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MESLI Houda

Ce mémoire présente une recherche sur l'architecture bioclimatique en mettant l'accent sur le retour aux origines traditionnelles, en prenant le cas du Ksar de Taghit. Il souligne l'importance de l'architecture vernaculaire comme une solution durable et respectueuse de l'environnement, tout en valorisant le patrimoine historique. Les mots clés incluent l'architecture vernaculaire, le développement durable et l'architecture bioclimatique.

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MESLI Houda

Ce mémoire présente une recherche sur l'architecture bioclimatique en mettant l'accent sur le retour aux origines traditionnelles, en prenant le cas du Ksar de Taghit. Il souligne l'importance de l'architecture vernaculaire comme une solution durable et respectueuse de l'environnement, tout en valorisant le patrimoine historique. Les mots clés incluent l'architecture vernaculaire, le développement durable et l'architecture bioclimatique.

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‫اﻟﺠﻤﮭﻮرﯾﺔ اﻟﺠﺰاﺋﺮﯾﺔ اﻟﺪﯾﻤﻘﺮاطﯿﺔ اﻟﺸﻌﺒﯿﺔ‬

République Algérienne Démocratique et Populaire


‫وزارة اﻟﺘﻌﻠﯿﻢ اﻟﻌﺎﻟﻲ واﻟﺒﺤﺚ اﻟﻌﻠﻤﻲ‬
Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique

Université Mohamed Kheider – Biskra


‫ﻛﻠﻴﺔ اﻟﻌﻠﻮم و‬ ‫ﺟﺎﻣﻌﺔ ﻣﺤﻤﺪ ﺧﯿﻀﺮ ﺑﺴﻜﺮة‬
Faculté des Sciences et de la technologie ‫اﻟﺘﻜﻨﻮﻟﻮﺟ ﺎ‬ ‫ﻛﻠﯿﺔ اﻟﻌﻠﻮم واﻟﺘﻜﻨﻮﻟﻮﺟﯿﺎ‬
Département : D’architecture
‫ اﻟﮭﻨﺪﺳﺔ اﻟﻤﻌﻤﺎرﯾﺔ‬:‫ﻗﺴﻢ‬
…..:‫اﻟﻤﺮﺟﻊ‬
Réf :……………… ‫ﺟﺎﻣﻌﺔ ﳏﻤﺪ ﺧﻴﻀﺮ ﺑﺴﻜﺮة‬

Mémoire présenté en vue de l’obtention


Du diplôme de

Magistère en : Architecture

Option : Ville et architecture au Sahara

CONSTRUIRE UNE ARCHITECTURE BIOCLIMATIQUE


PAR LE RETOUR AUX ORIGINES TRADITIONNELLES
(CAS DU TAGHIT)

Présentée par :
Melle MESLI Houda

COMPOSITION DU JURY :
Pr. HAMOUINE Abdel Madjid Professeur Rapporteur Université de Béchar

Pr. BELAKEHAL Azzedine Professeur Président Université de Biskra

Dr. BIARA Widad Ratiba Maitre de conférences Examinateur Université de Béchar


(Classe A)

Dr. HAMOUDA Abida Maitre de conférences Examinateur Université de Batna


(Classe A)
A mes Parents

A mes Frères

A mes Sœurs

A mes chers Amis


Au terme de ce travail, je tiens à exprimer d’une manière très particulière mes
sincères remerciements à mon encadreur Mr Hamouine Abdelmadjid, pour son
apport considérable, ses précieuses orientations et ses encouragements.

Comme je tiens également à formuler mes remerciements en signe de


gratitude et de reconnaissance à :

Aux membres du jury qui ont pris la peine de lire et de relire ce travail,
de le corriger, et de nous honorer de leur présence et enfin d’évaluer
cette recherche.
A Mr Mebarki Tayeb, (guide touristique à la ville de Taghit), qui ma aidé, et
guidé durant mes visites au Ksar Taghit, ainsi pour les documents qui ma
donnés.
A Mr Didi Mohammed, pour ses conseils et ses corrections.
Pour mes amis qui m’on soutenir et m’encourager durant les moments
difficiles de cette recherche.
A tous ceux qui ont contribué de prés ou de loin à l’élaboration de cette
recherche.
RESUME
Architecture « durable », « écologique », ou environnementale quels que soient les termes
en usage (….), une architecture respectueuse de l’environnement qui se présentant comme
une ambition, une alternative urgente pour notre nouveau siècle au centre d’une prise de
conscience environnementale, qui n’est pas nouvelle ; une conscience qui était la
référence et le support d’une architecture ancienne dite vernaculaire, souvent définit
comme indigène, primitive ou sans architecte longtemps dévalorisée et sous estimée, d’où
cette dernière renferme des solutions et des alternatives qui répondent et correspondent
aux questions environnementales et sociales, elles a pour principale qualité de s’adapter à
son milieu. Elle est le fruit d’un long processus d’adaptation et de traditions transmises de
génération en génération.

Donc la réflexion que nous proposons dans ce travail, tente de mettre en évidence la
pertinence du vernaculaire et sa correspondance dans l’architecture durable, et cela par la
mise en valeur des richesses d’un patrimoine. En effet la richesse du passé nous rappelle
combien il est important de mettre en exergue les repères d’une identité historique qui
sera source d’une nouvelle inspiration.

Mots clés : Architecture vernaculaire, développement durable, architecture


bioclimatiques, cités arabo-musulmanes, ksour, retour aux origines.

SUMMARY
« Durable », « Ecological », or « Environmental architecture » whatever the terms of use
(….), it’s a respectful architecture of the environment itself which being presented in the
form of an ambition, an urgent alternative for our new century in the middle
of an environmental awakening, which is not new; A consciousness which was the
reference and the support of an old architecture known as vernacular, often defines like
native, primitive or without architect, always devalued and underestimated, hence it
contains and offer solutions and alternatives which answer and correspond to the actual
environmental and social issues, respecting environment, and preserving natural resources
are the mains qualities of vernacular architecture. It is the fruit of a long process of
adaptation and traditions transmitted from generation to generation.

Thus the reflection that we propose in this work “Building Bioclimatic architecture by
returning to traditional origins” case of Ksar Taghit, try to highlight the pertinence of
vernacular behaviors and its correspondence in sustainable architecture, by enhancing the
generosity of heritage.

In fact the richness of the past recalls us how much it is important to put forward the
reference marks of a historical identity which will be the source of a new inspiration

Keywords: Vernacular architecture, sustainable development, bioclimatic


architecture, arabo-musulman cities, ksour, return to origins
‫ﻣــــــــﻠــــﺨــــــــــﺺ‬

‫اﻟﻌﻤﺎرة "اﻟﻤﺴﺘﺪاﻣﺔ"‪" ،‬اﻟﺨﻀﺮاء" أو "اﻟﺒﻴﺌﻴﺔ" ﻣﻬﻤﺎ ﻛﺎﻧﺖ اﻟﻤﺼﻄﻠﺤﺎت اﻟﻤﺴﺘﺨﺪﻣﺔ )‪ ،(....‬ﻓﻬﻲ‬


‫ﻋﻤﺎرة ﻣﻔﻬﻮﻣﻬﺎ اﺣﺘﺮام اﻟﺒﻴﺌﺔ واﻟﻤﺤﺎﻓﻈﺔ ﻋﻠﻴﻬﺎ‪ ،‬ﺟﺎءت ﻛﻄﻤﻮح وﺑﺪﻳﻞ ﻋﺎﺟﻞ ﻓﻲ اﻟﻌﺼﺮ اﻟﺤﺪﻳﺚ‬
‫ودﻟﻚ ﻓﻲ ﻇﻞ اﻧﺘﺸﺎر ﻣﻔﻬﻮم اﻟﻮﻋﻲ اﻟﺒﻴﺌﻲ‪.‬‬

‫ﻣﻔﻬﻮم ﻟﻴﺲ ﺑﺤﺪﻳﺚ ‪ ،‬ﺣﻴﺚ ﻳﻌﺘﺒﺮ ﻫﺬا اﻷﺧﻴﺮ ﻛﺄﺳﺎس وﻣﺒﺪأ ﻟﻠﻌﻤﺎرة اﻟﻌﺎﻣﻴﺔ اﻟﺴﺎﺑﻘﺔ‪ ،‬واﻟﺘﻲ‬
‫ﻏﺎﻟﺒﺎ ﻣﺎ ﺗﻌﺮف ﺑﺎﻟﺒﺪاﺋﻴﺔ أو ﺑﺪون ﻣﻬﻨﺪس‪ ،‬ﻋﻤﺎرة ﻟﻄﺎﻟﻤﺎ ﻫﻤﺸﺖ ﻏﻴﺮ أﻧﻬﺎ ﺗﺤﻤﻞ ﻓﻲ ﻃﻴﺎﺗﻬﺎ ﺣﻠﻮﻻ‬
‫وﺑﺪاﺋﻞ ﺗﻠﺒﻲ وﺗﺘﻮاﻓﻖ ﻣﻊ ﻣﺨﺘﻠﻒ اﻟﻘﻀﺎﻳﺎ اﻟﺒﻴﺌﻴﺔ واﻻﺟﺘﻤﺎﻋﻴﺔ اﻟﺤﺎﻟﻴﺔ‪ ،‬ﺣﻴﺚ ﻳﻌﺘﺒﺮ اﻟﺘﻜﻴﻒ‬
‫اﻟﺒﻴﺌﻲ اﺣﺪ أﻫﻢ ﻣﻴﺰاﺗﻬﺎ اﻟﻤﺴﺘﻤﺪة واﻟﻤﺘﻮارﺛﺔ ﻣﻦ ﺟﻴﻞ إﻟﻰ أﺧﺮ‪.‬‬

‫ﺗﺘﻤﺜﻞ اﻹﺷﻜﺎﻟﻴﺔ اﻟﻤﻘﺘﺮﺣﺔ ﻓﻲ ﻫﺬا اﻟﺒﺤﺚ اﻟﻤﻘﺪم ؛واﻟﺬي ﻳﺤﻤﻞ ﻋﻨﻮان " ﺑﻨﺎء ﻫﻨﺪﺳﺔ ﻣﻌﻤﺎرﻳﺔ‬
‫ﺑﻴﻮﻣﻨﺎﺧﻴﺔ ﻣﻦ ﺧﻼل اﻟﺮﺟﻮع إﻟﻰ اﻟﻤﺼﺎدر واﻷﺻﻮل اﻟﺘﻘـﻠﻴﺪﻳﺔ" ﻣﻦ ﺧﻼل ﻗﺼﺮ ﺗﺎﻏﻴﺖ ﻛﺤﺎﻟﺔ‬
‫دراﺳﺔ‪ ،‬ﺗﺴﻠﻴﻂ اﻟﻀﻮء ﻋﻠﻰ أﻫﻤﻴﺔ اﻟﻌﻤﺎرة اﻟﻌﺎﻣﻴﺔ وارﺗﺒﺎﻃﻬﺎ ﺑﺎﻟﻬﻨﺪﺳﺔ اﻟﻤﻌﻤﺎرﻳﺔ اﻟﻤﺴﺘﺪاﻣﺔ‬
‫اﻟﻤﻌﺎﺻﺮة‪،‬‬

‫واﻟﻮاﻗﻊ أن اﻟﺜﺮاء اﻟﺘﺎرﻳﺨﻲ ﻳﺬﻛﺮﻧﺎ ﺑﺄﻫﻤﻴﺔ ﺗﺴﻠﻴﻂ اﻟﻀﻮء ﻋﻠﻰ ﻣﻌﺎﻟﻢ اﻟﻬﻮﻳﺔ اﻟﺘﺎرﻳﺨﻴﺔ اﻟﺘﻲ ﻣﻦ‬
‫ﺷﺎﻧﻬﺎ أن ﺗﻜﻮن ﻣﺼﺪر اﻟﻬﺎم ﺟﺪﻳﺪ ﻟﻤﻌﺎﻟﻢ ﻣﻌﻤﺎرﻳﺔ ﺣﺪﻳﺜﺔ‪.‬‬

‫اﻟﻜﻠﻤﺎت اﻟﻤﻔﺘﺎﺣﻴﺔ‪ :‬ﻋﻤﺎرة ﻋﺎﻣﻴﺔ‪ ،‬ﺗﻄﻮﻳﺮ ﻣﺴﺘﺪام‪ ،‬ﻋﻤﺎرة ﺑﻴﻮﻣﻨﺎﺧﻴﺔ‪ ،‬اﻟﻤﺪن اﻹﺳﻼﻣﻴﺔ‪،‬‬
‫اﻟﻘﺼﻮر‪ ،‬اﻟﻌﻮدة إﻟﻰ اﻷﺻﻮل‬
Sommaire
Introduction: ...................................................................................................................................... 2
Problématique: .................................................................................................................................. 3
Ksar Taghit : Etude de cas : .............................................................................................................. 4
Hypothèses : ...................................................................................................................................... 4
Les objectifs : .................................................................................................................................... 5
Démarche et Méthodologie d'approche..............................................................................................5

PARTIE 1
Chapitre 1 : L’architecture traditionnelle un long processus d’enracinement

Introduction : ..................................................................................................................................... 9
[Link] vernaculaire............................................................................................................ 9
1.1Essai de définition : ................................................................................................................ 9
1.2L’architecture vernaculaire comme un nouvel axe de recherche: ........................................ 10
1.3Le bâti vernaculaire, un modèle de conception architecturale: ............................................ 14
[Link] de terre .................................................................................................................. 15
2.1Architecture de terre ou l’avenir d’une tradition millénaire : ................................................ 15
2.1.1Force et solidité des architectures de terre :................................................................... 16
2.1.2Diversité des formes des architectures de terre : ........................................................... 17
2.1.3Variété des fonctions des architectures de terre : .......................................................... 17
2.1.4Usage des architectures de terre par les nantis et les démunis : .................................... 17
2.1.5Urbanité des architectures de terre : .............................................................................. 18
2.1.6Ruralité des architectures de terre : ............................................................................... 18
2.1.7Hauteur des bâtiments en terre : .................................................................................... 19
2.1.8Confort des architectures de terre: .................................................................................. 19
2.2 Thechnique des constructions en terre:.................................................................................19
2.3Propriétés des constructions en terre: .................................................................................... 20
2.3.1La résistance mécanique : ............................................................................................... 20
2.3.2La durabilité: ................................................................................................................... 21
2.3.3Un agent conservateur: .................................................................................................... 21
2.3.4 Résistance au feu ............................................................................................................21
2.4 Intérêts de la construction en terre :......................................................................................21
2.4.1Les intérêts socio-économiques: ................................................................................... 23
2.4.2Les intérêts écologiques et environnementaux: ............................................................. 24
2.4.3Impacts sur la santé et le bien-être: ............................................................................... 24
2.4.4Intérêt culturel: .............................................................................................................. 24
Conclusion..............................................................................................................................25
Chapitre 2 : Les cités Arabo-musulmanes, et les ksour une structure signifiante

Introduction......................................................................................................................................27
[Link] de quelques cités arabo-musulmanes:.........................................................................27
1.1Aperçu historique: ...................................................................................................................... 27
L'école du Prophète: ........................................................................................................................ 27
Le style mésopotamien des Abbassides: ......................................................................................... 28
L'école Hispano-Maghrébine: ......................................................................................................... 28
1.2Médine la cité du prophète..........................................................................................................28
[Link] générale de la cité: ........................................................................................................ 28
[Link] mosquée: ................................................................................................................................. 29
[Link] quartiers: ................................................................................................................................ 29
[Link] parcours et les voies: ............................................................................................................. 30
[Link] remparts: ................................................................................................................................ 30
[Link] places: ................................................................................................................................... ..30
1.3Bagdad, La ville ronde................................................................................................................31
1.4La médina de Fès: ...................................................................................................................... 32
[Link] de la cite Arabo-musulmane: ..................................................................................... 32
[Link] invariants et les principes organisateurs des cités Arabo- Musulmanes: .............................. 35
3.1 La religion, principal repère conceptuel.....................................................................................35
3.2 Les limites et les seuils...............................................................................................................36
3.3 L'organicité et les centralités successives..................................................................................36
3.4 La composition morphologique et les trames virtuelles: ......................................................... 37
3.5 La progression hiérarchique des voies: ..................................................................................... 39
3.6 La distribution fonctionnelle: .................................................................................................... 39
3.7 Les tissus compacts: .................................................................................................................. 40
3.8 Répartition familiale, tribale et par groupes distincts : ............................................................. 40
3.9 Des maisons introverties forment le tissu: ................................................................................ 41
3.10 La recherche de l'intimité: ....................................................................................................... 42
3.11 L'architecture adaptée au climat:..............................................................................................43
[Link] ksour en tant que cité arabo-musulmanes: ............................................................................. 44
4.1 Définition et spécificités: .......................................................................................................... 44
4.2 Le ksar, une création bioclimatique et culturelle: ..................................................................... 45
4.3 Composantes des ksour: ............................................................................................................ 46
4.3.1 Les formes construites:...................................................................................................... 46
4 .3.2 L'existence d'éléments monumentaux: ............................................................................. 46
4.3.3 Le rapport entre l'échelle et l'organisation du ksar: ........................................................... 46
4.3.4 Le rapport entre la forme et la structure Sociale ...........................................................46
4.4 L’habitat ksourien : ................................................................................................................... 47
4.4.1 L'habitation dans le Ksar : ............................................................................................. 47
4.4.2 Les constructions de la collectivité : ............................................................................. 47
4.5 Les Ksour : un patrimoine saharien : ........................................................................................ 48
Conclusion:...................................................................................................................................... 49

Chapitre 3 : Architecture Contemporaine ou le lieu de divergence Modernité/ Tradition

Introduction : ................................................................................................................................... 51
[Link] entre tradition et modernité : .......................................................................................... 52
[Link] racines de l’Architecture Moderne : ...................................................................................... 52
2.1L’enchainement, une composition urbaine : .............................................................................. 53
2.2La remise en cause de l’enchainement : ..................................................................................... 53
2.3L’avènement de la préfabrication et de la standardisation : ....................................................... 53
[Link] mouvement moderne ou la crise de l’architecture : ................................................................ 54
[Link] revendication d’une architecture qui allie culture, modernité et tradition : ............................ 54
[Link] Postmodernisme: ..................................................................................................................... 55
5.1Le Déconstructivisme : Une rupture « obstinée » avec l’architecture traditionnelle: ............... 56
[Link] crise de l’enseignement et de la pratique architecturale en Algérie: ....................................... 57
Conclusion:...................................................................................................................................... 58

Chapitre 4 : Le développement durable, la belle trouvaille face aux défit environnementaux

Introduction : ................................................................................................................................... 60
[Link] développement durable : ........................................................................................................ 60
1.1Le contexte d’émergence et les racines de la notion de développement durable : ..................... 60
1.2Le concept de développement durable: ...................................................................................... 61
1.2.1Définition: ...................................................................................................................... 61
1.2.2Les dimensions de la durabilité: .................................................................................... 61
1.2.3Les principes du développement durable:...................................................................... 61
1.3Les courants d’architecture durable d’aujourd’hui: ................................................................... 62
2.L’approche bioclimatique dans l’architecture : ............................................................................ 62
2.1Définition : ................................................................................................................................. 62
2.2Les principes de l’architecture bioclimatique: ........................................................................... 63
2.2.1L’implantation: .............................................................................................................. 63
2.2.2La densité urbain: ........................................................................................................... 63
2.2.3Le zonage climatique : ................................................................................................... 64
2.2.4Thermo-circulation : ...................................................................................................... 64
2.2.5La forme de l’enveloppe (Compacité) : ......................................................................... 64
2.2.6L’orientation du bâtiment : ............................................................................................ 65
2.2.7Les vents : ...................................................................................................................... 65
2.2.8Expositions des façades : ............................................................................................... 66
2.2.9Les rêvetements extérieures de l’enveloppe : ................................................................ 66
2.2.10L’utilisation de la végétation et de l’eau : .................................................................... 66
2.2.11La ventilation naturelle : .............................................................................................. 66
2.2.12La recherche du confort: .............................................................................................. 67
2.2.12.1Température : .................................................................................................. 67
2.2.12.2Vitesse de l'air : ............................................................................................... 68
2.2.12.3Humidité : ........................................................................................................ 68
2.3Stratégies bioclimatiques pour améliorer le confort thermique : ............................................... 69
2.3.1confort d’hiver : ............................................................................................................. 69
2.3.2confort d’été : ................................................................................................................. 70
3.Démarche environnementale : ...................................................................................................... 70
3.1La qualité environnementale: ..................................................................................................... 70
3.2La Haute Qualité Environnementale (HQE): ............................................................................. 71
3.3La BREEAM: ............................................................................................................................. 71
3.4Le green building challenge (GBC): .......................................................................................... 71
3.5La Matrice de l’European Green Building forum BGBF : ......................................................... 71
Conclusion :..................................................................................................................................... 72
Chapitre 5 : L’influence climatique et solutions architecturales traditionnelles

Introduction : ................................................................................................................................... 74
[Link] espace bâti et environnement naturel : ........................................................................... 74
[Link] traditionnelles et contraintes climatiques :................................................................ 75
2.1Diminution de la surface de l’enveloppe :.................................................................................. 75
2.2L’ombrage et l’ensoleillement : ................................................................................................. 76
2.2.1L’ombre : ................................................................................................................................. 76
[Link] Ombre urbaine : ......................................................................................................... 76
[Link] Encorbellement : ........................................................................................................ 77
[Link] L’ombrage par éléments architecturaux : .................................................................. 77
[Link] Les galeries : .............................................................................................................. 77
[Link] La terrasse : ................................................................................................................ 78
[Link] Ombre au niveau du détail constructif :......................................................................78
[Link] Eléments de façade : ................................................................................................. 78
[Link] Ombre et végétaux : ..................................................................................................79

2.3Inerties thermiques : ................................................................................................................... 79


2.4Adaptation temporelles et climat : ............................................................................................. 80
2.4.1Nomadisme, adaptation ou fuite du climat ? ................................................................. 80
2.4.2Nomadisme saisonnier : ................................................................................................. 80
2.4.2.1Nomadisme saisonnier : .............................................................................................. 80
2.4.2.2Nomadisme horizontal saisonnier :............................................................................. 80
2.4.3Nomadisme quotidien : .................................................................................................. 81
2.5Régulation thermique : ............................................................................................................... 81
2.5.1La climatisation urbaine traditionnelle: ................................................................................... 81
2.5.2Effet Venturi:........................................................................................................................... 82
2.5.3La ventilation naturelle: .......................................................................................................... 83
2.6L’humidité : ................................................................................................................................ 84
2.7Petit jardin ou véranda : ............................................................................................................. 85
2.7.1Le patio :........................................................................................................................ 85

2.8Eléments fragmentaire au niveau de l’enveloppe : .................................................................... 86


2.8.1Eléments plats : .............................................................................................................. 86
2.8.2La couleur : .................................................................................................................... 86
2.8.3Eléments saillants : ........................................................................................................ 86
2.8.3.1Les écrans solaires : .................................................................................................... 86
[Link].1 Occultations fixes : ....................................................................................... 86
[Link].2Appareillage et crépissage : ........................................................................... 87
[Link].3Arcades : ........................................................................................................ 87
[Link].4Mur de clôture de terrasse ou acrotère : ........................................................ 87
[Link].5Volumes saillants important : ........................................................................ 87
2.8.4Eléments en creux : ........................................................................................................ 87
2.8.4.1Creux de grandes dimensions: .................................................................................... 87
2.8.4.2Creux de petites dimensions: ...................................................................................... 88
2.8.5Eléments décoratifs : ...................................................................................................... 88
[Link] architecturaux de l’habitat vernaculaire méditerranéen : ........................................... 88
3.1Les tours à vents Melkef : .......................................................................................................... 88
3.2Moucharabieh : ........................................................................................................................... 89
[Link] de bâtiments vernaculaires à grande inertie thermique : ............................................. 89
4.1Le nouveau Gourna: ................................................................................................................... 90
4.1.1Une architecture vernaculaire: ....................................................................................... 90
4.1.2Le climat, l’architecture et les matériaux:...................................................................... 90
4.1.3L’orientation du soleil et du vent: .................................................................................. 90
4.1.4Le malkef, ou capteur d’air: ........................................................................................... 91
4.2Ghadamès, la perle du désert: .................................................................................................... 93
4.2.1Environnement hostile: .................................................................................................. 93
4.2.2Une ville climatisée: ...................................................................................................... 94
4.2.3Se protéger de la chaleur: ............................................................................................... 94
4.2.4Enquête sur le confort thermique dans la saison d’été à Ghadamès: ............................. 95
4.3Maison Tabayi en Iran: .............................................................................................................. 97
Conclusion:...................................................................................................................................... 98

PARTIE2

Chapitre 6 : Cas d’étude, Ksar Taghit, Site et histoire

Introduction: .................................................................................................................................. 100


[Link]ésentation de la région : .......................................................................................................... 100
[Link] Géographique : ............................................................................................................ 102
[Link] Contexte : .............................................................................................................................. 102
[Link]’est-ce qui fait l’intérêt de Taghit: ......................................................................................... 103
[Link] vallée de Taghit : une histoire dense et tumultueuses : ......................................................... 105
[Link] Taghit : Genèse et évolution: ............................................................................................. 106
6.1Etapes de croissance : ............................................................................................................... 106
Conclusion:.................................................................................................................................... 111

Chapitre 7 : Cas d’étude, Ksar Taghit, une structure signifiante

Introduction: .................................................................................................................................. 113


[Link] et organisation du Ksar: ........................................................................................ 113
1.1Les limites : .............................................................................................................................. 113
1.2Les portes ou les lieux d’articulation dedans/ dehors: ............................................................. 114
1.3Entrée, Places : ......................................................................................................................... 115
1.4Hiérarchisation de la voirie: ..................................................................................................... 116
1.5La centralité de la mosquée: ..................................................................................................... 118
1.6Le quartier comme entitée urbaine: .......................................................................................... 119
1.7La parcelle, et l’imbrication des maisons: ................................................................................ 121
[Link] éléments de composition typologiques: ............................................................................... 122
2.1La maison comme unité du cadre bâti:..................................................................................... 122
2.1.1Skiffa, une modalité d’accès: ....................................................................................... 123
2.1.2Le patio, ou la centralité par excellence: ..................................................................... 125
[Link] différentes typologies spatiales de l’habitat: ....................................................................... 125
3.1La maison type du ksar:............................................................................................................ 125
3.2Typologie des maisons selon le nombre de poteau: ................................................................. 127
[Link]ème constructif: ................................................................................................................... 131
Conclusion:.................................................................................................................................... 131
Chapitre 8 : Cas d’étude,Aspect bioclimatique du Ksar Taghit

Introduction: .................................................................................................................................. 100


[Link]és climatique de la ville de Taghit......................................................................................137
1.1 Diagramme climatique Taghit :.............................................................................................. 138
1.2Courbe de Température Taghit: ............................................................................................... 138
1.3 Table climatique Taghit : 139
1.4 CLIMAGRAMME D’EMBERGER: ...................................................................................... 139
1.5Les vents :................................................................................................................................ 140
Conclusion:.................................................................................................................................... 140
[Link] climatique du ksar : ...................................................................................................... 141
2.1Echelle urbaine: ........................................................................................................................ 141
2.1.1Compacité urbaine: ...................................................................................................... 141
2.1.2Topographie de site: ..................................................................................................... 142
2.1.3Les espaces urbains:..................................................................................................... 144
2.1.3.1L’ensoleillement: ...................................................................................................... 144
2.1.3.2Effet du vent: .............................................................................................. 145
2.1.3.3Nature des matériaux d’enveloppe: ............................................................ 145
2.1.3.4La couleur des façades: ............................................................................... 146
2.1.3.5Le rapport hauteur/largeur (h/w): ............................................................... 146
2.1.3.6Minéralisation et type de chaussées:........................................................... 148
2.2Echelle architecturale: .............................................................................................................. 149
2.2.1Les ouvertures:............................................................................................... 149
2.2.2La mitoyenneté élément de stabilité structurelle mais également de confort
thermique: .............................................................................................................. 150
2.2.3Typologies spatiale, un référenciel de l’architecture bioclimatique: ............. 151
2.2.4La centralité du plan et son principe bioclimatique: ...................................... 152
2.2.5Le west eddar :Ingénieux système de ventilation naturelle: .......................... 153
2.2.6La terrasse, une alternative journalière et saisonnière: .................................. 153
Conclusion:.................................................................................................................................... 154

CONCLUSION GENERALE: ..................................................................................................... 156


TABLEAU DES ILLUSTRATIONS
BIBLIOGRAPHIE
ANNEXES
Chapitre Introductif

« Il serait vain de se détourner du passé pour ne penser


qu'à l'avenir. C'est une illusion dangereuse de croire qu'il y
ait même là une possibilité. L'opposition entre l'avenir et le
passé est absurde. L'avenir ne nous apporte rien, ne nous
donne rien ; c'est nous qui pour le construire devons tout lui
donner, lui donner notre vie elle-même. Mais pour donner il
faut posséder, et nous ne possédons d'autre vie, d'autre sève,
que les trésors hérités du passé et digérés, assimilés, recréés
par nous. De tous les besoins de l'âme humaine, il n'y en a
pas de plus vital que le passé.» (L’enracinement de Simone Weil)1.

1
[Link]
1
Chapitre Introductif
Introduction:

La prise de conscience environnementaliste qui émerge aujourd’hui et le signe que nous


redécouvrant notre extrême dépendance écologique envers notre planète.

En effet, les rapports que l’homme a entretenus avec l’environnement n’ont cessé de se
complexifier au cours du temps et les règles de vies collectives qu’il a établies ont toujours eu des
conséquences sur celui-ci.
Cette évolution des rapports semble être comme le souligne Gauzin Muller « Une succession
prolifique de relations interactives entre les hommes les sociétés humaines, et leur
environnement » 2.

La planète est affichée comme menacée, la médiatisation de cela suscite angoisses et peurs, et à coté
de tout cette confusion, une ambition, une alternative :

Architecture « durable », « écologique », ou « environnementale » quels que soient les termes en


usage (….), une architecture respectueuse de l’environnement(…) vise notamment à réduire la
pollution par la diminution de la consommation énergétique, la réutilisation de l’eau ou l’utilisation
de matériaux « écologiques », elle se présente comme une nécessité de toute urgence pour nôtre
nouveau siècle pour ce faire, les populations doivent sacrifier leurs intérêt à court terme dans la
perspective d’un profit à long terme.

De l’antiquité à nos jours, les diverses expériences des sociétés sont toujours confrontées à la
réponse que donne l’environnement sur leurs activités. C'est-à-dire que les sociétés humaines
agissent souvent sans se soucier préalablement des conséquences rétroactives que provoquent leurs
activités sur l’environnement.

L’architecture représente une part importante de ces activités et l’histoire montre que c’est la
maitrise des techniques de constructions et la connaissance du milieu qui permet de concilier les
impératifs des sociétés avec le respect de l’environnement, afin de préparer leurs évolutions. En
effet il est donc crucial pour préparer cette évolution de l’anticiper, d’engager une réflexion
prospective de la part de tous les acteurs directs ou indirects des concepteurs de l’espace, plus
spécifiquement les architectes, par leur approche globale et leur capacité à intégrer de multiples
paramètres, sont bien évidemment parfaitement aguerris pour faire coexister ces donnés dans le
champ du bâti, parce que l’exigence de « penser durable et d’agir durable » est implicitement
contenue dans la pratique professionnelle, et c’est la l’objet de ce travail de recherche.

2
Gauzin Muller, D., l’architecture écologique, édition du Moniteur, Paris, 2001.P45.
2
Chapitre Introductif

Problématique:

La question de l’environnement est au centre de tous nos soucis environnementaux, qu’il


s’agisse des changements climatiques, des innovations énergétiques et de la salubrité du l’air, de
la gestion des forets, de l’eau douce et des déchets. Cependant tous ces phénomènes ne soient
pas nouveaux, c’est juste que le concept de l’environnement connait un regain d’intérêt ces
derniers années suite aux multiples problèmes environnementaux qui se déclinent et qui
affligent le monde contemporaine.

L’architecture vernaculaire est souvent définie comme indigène, primitive ou sans architecte,
long temps dévalorisée et sous estimé, renferme des solutions et des alternatives qui répondent
et correspondent aux questions environnementales et sociales, elles à pour principale qualité de
s’adapter à son milieu. Elle est le fruit d’un long processus d’adaptation et de traditions
transmises de génération en génération.

Donc la réflexion que nous proposons, tente de mettre en évidence la pertinence du vernaculaire
et sa correspondance dans l’architecture durable, et cela par la mise en valeur des richesses d’un
patrimoine. En effet la richesse du passé nous rappelle combien il est important de mettre en
exergue des repères d’une identité historique qui sera source d’une nouvelle inspiration.

Ainsi il est opportun d’ouvrir une réflexion sur la culture des diversités, la multiformité des
coutumes, et la reconnaissance des spécifiés. Cette réflexion tente de jeter un pont entre
l’architecture vernaculaire et l’architecture durable du fait qu’elle établit une relation entre les
deux concepts, étant donné que l’architecture traditionnelle, préindustrielle, elle est simple
adaptée à son environnement, répondant à des besoins, en une référence à une communauté
culturelle, construite avec des matériaux locaux qui reflète manifestement l’ingéniosité.

Notre problématique consiste en la mise en valeur d’un enseignement que nous pouvons
acquérir du langage vernaculaire dans la pratique architecturale, afin de produire des nouveaux
patrons de conception bioclimatique appropriés, toute en mettant en relief les liens entre le passé
et le présent.

C’est dans ce cadre précis, à savoir méthodologique qu’intervient cette recherche, pour une
contribution à la définition de l’architecture bioclimatique, et voir comment rapprocher
l’homme avec son environnement, pour s’orienter vers une architecture durable, le
renvoyant à une utilisation raisonnable des ressources existantes ??

Pour ce faire, nous aborderons les concepts de l’architecture vernaculaire, de durabilité


environnementale, du bioclimatique à travers un cas d’étude.

3
Chapitre Introductif

Ksar Taghit : Etude de cas :

Après avoir posé la problématique, qui permet de circonscrire notre recherche, un exemple
expérimental se doit d’illustrer cette problématique et de vérifier les hypothèses que nous
énoncerons ultérieurement.

Notre choix expérimental s’est porté sur la ville de Taghit, plus précisément sur le Ksar de
Taghit, qui est un exemple très illustratif de l’architecture traditionnelle dans la région de la Saoura.

Le ksar est considéré comme la forme d’habitat la mieux appropriée aux milieux sahariens
à climat aride. Le choix du cas est justifié par son richesse didactique, par son bâti, qui est un
ensemble traditionnel qui garde les marques d’un savoir faire ancestral en matière de construction et
d’architecture et par le patrimoine culturel et historique qu’il renferme. La ville de Taghit est
connue par sa palmeraie, ses dunes, et bien-sûre son Ksar, un tissu ancien qui reflète le caractère
local, cependant comme toutes les villes d’Algérie, elle souffre du problème de la perte d’identité et
de caractère.

De plus, le ksar de Taghit, nous offre un intéressant cas de « site extrême », caractérisé par
de grandes circonstances (topographiques, environnementales et sociales). Il nous semble alors
intéressant de comprendre comment s’est conçu le ksar face à ces circonstances ?? Et quel
enseignement pouvons-nous acquérir de ce patrimoine afin de répondre aux problèmes actuels ??

Hypothèses :

Pour répondre à la problématique posée nous avons émis les hypothèses suivantes :

• L’hypothèse qui attribue aux structures anciennes une certaine cohérence dans leur
organisation spatiale et sociale, et une adaptation à leur milieu ; et aux structures
actuelles un désordre frappant, nous indique une voie possible dans laquelle
pourra se situer l’alternative. Une alternative qui prévoit un retour à l’historique et
aux origines traditionnels. Il s’agit d’exploiter les virtualités des structures
héritées, en d’autre terme le traditionnel comme référentiel à une architecture
durable.

• Pour Taghit, le site à été déterminant dans son implantation et sa structuration qui
a pris naissance dans des préoccupations environnementales, puisant ses racines
des pratiques, des constructions de cultures anciennes, permettant de répondre aux
circonstances climatiques, topographiques, économiques et environnementales.

4
Chapitre Introductif

Les objectifs :

Ainsi, la problématique posée et les hypothèses formulées, cette recherche poursuit les objectifs
suivants :
 Comprendre la manière dont les constructions traditionnelle ont été pensées (organisation,
conception) construit (matériaux, méthodes).
 Etudier et analyser les possibilités d’extraire des bonnes pratiques environnementales à
partir des réalisations traditionnelles.
 Comprendre le parcours de l’architecture bioclimatique du ksar qui dépend étroitement du
site, du paysage, du climat, et des matériaux qui sont à l’origine du confort thermique.

Démarche et méthodologie d’approche :

Cette étude déroulera suivant deux principales étapes. La première est une approche
théorique qui va nous permettre de conceptualiser les différents repères référentiels, à savoir :
L’architecture vernaculaire, architecture de terre, la cité arabo-musulman, ksar, architecturale
durable, architecture bioclimatique.
La deuxième, une approche pratique du site à travers ksar Taghit, se fera par la lecture et l’analyse
topographique, historique, géographique et environnementale.

Pour étayer cela nous nous sommes basés sur une recherche bibliographique, de réalisations et
de projets récents qui ont cherché à concilier architecture, hommes et environnement.

Nous faisons références à titre d’exemple à :


Frank Llioyd Wright 3 promoteur d’une architecture « organique » inspirée des traditions
Japonaise et adaptée à des conditions climatiques spécifiques. L’architecte Egyptien Hassan
Fathy 4, et son rêve qui l’amena à « Construire avec le Peuple » et à réactiver des pratiques
ancestrales de savoir vivre et de savoir-construire. Amos Rapoport 5 et son approche
anthropologique de la maison. André Ravéreau et Geoffrey Bawa 6, deux architectes, par deux
situations extrêmes (Mzab et Sir Lanka), favorisent l’intégration de la modernité dans l’habitat
traditionnel, dans un contexte historique particulier et dans un lieu ou le rapport à la nature est ancré
dans la tradition.

1. Démarche :

La morphogenèse de l’Architecture traditionnelle s’établit sur la synthèse d’une trilogie


conceptuelle composée de trois pôles de référence Homme/Site/Matériaux, donc la
démarche mise en œuvre prend appuis sur ces derniers :

 Approche Historique : visant à mettre au jour le parcours historique du ksar pour


identifier la structure de ce dernier tout au long des différents moments de
croissance.

3
Frank Lloyd, Wright, l’avenir de l’architecture Les Origines Du Post-modernisme : Editions Denoel/ Gonthier pages
184.
4
Hassan Fathy, Construire avec le peuple, Edition Sindibad, Paris, 1970.p.51.
5
Amos Rapoport, Pour une Anthropologie de la Maison, Edition Dunod, Paris, 1972.p.207.
6
Architecture vernaculaire et nature : comment intégrer la modernité dans le respect de la tradition ? Laurie
Rowenczyn, Mémoire de Master, Marne-la-vallée, Janvier 2011.
5
Chapitre Introductif

 Approche morphologique : une lecture de l’espace ksourien et les relations qui


unissent les différents niveaux morphologiques et typologiques.

 Approche environnementale : visant à mettre en exergue l’aspect bioclimatique du


ksar, à travers les dispositifs, les modèles, les gestes et le savoir faire de nos ainés.

De ce fait nous avons utilisé les techniques d’investigations pédagogiques à savoir :

 La visite du site qui permet une perception visuelle directe de l’environnement


construit.
 Les méthodes de relevés pour actualiser le support matériel de cette recherche
constitué de cartes topographiques et de plans à différentes échelles et à différentes
époques.
 Lecture, interprétation, comparaison, de la structure, des tissus urbains et du bâti
de Ksar, comme démarche méthodologique.

Toute cette investigation se fait avec une rigueur méthodologique et référentielle.

2. Structure du mémoire:

Après avoir défini et délimité notre sujet de recherche en précisant la problématique, les
hypothèses et les objectifs ainsi que le pourquoi du choix du site d’investigation, nous avons
structuré le travail de recherche comme suite :
→ Première Partie :

 Chapitre 1 : L’architecture traditionnelle un long processus d’enracinement


Un essai de définition de l’architecture vernaculaire, et l’application de cette dernière dans le
temps actuel comme un nouveau axe de recherche. L’architecture du terre une architecture
traditionnelle face aux défis environnementales.

 Chapitre 2 : Les cités arabo-musulmanes, et les Ksour une structure signifiante


Ce chapitre vise à puiser dans l’histoire des cités-arabo-musulmanes et du Ksour, et de
dégager les principes organisateurs et les invariants communs à ces cités dans ses différents
niveaux d’échelles.

 Chapitre 3 :L’architecture Contemporaine ou le lieu de la divergence Modernité/


Tradition
Consiste à expliquer la rupture entre l’architecture d’aujourd’hui et l’architecture
traditionnelle par l’occultation du site et du savoir faire ancestral par le mouvement
moderne.

 Chapitre 4 : Le développement durable, la belle trouvaille face aux défis


environnementaux
Exprime la naissance de la question de l’architecture contemporaine durable et ces solutions
standardisées faces aux problèmes environnementaux.

6
Chapitre Introductif

 Chapitre 5 : L’influence climatique, et solutions architecturales traditionnelle

Consiste à mettre en évidence la manière dont les types d’habitation traditionnelle, ont
réussis à s’adapter au climat grâce à des procédés simple à mettre en œuvre.

→ Deuxième Partie : Cas d’étude

 Chapitre 6 : Ksar Taghit, site et histoire


L’étude du site et de son histoire, nous a permis de saisir comment les évènements naturels
étaient pris en considération avec des changements dans la continuité.

 Chapitre 7 : Ksar Taghit, une structure vernaculaire signifiante


L’étude de la forme nous a permis de comprendre la règle ou la logique qui met en relation
les éléments pour qu’ils soient autonomes et articulés, sans pour autant être indépendants les
uns des autres.

 Chapitre 8:L’aspect bioclimatique de l’architecture du Ksar


Faire apparaitre les solutions adoptés par cette structure, ainsi que les principes et les
techniques utilisées faces aux circonstances du site.

Conclusion
Valoriser l’intérêt de l’architecture bioclimatique au temps actuel, en développant une
méthode pour l’architecture durable à partir des modèles éprouvés de l’architecture
vernaculaire.

7
Chapitre 1 :

L’architecture traditionnelle, un long


processus d’enracinement.
‫‪L’Architecture traditionnelle un long processus d’enracinement‬‬ ‫‪Chapitre 1‬‬

‫» ﻓﻲ ان رﺳﻮخ اﻟﺼﻨﺎﺋﻊ ﻓﻲ اﻻﻣﺼﺎر اﻧﻤﺎ ﻫﻮ ﺑﺮﺳﻮخ اﻟﺤﻀﺎرة وﻃﻮل أﻣﺪﻩ ‪:‬‬


‫واﻟﺴﺒﺐ ﻓﻲ ذﻟﻚ ﻇﺎﻫﺮ وﻫﻮ ان ﻫﺬﻩ ﻛﻠﻬﺎ ﻋﻮاﺋﺪ اﻟﻌﻤﺮان واﻷوان‪,‬‬
‫واﻟﻌﻮاﺋﺪ اﻧﻤﺎ ﺗﺮﺳﺦ ﺑﻜﺜﺮة اﻟﺘﻜﺮار وﻃﻮل اﻻﻣﺪ ﻓﺘﺴﺘﺤﻜﻢ ﺻﺒﻐﺔ ذﻟﻚ وﺗﺮﺳﺦ‬
‫‪1‬‬
‫ﻓﻲ اﻷﺟﻴﺎل‪ ,‬وإذا اﺳﺘﺤﻜﻤﺖ اﻟﺼﺒﻐﺔ ﻋﺴﺮ ﻧﺰﻋﻬﺎ « ﻣﻘﺪﻣﺔ ا�ﻦ ��ون‬

‫‪1‬‬
‫ﻣﻘﺪﻣﺔ اﺑﻦ ﺧﻠﺪون اﻟﺠﺰء اﻟﺮاﺑﻊ‪ ,‬اﻟﻔﺼﻞ اﻟﺜﺎﻣﻦ ﻋﺸﺮ ‪[Link]
‫‪8‬‬
L’Architecture traditionnelle un long processus d’enracinement Chapitre 1

Introduction :
Le comportement instinctif de l’homme l’a conduit, depuis que la vie est apparue sur notre
planète, à utiliser pour se protéger, telles les espèces animales, les abris créés par la nature. Il
construisit plus tard ses architectures à partir des matériaux qui l’environnaient.
L’architecture vernaculaire est le témoignage de la diversité des cultures, et des modes de
vie. Elle se transmet de génération en génération, elle est spécifique d’une communauté, d’une
région, d’un pays. Nous avons beaucoup à apprendre de cette architecture qui révèle l’ingéniosité
des hommes pour adapter leur habitat au climat et à leur mode de vie. Les bâtisseurs primitifs vivent
depuis longtemps dans ces habitations surélevées qui leur assurent la sécurité, on en trouve des
exemples sur tous les continents.
Alors qu’entend-on par le bâti vernaculaire ? Et de quelle référence s’agit-il ?

1. ARCHITECTURE VERNACULAIRE

1.1- Essai de définition :


Le mot vernaculaire provient du latin vernaculus qui signifie « indigène, domestique », et
verna fait plus particulièrement référence aux « esclaves nés dans la maison ». Le mot
vernaculaire est donc employé pour qualifier quelque chose de propre à un pays et/ou à une
population. 2
L’expression « architecture vernaculaire » est utilisée depuis les années 1980 en
France, sous l’influence de l’anglais « vernacular architecture ». Cette expression désigne
un type d’architecture propre à une aire géographique, un terroir et à ses habitant. Il s’agit
d’architecture fortement influencée par le contexte local, les traits culturels et l’impact des
milieux physiques. Au carrefour de la nature et de la culture, le bâti vernaculaire est
étonnamment divers puisque qu’il naît du sol et des ressources de la région ou il se
développe, tout en s’adaptant à l’ensemble de ses contraintes.

La construction vernaculaire est le moyen traditionnel et naturel par lequel les


communautés créent leur habitat. C’est un processus en évolution nécessitant des
changements et une adaptation constante en réponse aux contraintes sociales et
environnementales. Partout dans le monde, l’uniformisation économique, culturelle et
architecturale menace la survie de cette tradition »3. En effet, cette architecture
vernaculaire répondait à un besoin d’équilibre entre les différents usages de ses habitants.
« Le patrimoine bâti vernaculaire est important car il est l’expression fondamentale de la
culture d’une collectivité, de ses relations avec son territoire et, en même temps,
l’expression de la diversité culturelle du monde »4.
Pierre Frey5 définit le vernaculaire comme des démarches qui tendent à agencer de
manière optimale les ressources et les matériaux en abondance, gratuitement ou à très bas
prix, y compris la plus importante d’entre elles : la force de travail.

2
Site du Cnrtl [Link] : origine et définition du terme vernaculaire
3
Vernaculaire moderne ? Vers une compréhension de la notion d’architecture vernaculaire et de ses liens avec la
modernité architecturale, mémoire présenté par Marie France Bisson pour la maitrise en étude des arts à l’université du
Québec à Montréal aout 2007 P06
4
Ibid. P06
5
Pierre Frey, Professeur à l’université polytechnique de Lausanne, Dr en science techniques, historien de l’art, auteur
de l’ouvrage « Learning from vernacular », vers une nouvelle architecture vernaculaire.
9
L’Architecture traditionnelle un long processus d’enracinement Chapitre 1

Amos à son tour s’intéresse à l’architecture domestique dans le but de comprendre la


relation de l’homme à son milieu, il affirme que « la demeure est un objet d’étude privilégie
puisqu’elle constitue un genre qui persiste naturellement dans l’histoire et qu’elle démontre une
immense flexibilité »6.
Plutôt que de choisir une région et effectuer un inventaire, Rapoport jette d’abord un regard
sur toutes les demeures qu’il répartit selon la tradition populaire, la haute tradition ou la
tradition primitive. Il comprend la tradition comme un modèle mouvant en constante mutation.
Les bâtiments issus de la tradition populaire, qu’il appelle aussi indigène, constituent d’après lui
l’expression directe et non consciente des désirs et ne sont pas réalisés par des intervenants
spécialisés. Le groupe indigène peut se trouver à proximité de la haute tradition et partage avec elle
certaines pratiques. Cependant la haute tradition renvoie à la production d’architectes ou
spécialistes. Elle est plutôt monumentale. Au contraire, les bâtiments de la tradition primitive sont
les constructions indigènes de communautés récluses dont les moyens techniques sont limités.
C’est pourquoi Rapoport est d’avis qu’un bâtiment est avant tout déterminé par le « (…)
processus suivant lequel un bâtiment indigène est conçu (ou « dessiné ») et construit »7 La
différence entre les groupes se situe selon lui selon les facteurs naturels_ le climat, la géographie_
ou sociaux_ les rites, l’organisation sociale- qui régissent les choix dans la construction d’un
habitat.
Si l’architecture populaire est difficile à définir c’est selon lui parce que la modernité a
simulé la coupure avec la tradition architecturale en raison de trois facteurs : le nombre de plus en
plus grand de types d’édifices et leur complexité, la perte d’un système de valeurs commun d’où la
substitution d’un « ordre technique à un ordre morale » et la valorisation de l’originalité et de
l’innovation dans la conception de bâtiment.

La signification du mot vernaculaire et tellement complexe et variée, divers travaux se sont


intéressés aux potentialités et à la richesse que renferme l’architecture vernaculaire.

1.2- L’architecture vernaculaire comme un nouvel axe de recherche:

L’architecture dite « vernaculaire » est souvent définie comme « indigène », « primitive » ou


« sans architecte », ces définitions peuvent laisser croire que cette dernière n’est régie par aucune
règle ni faire partie d’une discipline reconnu. Longtemps dévalorisée et sous-estimée elle a pourtant
pour principale qualité de s’adapter à son milieu. Elle est le fruit d’un long processus d’adaptation
et de traditions transmises de génération en génération : « La construction vernaculaire est le moyen
traditionnel et naturel par lequel les communautés créent leur habitat. C’est un processus en
évolution nécessitant des changements et une adaptation constante en réponse aux contraintes
sociales et environnementales. » 8

Dans son ouvrage « De la synthèse de la forme, Essai », « Christopher


Alexander » 9 démontre que l’architecture vernaculaire, contrairement à ce que l’on peut prétendre,
répond à des règles et à une méthode et n’est certainement pas le fruit du hasard.

6
D’après Rapoport les bâtiments dont le programme sort de l’ordinaire vont donner lieu à des solutions constructives
tout aussi extraordinaires. Pour démontrer cette proposition, il explique que c’est pourquoi les bâtiments monumentaux,
les lieux de culte et autres bâtiments à caractère sacré ou desquels émane un sentiment religieux sont conçus avec les
meilleurs moyens et les meilleurs matériaux disponibles : voir Amos Rapoport. Pour une anthropologie de la maison,
1969.
7
Ibid. P5.
8
Charte du patrimoine bâti vernaculaire (1999) ICOMOS (conseil international des monuments et des sites).
9
Christopher Alexander (né le 4 octobre 1936 à Vienne en Autriche) est un anthropologue et un architecte anglais
d'origine autrichienne qui a retrouvé et perfectionné la théorie des Pattern languages.
10
L’Architecture traditionnelle un long processus d’enracinement Chapitre 1

L’auteur tente de définir et de comprendre ce qu’il appelle « les sources de la bonne adaptation »,
car il constate que les formes architecturales primitives sont d’une grande cohérence, leur formes
découlent d’une adaptation réussie au contexte dans lequel elles s’insèrent. Elles résultent d’un
processus de conception certes inconscient que l’auteur qualifie de « processus naturel », mais
efficace. D’un autre coté, il constate que les civilisations « évoluées » actuelles fonctionnent
différemment dans leur démarche de conception qu’il qualifie cette fois-ci de « processus
conscient », génère des formes architecturales qui parfois manquent de cohérence.

On a souvent soutenu dans les cercles architecturaux que les maisons des civilisations plus
simples, moins sophistiquées que n’est la notre, sont dans un certain sens meilleurs que nos propres
demeures »[Link] formes architecturales « primitives » sont porteuses de précieux enseignements
d’adaptation et de respect de l’environnement. Elles peuvent très certainement être d’un grand
apport pour les démarches environnementales actuelles.

Un état des lieux de l’architecture vernaculaire dans le monde a été réalisé en 1997 par Paul
11
Oliver , à travers l’Encyclopedia of Vernacular Architecture of the World.
Constitué de trois grands volumes l’encyclopédie regroupe un stock impressionnant de
réalisations vernaculaires étudiées, répertoriées et classées selon des critères précis.

Le premier volume « theories and principles » théories et principes met en évidence la


complexité que revêtent la définition et l’étude de l’architecture vernaculaire. Un chapitre entier, est
consacré à déterminer les différentes approches et méthodes pour étudier l’architecture vernaculaire.

Différents critères d’influence sur ce type d’architecture sont répertoriés notamment,


l’influence des traits culturels, l’impact de l’environnement, le rôle des matériaux et des techniques
l’importance des éléments symbolique et décoratifs, ainsi que les usages et fonctions, sont définis
dans les huit points suivants :

• Traits de culture et attributs : regroupe les croyances, les habitudes culturelles, la


politique, la structure sociale ou encore l’économie….etc.
• Environnement : regroupe l’influence du climat et du site ou encore les catastrophes
naturelles.
• Ressources et matériaux de construction : sont classés par type de matériaux qu’ils
soient d’origine animale, végétale ou à base de terre ou de pierre.
• Production : regroupe par exemple les systèmes de circulations, de ventilation, de
climatisation…
• Symbolisme et décoration : décline les rituels, les symboles et motifs, les
inscriptions…
• Typologies : regroupe les typologies de formes, de plans, de type de structures….
• Usages et fonctions : renvoi aux fonctions liées à l’autorité et au pouvoir, aux
activités économiques, aux sanctuaires et temples……

10
[Alexander, 1971] repris du mémoire de Master Design Global, spécialité « Architecture Modélisation
Environnement», BOULFEKHAR Sarah, septembre 2011
11
Paul Oliver : Chercheur à l’institut d’Oxford dans le développement durable, il voit que l’architecture vernaculaire
sera nécessaire à l’avenir pour assurer la durabilité en termes culturels et économiques. Il est connu pour son
encyclopédie de l’architecture vernaculaire du monde (3volumes et 2500 pages).
11
L’Architecture traditionnelle un long processus d’enracinement Chapitre 1

Le deuxième et le troisième volume “cultures and habitats” répertorient de façon plus


détaillée les traditions constructives dans le monde selon une classification géographique
déterminant de grandes zones culturelles telles que : Amérique latine, Amérique du Nord ou encore
Afrique subsaharienne….etc. Il est clair que cet ouvrage représente un travail de longue haleine et
l’investissement d’un nombre important de spécialistes venant du monde entier.

Dans son ouvrage, Pierre Fery 12 fait une critique des modes contemporains de production du bâti et
attire l’attention sur certaines valeurs perdues appartenant aux modes de production vernaculaire. Il
insiste sur le fait que l’architecture vernaculaire devrait servir de modèles dans les pratiques
actuelles.

« ….le domaine des pratiques vernaculaires offre un stock merveilleux de dispositifs ingénieux
témoignant des effets spectaculaires que peuvent produire des techniques extrêmement économes
en matériaux et en énergie… » (Frey, 2010) 13.

L’auteur met en avant les caractéristiques et qualités de plusieurs réalisations vernaculaires ainsi
que l’ingéniosité dont elles font preuve.

Durant ses trente années d’enseignement, le professeur Fréderic Aubry 14 a pu constituer


avec la participation de ses étudiants une « collection » de plus de 680 maquettes au 1/20 qui
reprennent des réalisations vernaculaires. Ces maquettes ont un but pédagogique, elles permettent
aux étudiants en architecture de mieux comprendre et de découvrir des procédés constructifs et des
savoir-faire issus de cultures vernaculaires. Ces maquettes servent de modèles ou de source
d’inspiration pour assister les étudiants durant l’élaboration de leurs projets dans lesquels ils sont
invités à transposer des techniques anciennes à des situations contemporaines. Les photos des
maquettes réalisées sont toutes consultables sur le site internet de l’Ecole Polytechnique Fédérale
de Lausanne et constituent une base de données très riche, une recherche par critère y est proposée
telle que : pays, climat, matériaux, catastrophe naturelle… etc.

Figure1 Exemple de maquette : Concession Kusasi di Bako Youga Burkina Faso


(Source : [Link]

12
Pierre Frey : Professeur à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, Pierre Frey s’adonne à un plaidoyer vibrant
pour « l’architecture vernaculaire », source pour lui de bonnes pratiques écologiques, sociales et culturelles.
13
(Frey, 2010) : repris du mémoire de Master Design Global, spécialité « Architecture Modélisation Environnement»,
BOULFEKHAR Sarah, septembre 2011.
14
Frédéric Aubry, Professeur en première année, de 1961 à 1992, Ecole polytechnique fédérale de Lausanne,
Département d'architecture.

12
L’Architecture traditionnelle un long processus d’enracinement Chapitre 1

Figure 2:Interface du site internet de l'Ecole polytechniques fédérale de Lausanne


(Source : [Link]

Les enseignements proposés à l'Ecole Polytechniques Fédérale de Lausanne montrent l’intérêt


d’acquérir une culture architecturale plus vaste et moins conventionnelle en vue de sensibiliser les
étudiants à des solutions simples et ingénieuses qui peuvent répondre aux questions
environnementales actuelles.

Une nouvelle approche d’enseignement est proposée au sein de «Welsh School of


Architecture», cette dernière s’appuie sur l’usage de l’architecture vernaculaire comme modèle pour
la conception environnementale des bâtiments. Un musée en plein air entant que laboratoire réservé
aux étudiants en première année qui ont la possibilité durant une semaine d’observer et d’analyser
la collection de bâtiments Gallois reconstitués sur site. Cela leur permet également de voir
concrètement comment ces réalisations s’adaptent efficacement à l’environnement dans lequel elles
s’intègrent. Ces enseignements permettent de sensibiliser les étudiants aux potentialités
environnementales que renferme l’architecture vernaculaire.

Figure 3 Travaux d'étudiants au musée (Source mémoire de Master Design Global, spécialité «
Architecture Modélisation Environnement», BOULFEKHAR Sarah, septembre 2011)

13
L’Architecture traditionnelle un long processus d’enracinement Chapitre 1

1.3- Le bâti vernaculaire, un modèle de conception architecturale:

Un espace géographique peut se concevoir comme un entrelacement complexe de processus


géologiques, climatiques et biologiques qui le façonnent au fil du temps. Cet espace acquiert une
réelle dimension territoriale à travers la manière dont il est modelé par l’homme en vue de satisfaire
les besoins d’une communauté. Cette logique territoriale introduit nécessairement des logiques de
flux liées à l’usage des ressources et des complémentarités entre des lieux habités, des espaces
cultivés et des zones laissées à la nature.

Le bâti vernaculaire apparait alors comme une appropriation lente et progressive des
ressources du territoire et de ses contraintes dans une relation intime entre l’homme et son milieu.
En ce sens, le bâti vernaculaire s’avère riche d’enseignement pour concevoir des milieux urbains
plus respectueux des équilibres écologiques.

Les différents ouvrages et travaux de recherche cités auparavant 15 montrent un intérêt de


plus en plus grandissant vis-à-vis de « L’architecture sans architectes ».

Longtemps ignorée et non reconnue, elle trouve enfin sa place dans l’enseignement de
l’architecture ou elle commence à être considérée comme modèle de conception. Cette dernière est
employée de façon active afin de stimuler les étudiants et les pousser à réfléchir de façon critique. Il
ne s’agit donc pas d’assimiler simplement des connaissances, mais de les analyser, de les étudier et
enfin de les réinterpréter.

C’est une expérience Occidentale qui s’avère étonnante, elle considère le bâti vernaculaire
comme modèle pour l’aide à la conception architecturale afin de le mettre en exergue, ce qui nous
fait penser à nos ressources traditionnelles qui recèlent des précieux enseignements face aux
problèmes actuels, dont les futurs architectes ont intérêt à élargir leur champ de connaissances. Des
solutions simples et peu onéreuse qui répond de façon efficace à des problèmes liés à des contextes
variés.

15
Voir Supra, (L’architecture vernaculaire comme un nouvel axe de recherche)
14
L’Architecture traditionnelle un long processus d’enracinement Chapitre 1

2. ARCHITECTURE DE TERRE

Le bâti vernaculaire est le résultat d’une adaptation progressive à un contexte local. En


effet, il se fonde sur l’utilisation et l’optimisation de matériaux disponibles à proximité des sites de
construction : bois, végétaux, terre, pierre, ardoises, sable… . L’avantage du temps long réside
dans l’exploitation de possibilités offertes par ces différentes ressources locales. Ainsi au-delà des
matériaux que l’on trouve en grande quantité sur l’ensemble de la planète.

Parmi les matières locales de construction, la terre, du fait de sa disponibilité, de son


faible coût, de sa malléabilité et de ses vertus thermiques, tient une place prépondérante dans les
pays du Sud : plus de 2 milliard de personnes vivent aujourd’hui dans un habitat en terre. Mais
selon les contextes locaux, ces matières premières se retrouvent utilisées dans une grande variété
de compositions et de formes.

2.1 Architecture de terre ou l’avenir d’une tradition millénaire :

Depuis prés de 10 000 ans que les hommes bâtissent des villes, la terre crue à été et demeure
un des principaux matériaux de construction utilisés sur notre planète. Aujourd’hui, plus du tiers
de l’humanité vit dans des architectures de terre.
Presque toutes les civilisations urbaines ou rurales de l’antiquité à l’ère moderne ont fait
usage de ce matériau essentiel. Des témoignages éloquentes de ce génie de la terre subsistent
depuis des siècles et prouvent la solidité que ce matériau peut, dans certaines conditions, opposer à
l’épreuve du temps.

11000 ans Premières traces de la construction en terre en Amérique du sud

En Syrie la construction en terre par empilement de pains de terre


10000 ans
façonnés à la main

8500 ans Apparition de la brique de terre en Turquie

8000 ans Apparition de l’utilisation de la terre dans l’habitat en Europe

Apparition des premières villes d’architecture de terre en


5000 ans Mésopotamie

Nos jours

Figure 4 : Repères chronologique de la construction en terre (Source Auteur)

A travers le monde entier (des contrés froides et pluvieuses aux régions les plus chaudes et
sèches) la construction en terre s’est adaptée avec efficacité à des contraintes climatiques très
diverses. Bien utilisé, le matériau terre offre partout un « confort thermique » très apprécié qui
assure une régulation naturelle optimale entre les températures extérieure et intérieure.

15
L’Architecture traditionnelle un long processus d’enracinement Chapitre 1

Figure 5: Vestiges d’un stûpa édifié au Vie ou au VII Figure 6: Tombeaux de la nécropole de Bagawat
siècle à Yâr, dans la région du Tourfan, en chine. édifiés il y a 1500 ans.

(Source : DETHIER Jean, Des architectures de terre, l'avenir d'une tradition millénaire, Ed Centre
Georges Pompidou, Lyon, 1982, pp 23-24.)

Ce remarquable patrimoine culturel universel a été occulté depuis prés d’un demi-siècle par
une « élite » qui prétendait faire table rase des traditions. Cette ère de suffisance et d’oubli est
presque révolue : il nous faut maintenant redécouvrir les évidences de ce que certains ont tenté de
nous faire oublier.

2.1.1 Force et solidité des architectures de terre :

L'analyse sereine du patrimoine ancien existant à travers le monde prouve sa durabilité. Les
vastes enceintes urbaines défensives construites dès le XIIe siècle autour de multiples villes
d'Afrique (Marrakech, Fès, Rabat...) 16, d'Europe méridionale ou du Moyen-Orient attestent de la
force et de la solidité que peuvent témoigner les constructions en terre soigneusement édifiée.

Figure 7:Village fortifié de Bololahn en Figure 8:Enceinte fortifiée de la ville de


Afghanistan. Marrakch.

(Source : DETHIER Jean. [Link]., pp 30-31.)

16
Ibid. p27.
16
L’Architecture traditionnelle un long processus d’enracinement Chapitre 1

2.1.2 Diversité des formes des architectures de terre :

Avec la terre crue, les bâtisseurs ont réussi, à édifier des architectures d'une
extraordinaire diversité de formes, à élaborer une étonnante diversité de langages architecturaux
où s’expriment avec éloquence les originalités culturelles des usagers. Elles s’adaptent en de
multiples et subtiles variations, aux conditions particulières du milieu social et économique,
géographique et climatique 17.

Figure 9: Mausolée du Figure 10: Maisons rurales à Figure 11: Maison notable au
prophète Hud, au Yemen. dades au Yemen Yemen du nord.

(Source : DETHIER Jean. [Link]., pp 32-38-39).

2.1.3 Variété des fonctions des architectures de terre :

En plus de l’habitat, ce même matériau, a permis de construire une gamme de bâtiments variés.

Figure 12:Fours à glace en Iran Figure 13:Château d’eau à Figure 14:Porte d’accès à la
Ain-Salah, Algérie. ville de Timimoun, Algérie.

(Source DETHIER Jean. [Link]., pp 42-46-47).

2.1.4 Usage des architectures de terre par les nantis et les démunis :
La construction en terre crue existe aussi bien dans les pays économiquement riches que
pauvres. Mais désormais un processus mental « moderne » amène les uns, souvent les privilégiés
de la société, à apprécier la terre pour son caractère confortable et chaleureux, maternel et
sécurisant, pur et écologique, tandis que les autres, souvent les plus démunis, se sentent souvent
enfermés dans un archaïsme qu'ils perçoivent comme une architecture des pauvres.

17
Ibid, p33.
17
L’Architecture traditionnelle un long processus d’enracinement Chapitre 1

2.1.5 Urbanité des architectures de terre :

C’est en terre crue, que les civilisations les plus diverses ont édifié des villes entières.
Des unes, il ne reste à travers le monde que des vestiges archéologiques, bâtis il y a 10000 ans,
quand à d’autres, elles persistent toujours.

Figure 15:Ville de Marrakech. Figure 16:Le centre de Tabriz,


Iran.
(Source : DETHIER Jean. [Link]., pp 79-82).

2.1.6 Ruralité des architectures de terre :

Dans les villages, l'architecture de terre prend tour à tour des structures de groupements
très compacts, parfois défensifs et d'apparence urbaine, ou d'habitats dispersés où s'expriment un
individualisme plus marqué.

Figure 17:Village de la région des Aurès, Algérie.


(Source : DETHIER Jean. [Link]., p86)

18
L’Architecture traditionnelle un long processus d’enracinement Chapitre 1

2.1.7 Hauteur des bâtiments en terre :

Des recherches archéologiques récentes permettent


de croire que la célèbre « Tour de Babel» fut bien édifiée avec
ce matériau au cœur de Babylone au VII e siècle avant notre
ère 18. La hauteur se manifeste à travers les minarets des
mosquées. Un autre exemple est la ville de Shibām, ville toute
en terre, appelée Manhattan du désert, avec des maisons élevées
(Fig.18), et édifiées sur 30 mètres de hauteur.
Figure 18:Maison urbaine, ville de
Shibām, Yémen.
(Source : DETHIER Jean. [Link].,
p115).

2.1.8 Confort des architectures de terre:

Dans les maisons édifiées en terre règne souvent une singulière harmonie; elle est due à
la fois au même matériau et à la qualité des espaces et des rythmes architecturaux. Mais le confort
des architectures de terre n'est pas seulement spirituel; il est aussi thermique! Il y fait frais en été et
chaud en hiver. Par leur nature, les murs épais en terre protègent des excès climatiques extérieurs et
participent à une régulation thermique naturelle qui, traditionnellement, assure des économies
d'énergie appréciable 19.

Figure 19:Salon de la demeure Figure 20:Figure 6:Intérieur


d’un notable, Yémen. d’une maison notable, Liban.
(Source : DETHIER Jean. [Link]., p127).
2.2 Techniques des constructions en terre:

Une richesse formelle et technique se présente à travers une douzaine de procédés


constructifs, connus à travers le monde, à partir desquels dérivent près d'une centaine de variantes
qui peuvent être traditionnelles ou modernes.
Les éléments déterminants de la technique sont d'ordre culturel (transmission d'un
savoir-faire), climatique, matériel (matériaux disponibles sur un site) ; l'importance d'un facteur
plutôt qu'un autre varie fondamentalement suivant la structure socio- économique d'un peuple
(civilisation agricole, nomade, commerçante...).

18
Ibid., p111.
19
Ibid., p123.
19
L’Architecture traditionnelle un long processus d’enracinement Chapitre 1
Six techniques principales, les plus pratiquées sont connues sous les dénominations de
« adobe », «pisé », « terre-paille », « torchis », « bauge » et « blocs comprimés ». (Fig. 21). Parmi
ces six techniques principalement utilisées, trois d’entre elles demeurent traditionnelles, soit, celles
du torchis, de la terre-paille et de la bauge. Trois autres font l’objet d’une évolution récente
spectaculaire associée à la modernisation de l’outillage de production et des modes de mise en
œuvre, à savoir celles de l’adobe, du pisé et du bloc de terre comprimée.

Figure 21: La roue des techniques de mise en œuvre du matériau terre.


(Source : Le renouveau de l’architecture de terre dans les années quatre vingt, Jessica ADJOUA, juin 2013) 20

2.3 Propriétés des constructions en terre:

En plus de ses qualités de régulateur hygrothermique et d'isolant thermique, la construction en terre


comporte bien d'autres qualités.

2.3 .1 La résistance mécanique :

Le terre résiste bien à la compression mais ne résiste pas à la traction,


spécialement à l'état humide. Quand elle est utilisée comme éléments
porteurs, les forces doivent être acheminées dans la masse des éléments, ce qui
explique leur épaisseur.

20
[Link]
20
L’Architecture traditionnelle un long processus d’enracinement Chapitre 1

2.3.2 La durabilité:

La terre peut être aussi durable que le béton de ciment, c'est ce qu'affirment
les recherches menées dans ce sens au CRATerre (centre de recherche
d’architecture de terre). La durabilité relève aussi bien de la mise en œuvre
des règles constructives que du matériau. En effet, si un ouvrage respecte les
règles architecturales, il supporte bien les effets du temps.

2.3.3 Un agent conservateur:

Dans les anciennes constructions en terre, les planchers en bois et les fibres
végétales contenues dans l'épaisseur des murs en terre ne périssent pas. C'est
ce qui démontre cette qualité de la terre à conserver l'état des produits. Ce
phénomène s'explique par la capillarité du matériau et son équilibre
hygrothermique.

2.3.4 Résistance au feu:

La terre est un matériau incombustible qui procure aux constructions une


bonne résistance au feu. D'après les normes allemandes, même un ouvrage
réalisé en terre paille (1700 kg/m3) résiste bien au feu.

2.4 Intérêts de la construction en terre :

De la carrière au recyclage, les vertus d’un matériau au bilan exceptionnel

Ressource disponible localement et facilement recyclable, la terre offre des qualités


environnementales, sociales, culturelles et économiques favorables à un développement raisonné du
secteur de la construction.
Présent sur le territoire depuis des siècles, la construction en terre a prouvé sa durabilité et sa
bonne intégration dans le paysage. L'exploitation du matériau préserve les ressources et limite
l'atteinte à l'environnement. De son extraction et sa mise en œuvre, il ne subit aucune transformation
polluante. En cas de destruction, il peut être réutilisé pour ériger d’autres murs ou rendu à la terre
sans qu’aucune décontamination ne soit nécessaire. « Il est recyclable à l’infini » 21. Construire en
terre aujourd’hui, c’est repenser l’emploi des ressources naturelles et sociales, et préparer un avenir
véritablement éco-responsable.

21
Rénover et construire en pisé dans le parc naturel régional Livradois-Forez, Sébastien Moriset et Arnaud Misse,
CRAterre-Ensag , juillet 2011
21
L’Architecture traditionnelle un long processus d’enracinement Chapitre 1

Figure 22: Le cycle écologique vertueux des architectures de terre : de la terre à la terre.
(Source Sébastien Moriset et Arnaud Misse,CRAterre-Ensag , juillet 2011)

Les raisons pour l’intérêt actuel de la terre crue sont multiples.

Figure 23:Intérêt du matériau terre,


(Source Sébastien Moriset et Arnaud Misse,CRAterre-Ensag , juillet 2011)

22
L’Architecture traditionnelle un long processus d’enracinement Chapitre 1

2.4.1 Les intérêts socio-économiques:

L’avantage économique constitue probablement l'aspect le plus démonstratif des intérêts


que représente la revalorisation de l'architecture de terre. Les faibles coûts des réalisations en terre
peuvent agir comme un levier social pour améliorer considérablement les conditions de vie des
gens.

Plusieurs exemples dans le monde illustrent l'action effective de la revalorisation de


l'architecture de terre sur la vie sociale et économique d'une société. Elle permet d'offrir une variété
de logements, et même des équipements publics.

Au Maroc, la réalisation de logements sociaux « Tan Tan » montre que l'utilisation de la


terre dans la construction avec un savoir-faire local appuyé d'une technologie adaptée peut faire
baisser sensiblement le prix des logements qui peut atteindre 50% du prix de réalisation avec des
matériaux conventionnels 22 (béton, brique cuite, aggloméré de ciment...).

Dans notre pays, les études menées récemment au Centre National d'Etudes et de
Recherches intégrées au Bâtiment (CNERIB), montrent que l'utilisation de briques en terre crue
comme remplissage d'une ossature en béton armé peut réduire de 32% le coût global des
habitations, comparées à l'utilisation des matériaux conventionnels 23.

Figure 24:Comparaison des coûts énergétiques de la brique de terre et du parpaing en béton.


Source : BARDOU Patrick, reprise de mémoire de magistère, Patrimoine architectural, entre technicité, confort
et durabilité : Cas de la maison de L’Oukil du Sanctuaire de Sidi Boumediene, Mme BELAID, juillet 2014).

Elle offre un grand marché pour l'emploi qui assimile une main d'œuvre locale. La terre
en tant que matériau localement produit favorise un développement économique local et peut être
un bon moyen de stabilisation des populations rurales tentées par la migration vers les grandes
villes à cause de la pauvreté.

22
CRATerre, Marrakech 87 Habitat en terre, Ed. CRATerre, Grenoble, 1987, p 222.
23
CNERIB, Conception de logements économiques à base de produits localement disponibles, Ed CNERIB, 2000, p31.
23
L’Architecture traditionnelle un long processus d’enracinement Chapitre 1

2.4.2 Les intérêts écologiques et environnementaux:


Dans le monde, le souci environnemental constitue un nouveau défi à l'architecture qui doit
désormais s'insérer dans le concept de développement durable en pensant aux solutions moins
nuisibles à l'environnement et qui ne compromettent pas l'avenir des générations futures.
L'architecture de terre se propose comme l'une des solutions les plus prometteuses du fait qu'elle ne
génère pas d'émission de carbone lors de sa production. De plus, le matériau est biodégradable,
recyclable, elle ne génère pas ou très peu de déchets de chantier. Elle exige peu d’énergie fossile
pour sa préparation, sa mise en forme et sa mise en œuvre, ce qui est un avantage certain par rapport
au béton armé et à la brique cuite. Enfin, les possibilités d’associations complémentaires avec
d’autres matériaux eux aussi naturels et peu gourmands en énergie constituent un atout
supplémentaire pour la terre : fibres végétales, bois, pierre, galet, etc.
Les pays industrialisés sont de plus en plus sollicités pour diminuer les émissions de gaz
carboniques donc la revalorisation de l'architecture de terre représente l'une des alternatives
proposées par les chercheurs pour réduire ces taux.

2.4.3 Impacts sur la santé et le bien-être:

La terre est un matériau sain, non toxique, qui ne dégage pas de substances nocives et
notamment pas de COV (composés organiques volatils). Mais, l’intérêt principal de la terre est sa
forte capacité de régulation naturelle de l’humidité et de la température. Rappelons que le pouvoir
isolant et l’inertie thermique dépendent de la masse volumique. Une paroi lourde (pisé, BTC, adobe,
avec des densités allant jusqu’à 1,7 ou 2,3 environ) accumulera la chaleur du soleil et la restituera
lentement quelques heures plus tard par rayonnement, en fonction de l’épaisseur du mur, ce qui
réduit les mouvements d’air et de poussières. De plus, avec des murs de l’ordre de 30 à 50 cm
d’épaisseur, le confort d’été devient appréciable.

Citons un autre avantage, les murs en terre régulent l’hygrométrie 24 de l’air intérieur à la
condition bien sûr de proscrire tout épiderme étanche (enduit ciment, peinture plastique, faïence,
résine).

2.4.4 Intérêt culturel:


L'architecture de terre est très ancienne. Aujourd'hui 17% des sites partiellement ou
totalement bâtis en terre crue composent la liste de l'héritage mondial de l'UNESCO 25: Tel est le cas
de la ville de «Shibam » au Yémen qui compte 500 tours d'habitations en terre pouvant atteindre la
vingtaine d'étages et qui comporte une tradition millénaire vivante de construction en terre. Le site
de Mati en Syrie qui date de plus de 4000 ans, les pueblos du sud-ouest des Etats-Unis et plusieurs
autres sites patrimoniaux majeurs de l'humanité répartis à travers tous les continents 26 L'intérêt pour
ce patrimoine est apparu en 1972 avec les conférences internationales sur la conservation de
l'architecture de terre, qui ont débuté en Iran. Le développement de ce champ de recherche se fait à
petits pas pour former les bases d'une nouvelle discipline.

24
L'hygrométrie est la quantité relative d'eau présente dans un gaz. De façon générale, ce gaz est assimilé comme étant
de l’air. Elle est le rapport entre la quantité d'eau réelle et la quantité maximum admissible, appelé taux d’humidité et
exprimé en %.
25
[Link]
26
Ibid.
24
L’Architecture traditionnelle un long processus d’enracinement Chapitre 1

Conclusion :

On ressort de ce chapitre que toutes les techniques indigènes et ancestrales ne présente pas, en effet,
le même intérêt au regard des enjeux en matière d’environnement, de renforcement du lien social ou
de développement économique. Elles expriment un contexte géographique et historique de
référence.

Au-delà du cycle de vie du bâtiment d’un


point de vue environnemental, les
constructions vernaculaires sont également
intéressantes à examiner en tant que lieu de
vie et de cohésion sociale.

Elles reposent pour partie, non pas sur la


participation ou l’implication des
populations, mais sur un rapport identitaire
fort, intimes entre les habitants et le
territoire. En cela elles comprennent une
dimension sociale essentielle souvent établie
sur les bases de l’auto construction, ou une
construction à moindre coût, permettant une
réelle prise en compte de la qualité d’usage
des occupants, et le respect de leur
environnement direct.

Figure 25: Les notions associés au concept de bâti


vernaculaire (Source: Bâti vernaculaire et
développement urbain durable, rapport réalisé par
Nomadéis, 2012)

C’est un processus vivant qui mérite d’être étudier, réintroduire et reproduire afin de
marquer une continuité entre le présent et le passé.

25
Chapitre 2 :

Les Cités Arabo-musulmanes, et les Ksour


une structure signifiante.
Les cités arabo-musulmanes, et les Ksour une structure signifiante Chapitre 2

« L’arabe a des habitudes à lui, un genre de


vie qui lui est propre, un cadre auquel il est
accoutumé, il fallait respecter tout cela »
Maitre Favrot, Ville Française moderne

26
Les cités arabo-musulmanes, et les Ksour une structure signifiante Chapitre 2

Introduction:

La ville arabo-islamique était née suite aux foutouhat islamiques. Au cours d'une expansion
sans précédent dans l'histoire de l'humanité, l'islam s'est diffusé à travers le monde, englobant
progressivement une aire géographique comprise entre l'Asie centrale et le continent indien, à l(est,
et l'Espagne et le Maroc, à l'ouest, les arabes ont ainsi rencontré toutes sortes de techniques et de
pratiques architecturales intégrées et mises au service d'un ordre social et religieux nouveau.
Les cités arabo-musulmanes portent la trace de l'interprétation de plusieurs époques et
civilisations. Elles ont subi profondément, l'influence des techniques et des particularismes locaux.

Malgré la grande diversité géographique de son épanouissement les villes musulmanes


traditionnelles, celles de la période classique – telle qu'elle s'est constituée, au XI et XII siècles et
s'est maintenue jusqu'au X1X siècle, avait des caractères communs aux villes du monde musulman
et qui ne se retrouvent nulle part ailleurs dans le temps et l'espace.
Alors quelles sont ses caractéristiques? Ses références? Ses messages? Ses objectifs? Et ses
formes d'expression?
1. Lecture de quelques cités arabo-musulmanes:
1.1 Aperçu historique:
Les fondements historiques de l'art islamique puisent leurs sources de civilisations très
anciennes. Brahim Benyoucef confirme cette réalité: "C'est sur un passé très dense, riche et varié
que la civilisation islamique pros à ses premiers fondements. Joignant l'héritage à la fois des
civilisations anciennes de la Mésopotamie (sumérienne, akkadienne, babylonienne et assyrienne), et
des civilisations Sud-arabique, de l'Egypte ancienne et celle de l'empire perse et de la
Phénicie…etc.… Cet héritage, englobe notamment les empreintes des byzantins qui dominaient les
territoires de la Syrie et de l'Egypte et ces derniers leur domination allait jusqu'à l'arrivée de
l'Islam…" 1
Dans une lecture historique 2 des cités arabo-musulmanes, on peut les classer en deux
catégories distinctes: celles qui existaient avant l'arrivée de l'Islam, et celles qui ont été fondues
depuis. Au nombre des premières, il y a lieu de citer les villes saintes, la Mecque (Makka) et
Médine (Al-madina), puis (Al-Qods). Quant à celles que l'Islam a créées, citons par exemple:
Kairouan, Bagdad, Caire (Al-Qahira), Fès, Marrakech,…etc.
L'art musulman est souvent classé en "style" portant le nom d'une dynastie ou même d'un
souverain. C'est ainsi rappelé les conditions de la production artistique, surtout en architecture et en
urbanisme. "L'art musulman du Maroc, en Inde ou même à la chine et à la Malaisie, connait des
variantes dues aux traditions, aux conditions matérielles, selon les régions" 3. Une classification par
école est ainsi faite par certains auteurs. Par exemple, Brahim Benyoucef s'est basé sur une
chronologie historique et sur les spécificités de chaque époque et de chaque région.
a- L'école du Prophète:
Elle marquée par l'édification des premières mosquées en islam. La mosquée du Prophète à
Médine (622) fut la première, où sont projetées les aspirations de la religion islamique avec les
principes d'austérité, de simplicité et de pureté.

1
[Link], introduction à l'histoire de l'architecture islamique, Edition O.P.U., Alger, 1994, p4.
2
Les données et faits historiques s'inspirent largement de: Amar DHINA, Cités musulmanes d'orient et d'occident.
Entreprise Nationale du Livre, Alger, 1986, p3.
3
Mesfer,J., Villes islamique – cités d'hier et d'aujourd'hui, [Link] d'architecture méditerranéenne, Paris,
1984, p4.
27
Les cités arabo-musulmanes, et les Ksour une structure signifiante Chapitre 2

C'est un édifice de forme très simple: "une cour carré d'environ 50 m de longueur sur 50 m de
largeur dont l'élévation des murs ne devait pas dépasser 4 m. Sur le côté Nord-Ouest, fut établi un
abri, son toit de branchage et de terre était supporté par des planches en bois de palmier." 4
La mosquée (El-Masdjid) constitue donc, le principal et le plus vieil édifice de l'architecture
islamique. C'est le cœur de la cité islamique, remplissant à la fois le rôle de lieu de prière, de
réunion des fidèles et centre du pouvoir. Nous traiterons plus loin, plus en détail les principes et les
caractéristiques de cette école.
b- Le style mésopotamien des Abbassides:
Il est d'inspiration essentiellement mésopotamienne, c'est un style différent du précédent où la
brique constitue l'essentiel des matériaux. Les décorations en plâtre et l'absence de colonnes et
d'arcs, lui donnent un cachet particulier. L'intérêt des princes Abbassides a été porté surtout sur
l'édification des grandes cités. Qui ont été de véritables centres de rayonnement artistique et
culturel: Bagdad (726-766), Samarra (836).
c- L'école Hispano-Maghrébine:
L'une des plus anciennes et des plus importantes écoles de l'art islamique. Elle a reçu à
l'origine davantage d'influences Omeyyades. Elle permis par la suite le développement d'un célèbre
courant artistique, qui connait son apogée sous El-Mourabitines (XIème-XIIème siècle) et El-
Mouahidines(XIIème-XIIIème siècle). Dans ce contexte là nous allons évoquer plus tard la médina de
Fès qui a été très marquée par ce courant.
On s'est contenté d'évoquer ces trois tendances qui ont influencé le plus sur le contexte
restreint de cette étude. Cependant, il ne faut pas négliger l'effet d'autres écoles. A titre d'exemple,
les écoles: Omeyyade, Egyptienne, Persane et Ottomane. Dans ce qui suit nous allons donner un
aperçu sur quelques cités, afin de dégager les principes qui ont marqué ces principales tendances.
1.2 Médine, la cité du Prophète:
Médine ou (El-Madina), constitue la deuxième ville sainte de l'Islam, après la Mecque
(Mekka). Médine est la première cité de l'islam. Ce qui fait aujourd'hui son prestige, c'est que le
Prophète (Que DIEU lui accorde sa grâce et sa paix) y est mort et que s'y trouve son tombeau dans
sa mosquée. D'un point de vue étymologique le nom (Al-Madina), désigne en arabe cité. "C'est en
622 de J-C que l'envoyé de Dieu, menacé dans sa vie par les Mekkois idolâtres, décide de quitter sa
ville natale, c'est de cette Hidjra (émigration) à Yathrib, que date l'an I du calendrier islamique. Le
nom de yathrib va se changer en (Madinat-Annabi), qui veut dire cité du prophète. Il va 'n faire sa
capitale…" 5
a- Structure générale de la cité:
Après la construction de sa mosquée (premier édifice de l'islam), le prophète 6 a procédé, à la
division du parcellaire, sous forme de quartiers ou entité (khota). La khota est une entité urbaine
primaire non bâtie, distribuée selon une répartition tribale, toute tribu avait son propre quartier.
Ces entités urbaines étaient articulées autour de la grande mosquée centralisée, qui unifie et
constitue le centre de la cité. L'organisation interne de la (khota) était laissée délibérément à
chaque tribu. De ce fait, s'est cristallisé la notion de propriété publique et privée. Généralement ces
quartiers disposaient de petites mosquées (Mesjid) destinées pour les cinq prières, un cimetière
(Al-makbara). Le prophète a ensuite inauguré un marché (Souk) qui a constitué un deuxième
centre de la cité de nature économique. Il était sous forme de grande surface libre non couverte à
l'extérieur de la ville. Le prophète a limité un espace de prière pour l'aïd (Mossala) à l'extérieur de
la cité dans son côté ouest.

4
D'après la description de B. BENYOUCEF, problématique de l'urbain et le projet islamique, Op. Cit, 1992,p81.
5
Amar Dhina, Op. Cit. , 1986, p8.
6
D'après la description fournie par : D'après la description de B. BENYOUCEF, problématique de l'urbain et le projet
islamique, Op. Cit., 1992, p 88.
28
Les cités arabo-musulmanes, et les Ksour une structure signifiante Chapitre 2

Pour relier les différentes parties de la cité, il a tracé des voies et parcours de diverses
dimensions et échelles. Il s'agit de voies primaires, de 5 m de largeur environ. Elles se sont
prolongées de la mosquée, comme centre de la cité pour aboutir à la périphérie.

Figure 1: Structuration générale de Médine à l'époque du prophète


Source : Brahim Ben Youcef(d’après Mohamed Ottemane), Op .Cit.,P 87 .

D'autres voies secondaires, de dimensions variant de 2,5 m à 3,5 m sont venues s'articuler
entre ces grandes voies et des ruelles (zkak) qui s'infiltrent de façon organique dans les quartiers.
Pour la défense de la cité on trouve un fossé (khandak) dans la partie nord d'une longueur de 6000
m avec 20 m de profondeur. Les maisons proches de ce fossé ont été fortifiées. Dans cette cité on
rencontre aussi, des espaces pour les soins et les traitements. D'autres maisons sont réservées pour
recevoir les invités. Elles ont été appelées (dour eddiaf), la plus importante étant celle de
Abderrahmane Ibn Aouf. On retrouve aussi des endroits utilisés comme prison (Sidjn) 7
Dans ce qui suit, nous allons évoquer séparément, les principaux éléments constituants la
structure urbaine de la cité du prophète.
b- La mosquée:
C'est la première construction édifiée par le prophète. Par rapport à sa position centrale 8 se
fait la division et la structuration du foncier non bâti. Sa centralité n'est pas seulement géométrique,
mais aussi par rapport au rôle qu'elle joue comme point de convergence de différentes activités,
religieuse, administrative, culturelle et éducative.. A cet effet, la prière du vendredi, qui ne se faisait
que dans la grande mosquée (El-Masjid El-djamaa) renforce cette convergence. La Grande
Mosquée est devenue donc synonyme de cité arabo-musulmane.
c- Les quartiers:
Nommé à l'époque du prophète (El Khota) 9, c'est l'unité de base. L'ensemble de ces entités
urbaines constitue la cité. Elle composée par un ensemble de maisons (Manazil) s'organisant autour
d'un petit centre. Ce dernier est souvent un espace non bâti, à côté duquel se trouve une petite
mosquée (Masdjid) et un espace pour les chameaux. Ces entités sont constituées à leur tour par des
unités de voisinage (Diar), disposées le long d'une ruelle (Zkak) commune. L'unité de voisinage est
composée par un ensemble de maisons (Manasil) dont chacune d'elle est articulée autour de son
centre, -le patio – Finaa eddar).

7
Pour plus de détails concernant ces édifices, se référer à: Mohamed Abdessatar Otteman, [Link]., p10.
8
D'après : B. BENYOUCEF, problématique de l'urbain et le projet islamique, Op. Cit., 1992, p 89.
9
D'après: Mohamed Abdessatar Otteman, [Link]., p11.

29
Les cités arabo-musulmanes, et les Ksour une structure signifiante Chapitre 2

A cet effet, nous disposons de plusieurs formes de centralités successives, hiérarchisées


progressivement de la première cellule qui est la maison, à l'unité de voisinage, au quartier, pour
aboutir à la cité. Tous ces centres sont des espaces libres non couverts occupant la position du
centre.
d- Les parcours et les voies:
Ils constituent les nerfs de la cité. Ils relient le cœur de Médine avec les autres parties du
corps, organisant par ce fait les mouvements. On peut diviser les voies en trois types selon leurs
natures foncières, leurs dimensions et leurs fonctions:
• Les voies primaires:
Sont les principaux parcours qui relient le centre de la cité avec ces portes. Les prolongements
de ces voies à l'extérieur de la cité permettent de la relier avec les zones avoisinantes, ce qui permet
de contrôler et de structurer l'expansion de la cité. C'est une propriété collective, l'organisation de
son exploitation et de son entretien revient à la (Djamaa 10). Son importance réside, dans le fait
qu'elles sont des lignes de jonction entre les principaux espaces libres de la cité où se déroule la
majorité des fonctions urbaines, le centre, le souk, la grande mosquée.
A titre d'exemple, nous citons que la grande voie qui va de la mosquée du prophète au
(Mossala el aïd) en passant par la porte de la paix (Bab Es Salam), faisait environ 5 m de large 11.

• La deuxième catégorie:
Se sont les voies secondaires, leur nature foncière est collective. Elles sont de dimensions
moyennes, variant entre 3,5 m et 4,5 m. Elles ont pour rôle de permettre la transition entre les voies
primaires et les voies tertiaires (Droub et impasses).
• La troisième catégorie:
Il s'agit de Droub et d'impasses, qu'on classe comme voies tertiaires. Ils s'infiltrent dans les
quartiers et dans les unités de voisinage (groupement de maisons). Leur rôle, c'est de joindre l'entité
à la voie primaire ou secondaire, et de permettre l'accessibilité aux maisons. Ils sont souvent de
dimensions réduites (variant de 2,5 m à 3,5m). Leur propriété est privée aux habitants de l'entité. Ils
ont le droit de l'organiser, de la couvrir ou non, sous réserve que la hauteur ne soit pas inférieure à
la taille d'un homme sur le dos d'un chameau.
e- Les remparts:
Ce sont des constructions à caractère défensif sous forme de mur en pierre (Essour). Le
prophète a ordonné aussi l'exécution d'un fossé de 20 m de profondeur dans la partie nord de
Médine? Qui était exposé au danger. Pour les autres côtés, on assisté à la fortification des maisons
périphériques. A cet effet, se sont apparus les signes d'une architecture défensive militaire comme
une nécessité urbaine à procurer la stabilité et la défense de la cité. D'un autre côté, ce rempart est
une limite à l'espace urbanisable.
f- Les places:
Ce sont des espaces non bâti. Ils ont souvent pris le nom de (Saàha). Ses fonctions se sont
diversifiées, selon les saisons, les heures de la journée et selon les occasions et les festivités. Elles
constituent les principaux endroits de rencontre, d'échange et de communication. C'est aussi des
espaces favorables à toutes les activités collectives.

10
Idem,. P.12.
11
Les dimensions et détails sur les édifices et les voies sont fournies d'après la description de: Mohamed Abdessetar
Otteman, "La cité islamique" [en langue arabe], série de la science et connaissance. N°128, Edition: Conseil national de
la culture et des arts, Kuweit, 1988, p.p 8-27. Et Mesfer, J, Villes islamiques – cités d'hier et d'aujourd'hui. Ed. C.
international d'architecture méditerranéenne, Paris, 1984, p.155.
30
Les cités arabo-musulmanes, et les Ksour une structure signifiante Chapitre 2

1.3 Bagdad, la ville ronde:

Figure 2: Bagdad, la ville ronde d'Al-Mansour. (762_766), Source: d'après la


reproduction de TABAK Abderahim, Op. Cit., P, 8 ,et développé par l’auteur
selon la description de Amar Dhina , [Link]., 1986, p.p. 15-18.

Fondée en 762 (1415 H), Bagdad est la prestigieuse capitale des Abbassides, de 750 jusqu'à
l'invasion mongole. Elle est nommée aussi la ville ronde.
Elle a été crée par le calife Aboudjaafar Al-Mansour 12 qui en a choisi l'endroit, qui la conçue
et qui en a dessiné les plans d'une façon magistrale. Il lui a donné au début, une forme absolument
ronde. Le plan de la cité avait donc une forme circulaire ayant plus de 2 kilomètre de diamètre.

Avec ses fortifications (Remparts) et son plan intérieur, elle ressemblait à une grande
forteresse. Elle comportait 4 portes de la cité (Bab El madina). De chacune de ces portes partait
une large avenue qui traversait la ville de part en part. Les quartiers populaires étaient
symétriquement traversés par 32 rues, en plus des 4 avenues principales. Chaque rue avait son nom.
On y retrouve par exemple: Rue des Porteurs d'eau, rue Hossein, rue des Muezzins…etc.

Le plan de Bagdad reflète non seulement des préoccupations militaires et économiques, mais
également sociales. Chaque quartier avait à sa tête un responsable et contenait un groupe ethnique
déterminé: arabes, persans, khurassiens,…etc. Parfois c'était un groupe artisanal ou commercial
spécialisé. Le long de chacune des quatre avenues, il y avait de hautes arcades où étaient installées
les boutiques marchandes. Chaque métier ou commerce avait sa rue derb ou sikka).
Sur le plan architectural, les œuvres étaient d'inspiration principalement mésopotamienne. La
brique constitue l'essentiel des matériaux de construction. On note l'absence de colonnes et l'emploi
du plâtre dans la décoration. Ce qui donne à cette architecture un cachet particulier.

12
Les dates et les faits historiques et la des cription de Bagdad sont issus de: JassimALDABBAGH, "Vision particulière
sur la ville ronde de BAGDAD" [en langue arabe], La nouvelle culture, N°218, 1990; Amar DHINA, Op. Cit, 1986, p.p.
15-18.
31
Les cités arabo-musulmanes, et les Ksour une structure signifiante Chapitre 2

1.4 La médina de Fès:

C’est Idris II, se disant descendant de Fatima Azzohra fille du prophète, qui a fondé la cité
vers 173 H 13. Il était opposant de la dynastie abbasside. Comme son père Idris 1er qui a créée la
première Fès sur la rive droite de la rivière. Fès est considérée comme le prototype de la cité
musulmane. Sur le plan urbain, le vieux Fès était une ville double. La première sur la rive sud de
l’oued, peuplée par des émigrés andalous, arrivés en 198H. Sur la rive nord, se sont installées les
familles venues de Kairouan. Ce seront ces deux éléments : Andalous et Kairouanes qui sont à
l’origine de la civilisation urbaine de Fès.

Avec les Almowahidines (6e et 7e siècle H), Fès sans être la capitale politique, devient une
grande cité religieuse, intellectuelle et commerçante. Ses industries se multiplient, le long de l’oued.

Dans une lecture morphologique de la médina, la position centrale de la grande mosquée saute
aux yeux. Ainsi son effet déterminant sur la forme urbaine est apparent. En effet, les parcours
structurant de la cité convergent vers cette mosquée.

Les ruelles qui suivaient les cours d’eau, arrivant à ce grand édifice changeront de directions
pour suivre l’orientation des murs de la mosquée. Cette orientation a été imposé par la direction de
la Kibla(vers la Kaaba).
Cette cité est marquée aussi par les boutiques commerçantes qui longent toutes les voies
structurantes. On note aussi la présence de Derbs et impasse qui s’infiltrent dans les tissus. D’un
autre coté la majorité des maisons sont à patio ce qui exprime leur caractère introverti.

2. SPECIFICITE DE LA CITE ARABO-MUSULMANE:

Sur la spécificité de la ville islamique, on s'interroge, s'il y a véritablement une cité arabo-
islamique que l'on puisse distinguer des villes issues d'autres civilisations?

Dans une lecture de quelques cités arabo-musulmanes, on s'aperçoit que c'est l'organisation
sociale et politique qui les caractérise 14. Cependant des historiens montrent que jusqu’au onzième
siècle, les villes du monde musulmans gardent une forte autonomie dans leur gestion, et ressemblent
en cela aux villes byzantines ou italiennes de l'époque. 15 A cet effet, le chercheur Eugène WIRTH16
avance une hypothèse de "l'inexistence de ville islamique" proprement dite mais peut être une "ville
orientale". Il cite cinq caractéristiques qui permettent de faire une comparaison entre les villes du
monde musulman et ceux des civilisations gréco-romaines, médiévales, mésopotamiennes et
orientales:

• Le tracé régulier: Les plans des villes fondées à l'époque islamique ont un tracé
régulier à l'image des villes gréco-romaines ou médiévales. Le tracé régulier a été plus
fortement modifié dans les villes arabes que dans celles d'occident. Il y a donc une
différence de degré plus que de principe. D'après Wirth: "Le tracé régulier d'origine et
sa forte modification est aussi vraie dans les villes de l'ancien Orient…".

13
Les dates et faits historiques sont avancés d’après : Amar Dhina, Op . Cit, 1986, p.95-98.
14
D'après: Gardet Louis, "La cité musulmane: Vie sociale et politique", Ed. Librairie Vrin, Paris, p 437.
15
D'après: Denis Grandet, architecture et urbanisme islamique, Edition O.P.U, Alger, 1988, p 56.
16
Les citations de E. Wirth sont rapportées par: Denis Grandet, Op. Cit, 1988, p55.
32
Les cités arabo-musulmanes, et les Ksour une structure signifiante Chapitre 2

• Hiérarchisation des voies:

Figure 3:Tissu compacte avec hiérarchisation des voies, Ksar Ouargla, Source :
La réinterprétation des invariants dans un tissu vernaculaire,
Ayachi ABDELDJEBAR, 2005.

Le tracé original des rues est de deux types très différents d'une part, les axes principaux
avec les principales voies de communication entre le centre et les portes de la ville et les
divers quartiers; d'autre part, des ruelles et impasses qui remplissent les espaces entre
les principaux axes. Ces impasses n'existent pas dans les villes gréco-romaines ou
médiévales. On a là un espace quasiment privé reconnu comme tel par le droit.
Cependant Wirth considère que: "Ces impasses sont révélées également par les fouilles
des anciennes cités mésopotamiennes…". 17

• Maisons introverties: Les maisons qui s'ouvrent sur des cours intérieures, sont
présentes partout.
Il y a là une différence avec la maison de l'Europe ancienne. Cette structure s'étend
d'ailleurs à l'ensemble des édifices publics. Il y a alors rupture nette avec l'architecture
gréco-romaine. Cette structure d'après Wirth, "est une reprise de la maison à cour
babylonienne, et de l'occupation de l'espace dominante au Moyen-Orient ancien". 18

Figure 4: Maison intovertie à Beni Azghen au Mzab,


Source: C. Bousquet, 1983.

17
Les citations de E. Wirth sont rapportées par: Denis Grandet, Op. Cit, 1988, p56.
18
Idem., p58.
33
Les cités arabo-musulmanes, et les Ksour une structure signifiante Chapitre 2

• Quartiers spécifiques: Le partage de la cité du monde musulman se fait en


quartiers bien délimités par groupes ethniques, religieux, tribaux différents,…etc. "…Ce
cloisonnement n'a rien d'original par rapport aux villes de l'orient ancien …" 19 d'après
le même auteur.

• Le souk : D’après [Link], il est le caractère le plus frappant des villes du monde
musulman. Il semble les distinguer des villes de toute autre époque historique ou de
toute autre culture. Les Souks se ressemblent beaucoup. Il s’agit généralement de rues
bordées de boutiques 20 . Chaque corps de commerçants ou d’artisanats occupe une ou
plusieurs qui lui sont réservées.

Pour E. Wirth le souk est: "La grande performance culturelle de la ville islamique" et
la "seule innovation de l'époque islamique". Cependant, il se pose la question si cette
caractéristique forte est suffisante pour définir le type d'une ville islamique? D'autant
plus que, "c'est l'institution qui a peut être le moins de rapport avec l'islam comme
religion".

Denis Grandet avance une critique à cette approche. Il considère qu'elle s'attache aux constituants
physiques de la cité. Sans pour autant prendre en considération les conditions historiques et
socioculturelles de leurs productions sans comprendre leurs significations propres dans la pensée
islamique qui a contribué à la formation de cités typiquement arabo-musulmanes et qui se
distinguent des autres cités.

Nous dirons enfin que la civilisation de l'islam incite à l'urbanisation. Ceci se justifie par le fait que
c'est l'islam qui a emmené les anciens nomades à se sédentariser. Les Bédouins, devenus musulman,
se sont rendu compte que leur nouvelle religion ne pouvait s'accommoder facilement de la vie
nomade. Il faut en effet un lieu de prière (la mosquée) pour les jours de la semaine et pour la prière
solennelle du vendredi. Il y faut de l'eau en abondance pour les ablutions et la propreté corporelle,
une école coranique,…etc. Le concept arabe Madina 21) désigne cité. Il est issu étymologiquement
du mot (Din) qui veut dire religion. Il signifie entre autres, le monothéisme, le pouvoir,, le groupe
(El milaa 22). D'après Mohamed Abdessetar 23, le mot (Madina) a été cité17 fois dans le coran, dans
des endroits où l'on note l'existence de rois et de gouverneurs, il est donc relatif au pouvoir. SELON
Ibn Khaldoun 24, dans le coran le mot (Dine) désigne aussi l'autorité de Dieu. D'un autre côté,
l'imam Abou Hanifa 25 exige que la prière du vendredi ne soit faite que dans des cités(Amssar) et
qu'elle n'est pas valable dans les petits villages. Ceci est dû au fait que c'est dans les cités qu'il y a la
présence du gouverneur (Sultan) donc du pouvoir et de la justice.

19
Ibid., p59.
20
Se référer à l’exemple de Fès
21
D'après Brahim BENYOUCEF, problématique de l'urbain et le projet islamique, [en langue arabe], Edition Abou
Daoud, Alger, 1992, p66.
22
Idem., p66.
23
Mohamed Abdessetar Otteman, "la cité islamique" [en langue arabe], série de la science et connaissance, N° 128,
Edition: Conseil national de la culture et des arts, Kuweit, 1988, p.p 8-27.
24
Ibn Khaldoun, Op. Cit, 1965, p 145.
25
D'après Brahim BENYOUCEF, Op, Cit,Alger, 1992, p 66.
34
Les cités arabo-musulmanes, et les Ksour une structure signifiante Chapitre 2

3. Les invariants et les principes organisateurs des cités Arabo- Musulmanes:


D'après notre lecture de quelques cités arabo-musulmanes, nous allons essayer de dégager un
certain nombre de principes organisateurs 26 qui marquent le plus la spécificité de la cité arabo-
musulmane et ses constituants. Ces principes sont en fait une base théorique à la matérialisation
sur l'espace d'invariants propres et communes à ces cités.

3.1 La religion, principal repère conceptuel:


Brahim Benyoucef confirme que c'est l'islam qui donne à la cité arabo-islamique son caractère
et son originalité: "…La civilisation islamique, allait promouvoir un riche mouvement
scientifique, technique et artistique et une culture…Marquée d'une âme et d'un sens qui font sa
spécificité et son originalité, la parole divine et l'instruction du prophète Mohamed, c'est l'âme de
l'islam.". Il continue, en s'interrogeant: "Quels sont donc les éléments fondamentaux qui dégagent
l'originalité et l'art islamique?" Il répond "l'islam s'étend au-delà d'un simple culte, emprisonné
dans un lieu, pour dominer toute l'organisation humaine, voir réaliser la fusion de la religion et
de l'Etat…Petit à petit se dessinaient les principaux traits de cette nouvelle architecture religieuse
et profane, publique et privée, imprégnée d'islam…La proscription de la représentation des
créatures d'après les hadits (instructions) du prophète, devait écarter le genre plastique et lancer
l'art islamique dans l'abstrait… En architecture l'importance est donnée à la décoration et aux
techniques de revêtement des surfaces (sols et murs) où sont exploités largement les thèmes,
floral, géométrique et épigraphique…" 27

La société musulmane c'est forgé à travers le temps, e développant des pratiques spécifiques.
Ces pratiques sont issues en majeure partie de la religion islamique. La projection de ces
caractéristiques sociales sur l'espace est évidente. Ce facteur religieux donne à la cité musulmane
sa personnalité typique. Il crée en même temps un air de parenté entre toutes les cités de
l'islam.

Il est à signaler cependant l'existence de variations dans la typologie de ces cités qui sont dues
à des causes géomorphologiques, historiques ou socioculturelles locales. D'un autre côté, il faut
noter qu'en arabe les mêmes mots servent aussi bien à désigner l'espace bâti que l'espace social, tel
que: Djemaa, Dar, Bayt. Ceci montre le niveau de signification symbolique du bâti par rapport à
l'organisation de la société 28. Le caractère islamique des cités se manifeste principalement dans la
mosquée, qui est considérée comme le point de départ de toutes les cités arabo-musulmanes. En
effet, on ne peut concevoir de cités islamiques sans mosquée. 29 Quand on aborde une ville grande
ou petite, ce sont d'abord le ou les minarets que l'on aperçoit. Le minaret annonce la mosquée,
celle-ci est le lieu des prières quotidiennes. L'endroit où l'ensemble des fidèles se rend le vendredi,
écouter le prône solennel dit par l'imam. "…La mosquée inscrit fortement dans l'espace urbain
l'idéal unitaire de l'islam…cet enclos ultime produit la ville doublement. A la fois comme
institution et comme symbole: comme institution, elle est le centre de la diffusion de la science
juridique, en théorie et en pratique. Elle suscite des (Madrassa)…, elle est la référence des
(Zawiya), des mosquées secondaires (Mesdjid) et d'autres lieux de prière qui marquent la ville
comme symbole (l'enclos)…C'est un filtre qui tient à l'adhésion de l'islam et donc rejette le non
musulman…En même temps, il s'ouvre de façon égalitaire à tout croyant, refaisant l'unité

26
Inspirés de: BENYOUCEF, Op, Cit,Alger, p 78, ; Gardet Louis, "La cité musulmane: Vie et politique", Ed. Librairie
Vrin, Paris, 1976, p 437; TABAK Ibrahim, Op. Cit., PP 35-45.
27
Brahim Benyoucef, introduction à l'histoire de l'architecture islamique, Edition O.P.U., Alger, 1994, p 5.
28
Inspiré des idées de: Denis Grandet, Op., Cit., 1988, p 67.
29
D'après: Amar Dhina, Op., Cit., 1986, p 7.
35
Les cités arabo-musulmanes, et les Ksour une structure signifiante Chapitre 2
.mais aussi, la mosquée est un enclos ouvert sur le ciel commun à tous les croyants vivants ou
morts, et la divinité…Tous les segments sociaux sont renvoyés à cet espace commun hautement
significatif…" 30

Dans la société arabo-islamique, c'est la situation de la femme qui dans une large mesure,
imprime sa physionomie à l'architecture des maisons. Dans la conception des cités arabo-
islamiques, la femme occupe une position centrale. Sa vie plus ou moins cloîtrée, pour des raisons
d'intimité, ainsi que la séparation des sexes a conduit à la production des demeures où la femme
puisse trouver la compensation à ce qui lui aurait manqué. Nous voulons dire l'air, le soleil,
l'espace et même les distractions nécessaires à une personne vivant presque constamment dans son
foyer. La présence des terrasses où l'on peut monter, prendre l'air, le soleil et bavarder avec les
voisines est obligatoire. Nous dirons que l'espace urbain dans la société arabo-musulmane est une
projection dans l'espace des institutions sociales, ils sont de ce fait indissociables.

3.2 LES LIMITES ET LES SEUILS:


Les murs extérieurs des maisons ainsi que le rempart Essour) de la cité remplissent cette
fonction. Ils limitent l'espace intérieur clos. Cette limite de l'espace urbain a été imposée par le
souci de défense de la cité contre les attaques extérieures. Ce même souci a conduit à l'apparition
des tours de guet Bordj). L'entrée en chicane (Skifa) pour la maison, ainsi que la porte d'entrée de
la cité (Bab…), sont des moments intermédiaires (des seuils).

Place de la
cité

Porte de la
cité
Rempart
Figure 5: Les limites et les seuils à l'échelle de la cité, Source: D'après la
revue Architecture d'aujourd'hui. AA. juin 1973. P.9

3.3 L'organicité et les centralités successives:

Le terme "organicité" est une métaphore empruntée à la biologie. Il nous servira de lire
l'espace comme étant un organisme vivant. Dans l'école morphologique, on veut dire que cette
notion que: "la ville est un organisme qui possède un aspect formel relatif à cette existence".31
Dans cette approche 32, l'environnement construit doit être traité en tant que totalité organique. En
effet, la maison, le tissu, la ville et le territoire peuvent être compris en analogie avec le monde
organique. 33

30
Denis Grandet, Op., Cit., 1988, p 67.
31
Voir: Dictionnaire de l'urbanisme et de l'aménagement, 1996, Op., Cit.
32
Pour plus de détail voir Supra, p.p 18-26.
33
D'après: G. CANIGGIA & Sylvain MALFROY, OP.? Cit., 1986, p 33.
36
Les cités arabo-musulmanes, et les Ksour une structure signifiante Chapitre 2

Nous considérons que la cité musulmane se caractérise par une organicité apparente. Le corps
de la cité se compose de 3 éléments:

• La mosquée: C'est le cœur de la cité.


• Les entités et les tissus, forment le corps, qui donne au cœur sa force.
• Les maisons étant les cellules élémentaires.
• Les voies constituent les veines et les nerfs.

D'un autre côté, ce principe induit l'existence de centralités successives des espaces libres non bâtis.
Les maisons sont introverties sur le patio (El –finaà).

Figure 6: Schéma illustrant le principe d'organicité de la cité arabo-musulmane, du


quartier (tissu) et de la maison.

La maison type contiendra essentiellement, dans la mesure du possible, une cour bordée de galeries
à arcades (Riwak), dans lesquelles s'ouvrent les portes des différentes pièces. Toutes les pièces
convergent au centre de la maison.
La ville s'oriente aussi vers son intérieur, ainsi tous ses axes convergents en direction de la mosquée
et de la place (Saaha).

3.4 La composition morphologique et les trames virtuelles:

PACCARD avance l'idée que : "l'art musulman dérive d'une théorie de l'univers qui dit qu'il
n'existe pas de forme ou de figure en soi, et que du point de vue géométrique, l'arabesque ne serait
que la recherche infinie de l'unité" 34.

A travers une lecture des cités arabo-musulmanes les chercheurs sont sortis avec le constat
suivant:

La naissance et la croissance de ces cités s'effectuent avec un esprit de système, selon un processus
non spontané à partir d'éléments dominants et ordonnateurs. 35
D'après BENCHERIF Saleha et KETTAF Fadéla, il existe trois types d'éléments de composition
architecturale et urbanistique, il s'agit: des éléments ordonnateurs, exceptionnels et courants.

34
D’après : [Link] et Sylvain MALFROY, [Link]., 1986, P. 33.
35
Selon les idées de: BENCHERIF Saleha et KETTAF Fadéla, Op., Cit., pp 37-44.
37
Les cités arabo-musulmanes, et les Ksour une structure signifiante Chapitre 2

A chaque niveau de hiérarchisation des espaces (Cité, Dar), ses éléments sont présents. A
l'échelle de l'organisme urbain se sont les axes, les cheminements principaux (Trigh) associés aux
places (Saaha) qui ordonnent la cité.

Figure 7:Schéma illustrant le principe des centralisées successives.

Dans le cas de la maison (Dar), c'est le patio (El-finaà) qui joue le rôle d'élément ordonnateur et
distributeur des autres chambres (Biout). L'élément exceptionnel joue le rôle de repérage,
symbolisation, articulation de niveau. Dans ce sens la mosquée sera l'élément exceptionnel de la
cité. A l'échelle de l'habitation, l'escalier (Droudj) sera l'élément exceptionnel. Les éléments
courants seront par opposition toux ceux qui sont répétitifs, il s'agit des tissus et des pièces (Biout).

D'un autre côté, nous dirons que la cité dans sa totalité obéit à une trame géométrique, non
seulement structurelle, mais aussi basée sur le tracé parcellaire et viaire. Ainsi on a une trame
virtuelle qui ordonne le découpage morphologique des parcelles. A partir même de cette trame,
l'ensemble des composantes morphologiques de la cité se développe et s'articule sur une grille
quadrillée dans laquelle s'inscrivent toutes les forces d'espace.

38
Les cités arabo-musulmanes, et les Ksour une structure signifiante Chapitre 2

3.5 La progression hiérarchique des voies:

Se manifeste par la présence de voies de diverses dimensions et statuts:

• Les voies primaires: A caractère public. Appelées souvent (Trigh, Zenka). Se sont
des voies, de grandes dimensions. Elles permettent d'établir la liaison entre les
différentes parties de la cité, entre le centre et la périphérie.

• Les voies secondaires (Zkak): A caractère semi-public. Se sont des passages non
couverts, de dimensions moyennes. Elles pénètrent les quartiers et les tissus pour
desservir les impasses et les maisons.

• Les voies tertiaires: A caractère semi-privé. Se sont des impasses (Derb, Drieb ou
Driba) qui desservent un ensemble de maisons appartenant souvent à une même tribu
ou famille élargie.

• L'entrée en chicane (Skifa): Etant un seuil entre la maison qui a caractère privé et
l'extérieur (Derb, Drieb ou Driba…).

Figure 8: Schéma illustrant la progression hiérarchique des voies.

3.6 La distribution fonctionnelle:

La cité est généralement organisée selon les fonctions, d'après l'ordre suivant:

• Le centre: Il est occupé par les fonctions à caractère central, religieuse (mosquée) ou
administratifs et par les services collectifs: Dar El-imara (maison de
commandement), Bayt el Maal (Trésor public)…etc.
• Les pourtours du centre: constitués par les entités et les quartiers résidentiels. C'est
la fonction d'habitat.
• Périphérie: Se trouvent les marchés et puis les champs. C'est la fonction de travail.
• Les voies remplissent la fonction de communication.

39
Les cités arabo-musulmanes, et les Ksour une structure signifiante Chapitre 2

3.7 Les tissus compacts:

Les tissus compacts ont donné un caractère spécifique aux cités arabo-musulmanes. En effet,
les maisons sont adjacentes les unes aux autres reflétant la solidarité sociale exigée par l'islam. Ce
type de tissu permet de résoudre le problème climatique en réduisant les surfaces exposées au
soleil et en procurant le maximum d'ombre. Ceci contribuera à réduire l'excès de chaleur pouvant
pénétrer à l'intérieur des maisons.

Figure 9: Schéma du tissu compact.

3.8 Répartition familiale, tribale et par groupes distincts :


Les cités d'islam sont généralement divisées en quartiers ou entités résidentielles (Khota)
occupés par des groupes sociaux distincts l'un de l'autre. Cette répartition se fait selon une
appartenance ethnique, tribale, religieuse ou même parfois selon les fonctions. Amar Dhina cite
l'exemple de Basra et de Kouffa, " Dans les cités de Basra et Kouffa, chaque tribu arabe avait
son quartier, sa mosquée et son cimetière". 36 C'est aussi le cas de Médine, de Fès et de Bagdad. 37

A l'échelle des unités résidentielles, nous dirons que la maison est considérée comme le
point de départ du tissu urbain. En effet, elle toujours regroupée avec d'autres maisons qui lui
sont mitoyennes appartenant aux membres d'une même grande famille ou tribu.
On a ainsi le noyau intérieur, composé de maisons situées autour d'une seule (Driba ou
drieb) ouvrant par une porte sur une impasse; Puis à côté de ce noyau, les maisons ouvrant sur
l'impasse, au-delà les maisons situées en bordure de la rue (Zkak, Zenka ou Trigh), entre les
quelles ouvre la porte de l'impasse.
Cette organisation hiérarchisée des maisons constitue le [Link] systèmes de maisons sont
aussi des systèmes de solidarité sociale dont le noyau est la famille ou la maison du père. La
famille produit donc le tissu. 38

36
Amar Dhina, Op., Cit., 1986, p 18.
37
Voir: Supra., P 32-33
38
D'après les idées de: Denis Grandet, Op., Cit., 1988, p 6.
40
Les cités arabo-musulmanes, et les Ksour une structure signifiante Chapitre 2

3.9 Des maisons introverties forment le tissu:

Suivant les études de Dominique Chevalier et de Roberto Berardi, on peut avancer le postulat
que c'est la maison qui produit le tissu et don la ville:
"Chaque groupe (familial, tribal ou lié par des liens d'échange économique plus larges)
marque l'espace de la ville par l'enclos qui le définit…". 39 Avant d'évoquer la maison comme point
de départ du tissu urbain, il est nécessaire de s'arrêter un moment sur l'organisation de cette
maison elle-même. Comment se caractérise la maison arabo-musulmane traditionnelle? 40
Les maisons mitoyennes sur deux ou trois côtés ou enclavées dans des ensembles plus vastes,
présentent généralement un périmètre clos percé d'une porte. Cette dernière s'ouvre sur une ruelle
ou une impasse d'un quartier d'habitation, lui-même clos. La maison (Eddar), est une unité
spatiale à la fois une et multiple. Ce n'est pas en effet, une habitation individuelle, relevant de la
famille mononucléaire. Elle regroupe ce que les sociologues nomment "famille élargie". C'est
l'espace rassemblant les groupes liés par des liens de sang. "Elles les rassemblent mais en les
distinguant…Elle se constitue, d'une répétition de Bayt), mais avec des hiérarchies entre statuts
d'âge et statuts de sexe, entre maîtres et serviteurs, entre hôtes et invités. En cela, elle est
multiple… En quoi alors, est-elle une? L'unité se reconstitue dans l'espace central commun qu'est
le patio (el-finaa)" 41

Figure 10: Principe de la formation d'un tissu par juxtaposition de maisons mitoyenne.
Les maisons s'ouvrent sur le patio n'ont pas besoin de façades extérieures.

C'est dans la cour que se rencontrent obligatoirement les habitants de la maison, car la maison n'a
qu'une issue et est dépourvue de couloirs. Très souvent, les domestiques ainsi que les invités ont
leur propre cour.
D'autres éléments sont communs: la cuisine, les services généraux (eau, four à pain,…etc, s'ils ne
sont pas communs à tout le quartier), et aussi les dispositifs d'accès et de protection de la maison:
l'entrée en chicane (Skifa), couloir ou impasse d'accès (driba ou drieb), impasse ou ruelle
(derb). Mais tout sous groupe familial possède son propre enclos (bayt ou Qbu), parfois réduit à
une simple niche (inspiré par le modèle de l'iwan iranien) où se développant en chambre
complexe (avec salon central, alcôves et cellules adjacentes) souvent en forme de T(Figure 11).

39
Les citations de Dominique Chevalier et de Roberto Berardi sont tirées de: Denis Grandet, Op., Cit., 1988, p 63.
40
Inspirées de: Steirlin Henri, Architecture islamique, Ed. P.U.F, France, p 127; Denis Grandet, Op., Cit., 1988;
MARCAIS Georges, "L'architecture musulmane d'occident: Tunisie, Algérie, Maroc, Espagne et Sicile", Ed. Arts et
Métiers graphiques, Paris, 1954, p 541.
41
Denis Grandet, Op., Cit., 1988, p 64.
41
Les cités arabo-musulmanes, et les Ksour une structure signifiante Chapitre 2

Figure 11: Types de patio, Source: Elaborée la base de la reproduction de:


La revue Architecture d'aujourd'hui. AA., juin 1973; P.9

L'articulation hiérarchisée des (bayt) dépend de l'ampleur et de la configuration d'une maison


à l'autre. Le schéma architectural est cependant le même pour toutes les maisons. Dans plusieurs
cas, chaque (bayt) se présente sur la cour avec sa propre façade, parfois décorée, qui
l'individualise. 42

Figure 12: Exemple patio dans des maisons introverties. Source: d'après la revue
Architecture d'aujourd'hui. AA., juin 1973; P.9

3.10 La recherche de l'intimité:

"La sacralité de l'espace, exige son intimité" 43. A cet effet, les murs renforcent la séparation
entre l'intérieur (sacré et intime) de l'extérieur (profane).
Les maisons sont introverties, les murs sont conçus sans balcons, sauf de petites fenêtres pour
disposer de l'air et de la lumière. Ceci contredit la conception de la façade dans la ville
occidentale, où l'on assiste à l'interpénétration des espaces intérieurs et extérieurs. La façade
dans ce cas contribue à la conception picturale de la rue. La liaison entre l'intérieur et l'extérieur
dans la cité islamique était marquée par des portes urbaines (Bab…) sous forme de galerie voûtée,
souvent en chicane (Figure 13). On trouve cette même entrée en zigzag (Madjaaz ou skifa) au
niveau de la maison. Elle fait la jonction entre le patio et l'impasse (derb) qui mène à la voie
publique. Ceci pour briser la vue provenant de l'extérieur vers l'intérieur.

42
Selon: Denis Grandet, Op., Cit., 1988, p 66.
43
D'après Brahim BENYOUCEF, problématique de l'urbain et le projet islamique, [en langue arabe], Op., Cit., p 79.
42
Les cités arabo-musulmanes, et les Ksour une structure signifiante Chapitre 2

Figure 13: Croquis illustrant le principe de la recherche d'intimité


à l'échelle de la maison (entrée en chicane).

3.11 L'architecture adaptée au climat:

La civilisation de l'islam a occupé un territoire très vaste qui s'est étendu sur une large bande,
allant de l'Inde à l'océan atlantique. Bien que ce domaine présente beaucoup de régions au climat
tempéré et des massifs montagneux couverts de forêts, il est évident que ces déserts ou les semi-
déserts y occupent une surface importante de cette étendue. Les pluies sont donc rares et
irrégulières, et les chaleurs y sont fortes l'été. Ces facteurs ont accentué les ressemblances entre
ces cités 44:
• La chaleur a imposé la construction de maisons à assurer la fraîcheur des
habitations 45. Ceci se manifeste dans:
• Les maisons introverties à patio (Figure 14): Le patio El-finaà) joue le rôle de
régulateur thermique.
• Le tissu est compact, chose permise par la présence de maisons de centre. Ce type de
tissu permet de réduire les surfaces exposées au soleil et donc offrir un maximum de
fraîcheurs.
• Les ruelles (Zkak, Derb, Drieb, Driba) sont étroites et souvent couvertes, pour
procurer plus d'ombre possible.
• Les ruelles sont souvent sinueuses permettant ainsi de bloquer les vents et de ce fait
préservé pour la journée (l’air frais accumulé pendant a nuit. Ceci permet aussi de
créer le maximum de façades ombragées.
• L'utilisation d'éléments architecturaux (capteurs à vents, caves,…).
• L'introduction d'éléments naturels (arbres, plantations,…) à l'intérieur de la maison et
dans l'environnement extérieur.

44
Selon les idées de: Amar Dhina, Op., Cit., 1986, p 7.
45
Idem, p 8.
43
Les cités arabo-musulmanes, et les Ksour une structure signifiante Chapitre 2

Figure14 : Croquis illustrant le rôle du patio en tant que


régulateur thermique.

• La rareté des pluies explique le souci qu'avaient les fondateurs des cités de les
pourvoir d'eau par toutes sortes de moyens (foggaras, puits, bassins,
fontaines,…etc.). Ces éléments ont affecté la morphologie du tissu et la conception
des maisons. On trouve par exemple les ruelles qui suivent les lignes des foggaras, la
présence de puits à l'intérieur de la maison.
4. Les ksour en tant que cité arabo-musulmanes:

4.1 Définition et spécificités:

Dans un sens étymologique, le terme ksar (pluriel: ksour ou ksars) porte la signification
évocatrice de palais et désigne en Afrique du nord, un village fortifié, caractérisé par une force
typique d'habitat très concentré construit en matériaux traditionnel.

Même s'il est rencontré sur des reliefs aussi variés (sommets de montagnes, crêtes, buttes
surplombant les plaines vallées des oueds, ou plaines), le site sur lequel est érigé le ksar, et lorsque
la topographie le permet est souvent choisi de manière à ce qu'il soit imprenable et paraît être un
élément tangible, il se présente toujours comme un ensemble protégé d'une muraille marquant une
rupture symbolique avec l'extérieur et permettant ainsi d'assurer une protection contre toute
attaque extérieure; Atif Shama, nous donne une définition du ksar: "A l'origine, les ksour avaient
pour vocation à la fois de loger les populations locales, de servir de relai ou de point de
ravitaillement pour les convois de chameliers et les tribus nomades mais également de lieu de
refuge en cas de conflits entre tribus. De ce fait, ils sont toujours situés sur des points de passage
le long des voies commerciales, à proximité d'une oasis d'une source ou d'un oued, afin d'assurer
les besoins en eau des hommes, des animaux et des cultures. Le ksar donc, est un espace fermé et
collectif rassemblant plusieurs familles réparties par quartier et qui dispose de parties dédiées à
la communauté mosquée ou espace de culte, puits d'anciens, l'unique entrée du système est
défendue par une imposante barbacane. La morphologie intérieure des ksour à l'instar des
médinas, est très organique, et caractérisée par une forte densité, et par l'étroitesse, la sinuosité et
l'irrégularité de son réseau de circulation, qui ne possède pas de hiérarchie particulière" 46.

46 Atif Shama, Op., Cit., p 56.


44
Les cités arabo-musulmanes, et les Ksour une structure signifiante Chapitre 2

Pour assurer le maximum de sécurité aux habitants, le ksar peut posséder ses propres moyens
de réserves alimentaires, des puits collectifs protégés, et ne disposant dans la plus part des cas que
d'une seule porte d'entrée en chicane.
L'existence de ces éléments qui donnent un caractère fortifié à l'ensemble ksourien, ne peut
que renvoyer à de longues périodes d'insécurité qui régna au Sahara. Pour toutes ses raisons, le
ksar est confondu avec l'architecture défensive ou militaire, aujourd'hui libéré de son souci
défensif et ayant gardé jusqu'à récemment sa fonction d'ensemble autonome.

C'est aussi la forme urbaine des villes du sud par opposition aux médinas du Nord, le ksar
désigne même selon Pr. MAZOUZ. S. "toute agglomération saharienne anciennement construite
et de tendance plutôt rurale par opposition aux structures plus importantes que sont les
médinas". 47
Les ksour, au-delà de l'aspect morphologique de l'habitat dont l'enchevêtrement caractérisent
leurs maisons est le prisme à travers duquel se reflète une vie communautaire où s'exprime avec
force, cohésion et solidarité entre les membres d'une même collectivité. Il est généralement habité
par des populations sédentaires pratiquant une agriculture vivrière dans des parcelles irriguées par
des eaux détournées de sources par des petits barrages de dérivation ou par des foggaras.

Le ksar est un espace de vie collective répondant à la fois à une organisation politique
d'autodéfense et à une organisation sociale visant à faire respecter la segmentation sociale et
raciale. Le rôle de la Djemâa (l'assemblée consultative ou le conseil du ksar) était primordial
quant à l'organisation de la vie politique et la gestion des ressources économiques au sein des
ksour.
Etant l'héritage prestigieux de la civilisation oasienne, le ksar est l'œuvre collective d'une
société harmonieusement adaptée à son milieu. Il doit son existence à la cohérence économique,
sociale et culturelle de la société oasienne.

A côté de la gestion collective des ressources, l'habitat des ksour traduit l'organisation socio-
économique ayant précédé les bouleversements des dernières décennies. Aujourd'hui, ce mode
d'habitat qui a joué un rôle décisif dans la croissance et la prospérité des oasis présahariennes
confronte un défi irréversible grâce à la prépondérance des nouveaux centres urbains.

4.2 Le ksar, une création bioclimatique et culturelle:

Le besoin d'adaptation à la rigueur du Sahara est à l'origine du ksar:" Il est évident que c'est
d'abord une création bioclimatique" (COTE, 2016).

Les passages couverts, les décrochements…, donnent une mitoyenneté des maisons,
ombre…etc., ce qui apporte de la fraîcheur, tel que l'insertion du ksar à l'intérieur de la palmeraie
(comme le cas de Béni Abbes).
Il y a cependant selon COTE.M une logique autre: "c'est un fait culturel" d'après les traits
qu'on trouve dans le Maghreb, l'Arabo-musulman.
Le culturel succédant au bioclimatique est un argument défendu par beaucoup de chercheurs
dans la formulation de la genèse des ksour: "le besoin d'un habitat bioclimatique associé à la
culture sont à l'origine des ksour tels qu'on les connait" (COTE, 2016 à Béchar).

47
Mémoires et traces: le patrimoine ksourien, p 124, in "la ville et le désert. Le Bas-sahara algérien", COTE M., 2005
45
Les cités arabo-musulmanes, et les Ksour une structure signifiante Chapitre 2

4.3 Composantes des ksour:

Pour reprendre la formule de COTE.M. "Le Sahara est un musée de formes architecturales et
urbanistique".
L'une des caractéristiques du ksar saharien est, l'universalité du modèle, la variété dans le
détail incorporant des adaptations locales, historiques.

4.3.1 Les formes construites:


Les caractéristiques topographiques du site sur lequel sont édifiés les ksour sont
déterminants quant à la forme géométrique que peut prendre le bâti, nous distinguons:

• Les formes adaptées à la topographie (aux éléments de la topographie): formes rondes,


formes allongées…
• Les formes indifférentes à la topographie: formes rectangulaires bien nettes.
Faisant la remarque qu'il y a des phénomènes de convergence dans de nombreux cas
COTE. M, associe de plus la forme des ksour à différents éléments:
• Les forment rondes correspondent à un matériau précis, la pierre, à des régions
Berbérophones, à une adaptation à la topographie.
• Les formes carrées correspondent à l'utilisation d'argile, la terre, à des ksour plus
récents et à des régions arabophones.

4 .3.2 L'existence d'éléments monumentaux:


Il regroupait l'ensemble des éléments symboliques forts de centralité tels la mosquée
grande ou petite, parfois une zaouïa, les places publiques, le fort (bordj) et les marchés,
les greniers collectifs (grandes maisons pour conserver les biens collectifs), qu'on trouve
en terrains semi-sédentaires. Le grenier peut être indépendant (casbah: forteresse), tel
qu'au Gourara.

4.3.3 Le rapport entre l'échelle et l'organisation du ksar:


Le ksar s'organise selon différentes échelles:

• L'échelle de l'édifice: habitations ou édifices publics


• L'échelle de l'unité urbaine: association de plusieurs édifices organisés le long d'un axe
(Zkak) ou autour d'une place (Rahba), définissant une unité autonome appropriable par
le groupe.
• L'échelle de la cité (Ksar): l'ensemble des entités en articulation, structurées,
hiérarchisées.
• L'échelle du territoire: l'ensemble des ksour implantés, généralement selon des
principes morphologiques commune et définissent, une fois en relation d'échanges un
champ d'appropriation pour la population de la région.

4.3.4 Le rapport entre la forme et la structure sociale :


Le ksar est une forte structure, organisé par certains éléments lui conférant certaines
caractéristiques:
• Compacité, ruelles étroites, peu de places (la surface du bâti supérieur à la surface du
non bâti) ;
• Pas de différenciation possible ;
• L’emboitement des espaces ; à la base c’est la maison ensuite l’ilot qui constitue une
petite entité puis l’ensemble du ksar, avec ou sans rempart.

46
Les cités arabo-musulmanes, et les Ksour une structure signifiante Chapitre 2

Il est selon COTE M. (2010) possible de distinguer les ksour du point de vue social:
• Ksar simple : de forme simple, d’une trame unique, l’existence d’une seule mosquée,
et rassemblant une communauté.
• Ksar composite : avec éléments juxtaposés, ensemble de quartiers, chacun fermé par
des remparts où chaque quartier représente une communauté, nous sommes alors en
présence d’une population diversifiée, hiérarchisée (tel l’Akham = quartier à
Timimoune).
Il ya aussi des cas plus complexes tel que Ouargla où on y note, centralité, voies
radiales, une unité apparente car la structure est composite, avec trois (03) populations,
à chaque population une mosquée, un cimetière, une école, une porte…

4.4 L’habitat ksourien :

La forme de l’habitat ksourien traditionnel constitue un élément caractéristique de


l’organisation spatiale et de la morphologie des oasis, montrant encore aujourd’hui, dans de
nombreux territoires sahariens leurs fonctionnements passés et les logiques sociales structurantes
de la société ksourienne. L’approfondissement des définitions des éléments du système ksourien
s’inscrit dans un dessein d’appréhension des logiques passées dans l’expectative de leur
intégration de façon cohérente dans nos réflexions portant sur les perspectives de développement
urbain durable et l’observation des dynamiques de ces systèmes ksouriens.
4.4.1 L'habitation dans le Ksar :
Les maisons du Ksar construites entièrement en terre (pisé et briques séchées au
soleil) ont un à deux étages (parfois même trois à quatre au Maroc). Les maisons
s'élèvent dans certains cas jusqu’à pouvoir dominer les remparts afin de mieux
surveiller les alentours.
La construction lorsqu’elle se fait en hauteur semble répondre à des besoins
essentiels à l’habitat des oasiens à savoir :
• un besoin économique (l’utilisation mesurée du sol cultivable qui est une ressource
vitale mais très rare) ;
• un besoin d’adaptation au climat saharien extrêmement rude avec des écarts
thermiques important entre le jour et la nuit et entre l’hiver et l’été.
De plus, comme la majorité des oasiens exercent un élevage à l'étable, la
construction en hauteur offre la possibilité de mieux ventiler les maisons et de migrer
verticalement entre les étages suivant les périodes de l’année et les moments de la
journée. On utilise l’expression « migration verticale » pour désigner ce phénomène
de déplacements des habitants des Ksour entre les niveaux inférieurs et supérieurs.

47
Les cités arabo-musulmanes, et les Ksour une structure signifiante Chapitre 2

Cette migration consiste selon le nombre de niveau de l’habitation à demeurer la


nuit aux étages supérieurs (Deuxième étage ou terrasse) et le jour aux étages
inférieurs (RDC ou premier étage) pendant l’été et inversement en hiver.

4.4.2 Les constructions de la collectivité :


Chaque Ksar obéissant à ses propres logiques, les constructions destinées à la
collectivité, sans être une règle sont souvent groupées à l'entrée du Ksar. Il s'agit de
la mosquée et de ses annexes, de la maison de la Djemâ’a - le conseil du Ksar - ou
et des magasins d'artisans. L'importance de cette partie collective varie d'un Ksar à
l'autre selon la disponibilité en espace constructible et selon la richesse et le pouvoir
du conseil du Ksar. Chaque Ksar dispose d'un certain nombre de puits, le seul puits
collectif était celui de la mosquée. Le Ksar avait également une partie collective qui
s'étendait, généralement, devant la porte d'entrée et sur une vaste superficie, qui était
destinée aux aires de battage, aux écuries et étables et parfois à un marché
hebdomadaire au une place commerciale, aux carrières de terre pour la construction
des maisons et aux cimetières.
L'aridité du climat et la rareté des ressources en eau et en terre cultivable, rudement
disputées entre sédentaires et nomades, associées au règne de l'insécurité à cause des
rivalités entre les tribus sur la possession de s es ressources rares et sur le contrôle
des pistes du trafic des marchandises, ont contraint les populations sédentaires à
vivre assemblés derrière des murailles robustes d’agglomérations à caractère
défensif. Les fondateurs des Ksour ont ainsi fait usage des techniques architecturales
et des matériaux de construction locaux et des aspects morphologiques des villes
caravanières inspirées à leur tour de l'architecture militaire.

4.5 Les Ksour : un patrimoine saharien :

Les ksour sont un patrimoine architectural, historique, révélateur d’une culture de ces régions
sahariennes, « Sur 5000 km de l’atlantique à la mer rouge (vue générale), si on veut bien le
comprendre c’est à cette échelle qu’il faut le considérer » (COTE M., 2016)
Les Ksour, héritiers d’une longue tradition urbaine et architecturale et synthèse des apports culturels
d’origines diverses présentent actuellement les intérêts suivants :

48
Les cités arabo-musulmanes, et les Ksour une structure signifiante Chapitre 2

• Patrimoine culturel, architectural, urbain et paysager de valeur scientifique,


archéologique, socioéconomique et artistique inestimable;
• Composante essentielle du répertoire architectural et urbain national, maghrébin et
africain ;
• Témoin d’une adaptation ingénieuse de l’homme, par ses propres moyens, à un
milieu naturel, physique et humain exceptionnel ;
• Reflet d’un savoir-faire unique en matière de l’art de bâtir, des pratiques
d’aménagement spatial, de l’organisation sociale et de la gestion rationnelle des
ressources naturelles ;
• Symbole d’une identité territoriale enracinée ;
• Atout remarquable du développement.

CONCLUSION:

Les cités arabo-musulmanes ont partout et toujours présenté un visage typique, une
personnalité bien dessinée et une ressemblance évidente entre elles. Cette ressemblance tient à ce
que ces cités répondent toutes au besoin précis de la société musulmane. Cela revint à dire que
c'est l'islam, avant tout, qui a donné à ces cités, sa forte empreinte. Il ne faut cependant pas nier
que l'art islamique puise sa source de civilisations très anciennes. A travers l'histoire de la
civilisation islamique sont apparus des écoles et des styles d'art qui se sont répartis à travers la
vaste étendue de terre occupées par les musulmans. Parmi ces tendances qui ont influencé le plus
notre contexte restreint d'étude, on cite l'école du prophète et l'école Andalou Maghrébine.

Plusieurs facteurs et constituants donnent à la cité islamique son caractère. Ils créent en même
temps un air de parenté entre toutes les cités de l'islam.

La cité arabo-musulmane et ses constituants se caractérisent par un certain nombre de


principes organisateurs communs. Parmi lesquels on cite: l'ensemble des maisons introverties à
patio donnant naissance à un tissu compact, la hiérarchisation progressive des voies, l'organisation
selon la fonction, la répartition familiale, tribale et par groupe distinct, les limites et la recherche
de l'intimité. Un autre facteur déterminant de la morphologie urbaine et de la typologie
architecturale étant la recherche du confort thermique.
Ces principes génèrent des permanences physiques qui sont toujours présents dans les cités
musulmanes et dans leurs constituants à savoir les tissus et les maisons.
D'autre part, cette lecture nous a permis aussi de qualifier le ksar comme étant une petite cité
arabo-musulmane. Avec des principes organisateurs et des règles de la composition
morphologique, ainsi qu'un inventaire des invariants communs à tous les ksour.

Le ksar demeure une consécration parfaite d'une symbiose entre l'homme et son
environnement une représentation des générations passée d'une durabilité que la société
d'aujourd'hui ne cesse de perturber par une occupation irrationnelle de l'espace oasien fragile.

49
Chapitre 3 :

Architecture Contemporaine ou le lieu de


divergence Modernité/Tradition.
Architecture Contemporaine ou lieu de divergence Modernité/ tradition Chapitre 3

« La modernité n’est pas une théorie mais


plutôt une idéologie qui se définit d’abord par
un rejet de la tradition »1.

1
Baudrillard, Jean « modernité » in encyclopédie universalis, 2006.
50
Architecture Contemporaine ou lieu de divergence Modernité/ tradition Chapitre 3

Introduction :

Il s’agit dans ce chapitre d’identifier la nature de la crise de l’architecture moderne, et voir


dans quelle mesure et à quel point le mouvement moderne est responsable de la dissociation
architecture / environnement, et cela en mettant en exergue l’occultation du savoir faire ancestral et
du rejet de la tradition vernaculaire.
En optant pour la « Tabula Rasa », le mouvement moderne à largement renié toute la dimension
historique et culturelle des établissements humains traditionnels, cela en concevant une architecture
sans racine ni identité, le mouvement moderne n’a fait qu’aggraver l’énorme fossé, déjà profond,
séparant l’homme de son environnement.

Nous mettrons en évidence la dialectique tradition/ modernité prémices d’un


bouleversement spatial qui a induit des conséquences néfastes sur la société, comme nous
identifierons le mouvement moderne et la crise spatiale dont il est porteur. En effet la négation par
le mouvement moderne de l’histoire et des acquis millénaires que l’homme a accumulé très
lentement a induit une situation de crise multiforme du cadre bâti et son environnement. Ainsi, le
site en tant que caractère spécifique d’une architecture, devient neutre et vidé de tout son contenu
symbolique. C’est donc une architecture, qui peut être implantée n’ importe où à n’importe quel
moment, et peut être construire avec le même matériau.
De même nous mettrons en exergue le mouvement post moderne, lequel devait revenir aux sources
de l’histoire, et qui n’a fait qu’aggraver la situation en creusant le fossé entre l’homme et lui-même
et entre l’homme et la nature.

Comme nous mettrons en évidence les errements d’une pratique et d’un enseignement
architectural en Algérie qui continue à importer des typologies et modèles qui ont montré leur
limites et leurs effets dévastateurs ailleurs, au lieu d’une interprétation de notre patrimoine riche en
savoir faire et qui constituera un référent à notre architecture de demain.

51
Architecture Contemporaine ou lieu de divergence Modernité/ tradition Chapitre 3

1. Rupture entre tradition et modernité :

Les notions ancestrales utilisées par l’architecture vernaculaire et traditionnelle disparaissent


au profit de l’industrialisation, cette déviation professionnelle qui ne reconnait aucune spécificité,
aucun legs historique de la part des concepteurs et qui est à l’origine des problèmes
environnementaux auxquels nous devons faire face aujourd’hui. Le mouvement moderne s’est élevé
contre la ville ancienne en abolissant la quasi-totalité des éléments qui l’ont littéralement créé ; Les
éléments traditionnels qui assuraient la composition urbaine tels que la rue, la place, les nœuds sont
désormais délaissés. L’architecture est réduite à son seul aspect monumental, et le site ramené à
quelques données simples « soleil, verdure, et horizon ».

L’architecture moderne qui postulait à la fabrication de l’homme type, voire standard, aurait
un caractère international, une opinion que partageaient bien, selon C.N Schulz « les architectes des
années vingt pour qui l’architecture moderne ne devrait pas avoir de caractère régional, mais qu’elle
devrait se soumettre partout aux même principes » 2 .

2. Les racines de l’Architecture Moderne :

2.1 L’enchainement, une composition urbaine :


L’enchainement des bâtiments 3, qui a été un des principes fondamentaux du développement
urbain hérités de la Renaissance, nous montre que
dans le tissu urbain les édifices sont construit à
partir d’éléments fortement rattachés les uns aux
autres pour représenter en quelque sorte une
« composition uniforme », l’enchainement est
souvent marqué par des limites claires telles que
les murailles autour d’une ville ou les piles
d’angle à l’extrémité des bâtiments.

Cette ordre (hiérarchie), et cette limitation


de l’espace nous offre une image exacte de la
hiérarchie et des contraintes des sociétés de
l’époque. Cet enchainement
« baroque »proviendrait directement de
l’enchainement naturel des choses, c’est-à-dire
que « les parties d’un bâtiment ou d’une ville sont
assemblées comme les branches d’un arbre ou
comme les membres d’un corps humain »4.
L’enchaînement baroque a toujours mis en
évidence le décor et l’ornement, Cet intérêt pour
l’ornementation des architectes de l’époque a
pour but de donner une plus grande importance
au symbole qu’à l’utilité, à l’architecture
monumentale qu’à l’architecture fonctionnelle,
c’est-à-dire à privilégier les symboles que Figure 1: L'enchainement des bâtiments, Le mouvement
l’usage. moderne de l'architecture, Mohammed FOURA.

2
Schulz, C-N, Genius Loci : ambiance-architecture, éd Pierre Mardaya, 1979.P149.
3
Belmont J. "Modernes et Postmodernes", éd. du Moniteur, Paris (1987).
4
Belmont J., op. cit. p. 30.
52
Architecture Contemporaine ou lieu de divergence Modernité/ tradition Chapitre 3

2.2 La remise en cause de l’enchainement :

La règle de l’enchainement à été indirectement remise en cause par la pensée rationaliste, dont les
premiers maitres ont été Descartes (1596-1650), et
Kant (1724-1804).Les architectes du 18ème siècle se
basant sur la notion de « raison » vont rejeter
l’enchainement pour le remplacer par un nouveau
principe fondamental basé sur l’autonomie des
bâtiments 5.

Ces architectes vont rejeter le symbole pour le


remplacer par la fonction. Le doux 6 affirme à ce
sujet que « tout ce qui n’est pas indispensable
fatigue les yeux, nuit à la pensée et n’ajoute rien à
l’ensemble ». Ces architectes utopistes, ont été de
parfaits révolutionnaires parce qu’au-delà de
l’architecture baroque, ce sont toutes les idées de
leur époque qu’ils rejetaient, et finalement la société
elle-même qu’ils refusaient. L’enchainement
baroque à été le symbole des hiérarchies et de
contraintes des sociétés préindustrielles. De la même
façon, l’autonomie des bâtiments de l’architecture
moderne symbolise l’uniformisation et la
désintégration des sociétés industrielles 7 .
Figure 2: Nouveau style de LEDOUX, Les
racines de l'architecture Moderne, [Link].

2.3 L’avènement de la préfabrication et de la standardisation :

L’avènement d’un nouvel ordre socio-économique, en plus de la poussées démographique,


vont créer une demande d’édifices nouveaux, destinés à de nouvelles fonctions. Ce sont les
bâtiments industriels, usines, entrepôts, grands magasins, hôpitaux, prisons, mussées etc. Ils n’ont
aucun modèle dans l’histoire de l’architecture.
L’industrialisation a nécessité aussi la création et le développement de nouveaux moyens de
communication tel que le chemin de fer, et par conséquent la construction de ponts, de grandes
gares, de viaducs etc. Etant donné que les techniques de construction, les matériaux et les services
inhérents étaient désormais disponibles leur utilisation intrinsèque va changer radicalement
l’architecture fonctionnelle.

Ceci prouve que l’on peut construire autrement qu’en pierres, une nouvelle ère vient de
commencer.

5
Kaufmann E., "De Ledoux à Le Corbusier, Origine et développement de l’architecture autonome", Equerre, Paris
(1981).
6
Le doux, utopiste du 18ème siècle.
7
Jencks C., "Mouvements modernes en architecture", Mardaga, Bruxelles (1977).
53
Architecture Contemporaine ou lieu de divergence Modernité/ tradition Chapitre 3

3. Le mouvement moderne ou la crise de l’architecture :

Depuis la création de l’homme, la nature n’a cessé de se transformer, l’homme en se fixant


dans un lieu, cherche dans un premier temps à échapper à la domination de la nature et dans un
deuxième temps à renverser la situation pour lui imposer sa volonté, cette lutte homme/nature
durera plusieurs millénaires et caractérisera l’architecture.
En effet, le mouvement moderne a sans doute été celui qui, depuis l’époque du néo-classicisme, a le
plus influencé les arts, l’architecture et même la politique. Il voulait aussi définir des modes de vie
et même concevoir de nouveaux modes de production et de relations. Du fait même de sa nature, il
n’a pas beaucoup porté attention à la dimension identité, ni à la signification culturelle des modes
d’expression.
Le mouvement moderne a tenté de formuler des principes qui demeureraient valides dans le
monde entier, indépendamment de toutes variations géographiques, sociales ou culturelles.
Depuis les années vingt, le mouvement moderne est devenu la principale forme d’expression dans
le domaine des arts et de l’architecture.
Vers le début du XXe siècle, toutes les tentatives de réforme trouvent leur organe de diffusion
dans les C.I.A.M (congrès internationaux d’architecture moderne), qui arrivent en 1933 à
l’élaboration de la charte d’Athènes, document de base selon ses promoteurs pour toute intervention
architecturale future. Elle se base sur les principes suivants qui énoncent les fonctions clefs de
l’urbanisme comme étant : Habiter, Travailler, Se recréer, Circuler.

En effet, ce rapport est cité par Le Corbusier, comme l’un des principes de l’architecture comme si
la préoccupation majeure de l’architecture se réduisait seulement à des problèmes constructifs et à
la recherche du système constructif adéquat, permettant de faire tenir debout une construction.
L’architecture, que les fonctionnalistes et la charte d’Athènes à leur tête se proposaient de fabriquer,
est coupée de toute tradition culturelle et tout l’héritage architectural, légués par plusieurs siècles de
vie humaine. C’est donc une architecture sans passé, un objet sans aucune référence historique,
c’est le déclin. Les détracteurs du Modernisme mirent en avant le manque d’humanité et de chaleur
de cette géométrie cubique aride et sans compromission.

4. La revendication d’une architecture qui allie culture, modernité et


tradition :
L’anthropologue Edward T. Hall dans son ouvrage 8 aborde un autre genre de question en
démontrant pour quelles raisons l’espace réel est structuré, conformément au caractère des rapports
et des cultures, par des dissemblances adéquates qu’il appelle " proxémies " 9. La défaillance de ces
conventions dans l’urbanisme moderne a provoqué de grands bouleversements et de profondes
désorganisations.
Dans les pays en voie de développement, les modèles de développement occidentaux vont
connaître un début de contestation principalement à propos de l’absurdité de techniques qui
oppresse à défaut d’émanciper. De son côté, l’architecte égyptien Hassan Fathy, publie un livre dont
l’objet est son expérience d’architecte et d’urbanisme en haute Egypte où il a réalisé dans les années
1940 le village de Gournah, près de Louqsor. H. Fathy va engager un combat inégal avec
l’administration qui était convaincue de la supériorité du béton par rapport aux matériaux locaux,
tels que la brique de terre. H. Fathy donne l’accent à cet aspect, où, sans faire l’apologie d’un retour
absolu aux techniques traditionnelles, il est convaincu néanmoins qu’elles peuvent être une base
solide pour d’éventuelles solutions économiquement abordables des populations des pays sous-
développés.

8
Hall Edward T., "La dimension cachée", éd. du seuil, Paris(1971).
9
Proxémie : est une approche de l’espace introduite par [Link] à partir de 1963, il désigne d’après lui l’ensemble des
observations et théories que l’homme fait de l’espace en tant que produit culturel spécifique.
54
Architecture Contemporaine ou lieu de divergence Modernité/ tradition Chapitre 3

En plus des considérations techniques, H. Fathy ajoute la dimension anthropologique qui est
exprimée dans la conception de l’organisation spatiale du village ainsi que les formes des maisons
et édifices communautaires.
Par conséquent, H. Fathy, en rejoignant les thèses de certains anthropologues, tente de
contribuer à réhabiliter la valeur de la tradition, et éclairer un débat devenu trop tranché. Dans
"Construire avec le peuple" 10, il consacre aussi un chapitre entier à l’analyse de ce concept et à sa
valeur pour l’architecture. "L’architecture n’est pas forcément désuète et synonyme
d’immobilisme. De plus, la tradition n’est pas obligatoirement ancienne, mais peut très bien s’être
constituée récemment…Quand une tradition a résolu un problème et cessé de se développer, nous
pouvons dire que son cycle est parachevé. Cependant, en architecture comme dans les autres
activités humaines et les processus naturels, il y a des cycles qui commencent, d’autres qui sont
achevés et d’autres qui se trouvent à tous les stades intermédiaires et qui existent simultanément
dans la même société… Modernisme ne veut pas forcément dire vie, et l’idéal ne naît pas toujours
du changement. D’autre part, il est des situations qui exigent l’innovation. Pour moi, je crois que
l’innovation doit être la réponse, profondément pensée, à un changement de circonstances, et
non une chose tolérée pour elle-même…» 11.

Depuis le début des années 1980 de nombreux architectes ont délibérément cherché à échapper
aux lignes droites en variant les styles. Au milieu du siècle, certains commencèrent à expérimenter
des formes organiques qu’ils estimaient plus proches de la sensibilité humaine et plus accessibles,
c’est le mouvement Postmodernisme.

5. Le Postmodernisme:

Nous nous attarderons sur ce courant d’architecture car il est le reflet de notre époque, et
c’est à travers ce mouvement que vont naitre les différents courants d’architecture (écologique,
green architecture, architecture verte, architecture durable…), que nous étudierons dans notre
prochain chapitre. Le Post-modernisme, qui se présente comme la seconde tendance architecturale
qui nous influence aujourd’hui, est né dans les années soixante dix, en contestation au mouvement
moderne. « La postmodernité n’est pas un mouvement ni un courant artistique. C’est bien plus
l’expression momentanée d’une crise de la modernité »12.
L’architecture « postmoderne » est une architecture contemporaine qui n’obéit plus aux
critères du style international. « L’art postmoderne ne serait que réaction, anti modernisme. A ce
titre il n’y aurait entre l’art moderne et la postmodernité, aucune rupture- puisque ce qui critique
demeure dans la continuité de ce qu’il critique » 13. En effet la multiplication des définitions du
concept post moderne est fonction de l’interprétation du mouvement moderne.

Le concept du postmodernisme n’est pas unique, dans le sens ou les architectes postmodernes
déploient différentes définitions relatives au modernisme architectural. Ces derniers ont dépouillé
l’histoire de toute signification dans la mesure ou ils ont fait un retour à l’histoire dans son image et
non dans son esprit puisqu’ils étaient plus intéressés par les formes historiques ou techniques que
par la genèse de la forme historique.
La réflexion post moderne s’appuie essentiellement sur l’interprétation déterminée des formes sans
en reproduire le détail au détriment de la composition, laquelle s’avère parfois complexe.

10
Fathy .H, "Construire avec le peuple, Histoire d’un village d’Egypte: Gourna", Sindbad, coll. La Bibliothèque arabe,
Hommes et sociétés, Paris, (1970), (1996).
11
Fathy. H, op. cit. pp.59-60.
12
[Link] Lafaye, L’esthétique de la postmodernité, Etude réalisée dans le cadre d’une coopération entre l’Universite
Masaryk de Brno (République tchèque) et l’Université Paris1 Panthéon-Sorbonne.
13
[Link] Lafaye, op cit.
55
Architecture Contemporaine ou lieu de divergence Modernité/ tradition Chapitre 3

5.1 Le Déconstructivisme : Une rupture « obstinée » 14 avec l’architecture


traditionnelle:

Le courant déconstructiviste est venu consommer définitivement la rupture avec l’architecture


traditionnelle, en produisant un langage formel élitaire et puisant ses concepts spirituels dans la
philosophie de Jacques Derrida.
« Les déconstructivistes recherchent un langage spectaculaire sans égards pour les exigences
fonctionnelles, s’y opposant même par en refus des normes constructives et ornementales. La
devise la forme nait dans l’imagination »[Link] effet, la conception architecturale chez les
déconstructivistes ne fait référence à aucun savoir-faire historique, environnemental ou social, c’est
la négation du tout. C’était une architecture du néant. Ainsi, le processus de la conception
architecturale est bouleversé dans ses fondements philosophiques et historiques. C’est la
déconstruction même du concept architecture.

L’aspect du déconstructivisme, contrairement à l’architecture moderne, ne promet ni un


nouveau style ni une nouvelle cohérence, il se présente plutôt comme une esthétique de la négation,
voire la destruction. Ainsi, tous les codes architecturaux connus de l’époque moderne ou même
classique, à savoir la symétrie par exemple, la centralité, la hiérarchie ou la fonctionnalité sont
transgressés, jusqu’à voir apparaitre des piliers qui ne portent pas, des escaliers non fonctionnels 16.

La théorie architecturale déconstructiviste a donc bouleversé le rôle et la raison même de


l’architecture qui était de fournir, un espace viable. Les bâtiments déconstructivistes 17 sont les
symboles les plus visibles de la déconstruction réelle. «Les principaux architectes de l’architecture
populiste, mais agressive du déconstructivisme sont Peter Eisenman, Frank Gehry, Daniel
Libeskind, Rem Koolhaas et, Zaha Hadid » 18

Peter Eisenman qui va être le premier à adopter la recherche épistémologique comme


méthode de production dans le domaine de l’architecture 19, dit à ce propos : « Les volumes
platoniciens avec lesquels travaillait le Corbusier ne sont plus adéquats pour rendre compte des
phénomènes actuels. La symétrie n’est plus capable de dire ce que sont nos rapports à
l’environnement, ce sont des choses du passé ».
Peter Aisenmann 20 dans sa vision de l’architecture, est en complète contradiction avec
l’époque moderne : Pendant que les modernistes empilent des cubes vers le ciel, ce dernier va
creuser le site en créant des dénivellations subtiles évoquant une histoire. Son travaille donne lieu à
l’émergence d’une nouvelle typologie.

Nous déduirons que ce courant déconstructiviste a consommé définitivement la rupture au


retour au savoir faire ancestral en recourant à l’innovation par l’imaginaire, ou la conception
architecturale fait fi de toutes références historiques, sitologiques, environnementales et sociales.
Ainsi, beaucoup d’architectes essayent désespérément d’innover, tout en évitant soigneusement de
considérer la nature humaine.

14
Au sens utilisé par Nikos A. Salingaros, dans son ouvrage Anti- Architecture et Déconstruction, ed umbau vergla,
Allemagne, 2006.
15
Gympel, j, histoire de l’architecture de l’antiquité à nos jours éd Konemann, Berlin, 1977 P108.
16
[Link] encyclopédie de l’agora, déconstructivisme
17
Nikos A. Salingaros op cit.
18
[Link], A History of Western Architecture, 5eme edition, 2005.
19
Cinq architectes, un esprit du temps, [Link], Séminaire MOMA, 1969.
20
Peter Eisenmann [Link]
56
Architecture Contemporaine ou lieu de divergence Modernité/ tradition Chapitre 3

C’est le cas de Peter Eisenmann. Ses recherches visent l’émergence d’un langage architectural
dont la compréhension ne dépend ni du bagage culturel, ni du ressenti de l’observateur, mais de sa
capacité innée à comprendre la logique d’une structure langagière.

« C’est là le sombre secret de l’architecture contemporaine : un écrin d’innovations douteuses


cache une doctrine de haine des formes traditionnelles »21.

6. La crise de l’enseignement et de la pratique architecturale en Algérie:

Ayant identifié et présenté les éléments inhérents à la crise architecturale et urbaine qui a caractérisé
l’ère contemporaine, nous allons dans ce qui suit essayer d’aborder et étudier les éléments de cette
crise en Algérie.
Au lendemain de l’indépendance, l’Algérie choisit comme voie de développement,
l’industrialisation, dont les effets ont été déstructurant. Sur le plan spatial, l’importation de
typologies et modèles urbains étrangers à un contexte social et culturel différent n’a fait qu’aggraver
le phénomène de rupture, de rejet et de séparation entre l’homme et son milieu physique.

En appliquant les principes de la charte d’Athènes, on assiste à l’introduction de grands


ensembles, produits de l’architecture moderne, annonçant les premières ruptures morphologiques et
typologique dans la ville algérienne.
Car, au lieu de rechercher par la pratique et l’enseignement de l’architecture un espace
enraciné dans la tradition millénaire, on a eu droit à des solutions plutôt technico-économiques, qui
ont donné lieu à la réalisation dans la périphérie des villes, des dizaines de cités «sans âme »
comprenant des milliers de logements standardisés.
D’où l’attitude vigilante quant à l’adoption et le maniement de méthodes et de concepts très
en vogue, qui ne sont pas rigoureusement définis ou au stade d’expérimentation, par l’école
algérienne, qui doit aller vers un nuancement de ces concepts, vers une définition appropriée.

En effet, cette diversité et cette incertitude des définitions des approches architecturales, fait
que leur adoption, par l’école algérienne, malgré ses apports considérables sur le plan de la pratique
et de l’enseignement, doivent, toute fois, être conceptualisées et contextualisées. Ainsi énoncée la
nécessité de réfléchir à la réconciliation architecture/environnement, à travers l’apport de la
tradition et le savoir faire ancestrale, lesquels caractérisent un nombre important de nos
établissements humains, et qui peuvent servir de référent à tout acte futur de conception
architecturale ; nous allons montrer que notre réflexion sur le sujet focalise nos préoccupations et
constitue un terrain de solidarisation entre l’homme et la nature, entre l’architecture et
l’environnement, dont les approches s’étaient dissociées durant les dernières décennies.

21
Nikos A. Salingaros op cit p18.
57
Architecture Contemporaine ou lieu de divergence Modernité/ tradition Chapitre 3

Conclusion:

D’après cette lecture, nous pouvons situer dans le temps le point d’inflexion, et de dire que
c’est à l’avènement de la révolution industrielle, que le processus de formation de l’espace
traditionnel , dont la croissance des établissements humains a toujours été un phénomène naturel ;
celle-ci se faisait tellement lentement qu’une certaine cohérence entre les éléments qui constituent
les tissus de ces établissements laisse transparaitre une continuité qui se translatait un langage
architectural, et une texture répondant aux exigences physiques et sociales ;ce processus est rompu
d’une façon radicale, si bien que toute perception d’ensemble de l’espace est perdue, pour ne
devenir que des extensions sans limites vouées à l’ordre arithmétique.

L’établissement humain devient une simple juxtaposition de bâtiments et de grands ensembles


qui s’étendent sur un espace largement ouvert, sans limites, dans toutes les directions, niant toutes
les données du site, et supprimant le support que représentaient les structures urbaines héritées.

L’architecture moderne se présente, alors, comme une suite de ruptures. En effet, l’adjectif
« rupture » est le plus représentatif du mouvement moderne, dans le sens ou les gestes de ce
mouvement sont en totale rupture et dissociation avec les gestes du passé. Cependant dans le cas du
postmodernisme, le désordre se manifeste à plus grande échelle, d’où son incohérence. Les
architectes postmodernistes sont ouverts à l’usage d’une gamme d’éléments architecturaux de toutes
les périodes, détachés de leur contexte.
En rejetant tout contexte ainsi que tout style cohérent, les architectes postmodernistes citent les
références classiques et historiques sans jamais produire d’authentiques éléments tectoniques ; ils
n’atteignent ainsi jamais l’équilibre de l’architecture traditionnelle. C’est une déviation
professionnelle qui ne reconnait aucune spécificité, aucun legs historique de la part des concepteurs
et qui est à l’origine des problèmes environnementaux auxquels nous devons faire face aujourd’hui.

Comme nous avant montré l’impasse dans laquelle se situe l’architecture en Algérie, tant qu’elle
continuera à imiter des modèles et des typologies importés, donc de contexte social et culturel
différent. Nous comprenons ici l’intérêt de la réflexion sur le « lieu », sur l’identité territoriale, sur
la spécificité contextuelle.

C’est là que prend tout son sens le terme « vernaculaire », qui est propre à un pays, à un terroir, à un
lieu donné. Dans cette optique, va s’inscrire la nécessité d’opérer un retour vers les sources de
l’histoire, pour effectuer une relecture des établissements anciens, en vue d’en tirer des
enseignements indispensables à toute tentative de construction d’une architecture durable locale.

58
Chapitre 4 :

Le développement durable, la belle


trouvaille face aux défis
environnementaux.
Le développement durable, la belle trouvaille face aux défis environnementaux Chapitre 4

« Si nous intégrons les questions


d’environnement et de développement, nous
pourrons satisfaire les besoins fondamentaux,
mieux protéger et mieux gérer les écosystèmes
et assurer un avenir plus sûr et plus
prospère…. La tache est possible si nous
œuvrons tous pour le développement durable »
(Agenda 21, chapitre 1)

59
Le développement durable, la belle trouvaille face aux défis environnementaux Chapitre 4

Introduction :

Face à l’inquiétante situation de contamination et de dégradation dans laquelle se trouve la


nature, nous ressentons tous, aujourd’hui, une responsabilité en égard à l’écologie et à
l’environnement.
Environnement et énergie sont des sujets importants que notre civilisation doit aborder sur
notre planète. Une consommation massive et sans discernement d’énergie, dont le but est d’élever
notre niveau de vie est non seulement en train de d’épuiser les ressources énergétiques, mais aussi
d’endommager l’écosystème naturel. Il est évident qu’une nouvelle relation entre homme et nature
s’est établie et, par conséquent, l’architecture, fidèle à son objectif de créer un milieu adéquat et
confortable à vivre, se trouve face au dilemme de s’adapter au modèle technique de consommation
énergétique intense des civilisations postindustrielles.

Alors au lieu de nier et détruire l’écosystème naturel, il faut l’insérer dans le projet
architecturale et urbain grâce à une stratégie qui, tout en satisfaisant les besoins et le confort, toute
en sauvegardant et développant le potentiel de l’environnement naturel.
En outre, à travers ces efforts et sans renoncer aux technologies les plus modernes et à tout ce que la
science nous offre, dans cette ère postindustrielle on pourrait réaliser un genre d’architecture
significative, un espace à vivre culturellement riche. Un concept qui englobe cet ensemble,
conséquence d’une nouvelle culture dont la conscience écologique et environnementale est un des
piliers principaux.

Voyons alors comment et ou il se manifeste.

1. Le développement durable :

1.1 Le contexte d’émergence et les racines de la notion de développement


durable :

Dés le début des années 70, on découvre que les activités économiques génèrent des
atteintes à l’environnement visibles et localisées (déchets, fumées d’usines, pollution des cours
d’eau….etc.). Mais au cours des années 80, c’est l’existence de dérèglements globaux qui est
découverte. Les origines et les responsables de ces atteintes aux milieux naturels ne sont pas
clairement identifiables. Par ailleurs, sur le plan économique et social, les politiques des deux
dernières décennies semblent accentuer les inégalités entre pays, au sein du même pays ou de même
ville. Le credo de la croissance à tous crins a mis l’homme au service des intérêts économiques et
l’a conduit à une exploitation des ressources naturelles qui ne saurait se poursuivre sans
dégradation irrémédiable de son environnement immédiat et planétaire. Face à ces défis, la mise en
place d’un modèle de développement « durable », respectueux de l’environnement et des hommes
est devenue donc une préoccupation majeure de la communauté mondiale. Le développement
économique ne peut plus se concevoir, aujourd’hui et pour l’avenir sans prendre en compte le
progrès social, la lutte contre les inégalités et la préservation de l’environnement et des ressources
naturelles, Egalement le principe de développement durable a été à l’origine d’un renouveau des
réflexions sur la ville et l’urbain. La problématique mondiale du développement durable s’est
replacée dans une série de manifestations qui se sont déroulées durant les trente dernières années.

60
Le développement durable, la belle trouvaille face aux défis environnementaux Chapitre 4

1.2 Le concept de développement durable:

1.2.1 Définition:

Le développement durable fut utilisé et défini pour la première fois dans le rapport
Brundtland, rédigé par une commission présidée par Mme Gro Harlem Brundtland (1987) : » un
développement qui satisfasse les besoins des populations actuelles sans compromettre la capacité
des générations futures à satisfaire leurs propres besoins ».
Le terme « durable » signifie que le processus de développement ne doit pas produire les
causes de sa propre fin et donc qu’il est d’irréversibilité dommageable à la vie sur terre et donc de
préserver des marges de manœuvre permettant de revenir sur des actions engagées. Le
développement durable est une dynamique, un processus d’évolution, en fonction de la progression
des connaissances sur l’environnement et des effets d’apprentissage.

Les réflexions et les propositions d’actions en matière de développement durable, sont


organisées autour de trois pôles :

 Respect des ressources naturelles et des écosystèmes, support de la vie sur Terre.
 Garantie de l’efficacité économique.
 Prise en vue des finalités sociales.

1.2.2 Les dimensions de la durabilité:

Le concept de développement durable, présente cinq dimensions :

1. La dimension sociale : autre croissance, autre vision de la société.


2. La dimension économique : meilleure efficacité.
3. La dimension écologique : minimiser les atteintes aux systèmes naturels.
4. La dimension spatiale : aménagement urbain, aménagement du territoire.
5. La dimension culturelle : respect de la continuité culturelle.

Aujourd’hui, il est donc primordial de mettre en œuvre une politique urbaine qui limites les atteintes
au milieu naturel et à la santé, valorisé les potentialités environnementales locales, restaure les
milieux dégradés et économise les ressources.

1.2.3 Les principes du développement durable:

Tout cela implique la mise en œuvre d’un ensemble de principes indispensables pour toute
démarche et politique sollicitant la durabilité :
1. Prendre en compte le temps long, et mettre fin au réductionnisme qui gouverne la
réflexion et l’action, en ouvrant notre horizon temporel et notre horizon spatial. Ceci
par le moyen d’une analyse prospective comme outil de guidage.
2. Privilégier une approche préventive : qui veut que la prudence s’impose dans les
anticipées du fait de l’incertitude scientifique qui les entoure.

3. Démarche globale : au sens de systémique. Cela se traduit par une démarche


transversale, multi partenariale et interdisciplinaire.
4. Mobilisation et participation de tous les acteurs de la société civile, par le biais d’une
concertation qui promeuve la démocratie locale (participative) et l’approche
citoyenne.

61
Le développement durable, la belle trouvaille face aux défis environnementaux Chapitre 4

1.3 Les courants d’architecture durable d’aujourd’hui:

Si l’architecture durable est traversée par plusieurs courants aujourd’hui, cependant les grandes
lignes sont identiques et portent toutes un intérêt commun à la prise en charge de la relation
homme/nature.
« Dans le domaine de l’architecture écologique, on distingue essentiellement deux écoles de
pensées. Celle de Norman Foster, qui dit que l’on peut résoudre les problèmes écologiques avec
plus de technologies et celle de Soleri 1 qui dit « pas de technologie ! » Je ne veux pas changer notre
style de vie ou retourner à l’âge de pierre, mais si nous sommes préparés à accepter qu’il fasse plus
chaud en été et plus frais en hiver, je suis convaincu que nous pouvons atteindre un degré
acceptable de confort en suivant les règles de la nature » 2
James Wines 3 nous décrit la situation actuelle de manière similaire en ces termes : « Certains
designers placent au cœur de leur objectifs les derniers progrès en matière de technologies
environnementale ; pour d’autres en revanche, il importe de revenir aux leçons du passé et à
l’emploi de méthodes et matériaux locaux. Un autre groupe encore considère que les ressources
topographiques ou celles de la végétation et de l’énergie solaire, voire de la terre elle-même, sont
les moyens d’accéder à une conception plus large des bâtiments organiques »4.

2. L’approche bioclimatique dans l’architecture :

Pour répondre à la réflexion du rapport étroit qu’il faut entretenir l’architecture et l’environnement,
débat à l’ordre du jour, l’approche bioclimatique est une réponse à la mise en relation entre
l’homme et sa capacité à la recherche du confort, son architecture, et le climat. De ce fait, elle
devient une dimension indispensable à la qualité de la qualité de la construction. C’est dans ce sens
qu’elle s’intéresse aux leçons de l’habitat vernaculaire et du devenir de l’enseignement des anciens
que le présent a ignoré par ses technologies, ses climats artificiels compensant les conditions locales
et faisant abstraction même de la nature.

2.1 Définition :

Les conditions climatiques d’un lieu peuvent être scindées en contraintes dont on désire
se protéger et en avantages qu’on désire exploiter.
L'architecture climatique a pour objet la recherche d'une synthèse harmonieuse entre la
vocation du bâtiment, le confort des occupants et la prise en compte de ces conditions. Ceci à
travers la conception, à comprendre comme la création et l'agencement des espaces, et la
construction, recouvrant les caractéristiques physiques des matériaux utilisés ainsi que leur mise
en œuvre.
L'architecture climatique d'aujourd'hui est la redécouverte des principes de construction qui
permettaient aux bâtisseurs de composer avec le climat.

 Elle utilise l'énergie solaire disponible sous forme de lumière ou de chaleur, afin de
consommer le moins d'énergie possible pour un confort équivalent.

1
Paolo Soleri, né le 21 juin 1919 à Turin et mort à Paradise Valley en Arizona le 9 avril 2013 (à 93 ans), est
un architecte, écrivain, sculpteur, urbaniste et artiste italo-américain.
2
Stefan Behnisch Prix de l’architecture durable, chercheur et pionnier en architecture durable et écologie urbaine,
bâtisseur et enseignant. Cité par Gauzin-Muller D., l’architecture écologique, Le moniteur, Paris, 2001 p 17.
3
James Wines est un artiste et un architecte associé à la conception écologique.
4
Wines J, l’architecture verte, Taschen, Cologne, 2000, p67.
62
Le développement durable, la belle trouvaille face aux défis environnementaux Chapitre 4

 Elle s'appuie sur l'emplacement, orientation, l'isolation et l'aménagement intérieur des


espaces ; il s'agit pour les constructeurs d'allier, par ces biais, l'architecture aux
potentialités du climat extérieur.

2.2 Les principes de l’architecture bioclimatique:

Nous énumérerons les différents paramètres de conception de l’architecture bioclimatique à


prendre en charge, et nous préciserons qu’elle nécessite un traitement spécifique des
données météorologiques. Elle propose des solutions architecturales qui doivent répondre à
un résultat thermique voulu, qui seraient conformes aux exigences de l’usager.

2.2.1 L’implantation:
Pour une implantation
réussie du bâti, on doit tenir
compte autant du relief
environnant, de la course
annuelle du soleil que de
l’orientation des vents
dominants.
L’implantation va aussi
déterminer l’éclairement 5, les
apports solaires recherchés
en saison froide, ainsi que les
mouvements naturels de l’air.
Figure 1:Paramètre de l'implantation, (Source: LIEBARD Alain, DE
HERDE André.Traité d’Architecture et d’urbanisme bioclimatique :
Concevoir, édifier et aménager avec le développement durable, Ed
Obser’er, Paris, 2005).
2.2.2 La densité urbain:

Le tissu joue un rôle important dans la


modification du climat et dans la
création d’un microclimat urbain. Les
formes urbaines denses peuvent
modérer le microclimat et améliorer
les conditions de confort pour les
habitants par réduction des surfaces de
contact avec l’extérieur. L’accolement
du bâti permet la réduction des
déperditions en climat chaud.

Figure 2:densité urbaine. Medina de Tlemcen-Quartier


R’hiba. (Source : Bulgar project, septembre 1985)

5
LIEBARD Alain, DE HERDE André. [Link]., 2005, p 63.
63
Le développement durable, la belle trouvaille face aux défis environnementaux Chapitre 4

2.2.3 Le zonage climatique :

Il permet d’adapter une ambiance


thermique, l’occupation des divers espaces
d’un bâtiment varie, les zones habitées en
permanence le jour ou la nuit nécessitent le
plus de chaleur en hiver et sont séparées de
l’extérieur par des espaces intermédiaires,
dits « tampon », qui joue le rôle de
transition et de protection thermique. Cette
hiérarchisation des espaces assure la
transition entre l’extérieur et l’intérieur et
augmente le confort.

Figure 3:Principe de zonage

2.2.4 Thermo-circulation :

Lorsque sous l'effet du rayonnement solaire, une paroi intérieure s'échauffe, elle cède une
partie de la chaleur accumulée à l'air ambiant par convection. A cet instant, l'air acquiert un
mouvement ascendant créant un appel d'air plus frais ; les mouvements d’air dus aux
gradients de température ont une allure plutôt verticale.

2.2.5 La forme de l’enveloppe (Compacité) :

Une forme bâtie autant compacte que


possible permet de réduire les
déperditions thermiques, qui sont
fonction de la surface des parois en
contact avec l’extérieur ou avec le
sol. La compacité est calculée
comme le rapport entre le volume et
la surface de déperdition,
correspondant à l’enveloppe
extérieure du bâtiment.

La compacité varie par rapport : Figure 4 : Variation de la compacité, (Source


 à la forme (à volume constant). LIEBARD Alain, DE HERDE André. [Link], p83.
 à la taille (à forme constante).
 au mode de contact (à forme et volume constants).

L'architecture vernaculaire, a toujours cherché à optimiser le rapport surface / volume,


notamment par la densité du tissu et de la typologie introvertie« Patio».

64
Le développement durable, la belle trouvaille face aux défis environnementaux Chapitre 4

2.2.6 L’orientation du bâtiment :

Une bonne orientation suppose une bonne


compréhension de la géométrie solaire, elle permet
la combinaison entre les apports solaires en hiver
avec une protection du soleil en été et en mi-saison.
Il est admis que toute forme allongée suivant l’axe
Est-Ouest présente les meilleures performances
thermiques.
En Algérie, l’orientation sud est la plus privilégiée.
En effet, pendant la période hivernale les ouvertures
vers le sud nous permettent de capter les rayons
solaires, contrairement à la période estivale où la Figure 5:Variation des apports
énergétiques en fonction de la hauteur du
position du soleil est haute. rayonnement solaire, (Source: BARDOU
Patrick, ARZOUMANIAN Varoujan,
Archi de soleil, Ed Parenthèses, 1978).

La position relative du soleil est repérée par son azimut (c’est l’angle horizontal
formé par un plan vertical passant par le soleil et le plan méridien du point
d’observation) et sa hauteur angulaire (c’est l’angle que fait la direction du soleil avec
le plan de l’horizon), c’est la course solaire.

Figure 6: Repère de la position du soleil,


(Source: BARDOU Patrick, ARZOUMANIAN Varoujan. [Link]., p 17).

2.2.7 Les vents :

Le vent est un déplacement d’air,


essentiellement horizontal, d’une zone de haute
pression (masse d’air froid) vers une zone de
basse pression (masse d’air chaud).
La topographie du site et l'environnement de
proximité du bâti influent sur la potentialité de
la ventilation naturelle. Le potentiel de
ventilation naturelle dépend de l'orientation de
l'habitat par rapport au vent et de sa position
dans le relief 6.
Figure 7: Le vent et la topographie, (Source:
LIEBARD Alain, DE HERDE André, [Link]., p142).

6
LIEBARD Alain, DE HERDE André. Op. cit, p142.
65
Le développement durable, la belle trouvaille face aux défis environnementaux Chapitre 4

2.2.8 Expositions des façades :

Les échanges de chaleur, les déperditions thermiques et les apports de chaleur ainsi que
les apports solaires proviennent principalement des ouvertures. L’inclinaison la plus
efficace se situe entre 45° et la verticale 90° 7. La toiture, la cinquième façade, est la
partie la plus exposée en été. Il est recommandé, pour éviter les surchauffes 8, d’orienter
les prises de jour de façon à éviter autant que possible les pénétrations solaires directes.

Dans le cas de tissus à patio, cette façade est la principale source d’éclairage naturel et
de régulation climatique.
2.2.9 Les rêvetements extérieures de l’enveloppe :

Cheng. V 9 affirme que l’application de la couleur de surface claire sur une façade est un
moyen très efficace pour réduire la température intérieure et participe donc à la
protection solaire du bâti en climat chaud.

2.2.10 L’utilisation de la végétation et de l’eau :

Par sa masse thermique élevée, l’eau atténue les fluctuations de température. En retirant
de la chaleur à l’air pour passer à l’état de vapeur, elle réduit la température ambiante.
La végétation procure de l’ombrage et réduit donc l’isolation directe sur les bâtiments et
les occupants 10, elle fait écran aux vents tout en favorisant la ventilation, et diminue les
pertes par convection du bâtiment.

Figure 8:Techniques utilisées à l’exposition universelle de Séville en


1992 pagne). (Source : LIEBARD Alain, DE HERDE André.

2.2.11 La ventilation naturelle :

Elle permet de renouveler l’air vicié par de l’air frais et sain, elle permet un
mouvement d’air qui joue sur le confort thermique 11. Selon Gandemer G 12, la
ventilation naturelle est provoquée par une différence de température ou de pression
entre les façades d’un bâtiment.

7
LIEBARD Alain, DE HERDE André. [Link]., Paris, 2005, p 67.
8
KHALEF Naima, Etude de patrimoine architectural de la période ottomane : entre valeurs et confort, thèse de
magister, université de Tizi-Ouzou, 2012.
9
GIVONI Baruch, l’homme, l’architecture et le climat, Ed Parenthèses, 1986, p43.
10
LIEBARD Alain, DE HERDE André. [Link]., 2005, p77.
11
MAZARI Mohammed, Etude et évaluation du confort thermique des bâtiments à caractère public, thèse de magister,
université de Tizi-Ouzou, 2012, p46.
12
GANDEMER Jaques, GUYOT Alain, intégration du phénomène vent dans la conception du milieu bâti, Ed
Ministère de l'équipement, Direction de l'aménagement foncier et de l'urbanisme, 1976.

66
Le développement durable, la belle trouvaille face aux défis environnementaux Chapitre 4
La ventilation naturelle a deux grands « moteurs », une façade au vent est en
surpression ou sous le vent qui est en dépression, et le tirage thermique 13 qui est le
renouvellement d’air par effet de cheminée, il est efficace en hiver et les nuits d’été.

Figure 9:Ventilation par tirage d'air.

Donc dans nos climats, on favorise la ventilation nocturne qui permet de rafraichir la
construction et d’éviter les surchauffes en journée. Ce mécanisme est cependant
conditionné par l’organisation interne du bâtiment et l’utilisation des dispositifs
architecturaux qui doivent permettre la libre circulation de l’air, ainsi que par la
disposition des ouvertures et leurs grandeurs. Nous analyserons par la suite des
exemples de l’architecture vernaculaire qui proposent des typologies d’habitat adaptés
aux climats et aux matériaux locaux.

2.2.12 La recherche du confort:

Le confort thermique est défini comme un état de contentement et d’équilibre de


l’homme vis-à-vis de l’environnement thermique. Il est déterminé par l’équilibre
dynamique établi par échange thermique entre le corps et son environnement 14. Il est en
fonction de 6 paramètres physique :
a) Le métabolisme, qui est la production de chaleur interne du corps humain ;
b) L’habillement, qui va représenter une résistance thermique aux échanges de
chaleur entre l’environnement et la surface de la peau ;
c) La température ambiante de l’air ;
d) La température de surface de la peau ;
e) L’humidité de l’air ;
f) La vitesse de l’air ;

Température, vitesse de l'air et humidité sont les principaux paramètres physiques qui
régissent la sensation de confort thermique.

[Link] Température :

Compte tenu de son importance dans l'intensité des échanges thermiques, il est naturel de
s'intéresser à la température qui caractérise l'ambiance du logement. Oui, mais quelle température ?
Les spécialistes ont défini plusieurs températures destinées à caractériser les échanges thermiques
notamment par convection et par rayonnement. Citons par exemple :

13
FERNANDEZ Pierre, LAVIGNE Pierre. [Link]., p290.
14
[Link], Traité d’architecture et d’urbanisme climatiques, éd le moniteur, 2004, p30
67
Le développement durable, la belle trouvaille face aux défis environnementaux Chapitre 4

 la température sèche de l'air : c'est la température indiquée par un thermomètre


placé dans une pièce. la plupart des personnes considèrent que 20°C en hiver,
26°C en été sont des températures d'air associées à une appréciation de confort.

 la température rayonnante : il s'agit de la température des parois avec lesquelles


le corps échange de la chaleur par rayonnement (une vitre aura une température
rayonnante faible en hiver).

 la température d'ambiance : il s'agit de la température mesurée, lorsque les


mouvements d'air sont faibles, à l'intérieur d'une sphère de couleur sombre placée
au milieu de la pièce (la sphère à une forme qui lui permet de "sentir" tout
l'espace, la couleur sombre est choisie pour mieux absorber le rayonnement). Elle
indique une valeur qui prend en compte les échanges par convection et les
échanges radiatifs avec les parois.

[Link] Vitesse de l'air :

La vitesse de l'air autour du corps est également un paramètre important. Là aussi,


l'appréciation des vitesses d'air "confortables" est fonction des personnes, de leur habillement de
leur activité,... Si l'air est plus froid que la peau, la sensation de baisse de la température due aux
mouvements d'air est d'autant plus élevée que la température d'ambiance est faible. Pour une vitesse
de 1 mètre par seconde (3,6 km/ h), la chute de la température ressentie sera d'environ 4°C pour une
température d'ambiance de 10°C et ne sera que de 1°C pour une température d'ambiance de 30°C.

[Link] Humidité :
L’air contient de la vapeur d'eau. On mesure la quantité d'eau par un taux d'humidité qui peut
varier de 0% (air parfaitement sec) à 100% (air saturé). La quantité de vapeur d'eau que peut
contenir l'air augmente avec la température. Par exemple, de l'air à 15°C pourra contenir jusqu'à
environ 10 grammes de vapeur d'eau par kilogramme d'air sec, alors que cette limite passe à 15
grammes pour une température de 20°C.
Toutes les parties du logement qui vont influer sur les paramètres précédents participeront à
la création de la sensation de confort (ou d'inconfort) par les habitants.

Différents auteurs ont travaillé sur la question du confort thermique, ou différents outils
d’évaluation ont vu le jour.

Parmi elles, la méthode OLGAY, la


méthode GIVONI. Concernant la méthode
Olgyay, elle consiste à dire que le confort
thermique doit être estimé en tenant compte
de la température de l’air, de l’humidité et
de la vitesse de l’air. Cette dernière est
plutôt recommandée pour assurer le confort
extérieur en climat chaud et humide.

Figure 10: Diagramme bioclimatique d'Olgyay,


(Source: cours [Link], 2014 Biskra).

68
Le développement durable, la belle trouvaille face aux défis environnementaux Chapitre 4

La méthode Givoni a mis au point un diagramme psychométrique, ou il exprime les techniques à


prévoir pour assurer un confort intérieur.

Figure 11:Diagramme bioclimatique de GIVONI,


(Source: Givoni. Baruch, L'homme, l'architecture et le climat).

2.3 Stratégies bioclimatiques pour améliorer le confort thermique :

En été comme en hiver, l’architecture bioclimatique a développé des stratégies passives,


profitant des aspects favorables de l’environnement, pour créer une ambiance intérieure
confortable :

2.3.1 confort d’hiver :

Au confort d'hiver répond la stratégie du chaud : capter la chaleur du rayonnement


solaire, la stocker dans la masse du matériau à forte inertie thermique, la conserver et
enfin la distribuer dans l’habitat tout en régulant 15.

Figure 12: Concepts de la stratégie du chaud, (Source: LIEBARD Alain, DE HERDE André. [Link]., p31).

15
BARDOU Patrick, ARZOUMANIAN Varoujan. Op., cit, p44.
69
Le développement durable, la belle trouvaille face aux défis environnementaux Chapitre 4

2.3.2 confort d’été :

Au confort d'été répond la stratégie du froid : se protéger du rayonnement solaire et des


apports de chaleur, minimiser les apports internes, dissiper la chaleur en excès et refroidir
naturellement 16.

Figure 13:Concepts de la stratégie du froid, (Source: LIEBARD Alain, DE HERDE André. [Link]., p32).

3. Démarche environnementale :

« Dans une société qui a fait du développement durable, de la qualité environnementale et de la


performance énergétique des outils incontournables de la construction du cadre de vie, il s’agit en
fait de réaffirmer la primauté de l’architecture, qui doit rester avant tout une réponse pertinente,
appropriée à son usage, et manipulable par ses utilisateurs(…) » 17.
L’architecture doit être pensée pour une consommation minimale, et réutilisable. La réflexion doit
se faire en accord avec la démarche environnementale, qui devient un outil complémentaire aux
autres.
Il faut retrouver « la dimension d’une architecture profondément influencé par son contexte
aussi bien physique, géographique, climatique que culturel au travers notamment des cultures
constructive qu’elle utilise. Une conception architecturale qui se fonde sur des principes
simples »18.
Enfin, d’après [Link], la maturité sera atteinte lorsque les questions environnementales et de
développement durable seront « banalisées », c’est-à-dire non pas oubliées mais intégrées aux
programmes d’aménagements, de construction, de réhabilitation aux choix de conception à toutes
les échelles et à toutes les phases et de fait à la commande de la maitrise d’ouvrage 19.

3.1 La qualité environnementale:

On peut considérer que la qualité environnementale se mesure en déterminant le rapport entre


les bienfaits économique et sociaux du choix de société et ses conséquences écologiques et
sanitaire. L’engagement de certains pays a été effectué pour une qualification environnementale des
bâtiments, depuis l’avènement du concept de développement durable.
Il existe deux expériences nationales réalisées en Europe (la démarche HQE française et la
démarche anglaise BREEAM) et deux expériences internationales.
Parmi les démarches internationales, le Green Building Challenge, ainsi que la matrice
proposée par l’European Green Building Forum inspirées des différentes approches Européennes 20.

16
Ibid., p32.
17
Boutté F, architecture et développement durable, un gigantesque défi, édition archibiiks2010.
18
[Link], Vers une primauté de l’architecture transformation de l’existant et enjeux environnementaux. Mémoire de fin
de formation QEB2010 Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Lyon. P75.
19
Ferrier Jacque, Architecture durable, Picard, 2008.
20
[Link]

70
Le développement durable, la belle trouvaille face aux défis environnementaux Chapitre 4

3.2 La Haute Qualité Environnementale (HQE):

La démarche HQE a été mise au point au début des années quatre-vingt dix en France.
Contrairement à d’autres pays d’Europe, elle a pour but de certifier une démarche et non d’évaluer
un bâtiment. Cette démarche s’appuie sur une grille d’évaluation, comprenant 14 cibles regroupées
en quatre grands thèmes : éco construction, éco gestion, confort et santé. Elle synthétise par là, tous
les objectifs répondant aux aspects quantifiables du développement durable. Cette grille s’adresse à
la fois au maitre d’ouvrage, aux programmateurs et aux équipes de conception, comprenant des
architectes et des ingénieurs spécialisés. La « Démarche HQE » comprend 14 cibles

3.3 La BREEAM:

C’est une méthode d'évaluation du comportement environnemental des bâtiments développée


par le Building Research Establishment (BRE), un organisme privé britannique de recherche
en bâtiment.
Le BRE entend « établir la norme de la meilleure méthode » (« best practice » en anglais) pour
la conception, la construction et le fonctionnement de bâtiments écologiques et déclare sur son site
s’être imposé comme l’une des méthodes de calcul les plus complètes et les plus reconnues du
comportement environnemental des bâtiments.
Créé en 1990, il a évolué régulièrement pour prendre en compte l'évolution de la
réglementation et se décliner en plusieurs versions selon les types de bâtiments. Elle se base sur des
travaux de recherches les plus avancés d’une part, et d’autre part sur une large consultation des
acteurs concernés.

3.4 Le green building challenge (GBC):

Le green building challenge GBC comprend 19 critères en six familles:


• La consommation des ressources : énergie, eau, sol, matériaux ;
• L’impact environnemental : émission dans l’air, déchets solides et liquides ;
• L’environnement intérieur : qualité de l’air, contrôle visuel, thermique, acoustique et
contrôlabilité des systèmes ;
• La longévité ; l’adaptabilité, et la maintenance ;
• Le processus : les opérations de la conception à l’exécution ;
• Les facteurs contextuels : localisation, accessibilité et environnement proche ;

3.5 La Matrice de l’European Green Building forum BGBF :

Le forum European Green Building a pour ambition de contribuer au développement des


bâtiments et quartiers durables, en facilitant l’échange des informations et des expériences. Pour
arriver à ces objectifs, il a mis au point une matrice servant de document de référence sur les
critères utilisés en Europe pour spécifier et mesurer le caractère durable de la conception, la
construction et la rénovation d’un bâtiment.

71
Le développement durable, la belle trouvaille face aux défis environnementaux Chapitre 4

Conclusion :

Au terme de ce chapitre nous conclurons qu’un ensemble de concepts théorique


et pratiques a été forgé autour de l’architecture durable
Cependant, à travers le parcours référentiel, nous notons :
• L’absence de signification claire sur les apports du développement durable
• L’absence d’accord sur les concepts environnementaux de bases, sur les
termes communément utilisés par ceux qui se réclament de l’architecture
durable

De même que nous notons que l’architecture durable à été incapable de


développer une méthodologie spécifique, reconnue, diffusée et spécifique.

Ainsi, parler de la signification de l’architecture durable, est une question


d’actualité et nous devons être interpellés à réinvestir ce domaine, pour une
contribution à la définition de l’architecture durable, et de l’enrichir par rapport au
contexte algérien, d’où cette dernière est assez loin de mettre en œuvre ces concepts,
même au stade d’expérimentation, c’est dans ce souci et cet esprit que s’inscrit cette
recherche en vue de contextualiser et nuancer ces concepts, par la contribution à la
définition de l’architecture bioclimatique en revalorisant l’architecture traditionnelle
pour constituer la base d’une nouvelle démarche durable spécifique réconciliant
l’architecture avec les problèmes environnementaux.

Après avoir porté notre regard sur la démarche environnementale, nous avons
balayé les définitions de l’approche bioclimatique dans l’architecture, et ce pour
vérifier ensuite dans notre deuxième partie du mémoire la contribution de
l’architecture traditionnelle comme architecture bioclimatique à travers notre cas
d’étude. Parmi les définitions abordées, les concepts de l’implantation d’une
architecture dans son site, la compacité qui va permettre une bonne inertie thermique,
l’orientation, la ventilation.

72
Chapitre 5 :

L’influence climatique, et solutions


architecturales traditionnelles.
L’influence climatique, et solutions architecturales traditionnelles Chapitre 5

« L’homme a lutté avec les matériaux, les


contingences, avec sa culture. C’est un duel avec
la matière et lorsque il a résolu son problème,
il avait crée de la beauté.» (Hassan, Fathy) . 1

1
H. Fathy. De l’implicite en architecture. Préface de l’ouvrage d’A. Ravereau. Le M’zab, une leçon d’architecture.
Paris, Sindbad, 1981. P12.
73
L’influence climatique, et solutions architecturales traditionnelles Chapitre 5

Introduction :
Pour s’abriter de certains effets de la nature, l’homme, et ce depuis la résolution des
contraintes primordiales de vie (manger, s’habiller, s’abriter, etc.) lui permettant de rechercher un
confort appréciable, s’est donné la peine d’innover par des solutions pouvant l’abriter des
conditions climatiques quelquefois sévères. A travers le temps, les solutions les plus efficaces ont
été sauvegardées. Véhiculées par l’architecture vernaculaire, ces solutions témoignent d’un savoir-
faire inégalé, que nos aïeux ont pris soin de nous transmettre. La distinction, dans tout ce patrimoine
architectural, de ce qui est à vocation climatique n’est pas une tache facile. Ce chapitre essaye
d’élucider ce qui, dans l’architecture traditionnelle, relève d’une préoccupation climatique. Il ne
sera pas possible de cerner tous les aspects de cette approche, mais on essayera de mettre en
évidence la prise de conscience qu’avaient nos parents vis-à-vis du climat dans leurs conceptions
architecturales.

1 Rapport espace bâti et environnement naturel :


L’architecture vernaculaire illustre, à travers certains exemples, des réponses à
l’environnement hostile des milieux aride, ceci à travers l’utilisation :

 D’éléments topographiques du site tel que l’habitat troglodyte de Matmata en


Tunisie.
 D’éléments végétaux comme dans les palmeraies et les jardins privés.
 Ainsi que d’éléments artificiels de la morphologie urbaine : Pueblo Bonito aux
U.S.A et le Ksour du Maghreb.
La structure urbaine d’une médina ou d’un Ksar illustre parfaitement 2 :
 Les effets de la compacité à travers les rues étroites qui ombragent les constructions
et les protègent des vents nocturnes froides.
 Les effets de l’introversion, à travers l’organisation des constructions autour d’un
patio, ce qui réduit énormément les surfaces exposées vers l’extérieur.
 Les effets de l’orientation majeure des rues dans les directions Est/Ouest. Ceci
favorise pour les façades un minimum de gains solaires pour celles orientées Nord, et
un meilleur contrôle de ces apports pour celles orientées au Sud

Figure 1: ville de Ghadamès en Lybie (Source :


[Link]
[Link].

2
Voir chapitre 2
74
L’influence climatique, et solutions architecturales traditionnelles Chapitre 5

2 Techniques traditionnelles et contraintes climatiques :

Les enseignements de l’architecture traditionnelle n’ont pas cessé d’émerveiller les


architectes en quête de solutions aux problèmes causés par une négligence du facteur climatique
dans la conception architecturale et urbaine.
Les caractéristiques climatiques, précipitations et cycle thermique des villes situés dans les
zones arides constituent une base de distinction, à partir de laquelle peuvent être énoncées des
solutions constructives ou urbanistiques diverses.

2.1 Diminution de la surface de l’enveloppe :


La diminution de la surface de l’enveloppe d’une construction et notamment de la surface
horizontale, implique la diminution de surface d’échange entre l’intérieur et l’extérieur.

L’habitat Troglodyte :

L’habitat troglodyte est considéré comme l’une des plus anciennes architectures
vernaculaires. Cet habitat recouvre l’ensemble des habitations situées dans le sol,
organisées soit des cavités naturelles, soit creusées par l’homme. Cet habitat enterré est
donc caractérisé par l’absence de façades exposées à l’extérieur, et par l’inertie thermique
de l’enveloppe grâce à la présence de la terre elle-même.

Figure 2:Habitat Troglodyte Matmata en Tunisie,


(Source: Annuaire de l'Afrique du nord, Productions et pratiques de l'espace habité).

L’espace central est constitué par une cour encaissée, ouverte au jour. Tout autour, des
pièces sont creusées dans les murs de la cour et sont entièrement souterraines.

75
L’influence climatique, et solutions architecturales traditionnelles Chapitre 5

2.2 L’ombrage et l’ensoleillement :

2.2.1 L’ombre :
Le thème de l’ombre est familier pour tout architecte, mais il est une idée directrice
pour les architectes modelant avec le soleil. En tant que conséquence du soleil,
l’ombre dépend du climat et des saisons. En zone aride et en saison d’été le soleil
n’est plus synonyme de détente et de loisir, mais source de malaise.

Divers élément sont utilisés pour ombrager l’enveloppe architecturale. Si les


murs des façades se portent ombre mutuellement (conséquence directe de la
compacité de la forme urbaine) ou bien grâce à l’implantation d’arbres de manière
contiguë aux murs, d’autres moyens sont éventuellement utilisés pour se protéger du
rayonnement solaire.

[Link] Ombre urbaine :


L’urbanisme et l’architecture concourent à la protection thermique. Il est d’ailleurs
délicat de préciser ou finit l’un et ou commence l’autre. Les textures urbaines ainsi
formés ont un air de ressemblance du Maroc à l’Iran. Toutefois, leur caractère se
modifie sensiblement de ville en ville, et même de quartier en quartier 3.

Figure 3:Vue aérienne de la médina de Marrakech, (Source: [Link]).

Les ruelles sont profondes et sinueuses, amenuisant ainsi les durées d’ensoleillement
des façades et empêchant le vent de chasser l’air frais accumulé la nuit. Suivant leurs
orientations, les rues étroites peuvent offrir de l’ombre sur une durée plus au moins
longue de la journée. Pour des causes impératives ou l’ombre se fait rare, les
passages couverts constituent des relais, les piétons peuvent alors s’y recueillir avant
de poursuivre leur chemin sous un soleil brûlant.

3
Pour plus de détails voir chapitre 2
76
L’influence climatique, et solutions architecturales traditionnelles Chapitre 5

[Link] Encorbellement :
Les encorbellements à l’étage permettent de régulariser le plan des pièces, ou de les
agrandir aux dépens de la rue qui n’a pas besoin d’être aussi large à cette hauteur, et
qui se trouve de ce fait plus ombragée. Parfois, c’est un passage ou une pièce qui
sont bâtis au-dessus de la rue.

Figure 4:Encorbellement, (Source: Paul, Guion La Casbah d’Alger).

Les ouvertures sont rarement situées sur la façade Est et Ouest. En général, elles sont
de petites dimensions et protégées par des occultations (brise-soleil, claustras….).
Pour un éclairage optimal. La position de l’ouverture par rapport au mur et au sol
doit être étudiée, de même que son épaisseur et son système d’occultation.

[Link] L’ombrage par éléments architecturaux :

A l’échelle architecturale, nous ne parlerons que de certains éléments architecturaux


ou l’ombre fait autorité, la façade étant une partie de la « peau » de la construction.
C’est à travers elle qu’une partie non négligeable de l’échange thermique se produit.
La protection de celle-ci contre les radiations solaires s’avère indispensable. Bien
que la façade rappelle la relation entre l’intérieur et l’extérieur, celle-ci ne l’est que
pour l’environnement naturel, puisque le terme de façade intérieure, par opposition,
renvoie à une façade donnant sur un environnement plus privatif.

[Link] Les galeries :

Les galeries peuvent atténuer l’effet du


soleil vu l’ombre qu’elles procurent
autour du patio. Le patio est un espace
ouvert. Pour une zone aride, cette
ouverture constitue une source
d’inconfort thermique. Les galeries
garantissent un espace de circulation
assez confortable. La course du soleil
oblige, néanmoins, un nomadisme
quotidien interne, en quête d’ombre et
de fraîcheur.

Figure 5: Principe d'une maison Médinale,


(Source: Atif.S, Typologies de logements Marocains)

77
L’influence climatique, et solutions architecturales traditionnelles Chapitre 5

[Link] La terrasse :

La terrasse étant une paroi horizontale et recevant donc la plus importante part des
radiations solaires directes, doit également en être protégée. Elle peut être une source
de chaleur non négligeable par rapport à l’ensemble des parois d’un bâtiment. Outre
les matériaux de revêtement de sols réfléchissants (chaux), on rencontre aussi dans
l’architecture traditionnelle une disposition spatiale au niveau de la terrasse. Une à
deux, quelques fois trois, rangées de portiques entourent la terrasse. Ils la protègent
des rayons solaires hauts de l’été en l’ombrageant, et la réchauffent par ceux, bas,
dans l’hiver.

Figure 6: Vue sur terrasse de la Casbah,


(Source: A Ravéreau, la casbah d'Alger, et le site créa la ville).
[Link] Ombre au niveau du détail constructif :

Plusieurs éléments architectoniques participent à la création d’un ombrage additif


sur la façade. On peut distinguer les éléments plats (constitutifs du fond) et ceux
saillants ou creux (représentant des figures).En somme, et à travers les diverses
échelles d’application, on s’aperçoit que les rayons solaires sont interceptés avant
qu’ils n’atteignent les surfaces des parois.

[Link] Eléments de façade :

Sur la façade se sont plutôt les


décrochements qui assurent l’ombre.
Cependant, ce sont les décrochements
horizontaux qui ont été les plus
utilisés. En forme de balcon ou
moucharabieh, chaque région avait sa
spécificité.

Figure 7: Eléments horizontaux, pour l'ombre, Yémen


(Source: Dethier Jean, 1986, p39).

78
L’influence climatique, et solutions architecturales traditionnelles Chapitre 5

[Link] Ombre et végétaux :

Jumeler le nécessaire et le plaisant, n’est pas chose facile. Le recours aux végétaux
comme réponse à la recherche de l’ombre est une technique ancestrale. Outre
l’ombre, les végétaux produisent une humidité qui favorise le rafraichissement de
l’air, d’autre part et suivant la nature de la plante, cette dernière peut éventuellement
produire des saveurs végétales d’où la différence entre une senteur végétale et une
ombre portée par des éléments architecturaux. Les jardins offrent une série
d’éléments pour l’ombre : allée couverte, promenade, voute de verdure ou bouquet.

L’homme en se déplaçant dans un jardin peut choisir de s’abriter du soleil ou


de s’y exposer. La maison dépourvue de cette faculté s’est dotée de plantes la
protégeant du soleil d’été, les rayons de ce dernier sont admis l’hiver, alors ces
plantes se dénudent pour lui céder le passage. C’est à cette fin que les plantes sont
soigneusement choisis, non pas seulement dans les zones arides mais aussi la ou le
soleil est décisif dans le confort thermique.

Figure 8:Riad a Marrakech,


(Source: Atif.S, Typologies de logements Marocains).

2.3 Inerties thermiques :

Deux types d’inerties thermiques existent, une inertie par absorption et une autre par
transmission. L’inertie thermique dépend essentiellement des matériaux de
construction utilisés. Elle permet le contrôle de l’amplitude entre températures
internes et externes. C’est grâce à elle que la durée du transfert de chaleur est
retardée. Ainsi en hiver, l’énergie absorbé par les parois de l’enveloppe ne peut être
transmise qu’au soir, la ou la température externe est la plus basse, elle servira donc
de supplément de chauffage naturel. Retenant donc une différence de température
entre l’intérieur et l’extérieur.
A titre d'exemple, pour obtenir la même isolation qu'un mur en terre de 30 cm, il faut
un mur en béton d'une épaisseur de 1,1 mètre. Il est isolant quelque soit la saison
puisqu'il conserve la fraîcheur en été et la chaleur en hiver, tout le contraire du béton,
qui lui donne du froid en hiver et du chaud en été.
79
L’influence climatique, et solutions architecturales traditionnelles Chapitre 5

Les épaisseurs des murs dépendent du déphasage à assurer, et le type de matériau


utilisé. Ainsi, l’épaisseur d’un mur en brique de terre peut arriver jusqu’à 60 cm, en
fait, à cause de sa faible conductivité thermique et sa haute capacité calorifique, le
matériau absorbe 80 % de chaleur et ne transmet à l’intérieur que 20% . Quant au
mur en brique de gypse, il peut atteindre 40 cm d’épaisseur. Ce matériau offre une
excellente isolation thermique pour une inertie relativement faible. Il absorbe
l’excédent d’humidité de l’air qu’il restitue pendant les heures chaudes de la journée
(village solaire intégré).

Les maisons en terre ne possèdent pas de chauffages ou de climatisations. La


terre faisant le reste du travail. Ainsi, à moindre coût, la terre donne le meilleur
résultat en termes d'isolation.

2.4 Adaptation temporelles et climat :

Bien que les systèmes passifs soient efficace, il se trouve que l’habitation peut avoir
des températures différentes, suivant qu’il s’agit des locaux orientés Nord ou au Sud,
voire d’un étage inférieur ou supérieur. Les habitants adoptent alors des stratégies qui
les ramènent à changer de lieu d’installation. Ces changements de lieux peuvent être
quotidiens ou saisonniers, nous qualifions ces déménagements perpétuels par le
terme de « nomadisme » en référence aux Nomades.

2.4.1 Nomadisme, adaptation ou fuite du climat ?


La notion de nomadisme est souvent utilisée pour qualifier un peuple migrant. La
motivation essentielle des nomades est la recherche de la nourriture nécessaire à leur
subsistance et à celle de leurs animaux.
Ce que nous qualifions de nomadisme interne, est l’occupation partielle de la maison en
certaines périodes, suivie d’un déménagement vers un autre espace de la maison en
d’autres périodes. L’occupation de tel ou tel espace est relative à l’orientation du soleil
et à sa position par rapport à l’ensemble. Les stratégies diffèrent d’une zone aride à
l’autre. Le mode d’habiter et le site jouent un rôle déterminant dans la façon
d’approcher le climat.

2.4.2 Nomadisme saisonnier :


Nous retenons essentiellement deux modes d’occupation de l’espace qu’adoptent les
habitants des pays chauds. Pour les même objectives deux stratégies sont observées :

[Link] Nomadisme saisonnier :


Dans les zones arides ou l’on construit en hauteur, le Rez de chaussée et a
fortiori la cave, naturellement plus humides et moins ou pas soumis au
rayonnement solaire, sont plus frais que les étages, d’où le choix d’affectation
des espaces d’hiver et d’été.

[Link] Nomadisme horizontal saisonnier :

Dans les zones arides ou la forme de l’habitat est horizontale, les appartements
d’hiver et d’été sont adossés au même étage, l’un ouvrant au nord et l’autre au
sud.

80
L’influence climatique, et solutions architecturales traditionnelles Chapitre 5

2.4.3 Nomadisme quotidien :


Le nomadisme quotidien interne est une adaptation « microscopique » au climat. Les
habitants se livrent volontairement au « caprice » de la nature. Ce nomadisme est si
permanent que les occupants ne se donnent plus la peine de transporter leurs nattes pour
dormir ou leurs coussins pour s’asseoir. Nous trouvons un aménagement semblable
dans plusieurs espaces de la maison, il suffit alors de se déplacer sans transporter son
équipement.
En été, à cause de la chaleur qui règne au cours de la nuit dans les espaces internes, la
migration des habitants est la réaction la plus courante, on assiste ainsi à une vie
nocturne qui se déroule sur les terrasse des habitations. L’inertie thermique, demeure
néanmoins, bénéfique pour les matinées d’été.

Figure 9:Nomadisme journalier en été et en hiver à Ghardaia, (Source : [Link])

2.5 Régulation thermique :

Essayer de maintenir une température plus au moins constante et confortable, dans


une habitation située en milieu aride et ou la température subit une grande amplitude
journalière, est une démarche de longue haleine. L’architecture traditionnelle s’est
dotée d’une technique qui lui est propre afin se garantir un confort thermique.

2.5.1 La climatisation urbaine traditionnelle:


« L a climatisation est une réponse à la sensation d’inconfort thermique que ressenti
l’homme lorsqu’il transpire. Elle consiste d’abord à rejeter les apports énergétiques
solaires. Puis à rechercher des sources de froid inertielles évaporat ives ou radiatives.
Quelque cités dans le passé…, constituent des exemples remarquable par la
compréhension, l’efficacité, et surtout l’intégration architecturale des systèmes variés
utilisés » (Berger X.p, 127) 4.

4
Adaptation climatique ou culturelle en zones arides, Thèse de doctorat, Université d’Aix Marseille, Amar Bennadji,
1999.
81
L’influence climatique, et solutions architecturales traditionnelles Chapitre 5

2.5.2 Effet Venturi:


De plus, le tissu urbain affecte les conditions de ventilation. Il est admis qu'une
forte densité urbaine réduit la vitesse de ventilation au niveau du sol. Cependant, une
concentration de bâtiment peut générer des courants d'air locaux causés par des
différences de température entre les surfaces chaudes exposées au soleil et celles qui
sont plus fraîches.

La variation dans les hauteurs des bâtiments modifie le mouvement d'air, ainsi, des
courants d'air turbulents peuvent se produire à la base des bâtiments hauts. D'autre part,
lorsque la direction du vent est parallèle aux rues, alors celles- ci se comportent comme
des canaux laissant passer des courants d'air qui sont d'autant plus violents que la rue est
étroite et profonde(Figure10). L'effet de la canalisation diminue avec des rues plus
larges. En revanche, si la direction du vent est perpendiculaire aux rues, l'air s'écoulera
au - dessus des bâtiments et seulement un flux d'air secondaire s'écoulera au niveau des
rues.

TRADUCTION
1- Section.
2- Vent canalisé.

Figure 10:Comportement du flux d’air à la base des bâtiments hauts. Effet de


Venturi (a) et (b).Effet de rouleau (c) et effet de coin (d)
Source : [Link] (a et c), [Link] (b et d).

82
L’influence climatique, et solutions architecturales traditionnelles Chapitre 5

2.5.3 La ventilation naturelle:

Ventiler consiste à renouveler l’air intérieur d’un local ou d’un bâtiment. Cela se
traduit par l'apport d'air neuf extérieur et l’extraction de l'air vicié intérieur, et répond à
la fois à une nécessité hygiénique (qualité sanitaire de l’air ambiant intérieur) et à un
souci de confort thermo-hygrométrique (potentiel de rafraîchissement de l’air et des
parois et évacuation de l’humidité).

La ventilation naturelle est basée sur la création d’un flux d’air lent. Ce
déplacement d’air résulte de différences de pressions, qui apparaissent dans un bâtiment
suite aux pressions du vent sur le bâtiment et suite aux écarts de température entre
l’intérieur et l’extérieur :
• Le vent : Sous l’effet du vent, une pression s’exerce sur l’extérieur du mur
côté vent, tandis qu’une dépression s’applique au droit de la face sous le vent ; l’air
pénètre donc par les ouvertures de la
façade face au vent et ressort dans la
zone de dépression en toiture.
• La chaleur : L’écart de
température amène un écart de
pression qui expulse l’air au dehors
du bâtiment par effet de cheminée
(surpression). L’équilibre des
pressions implique que cette
expulsion d’air chaud vers le haut
crée un appel d’air froid dans la
partie basse du bâtiment
(dépression).
C’est le « tirage thermique ».
Figure 11: Pression des vents sur un bâtiment,
Source : [Link]

La ventilation naturelle suppose que la température extérieure est inférieure à la


température intérieure et elle est d’autant plus efficace que l’écart de température est
important.
Dans la pratique courante il existe principalement deux types de ventilation naturelle : le
renouvellement d’air par ouverture des fenêtres et la ventilation par tirage thermique :

 Les fenêtres sont le premier outil de ventilation naturelle. Ouvrir les fenêtres
permet de créer de grands débits d’air, afin d’évacuer les polluants et pour
refroidir dans un court laps de temps. Cependant les conditions pour avoir un
renouvellement d’air correct avec ce système de ventilation sont contraignantes,
l’ouverture des fenêtres devant se faire à un rythme régulier non improvisé, pour
limiter les déperditions thermiques et pour s’assurer de la qualité sanitaire de
l’air intérieur.

83
L’influence climatique, et solutions architecturales traditionnelles Chapitre 5

 Le tirage thermique est le système de ventilation naturelle le plus répandu


actuellement. Afin de réaliser un bon tirage thermique, les entrées d’air sont
placées à la base des murs de façade, et des bouches et un conduit vertical,
évacuent l’air par le toit.

Figure 13: Orifice d'aération au sommet d'une


Figure 12: Bagdir avec humidificateur coupole.
coupole.
Source : L’aspect bioclimatique de l’habitat vernaculaire, Plemenka Supic, Ecole
Polytechnique Fédérale de Lausanne, Swiss.

Ces pratiques anciennes, atteignent leurs limites par rapport aux exigences
actuelles de confort et d’efficacité énergétique. Leurs modes de fonctionnement sont
néanmoins en parfaite adéquation avec les problématiques actuelles de durabilité et de
réduction des consommations énergétiques des bâtiments puisqu’ils permettent une
aération, voir un rafraîchissement, passif des locaux. Il s’agit donc d’étudier au cas par
cas l’intérêt de la mise en place de ce type de ventilation, de réaliser une étude de
conception dédiée et de permettre une gestion efficace et simplifiée 5.

2.6 L’humidité :

L’importance accordée à l’eau est primordiale. L’évaporation de l’eau abaisse la


température ambiante tout en augmentant l’humidité de l’air, ce qui est également
agréable en climat chaud et sec ou le sable et la poussière ont tendance à s’infiltrer et
voleter partout.
L’utilisation directe de l’eau est aussi fréquente. Il est ainsi banal de trouver des jarres
(voire figure 14) d’eau devant les ouvertures des maisons dans le climat secs. L’air,
affleurant la surface des jarres poreuses, se rafraichit aussitôt pour donner un havre de
fraicheur à l’intérieur des maisons. Cette pratique est différente dans les zones moins
arides ou l’on observe, à la place des jarres d’eau, des pots de plantes ; ainsi l’air se
rafraichit en effleurant les feuilles humides des plantes. L’arrosage direct demeure le
recours par excellence en période de canicule.

5
Développer une architecture bioclimatique méditerranéenne, veille documentaire, fiche qualité environnementale,
EUROMEDITERRANEE, ventilation naturelle, 2010.
84
L’influence climatique, et solutions architecturales traditionnelles Chapitre 5

Figure 14:Schéma descriptif de l'utilisation des jarres.

2.7 Petit jardin ou véranda :


De même, mais dans le cas du petit jardin cette fois-ci, l’ombrage est favorisé grâce à
l’existence de végétation. Il est tridimensionnel et ajoute un agrément de confort grâce à
son rôle d’humidificateur.

2.7.1 Le patio :

Le patio est l’élément principal d’adaptation climatique : puits de lumière et de


fraicheur. Thermiquement, il se comporte comme un puits de fraicheur : la nuit, le sol
du patio émet rapidement son énergie vers le ciel d’autant plus qu’il est dégagé : sa
température devient plus faible que celle de l’air environnant qui vient se refroidir et
s’accumuler en glissant le long des murs et des terrasses. Au matin, le soleil encore bas,
n’échauffe que les parties hautes des parois et ce n’est qu’au zénith que ses rayons
atteignent le sol, qui reste donc bien plus confortable que les environs. L’après-midi
l’ombre se revient et un arrosage permet de rafraichir l’ambiance, en attendant le soir.
L’air de la nuit est conservé au maximum, protégé du soleil dans le patio, puis vient en
fin de matinée rafraichir les pièces par les portes et les fenêtres qui ont des allèges
basses.

Figure 15:schéma de fonctionnement climatique d'un patio,(Source: l'aspect bioclimatique de l'habitat


vernaculaire,Palmenca Supic, Ecole polytechnique Fédérale de Lausanne.)

85
L’influence climatique, et solutions architecturales traditionnelles Chapitre 5

2.8 Eléments fragmentaire au niveau de l’enveloppe :

2.8.1 Eléments plats :


Les éléments plats peuvent être classés en :
 Mur doubles : ils constituent une paroi additive à celle porteuse et pouvant être
totalement opaque ou perforée (large claustras à un mur).
 Texture et décoration : le crépissage, l’appareillage des matériaux de
construction peuvent aussi contribuer à ombrager les surfaces des murs.

2.8.2 La couleur :
La couleur blanche réfléchit mieux les rayons solaires, qui sont peu absorbés par
les parois. La chaux est une surface sélective froide qui a un facteur d’émission
infrarouge de 90% et un facteur d’absorption solaire de 12% (couche neuve) 6qui
augmente lorsque les pluies d’automne arrivent. Cette technique de contrôle climatique
est bien répandue dans les zones à fortes radiations solaires. A l’intérieur des
habitations, la couleur blanche réparti mieux la lumière dans les pièces vu la petitesse
des ouvertures dont peuvent se munir les habitations des ces mêmes zones.
Notons aussi que la peinture en blanc de chaux peut augmenter la performance des
murs en matière climatique, la chaux est, entre autre, microfissurée et permet
l’infiltration de l’humidité à l’intérieur du bâtiment, une humidité si recherchée.

2.8.3Eléments saillants :
On distingue les éléments suivants :
 Brise-soleil : il s’agit d’éléments qui consistent en des encorbellements
horizontaux et /ou verticaux pouvant être de simples éléments linéaires ou
entièrement volumiques.
 Claustras : ce sont des parois non opaques perforées dont l’objectif est
d’ombrager des surfaces verticales, ainsi que le tamisage de la lumière. Elles
sont souvent placées en saillie par rapport au plan de la façade.
 Percements : pouvant être de dimensions importantes (loggias ou terrasses) ou
de petites dimensions (fenêtres). Ils offrent un lieu de vie grâce à l’ombre qui
peut y régner.

[Link] Les écrans solaires :

[Link].1 Occultations fixes :

Les occultations fixes sont utilisées pour ombrager les ouvertures et ceci
essentiellement pour de longues périodes (saison de surchauffe). En auvent, en
vis-à-vis, ou en bord, ces derniers ont une influence considérable dans la
diminution des radiations solaires incidentes sur une façade.

6
Adaptation climatique ou culturelle en zones arides, Thèse de doctorat, Université d’Aix Marseille, Amar Bennadji,
1999.
86
L’influence climatique, et solutions architecturales traditionnelles Chapitre 5

[Link].2 Appareillage et crépissage :

Une texture rugueuse, telle qu’un appareillage en pierre ou en brique, ou tout


simplement un enduit tyrolien, apporte un ombrage additif au fond.
Traditionnellement, une technique de crépissage très intéressante fut utilisée
pour ombrager au maximum le fond de façade. Le crépissage étant constitué de
boules semi-sphériques étalées avec la main sue le mur : chacune ombrage sa
moitié et porte une ombre sur la boule en dessous ou d’un coté selon
l’orientation de la façade et la course du soleil.

[Link].3 Arcades :

Les arcades urbaines offrent un espace ombragé bien recherché. Elles rappellent
le « Sabat » (rue couverte) des tissus traditionnel. Elles créent un lieu d’activité
diverses selon ses dimensions leur ombrage dépend de la hauteur H et de la
profondeur P, pour une orientation donnée.

[Link].4 Mur de clôture de terrasse ou acrotère :

Le mur de clôture de terrasse ajoute un ombrage additionnel à la façade


relativement à son orientation, et s’il est en saillie par rapport au plan de la
façade.

[Link].5 Volumes saillants importants:

Le « Kbou », la « Mashrabiya » en raison de leurs dimensions et leurs saillies, en


dehors de la parcelle, apportent un ombrage maximal à la façade. Ils peuvent
constituer à la fois un auvent, un flanc et une loggia pour les surfaces tant vitrées
qu’opaques.

2.8.4 Eléments en creux :


[Link] Creux de grandes dimensions:
Par leurs dimensions importantes, ces creux, par rapport à leurs profondeurs, à
l’intérieur de la parcelle, permettent la création d’un espace dont le sol, les murs
et les ouvertures sont largement ombragés.

Figure 16:Iwan,Bukhara, Uzbekistan. Forme assurant l'ombre sur plusieurs


orientations, Source: [Link]
87
L’influence climatique, et solutions architecturales traditionnelles Chapitre 5

[Link] Creux de petites dimensions:


Pour ombrager des ouvertures de faibles dimensions, on joue sur la section de la
paroi contenant l’ouverture (sa profondeur) afin d’avoir un effet analogue à celui
des brise-soleil (occultation fixe). Un autre moyen est de décomposer la surface
vitrée en petites surfaces selon l’orientation considérée (système de fentes) tout
en considérant également l’épaisseur de la paroi du mur.

2.8.5 Eléments décoratifs :

Ces éléments peuvent être des bas-reliefs, des corniches. Ils sont utilisés
essentiellement en tant que décoration, mais leurs emplacements en relief ou en
creux, favorisent un certain ombrage additif à la surface qu’ils encadrent.

Figure 17:Ombre à plusieurs échelles, profondeur de l'ensemble


et la sculpture à bas-reliefs, Source:
[Link]

3. Dispositifs architecturaux de l’habitat vernaculaire méditerranéen :

3.1 Les tours à vents Melkef :

Elles constituent un dispositif technique pour la


ventilation naturelle dans l’habitat traditionnel :
c’est une sorte de canal cheminée conduisant les
brises d’air en hauteur afin de les diriger vers le
bas des pièces à ventiler 7. L’air introduit est
rafraîchi avant de pénétrer dans l'habitat et les
problèmes de poussières liés à la ventilation sont
diminués grâce à l'humidité relative de l'air plus
élevée 8.

Figure 18:Principe des tours à vent. Source :


LIEBARD Alain, DE HERDE André. [Link]., p175.
7
MANSOURI Yasmine, ALLARD Francis, MUSY Marjorie, Conceptual implementation of ventilation strategy,
18th International IBPSA Conférence, Eindhoven, Nethrlands, Agust 11 -14, 2003.
8
LIEBARD Alain, DE HERDE André.Traité d’Architecture et d’urbanisme bioclimatique : Concevoir, édifier et
aménager avec le développement durable, Ed Obser’er, Paris, 2005).
88
L’influence climatique, et solutions architecturales traditionnelles Chapitre 5

Leurs sommets sont généralement en forme d'entonnoir,


orientés face aux vents. La forte inertie des matériaux du
conduit peut rafraîchir l'air efficacement. Ce système est
amélioré par la suspension de jarres poreuses placées
dans le canal et de bassins d’eaux situés en contrebas
49. Cela permet d'humidifier le filet d'air sec et d'abaisser
ainsi sa température grâce à l'évaporation de l'eau.

Figure 19:Figure 19: Dispositifs de


refroidissement de l’air par vaporisation d’eau.
Source : FERNANDEZ Pierre, Paris, 2009,
p334

3.2 Moucharabieh :

C’est un dispositif d’ouverture poreux, généralement en


bois, précieux avec sa décoration et qui permet une
ventilation [Link] est un dispositif d’ouverture
intéressant, il permet la ventilation naturelle de l’espace
intérieur, parfois complété par une série de jarres en terre
poreuses face à la fenêtre, ce qui permettra de rafraichir
le flux d’air grâce à l’évaporation de l’eau ce celles-ci.
L’air extérieur pénétrant par le bas de l’ouverture se
réchauffera, puis sera évacué par le haut de cette même
ouverture.
Figure 20: Moucharabieh, Source:
[Link] ‫ﻣﺸﺮﺑﯿﺔ‬

4. Exemples de bâtiments vernaculaires à grande inertie thermique :


Les habitations traditionnelles possèdent des qualités architecturales usant de moyens simples mais
performants, répondant positivement aux sévérités climatiques. En période caniculaire, la forte
inertie des matériaux est capable d’atténuer les variations de température en stockant la chaleur
excessive des journées d’été pour la restituer la nuit. En hiver, le patio permet d’emmagasiner les
précieuses calories pour faire face aux jours et nuits froids. En réalité « la science de la
construction traditionnelle correspond à une connaissance exacte et raisonnée, fondée sur
l’expérimentation du comportement en œuvre des matériaux de construction…, exclusivement
expérimentale et qui s’est développée sans aucune théorisation mathématique. Son caractère
scientifique est parfois occulté à nos yeux » 9

Les exemples suivant feront l’objet d’une illustration des traditions de la construction vernaculaire
qui expriment une adaptation thermique particulière pour s’adapter à la rigueur du climat.

9
COIGNET Jean, Réhabilitation : arts de bâtir traditionnel connaissances e techniques, Aix-en-Provence, Ed Edisud,
1987, p21.
89
L’influence climatique, et solutions architecturales traditionnelles Chapitre 5

4.1 Le nouveau Gourna:


Le village du vieux Gourna a été construit
sur un site qui était plein de tombeaux de
nobles car les gournis n’avait pas su gérer
leur trésor.
Ceci poussa le département des antiquités à
prendre des mesures concrètes pour Gourna.
Alors pour revaloriser ce site, il a été
construit un nouveau village loin des
vestiges 10.
Figure 21:Le vieux Gourna. Source: FATHY Hassan,
construire avec le peuple, Ed Jérôme Martineau, 1970,
planche 28.

4.1.1 Une architecture vernaculaire:

L’intension était de rendre au gournis l’héritage d’une forte tradition d’inspiration


locale, entrainant la coopération active de clients et d’artisans habiles 11. Cette
architecture traditionnelle s’adaptait à son environnement, issue du paysage avec des
formes naturelles s’inspirant de «la voûte nubienne » lancée dans l’espace sans cintre
ni échafaudage12.
4.1.2 Le climat, l’architecture et les matériaux:

La haute Égypte se caractérise par un climat chaud et aride, la brique de boue est un
mauvais conducteur de chaleur, mais peu solide donc nécessitant des murs épais qui
conservent la chaleur de la journée pour la restituer la nuit13; ce régime de
température peut être modifié avec l’introduction d’une cour intérieure pour que l’air
froid descende.
4.1.3 L’orientation du soleil et du vent:

La circulation de l’air qui est un facteur important du confort, peut être modifiée par
des ouvertures qui doivent être situées sous le vent dominant : c’est-à-dire mettre
des ouvertures du côté opposé au vent et de petites ouvertures face au vent.

10
FATHY Hassan. [Link]., pp 44-48.
11
Ibid, pp80-86-89.
12
EL-WAKIL Leila, Hassan Fathy dans son temps, publication dans Hassan Fathy, une ambition égyptienne, 2012, 05.
13
FATHY Hassan. [Link], p 93.
90
L’influence climatique, et solutions architecturales traditionnelles Chapitre 5

4.1.4 Le malkef, ou capteur d’air:


Le capteur d’air utilisé dans les écoles de Gourna se compose d’une gaine de ventilation en
forme de cheminée avec une large ouverture placée très haut, face au vent dominant, à
l’intérieur est placé un plateau métallique incliné rempli de charbon de bois mouillé pour
humidifier l’air.

Figure 22:Coupe du système d’aération de l‘école des filles.


Source : FATHY Hassan. [Link]., planche 100.

En Égypte, les villageois préfèrent regrouper leurs maisons en une masse presque monolithique
regroupée autour d’une petite place. Le plan des maisons est irrégulier, ce qui rappelle la variété et
l’originalité de conception qui s’adaptera aux gens qui y vivront. Chaque maison comporte une
cour, et chaque groupe de maisons est disposé autour d’une place.
L’économie du nouveau Gourna reposait forcément sur le commerce des produits manufacturés :
« L’artisanat » et « l’exposition du tissage et de la poterie». Gourna fut même un lieu de visite pour
les touristes de la vallée des tombes 14.
L’apprentissage des métiers d’artisanat dans
le khan fut largement développé.
Quatre quartiers ont été construits pour loger
les groupes tribaux, un marché à l’entrée de
la ville et une place centrale où fut bâtie une
mosquée.
Le théâtre et le hall d’exposition
permanente, étaient construits à la brique de
boue. Deux écoles furent prévues, une pour
les garçons et l’autre pour les filles.(figures
24,25,26,27,28). Figure 23: Plan du Gourna el-Gedida, 1946. Source :
FATHY Hassan. Op. cit. Planche 66.

Figure 24:La mosquée du nouveau Gourna. Source : FATHY Hassan. [Link].,


planches 74-75.
14
Ibid, p116.
91
L’influence climatique, et solutions architecturales traditionnelles Chapitre 5

Figure 25:Le khan, plan, façade nord.


Source : FATHY Hassan. [Link]., planches 62-64.

Figure 26:Façade du théâtre.


Source : FATHY Hassan. [Link]., planches 91-92.

Figure 27:L’école des garçons, plan et façade.


Source : FATHY Hassan. [Link]., planches 93-94.

Figure 28:Plan, cour de l’école des filles.


Source : FATHY Hassan. [Link]., planches 99-101.
92
L’influence climatique, et solutions architecturales traditionnelles Chapitre 5

4.2 Ghadamès, la perle du désert:


Bâtie dans une oasis en Libye, à la Lisière de la Tunisie et de l'Algérie, Ghadamès surnommée en
langue arabe « la perle du désert », compte parmi les plus anciennes cités présahariennes. À la
croisée de nombreuses routes caravanières, elle fut pendant des siècles une des cités les plus
commerçantes de la région pour sa situation stratégique, à la croisée des pistes entre Méditerranée et
Sahara. Aujourd’hui, elle est classée au patrimoine mondial de l'UNESCO : Ici, un modèle
exemplaire d'habitat durable est né, par pure nécessité.

Figure 29:vues sur Ghadamès.


Source:[Link]

4.2.1 Environnement hostile :

La fournaise du désert impose la construction d'un habitat naturellement frais et climatisé. C’est en
réponse à cette triple contrainte - thermique, agricole et défensive qu’est née une ville très compacte
et faite de hautes maisons collées les unes aux autres.

Figure 30:vue aérienne sur Ghadamès.


Source:[Link]

93
L’influence climatique, et solutions architecturales traditionnelles Chapitre 5

4.2.2. Une ville climatisée :

Sur les terrasses de la vieille ville, un badigeon uniforme de plâtre blanc réfléchit les rayons du soleil
afin de limiter les surchauffes. Les maisons sont construites autour et au-dessus d'un réseau
labyrinthique d'étroites ruelles couvertes avec des puits de lumière62, qui rafraîchissent la ville. Cette
ventilation naturelle se prolonge depuis la rue vers l'intérieur des maisons à travers l’utilisation des tours
à vent.

Figure 31:Coupes sur un fragment de maisons à Ghadamès,


Source: FONTAINE Laetitia, ANGER Romain, Bâtir en terre, Ed Belin, 2009

Figure 32:Ruelles de Ghadamès, Source: FONTAINE Laetitia, ANGER Romain, [Link]., p20.

4.2.3. Se protéger de la chaleur :

La fraîcheur provient des murs et planchers massifs en terre crue, qui amortissent les écarts de
température entre la nuit et le jour. Malgré la grande portée des poutres de palmiers qui surplombent la
pièce principale, une énorme dalle en terre de 50 cm d'épaisseur s’ajoute, elle est constituée de deux
couches «éponges» légères et poreuses, l'une de graviers de gypse et l'autre de terre pulvérulente qui
absorbent l'eau de pluie, allègent la terrasse et l’isolent de la chaleur de la journée et du froid de la nuit.

94
L’influence climatique, et solutions architecturales traditionnelles Chapitre 5

4.2.4. Une enquête sur le confort thermique dans la


saison d'été à Ghadamès, Libye

C’est une sorte d’enquête de confort thermique dans les deux types de bâtiments; l'ancien (traditionnel)
et le nouveau (contemporain). L'enquête a été réalisée pendant les saisons d'été 1997 et 1998, présentant
un climat sec et chaud de l'Afrique du Nord. Des questionnaires ont été recueillis auprès des résidents de
51 bâtiments: 24 vieux bâtiments utilisent des systèmes de ventilation naturelle avec cours et 27
nouveaux bâtiments utilisent des systèmes de climatisation.

A. Présentation :

Situé dans le désert du Sahara libyen, le sol de Ghadamès comporte l’argile et la pierre. L’usage
des matériaux locaux existants, tels que des palmiers, de l’argile et de pierres a bien servi pour
construire les bâtiments traditionnels 15.

Le climat est caractérisé par la température élevée de l'air, un rayonnement solaire élevé, de
faibles pluies, une faible humidité et de nombreuses tempêtes de sable. En été, il fait chaud
toute la journée, la température de l'air s'élève à plus de 47°C, tombant à 30°C pendant les
nuits. En hiver, le temps est froid pendant la nuit, la température tombant à 0°C pendant la
nuit.

Figure 33:Vieux type de bâtiments à Ghadamès. B- Nouveau type de bâtiments à Ghadamès, 1997.

B. Enquête sur le terrain :

Les températures de l'air ont été enregistrées à l'aide de thermocouples (de type T, cuivre /
constantan). Ces valeurs ont été enregistrées toutes les 15 min et les valeurs moyennes ont
été calculées toutes les heures. Les vitesses de l’air ont été mesurées en utilisant un
anémomètre omnidirectionnel. Les températures moyennes ont été mesurées à l'aide d'un
thermomètre à globe standard, l’humidité relative a été mesurée aussi.

15
EALIWA M.A, TAKI A.H, HOWARTH A.T, SEDEN M.R, An investigation into thermal comfort in the summer
season of Ghadames, Libya, publication Building and Environment, Elsevier Science,1999, disponible sur sndl:
[Link]/locate/buildenv, p 232.
95
L’influence climatique, et solutions architecturales traditionnelles Chapitre 5

C. Résultats :

Votes subjectifs : Des questionnaires ont été recueillis auprès de 51 bâtiments, à la fois les
anciens et les nouveaux bâtiments. Cette figure montre la sensation globale du confort
thermique 16.

Figure 34:Comparaison de la sensation


de confort, Source : EALIWA M.A,
TAKI A.H, HOWARTH A.T, SEDEN
M.R. [Link]., p232.

Il montre que 54% des répondants se sentent neutres dans les anciens bâtiments et seulement
15% des répondants dans les nouveaux bâtiments se sentent neutres. Par ailleurs, 13% des
personnes ont déclaré comme étant un peu frais dans les bâtiments anciens par rapport à 0%
dans les nouveaux bâtiments, avec 8% d'entre eux avec la sensation de chaleur dans les
vieux bâtiments, et 33% de sensation de chaleur dans les bâtiments neufs. Ces résultats
suggèrent donc que les occupants ont une impression d'ensemble plus élevée de confort
thermique dans les anciens bâtiments que dans les nouveaux bâtiments. En outre, l'enquête a
montré que 62% des habitants dans des immeubles anciens ne veulent pas un changement
dans leur environnement intérieur, tandis que 38% veulent plus de fraicheur. Par
comparaison, seulement 41% des occupants des nouveaux immeubles ont voté pour qu’il
n’y soit aucun changement avec 59% pour plus de fraicheur. Les habitants des anciens
bâtiments sont plus satisfaits de leur environnement.

Mesures physique : Seuls 11 bâtiments (5 anciens et 6 nouveaux) ont été impliqués dans à
la fois les études objectives et subjectives. Le tableau suivant montre les résultats de mesure
physiques:

Tableau 1:Échantillon des résultats de mesure des bâtiments anciens et nouveaux dans Ghadamès,
Source : EALIWA M.A, TAKI A.H, HOWARTH A.T et SEDEN M.R. Op. cit., p232.

16
Ibid, p 234.
96
L’influence climatique, et solutions architecturales traditionnelles Chapitre 5
Text, température de l'air extérieur;
Ti, température à l’intérieur;
Hr, humidité relative;
V, vitesse de l’air;
R, résistance thermique ;

D. Conclusions :
Les résultats suggèrent que les gens ont une impression presque unanime de confort thermique
dans les anciens bâtiments comparé aux nouveaux bâtiments.

4.3 Maison Tabayi en Iran:


C’est une maison à patio, avec des murs massifs en adobe enduit en mortier de terre, avec revêtement de
terre cuite posé au mortier de chaux pour permettre aux sols de respirer. Elle comporte un salon d’hiver
situé au nord; sa grande baie vitrée ouverte au sud permet de capter les rayons solaires, que l’arbre sans
feuilles laisse passer.

Figure 35: Plan de la maison Tabayi en Iran Source : MORISET Sébastien, Conservation et
réduction des risques à Ardakan, Ed CRAterre, 2010, p 06, disponible sur :
[Link].

Alors que le salon d’été est le plus grand espace au


sud, entièrement ouvert, qui sert de pièce de vie, ce
lieu ne reçoit jamais le soleil et bénéficie d’une
ventilation constante grâce à la tour à vent haute de 4
mètres qui la coiffe. La tour à vent, ouverte au nord,
est une cheminée solaire qui crée des flux d’air
ascensionnels 17. L’arbre, pourvu de feuilles en été,
apporte la fraîcheur à la cour grâce à son ombre.

Figure 36:Ventilation naturelle de la maison


Tabayi en Iran, Source : MORISET Sébastien.
[Link]., p 06.

17
MORISET Sébastien. [Link]., p 06.
97
L’influence climatique, et solutions architecturales traditionnelles Chapitre 5

Conclusion :

« L’architecture est déterminée par une série de facteur dont un seul ne varie jamais, le
climat. On s’est toujours protégé du soleil de la même façon soit en construit des murs épais
soit en se mettent à l’ombre » Josef BELMONT18

Après avoir apporté notre regard sur le développement durable, et les principes de l’architecture
bioclimatique dans le chapitre précédent, nous avons balayé dans ce chapitre les différentes
pratiques forgés autour du confort thermique ressenti dans les constructions en terre ainsi que les
facteurs de la durabilité de l’architecture vernaculaire.

Dans l’architecture traditionnelle, l’enjeu est d’assurer les conditions du confort thermique par
l’utilisation des matériaux traditionnels, locaux, recyclables et à forte inertie thermique, ainsi que
des stratégies architecturales de protection contre la chaleur et le froid. Les constructions étaient
conçues relativement à leur environnement qui est, en fait l’ensemble des facteurs sociaux,
culturels, climatiques etc.….Ce dernier n’affecte pas seulement la composition du sol ou la nature
des plantes, mais plus encore, le mode de construire, (ceci est très bien illustré dans les exemples
qu’on a analysés), et c’est pour cette raison que les établissements anciens présentent une très bonne
performance thermique, car idéalement adapté aux contraintes climatiques. Il en ressort que ces
gestes vernaculaires ont généré un savoir-faire qui répond aux besoins et réfléchis comme lieu de
repos et de confort.

18
Amar Bennadji, [Link].p 29.

98
Chapitre 6 :

CAS D’ETUDE

Ksar Taghit, site et histoire.


Cas d’étude Ksar Taghit site et histoire Chapitre6

« Le patrimoine vernaculaire construit constitue le mode


naturel et traditionnel dans lequel les communautés ont
produit leur propre habitat. Il fait partie d’un processus
continu, qui incluent les changements nécessaires ainsi
qu’une adaptation continue en réponse aux conditions
sociales et environnementales »1

1
Charte nationale pour la sauvegarde des villes historiques, octobre 1987
99
Cas d’étude Ksar Taghit site et histoire Chapitre6

Introduction:

Ici nous allons établir un parcours historiographique pour identifier la structure historique qui
est l’ensemble des tracés qui se sont accumulés tout au long des différents moments de croissance
qui ont façonnés le Ksar et qui lui confèrent sa structure actuelle.

Pour une appréhension de la structure actuelle, il est nécessaire d’opérer un retour vers
l’histoire pour rechercher les causes et les raisons qui ont conditionné la naissance de
l’établissement humain sur le site naturel.

1. Présentation de la région :
Les Oasis de la Saoura, du Gourara
et du Touat étaient situées sur les
voies de communication
transsahariennes qui structuraient le
territoire. La complexité des voies,
qu’elles soient commerciales
comme les pistes caravanières du
sel et de l’or vers l’Afrique, ou bien
celles des parcours des confréries
religieuses reliant l’Afrique du
Nord à la Mecque, entraine des
luttes pour le contrôle de ces
réseaux de communications. Figure 1:Carte du commerce transsaharien du VIIIe au XVIe
siècle, Source:
[Link]

Par conséquent, la pratique des réseaux de communication induit des échanges des biens et des
idées qui tendent vers une culture unifiées qui s’étend sur les oasis sahariennes. Cette situation
favorise ainsi l’émergence de ksour ou la transmission des techniques d’irrigation et des foggaras,
les techniques de construction et l’habitat de l’orient et de l’occident, les langues l’écriture et les
coutumes constituent une richesse en cohérence avec le milieu oasien. Les signes de celle-ci sont de
nos jours visibles et vérifiables.

Par contre, la lutte permanente pour le contrôle des voies transsahariennes donc richesse a eu
comme conséquence le développement ou le déclin de certaines villes. Le marché de l’or est
détourné, tour à tour, vers l’Andalousie ou vers l’Egypte fatimide. Les déviations des routes
commerciales vers l’ouest et la création par les portugais des voies atlantique, qui rejoignent
directement le golf guinéen, isolent le Sahara du trafic international. Ce qui provoque une
décadence engendrant une crise économique et le déclin de ce réseau.

100
Cas d’étude Ksar Taghit site et histoire Chapitre6

La grande « route des ksour » dont


parle ELBEKRI 2 qui reliait
l’atlantique au moyen orient, riche en
habitat et en palmeraies verdoyantes se
dégrade. Les intérêts économiques qui
liaient les différents groupes sociaux
entre eux ayant disparus, des conflits
surgissent, entrainant un manque
d’entretien des foggaras et de la
palmeraie. Un dessèchement progressif
du milieu ambiant et une dégradation
des conditions climatiques et du niveau
de vie.
Figure 2: palmeraie de Taghit, 2014. Source: Taghiti
Soufian photographe et habitant de la ville de Taghit.

Plusieurs siècles de parcours caravaniers amèneront avec eux des saints hommes qui cimenteront
les lieux d’une réalité d’échange qui avait déjà cristallisé, autour de liens sociaux, une entité
culturelle suivant des représentations qui nous parviennent sous forme de permanence actuellement
visibles.

Plateau rocailleux, grand erg et ceinture verte sous forme de palmeraies linéaires séparant la
hamada de l’erg. Ceinture réceptacle des eaux issues d’une mécanique naturelle impressionnante
des masses de dunes, ponctuée d’un chapelet de ksour.

L’existence de gravures rupestres tout au long de celle-ci témoigne d’une présence humaine
ancienne. C'est-à-dire que c’est un lieu viable et porteur de potentialités de développement vu que
depuis longtemps des hommes ont jugé de s’y installer.

Des oasis de la Saoura, jusqu’à


celles du Touât et du Gourara, les
ksour produisent une espèce de
fascination, de la séduction exercée
sur le simple touriste à l’intérêt
passionné de l’anthropologue, de la
quête de l’historien à l’enquête du
géographe arpentant les espaces
solitaires de l’erg occidental, des
investigations du sociologue qui
scrute une société pétrie par l’eau et
le sable, à l’architecte perplexe
devant l’harmonie d’un habitat ocre
sorti de terre et tranchant sur le vert
de la palmeraie.
Figure 3: La région du Saoura, Source: Google Earth.

2
Sid El Bekri, penseur et fondateur de la zaouïa de la confrérie El Bikria, en l’an 1043 de l’hégire (1646).
101
Cas d’étude Ksar Taghit site et histoire Chapitre6

2. Situation Géographique :

Figure 4:Situation de le ville de Taghit,


(Source: carte touristique Bechar).

A moins de 100 km au sud de la ville de Bechar, chef lieu de la Saoura, légèrement à l’est de
l’ancienne piste transsaharienne, reliant l’Algérie au Niger par le Tanzrouft se trouve la petite oasis
de Taghit.
Avec ses quatre oasis satellites, Zaouia el Foukania, Zaouia Tahtania, Berrebi et Bakhti. Taghit
forme un chapelet de Ksour qui s’égrènent d’amont en aval sur la rive gauche de l’oued de
Zouzfana au pied du grand Erg occidental.

3. Le Contexte :
Tout établissement humain est composé de limites qui le définissent et qui lui attribuent des
caractères distincts des autres espaces. Il nous apparait, avant tout, comme un espace géographique,
celui dans lequel nous vivons et ou se situent nos actes.
La structuration du territoire a lieu progressivement, avant la fondation des hommes sur un lieu,
l’espace disposait d’une structure naturelle bien déterminée, dont les éléments naturels qui en
constituent les fondements sont la topographie et l’hydrographie. Dans son action de prise en main,
l’homme s’attache à tirer avantage de cette structure qu’il s’applique à codifier, à ce sujet [Link]
écrit : « Le territoire préexiste à l’établissement sédentaire » 3.
Etant donné que le territoire naturel préexiste à tous les établissements humains, ces
derniers, depuis l’antiquité, se sont, toujours fortement, imprégnée du milieu naturel dans lequel, ils
s’implantaient et auquel ils s’identifiaient.

Ainsi, la structure urbaine, elle-même, s’inscrit dans une structure naturelle, la notion de
structure correspond au sens donné par Levi Strauss 4, c’est-à-dire, un tout de relations dans lequel
les éléments peuvent varier et ceci en restant dépendant du tout et en gardant leurs significations.
Au fil du temps, l’homme vient insérer à son tour à l’intérieur de cet ordre naturel, un ordre
artificiel régit par des besoins, intérêts et enjeux qui lui sont propres et qui varient dans le temps.

3
Malfroy,S, Approche morphologique de la ville et du territoire, Ed campagno 1996.P 189.
4
Levis, Strausse., fondateur de l’approche structuraliste : voir à ce sujet l’un de ses ouvrages, Tristes Tropiques Ed
Plon, Paris, 1955.
102
Cas d’étude Ksar Taghit site et histoire Chapitre6

Taghit n’échappe pas à cet


ordre, le territoire de la commune
de Taghit est constitué au Nord par
la zone d’épandage de l’Oued
Zousfana allant de Hassi-Mora
jusqu’au périmètre de mise en
valeur de Laouina. Cette zone
d’épandage large au Nord se
rétrécit progressivement vers le Sud
ou elle est coincée entre les
premiers reliefs dunaires de l’Erg
occidental à l’ Est et les contreforts
de Djebel Guettara puis de la
Hamada Zouima à l’Ouest.

Figure 5: Contexte de la ville de Taghit, (Source: Google earth).

Les deux puissants reliefs que sont Djebel Guettara et l’Erg occidental encadrent étroitement
l’Oued Zousfana jusqu’à se rejoindre au niveau de l’Oasis de Taghit. De se fait, celles-ci se trouve
encaissée et occupe une étroite vallée ou se sont établis les ksour et les palmeraies.
L’oued Zousfana continue son cours, toujour encaissée entre la Hamada et l’Erg jusqu’au point de
confluence avec l’oued Guir au niveau d’Igli. En dehors de la vallée, le territoire de la commune est
en grade partie occupé par l’Erg occidentale, immense étendue limitté au Nord par la partie
méridionale du plateau d’El Hobeur.

Ainsi, dans l’étroit couloir encaissé et sinueux ou serpente le lit de l’Oued Zousfana, s’étire sans
interruption sur une longueur de plus de 15 kilomètres, la ligne de palmeraie de Taghit, autrefois
irriguée par une série de fogarras puisant l’eau de la nappe de l’Erg.
Elle commence très clairsemée au Nord à Zaouia Foukania se prolonge vers Taghit ou elle se
resserre et se continue très dense vers Berrebi avant d’être progressivement envahie par les dunes de
sable à Bakhti et à Zaouia Tahtania.

Cette ligne de ksour jalonnant celle de l’eau et des palmiers, compte un peuplement ancien, les
Béni Goumi, cultivateurs et artisans. Cependant, c’est Taghit qu’a été attribué, déjà durant la
période coloniale la fonction stratégique de contrôle et d’administration du territoire.
Aujourd’hui, l’agglomération de Taghit dont fait partie le Ksar joue le rôle à la fois de chef lieu de
commune et de chef lieu de daïra dans la wilaya de Béchar.

4. Qu’est-ce qui fait l’intérêt de Taghit:

Comparé aux autres ksour de la Zousfana ou de ka Saoura, le Ksar de Taghit peut paraitre
sans particularité, simplement bâti et même assez modestement réalisé. On n’y trouve pas de
demeures fastidieuses ni de mosquée richement décorée (comme à Kenadsa) et encore moins une
taille importante.

Pourtant, remis sur le petit plateau rocheux qui le porte, associé aux dunes de l’Erg qui le dominent
et à la vallée boisée de palmeraies qui le cerne, il apparait alors comme éléments vivant, un site
saisissant sans pareil dans le monde ksourien. C’est donc le site qui, tel un écrin, met en valeur le
ksar et c’est le ksar habité qui rehausse la beauté du site naturel.
103
Cas d’étude Ksar Taghit site et histoire Chapitre6

L’accès à l’oasis de Taghit peut se faire de trois cotés :


• Par la Zousfana, en empruntant la RN6B très peu fréquentée.
• Par la Saouara et en suivant la piste que longe l’Erg.
• de Bechar par la RN6A ou d’Igli par la RN6B ; les deux axes aboutissent au CW10
donnant accès à Taghit.

En venant de la Zousfana, c’est le paysage de vallée qui s’étrangle entre falaise et Erg qui apparait.
Le ksar ne se laisse deviner qu’une fois arrivé au sein de la palmeraie.

En arrivant par piste depuis la Saoura, le spectacle de


l’Erg dominant la vallée reste imposant et le ksar de
Taghit n’apparait qu’en bout de parcours.

Ce n’est qu’en arrivant par la route venant de Béchar


ou encore remontant d’Igli qu’on peut découvrir
Taghit, le ksar et le site.

Figure 6: Entrée de Taghit, (Source : Auteur, 2011).

C’est d’abord un parcours long de90 kilomètres, fait de plateaux caillouteux laissant
apparaitre au loin des silhouettes de Gours, des falaises et parfois des groupements d’arbres plus ou
moins dispersés qui ont su profiter d’une eau retenue dans des petites dépressions ou le long
d’oueds intermittents. Au bout de ce parcours, le chemin qui monte juste avant d’arrivée à Taghit,
est loin de laisser devenir un brusque changement de décor.
Au moment où on est affalé par la monotonie du paysage qu’on balaye du regard depuis des
kilomètres et au passage d’un col, on est surpris par une soudaine apparition. A hauteur de vue de
l’observateur, encore sur le col, apparait un petit ksar de couleur rouge-terre, dominé par une
étendue de sable, massivement plantée, d’un rouge doré et semblant s’arreter miraculeusement à la
limite du ksar.

Celui-ci juché sur un rocher, est cerné en contrebas par une palmeraie étendue dans la vallée.
D’abord perçu de loin, le ksar n’est accessible qu’auprés une descente sinueuse, entamé depuis le
col, et c’est avec un serrement au cœur qu’on quitte ce spectacle saisissant pour dévaler la route
vers la palmeraie et l’oued qu’on traverse et qu’on laisse en contrebas pour entamer une montée
menant au ksar, au Bordj et au village. A partir de la, s’offre à nos regards un autre paysage ; une
vallée de palmiers, encadrée cette fois par une longue et imposante falaise qui culmine au Djebel
Baroun, dominant la vallée et le ksar. Juché sur ce Djebel, on peut percevoir, les traces du « fort de
l’épron » bâti au coté des ruines de l’ancien ksar Baroun.

C’est cet ensemble paysager à la fois divers et harmonieux qui donne à Taghit sa notoriété et
qui devrait donc justifier sa valorisation. En plus de la diversité de ses paysages, la région de Taghit
compte parmi celles recelant d’importants sites et vestiges historiques.

Le patrimoine historique et préhistorique de Taghit est perceptible à travers la présence de


nombreux vestiges. La station rupestre située à près d’un kilomètre du ksar de Berrebi, très connue
pour les nombreuses gravures réalisées sur des parois gréseuses, d’autres petites stations sont
également relevées à Mazrourou, Hassi Bourouis, Lembidia ainsi que le long de la Zousfana entre
Taghit et Igli.
104
Cas d’étude Ksar Taghit site et histoire Chapitre6

5. La vallée de Taghit : une histoire dense et tumultueuse :

La falaise dominant la vallée de Taghit porte les traces de toute une ligne de ksour anciens,
édifiés à l’aide de pierres sèches et dont les traces parfois bien conservées apparaissent depuis la
route. Ces ruines sont notamment dans la partie Sud de la vallée au dessus de Zaouia Tahtania et de
Bakhti mais également autour de Zaouia Foukania. Ces ksour témoignent d’une période ou les Beni
Goumi, occupent des lieux, étaient en possession de leur territoire et assuraient eux-mêmes la
protection de leur pays. Les populations de ces ksour, formant la tribu des Beni Goumi, captaient
l’eau de la nappe de l’Erg à l’aide de foggaras pour irriguer les jardins aménagés en contrebas dans
les sols alluvionnaires de l’Oued Zousfana.

L’abandon de ces anciennes citées fortifiées agrippées à flanc de falaise serait contemporain à
l’avènement de l’Islam dans cette région. De nouveaux ksour furent alors édifiés dans la vallée au
pied de l’Erg et proches de la palmeraie. Ainsi donc, à une première forme d’établissement,
témoignant d’une insécurité permanente ou les Béni Goumi assurèrent leur survie par le choix de
sites stratégiques et en hauteur, succéda une seconde forme, laissant apparaitre une ère moins
incertaine ou les ksouriens ont pu se rapprocher des jardins, lieu de travail.

Aussi bien les écrits que la mémoire locale relève comme événement important et marquant le
début de cette période, qui a vu les ksour se rapprocher des jardins, l’arrivée d’un personnage
distingué, Sidi Beyazid. Ce saint serait venu de Baghdad au Ive siècle de l’Hégire pour prêcher
l’Islam dans cette contrée lointaine. Son tombeau, très vénère, se situe au Nord de Bakhti.
Cependant, cette période de grande transformation religieuse et sociale fut marquée par de grands
événements liés aux incursions de tribus nomades qui ont fini par exercer une suzeraineté absolue
dans cette région.

C’est d’abord la puissance tribu des Béni Ahssen qui vers le huitième siècle de l’Hégire,
occupa la région des Béni Goumi et en fit sa propriété. A cette tribu succédèrent plusieurs autres.
Celles des Hmayan puis celle des Ghenanma et enfin celles des Doui Menaa dont l’influence reste
puissante jusqu’au début de notre siècle. Cette tribu nomade de l’Oued Guir, détient jusqu’à nos
jours des droits de propriété sur une grande partie de la palmeraie des Béni Goumi de Taghit.

L’histoire de la région et des ksour qui la peuplent reste également celle des Zaouiate qui la
composent. Le quinzième et le seizième siècle, représentant dans tout le Sahara une ère de grande
spiritualité, marquèrent Taghit de cette empreinte mystique. Zaouia Foukania fondée au début du
16éme siècles par un saint Sidi Abdelmalek Bounegab venu de Seguiet El Hamra et Zaouia
Tahtania fondée par un saint venu du Gourara, Sidi Mohamen Ben Othmane, reste encore les
témoins intensément vécus et actifs de cette époque.
Par ailleurs, l’histoire de Taghit est intimement liée à celle de la Zaouia de Kenadsa. Sidi
M’hamed ben Bouziane l’illustre fondateur de cette zaouia y a vu le jour et son père Sidi
Abderamane y est enterré ; le mausolée édifiée à sa mémoire est un lieu fortement vénéré.

105
Cas d’étude Ksar Taghit site et histoire Chapitre6

6. Ksar Taghit : Genèse et évolution:

Le ksar de Taghit n’a pas été le fruit d’une planification initiale de son ensemble il est comme
beaucoup d’autres ksour, le résultat d’une évolution continue et régie par les contingences qui
apparaissent dans le temps.

6.1 Etapes de croissance :

Cependant, si sa conception d’ensemble n’a pas été pensée à l’origine de sa première


pierre, l’aboutissement révèle, qu’aux différentes étapes d’extension que le ksar a connue,
un souci permanent de conception de l’ensemble et d’organisation intégrée de l’espace a
guidé les constructeurs.

 La fondation du ksar a débuté avec DERB BOUCHLIH, occupant la partie


Nord-Ouest de site.

Ce noyau initial, dominant la palmeraie, a été édifié en bordure immédiate de


l’éperon rocheux et à proximité d’un puits captant l’eau de la nappe phréatique
peu profonde à cet endroit. Une muraille cernait le Ksar dans toute sa dimension
avec des tours de guet et un chemin de ronde.

L’entrée se faisait par une porte ouvrant sur un escalier dont les marches sont
taillées à même le rocher, parfois confrontées par des pierres maçonnées ; Cet
escalier se déploie à flanc de rocher et rejoint le puits, situé à mi-hauteur, puis
continue vers les jardins.

 C’est avec la réalisation de la mosquée, édifiée hors des remparts du noyau


originel, que fut entamée la première extension du ksar, correspondant à DERB
ENNOUADAY.

Celle-ci s’est faite sur la partie basse, en continuité et en cohérence parfaite avec
l’ancien noyau.

Cette cohérence se lit à travers l’imbrication des constructions sans espace


interstitiel et le prolongement de l’artère principale dans le respect de la
topographie du site.

106
Cas d’étude Ksar Taghit site et histoire Chapitre6

 La deuxième extension qu’a connue le ksar, correspond au quartier DERB


LAHNAYEN situé immédiatement à l’Est du noyau initial en prolongement et
en cohérence à la fois avec celui-ci et avec DERB ENNOUADAY situé au sud.

Les artères structurant ce quartier sont en parfaite continuité ave celles relevant
des deux autres quartiers.

Ainsi, avec ces trois quartiers, la moitié Ouest du site actuel du ksar a été
occupée.

 Ces étapes seront ensuite suivies par une autre que l’on peut qualifier de
relativement importante. Elle consiste en l’occupation de la majeure partie (les
deux tiers environ) du site libre par le DERB ENNOUADER.

Ce quartier s’articule minutieusement au bâti existant, montrant une conception


parfaitement harmonieuse avec la typologie du tissu qui lui est contigu.

 La dernière extension se fera par l’aménagement du tiers restant, localisé dans la


partie haute. Ce dernier quartier appelé FOUM EL KSAR, épuisera ainsi toute
possibilité d’extension et représente la phase finale de la réalisation du ksar que
nous connaissons aujourd’hui.

Cet aménagement fondé sur la volonté d’un groupe, de composantes diverses, à se partager
un espace et à former une communauté est un exemple très riche en enseignements.

Tout en étant le produit de cinq périodes différentes, le ksar donne au niveau aussi bien de
sa structure, de sa typologie que de sa forme et de son organisation, l’aspect d’une cité
conçue au départ dans sa globalité.

L’articulation des « différents » tissus qui le composent, l’intégration parfaite des artères
qui se structurent et le respect rigoureux d’une organisation autour d’espaces de centralité
relèvent un esprit hautement communautaire et un souci primordial de rationalisation de
l’espace.

Cette rationalisation de l’espace ressort des éléments communs réalisés ou prolongés à


différentes époques et dont la finalité est d’organiser la vie dans le ksar et non uniquement
dans ses « quartiers » : la mosquée comme lieu de prière, la muraille et le chemin de ronde
comme protection des lieux habités, la porte à escalier comme accès aux jardins de
palmeraies, lieu d’activité, le puits comme unique source d’eau pour l’ensemble.

107
Cas d’étude Ksar Taghit site et histoire Chapitre6

 Derb Bouchlih (Père des berbères) :

Figure 7: DERB BOUCHLIH, Ksar Taghit, Source: Auteur.

 Derb Ennouaday ( partie basse) :

Figure 8:DERB ENNOUADAY, Ksar Taghit, Source: Auteur.

108
Cas d’étude Ksar Taghit site et histoire Chapitre6

 Derb Lahnayen (courbures, déviations):

Figure 9:DERB LAHNAYEN, Ksar Taghit, Source: Auteur.

 Derb Ennouader (Nàder places des moissons):

Figure 10:DERB ENNOUADER, Ksar Taghit, Source: Auteur.

109
Cas d’étude Ksar Taghit site et histoire Chapitre6

 Foum El ksar:

Figure 11:FOUM EL KSAR, Ksar Taghit, Source: Auteur.

 La forme générale du ksar:

Figure 12: La forme générale du ksar Taghit, Auteur.

110
Cas d’étude Ksar Taghit site et histoire Chapitre6

Conclusion:

L’appréhension de la structure actuelle du Ksar, nous a amenées à l’évidente nécessité de passer au


crible tous les moments de croissance qui ont marqué de leur empreinte physique le sol, pour
parvenir à déterminer les outils et les concepts qui ont contribué à la structuration de l’espace et qui
lui ont donné son caractère et son identité à chaque période. En effet, il est nécessaire de remonter
dans le temps afin de comprendre les raisons qui ont poussé à l’origine, la fondation du ksar, à la
lumière de la présentation du site, que celui-ci a joué le rôle fondamental dans la logique
d’implantation humaine.
Le propos n’est pas de faire ici une histoire événementielle du ksar, mais c’est précisément
l’évolution de celui-ci, de son tissu urbain, de son architecture et de sa structuration qui servent de
support pour le témoignage historique et de l’enseignement vernaculaire dont ils sont porteurs.

Le ksar de Taghit est en rapport très fort avec son site, c’est le premier élément qui détermine la
morphologie et l’organisation du Ksar : Il constitue par ses propres éléments une structure qui a
conditionné l’implantation et l’extension de ce dernier.

De ce fait une symbiose est instaurée entre les deux structures pour former avec l’architecture, cette
totalité ou l’homme va pouvoir s’identifier et s’orienter. Le site est d’une limitation très nette, ses
limites sont d’abord naturelles et paysagères.

111
Chapitre 7 :

CAS D’ETUDE

Ksar Taghit, une structure signifiante.


Cas d’étude Ksar Taghit une structure vernaculaire signifiante Chapitre 7

L’histoire est reconnue comme un moyen pour


l’homme de se connaitre lui-même »
Gianfranco CANIGGIA.
1

1
La réinterprétation des invariants dans un tissu vernaculaire : Le cas de Beni Abbes, mémoire de magistère, L’ayachi
ABDELDJEBAR, 2005.
112
Cas d’étude Ksar Taghit une structure vernaculaire signifiante Chapitre 7
Introduction:

Dans ce chapitre nous aborderons l’étude de la structure du Ksar, caractérisé par son tissu
organique et hiérarchisé. De même, nous définirons la notion de porte qui constitue
l’articulation dedans/ dehors, comme nous aborderons aussi la structure viaire qui constitue la
structure portante et hiérarchisée du ksar. L’espace de l’entité Ksar est un tout que nous allons
décomposer afin de déterminer, par le tracé les éléments morphologiques.

Par ailleurs, nous élaborerons une étude typologique à travers la maison traditionnelle qui
constitue la première unité du cadre bâti. Celle-ci est constituée par un ensemble d’enclos
hiérarchisés. Nous mettrons en exergue enfin, la particularité de la centralité du plan
matérialisée par le patio « west ed dar ».

1. Structuration et organisation du Ksar:

Le ksar de Taghit est doté d’une structure spatiale chargée de significations, que nous avons
déjà identifiées à travers l’analyse des ksour (voir chapitre2).

1.1Les limites :
Le repérage des limites constitue le point de départ dans la création de tout
espace et de tout territoire, pour Heidegger « la limite n’est pas ce ou quelque
chose cesse, mais bien ce à partir de quoi quelque chose commence à être » 2.
Chaque espace est défini par une limite dont en découlera sa division et sa
hiérarchisation. En effet, la nécessité d’identification et d’isolement pour des
raisons de sécurité et de défense a exigé la délimitation, ainsi le ksar Il est
érigé sur une pointe rocheuse au pied des dunes en amont de la palmeraie et à
l’ abri du plateau rocheux, Cette situation est stratégique par rapport à l’eau
apportée par l’oued, et par le foggara, source alimentée par le cycle de l’eau
issue de la nappe sous l’erg (eau nécessaire à la vie et l’irrigation de la
palmeraie).Ce ksar est entouré d’un massif rempart ( figure 1, 2) de
fortification qui joue le rôle impératif de protection du village par rapport aux
attaques des autres tribus. Qui lui conférait une limite bien déterminée et un
véritable enclos, le choix de cette limite n’était pas fortuit, mais se référait à la
nature.

Figure 1: l'ancien rempart, ksar Taghit, Source: Auteur.

2
Cité par C,N, Schulz. In : génius loci p14.
113
Cas d’étude Ksar Taghit une structure vernaculaire signifiante Chapitre 7

Figure 2: Rempart rocheux, Ksar Taghit, Source: Auteur.

1.2 Les portes ou les lieux d’articulation dedans/ dehors:


Pour ne pas affaiblir la « carapace » du ksar, les habitants du ksar ne l’ont percée
qu’en 2 endroits : d’un côté vers l a palmeraie et de l’autre vers le cimetière (pour permettre
d’aller vers les mort régulièrement comme le demande la religion).la porte est le point de
rencontre entre le dedans et le dehors, elle assurait à la fois : séparation et liaison,
différentiation et transition, interruption et continuité, frontières et passages.

Foum el Gsar

Entrée vers la Figure 3:Les entrées du ksar.


palmeraie

114
Cas d’étude Ksar Taghit une structure vernaculaire signifiante Chapitre 7

1.3Entrée, Places :

L’entrée du côté du cimetière est un


lieu couvert où les habitants
pouvaient s’asseoir sur des bancs et
qui joue le rôle de point de régulation
(contrôle entrée/ sortie) et de lieu de
repos.
A la suite de l’entrée se trouve la
place la plus importante où se
regroupaient et les sages pour
discuter des problèmes.
Figure 4: entrée du ksar Taghit aménagé par
Dkaken(banquette) , Source: Auteur.

En fait, la djemaa est une institution et son interprétation urbaine est l’espace ou se
réunissait l’assemblée des notables qui géraient les intérêts de la communauté. Cet espace
semble être le lieu privilégie de repos, de rencontres et d’échanges.
La djemaa est aussi le centre d’articulation des différentes entités du ksar. Ce lieu de réunion
présente un type plus riche dans le Ksar de Taghit. La djemaa est ici limitée sur deux côtés
par des places :
 La première un peu extérieure, située à proximité de la porte d’entrée du ksar.
 La deuxième, à l’écart du trajet du principal de circulation du ksar, avec un caractère
plus intime, cette place semblant plutôt réservée aux femmes.

Figure 5:Les espaces publiques du ksar Taghit,


Source: L’architecture Ksourienne entre signes et signifiants, Mustapha Ameur Djeradi

115
Cas d’étude Ksar Taghit une structure vernaculaire signifiante Chapitre 7

Cette composition spatiale permet à la djemaa de devenir une sorte de lien entre deux
espaces physiques et sociaux (intérieur/ extérieur ; hommes/femmes). La présence des
hommes et des femmes lors de réunions de la djemaa comme à l’occasion des fêtes locales,
est ainsi rendue possible toute en respectant les coutumes et les principes musulmans. Un
élément particulier apparaitre du coté de la sortie vers la place centrale : une pierre creusée,
destinée à la préparation de la poudre.

1.4 Hiérarchisation de la voirie:


A partir de la porte du ksar (Foum el gsar), un système
de ruelles met en communication les quartiers (Droub) et les
différentes maisons. Dans l’axe principale du ksar, un jeu de
lumière claire/obscure suggère l’orientation de l’usager non
averti. Les ruelles menant vers les différents Droub (quartiers)
constituent des passages obscurs plus importants et renvoient
ainsi l’étranger vers l’axe principal.
Tout au long du parcours, en allant de la porte Sud
(Foum el gsar) vers la mosquée, l’usager maintient
instinctivement la même orientation en empruntant toujours
des déviations successives vers la gauche.
Cet axe central relie les placettes de la djemaa, la
mosquée et les différents Droub. Rare sont les habitations qui
ont un accès direct sur l’axe.
Figure 6: Jeu de lumière
claire/obscure, ksar Taghit,
auteur

La voirie des Droub était fortement représentative de l’organisation sociale. Elle


était forcément constituée par des (Zguag) qui, à partir de la rue principale commune,
desservaient uniquement les maisons d’un seul groupement appartenant à la même tribu.
On se retrouve encor une fois face à cette polarité structural, ou la djemaa prend une
connotation masculine avec les associations qu’on lui connait : lumière/public, par
opposition aux Droub : obscurité/ privée (c’est dans les zguag que les femmes pilent les
grains de dattes pour les chèvres).
Une autre caractéristique des éléments architecturaux du ksar est la faible hauteur des
portes qui semble avoir pour fonction une économie de bois (matériau le plus précieux) et
une diminution de la déperdition de chaleur. Certains y voient même une façon de préserver
l’intimité ou encore une manière de forcer le salut à se maison.

Ces outils « urbains » organisent le ksar en répartissant les maisons, autour de 5


Droub (Figure7) qui entoure la mosquée (située au centre). On remarque donc que
contrairement aux idées reçues (par exemple : que le ksar est issu d’un amoncellement
chaotique de l’habitat), il existe déjà une forme de planification (Figure 8) qui régit
l’organisation du ksar, à savoir un embryon de trame dans laquelle s’insère le lieu de cultes
et le parcellaire des maisons.

116
Cas d’étude Ksar Taghit une structure vernaculaire signifiante Chapitre 7

Derb 3

Derb 1 Derb 5

Mosquée

Derb 2

Derb 4

Figure 7: schéma d'organisation des droub, et la centralité


de la mosquée.

Mosquée

Circulation
Trame
principale générale
d’organisation

Figure 8: Trame d'organisation urbaine générale.

117
Cas d’étude Ksar Taghit une structure vernaculaire signifiante Chapitre 7

1.5La centralité de la mosquée:

Dans une lecture de la morphologie générale du ksar, en particulier les éléments qui
marque ce derniers on aperçoit immédiatement la position de la mosquée.
Le ksar de Taghit est organisé autour de la mosquée qui par sa centralité et sa taille,
apparait comme l’élément ordonnateur de tout le ksar. C’est l’élément exceptionnel qui joue
le rôle de repère et de symbole.
On s’étonne de la simplicité de la mosquée, mais si la maison est simple et
dépourvue d’ornementation, c’est que la mosquée l’est. Sa structure n’est pas plus
performante que celle de l’habitation, son espace spécifique ne réclamant pas l’aisance de
dégagement nécessaire aux multiples gestes de la vie domestique. Les arcs des portiques ont
la hauteur d’un homme et la largeur suffisante pour la prosternation. Elle donne dans son
exemple le sentiment profond d’être l’abri essentiel. Le minaret reste le signal visuel qui
désigne la mosquée.

Figure 9: L'intérieur de la mosquée, Taghit,


Source : Auteur.

Figure 10: Les façades de la mosquée, Taghit, Source: Auteur.

118
Cas d’étude Ksar Taghit une structure vernaculaire signifiante Chapitre 7

1.6Le quartier comme entité urbaine :

Derb
Bouchlih

Derb
Ennouaday

Derb
Lahnayen

119
Cas d’étude Ksar Taghit une structure vernaculaire signifiante Chapitre 7

Derb
Ennouader

Foum El
Ksar

Figure 11: Les différents droub du Ksar, Auteur.

Le ksar est composé de 5 grandes entités, subdivisées à leur tour par des axes
d’articulation, qui suivaient la trame d’organisation générale.

Morphologiquement, le quartier est constitué de la multiplication de l’unité résidentielle, sa


structure se présente selon différents cas à savoir :

 Soit les maisons du quartier donnant directement sur la rue (rarement)


 Soit elles donnent sur des impasses ou encore elles donnent d’abord sur les rues secondaires,
avant qu’elles n’aboutissent à la rue principale qui traverse le quartier.

Le quartier (Derb) connait à son tour plusieurs subdivisions jusqu'à arriver à la


parcelle, support géométrique dans le système d’association des unités bâties (les maisons),
et qui représente l’unité élémentaire de la composition.

120
Cas d’étude Ksar Taghit une structure vernaculaire signifiante Chapitre 7

1.7La parcelle, et l’imbrication des maisons:

« La parcelle est le plus petit dénominateur commun de l’établissement humain ou se


retrouvent les éléments juridiques, sociaux économiques qui font l’histoire de l’humanité »3.
La parcelle grâce à ses propriétés géométriques permet une pré-géométrisation de toute
architecture indépendante de son contexte, « Le parcellaire donne une trame différenciée au
tissu urbain, il lui donne une direction et une orientation, il permet l’appropriation des
espaces extérieurs, il garantit une mesure donc une échelle au tissu urbain, le parcellaire est
le meilleur garant de l’urbanité »4.
Les structures parcellaires ont une influence directe sur les caractéristiques du tissu
urbain, et que la dimension et la forme de la parcelle sur laquelle doit être érigé un édifice
quel qu’il soit, aurait un effet décisif sur la forme que pourra prendre l’édifice en question.

Forme régulière

Forme irrégulière

Figure 12: Découpage parcellaire ksar Taghit,


Source; projet de réhabilitation du Ksar Taghit.

3
Boudon Françoise : Tissu urbain et architecture : l’analyse parcellaire comme base de l’histoire de l’architecture in
Annale, juillet aout 1976 pp771-818 p773.
4
Alain Borie : Les propriétés architecturales de la propriété in revue d’urbanisme n) 223 P79.
121
Cas d’étude Ksar Taghit une structure vernaculaire signifiante Chapitre 7

Les maisons étaient toutes étroitement imbriquées les uns dans les autres. Ceci a
conduit à la naissance d’un tissu très compact. Cependant l’une des règles de base de ce type
de construction veut que, jamais l’étage de l’une ne surmonte le rez-de-chaussée de l’autre.
Dans la plupart des cas, la surface de l’étage est supérieure à celle de la maison au sol. C’est
ainsi que l’étage déborde sur les ruelles et s’appuie sur le mur d’en face.

La structure des habitations que nous venons de définir présente le résultat de


plusieurs partages successifs. C'est-à-dire qu’avec la succession des générations les maisons
ont subi des subdivisions internes. De façon à multiplier les unités indépendantes
d’habitations pour faire face aux besoins des nouvelles cellules familiales qui se créaient
dans le temps.
Cela nous explique en partie l’organisation tourmentée des espaces de certaines
maisons, et aussi, les non correspondances de l’ensemble des maisons du Ksar à une seule et
unique typologie générale. On voit alors qu’à partir d’une seule maison on a pu obtenir
plusieurs logements indépendants. Parfois en ajoutant tout simplement des murs de
séparations intérieures et en ouvrant des portes nouvelles le long des ruelles.

Figure 13:Les différentes formes de mitoyenneté, Source: Bouchareb, 1992.

2. Les éléments de composition typologiques:

2.1 La maison comme unité du cadre bâti:

Elle constitue l’unité élémentaire du tissu urbain, en effet, l’utilisation du même type
de base qui est la maison à patio, est considérée comme l’une des caractéristiques de
l'architecture de ce Ksar.

Conçue comme un édifice fermé et unifié la maison traditionnelle se présente comme


un lieu clos, « La maison est un corps creux, tournant vers l’extérieur des murs aveugles,
sans fenêtres et dont les pièces s’ouvrent sur une cour d’où l’on ne peut voir que le ciel.
Cette cour devient le petit bout de ciel privé du propriétaire » Hassan Fathy , (1970).

122
Cas d’étude Ksar Taghit une structure vernaculaire signifiante Chapitre 7

La maison s’articule avec l’espace général dans une hiérarchie bien caractéristique
exprimée par une succession d’espaces tampon ou filtres qui se trouvent à différentes
échelles.

L’accessibilité à l’habitation est organisée de manière hiérarchisée : Elle s’établit de


la rue à l’impasse, puis à la Skiffa pour enfin arriver à l’habitation.

Espaces Espaces semi- publics/ Espaces


publics Espace semi- privés privés

Places Espaces
Rues Ruelles, Impasse, Skiffa intérieurs
Mosquée d’habitat

Figure 14: Schéma conceptuel de la hiérarchisation spatiale tripartite de tissus traditionnels.

2.1.1 Skiffa, une modalité d’accès:

Nous observons dans cette typologie la matérialisation du concept de hiérarchie


porteur de la cité traditionnelle.

Dans l’habitat traditionnel, en général, la skiffa est un espace de transition entre


l’extérieur et l’intérieur intime. C’est un passage filtre obligatoire qui permet d’accéder à
l’intérieur intime ou recevoir une personne étrangère qui doit temporiser dans cet espace,
laissant le temps aux femmes de se tenir loin des regards.

Figure 15: Skiffa, Ksar Taghit.

123
Cas d’étude Ksar Taghit une structure vernaculaire signifiante Chapitre 7

2.1.2 Le patio, ou la centralité par excellence:

Cet espace central, cœur de la maison, va avoir une géométrie pure, contrairement à
l’enveloppe de la maison, qui dépendra de la forme de la parcelle.

Nous avons abordé plus haut les différentes variétés de formes de parcelles .La maison à
patio est une typologie dans laquelle tous les espaces de vie sont distribués autour du patio
intérieur.
Le patio est appelé dans les pays musulmans le West-eddar. Cette pièce est le plus souvent
de plan rectangulaire, a été définie de plusieurs manières, à savoir, le centre, l’espace de
vie, la cour intérieure.
A ce propos, [Link]éreau dit, « le west-eddar, c’est la maison, c’est quotidiennement le
lieu circonscrit, privé, ou la famille peut évoluer dans un véritable espace ou elle
communique avec l’environnement ».

Figure 16: Maison à patio, Ksar Taghit.

Ouvert sur le ciel, le patio permet l’éclairage et l’aération de la maison, et au point de


vue du ressenti de l’espace, ce dernier communique l’étrange sensation de se retrouver à la
fois dedans et dehors. Il possède généralement une forme géométrique simple (carré ou
rectangle). Sa position centrale le priorise et le privilégie, renforcé en plus par son
caractère multifonctionnel.

Ace propos, Marc Cote écrit : « Il est le lieu géométrique de la maison et de la


famille, l’espace sacré ouvert sur le ciel, la pièce la plus importante de la maison, c’est la
maison dans la maison » 5, confirmant, ainsi le patio comme espace en tant que centre vital
de la maison, à partir duquel s’effectue la répartition des espaces et des fonctions.

5
Marc Cote, l’Algérie ou l’espace retourné, ed Media plus 1993 P24.
124
Cas d’étude Ksar Taghit une structure vernaculaire signifiante Chapitre 7

3. Les différentes typologies spatiales de l’habitat:

3.1 La maison type du Ksar:

Dans leur disposition générale les habitations du ksar de Taghit répondent à une typologie
commune. S’il est pratiquement impossible de trouver, à l’intérieur du ksar, deux maisons
identiques, (du point de vue de l’aménagement intérieur, de la dimension,…. etc.), certains
caractères de base nous permettent toutefois d’en reconnaitre la même origine culturelle :

 La majorité de ces maisons sont formées par un rez-de-chaussée (Sauf en quelques


cas), composé par plusieurs pièces (bayt), selon la dimension de la maison.

 La porte d’entrée de la maison donnait accès à une première pièce (Skiffa), aux
fonctions multiples, d’où partait un escalier (Drouj) menant à l’étage.

 L’existence d’un espace centrale ouvert à ciel : Le patio (west eddar), et par fois on
trouve une petite ouverture aménagée au plafond de patio (ayn ad-dâr).

Maison à ayn ad-dar Maison à west -eddar

Tableau 1: Comparaison entre west-eddar et ayn ad-dar, Source : Auteur


125
Cas d’étude Ksar Taghit une structure vernaculaire signifiante Chapitre 7
 Autour de cet espace étaient disposées les autres pièces du rez- de- chaussée.

 Parmi ces chambres, lorsqu’ il y en avait plusieurs, la plus éloignée de la porte


d’entrée possédait un coin aménagé pour recevoir les provisions. Dans quelques
autres maisons il y avait une véritable pièce à cet effet (Bayt el khezine), contenant
des jarres de dimensions importantes parfois intégrées au sol de la pièce.

Figure 17:Ouvrage de stockage des aliments,


Source: Taghit, Auteur.

 Toutes les pièces du rez-de-chaussée étaient obscures, puisqu’il n’existait pas des
ouvertures permettant l’entrée de la lumière, sauf celle qui entre du patio ou ayn ad-
dâr.

 L’étage, constitue en grande partie par la terrasse(Stah) ou la plupart des activités de


la maison se déroulaient lorsque la saison le permettait. Il comprenait aussi une ou
plusieurs pièces, parfois aucune. Ces pièces sont disposées autour d’un espace
ouvert.

 Un autre élément faisait parfois partie de la maison : la zériba, il s’agissait d’une


structure légère de roseaux ou de branches de palmiers, qui couvrait une partie de la
terrasse afin de fournir des zones d’ombres ventilées.

Figure 18:Stah avec l'existence du zeriba,


Source: Taghit, Auteur.

126
Cas d’étude Ksar Taghit une structure vernaculaire signifiante Chapitre 7
 C’est une sorte de pergolas destinée aux séjours .La structure de soutien était dans
quelques cas constitué par des piliers en brique de terre, les zriba devenant ainsi un
élément fixe de la maison.

 Des murs séparaient les terrasses voisines. Leur hauteur variait selon que la maison
mitoyenne appartenant à une famille alliée ou au contraire, une autre tribu.

 Il existe un autre type de maison,

 la douiria, une seule dans tout le ksar elle était réservée au Kayed du ksar,
plus grande que les autres, un lieu de réception pour le kayed ainsi qu’un
endroit surélevé, qui donne sur la palmeraie pour le contrôle.

3.2 Typologies des maisons selon le nombre de poteau:

Selon les moyens et l’espace que possédaient les familles, les maisons se rapprochent plus ou
moins de la maison type avec le patio et la circulation périphérique à la cour intérieure. Pour les
plus riches on retrouve pour la pièce centrale un patio par lequel arrive la lumière (ouverture
centrale « couverte » pour éviter la lumière directe).

Puis pour les moins aisés, la pièce centrale est réduite et la grande ouverture centrale se transforme
en une petite lucarne (appelée ayn=oeil) entre deux poteaux.
Enfin pour les plus pauvres la pièce principale est de faible dimension avec au centre un poteau.
L’entrée de la lumière est reléguée à une ouverture dans le mur.

Maison sans poteaux Maison à un poteau


centrales
Maison
Biout

127
Cas d’étude Ksar Taghit une structure vernaculaire signifiante Chapitre 7

Escalier
Espace central
Accès
Plan

128
Cas d’étude Ksar Taghit une structure vernaculaire signifiante Chapitre 7

Maison à 4 poteaux Maison à 9poteaux


Maison
Biout
Escalier

129
Cas d’étude Ksar Taghit une structure vernaculaire signifiante Chapitre 7

Espace central
Accès
Plan

Tableau 2:Typologies des maisons selon le nombre de poteau.

130
Cas d’étude Ksar Taghit une structure vernaculaire signifiante Chapitre 7

4. Le système constructif:
L’homme fait appel à son milieu et utilise les matériaux que celui-ci lui propose. Les plus
anciennes constructions ( derb Bouchlih ) ont été édifiées en pierres. L’argile comme matériau de
construction n’intervient que par la suite.

Figure 19: L'utilisation de la pierre comme matériau de construction,


Source: Derb Bouchlih, Taghit, Auteur.

De manière générale, l'habitation est en tûb avec une structure en murs porteurs, assez épais. La
poutraison est faite en troncs de palmiers (khashba) et les plafonds sont constitués par un
clayonnage de palmes (jrîd). La terrasse elle même est faite par un mélange de terre où se mêlent
argile et feuilles de palmiers.

Figure 20: Préparation des briques en Toub, Taghit.

131
Cas d’étude Ksar Taghit une structure vernaculaire signifiante Chapitre 7

Les troncs d’arbre constituent les poutres. Ce qui explique la largeur à peu près commune à toutes
les pièces (2 mètres 50 cm. environ). La différence réside dans la longueur qui, elle, dépend
d’aspects sociaux. Quand l’importance de la fonction de la pièce nécessite une plus importante
largeur, on recourt à la construction de piliers et surtout de voûtes (cas de la mosquée).

Figure 21: Les troncs de palmiers utilisés comme des poutres, Taghit.

Figure 22: Pilier en pierre comme support de plancher, Taghit.

Au sud le palmier est la plante populaire, la plus répandue et la plus connue. Les troncs sont taillés
en deux, les demis cylindre ainsi obtenus sont juxtaposés les uns aux autres et couvert d’un
revêtement de pierraille mélangé au mortier à base d’argile.

132
Cas d’étude Ksar Taghit une structure vernaculaire signifiante Chapitre 7

Figure 23:Gaines de palmier juxtaposées Taghit.

Figure 24:: Plancher en gaines de palmier juxtaposées J. Bachminski et


[Link], "Éléments d'architecture et d'urbanisme traditionnels",p06

Même pour la menuiserie, le palmier a été d’un apport précieux. L es troncs son coupés suivant la
longueur en semelles taillées, accolées, les unes aux autres et fixées à une ou plusieurs traverses de
bois ou de fer avec des clous géant de bois d’oliviers. Les portes d’entrée sont munies de serrures
grossières, solides et durables.

133
Cas d’étude Ksar Taghit une structure vernaculaire signifiante Chapitre 7

Figure 25: L'utilisation rationnelle et économique du palmier.

Les matériaux traditionnels (terre, pisé, pierres, …etc.) utilisés lors de la construction permettaient
grâce à leur capillarité, une certaine remontée d’eau qui vient s’évaporer en surface. Leur inertie et
leur masse thermique empêchent l’air intérieur d’être réchauffé par convection.

Ces façades sont de texture rugueuse (le crépissage est laissé à l’état brut sans lissage), pour
augmenter les points de réflexion des rayonnements solaires sur la surface des façades. Alors que
pour réduire l’absorption de la chaleur, celle-ci sont peintes avec des couleurs claires.

134
Cas d’étude Ksar Taghit une structure vernaculaire signifiante Chapitre 7

Conclusion :

Au terme de la lecture morphologique du Ksar nous avons mis en exergue un « ordre spatial » qui
permet d’assurer un fonctionnement « cohérent » et « harmonieux » des structures physiques.
Comme nous avons identifié des lieux chargés de significations et de symboles, et étudié un
parcours organisé, composé d’une succession d’intérieurs hiérarchisés.

Ainsi, le ksar nous apparait sous un schéma organique et compact mais un espace fortement
structuré. Un espace hiérarchisé, continu du Ksar, Derb, la parcelle et la maison, passant par la
place, la ruelle, et l’impasse jusqu'à arriver au west_eddar, constituant une seule unité cohérente,
mais chaque petite unité est autonome, elle a son échelle d’appartenance, marquée par des limites.

En effet, le ksar nous révèle une structure organisé et signifiante. Cette signification se matérialise
par la totalité organique que forme l’environnement construit, dont les objets qui le composent
résultent de l'assemblage hiérarchisé d’un certain nombre de parties qui entretiennent, entre elles et
avec l’ensemble, des relations de complémentarité.

Avec le savoir faire et le bon sens on a su concevoir la maison avec une série d’enclos, donc de
dedans, s’emboitant les uns dans les autres à différentes échelles, ces différents enclos sont articulé
par une succession de limites et de seuils, gérés par, et pour un ordre architectural, exprimés par une
hiérarchie d’activités et d’espaces qui s’organisent autour d’un patio, et emboités par un système de
relations didactiques, donnant ainsi lieu à un tout homogène et cohérent. Confirmant, ainsi,
l’hypothèse du site comme déterminant de la structuration et de la hiérarchisation du Ksar, car le
site lui confère un ordre géométrique qui l’englobe et le signifie.

135
Chapitre 8 :

CAS D’ETUDE

Aspect bioclimatique du Ksar.


Cas d’étude L’aspect bioclimatique du Ksar Chapitre 8

« L’architecture bioclimatique est une discipline


de l’architecture, l’art et le savoir-faire de tirer
le meilleur parti des conditions d’un site et de
son environnement, pour une architecture
naturellement la plus confortable pour ses
utilisateurs »1

1
[Link]
136
Cas d’étude L’aspect bioclimatique du Ksar Chapitre 8

Introduction:

Nous traiterons dans ce chapitre de l’aspect bioclimatique du ksar, A travers le regard et l’analyse
de différents exemples vernaculaires( traités dans la première partie), et plus particulièrement sur la
base de notre cas d’étude Ksar Taghit, nous mettrons en exergue les dispositifs, les modèles, les
gestes, le savoir faire de nos ainés, en prouvant à chaque fois que l’architecture était pensée en
symbiose avec son environnement, sans nier le contexte, le site, la topographie, le matériau, le
climat, tout en répondant aux aspirations et besoins sociaux et culturels de nos ancêtres.

L’architecture et ses relations à l’environnement sont à l’ordre du jour. Elles concernent l’impact
écologique et visuel, mais aussi les échanges entre le climat et les ambiances intérieures. En effet, il
s’agit de mettre en relation l’architecture, le climat et l’homme, savoir comment prendre en compte
ces facteurs lors de la conception architecturale. [Link] a apporté une réponse satisfaisante à cette
question. « L’homme, l’architecture et le climat »2 constitue un ouvrage pertinent et source de
référence sur les relations de l’architecture avec le milieu climatique et avec l’homme qui y habite.
L’homme a toujours recherché à se protéger des rigueurs du climat en créant à l’intérieur de son
habitat les conditions d’un relatif confort.

L’idée de base est de donner à une construction l’orientation et la forme les mieux aptes à faire
bénéficier des variations saisonnières du soleil, en position et en intensité, et à pouvoir répondre,
grâce à lui, aux besoins de chauffage, de climatisation, de ventilation et d’éclairage.

L’architecture bioclimatique a trouvé ses sources dans l’architecture traditionnelle.

1. Donnés climatique de la ville de Taghit :

Le climat a toujours joué un rôle déterminant dans la définition de la forme du bâtie, il intervient au côté
d'autres facteurs aussi importants tel que le social, le culturel, et l'économique. Le rôle de l'architecte et
du thermicien est de pouvoir concilier entre les exigences de l'homme et son environnement. Ceci doit
passer par une étude climatique globale de la région d'implantation du projet.
Taghit est une commune de la Wilaya de Béchar en Algérie, située à 93 km au sud-est de Béchar. La
région de Taghit s'articule autour d'une palmeraie longue de plus de 20 km, a une altitude Minimale 560
m, Maximale 580 m, et une superficie de 804 000 hectares.

Par ailleurs, les paramètres les plus influents sur le climat de Béchar sont comme suit :
 Rayonnement solaire.
 La température de l’air.
 Le vent.
 L’humidité.
 Les précipitations.

Avec une forte insolation, dépassant les 3500h/an, et un intense rayonnement solaire direct qui peut
atteindre 800W/m2 sur un plan horizontal, le climat de Taghit présente un régime thermique très
contrasté. De fortes amplitudes pendant la journée et des contrastes thermiques saisonniers, avec une
l'humidité relative faible d'environ 27%.

En plus de ces caractéristiques défavorables, on assiste pendant les demi-saisons à des violents vents de
sables qui peuvent atteindre 100km/h.

2
[Link], L’homme, l’architecture et le climat, Paris : Ed Moniteur, 1978.
137
Cas d’étude L’aspect bioclimatique du Ksar Chapitre 8

1.1 Diagramme climatique Taghit :

Figure 1:Diagramme climatique Taghit, Source: [Link]

Avec 1 mm, le mois de Juillet est le plus sec. Les précipitations record sont enregistrées en Novembre.
Elles sont de 12 mm en moyenne.

1.2 Courbe de Température Taghit:

Figure 2:Courbe de température Taghit, Source: [Link].

Avec une température moyenne de 34.5°C, le mois de Juillet est le plus chaud de l’année. Le mois le
plus froid de l’année est celui de Janvier avec une température moyenne de 9.9°C.

138
Cas d’étude L’aspect bioclimatique du Ksar Chapitre 8

1.3 Table climatique Taghit:

Figure 3:Table climatique Taghit, Source: [Link].

La variation des précipitations entre le mois le plus humide est de 11 mm. La température moyenne au
court de l’année varie de 24.6°C.

 Taghit à un climat désertique. Tout au long de l’année, il n’y a techniquement aucune pluie à
Taghit. D’après Koppen et Geiger, le climat y est classé BWH. Taghit affiche une température
annuelle moyenne de 21.8°C. La moyenne des précipitations annuelles atteints 88 mm.
(B : climat sec/W : climat désertique/H : température moyenne annuelle ˃18°c)

1.4 CLIMAGRAMME D’EMBERGER:

Ce CLIMAGRAMME (figure4) permet, grâce au quotient pluviométrique


d’EMBERGER (Q) spécifique au climat méditerranéen, de situer une zone d’étude
dans un étage bioclimatique. Chaque étage comprend une stratification verticale. Ce
quotient tient compte de précipitations et des températures, il est déterminé comme
suit :

Q= 3.43*p/M-m

Q : le quotient pluviométrique d’EMBERGER


P : Pluviométrie annuelle moyenne en mm =88mm
M : Moyenne maximale du mois le plus chaud = 34.50°
m : Moyenne minimale du mois le plus froid = 9.9°c

En abscisse la moyenne des minima du mois le plus froid.


En cordonnées le quotient pluviométrique Q d’EMBERGER

Après application de la formule, nous obtenons la valeur de Q= 12.24


Ce qui place la ville de Taghit dans un étage bioclimatique saharien chaud.

139
Cas d’étude L’aspect bioclimatique du Ksar Chapitre 8

Figure 4:Le CLIMAGRAMME d'EMBERGER pour la ville de Taghit.

1.5 Les vents:

Le régime du vents est souvent fort complexe, des tourbillons donc à cause de la superposition
des vents de dériction déffirents

mois j F M A M J j o s O n D Ann

V
(m/s) 2.5 3.1 3.6 4.6 5.2 4.5 4.2 3.2 3.2 2.4 2.4 2.4 3.44

Figure 5: Moyennes mensuelles et annuelles des vitesses des vents en (m/s), Source: Révision du PDAU de la
commune de Taghit, phase 1, 1989- 1998

Conclusion:

De cette analyse climatique de la ville de Taghit, il apparaît, que la plus grande partie de l'année
présente des conditions de vie inconfortables : un été long, chaud et sec, un hiver modéré par moments.
Des vagues de froids surviennent, mais qui ne durent pas plus longtemps. De ce fait, l'été est la période
la plus difficile à passer dans la ville de Taghit.

Par conséquent, il se révèle la nécessite d'une étude bioclimatique pour définir les techniques de contrôle
microclimatique et de conception architecturale capable de créer des conditions de confort requises.

140
Cas d’étude L’aspect bioclimatique du Ksar Chapitre 8
2. Analyse bioclimatique du Ksar :
Une architecture dite durable doit nécessairement s’adapter à ces conditions climatiques afin
d’assurer à ses occupants un certain confort. Nous allons analyser dans ce qui suit l’application sur notre
cas d’étude de principes de l’architecture bioclimatique, et ce au niveau de deux échelles, urbaine et
architecturale.

2.1 Echelle urbaine :

2.1.1 Compacité urbaine :

La densité urbaine dans notre cas ne présente Pas une


densité vue par les géographes ou les spécialistes de
l’aménagement du territoire (le nombre d’habitants par
mètre carré), mais beaucoup plus l’occupation des
parcelles ou sol par un bâti. Un urbanisme est dit dense
si les habitations sont très proches l’une de l’autre et si
les espaces communs « rue, ruelles… », Sont
également réduits.

Figure 6:Vue sur une ruelle, Taghit


Source : Auteur, 2015.

Adossées les unes contre les autres favorisant la mitoyenneté et l’introversion. Cette compacité
urbaine génère de l’ombrage pendant la période estivale ou le rayonnement solaire est intense et les
températures ambiantes élevées. Elle minimise également les déperditions thermiques pendant la
période hivernale ou les apports solaires sont minimisés et les températures ambiantes sont basses. La
vue aérienne du ksar (Figure 6), prise par Google Earth nous confirme la compacité urbaine de ce site.

Schéma illustratif de la
compacité du ksar,
Figure 7:Vue aérienne du ksar, Source: Google earth.
Auteur

141
Cas d’étude L’aspect bioclimatique du Ksar Chapitre 8

Figure 8:Orientation du Ksar Taghit, Auteur.

D’après Plemenka Supic dans son article « L’aspect bioclimatique de l’architecture vernaculaire » (voir
annexe2) la meilleur orientation des groupements pour un climat chaud- sec est Nord/ Sud, pour la
simple raison qu’elle reçoit un maximum d’énergie en hiver, ce qui va amplifier les apports solaires
souhaités pour cette période de l’année, et le contraire pour la période estivale. A cet effet le site
profitera pleinement des rayons solaires en hiver, puisque la courbe du soleil est basse synonyme d’un
confort d’hiver, par contre il sera épargné partiellement en été vue que la courbe du soleil est haute, ce
sont beaucoup plus les terrasses qui recevront, pendant une période de la journée, les rayons solaires (le
confort d’été est favorisé).

La majorité des rues sont orientées vers les directions Est/Ouest, ce qui favorise un minimum de gains
solaire pour les façades orienté vers le nord et un meilleur contrôle pour celles orientées sud.

2.1.2 Topographie de site:

Le ksar est bâti sur la pointe de l’éperon


rocheux qui tombe à pic sur l’oued
Zouzfana. La configuration spatiale est
compacte et d’une pente (voir Figures 9)
impliquant des gradins qui s’écoule vers la
palmeraie permettant un décalage
d’hauteurs.

Figure 9:Eperon rocheux, Source: Auteur.

142
Cas d’étude L’aspect bioclimatique du Ksar Chapitre 8

Figure 10:Profils avec Google Earth montrant la morphologie du site.

La déclivité du terrain à permis aux habitations de se développer en amphithéâtre (Figure10). Ce qui


permet à chacune d’entre elles de bénéficiers de la vue sur la palmeraie, ainsi que de recevoir les brises
d’été des vents dominants. Cette topographie accidentée permet donc de favoriser la ventilation
naturelle du site (Figure 11) venant de la direction de la palmeraie et de l’oued, ce qui offre un
microclimat adoucissant le froid d’hiver et rafraichissant la chaleur de l’été.

Figure 11: Ksar Taghit en cascade,


Source: gettyimages, De
Agostini/Archivio [Link].

Figure 12:schéma illustratif


montrant la ventilation naturelle
des habitations, Auteur.

143
Cas d’étude L’aspect bioclimatique du Ksar Chapitre 8

2.1.3 Les espaces urbains:


Les ruelles dans le Ksar sont très caractéristiques : hiérarchisées et très étroites, elles forment souvent
des sortes de passages couvert, dues au deuxième niveau des habitations qui déborde généralement sur
la rue (voir figure 14, 15). Cela crée ainsi des passages frais et ventilés, entre les différentes habitations.
Parfois les façades se rejoignent complètement, et forment un passage couvert en voûte ou en rondins.
Ils permettent de circuler à l’abri du soleil (voir figure 13).

Figure 14:Passage couvert. Figure 13:Passage ombragé, Figure 15: Passage ponctué
couverts en voutes. par un trou d’éclairage
Source : Taghit, Auteur.

[Link] L’ensoleillement:
L’analyse de l’ensoleillement au niveau du ksar montre que ce tissu est ensoleillé presque toute la
journée, la couverture des ruelles constitue une protection contre les fortes chaleurs.

Figure 16:ksar Taghit,


Source: Pèlerinage aux
sources de notre
Humus.

144
Cas d’étude L’aspect bioclimatique du Ksar Chapitre 8

[Link] Effet des vents:

Figure 17:Orientation des ruelles, Source: Auteur.

Plusieurs éléments constituent la meilleure protection contre les vents de sable et rend les ruelles des
zones plus ou moins calme on note :
 L’orientation transversale (Est-ouest) d’un grand nombre des ruelles.
 La compacité du Ksar.
 L’étroitesse des ruelles.
 La forme sinueuse des ruelles.

[Link] Nature des matériaux d’enveloppe:

Tableau 1:Propriétés et Performances thermiques des matériaux, Source:


[Link]é[Link]/Bibliothèque des propriétés physiques des matériaux de construction.

145
Cas d’étude L’aspect bioclimatique du Ksar Chapitre 8

Les matériaux d’enveloppe reçoivent directement le rayonnement, ces enveloppes gèrent différemment
les apports caloriques selon les caractéristiques thermiques de ces matériaux.

La comparaison entre les propriétés et performances thermiques des matériaux d’enveloppe des deux
cas désignée dans le tableau ci-dessus (adobe/ béton) confirme la qualité optimale de la brique de terre
par rapport au matériau de construction du type parpaing.

Il est nécessaire donc d’attirer l’attention vers l’efficacité que présente l’adobe sur les deux plans :
économique (matériau local/ la facilité de mise en œuvre) et confort thermique (importante inertie
thermique).

[Link] La couleur des façades:


La couleur et la surface des parois interviennent dans la réflexion de la lumière.
Le tableau ci-dessous donne des valeurs du coefficient d’absorption selon les couleurs des parois.

Tableau 2:Coefficient d'absorption pour différentes couleurs.

Notre cas est caractérisé par une enveloppe de couleur rouge clair dont le coefficient
d’absorption est de 0.4.
Il est nécessaire de noter que les couleurs claires comme notre cas d’étude réduisent
l’absorption des rayonnements solaires et renforcent la protection solaire.

[Link] Le rapport hauteur/ largeur (h/w):


L’indice de construction de Landsberg, par exemple, mesure le rapport entre la largeur de la rue et
la hauteur du bâti, autrement dit, il caractérise une artère comme étant étroite ou au contraire large, et
il détermine aussi le droit à la vue, à la lumière et au soleil.

Figure 18: ombrage porté par bâtiment voisin, Taghit,


Source : Auteur.
146
Cas d’étude L’aspect bioclimatique du Ksar Chapitre 8

1 .82

1 .6

147
Cas d’étude L’aspect bioclimatique du Ksar Chapitre 8

Photos à l’intérieur du Ksar [Link] Minéralisation et type de chaussées:

Le ksar de Taghit est caractérisé par la dominance des revêtements


perméables dans la totalité des surfaces extérieures :
Description

Ruelles, places, impasses


Ce type de revêtement à base de terre naturelle permet à l’eau
de percoler à travers le sol ce qui explique le rafraichissement de
ces passages en période estivale.

Tableau 3: Minéralisation et type de chaussées au ksar Taghit.

L’un des paramètres de modification intentionnelle du microclimat est la disposition d’une


barrière à l’évaporation ou au transfert de chaleur entre le sol et l’atmosphère. Les procédés de
couverture (revêtement) du sol, peuvent être constitués de couches bien aérées (poreuse) et
faiblement conductrices ou de surface imperméable à l’air et aux échanges hydriques. La
disposition d’un type de revêtement peut avoir un effet sur le sol et sur l’air extérieur.

148
Cas d’étude L’aspect bioclimatique du Ksar Chapitre 8

2.2 Echelle Architecturale :

Si à une échelle urbaine garantir une ambiance de bien être est difficilement maîtrisable, par
contre à une échelle plus réduite (architecturale) le sujet est beaucoup plus abordable.

C’est dans cette optique que nous allons nous intéresser à tous les aspects de l’architecture
bioclimatique à l’échelle architecturale de notre cas d’étude, à savoir le Ksar de Taghit. Ces
différents aspects sont étroitement liés à la notion de compacité architecturale, de l’ombrage, de la
taille des ouvertures, de la typologie spatiale pour ne citer que cela. Egalement seront repérés et
analysés les différents matériaux de construction utilisés pour déterminer leur apport dans la notion
de confort thermique à travers la résistance et l’inertie thermique.

2.2.1 Les ouvertures :

D’après les données de l’ADEME 3, la toiture et les ouvertures sont grandement responsables
des déperditions thermiques ou gain de chaleur non souhaité dans une habitation. Même
avec les nouvelles technologies misent en place, la bataille est loin d’être gagnée, le recours
à la climatisation et chauffage mécanique se renforcent de plus en plus. A travers nos
investigations menées sur le terrain de notre cas d’étude, nous avons remarqué l’absence
pratiquement totale d’ouvertures pour les habitations du Ksar. Une partie importante de
l’enveloppe est consommée sous forme de mitoyenneté, le reste se présente sous forme de
façade aveugle, intimité l’oblige. Rassemblées autour d’un patio, les différentes pièces
s’ouvrent vers l’intérieur, se protégeant ainsi des vents dominants hivernaux et partiellement
des rayons solaires d’été. Cette organisation spatiale à travers ces ouvertures limite
considérablement les déperditions thermiques en hiver et contribue fortement à la fraicheur
des lieux pendant les mois les plus chauds de l’année.

Figure 19: absence presque totale des fenêtres,


Source: Ksar Taghit, Auteur.

3
Agence de l’environnement et la maitrise de l’énergie (France).
149
Cas d’étude L’aspect bioclimatique du Ksar Chapitre 8

2.2.2 La mitoyenneté élément de stabilité structurelle mais également


de confort thermique:
Afin de mieux stabiliser le ksar les concepteurs ont mis en place la stratégie de la
mitoyenneté. Les habitations s’adossent les unes contre les autres assurant ainsi un contre
poids et une meilleure stabilité structurelle. A cela s’ajoute une meilleure performance
thermique de l’enveloppe, c'est-à-dire une double résistance thermique et bien sur
d’économie d’énergie et de préservation de l’environnement. Mais malheureusement, une
fois une des maisons mitoyennes en ruine les autres s’affaiblirent, c’est pourquoi leur
entretien est indispensable d’une manière régulière.

Figure 20: Maisons du Ksar en ruine, Source: Auteur.

150
Cas d’étude L’aspect bioclimatique du Ksar Chapitre 8

2.2.3 Typologie spatiale, un révérenciel de l’architecture bioclimatique:

L’habitation, structurant notre cas d’étude, est organisée de manière


hiérarchisée : son accessibilité s’établit de Derb au zgag, puis au Skifa pour
enfin arriver à l’habitation. Tout un système d’espace de transition, propre à
l’architecture traditionnelle, un réseau de seuils qui serviront de filtres au
climat.
La typologie de l‘habitation est une maison a patio qui offre une réduction de la
proportion des murs extérieurs par rapport aux murs intérieurs, ce qui réduit
l’influence du climat (ensoleillement, vent) sur l’ambiance intérieure, sachant
que les échanges thermiques se produisent entre l’enveloppe intérieure (mur
entourant le patio) et l’enveloppe extérieure (mur extérieur et toiture).

L’accès au patio ne se fait pas directement, il se matérialise par le biais d’une


Skiffa, un espace intermédiaire qui sert de seuil. L’association d’un petit patio
ombragé avec un plus grand ensoleillé, sert à produire un courant d’air entre
eux.
Cette donnée affecte la morphologie des pièces. Les alignements de pièces en
enfilade autour de l’espace central servent de circuit d’air horizontal, ce qui va
améliorer les dispositifs de captation de l’air pour une meilleure ventilation.

Figure 21: Différentes seuils( Skifa) au ksar.

151
Cas d’étude L’aspect bioclimatique du Ksar Chapitre 8

2.2.4 La centralité du plan et son principe bioclimatique:


L’habitat du ksar est organisé autour d’un espace central, le west eddar. Ce dernier présente
les caractéristiques d’un aspect aéré et convivial, du faite de sa position central, et vitale
pour assurer la répartition des espaces et des fonctions.

Figure 22:Plan d'une maison à


patio, Source: Ksar Taghit,
Auteur.

Figure 23: Détail d'un west eddar, Source: Ksar Taghit, Auteur.

Le West eddar est un espace clos, donc, à


ciel ouvert. Il assure plusieurs fonctions, celui
entre autres d’un séjour intime extérieur et
tempéré. Il permet aussi l’ensoleillement,
l’éclairage, l’aération et le maintien de
l’hygiène de vie, il est régulateur des effets
hygrothermiques extérieurs et de variations
saisonnières. Sa géométrie, ses proportions
sont des critères qui influenceront le confort
climatiques
Figure 24:Pénétration des rayons solaire
à travers le patio, source: Auteur.

152
Cas d’étude L’aspect bioclimatique du Ksar Chapitre 8

2.2.5 Le West eddar : Ingénieux système de ventilation naturelle:


Le west eddar joue un rôle modérateur du climat pour l’ensemble de la
maison. Il assure la fonction de cheminée de ventilation. En plus de jouer le rôle de
puits de lumière, c’est aussi un puits à fraicheur thermiquement, qui va rafraichir les
pièces autour de lui, fraicheur que le patio a capté durant la nuit ; La journée, l’air
frais stocké dans la masse s’élève et crée un courant d’air agréable au confort
humain. L’espace du patio constitue un microclimat qui contribue à la régulation
thermique des espaces qui l’entourent.

Figure 25: Maison avec cour, Source: [Link], 1982.

2.2.6 La terrasse, une alternative journalière et saisonnière:

La terrasse est un lieu de grande richesse vu les activités qu’elle


accueille. Elle dépasse la fonction de couverture pour la maison : c’est le séchoir des
aliments et de linge, l’espace d’été, l’espace extérieur privé, le lieu de sociabilité et
l’espace ouvert et ensoleillé. Selon les saisons, les femmes occupent la cour ou la
terrasse pour accomplir certaines taches domestiques et l’utilisent comme passage
facilitant la communication.

Figure 26: Terrasse accessible, Ksar Taghit, Source: Auteur.

153
Cas d’étude L’aspect bioclimatique du Ksar Chapitre 8

Conclusion:

Au terme de cette analyse de notre cas d’étude, Ksar Taghit, en tenant de mettre en exergue
l’aspect bioclimatique de ce tissu vernaculaire, nous élargirons et puiserons notre champ de
réflexion quant au souci de la définition de l’architecture contemporaine durable. En effet, après
avoir vérifié que ces gestes séculaires servaient à la fois à se défendre contre le climat, après
avoir présenté les données climatiques de Taghit, nous avons élaboré notre étude à travers deux
échelles, l’échelle urbaine et l’échelle architecturale. Sur le plan de l’échelle urbaine, la
compacité du tissu a révélé une opportunité à un micro climat, des zones d’ombrage favorisés
par les mitoyennetés, (les maisons étant adossées les unes aux autres), ce qui va créer une
meilleure inertie thermique.

Sur le plan de l’orientation du site par rapport à l’ensoleillement, nous avons remarqué que ce
site et bien orienté, ce qui nous porte à confirmer la bonne orientation pour un confort optimal
été et hiver.

La topographie du site et ses habitations en gradins favorisent les vues sur la palmeraie pour la
majorité des maisons qui reçoivent la brise d’été, le site est donc bien ventilé.

Concernant les espaces urbains, nous remarquerons que les voies et les ruelles sont ventilées
naturellement et ombragées, des sortes de passages couverts sont crées grâce aux étages qui
débordent sur la rue et viennent se rejoindre au deuxième niveau.

Sur le plan architectural, nous avons constaté la présence minime des ouvertures sur les façades,
ce qui évite les déperditions calorifique, la plupart des façades sont aveugles, et les
mitoyennetés sont nombreuses. La maison s’ouvre vers l’intérieur, ce qui évite d’une part les
vents froids de l’hiver, et qui préserve des rayons chauds de l’été.

Nous avons étudié aussi l’effet de la mitoyenneté sur la stabilité structurelle d’une part, mais
aussi l’effet de la mitoyenneté et ses avantages pour le confort thermique, et ce à travers le
renforcement de l’inertie thermique de l’enveloppe, ce qui assure une meilleure performance
thermique de cette dernière.

D’autre part, la centralité du plan, le « « west eddar » comme espace central va réguler les effets
hygrothermique des variations saisonnière. Ce patio va maintenir l’hygiène de vie, en assurant
l’ensoleillement, l’éclairage et l’aération, vu que le patio joue le rôle de cheminée de ventilation.

Enfin, le recours à la présence d’éléments naturels tels que l’eau ou la végétation vont
contribuer à rafraichir l’ambiance, et donc à créer un meilleur confort thermique.

Tout ce savoir faire explicite ci-dessus est employé pour améliorer les conditions de confort
climatique. Nous sommes convaincus qu’il y a de nombreux enseignements à tirer des modèles
traditionnels, surtout pour leurs qualités spatiales et leur rapport étroit avec l’environnement, et
qui confirme notre hypothèse de ressourcement historique pour une meilleure définition de
l’architecture bioclimatique contemporaine. Un retour aux sources est nécessaire afin d’ouvrir la
voie vers une architecture contemporaine durable.

154
Cas d’étude L’aspect bioclimatique du Ksar Chapitre 8

La maison traditionnelle du Ksar est donc le résultat d’une conception préalable très
minutieusement mise au point ; Son procédé constructif et sa technique d’exécution sont basés
sur un langage simple, répondant aux conditions climatiques et aux matériaux naturels. Le
résultat est une architecture simple, dénuée de tous éléments superflus, dans laquelle chaque
composante prend toute sa signification. En mettant en lumière ce savoir faire, nous pensons
que de par les qualités que ces gestes présentent ; par la références aux acquis de l’architecture
bioclimatique, leur application devrait être plus étendue, dans l’architecture contemporaine
durable ; apport qui serait très significatif.

L’intérêt de la réflexion est donc de puiser de ses gestes du passé, de les reproduire au gout du
jour, afin de répondre au respect de l’environnement.

A travers tous les éléments représentatifs d’une architecture bioclimatique participant à un


apport considérable dans le confort des habitations du ksar, nous confirmons notre hypothèse de
départ justifiant l’architecture traditionnelle comme référentiel pour l’habitat de demain.

Construire la ville de demain, c’est réhabiliter la ville d’aujourd’hui grâce à cet


héritage précieux que constitue le génie des savoirs et savoir faire.

155
« Le maintien d’une tradition exige la
transmission de la flamme et non pas la
conservation des cendres » Otto Kopfinger

156
C’est en vue de trouver une réponse à la question majeure nous
préoccupant ; à savoir comment rapprocher l’homme avec son
environnement, pour s’orienter vers une architecture durable, le renvoyant
à une utilisation raisonnable des ressources existantes ??

Que nous avons inscrit cette recherche dans l’hypothèse de faire un retour à
l’historique et aux origines traditionnels.

En effet, il est nécessaire d’opérer un retour vers les sources de l’histoire pour effectuer
une relecture des établissements anciens en vue d’en tirer des enseignements indispensables à
toute tentative de rétablissement de la notion d’articulation architecture et environnement.
C’est dans la lecture du processus de formation et de développement historique que l’on peut
rétablir la cohérence qui caractérise les structures du passé.

Pour ce faire, ce travail est articulé en deux parties, l’un sur le plan théorique et
l’autre sur le plan pratique.

 Pour la partie théorique :

Nous avons pu, par un parcours bibliographique, établir une percée sur l’architecture
vernaculaire et ses intérêts dans les différents domaines, puis nous avons penché sur
l’architecture des cités arabo-musulmanes comme étant une architecture traditionnelle
spécifique et originale, régie suivant des principes et des normes organisateurs communs.
Par la suite, nous avons mis en exergue la rupture architecture contemporaine et l’architecture
traditionnelle par l’occultation du site et du savoir faire ancestral par le mouvement moderne.
En effet, nous avons identifié que cette rupture a été instituée depuis que le mouvement
moderne donna une nouvelle expression au concept d’architecture, en lui assignant un objectif
sans aucun souci environnemental.

Comme nous avons mis en exergue, le courant du développement durable qui à émergé pour la
résolution de la problématique de la réconciliation architecture/environnement .En effet, le
développement durable tente de rapprocher ces deux discipline, par un retour à la prise en
charge environnementale en instaurant une nouvelle échelle d’intervention : L’architecture
durable.

Cependant, nous avons montré que dernière cet intérêt commun de réconciliation, un ensemble
de concepts théorique et pratiques ont été forgés autour des approches de l’architecture durable,
dont l’aspect bioclimatique, à travers plusieurs écoles dans le monde, sans toutefois aboutir à un
consensus conceptuel ou méthodologique spécifique, à un temps ou l’architecture traditionnelles
prouve une générosité assez importante face aux problèmes climatiques et sociales à un moindre
cout.

157
 Pour la partie pratique :

D’où Ksar Taghit est un exemple d’étude pour la vérification des hypothèses énoncées
auparavant.

Nous avons démontré que le site précède l’histoire.

En effet, le cadre géographique est l’une des données qui est à la base de la formation et du
développement de tout établissement humain. La structuration du Ksar s’est faite en respectant
la structure du lieu dans un ordre régulier et géométrique.

Ceci nous permet de saisir l’espace dans sa globalité formelle, en insistant sur la mise en valeur
de ses caractères pérennes (situation, orientation, topographie) qui fait figure de contrainte, c’est
en fait travailler avec l’ordre irréductible du site.

Nous avons montré l’aspect environnemental de l’architecture traditionnelle par l’apport du


référent aux acquis de l’architecture bioclimatique qui s’est révélé d’un apport significatif à la
conception architecturale durable, nous avons aussi étudié certains procédés et dispositifs, qui
servent à la fois à se défendre contre les rayonnement solaires incident et permettent d’assurer
une ventilation naturelle qui doit établir l’équilibre entre les besoins d’aérer en période estivale
et les nuisances d’infiltrer du vent froid en période hivernale.
Après notre étude bioclimatique du tissu de Ksar, aux différentes échelles, notre hypothèse de
départ justifiant l’architecture traditionnelle comme référentiel pour l’habitat de demain est
confirmée.

Ainsi au terme de ce travail l’analyse des procédés du bâti ancien au travers des techniques
traditionnelles et vernaculaires ont été d’un apport significatif, à savoir de contribuer à la mise
en valeur de l’intelligence environnementale, la prise en charge du contexte dans toutes ses
dimensions, aussi bien physiques, géographique, climatiques et culturelles.

L’architecture traditionnelle vient nous proposer un


catalogue de suggestions et de solutions inventives
intéressantes, toutes liées au bons sens.

Elle tienne en effet le rôle majeur de « témoin » et ce à


double titre :
 Témoin d’une part car elle est la marque, la trace, la
mémoire d’un phénomène architectural représentatif
d’une société, d’une époque et d’une forme de
créativité.

 Témoin d’autre part car elle participe à un passage


de témoin vers une architecture écologique du futur.

158
TABLEAU DES ILLUSTRATIONS

CHAPITRE 1:

Figure1 Exemple de maquette : Concession Kusasi di Bako Youga Burkina Faso……….…12.


Figure 2:Interface du site internet de l'Ecole polytechniques fédérale de Lausanne………… 13
Figure 3 Travaux d'étudiants au musée………………………………………………………. 13
Figure 4 : Repères chronologique de la construction en terre ………………………………..15
Figure 5: vestiges d’un stûpa édifié au vie ou au vii siècle à yâr, dans la région du Tourfan, en
chine ……………………………………………………………………………………….…16
Figure 6: Tombeaux de la nécropole de Bagawat édifiés il y a 1500 ans…………………… 16
Figure 7:Village fortifié de Bololahn en Afghanistan ……………………………………….16
Figure 8:Enceinte fortifiée de la ville de Marrakch……………………………………… ….16
Figure 9: Mausolée du prophète Hud, au Yemen ……………………………………………17
Figure 10: Maisons rurales à dades au Yemen………………………………………………17
Figure 11: Maison notable au Yemen du nord ………………………………………………17
Figure 12:Fours à glace en Iran ………………………………………………………….......17
Figure 13:Château d’eau à Ain-Salah ………………………………………………………..17
Figure 14:Porte d’accès à la ville de Timimoune, Algérie………………………………......17
Figure 15:Ville de Marrakech ……………………………………………………..………....18
Figure 16:Le centre de Tabriz, Iran..................................................................................…....18
Figure 17:Village de la région des Aurès, Algérie ………………………………………......18
Figure 18:Maison urbaine, ville de Shibām, Yémen………………………………………....19
Figure 19:Salon de la demeure d’un notable, Yémen……………...……………………........19
Figure 20:Intérieur d’une maison notable, Liban………………………………………….....19
Figure 21: La roue des techniques de mise en œuvre du matériau terre ……………………..20
Figure 22: Le cycle écologique vertueux des architectures de terre : de la terre à la terre.......22
Figure 23:Intérêt du matériau terre……………………………………………………….......22
Figure 24:Comparaison des coûts énergétiques de la brique de terre et du parpaing en béton.23
Figure 25: Les notions associées au concept de bâti vernaculaire…………………………....25

CHAPITRE 2:

Figure 1: Structuration générale de Médine à l'époque du prophète.......................................... 29


Figure 2: Bagdad, la ville ronde d'Al-Mansour. (762_766)....................................................... 31
Figure 3:Tissu compacte avec hiérarchisation des voies, Ksar Ouargla..................................... 33
Figure 4: Maison intovertie à Beni Azghen au Mzab..................................................................33
Figure 5: Les limites et les seuils à l'échelle de la cité................................................................36
Figure 6: Schéma illustrant le principe d'organicité de la cité arabo-musulmane, du quartier
(tissu) et de la maison.................................................................................................................. 37
Figure 7:Schéma illustrant le principe des centralisées successives........................................... 38
Figure 8: Schéma illustrant la progression hiérarchique des voies............................................. 39
Figure 9: Schéma du tissu compact............................................................................................. 40
Figure 10: Principe de la formation d'un tissu par juxtaposition de maisons mitoyenne............ 41
Figure 11: Types de patio........................................................................................................... 42
Figure 12: Exemple patio dans des maisons introverties............................................................42
Figure 13: Croquis illustrant le principe de la recherche d'intimité............................................ 43
Figure14 : Croquis illustrant le rôle du patio en tant que régulateur thermique......................... 44

CHAPITRE 3:

Figure 1: L'enchainement des bâtiments, Le mouvement moderne de l'architecture, Mohammed


FOURA....................................................................................................................................... 52
Figure 2: Nouveau style de LEDOUX, Les racines de l'architecture Moderne, [Link]..... 53

CHAPITRE 4:

Figure 1:Paramètre de l'implantation .......................................................................................... 63


Figure 2:densité urbaine. Medina de Tlemcen-Quartier R’hiba. ............................................... 63
Figure 3:Principe de zonage ........................................................................................................ 64
Figure 4 : Variation de la compacité. .......................................................................................... 64
Figure 6: Repère de la position du soleil, .................................................................................... 65
Figure 5:Variation des apports énergétiques en fonction de la hauteur du rayonnement solaire 65
Figure 7: Le vent et la topographie. ............................................................................................ 65
Figure 8:Techniques utilisées à l’exposition universelle de Séville en ....................................... 66
Figure 9:Ventilation par tirage d'air. ........................................................................................... 67
Figure 10: Diagramme bioclimatique d'Olgay, ........................................................................... 68
Figure 11:Diagramme bioclimatique de GIVONI, ..................................................................... 69
Figure 12: Concepts de la stratégie du chaud. ............................................................................. 69
Figure 13:Concepts de la stratégie du froid ................................................................................ 70

CHAPITRE 5:

Figure 1: ville de Ghadamès en Lybie ........................................................................................ 74


Figure 2:Habitat Troglodyte Matmata en Tunisie, ...................................................................... 75
Figure 3:Vue aérienne de la médina de Marrakech. .................................................................... 76
Figure 4:Encorbellement. ............................................................................................................ 77
Figure 5: Principe d'une maison Médinale, ................................................................................. 77
Figure 7: Eléments horizontaux, pour l'ombre, Yémen .............................................................. 78
Figure 6: Vue sur terrasse de la Casbah, ..................................................................................... 78
Figure 8:Riad a Marrakech, ......................................................................................................... 79
Figure 9:Nomadisme journalier en été et en hiver à Ghardaia .................................................... 81
Figure 10:Comportement du flux d’air à la base des bâtiments hauts. Effet de Venturi (a) et
(b).Effet de rouleau (c) et effet de coin (d).......................................................................... 82
Figure 11: Pression des vents sur un bâtiment ............................................................................ 83
Figure 12: Bagdir avec humidificateur coupole. ......................................................................... 84
Figure 13: Orifice d'aération au sommet d'une coupole. ............................................................. 84
Figure 15:schéma de fonctionnement climatique d'un patio ....................................................... 85
Figure 14:Schéma descriptif de l'utilisation des jarres. ............................................................... 85
Figure 16:Iwan,Bukhara, Uzbekistan. Forme assurant l'ombre sur plusieurs orientations, ........ 87
Figure 17:Ombre à plusieurs échelles, profondeur de l'ensemble ............................................... 88
Figure 18:Principe des tours à vent. Source : .............................................................................. 88
Figure 19:Figure 19: Dispositifs de refroidissement de l’air par vaporisation d’eau. ................. 89
Figure 20: Moucharabieh ............................................................................................................ 89
Figure 21:Le vieux Gourna. ........................................................................................................ 90
Figure 22:Coupe du système d’aération de l‘école des filles.. .................................................... 91
Figure 23: Plan du Gourna el-Gedida, 1946. .............................................................................. 91
Figure 24:La mosquée du nouveau Gourna.. .............................................................................. 91
Figure 25:Le khan, plan, façade nord. ......................................................................................... 92
Figure 26:Façade du théâtre. ....................................................................................................... 92
Figure 27:L’école des garçons, plan et façade. ........................................................................... 92
Figure 28:Plan, cour de l’école des filles. ................................................................................... 92
Figure 29:vues sur Ghadamès. .................................................................................................... 93
Figure 30:vue aérienne sur Ghadamès. ....................................................................................... 93
Figure 31:Coupes sur un fragment de maisons à Ghadamès, ..................................................... 94
Figure 32:Ruelles de Ghadamès .................................................................................................. 94
Figure 33:Vieux type de bâtiments à Ghadamès. B- Nouveau type de bâtiments à Ghadamès,
1997. .................................................................................................................................... 95
Figure 34:Comparaison de la sensation de confort. .................................................................... 96
Figure 35: Plan de la maison Tabayi en Iran. .............................................................................. 97
Figure 36:Ventilation naturelle de la maison Tabayi en Iran. ..................................................... 97

CHAPITRE 6:

Figure 1:Carte du commerce transsaharien du VIIIe au XVIe siècle,....................................... 101


Figure 2: palmeraie de Taghit, 2014. ........................................................................................ 102
Figure 3: La région du Saoura,. ................................................................................................. 102
Figure 4:Situation de le ville de Taghit, .................................................................................... 103
Figure 5: Contexte de la ville de Taghit. ................................................................................... 104
Figure 6: Entrée de Taghit ......................................................................................................... 105
Figure 7: DERB BOUCHLIH, Ksar Taghit .............................................................................. 109
Figure 8:DERB ENNOUADAY, Ksar Taghit. ......................................................................... 109
Figure 9:DERB LAHNAYEN, Ksar Taghit. ............................................................................ 110
Figure 10:DERB ENNOUADER, Ksar Taghit ......................................................................... 110
Figure 11:FOUM EL KSAR, Ksar Taghit ................................................................................ 111
Figure 12: La forme générale du ksar Taghit ............................................................................ 111

CHAPITRE 7:

Figure 1: l'ancien rempart, ksar Taghit...................................................................................... 114


Figure 2: Rempart rocheux, Ksar Taghit. .................................................................................. 115
Figure 3:Les entrées du ksar. ..................................................................................................... 115
Figure 5:Les espaces publiques du ksar Taghit, ........................................................................ 116
Figure 4: entrée du ksar Taghit aménagé par Dkaken(banquette). ........................................... 116
Figure 6: Jeu de lumière claire/obscure, ksar Taghit ................................................................ 117
Figure 7: schéma d'organisation des droub, et la centralité de la mosquée. .............................. 118
Figure 8: Trame d'organisation urbaine générale. ..................................................................... 118
Figure 9: L'intérieur de la mosquée, Taghit, ............................................................................. 119
Figure 10: Les façades de la mosquée, Taghit. ......................................................................... 119
Figure 11: Les différents droub du Ksar. .................................................................................. 121
Figure 12: Découpage parcellaire ksar Taghit, ......................................................................... 122
Figure 13:Les différentes formes de mitoyenneté. .................................................................... 123
Figure 14: Schéma conceptuel de la hiérarchisation spatiale tripartite de tissus traditionnels. 124
Figure 15: Skiffa, Ksar Taghit................................................................................................... 124
Figure 16: Maison à patio, Ksar Taghit..................................................................................... 125
Figure 17:Ouvrage de stockage des aliments, ........................................................................... 127
Figure 18:Stah avec l'existence du zeriba, ................................................................................ 127
Figure 20: Préparation des briques en Toub, Taghit. ................................................................ 132
Figure 19: L'utilisation de la pierre comme matériau de construction, .................................... 132
Figure 21: Les troncs de palmiers utilisés comme des poutres, Taghit. .................................... 133
Figure 22: Pilier en pierre comme support de plancher, Taghit. ............................................... 133
Figure 23:Gaines de palmier juxtaposées Taghit. ..................................................................... 134
Figure 24: Plancher en gaines de palmier juxtaposées .............................................................. 134
Figure 25: L'utilisation rationnelle et économique du palmier. ................................................ 135

CHAPITRE 8:

Figure 1:Diagramme climatique Taghit .................................................................................... 138


Figure 2:Courbe de température Taghit. ................................................................................... 139
Figure 3:Table climatique Taghit .............................................................................................. 139
Figure 4:Le CLIMAGRAMME d'EMBERGER pour la ville de Taghit. ................................. 140
Figure 5: Moyennes mensuelles et annuelles des vitesses des vents en (m/s) .......................... 141
Figure 6:Vue sur une ruelle, Taghit .......................................................................................... 141
Figure 7:Vue aérienne du ksar. ................................................................................................. 142
Figure 8:Orientation du Ksar Taghit. ........................................................................................ 143
Figure 9:Eperon rocheux, Source. ............................................................................................. 143
Figure 10:Profils avec Google Earth montrant la morphologie du site. .................................... 143
Figure 11: Ksar Taghit en cascade ............................................................................................ 144
Figure 12:schéma illustratif montrant la ventilation naturelle des habitations. ........................ 144
Figure 13:Passage ombragé, couverts en voutes. ...................................................................... 144
Figure 14:Passage couvert. ........................................................................................................ 144
Figure 15: Passage ponctué par un trou d’éclairage .................................................................. 145
Figure 16:ksar Taghit ................................................................................................................ 145
Figure 17:Orientation des ruelles .............................................................................................. 146
Figure 18: ombrage porté par bâtiment voisin, Taghit, ............................................................. 147
Figure 19: absence presque totale des fenêtres, ........................................................................ 150
Figure 20: Maisons du Ksar en ruine. ....................................................................................... 151
Figure 21: Différentes seuils( Skifa) au ksar. ............................................................................ 152
Figure 22:Plan d'une maison à patio ......................................................................................... 153
Figure 23: Détail d'un west eddar .............................................................................................. 153
Figure 24:Pénétration des rayons solaire à travers le patio. ...................................................... 153
Figure 25: Maison avec cour. .................................................................................................... 154
Figure 26: Terrasse accessible, Ksar Taghit .............................................................................. 154
LISTE DES TABLEAUX

CHAPITRE 5:
Tableau 1:Échantillon des résultats de mesure des bâtiments anciens et nouveaux dans
Ghadamès. ................................................................................................................................... 96

CHAPITRE 7:
Tableau 1: Comparaison entre west-eddar et ayn ad-dar .......................................................... 125
Tableau 2:Typologies des maisons selon le nombre de poteau................................................. 130

CHAPITRE 7:
Tableau 1:Propriétés et Performances thermiques des matériaux:............................................ 146
Tableau 2:Coefficient d'absorption pour différentes couleurs. ................................................. 146
Tableau 3: Minéralisation et type de chaussées au ksar Taghit. ............................................... 149
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ANNEXE 1
Arch. & Comport. / Arch. & Behav., Vol. 10, no 1, p. 27 - 47 27

L'aspect bioclimatique de ['habitat vernaculaire


Plemenka Supic
Dbpartement d'Architecture
Ecole Polytechnique Fbdbrale de Lausanne
C.P. 555
CH-1001Lausanne
Suisse
Summary
Building comfort for people, animals and material goods is searched for by all
civilisations. Forms of vernacular houses (superposition, combination, juxtaposition
and nomadism) are described in relation to four climates: hot-dry, hot-humid, cold-
dry, cold-humid and to one or two extreme climatic situations. The examples
illustrate solutions adopted in the search for comfortable living conditions in very
different climatic contexts.

Resume
La recherche du confort dans toute condition climatique pour l'homme, ses animaux
et ses rkserves, reste une constante dans les constructions humaines. Les formes de
maisons vernaculaires (superposition, combinaison, juxtaposition et nomadisme) sont
ici dkcrites en rapport aux climats chaud-sec, chaud-humide, froid-sec, froid-humide,
B un ou B deux extremes. Ces exemples illustrent des solutions mises en oeuvre B la
recherche d'un confort d'habitation dans des conditions climatiques fort varikes.

Introduction
L'homme est B la fois constructeur et utilisateur de son environnement. Son savoir-
faire technique dCpend de trois milieux interactifs: l'humain, le naturel et le matCrie1.

Le milieu humain
Une construction est une organisation spatiale significative du comportement hu-
main. Au-delh de la satisfaction fonctionnelle des besoins et des activitks, ce sont les
donnCes Cconomiques, sociales et culturelles qui dCterminent la rkponse architectu-
rale aux questions: de quoi s'agit-il et pourquoi?

Le milieu naturel
Une construction est situCe dans un lieu gkographique dktermink, support de l'archi-
tecture. I1 s'agit de canaliser les caractCristiques environnementales - physiques,
climatiques, morphologiques et gtologiques - soit pour les utiliser, soit pour s'en
protkger (Alexandroff, 1982; Cataldi, 1987-88; Izard, 1993; Roulet, 1987).
28 Plemenka Supic

C'est le royaume des quatre ClCments naturels de notre monde - l'eau et son cycle,
l'air et ses caprices, le soleil et son feu, la terre et son opulence.

?-75- (FIG 1) Terre -Air - Eau - Feu


Earth -Air - Water - Fire

Le milieu materiel
La mise en oeuvre des matCriaux, les principes structurels et la combinaison des
efforts sont les rCvClateurs des formes et au-deb, le moyen d'expression fondamental
de la gComCtrie: horizontalitC, verticalite, angulation, courbure, continuid, disconti-
nuitC, rencontre, superposition et dissociation des ClCments de l'espace construit.
C'est la rCponse rationnelle B la question comment?

L'architecture vernaculaire
L'analyse de la maison vernaculaire, selon ces trois milieux, rCv&leque derrikre la
simplicit6 de la forme existent des rapports de causalit6 complexes. Chacun de ces
milieux peut Ctre considCrC comme facteur morphogCnCtique, et contribue A dCter-
miner la forme de la maison. Par contre, il ne peut pas Ctre dissociC et analys6 par
lui-mbme: comme l'homme ne peut s'extraire de la nature qui l'entoure, obligC qu'il
est de collaborer avec elle, il essayera cependant de la transformer, ou au moins de
s'y intCgrer avec profit. De mCme pour construire, on doit se plier aux rkgles que
dicte l'utilisation des matkriaux. On ne dispose que des matkriaux auxquels la nature
pourvoit et que l'on agencera selon ses capacitCs et ses choix.
Les facteurs mosphogCnCtiques interagissent; ils nouent un enchevgtrement dont il est
difficile de dCmCler les liens. Les gkographes, les premiers, puis les sociologues, les
ethnographes, les anthropologues, les historiens et les architectes ont tous abordC A
leur manikre l'architecture vernaculaire.

Elements climatiques
Rappelons succinctement que l'environnement nature1 dCpend des coordonnCes
gCographiques du lieu - longitude, latitude et altitude - de sa morphologie, de la
nature du sol et du sous-sol. I1 est dCteminC Cgalement par la course solaire, par les
cycles journaliers et saisonniers. L'ensemble des conditions atmosphCriques fait
intervenir trois facteurs climatiques essentiels:
L'aspect bioclimatique de I'habitat vernaculaire 29

CHAUD
le rayonnement solaire et les A

tempkratures
I'humiditC de l'air et les prCcipitations
I'intensitC, le direction et la frCquence
des vents.

(FIG 2) Combinaisons elementaires


des donnees climatiques
Basic combination of climatic
conditions

La recherche du confort habitable relatif reste une constante qui se retrouve dans
toutes les constructions humaines. On ajoutera que celle-ci est Cvidemment
differente pour un PygmCe de la for& tropicale ou un TibCtain d7Himalaya,aussi
parce qu'ils sont de longue
date dCjB physiologiquement
"acclimatCs" par leur mCta- TEMPERATURE
bolisme et leur f a ~ o nde se
[Link]
vstir. Cependant le diagram-
me de confort, formu16 par
Victor Olgay dans les annCes
cinquante, tempkrature en
abscisse et humidit6 en or-
donnCe, dCfinit les valeurs
limites au-deli desquelles la ID-HUMIDE
moyenne des individus en
gknCral se sent ma1 21 l'aise. 25 50 75 HUMIDITE

(FIG 3) Diagramme de confort pour les regions tropicale


Comfort diagram for tropical regions

Les quatre extrkmitks de ce diagramme dkfinissent des climats caractkristiques


extremes: chaud-sec, chaud-humide, froid-sec et froid-humide. Les vents dominants
agissent gknkralement comme modkateurs des deux premiers ou rendent encore plus
difficiles B supporter les deux derniers.
Rares sont les rCgions du globe ou rbgne un seul de ces climats tout au long de
l'annCe; plut8t le trouve-t-on combin6 B une ou plusieurs saisons tempQ6es.
Venons-en B une s b i e d'exemples d'architecture vernaculaire en rapport avec les
diffkrents climats (Aubry, 1965-92). Les exemples sont prCcedCs de tableaux
resumant B la fois les facteurs climatiques et les solutions spatiales et techniques des
constructions vernaculaires qui se rapportent au climat en question.
30 Plemenka Supic

Riactions type pour un climat choud-sec


L'aspect bioclimatique de I'habitat vernaculaire 31
I ~ U a
I VUIUIU

(FIG 5)
Habitation 72, rue 12, bloc 419, quartier de
Kadhimiyeh, Baghdad, lraq
House 72, street 12, block 419, Kadhimiyeh
neighbourhood, Baghdad, lraq

La diversite des espaces interieurs des


habitations des vieux quartiers de Baghdad
tend a diminuer la temperature a I'interieur
du bitiment. Le sirdab (cave) maintient la
temperature ambiante a environ 30°C et
augmente I'humidite a 60-70%, tandis qu'a
I'[Link], il fait 50°C a I'ombre et 15%
d'humldite. L'iwan (espace ouvert sur le
patio), le talar (espace semblable borde
d'une colonnade) et la tarma (galerie) sont
occupes a tour de rBle pendant la journee.
Les shanashils et u r s i (treillis en bois
ouvrage) places sur les ouvertures tamisent
la lumiere et preservent I'intimite. Les
badgirs (tours a vent) captent les brises au-
dessus des terrasses, aerent et
rafraichissent I'atmosphere a I'interieur, en
utilisant les phenomenes physiques tels que
les pressions et depressions a I'interieur du
volume. Le captage d'air peut 6tre ameliore
par les espaces largement ouverts situes
dans la partie basse de I'habitation ou par
les canaux profonds menant aux ouvertures
pratiquees dans le sol des pieces. Les
habitants se deplacent frequemment dans la
maison: ils se trouvent dans les sirdab et
hosh (patio) quand ils recherchent la
fraicheur dans les talar et tarma quand ils
veulent se rechauffer.
In Baghdad, Iraq, the dwellings are
characterized by extremely varied inner
spaces that serve to lower the inside
temperature. The sidab (cellalr) keeps
ambiant temperature at around 30°C and
brings the humidity to 60-70% while outer
temperature is 50°C in the shade and
humidity 15%. The iwan (space opening
towards the patio), the talar (similar space
surrounded by columns) and the tarma
(gallery) are used in turns during the day.
Shanashils and u r s i (wooden lattices)
covering the openings sift the light and
provide privacy. Badgirs (wind towers)
capture the breeze above the terrace,
providing ventilation and a cooler inner
atmosphere; they work by using physical
Dhenomena such as oressure/de~ressure
compensation. More air may be biought in
through open spaces situated in the lower
part of the dwelling and through deep ducts
leading to openings in the rooms' floor. The
inhabitants move frequently inside the
house: they go to the sirdab or to the hosh
(patio) when they need cooling and to the
talar and tarma when they are looking for
warmth.
CAPTAGE PUlTS OE LUMIERE ASPIRATION
VENTILATION

(FIG 6) Schema de fonctionnementclimatique d'un patio


Diagram showing a patio's climatic function

I1 y a plusieurs types de cours intkrieures. Elle peut Ctre un simple puits d'akration
comme par exemple chebeg de M'Zab, voir un lanterneau (ga'a cairote), ou se
multiplier comme dans un haveli indien. En tant que puits, sa fonction principale
peut &re le recueillement de l'eau; en tant qu'espace majeur, il devient I'espace de
lumibre, d'eau et de vkgktation (impluvium et atrium).
Dans le patio, considCrC cornme rkgulateur climatique, on peut favoriser la vkgktation
et l'eau qui refroidissent cette cour par Cvaporation, empechant la poussihre de se
lever, et qui font de l'ombre. L'air frais de la nuit peut &re retenu parce qu'il est plus
lourd que l'air chaud des alentours. Plus le patio est petit (pas plus large que la
hauteur du bltiment), plus il y aura d'ombre et la mare d'air frais y restera et pourra
ventiler les pibces adjacentes pendant la nuit; aussi le patio recouvert par de la
vCgktation ou par des ClCments lCgers (toiles ou rCsille de bois) qui laissent circuler
l'air tout en crCant une ombre trks confortable. Cette solution est souvent utiliske
pour couvrir les rues cornmergantes des casbahs.
L'aspect bioclimatique de l'habitat vernaculaire 33

Autres avantages du patio: les couloirs intkrieurs sont pratiquement supprimCs et


peuvent &treremplacCs par des portiques et des galeries; endroits frais et intimes oii
se dkroulent diverses activitks B l'ombre (Andalousie, Maghreb). Le patio-terrasse
peut se situer B l'Ctage, les pihces infkrieures Ctant CclairCes et ventilkes par un
Cclairage zenithal.
Les loggias, balcons couverts et en retrait par rapport B la faqade, sont les lieux de
sCjour mais font Cgalement office de protection solaire sur les pihces adjacentes
(Syrie, Caire). L'iwan, loggia de grande dimension, gCnCralement orientCe au nord,
sert de lieu de rkunions publiques ou semi-publiques. Des banquettes basses y sont
disposCes en "U", bordant les murs de trois cGtCs (MCsopotamie, Maghreb, Liban,
Turquie ...). Les pibces ne sont pas diffCrenciCes pour sCjour, sommeil, nourriture.
Les percements ont suivi les banquettes: ils sont bas pour faciliter la vue 5
I'extCrieur. Les fonctions du patio sont parfois purement utilitaires, comme dans les
bazars, les grandes cours intkrieures du caravansCrai1d'autrefois pour y entreposer la
marchandise en sCcuritC.
Dans un climat extrSme chaud et sec, le patio reprksente une bonne rCponse contre la
chaleur et les vents de sable en particulier, et s'il est complCtC par des dispositifs tels
que bassin, canaux, cascades silsabils et arborisation, il a aussi un impact visuel et
psychologique trks important.

Le refroidissement par I'air


La ventilation des habitations prend une importance toujours particulibre dans les
pays chauds et son r61e consiste principalement 2 rafraichir la tempCrature. Les
climats chauds et secs se caractkrisent par de fortes amplitudes journalibres, allant
jusqu'h 25" dans les r6gions dksertiques. Les constructions traditionnelles des
rigions arides se caractCrisent par une enveloppe B forte inertie thermique qu'il est
indiquC de ventiler fortement surtout pendant la nuit, quand la temptrature est
relativement basse. La circulation d'air peut Ctre activCe par la disposition des
ouvertures et leur grandeur. En principe les ouvertures doivent se trouver en face
l'une de l'autre et celle par oii l'air pCnbtre doit &treplus petite que celle de sortie.
Les anciennes maisons mCsopotamiennes possCdaient des capteurs d'air , sorte de
canal cheminCe appelt bagdir, qui conduit les'brises d'air directement dans le bas des
pibces B ventiler. La prise d'air peut Stre pratiquCe dans une ou plusieurs directions.
Ainsi, chacune des quatre faces d'un conduit de forme carrCe est pourvue d'orifices,
poses en diagonale. L'orifice du canal est muni d'un volet qu'il suffit d'ouvrir pour
obtenir un courant d'air. Le rafraichissement peut Stre trbs accentuk en humidifiant
l'air au moyen de jarres poreuses placCes dans le canal et de bassins d'eaux situCs en
contrebas. Des charbons de bois humidifiCs posCs sur une grille, filtrent et
rafraichissent Cgalement l'air qui entre en bas de la pikce.
Plemenka Supic

JARREI POREUSES

CHARBON DE BOlS
SllR GRILLE

(FIG 7) Badgiravec humidifi- Orifice d'aeration au


cateur coupole sommet d'une coupole
Badgir with a humidifier Ventilation opening at top
of cupol

L'air frais traverse le bltiment et s'kchappe par les portes et fenstres. Quand la tem-
pkrature de l'air entre dans le capteur, elle rejoint celle de l'air ambiant, le courant
descendant s7arr&teet le capteur recommence B fonctionner comme une cheminbe,
par aspiration ou dkpression.
Un orifice d'akation au sommet d'une coupole se pratique dans les rkgions pous-
sikreuses. La vitesse du courant d'air extkrieur est augmentke en passant au-dessus
de la surface courbe de la coupole. La diffkrence de la pression entre l'extkrieur et
l'intkrieur aspire l'air chaud accumulk au sommet de la vo0te. Le bassin dans la
p i k e refroidit l'air par effet d'kvaporation.

(FIG 8) Capteur d'air eloigne de la maison (50 m),


traversant un tunnel humidifie depuis le sol
Air trap distant from the house (50 m), passing
through a tunnel that is humidified from the
ground

Capteur d'air combine avec une riviere souter-


raine
Air trap combined with an underground river

Ce capteur d'air peut stre kloignk de la maison s'il est relik avec le sous-sol par un
tunnel et la vkgktation implantke sur le sol au-dessus du tunnel. Quand on arrose la
terre, l'eau s'infiltre jusqu'au tunnel, qui est ainsi rafraichi par humidification. Une
fontaine 8 la sortie du tunnel, au sous-sol de la maison, apporte un rafraichissement
supplkmentaire. On peut signaler deux variantes de ce systkme de captage d'air et de
humidification naturelle.
Variante A : Lorsque les canaux d'amenCe d'air sont reliCs par une rivikre
souterraine, un conduit vertical relie une rivikre souterraine avec le sol, un autre avec
le sous-sol de la maison. Le capteur d'air est B proximitC. L'air du conduit rafraichi
par le passage au-dessus de la rivihe est aspirC par le courant venant du capteur. Le
capteur fonctionne aussi comme une cheminCe dans le sens inverse.
Variante B: Lorsque les canaux d'amenCe d'air sont relits B une caverne
souterraine oil la tempCrature et I'humiditC sont constantes toute l'annCe (10-12")
(voir les covoli utilisks par Palladio).
n
(FIG 9) Le refroidissement par I'eau
Water cooling
Chaddar

Serdap

(FIG 10) ChadarAmber, Rajastan, lnde


Chadar Amber, Rajastan, India

Pour augmenter le refroidissement de la tempCrature par evaporation de l'eau, dans


les jardins, les patios, les halls publics ou dans les maisons de notables, on utilise
souvent des fontaines avec des petits jets d'eau, des cascades artificielles ou des
plans inclinCs taillCs dans la pierre, oil l'eau ruisselle en formant de fines gouttelettes.

RBactions pour un climat chaud-humide


Plusieurs variantes sont B distinguer par rapport B ce climat:
- B humidit6 stagnante (forst tropicale)
- B humidit6 et mouvements d'air permanents ou alternatifs acc6lCrant 1'Cvapora-
tion et permettant le rayonnement solaire direct (savane africaine).
- B saisons humides et skches alternCes (mousson indienne).
36 Plemenka Supic
L'aspect bioclimatique de l'habitat vernaculaire 37

Caract6risCs par une forte pluviomdtrie, petites amplitudes thermiques journalikres et


saisonnikres et une grande humidit6 d'air, ces climats sont inconfortables i?i cause de
l'association de l'hurnidit6 et de la chaleur, mEme si les tempdratures ne sont pas trks
ClevCes. Les mouvements d'air permettent au corps humain de perdre la chaleur par
Cvaporation.
Les constructions sont crCCes pour permettre une bonne ventilation B travers les
parois. La toiture 1Cgkre avec l'avant-toit et la couverture vCgCtale sont les C16ments
dominants et acquikrent des formes trbs diversifides.
(FIG 12) "Longhouse" Kaluli, Papouasie Habitation Ema, Tirnor

Uma a Maileppet, Siberut, lndonesie

(FIG 13) Yanoama, Haut Orenoque


Yanoama, Braz~l-Venezuela
Les Yanoarna, semi-nomades du haut - ) I

Orenoque, a la front~eredu Bres~let du


Venezuela, constru~sentleur chapuno,
campernent semi-permanent, rnultl-farnl-
r' ' '
', -J . 1

lral autour d'une dace centrale elllotroue


ou circulaire. ' Chaque habiiation , . * ; \...
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consiste en un grand toit, a un seul pan
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;; relation avec les vents dominants, les
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5. ., The Yanoama are a semi-nomadic population living on the border
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~+::::~s::{j. =::.z::~:: ..: .$% ,..::;L between Brazil and Venezuela. They build their chapuno - a serni-
permanent camp in which a group of families lives - around a
j]j :! i/
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a.
... circular or elliptical central square. Each dwelling consists of a large,
::: one-sided roof opening towards the square. The chapuno's site
u
a-- t:b - - - -
:: .:::
4- - i-; .. -2 within the village is chosen dependent on winds, rain and the
/i e :. . availability of drinking water.
kjk.:-.;;.-: +;:.:.::.; -;;;:y.;y:y<+j
38 Plemenka Supic

(FIG 14) Niutao, lles Tuvalu, Micronesie


Niutao, Tuvalu Islands, Micronesia

Sur I'ile de Niutao, archipel Tuvalu, Micronesie, les


habitants vivent a m6me le sol couvert de gravier et
delimite par les cailloux. Quand le vent souffle trop, ils
se protegent avec des paravents tresses
On Niutao (Tuvalu Islands, Micronesia) the population
lives directly on the graveled ground, drawing borders
with stones. Woven screens are used for protection
when the wind gets stronger

(FIG 15) Habitation birmane Habitation des Orang Asli dans les montagnes de Malaisie
Burmese dwelling Orang Asli dwelling in the mountains of Malaysia

Dans les zones tropicales et subtropicales h dominante humide, le degrC d'incomfort


est caractCrisC en premier lieu par l'association tempCrature-humidit6 relative de
l'air, comportant le plus souvent peu de variations saisonnibres et journalibres.
L'absence de mouvements d'air naturels ne peut qu'aggraver l'ambiance moite de
l'atmosphbre au rayonnement diffus. La moindre brise doit pouvoir stre captke ou
encore crCCe par l'effet de cheminCe. La rCgularit6journalihre des pluies qui tombent
verticalement en absence de vents font de la toiture vCgCtale p o d e sur une ossature
de bois sans cloisonnements, un espace "habitable" minimum oh se mklangent
hommes, animaux, victuailles, chacun h sa place ou sous abris skparks. Un drainage
L'aspect bioclimatique de l'habitat vernaculaire 39

pCriphCrique creusC dans le sol ou une lkgkre surClCvation de la partie habitable en


pierre ou terre battue, limite l'espace "int6rieur". Nattes au sol, hamacs suspendus B
la charpente, les nourritures et les habits sont frCquents. Lorsque les brises de mer se
font sentir, ce type de toiture - antipluvial - est relativement confortable et peut
&re complCtC par des paravents et des nattes suspendus.

(FIG 16) Sa'dan Toraja, Sulawesi, lndonesie


Sa'dan Toraja, Sulawesi, Indonesia

Lorsque les pluies sont abondantes, le sol spongieux, ou lorsqu'il y a des risques
d'Crosion, l'espace habitable se dCgage du sol soit sur un terre-plein ou plus souvent
sur pilotis de hauteurs variables. Ce plancher habitable isole physiquement et
visuellement. I1 facilite Cgalement la ventilation par dessous et crCe un espace de
service rCservC gknkralement aux b&teset dCtritus.
Lorsque les vents deviennent importants et qu'un deuxikme degrC de privacitC est
souhaitk, l'espace habitable surClev6 ou non est enveloppC en fapde de cloisons ou
claires-voies ou rCsilles, laissant passer l'air et la lumikre par des interstices plus ou
moins larges (ex. case africaine de la c6te atlantique soumise aux alizCs). Les
espaces intCrieurs et extkrieurs sont cette fois mieux diffkrenciCs, le clos et le
couvert, le public et le privC, l'humide et le sec, se distinguent et s'articulent autour
de l'avant-toit et de la porte d'entrke.
Le vent est canalist par des ouvertures spkcialement conques dans des cloisons
opaques de fa~adeset par des dispositifs intkrieurs de la forme de la toiture. La
ventilation est traversante par les pignons qui aspirent I'air des espaces en contrebas.
11s sont peu compartimentts, laissant tout le volume intCrieur visible. De
nombreuses variantes de ce type peuvent Stre inventorikes en IndonCsie, au Vietnam,
Sumatra, Sulawesi, etc. oil les trks grandes constructions en bambou tiennent B la
fois de la prouesse technique et d'une symbolique CsotCrique.
Dans ce type, les espaces intkrieurs sont tous difftrencits et satisfont au mieux au
contr6le de la ventilation, de la lumikre et des relations avec la nature. L'exemple
d'habitation Zhuang, comme la maison japonaise, est soumise B une pCriode froide
pour rCpondre B cette difficult6 pCnible; les charnbres sont petites et basses, isolkes
par des sous-pentes B usage de rtserve. La salle du foyer permet de rtunir toute la
famille en saison froide, mais est aistment ventilCe en pCriode chaude par des
fenstres de formes varites munies de volets et de persiennes.

Reactions pour un climat froid-humide


En Europe et en Asie, elles se trouvent depuis le versant nord de la MCditerrante
jusqu'aux limites nord des for& septentrionales. C'est une zone oii la vtgttation
prospkre et les animaux sont nombreux. Mais elle est contraignante pour l'homme
qui a dQ construire son abri se preserver du froid, des pluies et des vents. Les
premiers abris humains Ctaient donc, soit les grottes naturelles, soit des huttes en
bois, avec un feu central, situCes B proximite de l'eau et implantkes de sorte a offrir
une protection contre les vents glaciaux et pluvieux.

ZONE FFOlDE El HUMlC


I
L'as~ectbioclimatiaue de l'habitat vernaculaire 41
ZONE FROIDE El SECHE
I I I

-
Facleun cllmaHquer Enrolelllomen1 Temphhue do I'ah HumMiie rdah'e Mowementsddr R6clplla~onr
champ d'appllcatkw

- mbmNfs - 1-etierrC - Morq-mhnshw


Implantation
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G'O"pemen1

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Partinon SpaWale -crwmnement 6wwdr-
di91e

- Wforememiareet - iaihiie @tear en i e e h


pen1e
Enveloppe hwirontale -ew
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M a l ~ o l ~ o n

Enveloppe vortkalo
-- Pent= -
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- Occbbnrrrhme&
ahsmrer
- Protphn*
erpmes
b -1

Mal&alkaflon mpocn8-
npatmts

Les v6tements
Le corps humain est sa propre source de chaleur. Lorsqu'il fait froid, la meilleure
f a ~ o nde rester au chaud consiste B s'isoler le corps en le couvrant par des vbtements
Cpais, peaux, fourrures. Les Mongols "doublaient" de volume B la venue de l'hiver;
les Saami portaient diffkrentes sortes de manteaux - leur Cpaisseur suivait les
variations saisonnikres de la fourrure de renne. Pourtant, les FuCgiens de la Terre de
Feu vivaient par des temphatures aux environs de 0°, B peu prks sans habitation, sans
vbtements et sans feu. Dans cette rtgion battue par les vents et les pluies glacCes et
trks humides, la peau stchait plus vite que le vbtement. Elevts depuis l'enfance "2 la
dure" par les immersions dans I'eau glacCe, ils enduisaient leur corps d'une couche
protectrice de graisse de phoque, pratique courante dans les rCgions trks froides.

Le regroupement
Se grouper pour se chauffer mutuellement, se rtunir autour du feu qu'on allumait
tant8t dans une maison, tant6t dans l'autre, participer aux veillCes d'hiver
campagnardes, avait pour but le rechauffement en m2me temps que la sociabilitk.
Pour avoir chaud en hiver, on utilisait la chaleur des animaux dans les ttables et les
fumiers. Innombrables sont les espaces habitis construits au-dessus, B cBtC, et m2me
B 1'intCrieur des ttables.

Le relief nature1
Les cavitCs naturelles amCnagCes ont, comme nous venons de le dire, CtC utiliskes
depuis la nuit des temps comme abri ou comme lieu de culte par l'homme (voir
peintures rupestres), particuli&rementdepuis l'utilisation du feu.
42 Plemenka Supic

Dans les PyrCnCes-Atlantiques, en France, certains abris ont CtC utilisCs comme
habitat permanent, skpultures, dCpGts, ouvrages de dCfense, habitat saisonnier et ceci
pratiquement jusqu'h nos jours.
Les grottes les plus spectaculaires ont CtC occupCes par les Indiens de 1'AmCrique du
Nord dans le Colorado, l'Utah, l'kizona et le Nouveau Mexique.

Le trogloditisme
Une des solutions les plus radicales au problkme de froid (et de chaleur) est prCsentCe
par les habitations individuelles et les agglomCrations souterraines. La terre, ayant
une grande inertie thermique et une tempCrature B peu prks constante toute 17annCe,
fournit des habitations fraiches en CtC et moins difficiles B chauffer en hiver.
L'agriculture peut se dkvelopper sur toute la surface du dessus.
La conception architecturale de toutes ces
habitations est identique: autour d'une cour
sous forme de puits profond et souvent large

-
sont taillkes des pikces, aCr6es et tclairkes par
des percements donnant sur cette cour. On y
descend par un tunnel en pente ayant des
niches qui sont souvent utilisCes comme des
Ctables.

Une rCponse efficace au froid et au vent est (FIG 18) Kazak


apportCe par l'igloo Inuit. Cette hCmisphkre
de neige durcie offre peu de volume au
blizzard. La lampe B huile et la chaleur des
corps humains produisent une pellicule de
glace sur la face intCrieure de l'igloo et le
rendent impermCable B l'air extCrieur. Sur la
plate-forme 16-gkrement surClev6e servant de
sCjour, la tempCrature de l'air peut atteindre
15" lorsqu'il fait -40" B I'extCrieur.
Turkmene
Turkmenian

Une yourte mongole, uzbek, kirghiz...est une habitation circulaire, a toit arrondi ou conique, prefabriquee,
demontable et transportable, composee d'une armature de bois, d'un couverl de feutre et de bandes et sangles
tissees en laine pour amasser I'armature et fixer le couverl de feutre. Yurt veut dire le sol; les Russes
I'appellent bibitka. Dans l'axe de ['entree, a 1.40 m de la porte, une cavite en forme d'ecusson, creusee dans le
sol, tient lieu de four a pain, mais sert egalement de chauffage. Le feu est allume deux fois par jour. Un
dispositif en bois est installe au-dessus des braises, on le recouvre de couvertures sous lesquelles on glisse la
partie inferieure du corps et on appuie le dos contre la literie et des coussins.
A Mongolian, Uzbek, or Kirghiz yurt is a circular dwelling with a round or conical roof; it is prefabricated, and can
be pulled apart and transported. It is made of a wooden frame on which a felt cover is attached, using straps
woven from wool. 'Yurt' means 'ground'; the Russians use the worldbibitka. A cavity situated 1.40m from the
entrance is used to bake bread, but also for heating. Fire is lit twice a day. A wooden structure is put above the
burning coal and covered with blankets; people put the bottom part of their body inside the blankets and lean
against cushions.
L'asoect bioclimatioue de I'habitat vernaculaire 43

coupe BB

coupe AA

L
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(FIG 19) Yvaskyla en Hame, Finlande


La maison traditionnelle finlandaise est construite d'une succession de pieces juxtaposees de dimensions
variables, inscrite dans un rectangle plus ou moins allonge (Moley, 1984). Construite entierement en madriers
avec des joints calfeutres de mousse, de criniere de renne ou d'etaupe. Le bois de pin lui confere une assez
bonne isolation thermique. La grande piece traversante a peu pres carree de 6-7 metres est le lieu principal
d'activite et de reunion de toute la famille pendant la saison froide (- 40"). L'element principal a partir duquel
tout est organise est le foyer, grand massif de pierres puis de briques. A I'origine, sans canal de cheminee, il
etait comme un four dont la masse chauffee rayonne la chaleur et permet la cuisson et I'eclairage. C'est
egalement I'ancetre du sauna. La gueule du four laisse sortir la fumee par la porte du hall d'entree situee a
proximite. Apres I'introduction du canal de cheminee du foyer, cette orientation est simplement retournee de
90°, mais le massif est complete par une cheminee sur I'angle, permettant la cuisine sur potence et d'une niche
pour le reserve de bois et son sechage. Cette situation quasi immuable affecte I'organisation de tout I'espace
qui est accentue encore par superposition de poutres traversantes autour du massif (Jako-Orsi). Dans I'angle
oppose au foyer, on trouve la table a manger. Dans les deux autres angles, les lits pour I'hiver. Les poutres
servent de support pour le double toit interieur lourd bombe ou pentu, revetu de terre. C'est une protection
contre I'incendie et forme en meme temps une isolation supplementaire bienvenue. Les poutres servent de
support pour des sechoirs et reserves de toutes sortes. Le plus souvent, le quadrilla e de poutres dans deux
directions divise spatialement tout I'espace en huit zones, plus la zone centrale. ghacune a une vocation
particuliere, lit, table ou rangement. Ainsi les trois zones face au four comprennent le bahut a marmite, le
vaisselier, une petite trappe d'acces a une reserve en sous-sol, un lit d'hiver et le "coin des femmes" et ses
divers travaux, etc. (Moley, 1984). Notons encore que le plancher est sureleve par la presence d'un vide
sanitaire isolant.
The traditional Finnish house contains a series of rooms with various sizes, forming a shorter or longer
rectangle. It is entirely built of timber, with moss, reindeer hair or shreds used to fill the gaps. Pine wood
provides quite a good thermic insulation. The largest room forms a square with sides of about 6-7 meters; here,
the whole family spend most of their time during the cold season (-40"). The room is structured around a large
hearth, made of stone and later of bricks. It originally didn't have a chimney and worked like an oven, that was
used for cooking but also brought heat and light. It is also a primitive form of sauna. Smoke originally was led
through the door to the entrance hall. After the introduction of chimneys, the hearth was turned around by 90";
cooking was done in its corner and a recess was added in which wood was stored and dried. This type of
structure influences the use of space in the whole room; traversing beams were added around the hearth (Jako-
Orsi). Eating is done at a table situated in the angle opposite the hearth. Beds put in the two other corners are
used during the winter. The beams support a double inner roof that is covered with earth and may be round or
steep. The earth serves as protection against fire and also brings a useful insulation. The beams are used in
different ways, for drying and storage. Frequently, beams orientated in two directions sub-divide space into
eight zones, plus the central area. Each zone is used for a specific function, sleeping, eating or storage. The
three zones facing the hearth contain furniture, holding pots and crockery, a small trap leading to an
underground storage area, a winter bed and the "women's corner" in which different activities were carried out
(Moley, 1984). Let us add that the floor was risen above an insulating sanitary gap.
44 Plemenka Supic

(FIG 20) Chalet a fort, Ormonts-Dessus, Vaud, Suisse


Les chalets a forts sont situes sur un versant montagneux de la Vallee des Ormonts. Cette region est
caracterisee par I'abondance de neige et les risques &avalanches de neige provoques par le deboisement.
L'aspect bioclimatique de l'habitat vernaculaire 45

Ces petites fermes isolees ont Bte construites (fin du 18e, debut du 19e siecle) appuyees contre un enorme
eperon triangulaire de massif de pierres rempli de terre, qui epouse parfois la forme du toit a deux pans
perpendiculaires a la pente. L'avalanche est ainsi deviee lateralement et passe par dessus le toit avec le
moindre risque d'enlever quelques bardeaux, mais laissant la structure en bois de la maison intacte.

This type of chalet is found in the mountainous part of the Ormont Valley, Switzerland. This region is
characterized by heavy snow falls and a high risk of avalanche, due to deforestation. Isolated farms were built
(end of 18th, beginning of 19th century) against a huge triangular stone spur filled with earth. This pushes
avalanches towards the side, forcing them to pass over the roof, whereby the house's wooden structure
generally remains intact - at the most a few slates are carried away by the snow.

(FIG 21) Chate Sur Eu, Zuoz, Grisons, Suisse

Le doublage en bois des pieces habitables dans les constructions successives en pierre, ainsi que le chauffage
du po6le de la salle de reunions alimente par la cuisine se trouve dans cette habitation. On peut remarquer
qu'ici le doublage en madrier sur les deux etages est encore completement dissocie de I'enveloppe des murs
exterieurs de maqonnerie et de la toiture. A noter egalement que dans cette region si caracteristique, les
embrasures des petites fen6tres s'ouvrent sur le soleil et la lumiere.

This dwelling shows how stone buildings may include an inner wall made of wood; heating of the main room is
done from the kitchen. In this example, the interior timber wall is completely independant from the outer
masonry walls and from the roof. In this region, the small windows open towards the sun and the light.
46 Plemenka Supic

(FIG 22) Mollard-sur-le-Brassus,Vallee de Joux, Suisse

Cette petite ferme isolee a rez-de-chaussee est situee a la limite des habitations permanentes de la region
(environ 1'200m.). Climat tres rigoureux, pluie neige et vent dominant du sud-ouest. Dans sa simplicite
d'organisation, elle reunit un certah nombre de caracterist~quescommunes aux constructions de la chaine du
Jura. Le olan est tres ramasse abritant toutes les fonctions dans un meme volume. sous un meme toit a deux
pans, faibiement debordant, de pentes recouvertes de bardeaux maintenues par des pierres a I'origine, puis est
susceptible de conserver la neige. L'orientation du faite etant dans le sens du vent, les charges s'equilibrent
sur chaque versant. La face sud-ouest est entierement recouverte de pavilions sur double lambrissage. Etant
reaulierement soumise au vent et a la oluie.
d& auvents.
, .,
. les deux oetites fengtres de I'ecurie sont eaalement.
oroteaees oar
. a .

La division transversale des trois zones essentielles comprend des acces aux deux extremites. La zone ecurie
avec chambrette, la zone grange fourragere avec le "devant-huis" (auvent) pour le travail a I'abri, la zone
corridor distribuant la cuisine et deux chambres laterales, permettent de travailler sans sortir a I'exterieur.
La cuisine, rencontre du feu et de I'eau, est dominee par le tue, la grande hotte fumoir d'evacuation des fumees
venant du four et du foyer ouvert, I'btre autour duquel on faisait autrefois les veillees. A la base de I'btre dans
I'evidement des murs se trouve la "platine", plaque de fonte carree de 70 cm., decoree de reliefs ou de blasons,
qui sert a chauffer la chambre de menage attenante, le "polye", et a secher le linge ou les habits. La cuisson
par potence, cremailliere et chaudiere a ete le plus souvent remplacee par un potager a bois produisant de
I'eau chaude en permanence. La cuisine est eneralement inchauffable a cause des deperditions provoquees
par la hotte. Dans le cas particulier, le massigdu four en maponnerie pouvait temperer quelque peu le coin
manger et la "belle chambre". Plus tard, cette disposition a permis d'installer un fourneau a bancs en pierre
calcaire ou en molasse, alimente par la cuisine. Les trois chambres ont un plancher en bois et sont
lambrissees generalement sur toute la hauteur pour eviter le rayonnement froid des murs en maponnerie,
crepie a la chaux.
La grange remplie de paille et de foin contribue a une bonne isolation des chambres et de I'ecurie qui sont par
ailleurs tres basses. La chambre nord-ouest, relativement peu ensoleillee par rapport aux autres, beneficie
toutefois d'un eclairage constant et diffus, propice a I'amenagement de deux etablis d'horlogers dans
I'embrasure des fen6tres. La fabrication des pieces d'horlogerie pour une source de gain supplementaire etait
tres frequente dans la region surtout en hiver.
Signalons encore que dans toute la region, I'eau du toit etait recoltee dans une citerne exterieure ou I'on se
servait a I'aide d'une seille en bois ou d'un "balancier". Dans cette maison qui beneficie d'une source d'eau, ce
dispositif est seulement utilise pour abreuver le betail a une fontaine. L'evacuation des eaux de cuisine se
faisait directement a I'exterieur par I'evier en pierre muni d'une gargouille. La cave accessible de la cuisine
permet la conservation des produits laitiers, des fruits et legumes a I'abri des rongeurs. Le grenier, reserve des
semis,de la viande fumee et des choses precieuses, tres souvent independant de la construction, mais a portee
de vue, a cause des risques d'incendie. I1 est symbole de prosperite et d'assurance pour I'avenir.
This small isolated farmhouse is situated at the edge of the permanent settlement (1200m). In this region the
climate is very severe, with rain, snow and strong south-western winds. The dwelling shows a number of
elements characteristic of buildings found in the Jura mountains. All dwelling functions are grouped within a
small surface, under a two-slope roof covered with slates that were originally held down by stones. The roof
ridge is oriented in the wind's direction, with loads balanced on each side. The south-western face is entirely
covered in wood. Penthouses protect the stables' two small windows against winds and rain.
The building is subdivided tranversally into three zones, with access on both sides. A stable area also contains
a small room; the barn area has a "devant-huis"(covered ramp) protecting people from the weather; the kitchen
and two lateral rooms form the hallway area, in which work could be done without having to go outside. The
kitchen, regrouping fire and water, has as its central point a large chimney through which the smoke coming
from the oven and from the open hearth is evacuated, and an open hearth around which people used to meet in
the evening. An iron plate ("platine") measuring 70 cm, situated towards the bottom of the hearth's wall, is used
to heat the room next door (the "polye") and to dry washing and clothes. Cooking is now done on a wood
stove, on which hot water is constantly available. The kitchen normally cannot be heated, due to the open
chimney. In the example shown, the masonry oven may have brought some warmth to the eating corner and to
L'aspect bioclimatique de I'habitat vernaculaire 47

the "good room". Later, limestone stoves were installed, that were heated from the kitchen. The three rooms
have a wooden floor; the walls are wood, which is warmer than cold masonry.
The barn is filled with straw and hey, helping to insulate the low rooms and stables. The room situated on the
north-western side receives little sun but has good lighting; this was put to good use by installing two
watchmakers' workbenches near the windows. In this region, watchmaking sewed as a complementary source
of income, especially during the winter.
Let us add that in the whole region water from the roof was collected in an external cistern from which it was
taken using a wooden bucket ("balancier"). The house given as example has its own spring and the cistern is
used only for the cattle. Water from the kitchen is emptied directly outside, through a spout. The cellar can be
accessed directly from the kitchen and is used to store milk produce, fruit and vegetable, away from rodents.
An outer storehouse contains grains, smoked meat and valuables; it is separate from the main building because
of the risk of fire. It is a symbol of prosperity and of the future.

Conclusion
Par ce petit inventaire, combien succinct voire incomplet, nous avons analysC, pour
mieux comprendre, la rCponse formelle particulikre que l'habitation vernaculaire
apporte aux contraintes climatiques.
Par les choix opCrCs, un peu au hasard, dans notre documentation s'Ctendant sur des
sibcles, survolant des continents, mslant des cultures si diverses, on peut se rendre
compte de 17ambigui'tCdu dkterminisme climatique, B peine nuanct dans les
cornmentaires, qu'il serait nkcessaire de rkduire par I'introduction d'autres rCfCrences
et pararnktres, c'est-8-dire autant de tetes de chapitre B explorer encore.

BIBLIOGRAPHIE

ALEXANDROFF, G. et J.-M. (1982). "Architectures et climats - Soleil et Cnergies naturelles dans l'habitat"
(Berger-LRvrault. Paris).
AUBRY, F. (1965-1992), "Travaux d'analyse de I'architecture vernaculaire", exCcut6. par les Ctudiants du
DCpartement d'architecture de I'EPFL, dans le cadre de I'enseignement de la premiere annCe.
CATALDI, G. (1987-1988), "Le ragioni dell'abitare - Les raisons de l'habiter", Studi e documenti d i
architecttura, no. 15 (Prato).
IZARD, J.-L. (1993), "Architectures d'Ct6 - Construire pour le confort d'Ct6" (Edisud, L a Calade, Aix-en-
Provence).
MOLEY, C. (1984), "Les structures de la maison - exemple d'un habitat traditionnel finlandais"
(Publications Orientalistes de France, Paris).
ROULET, C.-A. (1987), "EnergCtique du bltiment; prestations d u bilan Cnergttique global" (Presses
Polytecbniques Romandes, Lausanne).
ANNEXE 2
REPUBLIQUE ALGERIENNE DEMOCRATIQUE ET POPULAIRE

T A G H I T PELERINAGE AUX SOURCES


DE NOTRE HUMUS

Conception et réalisation de :Mme Maïza Myriam, Mr Maïza Younes, Mr Benmohamed Tarek

FONDATION DES ESPACES KSOURIEN TEL/FAX : 049 81 06 38; Email: espace_ksourien@[Link]


LOCALISATION

a) Wilaya BECHAR
Daïra TAGHIT
Commune TAGHIT

A moins de 100 Km
au sud de la ville de Bechar,
légèrement à l'est de l'an-
cienne piste transsaharienne,
reliant l'Algérie au Niger par
le Tanezrouft se trouve la pe-
tite oasis de Taghit.
Avec ses quatre oasis satelli-
tes; Zaouia el foukania,
Zaouia el tahtania, Berrebi et
Bakhti. Taghit forme un cha-
pelet de Ksour qui s'égrènent
d'amont en aval sur la rive
gauche de l'oued Zousfana au
pied du grand Erg occidental.
Situation de la Wilaya de Bechar.

b) Nom du bien Le Ksar de Taghit (Pays des Béni Goumi).

c) Nature du bien La ville ancienne de Taghit.

d) Accès A partir du chemin Wilayal n°10, après la traversée de l'oued Zousfana, le Ksar de
Taghit est perché sur un rocher au nord du nouveau village. C'est l'unique accès par la
route.
Il existe cependant un accès secondaire piéton au nord du Ksar de la palmeraie.

DONNEES
JURIDIQUES

a) Propriétaire Les habitants du Ksar.

b) Etendue Périmètre de classement


Le site sur lequel se trouve le Ksar, représente le périmètre de classement, étant
donné que celui-ci se trouve sur un rocher sur ses trois côtes, le quatrième étant bordé par
le chemin wilayal n°10. Ce même chemin agrandi à la dimension de route.
Champs de visibilité
L'un des principaux atouts de ce Ksar, est justement le champs de visibilité offert
aux visiteurs. Le Ksar est visible de différents endroits du Lieu.
En même temps du minaret de la mosquée du Ksar, le champs visuel est complet.
TAGHIT 1
IDENTIFICATION

a) Description
précise
b) Photos
c) Plans
T A G H I T

Carte 1/200 000 ( I.N.C 1994 )

Pour celui qui vient de Bechar, après avoir parcouru près d'une centaine de kilomè-
tres au milieu d'une Hamada caillouteuse, hostile et monotone, l'arrivée à Taghit est sai-
sissante. Avant de parvenir au col qui commande la descente sur la vallée, rien ne laisse
deviner le brusque changement qui va survenir dans le paysage. Soudain, au sommet de
ce col, un panorama d'une splendeur inoubliable s'offre aux yeux du visiteur, qui s'arrête
pour admirer la beauté de cet ensemble harmonieux.
En bas au premier plan s'étire la Zousfana d'où émergent les palmiers; par delà l'oued et
les jardins, le vieux Ksar de terre brunâtre, se tasse sur l'éperon rocheux qui barre la
vallée, dominé de tout près par le Bordj et la grande dune appartenant à l'immensité de
l'erg occidental avec ses vagues roses ou d'or selon l'heure, constitue une prestigieuse toile
de fond. Encore ébloui par cette vision, le visiteur traversera la palmeraie au milieu des

Photo N° 1
lauriers roses, franchissant l'oued par un radier, remonte entre les murs des jardins et
grimpe jusqu'au Ksar après avoir longé à droite les Koubbas de Sidi Ali BEN EL GHAZI
et Sidi ABDERRAHMANE ainsi que le cimetière.

TAGHIT 2
IDENTIFICATION

T A G H I T

Photo aérienne I.N.C (1/10 000 e ) 1981.


Ancien village fortifié, le Ksar est bâti sur la pointe de l'éperon rocheux qui tombe
à pic sur l'oued Zousfana. Les habitations en toub y sont groupées dans un enchevêtre-
ment paraissant à première vue inextricable, au milieu duquel la mosquée dresse son
minaret. On pénètre dans le Ksar par
une unique porte qui s'ouvre dans sa
partie haute nous entraînant dans un
dédale de ruelles qui se faufilent en-
tre les maisons, montant, descendant,
changeant brusquement de direction
selon les caprices du sol et le génie
des bâtisseurs. Certains passages sont
entièrement couverts où il règne sou-
vent une obscurité garante de l'inti-
mité des lieux. Un espace un peu plus
large dénommé Rahba servant d'élé-
ment régulateur du Ksar et du grou-
pement humain. Lieu d'expression, de
fête et de réunion. Le Ksar donne une
impression de densité et d'unité par
le regroupement qui se veut optimal
et rationnel du lieu d'implantation.
Cette densité confortée par l'existence
d'un rempart ceinturant le Ksar, con-
tribue à renforcer la comparaison de
taghit avec une pierre enchâssée dans
une belle bague.
La palmeraie contourne le djebel et
s'étale dans la vallée jusqu'à la petite
koubba de Sidi DAOUD. Au loin le
sky-line et les dernières ondulations
de l'erg sont les dernières touches d'un
tableau qui n'est jamais le même.
Assurément, le Ksar est au site ce que
le site est au Ksar, en cela qu'ils sont
indissociables, pour que la partition
qui s'offre à nous soit complète. Photo N° 2

TAGHIT 3
IDENTIFICATION
GENESE ET EVOLUTION

T A G H I T Le Ksar de Taghit, Fig A, n'a pas été le fruit d'une planification initiale de son
ensemble. Il est, comme beaucoup d'autres Ksour, le résultat d'une évolution continue et
régie par les contingences qui apparaissent dans le temps.
Le premier embryon du Ksar a été: Derb BOUCHLIH (père des Berbères) Fig B.
Au fur et à mesure que la population augmentait, la nécessité d'un agrandissement, somme
toute logique se fait sentir. Cette première extension; réalisée en commençant par la
mosquée, a donné naissance à: Derb ENNOUADAY (du bas) Fig C. La deuxième exten-
sion du Ksar occupée par les Harrathines a pour nom Derb LAHNAYEN (ceux qui tra-
vaillent pour les notables) Fig D. Le Ksar, connaissant un afflux sans cesse grandissant,
Derb ENNOUADER (espace où s'effectuent le traitement des moissons) Fig E, a été la
plus grande extension entreprise. Suite à cela, la dernière extension de la manière la plus
naturelle, en occupant ce qui restait de libre du massif rocheux, vint constituer ce qui sera
appelé FOUM EL KSAR (entrée principale) Fig F.

Fig A. Schéma du plan général de TAGHIT. Fig B. Derb BOUCHLIH.

Fig C. Derb ENNOUADAY. Fig D. Derb LAHNAYEN.

TAGHIT 4
IDENTIFICATION

T A G H I T

Fig E. Derb ENNOUADER. Fig F. FOUM EL KSAR.

TAGHIT 5
IDENTIFICATION

T A G H I T Le Ksar de Taghit,
présente tous les aspects
typiques que le visiteur
s'attend à trouver dans
un Ksar du sud. Le jeu
des clairs obscurs, sa-
vamment organisés, les
alternances d'espaces
couverts et non couverts,
de parois pleines et d'es-
paces accueillants. Les
ruelles tortueuses, et ré-
servant des surprises, des
maisons dont on devine
la présence, mystérieuse
et interdites, tout cela
contribue à créer une
Photo N° 3 Photo N° 4

atmosphère particulière que le si-


lence des lieux ne fait que renfor-
cer .La centralité de la petite mos-
quée, lui confère l'importante mis-
sion d'élément de cohésion, hu-
maine et bâtie, d'où partent et arri-
vent toutes les décisions,s concer-
nant le groupe. Dar El Kadi et Dar
Edhiaf, leur proximité avec la
mosquée, confirme ce rôle de coeur
du Ksar.
Centre de décision, protégé par une
double ceinture ,faite des maisons
et du rempart. Le désordre de
l'agencement des maisons ou l'inex-
tricable enchevêtrement des ruel-
les ,ne sont qu'une apparence ; en
vérité la trace d'un geste conscient
et prémédité parce que répétitif et
codifié, est plus que réelle et l'étude
approfondie de ces lieux et espaces
montrera une certaine qualité du
niveau de conscience et de ré-
flexions auxquels sont arrives les
Ksourien eux, qui souvent ce sont vus traiter de primitifs et incultes.

Photo N°5 Photo N°6

TAGHIT 6
IDENTIFICATION

T A G H I T Dans la maison à patio central


de la saoura et précisément à Taghit,
de larges pilastres de terre crue permet-
tent d'obtenir des pièces plus grandes
et produisent un effet sobre et décora-
tif.
Les quatre piliers de la pièce
principale structurent le patio, espace
ouvert qui dispense la lumière et l'aé-
ration.
Le rapport oasis/désert est repro-
duit entre les murs dans la relation en-
tre le noyau d'habitation et rue princi-
pale, lieu du marché et des services
collectifs.
La maison recrée l'espace dans
le patio ou sur la terrasse. Les pièces,
disposées autour de l'axe central de l'ha-
bitation fermées sur l'extérieur, recons-
tituent chacune une unité complète
d'habitation. Entre les murs eux mê-
mes, le long desquels courent des alcô-
ves, des niches et des jarres, ce sont les
éléments et les fonctions de l'oasis toute
entière qui sont reproduit en plus petit

Photo N°7

TAGHIT 7
HISTORIQUE

T A G H I T
Photo N°8

La vallée de la Zousfana parait avoir été habitée depuis les temps les plus reculés
comme le confirme la présence de nombreuses gravures, ainsi que sur les escarpements
de la falaise dominant la vallée, sur la rive droite de l’oued, où subsistent encore les
ruines d’anciens ksours, que les gens du pays déclarent avoir été occupés par des païens
et des juifs.
Au IVème siècle de l’hégire, les habitants étaient si nombreux, qu’ils formaient
un koum, de là serait venue l’appellation
de Beni Goumi. C’est à l’époque que se-
rait apparu le premier musulman Sidi
BAYAZID; c’était un saint homme qui
guidé par dieu, quitta sa province de Ba-
ghdad, partit vers une contrée païenne
de l’occident pour y prêcher le Coran.
Après avoir longtemps marché, il attei-
gnit la région, où il fut en contact avec
les habitants d’un bourg nommé Dir
Chemaoun ( la colline de Samuel ). Il en
convertit un très grand nombre et suite à Photo N°9
cela, il fit quitter les Beni Goumi con-
vertis des hauteurs de la falaise de la rive
droite de la zousfana pour les établir sur
la rive opposée , entre Barrebi et la Zaouia
Tahtania.
Sidi BAYAZID mourut dans la ré-
gion, après avoir combattu énergique-
ment les infidèles. Bien que l’endroit de
sa mort n’est jamais été déterminée, une
Koubba lui a été élevée entre Barrebi et
Bakhti, à une centaine de mètre d’une
Photo N°10
source qui porte son nom. A la mort de
Sidi BAYAZID, il est impossible de sui-
vre l’ évolution des évènements. Cepen-
dant, juifs et païens seront rapidement
convertis en totalité à l’Islam .
Un siècle ou deux plus tard, un autre saint
personnage, SI el Hadj Ben Othman se-
rait arrivé dans la région de la Zaouia
Tahtania , il venait d’Egypte pour accom-
plir le voeu de visiter le tombeau de son
père Sidi OTHMAN fondateur de Beni -
Abbes. Après s’être arrêté dans cette lo- Photo N°11
TAGHIT 8
HISTORIQUE
calité , il vient à Igli où il se maria et

T A G H I T construisit une maison, puis au Ksar de


Mazoura dont les habitants lui donnè-
rent une fille, Lalia, comme épouse. Il
eut un fils de celle ci, Sidi SAÏD qui
passe pour le fondateur de Zaouia
Tahtania.
Les tombeaux du fils et de la mère, se
trouvent dans cette oasis, celui du père
est à Igli, où il était venu mourir.
Beaucoup plus tard, vers le 14ème siècle
Photo N°12
après Jésus Christ, époque de la grande
crise mystique qui secoua le Maghreb,
après le désastre en Espagne, et qui vit
apparaître dans tout le SAHARA les re-
présentants d’un esprit mystique, se vou-
lant dépouillé de toutes scories. Ce sont
certains de ces Wali, venus de Seguiet el
Hamra et du Sahel qui sont considérés
comme les fondateurs de Taghit Barrebi
et Zaouia foukania
Le Ksar de Taghit aurait été cons-
truit par le wali Sidi AHMED suivant les Photo N°13
uns, par les ouled Amara descendants
d’un autre wali Sidi SLIMANE suivant
les autres. Avant cette époque aurait existé
dans les parages, une ville importante
avec quatre mosquées, medinet el Bizane
(la ville des vautours) surnommée aussi
Ksar el kébir, que ses habitants, poussés
par la famine, après plusieurs invasions
de sauterelles, avaient abandonné, pour
aller se fixer à Fès. Un petit Ksar, Bereka,
fut édifié sur les ruines du Ksar el Kébir,
mais il sera détruit vers la fin du 18ème Photo N°14
siècle par les Doui Menia, après l’exter-
mination presque totale de ses habitants.
Au cours des siècles qui suivirent, les
Beni goumi, comme tous les Ksourien du
Sahara, prirent l’habitude, dans leurs lut-
tes intestines où avec les gens de l’exté-
rieur, d’acheter le soutien des tribus no-
mades. Le pays fut longtemps occupés
par les Hamyan, nomades du sud maro-
cain, qui avaient des terrains de parcours
dans les vallées du Guir et de la Zousfana.
Ils furent supplantés par les Ghenanma,
nomades du sud marocain également, et
déjà installés à Beni Abbes.
Les Ghenanma vinrent dans le pays après
la prise du Ksar de Mzaourou, Les habi-
tants de ce village, qui avaient tués des
émissaires que leur avaient envoyés les
Ghenanma pour régler un différent, fu-
rent attaqués par ces derniers, qui les
massacrèrent tous et s’installèrent à leur Photo N°15

TAGHIT 9
HISTORIQUE
place. L’occupation de la Zousfana, par les Ghenanma, ne fut qu’une longue suite de

T A G H I T pillages d’agressions et de meurtres vis à vis des Ksourien.


Au 18ème siècle, à la suite de l’assassinat du fils d’un notable de Taghit,
MOHAMED BEN ABDELAZIZ, celui ci partit au Tafilalet, et jusqu’au Drâa, pour de-
mander aux Doui Menia de venir chasser les Ghenanma. De violents combats auront
lieux, finalement les Doui Menia sortirent vainqueurs de la lutte à l’issue de laquelle,
suivant un accord préalable avec les ksourien, ils devenaient propriétaires du quart des
palmiers de la vallée. En fait, cet accord ne fut guère respecté, et les nouveaux occupants
firent bientôt peser une main de fer sur les Beni goumi. Sous prétexte d’achat d’un ou
deux palmiers ils s’appropriaient tout un jardin et peu à peu , ils devinrent les principaux
propriétaires des palmiers.
La pénétration française
Les vallées de la Saoura et de la zousfana étaient demeurées à peu près inconnues.
Tout au plus, elles furent mentionnées dans les carnets d’explorateurs isolés, un Alle-
mands ( G. Rolfs ) et un Français ( C. Douls )
Au début de l’année 1900, après la prolongation de la voie ferrée jusqu’à Djeneien Bourezg
et Djenan eddar, le gouvernement français autorisait la marche sur Igli de la colonne du
colonel Bertrand. Cette énorme colonne, avec ses 2000 hommes et ses 3000 chameaux
partit de Djenan eddar, le 26 mars, descendit la vallée de la zousfana et arriva devant la
gorge de Taghit. Cette colonne ne connut pas de résistance particulière, vu que le nombre
de ces soldats s’avérant assez dissuasif et Igli fut prise. Le commandant Brundraux, la
quitta pour Taghit où il fut chargée de construire une redoute prés du Ksar, qu’il proté-
gea par un blockhaus sur la montagne dominant à l’ouest le Ksar et la palmeraie.
En occupant la région, les français se trouvaient en face d’adversaires redoutables
et ils vont être constamment harcelés. L’une des grandes attaques se passa à taghit. Une
Harka importante faillit venir à bout des occupants du fort si ce n’est un renfort dépêché
d’Igli qui décida de l’issue de la bataille (17 au 20 août 1903)
Suite à une attaque d’un groupe de méharistes chaâmba et qui fit un ravage parmi
un gros convoi français (2 sept 1903), l’extension de l’occupation française fut accélé-
rée. Le djebel Béchar, jusqu’à là interdit aux troupes françaises, fut annexé et on y ins-
talla un poste. C’ est ainsi que fut, en 1903, après la nomination de Lyautey à la subdi-
vision de Ain Sefra crée le poste de Colomb Bechar, qui devra devenir le chef lieu de
toute la région ( cercle de Colomb Bechar). Le poste de Taghit sera peu à peu abandonne
au profit de celui de Abadla.
Néanmoins, Taghit garde le souvenir du dernier fait d’arme qui lui revalu une
réoccupation. L’embuscade réussie, menée par les gens de la Zousfana contre le général
Clavery (Sa tombe se trouve toujours à une trentaine de kilomètres de taghit)

Aujourd’hui, Taghit jouit d’une évolution toujours tournée vers l’avenir, en étant
bien consciente de tous ses atouts qu’ils soient politiques (Taghit est une Daïra) ou tou-
ristiques.

Photo N°1

TAGHIT 10

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