précurseur des oxygénateurs à film: il s'agissait d'un
disque de caoutchouc sur lequel le sang se répandait en un film oxygéné par contact direct avec un
flux d'O2. Ces montages avaient peu de succès, car le sang coagulait très rapidement. En effet, il a fallu
attendre la découverte de l'héparine en 1916 et celle de la protamine 20 ans plus tard pour que ce
problème soit résolu [3]. Ce n'est qu'en 1937 que John Gibbon créa la première machine de CEC
complète qui permette la survie d'animaux en laboratoire; l'oxygénateur était un écran à disques
rotatifs. En 1953, cette machine permit de fermer avec succès une CIA chez une patiente de 18 ans au
cours d'une CEC de 45 minutes [1]. Pour Gibbon, c'était l'aboutissement de 23 ans de recherche et de
conceptions de circuits extracorporels. Il devint ainsi le "père de la CEC" et le premier perfusionniste
de l'histoire. Au début, le chemin fut pavé de décès (1 survivant sur 16 essais), car les premiers circuits
de CEC étaient encombrants et dangereux; ils demandaient un amorçage de plusieurs litres de sang, et
fonctionnaient avec un oxygénateur fait de grands disques plongeant partiellement dans le sang et
tournant dans une chambre pleine d'oxygène. Le tout était lavé et réutilisé pour un autre patient. Seuls
les tuyaux étaient à usage unique. C'était le cas de la première machine lausannoise, celle de Livio-
Mettraux, datant de 1962 (Figure 7.1A).
Figure 7.1 : Machines de CEC. Gauche: machine historique de Livio-Mettraux, Lausanne 1962. Droite:
machine actuelle. A: console centrale avec commandes des pompes (boutons bleus). B: réservoir veineux. B1:
oxygénateur. B2 : échangeur thermique (couplé à l’oxygénateur et au réservoir dans la machine moderne). C:
pompes. D: monitorage; simple manomètre de pression à gauche, écrans de contrôle complexes à droite. E:
mélangeur de gaz et vaporisateur. F: bac fournissant de l'eau à température variable pour l'échangeur thermique.
G: circuit de cardioplégie. A plus de 50 ans d’écart, il est frappant de constater que le plan des deux machines est
identique; les pompes n’ont pratiquement pas changé, mais l’oxygénateur s’est complètement transformé et le
monitorage est devenu plus sophistiqué. D'autre part, toutes les parties en contact avec le sang sont maintenant à
usage unique.
Le problème de l'oxygénateur restait lancinant, car les modèles à disques causaient d'innombrables
ennuis et manquaient d'efficacité. Dès 1956, DeWall et Lillehei dessinèrent un système réalisable en
plastic et consistant en une chambre où le sang était oxygéné par barbotage de bulles d'oxygène,
A l'exception de la pompe, tous les éléments de la CEC sont maintenant à usage unique. Le circuit
comprend également de nombreux systèmes de sécurité qui n'existaient pas sur les premiers modèles:
moniteur de bulles, filtres artériels et veineux, monitorage de SaO2 et de SvO2, asservissement de la
pompe au niveau du réservoir, etc. Les travaux actuels portent essentiellement sur l'amélioration de la
biocompatibilité des surfaces de contact, sur la réduction de la réaction inflammatoire et sur la
miniaturisation de tout le système.
Aussi compliqués soient-ils, nos systèmes mécaniques de prise en charge des fonctions cardio-
respiratoires restent très grossiers en comparaison de la subtilité des régulations physiologiques. Face à
l'interdépendance infiniment complexe des différents facteurs en jeu, il est presqu'illusoire de vouloir
chercher des corrélations simples entre la morbidité postopératoire et des données isolées comme la
pression ou le débit de CEC. D'autre part, assurer la circulation et la respiration par une machine, aussi
perfectionnée soit-elle, reste une situation totalement non-physiologique et représente donc un stress
considérable pour l'organisme. C'est l'équivalent d'un séjour en milieu hostile, comme l'alpinisme en
haute altitude ou la plongée sous-marine: l'organisme ne peut pas y survivre longtemps. Les
conséquences en sont multiples: flambée inflammatoire, troubles de la coagulation,
immunomodulation, perturbations hémodynamiques, altération des échanges gazeux, dysfonction
polyorganique.
Références
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La première CEC clinique date de 1953. A cette époque, l’oxygénateur était fait d’une série de
disques rotatifs sur lesquels le sang était étalé en contact avec l’O2. Ce système a été remplacé par les
oxygénateurs à bulles, et actuellement par les oxygénateurs à membrane. Tous les composants en
contact avec le sang sont maintenant à usage unique (canules, tuyaux, réservoir, oxygénateur,
échangeur thermique, filtres) et montés ensemble pour faciliter la manutention.
Malgré ses perfectionnements et son succès clinique quotidien, la CEC est un système non-
physiologique qui entraine une réaction de stress considérable et une cascade de complications
inflammatoires, coagulatoires et polyorganiques.
Par rapport aux machines historiques, les systèmes actuels sont à la fois plus sûrs et plus sophistiqués,
mais ils contiennent toujours les mêmes éléments:
Un réservoir veineux;
Un oxygénateur;
Un échangeur de chaleur;
Une pompe;
Un filtre.
Leur but est triple: maintenir la perfusion systémique, assurer les échanges gazeux pour l'O2 et le CO2,
et régler la température. Le sang est capté du côté veineux systémique et renvoyé dans l'aorte ou dans
une grande artère une fois oxygéné; la circulation pulmonaire est court-circuitée. Tout le matériel en
contact direct avec le sang est à usage unique (tuyaux, réservoir, oxygénateur, etc). Le débit théorique
assuré est de 2.0 à 2.5 L/min/m2 (70 mL/kg/min) (routine: 2.4 L/min/m2). La pression artérielle est en
général maintenue entre 60 et 90 mmHg (voir Hémodynamique).
Le montage général du circuit de CEC est bien standardisé. La partie principale est constituée de 5
éléments qui se succèdent dans l'ordre suivant (Figure 7.1 et Figure 7.2) [2].
6 6
1
1
5
3
3
2 2
5
4 4
O2
A O2 B
© Chassot 2012
Figure 7.2 : Représentations schématiques d'un circuit de CEC. A : avec un oxygénateur à membrane; celui-ci
présentant une certaine résistance, il est placé après la pompe. B : avec un oxygénateur à bulles; celui-ci
présentant peu de résistance, il est placé entre le réservoir veineux et la pompe. 1: canule de drainage veineux. 2:
réservoir veineux. 3: pompe principale. 4: oxygénateur. 5: échangeur de chaleur. 6: filtre et canule artérielle.
Ligne de cardioplégie
Ligne
artérielle Aspiration aortique
Aspiration de
cardiotomie
Solution
Aspiration VG cardioplégique
s
Moniteur
Réservoir de
SvO2 cardiotomie
Filtre
Clamp
Détecteur veineux
de bulles
SaO2
Pompes Pompe de
Filtre aspirations cardioplégie
artériel Réservoir
+ trappe Détecteur veineux
à bulles de niveau
Filtre Débitmètre
gaz (P centrifuge)
Oxygénateur Détecteur Pompe
de bulles artérielle
FiO2 Echangeur
thermique
O2
Débit Air
Vaporisateur mètre Blender
Figure 7.3 : Représentation synthétique d'un circuit complet de CEC avec tous ses éléments. En rouge : circuit
du sang. En vert : circuit de l’eau et de l’échangeur thermique. En jaune : circuit des gaz frais. Blender :
mélangeur O2/air. X : court-ciruit clampé. T: mesures de température (adapté de Gravlee GP, ed.
Cardiopulmonary bypass: principles and practice, 2nd edition. Philadelphia : Lippincott, Williams & Wilkins,
2000, p 70).
Faire circuler le sang dans cette tuyauterie complexe implique de l'anticoaguler, sans quoi la
thrombose est immédiate. On administre donc de l'héparine à raison de 300-400 UI/kg pour obtenir un
ACT > 450 secondes. Deux matériaux différents sont utilisés pour les tuyaux: le polychlorure de
vinyle (PVC) et les silicones. Le PVC, transparent, rejette peu de particules mais présente une tenue
limitée à la traction et à l'étirement. Le silicone respecte mieux la déformabilité des globules rouges et
diminue l'agrégation plaquettaire, mais libère facilement des particules. Comme les surfaces étrangères
et le contact avec l'air sont les sources principales des altérations de la coagulation, de l'hémolyse et du
syndrome inflammatoire systémique post-pompe (voir Syndrome inflammatoire systémique), la
recherche autour des améliorations possibles des circuits de CEC est très active. On suit actuellement
trois pistes principales [1].
La cascade coagulatoire et le syndrome inflammatoire systémique sont déclenchés par les tissus
cruentés (plaie opératoire), par les surfaces étrangères (circuits de CEC), et surtout par le contact avec
l’air. Pour ces raisons, les améliorations technologiques actuelles visent trois points particuliers :
D’autre part, le remplissage du circuit avec le sang du malade (autologous prime) par voie antérograde
(canule veineuse) ou rétrograde (canule artérielle) minimise l’hémodilution et réduit le besoin en
transfusion (voir Amorçage).
En CEC, l'hémodynamique est principalement maintenue par le débit de la pompe maîtresse dont le
perfusionniste a la responsabilité et le contrôle. Après le stress de l'induction, cette période est un
moment de moindre concentration pour l'anesthésiste, voir l’occasion de disparaître dans son bureau
ou à la cafétéria du bloc opératoire ! Le temps de la CEC est pourtant une période d'étroite
collaboration avec le chirurgien et le perfusionniste. Une communication permanente entre les trois est
indispensable au bon déroulement de l'intervention.
La machine de CEC comprend les éléments suivants, dans le sens de circulation du sang :
- Canule veineuse
- Aspirations
- Réservoir veineux, (avec filtre), réservoir de cardiotomie
- Pompe principale
- Oxygénateur (avec mélangeur de gaz O2/air et évaporateur halogéné)
- Echangeur thermique
- Canule artérielle (avec filtre et piège à bulles)
- Circuit de cardioplégie
Surveillance : pression dans la canule artérielle, débit de pompe, débit de gaz, SvO2, SaO2 (contrôle
de l'oxygénateur), niveau du réservoir veineux, détecteurs de bulles, températures artérielle et
veineuse.
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Volume et composition
Avant d'être connecté au patient, le système doit être rempli d'une solution physiologique. Ce volume
d'amorçage (priming) est variable selon les modèles, mais il oscille entre 800 et 1'700 mL, soit un
quart à un tiers du volume circulant du patient (volume circulant = 7% du poids corporel). Sa
Cristalloïdes: ils diffusent dans tout le liquide extracellulaire et seuls 20% du volume reste
dans l’espace intravasculaire.
Hydroxy-éthyl-amidons (HES) de 1ère et 2ème génération (polymère de glucose dérivé de
l’amylopectine, de poids moléculaire élevé avec haut degré de substitution) : excrétion lente,
altération de la fonction plaquettaire et de la coagulation; dose maximale limitée à 1.5 g/kg/j.
Risque de dysfonction rénale en cas de dépassement de cette limite.
Hydroxy-éthyl-amidons (HES) de 3ème génération (poids moléculaire bas et faible degré de
substitution): pas d’accumulation plasmatique ni de dysfonction rénale, moins d’effet sur la
coagulation lors de CEC; dose maximale: 3 g/kg/jour.
Albumine: bon effet oncotique, absence de réactions allergiques, mais très onéreuse; demi-vie
de 20 jours. Pas d’effet sur la morbi-mortalité comparée aux autres solutions, sauf dans les cas
de lésions cérébrales, où l’albumine aggrave le pronostic.
Gélatines (dérivées du collagène bovin): pas d’effet sur la coagulation, mais excrétion rénale
rapide et maintien du volume très limité dans le temps (< 2 heures); les réactions allergiques
sont fréquentes.
Dextrans: ils augmentent le risque de saignement, de réaction anaphylactique et d’insuffisance
rénale.
Même si le volume circulant est mieux préservé avec des colloïdes qu’avec des cristalloïdes, les
fonctions pulmonaires ne paraissent pas modifiées par ce choix tant que la surcharge est évitée. La
coagulation est certainement moins affectée par les cristalloïdes que par les colloïdes. L'utilisation de
colloïde n'est pas recommandée en cas de troubles de l'hémostase (hémophilie, maladie de
Wildebrand), chez les cirrhotiques et chez les patients dialysés. L’albumine est préférable dans ces
circonstances, car elle ne modifie pas la coagulation [25]. Malheureusement, la littérature récente,
particulièrement en soins intensifs [10,22], tend à démontrer que les HES augmentent
significativement le taux d’insuffisance rénale (20-35%), le risque hémorragique (40-50%) et, en cas
de sepsis, la mortalité (17%). De ce fait, les recommandations européennes concernant la CEC
proscrivent l'utilisation de HES dans le liquide d'amorçage [17]. De son côté, la FDA (Federal Drug
Agency, USA) a préconisé le retrait des HES en soins intensifs, mais non en chirurgie. En
conséquence, les HES ne peuvent plus être recommandés dans la composition des solutions
d’amorçage, qui tendent à ne contenir que des cristalloïdes additionnés ou non de gélatines
(Physiogel®) ou d’albumine. La condamnation des HES 6% est d'autant plus discutable qu'ils ne sont
pas incriminés dans une augmentation du taux d'insuffisance rénale ni de mortalité dans le contexte de
la chirurgie cardiaque lorsque la fonction rénale est normale [7,32]. Une revue de 17'742 patients
montre que le HES est sans effet sur l'incidence de mortalité, de dialyse rénale et d'ischémie
myocardique, alors que l'albumine augmente le risque d'hémodialyse [26]. Actuellement en Europe,
une petite majorité de centres n'utilisent que des cristalloïdes, environ un quart y ajoute une gélatine et
un quart un HES ou de l'albumine [19,23].
Outre 5’000-10'000 unités d’héparine (voir Anticoagulation), plusieurs substances peuvent être
ajoutées au liquide d’amorçage selon les protocoles.
Comme exemple, la routine dans notre institution (CHUV, Lausanne) consiste en 800-1500 mL
Plasmalyte® + 10'000 UI héparine. Le Plasmalyte® est une solution isotonique avec un pH neutre, ne
contenant pas de Ca2+ (en mEq/L : Na+ 140, K+ 5.0, Mg2+ 3.0, Cl- 98, acétate 27, gluconate 23, 295
mosm/L, pH 7.4).
Hémodilution
L'hématocrite (Ht) recherché pour la CEC est de 24-28%, selon la température prévue. Cette baisse de
l’Ht est nécessaire pour diminuer la viscosité sanguine et améliorer la microcirculation en
hypothermie. En effet, la viscosité augmente de 30% à 27°C, mais elle chute de 30% lorsque l'Ht
diminue de 40% à 25% [11]. Ainsi, en hypothermie, la viscosité reste à peu près stable lorsque la
valeur de l'Ht en pourcent est la même que celle de la température en degrés C [12]. L'hématocrite
recherché en cours de CEC (Ht CEC) se calcule de la manière suivante:
L'hémodilution normovolémique est bien tolérée et compense les effets de l'hypothermie, mais elle
diminue simultanément le transport d'O2 et affecte différemment les organes. Pour une Hb < 70 g/L, la
réserve coronarienne diminue de 50% et la perfusion splanchnique est à la limite de l'ischémie
clinique, mais le flux sanguin cérébral s’élève de 45% et le flux plasmatique rénal augmente dans la
zone corticale [21,28].
L’hémodilution en CEC a des limites. Un Ht inférieur à 23%, par exemple, s'est avéré être un facteur
prédictif indépendant de morbi-mortalité postopératoire [8,27]. L'Ht n’a pas d’influence sur le status
neurologique postopératoire tant qu’il reste supérieur à 30% chez l'adulte normal [31], mais les
troubles cognitifs deviennent plus importants lorsque l’Ht minimal est de 15-17% [4] et le risque
d’AVC augmente de 10% pour chaque pourcent d’Ht en dessous de 25% [16]. Les séquelles
neurologiques augmentent clairement lorsque l'Ht passe sous la barre de 26% [4]. Chez les enfants, la
comparaison entre un Ht bas (21%) ou élevé (28%) démontre que le score neurologique et le
développement psychomoteur sont meilleurs dans le deuxième cas [15].
D’autre part, la fonction rénale s’aggrave linéairement avec la baisse de l’hémoglobine lorsque
l’hématocrite est inférieur à 30% [29]. La correction de l’anémie par une transfusion n’est pas curative
car, à valeur similaire d'Ht, les patients transfusés présentent systématiquement une péjoration de leur
fonction rénale par rapport à ceux qui ne sont pas transfusés; leur mortalité est plus élevée (3.8%
versus 1.4%) et leur incidence d'insuffisance rénale plus importante (12% versus 3.4%) (voir Figure
7.27) [9]. L'anémie aggrave donc la situation, mais la transfusion, au lieu de la corriger, ajoute un
facteur délétère supplémentaire.
Lorsque l'Ht chute de > 14%, l'hémodilution tend à augmenter les saignements, à diluer le fibrinogène
et à déterminer un état hypocoagulable au thromboélastogramme; de plus, les HES diminuent la
fermeté du caillot. Comme la transfusion de sang, de plaquettes et de facteurs de la coagulation
augmente dans cette situation, le risque de complications thrombo-emboliques s'élève aussi [24].
Traitement causal de l’anémie préopératoire (Hb < 120 g/L) et préparation des malades avec
du fer et/ou de l’érythropoïétine;
Limitation des perfusions de cristalloïdes avant la CEC, utilisation préférentielle de
vasopresseur en cas d'hypotension;
Hémostase rigoureuse de la sternotomie et du lit de l'artère mammaire avant la CEC;
Limitation du volume d’amorçage, restriction de la longueur et du volume de la tuyauterie
(mini-CEC);
Amorçage autologue rétrograde;
Cardioplégie au sang au lieu de cristalloïde, microcardioplégie;
Hémofiltration en cours et en fin de CEC.
L’amorçage autologue (autologous priming) consiste à remplacer le volume d’amorçage par le sang
du malade dès le début de la CEC.
Amorçage rétrograde (retro-priming): stockage d’environ 500 mL évacués dans une poche ou
dans le réservoir veineux à partir de la ligne de purge du filtre artériel;
Amorçage antérograde: siphonnage d’environ 500 mL par déclivité à partir de la canule
veineuse (sens normal du circuit);
Dans les deux cas, le sang du malade remplace une partie de la solution d’amorçage qui est
évacuée vers l’extérieur. La poche de stockage ne doit jamais être en dessous du niveau de
l’oxygénateur, qui serait alors en dépression (risque d’aspiration d’air et d’embolie gazeuse).
Ces deux techniques réduisent à quelques centaines de millilitres la quantité totale de cristalloïdes
restés dans la machine et perfusés au patient. Elles diminuent ainsi la chute de la pression oncotique et
l’hémodilution des médicaments en début de CEC (20% au lieu de 40%); de ce fait, elles améliorent
l'oxygénation cérébrale pendant la CEC et pourraient diminuer également le taux de transfusion et
l’œdème intersticiel dans les poumons et le coeur [6,13]. La perte momentanée de volume circulant
pour le malade est compensée par des vasopresseurs et par l'élévation des membres inférieurs. Même
s'il n'est pas toujours possible, l'amorçage rétrograde doit être tenté pour tous les patients.
Amorçage et hémodilution
Ce volume provoque une hémodilution (Ht 25-30%), nécessaire pour freiner l’augmentation de la
viscosité du sang à basse température. En hypothermie, la viscosité reste stable lorsque la valeur de
l'Ht en % est la même que celle de la température en degrés C°. Lorsque l’Ht est < 25%, le status
neurologique et la fonction rénale postopératoires sont péjorés. Une valeur de 25-28% est la limite
inférieure de sécurité pour l’Ht en CEC.
Pour diminuer le volume d’amorçage, on peut réduire la taille du système de CEC, supprimer le
réservoir veineux et/ou remplir partiellement la machine avec le sang du patient (priming autologue).
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Canules veineuses
Le sang veineux est habituellement drainé depuis l'OD par une ou deux canules de grande taille (36F –
51F) connectées à un tuyau d'un demi-pouce. Le système à une seule canule est plus simple, plus
rapide, et ne nécessite qu'une seule incision dans l'oreillette, habituellement au niveau de l'appendice
auriculaire; la canule a des orifices situées dans l'OD et se prolonge par un tube moins large qui est
introduit dans la veine cave inférieure (VCI). Ce système est très sensible aux manipulations du coeur
et n'assure pas une étanchéité au drainage veineux; il permet un bypass partiel dans lequel une partie
de la circulation pulmonaire persiste, mais il ne convient pas lorsqu'il faut ouvrir l'oreillette droite ou
luxer le cœur [3]. Dans ce cas, on procède à une canulation séparée des deux veines caves depuis deux
incisions faites dans l'oreillette; les canules sont rendues étanches en serrant un lacet autour de chaque
veine cave; il ne reste que le débit du sinus coronaire à évacuer de l'OD (sauf en cas de veine cave
supérieure gauche: voir Chapitre 15 Retour veineux anormaux). Lorsque le coeur est arrêté et que la
cardioplégie a fini de couler, le débit du sinus coronaire est nul. On peut également utiliser des canules
métalliques coudées à angle droit qui permettent de canuler directement les veines caves à distance de
l’OD, comme on le fait lors de transplantation cardiaque (Figure 7.4).
A B
VCS
OD OD
Membrane
d’Eustache
VCI
VCI
© Chassot 2012
Figure 7.4 : Canulation veineuse. A : Canule simple; introduite par l'auricule droit, la canule va jusque dans la
veine cave inférieure (VCI); elle présente des orifices dans l'OD et dans la VCI; les premiers drainent le sang de
la veine cave supérieure et du sinus coronaire. B : Bicanulation; chaque veine cave est canulée séparément; un
système de drainage récupère le sang du sinus coronaire dans l’OD. Le lacet permettant d’étanchéifier la
connexion cave est représenté au niveau de la VCI. Les canules peuvent être introduites dans les veines caves
depuis l’OD ou plus distalement par une incision sur le vaisseau.
Le drainage du sang veineux dans le réservoir se fait par simple gravité. Cet effet de siphon dépend de
plusieurs données.
La hauteur entre le patient et le réservoir, normalement 30-70 cm; on peut favoriser le retour
veineux en montant la table d'opération.
Le volume de l'OD; l'hypovolémie et la veinodilatation par la nitroglycérine ou le propofol
diminuent le retour veineux à l'oreillette.
Le positionnement des canules veineuses et les déplacements du coeur lors des manoeuvres
chirurgicales; la double canulation assure un meilleur retour lorsque le coeur est basculé pour
ouvrir l'oreillette gauche (chirurgie mitrale).
Outre le mauvais retour veineux, plusieurs complications peuvent survenir au niveau de la canulation
veineuse.
Lorsqu’on utilise une seule canule auriculaire, la PVC lue dans l’OD (extrémité distale du cathéter
central ou voie OD de la Swan-Ganz) reflète le remplissage du malade; son augmentation traduit aussi
un frein au retour vers le réservoir de CEC. Lors de canulation bicave, l’OD est vide, sa pression est
nulle. La seule pression mesurable est celle lue dans le bras latéral de l’introducteur qui reflète la
pression veineuse jugulaire. Par contre, la pression proximale à la canule cave inférieure ne peut
malheureusement pas être surveillée.
Lorsqu'on canule une veine périphérique comme la veine fémorale, le débit est rarement suffisant pour
assurer le retour veineux nécessaire au débit calculé du patient sur la base d'un index de 2,4 L/min/m2,
même si la canule remonte jusque dans la veine iliaque. Cette canulation permet seulement une
assistance circulatoire. Pour avoir un débit normal, il faut une deuxième canule dans l'oreillette, une
canule longue qui remonte de la veine fémorale jusqu'à l'OD, et/ou l'interposition d'une pompe
aspirante sur le circuit veineux. De nouvelles canules longues et grillagées (Smartcanula™) ne
collabant pas et drainant les abouchements veineux sur toute leur longueur permettent un débit normal
sans pompe. L'introduction de canules depuis la fémorale jusque dans l'OD est guidée par
échocardiographie transoesophagienne (ETO); l'ETO visualise d'abord le guide qui doit monter en
VCS et éviter la fosse ovale; ce guide passe facilement dans l'OG si le foramen ovale est perméable.
La canule doit ensuite se positionner au milieu de l'OD, avec son extrémité dans l'abouchement de la
VCS (voir Figure 7.34).
Réservoir veineux
Le réservoir veineux est la chambre de compliance permettant de maintenir constant le débit artériel
malgré les variations dans le retour veineux (Figure 7.5).
De 1 à 3 litres de sang peuvent être transloqués dans le réservoir au démarrage de la CEC chez un
patient en insuffisance cardiaque congestive, mais lors de manipulations du coeur, par exemple, le
retour veineux peut diminuer drastiquement et obliger le perfusionniste à puiser dans ce réservoir pour
maintenir le débit. Le niveau du réservoir doit rester au-delà d'un certain seuil en-dessous duquel le
Les aspirations du champ opératoire sont drainées dans un réservoir appelé réservoir de cardiotomie,
qui a la particularité de pouvoir filtrer et démousser le sang afin d'éliminer le risque d'emboliser des
particules aspirées ou des bulles d'air. Le réservoir de cardiotomie comporte une chambre de débullage
contenant une éponge imprégnée d'une substance anti-mousse, une chambre de stockage, et un filtre de
30-40 microns. Dans la plupart des systèmes, le réservoir veineux et celui de cradiotomie ne font
qu'un.
L'inconvénient majeur du réservoir est d'offrir une vaste surface de contact entre l'air et le sang. Or cet
interface est une des causes majeures de l'activation du complément, de l'aggrégation plaquettaire et du
déclenchement du syndrome inflammatoire. Ces phénomènes sont nettement moins prononcés avec les
réservoirs souples.
Lorsqu’on réduit la taille du circuit et des canules pour limiter le volume d’amorçage et le contact des
surfaces étrangères, le diamètre des canules veineuses devient restrictif et le siphonnage par gravité
n’est plus suffisant pour assurer un drainage correct de l’OD. En effet, la loi de Poiseuille spécifie que
le flux est égal à la pression divisée par la résistance, et que celle-ci est le produit de la viscosité du
liquide (ρ), de la longueur du tube et de l’inverse du rayon à la puissance 4 : Q = P • r4 / ρ • L. Lorsque
le diamètre du tuyau diminue, on doit ajouter un système de pompe sur le circuit veineux pour en
améliorer le débit. Deux systèmes d’assistance sont utilisés.
Bien que très efficaces pour assurer un bon retour veineux, ces systèmes présentent plusieurs
problèmes potentiels [1].
Pompe supplémentaire à surveiller pour le perfusioniste, qui doit également veiller à ce que la
pression ne soit jamais positive dans le circuit veineux ni négative dans le circuit artériel.
Aspiration d’air par les bourses autour de l’OD ou des veines caves; la pompe va broyer ces
bulles et les transformer en microbulles échappant aux filtres disposés sur les voies veineuse et
artérielle, avec un risque d’embolies artérielles pour le patient.
Stress de cisaillement supplémentaire sur les hématies conduisant à davantage d’hémolyse.
Blocage possible du retour par aspiration des parois vasculaires dans les orifices de la canule ;
Risque de mise en dépression de l’oxygénateur et de flux rétrograde vers le réservoir au sein
de la machine; une valve de type pop-off empêche une dépression excessive.
Drainage veineux
L’OD est drainée par gravité dans le réservoir veineux par une canule (OD - VCI) ou deux canules
(VCS et VCI). La canulation bicave est pratiquée lors d’une ouverture de l’OD, lors de bascule du
cœur ou lors de transplantation. Le retour veineux peut être amélioré par une assistance (aspiration
sous vide contrôlé ou pompe sur le circuit), mais celle-ci comporte un risque d’embolie gazeuse, de
blocage par aspiration des parois vasculaires dans les orifices de la canule et de renversement du flux
dans la machine.
Le réservoir veineux est en général doublé d’un réservoir de cardiotomie pour les aspirations en
provenance du champ opératoire. Les réservoirs sont munis d’un filtre pour éliminer les particules.
Ils sont la principale source de contact entre le sang et l’air (stimulation inflammatoire, activation
plaquettaire, coagulopathie).
Références
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practice, 2nd edition. Philadelphia: Lippincott, Williams & Wilkins, 2000, p 70
Oxygénateur
Le terme d'oxygénateur est un peu restrictif, car l'appareil a trois fonctions: il transfert l'O2 de la source
externe dans le sang, il élimine le CO2 en fonction du débit de gaz frais, et il permet d'introduire un
gaz d'anesthésie par un vaporisateur. Il en existe deux types.
Dans les premiers systèmes, le mélange de gaz parcourait l’extérieur de ces microfibres et le
sang circulait à l’intérieur. Dans les systèmes actuels, le sang est à l’extérieur et les gaz frais à
l’intérieur des microfibres. Le sang n'est en contact avec le gaz que lorsque la CEC démarre,
car les micropores sont rapidement recouverts d'une fine couche protéique qui sépare les deux
éléments [1]; il y a donc beaucoup moins de traumatisme aux éléments figurés et aux
protéines. Après 6 heures d'utilisation, le plasma s'infiltre dans les micropores et limite les
échanges. Ces très fins tubules opposent davantage de résistance au flux sanguin, et les
oxygénateurs à membrane doivent être installés après la pompe principale du circuit (voir
Figure 7.2A). Actuellement, les oxygénateurs à fibres creuses représentent la quasi-totalité
du marché.
Oxygénateurs à bulles: techniquement simples et bon marché, ils consistent à faire barboter de
l'oxygène pur dans le sang et à le débuller ensuite. Plus petites et plus nombreuses sont les
bulles, plus grande est la surface de contact gaz-sang; le débullage est effectué par une éponge
de polyuréthane dont les fibres sont recouvertes d'anti-mousse à base de silicone; un filtre avec
piège à bulles complète le système (voir Figure 1.2) . La capacité d'oxygénation est supérieure
à celle d'élimination du CO2 . Ce type d'oxygénateur offre peu de résistance au flux et peut être
placé avant la pompe principale (voir Figure 7.2B). Les problèmes majeurs de ces
oxygénateurs sont le risque embolique et le traumatisme imposé aux éléments figurés et aux
protéines du sang, aboutissant à une hémolyse, une dysfonction plaquettaire, une perte de
facteurs de coagulation et une réaction inflammatoire puissante. La durée limite de leur
utilisation est 2 heures. Ils ne sont plus utilisés.
Le transfert d'O2, distribué par un mélangeur O2/air (blender), est fonction de la FiO2, de la surface et
du temps de contact entre le sang et le gaz. L'élimination de CO2 est fonction du débit de gaz frais
administré dans le système. Il faut veiller à ce que la pression du circuit sanguin reste supérieure à
celle du circuit des gaz. La FiO2 de l'oxygénateur est réglée pour maintenir une PaO2 d'environ 150
mmHg, et le débit de gaz frais pour obtenir une PaCO2 de 35-40 mmHg (voir Hypothermie et équilibre
acido-basique). Certains systèmes ont un asservissement automatique de débit de gaz frais (O2/air) à la
PaO2 du patient.
Sous forme liquide, les halogénés détruisent certains composants en polypropylène utilisés
dans les circuits de CEC; il faut donc les manipuler avec beaucoup de précaution et placer le
vaporisateur loin de l'oxygénateur et du filtre artériel, en contre-bas du circuit de CEC (Figure
7.7).
Figure 7.7 : Le
mélangeur de gaz
(blender) (A) et le
vaporisateur d’halo-
géné (B), en
l’occurence de
l'isoflurane. Le
vaporisateur se
trouve en-dehors et
en contre-bas des
circuits de la CEC,
car les halogénés
liquides sont
corrosifs pour les
plastiques.
Alors qu'il est est libre à travers les membranes de polypropylène, le passage des halogénés est
bloqué par les membranes en polyméthylpentène; plus performantes pour la longue durée, ces
dernières sont utilisées essentiellement dans les circuits d'assistance comme l'ECMO.
L'orifice de sortie des gaz de l'oxygénateur est à l'air libre; sans un système adéquat
d'évacuation, l'halogéné peut ainsi polluer la salle d'opération (quantité maximale tolérée: 2
ppm).
Plusieurs fabricants ne mentionnent pas la possibilité d'inclure un vaporisateur dans leur
circuit de CEC, ce qui laisse planer un doute sur la légalité de ce montage (non autorisé en
France et en Allemagne).
Les oxygénateurs classiques ont une surface largement supérieure aux besoins standards, ce qui
permet de tolérer une hémodilution importante, mais qui expose le sang à un excès de membrane de 1-
1.5 m2. Dans les mini-circuits de CEC (voir Mini-CEC), ce gaspillage est supprimé, mais la surface de
contact air-sang réduite oblige à maintenir l’Hb à un niveau 10% supérieur.
Les oxygénateurs actuels sont faits de membranes poreuses tubulaires au sein desquelles circule le
sang, l’air étant à l’intérieur et le sang à l'extérieur des fibres. Leur surface d’échange est de 1.8-2.5
m2. La FiO2 règle la PaO2, et le débit de gaz frais la PaCO2.
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Echangeur thermique
Dans les systèmes actuels, l'échangeur thermique est couplé à l'oxygénateur et au réservoir veineux. Il
consiste en un système d'échange à contre-courant entre le sang et un serpentin qui contient de l'eau,
dont la température est gérée par un appareil extérieur à la machine de CEC (voir Figures 7.6 et 7.16).
La gestion de la température répond à un certain nombre de recommandations [1].
Le risque d'embolies gazeuses devient prohibitif si l'on dépasse la limite de gradient thermique (10°C),
parce que les gaz dissous dans le sang passent en phase gazeuse lorsque la température locale
augmente [2]. Les souvenirs de la physique nous rappellent que la solubilité des gaz dans un liquide
diminue lorsque la température monte ou que la pression baisse, mais qu'elle augmente en
hypothermie et en surpression. C'est la loi de William Henry (1803): à température constante et à
l'équilibre, la quantité de gaz dissout dans un liquide est proportionnelle à la pression partielle
qu'exerce ce gaz sur le liquide.
Références
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Pompes
La pompe principale est celle qui assure la propulsion du sang au débit physiologique (2.4 L/min/m2)
et à la pression artérielle normale (PAM 60-90 mmHg). Sa plage de débit va de 100 mL/min à 8
L/min. Deux autres pompes servent aux aspirations; l'une est dite gauche (aspiration dans la racine de
l'aorte ou le VG), l'autre droite (aspiration dans le champ opératoire). Une ou deux pompes
supplémentaires sont utilisées pour perfuser les solutions de cardioplégie. Il existe deux modèles de
pompes.
Pompe à galet: elle fonctionne sur le principe de l'occlusion plus ou moins complète d'un tube
souple par des galets rotatifs; c'est la plus couramment utilisée. Le débit est fonction du
diamètre du tube (en général ¼ pouce chez l'adulte), de la circonférence du support et du
nombre de tours/minute de la pompe (50-150 rpm). Le volume systolique varie de 12 à 42
mL/tour. On règle les galets de manière à obtenir une subocclusion qui évite d'écraser les
éléments figurés mais qui est suffisante pour propulser la masse sanguine contre une résistance
de 300-400 mmHg. Les pompes à galet sont indépendantes de la postcharge: elles
maintiennent leur débit quelle que soit la pression artérielle. Malheureusement, elles peuvent
pomper de l'air si le réservoir veineux est vide, ou créer une cavitation en amont si le flux
d'entrée est restreint. Il existe donc des systèmes de surveillance et d'asservissement pour les
arrêter si la pression est trop haute (risque de rupture de la tuyauterie) ou si de l'air s'insinue
dans le circuit (risque d'embolie artérielle). La cavitation est due à une dépression locale (en
l’occurrence en amont du galet occlusif) qui baisse la solubilité des gaz dissouts dans le sang
(Figure 7.8).
Pompe centrifuge: elle propulse le sang par l'action d'une turbine rotative (située dans une
chambre stérile où passe le sang), tournant à haute vitesse (1'000 - 3'000 rpm) et entraînée par
un électro-aimant (situé dans la console de commande). Il en existe différents modèles :
BioMedicus™ (Medtronic, USA), CentriMag™ (Levitronix, Suisse), RotaFlow™ (Jostra,
Allemagne), Capiox™ (Terumo, USA). La différence de pression entre le centre et la
périphérie créée par la force centrifuge à l'intérieur du cône accélère le sang qui est éjecté à
l'extérieur [4]. Cette pompe traumatise peu les éléments figurés et réduit la stimulation
plaquettaire, mais elle est sensible à la précharge et à la postcharge car elle n'est pas occlusive:
une augmentation des résistances artérielles diminue son débit. Pour une pression de sortie de
P↑ P↓
E
A
Tuyau 1/4
pouce
B C
Figure 7.8 : Pompe à galet. A: embase de la pompe; le fait qu'elle représente environ les deux tiers de la
circonférence assure une occlusivité constante par les deux galets. B: moyeu central entraînant les deux galets
dont l'occlusivité est réglée par la mollette qui se trouve au centre. C: 4 couples de guides maintiennent le circuit
dans l'axe. D: couvercle. E: serre-joint du tuyau (à l'entrée et à la sortie de la pompe). Le galet écrase le tuyau, la
rotation propulse le sang. Cette pompe est occlusive, ce qui la rend insensible à la postcharge mais crée
davantage d’hémolyse et de cavitation à cause des variations de pression entre l’amont et l’aval du galet lors de
la compression du tube par le rotor. P: pression dans le tube.
Console
A B
Figure 7.9 : Pompe centrifuge (BioMedicus™). A: Vue générale de la console de commande contenant la tête
rotative magnétique mue par un moteur électrique. B: Ecorché de la tête motrice disposable entraînée par la tête
rotative magnétique. Le sang est propulsé par la rotation des pales. Le sang rentre par le moyeu (précharge); il
est propulsé par un orifice tangentiel, dont le débit est sensible à la postcharge. Le débit de la pompe augmente
par augmentation de la vitesse de rotation, mais aussi en augmentant la précharge et en diminuant la postcharge.
Pulsatilité
Ces systèmes ne sont pas pulsatiles. Or la pulsatilité artérielle transmet davantage d'énergie cinétique
au sang, ce qui améliore la microcirculation, le flux lymphatique et la perfusion tissulaire. Le risque de
thrombose est diminué; la réponse neuro-humorale au stress est freinée; la vasoconstriction induite par
la dépulsation est supprimée; la perfusion cérébrale, coronarienne et rénale devrait être améliorée
[1,3]. Cependant, ces avantages sont compensés par différents défauts: complexité technique, prix des
pompes, jet de très haute vélocité pendant la systole, aggravation de l'hémolyse par un débit qui est >
10 L/min en systole, amortissement de la pulsatilité par l'oxygénateur à membrane et par la canule
artérielle, forme de flux peu ressemblante au flux physiologique. Alors que les résultats expérimentaux
démontrent une incontestable amélioration de la perfusion capillaire en mode pulsé, les données
cliniques chez l’homme concernant la fonction rénale, myocardique et neurologique ne sont guère
différentes de ce que l’on obtient en mode dépulsé. Une seule étude randomisée a montré un avantage
sur la mortalité et le taux d’infarctus [5], mais aucune n’a relaté de différence sur l’incidence d’ictus et
d’insuffisance rénale [1]. Les données actuelles sont trop contradictoires pour pouvoir émettre des
recommandations pour ou contre l’utilisation des systèmes pulsatiles [1]. L'apport global de la
pulsatilité étant peu signifiant par rapport à l'investissement représenté, ce système est rarement utilisé.
D’ailleurs, la pulsatilité n’est pas nécessaire à la perfusion des organes, comme le démontre la
comparaison d’assistances ventriculaires pulsatiles (HeartMate XVE™) ou à flux continu (HeartMate
II™): la survie à 2 ans est doublée avec le système dépulsé (24% et 58% respectivement) [7]. Ces
résultats démontrent que la pulsatilité artérielle devient facultative lorsque le patient est anticoagulé.
Pompes
La pulsatilité paraît facultative chez un malade anticoagulé; elle présente davantage de risques
mécanique et hémolytique qu’un flux continu. Les données actuelles sont insuffisantes pour émettre
des recommandantion favorables ou défavorables aux pompes pulsatiles.
Références
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Les canules
Après le tuyau de 3/8 pouce qui la relie à la pompe, l'extrémité de la canule artérielle est l'endroit le
plus étroit de tout le circuit (diamètre interne: 7-8 mm). C'est donc le lieu du gradient de pression le
plus élevé. Normalement, ce gradient ne doit pas dépasser 100 mmHg à un débit de 2.5 L/min/m2; au-
delà, le risque d'hémolyse et de dénaturation protéique est excessif. La canule artérielle est dotée d’un
système de fixation à la paroi vasculaire et d’un robinet 3-voies pour purger l’air et, accessoirement, y
mesurer la pression. Lorsque la canule aortique est en place et fixée, on laisse refluer le sang artériel
pour éliminer les débris et les bulles d'air par le robinet de purge. Le contrôle de la pulsatilité du sang
dans la canule assure que la position est correcte dans la lumière de l'aorte; si la canule est
intrapariétale (dissection), le sang qui reflue n'est pas pulsatile. La pression affichée dans la canule au
niveau de la machine de CEC doit être identique à celle du cathéter artériel; toute discordance doit
faire craindre une dissection intrapariétale.
Plusieurs sites anatomiques sont disponibles pour la canulation artérielle (Figure 7.10).
Par sternotomie, la canule artérielle est implantée le plus souvent dans l'aorte ascendante. Il en existe
deux types.
Canule à embout rigide coudé à angle droit; introduite perpendiculairement à la paroi aortique
antérieure, elle débit dans l’axe au niveau de la racine aortique.
Canule souple de type Bardic™ : introduite tangentiellement, elle débite plus distalement dans
la crosse ; sa position peut être vérifiée à l’ETO.
La canulation de l’aorte ascendante présente plusieurs risques majeurs. A elle seulle, elle est
responsable d'une grande partie de la morbidité liée à la CEC.
Embolies artérielles: l'athéromatose de l'aorte ascendante est présente chez 38% des patients
âgés de plus de 50 ans [2]; les principaux facteurs de risque sont l'âge avancé, l'anamnèse
d'AVC, le diabète et la maladie vasculaire périphérique, particulièremet carotidienne [7]. Lors
de la canulation, des fragments d'athérome peuvent emboliser en périphérie, particulièrement
dans le cerveau; le risque est le plus grand lorsque les plaques sont ulcérées ou pendulaires. Le
taux d'embolies cérébrales au Doppler transcrânien, qui est de 5-17%, présente deux pics très
significatifs lors de la canulation et de la décanulation aortique (voir Figure 7.26) [10]. Cette
embolisation est un des facteurs responsables des AVC postopératoires.
Effet de "sablage" (sandblasting): le jet de sang sort à haute vélocité de la canule et souffle au
passage des débris athéromateux s'il est dirigé vers la paroi et non vers le centre du vaisseaux.
Cet effet, très marqué avec les canules fines qui engendrent de hautes vélocités, est constant
tout au long de la CEC.
Artères iliaques
© Chassot 2012
Malposition de la canule: elle peut être dirigée vers ou dans le tronc brachiocéphalique, qui
reçoit ainsi tout le débit de la pompe; suivant où elle est mesurée, la pression artérielle peut
être élevée (radiale droite) ou basse (radiale gauche et fémorale). La coloration de la face est
asymétrique, de même que le pouls carotidien et les saturations cérébrales (ScO2).
Déchirures: la paroi aortique est fragile chez les personnes âgées, les diabétiques, les
athéromateux; les risques de déchirure en étoile autour de la canule sont d'autant plus grands
que la paroi est tendue par une hypertension. Il est donc habituel de baisser la pression
artérielle lors de la canulation et de la décanulation de l'aorte en visant une PAM momentanée
≤ 50 mmHg.
Dissection: l'introduction de la canule artérielle à l'intérieur de la paroi aortique peut disséquer
cette dernière au niveau de la média; c'est une complication dramatique qui survient dans 0.1 –
1‰ des cas [8]. Elle se diagnostique en début de CEC par une hypertension sur la ligne
artérielle alors que la pression systémique est effondrée et que la paroi aortique devient
violacée, boursoufflée et tendue. Les vaisseaux de la crosse aortique peuvent être obstrués par
le faux passage.
L'ETO, qui est très performant pour évaluer l'aorte descendante, ne permet de visualiser que la partie
proximale de l'aorte ascendante jusqu'à son croisement avec l'artère pulmonaire droite. Elle n'est pas
un moyen sûr pour mettre en évidence les lésions athéromateuses sévères de l'aorte ascendante, parce
que l'interposition de la bronche souche droite entre l'oesophage et l'aorte restreint la visibilité aux 4-5
premiers centimètres de l’ascendante et parce que la majeure partie des athéromes sont situés au-delà
de cette limite [11]. Toutefois, l'ETO permet de poser l'indication à une échographie épiaortique en
fonction du degré d'atteinte de l'aorte descendante [6]. Comme la palpation chirurgicale est peu fiable,
seule l’échographie épiaortique pratiquée avant de canuler l’aorte permet de choisir le site de ponction
Une canulation fémoro-iliaque est possible si l'on veut éviter l'aorte ascendante ou si l'on doit installer
la CEC sous sédation en anesthésie locale, parce que le malade est trop instable pour supporter
l'induction sans cette sécurité. La canulation fémorale est également utilisée lors des réopérations où
l'on craint de léser l'OD, le VD ou l'aorte avec la scie sternale. Malheureusement, le débit par la
fémorale est souvent limité. Comme le flux dans l'aorte est rétrograde, il existe un double risque, que
la surveillance ETO permet de diagnostiquer.
La canule fémorale est occlusive. Le membre inférieur concerné est donc ischémié pendant toute la
durée de la CEC. Cette situation est tolérable pour 3-4 heures. Si la canulation se prolonge, il est
prudent d’assurer la perfusion du membre par une canule pédiatrique montée en Y sur la ligne
principale et insérée dans la partie distale de la fémorale. Une bonne alternative est l'artère sous-
clavière droite. On peut cannuler ce vaisseau en le ponctionnant à ciel ouvert ou en y anastomosant
une prothèse de 8 mm (GoreTex™) en position termino-latérale. La position de la canule dans l’arc
aortique est contrôlée à l’ETO. Ce système est fréquemment utilisé pour la chirurgie de la crosse
aortique, car il permet de maintenir une perfusion cérébrale continue (Figure 7.11 et Figure 18.27).
Le tronc brachio-céphalique, la carotide gauche et la sous-clavière gauche étant clampés à leur départ
de la crosse, le flux perfuse la carotide droite, puis la carotide gauche par l'intermédiaire du cercle de
Willis et des anastomoses entre carotides externes. La pression de perfusion (idéalement 60 mmHg)
est mesurée dans l'artère radiale gauche, perfusée par l’intermédiaire des collatérales entre la
vertébrale et la sous-clavière gauches. Le débit est de 10-20 mL/kg/min (1.0-1.5 L/min). La
température de perfusion varie de 20° à 32°C selon les techniques. Si l’on opte pour une hypothermie
modérée (28-32°C) ou pour la normothermie, la perfusion cérébrale doit être complétée par une
perfusion sous-diaphragmatique continue au moyen d’une canule fémorale pour éviter l’ischémie des
viscères abdominaux, des reins et de la moëlle.
Les filtres
Un filtre micropore (40 microns) couplé à un "piège à bulles" est installé sur le circuit artériel, comme
dernière étape avant l'aorte du malade. Il a pour but d'éliminer les particules qui pourraient emboliser,
et de supprimer tout risque d'embolie gazeuse artérielle. La trappe à bulle peut être ouverte à l'air
ambiant pour éviter que le système ne se mette sous pression, ou purgée en continu (200 mL/min), le
sang étant renvoyé dans le réservoir veineux. On monte également un filtre du côté veineux (20-40
microns), parce que les aspirations que l'on utilise dans le champ opératoire une fois le malade
Figure 7.11 :
Perfusion cérébrale
semi-sélective par la
canule artérielle de
CEC en sous-clavière
droite. Le tronc
brachio-céphalique, la
carotide gauche et la
sous-clavière gauche
sont clampées à leur
origine (en jaune). Le CEC
sang circule d'une
carotide à l'autre par
les anastomoses du
polygone de Willis
(flèche).
Figure 7.12 : Les filtres. A: filtre du réservoir veineux. B: circuit de retour du sang en provenance du patient. C:
filtre artériel contenant la trappe à bulles; il dispose d'un orifice de vidange à sa partie supérieure par lequel une
pompe aspire le sang à bas débit et le renvoie dans le réservoir veineux. D: circuit artériel conduisant le sang
vers le patient. E: circuit veineux ramenant le sang du patient. On note bien la différence de couleur entre D et E.
F: saturomètre sur le circuit veineux. G: saturomètre sur le circuit artériel.
Les shunts
On doit prévoir des systèmes de shunt pour court-circuiter certains éléments en cas de défaillance. Un
shunt est aussi nécessaire pour faire circuler le liquide d'amorçage avant que la machine soit connectée
au malade ou éviter une stagnation du sang lorsque la CEC n'assiste plus le malade.
Shunt du filtre artériel: maintien la perfusion artérielle au cas où le filtre se boucherait, ce qui
est rarissime;
Shunt distal entre la canule artérielle et la canule veineuse: il sert à faire circuler le liquide
d'amorçage. Il est obligatoire dans les circuits pré-héparinés qui fonctionnent avec des ACT de
300-350 secondes; on ne peut pas arrêter le sang dans ces circuits, car il risque de coaguler
dans les filtres et dans l'oxygénateur.
Circuit artériel
La canule artérielle est insérée en général dans l’aorte ascendante, mais il existe plusieurs voies
d’abord possibles:
- Partie tubulaire proximale de l’aorte ascendante
- Artère fémorale
- Artère sous-clavière droite
La ligne artérielle est munie d’un filtre à particules et d’une trappe à bulle. Elle est surveillée par un
moniteur de pression et de saturation (SaO2).
Références
1 CALAFIORE AM, DI MAURO M, TEODORI G, et al. Impact of aortic manipulation on incidence of cerebrovascular accidents
after surgical myocardial revascularization. Ann Thorac Surg 2002; 73: 1387-93
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100 consecutive patients undergoing cardiac surgery. Circulation 1991; 84(Suppl III):47-53
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bypass: an echocardiographic study. Ann Thorac Surg 1997; 64:100-8
5 KIM KB, KANG CH, CHANG WI, et al. Off-pump coronary artery bypass with complete avoidance of aortic manipulation. Ann
Thorac Surg 2002; 74:S1377-82
Aspiration
Beaucoup de sang revient constamment dans le champ opératoire lors de cardiotomie et s'ajoute à
l'hémorragie chirurgicale. Comme il s'agit de chirurgie "propre" et comme le malade est hépariné, tout
ce sang est récupéré dans le réservoir de cardiotomie de la machine par des aspirations qui
fonctionnent au moyen de pompes à galets comme la pompe principale; leur débit règle la force de
l'aspiration. L'aspiration dite "gauche" décharge les cavités cardiaques gauches dans lesquelles la
circulation bronchique déverse du sang en continu; la canule est introduite dans la racine aortique,
dans une veine pulmonaire (en général supérieure droite), dans le ventricule gauche ou dans l'artère
pulmonaire. L'aspiration dite "droite" aspire le sang du champ opératoire et des plèvres.
Le sang ainsi récupéré contient de l'air, des activateurs de la coagulation et de l’inflammation, des
lobules de graisse, des aggrégats cellulaires et diverses particules qu'il s'agit de filtrer. Les aspirations
sont la source principale d'hémolyse, de dénaturation protéique, de microembolies, de perte de
plaquettes, de troubles de la coagulation et d’activation du syndrome inflammatoire [1,5]. Pour chaque
heure supplémentaire de CEC, la charge embolique due aux aspirations augmente de 90% [2]. Pour
diminuer ces défauts, on draine souvent le sang dans un réservoir intermédiaire où il est
momentanément stocké et traité par des filtres micropores et par des mousses anti-émulsion. Dans le
champ opératoire, il est important que les canules aspirent le moins d'air possible, et que la dépression
aspirative soit au minimum nécessaire à maintenir le site propre. Les aspirations de CEC sont utilisées
dès que l'anticoagulation est établie (ACT > 400 sec) et jusqu'au début de l'administration de
protamine.
Le liquide aspiré dans le péricarde contient une très grande quantité de facteur tissulaire (tissue factor
TF); celui-ci active directement les facteurs X et XI de la cascade de coagulation, conduisant à la
production de thrombine [4]. Ainsi la réponse locale déclenchant la chaîne coagulatoire est distribuée
dans tout l’organisme lorsque le sang aspiré est déversé dans le réservoir de cardiotomie.
On peut "détoxifier" et laver le sang aspiré dans un système de centrifugation comme le CellSaver™.
L'avantage est de concentrer les érythrocytes et d'éliminer les microaggrégats, les débris, les facteurs
activés (facteur tissulaire, cytokines, radicaux libres, etc) et les électrolytes (potassium) ; les
perturbations du système coagulatoire sont nettement diminuées lorsqu’on ne recycle pas directement
le sang aspiré sans le laver. Mais cette manoeuvre retarde la mise en recirculation du sang aspiré et
élimine malheureusement les plaquettes, les protéines et les facteurs de coagulation, ce qui réduit les
avantages liés à son utilisation, notamment en cas de CEC prolongée [6]. Les recommandations
actuelles penchent pour le lavage du sang extravasé avant de le retransfuser [3].
Références
1 BROOKER RF, BROWN WR, MOODY DM, et al. Cardiotomy suction: a major source of brain lipid emboli during
cardiopulmonary bypass. Ann Thorac Surg 1998; 65:1651-8
2 BROWN WR, MOODY DM, CHALLA VR, et al. Longer duration of cardiopulmonary bypass is associated with greater numbers
of cerebral microemboli. Stroke 2000; 31:707-13
3 KUNST G, MILOJEVIC M, BOER C, et al. 2019 EACTS/EACTA/EBCP guidelines on cardiopulmnary bypass in adult cardiac
surgery. Br J Anaesth 2019; 123:713-57
Aspirations
Le champ opératoire étant propre et le patient anticoagulé, le sang perdu par hémorragie peut être
filtré, lavé et récupéré. Malheureusement, ce sang contient beaucoup de déclencheurs inflammatoires
et d’activateurs de la coagulation, et son lavage (CellSaver™) élimine les plaquettes et les facteurs
de coagulation.
Circuit de cardioplégie
Le coeur doit être arrêté pour permettre les anastomoses coronariennes ou l'ouverture des cavités
cardiaques, et pour stopper sa consommation d'O2 lorsqu'on clampe l'aorte et que la perfusion
coronaire cesse. A cet effet, on le refroidit par voie externe au moyen d'une solution de Hartmann à 4-
6°C (dite "Shumway") et on le perfuse avec une solution cardioplégique (voir Arrêt par cardioplégie et
Techniques de cardioplégie). Cette solution est essentiellement un composé hydro-électrolytique ou
sanguin froid contenant du potassium (20-30 mmoles/L). On compte 10 mL/kg ou 450 mL/m2 pour
arrêter le coeur. Elle est distribuée par une pompe spéciale de la machine de CEC ou anciennement par
une manchette à pression (Figure 7.13).
Cardioplégie
La cardioplégie consiste en une solution froide riche en potassium permettant d’arrêter le cœur en
diastole. Elle est administrée par la racine de l’aorte (en l’absence d’insuffisance aortique), par
canulation des troncs coronaires, par voie rétrograde dans le sinus coronaire, ou par les pontages
veineux. Elle est perfusée par une pompe et un échanger thermique séparés du circuit principal de
CEC.
Référence
1 HONKONEN EL, KAUKINEN L, PEHKONEU EJ, et al. Myocardial cooling and right ventricular function in patients with right
coronary artery disease: antegrade vs retrograde cardioplegia. Acta Anaesthesiol Scand 1997; 41:287-95
Drainage du VG (venting)
Permanence d'une faible circulation pulmonaire en cas de bypass partiel avec une seule canule
veineuse dans l’OD.
Retour veineux des artères bronchiques; ceci représente un débit de 140-180 mL/min.
Insuffisance aortique (IA) pendant l'administration de cardioplégie par la racine aortique;
même une IA minime peut avoir une conséquence catastrophique (dilatation aiguë du VG).
Shunt gauche-droit congénital: canal artériel, shunt de Blalock, collatérales aorto-pulmonaires,
veine cave supérieure gauche, etc.
Drainage du VG
Pour éviter une dilatation dangereuse du ventricule, le VG est décomprimé par une canule qui le
vidange sous aspiration continue.
Hémofiltration
L'hémofiltration consiste à interposer dans le circuit de CEC un appareil constitué de fibres semi-
perméables micropores contenues dans un cylindre (surface d’échange ≥ 1 m2). Ce système filtre l'eau,
les électrolytes et les protéines les plus petites (poids moléculaire < 30-50 kDa) (Figure 7.14).
Le système repose sur le principe de la convection: c'est la pression hydrostatique, et non une
différence de concentration, qui provoque les échanges à travers la membrane. Les plaquettes,
l'albumine et les facteurs de coagulation sont conservés, alors que les médiateurs inflammatoires
hydrosolubles (TNF, IL-6, IL-8, IL-10) et le complément (C3a, C5a) sont éliminés avec l’hémofiltrat
qui est rejeté [2,6]. L'héparine est partiellement filtrée. Différents montages sont possibles (Figure
7.15).
P P
6 7
1 1
5 5
H H
2 2
4 4
O2 O2
A 3 B 3
© Chassot 2012
Figure 7.15 : Schéma des différents systèmes d'hémofiltration. A : hémofiltration conventionnelle en cours de
CEC. Le sang est capté sur la ligne artérielle (avec ou sans pompe P), traverse l’hémofiltre (6) et retourne dans le
réservoir veineux (2) ; H : hémofiltrat rejeté. B : hémofiltration modifiée post-CEC (MUF modified
ultrafiltration). Le sang est capté sur la ligne artérielle (canule aortique), hémofiltré (7) et renvoyé dans la canule
veineuse d’où il regagne l’OD. Deux clamps (traits jaunes) isolent ce circuit par rapport au réservoir veineux, à
la pompe et à l’oxygénateur. La pompe P est facultative. 1 : canule veineuse. 2 : réservoir veineux. 3 : pompe
principale. 4 : oxygénateur. 5 : échangeur thermique. 6 : hémofiltration conventionnelle en cours de CEC. 7 :
hémofiltration modifiée artério-veineuse. H : hémofiltrat rejeté. P : pompe alimentant l’hémofiltrateur.
Hémofiltration
Sous ses différentes formes, l’hémofiltration réduit l’excédent liquidien propre à la CEC et évacue
les déclencheurs inflammatoires hydrosolubles. Elle diminue l’œdème interstitiel postopératoire, les
besoins transfusionnels, le syndrome inflammatoire systémique et l’insuffisance multi-organique.
Par rapport aux systèmes de lavage sanguin (CellSaver™) qui les éliminent, elle conserve les
plaquettes, l’héparine, les protéines plasmatiques et une bonne partie des facteurs de coagulation.
Références
1 BOODHWANI M, WILLIAMS K, BABAEV A, et al. Ultrafiltration reduces blood transfusion following cardiac surgery: a meta-
analysis. Eur J Cardiothorac Surg 2006; 30:892-7
2 JOURNOIS D, BOURDARIAS B. Hémofiltration en chirurgie cardiaque. In: JANVIER G, LEHOT JJ (ed). Circulation
extracorporelle: principes et pratique, 2ème édition. Paris, Arnette Groupe Liaison SA, 2004, 377-85
3 JOURNOIS D, ISRAEL-BIET E, POUARD P, et al. High volume, zero-balance hemofiltration to reduce delayed inflammatory
response to cardiopulmonary bypass in children. Anesthesiology 1996; 85:965-1003
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prospective randomized clinical study. Circulation 2001: 104:1253-9
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techniques. Totowa (NJ, USA): Humana Press 2010, 193-210
Mini - CEC
La mini-CEC n'est pas seulement un circuit plus petit mais une stratégie particulière impliquant le
chirurgien, l'anesthésiste et le perfusioniste. Elle est constituée d'un ensemble comprenant [5]:
3 3
O2 O2
1 2 1 2
A 5 B
© Chassot 2017
6 6
3 3
4 4
O2 O2
1 2 1 2
5 C 5 D
Figure 7.17: Représentation schématique des divers montages de mini-CEC. A: Système minimal (type I);
drainage veineux de l'OD dans la pompe (1) qui propulse le sang dans l'oxygénateur (2) et l'échangeur thermique
(3) puis dans l'aorte. B: Type II; ne trappe à bulle est ajoutée sur le ciruit veineux (4); l'aspiration de cardiotomie
(5) est drainée, lavée et rendue dans un circuit indépendant. C: Type III; un réservoir collabable (6) permet de
collecter le sang des aspirations. D: Type IV; l'addition d'un réservoir veineux rigide (7) en dérivation du retour
de l'OD crée un circuit semi-ouvert voisin d'un circuit conventionnel [1].
Hémodilution réduite: Ht plus élevé de 25% en sortant de pompe; le taux de transfusions est
réduit de 50-75%, ce qui en fait un système particulièrement indiqué chez les patients qui
refusent les transfusions [4,15,17,19].
Héparinisation moindre (150 UI/kg): l'ACT recherché est 300-350 sec pour les pontages aorto-
coronariens et 400-450 sec pour la chirurgie valvulaire [9].
Diminution des altérations de la coagulation grâce aux circuits biocompatibles, à la faible
hémodilution et à la pompe centrifuge non-occlusive; le taux de plaquettes post-CEC est 25%
plus élevé [15,19].
Atténuation de la réponse inflammatoire grâce aux circuits pré-héparinés et biocompatibles, à
la réduction de la surface de contact plastic-sang, et de l'absence de contact sang-air. Les
marqueurs du SIRS sont abaissés [6,10].
Meilleure adaptation aux techniques anesthésiques de fast-track [3].
D'autres avantages sont évoqués par les partisans de la MiECC, bien qu'ils soient controversés et ne
fassent pas l'unanimité dans la littérature.
Avec ce type de circuit, il est bon que les malades soient relativement hypervolémiques au moment de
la connexion, puisque c’est le malade qui est le réservoir veineux de la CEC. La capacitance veineuse
du patient est donc critique pour la stabilité hémodynamique. Celle-ci est assurée par la position
(élévation des jambes, Trendelenburg/anti-Trendelenburg) et par des agents vasoactifs. (phényléphrine
100 mcg, nitroglycérine 25-50 mcg). Pour la canulation et la décanulation ou pour le clampage
aortique, la PAM est abaissée en outre par un frein au retour veineux (compression chirurgicale) ou
par un pacing rapide. Le système ne présente aucun problème de bilan postopératoire parce que
l’apport hydrique est beaucoup plus faible qu'avec les circuits conventionnels. Lors du sevrage, le
clampage veineux est progressif comme la réduction du débit de la pompe. Ces systèmes se prêtent
particulièrement bien à l’assistance circulatoire à cœur battant, qui combine l’absence de cardioplégie
au soutient hémodynamique par une machine cœur-poumon; on élimine ainsi les risques de l’arrêt
cardiaque et du clampage aortique tout en conservant les avantages d’une pompe pour la confection
des anastomoses coronariennes délicates.
Avec ces systèmes, l'adéquation est parfaite entre le sang drainé et le volume réinfusé par la pompe.
Ainsi, en cas de faible retour veineux ou de prise accidentelle d'air (environ 50 mL), le système
s'arrête. A l’inverse, une augmentation du retour veineux nécessite une accélération du débit de la
pompe. La conduite de la CEC est donc plus délicate, le débit de pompe est ajusté en permanence.
L'anesthésiste doit veiller à l'absence totale de bulles d'air introduites par les voies veineuses: robinets
fermés, capuchons sur les sites d'injection, médicaments administrés de préférence en perfusion plutôt
qu'en bolus, curarisation pour éviter les mouvements respiratoires, etc. Lorsque la technique est bien
maîtrisée et la coordination satisfaisante entre le chirurgien, l'anesthésiste et le perfusioniste,
l'hémodynamique est très stable et la pression de perfusion mieux maintenue qu'avec les systèmes
traditionnels. Les cas à haut risque en sont les principaux bénéficiaires.
Malgré les bénéfices décrits dans les publications qui lui sont le plus favorables, la MiECC ne s'est pas
généralisée comme une technique de routine, car elle présente indéniablement une gestion plus tendue
et une marge de manœuvre plus faible que la CEC conventionnelle. De plus, elle n'est pas adaptée à
tous les types de chirurgie.
Ce système vise à pratiquer la chirurgie cardiaque de manière minimalement invasive en assurant toute
la canulation de CEC par voie strictement percutanée. Il comprend plusieurs éléments (Figure 7.18)
[13,18].
Le positionnement des cathéters est réalisé sous contrôle ETO. La position du ballon de clampage
aortique doit être surveillée en permanence, car celui-ci se déplace facilement: s’il avance, il va
s’impacter dans la valve aortique et créer une insuffisance aiguë; s’il recule, il va bloquer les vaisseaux
de la crosse aortique et occlure la perfusion cérébrale. Un cathéter artériel radial droit droit et les
saturations cérébrales (ScO2) permettent de contrôler le flux dans le tronc brachio-céphalique. Après
un enthousiasme initial, cette technique peine à trouver sa place, hormis en chirurgie robotique. Il est
vrai qu’elle est compliquée et coûteuse, qu’elle rallonge la durée de l’opération et qu’elle comporte ses
propres risques. Son seul intérêt est de permettre une réelle non-invasivité dans le cadre d’une
chirurgie par thoracoscopie ou par mini-incisions.
Mini-CEC
Références
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can they become the standard practice for performing cardiac surgery ? Perfusion 2015; 30:195-200
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extracorporeal circulation after coronary revascularisation procedures. Perfusion 2010; 25:197-203
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coronary artery bypass grafting. Interact CardioVasc Thorac Surg 2015; 20:68-73
Anticoagulation en CEC
Le contact du sang avec l’air et avec les surfaces étrangères (tuyaux, membranes, etc) oblige à une
anticoagulation profonde pour éviter tout risque de thrombose du circuit (voir Aspects
hématologiques). Parmi les nombreux anticoagulants en usage clinique (Tableau 7.1 et Tableau 7.2),
seule l’héparine non-fractionnée (HNF) est utilisée de routine en CEC. Elle fait partie intégrante de
son fonctionnement. Pour davantage de détails sur la coagulation et l’hémostase en chirurgie
cardiaque, le lecteur pourra se référer au Chapitre 8 (Coagulation & hémostase).
L’héparine
L’action de l’héparine sur l’AT III est double. La liaison avec le fragment de haute affinité de
l’héparine induit un changement de configuration de l'AT III qui augmente sensiblement son affinité
pour les facteurs de coagulation. Le fragment de faible affinité sert à rapprocher le facteur du site
d’action de l’AT III. Une fois que l’AT III s’est fixée sur le facteur, un changement de conformation
diminue l’affinité pour l’héparine, qui est libérée et peut se lier à une autre molécule d’AT III (Figure
7.19A) [41].
Ces deux mécanismes différents expliquent les actions plus ou moins sélectives des différents dérivés
de l’héparine. L’HNF a un rapport d’activité anti-Xa:anti-IIa de 1:1. Les héparines de bas poids
moléculaire (HBPM, PM 2’000-10'000) ont un rapport anti-Xa:anti-IIa de 2-4:1 et le pentasaccharide
fondaparinux inhibe sélectivement le facteur Xa. Pour que l’AT III désactive la thrombine, les deux
mécanismes, changement de conformation et rapprochement, sont aussi importants l’un que l’autre.
Pour désactiver le Xa, par contre, le rapprochement ne joue pas de rôle. Les HBPM peuvent, avec leur
segment de haute affinité, induire le changement de configuration nécessaire, mais leur chaîne est trop
courte pour bien affronter la thrombine, ce qui explique leur action plus faible contre celle-ci. Le
fondaparinux correspond à la séquence du segment de haute affinité qui est la longueur de chaîne
minimale requise pour induire le changement de conformation, sans n'avoir aucune capacité de
rapprochement. Donc, incapable d’inhiber le IIa, il inhibe sélectivement le facteur Xa [12].
Héparine non-fractionnée inhib ind thrombine/fXa thrombose, aPTT, ACT demi-vie allongée selon dose
(par antithrombine III) CEC, PCI antagoniste : protamine
HBPM prophylact inhib ind fXa/thrombine prophyl TVP anti-Xa (TT) antagoniste partiel: protamine
HBPM thérapeut inhib ind fXa/thrombine thrombose anti-Xa (TT) antagoniste partiel: protamine
Fondaparinux (Arixtra®) inhib indirect fXa prophyl TVP anti-Xa pas d’antagoniste (FVIIa ?)
(par antithrombine III) PCI (+ héparine) ↓ dose si fonct rénale ↓
Idrabiotaparinux inhib indirect fXa FA, emb pulm anti-Xa antagoniste: avidine
Dabigatran (Pradaxa®) inhib direct thrombine FA, proph TVP anti-IIa, dTT (aPTT) antagoniste: idarucizumab
Temps d’écarine (hémodialyse?)
Hirudine inhib direct thrombine thrombose aPTT/ACT pas d’antagoniste
CEC, HITS ↓ dose si fonct rénale ↓
Lépirudine (Refludan®) inhib direct thrombine CEC, PCI, HIT aPTT/ACT pas d’antagoniste
(irréversible) ↓ dose si fonct rénale ↓
Bivalirudine (Angiox®) inhib direct thrombine CEC, PCI, HIT aPTT/ACT, (TP) pas d’antagoniste
(réversible) ↓ dose si fonct rénale ↓
Désirudine (Iprivask®) inhib direct thrombine HITS aPTT/ACT pas d’antagoniste
Danaparoïde (Orgaran®) inhib direct thrombine prophyl TVP, CEC anti-Xa (labo) pas d'antag. Demi-vie 22 h
Argatroban (Argatroban Inj®) inhib direct thrombine CEC, HIT (aPTT/ACT) pas d’antagoniste
Rivaroxaban (Xarelto®) inhib direct fXa TVP, emb pulm, FA anti-Xa (TP) pas d’antagoniste (PCC)
Apixaban (Eliquis®) inhib direct fXa TVP, FA anti-Xa (TP) pas d’antagoniste (PCC)
Edoxaban (Lixiana®) inhib direct fXa TVP, FA anti-Xa (TP) pas d’antagoniste (PCC)
Coumarines inhib fact vit K-dépendants TVP, FA, TP, INR INR thérapeutique: 2-3
(F II, VII, IX, X, prot C &S) proth valve (impératif) antagoniste : vit K
Aspirine bloc irrévers récept COX1 SCA, IdM, AVC, bloc irréversible
revasc coronar
Clopidogrel (Plavix®) bloc irrévers récept ADP stent, SCA, IdM Test bloc irréversible
Prasugrel (Efient®) bloc irrévers récept ADP stent, SCA d’agré- bloc irréversible
Ticagrelor (Brilinta®, Brilique®) bloc révers récept ADP stent, SCA, IdM gabilité bloc réversible
Tirofiban/eptifibatide bloc récept GP IIb/IIIa PCI bloc révers thrombocyte
Abciximab (ReoPro®) bloc irrévers réc GP IIb/IIIa PCI bloc irrévers thrombocyte
Les tests indiqués entre parnethèse sont modifiés, mais n’ont pas de valeur quantitative pour doser l’effet de la substance.
Test d'agrégabilité: test rapide (VerifyNow™, Multiplate™, etc) ciblé selon le récepteur (COX-1, ADP ou GP IIb/IIIa).
fXa : facteur X activé. aPTT : temps de thromboplastine partiel activé. ACT : temps de coagulation activé. TP : temps de
prothrombine. dTT: temps de thrombine dilué. INR : international normalised ratio. CEC : circulation extracorporelle.
PCI : intervention coronarienne percutanée. HIT : syndrome thrombocytopénique induit par l’héparine. TVP : thrombose
veineuse profonde. FA : fibrillation auriculaire. SCA : syndrome coronarien aigu. IdM : infarctus du myocarde. AVC :
accident vasculaire cérébral. Ind: indirect. Dir: direct.
L’HNF, les HBPM et le fondaparinux sont mal absorbés par voie orale et doivent être administrés par
voie parentérale. Par voie intraveineuse, l’HNF a une action immédiate, alors que les dérivés ont un
delai d’action de 20 à 60 minutes. L’effet anticoagulant de l’HNF est très variable à cause d’une forte
liaison aux protéines et à l’endothélium [24]. Les HBPM et le fondaparinux sont beaucoup moins liés
et montrent un profil d’action plus prévisible. A cause de la variation interindividuelle de son effet,
l’HNF requiert un monitorage constant. Son activité anticoagulante est bien corrélée à l’aPTT et à
l’ACT (activated clotting time). Les dérivés plus courts n’ont pas d’effet prévisible sur ce paramètre et
sont donc plus difficiles à monitorer, mais leur surveillance n’est pas nécessaire parce que leur profil
pharmacocinétique est plus stable.
Délai préop: délai d’attente recommandé entre la dernière prise ou l’arrêt de la perfusion et l’intervention
chirurgicale; correspond en général à 3 demi-vies sériques. Recommandation en cas d’ALR rachidienne ou de bloc
profond: 5 demi-vies. *: délais correspondant à 3 demi-vies, recommandés en cas de risque chirurgical standard; cas à
haut risque: attendre 5 demi-vies, soit 72 heures; délais standards à doubler en cas d’insuffisance rénale (clairance
créatinine < 50 mL/min). ALR rachidienne: attendre 5 demi-vies. HBPM : héparine à bas poids moléculaire.
Valeurs de laboratoire recommandées pour la chirurgie: INR < 1.5, TP > 75%, aPTT < ± 35 sec (selon norme du
laboratoire), ACT < 120 sec, thrombocytes ≥ 70’000 /mcL. SRE: système réticulo-endothélial
Héparine et CEC
L’HNF est indispensable au le bon déroulement d’une CEC; elle en est l'anticoagulant de base. C’est
la raison pour laquelle elle est injectée par voie centrale après avoir contrôlé le reflux sanguin, ou
adminsistrée directement dans l’OD par le chirurgien; l’injection est suivie d'un rinçage pour être sûr
que la totalité de la dose soit injectée. L'ACT de contrôle est mesurée 3-5 minutes plus tard. La dose
de charge d’héparine pour obtenir une anticoagulation adéquate pour une CEC (ACT ≥ 480 sec) est
habituellement de 300-400 UI/kg, mais des doses plus faibles peuvent parfois suffire pour atteindre
l'ACT désiré. Un ACT > 480 secondes est requis avec les circuits standard non bio-compatibles et
utilisation d'une aspiration de cardiotomie. La concentration d'héparine circulante recherchée est de 2-
4 UI/mL. Pour déterminer la dose requise chez un patient donné, il suffit de construire sa courbe dose-
réponse obtenue avec 2 déterminations de l'ACT: la valeur de base et la valeur après mélange du sang
in vitro avec une concentration connue d'héparine (Figure 7.19B) [7]. Le dosage de l'héparinémie est
préférable au test de l'ACT pour régler l'administration de l'héparine [3].
Complexe
héparine - AT III
+ AT III
AT III
Héparine
F IIa
F Xa
AT III IIa AT III +
Figure 7.19A : Mécanisme d’action de l’héparine non fractionnée. Après la liaison avec son fragment de haute
affinité pour l’AT III (fragment jaune), l’héparine induit un changement de conformation au niveau du site
d’action de l’AT III, qui augmente sensiblement son affinité pour les facteurs IIa (thrombine) et Xa. Le fragment
de basse affinité de la chaîne d’héparine (en violet) sert à rapprocher le facteur IIa du site d’action de l’AT III; ce
mécanisme n’est pas requis pour la fixation du facteur Xa. Une fois que l’AT III s’est fixée sur les facteurs IIa et
Xa, un changement de conformation diminue l’affinité pour l’héparine, qui est libérée et peut se lier à une autre
molécule d’AT III (flèche pointillée blanche).
Valeur de lʼACT
Figure 7.19B : Courbe dose-
réponse de l'héparine, construite à Courbe dose-réponse
partir d'un minimum de 2 points. 1:
valeur de base de l'ACT avant ACTc
l'injection de l'héparine. 2: valeur de
l'ACT après mélange avec une
concentration donnée d'héparine
(Civ: concentration in vitro).
L'extrapolation de la courbe permet 2
de déterminer la quantité d'héparine
(Cc: concentration cible) dont le
patient a besoin pour atteindre un
ACT de 480 secondes (ACTc: ACT 1
cible). La dose de charge est
calculée à partir de la Cc en
référence au volume circulant estimé
du malade [7].
0 Civ Cc
Concentration dʼhéparine
L’activité de l’héparine est habituellement mesurée par l'ACT dont la valeur normale est située entre
80 et 120 secondes. L’ACT minimal nécessaire pour éviter des problèmes thrombotique ou
hémorragique pendant une CEC est toujours discutée, mais une valeur > 400 secondes est
généralement acceptée comme référence pour les circuits standards (480-500 secondes), et une valeur
de ≥ 300 secondes pour les assistances avec circuits pré-héparinés [21,34]. Si l'ACT est < 400
secondes, on ne commence pas la CEC sans ajouter une dose supplémentaire d'héparine (5'000 –
10'000 UI) ; on procède à un nouveau contrôle après 3 minutes [13]. Deux tests d'ACT sont pratiqués
avant de commencer la CEC: avant l'injection d'héparine (valeur normale du patient), et 3-4 minutes
après l'administration du bolus d'héparine [34].
Résistance à l'héparine
Un allongement insuffisant de l’ACT après une dose habituelle d’HNF (< 450 secondes pour 500
U/kg) révèle une résistance du patient à l’héparine liée à un déficit en antithrombine (activité AT III <
60%). Plusieurs phénomènes expliquent cette réponse insuffisante [7,8].
Déficience congénitale en AT III (incidence 1:3'000); le taux d’AT III est abaissé de 40-60%.
Consommation de l’AT III par une héparinothérapie en cours; la chute de l’antithrombine est
de 5-10% par jour. Un traitement préopératoire avec de l’héparine pendant plusieurs jours en
est la cause la plus fréquente.
Hémodilution; le taux d’AT plasmatique peut diminuer de 30%.
Baisse de production d’AT III en cas d’insuffisance hépatique, de malnutrition ou de
syndrome néphrotique.
Consommation accrue d’AT III en cas de sepsis, de CIVD, d’embolie pulmonaire ou
d’assistance circulatoire mécanique.
Thrombocytose; comme l'héparine se lie aux plaquettes, un excès de ces dernières diminue la
quantité susceptible d'activer l'AT III.
L’attitude la plus logique est de doser l’activité ATIII (cible ≥ 80%) et de ne donner du concentré
d’antithrombine que lorsque le taux est bas; s’il est normal, une augmentation du dosage d’héparine
suffit en général [7].
Chez les malades qui présentent une thombocytopénie induite par l’héparine (TIH ou HIT heparin-
induced thrompenia), il est possible de procéder à une CEC sous d’autres anticoagulants s'il n'est pas
possible de reporter l'intervention jusqu'à la négativation des anticorps anti-héparine-PF4 (voir
Chapitre 8 HIT). Ces substances sont des bloqueurs directs de la thrombine, qui inhibent aussi bien la
thrombine circulante que la thrombine liée à la fibrine, alors que l'héparine n'a pas d'impact sur cette
dernière. Toutefois, ils n’ont pas d’antagoniste, et ne sont pas renversés par la protamine. Leur
élimnination dépend de leur demi-vie sérique (Tableaux 7.1 et 7.2) et de l’utilisation d’un circuit
d’hémofiltration [1,4,8,15,18,35].
Un autre attitude consiste à anticoaguler les patients avec de l'héparine, et à bloquer parallèlement
l'agrégation plaquettaire induite par l'action des anticorps IgG préformés sur les complexes PF4-
héparine au moyen d'un antiplaquettaire de courte durée d’action. Bien que réagissant encore à
l'héparine, les patients ne courent plus un risque excessif de thrombo-embolie et de thrombopénie [27].
Protamine
La protamine, originellement extraite du sperme de saumon, est aujourd’hui produite par technologie
recombinante. C’est une molécule polycationique chargée positivement qui forme des complexes
stables avec l'héparine, qui est chargée négativement. La demi-vie plasmatique de la protamine est de
7 minutes, alors que celle de l’héparine est de 60-120 minutes [8]. Un mg de protamine (100 UI)
neutralise 1 mg d'héparine (100 UI). Habituellement, on administre une dose de protamine
correspondant aux 80% de la dose d'héparine, mais un dosage basé sur l’héparinémie réelle du patient
ou sur sa courbe dose-réponse (systèmes Hepcon™ ou HMS™) conduit à donner des quantités
moindres et réduit de ce fait la dysfonction plaquettaire, l'hémorragie et le risque de transfusions après
CEC [34,39]. Un ACT fait 5 minutes après la fin de l’administration de protamine doit être dans une
limite de ± 10% par rapport à la valeur de départ avant CEC.
La protamine présente plusieurs effets secondaires immédiats, dont l’incidence varie de 1 à 13% des
cas (moyenne 2.6%) [16,23].
Libération d'histamine, qui se caractérise par une vasodilatation importante avec baisse de
précharge et de postcharge; elle est directement proportionnelle à la vitesse d'administration
(réaction de type I) et baisse d'intensité si la protamine est diluée dans 100 mL NaCl 0.9%
pour chaque demi-dose.. Il est très fréquemment nécessaire d'accélérer les perfusions et de
donner un vasoconstricteur (néosynéphrine ou nor-adrénaline) pour contrecarrer cet effet.
Hypertension pulmonaire ; le complexe héparine-protamine déclenche la libération de
thromboxane A2, qui est un vasoconstricteur pulmonaire; la PAP s’élève de 25-50%.
Réaction antigène – anticorps (IgG et IgE) (réaction de type II); plus rare, celle-ci se rencontre
chez les malades réopérés qui ont déjà reçu de la protamine et chez les diabétiques traités par
une insuline stabilisée avec de la protamine (protamine-Zn); le phénomène est possible chez
les patients allergiques aux poissons, et chez les hommes vasectomiés.
Réaction anaphylactoïde déclenchée par le complexe héparine-protamine en activant
directement la voie classique du complément (C4a) sans l'intermédiaire d'une réaction
antigène-anticorps (réaction de type III, qui survient dans 1.5% des cas). Le tableau clinique
est celui d'une réaction anaphylactique catastrophique; la libération massive de thomboxane,
déclenche une hypertension pulmonaire et une bronchoconstriction qui peuvent être
foudroyantes et contraindre à retourner en CEC. Comme cette réaction est liée au NO, le bleu
de méthylène peut être efficace mais il risque d'aggraver la crise hypertensive pulmonaire
[38].
En excès par rapport à l’héparine (> 1.5:1 mg), la protamine a un effet anticoagulant: elle
inhibe la fonction plaquettaire, prolonge l'ACT et augmente l'hémorragie [21,34,39]. Les
pertes sanguines augmentent de 26% lorsque le rapport héparine:protamine est 1.3 au lieu de
0.8 [25].
Les patients allergiques peuvent être opérés avec des circuits héparinés et une héparinisation
systémique réduite (100 UI/kg), ce qui permet d’éviter l’administration de protamine [26]. Une dose
de stéroïde pendant la CEC (500 mg méthylprednisolone) et une injection très lente (perfusion sur 20
minutes) par une voie périphérique peuvent diminuer l’intensité de la réaction chez un malade
Anticoagulation en CEC
Le contact du sang avec des surfaces étrangères et avec l’air oblige à une anticoagulation complète
au moyen d’héparine non-fractionnée (HNF). L’héparine est administrée avant la CEC par voie
centrale à raison de 300-400 U/kg pour obtenir un ACT > 400 secondes. Si l'ACT est < 400
secondes, on ajoute une dose supplémentaire de 10'000 U et on procède à un nouveau contrôle. Une
impossibilité d’allonger l’ACT malgré une dose adéquate d’HNF doit faire suspecter une
insuffisance en antithrombine III, qu’il faut remplacer sous forme de concentré (800 – 1'000 U/kg)
ou de plasma frais décongelé. L'ACT recherché en cours de CEC est ≥ 480 secondes (circuits
standards, aspiration de cardiotomie)..
Les malades qui présentent une thombocytopénie induite par l’héparine peuvent être anticoagulés par
d’autres substances, malheureusement sans antagoniste et non réversibles par la protamine:
- Lépirudine (Refludan®)
- Danaparoïde sodique (Orgaran®)
- Argatroban (Argatroban Injection®)
- Bivalirudine (Angiox®)
- Tirofiban ou prostacycline + héparine
La protamine antagonise l’héparine non-fractionnée à raison d’1 mg (100 UI) pour 1 mg d'héparine
(100 UI). L’administration de protamine est débutée après la décanulation de l’OD; on donne la
moitié de la dose prévue avant de décanuler l’aorte et la deuxième moitié après la décanulation de
celle-ci. Dès que l'administration de protamine a débuté, on arrête les aspirations de la machine de
CEC.
Le développement de tests faisables au lit du malade dans un délai de < 10 minutes (POC tests :
point-of-care tests) permet d'avoir une idée plus précise du status coagulatoire et du degré
d'anticoagulation (voir Chapitre 8, Tests de coagulation peropératoires). On peut ainsi hiérarchiser
l'administration des différents facteurs hémostatiques en fonction des déficits spécifiques décelés au
lieu de perfuser divers agents de la coagulation de manière indiscriminée. On a recours à trois types
d'examens pendant la CEC.
Le plus utilisé est l’ACT (Activated clotting time) parce qu'il permet de quantifier le degré
d'héparinisation du patient: du sang est mis dans un récipient qui contient un activateur de la voie
intrinsèque (célite, kaolin, verre ou une combinaison de ces produits), puis le tube est placé dans une
machine qui chauffe le sang à 37°C et qui mesure le temps de coagulation. Bien qu’il présente une
relation quasi linéaire avec le taux d’héparine sérique, l’ACT n’est pas spécifique pour cette dernière,
et peut présenter une certaine variabilité (± 10% selon les techniques) [32]. Plusieurs éléments
prolongent l'ACT indépendamment de l'héparine: déficience en facteurs de coagulation, en fibrinogène
ou en plaquettes, hémodilution, hypothermie, excès de protamine, anticorps anti-phospholipides, lupus
[35].
Outre l'ACT, le monitorage de l'héparine peut s'effectuer par le dosage de sa concentration circulante
selon deux procédés différents [21].
La mesure de la concentration d'héparine est plus fiable que l'ACT, car elle est mieux corrélée à
l'activité anti-Xa que ce dernier; l'ACT tend à surestimer l'activité réelle de l'héparine, donc à sous-
anticoaguler le malade [34].
Temps de coagulation;
Temps de formation du caillot;
Vitesse de formation de la fibrine;
Fermeté maximale du caillot;
Lyse maximale du caillot.
Le thromboélastogramme n'est pas conçu pour évaluer la fonction plaquettaire. Plusieurs examens
sont disponibles pour évaluer cette dernière, mais ils évaluent des mécanismes différents du
fonctionnement des thrombocytes et leur degré de cohérence est modeste (Multiplate™,
VerifyNow™, PFA-100™, etc) [28]. Ils sont cependant utiles chez les malades sous
antiplaquettaires, chez qui ils ont une meilleure valeur prédictive que le délai entre l’opération et la
L’utilisation de ces tests au sein d’algorithmes (voir Figure 8.19) basés sur l’administration ciblée de
procoagulants permet d’économiser les transfusions sanguines sanguines (-10% à -62%), les
transfusions plaquettaires (-25%) et surtout le plasma frais décongelé (5-10 fois moins); elle réduit
de moitié l’incidence de transfusions massives et le taux de ré-exploration chirurgicale pour
hémostase; elle abaisse la morbidité (insuffisance rénale, sepsis, thrombose) et l'incidence
d’évènements thrombo-emboliques. Par contre, elle double l’utilisation de fibrinogène et de
concentré de complexe prothrombinique et tend à augmenter les transfusions plaquettaires
[9,10,14,40]. Le thromboélastogramme est réalisé au déclampage de l'aorte, avant la mise en charge,
de manière à disposer des produits nécessaires dès que la protamine a été administrée; il est répété
ensuite pour contrôler la pertinence du traitement ou corriger celui-ci en fonction des besoins [11].
Toutefois, la corrélation entre les résultats de l'examen et le risque hémorragique n'est pas linéaire;
des valeurs normales n'excluent pas de devoir transfuser ou donner des procoagulants [6]. En effet, la
composante endothéliale de la coagulation n'est pas entièrement prise en compte dans ces tests et
l'effet des antiplaquettaires n'y est pas décelé.
L'ACT est la mesure la plus utilisée pour évaluer le degré d'héparinisation (valeur recherchée: ≥ 480
sec). Elle est réalisée toutes les 20-30 minutes en cours de CEC.
Un test de fonction plaquettaire est utile chez les patients sous antiplaquettaire ou en cas
d'hémorragie réfractaire.
Références
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Agents antifibrinolytiques
L’aprotinine
L'aprotinine, qui est extraite du poumon de boeuf, a été isolée en 1930. C'est un inhibiteur des
protéases sériques, de la kallikréine, de la protéine C et de la trypsine. A cet égard, elle a été utilisée
dans le traitement des pancréatites aiguës pendant les années soixante. Elle a des effets anti-
inflammatoires, mais freine aussi la synthèse de NO. En 1987, Royston a décrit une diminution
importante des hémorragies après chirurgie cardiaque (286 ml versus 1509 ml) sous l'effet d'un
traitement prophylactique à haute dose (6 millions UI) d'aprotinine [28]. On a par la suite trouvé des
résultats similaires avec des doses de 2 millions UI seulement [3]. Il est certain que l’aprotinine
diminue significativement les pertes sanguines, particulièrement dans les situations à haut risque
hémorragique comme les réopérations et les patients sous antiplaquettaires [4,6,29]. L'aprotinine
diminue également l'intensité de la réaction inflammatoire systémique et la production de C1, de TNF
et de kallikréine [17]. Elle baisse environ de moitié (OR 0.5-0.65) l'incidence des séquelles
neurologiques dans certaines études [6,24,29], mais pas dans toutes [4,20]. Cependant, l'aprotinine est
responsable de réactions anaphylactiques dans 0.1-3% des patients. Le risque et l'intensité de la
réaction sont augmentés en cas d'exposition dans les 6 à 12 mois qui précèdent, ce qui demande
beaucoup de vigilance lors de reprise chirurgicale dans l’année qui suit une première opération en
CEC [2].
Il y a une quinzaine d’années, trois études, groupant respectivement 898, 4'374 et 3'876 patients et
utilisant un score de propension pour comparer les groupes, sont venues jeter le trouble dans l'habitude
extrêmement répandue d'administrer de l'aprotinine préventivement à la majorité des malades de
chirurgie cardiaque. La première compare les effets de l'aprotinine (6 millions UI) à ceux de l'acide
tranexamique (50-100 mg/kg) [13]. L'efficacité des deux substances en terme d'hémorragies et de
transfusions est identique, mais les complications rénales sont plus fréquentes avec l'aprotinine (24%
versus 17%, p = 0.01); cette association est renforcée chez les patients présentant une dysfonction
rénale préopératoire. La deuxième étude a démontré que l'utilisation de l'aprotinine (dose ≥ 2 millions
UI) est associée à un accroissement du risque d'insuffisance rénale, d'infarctus et d'ictus par rapport à
l'acide tranexamique, à l'acide ε-amino-caproïque ou à un placebo [20]. L'aprotinine augmente le taux
d'insuffisance rénale (5.5% versus 1.8%), d'ictus (4.5% versus 1.6%), d'évènements cardiaques (20.4%
versus 13.2%), et de mortalité (2.8% versus 1.3%). Ces effets sont dose-dépendants. Aucune de ces
complications n'est augmentée dans les autres groupes. La diminution de l'hémorragie n'est pas
significative (753 ml versus 827 ml avec le placebo et 676 ml avec l'acide tranexamique). La troisième
étude reprend les observations de la deuxième mais avec un suivi de 5 ans ; la mortalité des patients
ayant reçu de l’aprotinine (20.8%) est significativement supérieure à celle du groupe contrôle (12.7%)
(hazard ratio 1.48), alors que la mortalité des patients ayant reçu de l’acide tranexamique ou de l'acide
ε-amino-caproïque est inchangée [19]. Ces deux dernières études ont été très critiquées à cause de
leurs biais de sélection; de plus, elles sont en contradictions avec les principales méta-analyses
publiées à la même époque [1]. Dans les trois études, la dose d’aprotinine utilisée est de 2-4 millions
d’unités.
Début novembre 2007, une grande étude canadienne (BART: Blood conservation using
Antifibrinolytics: Randomized Trial in high-risk cardiac surgery) a démontré un accroissement de
mortalité et de complications dans le groupe aprotinine par rapport aux groupes acide tranexamique et
acide ε-amino-caproïque (risque relatif augmenté jusqu’à 40%) [9]. Même si elle diminue un peu plus
les saignements que les deux autres substances, l’aprotinine augmente le risque de décès dans les
hémorragies massives. En conséquence, la firme Bayer a retiré le Trasylol® du marché mondial le 6
novembre 2007.
La rapidité de ce retrait a beaucoup surpris, d’autant plus que l’étude BART présente de sérieuses
faiblesses méthodologiques et que le poids de l’évidence dans la littérature penche en faveur de
l’aprotinine dans les pontages aorto-coronariens et chez les malades sous anti-thrombotiques [23].
Bien que les autorités sanitaires européennes et canadiennes aient clairement indiqué que les bénéfices
de l’aprotinine surpassent ses risques en chirurgie cardiaque [8], son utilisation n’a pas repris.
Toutefois, la substance pourrait revenir sur le marché, puisque la firme Nordic™ en a racheté la
licence et que l’agence européenne des médicaments (European Medicines Agency, EMA) en a levé
l’interdiction. Son utilisation potentielle est réservée aux adultes opérés en CEC qui présentent un haut
risque hémorragique et un faible risque rénal, et aux centres qui participent à un registre européen
colligeant tous les cas. D'autre part, les programmes multimodaux d'épargne sanguine ont diminué les
problèmes de saignement à un point tel que le bénéfice de l'aprotinine est largement estompé dans le
contexte actuel [7].
Acide tranexamique
Dès lors, la plupart des centres ont choisi de remplacer l’aprotinine par l’acide tranexamique
(Anvitoff®, Cyclokapron®). Cet analogue de la lysine se lie au plasminogène de manière réversible et
inhibe sa conversion en plasmine. Bien que légèrement moins efficace que l’aprotinine pour diminuer
les pertes sanguines et les reprises chirurgicales pour hémorragie, l’acide tranexamique (ATX) ne
déclenche pas de réactions allergiques ni de dysfonction rénale postopératoire. En outre, il est moins
onéreux [10]. Les dosages décrits dans la littérature varient de 15 à 100 mg/kg en dose totale. Il est
important d’administrer une première dose avant la CEC (10-50 mg/kg), suivie d’une perfusion (1-15
mg/kg/h) ou d’une répétition de la première dose dans la CEC (en général 2 mg/kg), et d’une dose
après la CEC [5,31]. Une perfusion peut être mise en route dans le postopératoire si nécessaire. Le but
est de maintenir une concentration plasmatique de 20 mcg/mL. La dose maximale mentionnée est 150
mg/kg/24 heures. Par rapport à un placebo, l'ATX (dose totale 50 mg/kg) diminue le taux de
transfusion de 30% et le taux de reprise pour hémostase de 50% [25].
Cependant, l’augmentation des doses accroît le risque de convulsions postopératoires jusqu’à 5-7 fois
[16,21]. Dans une étude portant sur 4'883 patients et utilisant un dosage modéré (24 mg/kg), le risque
de convulsions est augmenté de 70% (OR 1.70) et la mortalité de 90% (OR 1.89) dans le groupe sous
L'ATX est actuellement l'antifibrinolytique de premier choix. Idéalement, la dose devrait être adaptée
au risque hémorragique: bolus de 10 mg/kg et perfusion de 1 mg/kg/h pour les cas à bas risque, dose
totale de 50 mg/kg pour les cas à haut risque. Les dosages élevés présentent un risque de convulsion
postopératoire et de thrombogénicité [11]. Toutefois, il persiste des zones d'ombre sur sa
pharmacologie, sa sécurité et ses dosages, qui sont empiriques. Son administration indiscriminée de
type "one size fits all" n'est pas adaptée à la réalité clinique, et son usage prophylactique reste ouvert à
discussion [18].
L'acide ε-amino-caproïque est sensiblement moins efficace que l’ATX: le taux de transfusion est
réduit de 19% comparé à 34% pour l’ATX [10]. Le dosage est de 50 mg/kg en bolus suivi d’une
perfusion de 25 mg/kg/heure [27]. Chez les patients sous aspirine, les antifibrinolytiques réduisent
significativement le taux de transfusion (OR 0.37) [22].
L'incidence financière du choix de l'antifibrinolytique est considérable, parce que l'aprotinine est un
médicament coûteux: SFr 220.- pour 1 million UI (US$ 200.00); la dose équivalente d'acide
tranexamique revient à SFr 74.- (1 gm) (US$ 25.00); l’AEAC est le moins cher : US$ 5.00. A titre de
comparaison, une poche de sang coûte environ CHF 800.- en Suisse si l'on inclut les frais de
manutention et ceux des complications (CHF 220.- en prix brut). Or, dans les meilleurs des cas, les
anifibrinolytiques ne permettent d'économiser en moyenne que 1.4 unité de sang.
Antifibrinolytiques
Références
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Bien qu'assurant la circulation et la ventilation, la CEC n'est pas un système physiologique. Elle
présente cinq caractéristiques qui sont à la base de réactions pathologiques.
Aspects hématologiques
Activation de la coagulation
La coagulation est un phénomène local, normalement déclenché par une lésion tissulaire qui rompt la
barrière de l’endothélium (pour plus de détails, voir Chapitre 8 Coagulation & hémostase). Quatre
processus physiologiques sont en jeu (Figure 7.20) [1,16].
Bouchon plaquettaire. La lésion endothéliale permet un contact entre les facteurs tissulaires
(von Willebrand, GPIb/V/IX) et les plaquettes circulantes; celles-ci passent du repos à la
phase activée. Les plaquettes activées s’ammassent entre elles en se reliant par les attaches de
leurs récepteurs GPIIb/IIIa avec le fibrinogène. Les plaquettes activées et la lésion de
l’endothélium fournissent une surface de phospholipides chargés négativement qui est la
plateforme sur laquelle se bâtit la cascade de la coagulation.
Cascade de la coagulation. L’exposition du facteur tissulaire (FT) dans la lésion endothéliale
active le Facteur VII circulant en F VIIa, ce qui met en marche la chaîne de la coagulation
(voie extrinsèque) pour aboutir à la transformation de la prothrombine (F II) en thrombine (F
IIa); celle-ci potentialise l’activation des plaquettes et de la coagulation par rétroaction dans
une boucle amplificatrice (stimulation des facteurs Va et VIIIa qui à leur tour stimulent les
facteurs XIa et Xa). La thrombine transforme le fibrinogène circulant en fibrine ; celle-ci va
stabiliser le bouchon plaquettaire et le transformer en thrombus solide grâce à l’action du
facteur XIII activé (F XIIIa) qui crée des ponts entre les molécules de fibrine.
Les cellules endothéliales normales agissent comme régulateurs pour empècher la propagation
des thrombi au-delà de la zone lésée. Elles libèrent une série de facteurs inhibiteurs des
plaquettes et de la cascade coagulatoire (antithrombine, NO, inhibiteur de la voie du facteur
tissulaire) qui interrompent la voie de la coagulation et la contiennent au site de la lésion.
Fibrinolyse. L’endothélium libère également l’activateur tissulaire du plasminogène qui se lie
à la fibrine et transforme le plasminogène en plasmine ; cette dernière va lyser la fibrine et la
rompre en fragments sans activité coagulatoire (D-dimères).
Endothelium
Facteur
tissulaire 3 Endothélium
FIXa, FXa
FVIIa Thrombine
FVa, FVIIIa
AT, IFT
2 Coagulation PCA, NO
tPA
Pl* Fibrine
F
Pl*
1 F
Plasminogène
Plaquettes
Pl*
F
Plasmine
Activation
Pl*
F
Plaq Pl*
F
Pl* 4 Fibrinolyse
von
Willebrand
Lésion Lésion
© Chassot 2012
Figure 7.20 : Activation de la cascade coagulatoire lors d’une lésion tissulaire telle que la plaie opératoire.
Quatre processus sont en jeu. 1 : bouchon plaquettaire (en bleu). Le facteur von Willebrand est mis au contact
des plaquettes par la lésion endothéliale ; celles-ci passent du repos (Plaq) à la phase activée (Pl*). Les
plaquettes activées s’ammassent entre elles en se reliant par les attaches de leurs récepteurs GPIIb/IIIa avec le
fibrinogène (F). 2 : cascade de la coagulation (en jaune). L’exposition du facteur tissulaire dans la lésion active
le Facteur VII circulant en FVIIa, ce qui met en marche la chaîne de la coagulation pour aboutir à la
transformation de la prothrombine en thrombine ; celle-ci potentialise la coagulation par rétroaction dans une
boucle amplifi-catrice (stimulation des facteurs Va et VIIIa qui à leur tour stimulent les facteurs XIa et Xa). La
thrombine transforme le fibrinogène circulant en fibrine ; celle-ci va stabiliser le bouchon plaquettaire (filaments
jaunes) et le transformer en thrombus solide grâce à l’action du facteur XIII activé (F XIIIa) qui crée des ponts
entre les molécules de fibrine. 3 : les cellules endothéliales normales agissent comme régulateurs (en rouge) pour
empêcher la propagation de la coagulation au-delà de la zone lésée. Elles libèrent une série de facteurs
inhibiteurs (antithrombine AT, protéine C active PCA, inhibiteur de la voie du facteur tissulaire IFT, NO) qui
interrompent la voie de la coagulation. 4 : fibrinolyse (en vert). L’endothélium libère également l’activateur
tissulaire du plasminogène (tPA) qui se lie à la fibrine et transforme le plasminogène en plasmine ; cette dernière
va lyser la fibrine [25].
On peut réduire l’activation de la coagulation par différents moyens, mais, hormis l’anticoagulation,
leur efficacité est très variable.
Hémodilution
Le mélange du sang avec le liquide d'amorçage (1.0 - 1.5 L de solution hydro-électrolytique) est
responsable d'une hémodilution majeure qui abaisse soudainement l'hématocrite aux environs de 25%
et qui diminue la pression colloïdo-osmotique de 40% [15]. C'est la cause principale de la chute de
pression enregistrée au début de la CEC. La pression remonte ensuite parce que l'hypothermie
provoque une stimulation des résistances artérielles périphériques (RAS) et parce que la viscosité
augmente à mesure que la température du sang baisse. La chute de la pression osmotique aggrave la
fuite liquidienne extracellulaire dans l'espace interstitiel des poumons, du coeur, du foie, des reins, des
viscères abdominaux et des muscles.
En CEC normothermique, un Ht de 18% suffit juste à remplir les besoins en oxygène d'un malade
endormi et curarisé [19]. Lorsque l’Hb est < 70 g/L, le flux sanguin cérébral augmente de 45% et le
flux plasmatique rénal s’élève dans la zone corticale, mais la réserve coronarienne diminue de 50% et
la perfusion splanchnique est à la limite de l'ischémie [22,26].
L’hémodilution n’est bénéfique que dans certaines limites. Un Ht inférieur à 22%, par exemple, est un
facteur prédictif indépendant de morbi-mortalité postopératoire [14]. L'Ht a un impact particulier sur
la fonction cérébrale et sur la fonction rénale. Les troubles neurocognitifs deviennent plus importants
lorsque l’Ht minimal est de 15-17% [7] .; seul un Ht > 28% assure un status neurologique
postopératoire normal [29]. Chez les enfants, le score neurologique et le développement psychomoteur
sont meilleurs lorsque l’Ht en CEC est élevé (28%) que lorsqu’il est bas (21%) [17]. D’autre part, la
Hémolyse
Le contact avec des surfaces étrangères de différentes natures provoque une série de traumatismes
hématologiques plus ou moins sévères, et en général directement proportionnels à la durée de la CEC.
De plus, les pompes provoquent des lésions mécaniques des éléments figurés, qui sont fonction de leur
degré d'occlusivité et de leur vitesse de rotation. Enfin, les aspirations dans le champ opératoire sont
responsables d’une partie des dégâts inflammatoires et érythrocytaires, qui sont d'autant plus graves
que les aspirations sont puissantes et prolongées et que l'hémorragie est importante. L'hémolyse qui en
résulte est bien visible dans les urines qui deviennent rouge bordeau. Dans ce cas, il est nécessaire de
maintenir un débit urinaire satisfaisant et d'alcaliniser les urines avec du bicarbonate de Na+ (50-100
mmoles i.v.) pour freiner la cristallisation de l'Hb libre dans les tubules [13].
Une autre cause d'hémolyse est la présence d'agglutinines froides. C'est une maladie autoimmune
caractérisée par la présence d'anticorps causant l'agglutination des érythrocytes en dessous d'un certain
seuil de température.
Agglutinines froides
Les agglutinines froides sont des anticorps IgM dirigés contre des antigènes Anti-I présents sur la
membranne des globules rouges. Elles causent une agglutination de ces derniers à basse température.
Au réchaufffement, ces aggrégats provoquent des thrombi microvasculaires et sont hémolysés, ce qui
dégage une grande quantité d'hémoglobine libre. Cette affection est une maladie idiopathique, ou la
séquelle d'un processus infectieux ou lymphoprolifératif. Son incidence est inférieure à 1% des
patients de chirurgie cardiaque. L'affection se manifeste par des thromboses périphériques et une
hémolyse (voir Chapitre 21 Coagulopathies).
Les agglutinines froides sont détectées au test de Coomb direct (présence de complément sur les GR
du patient) et indirect (présence d’anticorps sériques). Elles existent chez tous les individus, mais ne
réagissent normalement qu’à 0-4°C. Leur signification clinique tient à leur taux sérique et à la valeur
de la température à laquelle elles sont activées. Les valeurs considérées comme sûres pour la CEC sont
un titre inférieur à 1:32 à une température de 4°C, sans agglutination détectable à 28°C ou au-dessus.
Les probabilités de complications peropératoires deviennent significatives pour des taux supérieurs à
1:512 à 4°C, ou inférieurs à cette valeur si la température d'activation est supérieure à 25°C [21].
Les crises se manifestent par une hémolyse et des occlusions vasculaires périphériques myocardiques,
hépatiques et rénales.
Le volume d’amorçage de la CEC provoque une hémodilution (Ht 25-28%), nécessaire pour freiner
l’augmentation de la viscosité du sang à basse température. En hypothermie, la viscosité reste stable
lorsque la valeur de l'Ht en % est la même que celle de la température en degrés C°. Lorsque l’Ht est
< 25%, le status neurologique et la fonction rénale postopératoires sont péjorés. Un Ht de 25-28% est
la limite inférieure de sécurité pour garantir la reprise fonctionnelle normale des organes.
La CEC provoque une hémolyse, en général infra-clinique. En hypothermie, celle-ci peut devenir
massive en présence d’hémagglutinines froides (mises en évidence par un test de Coombs).
Références
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L’inflammation est une réaction de défense de l’organisme contre un envahisseur. C’est un système
complexe et redondant, qui comprend de nombreux circuits de rétroaction amplificateurs, mais aussi
des circuits inhibiteurs qui en limitent la portée. Dans une plaie, la barrière cutanée ou muqueuse est
brisée. Le corps doit à la fois s’y protéger des toxines et y empêcher la perte de sang. C’est la raison
pour laquelle la réaction inflammatoire est intimement liée à la coagulation. Normalement, le sang
n’est en contact qu’avec l’endothélium vasculaire, avec lequel il entretient un équilibre constant.
Lorsqu’il rencontre une surface non-endothélialisée comme une lésion ou un corps étranger, il
déclenche toute une cascade de phénomènes protecteurs. Le processus inflammatoire est conçu pour
rester localisé, mais il arrive que la réponse soit exagérée ou que l’agression soit systémique, comme
c’est le cas lorsque le sang rentre en contact avec des surfaces étrangères dans une CEC. La réaction
de défense de l’organisme se transforme alors en un syndrome inflammatoire systémique (Systemic
Inflammatory Reaction Syndrome ou SIRS).
En chirurgie cardiaque, le SIRS est déclenché par une série de phénomènes: le contact avec les
surfaces du circuit de CEC, le contact avec l’air dans les aspirations de cardiotomie, l'hypothermie,
l'héparinisation et les complexes héparine-protamine, l'ischémie et la reperfusion, ou encore les toxines
libérées dans le tube digestif. Environ 20% des patients à bas risque développent des complications
liées au SIRS [19,25]: coagulopathie, accumulation liquidienne interstitielle (oedème cérébral,
péjoration des échanges gazeux), dysfonction multiorganique (troubles neurologiques, insuffisance
cardiaque, rénale et hépatique).
La réaction inflammatoire comprend deux phases distinctes liées à des déclencheurs différents [48,54].
Phase précoce; elle est mise en route par le contact du sang avec une surface non-
endothélialisée comme la CEC (voie de contact), et comprend deux composantes intimement
imbriquées:
o La voie humorale, qui comprend 3 éléments, la coagulation, le complément et les
cytokines;
o La voie cellulaire, constituée par les globules blancs et l’endothélium.
Phase tardive: elle est liée aux lésions d’ischémie et de reperfusion, et à la libération
d’endotoxines, essentiellement par le tube digestif.
Le complément est le plus ancien moyen de défense de l’organisme, puisqu’on le retrouve déjà chez
les oursins. Il consiste en un ensemble de 35 molécules qui assistent la réaction antigène-anticorps ou
la défense anti-bactérienne, et qui convergent vers des protéines particulièrement redoutables
puisqu’elles sont capables de perforer les membranes cellulaires (MAC : membrane attack complex)
[49]. Très imbriquée avec la cascade de la coagulation, la chaîne du complément comprend 3 voies
distinctes (classique, alternative et de la lectine) qui convergent vers le clivage du facteur C3 en C3a
(anaphylatoxine I, libération d’histamine) et C3b, lequel clive à sont tour le facteur C5 en C5a
(anaphylatoxine II, activateur leucocytaire) et C5b qui est le premier composant du complexe MAC
(Figure 7.21).
C3 C3a + C3b
C5 C5a
Anaphyla-
toxine I +
Anaphyla- C5b
toxine II
Histamine
C6,C7,C8,C9
Activation
leucocytes
MAC
© Chassot 2012
Figure 7.21 : Schéma simplifié de l’activation du complément. La chaîne du complément comprend 3 voies qui
sont initiées par des déclencheurs distincts : la voie classique (réaction antigène-anticorps Ag-Ac), la voie
alternative (activation directe par contact) et la voie de la lectine (site des membranes bactériennes). Par
différentes étapes intermédiaires, elles convergent vers le clivage du facteur C3 en C3a (anaphylatoxine I,
libération d’histamine) et C3b, lequel clive à sont tour le facteur C5 en C5a (anaphylatoxine II, activateur
leucocytaire) et C5b qui est le premier composant du complexe MAC (MAC : membrane attack complex),
complexe protéique qui attaque les membranes cellulaires et qui est le résultat ultime des voies du complément.
Les nombreuses étapes intermédiaires ne sont pas représentées ici.
Les cytokines sont des polypeptides qui assurent la communication entre cellules et déclenchent des
activités spécifiques selon leurs cibles [48].
TNF-alpha (Tumor necrosis factor); sécrété par les monocytes, les mastocytes et les
lymphocytes-T en réponse aux endotoxines bactériennes, il active la chaîne inflammatoire. A
haute concentration, il provoque une symptomatologie de choc septique avec des effets
cardiodépresseur, vasodilatateur, thrombogène et perméabilisant capillaire.
Interleukines pro-inflammatoires (IL-1, IL-6, IL-8); sécrétées par les leucocytes, elles activent
la production de protéine C-réactive, de fibrinogène et de catécholamines; elle provoquent une
hyperglycémie, une leucocytose et de la fièvre.
Interleukines anti-inflammatoires (IL-10); elles assurent un feed-back négatif qui empêche
l’emballement de ces réactions en chaîne.
La cascade de la coagulation (voir Figure 7.20) est intimement connectée à la réaction inflammatoire.
La thrombine, par exemple, en potentialise plusieurs effets: activation des polymorphonucléaires et
des plaquettes, sécrétion l’IL-6 et d’IL-8, activation de C3. De leur côté, les plaquettes stimulent
l’adhésion des leucocytes à la paroi vasculaire. Malgré l'héparinisation, la production de thrombine
continue et entretient une coagulopathie de consommation [25].
Voie cellulaire
Les basophiles, activés par la voie du complément, sécrètent essentiellement de l’histamine, qui
augmente la perméabilité capillaire et facilite le passage des éléments figurés; elle provoque aussi une
vasodilatation et une bronchoconstriction. Les mastocytes ressemblent aux basophiles mais sont
cantonnés dans l’espace périvasculaire des organes et ne circulent pas; lorsqu’ils sont stimulés par le
complément ou la thrombine, ils sécrètent différents médiateurs inflammatoires dont de nombreuses
interleukines. Les monocytes, enfin, sont des macrophages qui libèrent une série de facteurs
inflammatoires (interleukines, TNF-alpha) et phagocytent les éléments étrangers [48].
Les cellules endothéliales sont les régulatrices naturelles de la coagulation et de l’inflammation. Elles
répondent à la présence de thrombine, de facteur C5a, de cytokines et d’interleukines par la sécrétion
de sélectines et d’intégrines qui immobilisant les macrophages. Elles gèrent le tonus vasculaires par la
libération de substances vasodilatatrices comme le NO, l’histamine et la bradykinine ou de substances
vasoconstrictrices comme l’endothéline-1 ou la noradrénaline; par ailleurs, le NO inhibe la fonction
plaquettaire.
Outre les leucocytes, la CEC active également les thrombocytes, qui vont sécréter des facteurs de
coagulation, des cytokines et des molécules d'adhésion aux parois [25].
Phase tardive
La réponse inflammatoire globale conduit à des dysfonctionnements multiples des différents organes:
SDRA, insuffisance rénale ou hépatique.
La CEC est le cas le plus emblématique de la stimulation par la voie de contact. En présence de
surfaces chargées négativement comme le verre, les métaux ou les plastiques, le Facteur XII se clive
en F XIIa (activé). Celui-ci transforme la prékallikréine en kallikréine, les kininogènes en bradykinine
et le facteur XI en F XIa; ce dernier processus aboutit à la formation de thrombine par la voie
intrinsèque de la coagulation. Le F XIIa favorise aussi la transformation de plasminogène en plasmine,
provoquant la fibrinolyse. Le contact active directement le complément par la voie alternative, et
indirectement par le F XIIa (voie classique). D’autres phénomènes de la CEC concourent au
déclenchement du complément, comme le relargage d’endotoxines et la formation de complexes
héparine-protamine. La voie cellulaire est également stimulée par le contact, soit par l’intermédiaire du
facteur XIIa et de la kallikréine, soit directement par l’activation des neutrophiles. Mais le circuit
extracoroprel ne possède pas d’endothélium pour limiter ces différentes réactions, qui peuvent donc
prendre une ampleur excessive et se distribuer dans tout l’organisme (Figure 7.22).
Au cours d’une CEC, la stimulation inflammatoire conduit donc à un état instable caractérisé par une
série de phénomènes (Figure 7.23).
XII
XIIa Complément
Voie intrinsèque Voie alternative
de la coagulation
Prékallikréine
Thrombine
Kallikréine
Plasmine Bradykinine
Activation
Fibrinolyse neutrophile
s
Complément
Voie classique MAC
© Chassot 2012
Figure 7.22 : Activation par la voie de contact. Dans un vaisseau bordé d’endothélium intact, les différents
facteurs circulent sous forme inactive. Mais en présence de surfaces chargées négativement comme le verre, les
métaux ou les plastiques (CEC), le Facteur XII se clive en F XIIa (activé). Celui-ci transforme la prékallikréine
en kallikréine, les kininogènes en bradykinine et le facteur XI en F XIa ; ce dernier processus aboutit à la
formation de thrombine par la voie intrinsèque de la coagulation. Le F XIIa favorise aussi la transformation de
plasminogène en plasmine, provoquant la fibrinolyse. Le contact active directement le complément par la voie
alternative, et indirectement par le F XIIa (voie classique). MAC (membrane attack complex): complexe
protéique qui attaque les membranes cellulaires, résultat ultime des voies du complément.
La question de déterminer la part de la CEC par rapport à celle de la chirurgie cardiaque elle-même
dans la genèse du SIRS peut être approchée par l'observation de la chirurgie à coeur battant. Cette
dernière est associée à une réduction, mais pas à une disparition, des taux postopératoires de
marqueurs de la réaction inflammatoire comme le C3a, le C5a, le TNF-alpha ou l'interleukine-6 et -8
[8,9,18]. Toutefois, la signification de ces variations est incertaine, puisque l'IL-8 et le C3a sont liés au
traumatisme tissulaire direct et que l'IL-10 a des propriétés anti-inflammatoires [34]. Les effets de la
CEC dépendent largement de l'équilibre entre la libération des médiateurs pro-inflammatoires et celle
des médiateurs anti-inflammatoires [26]. Certaines populations affichent une réaction pro-
inflammatoire dominante, telles les personnes âgées ou celles qui souffrent de dysfonction
ventriculaire gauche [44]. Elles pourraient bénéficier particulièrement de la chirurgie à coeur battant.
Dans les groupes à risque faible, les taux de complications liés au SIRS sont identiques entre les
Améliorations techniques
A part les interventions à cœur battant, il existe divers moyens techniques de réduire le syndrome
inflammatoire déclenché par la CEC et la chirurgie, mais aucun ne permet de le supprimer. La portée
clinique de ces améliorations reste en général modeste [30,55].
Restriction des aspirations; le sang récupéré contient de l'air, des débris celulaires et des
activateurs de la coagulation (TNF, thrombine, plasmine) ou de l’inflammation (interleukines,
C3a, C5a). Les aspirations sont la source principale d’embolie, d'hémolyse, de thrombopénie,
de coagulopathie et de stimulation du SIRS [47]. Les perturbations du système coagulatoire
sont nettement diminuées lorsqu’on ne recycle pas le sang aspiré ou lorsqu’on le filtre dans un
système CellSaver™, mais ces manoeuvres éliminent malheureusement les plaquettes, les
protéines et les facteurs de coagulation [53].
Restriction de la taille des circuits; la miniaturisation des circuits et la suppression du réservoir
de cardiotomie (MECC: mini-extracorporeal circuit) minimisent le contact du sang avec des
surfaces étrangères et suppriment le contact avec l’air, ce qui freine la libération des
activateurs de la coagulation et des déclencheurs inflammatoires (voir Mini-CEC) [3,58].
Ces améliorations ont probablement un impact sur les complications postopératoires dans les cas à
haut risque ou les interventions complexes, mais ont peu d'influence pour les interventions standards
chez des patients à risque faible à modéré. Vu l'augmentation de prix qu’elles impliquent, ces
nouvelles technologies ne présentent pas pour l'instant un rapport coût / bénéfice favorable à leur
utilisation de routine.
Stéroïdes
Les corticostéroïdes maintiennent l’intégrité des membranes cellulaires, particulièrement dans le cœur
et les poumons, freinent l’adhésion leucocytaire et réduisent la production de complément et de
cytokines [22,54,55]. En dépit d’une nette atténuation de la réaction inflammatoire et d’une claire
diminution des marqueurs inflammatoires après CEC, ils ne préviennent les dysfonctions
multiorganiques que chez les malades en hypocorticisme, et leur impact clinique demeure incertain.
Diverses revues et méta-analyses ont synthétisé les résultats acquis jusqu’ici avec les stéroïdes
[1,6,35,56].
La réduction de l’incidence de FA est significative, mais cet effet n'apparait que dans les
études portant sur de petites populations [11].
Le temps de séjour aux soins intensifs et le temps de séjour hospitalier sont diminués.
La stabilité hémodynamique peropératoire est améliorée, l’utilisation de vasopresseur est
réduite.
La réduction du taux d’hémorragie est marginale.
La durée de ventilation mécanique est un peu raccourcie; certaines études ont montré une
atténuation des complications respiratoires, mais d’autres publications montrent une
aggravation des échanges gazeux postopératoires et un retard à l'extubation.
Le réveil est amélioré: le taux de nausée, vomissement et frisson est diminué.
Le taux d’infection de plaie est identique, et le taux d’infections générales peu modifié.
Le taux d’épisodes hyperglycémiques est augmenté 1.5 fois dans une méta-analyse et celui
d’hémorragies digestives est doublé dans une autre.
La mortalité n’est pas modifiée.
Bien que les protocoles des différentes études soient très variables, on peut en conclure que
l’administration prophylactique de stéroïdes pourrait diminuer la morbidité postopératoire, pour autant
qu’elle ne soit pas elle-même la cause d’un accroissement des infections et des hémorragies [1]. Les
dosages traditionnels étant assez élevés (méthylprednisolone 30 mg/kg, dexaméthasone 1 mg/kg), il
est possible que des doses plus faibles aient un meilleur rapport bénétice/complication tout en
conservant une activité satisfaisante sur la réduction de la réponse inflammatoire [35].
Autres substances
Toute une panoplie de substances pharmacologiques est potentiellement utile pour atténuer le
syndrome inflammatoire, sans qu’on puisse démontrer pour autant que son impact clinique soit
significatif.
Aspects anesthésiques
Ventilation: la baisse du volume courant à 4-8 mL/kg au lieu de 10-12 mL/kg et la diminution
de la FiO2 à 0.6 limitent les lésions mécaniques et cellulaires, et abaissent les taux de
cytokines libérées par les poumons [28.
Stabilité hémodynamique: l’hypoperfusion tissulaire (hypotension et bas débit) active la
libération de cytokines et d’endotoxines, en particulier dans le tube digestif.
Préconditionnement: les halogénés ont la propriété de diminuer l’impact des lésions
ischémiques sur la cellule myocardique, au moins momentanément (voir Chapitre 5
Conditionnement) [39]. Le préconditionnement à distance par courtes périodes d’ischémie
musculaire d’un membre a un effet protecteur sur le myocarde et sur la survie clinique [51].
La réaction inflammatoire est un système rapide, complexe et redondant qui sert à la protection de
l’organisme contre des agresseurs. Elle comprend une voie humorale (complément, cytokines,
kinines), une voie cellulaire (leucocytes, endothélium) et une phase tardive (lésion d’ischémie-
reperfusion, relargage d’endotoxines). Elle est très imbriquée avec la cascade de la coagulation.
Le contact direct du sang avec le circuit de CEC et avec l’air induit une réaction inflammatoire
systémique (SIRS) massive déclenchée par l’activation du Facteur XII (Hageman), du complément et
des leucocytes. Elle est caractérisée par :
- Elévation de tous les marqueurs inflammatoires
- Activation du complément et des leucocytes
- Production de thrombine et stimulation de la cascade de la coagulation
- Production de plasmine et stimulation de la fibrinolyse
- Activation et consommation des plaquettes
- Relargage d’endotoxines, de TNF-alpha et d’interleukines
- Relargage de radicaux libres et d’oxydants
- Libération de bradykinine, d’histamine et d’anaphylatoxines
- Augmentation de perméabilité capillaire, baisse des RAS, augmentation des RAP
- Altérations de la fonction cardiaque, pulmonaire, rénale et cérébrale
Les possibilités thérapeutiques sont nombreuses, mais elles n’ont d’impact clinique que dans les cas
à haut risque :
- Restriction du contact avec les surfaces étrangères (minicircuits, matériaux biocompatibles)
- Restriction du contact avec l’air (limitation des aspirations, absence de réservoir veineux)
- Hémofiltration
- Antifibrinolytiques
- Corticostéroïdes
- Antioxydants, inhibiteurs du complément
- Opération sans CEC
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Hémodynamique
Après 65 ans d'utilisation de la CEC, il est curieux de constater qu'il n'y a toujours pas de consensus
clair ni de données évidentes (evidence-based) au sujet des valeurs de pression, de débit et
d'hématocrite qui sont les plus souhaitables en pompe. Le plus souvent, ces éléments sont réglés en
fonction des habitudes locales ou du principe de précaution. D'autre part, les critères utilisés pour juger
de l'adéquation hémodynamique en pompe, telles les séquelles neurologiques ou la dysfonction rénale
postopératoire, varient énormément selon les études, les définitions qu'on en donne et la sensibilité
avec laquelle on les analyse. On peut dire que la perfusion optimale est celle qui s'accompagne de la
meilleure survie des patients et de la meilleure fonction des organes, ainsi que de la moindre altération
de la coagulation et de la moindre stimulation inflammatoire [13]. La plage de pression recommandée
se situe entre 50 et 80 mmHg [9].
La pression artérielle moyenne (PAM) et l'équation du transport d'O2 (DO2) résument les différentes
composantes hémodynamiques qui assurent la perfusion tissulaire:
Pression artérielle
Maintenir une pression moyenne relativement basse ou relativement haute présente des avantages et
des inconvénients dans chacun des deux cas [13].
Le critère primordial est le maintien d’une perfusion cérébrale adéquate. La pression de perfusion
cérébrale (PPC) est la différence entre la PAM et la pression veineuse jugulaire (ou la PVC). Cela
signifie que la PPC baisse non seulement si la PAM diminue, mais aussi si la PVC s'élève; ceci peut
survenir lors de bascule du coeur pour avoir accès à sa face postérieure, de mauvais retour veineux,
d'obstruction de canule, ou de position de Trendelenburg.
Le flux sanguin cérébral reste stable et indépendant de la PAM sur une plage d’autorégulation, en-
dehors de laquelle il devient linéairement dépendant de la pression artérielle. Habituellement, la PAM
considérée comme limite inférieure est 50 mmHg parce qu'elle correspond à la limite physiologique de
l'autorégulation cérébrale. Mais il s'est avéré que cette limite est très variable entre les individus et
selon les pathologies, et que sa valeur moyenne est de 66 mmHg en CEC [8,15]. L’autorégulation est
gravement perturbée chez 20-25% des patients qui subissent une CEC [15], mais elle l’est aussi après
un ictus ou chez les diabétiques et les hypertendus non traités [7,10]. D'autre part, l'autorégulation
cérébrale est conservée jusqu'à 25-28°C en régulation alpha-stat sur une plage de pression de 30 à 100
mmHg, mais elle est abolie en mode pH-stat ou en dessous de 25°C [12,20]. De ce fait, les résultats
neurologiques tendent à être meilleurs en mode alpha-stat et en hypothermie modérée [17].
Une PAM de > 75 mmHg réduit le risque d'hypoperfusion cérébrale dans les populations âgées,
artérioscléreuses, polyvasculaires ou hypertensives, et améliore le flux collatéral lors d'AVC sur
embolie [13]. Une première étude clinique randomisée avait démontré que les résultats neurologiques
sont meilleurs lorsque la PAM est de 80-100 mmHg plutôt que 50-60 mmHg (taux de complications
neurologiques 4.8% versus 12.9%) [4]. Il en est de même pour la fonction rénale, qui est mieux
conservée si la PAM est ≥ 80 mmHg. Ces résultats ont été confirmé récemment: le risque d'AVC est
de 3.8% lorsque la PAM est < 55 mmHg mais de 1.6% lorsqu'elle est maintenue > 65 mmHg [19].
Toutefois, une autre étude récente n'a pas trouvé de différence dans les séquelles neurologiques entre
une PAM de 45 mmHg ou de 70 mmHg en CEC [21]. Cette incohérence incline à se fier à la plage
d'autorégulation plutôt qu'à une valeur arbitraire de pression: une valeur de 75 mmHg est optimale
pour 80% des patients [5]. La pression artérielle souhaitable est également fonction de la température.
Elle est de 60-80 mmHg au-dessus de 29°C et de 50 mmHg à 28°C; 40-50 mmHg est acceptable en
dessous de 28°C [4].
En conclusion, on ne peut pas formuler une récommandation générale valable dans toutes les
circonstances, car la PAM doit être adaptée en fonction du cas, de la température, de la profondeur de
l’anesthésie et des contraintes chirurgicales. Il est préférable qu’elle soit élevée (70-80 mmHg) dans
une série de situations: personnes âgées ou polyvasculaires, hypertension, athéromatose aortique,
diabète, maladies neurologiques ou rénales. Dans les cas sans risque particulier, elle peut être
maintenue à environ 50-60 mmHg [9].
Débit de pompe
Il n’existe pas non plus de valeur magique pour le débit de pompe, mais il est réglé habituellement à
2.4 L/min/m2 (70 mL/kg/min) en normothermie (> 35°C) pour un Ht de 30-40%. Bien que cette valeur
soit dans la fourchette basse de l’index cardiaque normal, le but est d'assurer les besoins métaboliques
des tissus et la pression de perfusion dans les organes. Les premiers sont diminués par l'anesthésie et
l'hypothermie, ce qui permet de baisser le débit sans compromettre l'équilibre tissulaire. Ainsi, le débit
recommandé est de 1.8 L/min/m2 à 28° et de 1.0 L/min/m2 à 20° [13]. Le flux sanguin est maintenu
constant dans le cerveau par autorégulation entre 1.0 et 2.5 L/min/m2, alors qu’il baisse dès 2.0
L/min/m2 dans le foie et les viscères [13]. En-dehors des plages d’autorégulation, le flux devient
strictement pression-dépendant. En clinique, le débit de pompe est réglé en fonction de la SaO2 et de la
SvO2 [9].
En utilisant la formule du calcul de la résistance, on peut facilement évaluer l'état des résistances
artérielles systémiques: RAS = (PAM – PVC) • 80 / DC. En l’occurrence, la PVC est considérée
comme nulle puisque l’OD est en décharge et puisque le réservoir veineux est à la pression
atmosphérique. Le débit cardiaque (DC) est remplacé par le débit de la pompe (valeur donnée par la
machine).
La pression et le débit sont en équilibre par l'intermédiaire des résistances artérielles périphériques. Ils
ne doivent pas être réglés au détriment l'un de l'autre. Ainsi, il n'est pas logique que le perfusioniste
baisse le débit de la pompe en dessous de la limite physiologique parce que la pression est trop haute,
ou que l'anesthésiste administre un vasoconstricteur pour remonter la pression alors que le débit est
trop bas. Dans la phase de réchauffement, il est important de maintenir un haut débit et un certain
degré de vasodilatation pour favoriser les échanges thermiques tissulaires. Lors d'insuffisance aortique
Transport d’O2
La consommation d'oxygène (VO2), qui est normalement de 150 mL/min/m2, baisse à 120-140
mL/min/m2 sous anesthésie normotherme et à 45 mL/min/m2 à 27° [3]. En CEC, la curarisation permet
de la diminuer encore de 20-30% [6]. Ainsi, le débit recommandé à 28°C est de 1.8 L/min/m2, et à
20°C de 1.0 L/min/m2. La preuve de l'adéquation du débit est fournie par une SvO2 ≥ 70%. Le
transport d’O2 (DO2 = D(P) • (Hb • SaO2 • 1.36) + 0.003 PaO2) peut être amélioré en augmentant le
débit de pompe (DP), la FiO2, ou l’Ht (transfusion, hémoconcentration par ultrafiltration). Le DO2
critique est la valeur en dessous de laquelle la consommation d’O2 (VO2) devient dépendante du débit
cardiaque (voir Figure 5.100). Chez l’homme endormi, elle est de 330 mL/min/m2 et en CEC, si elle
existe, de 280-300 mL/min/m2 [16]. DO2 et VO2 restent normaux sur une plage d’Ht allant de 39% à
25% 11]. Un DO2 < 270 mL/min/m2 en CEC est le meilleur prédicteur d’insuffisance rénale
postopératoire [18]. Mais il existe une hiérarchie des organes dans la dépendance au débit. Ainsi, le
DO2 reste satisfaisant dans le cerveau et les reins lorsque le débit baisse jusqu’à 1.4 L/min/m2, alors
qu’il est déjà insuffisant dans les viscères et les muscles lorsque le débit passe en dessous de 1.7-2.0
L/min/m2 [1]. Les viscères sont donc à haut risque d’ischémie parce qu’ils ne bénéficient pas d’un
système d’autorégulation (Figure 7.24). Le problème de l’hématocrite est discuté dans la section
consacrée à l’hémodilution (voir Liquide d’amorçage).
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Hémodynamique et CEC
Le débit de pompe est réglé habituellement à 2.4 L/min/m2 (70 ml/kg) en normothermie (> 35°C)
pour un Ht de 30-40%. En hypothermie, il peut être abaissé à 1.8 L/min/m2 à 28°C et à 1.0 L/min/m2
à 20°C, mais doit être augmenté pour compenser l’Ht si celui-ci est trop bas. Le débit est réglé en
fonction de l'équilibre DO2/VO2; il est adéquat lorsque la SvO2 est ≥ 70%.
En CEC, le DO2 devient dépendant du débit de pompe en dessous de 300 mL/min/m2. Le DO2 reste
satisfaisant dans le cerveau et les reins lorsque le débit baisse jusqu’à 1.4 L/min/m2, alors qu’il est
déjà insuffisant en dessous de 1.7-2.0 L/min/m2 dans les viscères et les muscles, qui ne bénéficient
pas d’un système d’autorégulation.
Hypothermie
Pour diminuer la consommation d'oxygène des tissus, un certain degré de refroidissement est
traditionnel en CEC: hypothermie légère (32-35°C), modérée (28-31°C) ou profonde (< 25°C). Mais
ce concept est battu en brêche depuis une vingtaine d’années au profit d’un maintien de la température
dans une zone quasi-normothermique (34-36°C). En effet, les progrès réalisés dans la technologie de
Intérêt de l’hypothermie
Physiques
Augmentation de la solubilité des gaz dans les liquides
Diminution de la constante de dissociation chimique (pKa)
Alcalose: élévation du pH de l'eau
Correction d’acidose en hypothermie : protéines (fonction histidine)
Anesthésiques
Accentuation de l’action des halogénés, baisse de la MAC
Abaissement de la clairance des substances
Cardiaques
Diminution de la consommation d'oxygène
Maintien des stocks d'ATP
Diminution des flux de Ca2+
Diminution de la compliance et de la contractilité
Bradycardie, fibrillation ventriculaire < 28°C
Circulatoires
Vasoconstriction périphérique entre 25° et 36°C
Vasoplégie périphérique < 25°C
Augmentation des RAP
Augmentation de la viscosité sanguine (Ht idéal en % = T en °C)
Abaissement du débit de CEC (moins d’hémorragie, moins d’hémolyse)
Cérébraux
Diminution de la consommation d'oxygène (CMRO2)
Augmentation relative du flux sanguin cérébral
Perte de conscience < 30-32°C
Perte de l'autorégulation < 25-28°C
EEG isoélectrique < 20°C
Respiratoires
Augmentation de l'espace-mort
Baisse de la compliance
Capillary leak syndrome
Déplacement à gauche de la courbe de dissociation de l'hémoglobine
Endocriniens
Hyperglycémie
Résistance à l'insuline
Diminution d'utilisation du glucose
Augmentation des catécholamines et des hormones de stress
Coagulatoires
Adhésion plaquettaire freinée < 33° (réversible au réchauffement)
Séquestration plaquettaire (foie) < 25°
Diminution du fibrinogène et du plasminogène
Le coefficient d'abaissement du métabolisme par tranche de 10° C (Q10) est variable selon les
températures, les espèces, les organes et les âges. Chez l'homme, sa valeur globale est 2, c’est-à-dire
que le métabolisme diminue de moitié pour chaque baisse de 10°C. La baisse du métabolisme
cellulaire à froid permet de prolonger le temps d'ischémie d'une durée variable selon les organes.
Comme le cerveau est la structure la plus sensible, le temps d'ischémie admissible est fonction de sa
tolérance propre. A 18°C, la consommation d'O2 du cerveau (CMRO2) est de 40% par rapport à sa
valeur en normothermie [21]. Alors que les agents anesthésiques ne modifient que l'activité électrique,
l'hypothermie permet une diminution du métabolisme cellulaire des neurones (40% de la CMRO2)
aussi bien que de leur activité synaptique (60% de la CMRO2) [21,31]. Pour le cerveau, la baisse du
Q10 entre 37° et 27° est due à la réduction de l'activité métabolique, mais la baisse plus rapide de la
CMRO2 entre 27° et 18°C (Q10 augmenté) est attribuée à la suppression de l'activité électrique [22].
L’EEG est isoélectrique en dessous de 20°C. La limite inférieure de température tolérée par le cerveau
est probablement 12°C, à la condition que l'hypothermie soit uniforme [19]. En dessous de cette
valeur, l'inhibition des pompes ioniques membranaires permet aux ions de diffuser selon leurs
gradients électrochimiques, ce qui induit un oedème intracellulaire progressif [28].
Le couplage entre le flux sanguin (FSC) et le métabolisme (rapport normal FSC/CMRO2: 15/1) se
modifie à froid: à basse température, le FSC devient luxuriant (rapport 30/1). L'autorégulation du flux
sanguin cérébral est partiellement conservée en hypothermie modérée (25-30°C) pour des régimes de
pression artérielle moyenne de 50-80 mmHg et en normocapnie, mais elle est perdue en hypothermie
profonde (< 25°C). C’est pendant la phase de réchauffement que l’autorégulation est la plus perturbée;
le taux d’AVC postopératoire semble directement lié à cette altération (odds ratio 6.57) [18].
Toutefois, il faut garder à l'esprit que ces températures peuvent être inhomogènes; il peut exister des
gradients intracérébraux, par exemple entre le cortex et le bulbe. D'autre part, le lieu de mesure est
important; les endroits les plus fiables sont le bulbe jugulaire (cathéter jugulaire rétrograde), le tympan
(sonde mousse) ou les cellules ethmoïdales (sonde introduite par le nez jusqu'à buter contre le
rhinopharynx).
Le refroidissement systémique par la CEC est efficace mais pas uniforme. Les organes à perfusion
préférentielle (coeur, cerveau, foie, reins) se refroidissent et se réchauffent rapidement, mais les
organes dont le rapport flux sanguin / masse tissulaire est bas (graisse, peau, muscle) modifient plus
lentement leur température. Il s'établit donc des gradients thermiques, que l'on peut apprécier en
mesurant deux températures différentes.
Température oesophagienne, qui représente les organes à haute perfusion, mais qui est
influencée par le liquide de refroidissement de surface du cœur;
Température rectale ou vésicale, qui représente les organes à rapport flux sanguin / masse
tissulaire intermédiaire;
Pour monitorer la rempérature cérébrale, on place la sonde contre le tympan ou contre les
cellules ethmoïdales (T° nasopharyngienne); cette dernière est la plus fiable à la mise en
charge.
La T° du cathéter pulmonaire est fiable dès que le flux pulmonaire est rétabli.
Au refroidissement comme au réchauffement, on évite des gradients thermiques supérieurs à 10° entre
les températures oesophagienne et rectale, car ceci est le reflet d'une inhomogénéité trop importante.
De plus, les gaz dissous passent en phase gazeuse lorsque la température s'élève brusquement, ce qui
est le cas lorsque du sang chaud traverse des tissus encore froids, ou l'inverse. Des micro-
embolisations gazeuses se forment alors, qui peuvent aboutir à des occlusions capillaires et des zones
d'ischémie focale.
Le dernier point est très discutable, car la température du patient légèrement hypotherme va baisser
dans les premières heures postopératoires (afterdrop), puisque la masse musculaire insuffisamment
réchauffée représente un réservoir froid que le malade devra réchauffer en augmentant son débit
cardiaque et en frissonnant, conditions liées à un risque élevé d’ischémie myocardique et à un délai
d’extubation prolongé [6]. Ces risques l’emportent sur les bénéfices potentiels. Le meilleur compromis
est donc de réchauffer le malade jusqu’à 36° ou 36.5°.
Surveiller la température cérébrale est une gageure, car aucune sonde ne permet de mesurer la
température du cerveau lui-même, qui, de plus, n’est pas homogène. Les trois points de mesure les
plus proches sont le sang veineux jugulaire (cathétérisation rétrograde du bulbe jugulaire), le tympan
(sonde mousse spéciale) et les cellules éthmoïdales (sonde naso-phyryngée standard appuyée contre la
paroi postéro-supérieure du pharynx). Les autres sites (œsophage, rectum, vessie, artère pulmonaire)
peuvent avoir des gradients jusqu’à 5°C par rapport à la température cérébrale, et afficher un retard
significatif dans les variations thermiques [11,25]. La température du sang artériel à la sortie de
l'échangeur thermique est la mieux corrélée avec celle du bulbe jugulaire [8,25].
Le débat reste vif entre les deux attitudes, CEC "chaude" versus CEC "froide", parce que les deux
techniques ont chacune un impact particulier sur les différents systèmes de l’organisme [26,30]. En
effet, les bénéfices de l’hypothermie sont incontestables lors d’opération complexe avec de longs
clampages aortiques, et lors d’arrêt circulatoire comme dans la chirurgie de la crosse aortique. Ils sont
beaucoup moins évidents lors d’interventions simples et de patients à bas risque. Ils sont aussi très
différents selon les organes.
La normothermie ou l’hypothermie légère (≥ 34°C) assurent des résultats plutôt meilleurs que
l’hypothermie modérée (28°) dans les cas standards. Elle tend à s'imposer pour les cas de routine.
Une cardioplégie chaude offre une excellente protection à la condition d’être continue ou de
ne subir que de brêves interruptions (< 12 minutes). La récupération fonctionnelle du
myocarde après CEC est meilleure et plus rapide qu’en hypothermie, le taux de défibrillation
spontanée est plus élevé, et l’incidence de fibrillation auriculaire ou d’assistance ventriculaire
est diminuée de moitié [1,9].
L’impact sur le risque neurologique n’est pas clairement démontré, mais il n’y a probablement
pas de différence pour autant que la pression de perfusion soit correctement maintenue [26].
Le risque d’AVC et les dysfonction cognitives ne semblent pas différents, probablement parce
Equilibre acido-basique
A froid, la solubilité des gaz dans les liquides augmente. Ainsi, la valeur de la PCO2 mesurée dans un
échantillon de sang normal (PCO2 40 mmHg) refroidi à 27°C n'est que de 23 mmHg, quand bien
même aucun échange n'a eu lieu avec l'extérieur, parce que la fraction soluble du gaz [HCO3] a
augmenté. A 20°C, le pH apparent normal est de 7.7 et la PCO2 de 18 mmHg. En clinique, la
régulation acido-basique peut se faire selon deux techniques (Figure 7.25) [35].
Selon le mode alpha-stat, le plus souvent utilisé, le contenu total en CO2 est maintenu
constant, mais la lecture se fait dans un appareil dont l'échantillon est ramené à 37°, comme si
le patient était normothermique. Comme la solubilité du gaz est augmentée à froid, la pression
partielle est en réalité plus basse; le sang devient artificiellement alcalin et hypocapnique, mais
le rapport [H+]/[OH-] reste constant. Dans cette situation, l'autorégulation cérébrale est intacte,
l'acidose extracellulaire est diminuée, le pHi est maintenu stable, et les fonctions enzymatiques
intracellulaires sont conservées dans leur intégralité [36]. La plupart des animaux à sang froid
(poïkilothermes) hibernent selon ce processus, parce que la glycolyse, qui produit peu de CO2,
suffit à subvenir à leurs faibles besoins métaboliques [35].
Dans le mode pH-stat, on maintient le pH du sang à 7.4 quelle que soit la température en
ajoutant du CO2 au gaz ventilé; le contenu en CO2 augmente (hypercarbie apparente) et le pH
baisse. Si le pH est maintenu à 7.4 à 17°, l'échantillon lu à 37° donne une valeur de 7.08
(PCO2 corrrespondante: 110 mmHg). Cette technique provoque une vasodilatation cérébrale
hypercarbique qui induit une perfusion luxuriante et qui rend le flux pression-dépendant [23];
l'autorégulation est perdue, et les risques d'oedème cérébral ou d'embolisation sont augmentés.
En position de Trendelenburg, la pression intracrânienne peut augmenter dangereusement
lorsque la pression veineuse est élevée et que le lit artériel est maximalement vasodilaté.
+ CO2
Figure 7.25 : Régulation de l’équlibre acido-basique en hypothermie. Dans le mode α-stat, le contenu total en
CO2 est maintenu constant, mais la lecture se fait dans un appareil dont l'échantillon est ramené à 37°, comme si
le patient était normothermique. Comme la solubilité du gaz est augmentée à froid, la pression partielle est en
réalité plus basse; le sang devient artificiellement alcalin et hypocapnique, mais le rapport [H+]/[OH-] reste
constant. Dans le mode pH-stat, le pH du sang est maintenu à 7.4 quelle que soit la température en ajoutant du
La technique alpha-stat, plus simple dans la pratique, est recommandée de routine pour les CEC en
hypothermie modérée (25 – 30°C) ou légère (30-35°C), car les résultats neurologiques à 6 semaines et
2 mois sont sensiblement meilleurs dans ces conditions [20,24,27,32]. Outre le déplacement de la
courbe de dissociation de l'Hb vers la droite, la stratégie pH-stat offre l'intérêt de doubler le flux
sanguin cérébral (FSC). Comme l'homogénéité du refroidissement et du réchauffement en est
améliorée, la technique pH-stat est probablement indiquée pendant le refroidissement et le
réchauffement des malades amenés à une basse température (< 25°), car elle favorise la rapidité et
l'uniformité des variations thermiques du cerveau, notamment lors des arrêts circulatoires complets
[2,16]. Dans les situations où l’autorégulation est perturbée comme le diabète, l’hypertension artérielle
et l’anamnèse d’AVC, la technique pH-stat est probablement préférable car elle maintient mieux
l’oxygénation cérébrale [15]. A noter que l'autorégulation est de toute manière inefficace en dessous
de 25°C. Pour des CEC de moins de 90 minutes et des températures de plus de 30°C, les deux
techniques ne présentent pas de différences significatives.
Les protéines se comportent comme des acides faibles au pH habituel du sang et sont un système
tampon majeur de l'équilibre acido-basique. Contrairement au système du bicarbonate, elles
maintiennent intact leur pouvoir tampon à basse température car le degré de dissociation du
groupement imidazole de l'histidine ne se modifie pas par rapport à celui de l’eau en fonction de la
température. En hypothermie, il faut donc corriger l'acidose par l'adjonction de protéines, parce que le
pouvoir tampon du bicarbonate devient inefficace en-dessous de 28°C [35].
Références
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Hormis les arrêts circulatoires où elle est cruciale (T° de 18-20°C), l’hypothermie est surtout
profitable au cerveau et au cœur, mais ce dernier est également bien protégé par une cardioplégie
chaude ± continue. A l’exception des cas longs, complexes ou en arrêt circulatoire qui bénéficient
clairement d’une hypothermie modérée ou profonde, la CEC en normothermie ou en hypothermie
légère (T ≥ 34°) offre des résultats équivalents et tend à s'imposer pour les cas de routine. Un
refroidissement cérébral de 2-4° confère déjà une protection pour les neurones. La cardioplégie
normotherme améliore la reprise de la fonction myocardique postopératoire et diminue le risque
d’arythmies.
Il est capital d’éviter toute hyperthermie cérébrale lors du réchauffement. Celui-ci doit être lent et
homogène:
- Vitesse de réchauffement: 1°C/5 min
- T° maximale du sang dans la ligne artérielle: 37°
- Gradient max entre la ligne artérielle et l’oesophage: 3°
- Gradient max entre T° du sang et T° de l’eau (échangeur thermique): < 10° lorsque la T°
du sang est < 30°, < 4° lorsque la T° du sang est > 30°
- Réchauffement jusqu’à 36° - 36.5° (T° centrale)
La régulation de l’équilibre acido-basique en hypothermie peut se faire selon deux modes, qui ont
chacun leurs indications préférentielles:
- α-stat (contenu en CO2 constant): cas à bas risque, CEC < 90 minutes, hypothermie légère
- pH-stat (pH constant): refroidissement et réchauffement, situations à haut risque
d’altération de l’autorégulation cérébrale (HTA, diabète, anamnèse d’AVC)
19 KERN FH, UNGERLEIDER RM, REVES JG, et al. The effect of altering pump flow rate on cerebral blood flow and cerebral
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Embolies gazeuses
Des bulles formées en cours de CEC peuvent emboliser dans l'organisme et être responsables
d'ischémie myocardique, de troubles neurologiques ou de dysfonctions organiques. Selon leur taille et
leur origine, on en distuingue deux types [1,3].
Leur identification et leur localisation à l'ETO permettent une vidange plus adéquate, et, de ce fait,
peuvent améliorer le pronostic neurologique des patients. Plusieurs phénomènes concourent à la
création de ces bulles [2].
La solubilité des gaz dans un liquide augmente lorsque la température baisse ou lorsque la
pression s'élève. Des microbulles peuvent donc se former dès que le sang se réchauffe
localement, ou dès que la pression baisse par cavitation (aspiration contre resistance par la
pompe ou vortex dans des tourbillons). Ces bulles embolisent facilement, car les détecteurs de
bulles placés sur le circuit artériel ne perçoivent pas des éléments de moins de 0.5 mL.
Lors d'ouverture des cavités gauches (chirurgie de la valve mitrale, par exemple), l'air doit être
purgé avant de refermer les chambres cardiaques; cette purge n'est jamais complète, et des
poches d'air s'accumulent dans les endroits en surplomb (voir Figure 7.44). Cet air va
emboliser sous forme de petites bulles. Si le patient a des mouvements respiratoires alors que
l'OG ou le VG sont ouverts, l'air est entraîné dans les veines pulmonaires, où il est
inaccessible. Baigner le champ opératoire de gaz carbonique en diffusant 1-2 L/min de CO2
par une petite buse permet de remplacer l’air par un gaz mieux soluble dans le sang, donc
moins emboligène.
Si le drainage veineux est assisté par une pompe, celle-ci peut faire collaber le circuit et
entraîner de l'air lorsque le flux est rétabli.
Le passage d'air est étroitement surveillé sur la ligne artérielle. Le filtre comporte une trappe à bulle
sous forme d'une purge continue (100-200 mL/min) qui aspire le sang au sommet du filtre et le renvoie
dans le réservoir veineux (voir Figure 7.10). La présence d'air dans la canule artérielle est un
évènement catastrophique qui commande des mesures immédiates: arrêt de la pompe, position de
Trendelenburg forcée pour diminuer les risque de progression de l'air dans les carotides, débullage de
l'aorte, perfusion cérébrale rétrograde (1-2 L/min) hypothermique (20-24°) par la veine cave
supérieure pour perfuser le cerveau a retro et vidanger l'air qui s'est infiltré du côté artériel, reprise de
la CEC après vidange complète de l'air, protection cérébrale par du mannitol et de la
méthylprednisolone (voir Que faire en cas de problème aigu ?).
Références
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Embolies gazeuses
Outre le volume d'amorçage (800-1500 mL), la CEC nécessite l'administration d'environ 500 mL
supplémentaire par heure. Si l'on n'utilise pas d'hémofiltration, le résultat est un bilan hydrique très
positif en fin d'intervention, quelle que soit la diurèse. En effet, on assiste à une accumulation de
liquide intersticiel due à plusieurs phénomènes: la pression oncotique est diminuée, la perméabilité des
membranes est augmentée (syndrome inflammatoire, ischémie), le drainage veineux peut être
mauvais, le drainage lymphatique est absent lorsque le flux est dépulsé. Cela se traduit notamment par
une altération des échanges gazeux pulmonaires. Si la ventilation avec PEEP ne suffit pas à les
rétablir, l'administratrion de furosemide est nécessaire. Mais cette hémodilution est un facteur
aggravant pour tous les organes, au point qu'un Ht inférieur à 23% s'est avéré être un facteur prédictif
indépendant de morbi-mortalité postopératoire [7,18]. Lorsque l'Ht chute en dessous de 30%,
l'hémodilution tend à augmenter les saignements, à diluer le fibrinogène et à déterminer un état
hypocoagulable au thromboélastogramme [17]. La fonction rénale s’aggrave linéairement avec la
baisse de l’hémoglobine lorsque l’hématocrite est inférieur à 30% [20]. Les séquelles neurologiques
augmentent clairement lorsque l'Ht passe sous la barre de 26% [6].
Le lactate est fréquemment modifié en sortant de CEC. Son taux est lié au métabolisme cellulaire. Il
augmente dans plusieurs circonstances: baisse du transport d'O2 (bas débit, basse pression, Ht bas) ou
de son utilisation (sepsis, peut-être CEC), production augmentée par certains organes (ischémie
digestive, hépatique, myocardique, ischémie du membre inférieur lors de canulation fémorale) ou
certains médicaments (adrénaline, stimulants β2), apport excessif par des solutés contenant du lactate
(Ringer, Lactasol) [1]. Une élévation modérée (2-4 mmol/L) ou sévère (> 4 mmol/L) est associée à la
durée de la CEC, à la complexité de la chirurgie, à l'insuffisance rénale et à l'anémie aiguë; elle est
corrélée à la morbi-mortalité postopératoire [9,12]. Toutefois, l'augmentation du lactate est d'origine
multifactorielle et a une valeur pronostique limitée, alors que sa normalité (< 2 mmol/L) a une forte
valeur prédictive pour l'absence de complication [1]. La découverte d'une hyperlactatémie doit
déclencher la recherche des causes possibles d'un DO2 trop bas ou d'une ischémie organique.
La CEC provoque une violente réaction de stress. Après les grandes brûlures, c'est la situation qui est
ressentie comme la plus stimulante par l'organisme: augmentation des catécholamines endogènes (4 à
15 fois la norme), du cortisol, de l'ACTH, de l'ADH, du glucagon et de l'hormone de croissance. La
cause en est l'hypothermie, la dépulsation du flux, et les réflexes sympathiques déclenchés par
l'exclusion du coeur de la circulation. Les catécholamines sont normalement métabolisées dans les
poumons. En CEC, ces derniers sont exclus de la circulation, ce qui contribue à l'élévation des taux
sériques de ces dernières. La stimulation du système rénine-angiotensine conduit à une augmentation
des résistances artérielles systémiques et à une rétention d'eau et de sodium. Elle induit également une
diminution des réactions de défense immunologiques, aussi bien de la lignée humorale que cellulaire
[5].
Ce stress métabolique induit une hyperglycémie prononcée. Au cours d'une intervention cardiaque, la
régulation de la glycémie suit une évolution particulière en relation avec la CEC (voir Chapitre 21
Diabète) [2].
Le maintien de la glycémie dans des limites stables (6-10 mmol/L) est capital, car le risque de
complications cardiaques après CEC augmente de 17% pour chaque unité au dessus de 6.1 mmol/L de
glycémie [13]. Il est sept fois plus important chez les patients dont le contrôle peropératoire de la
glycémie est inadéquat (glycémie > 11 mmol/L) [15]. Chez les patients diabétiques comme chez les
non-diabétiques, des glycémies persistant à > 14 mmol/L (250 mg/dL) quadruplent la mortalité (OR
3.9), triplent l’incidence d’infarctus (OR 2.7) et doublent les complications pulmonaires et rénales
(OR 2.3) par rapport au maintien de la glycémie < 11 mmol/L (200 mg/dL) [3] (voir Chapitre 21
Contrôle perop de la glycémie). Sous anesthésie générale, cependant, l’hypoglycémie est un danger
immédiat plus grave que l’hyperglycémie, car elle passe inaperçue entre deux échantillonnages de
sang. Seules des glycémies fréquentes (toutes les 30-60 minutes) permettent de s’en prémunir. Basées
sur l’expérience de ces dix dernières années, les recommandations actuelles pour la chirurgie
cardiaque en CEC sont donc les suivantes [8,10,11,14,18,21].
Les patients diabétiques doivent bénéficier d’une perfusion continue d’insuline basée sur leur
consommation journalière pour maintenir leur glycémie en permanence < 10 mmol/L; le
contrôle doit être d'autant plus strict que la glycémie du patient est mieux réglée dans son
quotidien.
Chez les patients non-diabétiques, un traitement par insuline devient nécessaire lorsque la
glycémie se maintient > 10 mmol/L; la tolérance est plus faible que chez un diabétique
coutumier de dérèglements hyperglycémiques.
En salle d’opération, une glycémie maintenue entre 8.0 et 10 mmol/L (140-180 mg/dL) est
optimale.
Un malade endormi incapable de signaler son malaise courre un risque élevé d'hypoglycémie
dangereuse dès que sa glycémie voisine 4 mmol/L.
Le turn-over des récepteurs β myocardiques, qui est de 8-12 heures, est freiné en CEC. De ce fait, les
malades sont relativement dépourvus de récepteurs β lors du sevrage, ce qui altère l'efficacité des
catécholamines à effet béta [19]. Cette modification prend son importance chez les patients en
insuffisance ventriculaire chronique, qui ont déjà une diminution du taux de récepteurs β par rapport
aux récepteurs α.
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Maintien strict de la glycémie entre 6 et 10 mmol/L chez les diabétiques et chez les non-diabétiques
avec une perfusion continue d’insuline. Chez les diabétiques, la perfusion est basée sur les besoins
quotidiens du patient; chez les non-diabétiques, démarrer l’insuline dès que la glycémie est > 10
mmol/L.
La chirurgie cardiaque est malheureusement grevée d’un risque neurologique majeur, longtemps
attribué à la seule CEC. Les troubles neurologiques postopératoires sont habituellement classés en
deux catégories.
Le type I comprend les lésions focales (AVC, AIT) et l’encéphalopathie anoxique (coma);
Le type II consiste en séquelles neuropsychologiques diffuses (détérioration des fonctions
cognitives, troubles de la mémoire et de l’attention, retards dans l’activité psychomotrice,
délire, convulsions) sans signe de focalisation.
Leur prévalence varie beaucoup en fonction de la manière dont on les identifie : status clinique, tests
neuro-psychologiques, IRM fonctionnelle, présence ou non de groupe contrôle dans les études
d’incidence (voir Chapitre 23 Complications neurologiques et Facteurs de risque).
L'incidence des lésions neurologiques de type I est de 1-5% (moyenne 2%), allant de 1.6% lors de
pontage aorto-coronariens simple, à 3-6% lors de remplacement valvulaire aortique et jusqu'à 17% en
cas de chirurgie coronarienne et carotidienne combinée [64,73]. Leur mortalité est de 21%. Les
dysfonctions neuro-psychologiques sont beaucoup plus fréquentes (1-34%), mais elles sont réversibles
dans 80% des cas [9,54]. La grande variabilité dans l'incidence des séquelles de type II vient de la
nature et de la disparité des tests utilisés et de leur sensibilité très variable.
Les facteurs de risque majeurs pour les complications neurologiques de type I sont sont les facteurs
associés au patient : athéromatose de l'aorte ascendante, anamnèse d'AVC, sténose carotidienne,
vasculopathie périphérique, diabète, hypertension artérielle et âge avancé (> 75 ans) [53,55].
L'incidence des séquelles neurologiques passe de 0.9% en dessous de 65 ans à 9% au-dessus de 75 ans
[82]. Les lésions de type I sont liées à des micro- et macro-embolisations cérébrales, qui sont
directement proportionnelles aux manipulations de l'aorte et aux aspirations de cardiotomie (Figure
7.26) [21,22,36].
La moitié des embols détectés au Doppler transcrânien a lieu pendant les manoeuvres
instrumentales sur l'aorte [75].
Plus la CEC dure, plus les embols sont nombreux; ceci est probablement lié à l'effet de
"sablage" du jet de la canule aortique contre la paroi athéromateuse de l'aorte ascendante [14].
Le status neurologique est influencé par l’importance du sang aspiré par la cardiotomie et
retransfusé au malade sans lavage préalable.
Cependant, on n’a jamais démontré une relation claire entre l'importance de ces embols au Doppler
transcrânien et la détérioration du status neurologique. Ils sont jusqu’à 6 fois moins nombreux lors de
chirurgie à cœur battant, sans que cela ne modifie significativement les troubles neurologiques
postopératoires, sauf chez les patients avec des antécédants d'AVC qui ont un meilleur pronostic avec
l'OPCAB [1,7,46,48].
Les lésions de type II sont secondaires à plusieurs phénomènes : hypoperfusion cérébrale globale,
anémie, micro-embolisation, œdème cérébral, hyperthermie et réaction inflammatoire [33]. Les
dysfonctions cognitives sont davantage déterminées par la composition des microembolies que par
leur nombre, à cause des variations dans l’intensité de la réaction inflammatoire induite localement
selon la nature de l’embolie (air, lipide, microparticule, etc) [36]. Mais ces altérations cognitives
relèvent aussi d’un lent déclin psychique lié à l’âge et à la maladie cérébrovasculaire (vasculopathie,
diabète); elles sont essentiellement liées à la pathologie préexistante, souvent infraclinique, et au
syndrome de stress post-traumatique mal supporté par les personnes âgées ou fragiles [9,35].
En charge
Décanulation
Pendant CEC
On a souvent désigné la CEC comme la principale coupable des séquelles neurologiques, parce que les
manipulations qui lui sont associées sont responsables d’une partie des embolisations cérébrales et des
dysfonctions cognitives. Cependant, l'expérience des coeurs battant (OPCAB : off-pump coronary
artery bypass) a montré que l'absence de CEC ne réduit pas ces complications à zéro. On s'attend à ce
que l'absence de clampage aortique et de jet par la canule de CEC diminue l'incidence des embols de
matériel athéromateux: le nombre total d'évènements emboliques est effectivement abaissé au Doppler
transcrânien [12,48]. Mais il n'y a pas de différence significative sur le taux d'AVC dans les méta-
analyses comparant la chirurgie cardiaque avec et sans CEC [17,61]. Une diminution des AVC
cliniques n'a été retrouvée que dans des études non randomisées, chez des octogénaires, ou chez des
patients avec une aorte athéromateuse [24,72,90]. L'incidence des lésions de type I au cours de la
chirurgie coronarienne à coeur battant reste d'environ 2% [18]. Dans les cas d'athéromatose étendue de
l'aorte ascendante, l'OPCAB évite le clampage de l'aorte et diminue probablement les risques d'AVC
emboliques, mais seule l'absence totale de manipulation de l'aorte, en procédant à des greffons
entièrement artériels, peut vraiment diminuer l'incidence d'ictus [15].
Les troubles neuropsychologiques cognitifs ne sont pas non plus liés exclusivement à la CEC, puisque
son absence ne les réduit pas: l'incidence des lésions de type II est inchangée lors de pontages à cœur
battant [42,49,83]. Elle n’est atténuée après OPCAB que chez les malades à risque neurologique élevé,
mais non chez les patients sans facteurs de risque particulier [83,84].
Gestion de la CEC
Bien que le débit soit en général prioritaire par rapport à la pression, il semble qu'une pression élevée
(> 60 mmHg) associée à un débit faible (< 1.2 L/m2) soit moins délétère du point de vue neurologique
qu'une basse pression (< 30 mmHg) accompagnée d'un haut débit (> 2 L/m2) [19]. Idéalement, la PAM
devrait être située entre 50 et 90 mmHg, de manière proportionnelle à l’âge du patient (PAM = âge).
Elle doit en tous les cas rester au-dessus de la valeur-plancher de la zone d'autorégulation (voir
Hémodynamique). Malheureusement, celle-ci varie entre 40 et 80 mmHg (moyenne 66 mmHg) selon
les individus et les circonstances [13,41]. Une valeur de 75 mmHg est probablement optimale pour
80% des patients. La saturométrie cérébrale (ScO2, voir ci-dessous) offre une possibilité d'accès à cette
donnée et permet d'adpter la PAM aux besoins cérébraux de l'individu.
Outre une gestion optimale de l'apport d'O2 au cerveau par l'adéquation de la pression artérielle, du
flux sanguin et de l'hématocrite, l'anesthésiste peut influencer l'incidence des complications
neurologiques par le choix des médicaments qu'il utilise, parce que les halogénés et la
dexmédétomidine ont des effets neuroprotecteurs, contrairement au propofol [9]. Les statines et les
stéroïdes ne réduisent pas significativement les séquelles neuro-cognitives [44,88].
La manière de gérer la CEC a une influence modeste sur les résultats neurologiques. La régulation de
l'équilibre acido-basique selon mode alpha-stat, qui préserve l'autorégulation cérébrale (donc une
certaine vasoconstriction) et maintient l'apport d'oxygène à basse pression de perfusion (PAM de 45
mmHg), offre de meilleurs résultats que le système pH-stat, qui maintient une vasodilatation par
hypercarbie relative et favorise les embolisations [60,77]. Les lésions de type II sont moins fréquentes
en mode alpha-stat (incidence de 27%) qu'en mode pH-stat (incidence de 44%) [54]. Le flux sanguin
cérébral est diminué de moitié en alpha-stat à 28°, et les défaillances neurologiques sont également
réduites de moitié lorsque la durée de la CEC excède 90 minutes [75]. Le mode pH-stat n'a
probablement un sens que lors du refroidissement et du réchauffement des cas opérés en hypothermie
profonde (< 20°) et arrêt circulatoire complet, parce que la vasodilatation cérébrale assure alors une
meilleure homogénéité de la température dans le cerveau [3,38].
L'hypothermie offre une certaine protection puisqu'elle diminue le métabolisme cérébral et les effets
de la réaction inflammatoire systémique (voir Chapitre 24 Effets cérébraux de l’hypothermie) [86]. On
a pu démontrer une baisse du taux d'AVC en hypothermie (1.5% à < 28°C) par rapport à la
normothermie (4.5% à > 35°C), mais la limite de la protection possible offerte par l'hypothermie tient
à la prédominance des évènements emboliques dans la genèse des séquelles neurologiques. De plus,
l'influence de la température sur les lésions de type II reste très controversée. Le problème majeur
survient au réchauffement, parce que le cerveau devient transitoirement hypertherme (38-39°) [10].
Cet effet rebond est d'autant plus prononcé que le réchauffement est plus rapide; il aggrave
profondément la susceptibilité des neurones à l'ischémie et agrandit l'étendue des lésions focales
[40,54]. Les séquelles neurologiques sont d'ailleurs proportionnelles à la chute de la saturation
L'hématocrite est sans relation avec le status neurologique postopératoire chez le jeune adulte, pour
autant que l'Hb reste supérieure à 50 g/L [85]. Chez les personnes âgées, les troubles cognitifs après
pontages aorto-coronariens sont plus importants lorsque l’Ht minimal est 15-17% que lorsqu’il est >
25% [23]. Chez les enfants, la comparaison entre un Ht bas (21%) ou élevé (28%) en CEC démontre
que le score neurologique et développemental mental sont nettement supérieurs dans le deuxième cas
[39]. L'utilisation de circuits de CEC miniaturisés (MECC: minimal extracorporeal circuit) réduit la
quantité de liquide d'amorçage, diminue le contact du sang avec les surfaces étrangères et supprime le
réservoir veineux (contact du sang avec l'air). De ce fait, l'hémodilution et la réaction inflammatoire
sont moindres; l'incidence des troubles cognitifs est abaissée [9,71]. Certaines substances comme
l'aprotinine ou les stéroïdes ont un effet inhibiteur sur l'activation leucocytaire et sur la libération de
kallikréine; elles tendent à diminuer l'incidence des séquelles neurologiques [26,52].
Les séquelles neurologiques semblent échapper à tout contrôle. Quelques points dans la gestion de la
CEC permettent toutefois d'en diminuer la probabilité.
Séquelles neurologiques
Les troubles neurologiques sont d’origine multifactorielle, mais le poids de l’évidence tend à montrer
que les facteurs de risque liés au patient (athéromatose, anamnèse d’AVC, troubles cognitifs
préopératoires) sont plus importants que ceux liés à l’intervention (opération en CEC ou à cœur
battant, embolies, clampage aortique, etc). Les troubles cognitifs après chirurgie cardiaque sont
davantage liés au déclin de l’âge et à la maladie cérébro-vasculaire qu’à des évènement peropératoires,
hormis les manipulations de l'aorte ascendante lorsqu'elle est fortement athéromateuse.
Protection cérébrale
Le but de la protection cérébrale est de réduire les sources de lésions comme l’embolie et
l’hypoperfusion, et d’augmenter la tolérance aux agressions comme l’ischémie et l’inflammation. Il
n’existe malheureusement pas de recette magique à cet effet. Hormis la baisse du métabolisme par
l’hypothermie et le maintien d’une perfusion équilibrée, on ne dispose d’aucun moyen clairement
efficace pour améliorer le pronostic neurologique. Par contre, il existe toute une série de mesures qui
tendent à diminuer les facteurs de risque et à augmenter la marge de sécurité. La protection cérébrale
porte donc sur plusieurs domaines (pour davantage de déails, voir Chapitre 24 Protection cérébrale en
chirurgie cardiaque et Protection en cas d’arrêt circulatoire).
Maintien de la pression de perfusion cérébrale; PAM 60-80 mmHg [56]. En réalité, seuls 20%
des AVC (lésions de type I) sont liés à une diminution de la pression de perfusion chez
l’adulte, le reste correspondant à des lésions emboliques [66]. Chez les enfants, par contre, les
accidents emboliques sont plus rares, et la majeure partie des séquelles neurologiques est liée à
l'ischémie cérébrale, notamment à cause de la fréquence des périodes d'arrêt circulatoire [47].
La PAM a davantage d’impact sur les troubles neurocognitifs (lésions de type II).
Maintien de l'oxygénation systémique; chaque baisse de 10 mmHg de la PaO2 minimale
enregistrée augmente le risque d'AVC de 20% (OR 1.23); un nadir de PaO2 < 80 mmHg est
directement associé à des séquelles neurologiques [28].
Diminution du taux d'embolies liées à la CEC de différentes manières [1,71]:
o Eviter le clampage de l'aorte ascendante lorsqu'elle est athéromateuse, modification du
site de canulation, pontages tout-artériels.
o Utilisation très restrictive des aspirations de cardiotomie.
o Lavage et filtrage du sang aspiré avant sa retransfusion ou sa réinjection dans le
circuit de CEC.
o Utilisation de panier-filtre de récupération dans l'aorte ascendante (Embol-X™) [66];
o Dispositifs de protection contre l'embolisation de matériel athéromateux ou calcifié
lors de chirurgie de la valve aortique: panier-filtre de récupération dans l'aorte
ascendante (Embol-X™), double panier introduit dans les carotides primitives par
cathétérisme artériel (Sentinel™), plaque-filtre placée dans la crosse à l'origine des
carotides (Embrella™, cathétérisme carotidien), plaque-filtre placée dans la crosse
couvrant l'origine des 3 vaisseaux de la gerbe (TriGuard™, cathétérisme fémoral); ils
tendent à réduire le volume des lésions cérébrales mais non leur incidence [45,67].
o Diminution du risque d’embolie gazeuse par l’insufflation continue de CO2 dans le
péricarde pour y remplacer l’air ambiant par un gaz mieux soluble dans le sang (sans
effet clair sur les séquelles neurologiques) [36].
o Débullage soigneux avant la mise en charge.
Echographie épiaortique; dans les groupes à risque comme les patients souffrant de
vasculopathie artériosclérotique ou les malades âgés, l'échographie épiaortique permet
d'identifier les lésions dangereuses de l'aorte ascendante et de modifier la technique
chirurgicale en conséquence (évitement des plaques les plus emboligènes, canulation sous-
clavière ou fémorale) et de diminuer l'incidence des accidents emboliques [55].
Maintien d’une perfusion cérébrale minimale (bas débit antérograde continu) pendant une
période d'arrêt circulatoire [79].
Lors d’un arrêt circulatoire en CEC, plusieurs mesures permettent de limiter les dégats cérébraux (voir
Chapitre 18 Protection cérébrale) [79].
Hypothermie cérébrale: elle permet d’étendre la durée d’un arrêt circulatoire de 4 minutes
(37°C) à 12 minutes (28°C) et 35 minutes (18°C) sans risquer de séquelles neurologiques
majeures [43,50]. Le refroidissement doit être homogène et lent (0.5°/min).
Quelques moyens permettent de limiter les risques de séquelles neurologiques après chirurgie
cardiaque:
- Diminuer le risque de macroembolies (athéromes) et de microembolies (débris, air, lipides)
- Limiter les clampages aortiques ou les éviter (cœur battant, pontages tout artériels)
- Limiter la durée de CEC et la durée du clampage aortique
- Assurer la perfusion cérébrale (PAM > 70 mmHg) et le transport d’O2 (Ht > 26%)
- Contrôler la température (hypothermie modérée et réchauffement lent)
- Maintenir la normoglycémie et un contrôle acido-basique de type alpha-stat
- Utiliser de nouvelles technologies de CEC (mini-CEC, matériaux biocompatibles)
- Visualiser l’aorte ascendante (échographie épiaortique) et surveiller l’oxygénation
cérébrale (ScO2)
- Administrer une neuroprotection pharmacologique (efficacité très relative)
Les facteurs de risque liés au patient (athéromatose, anamnèse d’AVC, troubles cognitifs pré-
opératoires) sont plus importants que ceux liés à l’intervention (opération en CEC ou à cœur battant).
Lors d’un arrêt circulatoire complet, les seuls moyens éprouvés pour diminuer les séquelles
neurologiques sont au nombre de trois:
- Maintenir un débit sanguin cérébral minimal
- Limiter la durée de l’arrêt
- Refroidir le cerveau à 18-20°C
En résumé, les séquelles neurologiques (type I) sont liées en premier lieu à la charge embolique, alors
que l'hypotension joue un rôle plus modeste chez l'adulte (un quart des cas) et agit préférentiellement
sur les troubles cognitifs (type II). La CEC y contribue certainement, mais elle n'en est qu'un facteur
causal parmi de nombreux autres, comme le prouve la comparaison avec les opérations réalisées à
coeur battant. La manipulation d'une aorte ascendante athéromateuse est probablement le geste le plus
dangereux. Si les résultats des études de suivi sont peu discriminants, c'est entre autre parce que les
déficits neurologiques préopératoires sont mal investigués et que les courbes d'attrition de la fonction
cérébrale des populations de contrôle n'existent souvent pas. Hormis les recommandations de bon sens
pour maintenir un apport d'O2 normal, force est de constater que le degré d'évidence des mesures
possiblement neuroprotectrices est très faible [36].
Surveillance cérébrale
La question majeure est évidemment celle du diagnostic: comment évaluer le moment où le cerveau
est en danger au cours d'une CEC ? Plusieurs techniques sont envisageables [30]: EEG, potentiels
évoqués, BIS™, Doppler transcrânien, saturation veineuse jugulaire et spectroscopie proche de
l’infrarouge (NIRS).
L'EEG ne reflète que l'activité corticale globale. Des altérations à l'EEG sont visibles lorsque le flux
sanguin cérébral a diminué de moitié; l'EEG est isoélectrique pour un flux sanguin de 15-20
mL/100g/min (valeur normale: 50 mL/100g/min). Une ischémie focale peut échapper à cette
surveillance. Le système à 16 ou 20 canaux, encombrant et difficile à interpréter, est en général
remplacé par un moniteur de fonction cérébral de type CSA (Compressed Spectral Array), qui affiche
une analyse spectrale des ondes et ne nécessite que quatre électrodes (voir Figure 19.14). L’EEG est
surtout utile pour déterminer le niveau de refroidissement cérébral avant un arrêt circulatoire;
l’interruption de la perfusion doit survenir 5-10 minutes après l’obtention du silence électrique [36].
Les potentiels évoqués auditifs (PEA); la réponse auditive du tronc cérébral reflète l'activité neuronale
entre le noyau cochléaire et le colliculus inférieur; elle n'est pas modifiée par les agents d'anesthésie,
mais varie directement avec la température. Elle est un excellent moyen de surveiller le degré
d'inhibition neuronale par l'hypothermie, mais le système est complexe et demande la présence d'un
technicien spécialisé [65].
L'index bispectral (BIS™) analyse 4 variables d'un tracé EEG bipolaire (amplitude, fréquence,
composition et cohérence de phase); un algorithme le transforme en un nombre compris entre 0
(sommeil profond) et 100 (éveil). Ce nombre décrit la profondeur de l'anesthésie, mais non le
fonctionnement neuronal [62]. La réponse dépend du type d'anesthésie; avec le propofol ou les
halogénés, la valeur du BIS prédit adéquatement la réponse au stimulus chirurgical, mais les opiacés
ne montrent aucune relation dose-effet [69]. L'hypothermie (28-30°C) est responsable d'une chute de
la valeur du BIS, même lorsque la concentration d'halogéné reste stable [37]. Une valeur > 80 est
fréquente pendant le réchauffement [2]. Toutefois, les protocoles basés sur le BIS ne se sont pas
révélés supérieurs à ceux basés sur la concentration expiratoire d’halogéné pour prévenir l’éveil
peropératoire; le BIS ne permet ni de modifier la concentration de gaz halogéné ni de diminuer
l’incidence de réveil en cours d’intervention [5]. Son efficacité est donc incertaine [81]. L'expérience
Le Doppler transcrânien (DTC) permet de mesurer le flux sanguin dans une grande artère, en général
la cérébrale moyenne et permet d'y calculer le flux, mais l’appareillage est encombrant, instable, et
non fiable chez environ 25% des malades [30]. Un Doppler ne mesure que la vélocité des hématies,
non leur nombre; ainsi l'hémodilution, qui accélère le flux, peut faire croire à une augmentation de
l'apport d'oxygène, alors qu'elle a diminué. Son utilisation comme monitorage suppose que la vélocité
du flux reflète effectivement le débit sanguin total, que le diamètre du vaisseau ne se modifie pas, et
que le capteur reste absolument stable. Les variations de l'Hb, de la viscosité, de la température, de la
PaCO2 , et les agents d'anesthésie interfèrent considérablement avec la mesure [27]. Les embols sont
aisément détectés par la technique, notamment lors du clampage aortique; ils apparaissent sous forme
de HITS (High-intensity transient signals) dont la morphologie donne une clef sur l'origine (bulle,
athérome, etc) [63].
Augmentation de la PAM;
Augmentation de la FiO2 et de l’Ht (transfusion si Ht trop bas);
Ajustement du débit de pompe;
Normocapnie si la PaCO2 était abaissée;
Baisse du métabolisme cérébral: hypothermie, agents d’anesthésie, curarisation;
Repositionnement de la tête (modification unilatérale);
Repositionnement des canules veineuses ou du cœur dans le champ opératoire.
Surveillance neurologique
L’EEG, le Doppler transcrânien et la saturométrie cérébrale (ScO2) sont les techniques de monitorage
les plus fiables. Le BIS n’est pas une technique de surveillance neurologique.
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Fonction rénale
Les reins reçoivent 20% du débit cardiaque, mais ne consomment que 10% de l'oxygène transporté.
Les glomérules filtrent passivement le plasma; ils reçoivent la majorité du flux plasmatique rénal
(FPR), mais consomment très peu d'O2 par rapport à la medulla. La médullaire, au contraire, a un débit
Si la pression artérielle baisse, l’autorégulation rénale maintient le FPR et la filtration glomérulaire par
vasodilatation des artérioles préglomérulaires (mécanisme myogène) et par vasoconstriction des
artérioles postglomérulaires (angiotensine II). Lorsque la perfusion rénale diminue de plus de 50%
pendant 1 heure, la GFR baisse proportionnellement beaucoup plus que le FPR; le FPR est alors
réparti préférentiellement vers la zone corticale profonde et vers la médullaire. La baisse du débit
cardiaque et de la pression de perfusion entraîne une stimulation sympathique, une sécrétion de
vasopressine et d'ADH, et l'activation du système rénine-angiotensine; tous ces phénomènes
concourent à retenir de l'eau et du sodium par le rein [2]. L'hémodilution de la CEC augmente le flux
plasmatique rénal et baisse les résistances vasculaires intraparenchymateuses, mais diminue l'apport
d'O2. L'hypothermie et la non-pulsatilité induisent une vasoconstriction préférentiellement corticale.
Normalement, les fonctions rénales ne sont pas significativement modifiées, ni par l'anesthésie, ni par
l'opération, ni par la CEC; les tests habituels comme le taux ou la clairance de la créatinine sont peu
altérés dans la majorité des cas, mais ils ne sont ni suffisamment sensibles ni suffisamment précoces
pour instituer un traitement avant le développement de lésions fonctionnelles. Des altérations subtiles
sont cependant décelables par des mesures plus fines comme certains biomarqueurs, tels le NGAL, le
KIM-1 ou la cystatine C [16,18]; la variation de la clearance à la créatinine lors d'une surcharge
protéique, qui mesure la réserve fonctionnelle rénale, diminue pendant plusieurs semaines après une
CEC [41]. Toutefois, la valeur prédictive de ces tests pour le développement d'une néphropathie aiguë
reste modeste [23]. Par contre, cette dysfonction mineure peut venir amplifier les retombées d'une
altération fonctionnelle préexistante mais infraclinique (artériopathie, âge, etc) ou être potentialisée par
des évènements peropératoires: hypotension, médicaments néphrotoxiques, etc. Les études comparant
la manière de règler le pH, l'hypothermie versus la normothermie, le flux pulsatile versus le flux non-
pulsatile, n'ont pas pu, jusqu'ici, mettre en évidence un avantage significatif d'une technique de CEC
sur une autre dans la préservation de la fonction rénale [53].
Cependant, la pression de perfusion et l'apport d'O2 (DO2) sont certainement les facteurs-clefs. On a
démontré depuis longtemps que, dans un tiers des cas, la variation de la créatinine postopératoire était
dépendante de la PAM pendant la CEC, pour autant que le débit de la pompe et le volume circulant
soient normaux [62]. Le DO2 rénal est déterminant pour la survie fonctionnelle du rein. Or la CEC le
diminue de 20% par vasoconstriction et hémodilution; l'extraction d'O2 par le parenchyme rénal
augmente de 40%. Ces phénomènes se poursuivent pendant les premières heures postopératoires [33].
Ils ne sont pas corrigés par l'administration de cristalloïde ni de colloïde pour maintenir la
normovolémie [56]. Il n'est donc pas surprenant que l'hémodilution soit un facteur de risque pour la
dysfonction rénale; l'Ht devrait rester ≥ 26-28% [49].
Le débit urinaire est en général abaissé en cours de CEC, mais il est un prédicteur peu discriminant de
la néphropathie aiguë. Une valeur < 0.5 mL/kg/h pendant la pompe est en général considérée comme
seuil prédictif de dysfonction postopératoire, mais il est lié à de nombreux facteurs confondants
prérénaux [12]. Seul un débit > 1.5 mL/kg/h assure que la fonction rénale soit normale dans les suites
opératoires. L'association entre le bas débit urinaire et l'insuffisance rénale secondaire est plus nette
lorsque la pression artérielle est basse (PAM < 80 mmHg) [24].
La version révisée des classifications RIFLE et AKIN qui a la cote actuellement est la nomenclature
KDIGO (Kidney Disease Improving Global Outcomes): l’insuffisance rénale postopératoire est
Cette détérioration clinique est précédée par un dommage tissulaire infraclinique caractérisé par une
élévation des biomarqueurs comme le NGAL ou la combinaison IGFBP7 (voir Chapitre 23,
Complications rénales) [25].
L'incidence de la défaillance rénale (stades III et IV) après chirurgie cardiaque en CEC est
globalement de 3-6%; la simple dysfonction rénale (stades I et II) est plus fréquente: 15-22%
[15,25,26]. Elle est fonction du type d'opération: 7.7% après chirurgie du VG, 3.9% après chirurgie
valvulaire, et 0.5% après PAC. Lorsque la dialyse est nécessaire (3% des cas), la mortalité est élevée:
30% chez les adultes et 45% chez les enfants [15,43]. La dysfonction postopératoire transitoire
(créatinine 150-250 mcmol/L, augmentation de 20-25%) est plus fréquente: elle survient chez 11-22%
des patients et se résout en quelques jours ou semaines [13,54]. Une diminution de 25-50% de la
filtration glomérulaire est présente chez 24% des patients après chirurgie cardiaque (voir Chapitre 23,
Complications rénales). L'origine de l'insuffisance rénale qui peut survenir après CEC est
multifactorielle. Parmi les éléments en cause, on peut citer par ordre probable d'importance
[15,17,18,58,63].
Facteurs étiologiques :
- Néphropathie préopératoire (créatininémie > 200 mcmol/L), facteur le plus important
- Hypovolémie et hypotension (PAM < 70% de sa valeur habituelle pendant > 20 minutes)
- Bas débit de CEC (< 1.8 L/min/m2)
- Apport d'O2 insuffisant (Ht < 26%)
- Longue CEC hypothermique
- Age > 65 ans
- Substances néphrotoxiques
- SIRS, hémolyse, rhabdomyolyse
Protection rénale
Une optimisation de l’hémodynamique en per- et en post-opératoire (PAM > 75 mmHg, DC > 2.5
L/min/m2, Ht minimal en CEC > 26%, DO2 > 600 mL/min/m2, SvO2 > 70%) avec une préservation du
volume circulant et des inotropes diminue significativement l’incidence de néphropathie (OR 0.64) et
la mortalité (OR 0.66) [7]. Le remplacement liquidien selon une administration strictement dirigée par
le monitorage hémodynamique (volume systolique, débit cardiaque, SvO2) garantit une meilleure
adéquation entre les perfusions et les besoins, à la fois en volume et en synchronisation dans le temps
(voir Chapitre 4 Besoins liquidiens) ; il diminue significativement l’incidence de néphropathie aiguë
postopératoire, particulièrement chez les patients à haut risque [7].
L’anémie, les transfusions et les reprises pour hémostase sont 3 facteurs prédictifs d’insuffisance
rénale parmi les plus importants (OR 1.8-2.9), mais sont aussi parmi ceux qui s’avèrent les plus
maîtrisables [30]. La fonction rénale et le taux d'insuffisance rénale postopératoires s'aggravent
linéairement lorsque l'Ht s’abaisse en dessous de 30%; cette péjoration est maximale lorsque l’Ht le
% Δ Créat
Figure 7.27 : Variation de la
créatinine postopératoire en
35 Tous les patients
fonction de l'Ht le plus bas.
La fonction rénale et le taux Pas de transfusion
d'insuffisance rénale 30
postopératoires s'aggravent
linéairement lorsque l'Ht le
plus bas est inférieur à 24%. 25
Mais, à valeur similaire d'Ht,
les patients transfusés
présentent systématiquement 20
une péjoration de leur
fonction rénale par rapport à
ceux qui ne sont pas 15
transfusés [22].
16 18 20 22 24 26 28 30
Nadir de Ht (%)
Certaines substances entretiennent chez les anesthésistes une croyance dans leurs capacités
"protectrices" sur la fonction rénale. Cependant, rares sont celles qui semblent avoir un effet bénéfique
sur la fonction rénale postopératoire (voir Chapitre 24, Protection rénale) [47].
Le mannitol est filtré complètement dans les glomérules, et n'est pas résorbé dans les tubules:
il augmente le volume plasmatique et la diurèse par augmentation de l'excrétion d'eau et
diminution de la réabsorption de sodium; de plus, il a une activité anti-oxydante et s'oppose
aux effets des groupes hydroxyles ("radicaux libres") libérés lors de la revascularisation. Les
preuves de son efficacité comme agent protecteur contre les effets de l'ischémie rénale sont
très pauvres; aucune étude clinique n'a mis en évidence une amélioration quelconque du
pronostic de l'insuffisance rénale postopératoire [52]. A raison de 0.5 g/kg dans le liquide
d'amorçage de la CEC, il augmente la volémie, la pression capillaire glomérulaire, la pression
tubulaire proximale et la diurèse, mais aucun effet bénéfique sur la fonction rénale
périopératoire n'a pu être démontré [27]. Il n’est probablement efficace qu’en cas d’hémolyse
ou de rhabdomyolyse.
Le furosémide augmente le FPR et baisse les résistances vasculaires rénales en plus de son
effet diurétique. Son utilisation prophylactique diminue clairement l'incidence de l'anurie,
mais ne modifie le pronostic de l'insuffisance rénale que dans le sens d'une augmentation non
significative du besoin de dialyse [9,34]. En peropératoire, il n'a sa place que pour diminuer
l'excès de liquide interstitiel après la CEC (10-20 mg) lorsque le bilan est trop positif comme
le prouve la présence d'une hypoxémie ne réagissant pas à la ventilation à 100% O2 avec
PEEP. Il est également utile pour contrôler la reprise de la fonction rénale après une
Alors que la prophylaxie pharmacologique a un impact aussi variable que contesté, il existe toute une
série de mesures techniques dans la prise en charge du malade qui peuvent diminuer l’incidence et la
gravité de la néphropathie aiguë [3,42].
Délai d’au moins 5 jours entre les examens avec produit de contraste et l’opération; la
surhydratation pour forcer la diurèse ne présente pas de bénéfice significatif.
Utillisation d’aspirine et de statines en périopératoire.
Arrêt des AINS 3 jours avant l’opération, et des IEC pour une durée de 24-48 heures.
Eviter tous les agents néphrotoxiques (aminoglycosides, vancomycine, etc) ou modifiant le
flux plasmatique rénal (IEC, ARA).
Eviter l’anémie préopératoire (préparation avec du fer et/ou de l’EPO) [31].
Cinq éléments ont une part prépondérante dans la genèse de la néphropathie aiguë postopératoire et
sont relativement faciles à gérer lorsqu’ils sont présents pendant une CEC:
Les deux premières sont du ressort de l'opérateur et du perfusionniste, mais les trois autres sont entre
les mains de l'anesthésiste et de l’intensiviste. Le maintien d'un volume circulant normal, d'un
transport d'O2 adéquat, d'une pression de perfusion convenable et d’un débit de pompe satisfaisant est
donc la clef de la prévention rénale. Toutefois, la relation entre l'hypotension artérielle en CEC et
l'incidence de néphropathie aiguë postopératoire est loin d'être claire. Elle s'atténue lorsqu'on exclu
tous les facteurs confondants qui sont des causes reconnues d'insuffisance rénale [50].
Références
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Facteurs primordiaux :
- Normovolémie
- Normotension (PAM 80 mmHg, minimum 70 mmHg en CEC)
- DC ≥ 2.4 L/min/m2 en normothermie, 1.8 L/min/m2 en hypothermie (CEC)
- DO2 normal : Ht minimal > 26% sans transfusions
- Absence d’agents néphrotoxiques
Sans effet protecteur (bien que ↑ débit urinaire) : dopamine, mannitol, diurétiques de l’anse
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Fonction hépato-splanchnique
Lésions hépatiques préexistantes ; les patients en catégorie Child A ont une morbidité de 40%
et une mortalité de 11%, mais ceux qui sont aux stades Child B et Child C ont une mortalité de
18% et de 67% respectivement [4,7];
Stase systémique: PVC élevée sur induffisance du VD, HTAP, régurgitation tricuspidienne;
Bas débit peropératoire (utilisation de catécholamines à effet alpha);
Blocage du retour veineux sus-hépatique par la canule veineuse de CEC;
CEC de longue durée [5].
L'incidence de la défaillance hépatique après chirurgie cardiaque est basse (0.1%), mais sa mortalité
dépasse 50% [3]. Elle est liée au triple mécanisme de l'ischémie hépatique, du foie de stase et de la
réaction inflammatoire/médicamenteuse.
L'adéquation de la perfusion splanchnique aux besoins du tube digestif est en général réalisée en
hypothermie, mais pas forcément pendant le réchauffement. C'est en effet en normothermie que la
baisse du pHi est la plus marquée [2]. La longueur de la CEC, l'éventuelle hypotension, l'acidose
locale, la dépulsation du flux et le syndrome inflammatoire systémique concourrent à augmenter la
perméabilité de la muqueuse digestive [12]. Bien que l'incidence des complications digestives soit
faible après CEC (0.6-3% des cas), une hyperbilirubinémie conjuguée se manifeste chez 20-35% des
malades opérés. L'hyperperméabilité digestive conduit à une translocation endotoxinique chez 10-55%
des patients [1,10]. Cette dernière contribue aux défaillances multiviscérales et aux sepsis sévères
postopératoires. De plus, des épisodes d'acidose digestive (pHi bas) surviennent entre la troisième et la
cinquième heure après CEC chez plus de 50% des malades [6].
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Fonction hépatique
A part éviter toute substance hépatotoxique, la seule protection est le maintien d’une hémo-
dynamique normale sans utilisation de vasoconstricteur alpha.
Ventilation et CEC
Bien que la ventilation ne soit pas nécessaire aux échanges gazeux pendant la CEC, les poumons
laissés à eux-mêmes collabent et s'atélectasient; le drainage lymphatique s'effondre. Lorsque l'aorte est
clampée, le débit dans l'artère pulmonaire s'arrête et le flux des artères bronchiques diminue de 50%
[13]. Le mode ventilatoire au cours de la CEC est un sujet de débat irrésolu. Aucune étude n'a jusqu'ici
clairement démontré la supériorité d'une technique sur une autre.
Une routine est de laisser un bas débit continu d'O2 et d’air (1 L/min, FiO2 0.3-0.6) sans PEEP. La
CPAP (continuous positive airway pressure) à 5-10 cm H2 O, la ventilation mécanique à bas volume
courant (3-4 mL/kg) et basse fréquence (6 cycles/min), ou les manœuvres de capacité vitale en cours
de CEC, améliorent certes les paramètres de l'oxygénation au moment de la sortie de pompe, mais cet
effet ne se prolonge pas et n'a aucun impact sur le devenir des patients [3,7,8,17]. Une récente méta-
analyse confirme l'amélioration momentanée du gradient alvéolo-artériel par la CPAP mais l'absence
d'impact de la ventilation sur les complications pulmonaires et sur la durée de l'assistance respiratoire
postopératoire [23]. Rien dans la littérature ne permet donc de recommander une quelconque forme de
ventilation autre qu'un flux passif de mélange O2/air sous 3-5 cm H2O, d'autant plus que la ventilation
encombre le champ opératoire et ramène du sang dans l'OG, ce qui peut gêner considérablement
l'opérateur [4,11,20]. L’incidence des atélectasies postopératoires ne semble pas non plus en rapport
avec le mode ventilatoire pendant la CEC (ventilation mécanique continue, CPAP en apnée, ou
absence de ventilation), pour autant que les poumons soient correctement ré-expandus à la reprise de
la ventilation [14,22]. En revanche, les manœuvres de capacité vitale (30-40 cm H2 O pendant 20-30
La ventilation mécanique est clairement bénéfique dès que le coeur éjecte du sang, avant ou après le
clampage aortique. Lorsque le cœur bat en CEC (aorte déclampée), le sang qui perfuse les coronaires
est pour une grande partie du sang propulsé par le VG, donc revenu des poumons par les veines
pulmonaires; son contenu en O2 augmente si les poumons sont ventilés. Il en est de même lors de CEC
partielle (fémoro-fémorale, par exemple). Dans ces conditions, il est recommandé d'assurer une
ventilation réduite: VC 3-4 mL/kg, fréquence 6-8 cycles/min, FiO2 0.3-0.5, pas de PEEP. Si le
perfusionniste administre un halogéné dans l'oxygénateur alors que le malade est ventilé, il est
important d'en ajouter la même fraction inspirée sur le respirateur, sans quoi l'halogéné est éliminé par
les poumons simultanément à son administration dans la CEC.
Par leur action de préconditionnement, les halogénés se sont avérés intéressants pour diminuer
l'impact des lésions d'ischémie et de reperfusion, particulièrement en cas de coronaropathie; par
rapport à une anesthésie intraveineuse, ils diminuent les marqueurs de lésion myocardique, améliorent
la reprise fonctionnelle immédiate et abaissent marginalement la mortalité [5,8,12]. Mais
l'incorporation d'un vaporisateur sur le circuit de CEC pose quelques problèmes [11,17].
Une opération de chirurgie cardiaque n'est pas une intervention bénigne pour le poumon, et presque
tous les cardiopathes opérés souffrent d'une altération des échanges gazeux [9]. Avec une incidence de
5-15% des cas, les complications pulmonaires sont d'ailleurs la deuxième source de morbidité
postopératoire après les complications cardiaques [10]. Il est courant de constater une péjoration des
échanges gazeux dès la fin de la CEC; ceux-ci sont perturbés pour une durée de quelques heures à
quelques jours. Plusieurs phénomènes entrent en jeu (voir Chapitre 21, Complications pulmonaires)
[1,10,19].
Ces altérations, dont la traduction clinique est faible chez les individus normaux, prennent toute leur
importance chez les patients qui souffrent de pathologies pulmonaires préexistantes: BPCO, syndrome
restrictif, asthme, etc (voir Chapitre 21 Pneumopathies). Elles suffisent alors à précipiter une
insuffisance ventilatoire grave nécessitant une thérapie respiratoire prolongée en soins intensifs. La
ventilation mécanique à volume courant réduit (6-8 mL/kg) avec PEEP (10 cm H2 O) améliore la
Les complications pulmonaires étant d'origine multifactorielles, il est naturel que leur prévention
repose sur une série de mesures différentes [10].
La miniaturisation des circuits de CEC diminue le contact du sang avec les surfaces étrangères
et avec l'air du reservoir, ce qui réduit l'intensité de la réaction inflammatoire. Les matériaux
biocompatibles agissent dans le même sens.
L'ultrafiltration soustrait de l'eau libre et augmente de ce fait la pression oncotique; elle abaisse
le taux des cytokines inflammatoires.
L'amorçage retrograde en début de CEC diminue la quantité de priming cristalloïde.
La durée de CEC et de non-ventilation non-perfusion pulmonaire doit être aussi courte que
possible.
La ventilation en CEC n'est malheureusement utile que pour la prévention des atélectasies; elle
est sans effet sur les échanges gazeux à long terme. Par contre, les manoeuvres de capacité
vitale sont efficaces pour l'amélioration des indices ventilatoires postopératoires.
L'effet de préconditionnement des halogénés porte également sur le poumon et favorise les
échanges gazeux après la CEC.
Fonction pulmonaire
Il n’y a pas de protection spécifique pour les poumons à part une prise en charge judicieuse de la
ventilation:
- Ventilation à volume courant réduit (6-8 mL/kg) avec PEEP (5-10 cm H2 O) et FiO2 ≤ 0.6
- Débit d’O2/air non pulsé pendant la CEC
- Expansion pulmonaire par des manœuvres de capacité vitale en cours de CEC et dans la
période post-CEC
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Tableau 7.4
Effets pharmacologiques de la CEC hypothermique
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Pharmacocinétique
Dès le début de la CEC, l'hémodilution augmente le volume de distribution (Vd) des substances en
solution dans le compartiment central et en diminue brusquement la concentration. Ceci entraîne deux
phénomènes (Figure 7.28) [2].
Etant des substances liposolubles, les agents d'anesthésie sont moins solubles dans les
cristalloïdes que dans le sang complet; leur concentration circulante baisse d'autant plus que le
liquide d'amorçage est plus important [4].
Substance
K1-2
Compartiment
Compart périphérique
CEC central
K2-1
Ke
Extraction Elimination
hépatique rénale Hypothermie
© Chassot 2017
Figure 7.28: Effet pharmacocinétique de la CEC. Le volume apporté par la CEC agrandit de 20-35% le
compartiment central où sont administrées les substances et d'où ont lieu l'extraction hépatique et la filtration
rénale (selon la constante d'élimination Ke). Ce compartiment est en équilibre avec le reste de l'organisme
(compartiment périphérique) selon les gradients de concentration. Les substances diffusent du centre vers la
périphérie (K1→2) pendant la phase de distribution et de la périphérie vers le centre (K2→1) pendant la phase
d'élimination. L'hypothermie ralentit l'extraction hépatique et l'élimination rénale.
Conc
100
(ng/ml)
Risque de réveil
30
20
10
Début
CEC
Figure 7.29: Profil de concentration plasmatique du fentanyl au début d'une CEC. La chute du taux est brêve;
l'équilibre est rétabli en 2 minutes [13].
Il existe donc deux groupes d'effets qui peuvent se compenser partiellement, mais qui n'ont pas la
même cinétique et sont transitoires. Ils durent le temps nécessaire à la redistribution à partir des tissus,
qui va rééquilibrer les gradients de concentration (diffusion K2→1 dans la Figure 7.29) [11]. En effet,
le volume de distribution (Vd) des agents d'anesthésie, qui sont des substances lipophiles pénétrant
dans les cellules, est beaucoup plus grand que le volume de la CEC, et leur tient lieu de réservoir. Pour
les curares, qui sont des substances hydrophiles restant à l'extérieur des cellules, le Vd est moins
important, la liaison protéique faible, et la dilution soudaine plus importante. Ces modifications de
concentration ne durent que quelques minutes et dépendent du rapport entre le volume de la CEC et le
volume circulant du patient; elles sont d'autant plus importantes que ce dernier est petit [6].
Pratiquement, cela signifie que les enfants peuvent se réveiller et/ou se décurariser subitement pendant
les premières minutes de CEC si la concentration de la substance n'est pas maintenue par un ajout dans
le liquide d'amorçage de la CEC ou dans le malade. Les adultes peuvent se décurariser.
La solubilité des gaz augmentant à basse température, l'hypothermie accroît la dilution des halogénés
dans le sang et baisse leur pression partielle tissulaire; il faut donc en augmenter la concentration pour
obtenir le même effet (augmentation de la MAC apparente): en-dessous de 30°C, la concentration
sanguine de l'isoflurane est la moitié de la fraction inspirée affichée sur le vaporisateur [20].
Toutefois, les besoins en agents d'anesthésie sont réduits par l'hypothermie, puisqu'il n'y a plus
d'activité consciente en dessous d'une température cérébrale de 30-32°. La MAC réelle des halogénés
diminue linéairement entre 37° et 20°, où elle devient nulle [1]. Ces deux effets tendent donc à se
compenser l'un l'autre. Les poumons servent de réservoir aux substances liposolubles basiques comme
le fentanyl, le sufentanil, le propofol ou la lidocaïne; elles y restent stockées pendant la CEC puisqu'il
n'y a plus de circulation pulmonaire. Elles seront relarguées au moment du déclampage et de la
reventilation, ce qui cause une augmentation du taux plasmatique et un approfondissement momentané
de l'anesthésie (Figure 7.30) [5,17,22].
10
Artère
pulmonaire
Déclampage Ventilation
Figure 7.30 : Modifications du taux plasmatique de fentanyl lors de la recirculation pulmonaire. Le relargage se
traduit par l'augmentation du taux de fentanyl dans l'artère radiale alors que le taux veineux (artère pulmonaire)
est bas [5].
Les composants des circuits de CEC, particulièrement les oxygénateurs, absorbent certaines
substances lipophiles comme les fentanils, le midazolam, le propofol ou les halogénés [14]. Toutefois,
cet effet est d'une portée réduite à cause du grand volume de distribution de ces substances et de la
rééquilibration entre les compartiments. Cet effet est difficilement quantifiable car les matérieux
utilisés sont en constante évolution et l'on dispose rarement de données fiables à leur sujet.
L'hémofiltration, par contre, est efficace pour soustraire un grand nombre de substances au
compartiment central de la circulation, puisqu'elle extrait les molécules jusqu'à 20'000 Dalton. La
réaction inflammatoire systémique et la libération d'endotoxines inhibent la fonction du cytochrome
P450 et réduisent le métabolisme de nombreuses substances; cet effet est prolongé au-delà du temps
de CEC. Le cytochrome P450 cérébral subit la même inhibition, ce qui se traduit par un ralentissement
du métabolisme local des médicaments à effet neuroleptique et hypnogène [18]. Toutes ces
modifications ont relativement peu d'impact dans les situations habituelles, mais prennent de
l'importance chez les personnes de faible poids (< 50 kg, enfants), chez les personnes âgées (masse
Pharmacocinétique en CEC
A cause de l’hémodilution et des variations de température, la CEC a une influence majeure sur la
pharmacocinétique des agents d’anesthésie. Ces effets sont variables selon les substances et la
température; la traduction clinique est la résultante des diverses modifications.
- ↓ brusque concentration en début de CEC (risque de réveil et de décurarisation)
- ↑ volume de distribution
- ↓ concentration par séquestration (poumons, circuits de CEC)
- ↑ concentration effective et ↑ durée d’action par: ↓ clairance, ↓ biotransformation
↓ activité des estérases, ↓ affinité pour les récepteurs
- ↑ de la solubilité des gaz (halogénés) en hypothermie, donc ↓ de leur pression partielle
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24 WONG KC. Physiology and pharmacology of hypothermia. West J Med 1983; 138:227-32
Les halogénés sont très utilisés en CEC, mais leur cinétique est sensiblement modifiée dans cette
situation. La vitesse d'augmentation de la concentration du gaz est plus faible en CEC hypothermique
à cause de l'augmentation de solubilité à froid; par contre, l'extraction du gaz est aussi rapide que dans
les conditions standards. Pour le desflurane, par exemple, on atteint la moitié de la concentration
inspirée (6%) en 5 minutes, puis un plafonnement à 68% après 32 minutes [12]. Pour le clinicien, cela
signifie qu'on n'atteint pas les concentrations habituelles de gaz lors d'une CEC hypothermique. Pour
obtenir l'effet désiré, il faut donc augmenter la concentration inspirée et prendre davantage de temps.
On doit attendre en moyenne 5 - 10 minutes pour réaliser le plein effet hémodynamique de l'halogéné.
Si l'halogéné est l'agent d'anesthésie utilisé avant la CEC, sa concentration va baisser au moment du
départ en pompe et du refroidissement; il faut donc augmenter sa concentration sur l'oxygénateur par
rapport à celle de l'appareil d'anesthésie. A cela s'ajoute l'effet de l'hémodilution, qui diminue la
solubilité des halogénés mais augmente leur volume de répartition. Heureusement, les besoins de
l'organisme diminuent avec le froid. Ainsi la MAC de l'isoflurane baisse de 5% par degré de
température jusqu'à 20° [1]. Etant liposolubles, les halogénés sont aussi absorbés dans les plastiques et
les oxygénateurs; certains modèles ont une capacité pour l'isoflurane équivalente à 17 litres de sang
[16]. L'administration d'halogénés dans le circuit de CEC pose plusieurs problèmes, parce que les
fabriquants n'ont jusqu'ici jamais intégré de vaporisateur dans leurs machines [3].
Si l'on recherche une concentration prédéterminée d'un agent intraveineux par perfusion continue
(TCI: target concentration infusion), on voit que l'hémodilution, l'augmentation du volume de
distribution, la baisse de clairance et la séquestration dans l'appareillage de CEC et les poumons
réduisent l'effet escompté par rapport à la dose administrée. La demi-vie d'élimination est allongée.
Pour le propofol, la variation de concentration est de 10-20% [5]. Pour le midazolam et le sufentanil,
les concentrations obtenues sont respectivement 13% et 42% inférieures aux concentrations calculées
[4]. La demi-vie du midazolam après CEC est significativement allongée [11]. Le lieu d'injection a son
importance; pour un traceur injecté en voie centrale, il faut 5 minutes pour que la moitié de la dose
apparaisse dans la voie artérielle. Si l'on injecte directement dans l'entrée de l'oxygénateur, le 95% de
la dose est distribué en un seul temps circulatoire.
Pour les opiacés, on assiste à une brusque mais brève réduction des concentrations circulantes en début
de CEC (fentanyl 53%, sufentanil 34%), suivie d'une rééquilibration des taux par redistribution depuis
les tissus [6,8,14]. L'adsorption d'opiacés par les circuits de CEC ne contribue qu'à la chute initiale,
mais est sans autre portée clinique. Elle est proportionnelle à la liposolubilité des agents: sufentanil >
fentanyl > alfentanil > remifentanil [15]. Les concentrations augmentent au moment du déclampage et
Effets
tβ1/2
Temps
Figure 7.31 : Représentation schématique des variations du taux plasmatique d'un fentanil en cours de CEC [4].
Pharmacologie en CEC
A cause de l’hémodilution et des variations de température, la CEC a une influence majeure sur la
pharmacocinétique des agents d’anesthésie. Ces effets sont variables selon les substances et la
température; la traduction clinique est la résultante des diverses modifications.
- ↓ brusque concentration en début de CEC (risque de réveil et de décurarisation)
- ↑ volume de distribution
- ↓ concentration par séquestration (poumons, circuits de CEC)
- ↑ concentration effective et ↑ durée d’action par: ↓ clairance, ↓ biotransformation
↓ activité des estérases, ↓ affinité pour les récepteurs
L'hypothermie affecte l'affinité et la fixation des curares sur la plaque neuro-musculaire et diminue la
clairance hépatique du vecuronium. Il en résulte une réduction de plus de 80% de la vitesse de
perfusion nécessaire pour maintenir le bloc en CEC hypothermique, une fois passé l'épisode de
dilution initiale [18]. Les estérases plasmatiques sont diluées en CEC et partiellement inhibées par le
froid. La clearance de l'atracurium, du cisatracurium, du mivacurium, de l'esmolol et du remifentanil,
tous métabolisés par les estérases plasmatiques, est donc significativement abaissée. Pour l'atracurium,
la réaction d'Hoffman est diminuée de 43% à 28° [9]. Les rhodanases hépatiques responsables de la
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La CEC est une situation de collaboration pluridisciplinaire intense au cours de laquelle une bonne
communication est essentielle au sein de l'équipe. Le chirurgien, le perfusionniste et l'anesthésiste
doivent en permanence échanger les informations importantes concernant les manoeuvres
chirurgicales, l'hémodynamique et l'administration médicamenteuse. Un groupe de praticiens
expérimentés et habiles, habitués à travailler ensemble, réalise des performances excellentes grâce à un
team work intégré. Les résultats cliniques dépendent davantage de la qualité de ce travail d'équipe que
des techniques utilisées et des prouesses individuelles [1,2]. L'anesthésiste a un rôle capital, car il est
stratégiquement positionné pour surveiller à la fois le champ opératoire, la machine d'anesthésie,
l'échocardiographe et la machine de CEC. Il centralise les informations sur l'administration
liquidienne; il participe aux décisions concernant la transfusion, la gestion hémodynamique et la mise
en charge; il apporte les informations obtenues grâce à l'échocardiographie transoesophagienne.
Références
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Démarrage de la CEC
Bien qu'il soit tenté de considérer ce temps comme une période de repos pour lui, l'anesthésiste a une
série de contrôles à effectuer au démarrage de la CEC (Tableau 7.5) et en cours de pompe (Tableau
7.6).
D'autre part, il doit continuer à assurer le sommeil, l'analgésie et la myorelaxation du patient dans une
situation où les critères habituels sont perdus (fréquence cardiaque et respiratoire, pression artérielle,
PetCO2, etc) [2]. De plus, la CEC introduit d'importantes modifications pharmacocinétiques et
pharmacodynamiques. Pour être rapidement efficaces en pompe, les médicaments doivent être
administrés dans le circuit veineux de la CEC, ou éventuellement par la voie veineuse centrale, mais
jamais par une voie veineuse périphérique où la circulation est très ralentie, notamment en
hypothermie. Les perfusions continues restent branchées sur la voie centrale.
La CEC peut débuter lorsque l'ACT a dépassé 400 secondes. Avec des circuits pré-héparinés et une
mini-CEC, la valeur recherchée est plus basse: 300-350 secondes [1]. Ces valeurs s'obtiennent par
l'administration d'héparine intraveineuse (par la voie centrale) ou intra-auriculaire à raison de 300-400
UI/kg ou de 200-250 UI/kg, respectivement. Pendant l'insertion de la canule artérielle dans l'aorte
ascendante, l'anesthésiste abaisse momentanément la pression artérielle (PAM 50 mmHg) pour éviter
toute déchirure de l'aorte. A cet effet, on peut utiliser un dilatateur artériel en bolus (phentolamine 1
mg, nicardipine 0.3-1.0 mg, nitroglycérine 50-100 mcg). Une fois la canule en place, la pression
aortique doit être pulsatile dans la voie artérielle de la CEC et identique à celle du cathéter artériel. Le
chirurgien procède ensuite à la mise en place de la canule de cardioplégie dans la racine de l'aorte.
Enfin, une ou deux canules veineuses sont introduites dans l'oreillette droite pour drainer le sang vers
la CEC (Figure 7.32). Leur bon positionnement est vérifié à l'ETO.
Cette dernière manoeuvre est souvent mal tolérée hémodynamiquement par le patient: hypotension,
baisse brutale du retour veineux, tachy-arythmies sus-jonctionnelles. Pour rétablir la volémie, le plus
simple et le plus efficace est de perfuser des aliquots de 100 mL de la solution d'amorçage par la
canule aortique. Les arythmies cessent dès le départ en pompe et la cardioplégie.
Patient
Médicaments
Machine d'anesthésie
Moniteur
Pour démarrer la CEC, le perfusionniste commence par ouvrir progressivement la canule veineuse afin
de drainer le sang de l'OD, puis il augmente le débit de la pompe artérielle jusqu'au débit théorique du
Tableau 7.6
Contrôles en cours de CEC
Surveillance patient
Sommeil assuré (T° > 30° oesophage) par halogéné (revascularisation coronarienne),
propofol ou midazolam (titrer pour BIS 40-60)
Curarisation si: ouverture cavités gauches, frissons, mouvements, SvO2 < 60%
PAM 60-80 mmHg
PaO2 100-150 mmHg, PaCO 2 40 mmHg (en normothermie)
SpO2 et SaO 2 98-100%, SvO2 ≥ 70%, couleur du malade et du champ opératoire
ScO2 > 60% (des deux côtés)
Ht, glycémie, status acido-basique, K+
Silence électrique sur l'ECG
Les médicaments en perfusion sont administrés sur la voie centrale, les bolus sont
injectés dans la machine de CEC
Seuil de transfusion en CEC: Ht ≤ 21% (≤ 25% dans les cas à haut risque)
FiO2 0.3-0.6 (pas de N2O), flux continu passif avec débit de gaz 0.5-1.0 L/min
P ventil < 5 cm H2O
Ballon du circuit respiratoire dégonflé
Surveillance moniteur
Le début de la CEC est le moment où la vigilance doit être maximale, car c'est la période où les
incidents sont les plus fréquents et les plus graves: défauts de matériel, erreur de montage,
déconnexion, malposition de canules, "air-lock", hypotension, hypoxémie, dissection de l'aorte, etc.
En CEC, les causes d'accidents les plus graves sont l'hypotension artérielle, l'embolie gazeuse et le
A 4 B Canule de
Canule cardioplégie
artérielle
de CEC
3 V Ao
IA
100-150
VD Aorte mmHg
2
Clamp
OD aortique Coronaires
AP © Chassot 2012
Une attention particulière est portée à la couleur des canules veineuses (sang rouge foncé) et artérielle
(sang rouge vif). Un sang veineux très foncé ("noir") signe une désaturation veineuse centrale et un
bas débit; une désaturation artérielle est caractéristique d'un problème d'oxygénateur. Des saturomètres
placés sur ces circuits permettent d'objectiver et de quantifier les observations visuelles (schéma de la
CEC: voir Figure 7.3). La saturométrie artérielle du circuit de CEC ne surveille que la performance de
l'oxygénateur, non celle du patient; cette dernière est évaluée par la SpO2 du moniteur d'anesthésie,
pour autant que le flux artériel soit suffisamment pulsatile. Le renseignement le plus important est
apporté par la SvO2 située sur le circuit veineux de retour de la CEC. Si les veines caves ne sont pas
correctement drainées, une stase s'installe très rapidement : hépatomégalie, oedème de la face, œdème
conjonctival.
Une hypotension passagère est habituelle en début de pompe à cause de l'hémodilution, qui abaisse
soudainement la viscosité sanguine et la pression colloïdo-osmotique. Lorsqu'elle était présente dans la
solution d'amorçage, l'aprotinine pouvait déclencher une réaction anaphylactique. La pression se
rétablit lorsque l'hypothermie augmente la viscosité et provoque une stimulation sympathique. Une
hypotension sévère (PAM < 40 mmHg) doit faire rechercher immédiatement un incident grave [10].
Dissection de l'aorte: disparition de l'onde de pression sur le cathéter artériel alors que la
pression est élevée sur la canule artérielle de CEC, et faible retour veineux vers la machine;
l'aorte ascendante se boursouffle et devient violacée; images de dissection à l’ETO.
Shunt resté ouvert entre la ligne artérielle et la ligne veineuse.
Evacuation du filtre artériel resté ouvert à trop haut débit.
Obstacle persistant de la ligne artérielle.
Asservissement inadéquat du débit de la pompe maîtresse.
Arrêt de la ventilation mécanique, remplacée par un débit continu d'O2/air de 1 L/min (Fi O2
0.3-0.5); pas de N2 O [9]. Ceci a lieu dès que le perfusionniste annonce qu'il est à plein débit ;
si l’opération le requiert, il commence à refroidir. La ventilation n'est pas interrompue en CEC
partielle, ni si un problème empêche de tenir le débit sur la pompe.
Retrait du cathéter de Swan-Ganz de 5-10 cm pour éviter qu'il ne perfore le vaisseau
pulmonaire lorsque les poumons collabent et lorsqu'il se rigidifie avec l'hypothermie.
Arrêt des sons et des alarmes sur le moniteur; réglages des alarmes sur un "programme CEC".
Maintien de l'anesthésie par un halogéné (1-1.5 MAC) sur l'oxygénateur de CEC ou un agent
intraveineux en bolus (midazolam 5-10 mg) ou en perfusion (propofol 5 mg/kg/heure).
L’administration médicamenteuse dans le circuit de CEC est plus précise que par la voie
centrale; ne pas utiliser les voies veineuses périphériques dont le débit est aléatoire. Un
halogéné est un choix préférable lors de revascularisation coronarienne à cause de la
protection ischémique offerte par le préconditionnement (voir Protection myocardique).
Arrêt des perfusions en cours, sauf celle de propofol si c'est l’agent d'anesthésie choisi.
Curarisation en cas de frissons (hypothermie), d’ouverture des cavités gauches, d’arrêt
circulatoire ou de chute de la SvO2 < 60%.
On considère en général que le débit de pompe normal est de 2.4 L/min/m2 à 35-37°C (70
mL/kg/min) et de 1.8 L/min/m2 à 28°C [11]. Le flux sanguin cérébral est maintenu constant
sur une plage de débit de 1.0 à 2.4 L/min/m2, alors que le flux dans les viscères abdominaux
baisse dès que le débit est inférieur à 2.0 L/min/m2 [4].
Hémodynamique: on maintient la PAM à environ 50-60 mmHg. En présence d'athéromatose
vasculaire, de diabète, d'hypertension artérielle, d’insuffisance rénale, de sténose carotidienne,
d'anamnèse neurologique et d'un âge avancé (> 70 ans), il est préférable de maintenir la PAM
à ≥ 70 mmHg [11].
Cardioplégie: En cas d’insuffisance aortique, même minime, contrôler la taille du VG (ETO)
pendant l’administration de la cardioplégie et veiller à l’absence de dilatation ventriculaire.
Surveiller ensuite l’adéquation de la cardioplégie par le silence électrique sur l’ECG.
Le débit et la pression artérielle recommandés en CEC sont fondés sur des bases empiriques. La
pression moyenne minimale tolérable est idéalement définie par le seuil inférieur de l'autorégulation
cérébrale, mais celui-ci varie de 40 à 80 mmHg selon les individus [11]. On peut s'en faire une idée en
mesurant la PAM en-dessous de laquelle la saturation cérébrale en O2 (ScO2) devient pression-
dépendante (moyenne 66 mmHg) [7]. Lorsque cela est nécessaire, la PAM est relevée par un
vasopresseur (phényléphrine, noradrénaline) ou abaissée par un vasodilatateur (phentolamine,
nicardipine, nitroglycérine, augmentation momentanée de la Fi isoflurane à 2-5%). On n'administre
pas de vasoconstricteur en cas d'insuffisance aortique avant le clampage aortique à cause du risque de
dilatation du VG.
Mais la pression artérielle n'est pas l'unique variable d'ajustement en pompe. Elle est l'un des trois
éléments qui assurent un apport d'O2 adéquat aux organes:
Pression artérielle;
Débit de pompe;
Il est capital de s'assurer que le débit de pompe soit normal avant de modifier les résistances
artérielles, car un vasoconstricteur n'est pas la bonne solution si le débit de pompe est insatisfaisant.
Pour ce faire, on peut aisément calculer les résistances artérielles systlémiques (RAS) à partir de la
formule des résistances artérielles (RAS = 80 (PAM – POD)/DC), puisque le DC est le débit de pompe
(DP affiché sur la machine) et la POD est considérée comme nulle parce que vidangée par gravité dans
le réservoir veineux de la CEC. On obtient alors: RAS = 80 • (PAM / DP) dynes s cm-5. Utiliser un
vasoconstricteur ou un vasodilatateur n'a de sens que si les RAS sont anormales. Si la SvO2 est
abaissée à < 60%, il s'agit plutôt d'améliorer le débit de pompe et/ou d'augmenter l'hématocrite.
Démarrage de la CEC
Le sommeil est maintenu par l’administration continue d’un halogéné (1-1.5 MAC), une perfusion de
propofol (3-5 mg/kg/heure) ou des bolus/perfusion de midazolam (5-15 mg). La curarisation est
recommandée en cas de frissons, d’ouverture des cavités gauches, d’arrêt circulatoire ou de chute de
la SvO2 < 60%.
La PAM est maintenue à 50-60 mmHg; une valeur de 70-80 mmHg est préférable en cas de diabète,
d'hypertension artérielle, d'artériosclérose, d’insuffisance rénale, de sténose carotidienne, d'anamnèse
neurologique et d'un âge avancé.
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11 MURPHY GS, HESSEL EA, GROOM RC. Optimal perfusion during cardiopulmonary bypass: an evidence-based approach.
Anesth Analg 2009; 108:1394-417
Gestion de l'anesthésie; les médicaments sont injectés directement dans le circuit de la CEC.
Les perfusions sont montées sur la voie centrale ou sur la voie auriculaire du cathéter de
Swan-Ganz, parce que leur branchement sur le circuit ne peut se faire que par un robinet
monté à l'avance sur la tubulure veineuse ou le réservoir. Le branchement sur le réservoir
veineux est techniquement simple, mais il n'assure pas un débit continu parce que le niveau du
réservoir oscille constamment. La meilleure solution consiste donc à adjoindre un robinet sur
la ligne veineuse à la sortie du réservoir. Selon la position de la voie centrale par rapport aux
canules veineuses, le délai d'action peut être de plusieurs minutes.
Maintien du sommeil; c'est un point capital et délicat pendant la CEC. La dilution des
substances en circulation par le perfusat de la CEC et la stimulation sympathique du
refroidissement peuvent facilement réveiller le malade en début de pompe. Les critères
cliniques d'anesthésie ne s'appliquent plus pendant cette phase de l'intervention:
l'hémodynamique est réglée par la pompe, le coeur et les poumons sont hors-circuit, la
transpiration est liée au réchauffement, les pupilles sont en miosis à cause du fentanil ou en
mydriase à cause du froid; de plus, on ne s'aperçoit pas que le malade se réveille
momentanément s'il est profondément curarisé [4]. Il est donc important de pouvoir observer
les petits mouvements qui précèdent le réveil et de n'administrer un curare que dans les
situations où cela est nécessaire (voir ci-dessous), ou d'utiliser un monitorage du sommeil
comme le BIS™ (valeur 40-60); malheureusement, ce dernier est peu fiable et défaille en
hypothermie (voir Chapitre 6 Index bispectral). Le monitorage de l'activité cérébrale indique
que 9% à 20% des patients, selon la technique d'investigation utilisée, présente une valeur
compatible avec un sommeil insuffisant [8]. Une observation attentive de la saturation
veineuse en oxygène (chute de la SvO2) renseigne également sur un éventuel réveil. Pour ces
diverses raisons, le taux d'éveil peropératoire et de souvenirs au réveil est très variable en
chirurgie cardiaque (0.1-2.3% des cas), mais bien plus élevé qu'en chirurgie générale [7]. Un
vaporisateur d'halogéné (isoflurane ou sevoflurane) permet d'assurer le sommeil en diffusant
en permanence 1.0-1.5 MAC de la substance sur le circuit de gaz de l'oxygénateur; c'est la
meilleure routine pour la chirurgie de revascularisation coronarienne (bénéfice du
préconditionnement), mais sa gestion pose quelques problèmes (voir Ventilation en CEC et
Agents spécifiques). Le propofol en perfusion (5 mg/kg/h) et le midazolam en bolus itératifs
(5 mg) ou en perfusion (2 mcg/kg/h) peuvent remplacer l'halogéné dans les autres types de
chirurgie. En dessous de 30°C, l’hypothermie assure à elle seule le sommeil puisque 30-32°C
est la température cérébrale à laquelle on perd conscience.
Ventilation; trois points sont à prendre en compte à ce sujet [6].
o Lorsque l'aorte est clampée, l'absence de circulation pulmonaire justifie un arrêt
complet du respirateur; maintien d'un flux passif de mélange O2/air (1 L/min, FiO2
0.3-0.5) sous une pression < 5 cm H2 O (le ballon du circuit respiratoire doit rester
dégonflé).
o Lorsque l'aorte est déclampée, le cœur bat et entretient une certaine circulation
pulmonaire; il est donc judicieux de maintenir une ventilation réduite en ajustant, par
exemple, les paramètres du ventilateur à la moitié des valeurs à cœur battant (FiO2
0.5, VC 3-4 mL/kg, fréquence 5-8 cycles/min).
o Les manœuvres de capacité vitale (30-40 cm H2 O pendant 20-30 secondes) sont
essentielles au moment de la reprise de la ventilation; on surveille soigneusement le
champ opératoire au cours de ces manœuvres pour éviter de gêner l'opérateur ou
d'exercer une traction délétère sur le(s) greffon(s) mammaire(s) [3].
Curarisation; elle est de préférence réservée aux situations suivantes: cardiotomie gauche,
mouvements diaphragmatiques spontanés, hypothermie profonde avec arrêt circulatoire, bas
débit accompagné de désaturation veineuse, frissons au réchauffement. Un relaxographe
Surveillance en CEC
Patient :
- Sommeil assuré (isoflurane/sevoflurane, propofol, midazolam)
- BIS 40-60 (douteux en hypothermie)
- PAM 60-80 mmHg
- SpO2 et SaO2 98-100%, SvO2 ≥ 70%, ScO2 > 65%
- PaO2 > 100 mmHg, PaCO2 40 mmHg, pas d’acidose
- ΔT° < 10°C entre oesophage et rectum/vessie
- ECG isoélectrique
- Glycémie 6-10 mmol/L
- Ventilation: débit continu de gaz frais (1-2 L/min, FiO2 0.3-0.5, P < 5 cm H2 O)
Machine de CEC :
- ACT > 450 sec
- SaO2 (ligne artérielle) 98-100%, SvO2 (canule veineuse) ≥ 70%
- ΔT° < 10°C entre échangeur thermique et sang
- Débits de gaz réglés pour PaO2 > 100 mmHg et PaCO2 40 mmHg
- Débit: 2.4 L/min/m2 > 35°, 1.8 L/min/m2 à 28° et 1.5 L/min/m2 à 25°C
Références
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reported cases in the literature. Anesth Analg 2009; 108:527-35
5 MOORE RA, GELLER EA, GALLAGHER JD, et al. Effect of hypothermic cardiopulmonary bypass on nitroprusside metabolism.
Clin Pharmacol Ther 1985; 37:680-3
Réchauffement
Quelle que soit la température en hypothermie, le réchauffement doit être progressif. Le gradient de
température entre l'eau du circuit de l'échangeur thermique et le sang du patient ne doit pas dépasser
10°C; la différence entre les températures oesophagienne et rectale ne doit pas excéder 10°C. La
température maximale du sang ne doit pas dépasser 37°C pour éviter l'hyperthermie cérébrale [5,8].
Lorsque la température est encore < 30°C, le gradient de température entre l'entrée et la sortie de
l'échangeur thermique ne doit pas excéder 10°C; dès que la température est > 30°C, ce gradient doit
rester ≤ 4°C. La vitesse de réchauffement de ne doit pas dépasser 0.5°C/min (recommandé: 1°C/5 min)
[3]. Un réchauffement trop rapide présente quatre risques majeurs.
Inhomogénéité de température au sein des tissus; certaines zones restent froides à cause d'une
vasoconstriction artériolaire intense.
Hyperthermie cérébrale (38-39°C) entraînant une aggravation des troubles neurologiques.
Embolies gazeuses dues à la diminution de solubilité des gaz lorsque le sang se réchauffe.
Dénaturation des protéines sériques.
La préparation finale à la mise en charge est discutée ci-après dans le chapitre Sevrage de la CEC; elle
est résumée dans le Tableau 7.7.
Réchauffement
Références
1 BARRY AE, CHANEY MA, LONDON MJ. Anesthetic management during cardiopulmonary bypass: a systematic review. Anesth
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4 GARCIA-DELGADO M, NAVARETTE-SÀNCHEZ I, COLMENERO M. Preventing and managing perioperative pulmonary
complications following cardiac surgery. Curr Opin Anesthesiol 2014; 27:146-52
Les problèmes aigus surviennent dans 0.4 – 1% des CEC [1,3,4]. Les accidents les plus dangereux
sont la dissection aortique, l'embolie gazeuse, le défaut d'oxygénation et la thrombose du circuit (voir
aussi Que faire en cas de problème aigu ?).
La dissection de l'aorte survient au démarrage de la CEC; elle est due à une canulation
accidentellement intrapariétale. On assiste à une disparition immédiate de l'onde de pression
sur le cathéter artériel alors que la pression est élevée sur la canule artérielle de CEC, et à un
très mauvais retour veineux vers la machine; l'aorte ascendante se boursouffle et devient
violacée. Le traitement est une remise en charge immédiate. On prévient cet accident en
contrôlant que la courbe de pression est normale et bien pulsatile sur la canule artérielle de
CEC avant la mise en marche.
L'inversion des canulations artérielle et veineuse: l'aorte est vidée de son sang alors que l'OD
est gonflée sous pression. Le risque majeur est l'accumulation d'air dans l'aorte, qui embolisera
lorsque la circulatioin sera rétablie. Il faut immédiatement arrêter la machine, mettre le malade
en position de Trendelenburg, drainer l'aorte et procéder comme lors d'embolie gazeuse.
L'embolie gazeuse peut survenir à tout moment. L'air pénètre dans le circuit par le réservoir
veineux, les aspirations, la cardioplégie, l'oxygénateur, les filtres ou des déconnexions; les
bulles se forment localement lorsque la pression baisse brusquement à un endroit du circuit
(cavitation), ou lorsque la température du sang augmente (baisse de solubilité des gaz). Des
poches d'air se constituent dans les cavités cardiaques gauches lorsque celles-ci sont ouvertes
dans le champ opératoire. L'air peut passer de l'OD à l'OG par un foramen ovale perméable.
L'air ambiant est aspiré dans le coeur gauche si le patient a des mouvements diaphragmatiques
pendant que le VG ou l'OG sont ouverts.
La présence d'air dans la canule artérielle commande des mesures immédiates:
o Arrêt de la pompe;
o Position de Trendelenburg forcée pour diminuer le risque de progression de l'air dans
les carotides;
o Débullage de l'aorte, perfusion rétrograde (1-2 L/min) hypothermique (20-24°) par la
veine cave supérieure pour perfuser le cerveau a retro et vidanger l'air qui s'est infiltré
du côté artériel;
o Reprise de la CEC normale après vidange complète de l'air;
o Administration de mannitol et de stéroïdes;
o Scanner ou IRM dès que possible.
L'hypoxémie est liée à un défaut d'alimentation en O2 (mélangeur, déconnexion), à un défaut
de l'oxygénateur, ou à une désaturation excessive du sang veineux (bas débit, hématocrite trop
bas, consommation excessive, hyperthermie). La curarisation permet de diminuer la
consommation d'O2 musculaire de 30% lorsque la SvO2 et/ou la ScO2 sont trop basses [2].
L'obstruction du retour veineux ne laisse que le temps de vider le réservoir pour se trouver
face à une machine stoppée automatiquement par l’asservissment de la pompe au niveau de
sang du réservoir. Le blocage veineux est du à l'infiltration d'air dans les canules veineuses
("air lock"), à un positionnement inadéquat des canules, à des manipulations du cœur ou à une
obstruction de la canule par la paroi auriculaire en cas d’aspiration (vacuum-assisted venous
Il existe encore un long catalogue de toutes les pannes et accidents qui peuvent survenir au cours d'une
circulation extracorporelle: défaillance mécanique de pompe, panne électrique, déconnexions,
occlusion de filtre, etc.
Incidents fréquents : hypotension, obstruction du retour veineux, hypoxémie, bulles dans le circuit,
air dans les cavités gauches
Accidents : dissection aortique, embolie gazeuse massive, thrombose dans le circuit, déconnexion
Références
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Circulation extracorporelle: principes et pratique, 2ème édition. Paris, Arnette Groupe Liaison SA, 2004, 571-80
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during hypothermic cardiopulmonary bypass. J Cardiothorac Vasc Anesth 1991; 5:132-7
3 KURUSZ M. Lessons from perfusion surveys. Perfusion 1997; 12:221-8
4 MEJAK BL, STAMMERS A, RAUCH E, et al. A retrospective study on perfusion incidents and safety devices. Perfusion 2000;
15:51-9
La place de l'ETO en chirurgie cardiaque est bien établie. Elle poursuit plusieurs buts.
A côté de ces données générales, l'ETO est très utile dans une série de situations en rapport direct avec
la CEC. Ce sont notamment:
Les différents plans de coupe et l'imagerie ETO sont décrits dans le Chapitre 25 et dans plusieurs
excellents textes de recommandations [7,15].
L'anesthésiste a pris l'habitude d'utiliser les ultrasons pour le repérage de la veine lors de ponction
veineuse centrale. L'ETO permet en plus de contrôler la localisation du mandrin dans l'OD (Figure
7.33).
A B
Il est possible de visualiser la canule dans le sinus coronaire lors de cardioplégie rétrograde [10].
Certaines canules artérielles souples sont introduites sur un guide dans l’aorte ascendante ou la sous-
clavière droite; l’ETO permet de contrôler la position de leur extrémité distale dans la crosse. Lors de
la mise en place d'une assistance ventriculaire, on peut contrôler la position des canules artérielles et
veineuses et y mesurer le flux (Figure 7.35) [17].
D'une manière générale, on repère plus facilement un cathéter dans un vaisseau lorsqu'on utilise un
plan de coupe perpendiculaire à l'axe de ce dernier. En effet, l'ETO est une imagerie bidimensionnelle
qui correspond à une tomographie; un cathéter peut être parallèle au plan longitudinal (long axe du
vaisseau), et donc échapper à l'observateur parce que le champ de vision de l'ultrason passe en avant
ou en arrière mais ne le coupe jamais. Pour contrôler le positionnement exact d'un objet, il faut utiliser
deux plans de coupe perpendiculaires.
Athéromatose de l'aorte
L'examen de l'aorte descendante permet de décider si l'athéromatose est telle qu'elle contre-indique le
placement d'une contre-pulsion intra-aortique (CPIA) avant la sortie de CEC (Figure 7.36).
Le cas échéant, l'ETO offre la possibilité de positionner la CPIA à la bonne hauteur sans l'interruption
opératoire que nécessite un contrôle radiologique: l'extrémité du cathéter doit se trouver 1 cm en
dessous du départ de la sous-clavière gauche. Si le guide n'est pas visible dans l'aorte descendante, il
faut se méfier d'un problème grave sur le trajet depuis l'artère fémorale: dissection, enroulement dans
un anévrysme abdominal, fausse-route.
VG
VD VG OD VD
1 4
2
3
C D
AP
Figure 7.35 : Canules d’assistance bi-ventriculaire (Thoratek™). A : les 4 canules sur la face antérieure du
cœur ; 1 : canule venant de l’OD ; 2 : canule allant dans l’aorte ; 3 : canule allant dans l’AP ; 4 : canule apicale
dans le VG. B : canule dans l’OD ; cette canule est trop profonde et appuie fortement contre le septum
interauriculaire. C : canule anastomosée à l’artère pulmonaire (AP). D : en vue transgastrique, on suit la canule
d'assistance du VD jusque dans la chambre de chasse droite.
A B
Figure 7.36 : Deux images ETO d'athéromatose de l'aorte descendante. A: Les masses athéromateuses sont
protubérantes dans la lumière et la surface endovasculaire complètement irrégulière; la double flèche rouge en
indique l’épaisseur (environ 1 cm). B: Un athérome pédiculé flotte dans la lumière comme un grelot; cette
situation est hautement emboligène. La flèche rouge indique le sens du flux.
Figure 7.37 :
Athéromatose de l'aorte
ascendante; présence
d'une longue plaque APD
d'athéromatose sur la
face antérieure de l'aorte
en vue longitudinale, Aorte
dans la zone utilisée pour
la canulation de CEC.
La palpation chirurgicale étant peu fiable, l'échographie épi-aortique est le seul moyen d'investiguer la
totalité de l'aorte ascendante, de choisir le site de canulation, et de diminuer l'incidence d'embolies
cérébrales (voir Chapitre 27 Echographie épi-aortique et Figure 27.70) [14,16]. L'ETO permet de
poser l'indication à un examen épi-aortique en fonction du degré d'atteinte de l'aorte descendante, car il
existe une bonne corrélation entre les lésions athéromateuses des deux segments de l'aorte thoracique
[9]. En cas de lésions étendues et épaissies (stade III), protubérantes (stade IV) ou friables (stade V,
lésions pendulaires, aorte "porcelaine") dans l'ascendante, il est recommandé de changer de stratégie
chirurgicale pour la canulation artérielle de CEC [11].
Ballon intra-aortique
Pour éviter de de clamper une aorte trop fragile, il arrive que l'on utilise un ballon gonflé dans l'aorte
ascendante en guise de clampage. Cette technique implique la surveillance échocardiographique de
certains phénomènes, parce que ce ballon a tendance à se déplacer soit distalement vers la valve
aortique soit proximalement vers les vaisseaux de la crosse [21].
La dissection de la paroi aortique par la canule artérielle est une complication iatrogène dramatique qui
survient en début de CEC; le même phénomène peut arriver avec la canule de cardioplégie ou lors de
canulation périphérique fémorale ou sous-clavière. L'évènement se caractérise par une hypotension
soudaine et par une surpression dans la ligne artérielle. L'ETO permet de poser le diagnostic
immédiatement [12]. En cas de dissection aortique A ou B, l'analyse du flux au Doppler couleur donne
l'assurance que la canule perfuse la vraie lumière. De même lors de la mise en place d'endoprothèses,
l'image échocardiographique permet de contrôler que le guide va acheminer la prothèse dans la vraie
lumière et non dans le cul-de-sac de la dissection ou de l'anévrysme.
Une image trompeuse peut survenir en début de CEC lors de canulation artérielle fémorale et faire
croire à une dissection rétrograde de l'aorte descendante [22]. Le perfusat de CEC, qui est plus froid et
plus fluide que le sang, ne se mélange pas immédiatement avec ce dernier; il se forme momentanément
deux couches parallèles dans l'aorte qui peuvent donner l'impression qu'elles sont séparées en une
vraie et une fausse lumière. Cet effet se résout en 30-40 secondes. La canulation artérielle de CEC en
position fémorale peut causer une dissection rétrograde de l'aorte abdominale et de l'aorte descendante,
qui apparaît à l'ETO comme une membrane (flap) flottant dans la lumière aortique.
Un FOP est une découverte courante dans la population normale; son incidence varie de 5-10% à
l'échocardiographie bidimensionnelle, à 24% lors d'autopsie ou 27% à l'inspection directe
peropératoire, où il se présente comme une fente d’environ 20 mm [1,5,18]. La découverte d'une CIA
inconnue est plus rare.
La veine cave supérieure gauche (VCSG) se jette dans la grande majorité des cas dans le sinus
coronaire; ce dernier est dilaté à cause de l'augmentation de débit. En l'absence d'insuffisance
ventriculaire droite et d'insuffisance tricuspidienne majeure, la découverte d'une dilatation du sinus
coronaire doit faire suspecter le diagnostic (Figure 7.39). La veine cave supérieure droite peut être
présente ou absente, ce qui pose évidemment un problème d'abord vasculaire pour la voie centrale.
A B
Figure 7.38 : Foramen ovale perméable (FOP). A : flux gauche-droit à travers le FOP tel qu'on le voit au
Dopper couleur. B : Test aux microbulles. L'injection par voie centrale de 10 ml NaCl 0.9% au préalablement
agité pour créer des microbulles par cavitation remplit toute l'OD et met en évidence le passage de bulles dans
l'OG. La première image démontre le passage G-D, alors que la seconde illustre le passage D-G, dans la mesure
où il existe. Chacune des deux suffit à poser le diagnostic de FOP.
B
SC
OD OG
SC
OD
VD
VD VG
© Chassot 2012
Figure 7.39 : Veine cave supérieure gauche (VCSG). A : représentation schématique de la dilatation du sinus
coronaire (SC) (≥ 1.5 cm) en vue 4-cavités. B : injection de microbulles dans une veine du membre supérieur
gauche; elles apparaissent dans le sinus coronaire (flèche) avant d’arriver dans l’OD.
La présence d'une VCSG pose deux problèmes au chirurgien : 1) la cardioplégie rétrograde est
impossible parce que le perfusat fuit dans la circulation systémique sans perfuser le cœur, et 2) le débit
de la VCSG alimente l'OD en permanence lors de canulations caves séparées et met l’OD sous
tension. La VCSG pose aussi deux problèmes à l'anesthésiste: le risque de thrombose du sinus
coronaire contre-indique l'utilisation d'une PVC à long terme, et l'introduction de Swan-Ganz est
impossible par voie jugulaire ou sous-clavière gauches.
Même sans traduction clinique, une insuffisance aortique (IA) est potentiellement dangereuse dans le
contexte de la CEC. En effet, dès que la fréquence cardiaque se ralentit pendant le refroidissement, la
valve aortique fuit dans le VG sous la pression que génère la pompe et le dilate. D'autre part, la
cardioplégie administrée par la racine de l'aorte après le clampage de celle-ci s'écoule en bonne partie
dans le ventricule par la fuite aortique; le VG est mis sous tension et se dilate puisqu’il ne se contracte
plus et ne peut plus éjecter ce qu’il reçoit. Le taux de découverte fortuite d'IA par l'ETO avant la CEC
est de 5% (Figure 7.40) [5].
A B OG
OG
Ao VD
VG
Figure 7.40 : Insuffisance aortique (IA). A : vue long-axe de la racine de l’aorte ; le jet couleur dans la chambre
de chasse du VG indique la présence d’une IA. B : en cours de cardioplégie, la valve aortique fuit en
permanence dans le VG, comme en témoigne le flux bleu (flèche) qui s’écoule dans la chambre de chasse
gauche (vue 4-cavités).
Il est capital de surveiller le VG en début de CEC et pendant la cardioplégie pour signaler toute
dilatation à l'opérateur qui peut interrompre la perfusion, comprimer le ventricule à la main, ou le
drainer. On porte la même attention au VG lorsqu'on réalise une opération en fibrillation ventriculaire
continue ou lorsqu'on implante une assistance ventriculaire gauche.
Thrombus intracavitaire
La présence d'un thrombus est suspectée dans l'appendice auriculaire gauche en cas de stase ou de
fibrillation auriculaire (sténose mitrale, insuffisance ventriculaire gauche) lorsqu'on remarque du
contraste spontané dans l'OG à l'examen de routine (Figure 7.41). En cas d'akinésie apicale et de
dysfonction ventriculaire gauche (FE < 0.35), on peut trouver un thrombus à l'apex du VG (Figure
7.42).
Ces informations sont capitales pour le chirurgien, qui doit éviter de déloger ces thrombi en
manipulant le cœur, vu le risque d’embolisation. La décision d'explorer la cavité concernée pour en
extraire le thrombus est fonction de sa mobilité; elle le fruit d'un consilium entre l'anesthésiste, le
chirurgien et éventuellement le cardiologue. On peut aussi découvrir un thrombus dans une cavité
gauche en fin d'opération, lorsque l'anticoagulation peropératoire a été insuffisante. Dans ce cas, la
mobilité et le risque embolique commandent un retour immédiat en CEC pour extraire le thrombus
(Figure 7.43).
OG
RVM
AAG
AAG
VG
VG
A B
Figure 7.41 : Stase et thrombus dans l'appendice auriculaire gauche (AAG). A: contraste spontané dans l'AAG.
B: Petit thrombus découvert fortuitement dans l'AAG chez un malade dont la prothèse valvulaire mitrale (valve
mécanique, RVM) est dysfonctionnelle.
OG
VG
A B
Figure 7.42 : Thrombus pariétal dans le VG. A : thombus apical dans un cas d'akinésie apicale 10 jours après
infarctus; ce thrombus est faiblement implanté et peut facilement emboliser. B : thrombus mural laminaire
recouvrant une zone akinétique antéro-septale. Ce type de thrombus est solidement ancré dans les trabéculations;
il est préférable de le laisser en place, car son extraction va le fragmenter et augmenter les risques emboliques.
L'air s'introduit dans les cavités gauches lors de cardiotomie et s'accumule dans les endroits qui se
trouvent au zénith des chambres cardiaques en décubitus dorsal: la veine pulmonaire supérieure droite,
le haut du septum interauriculaire dans l'OG, l'angle mitro-aortique, le septum antéro-apical dans le
VG, et le sinus de Valsalva droit. Le 75% des malades opérés pour des valvulopathies gauches
présente des embolies gazeuses [20]. L'air peut également s'introduire dans les pontages aorto-
coronariens et la coronaire droite, parce qu'ils s'implantent sur la face antérieure de l'aorte. Les bulles
d'air apparaissent à l'ETO comme des particules blanches et brillantes qui suivent le flux sanguin ou
s'accumulent dans les tissus reperfusés (Figure 7.44).
VG VG
A B
Figure 7.43 : Thrombus dans l'OG en fin de CEC (découverte fortuite). A: le thrombus flotte vers l'abouchement
de la veine pulmonaire supérieure gauche. B: le thrombus flotte dans le VG. Un retour immédiat en CEC est
impératif pour le récupérer avant qu'il n'embolise en périphérie. Sa taille en fait un bon candidat pour obstruer
une carotide. De nombreuses bulles flottent dans l'OG et le VG.
A VPD VPG B
OG
Aorte
VG
Ant Post
© Chassot 2012
Figure 7.44 : Accumulation d’air dans le cœur gauche en fin de CEC. A : l’air provient de la cardiotomie
gauche et des veines pulmonaires droite (VPD) et gauches (VPG); il a tendance à s’accumuler aux endroits les
plus surélevés: angle entre le septum interauriculaire et le toit de l’OG, angle mitro-aortique, septum
interventriculaire antéro-apical (en position de Trendelenburg). B : vue 4 cavités avec d’innonbrables bulles
dans l’OG et le VG, ainsi que deux zones d’accumulation contre le septum interauriculaire et dans les
trabéculations du septum interventriculaire antéro-apical. C : embolisation d’air dans le muscle papillaire
postérieur (territoire de la coronaire droite).
Les bulles d'air sont très échogènes et prennent deux formes différentes [5].
Noyer la cavité péricardique sous un flux constant de CO2 (1-2 L/min) pendant l'opération permet de
remplacer l’air par un gaz plus soluble dans le sang et de diminuer ainsi la taille et le nombre des
bulles.
Sevrage de la pompe
Enfin, l'ETO est un outil indispensable pour élucider les problèmes qui se posent en sortant de CEC:
hypovolémie, dysfonction du VG ou du VD, ischémie aiguë d'un territoire coronarien, dysfonction
d'une valve prosthétique, problème sur une correction chirurgicale, évaluation du débit cardiaque, etc.
Références
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La sortie de CEC est le deuxième temps critique où surviennent la majorité des incidents et les
problèmes. Comme cet évènement est précédé d'une assez longue période calme, l'équipe d'anesthésie
dispose de tout le temps nécessaire pour s'y préparer selon la checklist de l'institution (Tableau 7.7)
[1]. La reperfusion myocardique s'accompagne d'un risque de surcharge calcique intracellulaire, d'une
libération de radicaux libres et d'une intoxication par les médiateurs inflammatoires (lésions
d'ischémie-reperfusion). Comme l'utilisation de l'O2 par la cellule est altérée pendant 15-20 minutes
après le déclampage, il est important d'offrir un temps de récupération adéquat avant la mise en charge
(environ 10% de la durée du clampage),, notamment en évitant l'administration trop précoce d'amines
à effet béta. A priori, il faut considérer que le coeur est en état de dysfonction systolique et diastolique
momentanée lorsqu'on sort de pompe.
Tableau 7.7
Contrôles avant la mise en charge
Patient
Médicaments
Machine d'anesthésie
Manœuvres de capacité vitale pour éliminer les atélectasies (30-40 cm H2O pendant 20-30 sec)
Ventilation: volume courant normal (6-8 mL/kg), pressions de ventilation normale, FiO2 ≤0.8
Défibrillateur et pace-maker fonctionnels; fils ventriculaires connectés
Moniteur
Avant la mise en charge, le chirurgien et le/la perfusioniste s'enquièrent que le malade soit bien ventilé
1 KUNST G, MILOJEVIC M, BOER C, et al. 2019 EACTS/EACTA/EBCP guidelines on cardiopulmnary bypass in adult cardiac
surgery. Br J Anaesth 2019; 123:713-57
Avant que le coeur ne reprenne une activité mécanique de perfusion, il est capital de débarrasser les
cavités gauches (veines pulmonaires, oreillette gauche, ventricule gauche, racine de l'aorte) des bulles
d'air qui ont pu s'y accumuler lors de l'ouverture de ces cavités ou lors des phénomènes de cavitation et
de variations thermiques. L'air va se loger dans les endroits en surplomb: veines pulmonaires, surtout
droites, haut du septum interauriculaire, angle mitro-aortique dans l’OG, partie apicale du septum
interventriculaire (surtout lors de Trendelenburg), sinus de Valsalva droit. L'échocardiographie
transoesophagienne est très utile pour localiser les poches d'air résiduelles et apprécier leur importance
(voir Figure 7.44) [1].
L’air qui se bloque dans le siphon des veines pulmonaires n’est chassé que lorsque le flux veineux
pulmonaire devient suffisant, c’est-à-dire au cours de la mise en charge. L'embolie gazeuse systémique
se manifeste surtout par une ischémie (susdécalage ST) dans le territoire de la coronaire droite ou des
pontages veineux réimplantés dans l'aorte, parce que ces vaisseaux s'abouchent à la face antérieure de
l'aorte ascendante chez un malade en décubitus dorsal. Si le débullage est insuffisant, des poches
d’aire peuvent emboliser au moment de la mise au lit du patient à cause des mouvements du corps
dans plusieurs directions.
Purge de l'air
Avant la mise en charge, les bulles d'air survenues à la faveur la CEC et de la cardiotomie doivent
impérativement être éliminées par aspiration (racine de l'aorte, directement dans les cavités gauches),
en évitant qu'elles embolisent dans les carotides (position de Trendelenburg).
Référence
1 TINGLEFF J, JOYCE FS, PETTERSON G. Intraoperative echocardiography study of air embolism during cardiac operations. Ann
Thorac Surg 1995; 60:673-7
Un certain nombre de conditions sont requises pour sevrer le patient de la CEC (Figure 7.45 et
Tableau 7.7) [1].
Déclampage CEC:
ECG T°rect
de l’aorte assistance,
réchauffement > 35°
Défibrillation
Vidange
Reventilation de l’air
Catécholamines
Pacemaker
Mise
en
charge
Figure 7.45 ; Enchaînement des évènements et des actions anesthésiques conduisant à la mise en charge. Les
éléments de monitorage sont cadrés en jaune et les évènements chirurgicaux en bleu.
Références
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coagulopathic cardiac surgery patients. Anesthesiology 2012 ; 117 : 531-47
Patient normotherme (T° rectale ≥ 35°, T° oeso ≥ 36°) et ventilé (FiO2 pour SpO2 > 98% et PaO2 >
100 mmHg), poumons ré-expandus
Sommeil, analgésie et curarisation assurés
ECG satisfaisant
Activité cardiaque spontanée, rythme sinusal ou électro-entraîné; défibrillation/cardioversion si néc
Pace-maker (fils ventriculaires) en place et testé
Cavités gauches débullées
ETO : fonction ventriculaire, insuffisance mitrale/tricuspide, contractilité segmentaire, volémie
Agent(s) inotrope(s) choisi(s) : perfusion en marche
Retrait du cathéter de Swan-Ganz pour obtenir une courbe d’AP avant de gonfler le ballonnet
PAM, PAP, RAS, SvO2, Ht, lactate, électrolytes, glycémie : dans les limites acceptables selon le cas
Zéro des lignes de pression vérifié, alarmes rétablies sur le moniteur
Mise en charge
Le sevrage de la CEC est un moment critique qui doit être effectué en synergie entre chirurgien,
perfusionniste et anesthésiste. Le plan thérapeutique est discuté et établi à l'avance, de manière à éviter
les discussions contradictoires et les pertes de temps au moment où des décisions rapides s'imposent.
La communication est de toute première importance. Toutes les manœuvres se font en coordination et
chacun annonce à haute voix celles qu'il entreprend (voir Chapitre 4, Sevrage de la CEC).
Le champ opératoire et l'écran de l'ETO offrent une vue directe de la fonction des cavités cardiaques et
de leur remplissage.
Par la sternotomie, on voit l'OD et le VD; ceci permet d'apprécier le rythme cardiaque (rythme
synchrone, FA, bloc AV complet), le volume et le degré de distension des cavités droites, et la
contractilité de la paroi libre du VD. Le VD est dilaté s'il déborde en hauteur la ligne
d'incision du péricarde au niveau du diaphragme.
A l'ETO, on apprécie la fonction globale et segmentaire du VG, le volume des cavités, le
degré d'hypo- ou d'hypervolémie, l'éventuelle dilatation ventriculaire et la présence d’une IM
ou d’une IT. On mesure les indices fonctionnels du VG et du VD; on contrôle le
fonctionnement des valves (prothèses, fuite résiduelle, fuite paravalvulaire). Le flux mitral
renseigne sur le rythme (flux E et A ou flux unique) et sur l'efficacité de la contraction
auriculaire (importance de la composante A).
Plus la fonction myocardique est déficiente, plus la mise en charge doit être lente et procéder par
étapes, en assistant le coeur à chaque palier de 0.5-1 L/min pendant 5-10 minutes; la durée de cette
assistance correspond en général à 10% de la durée du clampage aortique. Toute défaillance doit faire
ralentir la cadence et ajuster le soutien inotrope. Toute dilatation ventriculaire droite ou gauche est le
signe d'une surcharge excessive. La survenue ou l'aggravation d'une IM ou d'une IT sont d'excellents
indices d'une défaillance imminente [2,3]. La mise en charge proprement dite évolue en quatre temps.
La forme de la courbe artérielle renseigne sur l'augmentation progressive de la prise en charge du débit
par le coeur; elle renseigne également sur la fonction inotrope (dP/dt) et la volémie (surface sous la
courbe) (Figure 7.46 et Figure 7.47).
dP/dt dP/dt
Figure 7.47 : Illustrations schématiques de la courbe de pression artérielle dans différentes circonstances. Le
trait bleu est la pente ascentionnelle de la courbe de pression, qui est proportionnelle au dP/dt ventriculaire. En
La pression mesurée dans le cathéter artériel radial peut être très inférieure à la pression artérielle
aortique. La pulsatilité de la courbe y est fréquemment plus faible. La valeur affichée de la radiale, qui
est une artère périphérique musculaire, peut être 25-50% plus basse que celle de l'artère fémorale, qui
est une artère centrale élastique (gradient > 25 mmHg sur la pression systolique et > 10 mmHg sur la
PAM). Ce phénomène survient dans 33-45% des cas, principalement chez les patients de petite taille,
après une CEC hypothermique (< 32°C) ou un long clampage aortique, et lors d'utilisation de
vasoconstricteurs artériels [1,4]. Le cathéter fémoral donne des renseignements beaucoup plus fiables
dans ces conditions hémodynamiques particulières (Figure 7.48).
120
80
40
Figure 7.48 : Passage d'un enregistrement de la courbe artérielle dans l'artère fémorale à celui dans l'artère
radiale. Une chute de la valeur de > 40% s'explique par l'intense vasoconstriction artérielle périphérique après
hypothermie profonde. L'artère fémorale, qui est une artère élastique au même titre que l'aorte, n'est pas
influencée par ce phénomène propre aux artères musculaires. Echelle en mmHg.
Il n'est pas rare que le segment ST présente des élévations soudaines. Elles relèvent de plusieurs
étiologies et impliquent différents traitements (Figure 7.49):
Après la mise en charge mais avant la décanulation, on procède volontiers à une période de 15-20
minutes d'hémofiltration, qui consiste à interposer dans le circuit de CEC un appareil constitué de
fibres semi-perméables micropores contenues dans un cylindre. Ce système filtre l'eau, les électrolytes
et les protéines les plus petites (voir Hémofiltration et Figure 7.14). Il permet de soustraire du volume
hydrique jusqu'à 180 mL par minute (4-5 L H2 O par heure) pour un débit de 500 mL/min. Les
plaquettes, l'albumine et les facteurs de coagulation sont conservés, alors que les médiateurs
inflammatoires hydrosolubles (TNF, IL-6, IL-8, IL-10) et le complément (C3a, C5a) sont éliminés
avec l’hémofiltrat qui est rejeté. L'héparine est partiellement filtrée [5].
L'utilisation préemptive judicieuse des catécholamines, qui sont débutées assez tôt (mais pas avant le
déclampage de l'aorte), permet d'atteindre leur taux thérapeutique au moment de la mise en charge. Il
est possible de sortir de pompe sans amines si la fonction ventriculaire est bonne (contrôle ETO), la
PA normale et le rythme régulier, mais la situation est très évolutive (diminution progressive de la
fonction jusqu’à la 6ème heure post-CEC) et le besoin inotrope doit être réévalué en permanence. Il ne
faut à aucun prix laisser s’installer une dysfonction ventriculaire et un bas débit cardiaque. Cependant,
les agents inotropes doivent utilisés avec parcimonie, aux taux et pour la durée les plus faibles
nécessaires à maintenir un débit normal. En cas d’hypotension réfractaire (PAsyst < 80 mmHg), de bas
débit (IC < 1.5 L/min/m2), de dilatation ventriculaire (ETO), d’IM majeure nouvelle, de SvO2 < 55%
malgré une thérapeutique maximale, on retourne en CEC pour assistance circulatoire, correction
chirurgicale éventuelle et mise en place d’une contre-pulsion intra-aortique (CPIA), d’une ECMO ou
d’une assistance ventriculaire.
Références
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Frein progressif au retour veineux vers le réservoir de CEC et diminution simultanée du débit de
pompe
Plus la fonction ventriculaire est affaiblie, plus la mise en charge doit être lente et procéder par
paliers. Soutien en assistance autant que nécessaire
Surveillance particulière : PAM, VS (Swan-Ganz, PiCCO), PAP, SpO2, SvO2, ETO
Evaluation de la fonction et du volume ventriculaires dans le champ opératoire (VD), à l’ETO (VG)
et par la courbe artérielle (l’artère radiale peut être tamponnée par vasoconstriction, l’artère fémorale
est plus fiable).
Ajustement continu du soutien inotrope aux besoins fonctionnels.
Quelle que soit sa valeur initiale, la fonction ventriculaire systolo-diastolique est anormale en sortant
de CEC. Dans cette situation fragile, le but est de maintenir un équilibre entre quatre éléments.
Dans le contexte de la dysfonction diastolique, la fréquence cardiaque ne doit pas être inférieure à 65
battements par minute; sa valeur est un bon marqueur de l'imprégnation en béta-bloqueurs versus en
béta-stimulants. Les besoins en agents inotropes se modifient constamment au cours de la période
post-CEC. Aucune "vitesse de croisière" ne peut être envisagée ; il faut au contraire ré-évaluer les
besoins en permanence. Le Tableau 7.8 est un exemple d’algorithme pour guider l’anesthésiste dans
cette situation instable. Mais il existe presque autant de protocoles différents que de centres de
chirurgie cardiaque ! Tous sont performants lorsqu’ils sont correctement mis en pratique. La meilleure
routine est celle avec laquelle on est le plus à l’aise (voir plus loin Insuffisance ventriculaire).
La dopamine est très pratique pour les cas simples qui ont besoin d’un appoint momentané;
peu onéreuse, son effet béta est accompagné d’une stimulation alpha pratique pour le maintien
des RAS. Dosage maximal recommandé : 5 mcg/kg/min.
La combinaison dobutamine + noradrénaline permet de doser de manière indépendante les
effets alpha et beta. C’est habituellement le premier choix en cas de dysfonction ventriculaire
importante.
L’adrénaline est indiquée chez les malades présentant une insuffisance ventriculaire chronique
(perte de récepteurs béta). Il est judicieux de maintenir les doses minimales nécessaires (< 0.1
mcg/kg/min), et de contrôler fréquemment la glycémie et l'équilibre acido-basique.
Si la défaillance du VG persiste ou si elle est accompagnée d’une défaillance droite et d’une
hypertension pulmonaire, la préférence est une association d’adrénaline et de milrinone.
Dans les cas réfractaires, le levosimendan est indiqué, mais il doit être débuté à l'induction
pour être pleinement efficace à la mise en charge.
Même pour quelques heures, la contrepulsion intra-aortique (CPIA) est une assistance rapide
et facile à installer en salle d’opération; elle est particulièrement indiquée après
revascularisation coronarienne ou en présence d’une dilatation ventriculaire et d’une
insuffisance mitrale. Elle est contre-indiquée en cas d'insuffisance aortique et d'aorte
porcelaine (voir Chapitre 18 Athéromatose aortique).
Pace-maker
Isuprel 10 mcg bolus Dobutamine
3 - 10 mcg/kg/min Si insuffisant :
Adrénaline 0.03 – 0.5 mcg/kg/min
+ milrinone 0.5 mcg/kg/min
Fréquence > 70 et < 100/min Maintenir adrénaline au minimum
PAM > 80 mmHg nécessaire
FE > 0.6 Si RAS basses ou vasoplégie: Surveiller et corriger l’acidose et
ECG ok - Néosynéphrine 100 mcg bolus la glycémie
ETO: anat.+ fonction normales (max: 1 mg)
- Noradrénaline 0.1-1.5
mcg/kg/min
- Si néc : Vasopressine 1-4 U/h Si insuffisant :
Mise en charge sans amines Retour en CEC
A reconsidérer en permanence Contrepulsion intra-aortique
selon l’évolution (normalement Levosimendan (délai 2-4 h)
la fonction ventriculaire Si RAP élevées, HTAP, insuff VD:
baisse pendant les 5-6 - Dobutamine → 10 mcg/min
heures post-CEC) - Milrinone 0.5 mcg/kg/min + adrénaline
- Noradrénaline 0.1-0.5 mcg/kg/min
- NO 4-20 ppm Si insuffisant: ECMO,
- Levosimendan 0.1-0.3 mcg/kg/min assistance ventriculaire
Les catécholamines sont administrées de manière impérative par une voie centrale (cathéter multi-
lumières ou voie auriculaire droite de la Swan-Ganz); une perfusion d'entraînement sur pompe rince en
permanence cette voie de manière à supprimer l’effet "espace-mort" de la tubulure (débit 30-60
mL/heure). Une défaillance cardiaque en sortant de pompe demande une assistance temporaire par la
machine de CEC et une mise en charge très progressive par paliers. Pendant les premières 20 minutes
suivant la CEC, les modifications rapides de température dans l'artère pulmonaire conduisent à une
sous-estimation substantielle du débit cardiaque par thermodilution [3]. Des épisodes prolongés de
vasoplégie postopératoire sont liés aux nombreux mécanismes mis en jeu par la réaction inflammatoire
diffuse et par l’endotoxémie.
L'adéquation de l'anesthésie est très difficile à évaluer si le malade est curarisé; des mouvements
spontanés sont le seul critère sûr d'éveil dans cette période hémodynamiquement instable. Il est donc
préférable de ne curariser les patients que lorsque cela est nécessaire: frissons (augmentation de la
consommation d'O2), mouvements, respiration spontanée, choc cardiogène avec désaturaion veineuse
centrale. Tout mouvement doit d'abord commander un approfondissement de l'anesthésie. La première
L'adéquation de la ventilation est contrôlée par des gazométries artérielles. Si les échanges gazeux sont
insatisfaisants, il faut procéder à quelques mesures d'amélioration.
Les gazométries fournissent également des données sur l'équilibre acido-basique et hydro-
électrolytique et leur éventuelle correction. L'acidose métabolique cause une hypertension pulmonaire
et une dépression myocardique toutes deux délétères au moment critique de la mise en charge.
L'hyperkaliémie est courante à cause de la cardioplégie; il est nécessaire de la traiter en cas
d'arythmies ou de modifications à l'ECG par l’administration de Ca2+, ou par une perfusion d'insuline
et de glucose. Si elle est asymptomatique, la reprise de la diurèse apporte la correction. Une élévation
du taux de lactate est fréquente après CEC; elle peut avoir plusieurs origines [1].
L'apport d'O2 doit être correctement assuré en fonction des besoins (réchauffement, frissons,
catécholamines) et du transport (dysfonction cardiaque, échanges gazeux pulmonaires). Les critères de
transfusion varient donc selon l'état du patient. Pour autant que le malade soit normovolémique, on
peut émettre les recommandations suivantes (voir Chapitre 28, Recommandations) [2,4].
Le but de la transfusion érythrocytaire est d’améliorer le DO2 tissulaire, non de corriger le taux d’Hb.
Les recommandations officielles spécifient que l’indication à la transfusion ne devrait pas se poser sur
la valeur de l’Hb, mais sur les critères d’une oxygénation tissulaire insuffisante et d’un déséquilibre
hémodynamique [5].
Le volume que le perfusionniste récupère dans les circuits après la CEC est un perfusat contenant de
l'héparine et du potassium, dont l'hématocrite est le même que celui de la CEC, donc inférieur à 30%.
Il représente un bon volume de remplissage, mais ne permet pas de compenser une anémie aiguë. Pour
le concentrer, il est pratique de le passer dans un système de lavage (CellSaver), mais les plaquettes et
les facteurs de coagulation sont en grande partie perdus. L’hémofiltration modifiée (voir
Hémofiltration) conserve ces éléments. Si l'intervention se prolonge, il est recommandé d'administrer
une nouvelle dose d'antibiotique 6 heures après celle donnée au début de l'opération.
C’est une phase d’équilibre précaire entre les besoins de l’organisme et les performances
myocardiques, sensiblement diminuées par la chirurgie, la CEC, la cardioplégie, l’hypothermie et
l’œdème interstitiel (dysfonction systolique et diastolique).
A l’exception du RVA pour sténose aortique serrée ou de la cure de CIA/CIV simple, la situation est
plus difficile après la CEC qu’avant pour les ventricules. La fonction ventriculaire diminue
progressivement pendant 5 heures après la CEC avant de se normaliser vers 24 heures. Les besoins
en agent inotrope sont variables et très évolutifs. Il faut donc adopter une attitude proactive et
administrer un soutien inotrope assez tôt pour éviter la défaillance ventriculaire.
Conrôler les échanges gazeux, les électrolytes (hyperkalémie), la glycémie, l’équilibre acido-basique.
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La décanulation de CEC procède dans l'ordre suivant: canule de cardioplégie – canule veineuse –
canule aortique. En cas de canulation séparée des deux veines caves, une des canules est souvent
retirée avant la sortie de pompe pour améliorer le retour veineux vers l'OD. Tant que la canule
artérielle est en place, le perfusioniste peut aisément remplir le patient en cas de perte sanguine, mais
cette facilité peut conduire à une surcharge aiguë de volume, qui est visible dans le champ opératoire
par la dilatation soudaine du VD. La pression artérielle doit être abaissée momentanément pour la
décanulation aortique (PAM 50 mmHg), sans quoi la bourse de fermeture risque de déchirer la paroi.
La protamine présente plusieurs effets secondaires immédiats, dont l’incidence varie de 1 à 13% des
cas (moyenne 2.6%) [1,3,4].
Libération d'histamine, qui se caractérise par une vasodilatation importante avec baisse de
précharge et de postcharge; elle est directement proportionnelle à la vitesse d'administration
(réaction de type I), raison pour laquelle il est recommandé de perfuser la protamine diluée
dans 100 mL NaCl 0.9% en 10 minutes. Il est très fréquemment nécessaire d'accélérer les
perfusions et de donner un vasoconstricteur (néosynéphrine ou nor-adrénaline) pour
contrecarrer cet effet.
Hypertension pulmonaire ; le complexe héparine-protamine déclenche la libération de
thromboxane A2, qui est un vasoconstricteur pulmonaire; la PAP s’élève de 25-50%.
Réaction antigène – anticorps (IgG et IgE) (réaction de type II); plus rare, celle-ci se rencontre
chez les diabétiques traités par une insuline stabilisée avec de la protamine (protamine-Zn),
chez les malades réopérés qui ont déjà reçu de la protamine, chez les patients allergiques aux
poissons, et chez les hommes vasectomiés.
Réaction anaphylactoïde déclenchée par le complexe héparine-protamine en activant
directement la voie classique du complément (C4a) sans l'intermédiaire d'une réaction
antigène-anticorps (réaction de type III, qui survient dans 1.5% des cas). Le tableau clinique
est celui d'une réaction anaphylactique foudroyante avec hypotension profonde; la libération
massive de thomboxane, déclenche une hypertension pulmonaire et une bronchoconstriction
qui peuvent être catastrophiques. Le traitement comprend l'hydrocortisone, la prostaglandine
E1 et des vasoconstricteurs (noradrénaline, vasopressine, bleu de méthylène). Dans les cas
extrêmes, la prise en charge immédiate consiste à retourner en CEC, puis à recommencer le
sevrage lorsque l'hémodynamique systémique et pulmonaire est contrôlée; l'héparine n'est pas
antagonisée, ce qui implique des pertes sanguines considérables.
En l’absence d’héparine, ou en excès par rapport à l’héparine (rapport protamine/héparine >
1.3:1), la protamine a un effet anticoagulant par trois mécanismes différents. Elle provoque
La protamine a un effet cardiotoxique direct qui va jusqu'à une diminution des performances
systoliques de 75% [7]. Les patients sont sensibilisés à la protamine par une précédente opération
cardiovasculaire ou par une insuline contenant de la protamine comme stabilisateur; les malades
allergiques aux protéines de poisson sont susceptibles de développer une réaction violente [2]. Les
patients à risque peuvent être anticoagulés avec de la bivalirudine, dont l'effet n'est pas reneversé par
la protamine, ou opérés avec des circuits de CEC pré-héparinés et une héparinisation systémique
réduite (100 UI/kg), ce qui permet éventuellement d’éviter l’administration de protamine [6]. Une dose
de stéroïde pendant la CEC (500 mg méthylprednisolone) et une injection très lente (perfusion sur 20
minutes) par une voie périphérique peuvent diminuer l’intensité de la réaction chez un malade
allergique.
Décanulation et protamine
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7 PEVNI D, FROLKIS I, IAINA A, et al. Protamine cardiotoxicity and nitric oxide. Eur J Cardiothorac Surg 2001; 20:147-52
Hémostase et coagulation
La transfusion érythrocytaire n’est qu’une composante au sein d’une stratégie intégrée d’épargne
sanguine qui considère le sang du malade comme un bien irremplaçable méritant une protection
maximale: elle repose sur plusieurs principes [9,30].
Economie des globules et facteurs de coagulation du patient, limitation des pertes sanguines
(hémostase rigoureuse, hémodilution normovolémique pré-CEC, récupération sanguine,
ultrafiltration, colles tissulaires).
Administration rationnelle des produits sanguins, seuils de transfusion restrictifs.
Prévention de la coagulopathie peropératoire (normothermie, équilibre acido-basique, calcium,
antifibrinolytique).
Amélioration du DO2 tissulaire par optimisation hémodynamique et ventilatoire (FiO2 0.8-1.0,
myorelaxation, anesthésie profonde, normovolémie, soutien inotrope).
Utilisation d’algorithmes basés sur des examens de laboratoire réalisés en salle d’opération.
Les comparaisons les plus récentes entre un régime libéral (seuil de transfusion à Hb < 90 g/L) et un
régime restritif (seuil à Hb < 75 g/L) ne trouvent pas de différence de morbi-mortalité significatives,
mais une simple réduction du taux de transfusion dans le régime restrictif [13,18,19].
Pour autant que le malade soit normovolémique et la source d’hémorragie contrôlée, la transfusion est
indiquée pour les valeurs d’Hb suivantes [1,3,4,5,12,15,16].
En CEC si l’Hb est < 60 g/L (ou Ht < 20-24% selon les comorbidités).
En dehors de la CEC, une valeur d'Hb de 70-80 g/L est un seuil de transfusion raisonnable.
Dans les populations à risque (ischémie coronarienne, insuffisance ventriculaire, AVC,
néphropathie, âge avancé, SDRA), le seuil de transfusion peut être relevé à 80-90 g/L.
Il est improbable que la transfusion améliore le DO2 lorsque l’Hb est ≥ 100 g/L, sauf en cas de
cardiopathie cyanogène (shunt D-G, hypertension pulmonaire).
Facteurs de coagulation
De nombreux facteurs de coagulation sont disponibles sous forme isolée ou combinée (Tableau 8.10).
Leur indication première est le traitement des coagulopathies congénitales et des hémorragies sur
agents antivitamine K (AVK). Mais leur usage le plus fréquent est lié à leur effet potentiel sur les
coagulopathies de consommation rencontrées lors des hémorragies massives. La plupart de ces
facteurs présente une certaine efficacité pour diminuer les pertes sanguines, mais les grandes études
contrôlées tendant à démontrer que cet effet est plutôt modeste, et qu’il s’accompagne d’un certain
risque thrombotique, notamment avec les facteurs activés; ce risque va de 0.1% à 24% selon les
substances et les séries [24].
Le plasma frais décongelé (PFC) est un bon moyen de préserver la pression oncotique chez les
malades polytransfusés, mais une manière peu efficace d'administrer des facteurs de coagulation. En
effet, la faible concentration de ces derniers dans le PFC (environ 0.5 g de fibrinogène par flacon)
Le fibrinogène est le premier élément dont le taux s’abaisse en cas de pertes sanguines: il atteint le
niveau critique de 1.5 g/L lorsque la perte de volume circulant est de 50% [10]. Plusieurs études en
chirurgie cardiaque démontrent une réduction dans les besoins en poches de sang allologue, en
plaquettes et en plasma chez les patients qui ont reçu du fibrinogène [20,21]. Les recommandations
actuelles considèrent comme hypofibrinogénémie un taux < 2 g/L [3,15,25]. L’administration de 3 gm
de fibrinogène à un patient de 70 kg augmente son taux plasmatique d’environ 1 g/L [17]. La gestion
la plus précise consiste à se baser sur les résultats du FIBTEM : 25-50 mg/kg sont nécessaires pour
maintenir la FMC > 10 mm [28].
La concentration de chaque facteur est très variable selon les préparations. La consommation de
facteurs par une hémorragie massive nécessite leur remplacement lorsque la perte excède 200-250%
du volume sanguin [2]. Les PCC non-activés sont relativement sûrs, alors que les concentrés activés
(FEIBA®) présentent un risque de thrombo-embolie significatif [24]. Les PCC ne sont pleinement
actifs que si la température, la calcémie et l’équilibre acido-basique sont optimaux.
Le facteur VIIa recombinant (rFVIIa, NovoSeven®, 90 mcg/kg à répéter après 2 heures) est indiqué
dans l’hémophilie congénitale A et B, dans la thrombasthénie de Glanzmann, et en cas de déficience
en facteur VII. Toutefois, aucune donnée issue d’essais contrôlés ne met en évidence un gain
significatif sur la mortalité dans les indications indications liées à des saignements difficiles à juguler
en chirurgie cardiaque [15,29]. De toute manière, la substance ne peut être efficace que si quatre
éléments sont contrôlés [11].
Les facteurs activés comme le FEIBA et le rFVIIa font courir un risque significatif de thrombose
généralisée artérielle et veineuse, probablement aux environs de 3-10%. Ils ne sont recommandés que
comme mesure de sauvetage lors d'hémorragie potentiellement létale et réfractaire aux thérapies
habituelles, y compris chirurgicales et endovasculaires [24]. Le facteur XIII est responsable de la
solidité du réseau des polymères de fibrine et a des propriétés anti-fibrinolytiques. En chirurgie
cardiaque, l’administration de FXIII (Fibrogammin P® 10-30 UI/kg) après la protamine permet une
réduction des pertes sanguines postopératoires, mais il ne semble efficace que chez les patients dont le
taux de facteur XIII est abaissé (fermeté maximale du caillot diminuée au thromboélastogramme), ce
Agents pharmacologiques
Sans être liés à des agents pharmacologiques, trois éléments sont de première importance dans la prise
en charge de situations hémorragiques: la normocalcémie, l'équilibre acido-basique et la
normothermie.
Facteurs de coagulation
- Fibrinogène: maintenir taux ≥ 2 g/L
- PFC: maintien de la P oncotique en cas d'hémorragie massive (sang:PFC 1:1)
- PCC non-activés: selon thromboélastogramme
- FXIII: si taux abaissé malgé les autres mesures ou selon thromboélastogramme
- PCC activés, rFVIIa: mesures de sauvetage en situation extrême
Autres mesures:
- Acide tranexamique
- Desmopressine
- Normocalcémie
- Equilibre acido-basique
- Normothermie
Références
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of the ASA task force on perioperative blood management. Anesthesiology 2015; 122:241-75
Au moment de la mise en charge, le rythme cardiaque est très souvent instable pour plusieurs raisons
(voir Chapitre 20 Types d’arythmies) [1].
La fibrillation auriculaire (FA) est fréquente après chirurgie cardiaque (10-40% des cas). Elle
supprime l’activité propulsive de l’oreillette et abaisse le débit cardiaque par diminution de la
précharge télédiastolique du ventricule. Bien que des oreillettes dilatées et faiblement contractiles
soient peu utiles hémodynamiquement, le maintien du rythme sinusal garantit une meilleure stabilité
électrique, diminue le risque d’embolie systémique et peut éviter l’anticoagulation [4]. Le traitement
de la FA est indiqué chez les patients qui étaient en rythme sinusal avant l’intervention et chez ceux
qui ne la tolèrent pas du point de vue hémodynamique [6].
Il est habituel que le cœur fibrille après le déclampage aortique. Cette fibrillation peut se résoudre
spontanément, mais il est coutumier de devoir défibriller le patient avec un choc de 5 à 10 J par des
palettes internes. Si le premier choc est inefficace, on adjoint du Mg2+ (2-4 g) et de la lidocaïne (1.5
mg/kg) par la voie centrale ou par la CEC. On augmente la puissance jusqu’à 50 J (maximum) au
cours de chocs itératifs. L’amiodarone est le premier choix pharmacologique en cas d’instabilité : dose
de charge 150-300 mg iv lent, suivi de 150 mg additionnels en perfusion [5]. Il est important de
normaliser tous les éléments métaboliques: électrolytes, pH, glycémie, ventilation, etc. Il arrive parfois
que les lésions de reperfusion myocardique se traduisent par des tachycardies et des fibrillations
ventriculaires à répétition. Il est capital de persister à défibriller le patient, même des dizaines de fois si
nécessaire, car ces lésions de reperfusion sont totalement réversibles après quelques heures. La
fibrillation réfractaire peut aussi être interrompue par la cardioplégie, mais ceci implique un retour en
pompe.
Les arythmies et les blocs rendent souvent nécessaire un entraînement électro-systolique. Comme les
arythmies peuvent se déclencher de manière soudaine à n’importe quel moment dans le postopératoire,
il est de routine de placer des électrodes épicardiques connectées à un pace-maker après toute
opération cardiaque. Les électrodes sont fixées sur l’épicarde en évitant les amas graisseux. Elles sont
montées selon deux possibilités.
Système unipolaire : l’anode (pôle négatif) est fixée à l’épicarde et la cathode dans le tissu
sous-cutané ;
Système bipolaire : anode et cathode sont placées très proches sur l’épicarde ; ce système
demande moins d’énergie de stimulation ; il est moins sensible aux interférences électriques.
L’électrode épicardique est implantée sur la chambre de chasse droite (CCVD) parce que le résultat
hémodynamique est supérieur par rapport au placement apical : amélioration de la FE, normalisation
de l’axe du QRS, préservation du mouvement de torsion du VG [3]. La seule exception est la
cardiomyopathie hypertrophique obstructive (CMO) où la stimulation de la chambre de chasse peut
entraîner une obstruction dynamique en systole. En cas de dilatation ventriculaire et de retard de
conduction, la mise en place de deux électrodes de stimulation, une sur la CCVD et une en position
postéro-basale sur le VG, permet une resynchronisation des deux ventricules, mais les pace-makers
externes provisoires n’ont pas les capacités régulatrices des boîtiers implantés (voir Chapitre 20
Resynchronisation).
Les réglages du pace-maker sont variables de cas en cas, mais oscillent en général autour des mêmes
valeurs de base (voir Chapitre 20, Réglages) (Tableau 7.9) [2].
AAI Entraînement auriculaire sur demande, inhibé par la détection d’une activité auriculaire
Indications : bradycardie sinusale avec conduction AV intacte
VVI Entraînement ventriculaire sur demande, inhibé par la détection d’une activité ventriculaire
Indications : épisodes intermittents de bradycardie, synchronisation AV non maintenue,
FA chronique avec bradycardie
VDD Entraînement ventriculaire, détection auriculaire et ventriculaire ; stimule de ventricule
après un délai préfixé, en synchronisation avec l’activité auriculaire
Indications : bradycardie par bloc AV avec fonction sinusale conservée ; si bradycardie sinusale, correspond à VVI
DDI Entraînement et détection auriculaire et ventriculaire ; la seule réponse à une
détection auriculaire ou ventriculaire est l’inhibition ; évite une entraînement trop rapide du ventricule en cas de
tachycardie auriculaire
Indications : dysrythmie auriculaire ; synchronisation AV seulement lorsque le pace-maker entraîne l’oreillette
DDD Entraînement et détection auriculaire et ventriculaire ; stimule le ventricule après
un délai préfixé, en synchronisation avec l’activité auriculaire
Indications : tout type de bradycardie, synchronisation AV assurée
DVI Inhibition de la stimulation ventriculaire en cas d’activité ventriculaire, pas de sensing auriculaire
Indications : interruption d’une tachycardie induite par le pace-maker (réentrée AV)
AOO Entraînement auriculaire asynchrone à fréquence fixe ; n’est utilisé que lors de
pacing temporaire avec une conduction AV normale
VOO Entraînement ventriculaire asynchrone à fréquence fixe ; n’est utilisé que lors de pacing temporaire
DOO Entraînements auriculaire et ventriculaire asynchrones à fréquence fixe ; le délai AV est
fixe risque de R-sur-T comme avec tous les modes asynchrones
Le rythme sinusal est toujours préférable à un rythme ventriculaire, car la contraction auriculaire
augmente le volume systolique de 20-45%. En mesurant l’importance de la composante A du flux
mitral (surface sous la courbe), l’échocardiographie trans-oesophagienne est très utile pour juger de
l’efficacité de la contraction auriculaire et pour établir le meilleur délai AV (Figure 7.50). Si la
contraction auriculaire est hémodynamiquement inefficace (dissociation électro-mécanique
auriculaire), il n’y a pas lieu d’insister sur le maintien du rythme sinusal, sauf pour la stabilité
électrique et l’absence d’anticoagulation.
E>A E<A
Figure 7.50 : Flux mitral tel qu’il apparaît à l’ETO. Le flux protodiastolique E est lié à la relaxation active du
VG, le flux A est dû à la contraction auriculaire. La surface sous la courbe de chaque composante E et A est
proportionnelle à la quantité de sang qui passe à travers la mitrale. Normalement, le flux A n’apporte que 20%
du remplissage ventriculaire (E > A). En cas de dysfonction diastolique par défaut de relaxation, la composante
E diminue et la composante auriculaire prend davantage d’importance ; elle apporte 30-45% du remplissage
télédiastolique du VG ; le flux A est plus important que le flux E (E < A). Les patients qui présentent ce type de
dysfonction diastolique bénéficient grandement du rythme sinusal. L’ETO est très utile pour juger de
l’adéquation hémodynamique du rythme cardiaque et pour guider le réglage du pace-maker (mode de
stimulation, délai AV).
Pour tester les seuils de stimulation (output), on règle la fréquence à ≥ 10 batt/min au dessus de la
fréquence propre du patient et la sensibilité à sa valeur maximale. On augmente progressivement la
puissance de stimulation (mA) jusqu’à ce que la cavité concernée capture la stimulation et affiche un
complexe QRS sur l’ECG. Lorsqu’on teste une sonde auriculaire, le tracé affiche une configuration
QRS fine de type sinusal, alors que l’image est celle d’un QRS large (type ESV) lorsqu’on teste une
sonde ventriculaire. Dans les deux cas, le rythme cardiaque subit un brusque saut de fréquence de ≥ 10
batt/min. Si les seuils sont trop élevés, on inverse les électrodes. La puissance de stimulation est
ensuite fixée au double du seuil observé, mais pas > 15 mA.
La sensibilité (sensing) est le réglage qui permet au pace-maker de capter le plus faible signal
électrique possible en provenance du cœur. Un seuil bas correspond à une haute sensibilité. Pour la
tester, la fréquence est réglée 10 batt/min en dessous de la fréquence propre du malade, le réglage de
l’émission (mA) est placé au minimum et le réglage de la sensibilité est placé à sa plus haute valeur
(10-12 mV) ; le pace-maker, qui est en mode VVI, AAI ou DDD, ne stimule pas. Lorsqu’on diminue
progressivement la sensibilité, le voyant correspondant commence à clignoter pour chaque onde R. La
sensibilité est ensuite fixée à la moitié du seuil observé. Si le patient n’a pas de rythme propre, la
sensibilité est réglée d’office à 2 mV. Une autre manière de procéder est de démarrer par la valeur de
sensing la plus basse et de l’augmenter progressivement, donc de rendre le pace-maker moins sensible,
jusqu’à ce que le voyant lumineux cesse de clignoter et que le pace-maker stimule de manière
asynchrone [2].
Références
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6 PHILIP I, BERROËTA C, LEBLANC I. Perioperative challenges of atrial fibrillation. Curr Opin Anesthesiol 2014; 27:344-52
Electrodes épicardiques et boîtier externe temporaire après toute opération de chirurgie cardiaque.
Electrode monopolaire (anode active sur l’épicarde, cathode dans le sous-cutané) ou bipolaire (anode
et cathode à 1-2 cm sur l’électrode)
Seuil : valeur de puissance minimale (output) à laquelle le pace-maker entraîne la cavité concernée
(< 15 mA)
Sensibilité (sensing) : amplitude minimale des signaux que le pace-maker reconnaît comme une
activité électrique cardiaque (réglage par défaut : 2 mV)
Caractéristiques
100%
50%
Pré-op CEC 0 1h 5h 12 h 24 h
Figure 7.51 : Evolution de la fonction cardiaque après pontage aorto-coronarien en CEC [33]. Cette courbe est
construite à partir de plusieurs références; pour cette raison, la performance myocardique, évaluée de manière
différente et à des temps différents selon les études, n'est pas exprimée en unités mais en pourcentage de la
valeur préopératoire.
Tableau 7.10
Facteurs de risque pour l’insuffisance ventriculaire post-CEC
La dysfonction systolique du VG se manifeste par une hypotension artérielle, un bas débit cardiaque
(index < 2.2 L/min/m2), une augmentation de la différence artério-veineuse en O2 (> 5.5 ml/L), une
désaturation veineuse centrale (SvO2 < 55%), une PAPO élevée (> 18 mmHg), une pression
télédiastolique du VD > 10 mmHg, et souvent une bradycardie. Le ventricule est hypokinétique et
dilaté à l'examen échocardiographique. Alors qu’elle est est de 1-2% lorsque la FE est > 0.4, la
mortalité opératoire des PAC est de 9-12% en cas de dysfonction gauche après CEC (FE < 0.35) [43].
L'insuffisance droite isolée est associée à une mortalité de 8.2% (FE 0.2-0.3) à 16% (FE < 0.2) [4].
Lorsqu’elle est associée à une défaillance gauche, l’insuffisance ventriculaire droite entraîne une
mortalité supérieure à 40% dans le postopératoire [25]. La fonction du VD est un meilleur critère
La présence ou l'aggravation d'une insuffisance mitrale (IM) est un signe pathognomonique, et un bon
marqueur du degré de la dilatation ventriculaire et un excellent signe de la dysfonction aiguë du VG
(Figure 7.52). Toutefois, l'IM apparaissant après CEC ou l'aggravation d'une IM préalable, peuvent
être l'indice de plusieurs pathologies dont la thérapeutique est différente et dont le diagnostic
différentiel est important (Figure 11.53).
Il est essentiel d'élucider le mécanisme de l'IM pour mettre en route le traitement correct. Après des
pontages aorto-coronariens, l'IM et la dysfonction ventriculaire doivent faire suspecter une ischémie
aiguë, qui se traduira à l'ETO par des akinésies segmentaires et à l'ECG par des surélévations du
segment ST (voir Figure 7.49).
Précharge: l'insuffisance diastolique courante après CEC modifie la courbe de compliance des
cavités cardiaques; les pressions de remplissage (PVC, PAPO) sont plus élevées pour le même
volume intracavitaire. La courbe de Starling de l'insuffisance diastolique étant très redressée,
le volume systolique est très dépendant de la précharge, et la tolérance à l'hypovolémie est très
faible. La courbe de l'insuffisance systolique est au contraire très aplatie, traduisant le manque
d'effet d'une augmentation de précharge sur le volume systolique. De toute manière,
l’augmentation de précharge est limitée par le risque de dilatation ventriculaire, situation
particulièrement dangereuse parce qu'elle augmente la mVO2, menace le flux sous-
endocardique et effondre le débit cardiaque (voir Figure 7.53).
Postcharge basse: une vasoplégie survient dans 8-20% des cas après CEC. Les cause en sont
multiples: IEC préopératoire, diabète, longue CEC, lésions d'ischémie-reperfusion, SIRS,
endocardite, protamine, etc; la CEC s'accompagne d'une sécrétion élevée de NO et d'une
production abaissée de vasopressine [19,36]. Bien qu'elle soit bénéfique pour le VG, cette
baisse de postcharge doit rester limitée car elle compromet la perfusion dans les coronaires et
dans tous les organes. Traitement habituel:
o Phényléphrine (Néosynéphrine®): bolus 100 mcg; la dose maximale recommandée
hors-CEC est de 1 mg; la raison en est l’absence totale d’effet inotrope béta de la
substance qui ne fait qu’augmenter les RAS et la postcharge du VG, d’où le risque de
défaillance gauche.
o Nor-adrénaline (Artérénol®): perfusion 0.02-0.5 mcg/kg/min; la stimulation des
récepteurs α myocardiques (inotropes positifs) et le faible effet β1 assurent un appoint
inotrope qui aident le VG lorsque sa postcharge augmente.
o Vasopressine (Pitressin®): en cas de choc distributif réfractaire (PAM < 55 mmHg,
RAS < 600 dynes•s•cm-5), la vasopressine (1-4 U/h) améliore la situation [20]. A ces
doses, la vasopressine provoque moins de vasoconstriction coronarienne, rénale et
splanchnique que la noradrénaline pour le même résultat sur la pression systémique;
elle n’augmente pas la RAP [30]. D’autre part, elle conserve ses propriétés
vasoconstrictrices malgré l’hypoxie et l’acidose [31].
En salle d'opération, il est facile de compléter les traitements médicamenteux par un système
d'assistance ventriculaire dont le but est de maintenir la circulation en déchargeant le ou les ventricules
pour leur offrir une possibilité de récupération (voir Chapitre 12 Assistance ventriculaire).
Tableau 7.11
Effets comparatifs des différentes catécholamines
Substances Fréquence α1 α2 β1 β2 δ
Adrénaline ↑ +++ ++ ++ ++ -
< 0.03 mcg/kg/min ↑ + + + +
0.03-0.15 mcg/kg/min ↑ ++ + ++ +
> 0.15 mcg/kg/min ↑↑ ++++ + +++ +
Dopamine ↑↑ ++ + ++ + +++
1-3 mcg/kg/min + +++
3-8 mcg/kg/min ↑↑ + ++ + +++
> 8 mcg/kg/min ↑↑ +++ ++ + (+)
Dobutamine ↑ - - +++ ++ -
Dopexamine ↑↑ - - (+)* +++* ++
Noradrénaline ↓ +++ ++ + - -
Isoprénaline ↑↑↑ - - +++* +++* -
Ephédrine ↑ + + + + -
*: vasodilatation pulmonaire
Stimulation inotrope
Tableau 7.12
Effets comparatifs des agents vaso-actifs
Adrénaline
< 0.03 mcg/kg/min ↓ ↑ ↑ ↑
0.03-0.15 mcg/kg/min ↓ ↑ ↑ ↑↑ ↑
> 0.15 mcg/kg/min ↓↓ ↑↑↑ ↑↑ ↑↑↑ ↑
Dopamine
1-3 mcg/kg/min ↓(δ) ↑
3-10 mcg/kg/min ↓ ↑ ↑ ↑↑ ↑↑ ↑
> 10 mcg/kg/min ↓ ↑↑↑ ↑ ↑↑ ↑↑ ↑
Dobutamine ↓ ↓ ↓ ↑↑ ↑↑ ↑
Dopexamine ↓↓ ↓ ↑ ↑ ↑
Noradrénaline ↑↑↑ ↑ (↓) ↑
Isoprénaline ↓ ↓↓ ↓↓ ↑↑↑ ↑↑ ↑↑↑
Ephédrine ↑ ↑ ↑ ↑
IPDE-3 ↓↓ ↓↓ ↓↓ ↑↑
IPDE-5 ↓ ↓↓↓
Levosimendan ↓ ↓↓ ↓↓ ↑ ↑↑
Phényléphrine ↑↑↑ ↑ (↓)
Vasopressine ↑↑↑ (↓)
Calcium ↑↑ ± ↓
Phentolamine ↓↓↓ ↓ ↑↑
Nitroglycérine ↓↓↓ ↓↓ ↓ (↑)
Nitroprussiate ↓↓ ↓↓↓ ↓ (↑)
NO• ↓↓↓
Clévidipine ↓↓↓ ↓↓ (↑)
Clonidine ↓↓
Dexmédétomidine ↓↓ ↓↓ ↓
Fenoldopam ↓↓↓ ↓
Anticalciques ↓↓ ↑-↓ ↓ - ↓↓ ↓
Neseritide ↓ ↓↓ ↓↓
RAS : résistance artérielle systémique. RAP : résistance artérielle pulmonaire. Les parenthèses indiquent une activité
réflexe non liée à l’action de la substance. - : selon les substances.
Indépendamment de leur dosage, l'efficacité des catécholamines dépend donc de plusieurs éléments.
Tableau 7.13
Dosages des principales substances utilisées dans le traitement de la défaillance ventriculaire
Les agents inotropes sont très largement utilisés, souvent de manière routinière et "prophylactique". En
réalité, ils ne sont indiqués qu’en fonction des probabilités de dysfonction en sortant de CEC. Cette
probabilité varie entre 35% (CEC < 60 minutes, FE > 0.65) et 100% (CEC > 150 minutes, FE < 0.35).
Si, après la mise en charge, l'index cardiaque est inférieur à 2.5 l/min/m2 et la PAPO supérieure à 18
mm Hg, ou la fraction d'éjection inférieure à 0.5, il est nécessaire d'assurer un support inotrope.
Catécholamines
Les catécholamines ne sont pas toutes équivalentes, car elles présentent des différences dans la
sélectivité de leurs actions au niveau des récepteurs (Tableaux 7.8, 7.11 et 7.12).
Dopamine: agent idéal pour les sorties de pompe simples à cause de l'effet β1, du léger effet α
(maintien des RAS) et de l'effet δ (augmentation du flux splanchnique et rénal) si le dosage
Les substances qui ont plusieurs actions, comme la dopamine, ne permettent pas de différencier les
effets entre eux, surtout lorsque leur proportion varie selon le dosage. Les catécholamines à effet "pur"
(dobutamine, noradrénaline) sont plus aisées à ajuster en fonction du paramètre hémodynamique sur
lequel on veut agir. L'effet β2 (dobutamine, adrénaline) est responsable d'une vasodilatation, d’une
hyperglycémie et d'une acidose métabolique. Quelle que soit la substance utilisée, l'augmentation de la
contractilité se solde toujours par une augmentation de la mVO2. Seules les techniques d'assistance
ventriculaire augmentent le débit sans élever le travail cardiaque.
Autres substances
La dysfonction gauche sévère avec dilatation ventriculaire pouvant profiter d’une baisse de
postcharge ;
L’insuffisance ventriculaire droite avec hypertension pulmonaire ;
Les coeurs sévèrement déplétés en récepteurs β tels les insuffisances ventriculaires de longue
durée, les greffons cardiaques, et les cas après une CEC prolongée ;
Les patients β-bloqués.
Il s’administre en perfusion sur une seule période de 24 heures (0.1-0.2 mcg/kg/min), après une dose
de charge de 12-24 mcg/kg; le traitement pour un adulte nécessite environ 12 mg (coût : environ 700
€). Comme son effet s'installe lentement, il est préférable de débuter la perfusion à l'induction [40]. Le
lévosimendan est le seul agent inotrope qui diminue la mortalité (baisse de 20-30%) [32,33].
Le calcium (dose: 2-4 mg/kg) élève la concentration de Ca2+ extracellulaire et antagonise les effets de
l'hyperkaliémie intra-myocardique après cardioplégie, mais n'améliore la fonction cardiaque que chez
les patients hypocalcémiques (transfusion rapide de sang citraté) ou sous anticalciques. Il présente un
antagonisme avec les stimulants béta et un synergisme avec les stimulants α (augmentation de la
pression, mais pas d'effet inotrope). Une hypercalcémie aiguë lors de la revascularisation peut
provoquer une surcharge intracellulaire aggravant les lésions ischémiques et la dysfonction
diastolique, rigidifiant le myocarde (stone heart), et induisant une vasoconstriction des greffons
artériels [42]. En cas de normocalcémie, les risques sont supérieurs aux bénéfices escomptés:
bradycardie sinusale, ralentissement de la conduction AV, antagonisme avec les stimulants de l’AMPc
(β-agonistes), spasme artériel, augmentation de la toxicité de la digitale, lésions cellulaires
pancréatiques [23]. En sortant de CEC, la seule indication formelle au calcium est le renversement
d’une hyperkaliémie résiduelle.
Le traitement de l'insuffisance ventriculaire droite comprend plusieurs points (Tableau 7.14) [8,14].
Tableau 7.14
Traitement de l'insuffisance cardiaque droite aiguë
Hyperventilation normobarique
• Hypocapnie : PaCO2 25-30 mm Hg, alcalose: pH 7.5 (effet transitoire)
• FiO2 1.0
• V courant 6-8 ml/kg, pression ventilatoire (Pmoy) 6-10 cm H2O, rapport I :E 1 :4
Optimalisation de la précharge
• ↑ PVC 10-12 mmHg si dimensions normales du VD
• ↓ PVC si dilatation du VD, insuffisance tricuspidienne et stase droite
• Nitroglycérine (0.05-5 mcg/kg/min) si PVC haute
Maintien de l'interaction interventriculaire et de la pression de perfusion coronaire
• Nor-adrénaline (0.1-0-5 mcg/kg/min) si hypotension systémique
• Vasopressine (1-4 U/h)
• CPIA si bas débit systémique
Stimulation inotrope
• Dobutamine (Dobutrex®) 3-10 mcg/kg/min
• Adrénaline 0.01 – 0.1 mcg/kg/min
• Milrinone (Corotrop®) dose de charge 50 mcg/kg + perf 0.5-0.75 mcg/kg/min
ou nébulisation dans circuit respiratoire à 6 mg/h
• Levosimendan (Simdax®) 0.1-0.3 mcg/kg/min (perf unique sur 24 heures)
• (Isoprénaline (Isuprel®) bolus 10 mcg, perfusion 0.01 à 0.1 mcg/kg/min)
NO• : 10 – 30 ppm dans le circuit inspiratoire du ventilateur (non recommandé en cas
d'HTP sur stase gauche)
Prostaglandines
• Iloprost® en spray nasal à répéter toutes les 3-4 heures
• Epoprosténol (Flolan®): 2-5 ng/kg/min en perfusion
• Treprostinil sous-cutané
Sidénafil (Revatio®) 10 mg 3 x/j per os ou 10 mg iv en perf
Non-fermeture ou réouverture du péricarde et du sternum.
Assistance ventriculaire droite, ECMO
Tableau 7.15
Traitement de l’hypertension pulmonaire
OG
OD
OG OD
ODIT
VG
VD
VG
VD
A
© Chassot 2017
VD VG VD VG
Figure 7.54: Défaillance ventriculaire droite. A: Le septum interventriculaire bombe dans le VG et en réduit
considérablement le volume diastolique, comme en témoigne ici le rétrécissement de sa surface en diastole (la
valve mitrale est ouverte). C’est l’effet Bernheim. Le septum interauriculaire bombe dans l’OG à cause de la
surpression dans l’OD. IT : insuffisance tricuspidienne. A droite, vue échocardiographique transoesophagienne
4-cavités (HTAP chronique sur embolies pulmonaires). Le but du traitement vasoconstricteur systémique est
d'augmenter la pression et le volume du VG pour que le septum reprenne sa place (flèche verte) et contribue à
l'éjection du VD comme il le fait normalement. B: Vue court-axe de l'ensemble VD-VG; en insuffisance droite,
le septum est repoussé dans le VG par la dilatation du VD. L'augmentation de postcharge du VG élève sa
pression intraventriculaire et replace le septum dans sa position physiologique (flèche verte).
Le marqueur de l’efficacité du traitement n’est pas une baisse de la PAP, mais une baisse de la PVC et
une augmentation du volume systolique (cathéter de Swan-Ganz).
Malgré leur bénéfice manifeste à court terme, l'utilisation routinière des agents inotropes tend à
augmenter la mortalité ainsi que le risque d’infarctus (HR 2.1), d’ictus (HR 2.4), d’arythmie (HR 3.1)
et d’insuffisance rénale (OR 7.9) [27]. Après revascularisation coronarienne, les catécholamines
tendent à aggraver les lésions d’ischémie-reperfusion par surcharge de Ca2+ cytoplasmique et par
augmentation de la mVO2. Toutefois, dans la situation particulière de la chirurgie cardiaque, les
inotropes tendent à améliorer la survie (RR 0.73) si leur utilization est réduite au minimum de temps et
de dosage nécessaire à maintenir momentanément le débit cardiaque en sortant de pompe [2]. Le
levosimendan est le seul agent inotrope qui soit associé à une diminution de la mortalité à long terme
(OR 0.35-0.82) en cardiologie, en soins intensifs ou en chirurgie cardiaque [2,16,32].
Magnésium
Le Mg2+ est le deuxième ion intracellulaire le plus abondant. Malheureusement, les taux sériques
reflètent mal la magnésémie totale, puisque seul 1% du Mg total est sous forme ionisée dans le sérum.
Le Mg2+ est nécessaire au fonctionnement de plusieurs ATPases; il participe au maintien du taux de K+
et de Ca2+ intracellulaires. L'hypomagnésémie est très courante chez les insuffisants cardiaques, chez
les diabétiques, chez les malades recevant des diurétiques ou de la digitale, et à la fin de la CEC [1].
Du point de vue thérapeutique, le magnésium agit comme un bloqueur calcique: il diminue l'excès de
Ca2+ sarcoplasmique et de radicaux libres lié à l'ischémie; il diminue l'incidence des arythmies
ventriculaires et provoque une vasodilatation artérielle systémique et pulmonaire. Administré avant ou
immédiatement au moment de la reperfusion après une période d'ischémie, il a tendance à diminuer la
taille de l'infarctus, améliorer la fonction systolique, et diminuer la mortalité des patients dont la
fonction gauche est conservée [45]. L'effet est perdu si l'administration a lieu ultérieurement [5].
Les effets secondaires, peu fréquents aux doses habituelles, sont une sédation, une paralysie
musculaire, une baisse des résistances artérielles et une inhibition de la fonction plaquettaire [12].
Eliminé par les reins, le magnésium présente ces effets surtout chez les insuffisants rénaux. Un
synergisme avec les dérivés nitrés et les inhibiteurs de l'enzyme de conversion peut conduire à des
hypotensions sévères [14]. Vu son inocuité et son coût très faible, le magnésium (MgSO4 ou MgCl2, 2-
4 gm iv chez l'adulte) est indiqué sans restriction en cas de troubles du rythme ventriculaire ou lors de
défibrillations répétées; il peut être bénéfique en cas de vasoconstriction artérielle et en cours
d'ischémie. L'administration de routine est coutumière avant et/ou après CEC.
Références
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Aux lésions cellulaires provoquées par l'ischémie (déplétion en ATP, perturbation de l'homéostase
calcique, acidose, apoptose, etc) s'ajoutent celles induites par la reperfusion (apport massif d'O2,
production de radicaux libres, lésions mitochondriales, dysfonction endothéliale et myocardique,
phénomène du "no-reflow", arythmies) [8]. Ces phénomènes sont complexes et multifactoriels; de
plus, ils sont modifiés par les différentes pathologiques myocardiques. Il n'est donc pas surprenant
qu'il soit si difficile de prouver de manière univoque l'effet des différentes mesures utilisées pour
réduire l'impact de l'ischémie-reperfusion.
Toute une série de stratégies différentes sont envisageables pour atténuer ces lésions et améliorer la
reprise fonctionnelle du myocarde [4].
Ce dernier point fait l'objet de beaucoup de recherche. Le conditionnement est une amélioration de la
tolérance à l'ischémie par de brefs épisodes d'occlusion du flux artériel suivis de périodes de
reperfusion (voir Chapitre 5 Conditionnement). Il est efficace s'il est appliqué avant la lésion
ischémique (préconditionnement), mais aussi après l'évènement (postconditionnement). Il peut même
agir à distance par ischémie d'un autre organe ou d'un groupe musculaire. Un effet protecteur identique
a été démontré expérimentalement avec quatre agents anesthésiques (halogénés, morphine, xénon,
hélium) et certains médicaments (nicorandil, cyclosporine A, peptide natriurétique), mais seuls les
halogénés ont une activité clinique prouvée. En chirurgie de revascularisation coronarienne et en
chirurgie valvulaire, les halogénés améliorent la récupération de la fonction myocardique, diminuent le
risque d'infarctus et réduisent les lésions tissulaires (baisse des troponines) par rapport à une
anesthésie intraveineuse [3,11]. L'effet est maximal si l'halogéné est utilisé tout au long de l'opération,
y compris en CEC [5]. Le taux d'infarctus et la mortalité tendent à diminuer (OR 0.51 et 0.31
respectivement) dans certaines méta-analyses mais non dans toutes [1,9,13]. La littérature de ces
dernières années montre qu’il existe suffisamment d’évidence clinique et expérimentale pour
recommander l'utilisation systématique d'agents halogénés lors d'anesthésie pour les pontages aorto-
coronariens, comme le préconisent les recommendations américaines [7]. L'effet anti-inflammatoire
du propofol, certainement intéressant dans le cadre de la CEC, n'est manifeste qu'à très hautes
concentrations [2].
Toutefois, il faut rester prudent en translatant dans la pratique quotidienne des résultats obtenus en
expérimentation animale ou dans des séries randomisées de malades préselectionnés. S'il est assez
clair dans ces circonstances, le bénéfice du préconditionnement l'est moins dans les études englobant
Protection myocardique
Les lésions provoquées par l'ischémie et la reperfusion peuvent être atténuées par une série de
mesures.
- Cardioplégie
- Equilibration DO2/VO2
- Régulation hémodynamique
- Conditionnement: pré- et post-conditionnement ischémique, conditionnement à distance,
conditionnement pharmacologique (halogénés)
- Diminution de la réaction inflammatoire
Références
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La consommation en oxygène du coeur se contractant à son rythme de base est de 10-15 mL/100
gm/min; lorsqu'il fibrille, elle descend à 8 mL/100 gm/min (75% de la consommation de base);
lorsqu'il bat sans produire de travail éjectionnel pendant la CEC, le coeur ne consomme que le 50% de
ce qu'il utilise normalement [2]. L'arrêt en diastole par le potassium réduit la consommation d'O2 à
environ 1 mL/100 gm/min en normothermie, et à 0.3 mL/100 gm/min en hypothermie. Il persiste donc
un faible besoin en oxygène dans le coeur arrêté (Figure 7.55).
La solution de cardioplégie doit permettre d'arrêter le coeur, de le protéger, et de lui fournir les
éléments de sa survie jusqu'à la reprise de son activité. Elle doit prévenir la formation de radicaux
libres et la surcharge calcique. Elle est basée sur deux éléments [1].
Comme le coeur continue à consommer un peu d'énergie par glycolyse anaérobe, l’acidose intra-
cellulaire est tamponnées avec du bicarbonate de Na, du trometamol (Tris ou THAM), ou d'autres
agents (histidine, acétate, phosphate). L'adjonction de bicarbonate à des solutions froides est un non-
sens puisque ce dernier perd son pouvoir tampon à froid; seule la fonction imidazole de l'histidine des
protéines conserve le même degré de dissociation quelle que soit la température, donc conserve son
pouvoir tampon en hypothermie profonde. C'est un des avantages de la cardioplégie au sang.
Plusieurs voies d'administration sont possibles pour que la solution atteigne le myocarde. Une
approche combinée est donc souvent nécessaire.
Canule dans la racine aortique; c'est la voie classique. Elle n'assure pas une perfusion adéquate
en cas d'insuffisance aortique (IA); même minime, une IA peut entraîner une fuite dans le VG
et une dilatation aiguë du ventricule. Pression de perfusion: 70-150 mmHg.
Solutions de cardioplégie
La cardioplégie doit arrêter le cœur, le protéger pendant l’absence de perfusion, limiter les lésions
ischémiques et prévenir les lésions de reperfusion. Le cœur est arrêté en diastole par une solution
hyperkaliémique (K+ 18-25 mmol/L) et hypothermique (5-10°C), dans laquelle peuvent être ajoutées
diverses substances. La solution peut être cristalloïde ou à base de sang de la CEC. Débit de
perfusion : 300 mL/min pour l’arrêt, 150 mL/min pour l’entretien.
Quatre voies d’abord sont possibles : la racine de l’aorte (voie classique), les troncs coronaires
(canulation directe), le sinus coronaire (voie rétrograde) ou les greffons veineux (après anastomose
distale).
Références
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Philadelphia, Lippincott Williams & Wilkins, 2001, 387-414
Techniques de cardioplégie
Malgré un demi-siècle de recherche sur la cardioplégie, la solution idéale n’est toujours pas trouvée. Il
existe donc de nombreuses variations dans ces perfusats.
Le but d’une cardioplégie est de remplir six exigences physiologiques: l'arrêt cardiaque immédiat, le
frein du métabolisme, l'apport de substrat, le maintien du pH, la prévention de l'oedème, et la
prévention des lésions de reperfusion [3]. Remplir ces missions demande des techniques différentes
selon le contexte. Il est plus judicieux d'adapter la cardioplégie à la situation propre du malade que de
se restreindre à une seule solution en toutes circonstances [9].
La solution de cardioplégie cristalloïde est la plus simple et la moins coûteuse; elle est efficace dans
les cas standard. Les solutions les plus utilisées sont de type extracellulaire enrichies en potassium et
pauvres en calcium, comme la solution de St. Thomas (Tableau 7.16) [5]. D’autres solutions miment la
composition intracellulaire (basses en sodium et sans calcium), comme la solution de Bretschneider ou
la solution HKT Custodiol™ ; elles sont aussi utilisées pour la préservation d'organes en
transplantation. On ajoute habituellement du magnésium pour diminuer l'augmentation de [Ca2+]i que
provoque l'hyperkaliémie. L'avantage de la cardioplégie cristalloïde est la clarté du champ opératoire
pour le chirurgien et la rhéologie favorable pour atteindre des zones distales à des obstructions
coronariennes serrées, mais le désavantage est l'impossibilité de transporter de l'oxygène et le risque
d'hémodilution [2]. Elle est de plus en plus remplacée par la cardioplégie au sang.
Tableau 7.16
Composition des solutions de cardioplégie cristalloïdes
Les solutions sont administrées par une pompe séparée du circuit de CEC (Figure 7.13) sous une
pression d'environ 70-150 mmHg et un débit de 200-300 mL/min pendant au moins 2 minutes, car il
faut 2 mL de solution par gramme de coeur, soit environ 500 mL pour un adulte. Pour l’entretien de
l’arrêt, il suffit de répéter la perfusion toutes les 30 minutes avec un débit de 150 mL/min pendant 1-2
minutes. La température est de 5-10°. Par voie rétrograde, la pression de perfusion est de 20-30 mmHg
environ, avec une valeur maximale de 40 mmHg.
Une modification de la cardioplégie cristalloïde consiste à administrer un petit volume d'une solution
hautement concentrée [2]. Ces très fortes concentrations, notamment en en K+, sont possibles parce
que la quantité perfusée représente approximativement le volume de l'arbre coronarien; la majeure
partie de la solution reste donc dans le cœur et ne se déverse pas dans la circulation générale. Ce petit
volume ne permet pas des échanges thermiques significatifs; la protection, d'une durée de 30-60
minutes, est assurée par la composition de la solution mais non par l'hypothermie.
Cardioplégie au sang
Le sang artériel prélevé sur le circuit de CEC par une pompe séparée est additionné d'une solution
électrolytique riche en potassium dans une proportion solution/sang de 1/5. Il traverse un échangeur
thermique indépendant (Figure 7.13). C’est un perfusat alcalin (pH ≥ 7.6) et hyperosmolaire (≥ 330
mOsm), contenant 20-25 mmol/L de potassium et peu de calcium (≤ 1 mmol/L) (Tableau 7.17). On
Tableau 7.17
Composition des solutions de cardioplégie au sang
Une variation dans la proportion solution/sang consiste à injecter par une pompe-seringue (à 45 mL/h)
une solution cardioplégique concentrée contenant 16 mmol/L de KCl et 3 mmol/L de Mg2+ dans un
débit de sang pris sur la ligne artérielle de CEC, dont la température est > 30°C. Cette technique dite
de Calafiore limite le degré d’hémodilution [4].
La cardioplégie au sang peut être administrée sous trois températures différentes [1,6,7].
L'arrêt est en général induit par une perfusion froide (5-10°C) de 2-4 minutes à 200-300
mL/min et sous une pression de 60-150 mmHg; le maintien de l'immobilité mécanique est
assuré par des perfusions itératives à 150 mL/min. Les températures basses améliorent la
protection et permettent un temps d'arrêt entre les perfusions (30-40 minutes), mais les lésions
de reperfusion restent très importantes.
On peut utiliser exclusivement une perfusion de cardioplégie au sang normothermique, mais
elle doit rester continue ou réitérée toutes les 10 minutes. Si la distribution intramyocardique
est inadéquate (cardiopathie hypertrophique, coronaropathie sévère), le coeur est alors exposé
à des lésions ischémiques parce que le métabolisme n'est pas freiné. Par rapport à la
cardioplégie froide, la cardioplégie "chaude" tend à améliorer la fonction ventriculaire
postopératoire et à diminuer les marqueurs ischémiques (troponines, CK-MB), essentiellement
dans les cas où elle peut rester continue pendant toute l'intervention.
Un compromis est recherché dans une température intermédiaire tiède (27-30°C), qui s'est
révélée efficace pour la protection myocardique et qui atténue les lésions de reperfusion.
Avant la revascularisation, une perfusion de cardioplégie normothermique (hot shot) pendant
2-3 minutes à 60 mmHg, diminue les lésions de reperfusion.
Substances ajoutées
Les solutions de cardioplégie doivent être légèrement hyperosmolaires pour diminuer l'oedème,
légèrement alcalines pour freiner l'acidose lactique, et contenir peu de calcium pour minimiser
l'accumulation calcique intra-mitochondriale. De nombreux additifs sont utilisés pour remplir ces
fonctions.
Rappelons que le préconditionnement par les agents halogénés (isoflurane, sevoflurane et desflurane à
1-2 MAC) pendant la durée de l’opération améliore la tolérance du myocarde à l'ischémie.
Techniques de cardioplégie
L’arrêt est provoqué par une hyperkaliémie, en général froide (5-10°C). Une solution de sang
normotherme permet de réduire les lésions de reperfusion mais doit être continue.
Références
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L'air pénètre massivement, le plus souvent via le réservoir veineux, par désamorçage du retour
veineux. En moindre quantité, il peut aussi provenir des aspirations, de la cardioplégie, de
l'oxygénateur ou de déconnexions; l'air peut aussi passer de l'OD à l'OG par un foramen ovale
perméable ou être aspiré dans le coeur gauche si le patient a des mouvements diaphragmatiques
pendant que le VG ou l'OG sont ouverts.
Air dans la ligne artérielle et dans l'aorte; signes d'ischémie cérébrale et myocardique; résevoir
vide.
Arrêt de la CEC, position de Trendelenburg forcée, débullage de l'aorte, ventilation à 100%
O2.
Perfusion rétrograde (1-2 L/min) hypothermique (20-24°) par la veine cave supérieure pour
perfuser le cerveau a retro et vidanger l'air qui s'est infiltré du côté artériel.
Lorsqu'on a ouvert les cavités gauches, l'air provient des aspirations, d'une purge incomplète des
cavités gauches avant le déclampage de l'aorte, du passage de l'OD à l'OG par un foramen ovale
perméable, d'inspirium diaphragmatique pendant que les cavités gauches sont ouvertes. La cavitation
(baisse de pression dans les vortex) et les variations de température diminuent la solubilité des gaz
dans le sang, qui passent ainsi en phase gazeuse et forment des minibulles qui s'accumulent sous les
surplombs.
Embolie coronarienne
La CD (et les pontages) partant au zénith de l'aorte en décubitus dorsal, l'air y embolise fréquemment.
Hypoxémie en CEC
Sang artériel de couleur foncée dans la canule aortique; PaO2 < 100 mmHg, SvO2 < 55%.
Contrôle des connexions de l'oxygénateur (prise murale, tuyaux, fixation, fuite) et de la FiO2
du circuit.
En début de CEC: ventilation à 100% O2 et sortie immédiate de pompe.
En cours de CEC: refroidir à 20°C pour pouvoir interrompre la CEC et changer d'oxygénateur.
Appeler de l'aide pour préparer un nouveau circuit.
Curarisation profonde pour diminuer la consommation d'O2 musculaire.
La thrombose du circuit est un événement catastrophique qui oblige à interrompre la CEC pour
changer immédiatement le réservoir, l'oxygénateur et les filtres. Elle est due à une héparinisation
insuffisante, à une administration intempestive de protamine, ou à l'utilisation des aspirations de
cardiotomie après neutralisation de l'héparine par la protamine.
Référence
DEPOIX JP, BERROETA C, PAQUIN S. Conduites pratiques en circulation extracorporelle. In: JANVIER G, LEHOT JJ (ed). Circulation
extracorporelle: principes et pratique, 2ème édition. Paris, Arnette Groupe Liaison SA, 2004, 571-80
Jusqu'à ces vingt dernières années, la CEC a été utilisée en-dehors de la chirurgie cardiaque pour
subvenir aux besoins hémodynamiques lors d'interventions où la circulation est compromise ou la
ventilation impossible. Le développement plus récent des techniques d'assistance circulatoire a
progressivement remplacé la machine cœur-poumon par un appareillage plus simple. Par ailleurs, ces
dispositifs sont couramment utilisés lors d'échec dans le sevrage de la CEC après des interventions
cardiaques complexes ou lorsque le cœur n'est momentanément plus en état d'assurer sa fonction (choc
cardiogène, sepsis, myocardite fulminante, embolie pulmonaire).
CEC conventionnelle
La possibilité d'induire une hypothermie modérée (30-34°C) par une CEC fémoro-fémorale a séduit
les neurochirurgiens dans les années soixante déjà, notamment pour le traitement d'anévrysmes
intracrâniens très grands ou stratégiquement mal placés, et d'hémangioblastomes situés dans le tronc
cérébral. Malheureusement, la mortalité est restée élevée et la technique est peu utilisée. Outre les
difficultés propres à la neurochirurgie, la CEC et l'hypothermie dans ces conditions présentent des
risques majeurs de fibrillation ventriculaire dès que la température est inférieure à 30°C et de
dilatation du VG à cause de l’absence de drainage du ventricule. De plus, elle augmente
considérablement l'incidence d'acidose, d'hémorragies profuses et d'oedème cérébral [4].
Certaines tumeurs rénales peuvent s'étendre dans la veine cave inférieure (VCI) et remonter jusqu'à
l'OD. La CEC permet d'occlure la VCI et de limiter le risque d'embolisation tumorale [3].
L'échocardiographie trans-oesophagienne (ETO) peropératoire permet de diagnostiquer la position des
masses tumorales dans la VCI et de monitorer le risque d'embols en continu. En chirurgie
oncologique, il est habituel de ne pas utiliser de CellSaver™ à cause du risque d'embolisation
systémique de fragments tumoraux, bien que ce risque ne soit probablement réel que pour les tumeurs
à métastatisation hématologique. De toute manière, l'utilisation quasi systématique des aspirations de
la CEC est déjà responsable d'une autotransfusion; il n'existe aucune preuve que les filtres du circuit
veineux et artériel soient suffisants pour intercepter toute embolisation tumorale.
Il arrive que des tumeurs ou des traumatismes trachéo-bronchiques nécessitent une reconstruction
empêchant toute ventilation pendant plus d'une heure. Une CEC (canulation fémoro-fémorale, ou aorte
ascendante et OD de façon habituelle) permet de maintenir les échanges gazeux pendant cette période
et d'opérer une trachée débarrassée du tube oro-trachéal. Actuellement, la CEC est remplacée
principalement par l'ECMO veino-veineuse ou veino-artérielle (voir Assistance extracorporelle). En
transplantation pulmonaire, il n'existe malheureusement pas de test préopératoire fiable qui permette
de prédire le besoin de CEC, si bien que c'est le test de clampage de l'artère pulmonaire dans le champ
opératoire qui permet seul de décider. Dans les syndromes restrictifs, une faible tolérance à l'effort et
un abaissement de la fraction d'éjection du VD ont une certaine valeur pronostique [2]. Si le clampage
de l'artère pulmonaire engendre une défaillance ventriculaire droite avec ou sans poussée hypertensive
pulmonaire et si la situation n'est pas contrôlable pharmacologiquement, il est nécessaire de recourir à
une CEC pour maintenir le débit cardiaque. La CEC donne aussi beaucoup plus de latitude à
l'opérateur pour manipuler le coeur, et permet de réaliser les anastomoses des veines pulmonaires dans
de meilleures conditions.
De lourdes comorbidités associées à des sténoses très proximales des troncs coronariens et à une
dysfonction ventriculaire (FE < 0.25) peuvent être une contre-indication aux pontages aorto-
coronariens. Toutefois, le risque de fibrillation ventriculaire et de collapsus circulatoire est trop élevé
pour procéder à une dilatation et pose de stents par intervention coronaire percutanée (PCI
percutaneous coronary intervention). On peut alors procéder à une PCI sous assistance circulatoire par
une contre-pulsion intra-aortique ou une ECMO veino-artérielle. L'application de la CEC à la chirurgie
de l'aorte thoraco-abdominale est traitée dans le chapitre de la chirurgie de l'aorte (voir Chapitre 18
Monitorage
Pour l'anesthésiste, la mise en place d'un circuit de CEC impose le monitorage invasif habituel.
Cathéter artériel: la voie radiale est en général préférable en cas de CEC fémoro-fémorale,
mais le choix de la position du cathéter dépend de la stratégie chirurgicale.
Voie veineuse centrale: elle est nécessaire pour l'administration des substances vasoactives et
des agents d'anesthésie pendant la CEC, le débit des veines périphériques étant aléatoire.
Cathéter pulmonaire de Swan-Ganz: il est surtout utile dans le postopératoire pour gérer
l'administration liquidienne et surveiller l'hémodynamique; en peropératoire, il renseigne sur
la part du débit assuré par le coeur, et permet de monitorer la SvO2.
ETO: très utile pour contrôler la mise en place des canules intrathoraciques (positionnement
en OD), elle assure une surveillance optimale de la performance des ventricules et de la
volémie; l'ETO est nécessaire pour exclure ou monitorer une insuffisance aortique (risque de
dilatation ventriculaire) et un FOP (risque d'embolie paradoxale).
Comme le risque hémorragique est élevé, il est bon de disposer de voies veineuses
périphériques de gros calibre.
Lors d'une CEC de soutien, les échanges gazeux sont assurés à la fois par l'oxygénateur de la CEC et
par les poumons du malade, en fonction du débit relatif de chacun des deux composants. Pour évaluer
l'oxygénation, on dispose de quatre données.
Il n'est pas rare que les divers capteurs de SO2 donnent des valeurs différentes. Il faut toujours être
alerté par la valeur la plus basse et ne pas se consoler avec la SaO2 fournie par le perfusioniste. Dans le
doute, il faut effectuer une gazométrie artérielle périphérique (idéalement dans l'artère radiale) et
relever la SvO2 du retour veineux de CEC. La pertinence de la SvO2 mesurée au niveau du cathéter
pulmonaire de Swan-Ganz est fonction du débit sanguin effectif à travers les poumons, c'est-à-dire du
rapport entre le débit du coeur et celui de la pompe.
Le résultat est un équilibre plus ou moins stable entre le système-patient (coeur et poumons) et le
système-machine (pompe et oxygénateur). Il dépend de la contribution proportionnelle de chacun au
débit artériel et à la ventilation. Cela va de la décharge complète du coeur à l'assistance partielle pour
normaliser la température ou l'oxygénation, et se traduit par une courbe de pression artérielle quasi-
dépulsée dans un cas ou une simple augmentation de la diastolique dans l'autre. Il est prudent de
maintenir une éjection ventriculaire résiduelle pour prévenir la formation de thrombus
intraventriculaire. Une décharge insuffisante du VG se traduit par une dilatation ventriculaire qui met
en danger la survie. Le malade est ventilé à la fois par l'oxygénateur de la CEC et par le respirateur, la
proportion de chaque système étant fonction du débit relatif de la CEC et de l'artère pulmonaire.
Lorsqu'on utilise un halogéné comme agent d'anesthésie, il est important d'en régler une concentration
inspirée identique sur l'oxygénateur et sur le respirateur, sans quoi le gaz qui entre par un système va
ressortir par l'autre.
La postcharge (résistance artérielle systémique) est commune aux deux systèmes, mais la pression
générée est fonction de la participation respective du coeur et de la pompe. L'administration d'agent
hypo- ou hypertenseurs intraveineux n'intervient que lorsque la pression ne peut pas être équilibrée par
le jeu du réservoir veineux ou l'adjonction de volume. En général, le débit-machine ne doit pas
descendre en dessous de 1.0 L/min à cause du risque de thrombose dans l'oxygénateur. L'adéquation
du débit global est jugée par la SpO2, la ScO2, la gazométrie artérielle périphérique, la SvO2 et la
diurèse, qui doit être idéalement de 0.5-1 mL/kg/heure.
Il est prudent d'avoir une réserve de sang et de facteurs de coagulation suffisante parce qu'une
hémorragie profuse est courante lorsqu'on anticoagule un patient au cours d'une intervention
chirurgicale majeure ou pendant un soutien circulatoire de plus de 24 heures. Des hémorragies jusqu'à
1000 mL/h peuvent survenir dans 20% des cas [1,5].
Références
1 BIRNBAUM DE. Extracorporeal circulation in non-cardiac surgery. Eur J Cardiothorac Surg 2004; 26:S82-5
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tumor operation - experiences in six cases. Interact Cardiovasc Surg 2004; 3:132-5
CEC de soutien
Un circuit de CEC peut être nécessaire pour maintenir l’hémodynamique et/ou la ventilation pendant
des interventions non-cardiaques mettant momentanément hors-circuit le cœur ou les poumons.
Particularités :
- Deux pompes : le cœur et la machine de CEC (concurrence potentielle)
- Une seule précharge : retour veineux cave
- Deux système ventilatoires : les poumons et l’oxygénateur
- Température minimale 32°C (risque de fibrillation ventriculaire < 32°C)
- Monitorage comme en chirurgie cardiaque
- Surveiller SpO2 et SvO2
- Fi des gaz identique sur le respirateur et l’oxygénateur
- Gérer la pression artérielle en variant la précharge par le réservoir veineux de la CEC
Assistance extracorporelle
Les différents aspects de l'assistance ventriculaire sont décrits en détail dans le Chapitre 12 (voir
Assistance ventriculaire). Nous n'aborderons ici que les situations d'assistance peropératoire qui
utilisent, prolongent ou remplacent une CEC. L'assistance extracorporelle est indiquée lorsque le cœur
ne peut plus assurer une hémodynamique correspondant aux besoins de l'organisme et que la situation
doit être stabilisée par un dispositif mécanique pour éviter le drame d'une insuffisance multiorganique.
On peut lui adjoindre un oxygénateur lorsque les poumons n'assurent plus les échanges gazeux. Le
pronostic doit correspondre à l'une de quatre possibilités: 1) soutien momentané en cours
d'intervention, 2) récupération myocardique probable en quelques jours ou semaines, 3) attente d'une
transplantation, ou 4) prévision d'une assistance à long terme [15]. Plusieurs techniques sont à
disposition (Tableau 7.18).
Sans oxygénateur:
• Contrepulsion intra-aortique (CPIA) (voir Chapitre 12, CPIA);
• Assistance ventriculaire par canulation percutanée (Impella™, TandemHeart™) ou
centrale (CentriMag™, Abiomed™) (voir Chapitre 12, Dispositifs à court-terme);
Avec oxygénateur:
• ECMO (extracorporeal membrane oxygénation) ou ECLS (extracorporeal life
support) (voir Chapitre 12, ECMO).
Tableau 7.18
Comparaison des systèmes d'assistance extracoporelle
La mise en place a lieu sous contrôle fluoroscopique et échocardiographique. Ces systèmes demandent
une anticoagulation complète avec de l’héparine (ACT > 300 secondes). Leur performance dépend de
plusieurs conditions [8].
VD fonctionnel; un support inotrope est souvent nécessaire en continu pour soutenir le VD;
Echanges gazeux satisfaisants;
Absence d’insuffisance aortique (IA degré > I) (risque de dilatation aiguë du VG);
Vaisseaux fémoraux de bonne taille (risque d’ischémie du membre canulé).
Les contre-indications sont importantes: âge > 75 ans, espérance de vie < 1 an, hépatopathie sévère,
anticoagulation impossible, lésions neurologiques irréversibles, néoplasie incurable [15].
Environ 10% des patients présentent des problèmes liés à la canulation. Il s'agit essentiellement
d'ischémie du membre dans l'artère duquel est implantée la canule artérielle. Pour éviter cette
complication, on dispose d'une petite canule montée en dérivation qui permet de vasculariser le
membre dont l'artère est occluse par la canule principale [3].
ECMO
L'ECMO est certainement la première option en cas de défaillance cardiorespiratoire [15]. Le sang
veineux est drainé/aspiré vers une pompe centrifuge et propulsé à travers un oxygénateur à membrane
puis retourné au patient par une canule artérielle (fémorale, axillaire, sous-clavière). C'est le mode
veino-artériel, utilisé en cas de défaillance primairement circulatoire. Si le malade souffre
exclusivement d'insuffisance respiratoire, on adopte un circuit veino-veineux qui assure les échanges
gazeux mais aucune aide hémodynamique (Figure 7.56).
Oxygénateur
(1)
Oxygénateur
(2)
Figure 7.56: Circuits d’ECLS (Extra-corporeal life support) et d’ECMO (Extra-corporeal membrane
oxygenation). 1: circuit veino-artériel (VA). Le sang est prélevé dans la veine cave inférieure au voisinage de
l’OD par une canule fémorale; il est renvoyé sous pression artérielle dans l’artère fémorale après oxygénation;
l’assistance est cardio-respiratoire. En chirurgie cardiaque, les canules peuvent être introduites par voie centrale
(OD et aorte). Le coeur droit et le coeur gauche ne contiennent que du sang veineux. 2: circuit veino-veineux
(VV). Le sang est prélevé de la même manière, mais il est renvoyé sous basse pression dans une grande veine
centrale, en l’occurrence la jugulaire interne. L’assistance n’est que respiratoire [13]. Le coeur droit et le coeur
gauche contiennent du sang veineux mêlé (saturé et désaturé). L'oxygénateur est le plus souvent de type
tubullaire micropore en polyméthylpentane. Les pompes à galets, identiques à celles utilisées en CEC, sont
abandonnées à cause de leur hémolyse excessive lors d’utilisation au-delà de quelques heures.
Cette assistance est monoventriculaire et permet de maintenir la perfusion des organes pendant un
épisode de choc cardiogène, ou de procéder à des interventions percutanées à haut risque sous couvert
d’une prothèse circulatoire [4]. Ces systèmes sont conçus pour fonctionner pendant une courte durée,
au maximum 2-4 semaines selon les modèles [8]. Ils sont implantables par canulation fémorale
(systèmes percutanés) ou par accès central (OG, VG, aorte ascendante). Le débit pulmonaire et les
échanges gazeux sont en général assurés par le VD et les poumons du patient. Ces dispositifs sont
indiqués dans des circonstances où le cœur gauche ne peut plus assurer la survie. Ils fournissent
seulement une pression aortique moyenne car ils ne sont pas pulsatiles mais propulsent un flux
continu; dans ce cas, l’absence de PAs peut compromettre la perfusion coronarienne systolique du
VD, notamment en présence de dysfonction droite et/ou d’hypertension pulmonaire. Certains peuvent
être implantés comme assistance droite en cas de défaillance du VD. La Figure 7.57 donne deux
exemples de ces appareils.
A B
L’Impella™ consiste en une vis d’Archimède montée dans un cathéter placé à travers la valve
aortique; il aspire le sang dans le VG et le renvoie dans l’aorte ascendante. Le système est
aussi utilisable en assistance monoventriculaire droite entre le VD et l’artère pulmonaire. Le
placement de la canule à cheval sur la valve aortique est très précis, sinon la valve peut
devenir insuffisante ou le débit de la pompe peut dilater le VG; l’échocardiographie
En comparaison avec l'ECMO, les systèmes d'assistance ventriculaire assurent un meilleur débit
cardiaque, une pression systémique plus haute et une PAPO plus basse, mais avec des répercussions
peu significatives sur la survie à long terme [2,5]. La possibilité de prendre en charge un arrêt
circulatoire réfractaire par une assistance ventriculaire aisée à installer pose un problème majeur:
comment évaluer les chances de récupération à long terme de la fonction cardiaque et de la fonction
neurologique ? Deux critères sont à prendre en compte : 1) la durée de débit cardiaque nul (no-flow),
et 2) la durée de bas débit cardiaque (low-flow). On peut considérer les éléments suivants comme une
indication possible à l’assistance circulatoire [9]:
Il est évident que ces critères simples sont à mettre en balance avec les circonstances de l’arrêt
cardiaque (âge, traumatisme, hypothermie, etc). Ils ne sont applicables que pour les arrêt survenus au
sein de l'hôpital.
Les systèmes à canulation interne (CentriMag™, Abiomed™, Thoratek™ PVAD) impliquent une
sternotomie pour introduire la canule de drainage dans l'apex du VG ou dans l'OG et fixer la canule
d'éjection sur l'aorte ascendante; cette anastomose entre la prothèse tubulaire et la face antérieur de
l'aorte implique en outre un clampage tangentielle de cette dernière.
Bien que certains systèmes percutanés puissent être théoriquement implantés sous sédation, une
anesthésie générale est requise pour la mise en place d’une assistance (voir Chapitre 12 Anesthésie et
assistance ventriculaire). Un cathéter artériel est obligatoire, puisque les pompes rotatives ou axiales
fournissent une pression dépulsée, équivalente à la PAM; en outre, la pulsoxymétrie est inopérante. Le
site de canulation artérielle est choisi en fonction des canulations de l’assistance; il est de préférence
radial droit lors de canulation fémorale, afin de mesurer la pression à l'extrémité du circuit et la SaO2
du sang oxygéné par les poumons en cas de syndrome d'Arlequin (voir Chapitre 12 ECMO). Une voie
veineuse centrale est également nécessaire pour la surveillance de l’éventuelle dysfonction droite
(PVC > 12 mmHg) et pour l’administration d’agents inotropes; un cathéter de Swan-Ganz est très
utile, mais il n’est pas toujours possible de le mettre en place dans les conditions difficiles de
l’urgence et du choc cardiogène profond. Dans les situations où les minutes comptent, on est souvent
contraint à un monitorage minimal. L’échocardiographie transoesophagienne (ETO), par contre, est
aisée à installer; elle fournit des renseignements indispensables sur la valve aortique (absence d’IA),
sur la position des canules, sur la décharge du VG et sur la fonction du VD [11]. L'oxygénation est
surveillée par la SaO2 et la SvO2 mesurées sur les canules artérielle et veineuse, respectivement.
La mise en route d’une assistance monoventriculaire gauche peut toujours conduire à une défaillance
droite aiguë parce que la dysfonction du VD était masquée par celle du VG et parce que la pompe
augmente soudainement le retour veineux systémique à droite. D’autre part, la décompression du VG
modifie la géométrie du septum interventriculaire et annule sa participation à l’éjection droite. Cette
menace de défaillance droite implique de prendre les mesures nécessaires au soutien du VD avant que
ne se manifeste un choc cardiogène.
Hyperventilation avec maintien d’une Pit moyenne aussi basse que possible;
Perfusion d’agent inotrope (milrinone + adrénaline, levosimendan);
Si ces mesures s'avèrent insuffisantes, une assistance droite doit être installée.
Ces dispositifs ne sont pas pulsatiles et donnent une PAM linéaire à laquelle se superpose l'éjection
systolique du VG.
Références
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Les capacités d'échange thermique de la CEC en font une excellente solution pour réchauffer
rapidement les accidentés hypothermes. L'idée en revient à Kugelberg qui a le premier ramené à la
normothermie un patient dont la température centrale était de 21.7°C [6]. Outre un réchauffement
homogène, la CEC et l'ECMO (extracorporeal membrane oxygenation) offrent un support qui écarte
le risque d'effondrement hémodynamique sur fibrillation ventriculaire ou vasoplégie massive, et qui
améliore la perfusion tissulaire par hémodilution. Le coeur est réchauffé avant le reste de l'organisme,
et le débit peut être augmenté lors de la vasodilatation périphérique qui s'installe avec la
normothermie.
Indications
La CEC est le traitement de choix pour tous les patients dont la température centrale est inférieure à
28°C, quel que soit leur état hémodynamique, et pour ceux qui sont en collapsus circulatoire. Au-
dessus de 32°C, un réchauffement par voies externe (couverture chauffante, pièce chaude) et interne
(lavage gastrique, perfusions chauffées, dialyse péritonéale) est suffisant. Entre 28° et 32°C, le
réchauffement non invasif est recommandé si le rythme cardiaque est sinusal et la pression maintenue.
Chez les accidentés, le problème majeur est l'association de polytraumatismes et d'hypoxie préalable.
Les chances de survie sont meilleures si le refroidissement a eu lieu sans étouffement, ou plus
rapidement que l'installation de l'hypoxie. La situation idéale pour la victime d'avalanche, par
exemple, est d'être peu habillée, peu profonde, et d'avoir une poche d'air devant le visage. Si le
refroidissement est rapide, la demande en O2 baisse avant que la suffocation et/ou le collapsus
circulatoire n'effondrent l'apport d'O2, et la survie est bonne. En cas de noyade en eau froide, la survie
est pénalisée à cause de l'asphyxie concomitante par l'eau, sauf si la tête n’a pas été immergée. La
présence de lésions traumatiques (fractures, lésions viscérales, TCC) aggrave dramatiquement le
pronostic; lors du réchauffement, le risque d'hémorragie massive et de crush syndrome est très élevé.
Les chances de succès sont également différentes selon les circonstances. Les victimes d'avalanche ou
d'accidents nautiques sont en général des sportifs en bonne santé, alors que les hypothermes rencontrés
en milieu urbain ou dans la campagne sont souvent sans-abris, alcooliques ou drogués. La jeunesse ne
semble toutefois plus être un avantage en dessous de 26°C.
Livide, hypertonique, sans pouls, en mydriase et en apnée, un patient froid n'est pas un patient mort,
mais il lui ressemble furieusement ! En extra-hospitalier, si les voies aériennes sont libres, on procède
à une réanimation cardio-respiratoire selon les recommandations habituelles, avec intubation
endotrachéale, massage cardiaque selon le rythme standard en cas d'asystolie, et défibrillation en cas
de fibrillation ventriculaire. Lorsque le rythme est encore sinusal ou nodal, l'ECG présente en général
une onde d'Osborne, qui est une déflexion positive débutant à la fin du QRS, présente dans presque
toutes les dérivations, et dont l'amplitude est proportionnelle à la profondeur de l'hypothermie (Figure
7.58) [8]. Les curares dépolarisants (succinylcholine) sont contre-indiqués à cause du risque
d'hyperkaliémie. Le cœur hypotherme ne répond guère aux agents pharmacologiques, dont la
circulation et le métabolisme sont dramatiquement ralentis; il est prudent de n'utiliser l'adrénaline que
lorsque la température est > 30°C. En cas de fibrillation ventriculaire, il est recommandé de ne pas
dépasser 3 essais de défibrillations (puissance maximale), mais d'attendre 30°C pour de nouveaux
chocs [10]. La FA est courante lorsque la température centrale est < 32°C ; la fibrillation ventriculaire
survient en général < 28°C.
La T° centrale se mesure dans le tiers inférieur de l’œsophage. La température tympanique n'est pas
suffisamment fiable car influencée par celle du conduit auditif externe; les thermomètres à infra-rouge
sont inopérants en hypothermie, de même que la pulsoxymétrie [3]. On ne déclare le décès que si les
voies aériennes sont obstruées (asphyxie évidente) et le patient en asystolie, ou si des lésions
traumatiques majeures expliquent le trépas [3,10]. En-dehors de ces circonstances, on ne peut pas
déclarer mort un patient hypotherme avant qu'il soit réchauffé à > 32°C [3].
Selon les recommandations suisses pour la prise en charge des accidents de montagne, l’hypothermie
est classée en 4 stades [4].
La CEC de réchauffement est clairement indiquée au stade IV, et au stade III si l’hémodynamique est
instable ou le réchauffement non-invasif inefficace. Par régression logistique, on a pu faire ressortir
trois critères qui sont indépendamment associés à la survie [3,9] :
Au-delà de ces valeurs, les chances de survie sont nulles parce que des dégâts irréversibles ont eu lieu
avant que le malade ne soit refroidi. En deçà de ces valeurs ou en leur absence, il faut réanimer
activement en se souvenant que "No one is dead until warm and dead". Toutefois, ces critères ne
semblent pas s'appliquer aux enfants; en effet, dans une série de 12 enfants de 2 à 12 ans réchauffés en
CEC après noyade en eau froide et température corporelle inférieure à 25°C, ni le pH, ni le potassium,
ni la PaCO2 ne se sont révélés être des facteurs discriminants entre les survivants et les non-survivants.
Chez les adultes, un potassium > 12 mmol/L est le critère déterminant de lésions irréversibles. Aucun
patient n’a survécu au réchauffement à ce niveau d’hyperkaliémie, alors que ceux qui ont une T°
centrale abaissée jusqu’à 14°C n’ont présenté aucune séquelle neurologique après réanimation [2].
Chez les victimes d'avalanche, on ne peut pas savoir si une asphyxie a précédé l'hypothermie, ou si
cette dernière a protégé l'organisme pendant le collapsus circulatoire et l'arrêt ou la fibrillation
ventriculaire. Dans ce cas, les critères suivants réduisent à zéro les chances de survie [1,3,7,10].
Ensevelissement de > 35 minutes sous la neige avec obstruction des voies aériennes;
Arrêt cardiaque et obstruction des voies aériennes (étouffement);
Potassium > 12 mmol/L.
Technique
Actuellement, l’ECMO (voir Chapitre 12 Dispositifs à court terme) est préférée à une CEC standard
car les résultats sont sensiblement meilleurs, surtout parce que le SDRA qui survient très fréquemment
En général, le rythme cardiaque se rétablit entre 25° et 30°C, mais souvent le coeur commence par
fibriller; cette fibrillation est habituellement réfractaire aux chocs électriques en dessous de 30°C. Si
aucune activité cardiaque n’a repris à 32°C, l’arrêt est définitif [2]. Les patients manifestent des signes
de réveil lorsque la température centrale dépasse 32°C. La vasodilatation qui s'installe avec le
réchauffement consomme de grandes quantités de cristalloïdes et nécessite en général une perfusion de
noradrénaline. Les altérations des facteurs de coagulation et de l'adhésivité plaquettaire au froid
rendent l'hémostase difficile et demandent des perfusions de facteurs de coagulation et de plaquettes.
Dans le postopératoire, le SDRA (42%), la pneumonie (22%) et l'insuffisance rénale (20%) sont
courants [11].
Résultats
La littérature comprend essentiellement des rapports de cas isolés. Les quelques séries publiées
donnent un taux de succès sans séquelles neurologiques de 50-60% [2,9,11,12].
Une étude hélvétique a rapporté un taux de survie de 47% (15 patients sortis vivants de l'hôpital sur 32
accidentés hypothermes avec une température moyenne de 21.8°C); le status neurologique est normal
chez 14 patients, un seul présentant un léger handicap [12]. Les causes de l'hypothermie étaient
l'avalanche, la chute en crevasse, l'immersion en eau froide ou le suicide. Tous étaient en arrêt
circulatoire et en mydriase fixe à l'arrivée. La durée moyenne entre la découverte des blessés et la CEC
était de 141 minutes, et la durée de CEC de 98 minutes.
Un groupe finlandais a publié une étude groupant 75 patients hypothermes, dont 42 ont pu être
réchauffés par des moyens non invasifs parce qu'hémodynamiquement stables [9]. Sur les 25 patients
en collapsus cardio-circulatoire, un seul présentait un TCC sévère et un autre une asphyxie préalable;
les autres souffrait d'une exposition à l'air froid ou d'une immersion en eau froide. Ces 23 patients,
arrivés à l'hôpital sous MCE, avaient une température moyenne de 24°C et ont été massés pendant 106
minutes avant le début de la CEC; celle-ci a duré en moyenne 137 minutes. Quatorze (61%) sont sortis
vivants de l'hôpital. Dans une série polonaise de 25 malades réchauffés par CEC (sur 152 cas
d'hypothermie accidentelle sévère), quinze (60%) ont survécu sans séquelles [5].
Il n'y a pas de corrélation entre le taux de survie à long terme et le délai depuis l'accident jusqu'au
réchauffement ou la température à l'arrivée pour autant qu'elle soit supérieure à 12°C. Comme la
récupération fonctionnelle des survivants est excellente, il y a tout lieu d'être agressif dans la prise en
charge des hypothermes profonds.
Références
1 BOYD J, BRUGGER H, SHUSTER M. Prognostic factors in avalanche ressuscitation: a systematic review. Resuscitation 2010;
81:645-52
2 BROWN DJA, BRUGGER H, BOYD J, et al. Accidental hypothermia. N Engl J Med 2012; 367:1930-8
3 BRUGGER H, DURRER B, ELSENSOHN F, et al. Resuscitation of avalanche victims: evidence-based guidelines of the
International commission for mountain emergency medicine (ICAR MEDCOM) intended for physicians and other advanced life
support personnel. Resuscitation 2013; 84:539-46
CEC de réchauffement
Comme la récupération fonctionnelle des survivants est excellente, il y a tout lieu d'être agressif dans
la prise en charge des hypothermes profonds, dont on ne peut pas savoir s’ils sont décédés avant
d’avoir été réchauffés
Introduction
La perfusion isolée d’un membre (ILP : Isolated Limb Perfusion) permet d’y administrer des quantités
importantes d’antimitotiques tout en réduisant la toxicité systémique de ces substances. Cette
technique autorise également le maintien du membre en hyperthermie (environ 40 °C), ce qui
augmente l'efficacité cytolytique des agents. Elle s'adresse à des malades présentant des métastases en
transit de mélanome ou de sarcome, isolées à un membre, sans dissémination systémique. La survie de
ces patients est en général inférieure à 6 mois, même après désarticulation du membre. Le traitement
permet le sauvetage du membre dans 80% des cas, avec une survie moyenne de 3 à 5 ans [3].
La machine de CEC est connectée aux vaisseaux iliaques ou fémoraux (respectivement axillaires pour
le membre supérieur); elle comprend pompe, oxygénateur et réservoir comme une CEC standard, mais
n'alimente que le membre isolé de la circulation générale de l'organisme (Figure 7.59).
Contrôle Oxygénateur
de pression
Echangeur
thermique
Trappe à O2
bulles
Air
Eau
41-43°C
Températures
cutanée et
musculaire
Matelas Pompe
chauffant
enveloppant Débitmètre
le membre
Figure 7.59 : Système de circulation extracorporelle pour une perfusion isolée du membre inférieur [3].
Les fuites systémiques à partir du membre isolé sont inévitables, mais leur importance dépend de la
relative surpression créée dans le membre par le débit de la CEC; elles sont peu significatives lorsque
ce débit est maintenu à 45 mL/min par litre de volume du membre. Ces fuites se soldent par des effets
secondaires dont l’intensité est proportionnelle à leur importance et à la toxicité systémique de la
substance utilisée, le plus violent étant le TNF.
Technique d'anesthésie
La technique est superposable à celle utilisée pour la chirurgie cardiaque mais le patient est en général
endormi avant d’être équipé, sauf en cas de cardiopathie associée. Le monitorage et la prise en charge
Problèmes hémodynamiques
Remplissage: cristalloïdes et colloïdes, sang (maintenir Hb > 80 g/L); les besoins peuvent être
considérables (4-10 litres).
Noradrénaline: perfusion 2-5 mcg/min ou plus, à titrer selon les RAS; maintenir une PAM de
70-80 mm Hg pour un patient normotendu.
Dobutamine: 3-15 mcg/kg/min si défaillance ventriculaire; maintenir un index cardiaque > 3.0
L/min/m2.
Maintenir un débit urinaire supérieur à 1mL/kg/heure (perfusions, mannitol, éventuellement
furosemide si normovolémie).
Soins postopératoires
L’évolution postopératoire est simple s’il n’y a pas eu de relargage significatif de substance.
Cependant, il a été montré que, malgré un lavage extensif, une recirculation du TNF se produit dans la
plupart des cas. On observe un état fébrile et un état circulatoire hyperdynamique modéré, avec
élévation des besoins liquidiens. Lorsque le relargage est important, l’évolution est caractérisée par la
persistance ou l’apparition dans les 12 premières heures d’un choc distributif, d’une augmentation
généralisée de la perméabilité capillaire et d’un SDRA. Les patients peuvent également développer
une insuffisance rénale, une CIVD et des surinfections (baisse des résistances immunitaires) [3]. Ces
symptômes ne se manifestent que dans les cas d’administration de TNF. Le membre perfusé doit faire
l’objet d’une surveillance attentive, vu les risques de syndrome de loge, d’ischémie ou de thrombose
vasculaire.
Une CEC à volume réduit permet de perfuser un membre en circuit fermé avec de hautes
concentrations d’antimitotique (TNF-α, melphalan) et en le réchauffant à 38-40°C. Indications:
mélanomes et sarcomes envahissant un membre mais sans métastases à distance.
Malgré les clamps et le garrottage du membre, des fuites systémiques se produisent, entraînant:
- Vasoplégie massive (premier signe : tachycardie réfractaire)
- Syndrome inflammatoire massif
- Syndrome de détresse respiratoire (capillary leak syndrome)
Références
1 CHRISTOFORIDIS D, CHASSOT PG, MOSIMANN F, et al: Isolated limb perfusion: distinct tourniquet and tumor necrosis factor
effects on the early hemodynamic response. Arch Surg 2003; 138:17-25
2 EGGIMANN P, CHIOLERO R, CHASSOT PG, et al: Systemic and hemodynamic effects of recombinant tumor necrosis factor
alpha in isolation perfusion of the limbs. Chest 1995; 107:1074-82
3 LEJEUNE FJ, KROON BB, DI FILIPPO F, et al: Isolated limb perfusion: the European experience. Surg Oncol Clin N Am 2001;
10:821-32
Depuis le premier cas en 1953, la CEC a progressé à pas de géant au point de devenir une technique
banalisée. En grande partie à usage unique, elle comprend de nombreux systèmes de sécurité qui
n'existaient pas sur les premiers modèles: moniteur de bulles, filtres artériels et veineux, monitorage de
SaO2 et de SvO2, asservissement de la pompe au niveau du réservoir, etc.
La chirurgie à coeur battant (off-pump) a démontré que la CEC n’est pas responsable à elle seule de
toute la morbidité qu’on lui a attribuée: coagulopathie, SIRS, complications neurologiques, rénales et
pulmonaires, etc. Une partie de ses inconvénients vient de l’anticoagulation, mais les nouveaux
systèmes biocompatibles permettent de réduire l’importance de l’héparinisation.
Actuellement, les travaux portent essentiellement sur la biocompatibilité des surfaces de contact, sur la
réduction de la réaction inflammatoire et sur la miniaturisation de tout le système. Mais la prise en
charge de systèmes compacts sans réservoir veineux demande une vigilance accrue, parce que ces
appareils sont moins compliants et travaillent à flux tendu. L’introduction de nouvelles technologies
informatiques vise une gestion plus fine de l’hémodynamique et une sophistication plus poussée des
systèmes de contrôle. En simplifiant la tâche du perfusioniste, la CEC étend son domaine d’application
en-dehors de la chirurgie cardiaque, comme lors de choc cardiogène ou lors de certaines opérations
thoraciques et vasculaires invasives. Dans ces situations, cependant, le développement des nouveaux
systèmes d'assistance circulatoire avec (ECMO) ou sans (Impella, TandemHeart, etc) oxygénateur a
remplacé la CEC parce qu'ils sont plus simples à utiliser et demeurent fonctionnels à plus long terme
(7-12 jours).