RP 15027 TRI N’DJ
NOTE DE PLAIDOIRIE
POUR : Monsieur MUNGOBO TAMBWE (cité)
Par ses conseils Me MUSENGE LUKELO Trudon et Me KITWANGA
TAMBWE Sphynx Alexandre, Tous avocats près la cour d’appel
CONTRE : - Le Ministère public et
- Partie civile EBENGO KOKO comparaissant par ses conseils Me NIGIENGI,
PENE DJEKA, MUKIKIERE Jackson respectivement avocats près la cour
d’appel et défenseurs judiciaires.
- Vu la citation directe
- Vu les pièces du plaidant cotées de ….à ….
- Vu le réquisitoire du Ministère public
Par son action le citant entend obtenir du tribunal de céans la condamnation du cité pour
les infractions d’escroquerie et d’imputations dommageables ainsi que le paiement des dommages
et intérêts au montant de 15.000 $ ;
Attendu que le tribunal rejettera ces prétentions pour les raisons ci-bas développées après un bref
analyse des faits ;
1. En fait.
Attendu qu’au mois d’aout 2014, Monsieur EBENGO KOKO contactera le plaidant pour
louer l’immeuble de ce dernier sis avenue TSHIANGANI n0 3, Q/Matadi, dans la commune de
Masina ;
Que le plaidant lui fera visiter l’immeuble, composé de sept salles et un bureau et un
contrat sous seing privé fut établi pour une garantie de 1320 $ U ;
Qu’au mois d’octobre 2014, le citant demandera au plaidant d’aller à la commune pour
passer un contrat légalisé comme l’exige la loi, ce qui fut fait et le prix du loyer convenu a 250 $
/mois et la garantie complétée par les frais précédemment donnés pour construction atteignit
l’équivalent de 3.000 $ US ;
Qu’arriver au mois d’avril 2015 soit neuf mois après le début du bail, aucun loyer n’a été
payé par le citant, est qui plus est même les factures d’eau et d’électricité n’ont pas été honorées,
ce qui poussera le plaidant à contacter les services de l’habitat pour obtenir un préavis ;
Que c’est là que le calcul pour le loyer de six salles sera fait au taux maximum de 218 $ ;
Que le citant écrira à l’habitat en date du 25 Septembre 2015 pour obtenir l’annulation du
contrat ;
Qu’en réponse, les services de l’habitat retireront leur visa au contrat liant le plaidant et le
citant et l’annuleront par conséquence ;
Que notifié de cette décision en date du 22 Décembre 2015, le plaidant écrira au citant en
date du 11 Janvier 2016 pour dénoncer la continuation de l’occupation malgré la fin du bail ;
Que cette correspondance fait l’objet des présentes poursuites ;
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2. En droit
Attendu que le plaidant est poursuivi pour escroquerie de la garantie locative et du loyer de la 7ième
salle et pour imputation dommageable dans sa correspondance du 11 Janvier 2016 ;
Qu’il sied de démontrer que ces infractions ne sont pas établies dans le chef plaidant ;
A. Concernant l’infraction d’escroquerie (Art 98 CPL II)
Attendu qu’une infraction n’est consommée que si l’agent a accompli tous les actes matériels
essentiels constitutifs de l’infraction ;
Que l’absence d’un seul acte dans le maillon des actes constitutifs suffit à écarter la culpabilité de
l’agent ;
Que l’infraction d’escroquerie est prévue est puni par l’art 98 de CPL II dont l’analyse
progressive fait ressortir les éléments constitutifs ;
i. Elément matériel de l’infraction d’escroquerie
Attendu que l’élément matériel de l’infraction d’escroquerie se compose d’une suite d’actes dont
l’analyse se présente de la manière suivante :
i. Quiconque, dans le but de s’approprier quelque chose appartenant à autrui
Attendu qu’aux termes de la loi, ne peut être poursuivi pour escroquerie que celui a eu pour but de
s’approprier quelque chose appartenant à autrui ;
Qu’in casus specie, le plaidant reconnaît avoir reçu de la part de M EBENGO 3000 dollars à titre
de garantie locative (constitué de 1320 $ en espèces et de 1680 $ en matériaux de construction) ;
Que cette somme n’a jamais été nié par le plaidant qui le reconnait comme une garantie locative,
donc une somme appartenant au locataire qu’est le citant et dont la garde est confiée est au bailleur qui se
sait n’être qu’un gardien devant restituer la somme en question à la fin du bail conformément aux
dispositions de l’art 19 de la loi n 15/0025 du 31 décembre 2015 relative aux baux a loyer non
professionnels ;
Que concernant le loyer de la 7ème salle ;
Attendu que la fraude corrompt tout ;
Attendu que le plaidant a mis à la disposition du locataire 7 salles ;
Que le locataire reconnait à l’art 2 du contrat de bail avoir visité les lieux loués lesquels sont
conformes au PV d’enquête (voir pièce n0 …….. du dossier du plaidant.) ;
Que l’enquête des services compétents de l’habitat confirmera cet état de chose en affirmant
expressis verbis que le bâtiment se compose de 7 salles de Classe (voir pièce n0……du dossier du
plaidant) ;
Qu’au sujet du loyer de la 7ème salle, il ressort de l’instruction que, contrairement aux contre
vérités du citant qui affirme dans sa citation « le cité perçoit le prix mensuel du bail de 250$ (prix de 7
salles + 1 bureau) alors que le cité n’a disposé que 6 salles + 1 bureau) voir pg … paragraphe
……………………,que les calculs effectués par les services de l’habitat prouvent que le citant n’a
jamais rien payé pour la 7ème salle ;
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Qu’invité à plusieurs reprises à produire la preuve de paiement des 250$ le citant n’a jamais
produit les preuves de ces paiements même pas pour un seul mois ;
Qu’il essaiera même de tromper la vigilance du tribunal en exhibant non pas la preuve de
paiement de loyer, mais plutôt la preuve de paiement de l’acompte sur les travaux à effectuer au 1er
niveau, acompte payer en barre de fer, sac de ciment ( Voir pièces n° …du dossier du plaidant) ;
Qu’invité pour éclairer le tribunal la cheffe de bureau Maman Lyliane Kapinga Mulembwe qui
suit le dossier de très près affirmera clairement que le taux de loyer avait été rabattu à 218$ pour les 6
salles que le citant prétend occuper. Que le citant n’avait jamais payé 250$ même pas une fois.
Que plusieurs fois il lui a été demandé de produire les preuves de sa libération par rapport a cette
obligation de payer le loyer, sans résultat ;
Qu’aucune preuve de paiement de loyer n’a été apportée au tribunal ;
Que pour preuve de l’absence de paiement du loyer de la 7 ième salle, les calculs effectués par les
services compétents de l’habitat lors du calcul des arriérés des 9 mois non payés démontrent que le citant
n’a payé que pour 6 salles. (voir pièce n0 ……. du dossier du plaidant)
Qu’il est impossible au plaidant comme à quiconque de s’approprier une somme (loyer de la 7ème
salle) qui ne lui a jamais été remis.
Que cette volonté de s’approprier quelque chose appartenant à autrui faisant defaut dans le chef
du plaidant, l’infraction n’est pas établie
ii. …se fait remettre ou délivrer des fonds…
Attendu que l’infraction d’escroquerie implique aussi que l’agent se soit fait remettre ou délivrer
quelque chose
Que dans la présente cause le plaidant ne s’est pas fait remettre quelque chose
Qu’en effet se faire remettre implique l’idée d’inciter autrui à vous remettre quelque chose, d’où le
lien avec les manœuvres frauduleuses dont nous parlerons dans nos développements ultérieurs
Or dans le cas d’espèce, aucune incitation n’a été faite au citant pour qu’il paie sa garantie, bien au
contraire c’est le citant qui le premier est venu proposer le contrat au plaidant, c’est encore le citant qui
proposera au plaidant d’aller à la commune pour obtenir un contrat légal ;
Que c’est là au niveau de l’habitat que la garantie passera de 1320 $ à 3000 $ comme expliqué
précédemment, de sorte que le plaidant ne s’est pas fait remettre les 3000 $ mais il s’est vu remettre les
3000 $ prétendument escroqués
Que concernant les loyers de la 7ème salle, ne les ayant jamais perçus, le plaidant n’a pu se les faire
remettre ;
Que cet élément faisant défaut, l’infraction ne peut être établi dans le chef du plaidant ;
iii. En usant des manœuvres frauduleuses.
Attendu que pour qu’il y ait escroquerie, il faut que l’agent ait eu recours à des manœuvres
frauduleuses
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Que la doctrine renseigne que les manœuvres frauduleuses exigent la réunion des éléments
suivants :
i. La mauvaise foi
ii. Des machinations, c.à.d. des artifices, mises en scènes combinaisons pour surprendre et
tromper la confiance au moyen d’éléments extérieurs et matériels de nature à rendre vraisemblables les
allégations de l’autrui ;
Que le tribunal constatera qu’aucune mauvaise foi ou machination n’est à mettre à l’actif du
plaidant en ce qu’il a passé le contrat pour 7 salles et a effectivement mis à la disposition du citant 7 salles
comme attesté dans le PV d’enquête de l’habitat (pièce …………)
Qu’ainsi, les manœuvres frauduleuses font défaut rendant impossible la consommation de
l’infraction d’escroquerie
Qu’aucun des actes constituant l’élément matériel de l’infraction d’escroquerie n’ayant été
accompli par le plaidant, l’élément matériel fait défaut
L’élément matériel faisant défaut, l’on ne saurait parler de l’élément moral.
Que le tribunal constatera l’absence de tous les éléments constitutifs de l’infraction d’escroquerie
et acquittera la cité ;
B. De l’infraction d’imputation dommageable
Attendu que le citant poursuis le plaidant pour imputation dommageable suite à la correspondance
lui adressée par ce dernier en date du 11 /01 /2016 dans laquelle il lui rappelait l’annulation du contrat de
bail qui les unissaient, l’informait de l’illégalité de l’occupation postérieure à cette annulation et l’invitait
à un protocole d’accord ;
Qu’il convient de démontrer la véracité de faits contenus dans ladite correspondance ainsi que
l’opportunité de celle-ci avant d’établir l’absence de la réunion de tous les éléments constitutifs de
l’infraction ;
1. Des préalables
a) De la nullité du contrat
Attendu que le contrat de bail conclu entre le plaidant et le citant l’a été sous l’empire de
l’arrêté n0 SC/0118/BGV/MIN.AFUH/PLS/2013, il sied donc de replacer les choses dans leur contexte
pour mieux les analyser ;
Attendu que l’arrêté susmentionné conditionnait la validité du contrat par l’apposition du visa des
services compétents de l’habitat en affirmant a son article 4 que : « tout contrat de bail doit être visé selon
les cas par le chef de service communal ou le chef de division urbaine ayant l’habitat dans ses
attributions. »
Que cette exigence faisait du contrat de bail un contrat exclusivement solennel, de sorte que
l’opération juridique bail ne peut être constatée que par un acte authentique ;
Qu’en d’autres termes la loi exige l’acte authentique comme condition de validité de l’acte
juridique, du Negotium, dans ce cas l’existence même du contrat est liée a la forme authentique et dès lors
la nullité qui frappe l’instrument de preuve réagit sur l’acte lui-même et entraine l’inexistence de ce
dernier. (P. Orban, Droit civil du Congo belge ,T III, p 851) ;
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b) De l’opportunité de la correspondance
Attendu que l’acte de retrait de visa et d’annulation date du 21 Décembre 2015 ;
Que dès cet instant le plaidant pouvait s’en prévaloir car le contrat avait cessé d’exister ;
Qu’en effet, la doctrine affirme au sujet de l’entrée en application d’un acte administratif
individuel que : « un individu peut se faire prévaloir d’un acte individuel non encore notifiée du moment
que cet acte le vise directement. » (KABANGE NTABALA ,Droit administratif, Publications des facultés
de Droit,Kinshasa , 2015, p34) ;
Que ce n’est donc pas prématurément mais bien à bon droit que le plaidant a écrit au citant en date
11 janvier 2016 soit trois semaines plus tard ;
2. Des éléments constitutifs de l’infraction
a) Absence de l’élément injuste
Attendu que la loi ne peut se contredire, quelle ne peut sanctionner un comportement qu’elle
autorise, qu’elle ne peut réprimer des actes qu’elle permet ;
Attendu que l’acte matériel, constitutive de l’infraction doit avoir lieu en violation du droit. Or un
fait bien que rentrant dans la définition légale d’un délit, bien qu’exécuté par l’agent avec discernement et
volonté peut ne pas être criminel, parce que l’agent avait le droit de l’accomplir. (R.Garraud, Précis de
droit criminel,10ieme Ed, 1909,pg 220) ;
Que l’agent doit se trouver dans des circonstances déterminées qui légitiment son action. Ces
circonstances portent le nom "de faits justificatifs" et elles entraînent l'impunité de l'auteur de l'acte car
elles constituent des causes de non-culpabilité qui entraînent la disparition de l'élément légal de
l'infraction. Ce sont des causes objectives d'irresponsabilité ( http://carlscoaching.over-blog.com/article-
34066989.html );
Qu’au titre des faits justificatifs figurent l’ordre de la loi et le commandement de l’autorité
légitime ;
Que s’agissant particulièrement de l’ordre de la loi, il faut y entendre toutes les fois où la loi
ordonne ou autorise un comportement ainsi en est-il des perquisitions domiciliaires ordonnées par les
magistrats qui, sans être ordonnées par la loi, sont autorisées par celle-ci et qui sans cette autorisation
constitueraient des véritables violations de domiciles ;
Qu’ainsi il est admis comme principe général de droit : "n'est pas pénalement responsable la
personne qui accomplit un acte prescrit ou autorisé par des dispositions législatives ou réglementaires."
(Code pénal français article 122-4 alinéa 1) ;
Qu’in casus specie l’art 413 du CCL III impose au bailleur de manifester au locataire à la fin du
bail, son opposition à la continuation de la jouissance, sous peine d’entrainer une reconduction tacite ;
Que c’est donc en se conformant à cette disposition légale que le bailleur a écrit au locataire en
date du 11 Janvier 2016 pour manifester son opposition à la continuation d’une occupation en dehors d’un
contrat légal, car le contrat qui les liaient avait été annulé depuis le 21 Décembre 2015 ;
Que le plaidant ne saurait être tenu coupable d’une infraction pour avoir appliqué une disposition
légale ;
Qu’entendu qu’en sus de cela que l’article 44 de la loi n0 15/025 du 31 Décembre 2015 relative
aux baux à loyer non professionnels érige en infraction l’occupation d’un immeuble d’autrui en dehors
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d’un contrat en disposant : « Quiconque occupe un immeuble d’autrui sans l’accord préalable du
propriétaire ou en dehors d’un contrat de bail est puni de un an a deux ans de servitude pénale principale
et d’une Amende de 250.000 francs congolais ou d’une de ces peines seulement. » ;
Que s’estimant victime d’une infraction que c’est à bon droit et sans intention de nuire donc sans
méchanceté que le plaidant a transmis copie pour information de sa correspondance aux autorités tant
administratives que judiciaires ;
Que le tribunal de céans aux vues des éléments qui précédent dira non établie l’infraction
d’imputation dommageable ;
PAR CES MOTIFS :
Sous toutes réserves, généralement quelconques ;
PLAISE AU TRIBUNAL :
De dire irrecevable et non fondé la présente cause ;
Dire non établies en fait comme en droit les infractions d’escroquerie et d’imputations
dommageables mise à la charge du cité ;
L’acquitter purement et simplement de toute poursuite ;
Frais et dépens que droit ;
Et vous ferez justice ;
Fait à Kinshasa le 21 /03 /2015
Pour le plaidant
L’un de ses conseils
Me KITWANGA TAMBWE