b) -L’indétermination de l’homme
Il peut paraître discutable de définir l’homme comme un animal raisonnable, puisqu’il
sait bien faire preuve de conduites déraisonnables, violentes et injustifiées. Autant
dire plutôt qu’il est un être indéterminé. Or dire que l’homme est indéterminé revient à
soutenir qu’il n’a pas une nature particulière. Il est plus pertinent de considérer avec
Rousseau que l’homme se caractérise essentiellement par sa perfectibilité. En effet,
contrairement aux bêtes, il dispose d’une capacité de perfectionnement indéfinie.
Tandis que la bête est au bout de quelques mois ce qu’elle sera toute sa vie, tandis
qu’elle ne peut avoir que les qualités propres à son espèce, l’homme lui, infiniment
perfectible, est capable de progrès, mais aussi de régression. Prenant à son compte
cette position rousseauiste Luc Ferry affirme au sujet de l’homme que « son
humanitas réside dans sa liberté, dans le fait qu’il n’a pas de définition, que sa nature
est de ne pas avoir de nature, mais de posséder la capacité de s’arracher à tout code
où l’on prétendrait l’emprisonner. Ou encore : son essence est de ne pas avoir
d’essence. » (Cf. Le Nouvel ordre écologique, l’arbre, l’animal et l’homme, Paris : éd.
Grasset,1992, p.46). Ce qui fait l’homme, c’est donc son élasticité, son imprévisibilité,
sa liberté. Il peut faire preuve à force de volonté, d’une amélioration accrue de ses
qualités morales au point de devenir angélique. Il est aussi capable des pires
régressions, en faisant montre d’une bestialité et d’une sauvagerie inouïes. Ainsi
donc, l’homme n’est pas ceci ou cela. Il n’est rien. Il n’est pas. Il est à être. Selon
Monique Atlan et Roger Pol droit, « L’homme est une page blanche, le seul des
Vivants à se construire, à se confronter à ce vide qui le construit, et à devoir y
inscrire, à mesure, une histoire que nul ne connaît et surtout pas lui-même avant qu’il
ne l’invente (…) l’humain se définit par le fait qu’il se demande ce qu’il est. De tous les
vivants, lui seul est taraudé par l’énigme insoluble de son existence, de sa place de
son identité. » (Cf. Humain. Une enquête philosophique sur ces révolutions qui
changent nos vies, Paris : PUF, éd. Flammarion,2012, p.10). On le voit bien, au regard
de ce propos, l’homme est un être qui n’a pas de nature préétablie ou du moins, il est
confronté à la définition, à l’invention de sa propre nature. La particularité de l’être
humain, ce qui le distingue de tout autre être vivant, c’est qu’il est en permanence
confronté à ce défi qui consiste à bâtir lui-même son être. Abandonné à lui-même, il
est appelé à concevoir son essence, contrairement aux animaux qui sont déjà, dès le
départ, tout ce qu’ils doivent être. Ainsi, l’homme est inachevé. Il a à se faire et il se
fait comme il l’entend. Il n’a pas d’identité, la seule identité qu’il devrait avoir, c’est à
lui qu’il revient de la définir. De la même façon que l’homme est appelé à s’inventer, il
lui revient aussi de c concevoir les valeurs par lesquelles il organise sa vie.