Université de Mons
Faculté de Traduction et d’Interprétation
École d’Interprètes internationaux
Initiation au doublage de
documents audio-visuels
Hollywood: My First... | Episode 1 | British Vogue
Lauraline Chimienti
Année académique 2024-2025
Enseignant
Loïc de Faria Pires
Table des matières
Description du jeu/logiciel/site Internet ..................................................................................... 1
Introduction .......................................................................................................................... 2
Script .......................................................................................................................... 3
Commentaire ........................................................................................................................ 11
Echelle de difficulté a priori ...................................................................................................... 5
Echelle de difficulté a posteriori ................................................................................................ 6
Bibliographie .......................................................................................................................... 7
Annexes .......................................................................................................................... 8
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Introduction
Pour ce projet, j’ai choisi de travailler sur une vidéo en anglais, que je doublerai vers le
français à l’aide du logiciel de doublage Filmora. Mon choix s’est porté sur une courte vidéo de
3 minutes 30, issue de la chaîne YouTube British Vogue. Intitulée « Hollywood: My First... |
Episode 1 », cette vidéo est le premier épisode d’une série de six, où des célébrités
hollywoodiennes partagent leurs « premières fois » : premier rendez-vous, premier travail,
première fois à Londres, premier album préféré, premier animal de compagnie, et premier baiser.
Dans cette vidéo, on retrouve Margot Robbie, Tom Hanks, Gal Gadot, Daniel Kaluuya, Diane
Kruger, Hong Chau, Andrew Garfield, Salma Hayek, Mary J. Blige, Michelle Williams, Robert
Pattinson, Gary Oldman, Jessica Chastain, Saoirse Ronan et Timothée Chalamet.
Il est important de noter que le doublage vers le français et notamment à partir de l’anglais
est très répandu, et ce depuis longtemps. Cela peut s’expliquer par le fait que la France n’a pas
une très bonne maîtrise de l’anglais, se plaçant en 33e position sur les 35 pays du continent
européen, selon un rapport réalisé par EF EPI (2024), tandis que la Belgique se positionne
mieux, à la 13e place. Pourtant, selon Jeremi Szaniawski, professeur de cinéma à l’ULB et
fondateur du ciné-club de l’Université de Yale (États-Unis), « Le public wallon regarde
principalement les chaînes belges francophones et les chaînes françaises, sur lesquelles la
majorité des films passent en version française/doublée. Une habitude vieille de plusieurs
décennies, qui s’est ancrée sociologiquement » (cité dans Médor, 2022).
Compte tenu de cela, il est donc intéressant de se pencher vers la place qu’a prise le
doublage ces dernières années. Les séries et les plateformes de streaming telles que Netflix et
Amazon Prime ont entraîné une augmentation significative de la demande de contenus localisés,
ce qui a engendré une forte croissance du doublage. Le marché du doublage représente ainsi
environ 5 milliards de dollars au niveau mondial, avec une croissance significative en France,
5
où il a dépassé les 100 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2017 (Alcaraz, 2019). Les
progrès technologiques comme l’intelligence artificielle ont renforcé ce phénomène, rendant le
travail des doubleurs plus facile. Toutefois, l’expertise humaine reste cruciale pour préserver les
nuances culturelles et émotionnelles des dialogues (Dreux et al., 2024).
Dans ce contexte, la Belgique s’est positionnée comme un acteur majeur du doublage,
proposant une qualité comparable à celle de la France et du Canada, mais à des coûts plus
compétitifs (2018, D. Nicodème, cité dans Le Vif, 2020). Le secteur du doublage en Belgique
offre une grande variété de contenus qui témoignent de la polyvalence et du professionnalisme
des acteurs belges dans un marché en plein essor (Margenat, 2019).
Compte tenu de ces chiffres, le doublage représente un atout précieux pour les traducteurs,
leur permettant d’enrichir leurs compétences, d’élargir leur éventail de services et ainsi d’attirer
une clientèle plus diversifiée.
6
Tableau
Minutage Transcription Traduction Doublage
0:07 – Fourteen, with a guy J’avais quatorze ans, J’étais petite, c’était avec
0:18 from my school who c’était avec un gars un gars d’mon école il
sent me, you know, de mon école qui m’avait envoyé le le petit
papier tu vois avec écrit tu
the little paper, Do m’avait envoyé un
veux aller boire un verre
you want to, um, go petit papier, tu vois, oui non j’ai coché oui et on
for a drink? Yes, no, avec écrit « Tu veux est allé boire un verre, enfin
I said yes, and we aller boire un verre ? un Coca Light quoi.
went for, I mean a Oui, non. » J’ai dit
drink, I mean Diet oui, et on est allés
Coke. boire un verre…
enfin, un Coca Light
quoi.
0:19 – Chuck E. Cheese Chuck E. Cheese Chuck E. Cheese
0:20
0:21 – I think my first, like, Je crois que mon Euh pour mon premier
0:34 real proper date was premier vrai rencard, rendez-vous j’ai été voir un
to go see a movie. c’était aller voir un film, hum, j’ai été voir
Um, I saw Hitch, film. J’avais été voir Hitch et quand j’ai raconté
which I told Will Hitch, et j’ai raconté ça à Will quand j’ai
that when we ça à Will quand on a travaillé avec lui, je lui ai
worked together, I bossé ensemble. dit : « Waouh purée mon
was like, Wow, that J’étais genre premier rendez-vous », et il
was like, when I, « Waouh, c’était était là : « Orh tu me vieillis
when I went on my pour mon premier dit pas ça. »
first date, he's like, rencard », et lui, il
God, you make me me dit « Tu me fais
feel old, don't say sentir vieux là, dis
that. pas ça ».
0:34 – There was a kid that Il y avait ce gamin Y’avait ce mec que j’ai
0:41 I met through my que j’avais rencontré rencontré via ma meilleure
best friend and I was via ma meilleure amie, et j’étais mal à l’aise
pote, j’étais super tout le temps et il s’est rien
very uncomfortable
mal à l’aise tout le passé.
the whole time and temps et il ne s’est
nothing happened. rien passé.
0:42 – I'm gonna say it was Je dirais que c’était J’dirais que c’était pour le
0:47 the senior prom we pour le bal de bal de promo à l’hôtel Mark
headed at the Mark promo, à l’hôtel Hopkins à San Francisco.
Mark Hopkins à San
Hopkins Hotel at
Francisco.
San Francisco.
0:49 – Acting. Actrice Actrice
0:50
7
0:50- Babysitter. Baby-sitter Baby-sitter
0:51
0:53 – Runner at a TV Assistant dans une Assistant dans une chaîne
1:04 shopping channel. I chaîne de télé-achat. de télé-achat. Donc j’arrive
went there and I, I Je suis arrivé là , et là et j’sais pas je me suis
je sais pas, je suis pointé en costume. Donc
don't know, I turned
arrivée en costume. j’arrive à cette chaine de
up in a suit. I turnedJ’arrive en costume télé-achat en costume et ils
up in a suit at this à cette chaîne de me regardent en mode
shopping channel, télé-achat, « mais qu’est-ce que tu fais,
and they were like, et ils me regardent va me chercher un café ! »
what are you doing? en mode "Qu’est-ce
Get me some coffee. que tu fais là ? Va
me chercher un
(laugh)
café ».
1:04 – I worked at a J’ai travaillé dans un Euh, j’ai travaillé dans un
1:25 restaurant that my restaurant qui était restaurant que le mec de ma
mum's boyfriend tenu par le mec de mère tenait et donc j’étais
ma mère, j’étais derrière dans les cuisines.
owned, so I was
derrière dans les Et puis petit à petit je me
back in the kitchens. cuisines. J’ai petit à suis retrouvée derrière le
And then I slowly petit gravi les bar, en salle, tout ça. Mais
worked my way up échelons pour me j’avais treize ans peut-être.
behind the bar, retrouver derrière le J’ étais quand même
waitressing, all that bar, en salle, etc. vraiment jeune pour
kind of stuff. But I Mais j’avais peut- travailler derrière un bar,
être 13 ans, j’étais donc des fois des gens me
was like 13. I was
bien trop jeune pour demandaient : « T’es pas un
way too young to be être derrière le bar peu jeune pour ça ? », et je
working behind the quoi, donc des gens leur répondais : « tu veux
bar though, so me demandaient ton verre ou pas ? » et ils
people would parfois « t’es pas un disaient : « Ok »
sometimes be like peu jeune pour me
“Are you old enough servir un verre ? »
donc je leur disais,
to serve me a
"Tu veux ton verre
drink?” ou pas ?" Et ils me
I'm like, “do you répondaient, "Okay"
want the drink or
not?” And they're
like, okay.
1:27 – George Michael, George Michael, George Michael, Faith. Oh
1:30 Faith. Oh yeah. Faith. Oh ouais. ouais.
1:31 – My sister bought Ma soeur avait Ma soeur avait acheté, um,
1:33 the, um, A Hard acheté, um, A Hard A Hard Day's Night.
Day's Night. Day's Night.
8
1:34 – First album was Mon premier album, C’était de Michael Jackson,
1:35 Michael Jackson's c’était Bad de Bad.
Bad. Michael Jackson
1:36 – Lily Allen, Alright Lily Allen, Alright Lily Allen, Alright Still.
1:37 Still. Still.
1:38 – Billie Ocean's Greatest Hits de Billie Ocean, Greatest Hits.
1:39 Greatest Hits. Billie Ocean
1:39 – Blink 182. Blink 182. Blink 182.
1:40
1:40 – I think it was a Je pense que c’était Je pense que c’était un des
1:42 Duran Duran un des Duran Duran Duran Duran
1:45 – Turtle the Turtle. Tortue la tortue Tortue la tortue
1:45
1:46 – The name of my Mon premier animal Le nom de mon premier
1:50 first pet was a cat. de compagnie était animal de compagnie,
un chat. c’était un chat, et son nom
Il s’appelait Spice était Spice Ham.
And his name was
Ham.
Spice Ham.
1:51 – Patty Pat Pattinson. Patty Pat Pattinson. Patty Pat Pattinson.
1:52
1:54 – Being born! Y être né ! Y être né !
1:55
1:56 – I went to London Je suis allée à J’avais deux ans quand je
2:12 when I was two. Londres quand suis allée à Londres. On
They took me to j’avais 2 ans. On m’avait emmené voir le
m’a emmené voir le palais de Buckingham. Et
Buckingham Palace,
palais de une fois ma mère, un peu
um which, by the Buckingham et plus tard, elle avait fait une
way, later on at d’ailleurs un peu faute en anglais et avait dit
some point my mom plus tard ma mère « Palais de Fuckinhgam. »
made a mistake with s’ était trompée en
her English and parlant anglais et
called it l’avait appelé
« Palais de
Fuckingham Palace
Fuckingham. »
2:13 – In a weird way, C’est assez étrange, Alors c’est assez bizarre,
2:25 London is like my mais Londres c’est mais Londres c’est comme
third house. My comme ma troisième ma troisième maison, c’est
maison, mon mon troisième chez moi.
third home. I love it
troisième chez moi. J’adore cet endroit, j’adore
there. I love the J’adore cet endroit, la culture, j’adore les parcs,
culture. I love the j’adore la culture, tout ce vert. Même la
parks. I love the j’adore les parcs, météo, j’aime bien.
greens. I even can j’adore tout ce vert.
like the weather. Même le temps, je
peux l’aimer.
9
2:25 – I always remember Je me rappelle J’arrive encore à sentir
2:30 the smell of London toujours de l’odeur l’odeur de Londres, c’est
though. It's kind of, de Londres. C’est en une odeur assez spéciale,
quelque sorte, il y a tout comme la lumière.
it's such a particular
une odeur vraiment
smell and a very particulière et une
particular light as lumière très
well. particulière aussi.
2:31 – Oh, I almost got hit Oh, j’avais failli me Oh, j’avais failli me faire
2:37 by a car. Almost faire écraser par une écraser! Presque
immediately because voiture ! C’était directement en arrivant, je
presque direct en regardais du mauvais côté.
I was looking in the
arrivant, parce que Alala.
wrong direction. je regardais du
Bad. mauvais côté. Pas
bien.
2:40 – 2: As I was growing Pendant mon Quand j’étais petite, on
52 up, we would go enfance, on partait allait toujours faire du
camping for summer toujours en camping camping pendant les
pour les vacances grandes vacances dans cette
vacations in this
d’été. C’était sympa. caravane et donc mon
trailer. And so my Et donc mon premier bisou c’était avec
first kiss was with premier baiser, un gars pendant qu’on était
some random guy as c’était avec un gars, en train d’attraper des
we were catching quand on était en grenouilles dans ce lac en
frogs at this lake in train d’attraper des Allemagne.
Germany. grenouilles dans ce
lac en Allemagne.
2:52 – I was 12, 13 and uh, J’avais 12 ou 13 ans, J’avais 12, 13 ans et c’était
3:20 it was the fir-, it was c’était ma première la première, enfin, c’était
like co-ed school, fois dans une école une école mixte, ma
mixte dans le sud de première école mixte dans
my first co-ed
l’Angleterre. Et tu le sud de l’Angleterre et, tu
school in the south vois, les hormones vois les hormones qui
of England. And uh, qui travaillent, et je travaillent… Et je venais
you know, hormones venais juste de me juste de me faire un
raging. faire un nouveau nouveau groupe d’amis. Et
And I had just been groupe d’ami, et il y il y a cette nouvelle fille,
introduced to this avait une nouvelle, cette nouvelle fille à l’école
une autre nouvelle qui a dit : « Oh mes parents
new group of
fille à l’école qui a sont pas en ville, je vais
friends. And there dit « Mes parents organiser une fête ». Et
was a new, another sont pas là, je vais c’était, c’était vraiment, je
new girl at school faire une fête. » sais pas expliquer, je sais
who, who said, Oh Je peux pas vraiment pas expliquer ce qui s’est
I'm gonna, my expliquer, je sais pas passé. Mais c’était un peu
parents are out of ce qu’il s’est passé, c’était un peu comme dans
mais c’était un peu, Alien à 13 ans.
town, I'm gonna
c’était un peu
have a party. And it
10
was It was literally, I comme dans Alien à
can't explain what, I 13 ans.
don't know what
happened, but it was
like, it was like back
in Alien at 13.
3:20 – 3- Southgate, it was C’était à Southgate, C’était à Southgate, derrière
24 like behind a KFC derrière un KFC ou un KFC ou un truc du
or something, ‘cause un truc du genre, genre, je suis un
parce que je suis romantique.
I'm romantic.
super romantique.
11
Commentaire
En règle générale, le doublage nécessite un travail de recherche pour proposer des
traductions à la fois fidèles et adaptées au contexte visuel, au langage utilisé et au public visé.
La vidéo sélectionnée pour ce projet ne fait pas exception, et a nécessité des recherches et des
ajustements afin d’offrir un résultat qui ressemble le plus possible à une production originale.
Ce projet a d’ailleurs engendré des difficultés à la fois traductologiques et techniques tout au
long de sa réalisation.
Problèmes traductologiques :
Un premier souci traductologique rencontré lors du doublage de la vidéo a été la perte de
certains éléments du texte original. Prenons l’exemple de la première réplique (0:07 – 0:18)
« Fourteen, with a guy from my school » qui a été traduite par « J’étais petite, c’était avec un
gars de mon école ». Cette adaptation a été nécessaire, car le personnage prononçait avec une
telle articulation son « fourteen » que la traduction « j’avais quatorze ans » n’aurait pas été
adéquate. En effet, la vidéo inclut est entièrement constituée de gros plans des personnages
filmés de face, et d’après Soh Tatcha (2009, p. 507), ces plans nécessitent une approche de
traduction différente de celle utilisée pour des plans où les personnages ont le dos tourné, car
les points de synchronisme sont différents. Il est donc essentiel que le traducteur audiovisuel
prenne en compte les contraintes liées à l’audio et au visuel dans son travail. Dans cet exemple,
il a donc fallu privilégier une adaptation qui respecte le mouvement des lèvres et l’articulation
initiale, quitte à omettre une information présente dans le texte source. Soh Tatcha explique que
le doublage est une « véritable opération de recréation » (2009, p. 508) et estime que le
traducteur doit, autant que possible, rechercher des équivalents phonétiques en français qui
correspondent aux ouvertures et fermetures labiales de la version originale, car « le traducteur
doit veiller à ce que son texte de doublage accompagne et soutienne l’image, même si c’est
12
parfois en légère contradiction avec les mots de l’original » (2009, p. 517). C’est précisément
ce que j’ai tenté de faire en adaptant cette réplique.
Un deuxième questionnement s’est posé quant à l’adaptation des expressions orales
spontanées et de l’humour. Tout d’abord, Soh Tatcha, toujours dans le même article, souligne
que l’une des difficultés les plus courantes du doublage réside dans la recherche d’équivalents
acceptables pour les exclamations, les interjections et les onomatopées. Il précise, par exemple,
qu’en général, dans les deux langues, l’exclamation « oh » exprime le plaisir (2009, p. 509).
Dans le passage concernant « mon premier album », Jessica Chastain dit en anglais (1:27 –
1:30): « George Michael, Faith. Oh yeah ». Le « oh » traduit ici le plaisir ressenti en repensant
à son album préféré. En français, j’ai donc choisi de conserver la même onomatopée pour
respecter cette émotion. Dans un autre passage qui parle de la première fois à Londres, elle dit
« Oh, I almost got hit by a car », un « oh » qui exprime ici la surprise liée à un souvenir marquant.
En français, Soh Tatcha recommande d’utiliser « ah » pour exprimer la surprise. Cependant,
dans le doublage, j’ai opté pour garder le « oh » en lui donnant une intonation qui évoque un
« olala », reflétant à la fois l’embarras et l’amusement, car la femme rit juste après.
Par ailleurs, l’adaptation des hésitations, rires et mimiques est essentielle en doublage, car elles
font partie intégrante de la spontanéité et de la personnalité du personnage ; c’est ce qui s’appelle
l’équivalence artistique (Soh Tatcha, 2009, p. 511). Il est impératif que la voix française
produise une réplique qui rende compte, par le son, de toute la palette d’expressions exprimées
par la voix originale et produise le même effet. J’ai donc veillé à conserver ces éléments dans la
version doublée pour préserver la nature authentique des personnages. Pour cela, comme
mentionné ci-dessous dans la section des problèmes techniques, s’imprégner du personnage,
imiter ses gestes et s’approprier ses paroles m’a beaucoup aidée. Comme le souligne Daniel
Nicodème, directeur artistique et doubleur, l’adaptation doit être spontanée et fidèle à l’image :
13
« Ce qui est essentiel dans le doublage, c’est de se caler sur ce qu’on voit et de rentrer dans une
imitation de l’acteur qui est à l’écran » (La Libre, 2023).
Ensuite, selon Loison-Charles (2017), l’adaptation de l’accent peut avoir une incidence négative
sur la caractérisation d’un personnage lorsqu’elle est mal appropriée. Cependant, il est aussi
possible d’inverser la logique : ce sont parfois les traits de caractère du protagoniste qui orientent
le choix des adaptateurs, notamment lorsqu’un accent géographique spécifique est difficile à
transposer en français. Par exemple, pour Gary Oldman, dont l’accent britannique marqué trahit
immédiatement son appartenance régionale, j’ai choisi de transposer cet accent assez
« pompeux » en français, car cela collait parfaitement à son attitude et à ses gestes amples (voir
1:31 – 1:33 et 1:54 – 1:55). Ce choix soulève la question de l’équivalence de prononciation,
sujet de nombreux débats dans le milieu du doublage. Selon moi, cette question reste très
subjective, c’est pourquoi j’ai décidé de conserver cet accent pour ce personnage précis, mais
pas pour les autres.
Enfin, est venu s’ajouter le problème de l’humour, en particulier pour la réplique « They took
me to Buckingham Palace, um which, by the way, later on at some point my mom made a mistake
with her English and called it Fuckingham Palace ». Conserver « Fuckingham » permet ici de
préserver le jeu de mots et la référence culturelle spécifique qui n’aurait pas de sens une fois
traduite. Comme l’indique Sanscrit, « le traducteur doit adapter les références culturelles afin
que le public les comprenne », mais puisque le mot « fuck » est largement reconnu et compris
par un public francophone, notamment dans un contexte humoristique, conserver le terme est
d’autant plus pertinent.
Un troisième problème rencontré est lié au débit de parole. Selon l’article « A cross-
language perspective on speech information rate » (Pellegrino et al., 2011), la densité
d’information transmise par un anglophone est supérieure à celle d’un francophone sur une
même durée. Cependant, le taux de syllabes en français est plus élevé qu’en anglais, comme
14
l’illustre le graphique ci-dessous. Ces données montrent qu’il est difficile de conserver toutes
les informations en anglais ou de les formuler de la même manière en français lors du doublage,
car le temps de parole ne pourrait pas être respecté. Par exemple, lorsque Robert Pattinson (2 :25
– 2 :30) dit : « I always remember the smell of London though. It's kind of, it's such a particular
smell and a very particular light as well », cette réplique compte 35 syllabes et est prononcée
en 5 secondes. La traduction traditionnelle en français donnerait : « Je me rappelle toujours de
l’odeur de Londres. C’est en quelque sorte, il y a une odeur vraiment particulière et une lumière
très particulière aussi ». Or, cette version, avec ses 43 syllabes, nécessite environ 7 secondes
pour être prononcée, comme je l’ai vérifié lors d’un test. Une adaptation a donc dû être effectuée
pour que le temps de parole du doublage dure autant de temps que l’original, et pas plus. Dans
ce cas, l’hésitation « It's kind of, it's such » n’a pas été traduite, et la réplique a été adaptée ainsi:
« J’arrive encore à sentir l’odeur de Londres, c’est une odeur assez spéciale, tout comme la
lumière. » Cette version permet de respecter à la fois le débit de la langue source et le temps de
parole du personnage. À ce sujet, Soh Tatcha explique que « la question de l’équivalence vocale
se pose d’autant plus que le débit est en grande partie responsable de la justesse du synchronisme
syntaxique (selon que la VD [version doublée] s’achève avant ou après la VO [version
originale]) » (2009, p. 514). Cela signifie que le débit de parole joue un rôle essentiel dans le
doublage, car il affecte directement la synchronisation entre la version doublée et la version
originale. Si le débit de la version doublée est trop rapide ou trop lent par rapport à l’original, la
réplique doublée risque de se terminer avant ou après celle de l’original. Cela peut perturber le
synchronisme et créer un décalage entre les mouvements de bouche du personnage et le texte
prononcé. Ainsi, un doublage de qualité doit s’assurer que la durée de chaque réplique dans la
version doublée est exactement la même que celle de l’original afin de créer l’illusion d’une
parfaite correspondance entre l’image et le son.
15
Problèmes techniques
Afin de préserver la spontanéité de la vidéo, il était préférable de ne pas doubler phrase par
phrase, au risque que cela s’entende et rende le discours peu naturel. Il a donc fallu que je double
à chaque fois la réplique d’un personnage en une seule fois, en veillant à être parfaitement
synchronisée avec les moments où la personne parle, marque une pause ou hésite. Pour faire
face à cette difficulté, il a donc été utile d’apprendre le texte, de se l’approprier et d’imiter
ensuite les gestes et d’observer attentivement le personnage qui parle.
De plus, pour réaliser ce travail de doublage, j’ai utilisé le logiciel Filmora, qui m’a permis
de gérer efficacement les différents éléments audios et vidéos. Ce logiciel propose une interface
intuitive, avec des fonctionnalités utiles pour le montage audio et vidéo, comme la possibilité
de modifier la hauteur de la voix ou d’ajouter des sous-titres. En outre, étant donné que j’étais
seule à réaliser ce travail, j’ai dû chercher un moyen de modifier ma voix afin de créer un
contraste entre les femmes et les hommes présents dans la vidéo. J’ai alors exploré les options
du logiciel jusqu’à trouver le paramètre « hauteur de ton » que j’ai diminué afin de rendre ma
voix plus grave et de créer une différence sonore entre les personnages masculins et féminins.
Grâce à ce même logiciel, j’ai également pu intégrer des sous-titres à la vidéo, ce qui a contribué
à enrichir et à améliorer l’expérience visuelle et auditive.
16
Conclusion
En conclusion, ce travail sur le doublage audiovisuel m’a permis d’appliquer les
spécificités de la traduction audiovisuelle vues durant le quadrimestre à un travail personnel fait
en autonomie. Après avoir expérimenté la discipline du sous-titrage l’année dernière, j’ai pu
découvrir que le doublage exigeait une approche distincte qui allie synchronisation et créativité.
Alors que le sous-titrage consiste à condenser le contenu tout en respectant la vitesse de lecture
du spectateur, le doublage s’attache à une synchronisation presque parfaite avec le jeu des
acteurs, notamment au niveau des mouvements des lèvres et des intonations. L’année dernière,
en travaillant sur un projet de sous-titrage, j’avais été confrontée à la difficulté de synthétiser
des dialogues parfois très denses tout en conservant leur sens. Pour le doublage, c’est la même
chose, mais cette discipline impose des contraintes supplémentaires. Chaque réplique doit non
seulement refléter le message original, mais également s’ajuster au rythme et aux mouvements
des lèvres des acteurs, y compris les hésitations. Ce travail m’a appris à privilégier des
formulations concises et naturelles, tout en restant fidèle à l’esprit de la vidéo originale.
Ces expériences complémentaires m’ont offert une vision plus large de la traduction
audiovisuelle. Si le sous-titrage m’avait appris la concision et l’adaptabilité, le doublage m’a
poussée à explorer l’importance de la recréation d’une ambiance sonore et émotionnelle, en me
mettant dans la peau de personnages différents. Il a été également très bénéfique d’avoir pu
suivre ce cours et réaliser un tel travail, car la traduction audiovisuelle est une discipline qui est
en plein essor, comme mentionné dans l’introduction. Selon le site [Link], il existe
actuellement 13 agences spécialisées dans la traduction et le sous-titrage dans le cinéma belge.
L’une d’entre elles pourrait être l’une des entreprises pour lesquelles je pourrais travailler
ultérieurement. Sans parler du fait que « beaucoup de projets internationaux sont doublés en
Belgique. Tout simplement parce que les comédiens belges sont moins chers que leurs voisins
17
français, mais également parce qu’ils sont réputés pour faire du travail de qualité » (Margenat,
2019).
Un autre aspect crucial de ce travail a été la prise en main de l’outil Filmora pour le
montage et le doublage. Grâce à son interface intuitive, j’ai pu gérer assez facilement les
éléments audio et vidéo. Cependant, la synchronisation labiale, véritable défi de ce projet, a
exigé une grande précision. J’ai dû ajuster avec soin le timing de chaque réplique pour qu’elle
corresponde aux mouvements des lèvres des acteurs, tout en modifiant parfois la tonalité de ma
voix pour mieux coller aux personnages. Cette prise en main m’a aussi permis de mieux
comprendre les subtilités techniques du doublage, comme la gestion des pauses et des
hésitations, tout en explorant les différentes fonctionnalités du logiciel pour obtenir le meilleur
résultat possible.
En fin de compte, ce travail m’a rappelé que la traduction n’est jamais un acte purement
technique, mais également créatif. Umberto Eco affirme que « tout en sachant qu’on ne dit
jamais la même chose, on peut dire presque la même chose […] ce qui fait problème, ce n’est
pas tant l’idée de la même chose, […], mais bien l’idée de ce presque » (Eco, 2007, p. 9). Ce
« presque » est au cœur des dilemmes du traducteur. Il souligne que chaque mot et chaque
phrase nécessitent un équilibre entre fidélité et adaptation. En doublage, tout comme en sous-
titrage, ce défi se manifeste à travers le respect du sens, du ton et des émotions véhiculés. Ce
travail m’a appris que le « presque » n’est pas une contrainte, mais une richesse, une opportunité
de recréer et de faire vivre le texte sous une nouvelle forme.
18
Bibliographie
Alcaraz, M. (2019, 24 mai). Télévision : les doublages et sous-titrages, en plein essor. Les
Echos. [Link]
titrages-en-plein-essor-1023683
Arlot, A. (2024, 14 février). « Sans la VF, on aurait entre 40 et 80 % de public en moins » :
l’industrie du doublage en plein boom. [Link]. [Link]
loisirs/cinema/sans-la-vf-on-aurait-entre-40-et-80-de-public-en-moins-lindustrie-du-
[Link]
British Vogue. (2018, 4 janvier). Hollywood : My First. . . | Episode 1 | British Vogue [Vidéo].
YouTube. [Link]
Dans les coulisses du doublage (1/2) : « Nous sommes des acteurs (presque) comme les autres »
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