Livret RDC BD 2
Livret RDC BD 2
Sommaire
I. Le droit à la liberté et à la sécurité des personnes en détention en RDC 1
A. Le droit international et régional applicable en RDC 1
B. L’interdit de la torture en droit congolais 3
IV. Les outils pratiques pour identifier les cas de détention abusive 10
A. Les documents administratifs et judiciaires 10
B. Les visites de prison et la fiche de suivi du détenu 10
C. Le tableau des peines de privation de liberté pour les principales infractions en RDC 12
© Fédération
Guide sur internationale
les garanties judiciaires dede l’Actiondétenu
l’inculpé des chrétiens
- RDC pour l’abolition de la torture - mars 2016
I. Le droit à la liberté et à la sécurité des
personnes en détention en RDC
Des mécanismes de protection des droits de l’homme, tant internationaux que régionaux, ont établi
que la surpopulation carcérale peut constituer une violation du droit de ne pas être soumis à la torture.
Dans son rapport annuel présenté le 10 août 2015 devant le Conseil des droits de l’homme des
Nations-Unies1, le Haut-Commissaire aux droits de l’homme a rappelé que « la surpopulation est consi-
dérée comme une forme grave de mauvais traitement, de traitement inhumain ou dégradant, voire de
torture. Cette situation nourrit les tensions et contribue à envenimer les relations entre détenus et entre les
détenus et le personnel, ce qui vient augmenter le risque de mauvais traitements ».
Article 5 : « Nul ne sera soumis à la torture, à des traitements cruels, inhumains ou dégradants ».
2. L’Ensemble des règles minima des Nations Unies pour le traitement des détenus (Règles
Nelson Mandela) adoptées à l’unanimité par l’Assemblée générale des Nations Unies le 1
17 décembre 2015
Règle 1 : « Tous les détenus sont traités avec le respect dû à la dignité et à la valeur inhérentes à la personne
humaine. Aucun détenu ne doit être soumis à la torture ni à d’autres peines ou traitements cruels, inhumains
ou dégradants, et tous les détenus sont protégés contre de tels actes, qui ne peuvent en aucun cas être justifiés
par quelque circonstance que ce soit. »
Règle 111 : « […] 2. Le prévenu est présumé innocent et doit être traité comme tel.
3. Sans préjudice des dispositions légales relatives à la protection de la liberté individuelle ou fixant la procé-
dure à suivre à l’égard des prévenus, ces derniers bénéficieront d’un régime spécial ».
3. La Convention des Nations Unies contre la torture adoptée le 10 décembre 1984 (adhésion
de la RDC le 18 mars 1996)
Article 16.1 : « Tout État partie s’engage à interdire dans tout territoire sous sa juridiction d’autres actes
constitutifs de peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants qui ne sont pas des actes de torture
telle qu’elle est définie à l’article premier lorsque de tels actes sont commis par un agent de la fonction pu-
blique ou toute autre personne agissant à titre officiel, ou à son instigation ou avec son consentement exprès
ou tacite. »
1 - Conseil des droits de l’homme, 30ème session, 10 août 2015, Rapport annuel du Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de
l’homme et rapports du Haut-Commissariat et du Secrétaire général : « Incidences de l’incarcération excessive et de la surpopulation
carcérale sur les droits de l’homme »
Article 9 : « 1. Tout individu a droit à la liberté et à la sécurité de sa personne. Nul ne peut faire l’objet d’une
arrestation ou d’une détention arbitraire. Nul ne peut être privé de sa liberté, si ce n’est pour des motifs et
conformément à la procédure prévus par la loi. […]
3. Tout individu arrêté ou détenu du chef d’une infraction pénale sera traduit dans le plus court délai de-
vant un juge ou une autre autorité habilitée par la loi à exercer des fonctions judiciaires, et devra être jugé
dans un délai raisonnable ou libéré. La détention de personnes qui attendent de passer en jugement ne
doit pas être de règle, mais la mise en liberté peut être subordonnée à des garanties assurant la comparu-
tion de l’intéressé à l’audience, à tous les autres actes de la procédure et, le cas échéant, pour l’exécution
du jugement ».
5. La Charte Africaine des droits de l’homme et des peuples adoptée le 27 juin 1981 (ratifiée
par la RDC le 20 juillet 1987)
Article 6 : « Tout individu a droit à la liberté et à la sécurité de sa personne. Nul ne peut être privé de sa liberté
sauf pour des motifs et dans des conditions préalablement déterminés par la loi ; en particulier nul ne peut
être arrêté ou détenu arbitrairement. »
Article 33 : « Prendre des mesures pour que toute personne privée de liberté soit traitée conformément aux
normes internationales contenues dans l’Ensemble de règles minima pour le traitement des détenus, adopté
par les Nations Unies ».
7. Les Lignes directrices sur les conditions d’arrestation, de garde à vue et de détention provi-
soire en Afrique adoptées par la CADHP en mai 2014 (Lignes directrices de Luanda)
Principe général : « le terme [détention préventive] s’entend de la période de détention ordonnée par une
autorité judiciaire dans l’attente du procès. »
« Les personnes faisant l’objet d’ordonnances de détention provisoire ont le droit de contester la légalité de
leur détention à tout moment et de demander leur mise en liberté immédiate en cas de détention illégale
ou arbitraire. »
« Toute personne placée en garde à vue ou en détention provisoire doit avoir le droit, personnellement ou
par l’intermédiaire de son représentant, de se pourvoir, sans délais, devant une autorité judiciaire, afin que
la légalité de sa détention soit examinée. Si l’autorité judiciaire considère que la détention est illégale, la per-
sonne a le droit d’être immédiatement libérée. »
L’article 215 de la Constitution prévoit que les traités internationaux ratifiés par la RDC ont une auto-
rité supérieure à celle des lois, c’est-à-dire qu’en cas de conflit entre une loi et les dispositions d’un
tel traité, le juge doit appliquer le traité. À l’exception de certains cas précis, il n’y a pas besoin de loi
de transposition. Ainsi, les juges ont la possibilité d’appliquer directement les traités internationaux
devant les juridictions nationales2.
L’exposé des motifs de la Constitution du 18 février 2006 de la RDC rappelle que : « le constituant congo-
lais réaffirme l’attachement de la RDC aux droits humains et aux libertés fondamentales tels que proclamés
par les instruments juridiques internationaux auxquels elle a adhéré. Aussi, a-t-il intégré ces droits et libertés
dans le corps même de la Constitution ».
L’article 17 de la Constitution de la RDC dispose que : « la liberté individuelle est garantie. Elle est la règle, la
détention l’exception. […] Toute personne accusée d’une infraction est présumée innocente jusqu’à ce que sa
culpabilité ait été établie par un jugement définitif ».
La législation en vigueur reconnaît le droit à toute personne victime de violation de ses droits de recourir à la justice.
L’utilisation excessive de la détention préventive est une pratique courante en RDC ; elle expose un grand
nombre de personnes au risque d’être torturé ou de subir des mauvais traitements.
3
2. La loi n°11/008 du 09 juillet 2011 portant criminalisation de la torture
Depuis juillet 2011, la RDC s’est dotée d’une loi portant criminalisation de la torture. Cette nouvelle
loi modifie et complète le Code pénal congolais (Article 48 bis du Code pénal) en y introduisant une
définition de la torture conforme à la définition de l’article 1 de la Convention contre la torture des
Nations Unies.
Parce que la liberté est la règle et la détention l’exception, la détention préventive doit être stric-
tement encadrée pour éviter les peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. Cette
garantie est d’ailleurs consacrée par le Code de procédure pénale (CPP) dont l’article 28 alinéa 1
dispose que : « La détention préventive est une mesure exceptionnelle. »
La privation de liberté ne doit pas porter atteinte aux autres droits dont bénéficie tout citoyen congo-
lais, notamment celui de ne pas subir de mauvais traitements.
2 - À titre d’exemple un tribunal militaire a refusé, en 2006, d’appliquer la peine de mort prévue dans le Code militaire en ayant recours au
Statut de Rome pour prononcer une condamnation à perpétuité.
« La détention préventive est le fait de mettre l’inculpé en état de détention, de le placer en prison pendant
toute ou partie de l’instruction préparatoire, voire, celle-ci terminée, jusqu’à ce que le procès ait fait l’objet
d’une décision définitive. »3
Suspect : toute personne interpellée par la police judiciaire et contre laquelle il existerait des indices
sérieux de culpabilité susceptibles d’établir qu’elle a pu commettre une infraction à la loi pénale ou par-
ticiper à la commission de celle-ci.
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Gardé à vue : toute personne suspectée et retenue pendant 48h maximum par un officier de police
judiciaire (OPJ) dans un « amigo » (lieux privatif de liberté dans les locaux de la police).
Détenu : toute personne en situation de privation de liberté, ordonnée soit par l’Officier de police judiciaire,
l’Officier du Ministère public ou par le Juge compétent, admise dans un établissement pénitentiaire.
Prévenu : toute personne détenue ou en liberté qui doit comparaitre, par voie de citation à prévenu (sur
requête du Ministère public), devant les juges pour répondre des faits infractionnels qui lui sont imputés
par le Ministère public ou par la partie lésée.
3 - Pierre BOUZZA et Jean PINATEL, Traité de droit pénal et de criminologie, Tome II, Paris 1970, p.121
Gardien de la prison : agent de l’administration pénitentiaire placé à la tête d’un établissement péniten-
tiaire. Il préside un Comité de gestion composé d’un gardien, d’un gardien adjoint et de deux adminis-
trateurs nommés par le Ministre de la justice.
Greffier de prison : agent de l’administration pénitentiaire qui gère le traitement des dossiers des condam-
nés (greffe des condamnés) et le traitement des dossiers des inculpés (greffe des détenus préventifs).
Les magistrats :
a) Officiers du Ministère public (OMP) (Magistrats debout)
Ensemble des magistrats du Parquet ayant pour missions de :
• rechercher les infractions à la loi pénale;
• appréhender les auteurs des dites infractions;
• le cas échéant les déférer devant les Cours et Tribunaux. 5
Ils veillent également à la bonne application des lois, règlements et à l’exécution des jugements.
Chambre du conseil : elle se compose de 3 juges qui ont pour mission de statuer sur la mise en liberté
provisoire ou le maintien de la détention préventive après avoir entendu l’Officier du Ministère public et
l’inculpé (qui peut être assisté de son Conseil).
Greffier du tribunal : officier ministériel, fonctionnaire de l’État, qui siège aux côtés des juges au cours
des audiences publiques ou à huis-clos. Il acte les déclarations de l’inculpé ou de son Conseil, du Minis-
tère public et des juges sur une feuille d’audience qu’on appelle le « plumitif ».
Avocat conseil : ensemble des membres du Barreau ayant pour mission d’assister le détenu, de le repré-
senter pendant son audition devant l’Officier du Ministère public, en Chambre du conseil devant le Juge
et en audience publique une fois que l’affaire est fixée devant le tribunal. Il plaide en faveur du détenu.
4 - La RDC n’a pas encore aboli la peine de mort dans son arsenal juridique (article 5 point 1 du Code pénal congolais) mais n’a pas exécuté
de condamné depuis janvier 2003.
Sous conditions et dans le strict respect des articles 32 et 33 du CPP, l’inculpé peut bénéficier d’une main levée
de la détention ou d’une mise en liberté provisoire le temps de l’instruction préparatoire. Cette possibilité de
mise en liberté pour l’inculpé intervient avant qu’il ne soit cité à prévenu et jugé sur le fond de l’affaire.
Il doit exister des indices sérieux de culpabilité, et le fait réprimé doit être passible d’une peine de prison
d’au moins 6 mois.
Si la peine de prison encourue est inférieure à 6 mois mais supérieure à 7 jours, la mise en détention
préventive est autorisée uniquement :
• s’il y a lieu de craindre la fuite de l’inculpé, ou
6 • si son identité est inconnue ou douteuse, ou
• si, eu égard à des circonstances graves et exceptionnelles, la détention préventive est impérieu-
sement réclamée par l’intérêt de la sécurité publique.
Lorsque les conditions de mise en détention préventive sont réunies, la loi encadre la procédure car elle
doit rester une mesure exceptionnelle.
Article 28 CPP : « Lorsque les conditions de mise en détention préventive sont réunies, l’Officier du minis-
tère public, peut, après avoir interrogé l’inculpé, le placer sous mandat d’arrêt provisoire [5 jours maximum],
à charge de le conduire devant le juge compétent le plus proche pour statuer sur la détention préventive. »
La mise sous mandat d’arrêt provisoire (MAP) est donc conditionnée dans le temps à 5 jours maximum.
Elle doit également être justifiée par les conditions prévues à l’article 27 du CPP.
Enfin, un inculpé ne peut pas être placé en détention sans avoir été entendu au préalable par l’OMP.
Endéans le délai de 5 jours (à compter du placement sous mandat d’arrêt provisoire), le Juge du Tribu-
nal de paix statue, par voie d’ordonnance, sur la mise en liberté provisoire sollicitée par l’inculpé (ou
son Conseil) ou sur le maintien en détention préventive requis par le Ministère public. L’ordonnance de
mise en détention préventive a une durée de validité de 15 jours y compris le jour où elle est rendue.
La détention préventive peut être prorogée de 1 à 3 fois, pour un mois, si l’intérêt public l’exige :
• Si la peine prévue par la loi n’est pas supérieure à deux mois, la détention préventive ne peut
excéder 1 mois et 15 jours (45 jours) ;
• Si la peine prévue est égale ou supérieure à 6 mois, la détention préventive ne peut excéder
3 mois et 15 jours (105 jours).
À l’expiration de ce délai maximal de 110 jours (5 jours sous mandat d’arrêt provisoire et 105 jours
maximum de détention préventive), le Procureur doit ordonner la mise en liberté de l’inculpé ;
il est supposé que les enquêtes sont terminées et que le dossier est déjà envoyé en fixation devant
le tribunal.
7
Dépassé ces délais, la prolongation de la détention doit être autorisée par le juge compétent statuant
en audience publique.
Tant que l’inculpé n’a pas été cité à prévenu (article 54 CPP) devant une juridiction de jugement par
l’OMP, il dispose de voie de recours pour conserver sa liberté d’aller et venir le temps de l’instruction
préparatoire. Les modalités de ces recours sont fixées par les articles 32 et 33 du CPP et dépendent de
la régularité ou non de la procédure de mise en détention préventive.
« Étant donné que la torture est souvent pratiquée pendant la mise au secret, un
registre d’écrou est un outil très efficace pour prévenir la mise au secret et donc
prévenir la torture. »
Manfred Nowak, Rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture de 2004 à 2010
2. Le dossier individuel de chaque détenu est tenu à la prison et contient toutes les pièces justifiant
la détention (mandat d’arrêt provisoire, ordonnance de mise en détention préventive, ordonnance de
10 confirmation de la mise en détention préventive).
3. Le registre du Ministère public central, tenu à la section judiciaire du Parquet, contient les docu-
ments du dossier individuel de chaque détenu.
4. Le registre de détention, tenu à la section judiciaire du Parquet compétent, contient les pièces
de détention.
La fiche du détenu est un outil pratique qui doit permettre aux membres de la société civile, dans
les strictes limites de leur mandat, d’auditionner les détenus. À l’aide des éléments développés dans
la section III de ce document, « La phase pré-juridictionnelle »7, ils identifient la situation judiciaire du
détenu et sont capables de faire remonter aux autorités compétentes les cas de détention abusive.
Maximum de la
Peines minimales et détention préventive
Dispositions
N° Infraction maximales de privation prévue par le CPP
légales
de liberté (fondé sur le taux maximum
de la peine).
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Un bénévole ACAT n’est pas un avocat, ni un défenseur du prisonnier, il n’est pas un démarcheur judi-
ciaire ni un démarcheur de client pour les avocats partenaires.
La mission du bénévole ACAT est d’identifier au regard des textes du Code pénal et du Code de procé-
dure pénale les détentions qui dépassent les délais légaux. Sa mission est d’évaluer les conditions de
vie des prisonniers et proposer de meilleurs outils pour humaniser les prisons.
Le bénévole ACAT est un accompagnateur éducatif du prisonnier. Il n’est pas un professeur de droit
mais un ami qui écoute et soulage un prisonnier oublié parfois dans les labyrinthes de la machine
judiciaire.
Le bénévole ACAT, après avoir constaté une détention abusive, relève tous les éléments, se réfèrent à
l’avocat référent qui vérifie lesdits éléments et c’est l’avocat en étroite collaboration avec le coordon-
nateur du projet, qui décide de la démarche à suivre pour que la violation des droits du ou desdits
prisonniers soit réparée. Il se limite à des entretiens, dans le respect de sa personnalité et de ses com-
pétences.
Le visiteur bénévole doit informer immédiatement la direction Pénitentiaire si les faits suivants lui
16 sont communiqués :
• mise en danger de la vie d’autrui ou la sienne,
• projets d’évasion,
• cas de mauvais traitements.
Chaque bénévole ACAT peut en tout temps demander un entretien à la direction du projet pour être
entendu, écouté ou pour parler d’un problème particulier rencontré avec un détenu. Cette séance doit
faire l’objet d’un rapport écrit.
Toute correspondance entre le bénévole et le détenu doit transiter par l’administration pénitentiaire
dans le strict respect du règlement intérieur de la prison. En aucun cas, le bénévole ne donne ses
coordonnées (adresse + numéro de téléphone) au détenu.
Les colis, lettres ou documents ne doivent ni entrer ni sortir par l’intermédiaire du bénévole ACAT.
Dans le cadre de cette activité bénévole, aucune prise en charge n’est prévue ; elle est totalement
gratuite.
Le membre visiteur s’engage par la signature de la présente charte à respecter scrupuleusement les
points énoncés ci-dessus. En cas de non-respect, le visiteur pourra être exclu du groupe sans préjuger
des éventuelles poursuites judiciaires.
Ce document a été réalisé avec l’aide financière de la Fondation ACAT France, la Tavola Valdese et la
Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en RD Congo.
Le contenu de ce document relève de la seule responsabilité de la FIACAT et de l’ACAT RDC et ne peut
en aucun cas être considéré comme reflétant la position de la Fondation ACAT France, la Tavola
Valdese et la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en RD Congo.