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Du Bellay

Du Bellay défend la langue française contre les accusations de barbarie, affirmant qu'elle ne doit pas être considérée comme inférieure par rapport au grec et au latin. Il attribue la richesse limitée de la langue française à l'ignorance de ses ancêtres qui n'ont pas cultivé son potentiel, contrairement aux Grecs et Romains. Il exprime l'espoir que la langue française s'épanouira à l'avenir, produisant des œuvres aussi grandes que celles des anciens maîtres.

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Du Bellay défend la langue française contre les accusations de barbarie, affirmant qu'elle ne doit pas être considérée comme inférieure par rapport au grec et au latin. Il attribue la richesse limitée de la langue française à l'ignorance de ses ancêtres qui n'ont pas cultivé son potentiel, contrairement aux Grecs et Romains. Il exprime l'espoir que la langue française s'épanouira à l'avenir, produisant des œuvres aussi grandes que celles des anciens maîtres.

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Du Bellay, Défense et illustration de la langue française

CHAPITRE II : que la langue française ne doit être nommée barbare

Pour commencer donc à entrer en matière, quant à la signification de ce mot : Barbares anciennement étaient
nommés ceux qui ineptement parlaient grec. Car comme les étrangers venant à Athènes s'efforçaient de parler grec,
ils tombaient souvent en cette voix absurde . Depuis, les Grecs transportèrent ce nom aux moeurs brutaux et cruels,
appelant toutes nations, hors la Grèce, barbares. Ce qui ne doit en rien diminuer l'excellence de notre langue, vu que
cette arrogance grecque, admiratrice seulement de ses inventions, n'avait loi ni privilège de légitimer ainsi sa nation
et abâtardir les autres, comme Anacharsis disait que les Scythes étaient barbares entre les Athéniens, mais les
Athéniens aussi entre les Scythes. Et quand la barbarie des moeurs de nos ancêtres eut dû les mouvoir à nous
appeler barbares, si est-ce que je ne vois point pourquoi on nous doive maintenant estimer tels, vu qu'en civilité de
moeurs, équité de lois, magnanimité de courages, bref, en toutes formes et manières de vivre non moins louables
que profitables, nous ne sommes rien moins qu'eux ; mais bien plus, vu qu'ils sont tels maintenant, que nous les
pouvons justement appeler par le nom qu'ils ont donné aux autres. Encore moins doit avoir lieu de ce que les
Romains nous ont appelés barbares, vu leur ambition et insatiable faim de gloire, qui tâchaient non seulement à
subjuguer, mais à rendre toutes autres nations viles et abjectes auprès d'eux, principalement les Gaulois, dont ils ont
reçu plus de honte et dommage que des autres. [...].

CHAPITRE III : Pourquoi la langue française n'est si riche que la grecque et latine

Et si notre langue n'est si copieuse et riche que la grecque ou latine, cela ne doit être imputé au défaut d'icelle,
comme si d'elle-même elle ne pouvait jamais être sinon pauvre et stérile : mais bien on le doit attribuer à l'ignorance
de nos majeurs, qui, ayant (comme dit quelqu'un, parlant des anciens Romains) en plus grande recommandation le
bien faire, que le bien dire, et mieux aimant laisser à leur postérité les exemples de vertu que des préceptes, se sont
privés de la gloire de leurs bienfaits, et nous du fruit de l'imitation d'iceux : et par même moyen nous ont laissé notre
langue si pauvre et nue qu'elle a besoin des ornements, et (s'il faut ainsi parler) des plumes d'autrui. Mais qui
voudrait dire que la grecque et romaine eussent toujours été en l'excellence qu'on les a vues du temps d'Homère et
de Démosthène, de Virgile et de Cicéron ? et si ces auteurs eussent jugé que jamais, pour quelque diligence et
culture qu'on y eût pu faire, elles n'eussent su produire plus grand fruit, se fussent-ils tant efforcés de les mettre au
point où nous les voyons maintenant?

Ainsi puis-je dire de notre langue, qui commence encore à fleurir sans fructifier, ou plutôt, comme une plante et
vergette, n'a point encore fleuri, tant s'en faut qu'elle ait apporté tout le fruit qu'elle pourrait bien produire. Cela
certainement non pour le défaut de la nature d'elle, aussi apte à engendrer que les autres, mais pour la coulpe de
ceux qui l'ont eue en garde, et ne l'ont cultivée à suffisance, mais comme une plante sauvage, en celui même désert
où elle avait commencé à naître, sans jamais l'arroser, la tailler, ni défendre des ronces et épines qui lui faisaient
ombre, l'ont laissée envieillir et quasi mourir. Que si les anciens Romains eussent été aussi négligents à la culture de
leur langue, quand premièrement elle commença à pulluler, pour certain en si peu de temps elle ne fût devenue si
grande. Mais eux, en guise de bons agriculteurs, l'ont premièrement transmuée d'un lieu sauvage en un
domestique ; puis afin que plus tôt et mieux elle pût fructifier, coupant à l'entour les inutiles rameaux, l'ont pour
échange d'iceux restaurée de rameaux francs et domestiques, magistralement tirés de la langue grecque, lesquels
soudainement se sont si bien entés et faits semblables à leur tronc, que désormais n'apparaissent plus adoptifs, mais
naturels. De là sont nées en la langue latine ces fleurs et ces fruits colorés de cette grande éloquence, avec ces
nombres et cette liaison si artificielle, toutes lesquelles choses, non tant de sa propre nature que par artifice, toute
langue a coutume de produire. Donc si les Grecs et Romains, plus diligents à la culture de leurs langues que nous à
celle de la nôtre, n'ont pu trouver en icelles, sinon avec grand labeur et industrie, ni grâce, ni nombre, ni finalement
aucune éloquence, nous devons nous émerveiller, si notre vulgaire n'est si riche comme il pourra bien être, et de là
prendre occasion de le mépriser comme chose vile, et de petit prix. Le temps viendra (peut-être) et je l'espère
moyennant la bonne destinée française que ce noble et puissant royaume obtiendra à son tour les rênes de la
monarchie, et que notre langue (si avec François n'est du tout ensevelie la langue française) qui commence encore à
jeter ses racines, sortira de terre, et s'élèvera en telle hauteur et grosseur, qu'elle se pourra égaler aux mêmes Grecs
et Romains, produisant comme eux des Homères, Démosthènes, Virgiles et Cicérons, aussi bien que la France a
quelquefois produit des Périclès, Nicias, Alcibiades, Thémistocles, Césars et Scipions.

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