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Livret RDC BD 2

Le guide sur les garanties judiciaires du détenu en République Démocratique du Congo (RDC) aborde les droits à la liberté et à la sécurité des personnes en détention, en mettant l'accent sur les normes internationales et nationales interdisant la torture. Il décrit également le processus de détention préventive, les acteurs impliqués dans le système judiciaire, ainsi que les outils pratiques pour identifier les cas de détention abusive. Enfin, le guide fournit des modèles de lettres pour saisir les autorités compétentes concernant la détention des inculpés.

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Le guide sur les garanties judiciaires du détenu en République Démocratique du Congo (RDC) aborde les droits à la liberté et à la sécurité des personnes en détention, en mettant l'accent sur les normes internationales et nationales interdisant la torture. Il décrit également le processus de détention préventive, les acteurs impliqués dans le système judiciaire, ainsi que les outils pratiques pour identifier les cas de détention abusive. Enfin, le guide fournit des modèles de lettres pour saisir les autorités compétentes concernant la détention des inculpés.

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GUIDE SUR LES GARANTIES JUDICIAIRES DU DÉTENU

RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO (RDC)

Sommaire
I. Le droit à la liberté et à la sécurité des personnes en détention en RDC 1
A. Le droit international et régional applicable en RDC 1
B. L’interdit de la torture en droit congolais 3

II. Le lexique de la détention préventive 4


A. La situation judiciaire du détenu 4
B. Les personnes en charge des dossiers des détenus 5

III. La phase pré-juridictionnelle 6


A. La détention préventive en droit congolais 6
B. Le parcours judiciaire de l’inculpé détenu 8

IV. Les outils pratiques pour identifier les cas de détention abusive 10
A. Les documents administratifs et judiciaires 10
B. Les visites de prison et la fiche de suivi du détenu 10
C. Le tableau des peines de privation de liberté pour les principales infractions en RDC 12

V. La saisine des autorités compétentes : modèles de lettre à compléter et envoyer 13


selon la situation de l’inculpé
A. La demande de main levée de la détention 13
B. La demande de mise en liberté provisoire 14
C. Demande de fixation de l’affaire 15

Annexe : Charte d’éthique des bénévoles ACAT 16

Sous la direction de : Remerciements :


Lionel GRASSY / Nicolas HUET / Guillaume COLIN Aux intervenants et à l’ensemble des participants
à l’atelier de validation du guide : personnel
Avec la participation de : pénitentiaire et judiciaire, membres de la CNDH,
Luc-Fabien NGOYI / Me Déogracias NTOYA / membres de l’ACAT RDC et d’autres organisa-
Me Michel KALEMBA / Bernard KATUMBA NTITE tions de la société civile.

© Fédération
Guide sur internationale
les garanties judiciaires dede l’Actiondétenu
l’inculpé des chrétiens
- RDC pour l’abolition de la torture - mars 2016
I. Le droit à la liberté et à la sécurité des
personnes en détention en RDC

Des mécanismes de protection des droits de l’homme, tant internationaux que régionaux, ont établi
que la surpopulation carcérale peut constituer une violation du droit de ne pas être soumis à la torture.

Dans son rapport annuel présenté le 10 août 2015 devant le Conseil des droits de l’homme des
Nations-Unies1, le Haut-Commissaire aux droits de l’homme a rappelé que « la surpopulation est consi-
dérée comme une forme grave de mauvais traitement, de traitement inhumain ou dégradant, voire de
torture. Cette situation nourrit les tensions et contribue à envenimer les relations entre détenus et entre les
détenus et le personnel, ce qui vient augmenter le risque de mauvais traitements ».

A. Le droit international et régional applicable en RDC


1. La Déclaration universelle des droits de l’homme du 10 décembre 1948

Article 5 : « Nul ne sera soumis à la torture, à des traitements cruels, inhumains ou dégradants ».

2. L’Ensemble des règles minima des Nations Unies pour le traitement des détenus (Règles
Nelson Mandela) adoptées à l’unanimité par l’Assemblée générale des Nations Unies le 1
17 décembre 2015

Règle 1 : « Tous les détenus sont traités avec le respect dû à la dignité et à la valeur inhérentes à la personne
humaine. Aucun détenu ne doit être soumis à la torture ni à d’autres peines ou traitements cruels, inhumains
ou dégradants, et tous les détenus sont protégés contre de tels actes, qui ne peuvent en aucun cas être justifiés
par quelque circonstance que ce soit. »

Règle 111 : « […] 2. Le prévenu est présumé innocent et doit être traité comme tel.
3. Sans préjudice des dispositions légales relatives à la protection de la liberté individuelle ou fixant la procé-
dure à suivre à l’égard des prévenus, ces derniers bénéficieront d’un régime spécial ».

3. La Convention des Nations Unies contre la torture adoptée le 10 décembre 1984 (adhésion
de la RDC le 18 mars 1996)

Article 16.1 : « Tout État partie s’engage à interdire dans tout territoire sous sa juridiction d’autres actes
constitutifs de peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants qui ne sont pas des actes de torture
telle qu’elle est définie à l’article premier lorsque de tels actes sont commis par un agent de la fonction pu-
blique ou toute autre personne agissant à titre officiel, ou à son instigation ou avec son consentement exprès
ou tacite. »
1 - Conseil des droits de l’homme, 30ème session, 10 août 2015, Rapport annuel du Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de
l’homme et rapports du Haut-Commissariat et du Secrétaire général : « Incidences de l’incarcération excessive et de la surpopulation
carcérale sur les droits de l’homme »

Guide sur les garanties judiciaires de l’inculpé détenu - RDC


4. Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques adopté le 16 décembre 1966
(adhésion de la RDC le 1er novembre 1976)

Article 9 : « 1. Tout individu a droit à la liberté et à la sécurité de sa personne. Nul ne peut faire l’objet d’une
arrestation ou d’une détention arbitraire. Nul ne peut être privé de sa liberté, si ce n’est pour des motifs et
conformément à la procédure prévus par la loi. […]
3. Tout individu arrêté ou détenu du chef d’une infraction pénale sera traduit dans le plus court délai de-
vant un juge ou une autre autorité habilitée par la loi à exercer des fonctions judiciaires, et devra être jugé
dans un délai raisonnable ou libéré. La détention de personnes qui attendent de passer en jugement ne
doit pas être de règle, mais la mise en liberté peut être subordonnée à des garanties assurant la comparu-
tion de l’intéressé à l’audience, à tous les autres actes de la procédure et, le cas échéant, pour l’exécution
du jugement ».

5. La Charte Africaine des droits de l’homme et des peuples adoptée le 27 juin 1981 (ratifiée
par la RDC le 20 juillet 1987)

Article 6 : « Tout individu a droit à la liberté et à la sécurité de sa personne. Nul ne peut être privé de sa liberté
sauf pour des motifs et dans des conditions préalablement déterminés par la loi ; en particulier nul ne peut
être arrêté ou détenu arbitrairement. »

6. Les Lignes directrices pour la Prohibition et la prévention de la torture en Afrique adoptées


par la CADHP en octobre 2002 (Lignes directrices de Robben Island)

2 Les États devraient :


Article 27 : « Prendre des dispositions pour que toute personne privée de liberté soit déférée sans délai devant
une autorité judiciaire où elle bénéficie du droit de se défendre elle-même ou de se faire assister par un défen-
seur de préférence de son choix »

Article 33 : « Prendre des mesures pour que toute personne privée de liberté soit traitée conformément aux
normes internationales contenues dans l’Ensemble de règles minima pour le traitement des détenus, adopté
par les Nations Unies ».

7. Les Lignes directrices sur les conditions d’arrestation, de garde à vue et de détention provi-
soire en Afrique adoptées par la CADHP en mai 2014 (Lignes directrices de Luanda)

Principe général : « le terme [détention préventive] s’entend de la période de détention ordonnée par une
autorité judiciaire dans l’attente du procès. »

« Les personnes faisant l’objet d’ordonnances de détention provisoire ont le droit de contester la légalité de
leur détention à tout moment et de demander leur mise en liberté immédiate en cas de détention illégale
ou arbitraire. »

« Toute personne placée en garde à vue ou en détention provisoire doit avoir le droit, personnellement ou
par l’intermédiaire de son représentant, de se pourvoir, sans délais, devant une autorité judiciaire, afin que
la légalité de sa détention soit examinée. Si l’autorité judiciaire considère que la détention est illégale, la per-
sonne a le droit d’être immédiatement libérée. »

Guide sur les garanties judiciaires de l’inculpé détenu - RDC


B. L’interdit de la torture en droit congolais
1. La Constitution du 18 février 2006, telle que modifiée et complétée par la loi n° 11/002 du
20 janvier 2011

L’article 215 de la Constitution prévoit que les traités internationaux ratifiés par la RDC ont une auto-
rité supérieure à celle des lois, c’est-à-dire qu’en cas de conflit entre une loi et les dispositions d’un
tel traité, le juge doit appliquer le traité. À l’exception de certains cas précis, il n’y a pas besoin de loi
de transposition. Ainsi, les juges ont la possibilité d’appliquer directement les traités internationaux
devant les juridictions nationales2.

L’exposé des motifs de la Constitution du 18 février 2006 de la RDC rappelle que : « le constituant congo-
lais réaffirme l’attachement de la RDC aux droits humains et aux libertés fondamentales tels que proclamés
par les instruments juridiques internationaux auxquels elle a adhéré. Aussi, a-t-il intégré ces droits et libertés
dans le corps même de la Constitution ».

L’article 17 de la Constitution de la RDC dispose que : « la liberté individuelle est garantie. Elle est la règle, la
détention l’exception. […] Toute personne accusée d’une infraction est présumée innocente jusqu’à ce que sa
culpabilité ait été établie par un jugement définitif ».

La législation en vigueur reconnaît le droit à toute personne victime de violation de ses droits de recourir à la justice.
L’utilisation excessive de la détention préventive est une pratique courante en RDC ; elle expose un grand
nombre de personnes au risque d’être torturé ou de subir des mauvais traitements.
3
2. La loi n°11/008 du 09 juillet 2011 portant criminalisation de la torture

Depuis juillet 2011, la RDC s’est dotée d’une loi portant criminalisation de la torture. Cette nouvelle
loi modifie et complète le Code pénal congolais (Article 48 bis du Code pénal) en y introduisant une
définition de la torture conforme à la définition de l’article 1 de la Convention contre la torture des
Nations Unies.

Parce que la liberté est la règle et la détention l’exception, la détention préventive doit être stric-
tement encadrée pour éviter les peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. Cette
garantie est d’ailleurs consacrée par le Code de procédure pénale (CPP) dont l’article 28 alinéa 1
dispose que : « La détention préventive est une mesure exceptionnelle. »

La privation de liberté ne doit pas porter atteinte aux autres droits dont bénéficie tout citoyen congo-
lais, notamment celui de ne pas subir de mauvais traitements.

2 - À titre d’exemple un tribunal militaire a refusé, en 2006, d’appliquer la peine de mort prévue dans le Code militaire en ayant recours au
Statut de Rome pour prononcer une condamnation à perpétuité.

Guide sur les garanties judiciaires de l’inculpé détenu - RDC


II. Le lexique de la détention préventive

« La détention préventive est le fait de mettre l’inculpé en état de détention, de le placer en prison pendant
toute ou partie de l’instruction préparatoire, voire, celle-ci terminée, jusqu’à ce que le procès ait fait l’objet
d’une décision définitive. »3

La détention préventive intervient à un moment où la culpabilité est encore incertaine puisque la


procédure peut s’achever par une décision d’acquittement en faveur du prévenu. L’atteinte à la liberté
individuelle d’aller et venir qu’elle entraîne est grave et est parfois anormalement longue. Elle peut être
considérée comme abusive lorsque les personnes en charge du placement en détention préventive
ne respectent pas pleinement les règles qui l’encadrent.

A. La situation judiciaire du détenu


Accusé : toute personne poursuivie par les autorités judiciaires compétentes (officier de police judicaire,
parquet, tribunal) pour des faits infractionnels mis à sa charge.

Suspect : toute personne interpellée par la police judiciaire et contre laquelle il existerait des indices
sérieux de culpabilité susceptibles d’établir qu’elle a pu commettre une infraction à la loi pénale ou par-
ticiper à la commission de celle-ci.
4
Gardé à vue : toute personne suspectée et retenue pendant 48h maximum par un officier de police
judiciaire (OPJ) dans un « amigo » (lieux privatif de liberté dans les locaux de la police).

Détenu : toute personne en situation de privation de liberté, ordonnée soit par l’Officier de police judiciaire,
l’Officier du Ministère public ou par le Juge compétent, admise dans un établissement pénitentiaire.

Rentrent dans cette catégorie :


• Les personnes incarcérées à titre préventif et en attente de jugement ;
• Les personnes condamnées par les tribunaux répressifs (article 112 du CPP) ;
• Les personnes condamnées à mort par un tribunal mais maintenues en détention et en attente de leur exécution ;
• Les enfants en conflit avec la loi placés dans un établissement de garde et d’éducation de l’État.
Inculpé : toute personne poursuivie par l’Officier du Ministère public dans le cadre d’un dossier judiciaire ouvert à
sa charge comme auteur, co-auteur ou complice d’une infraction donnée. Individu qui s’est vu placé sous les liens
d’un mandat d’arrêt provisoire (5 jours maximum) par l’Officier du Ministère public suivi d’une ordonnance de
mise en détention préventive (15 jours renouvelables) en Chambre du conseil par le Juge de paix.

Prévenu : toute personne détenue ou en liberté qui doit comparaitre, par voie de citation à prévenu (sur
requête du Ministère public), devant les juges pour répondre des faits infractionnels qui lui sont imputés
par le Ministère public ou par la partie lésée.

3 - Pierre BOUZZA et Jean PINATEL, Traité de droit pénal et de criminologie, Tome II, Paris 1970, p.121

Guide sur les garanties judiciaires de l’inculpé détenu - RDC


Condamné : toute personne qui à l’issue du procès pénal a fait l’objet soit d’une peine privative de liberté
et d’une amende judiciaire soit de l’une de ces peines seulement. Sont également comprises dans cette
catégorie, les personnes condamnées à mort et qui sont en attente soit de l’aboutissement de leur re-
cours en grâce soit de l’exécution de leur peine capitale4.

B. Les personnes en charge des dossiers des détenus


Personnel administratif pénitentiaire : ensemble de personnes travaillant au sein de l’établissement
pénitentiaire dans le but d’assurer la surveillance, le traitement des détenus et la gestion de leur dossier.

Gardien de la prison : agent de l’administration pénitentiaire placé à la tête d’un établissement péniten-
tiaire. Il préside un Comité de gestion composé d’un gardien, d’un gardien adjoint et de deux adminis-
trateurs nommés par le Ministre de la justice.

Greffier de prison : agent de l’administration pénitentiaire qui gère le traitement des dossiers des condam-
nés (greffe des condamnés) et le traitement des dossiers des inculpés (greffe des détenus préventifs).

Les magistrats :
a) Officiers du Ministère public (OMP) (Magistrats debout)
Ensemble des magistrats du Parquet ayant pour missions de :
• rechercher les infractions à la loi pénale;
• appréhender les auteurs des dites infractions;
• le cas échéant les déférer devant les Cours et Tribunaux. 5
Ils veillent également à la bonne application des lois, règlements et à l’exécution des jugements.

b) Juges (Magistrats assis)


Ensemble des magistrats du Siège (cours et tribunaux) ayant pour mission de juger ou de trancher les litiges
(pénaux, civils et administratifs) qui leur sont soumis.
La mise en état de détention préventive est autorisée par le juge du Tribunal de paix (en Chambre du conseil
au 1er degré). Ce dernier ne statue que sur le maintien ou non en détention de l’inculpé. En outre, l’appel des
ordonnances rendues par le Juge de paix est porté devant le Tribunal de grande instance (Article 38 du CPP).

Chambre du conseil : elle se compose de 3 juges qui ont pour mission de statuer sur la mise en liberté
provisoire ou le maintien de la détention préventive après avoir entendu l’Officier du Ministère public et
l’inculpé (qui peut être assisté de son Conseil).

Greffier du tribunal : officier ministériel, fonctionnaire de l’État, qui siège aux côtés des juges au cours
des audiences publiques ou à huis-clos. Il acte les déclarations de l’inculpé ou de son Conseil, du Minis-
tère public et des juges sur une feuille d’audience qu’on appelle le « plumitif ».

Avocat conseil : ensemble des membres du Barreau ayant pour mission d’assister le détenu, de le repré-
senter pendant son audition devant l’Officier du Ministère public, en Chambre du conseil devant le Juge
et en audience publique une fois que l’affaire est fixée devant le tribunal. Il plaide en faveur du détenu.
4 - La RDC n’a pas encore aboli la peine de mort dans son arsenal juridique (article 5 point 1 du Code pénal congolais) mais n’a pas exécuté
de condamné depuis janvier 2003.

Guide sur les garanties judiciaires de l’inculpé détenu - RDC


III. La phase pré-juridictionnelle

A. La détention préventive en droit congolais5


Les articles 27 à 31 du Code de procédure pénale définissent les conditions du placement en détention
préventive ainsi que la procédure qui encadre la mise en détention préventive.

Sous conditions et dans le strict respect des articles 32 et 33 du CPP, l’inculpé peut bénéficier d’une main levée
de la détention ou d’une mise en liberté provisoire le temps de l’instruction préparatoire. Cette possibilité de
mise en liberté pour l’inculpé intervient avant qu’il ne soit cité à prévenu et jugé sur le fond de l’affaire.

1. Les conditions du placement en détention préventive (article 27 CPP)

Il doit exister des indices sérieux de culpabilité, et le fait réprimé doit être passible d’une peine de prison
d’au moins 6 mois.

Si la peine de prison encourue est inférieure à 6 mois mais supérieure à 7 jours, la mise en détention
préventive est autorisée uniquement :
• s’il y a lieu de craindre la fuite de l’inculpé, ou
6 • si son identité est inconnue ou douteuse, ou
• si, eu égard à des circonstances graves et exceptionnelles, la détention préventive est impérieu-
sement réclamée par l’intérêt de la sécurité publique.

Lorsque les conditions de mise en détention préventive sont réunies, la loi encadre la procédure car elle
doit rester une mesure exceptionnelle.

2. Les délais de détention préventive

a. Phase près le Parquet

Article 28 CPP : « Lorsque les conditions de mise en détention préventive sont réunies, l’Officier du minis-
tère public, peut, après avoir interrogé l’inculpé, le placer sous mandat d’arrêt provisoire [5 jours maximum],
à charge de le conduire devant le juge compétent le plus proche pour statuer sur la détention préventive. »

La mise sous mandat d’arrêt provisoire (MAP) est donc conditionnée dans le temps à 5 jours maximum.
Elle doit également être justifiée par les conditions prévues à l’article 27 du CPP.

Enfin, un inculpé ne peut pas être placé en détention sans avoir été entendu au préalable par l’OMP.

5 - Pour rappel la procédure présentée n’est pas applicable aux militaires.

Guide sur les garanties judiciaires de l’inculpé détenu - RDC


b. La phase près la Chambre du conseil

i. La mise en détention préventive (articles 29 et 30 du CPP)

Endéans le délai de 5 jours (à compter du placement sous mandat d’arrêt provisoire), le Juge du Tribu-
nal de paix statue, par voie d’ordonnance, sur la mise en liberté provisoire sollicitée par l’inculpé (ou
son Conseil) ou sur le maintien en détention préventive requis par le Ministère public. L’ordonnance de
mise en détention préventive a une durée de validité de 15 jours y compris le jour où elle est rendue.

ii. Les possibilités de renouvellement de la détention préventive (article 31 CPP)

La détention préventive peut être prorogée de 1 à 3 fois, pour un mois, si l’intérêt public l’exige :
• Si la peine prévue par la loi n’est pas supérieure à deux mois, la détention préventive ne peut
excéder 1 mois et 15 jours (45 jours) ;
• Si la peine prévue est égale ou supérieure à 6 mois, la détention préventive ne peut excéder
3 mois et 15 jours (105 jours).

À l’expiration de ce délai maximal de 110 jours (5 jours sous mandat d’arrêt provisoire et 105 jours
maximum de détention préventive), le Procureur doit ordonner la mise en liberté de l’inculpé ;
il est supposé que les enquêtes sont terminées et que le dossier est déjà envoyé en fixation devant
le tribunal.
7
Dépassé ces délais, la prolongation de la détention doit être autorisée par le juge compétent statuant
en audience publique.

Tant que l’inculpé n’a pas été cité à prévenu (article 54 CPP) devant une juridiction de jugement par
l’OMP, il dispose de voie de recours pour conserver sa liberté d’aller et venir le temps de l’instruction
préparatoire. Les modalités de ces recours sont fixées par les articles 32 et 33 du CPP et dépendent de
la régularité ou non de la procédure de mise en détention préventive.

Si la procédure est irrégulière ou injustifiée, l’inculpé peut :


• demander la main levée de la détention préventive au Magistrat instructeur (lettre type 1, page 13), ou
• adresser une demande de mise en liberté provisoire (lettre type 2 page 14).
Si la procédure de mise en détention préventive est régulière, l’inculpé peut demander la fixation
de l’affaire dans les plus brefs délais (lettre type 3 page 15).

Guide sur les garanties judiciaires de l’inculpé détenu - RDC


B. Le parcours judiciaire de l’inculpé détenu

Guide sur les garanties judiciaires de l’inculpé détenu - RDC


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Guide sur les garanties judiciaires de l’inculpé détenu - RDC


IV. Les outils pratiques pour identifier les cas
de détention abusive

A. Les documents administratifs et judiciaires


1. Le registre d’écrou est le document d’un établissement pénitentiaire6 où sont transcrits toutes les
informations individuelles des détenus. Ce registre concerne les personnes condamnées ainsi que
celles privées de liberté dont les affaires sont soit en cours d’instruction au niveau du Parquet, soit
fixées devant le tribunal. L’établissement et le maintien d’un registre d’écrou est la condition préalable
essentielle à tout contrôle externe du traitement des détenus.

« Étant donné que la torture est souvent pratiquée pendant la mise au secret, un
registre d’écrou est un outil très efficace pour prévenir la mise au secret et donc
prévenir la torture. »
Manfred Nowak, Rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture de 2004 à 2010

2. Le dossier individuel de chaque détenu est tenu à la prison et contient toutes les pièces justifiant
la détention (mandat d’arrêt provisoire, ordonnance de mise en détention préventive, ordonnance de
10 confirmation de la mise en détention préventive).

3. Le registre du Ministère public central, tenu à la section judiciaire du Parquet, contient les docu-
ments du dossier individuel de chaque détenu.

4. Le registre de détention, tenu à la section judiciaire du Parquet compétent, contient les pièces
de détention.

B. Les visites de prison et la fiche de suivi du détenu


Le contrôle extérieur des prisons est assuré par les avocats du détenu, les autorités administratives et
judiciaires, les associations religieuses, caritatives ou autres, ainsi que les mécanismes internationaux,
régionaux et nationaux habilités à visiter les lieux de détention. Il permet d’assurer le respect des
droits des détenus et le maintien des contacts avec le monde extérieur.

La fiche du détenu est un outil pratique qui doit permettre aux membres de la société civile, dans
les strictes limites de leur mandat, d’auditionner les détenus. À l’aide des éléments développés dans
la section III de ce document, « La phase pré-juridictionnelle »7, ils identifient la situation judiciaire du
détenu et sont capables de faire remonter aux autorités compétentes les cas de détention abusive.

6 - Article 31 de l’ordonnance n 344 du 17 septembre 1965 relatif au régime pénitentiaire..


7 - Voir pp. 6 et 7.

Guide sur les garanties judiciaires de l’inculpé détenu - RDC


11

Guide sur les garanties judiciaires de l’inculpé détenu - RDC


C. Le tableau des peines et délais de détention préventive en RDC8

Maximum de la
Peines minimales et détention préventive
Dispositions
N° Infraction maximales de privation prévue par le CPP
légales
de liberté (fondé sur le taux maximum
de la peine).

1 79 et 80 CPL II Vol simple 5 ans et/ou une amende

2 79 et 81 CPL II Vol qualifié 10 ans

3 98 CPL II Escroquerie 3 mois à 5 ans et/ou une


amende
4 84 du CPL II Extorsion 5 à 20 ans et une amende
3 mois à 5 ans et/ou une
5 95 du CPL II Abus de confiance
amende
6 96 CPL II Stellionat 3 mois à 5 ans et une amende
171 et 170 loi n° 09-001
du 10 janvier 2009
7 Viol d’enfant 7 à 20 ans et une amende
12 portant protection de 110 jours :
l’enfant 5 jours pour le mandat
d’arrêt provisoire et 105
170 de la loi n° 06-018
jours pour l’ordonnance
du 20 juillet 2006 modi-
de mise en détention
8 fiant et complétant le Viol 5 à 20 ans et une amende
préventive si renouve-
décret 1940 portant
lée régulièrement
code pénal Congolais
9 44, 45 et s. du CPL II Meurtre et Assassinat Peine de mort
Coups et blessures 8 jours à 6 mois
10 43 et 46 alinéa 1 CPL II
volontaires simples et une amende
Coups et blessures 1 mois à 2 ans
11 43 et 46 alinéa 2 CPL II
avec préméditation et une amende
Coups et blessures
12 43 et 47 CPL II 2 ans à 5 ans et une amende
volontaires aggravés
Coups et blessures volontaires
13 43 et 48 CPL II 5 ans à 20 ans et une amende
ayant entrainés la mort
8 jours à 1 an et/ou une
14 160 CPL II Menaces d’attentat
amende

8 - Ce tableau renseigne les infractions les plus fréquemment rencontrées en RDC

Guide sur les garanties judiciaires de l’inculpé détenu - RDC


V. La saisine des autorités compétentes :
modèles de lettre à compléter et envoyer selon
la situation de l’inculpé

A. Demande de main levée de la détention au Magistrat instructeur


(article 33 al 1 CPP)
Si les différentes conditions de placement en détention préventive ne sont pas ou plus réunies, l’inculpé
peut faire une demande de main levée de la détention au Magistrat instructeur.

13

Guide sur les garanties judiciaires de l’inculpé détenu - RDC


B. Demande de mise en liberté provisoire (article 32 CPP et
33 al 2 CPP)
Lorsque la main levée de la détention a été refusée et les conditions de placement en détention pré-
ventive ne sont pas ou plus réunies, l’inculpé peut faire une demande de mise en liberté provisoire au
Magistrat instructeur et au Président du Tribunal de paix.

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Guide sur les garanties judiciaires de l’inculpé détenu - RDC


C. Demande de fixation de l’affaire
Durant la phase pré-juridictionnelle, l’inculpé peut demander la fixation de l’affaire (pour un jugement
au fond) afin de se voir remettre une citation à prévenu et d’être fixé sur la date de son jugement.

15

Guide sur les garanties judiciaires de l’inculpé détenu - RDC


Annexe : Charte d’éthique des bénévoles ACAT

Un bénévole ACAT n’est pas un avocat, ni un défenseur du prisonnier, il n’est pas un démarcheur judi-
ciaire ni un démarcheur de client pour les avocats partenaires.

La mission du bénévole ACAT est d’identifier au regard des textes du Code pénal et du Code de procé-
dure pénale les détentions qui dépassent les délais légaux. Sa mission est d’évaluer les conditions de
vie des prisonniers et proposer de meilleurs outils pour humaniser les prisons.

Le bénévole ACAT est un accompagnateur éducatif du prisonnier. Il n’est pas un professeur de droit
mais un ami qui écoute et soulage un prisonnier oublié parfois dans les labyrinthes de la machine
judiciaire.

Le bénévole ACAT, après avoir constaté une détention abusive, relève tous les éléments, se réfèrent à
l’avocat référent qui vérifie lesdits éléments et c’est l’avocat en étroite collaboration avec le coordon-
nateur du projet, qui décide de la démarche à suivre pour que la violation des droits du ou desdits
prisonniers soit réparée. Il se limite à des entretiens, dans le respect de sa personnalité et de ses com-
pétences.

Le visiteur bénévole doit informer immédiatement la direction Pénitentiaire si les faits suivants lui
16 sont communiqués :
• mise en danger de la vie d’autrui ou la sienne,
• projets d’évasion,
• cas de mauvais traitements.
Chaque bénévole ACAT peut en tout temps demander un entretien à la direction du projet pour être
entendu, écouté ou pour parler d’un problème particulier rencontré avec un détenu. Cette séance doit
faire l’objet d’un rapport écrit.

Toute correspondance entre le bénévole et le détenu doit transiter par l’administration pénitentiaire
dans le strict respect du règlement intérieur de la prison. En aucun cas, le bénévole ne donne ses
coordonnées (adresse + numéro de téléphone) au détenu.

Les colis, lettres ou documents ne doivent ni entrer ni sortir par l’intermédiaire du bénévole ACAT.
Dans le cadre de cette activité bénévole, aucune prise en charge n’est prévue ; elle est totalement
gratuite.

Le membre visiteur s’engage par la signature de la présente charte à respecter scrupuleusement les
points énoncés ci-dessus. En cas de non-respect, le visiteur pourra être exclu du groupe sans préjuger
des éventuelles poursuites judiciaires.

Guide sur les garanties judiciaires de l’inculpé détenu - RDC


FIACAT
La Fédération internationale de l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture, la FIACAT, est une
organisation internationale non gouvernementale de défense des droits de l’homme, créée en 1987, qui
lutte pour l’abolition de la torture et de la peine de mort. La Fédération regroupe une trentaine d’associa-
tions nationales, les ACAT, présentes sur quatre continents ; 15 sont actives en Afrique sub-saharienne.

La FIACAT représente ses membres auprès des organismes internationaux et régionaux


Elle bénéficie du Statut consultatif auprès des Nations Unies (ONU) et du Statut d’Observateur auprès de la Com-
mission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP). La FIACAT est également accréditée auprès des
instances de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).
En relayant les préoccupations de terrain de ses membres devant les instances internationales, la FIACAT vise l’adop-
tion de recommandations pertinentes et leur mise en œuvre par les gouvernements. La FIACAT concoure à l’applica-
tion des Conventions internationales de défense des droits de l’homme, à la prévention des actes de torture dans les
lieux privatifs de liberté, à la lutte contre les disparitions forcées et au combat contre l’impunité. Elle participe égale-
ment à la lutte contre la peine de mort en incitant les États à abolir cette disposition dans leur législation.
Pour être encore mieux entendue, la FIACAT est membre-fondateur de plusieurs collectifs d’action, notamment
la Coalition mondiale contre la peine de mort (WCADP), la Coalition internationale contre les disparitions forcées
(ICAED) et membre du Human Rights and Democracy Network (HRDN).

La FIACAT renforce les capacités de son réseau


La FIACAT aide ses associations membres à se structurer. Elle soutient l’action des ACAT pour en faire des ac-
teurs de poids de la société civile, capables de sensibiliser l’opinion publique et d’avoir un impact sur les auto-
rités de leur pays. Elle contribue à faire vivre le réseau en favorisant les échanges, en proposant des formations
et des initiatives communes d’intervention. Ainsi, elle soutient les actions des ACAT et leur apporte un relais
sur le plan international.

ACAT République Démocratique du Congo


L’ACAT RDC a été créée en 1995 et est affiliée à la FIACAT depuis 2008. Elle est présente dans 8 provinces
et dans la capitale de la RDC : Kinshasa. L’ACAT RDC a principalement pour objectif de lutter contre la
torture, la peine de mort, l’impunité et les exécutions extra-judiciaires. Elle sensibilise la société civile aux
droits de l’homme et les autorités au respect de leurs engagements.
Les activités de l’ACAT RDC se concentrent prioritairement sur la sensibilisation à l’interdit absolu de la
torture et autres traitements cruels, inhumains et dégradants et à l’inhumanité de la peine de mort. Elle
travaille dans les lieux privatifs de liberté en réalisant une surveillance des lieux de détention et en accor-
dant une assistance judiciaire aux détenus.

FIACAT ACAT RDC


27 rue de Maubeuge 272 avenue Buta
75 009 Paris – France Commune de Lingwala – Kinshasa- RDC
Tél : +33 (0)1 42 80 01 60 Tél : +243 81 685 35 66 / 81 375 67 13
E-mail : [email protected] E-mail : [email protected] /
Site web : www.fiacat.org [email protected]
Guide sur les garanties judiciaires de l’inculpé détenu - RDC
GUIDE SUR LES GARANTIES JUDICIAIRES
DE L’INCULPÉ DÉTENU - RDC

Destiné aux professions judiciaires, au personnel pénitentiaire, aux inter-


venants en milieu carcéral (membres d’organisations de la société civile,
travailleurs sociaux, religieux) et à tous les citoyens s’interrogeant sur les
droits du prisonnier, ce document décrit l’intégralité du parcours d’un dé-
tenu depuis son inculpation jusqu’à sa mise en liberté. Véritable outil de
défense des personnes détenues contre l’inapplication de la loi, ce guide
est l’outil indispensable à toute personne reliée de près ou de loin au
monde carcéral.

Réalistation : Bruno Beaubrun (Mémoire de l’oeil) - 06 18 17 68 44

Ce document a été réalisé avec l’aide financière de la Fondation ACAT France, la Tavola Valdese et la
Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en RD Congo.
Le contenu de ce document relève de la seule responsabilité de la FIACAT et de l’ACAT RDC et ne peut
en aucun cas être considéré comme reflétant la position de la Fondation ACAT France, la Tavola
Valdese et la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en RD Congo.

FIACAT ACAT RDC


27, rue de Maubeuge 272 avenue Buta
75009 Paris - France Commune de Lingwala – Kinshasa- RDC
Tél : +33 (0)1 42 80 01 60 Tél : +243 81 685 35 66 / 81 375 67 13
E-mail : [email protected] E-mail : [email protected] /
Site web : www.fiacat.org [email protected]

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