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Bale 2

Le document traite de l'accord de Bâle II, qui vise à améliorer la réglementation bancaire en Suisse en adaptant les exigences de fonds propres aux risques réels. Il souligne l'importance accrue des notations des entreprises et la nécessité d'une révision des règles de Bâle I, tout en notant que les banques suisses ont déjà anticipé certaines dispositions de Bâle II. Enfin, il met en évidence les défis liés à l'harmonisation internationale et aux distorsions concurrentielles potentielles.

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Le document traite de l'accord de Bâle II, qui vise à améliorer la réglementation bancaire en Suisse en adaptant les exigences de fonds propres aux risques réels. Il souligne l'importance accrue des notations des entreprises et la nécessité d'une révision des règles de Bâle I, tout en notant que les banques suisses ont déjà anticipé certaines dispositions de Bâle II. Enfin, il met en évidence les défis liés à l'harmonisation internationale et aux distorsions concurrentielles potentielles.

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Economic & Policy Consulting

Bâle II – étape importante de la réglementation bancaire

Economic Briefing N° 36
Sommaire

Résumé 3

1. Grandes lignes de Bâle II 4


1.1 Introduction 4
1.2 Structure de Bâle II 5
1.3 Focus sur la dotation en fonds propres
pour les risques de crédit – l’approche
standardisée 7
1.4 L’approche NI 8
1.5 Techniques de réduction des risques
de crédit 11

2. Répercussions 13
2.1 Introduction 13
2.2 Intensification de la gestion des risques 13
2.3 Focus sur le rating 15
2.4 Modification des exigences de fonds
propres 17
2.5 Répercussions sur le paysage bancaire 20
2.6 Répercussions économiques 21

3. Appréciation et perspectives 23
3.1 Points forts 23
3.2 Points faibles 23
3.3 Résumé et perspectives 24

Bibliographie 26
Editeur
CREDIT SUISSE Economic & Policy Consulting
Case postale 100, CH-8070 Zurich
Responsable de la série Economic Briefing
Cesare Ravara, téléphone +41 1 333 59 12
[email protected]
Auteurs
Cesare Ravara, téléphone +41 1 333 59 12
[email protected]
Monika Engler, téléphone +41 1 334 39 38
monika.engler @credit-suisse.com
Marcel Krist, téléphone +41 1 334 87 07
[email protected]
Harry Stordel, téléphone +41 1 333 33 42
[email protected]
Thomas Wenger, téléphone +41 1 332 52 01
[email protected]
Urs Wolf, téléphone +41 1 333 39 87
[email protected]
Clôture de la rédaction
20 avril 2004

Autres informations sur l’impressum:


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Résumé

La gestion des risques dans le domaine des crédits clients entreprises notamment devraient à peine
s’est nettement améliorée en Suisse ces dernières changer. D’une part les (grandes) banques consti-
années. Les systèmes de rating internes dévelop- tuent actuellement déjà des réserves de fonds pro-
pés par les banques pour mieux identifier et mesu- pres plutôt en fonction des données économiques
rer les risques ont généré de profondes mutations que des prescriptions réglementaires, et elles en
dans ce secteur et la gestion des portefeuilles de tiennent compte dans leur tarification en sus des
crédits sur la base de l’analyse des risques est primes de risques. D’autre part la majorité des
aujourd’hui largement répandue, de même que clients présente un niveau moyen de solvabilité
l’adaptation des taux d’intérêt à la solvabilité des pour lequel le capital réglementaire actuel corres-
débiteurs. Les banques disposent donc de métho- pond déjà aux futures prescriptions. De plus, l’ac-
des plus efficaces pour maîtriser les risques. cord de Bâle II prévoit, à certaines conditions, une
En revanche, la réglementation bancaire n’a pas réduction des fonds propres dans le cas des peti-
suivi l’évolution rapide des marchés ni la progres- tes et moyennes entreprises (PME). Cet allège-
sion des établissements financiers dans la gestion ment devrait s’appliquer également aux crédits pri-
des risques. En effet, les exigences de fonds pro- vés puisque la présente réglementation impose un
pres, relativement insensibles aux risques, intro- taux de couverture trop élevé dans le cas des cré-
duites par l’accord de Bâle I en 1998 sont obsolè- dits relativement sûrs. En conséquence, la concur-
tes. Leur révision (Bâle II) est donc urgente. Le rence s’intensifiera dans le démarchage des
présent numéro d’Economic Briefing, consacré à clients présentant peu de risques.
ce sujet vaste et complexe que sont les nouvelles Avec Bâle II, la notation des entreprises va revêtir
directives, tente d’en donner différents éclairages. davantage d’importance. D’une part, ces clients
Ce faisant, il met l’accent sur la nouvelle régle- feront l’objet d’une étude plus approfondie en ter-
mentation en matière de dotation en fonds propres mes de compétitivité et de perspectives d’avenir
destinés à couvrir les risques de crédit. Afin de ne et, d’autre part, leur financement tiendra mieux
pas sortir du cadre fixé, il se limite à des aspects compte des risques et de la rentabilité. Pour les
bien définis et ne traite pratiquement que le cas de banques, les ratings constitueront donc de plus en
la Suisse. plus un facteur déterminant de réussite. Les pre-
Pour calculer les fonds propres réglementaires, les neurs de crédit, quant à eux, pourront ainsi com-
banques disposent de plusieurs approches fon- parer leurs chiffres internes avec les évaluations
dées sur les mêmes facteurs: type d’exposition externes.
(p. ex. crédit aux PME, hypothèque privée), rating L’accord de Bâle II est une étape sur la voie me-
de l’emprunteur, sûretés fournies. Cependant, el- nant à l’harmonisation internationale des régle-
les peuvent, en s’appuyant sur une gestion moder- mentations bancaires. Il permet de corriger, du
ne des risques et respectueuse des exigences éle- moins partiellement, certaines faiblesses notoires
vées du régulateur, mieux adapter la part minimale de Bâle I. On peut toutefois le considérer d’un œil
de capital propre aux risques effectifs et appliquer critique. En effet, il faut craindre des distorsions
plus efficacement les techniques d’atténuation des concurrentielles du fait que d’importants interve-
risques. nants des marchés financiers n’appartenant pas au
C’est principalement la gestion des risques prati- secteur bancaire échapperont à ces directives et
quée par les banques et les forces du marché des que l’application de ces dernières ne sera pas uni-
crédits qui déterminera si et dans quelle mesure forme dans tous les pays. On peut d’ores et déjà
une modification des exigences de fonds propres prévoir qu’il sera nécessaire d’aménager des réfor-
aura un impact sur les taux d’intérêt. Les établis- mes supplémentaires dans la réglementation des
sements financiers helvétiques ayant déjà large- établissements financiers.
ment anticipé les dispositions de Bâle II ces der- Tandis que le chapitre 1 a un caractère plutôt tech-
nières années grâce aux progrès réalisés dans la nique, les chapitres 2 et 3 abordent davantage les
gestion des risques, les répercussions des nouvel- aspects d’ordre qualitatif. La présente étude est
les directives devraient être limitées en Suisse. En structurée de telle sorte que chacun d’eux peut
effet, les conditions de crédit de bon nombre de être lu indépendamment des autres.

Credit Suisse Economic & Policy Consulting Economic Briefing Nº 36 3


Grandes lignes de Bâle II

1. Grandes lignes de Bâle II

1.1 Introduction
Figure 1: Objectifs de Bâle II
L’accord dit de Bâle I portant sur la dotation en
fonds propres a été signé en 1988 au siège de la Applicables à tous les types de banque,
Banque des Règlements Internationaux (BRI). Il a équité concurrentielle
été élaboré par le Comité de Bâle sur le contrôle
Volume global
bancaire, lui-même créé en 1974 par les autorités Stabilité du Prise en compte
inchangé de
de surveillance bancaire du G-101. Son objectif système financier mieux différenciée
capital réglemen-
international du taux de risque
principal: améliorer la stabilité du système financier taire dans le
des opérations
système bancaire
international par l’introduction d’exigences de
fonds propres applicables à toutes les banques. Il
Appréhender les types de risques de façon plus complète
fallait atteindre, au sein du système bancaire, un
niveau de couverture permettant de réduire consi- Source: Credit Suisse
dérablement le risque d’insolvabilité bancaire ou
d’abaisser à un niveau acceptable les coûts que
devraient supporter les investisseurs et les contri- La révision commencée il y a cinq ans vise seule-
buables en cas d’insolvabilité bancaire. Ce but a ment à combler les lacunes de Bâle I (cf. encadré
été atteint. Bâle I a été intégré à la législation de ci-contre) et à adapter les directives au nouveau
plus d’une centaine de pays après avoir subi des contexte. L’objectif principal est d’abandonner le
adaptations aux besoins nationaux et peut être système de couverture forfaitaire imposé aux ban-
considéré comme un succès. En Suisse, c’est la ques pour adopter une réglementation du capital
Commission fédérale des banques (CFB) qui a été propre minimal plus complète qui tienne mieux
chargée de la mise en oeuvre de Bâle I, le Swiss compte des risques. Les profondes mutations in-
Finish Bâle I. tervenues sur les marchés financiers et dans les
L’objet essentiel de Bâle II (figure 1) demeure le affaires bancaires au cours des dernières années
renforcement de la stabilité du système bancaire. ont permis aux établissements financiers d’amé-

Figure 2: Calendrier

1988 Publication des premières directives de Bâle I relatives aux risques de crédit
En complément à Bâle I: couverture des risques de marché par les fonds
1996
propres
1999 Première proposition d’un nouvel accord sur les fonds propres soumise par le
Comité de Bâle (1re consultation)
Dès 2001 Deuxième document consultatif (2e consultation) et plusieurs études d’impact
(Quantitative Impact Studies, QIS)
Avril 2003 Troisième document consultatif (3e consultation)
Dès novembre 2003 Début de l’élaboration du Swiss Finish Bâle II sous la direction de la CFB
Mi-2004 Approbation des dispositions définitives de Bâle II (Comité de Bâle))
2005 Début du délai transitoire d’une année
Fin 2006 Introduction de Bâle II dans les différents pays
Source: Credit Suisse

1 Les Etats du G-10 comprennent les sept pays les plus industrialisés que sont les Etats-Unis, le Japon, l’Allemagne,
la Grande-Bretagne, la France, l’Italie et le Canada ainsi que la Suisse, la Suède, la Belgique et les Pays-Bas (en fait
11 pays au total).

4 Economic Briefing Nº 36 Credit Suisse Economic & Policy Consulting


Grandes lignes de Bâle II

Faiblesses de Bâle I ayant participé à leur élaboration étant prévue pour


la fin décembre 2006 (figure 2).
ƒ Pondérations de solvabilité rigides ne tenant pas comp- Tout comme Bâle I, les nouvelles directives sur
te de la qualité réelle des actifs du bilan ou des crédits
ƒ Prise en compte très limitée des sûretés et des
les fonds propres ont valeur de recommandations.
garanties Il appartient aux différents Etats de les adapter à
ƒ Aucune prise en compte des nouvelles techniques leur législation nationale.3 En Suisse, leur mise en
de diminution des risques de crédit (p. ex. dérivés sur œuvre incombera de nouveau à la CFB. Cette der-
les risques de crédit, conventions de netting bilantiel,
titrisation de crédits, conventions relatives à la sûreté) nière a d’ailleurs anticipé certaines dispositions de
ƒ Aucune prise en compte des durées Bâle II en appliquant de façon plus stricte et plus
ƒ Aucune prise en compte de la diversification du porte- complète celles de Bâle I, ce qui ne l’empêche pas
feuille de vouloir adopter les nouvelles règles dans leur in-
ƒ Du point de vue des régulateurs, la prise en considéra-
tion des risques bancaires n’est pas assez globale, tégralité tout en développant davantage encore
c.-à-d. que seuls les risques de crédit et de marché certains aspects et en en comblant les lacunes
entrent en ligne de compte mais pas les risques opéra- dans le cadre du Swiss Finish Bâle II. Par exemple,
tionnels par exemple. les nouvelles directives s’appliqueront à tous les
Le cumul de ces faiblesses est à l’origine d’un rapport types de banque pour préserver l’équité concur-
incohérent entre le capital propre réglementaire et la rentielle et non seulement aux établissements
gestion des risques assurée par les banques ou le niveau exerçant des activités internationales.
de fonds propres requis d’un point de vue économique:
Capital 1.2 Structure de Bâle II
propre Bâle II repose sur trois piliers se complétant (cf. fi-
Sous-capitalisation
gure 3). Le premier pilier, qui reprend les disposi-
tions de Bâle I, concerne les exigences minimales
Exigences de capitaux
de Bâle I
de fonds propres. Le deuxième pilier règle le pro-
8% cessus de contrôle de la gestion des risques et
Surcapitalisation de la couverture en capital par les autorités pru-
dentielles nationales. Enfin, le troisième pilier défi-
Elevée Faible nit les obligations de publication imposées aux
Solvabilité du débiteur banques.

liorer l’évaluation de la solvabilité et la gestion des


risques. Les dispositions de Bâle II doivent prendre Figure 3: Les trois piliers de Bâle II
ces paramètres en considération. De plus, elles
cherchent à harmoniser davantage entre les diffé-
rents pays les normes de surveillance des banques Bâle II
et les obligations de publication. On espère parve-
nir ainsi à une meilleure maîtrise des risques tout Pilier I Pilier II Pilier III
en conservant le même niveau de capital propre
Exigences minimales Surveillance par les Transparence et
dans l’ensemble du système bancaire.
de fonds propres: autorités prudentielles: discipline de marché:
En 1999, le Comité de Bâle a présenté le premier – Risque de crédit – Evaluation des risques – Obligation accrue de
projet d’un nouvel accord sur les fonds propres. (nouvelles approches de et dotation en capital publication (notamment
Depuis, en coopération avec les autorités nationa- calcul) spécifiques à chaque de la dotation en fonds
les de surveillance bancaire et les banques com- – Risque de marché banque propres et des métho-
(inchangé) – Communication plus des d’évaluation des
merciales, et à la faveur de plusieurs procédures
– Risque opérationnel soutenue et régulière risques)
de consultation, les nouvelles recommandations (nouveau) avec les banques
ont été remaniées et affinées grâce aux enseigne-
ments fournis par des simulations ou études d’im- Bâle I: Harmonisation des bases juridiques en matière de surveillance
pact (Quantitative Impact Studies).2 Après plu- bancaire
Taux de capital propre de 8% uniforme à l’échelle internationale
sieurs reports, elles devraient être approuvées à la
mi-2004, leur entrée en vigueur dans les Etats Source: Credit Suisse

2 Les documents consultatifs et les différentes études de simulation figurent toutes sur le site Internet de la Banque des
Règlements Internationaux (BRI) sous www.bis.org.
3 Il serait donc plus correct de parler ici d’«application des accords de Bâle II à la Suisse», de «Swiss Finish Bâle II» ou
encore de «German Finish Bâle II», etc., plutôt que de «Bâle II» seul.

Credit Suisse Economic & Policy Consulting Economic Briefing Nº 36 5


Grandes lignes de Bâle II

ci-après l’expliquent, ce sont désormais des systè-


Figure 4: Calcul du capital propre réglementaire
mes différenciés de pondération du risque qui se-
Actifs du bilan Pondéra- Actifs pondérés Taux de Fonds propres ront appliqués en premier lieu et il sera possible de
(répartis par tion des du risque fonds requis
choisir entre plusieurs approches de définition du
catégories de risques propres
débiteurs) (exemples) capital propre.
Crédits aux Etats 8% L’introduction d’exigences de fonds propres pour
20% les risques opérationnels a pour but de couvrir le
Crédits potentiel de perte pouvant résulter d’une défaillan-
interbancaires 20%
ce attribuable au facteur humain, aux procédures
Hypothèques et systèmes internes (p. ex. panne de systèmes in-
sur immobilier
35% formatiques ou de contrôle interne) ou à la surve-
résidentiel
Hypothèques nance d’événements extérieurs susceptibles d’en-
100%
sur bâtiments traver considérablement les activités bancaires.
commerciaux Les banques ont le choix entre trois approches
Crédits aux 75% pour calculer les exigences de fonds propres au ti-
particuliers
tre du risque opérationnel. La plus simple est l’ap-
Source: Credit Suisse proche de l’indicateur unique: les fonds propres
correspondent ici à 15% du produit brut annuel
Le premier pilier exige, comme dans la réglemen- moyen atteint pendant trois ans. L’approche stan-
tation actuelle, un taux de fonds propres – c.-à-d. dardisée se base elle aussi sur le produit brut 5
un rapport entre le capital propre réglementaire et mais, à la différence de la formule simple, les exi-
les actifs pondérés du risque – d’au moins 8% (fi- gences de fonds propres ne sont pas calculées
gure 4).4 Les propositions du Comité de Bâle vi- d’après le produit brut total mais au moyen de la
sent donc à définir d’une façon plus différenciée somme des produits bruts atteints par les diffé-
les actifs pondérés par le risque. Tandis que seuls rents secteurs d’activité de la banque et pondérés
les risques de marché et de crédit entraient jus- de facteurs spécifiques. Dans le cas de la troisiè-
qu’ici dans leur calcul, les risques opérationnels y me approche (Advanced Measurement Approach,
seront dorénavant inclus (figure 5). Le traitement AMA), les banques appliquent leurs propres mé-
des risques de crédit subit donc d’importants thodes d’évaluation du risque opérationnel dans la
changements. Comme les paragraphes 1.3 à 1.5 mesure où elles remplissent des critères régle-
mentaires très stricts. L’accord de Bâle II veut jus-
tement inciter les grandes banques ou celles qui
Figure 5: Actifs pondérés du risque dans l’accord de Bâle II déploient une activité internationale à mettre en
œuvre l’AMA.6
La présente étude se concentre sur les risques de
Capital propre réglementaire
= 8% crédit traités dans le premier pilier et n’aborde les
Actifs pondérés du risque risques de marché et opérationnels ainsi que les
deuxième et troisième piliers que de façon margi-
nale. Voilà pourquoi ces deux derniers ne sont ex-
Bâle I: Risques de crédit Bâle II: Risques de crédit pliqués ici que succinctement: par ses procédures,
+ risques de marché + risques de marché le deuxième pilier indique aux instances nationales
+ Risques opérationnels de régulation la manière de surveiller efficacement
n le respect des prescriptions de Bâle. Elles sont
Actifs pondérés du risque = Σ Postes d’actifsi × pondération du risquei
surtout tenues de vérifier régulièrement comment
i =1

Le capital réglementaire se compose: les banques définissent leurs besoins en capitaux


ƒ du noyau de fonds propres (capital versé, réserves ouvertes, bénéfice [révisé]) par rapport à leur profil de risque. Outre les as-
ƒ du capital complémentaire pects quantitatifs, elles doivent aussi tenir compte
ƒ du capital supplémentaire (uniquement pour couvrir les risques de marché)
des aspects qualitatifs, c.-à-d. contrôler la gestion
Source: Credit Suisse des risques ou les audits internes. Si les critères

4 Ce coefficient est appelé «Cook Ratio».


5 L’approche de l’indicateur unique comme l’approche standardisée partent du principe que le produit brut utilisé comme
une unité de mesure du volume d’affaires d’une banque est corrélé de façon positive avec les risques opérationnels.
6 Les dispositions relatives à la dotation en fonds propres pour couvrir les risques de marché, qui avaient déjà été approu-
vées en 1996, en complément à l’accord de Bâle I, ont été reprises telles quelles dans l’accord de Bâle II.

6 Economic Briefing Nº 36 Credit Suisse Economic & Policy Consulting


Grandes lignes de Bâle II

qu’elles ont fixés ne leur semblent pas remplis de Catégorie de débiteurs «particuliers»
façon satisfaisante, elles peuvent prendre des me-
La catégorie de débiteurs «particuliers» répond aux quatre
sures supplémentaires comme, par exemple, exi- critères suivants:
ger la constitution de fonds propres supérieurs aux
Critère du preneur de crédit: une ou plusieurs person-
exigences du Comité de Bâle, de sorte que des nes physiques ou entreprises.
prescriptions plus détaillées en matière de fonds
Critère du produit: un crédit appartient à un groupe de
propres ne puissent pas rendre inutile le dévelop- produits défini par les dispositions réglementaires. Dans
pement de procédures de contrôle ou de gestion le cas de l’approche standardisée, il s’agit de crédits re-
des risques. Quant à l’obligation d’information pré- nouvelables (créances sur cartes de crédit incluses), de
vue par le troisième pilier, elle a pour but d’inciter crédits privés et de créances de leasing (p. ex. prêts pour
financement d’équipements, financements d’automobiles,
les banques à davantage de discipline par le biais crédits de formation) ainsi que de crédits aux petites en-
du marché et non seulement par la surveillance treprises. S’y ajoutent les crédits privés pour l’immobilier
prudentielle. Une transparence accrue doit per- résidentiel dans le cas de l’approche NI.
mettre aux investisseurs et à un large public d’ob- Critère de granularité: le portefeuille retail doit être suf-
tenir des informations très détaillées sur le calcul fisamment diversifié, c.-à-d. qu’un crédit doit faire partie
des fonds propres.7 d’une grande quantité d’expositions. Il est possible d’at-
teindre cet objectif en veillant p. ex. à ce que la somme
des crédits octroyés à un seul débiteur ne dépasse pas
1.3 Focus sur la dotation en fonds propres 0,2% de l’ensemble du portefeuille retail.
pour les risques de crédit – l’approche Critère de volume: la somme des crédits d’un seul dé-
standardisée biteur attribuée au portefeuille retail ne dépasse pas EUR
Le présent paragraphe met l’accent sur l’élément 1 mio. (approche standardisée). Dans le cas de l’appro-
réellement novateur des prescriptions de Bâle II: che NI, cette limite ne s’applique qu’aux crédits aux en-
treprises; les crédits octroyés à des personnes physiques
une dotation en fonds propres sensible aux risques peuvent en principe être traités comme des crédits retail
de crédit. Celle-ci tient mieux compte de la solvabi- indépendamment de leur montant.
lité de l’emprunteur et de la qualité des garanties
qu’il fournit. Premièrement, les banques ont le té de Bâle pour différentes catégories de débiteurs
choix entre plusieurs options pour déterminer le ni- et notations de Standard & Poor’s (S&P). En vertu
veau de fonds propres requis: elles peuvent utiliser de ces critères, une banque doit couvrir un crédit
d’une part les évaluations externes d’agences de de CHF 1 mio. octroyé à une entreprise notée A
rating reconnues (approche standardisée) et d’au- (pondération du risque à 50%) avec un capital pro-
tre part leurs modèles de notations internes (ap- pre de CHF 40 000 (8% de CHF 500 000 pondé-
proche NI). Deuxièmement, les exigences minima- rés du risque).8,9 Si la notation de la société est
les de fonds propres dépendent de la catégorie de inférieure à BB-, le crédit doit être pondéré à
contrepartie correspondante et de ses risques spé- 150% et couvert à hauteur de CHF 120 000. En
cifiques. Les prescriptions de Bâle II font donc une revanche, si la banque accorde le crédit à une en-
distinction entre les catégories de contreparties ou treprise non notée par une agence externe – ce qui
de débiteurs suivantes: (a) grandes entreprises, (b) est le cas de la plupart des petites et moyennes
Etats et pouvoirs publics, (c) banques, (d) particu- entreprises (PME) –, elle doit appliquer une pondé-
liers et petites entreprises (retail) et (e) participa- ration de 100% et constituer une couverture de
tions (approche NI uniquement). CHF 80 000, tout comme dans la réglementation
L’approche standardisée échelonne désormais la en vigueur.
pondération du risque des différents crédits sur la Les crédits accordés aux particuliers et aux petites
base de notations externes d’agences de rating re- entreprises (cf. encadré) sont pondérés de façon
connues. Les schémas de pondération utilisés jus- uniforme à 75%. Les exigences de capital propre
qu’ici étaient simples: p. ex. 100% pour tous les s’élèvent donc à 6% (75% de 8%). Quant aux
crédits aux entreprises. Désormais, il sera possible prêts entièrement garantis par des gages immobi-
d’appliquer des coefficients de pondération diffé- liers ou des hypothèques sur les logements habités
renciés en fonction du rating et de la catégorie du par leur propriétaire, ils bénéficient déjà d’un traite-
débiteur. La figure 6 (à la page suivante) indique ment préférentiel et seront désormais pondérés
les pondérations de risque proposées par le Comi- à 35%. A titre d’exemple, une hypothèque supé-

7 Cf. à ce sujet l’article du Bulletin N° 2 /2004 du Credit Suisse: Le marché, agent régulateur.
8 Cette règle s’applique seulement à un crédit en blanc. L’apport de sûretés peut permettre de réduire la charge en capital
propre (cf. chap. 1.5).
9 Les exemples de calcul sont présentés sous réserve de Swiss Finish Bâle II.

Credit Suisse Economic & Policy Consulting Economic Briefing Nº 36 7


Grandes lignes de Bâle II

Figure 6: L’approche standardisée – calcul du capital minimal

r × A = RWA J 8% × RWA = RC
r: Pondération du risque (évent. adapté en fonction RWA: Actif pondéré du risque (risk weighted asset)
des sûretés) RC: Fonds propres réglementaires (regulatory capital)
A: Actif (p. ex. crédit)

Rating /pondérations du risque


AAA /AA– A+ /A– BBB+ /BBB– BB+ /B– inférieur à B– sans rating
Etat 0% 20% 50% 100% 150% 100%
Banques1 20% 50% 50% 100% 150% 50%
AAA /AA– A+ /A– BBB+ /BB– inférieur à BB– sans rating
Entreprises 20% 50% 100% 150% 100%
Particuliers 75%

1
Une deuxième option consiste à fonder la pondération des risques pour les crédits interbancaires également sur le rating
des pays.

Source: BRI, 3e document consultatif

rieure à CHF 500 000 doit être couverte par un standardisée dans le calcul de la dotation en fonds
capital propre de CHF 14 000, soit 8% de CHF propres. Elle base la pondération des risques sur
75 000 pondérés du risque, ce qui représente une les évaluations ou ratings internes des banques. A
réduction de CHF 6000 par rapport à Bâle I pour noter toutefois qu’elle est réservée aux établisse-
le risque de crédit. En revanche, les crédits immo- ments pouvant justifier envers leurs organes de
biliers pour objets commerciaux resteront pondé- contrôle d’une organisation satisfaisante en matiè-
rés à 100%.10 L’approche standardisée se carac- re de gestion et de mesure des risques.11 Par ail-
térise par toute une série d’autres dispositions. leurs, les banques optant pour l’approche NI doi-
Les créances envers des entreprises non notées, vent opérer une séparation fonctionnelle entre
par exemple, ne bénéficient pas d’une pondération l’unité de crédit (gestion interne des crédits) et les
des risques plus avantageuse que l’Etat où elles services de vente ainsi qu’appliquer des standards
ont leur siège. Ou encore, il incombe à l’autorité élevés en matière de gouvernement d’entreprise
de surveillance de prescrire une pondération supé- (organisation adéquate) et de comptabilité.
rieure au standard de 100% pour des entreprises Les banques pratiquant l’approche NI doivent re-
non notées lorsqu’il y a déjà eu défaillance des courir, pour calculer la pondération du risque, aux
débiteurs. quatre paramètres prudentiels suivants pour cha-
que crédit (sauf pour les crédits aux particuliers):
1.4 L’approche NI ƒ probabilité de défaillance (probability of default,
L’approche NI, qui est la deuxième option d’éva- PD), dépendante du rating
luer le risque de crédit, accorde à celui-ci une im- ƒ taux de perte en cas de défaillance (loss given
portance nettement plus grande que l’approche default, LGD)

10 Une pondération inférieure est admise sur les marchés immobiliers très développés et établis de longue date uniquement
si des conditions supplémentaires très strictes sont remplies. La partie du crédit qui ne dépasse pas 50% de la valeur de
l’objet sur le marché ou 60% de la limite de financement peut être pondérée à 50%. L’autre partie, celle qui dépasse
ces seuils, doit être pondérée à 100%.
11 En d’autres termes, ces banques doivent être en mesure de classer et de quantifier les défaillances possibles (risques)
de façon cohérente, plausible et pertinente. Il leur faut disposer à cet effet de données de grande qualité et éprouvées
sur le long terme, le Comité posant lui aussi des exigences élevées.
12 Le taux de perte est en fait calculé sur la base des données historiques rassemblées sur les pertes essuyées pour diffé-
rents types de transaction. Outre les sûretés qui contribuent à réduire la «perte nette» en cas de défaillance, la capacité
de l’équipe interne de recouvrement à diminuer davantage cette perte est un facteur pris en compte dans le calcul du
taux de perte.
13 Bâle II prévoit une formule spécifique de pondération du risque pour les crédits octroyés aux Etats /entreprises /banques,
une autre pour les crédits aux PME et trois formules pour les crédits aux particuliers. Ces dernières sont: les expositions
adossées à des hypothèques sur immobilier résidentiel (financements de construction privés), expositions de clientèle re-
tail renouvelables qualifiées (notamment les cartes de crédit) et autres opérations de retail.

8 Economic Briefing Nº 36 Credit Suisse Economic & Policy Consulting


Grandes lignes de Bâle II

ƒ exposition en cas de défaillance (exposure


Figur 7: Vue densemble de l’approche NI
at default, EAD)
ƒ durée du crédit (effective maturity, M)

ments spéciaux)

Etats/pouvoirs
(y c. finance-

entreprises)
(y c. petites
Entreprises

Particuliers
Les paramètres doivent être estimés sur la base de

Banques
publics
données internes. Le premier paramètre, la proba-
bilité de défaillance, représente le risque qu’un
client ne respecte pas ses engagements (paiement Solvabilité
Probabilité de défaillance Pool
périodique des intérêts, amortissement) dans un Rating du client
délai d’un an. Selon les dispositions réglementai-
Sûretés Taux de perte
res, les banques sont tenues d’évaluer cette pro-
babilité dans le cadre de leurs procédures internes
Echéance effective
de notation des débiteurs (cf. § 2.3). Celles-ci
sont complétées par le deuxième paramètre, le
Formule de pondération des risques
taux de perte en cas de défaillance, avec une com- ×
posante spécifique aux transactions. Il s’agit du Utilisation de la Créances impayées
volume de la perte exprimé en pour cent du crédit ligne de crédit en cas de défaillance
octroyé. Il dépend notamment de l’apport en ga- =
Actifs pondérés du risque
ranties.12 Par exemple, le non paiement d’un crédit
× 8%
en blanc, dont le montant total doit être amorti,
correspond à un taux de perte élevé. A l’inverse, Fonds propres requis
par la réglementation
un immobilier résidentiel à faible coefficient de fi-
nancement représente un taux de perte bas. Le Source: Credit Suisse
troisième paramètre, l’exposition en cas de défail-
lance, doit être observé par les banques appliquant
l’approche NI. Le montant du crédit restant exposé défaillance du débiteur peut différer de celui qui
au risque peut être fixe dans le cas d’une hypo- est attendu. Enfin, il faut déterminer le quatrième
thèque par exemple, de sorte que l’utilisation ac- paramètre, c.-à-d. l’échéance effective. Il s’agit du
tuelle de la ligne de crédit correspond à celle es- délai imparti à l’emprunteur pour honorer ses en-
comptée. En revanche, dans le cas d’un crédit en gagements.
compte courant confirmé et assorti d’une échéan- Ces quatre paramètres sont ensuite pris en consi-
ce (sans possibilité de résiliation anticipée), le dération dans les fonctions utilisées pour le calcul
montant restant exposé actuellement en cas de des actifs pondérés du risque, fonctions prescrites

Figure 8: Pondération des risques selon l’approche NI


Taux de
Rating /probabilité de défaillance en %
perte

AAA AA+/AA– A+/A– BBB+ / BBB– BB+/BB– B+ / B– inférieur à B–

0.05 0.1 0.25 0.6 3 12 20 99.99


Etats, banques, entreprises 4.5% 6.7% 11.3% 17.4% 32.3% 61.1% 78.3% 125.0%
PME 3.5% 5.3% 9.0% 13.9% 25.6% 50.5% 67.4% 125.0%
10%
Affaires avec les particuliers:
– hypothèques sur immo-
bilier résidentiel 1.5% 2.5% 5.0% 9.6% 28.6% 63.7% 81.3% 125.0%
Etats, banques, entreprises 22.3% 33.6% 56.3% 87.1% 161.4% 305.2% 391.7% 625.0%
PME 17.6% 26.6% 44.8% 69.7% 127.7% 252.6% 337.2% 625.0%
Affaires avec les particuliers: 50%
– crédits renouvelables
qualifiés 6.8% 11.4% 26.6% 48.0% 143.2% 318.4% 406.2% 625.0%
– autres (sans sûretés) 7.2% 12.5% 25.2% 48.0% 143.2% 318.4% 406.2% 625.0%

Formules QIS avec créances impayées en cas de défaillance = 100%, durée restante 1 an, taux de perte 10% ou 50% (chiffres arrondis)

Source: Credit Suisse

Credit Suisse Economic & Policy Consulting Economic Briefing Nº 36 9


Grandes lignes de Bâle II

perte de 10% et à 87,1% pour un taux de perte


Figure 9: Pondérations NI du risque pour les crédits aux entreprises
de 50%. Dans l’hypothèse où la totalité du crédit
600 % aura été utilisée au moment de la défaillance, les
actifs pondérés du risque s’élèveront à CHF
500 Approche NI: 174 000 dans le premier cas et à CHF 871 000
avec taux de perte de 50% dans le second. 8% de ces sommes devront être
avec taux de perte de 50%, preneurs de crédit = PME couverts par des fonds propres, par respective-
400 avec taux de perte de 10%
avec taux de perte de 10%, preneurs de crédit = PME ment CHF 13 920 et CHF 69 680. A titre de com-
Approche standardisée paraison: l’approche standardisée de même que
300
Bâle I exigeraient dans ce cas un capital propre de
CHF 80 000.
200
Dans le cadre de l’approche NI, il faut encore ob-
server des réglementations spéciales supplémen-
100
taires en fonction des catégories de débiteurs.
Dans le cas des PME15, les exigences de fonds
0
propres sont réduites au moyen d’une adaptation
0.05 0.1 0.25 0.6 3.0 12 20 99.9
AAA AA+ A+ BBB+ BB+ B+ Inférieur
(dépendante du chiffre d’affaires) de la formule de
AA A BBB BB B à B– pondération du risque. De plus, les petits crédits
AA– A– BBB– BB– B–
aux entreprises inférieurs à EUR 1 mio. sont trai-
Probabilité de défaillance tés, à l’instar de l’approche standardisée, comme
Ratings Standard & Poor’s comparables
des crédits aux particuliers. En termes de fonds
Source: Credit Suisse propres, les banques les préfèrent donc aux autres
crédits octroyés aux entreprises. C’est ce qu’illus-
tre le bas niveau des courbes bleues et violettes
par les dispositions réglementaires et variant selon par rapport aux courbes noires et grises de la figu-
la catégorie du débiteur.13 Là encore, une couver- re 9. Des prescriptions plus strictes sont déjà pré-
ture de 8% en fonds propres est requise (figure 7). vues pour les financements spéciaux. Il s’agit de
Le Comité de Bâle a défini deux approches pour la crédits dont le remboursement est assuré principa-
plupart des catégories de débiteurs: l’approche NI lement par les revenus tirés de l’objet financé alors
simple (IRB Foundation Approach) et l’approche NI qu’il n’existe presque pas d’autre ressource finan-
complexe (IRB Advanced Approach). Dans le pre- cière. On peut citer à titre d’exemple les finance-
mier cas, la banque estime elle-même la probabili- ments de projets complexes et coûteux tels que les
té de défaillance de ses débiteurs et utilise les va- centrales électriques ou les équipements routiers,
leurs fournies par l’autorité de surveillance pour les les financements d’immeubles locatifs, d’infras-
trois autres paramètres de calcul des risques. tructures ou de bâtiments.16
Dans le second cas, les quatre paramètres sont Dans le cas des débiteurs «particuliers», la probabi-
évalués par la banque elle-même. lité de défaillance, le taux de perte et les prêts en
Les figures 8 et 9 présentent la pondération NI des souffrance en cas de défaillance ne doivent pas
risques des différentes catégories de débiteurs en être définis pour chaque crédit. Il suffit de les attri-
fonction des diverses probabilités de défaillance et buer à une catégorie de créances répondant à des
des taux de perte de 10% et de 50%.14 Par rap- critères de perte bien spécifiques. De plus, plu-
port à l’approche standardisée, la pondération des sieurs formules de pondération du risque et donc
risques est inférieure pour les crédits à risque fai- diverses exigences de fonds propres sont prévues
ble et beaucoup plus forte pour les crédits à risque pour les affaires de détail, selon qu’il s’agit d’expo-
élevé, comme le démontre l’exemple suivant: un sitions adossées à des hypothèques sur immobilier
crédit de CHF 1 mio. octroyé à une entreprise no- résidentiel, d’expositions de clientèle retail renou-
tée BBB est pondéré à 17,4% pour un taux de velables qualifiées ou d’autres opérations de retail.

14 Un taux de perte de 10% serait par exemple approprié pour une maison individuelle à très faible financement tandis
qu’il devrait atteindre 50% pour un objet commercial.
15 Bâle II considère comme PME les entreprises dont le chiffre d’affaires annuel consolidé est inférieur à EUR 50 mio.
16 Ce genre de financement appartient à la sous-classe des «crédits réels commerciaux extrêmement volatils». Etant donné
le risque élevé de tels engagements, l’autorité de surveillance durcit encore les conditions auxquelles elle autorise les
établissements de crédit à calculer eux-mêmes les exigences de fonds propres de façon à ce que même les banques qui
appliquent l’approche NI complexe doivent elles aussi recourir, de temps à autre, aux pondérations de risque prescrites
par les réglementations prudentielles.

10 Economic Briefing Nº 36 Credit Suisse Economic & Policy Consulting


Grandes lignes de Bâle II

Les principales différences entre l’approche NI et nouveauté de Bâle II. En effet, les banques ont le
l’approche standardisée sont les suivantes: choix entre plusieurs options pour réduire les
ƒ meilleure différenciation des actifs du bilan en risques auxquels elles sont exposées: les créances
fonction du risque individuel, peuvent être garanties partiellement ou intégrale-
ƒ obligation de se fonder sur des données histo- ment par des droits de premier ordre sur des ap-
riques solides pour calculer la pondération des ports en numéraire ou des titres ou encore par des
risques, tiers. Une banque peut donc acheter des dérivés
ƒ autorisation des autorités prudentielles, à sur les risques de crédit et opérer une séparation
l’issue d’un examen, d’appliquer l’approche NI, entre certaines parties du risque de crédit et la
ainsi que surveillance accrue des procédures mise à disposition de fonds de tiers en chargeant,
de gestion des risques, contre rémunération, un fournisseur de sûretés
ƒ meilleure prise en compte des instruments de d’assumer les conséquences économiques au cas
réduction des risques (cf. chap. 1.5), où un événement préalablement défini se produi-
ƒ obligation de publication d’informations plus rait (p. ex. défaillance).
détaillées. Dans le cadre de l’approche standardisée, les ban-
ques disposent de deux méthodes pour calculer la
1.5 Techniques de réduction des risques pondération appropriée des risques pour une opé-
de crédit ration assortie de sûretés: dans la première varian-
Une meilleure prise en compte des instruments de te, comme dans l’accord de Bâle I, elles peuvent
réduction des risques (figure 10) est une autre remplacer la pondération du risque de l’emprunteur

Figure 10: Instruments admis par Bâle II pour réduire le risque de crédit

Approche simplifiée Approche exhaustive Approche NI complexe


Standard Standard NI simple
Sûretés
Apports en numéraire /or 3 3 3 3
Emprunts obligataires notés
(par agence de rating externe)
d’Etats /pouvoirs publics avec au moins BB– 3 3 3 3
d’autres émetteurs avec au moins BBB– 3 3 3 3
autres (3) 3
Emprunts obligataires non notés
émis par une banque avec au moins BBB– 3 3 3 3
notés en interne 3 3
Actions
de l’indice principal 3 3 3 3
d’une Bourse reconnue 3 3 3
autres actions 3
Fonds d’investissement
uniquement titres de l’indice principal 3 3 3 3
y c. titres de Bourses reconnues 3 3 3
y c. autres titres 3
Créances issues de livraisons & prestations 3 3
Immobilier à usage résidentiel /commercial 3 3
Autres sûretés 3
Garanties
Etats /pouvoirs publics et banques avec pondé-
ration du risque inférieure à celle du débiteur 3 3 3 3
Autres personnes juridiques avec au moins A– 3 3 3 3
Autres personnes juridiques inférieures à A– 3
Personnes juridiques non notées 3 3
Source: Credit Suisse

Credit Suisse Economic & Policy Consulting Economic Briefing Nº 36 11


Grandes lignes de Bâle II

par celle de la sûreté (approche simplifiée) pour


la partie garantie de la créance. Dans la deuxième
variante (approche exhaustive), la meilleure prise
en considération des sûretés permet de déduire
du montant de la créance la valeur de la garantie,
toutefois pas l’intégralité de cette valeur, mais seu-
lement des «haircuts» (coefficients de marge de
garantie), le montant déductible devant tenir
compte des incertitudes liées à la volatilité future
des prix du marché. L’approche NI n’admet que la
deuxième variante (approche exhaustive).17 Celle-
ci permet, grâce aux sûretés, d’abaisser le taux de
perte nécessaire au calcul de la pondération des
risques.
Dans le cas de l’approche standardisée, c’est le
principe de substitution qui s’applique aux opéra-
tions couvertes par des garanties et des dérivés
sur les risques de crédit18: la pondération du risque
du fournisseur de sûretés est utilisée pour la partie
garantie de la créance, mais il faut veiller à ce que
le montant de la couverture ne puisse pas être
contesté. Les garanties et les dérivés sur les ris-
ques de crédit doivent donc être des créances di-
rectes et récentes envers le fournisseur de sûreté
liées à un crédit ou à un événement spécifique (dé-
faillance du débiteur, défaut de paiement). Dans
l’approche NI simple, il est possible de réduire soit
le taux de perte soit la probabilité de défaillance au
moyen de garanties ou de dérivés sur les risques
de crédit.
A la différence de l’approche standardisée, l’ap-
proche NI tient mieux compte des sûretés et pon-
dère les risques davantage en fonction de celles-
ci. De cette façon, la dotation en fonds propres est
encore plus sensible aux risques. Il ne faut toute-
fois pas oublier que, même si les techniques de ré-
duction des risques de crédit permettent de dimi-
nuer les préjudices possibles, elles peuvent consti-
tuer d’autres sources de pertes telles que les
risques juridiques, opérationnels, de liquidité ou de
marché. Il est donc naturel que les banques assu-
rent une surveillance et une gestion adéquates de
ce genre de risques si elles souhaitent abaisser les
exigences réglementaires de fonds propres.

17 Les banques qui appliquent l’approche NI complexe n’ont pas besoin de faire cette distinction entre approche simplifiée
et approche exhaustive. Elles utilisent leurs propres modèles pour exploiter au mieux les possibilités de réduction des
risques de crédit.
18 Parmi les dérivés sur les risques de crédit, seuls les credit default swaps et les total return swaps permettent d’abaisser
les exigences de fonds propres.

12 Economic Briefing Nº 36 Credit Suisse Economic & Policy Consulting


Répercussions

2. Répercussions

2.1 Introduction ƒ développement des compétences en matière


La deuxième partie de la présente étude, qui est de notation, notamment en ce qui concerne
consacrée à l’impact des nouvelles directives sur l’actualité et l’exactitude des ratings de
des domaines précis, met l’accent sur la Suisse sociétés
car ces répercussions varieront fortement en fonc- ƒ gestion plus active du portefeuille de crédits
tion de la structure et des particularités des systè- et meilleure diversification des risques
mes bancaires nationaux et dépendront de la mise ƒ meilleure gestion des recouvrements ou des
en œuvre de Bâle II telle qu’elle est prévue par les crédits en souffrance
régulateurs. ƒ meilleure intégration de la gestion des risques
Tandis que les objectifs des nouvelles prescriptions dans la gestion des capitaux de la banque et
minimales du Comité de Bâle sont clairement défi- dans leur publication
nis, le nombre, l’orientation et l’intensité des réper-
cussions nécessitent une analyse différenciée. C’est au milieu des années 90 qu’une gestion des
Bâle II concerne en premier lieu les banques (figu- crédits moderne, mieux fondée sur des critères de
re 11). Celles-ci choisiront l’approche de calcul du risque, s’est imposée en Suisse. En effet, à la sui-
capital propre minimal qui correspond le mieux à te de la correction enregistrée par les marchés
leur politique interne de gestion des risques. Paral- immobiliers, les banques avaient procédé à des
lèlement, le développement de cette gestion cons- amortissements et provisionnements conséquents
tituera un important facteur de réussite: en effet, il pour faire face à leurs pertes élevées. De plus, le
permettra d’éviter aux banques appliquant l’appro- prolongement de la faiblesse économique pesait
che NI une augmentation de la charge en capital sur la substance et donc sur la solvabilité de bon
propre et aux banques appliquant l’approche stan- nombre d’entreprises. Enfin, les sociétés avaient
dardisée de s’exposer à des risques élevés. de plus en plus de difficulté à évaluer leurs chan-
De façon générale, le nouvel accord sur les fonds ces de réussite sur le marché en raison notamment
propres aura également des répercussions sur les des mutations structurelles, du progrès technique
structures bancaires nationales, les marchés, la si-
tuation concurrentielle et, partant, sur la clientèle
des banques, mais principalement là où la politique Figure 11: Répercussions de Bâle II
de pondération des risques n’aura été que peu dé-
veloppée. En Suisse, la nouvelle réglementation ne Effets primaires
Bâle II Banques
devrait pas avoir de conséquences majeures pour
au moins deux raisons: d’une part, le secteur ban-
caire a déjà anticipé l’essentiel des nouvelles dis-
positions au cours des dix dernières années; d’au- Gestion des risques:
Dotation en
tre part, le Swiss Finish Bâle I est nettement plus politique de crédit tenant compte
fonds propres
de la solvabilité et des risques
proche des exigences de Bâle II que ne le sont les
réglementations en vigueur dans la plupart des au-
tres pays. Les répercussions chez nous devraient
donc rester limitées et la position concurrentielle Conditions Adaptations dans
de crédit le portefeuille
(level playing field) des banques helvétiques ne de- d’affaires
vrait pas en pâtir.

2.2 Intensification de la gestion des risques


Effets secondaires Clientèle Paysage
Bâle II incite davantage les banques à investir ré- bancaire bancaire
gulièrement dans la gestion des risques. Les nou-
velles dispositions s’inscrivent ainsi dans la conti-
nuité des progrès fondamentaux réalisés ces der- Allocation économique des ressources
nières années dans le secteur financier et surtout
bancaire: Source: Credit Suisse

Credit Suisse Economic & Policy Consulting Economic Briefing Nº 36 13


Répercussions

est une considération autrement plus importante, à


Figure 12: Pertes prévues et imprévues, fonds propres économiques
savoir que les crédits figurent sous les actifs du bi-
Distribution de fréquence
du montant des pertes

lan. Si la qualité de ces actifs baisse, la banque


voit sa solvabilité diminuer et sa notation par les
agences de rating baisser, ce qui se répercute sur
la confiance des clients. Les investisseurs bancai-
res exigent alors des surprimes pour risque aggra-
vé (credit spreads) et le refinancement de la ban-
que se renchérit.
Volatilité
Niveau de confiance En dehors des risques élevés qu’elles ne peuvent
(p. ex. 99,9%) assumer, les banques s’exposent volontairement à
certains risques pour pouvoir tirer des revenus des
ressources qu’elles investissent. Pour comparer
Valeur attendue Montant les différentes opportunités d’affaires, elles dédui-
des pertes
sent les risques encourus du potentiel de gain. Le
Perte prévue Perte imprévue
de perte

calcul des coûts du risque et leur transposition en


Genre

= PD*LGD*EAD
= EAD* (contribution à la volatilité PD + prime de risque dans les conditions de crédit impo-
contribution à la volatilité LGD) sées au débiteur (transfert de risques) jouent là un
Couver-

Primes rôle essentiel. En effet, les primes de risque doi-


ture

Fonds propres économiques


de risque vent autant que possible couvrir les coûts réels
(générés par les pertes, les réajustements de va-
PD = probabilité de défaillance; LGD = taux de perte;
leur, les provisions) sur le long terme. Le but pour-
EAD = crédits non payés en cas de défaillance (voir pages 8 et 9)
suivi est identique à celui de l’assurance: une com-
Source: Credit Suisse pagnie d’assurance essaie elle aussi de couvrir le
préjudice possible par les primes de ses clients.
La perte escomptée doit donc, par définition, être
et de la suppression progressive de différentes déterminée au préalable. Il s’agit d’une valeur em-
barrières commerciales et des restrictions d’accès pirique moyenne fondée sur une série de données
aux marchés. réunies pendant plusieurs années ainsi que sur des
Pour une banque, le risque de crédit réside princi- modèles statistiques, mais qui ne prend pas en
palement dans le fait de ne pas savoir si un prêt considération des fluctuations imprévisibles (volati-
consenti sera remboursé (intérêts et principal) lité) pouvant causer des pertes inattendues non
comme convenu. Elle a donc le choix entre cinq couvertes par les primes de risque (figure 12). A ti-
stratégies: (1) l’aversion pour le risque consiste à tre d’exemple, un crédit en blanc supérieur à CHF
refuser les affaires présentant un risque trop élevé; 10 000 assorti d’une probabilité de défaillance de
dans le cas de (2) l’acceptation de risque, les 3% ne va pas générer chaque année une perte
chances de gain sont supérieures au coût du ris- fixe de CHF 300. Généralement, la banque ne su-
que; il est alors possible d’envisager le (3) transfert bit aucun préjudice pendant plusieurs années puis
du (coût du) risque vers le client, la (4) diversifica- enregistre des pertes élevées pendant quelques
tion des risques ou la (5) couverture des risques. rares périodes (lorsque l’emprunteur, par exemple,
Evidemment, une banque peut très bien ne pas ne peut plus honorer ses engagements et que la
avoir comme objectif premier d’éviter totalement banque doit amortir le crédit impayé). Comme elle
les risques. Elle en prend toujours dans ses activi- ne sait pas à l’avance quand elle devra faire face à
tés commerciales puisqu’elle ne peut jamais être ce genre de situation, elle ne peut s’en prémunir
tout à fait sûre que les ressources investies géné- qu’en constituant une couverture suffisante pour
reront les gains espérés. Elle doit cependant savoir faire «tampon». Son capital propre notamment lui
jusqu’à quel point elle peut s’exposer au risque, sera utile à cet effet, mais il ne doit pas, conformé-
d’où la nécessité évidente de se prémunir contre ment aux directives de Bâle, être inférieur à un
l’insolvabilité mais, pour la plupart des banques, il certain seuil (exigences réglementaires de fonds

20 On parle souvent de «risk adjusted pricing» (RAP) à ce sujet.


21 Ce sont en fin de compte les actionnaires qui décident si l’orientation des bénéfices de l’établissement financier ou le
rendement du capital investi correspond à leurs attentes. D’une façon générale, on peut dire que les banques cotées en
Bourse subissent une pression beaucoup plus forte de la part des investisseurs que les banques gérées sous forme de
coopérative, d’entreprise familiale ou dont les bailleurs de fonds et preneurs de risque sont surtout les pouvoirs publics
ou les contribuables.

14 Economic Briefing Nº 36 Credit Suisse Economic & Policy Consulting


Répercussions

propres). De nombreuses banques maintiennent


Figure 13: Antisélection du portefeuille
d’ailleurs le montant de leur capital propre au-des-
sus de ce seuil afin d’atteindre le niveau de sécuri-
ing

Taux d’intérêt
té interne qu’elles définissent en fonction de critè- risques faibles: d Pric
«surtarification» uste
res économiques (fonds propres économiques). Adj
perte de clientèle Risk

2.3 Focus sur le rating Taux uniforme


Une gestion ciblée des risques n’est possible que Risques élevés:
«sous-tarification»
si ces derniers ont été préalablement déterminés
clientèle générant des pertes
et mesurés de façon exacte. C’est là qu’intervien-
Risque de défaillance
nent les procédures internes de notation des ban-
ques. Leur tâche consiste à analyser avec préci- Source: graphique basé sur l’ouvrage de Lautenschlager, Seydoux (2002)
sion les risques liés à une demande de crédit.
Indépendamment de Bâle II et de la future cor-
rélation entre le rating et les fonds propres requis, des pertes) et la structure de son portefeuille se
la plupart des banques suisses disposent déjà de dégrade davantage. De plus, le risque auquel elle
modèles internes de notation qui, même s’ils diver- s’expose n’est pas suffisamment couvert et les
gent les uns des autres, leur permettent de calcu- ressources qu’elle a investies sont moins renta-
ler de façon individuelle la prime de risque intégrée bles.21 On peut craindre alors une augmentation de
à la tarification.20 C’est justement en cas de solva- la péréquation entre les crédits à risque élevé et
bilité faible que cette prime constitue un élément les crédits à risque faible. Or, les procédures de ra-
essentiel du taux d’intérêt et non les coûts du capi- ting et les primes de risque adaptées au profil de
tal propre sensible au risque. solvabilité de chaque client permettent de résoudre
Le terme «rating» recouvre tant le processus ces problèmes. Qu’elles appliquent l’approche NI
d’analyse de la solvabilité d’un débiteur ou d’une ou l’approche standardisée, les banques devraient
transaction que la note en résultant. Cette évalua- donc trouver avantageux d’investir dans des systè-
tion est opérée sur la base de critères quantitatifs mes internes d’évaluation de la solvabilité, d’autant
et qualitatifs associés entre eux pour former un en- plus que, dans le cas de l’approche standardisée,
semble qui sera noté d’après une échelle ou doté les exigences de fonds propres sont bien inférieu-
d’un «rating». Il y a une différence fondamentale res pour les risques élevés et supérieures pour les
entre l’analyse traditionnelle de la solvabilité et ce
genre de notation. Tandis que la première, dans sa
forme la plus simple, définit seulement, d’après les Figure 14: Critères de rating
critères utilisés, si un emprunteur potentiel est
«solvable» ou «non solvable», la seconde donne un
résultat retraçable, différencié selon plusieurs ni-
veaux, et reposant sur des calculs de probabilité. 1/ 3 Evaluation
L’analyse traditionnelle de la solvabilité et les con- 2/ 3
qualitative
ditions de crédit en découlant peu adaptées aux
risques sont remises en question pour plusieurs
Evaluation
raisons: premièrement, la perte d’un potentiel de quantitative
revenus. En effet, il arrive que des demandes de
crédit soient rejetées alors qu’elles auraient pu être Comparaison avec
acceptées sur la base d’une étude différenciée et les secteurs d’activité
d’une tarification appropriée. Deuxièmement, le
Marché et
risque d’antisélection augmente car les crédits Comparaison avec
son approche
Management la situation souhaitée
sont consentis à des conditions inadaptées au
risque (figure 13): si elles sont trop strictes ou les
intérêts trop élevés, la banque risque de perdre Comptabilité et
une affaire présentant peu de risques à des con- marche actuelle des
affaires Situation bénéficiaire
currents moins chers (perte de clientèle), ce qui
augmente automatiquement le volume des risques Capacité financière
Comparaison
élevés dans le portefeuille de crédits. En revanche, Solidité du bilan dans le temps
si ses taux d’intérêt sont trop bas, la banque attire
les débiteurs à faible solvabilité (clientèle générant Source: Credit Suisse

Credit Suisse Economic & Policy Consulting Economic Briefing Nº 36 15


Répercussions

avant de déterminer la tarification de leurs crédits.


Figure 15: Facteurs entrant dans le calcul du taux d’intérêt
Les clients commerciaux de banques appliquant
l’approche standardisée devront aussi s’attendre,
Calcul des coûts et tarification
dans la plupart des cas, à faire l’objet d’une éva-
Coûts de refinancement luation individuelle de solvabilité. Cette procédure
+ coûts des fonds propres n’engendrera cependant que peu de changements
+ coûts des risques (prime de risque) pour de nombreuses sociétés puisque la tâche
+ coûts d’exploitation d’un gouvernement d’entreprise tourné vers l’ave-
+ contribution au bénéfice nir consiste de toute façon à établir des bilans et
Marché / des comptes de résultat, des chiffres-clés, des
= coût total Prix de base
concurrence plans d’affaires et d’investissement ainsi que des
analyses de marché et de la concurrence, etc. Le
+/– différenciation en
Prix client rating donne aux entreprises la possibilité de véri-
fonction de l’ensemble
fier des aspects importants de leur évaluation
de la relation client
interne à la lumière d’une étude externe et d’opé-
Source: Credit Suisse rer d’éventuelles modifications. Il permet égale-
ment de faire des comparaisons par rapport à un
benchmark et de les utiliser pour cibler tant la
risques faibles que dans celui de l’approche NI. communication interne qu’externe. Le rating offre
Les banques adeptes de l’approche standardisée donc plusieurs types de chances, et l’éventuelle
courent donc le risque d’attirer une clientèle à fai- charge de travail supplémentaire qu’il implique est
ble solvabilité et de perdre celle qui en présente compensée par des avantages. Il serait en revan-
une bonne. che peu judicieux d’optimiser le rating temporaire-
Le rating des sociétés tient compte de facteurs ment, par exemple en enjolivant à court terme la
quantitatifs (notamment des chiffres du bilan) et clôture des comptes (window dressing), notam-
qualitatifs (facteurs subjectifs). Or, la pondération ment parce qu’il serait difficile de prévoir combien
de ces facteurs est l’objet de nombreux débats. Il de temps les modèles de rating pourraient être ain-
est cependant courant de pondérer davantage les si manipulés.
facteurs quantitatifs (figure 14, page précédente). Les entreprises qui souhaitent remettre à leur ban-
Ce qui importe, c’est de ne pas considérer un ra- que une évaluation de solvabilité effectuée par une
ting comme une constante. Il faut normalement le agence de notation indépendante vont dynamiser
réviser périodiquement, par exemple annuellement le secteur du rating grâce à leur demande et per-
(après la clôture des comptes). mettront ainsi aux quelques agences reconnues à
Le taux d’intérêt sur crédit et ses deux paramètres l’échelle internationale de prendre de l’importance
(prime de risque et coûts des fonds propres régle- et de l’influence. Parallèlement, il se pourrait que
mentaires ou économiques) dépendent partielle- d’autres prestataires, surtout nouveaux et moins
ment du rating (figure 15). Trois autres facteurs, renommés, tentent de développer un marché du
indépendants de ce dernier, sont également impor- rating des PME et de tirer profit de la phase de
tants pour la définition du taux d’intérêt: les coûts lancement, du manque de transparence du marché
de refinancement, les coûts d’exploitation et la et de l’inexpérience des demandeurs. Ils propose-
contribution au bénéfice. Il n’est toutefois pas faci- ront aux entreprises des ratings externes arguant
le de déterminer d’emblée dans quelle mesure la du fait que ceux-ci sont certainement meilleurs que
somme de ces facteurs (coût complet) pourra être leurs évaluations internes et qu’ils augmentent leur
répercutée sur le client, premièrement parce que le chance d’obtenir un crédit ou des conditions plus
marché et la concurrence ne permettent pas tou- avantageuses. Le succès de pareille entreprise
jours ce genre de tarification, deuxièmement parce
que la banque doit prendre en compte l’ensemble Utiliser les ratings signifie veiller à ce que les
risques du portefeuille de crédits soient...
de la relation client: si elle entretient avec un em-
prunteur d’autres relations d’affaires, p. ex. des identifiés: le client est attribué à une classe de rating,
mesurés: chaque classe de rating est assortie d’une
placements, elle doit en tenir compte dans la défi-
probabilité de défaillance,
nition du taux d’intérêt, et troisièmement parce imputés: la probabilité de défaillance incite à définir une
qu’il peut être nécessaire de donner la priorité à la tarification adaptée au risque (risk adjusted
poursuite de la relation d’affaires. pricing),
gérés: le rating est un facteur qui stimule fortement
Bâle II devrait renforcer cette tendance affichée
la gestion du portefeuille de crédits.
par les banques à établir leurs propres ratings

16 Economic Briefing Nº 36 Credit Suisse Economic & Policy Consulting


Répercussions

reste toutefois incertain. En Suisse, les deux gran- ques y réagiront par un changement de stratégie.
des banques qui définissent leur dotation en fonds Nous pourrons alors tirer des conclusions sur l’a-
propres sur la base de leurs ratings internes cou- venir du paysage bancaire.
vrent presque la moitié du volume de crédits des La figure 16 (à la page suivante) donne une vue
PME et dispensent ces dernières de recourir à des d’ensemble des répercussions des nouvelles dis-
évaluations externes. De plus, la capacité d’appli- positions sur les crédits consentis aux entreprises
quer des processus de rating performants cons- et aux particuliers. A noter d’emblée: qu’il s’agisse
titue justement une compétence-clé nécessaire des opérations de crédit avec les entreprises ou
aux banques pratiquant l’approche NI. Quant aux les particuliers en Suisse, Bâle II n’imposera en
banques optant pour l’approche standardisée, moyenne aucune charge supplémentaire en fonds
elles ne recourent aux ratings externes pour la propres et n’apportera aucun changement majeur
pondération des risques que lorsqu’ils satisfont à dans la pratique de l’octroi de crédits. S’agissant
leurs propres exigences et à celles des régula- du volume de crédits (offerts et demandés), ce
teurs. Dans le cas contraire, elles appliquent les sont des facteurs d’influence autres que les fonds
pondérations prescrites par Bâle II pour les débi- propres exigés qui continueront de prédominer: la
teurs non notés (cf. chap. 1.3). situation économique générale, le volume des in-
vestissements ou encore l’attrait relatif d’autres
2.4 Modification des exigences de fonds sources de financement.
propres Les entreprises qui entretiennent des relations de
Outre la gestion des risques par les banques, ce crédit auprès de banques optant pour l’approche
sont les exigences réglementaires de fonds pro- standardisée peuvent, dans la plupart des cas,
pres qui sont directement touchées par l’accord de s’attendre à ce que ces établissements ne doivent
Bâle II. Elles dépendront désormais de divers fac- pas augmenter leur dotation en fonds propres af-
teurs tels que: fectés aux crédits, d’une part parce que bon nom-
ƒ Interprétation et mise en œuvre des nouvelles bre d’entreprises n’ont pas de rating externe et
directives par les régulateurs nationaux conserveront une pondération de 100% ou impli-
ƒ Application des procédures de gestion des queront toujours une couverture de fonds propres
risques de 8%, d’autre part parce que la plupart des socié-
ƒ Approche choisie pour calculer les fonds tés ayant un rating externe n’entrent pas dans la
propres pondérés du risque catégorie des débiteurs pondérés à 150% (rating
ƒ Composition et qualité du portefeuille de inférieur à BB- selon Standard & Poor’s). Dans le
crédits, p. ex.: cas des crédits aux entreprises consentis par les
– Proportion des affaires de retail – principale- établissements appliquant l’approche NI, la charge
ment des prêts hypothécaires sur immobilier de capital propre dépendra à l’avenir du rating
résidentiel – dans le portefeuille de crédits interne de la banque. En principe, les différences
– Proportion des crédits aux PME pouvant être de tarification entre les crédits à risque faible et
attribués aux affaires de retail ceux à risque élevé s’accentueront (figure 17,
– Proportion des risques opérationnels qui, pour page 19), car non seulement la prime de risque
la première fois, doivent être couverts par des mais aussi le coût des fonds propres dépendront
fonds propres du rating. Devraient cependant échapper à cette
règle les banques qui couvrent déjà leurs crédits
Abordons maintenant plus avant les changements principalement avec des fonds propres écono-
attendus en matière d’exigences de fonds propres miques et non avec le capital propre réglementaire
dans le cas des deux catégories de débiteurs que (cf. figure 12, chap. 2.2) ce qui, en Suisse, est au
sont les entreprises et les particuliers. Ce sont moins le cas des deux grandes banques.
leurs éventuelles répercussions sur les taux d’inté- Les deux produits qui importent le plus pour une
rêt et l’octroi de crédits qui présentent là un intérêt PME 22 typique sont le prêt hypothécaire et le cré-
particulier. Nous donnerons ensuite une vue d’en- dit en compte courant. Quant à savoir quelles se-
semble de toutes les catégories de débiteurs en ront les répercussions de Bâle II pour ce genre
tenant compte des risques opérationnels. Le cha- d’entreprises, ce n’est pas cette différenciation de
pitre 2.5 traite des interactions entre les différen- produits qui est déterminante mais la répartition
tes catégories de débiteurs au sein du portefeuille des crédits aux PME entre les catégories de débi-
de crédits et étudie la question de savoir si les ban- teurs «particuliers» et «entreprises». Si l’ensemble

22 Bâle II fixe la frontière entre les PME et les grandes entreprises à EUR 50 mio. de chiffre d’affaires annuel.

Credit Suisse Economic & Policy Consulting Economic Briefing Nº 36 17


Répercussions

des créances d’une banque envers une PME est dits aux PME attribués au portefeuille retail sont in-
inférieur à EUR 1 mio., le crédit figure dans le por- férieures à celles fixées pour les autres crédits aux
tefeuille des particuliers dans la mesure où les au- entreprises. Il en va de même si on les compare
tres conditions prudentielles sont remplies (cf. aux dispositions de Bâle I, lesquelles imposent une
chap. 1.3, encadré p. 7). De façon générale, les pondération forfaitaire de 100%. On peut toutefois
exigences de fonds propres de Bâle II pour les cré- se demander s’il est judicieux pour le client d’ali-

Figure 16: Répercussions de Bâle II sur les crédits aux entreprises et les crédits retail
Bâle I Bâle II

Client Genre FPreg Banque Répercussions sur Répercussions Répercussions sur Mesures devant
de crédit bailleur de fonds les fonds propres sur la tarification la politique d’octroi être prises par
réglementaires (FPreg) des crédits le client?

Entreprises Crédit en blanc, 8% CS, UBS, banque FPreg dépendant du faibles, le Risk Aucune. Chaque Le RAP va conti-
avec un crédit p. ex. crédit en avec approche NI rating du preneur Adjusted Pricing banque continuera nuer à prendre
> EUR 1 mio. compte courant de crédit (RAP) est déjà à définir individuelle- de l’importance –
appliqué en majeure ment sa politique même indépen-
partie en matière d’octroi damment de
de crédits. Bâle II Bâle II (cf. chap.
Banque avec Sociétés sans rating faibles, certainement n’exerce pas d’in- 2.3).
approche standardisée externe: 8% aucune augmentation fluence directe en
Sociétés avec rating de taux suite à Bâle II la matière.
externe: FPreg dépendant
du rating

Crédit garanti par 6% CS, UBS, banque FPreg dépendant du faibles, le RAP est
une hypothèque avec approche NI rating du preneur de déjà largement
sur bâtiment crédit et de l’objet (p. ex. appliqué
commercial genre d’objet, taux de
financement)

Banque avec 8%, voire 4% à faibles


approche standardisée certaines conditions

PME avec un Crédit en blanc, 8% CS, UBS, banque avec FPreg dépendant du faibles, le RAP est
crédit < EUR p. ex. crédit en approche NI profil de risque du déjà largement
1 mio. et d’autres compte courant preneur de crédit appliqué
conditions, cf.
encadré p. 7 Banque avec 6% faibles, certainement
approche standardisée aucune augmentation
de taux suite à Bâle II

Crédit garanti par 6% CS, UBS, banque avec FPreg dépendant de faibles, le RAP est
une hypothèque approche NI la structure de risques déjà largement
sur bâtiment du preneur de crédit / appliqué
commercial couverture

Banque avec approche 8%, voire 6% ou 4% faibles


standardisée

Particuliers Hypothèque sur 4% CS, UBS, banque FPreg dépendant du faibles, le RAP est Aucune. Dans le
logement utilisé avec approche NI profil de risques du déjà largement cas des particuliers,
par son proprié- preneur de crédit /évent. appliqué le rating ne joue
taire (1ère hypo- couverture qu’un rôle marginal.
thèque jusqu’à
un taux de finan- Banque avec approche 2.8% faibles, certainement
cement de 66%) standardisée aucune augmentation
de taux suite à Bâle II

Leasing, cartes 8% CS, UBS, banque FPreg dépendant du faibles, le RAP est
de crédits, crédits avec approche NI profil de risques du déjà largement
privés preneur de crédit /évent. appliqué
couverture

Banque avec approche 6% faibles


standardisée

Crédits lombards 6% CS, UBS, banque En fonction du «Swiss faibles, certainement


(dépôt doit être avec approche NI, Finish»: crédits lombards aucune augmentation
diversifié) banque avec approche pas explicitement réglés de taux suite à Bâle II
standardisée par Bâle II

Source: Credit Suisse

18 Economic Briefing Nº 36 Credit Suisse Economic & Policy Consulting


Répercussions

Figure 17: Taux d’intérêt en cas de dotation en fonds propres constante et sensible aux risques

Prix, Taux d’intérêt avec Prix, Taux d’intérêt avec


coûts dotation constante coûts dotation en fonds propres
en % en fonds propres en % sensible aux risques

Prime de
Prime de risque crédit risque crédit

Coût des fonds propres


(y c. 8% de dotation réglementaire) Fonds propres
Coûts de refinancement, coûts Coûts de refinancement, coûts
d’exploitation, contribution au bénéfice d’exploitation, contribution au bénéfice

Risque de crédit Risque de crédit

Source: Credit Suisse

gner sa limite de crédit sur Bâle II. Premièrement, Le crédit lombard, un autre genre d’affaires prati-
le coût des fonds propres provisionnés n’est pas la qué couramment par les banques suisses avec leur
composante essentielle du taux de crédit. Deuxiè- clientèle de particuliers, n’est pas suffisamment
mement, les coûts à supporter ultérieurement en important en comparaison internationale pour être
raison d’une limite maintenue artificiellement à un réglé explicitement par l’accord de Bâle II. La CFB
niveau bas auraient vite fait d’absorber les éven- comblera donc cette lacune dans le cadre du
tuelles économies réalisées sur le taux du crédit. «Swiss Finish». Même s’il n’est pas encore possi-
Ce serait p. ex. le cas si des dépassements de li- ble de se prononcer définitivement à ce sujet, on
mite onéreux étaient régulièrement nécessaires ou peut s’attendre à ce que le taux de fonds propres
encore si des gains échappaient à l’entreprise par- et, partant, le taux de crédit restent bas puisque
ce qu’elle aurait renoncé à investir.23 les risques que présentent les crédits lombards
Pour les particuliers, ce sont plus particulièrement sont très faibles.
les exigences de fonds propres s’appliquant aux Des précisions sur les répercussions de la nouvelle
prêts hypothécaires qui présentent de l’intérêt. Le réglementation sur la dotation en fonds propres
secteur des biens immobiliers utilisés par leur pro- pour les autres catégories de débiteurs sont appor-
priétaire présentant très peu de risques depuis fort tées par l’étude de simulation (Quantitative Impact
longtemps, la couverture actuelle moyenne de Study 3) lancée par le Comité de Bâle en automne
4,5% par des fonds propres est donc plus que suf- 2002, à laquelle ont participé quelque 360 ban-
fisante. Bâle II réduit donc les exigences minima- ques de 40 pays différents.24 Deux groupes de
les, lesquelles devraient être encore plus basses banques (G1 et G2) ont été constitués pour la ré-
chez les banques adoptant l’approche NI que chez alisation des enquêtes: les grandes banques opé-
celles optant pour l’approche standardisée. Cette rant à l’échelle internationale (G1) d’une part et les
différence ne devrait toutefois par revêtir une gran- établissements financiers plus petits et plus spé-
de importance pour la tarification puisque la part cialisés (G2) d’autre part. La figure 18 (à la page
des coûts du risque est faible. La demande de suivante) met en évidence pour G1 et G2 les chan-
prêts hypothécaires est donc davantage condition- gements qu’impliquent les risques de crédit et
née par d’autres facteurs tels que les aspects dé- opérationnels dans la dotation en fonds propres,
mographiques, la réglementation fiscale, la con- exprimés en pour cent selon la catégorie de débi-
joncture, l’adéquation d’un nantissement ou de teurs et l’approche choisie (à noter que les résul-
son amortissement avec la prévoyance privée ou la tats dans le cas des établissements adoptant l’ap-
définition du mixe idéal de durées des hypothèques proche NI complexe ne sont donnés que pour les
à taux fixe et à taux variable. banques G1 puisque les autres établissements ne

23 Au demeurant, les investissements dans les innovations ne sont généralement pas financés par des crédits bancaires
en raison de la grande incertitude pesant sur la viabilité commerciale de la nouveauté ou du projet mais plutôt par le
cash-flow libre (free cash flow) et /ou une augmentation des apports des associés.
24 Cf. notamment: Basel II – Implications for Banks and Banking Markets. Etude spéciale du Credit Suisse

Credit Suisse Economic & Policy Consulting Economic Briefing Nº 36 19


Répercussions

sont guère en mesure d’appliquer cette approche). 2.5 Répercussions sur le paysage bancaire
Les chiffres intéressants pour la pratique bancaire La combinaison de toutes ces répercussions sur
sont plus particulièrement ceux du G2 /approche les différentes catégories de débiteurs revêt de
standardisée (rouge), du G1/approche NI simple l’importance pour l’ensemble d’une banque. Il est
(bleu) et du G1/approche NI complexe (gris). Il donc prévisible que les banques de retail détenant
s’agit de valeurs moyennes dont les différentes une proportion élevée d’hypothèques sur immo-
banques peuvent s’écarter fortement en raison de bilier résidentiel dans leur portefeuille de crédits
la grande diversité des participants à l’enquête, profiteront des dispositions de Bâle II, de même
des disparités d’application des directives et des d’ailleurs que les établissements comptant un
différences de situation initiale entre les pays. Les nombre conséquent de petits prêts aux PME attri-
tendances devraient cependant représenter la ré- bués à leur portefeuille retail. En revanche, les
alité, c.-à-d. davantage de fonds propres pour les banques privées et les établissements de gestion
crédits aux Etats et aux banques ainsi que pour les de fortune doivent s’attendre à voir leur charge de
participations et une couverture inférieure pour les capital propre augmenter en raison de l’inclusion
crédits aux particuliers présentant moins de des risques opérationnels dans le calcul de la cou-
risques. La situation dans le cas des crédits aux verture. Dans le cas des banques universelles et
entreprises avec maintien voire légère baisse des d’investissement appliquant l’approche NI, c’est la
exigences de fonds propres confirme les propos structure des risques de leur portefeuille de crédits
ci-avant. qui indiquera si les exigences minimales de fonds
propres pour risques de crédit pourront être allé-
gées. Comme déjà expliqué dans la première par-
tie de cette étude, les fonctions NI de pondération
Figure 18: Future dotation en fonds propres selon la catégorie de des risques différencient bien plus les risques de
débiteurs, l’approche, le type de banque crédit que ne le prescrivent la réglementation ac-
tuelle ou l’approche standardisée, qui est plafon-
Modification du taux de fonds propres en % née tant vers le haut que vers le bas. Si la structu-
–60 –40 –20 0 20 40 60 80 100 120 re des risques est avantageuse, un bas niveau de
risques a donc un effet très positif. A contrario,
Entreprises plus les risques sont élevés, plus la charge en
fonds propres est lourde. C’est donc de l’impor-
Etats tance des risques opérationnels dans les différents
secteurs d’affaires que dépendra le volume de
Banques fonds propres des banques universelles.
Etant donnée la situation concurrentielle, les ban-
ques suisses ne peuvent pas non plus transférer
Crédits retail (total)
inconsidérément sur leurs clients les coûts supplé-
mentaires qu’engendrerait une augmentation de
– garantis par hypothèque
leur capital propre. Il est donc probable qu’elles
vont chercher des moyens pour au moins ne pas
– non garantis par hypothèque
devoir relever leur niveau de fonds propres tout en
conservant leur rentabilité. Elles pourraient égale-
– renouvelables ment se défaire de certains domaines d’activité
afin de les soustraire à la réglementation bancaire.
PME (total) Il ne faut cependant guère s’attendre à ce que ce
genre de considérations incite les banques suisses
– attribuées à la catégorie
– de débiteurs «entreprises»
qui adopteront l’approche NI à modifier radicale-
ment leur stratégie d’entreprise ou à remanier for-
– attribuées à la catégorie tement leur portefeuille d’affaires. En revanche, les
– de débiteurs «retail» banques qui auront des défis à relever seront cel-
Participations
les qui opteront pour l’approche standardisée et
qui, en conséquence, devront probablement aug-
menter leur capital réglementaire pour couvrir leurs
G1 appr. standardisée G2 appr. standardisée G1 appr. NI simple
crédits même si leur profil de risques est compara-
G2 appr. NI simple G1 appr. NI complexe
ble à celui d’une banque à l’approche NI. Les stra-
Source: BRI, QIS 3 tégies qui s’imposeront alors à elles consisteront à

20 Economic Briefing Nº 36 Credit Suisse Economic & Policy Consulting


Répercussions

accepter des collaborations ou des fusions pour ƒ Le Swiss Finish Bâle I est aujourd’hui plus
pouvoir appliquer elles aussi l’approche NI. proche de Bâle II que ne l’est l’application
De façon générale, les banques vont se livrer une de Bâle I dans d’autres pays.
concurrence accrue dans la recherche de débi- ƒ Actuellement, les établissements de crédit affi-
teurs bien notés. Forcées d’augmenter leur effi- chent souvent un niveau de fonds propres supé-
cience, notamment en élargissant leur offre de rieur à celui que prescrit la réglementation.
prestations de façon ciblée, en concluant des al- ƒ Presque la moitié du volume des crédits con-
liances stratégiques et en prenant des mesures de sentis aux PME suisses est géré par des ban-
standardisation et de rationalisation, elles subiront ques25 qui opteront pour l’approche standardi-
une plus grande pression due à la consolidation sée et qui continueront de pondérer à 100% au
d’entreprises, laquelle sera encore accentuée par maximum la plupart des crédits aux entreprises.
les obligations supplémentaires de transparence ƒ Les banques adoptant l’approche NI ont une
imposées par le pilier III du nouvel accord. Ces der- majorité de preneurs de crédit, notamment de
nières pourront fournir des informations complé- PME, qui jouissent d’un niveau de solvabilité
mentaires aux établissements intéressés par des moyen pour lequel les futures exigences de ca-
rachats, leur permettant de mieux repérer les can- pital propre sont en adéquation avec la régle-
didats potentiels à une reprise. Ceci est valable en mentation actuelle.
premier lieu pour les pays où les mutations structu-
relles au sein du secteur bancaire en sont à leurs En fait, ce sont surtout les particuliers qui profite-
débuts, mais aussi pour la Suisse, dans une moin- ront des avantages des nouvelles dispositions.
dre mesure. Comme la pondération des risques des hypo-
thèques privées et de nombreux crédits aux PME
2.6 Répercussions économiques sera inférieure à celle de Bâle I, les banques ver-
Bâle II a un impact sur le calcul du capital régle- ront leurs coûts d’opportunité pour les crédits retail
mentaire des banques et, partant, sur les coûts tendanciellement baisser, ce qui les incitera à in-
d’opportunité des affaires. D’un point de vue éco- tensifier les affaires avec les petits clients et donc
nomique, on peut se demander entre autres quelle à se livrer une concurrence accrue dans ces seg-
sera l’allocation des ressources dans le cadre de la ments, une évolution qui devrait, somme toute,
politique de crédit des banques et si, comme on le profiter aux clients d’une façon ou d’une autre. A
craint souvent, le nombre de faillites augmentera à l’inverse, les débiteurs affichant une très faible sol-
la suite de ces nouvelles dispositions sur les fonds vabilité ou honorabilité continueront d’avoir, avec
propres. Bâle II, des difficultés à obtenir des crédits bancai-
Bien que le Swiss Finish Bâle II recherché par la res, que ce soit dans le cadre de l’approche stan-
CFB doit s’appliquer à toutes les banques, la varié- dardisée ou et surtout dans celui de l’approche NI.
té d’options proposées pour le calcul du capital mi- Au cas où le taux de crédit requis d’après les
nimal laisse des marges de manœuvre. Le niveau calculs dépasse le taux usuraire légal (p. ex. 15%
de fonds propres des différents établissements va- dans le canton de Zurich), la banque devra refuser
riera donc en fonction de l’approche choisie. Mais le prêt. En revanche, si le taux adapté au risque se
c’est en fin de compte le marché qui décidera si et situe juste en dessous du taux usuraire, la banque
comment la modification des coûts d’opportunité pourrait quand même consentir ou prolonger le
se répercutera sur les conditions ou le prix des crédit à condition de toujours bien déterminer si un
prestations bancaires. débiteur de cette catégorie de solvabilité est apte
Comme nous l’avons déjà expliqué, Bâle II ne de- et prêt à payer les intérêts et à amortir le prêt.
vrait pas modifier sensiblement les conditions ap- D’autre part, elle devra s’attendre à des réactions
plicables à la plupart des relations de crédit. Il exis- négatives du public et donc à des répercussions
te à cela plusieurs raisons: néfastes sur sa réputation si elle octroie des cré-
ƒ En Suisse, les banques fixent depuis plusieurs dits à des taux légèrement inférieurs au taux usu-
années des taux mieux adaptés aux débiteurs raire en raison des risques très élevés spécifiques
ou plus sensibles aux risques en se fondant gé- à ces clients.
néralement sur des systèmes internes de rating, L’accès au crédit bancaire restera également diffi-
même si ceux-ci ont été développés à partir de cile pour les nouveaux débiteurs ou les deman-
modèles différents. deurs de crédits supplémentaires ne pouvant four-

25 Cf. Credit Suisse Economic Briefing N° 33, Marché du crédit en Suisse – gros plan sur les branches économiques et les
PME, p. 21.

Credit Suisse Economic & Policy Consulting Economic Briefing Nº 36 21


Répercussions

nir que peu ou pas de sûretés, disposant d’un fai- de fonds (cash flow) et non parce que le coût du
ble capital propre et représentant donc un risque crédit augmente, puisque celui-ci ne revêt qu’une
élevé pour la banque. Actuellement, ce sont les faible importance dans les comptes de l’entreprise.
grandes banques qui octroient la majeure partie Certes, en cas de dégradation grave et prolongée
des crédits en blanc, lesquels sont plus risqués. de la solvabilité d’une société, la prime de risque et
Quant aux autres établissements de crédit, ils ne le coût des fonds propres imputé à l’avenir aug-
devraient guère renforcer leur activité dans le seg- menteront fortement, mais, même là, le coût des
ment du financement des fondations d’entreprise intérêts n’aura qu’une incidence marginale sur
ou des expansions en accédant, par exemple, aux l’ensemble des charges.26
demandes de crédit repoussées par les grandes
banques. Nous voyons à cela deux raisons essen-
tielles: premièrement, les banques de petite et de
moyenne taille ne disposent que de possibilités
limitées pour diversifier les risques de crédit;
deuxièmement, conscientes du problème de l’anti-
sélection, elles essaieront de ne pas trop attirer à
elles les risques élevés. Il leur faudra donc conti-
nuer à contrôler la compétitivité et la viabilité des
projets des raisons individuelles, indépendants, en-
treprises et fondateurs de sociétés et à étudier les
risques et la rentabilité de leur financement. A cet
égard, Bâle II non seulement encourage les ban-
ques à pratiquer une gestion moderne des risques
et à renforcer la stabilité du système financier mais
exerce également une influence sur les mutations
structurelles dans les différents secteurs par l’in-
termédiaire des mécanismes du marché.
On retiendra de façon générale que Bâle II impri-
mera une réelle pression là où un grand besoin
d’adaptation se fait encore sentir, c.-à-d. là où la
faiblesse structurelle de la branche se répercute
fortement sur certains preneurs de crédit, lesquels
représentent donc un risque élevé pour les ban-
ques. En conséquence, les taux pourraient être re-
levés et des crédits réduits, supprimés ou refusés.
Il ne faut cependant pas considérer ce genre de
procédure comme un rationnement arbitraire des
crédits mais comme une mesure compréhensible
de pondération objective des risques visant égale-
ment, en fin de compte, à empêcher les emprun-
teurs de contracter des engagements de rembour-
sement d’intérêts et de principal qu’il leur sera très
difficile voire impossible d’honorer. Enfin, des déci-
sions d’exploitation et d’investissement fondées
sur des études de rendement et de risques per-
mettent d’améliorer également l’allocation des ca-
pitaux dans l’économie nationale.
La crainte que Bâle II déclenche une vague de
faillites parmi les PME suisses a été émise de plu-
sieurs côtés, mais un tel scénario est exagéré. Les
faillites par suite d’insolvabilité surviennent généra-
lement lorsque l’exploitation ne génère pas assez

26 Cf. Credit Suisse Economic Briefing N° 33, Marché du crédit en Suisse – gros plan sur les branches économiques et les
PME, p.11.

22 Economic Briefing Nº 36 Credit Suisse Economic & Policy Consulting


Appréciation et perspectives

3. Appréciation et perspectives

3.1 Points forts frais sur leurs clients. Le renforcement de la sécu-


Des publications précédentes traitant déjà de fa- rité du système financier économiquement souhai-
çon détaillée les points forts et faibles du nouvel table n’est donc pas gratuit et il n’est pas exclu
accord de Bâle sur les fonds propres27, nous n’en que certaines banques envisagent d’abandonner
aborderons ici que certains aspects. D’une façon quelques-unes de leurs activités à des établisse-
générale, il faut saluer l’objectif principal de Bâle II, ments non soumis à la réglementation bancaire, ce
à savoir une meilleure adéquation des fonds pro- qui menacerait la réalisation de l’objectif supérieur
pres aux risques encourus par les banques sans du Comité de Bâle, à savoir la stabilité du système
pour autant vouloir augmenter le capital réglemen- financier.
taire dans l’ensemble du système bancaire. Les Deuxièmement, en raison de sa complexité, Bâle II
nouvelles directives corrigent, du moins partielle- va poser des défis non seulement aux banques
ment, les principales faiblesses de Bâle I, tiennent mais aussi aux autorités de surveillance. Dans le
compte de l’évolution des marchés financiers et cadre du deuxième pilier, la surveillance bancaire
encouragent le développement de la gestion des prévue par la réglementation au niveau macroéco-
risques. Parmi les forces de Bâle II présentées et nomique sera transférée à la direction des banques
commentées dans la présente étude, on peut sou- au niveau microéconomique. La pratique montrera
ligner en particulier le caractère positif de la flexibi- si les banques disposent de l’expertise et des res-
lité avec laquelle les banques, grâce à toute une sources nécessaires à cet effet. Dans sa forme
palette d’options, peuvent calculer les exigences actuelle, la proposition de Bâle II est très complexe
de fonds propres pour les risques de crédit en et axée sur des détails, ce qui complique les per-
fonction de leurs propres possibilités. Par ailleurs, spectives de réussite dans la pratique.
le dialogue qui s’est instauré et qui se poursuit en- Par ailleurs, l’adéquation recherchée entre les exi-
tre les intervenants du marché, les régulateurs na- gences de fonds propres et les ratings de crédit
tionaux et le Comité de Bâle sur le contrôle bancai- pose aussi des problèmes. En effet, d’aucuns crai-
re dans le cadre de l’accord de Bâle II joue égale- gnent qu’une volatilité élevée du capital réglemen-
ment un rôle bénéfique. C’est lui qui a permis taire sensible aux risques accentue les cycles
d’élaborer des directives orientées sur la pratique, conjoncturels. Les ratings établis de façon tradi-
comme p. ex. le traitement des titrisations, évitant tionnelle, qui se fondent principalement sur le bilan
d’entraver le développement du marché. De plus, et les comptes de résultats des emprunteurs, se
les conventions établies dans le cadre du deuxiè- dégradent en cas de récession. Généralement dé-
me pilier constituent un contexte favorable à la finis annuellement, ils dépendent donc fortement
poursuite des échanges entre les régulateurs na- des influences conjoncturelles auxquelles les en-
tionaux et les banques. treprises sont soumises. Pour les banques et les
agences de rating, le grand défi consistera à éla-
3.2 Points faibles borer leurs propres procédures de notation de telle
Toutefois, Bâle II soulève également des doutes. sorte que la viabilité et la solvabilité d’une entrepri-
Premièrement, l’application des nouvelles disposi- se, et surtout d’une PME, puissent être évaluées
tions est extrêmement complexe et onéreuse. Or, également en fonction du potentiel de développe-
le coût de la gestion des risques est déjà considé- ment à long terme du secteur économique en
rable actuellement. A l’échelle internationale, des question. De cette façon, les influences conjonctu-
dizaines de milliers de banques devront supporter relles à court terme auront un impact moindre sur
des charges supplémentaires s’élevant à plusieurs le rating du preneur de crédit.
milliards USD. Il leur faudra donc faire des efforts Troisièmement, l’introduction des risques opéra-
pour accroître leur efficience, dont leurs clients et tionnels dans le calcul des fonds propres est cer-
elles-mêmes seront bénéficiaires. On peut toute- tainement l’élément le plus controversé des nou-
fois craindre qu’elles transfèrent partiellement ces velles dispositions. En effet, il est douteux de par-

27 Credit Suisse, «Basel II – Bedenken sind erlaubt» (Spotlight) ainsi que «Basel II – Implications for Banks and Banking
Markets» (étude spéciale).

Credit Suisse Economic & Policy Consulting Economic Briefing Nº 36 23


Appréciation et perspectives

venir à réduire ces risques en augmentant la char- 3.3 Résumé et perspectives


ge de capital propre. D’une part, les risques opéra- Bâle II constitue une réforme profonde de la régle-
tionnels tels que les pannes d’informatique et des mentation bancaire. Les nouvelles dispositions sur
systèmes internes de contrôle sont quasiment im- les fonds propres auront un impact durable sur le
possibles à évaluer en termes de fréquence et de secteur des prestations financières là où la gestion
volume, contrairement aux risques de crédit et de des risques par les banques n’est pas encore très
marché, dont la probabilité et le potentiel de perte développée. En Suisse, leurs conséquences struc-
se calculent sur la base de chiffres tirés de l’expé- turelles et économiques resteront limitées et, dans
rience. D’autre part, les différentes approches se le domaine des crédits, nombre de PME n’en se-
basent sur un rapport linéaire entre le revenu brut ront pas très affectées.
et la charge réglementaire de capital propre. Donc, Il faut saluer l’orientation générale de cette révi-
si les revenus de la banque s’élèvent, le risque de sion, à savoir une dotation en fonds propres mieux
faillite induit par les risques opérationnels augmen- adaptée aux risques. Elle soutiendra voire renfor-
te. En conséquence, la banque devrait réduire ses cera les efforts déployés par les banques, mais
gains pour optimiser ses fonds propres. aussi par les entreprises, pour développer plus
Quatrièmement, dans le cadre de l’obligation de avant la gestion des risques et tenir mieux compte
publication prévue par le troisième pilier, le Comité des ratings et de la solvabilité. Il reste toutefois à
de Bâle attache trop d’importance à la quantité des déterminer dans quelle mesure les nouvelles
informations détaillées à fournir au lieu de se dispositions pourront réellement assurer la sécurité
concentrer sur leur qualité. Le concept, qui vise à et la stabilité du système financier international
renforcer la discipline de marché par une transpa- puisque, même si on applique les prescriptions ré-
rence accrue, est une bonne chose en soi mais, glementaires en matière de fonds propres qui intè-
même si cette obligation est allégée dans le troi- grent des aspects quantitatifs et qualitatifs grâce
sième document consultatif, on peut craindre que aux deuxième et troisième piliers, on continue en
la publication de données extrêmement techniques fait à utiliser le même outil qu’avec Bâle I. De plus,
non seulement ne fournira guère d’informations sans tenir compte du caractère arbitraire des 8%
complémentaires aux tiers intéressés, mais géné- de fonds propres requis, il est certain que la régle-
rera des frais supplémentaires pour les banques. mentation du capital propre ne peut pas garantir à
De plus, face à l’augmentation des interdépendan- elle seule la stabilité financière du système finan-
ces entre les différents28 acteurs du système fi- cier. Cette dernière ne pourra être assurée que par
nancier et les temps de réaction plus courts (obte- la capacité des banques à générer des bénéfices,
nus grâce aux nouvelles technologies), on peut à évaluer correctement les risques et à les gérer de
également se demander dans quelle mesure des façon intelligente pour disposer de liquidités suffi-
informations supplémentaires ne risquent pas santes même dans les temps difficiles.
d’accroître les surréactions et donc la volatilité des Les fonds propres servent à protéger l’épargne.
marchés. Or, encouragés par les progrès réalisés dans l’in-
Bien que l’égalité des chances entre les intermé- termédiation financière et par l’évolution des mar-
diaires financiers soit un objectif déclaré du Comité chés des capitaux, les épargnants se montrent de
de Bâle, les nouvelles directives soulèvent des plus en plus disposés à assumer des risques en
questions à ce sujet. Il est notamment probléma- remplaçant l’épargne traditionnelle par des place-
tique que les autorités prudentielles des divers ments en titres. On peut donc se demander si la
pays interprètent chacune différemment les dispo- protection de l’épargne au moyen de la dotation en
sitions de Bâle II avant de les intégrer dans leur fonds propres doit constituer l’axe principal de la
réglementation bancaire. Il en résulte des distor- consolidation du système financier ou s’il n’existe-
sions concurrentielles qui entravent la création rait pas d’autres outils mieux adaptés pour empê-
d’un level playing field, notamment parce que seu- cher autant que possible la naissance et la propa-
les les banques, et non l’ensemble des presta- gation des crises dans le système financier mon-
taires de services financiers, restent soumises dial. Par le passé, les prescriptions de fonds
aux prescriptions en matière de capital propre. propres n’ont pas pu prévenir des récessions
Les hedge funds, les agents de change, la Post- d’envergure. De même, le capital réglementaire
finance et d’autres intervenants des marchés fi- n’a pas permis de couvrir les pertes enregistrées
nanciers ne doivent pas observer des règles aussi au sein du système lors des récentes crises (sur-
strictes. venues en Asie, en Russie et en Argentine). On

28 P. ex. investisseurs institutionnels et privés présentant différents profils de risques, horizons et objectifs de placement.

24 Economic Briefing Nº 36 Credit Suisse Economic & Policy Consulting


Appréciation et perspectives

peut donc considérer comme justifiées les objec-


tions de ceux qui, au lieu d’imposer des prescrip-
tions complexes en matière de fonds propres, au-
raient donné davantage d’impulsions aux banques
pour prévenir les risques et assurer un bon gouver-
nement ou une gestion d’entreprise responsable.
Compte tenu de ces réflexions, il faut considérer
Bâle II comme une étape importante et largement
étayée sur la voie menant à une réglementation
plus efficace et mieux harmonisée du système fi-
nancier et non comme la conclusion d’un long pro-
cessus. L’amélioration et le développement de ces
directives vont se poursuivre pour déboucher un
jour ou l’autre sur un accord de Bâle III. Il faut
espérer qu’il restera alors suffisamment de marge
pour les réflexions fondamentales portant notam-
ment sur les objectifs recherchés et les outils les
mieux appropriés pour les atteindre, mais aussi sur
un élargissement judicieux du cercle des acteurs
financiers impliqués et soumis à une réglementa-
tion en dehors du système bancaire.

Credit Suisse Economic & Policy Consulting Economic Briefing Nº 36 25


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26 Economic Briefing Nº 36 Credit Suisse Economic & Policy Consulting


Les numéros suivants de la série «Economic Briefing» sont disponibles en version papier:

Nº Titre Nº mat. Nº mat. Nº mat. Nº mat.


français allemand italien anglais
36 Bâle II – étape importante de la réglementation bancaire (4/04) 1512412 1512411 1512413 –
35 Placements échelonnes – la solution pour amortir les turbulences de la Bourse
(12/03) 1512402 1512401 – –
34 Déséquilibre des finances publiques – causes et amorces de solution (9/03) 1512392 1512391 – –
33 Marché du crédit en Suisse – gros plan sur les branches économiques et
les PME (6/03) 1512382 1512381 1512383 –
32 Le chantier de la prévoyance professionnelle – quelles perspectives? (2/03) 1512372 1512371 1512373 –
31 Risques fantômes – réels et sérieux (11/02) 1512362 1512361 1512363 –
30 Le système de santé suisse – diagnostic pour un patient (8/02) 1512352 1512351 1512353 –
29 Krachs boursiers et l’art de bien gérer ses placements (7/02) 1512342 1512341 1512343 1512344
28 Union européenne – le grand élargissement à l’Est (5/02) 1512332 1512331 1512333 1512334
27 Population et revenu – une comparaison entre les cantons suisses (2/02) 1511832 1511831 1511833 1511834
26 Les Bourses en mouvement – état des lieux et perspectives (11/01) 1511822 1511821 – 1511824
24 La politique de la formation, facteur-clé de la société du savoir (8/01) 1511702 1511701 1511703 –
23 Placements de 1925 à 2000 – Faits et analyses (6/01) 1511552 1511551 – 1511554
22 Comprendre le mécanisme des affaires de crédit (3/01) 1511502 1511501 1511503 –
17 Shareholder Value – Viel mehr als ein Schlagwort (6/00) – 1540801 – 1540804
16 Union européenne – Hier, aujourd’hui, demain (3/00) 1511382 1511381 – 1511384
14 Les actions comme placement des capitaux à long terme (11/99) 1540712 1540711 – 1540714

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1–13, 15, 18 – 21, 25. Ces numéros restent disponibles en format PDF (www.credit-suisse.com/research).
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