Memoire Moussa Ouattara
Memoire Moussa Ouattara
I
REMERCIEMENTS
II
AVERTISSEMENT
III
SIGLES ET ABREVIATIONS
al. alinéa
art. article
CA Cour d’appel
Cf confer
CP Code pénal
D. Dalloz
éd. édition
Ibid. Signifie qu’il s’agit de l’ouvrage que l’on vient tout juste de citer
dans la note précédente, mais à une page différente
IV
Idem. Signifie qu’il s’agit du même auteur, du même ouvrage et de la
page que la référence précédente
n° numéro
Op.cit. Signifie du même auteur dans l’ouvrage déjà cité plus haut
p. Page
s. Suivant
INTRODUCTION ................................................................................................. 1
PREMIERE PARTIE : UNE PROTECTION RECHERCHEE ............................ 9
CHAPITRE 1 : LA RECHERCHE PAR LA PLURALITE DES MODALITES
D’INTEGRATION DE LA VICTIME DANS LA PROCEDURE PENALE .... 10
Section 1 : La dualité des modalités d’intégration par voie d’action .................. 11
Section 2 : La dualité des modalités d’intégration par voie d’intervention ........ 21
CHAPITRE 2 : LA RECHERCHE PAR LA PLURALITE DES DROITS
RECONNUS A LA VICTIME PENDANT LA PROCEDURE PENALE ......... 28
Section 1 : Les droits de facilitation de la procédure à la victime ...................... 29
Section 2 : Les droits de participation à la manifestation de la vérité ................ 37
DEUXIEME PARTIE : UNE PROTECTION LIMITEE ................................... 46
CHAPITRE 1 : LA LIMITATION DANS LA PARTICIPATION DE LA
VICTIME A LA PROCEDURE PENALE ......................................................... 47
Section 1 : L’intégration partielle de la victime dans la procédure .................... 48
Section 2 : La nécessité de renforcement de la sécurité de la victime ................ 56
CHAPITRE 2 : LA LIMITATION DANS LES PROCEDURES
ALTERNATIVES AUX POURSUITES ............................................................. 63
Section 1 : La passivité de la victime dans les procédures accélérées prévues .. 64
Section 2 : L’absence de procédures privilégiant la réparation du préjudice de la
victime ................................................................................................................. 72
CONCLUSION ................................................................................................... 80
VI
INTRODUCTION
1
Jan Van Dijk, Administrateur général au Centre des Nations Unies pour la prévention internationale du crime
et l'un des principaux responsables de l'étude internationale Cf ODCCP « Dixième congres des Nations Unies
pour la prévention du crime et le traitement des délinquants », consultable sur
https://www.un.org/french/events/10thcongress/2088af.htm, consulté le 27 octobre 2023 à 01h 49
2
Par le procès pénal nous entendons la procédure pénale en tant qu’ensemble des règles qui définissent la
manière de procéder pour la constatation des infractions, l’instruction préparatoire, la poursuite et le jugement
des délinquants. Ici, nous intéresserons principalement aux phases de l’instruction, de poursuite et de jugement.
3
CARIO (R.), RUIZ-VERA(S.), Droit(s) des victimes, De l’oubli à la reconnaissance, Ed. L’Harmattan 2015, P.13 in
NIAMBE (K. R.), « La participation de la victime au procès pénal », Thèse, Université Alassane OUATTARA de
Bouaké, 2020, 457p.
4
Cf ENM-pénal 2011, « La procédure pénale », [en ligne] https://www.prepa-isp.fr/wp
content/uploads/2018/09/ENM-Annales-P%C3%A9nal-2011.pdf , consulté le 25 octobre 2023 à 03h01
5
A titre d’exemple, le Conseil économique et social des Nations Unies a adopté en juillet 2005 des principes
fondamentaux et des directives concernant le droit à un recours et à une réparation des victimes du droit
international relatif aux droits de l’homme et violations graves du droit international humanitaire.
6
Nous pouvons citer la loi n°2021-892 du 21 décembre 2021 relative aux mesures de protection des victimes de
violences domestiques, de viol et de violences sexuelles autre que domestiques.
1
Cette étude nécessite, avant tout, une approche définitionnelle des mots-clés
notamment « protection », « victime » et « juridictions répressives ».
Partant de l’idée que « toute définition en droit est périlleuse »7, ces notions-clés
n’ont pas fait l’objet de définition de la part du législateur ivoirien.
S’agissant de la « protection », elle est définie par le dictionnaire Le Robert
comme « l’action de protéger, de défendre quelqu’un ou quelque chose. Protéger,
c’est aider une personne de manière à la mettre à l’abri contre toute attaque.
C’est défendre contre toute atteinte ».
De même, pour Gérard CORNU, « la protection est la précaution qui consiste à
prémunir une personne ou un bien contre un risque, à garantir sa sécurité, son
intégrité, etc., par des moyens juridiques ou matériels ».8
Ainsi, appréhender la protection de la victime devant les juridictions répressives
revient à s’interroger sur les moyens juridiques mis à la disposition de la victime
pour garantir sa sécurité, son intégrité et ses intérêts notamment la réparation de
son préjudice devant les juridictions pénales.
Quant au mot « victime », la notion principale de notre sujet, il est présenté
comme une notion difficile à saisir en raison de son évolution selon les époques.
En effet, le sens commun qualifie généralement de victime toute personne qui
subit et qui souffre soit des agissements d'autrui, soit d'événements néfastes. 9
De même, selon le Lexique des termes juridiques, « à l’origine personne offerte
en sacrifice aux dieux, la victime au sens général commun s’entend de toute
personne qui souffre d’une atteinte quelle qu’en soit l’origine, portée à ses droits,
ses intérêts ou son bien-être. Dans un sens plus restreint c’est une personne qui a
été tuée ou blessée ».10
Dans le même ordre d’idée, le Vocabulaire juridique de Gérard CORNU définit la
victime comme « celui qui subit personnellement un préjudice, par opposition à
celui qui le cause, auteur »11.
Ces définitions sus évoquées, qui ne comportent pas ou ne font pas allusion à
la notion d’infraction, ne semblent pas nous convaincre eu égard à notre sujet.
7
YAYA (M. S.), « le droit de l’OHADA face au commerce électronique », Thèse, Université de Montréal et Université
de Paris-Sud 11, 2011, p.5
8
CORNU (G.), Vocabulaire juridique, Association Henri Capitant, PUF, 12ème éd., 2018, p.1743
9
Cf ENM-pénal 2011, op.cit.
10
GUINCHARD (S.), DEBARD (T.), Lexique des termes juridiques, Paris, Dalloz, 26ème éd., 2019, p. 1106
11
CORNU (G.), op. cit., p.2254
2
Par contre, la définition contenue dans la décision cadre du Conseil de l’Union
européenne attire notre attention. Cette décision définit la victime au sens pénal
comme « la personne qui a subi un préjudice, y compris une atteinte à son
intégrité physique ou mentale, une souffrance morale ou une perte matérielle,
directement causé par des actes ou omissions qui enfreignent, la législation d’un
Etat membre ».12 Cette définition, nous le constatons, fait allusion à l’infraction13,
l’objet du droit pénal.
Ainsi, la victime est perçue comme la personne dont la souffrance a pour origine
la commission d’une infraction. Cette acception de la victime trouve son
fondement dans les dispositions de l’article 7 du code de procédure pénale alinéa
premier. Ce texte dispose que : « l’action civile en réparation du dommage causé
par un crime, un délit ou une contravention, appartient à tous ceux qui ont
personnellement souffert du dommage directement causé par l’infraction ».
En clair, la victime est une personne physique ou morale qui a personnellement
souffert du dommage directement causé par la commission d’un acte anti-social
que constitue l’infraction. Partant de cette conception de la victime, seront exclues
de notre étude les victimisations dont l’origine n’est pas un acte constitutif
d’infraction.
En fait, il résulte de la compréhension de cette définition retenue de la victime
que ne saurait acquérir la qualité de victime toute personne n’ayant pas
personnellement souffert du dommage directement causé par l’infraction.
Cependant, cette compréhension connait un assouplissement depuis la réforme du
code de procédure pénale en 2018. Désormais, sur le fondement des articles 7, 8
et 20 dudit code, les victimes dites médianes ou indirectes peuvent exercer l’action
civile en réparation du dommage causé par l’infraction. Il s’agit entre autres des
héritiers, des victimes par ricochet et des associations agissant dans un but
d’intérêt collectif14.
En définitive, par « victime » nous pouvons entendre toute personne, physique ou
morale, ou groupe de personnes ayant souffert d’un dommage directement ou
indirectement causé par une infraction.
12
GUINCHARD (S.), DEBARD (T.), op.cit., 2019, p.1106
13
C’est l’article 2 du CP qui définit l’infraction. Selon cette disposition « Constitue une infraction tout fait, action
ou omission, qui trouble ou est susceptible de troubler l’ordre public ou la paix sociale en portant ou non atteinte
aux droits des personnes et qui comme tel est légalement sanctionné ».
14
Article 8 du CPP
3
Certes le législateur ivoirien ne définit pas la notion de victime, mais, il
emploie certains mots ou groupes de mots pour la designer. Il s’agit entre autres
de « plaignant »15, de « partie civile »16, « partie lésée »17 de « ceux qui ont
personnellement souffert du dommage directement causé par l'infraction »18.
L’appellation « partie civile » attire particulièrement notre attention en raison
de la nuance qui existe entre elle et la notion de « victime ».
En effet, la victime, comme définie précédemment, est la personne qui a
personnellement subi un préjudice directement causé par l’infraction. Si elle
n’agit pas en justice ou si elle saisit les juridictions civiles, elle garde toujours
cette appellation de « victime ». Par contre, si elle décide de saisir les juridictions
répressives, elle doit se constituer partie civile. Ainsi la partie civile sera toute
victime d’une infraction ayant porté son action civile devant la juridiction
répressive. Avec la qualité de partie civile, la victime intègre le procès pénal et y
devient partie à part entière. Autrement dit, toute partie civile est une victime19
mais toute victime n’est pas une partie civile. Toutefois, il est possible que la
victime, alors qu’elle ne s’est pas constituée partie civile, se trouve devant les
juridictions pénales. Dans ce cas, elle a une place très réduite20 dans le procès et
y est généralement traitée comme un témoin21.
Relativement à l’expression « juridictions répressives », pour bien la cerner,
il est judicieux de s’intéresser en amont à la définition de la notion de «
juridiction » d’une part et du qualificatif « répressive » d’autre part.
Selon le Lexique des termes juridiques, la juridiction « dans un sens fonctionnel,
et employé au singulier uniquement, désigne la jurisdictio, le pouvoir de dire le
droit ; dans un sens organique, et employé au singulier comme au pluriel, désigne
15
Article 116 nouveau du CPP
16
Article 101 du CPP
17
Article 8 du CPP
18
Article 7 du CPP
19
Exceptés les cas où certaines personnes ou associations qui peuvent subroger la victime dans la constitution
de partie civile.
20
Elle bénéficie de certains droits tels que l’assistance d’un avocat pendant les enquêtes et le bénéfice des
mesures de protection pendant l’instruction.
21
Selon le Lexique des termes juridiques, le témoin est un simple particulier invité à déposer, dans le cadre d’une
enquête ou sous la forme écrite d’une attestation, sur les faits dont il a eu personnellement connaissance, après
avoir prêté serment de dire la vérité.
4
les organes qui sont dotés de ce pouvoir »22. Il ressort de là que la juridiction est
l’organe doté du pouvoir de dire le droit23.
Quant au qualificatif « répressive », il s’entend de « ce qui se rapporte à la
répression, qui tend à son organisation, à sa mise en œuvre et à son
application ».24 Il a pour synonyme le qualificatif « pénal » qui est défini comme
« ce qui se rapporte aux peines proprement dites, aux faits qui encourent ces
peines et à tout ce qui concerne la répression de ces faits ».25 Il est également
parfois synonyme du qualificatif « criminel » au sens large et par opposition à
« civil », qui englobe en ce sens « tout ce qui se rapporte aux infractions et à
leurs sanctions »26.
Ainsi « les juridictions répressives » ou les juridictions pénales ou encore les
juridictions criminelles sont des organes dotés du pouvoir de dire le droit en
matière de la répression, son organisation, sa mise en œuvre et son application. En
clair, les juridictions répressives sont les organes compétents en matière des
infractions et de leurs sanctions.
En outre, dans l’optique de parvenir au bon fonctionnent de la justice
répressive, le législateur ivoirien a instauré deux types de juridictions pénales. Il
s’agit d’une part des juridictions répressives d’instruction et d’autre part des
juridictions répressives de jugement.
Relativement aux juridictions d’instruction, il s’agit au premier degré du juge
d’instruction27 et au second degré de la chambre d’instruction de la cour d’appel28.
Concernant les juridictions de jugement, au premier degré, se trouvent le tribunal
criminel29, le tribunal correctionnel30 et le tribunal de simple police31. Au second
22
GUINCHARD (S.), DEBARD (T.), op.cit., 2019, p.619
23
« Dire » a ici le sens de « trouver la règle de droit régissant le cas et la lui appliquer concrètement » in NTAMBWE
(C. Y. N.), Initiation à la science et à la théorie du droit, Côte d’Ivoire, UCAO, 2021, p.133
24
CORNU (G.), op.cit., p.1913
25
CORNU (G.), op.cit., p.1593
26
CORNU (G.), op.cit., p.636
27
Article 97 du CPP. Le juge d’instruction est le magistrat que la loi a chargé de procéder à l’instruction des affaires
au niveau des tribunaux de première instance.
28
Article 215, 228 et 205 du CCP. La chambre d’instruction connaît de l’instruction au second degré des affaires
criminelles, de l’examen des appels contre les ordonnances du juge d’instruction et de l’examen des requêtes en
annulation des actes du juge d’instruction.
29
Article 20 du CPP. L’ancienne cour d’assise, le tribunal criminel est compétent pour juger en premier ressort les
individus renvoyés devant lui par l’ordonnance de renvoi.
30
Article 390 du CPP. Le tribunal connaît des délits au premier ressort.
31
Article 531 CPP. Le tribunal de simple police connaît des délits au premier ressort.
5
degré, se trouvent la chambre criminelle de la cour d’appel32 et la chambre
correctionnelle de la cour d’appel.33
La cour de cassation, en raison de son rôle de contrôle des jugements et arrêts
rendus par les juridictions de fond, est aussi une juridiction répressive.34
A titre indicatif, le ministère public et le greffe, en raison de leurs rôles
respectifs de poursuite et d’authentification du procès, ne seront pas exclus dans
le cadre de cette étude. Par contre, le juge de l’application des peines35, qui est
aussi un organe répressif ne sera pas principalement évoqué dans notre travail.
Aux termes de cette réflexion terminologique, il ressort que la protection de
la victime devant les juridictions répressives doit s’entendre de la manière dont le
législateur défend la victime, son intégrité, ses intérêts, ses droits, contre toute
atteinte dans la procédure pénale mais aussi surtout des moyens juridiques mis à
sa disposition pour garantir la réparation de son préjudice.
Il ressort également de cette approche définitionnelle que notre étude portera
sur la victime non constituée ou non encore constituée partie civile et
principalement sur la victime qui a la qualité de partie civile en raison des droits
dont elle dispose devant les juridictions répressives.
Le champ d’étude défini, il importe à présent de présenter l’intérêt de notre
sujet. Celui-ci revêt un double intérêt qui est à la fois scientifique et pratique.
S’agissant de l’intérêt scientifique, il réside dans le fait que nos travaux
contribueront à la connaissance de la protection de la victime d’une infraction
dans le procès pénal et à la compréhension des droits dont elle dispose pour
assurer sa protection.
Cette étude permettra également de révéler les insuffisances au niveau de la
protection de la victime afin d’inciter le législateur ivoirien à une réforme des
droits de la victime adaptés à son statut.
Relativement à l’intérêt pratique, notons que nos travaux permettront aux
justiciables surtout aux victimes d’emprunter les voies et moyens qui leur
32
Article 370 du CPP. La chambre criminelle, remplaçante de la cour d’assise, connait des affaires criminelles
ayant fait l’objet d’appel.
33
Article 573 du CPP. La chambre des appels correctionnels connaît des appels interjetés contre les jugements
rendus par les tribunaux correctionnels et les tribunaux de simple police.
34
Articles 219 et 514 du CPP
35
Article 723 du CPP. Le juge de l’application des peines (JAP) est un magistrat du siège du tribunal judiciaire,
compétent pour fixer les principales modalités de l’exécution des peines privatives de liberté ou de certaines
peines restrictives de liberté, en orientant et en contrôlant les conditions de leur application.
6
permettront de demander et obtenir la réparation de leurs préjudices devant les
juridictions pénales surtout si le ministère public ne veut pas engager les
poursuites.
Notre étude, loin d’être la première, s’inscrit dans la lignée des réflexions déjà
menées sur le statut de la victime dans le procès pénal en droit ivoirien 36. Sa
singularité se saisit par son sujet qui porte sur la protection de la victime que n’a
cessé de chercher le législateur ivoirien à travers sa présence dans le procès pénal.
En effet, la présence de la victime devant les juridictions répressives est consacrée
depuis la loi n°60-366 du 14 novembre 1960 portant code de procédure pénale37.
Par ailleurs, depuis la réforme du code de procédure pénal en 2018 avec la loi
n°2018-975 du 27 décembre, nous constatons un renforcement de la protection de
la victime notamment l’amélioration de ses droits. La loi n° 2022-192 du 11 mars
2022 modifiant celle de 2018 s’inscrit dans la même logique. Ces reformes
mettent en lumière l’actualité de ce sujet.
Dès lors, notre étude soulève le problème suivant : le législateur ivoirien
s’est-il vraiment préoccupé de la protection de la victime devant les
juridictions répressives ?
Pour répondre à cette interrogation, trois méthodes de recherche seront
adoptées à savoir la méthode descriptive, la méthode analytique et la méthode
comparative.
D’abord, le choix de la méthode descriptive se justifie par le fait que les droits de
la victime assurant sa protection devant les juridictions pénales sont méconnus
par les justiciables et par les victimes elles-mêmes. Il est important d’user de cette
méthode pour éclairer les justiciables qui souffrent d’une infraction sur les
mesures à prendre pour la réparation du préjudice subi.
Ensuite, l’adoption de la méthode analytique trouve sa justification dans le fait
que la victime est considérée comme une partie accessoire voire secondaire dans
le procès pénal. Cette méthode permettra d’analyser l’impact de la place
secondaire de la victime sur sa protection.
36
A titre d’exemple, nous pouvons citer la thèse de NIAMBE Kassi Richard portant sur « la participation de la
victime dans le procès pénal », thèse soutenue à l’Université Alassane OUATTARA de Bouaké en 2020.
37
L’article premier du CPP de 1960 disposait que : « L’action publique pour l'application des peines est mise en
mouvement et exercée par les magistrats ou fonctionnaires auxquels elle est confiée par la loi. Cette action peut
aussi être mise en mouvement par la partie lésée, dans les conditions déterminées par le présent Code ».
7
Enfin, le recours à la méthode comparative dans le cadre de notre analyse
s’explique par le fait que, au besoin, nous nous réfèrerons aux législations
étrangères pour apprécier le traitement que réserve le législateur ivoirien à la
victime qui se trouve devant les juridictions répressives.
Par ailleurs, l’analyse de l’arsenal juridique répressif ivoirien donne de
constater et de noter que depuis le code de procédure pénale de 1960 jusqu’à celui
de 2018 tel que modifié par la loi n°2022-192 du 11 mars 2022, le législateur
cherche progressivement la protection de la victime. Mais cette protection
demeure limitée.
C’est donc au gré de ce constat que notre étude consistera à analyser la
protection recherchée de la victime devant les juridictions répressives
(PREMIERE PARTIE) ainsi que les limites de cette protection (DEUXIEME
PARTIE).
8
PREMIERE PARTIE : UNE PROTECTION RECHERCHEE
Les juridictions répressives sont celles qui connaissent en principe des affaires
pénales. Mais exceptionnellement, la loi leur permet de se prononcer sur l’action
civile de la victime. Cette possibilité concourt à la recherche de la protection de
la victime et se justifie, en plus des avantages qu’elle offre à la victime, par le fait
que la victime n’est pas étrangère à l’affaire pendante devant ces juridictions
pénales. C’est le premier témoin ou le témoin principal du fait ayant troublé
l’ordre public ou la paix sociale et pour la répression duquel les juridictions
pénales sont saisies.
En fait, la protection de la victime est recherchée parce qu’elle est le siège de
la commission de ce fait antisocial, source de sa souffrance. C’est à ce juste titre
que l’Etat dans l’optique de veiller au rétablissement de l’ordre public lui accorde
une main protectrice et une oreille attentive en lui permettant de participer à la
procédure pénale. Partant, la protection de la victime est recherchée devant
lesdites juridictions par cette possibilité qui lui est offerte d’intégrer la procédure
pénale. Cette intégration se fait par plusieurs modalités (CHAPITRE 1) et donne
droit à la victime d’exercer une panoplie de droits pendant la procédure pénale
(CHAPITRE2).
9
CHAPITRE 1 : LA RECHERCHE PAR LA PLURALITE DES
MODALITES D’INTEGRATION DE LA VICTIME DANS LA
PROCEDURE PENALE
38
REY (A.), Le Robert Micro-poche, Paris, Le Robert, éd. 2018, avril 2018, p. 912
39
REY (A.), op.cit., p.771
40
GUINCHARD (S.), DEBARD (T.), op.cit., 2019, p.853
41
Le procès pénal est ici synonyme de la procédure pénale.
42
Pour Jacques LEROY, « la constitution de partie civile est l’expression procédurale de l’action civile » in LEROY
(J.), Procédure pénale, L.G.D.J. 7ème éd., 2021, p.298
10
Section 1 : La dualité des modalités d’intégration par voie d’action
La voie d’action est celle qui permet à la victime de se constituer partie civile
et de mettre en mouvement l’action publique43. C’est la constitution de partie
civile à titre principal car elle déclenche, à elle seule, les poursuites pénales. Elle
offre un effet « moteur », c’est-à-dire elle entraine la mise en mouvement de
l’action publique44. Cette voie d’intégration de la victime n’est possible que
lorsque l’action publique n’est pas mise en mouvement par le ministère public ou
par une autre partie s’estimant lésée. En outre, cette possibilité offerte à la victime
de mettre en mouvement l’action publique concourt sans nul doute à la recherche
de sa protection.
Par ailleurs, l’intégration de la victime par la voie d’action peut se faire devant
les juridictions de jugement par le moyen de la citation directe (Paragraphe 1) et
devant les juridictions d’instruction par le moyen de la plainte avec constitution
de partie civile (Paragraphe 2). La victime emploiera la modalité de la plainte avec
constitution de partie civile ou la citation directe, suivant que le procès pénal doit
être ou non précédé d’une instruction préparatoire.
43
Article 6 alinéa 2 du CPP
44
SOYER (J-C), Droit pénal et procédure pénale, Paris, L.G.D.J., 12ème éd., 1995, p.279
45
GUINCHARD (S.), DEBARD (T.), op.cit., 2019, p.186
46
Article 586 du CPP
47
Article 585 du CPP
11
le tribunal répressif (A). Toutefois, le champ d’application et le formalisme requis
pour la mise en œuvre de ce procédé font qu’il est inadéquat (B).
48
V. infra p.28
49
Crim, 8 décembre 1906, D 1907, I, 207. Trib. Correct. Abidjan, Section de Tiassalé, jugement n°17 du 21 janvier
1997, R.J.C.A.T., n°2-2000, p.130
50
Article 396 du CPP
51
Article 543 du CPP
52
Ce principe directeur de la procédure pénale est prévu par l’article 5 alinéa premier qui dispose : « Il doit être
définitivement statué sur la cause de toute personne poursuivie dans un délai raisonnable ».
12
ministère public. Elle ne va donc pas se heurter au filtrage du juge d’instruction
et à son éventuelle information. Aussi, évite-elle le pouvoir d’appréciation du
procureur de la République des suites à donner aux plaintes déposées et aux
dénonciations faites au parquet53. Ainsi, la citation directe est un palliatif à
l’inertie du procureur de la République et au juge d’instruction vis-à-vis d’une
affaire dont ils sont saisis par la victime. En effet, au regard de l’art. 51 al. 1 du
CPP le procureur peut décider de ne pas donner suite à la plainte.
Aussi le juge d’instruction peut rendre une ordonnance de non informer ou de
non-lieu54.
En cas de classement sans suite du procureur et en cas de refus d’informer du
juge instructeur, la victime peut, directement, porter l’affaire en cause à la
connaissance du juge de jugement pour un éventuel jugement.
En sus, la citation directe est bénéfique pour la victime en ce sens qu’elle
permet de suspendre à son profit la prescription de l’action publique.55
Par ailleurs, le tribunal saisi par une citation directe est obligé de statuer sur
l’action publique même si la partie civile se désiste. En fait, le désistement de la
partie civile n’a en principe aucune influence sur l’action publique. Mais pour un
certain nombre d’infractions, le désistement de la victime partie civile par le retrait
de sa plainte emporte l’extinction de l’action publique. Il s’agit des infractions
dont la poursuite est subordonnée à la plainte de la victime. C’est le cas par
exemple du délit d’adultère subordonné à la plainte du conjoint offensé. Cette
extinction exceptionnelle de l’action publique peut se justifier soit par le fait que
les infractions en question lèsent les intérêts de la partie civile sans constituer des
atteintes graves à l’ordre publique ; soit parce que la poursuite est de nature à
troubler l’honneur de la victime ou de sa famille.
L’analyse que voici a permis de voir l’utilité de la citation directe à travers
les effets qu’elle produit. Mais, malgré cette utilité, cet instrument, au regard de
son champ d’application et de son formalisme, parait inadéquat.
53
Article 51 alinéa 1 du CPP
54
Article 221 du CPP
55
C’est l’article 12 du CPP qui prévoit les délais de prescription de l’action publique en fonction de l’infraction en
cause. Selon cette disposition, en matière criminelle, l’action se prescrit par 10 années révolues ; en matière
délictuelle, elle se prescrit par trois années révolues et en matière contraventionnelle, elle se prescrit par une
année révolue.
13
B- Un instrument inadéquat
56
Article 396 du CPP
57
Article 543 du CPP
58
C’est l’article 3 de la loi n° 2021-893 du 21 décembre 2021 modifiant la loi n°2019-574 du 26 juin 2019 portant
code pénal qui procède à la classification des infractions lorsqu’il dispose que : « Les infractions pénales sont
classées suivant leur gravité, en crimes, délits et contraventions.
L’infraction est qualifiée :
1°) crime : si elle est passible d’une peine privative de liberté perpétuelle ou temporaire supérieure à dix ans ; 2°)
délit : si elle est passible d’une peine privative de liberté inférieure ou égale à dix ans, et supérieure à deux mois,
et d’une peine d’amende supérieure à 360.000 francs ou de l’une de ces deux peines seulement ou si elle est
qualifiée comme tel par la loi ; 3°) contravention : si elle est passible d’une peine privative de liberté inférieure ou
égale à deux mois et d’une peine d’amende inférieure ou égale à 360.000 francs ou de l’une de ces deux peines
seulement. »
59
BONFILS ( PH. ), « L’action pénale de la victime, une action en justice innomée au régime juridique clairement
défini », in Institut pour la justice, N°17, Juillet 2012 [ en ligne]
https://www.institutpourlajustice.org/content/2017/11/Etudes-Victime-Droit-Laction-p%C3%A9nale-de-la-
victime.pdf , consulté le 13 octobre 2023 à 19h52mn
60
RENAULT-BRAHINSKY (C.), Procédure pénale, Paris, Lextenso, 23ème éd., 2023, p.97
61
NIAMBE (K. R.), « La participation de la victime au procès pénal », thèse, Université Alassane OUATTARA de
Bouake, 2020, p.106
14
ce cas, elle ne peut procéder que par voie de plainte avec constitution de partie
civile. Cette exclusion montre encore que le domaine d’application de cet
instrument est restreint. Toutefois, si l’auteur présumé dissimule son identité
exacte, il peut néanmoins être poursuivi sous l’identité qu’il utilise62.
A l’inverse, en matière de contraventions, la victime ne dispose que de la citation
directe car la voie de la plainte avec constitution de partie civile ne peut être
empruntée pour la simple raison qu’une information judiciaire n’est pas prévue.
L’inadéquation de la citation directe se perçoit également par son formalisme
rigoureux. En effet, selon l’art. 586, elle peut être délivrée à la requête de la partie
civile. Il énonce le fait poursuivi ainsi que les textes de lois qui le répriment.
En outre, la citation doit indiquer le tribunal saisi, le lieu, l’heure et la date de
l’audience et préciser la qualité de prévenu, de civilement responsable. En plus de
ces mentions, la partie civile doit faire la mention de ses noms, prénoms,
profession ou domicile réel ou élu. Ces mentions permettent au prévenu de
connaitre l’identité de la personne poursuivante.
Toutes ces mentions énumérées à l’art. 186 du CPP sont en principe sanctionnées
par la nullité. Mais l’art. 600 du même code dispose : « La nullité d’un acte de
commissaire de justice ne peut être prononcée que lorsqu’il a eu pour effet de
porter atteinte aux intérêts de la personne qu’il concerne… ».
Celle-ci doit également, avant de faire signifier la citation directe, obtenir
l’accord du parquet sur la date de l’audience pour laquelle la citation est délivrée.
De plus, l’exploit doit également contenir les nom, prénoms et adresse du
commissaire de justice 63.
L’art. 587 prévoit les délais minimums pour comparaitre devant le tribunal
après la délivrance de la citation. De cet article, un délai de trois jours est requis
si la partie citée réside au siège du tribunal, de cinq jours si elle réside dans le
ressort du tribunal. Ce délai est de huit jours si elle réside dans un ressort
limitrophe, de quinze jours si elle réside dans un autre ressort du territoire de la
République de Côte d’Ivoire et de deux mois dans tous les autres cas. Ainsi si ces
délais minimums ne sont pas observés, le tribunal déclare nulle la citation. La
nullité n’est pas envisagée si la personne citée se présente. Mais le tribunal doit
62
STEFANI (G.), LAVASSEUR (G.), BOULOC (B.), Procédure pénale, Dalloz, 14ème éd., p.616
63
NIAMBE (K. R), op.cit., p.109
15
sur la demande de la partie citée, ordonner le renvoi à une audience ultérieure. La
demande doit être présentée avant toute défense au fond64.
En outre, les articles 589 et suivants traitent de la signification de la citation.
La personne qui reçoit copie de l’acte doit signer l’original. Si elle ne veut pas ou
ne peut pas, mention en est faite par le commissaire de justice.65 Notons que la
copie est remise au concerné au domicile indiqué66. S’il est absent, l’auxiliaire de
justice interpelle la personne présente au domicile sur son indentification, la durée
de l’absence et sur l’adresse à laquelle celui-ci peut être trouvé afin de s’y
transporter pour lui remettre la copie de l’acte67. Si la personne trouvée déclare ne
pas connaitre l’adresse, la copie lui est remise. Cependant, le commissaire de
justice doit aviser sans délai l’intéressé de cette remise68.
Par ailleurs, si le commissaire ne trouve personne au domicile du concerné, il
remet une copie de cet exploit au maire ou à défaut à un adjoint, au conseiller
municipal délégué ou au secrétaire de mairie ou encore au sous-préfet si la localité
n’a pas de mairie. L’auxiliaire de justice avise sans délai la personne concernée
par lettre recommandée en l’informant qu’elle doit retirer la copie de l’exploit à
l’adresse indiquée, dans les moindres détails69. Si la personne citée n’a pas de
domicile ou de résidence connue, le commissaire de justice remet l’exploit au
parquet 70. Dans ce cas, le procureur requiert un officier de police judiciaire pour
rechercher et découvrir l’adresse de la personne concernée.
En outre, la victime doit élire domicile dans le ressort du tribunal saisi, à moins
qu’elle n’y soit domiciliée. Elle doit également, si elle n’a pas obtenu l’assistance
judiciaire71, et sous peine de non recevabilité de son action, consigner72 au greffe
la somme présumée nécessaire pour les frais de la procédure73.
De ce qui précède, la citation directe, malgré la restriction de son champ
d’application et son formalisme assez rigoureux, est un instrument important à la
disposition de la victime pour exercer son action civile par voie d’action. A côté
64
Article 588 du CPP
65
Article 589 in fine du CPP
66
Article 590 du CPP
67
Article 591 du CPP
68
Article 592 du CPP
69
Article 593 du CPP
70
Article 594 du CPP
71
V. infra p.35
72
V. infra P.51
73
Article 401 du CPP
16
de cet instrument, le législateur ivoirien permet également l’intégration de la
victime par voie d’action dans le procès par le procédé de la plainte avec
constitution de partie civile.
La plainte avec constitution de partie civile est l’acte par lequel la victime
d’une infraction saisit et sollicite du juge d’instruction l’ouverture d’une
information judiciaire et réclame la réparation du dommage que lui a causé cette
infraction. La plainte avec constitution de partie civile, contrairement à la citation
directe, à un domaine élargi et permet la saisine du juge d’instruction par la
victime. De ce fait, elle apparait comme un mode approprié pour la victime (A) et
performant au regard de ses effets (B).
A - Un mode approprié
74
GUINCHARD (S.), BUISSON (J.), Procédure pénale, Litec, 2ème éd., 2000, p.706
75
Cass. crim., 18 avril 1929, D.P. 1930, I, 40
18
formalisme moins rigoureux auquel est soumis ce mode. En effet, le législateur
ivoirien, ne précise pas la forme de la plainte avec constitution de partie civile.
C’est ce que l’on constate à la lecture de l’art. 106 du CPP qui dispose : « Toute
personne qui se prétend lésée par un crime ou un délit peut en portant plainte se
constituer partie civile devant le juge d’instruction compétent ». Face à cette
imprécision nous pouvons dire que la plainte peut se faire soit verbalement devant
le juge d’instruction soit par écrit. Lorsqu’elle est faite de façon orale, le juge
d’instruction doit dresser le procès-verbal de la déclaration. Lorsqu’elle est faite
par écrit, simple lettre recommandée avec accusé de réception adressée au juge
d’instruction, elle doit relater les faits dénoncés, indiquer les textes de lois qui les
répriment et préciser l’identité du présumé auteur si elle est connue. Sinon la
plainte est déposée contre X. Elle est datée et signée de son auteur. En tout état
de cause, la plainte doit contenir l’intention manifeste de la victime de se
constituer partie civile.76
Par ailleurs, la victime doit, aux termes de l’art. 110 du CPP, élire domicile
dans le ressort du tribunal saisi, à moins qu’elle n’y soit domiciliée. Elle doit
également selon l’art. 109 du CPP, si elle n’a pas obtenu l’assistance judiciaire, et
sous peine de non recevabilité de son action, payer une consignation fixée par le
juge d’instruction saisi.
A titre de droit comparé, en plus de ces conditions de recevabilité, l’auteur de
la plainte doit justifier que le procureur de la République a porté à sa connaissance
qu’il n’engagera pas des poursuites à la suite de la plainte déposée par la victime
ou qu’un délai de trois mois s’est écoulé depuis la saisine du procureur de la
République.77
Lorsque ces conditions sont remplies, la plainte avec constitution de partie civile
devient un mode performant dans le déclenchement des poursuites.
B- Un mode performant
76
Cass. crim., 8 mai 1979, Bull. crim. n°165.
77
Article 85 al.2 de procédure pénale (France), Paris, Dalloz, 61ème éd.,2020, p.343
78
GUINCHARD (S.), BUISSON (J.), Procédure pénale, 5e éd.,2009, n°1515 et s. in NIAMBE (K. R.), op.cit., p.123
19
contrairement à la plainte simple qui informe la justice de la commission d’une
infraction, la plainte avec constitution de partie civile permet de mettre en
mouvement l’action publique79 et partant, de saisir le juge d’instruction.
Aussi, cet instrument est-il performant car il permet une réelle concurrence
avec le ministère public dans le déclenchement des poursuites. En effet, selon le
principe de l’opportunité des poursuites, le ministère public a le pouvoir
d’apprécier les suites à donner aux plaintes déposées au parquet. Il peut donc
décider de poursuivre ou de classer l’affaire sans suite, sans une motivation
obligatoire, lorsqu’il estime qu’il n’est pas opportun de mettre en mouvement
l’appareil judiciaire. Le procureur de la République jouit d’une liberté totale en
matière d’appréciation des poursuites. Pour cette raison et du fait que le procureur
de la République ne présente pas des garanties d’indépendance eu égard à sa
subordination au pouvoir exécutif, les victimes courent le risque de se heurter à
l’inertie et aux résistances du procureur à poursuivre. Ces attitudes du procureur
créent souvent une inégalité entre les victimes. Pour contourner ces différents
obstacles et garantir la réparation des dommages causés aux victimes, la loi a
prévu la plainte avec constitution de partie civile. Par son biais, les victimes
saisissent directement le juge d’instruction qui sera amené à faire des instructions.
En clair, à l’instar de la citation directe, la plainte avec constitution de partie civile
est une solution contre l’inaction du ministère public.
On peut également noter que la plainte avec constitution de partie civile est
pour la victime ce qu’est le réquisitoire à fin d’informer80 pour le ministère public.
En ce sens qu’elle permet de saisir le juge d’instruction aux fins d’ouvrir une
information judiciaire.
De ce fait, la saisine du juge d’instruction et de son obligation d’informer sont
également une preuve de la performance de l’instrument étudié. L’obligation
d’informer du juge d’instruction après saisine se justifie par le fait que la plainte
avec constitution de partie civile permet de mettre en mouvement l’action
publique qui n’est effective que par l’ouverture d’une information judiciaire.
Toutefois, au regard de l’art. 107 du CPP cette obligation connait quelques
limites. En effet, le juge d’instruction n’est pas obligé d’informer si les faits ne
peuvent légalement comporter une poursuite ou s’ils n’admettent pas aucune
79
Crim, 8 décembre 1906, D 1907, I, 207
80
C’est l’acte par lequel le ministère public requiert le juge d’instruction d’ouvrir une information, soit contre une
personne désignée, soit contre un inconnu que le juge d’instruction aura mission d’identifier.
20
qualification pénale. Il peut également refuser d’informer si, formellement, il
constate son incompétence ou l’irrecevabilité de la plainte en raison du non-
paiement de la consignation. Dans ce cas, il rend une ordonnance de non-lieu ou
de refus d’informer. A ce stade, il convient de souligner que la plainte avec
constitution de partie civile fait l’objet d’un encadrement dans le but d’éviter des
constitutions dilatoires et abusives81.
De tout ce qui précède, les modalités de constitution par voie d’action
permettent à la victime de mettre en mouvement l’action publique. Après cette
influence sur l’action publique, notons-le, la partie civile n’a plus d’influence sur
cette action82 son exercice étant réservé au ministère public83. C’est lui qui va
soutenir la poursuite s’il l’estime bien-fondée, ou bien requérir un non-lieu du
juge d’instruction ou une relaxe de la juridiction de jugement s’il estime qu’il n’y
a pas lieu de poursuivre. La partie civile ne sera donc plus en cause que pour la
défense de ses intérêts civils, tout comme dans l’hypothèse où la constitution de
partie civile s’est faite à titre accessoire. Mais, il n’empêche que, dans tous les
cas, la partie civile se trouve reliée au procès pénal : elle y devient partie84.
Sous un autre angle, le législateur, dans la recherche de la protection de la
victime, permet à celle-ci d’intégrer la procédure même si l’action publique est
déjà mise en mouvement. Elle le fera par les modalités d’intégration par voie
d’intervention.
81
V. infra p.51
82
Exceptée l’hypothèse dans laquelle l’action pénale s’éteint par le retrait de la plainte de la victime si l’action
pénale était subordonnée au dépôt d’une plainte.
83
Articles 6 et 42 du CPP
84
SOYER (J-C), op.cit., p.281
85
Article 20 du CPP
86
SOYER (J-C), op.cit., p279.
21
mécanisme, il apparait que le législateur entend manifestement faire de la victime
une partie au procès pénal et partant, lui accorder une protection.
L’intervention de la victime dans la procédure pénale peut se faire d’une part, au
cours de la phase de l’instruction préparatoire par le biais d’une constitution de
partie civile ordinaire (Paragraphe 1), et d’autre part, pendant la phase de
jugement par le biais d’une déclaration de partie civile (Paragraphe 2).
Selon l’art. 108 du CPP., alors qu’elle n’a pas mise en mouvement l’action
publique devant le juge d’instruction, la victime peut néanmoins se constituer
partie civile au cours de l’information judiciaire. Cela va se faire au cours de son
audition et en réponse à la question du juge d’instruction de savoir si elle se
constitue partie civile ou non. Ce procédé est convenable à la partie lésée (A) et
déploie d’importants effets (B).
A - Un procédé convenable
87
Cass. crim., 25 juin 1937, D.P., 1938. 4, note Leloir
22
se faire par écrit, une simple lettre adressée au juge d’instruction dans laquelle la
victime déclare manifestement se constituer partie civile ou par déclarations
verbales. Cela va se faire au cours de son audition et en réponse à la question du
juge d’instruction de savoir si elle se constitue partie civile ou non. Le magistrat
instructeur reçoit alors la réponse de la victime consignée dans le procès-verbal
d’audition.
Ce mode est donc convenable en ce sens qu’il n’est pas soumis à un
formalisme trop rigoureux. Il est également convenable en raison de son champ
d’application étendue. En effet, ce procédé concerne les faits dont est saisi le juge
d’instruction pour information. L’information étant obligatoire en matière
criminelle et facultative, donc possible, en matière délictuelle, la constitution de
partie civile ordinaire concerne alors les crimes et certains délits.
Par ailleurs, il faut souligner que ce type de constitution de partie civile se
limite aux seuls faits incriminés et aux seules personnes mises en cause par le juge
d’instruction88. Donc, en principe, la victime en se constituant partie civile ne peut
cibler ni des faits nouveaux ni d’autres personnes non inculpées. Si elle veut voir
ces faits nouveaux et ces personnes non suspectes mises en cause, elle peut, à cet
effet, les citer directement devant les juridictions de jugement.
En outre, l’art. 108 al. 2 du CPP dispose : « Dans tous les cas, la recevabilité
de la constitution de partie civile peut être contestée, soit par le ministère public,
soit par l’inculpé, soit par une autre partie civile ». En cas de contestation, il
revient au juge d’instruction de statuer sur la recevabilité ou non de la constitution
de partie civile de la personne qui prétend être lésée par les infractions dont il est
saisi.
Sous un autre angle, l’emploi de ce procédé, contrairement à la plainte avec
constitution de partie civile, n’est pas soumise au paiement d’une consignation.
Cela se justifie par le fait que la procédure est déjà déclenchée par le ministère
public et partant, les frais de procédure sont à la charge de l’Etat.
La plainte avec constitution de partie civile ordinaire reçue produit des effets.
88
Crim. 9 nov. 1995, Bull. n°345
23
B – Des effets en cas de recevabilité
89
Article 323-6° du CPP
90
PRADEL (J.), Procédure pénale, Paris, CUJAS, 14ème éd., 2008, p.605
91
Article 217 du CPP
92
V. infra p.42
93
GUINCHARD (S.), DEBARD (T.), op.cit., 2019, p.1050
24
n’est considérée comme témoin dans sa propre cause ou encore personne ne peut
être témoin dans son propre costume ». L’article susmentionné tel qu’écrit « …
ne peut plus être… », permet de comprendre aisément que la victime non
constituée ou non encore constituée est traitée comme un témoin d’où
l’appellation « Témoin-victime ». Et par voie de conséquence, elle est soumise à
la prestation de serment94 avant déposition.
Aussi, toujours dans l’optique de protéger suffisamment la victime, le
législateur lui offre à nouveau la possibilité de se constituer partie civile devant
les juridictions de jugement déjà saisies.
Aux termes de l’art. 429 du CPP, la partie civile peut exercer son action civile
avant l’audience du jugement de l’action publique. En effet, cette déclaration est
consignée et reçue par le greffe de la juridiction qui va statuer. Elle peut également
se faire par un dépôt de conclusions. L’art. 430 ajoute que « lorsqu’elle est faite
avant l’audience, la déclaration de partie civile doit préciser l’affaire concernée,
l’infraction poursuivie et contenir élection de domicile dans le ressort du tribunal
saisi, à moins que la partie n’y soit domiciliée. Elle est immédiatement transmise
par le greffier au ministère public qui cite la partie civile pour l’audience ».
L’exigence de l’élection du domicile contenue dans ce texte permet de faciliter la
94
Article 319 du CPP
25
notification des actes de procédure à la victime en cas de recevabilité de sa
déclaration.
Par ailleurs, le tribunal saisi apprécie la recevabilité de la constitution de partie
civile. Il peut donc la déclarer irrecevable s’il estime qu’elle est irrégulière. En
outre, l’irrecevabilité peut être réclamée par le parquet, le prévenu, le civilement
responsable ou une autre partie civile95. La victime constituée partie civile qui ne
veut pas comparaitre à l’audience du jugement peut se faire représenter par un
avocat. Mais dans cette hypothèse, le jugement est contradictoire à son égard 96.
Mais, dans l’hypothèse où la partie civile et son conseil représentant ne
comparaissent pas, la partie civile régulièrement citée est considérée comme se
désistant de sa constitution de partie civile.
Cette procédure exposée est également requise lorsque la déclaration est faite au
cours du déroulement de l’audience de jugement.
95
Article 433 du CPP
96
Article 434 du CPP
97
Article 429 du CPP
98
Article 431 du CPP
99
Article 334 du CPP
26
Il suit de ce qui précède que la présence de la victime est obligatoire pour la
réception de sa déclaration de partie civile devant les tribunaux criminels,
correctionnels et contraventionnels.
Contrairement au droit ivoirien, le droit comparé notamment français permet
à la victime de se constituer partie civile sans être tenue de comparaitre. Cela se
fait par l’envoi d’une lettre recommandée avec avis de réception ou d’une
télécopie qui doit parvenir au tribunal vingt-quatre heures au moins avant
l’audience. Dans ce cas, la partie civile n’est pas obligée de comparaitre ou de se
faire représenter. Mais la décision rendue sera considérée à son égard comme
contradictoire et elle lui sera signifiée.100
La victime qui a pu se constituer partie civile devant les juridictions de
jugement jouit d’un certain nombre de privilèges. Elle participe aux débats et peut
obtenir la réparation de son préjudice. Elle peut poser des questions et exercer des
voies de recours contre les décisions des juridictions en cause.
Par ailleurs, il importe de souligner que les modalités de constitution de partie
civile à titre accessoire ne permettent l’intervention de la victime devant les
juridictions répressives qu’en première instance. La partie civile ne serait pas
admise à intervenir pour la première fois en appel, les réquisitions sur le fond étant
déjà faites en première instance. Ce serait d’ailleurs empêcher la personne
poursuivie, condamnée à une réparation civile, de pouvoir faire elle-même appel
de la décision qui l’a condamnée, et la priver ainsi de la garantie du double degré
de juridiction101 ,dans l’hypothèse où une autre victime serait intervenue. Ainsi, la
victime qui n’a pas pu intervenir en première instance, pour défendre ses intérêts
civils, est appelée à saisir les juridictions civiles.
De tout ce qui précède, nous pouvons retenir que pour rechercher la protection
de la victime, la loi met à sa disposition plusieurs modalités qui lui permettent
d’intégrer le procès pénal. Cette intégration lui permet de jouir d’une panoplie de
droits pendant la procédure.
100
Article 420-1 du code de procédure pénale (France), Paris, Dalloz, 61ème éd.,2020, p.822
101
SOYER (J-C), op.cit., p.279
27
CHAPITRE 2 : LA RECHERCHE PAR LA PLURALITE DES DROITS
RECONNUS A LA VICTIME PENDANT LA PROCEDURE PENALE
28
Section 1 : Les droits de facilitation de la procédure à la victime
A- Le droit à l’information
102
AGOSTINI (F.), « les droits de la partie civile dans le procès pénal » [en ligne] https://www.soulie-
avocat.fr/categories/actualites-102/articles/les-droits-de-la-partie-civile-dans-le-proces-penal-8.htm, consulté le
17 octobre 2023 à 23h23
29
En raison de l’importance du droit à l’information de la victime, les
juridictions répressives sont tenues d’informer la victime de ses droits, de la durée
et de l’avancement de la procédure.
Mais ce droit de savoir, qui permet de faciliter la procédure à la victime et d’y
intervenir efficacement, connaît une application lacunaire en droit ivoirien. En
effet, le législateur ivoirien n’exige pas aux juridictions répressives d’informer la
victime, dès l’entame de la procédure, des droits dont elle est titulaire. Il s’agit
entre autres du droit d’obtenir la réparation du préjudice subi, le droit de se
constituer partie civile, le droit à l’assistance judiciaire ou d’un avocat, le droit
d’être informée en cas d’ouverture d’une information judiciaire et le droit d’accès
aux actes de procédure. Pour une meilleure protection de la victime, il serait
judicieux que les juridictions répressives avisent les victimes de leurs droits dès
leur première comparution comme le fait le juge d’instruction lors de la première
comparution de la personne mise en cause. En effet, selon l’art. 133 du CPP, lors
de la première comparution du mis en cause, le juge d’instruction l’informe de
son droit à l’assistance d’un avocat, à ne faire aucune déclaration. A notre sens, la
personne qui a subi un préjudice mérite également un traitement similaire.
En revanche, force est de reconnaître que le législateur ivoirien, à travers
plusieurs dispositions, garantit l’exercice du droit à l’information de la victime.
En effet, la victime constituée partie civile par le biais de son conseil a
connaissance des ordonnances de renvoi et toute ordonnance dont la partie civile
peut interjeter appel103. La victime est également avisée par le juge d’instruction,
pour faire des observations, en cas de demande de mise en liberté du détenu104.
La décision ordonnant l’expertise est également notifiée à la partie civile.105 Le
juge d’instruction convoque la partie civile et lui donne connaissance des
conclusions de l’expert106. La procédure est communiquée à la partie civile vingt-
quatre heures au plus tard avant l’audition de celle-ci107.
Pour garantir l’effectivité de ce droit qui est une obligation à la charge de
l’appareil judiciaire répressif, le législateur ivoirien exige de la partie civile dont
le conseil ne réside pas au siège de l’instruction la communication au greffe du
103
Article 217 du CPP
104
Article 172 alinéa 6 du CPP
105
Article 196 du CPP
106
Article 204 du CPP
107
Article 135 du CPP
30
juge d’instruction une adresse géographique, téléphonique ou électronique pour
recevoir les avis et convocations.108 En réalité, cette exigence d’élire domicile a
pour but de simplifier la notification des actes et de prévenir les contestations. Les
droits sus mentionnés permettent à la victime d’être informée plus ou moins de
l’avancement de la procédure. Toutefois, aucune obligation ne pèse sur le juge
d’instruction d’informer la victime de la durée et de l’avancement de la procédure.
Cela n’est donc pas assorti de sanctions. En tout état de cause, l’on devrait
permettre que toutes les décisions importantes qui jalonnent la procédure soient
notifiées à la partie civile.
Par ailleurs, le droit à l’information est aussi permis et renforcé par un autre
droit. Il s’agit du droit de la victime d’accéder aux dossiers de la procédure.
108
Articles 110 et 135 alinéas 5 et 6 du CPP
109
GUINCHARD (S.), DEBARD (T.), op.cit., p.398
110
Les procès-verbaux et les ordonnances du juge d’instruction sont respectivement des pièces et actes de
procédure.
111
Ce droit n’était pas classiquement reconnu à la victime. Il fallait attendre une jurisprudence française ( CA Aix-
en-Provence,23 mai1961, D. 1961, p.484) qui donne la faculté à l’avocat d’obtenir une copie du dossier. C’est
donc à travers l’avocat que la victime partie civile avait accès au dossier de la procédure. Mais ce droit a connu
une progression en ce sens qu’aujourd’hui il est possible pour la victime non assistée d’obtenir des copies
relativement à la procédure. Mais cette progression ne connait pas une application effective dans la législation
ivoirienne.
31
Pendant la phase d’instruction, la partie civile jouit du droit de communication
du dossier de la procédure. Ce droit est prévu à l’art. 135 du CPP en ces termes :
« elle [la procédure] est également remise à la disposition du conseil de la partie
civile, vingt-quatre heures au plus tard avant les auditions de cette dernière ». On
peut également citer l’art. 230 du même code. Selon cette disposition, pendant un
délai de quarante-huit heures en matière de détention préventive ou de cinq jours
en toute autre matière, le dossier, comprenant les réquisitions du procureur
général, est déposé au greffe de la chambre d’instruction et est tenu à la disposition
des conseils, des inculpés et des parties civiles reçues au procès.
De la lecture de ces deux articles, deux constats se dégagent.
D’une part, la partie civile non assistée ne peut avoir accès au dossier de la
procédure puisque les notifications sont faites aux conseils. De ce fait, la partie
civile non assistée, se voit opposer le secret de l’instruction malgré qu’elle soit
une partie au procès. Ce traitement nous parait inadéquat car il prive la partie qui
n’a pas pu payer les honoraires d’un avocat et n’a pas bénéficié de l’assistance
judiciaire de prendre connaissance de la procédure la concernant. Le législateur
doit lui permettre d’accéder au dossier tout en lui exigeant le secret de
l’instruction.
D’autre part, le conseil de la victime a accès au dossier dans un délai de vingt-
quatre heures avant l’audition de son client. En fait, le délai de vingt-quatre heures
accordé au conseil pour préparer la défense de son client nous parait insuffisant
surtout si le dossier présente une certaine complexité. Il serait judicieux de revoir
ce délai à la hausse afin de donner un temps suffisant à l’avocat pour préparer de
façon efficace la défense des intérêts de la victime112.
En outre, selon l’art. 217 du CPP, avis est donné à la partie civile, par
l’intermédiaire de son conseil, dans un délai de vingt-quatre heures de toutes les
ordonnances juridictionnelles113. Les ordonnances dont la partie civile peut
interjeter appel lui sont signifiées à la requête du procureur dans un délai de vingt-
quatre heures. Toutefois, il serait judicieux de signifier à la partie civile certaines
ordonnances dont elle ne peut interjeter appel. Par exemple l’ordonnance de mise
en liberté. Cela permettra à la victime de prendre des mesures de sécurité.
112
Le législateur peut lui accorder un délai de cinq jours comme il a fait pour les réquisitions du procureur général
à l’article 230 du CPP.
113
Le juge d’instruction prend deux types d’ordonnances, les ordonnances administratives et les ordonnances
juridictionnelles.
32
Par ailleurs, l’accès au dossier de la procédure est aussi prévu pendant la phase
de jugement. La partie civile peut se faire délivrer une copie des procès-verbaux
constatant l’infraction, les déclarations écrites des témoins et les rapports
d’expertise. Elle peut prendre ou faire prendre copie de toute autre pièce de la
procédure.
Cette panoplie de facultés tire sa fortune de l’art. 287 du CPP. Ce texte dispose
en substance que : « la partie civile, ou son conseil, peuvent se faire livrer, à leurs
frais, copie de toutes pièces de la procédure ». Mais, contrairement aux accusés
à qui ces pièces sont délivrées gratuitement, la partie civile doit assurer les frais
de délivrance des pièces demandées. Nous proposons que le législateur prévoie la
délivrance gratuite des pièces à la partie civile afin qu’elle ait un accès effectif et
une bonne maitrise de la procédure.
A titre indicatif, la partie civile, à l’instar des autres parties à l’instruction, est
tenue du secret professionnel114 qui tend à la protection des intérêts privés et
participe à la manifestation de la vérité.
De ce qui précède, l’analyse du droit de savoir de la victime a permis de voir
son importance mais aussi de comprendre l’importance pour la partie civile d’être
assistée pendant la procédure.
114
Article 22 du CPP
33
L’avocat est bien plus qu’un conseiller. Il est un soutien psychologique. La
victime bénéficie de l’assistance d’un conseil à toutes les étapes de la procédure
répressive.
Au stade de l’enquête préliminaire, la victime selon les dispositions de l’art.
97 du CPP peut se faire assister d’un conseil. En effet, tout comme l’auteur et les
complices de l’infraction, la victime a la possibilité de solliciter le concours d’un
conseil. Elle opte pour cette assistance si elle en a les moyens et si elle estime que
l’intervention d’un conseil est nécessaire en fonction de la nature de l’infraction
ou des intérêts qui s’y attachent. Mieux, au regard de l’al. 2 de l’art. ci-dessus,
dans les localités où il n’y a pas d’avocat, elle peut exceptionnellement se faire
assister d’un parent ou un ami. En réalité, tout ceci permet d’encourager la victime
à porter à la connaissance des officiers de police judiciaire l’infraction. Par
conséquent, de telles garanties d’assistance lui permettent de participer à la
manifestation de la vérité et lui facilite la procédure pénale.
Au cours de l’instruction, la partie civile peut se faire assister d’un conseil et
elle ne peut être entendue qu’en sa présence. Le dossier de la procédure est mis à
la disposition de son conseil. Cette mise à disposition facilite le déroulement de
l’instruction au profit de la partie civile qui peut, par le biais de son conseil,
connaître le contenu des déclarations des inculpés ainsi que des témoins et des
civilement responsables.
Au cas où, la victime ne s’est pas faite assister d’un conseil lors de l’enquête
préliminaire et au cours de l’instruction, le législateur lui offre encore la
possibilité de le faire en phase de jugement. Il est donc clair qu’au niveau de
l’assistance d’un avocat, plusieurs possibilités s’offrent à la victime de la
procédure jusqu’avant le prononcé de la décision.
En substance, le droit à l’assistance d’un conseil à toute étape de la procédure
pénale ou d’un parent ou ami à titre exceptionnel au niveau de l’enquête
préliminaire concourt à la facilitation de ladite procédure au profit de la victime.
La victime qui s’est constituée partie civile sans s’adjoindre les services d’un
avocat est donc particulièrement démunie face à la machine judiciaire115.
115
PIGNOUX (N.), « la réparation des victimes d’infractions pénales », Thèse, Pau des Pays de l’Adour, 2007, p.450
in NIAMBE (K. R.), op.cit. p.89
34
Cependant, il s’agit d’une victime qui a les ressources suffisantes pour louer les
services d’un avocat. Car sans avocat, les intéressés ne peuvent jouir que de
manière imparfaite et incomplète des droits qui leur sont accordés par la loi116.
Toutefois, une victime n’ayant pas le montant exigé pour sa défense devrait, si
elle y aspire forcément, faire usage du mécanisme de l’assistance judicaire.
B - L’assistance judiciaire
Ce type d’assistance est régi par la loi n°72-833 du 21 décembre 1972 portant
code de procédure civile, commerciale et administrative et le Décret n°2016-781
du 12 octobre 2016 fixant les modalités d’application de la loi de 72 relativement
à l’assistance judiciaire abrogeant le décret n°75-139 du 9 mai 1975 fixant les
modalités d’application des art. 27 à 31du code de procédure civile.
L’assistance judiciaire, hors le cas où elle est de droit, a pour but de permettre
à ceux qui n’ont pas de ressources suffisantes, d’exercer leurs droits en justice, en
qualité de demandeur ou de défendeur sans aucun frais. L’assistance judiciaire
peut être accordée en tout état de cause à toute personne physique ainsi qu’aux
associations privées ayant pour objet une œuvre d’assistance et jouissant de la
personnalité civile.117 L’assistance judiciaire est applicable à tous litiges, aux actes
de juridictions gracieuses ou aux actes conservatoires. Cette assistance est une
procédure par laquelle l’Etat veut garantir l’accès à la justice aux victimes. A
travers cette assistance, la victime qui ne possède pas de ressources suffisantes
peut déclencher l’action publique, peut bénéficier des services d’un avocat
commis d’office tout au long du procès.
Par ailleurs, le recours à cette possibilité a connu ou connait quelques
difficultés. En effet, sous l’empire du décret de 75, chaque demande d’assistance
devait se faire au niveau du bureau central qui était à Abidjan. La distance éloignée
de ce bureau était un véritable obstacle à sa mise en œuvre. Mais avec le décret
de 2016118 , il a été envisagé d’implanter un bureau local auprès de chaque
tribunal. Mais l’on se demande si chaque tribunal en Côte d’Ivoire est assorti d’un
bureau local d’assistance. En tout état de cause, au niveau national existe le bureau
116
DESPORTES (F.), LAZERGES-COUSQUER (L.), Traité de procédure pénale, ECONOMICA, 4ème éd., 2015, p.1153
117
Article 27 du code de procédure civile
118
Décret n°2016-781 du 12 octobre 2016 fixant les modalités d’application de la loi de 72 relativement à
l’assistance judiciaire, J.O.R.C.I., n°2 du 02 janvier 2017.
35
national au sein de la Chancellerie qui connait en dernier recours des contestations
relatives aux décisions des bureaux locaux.119
L’existence d’un seul bureau national dans la ville d’Abidjan nous parait un
obstacle à l’exercice du droit à l’assistance judiciaire. En effet, la victime démunie
qui n’a pas obtenu satisfaction devant le bureau local sera amenée à abandonner
son droit à l’assistance judiciaire si elle doit se rendre à Abidjan pour contester
cette décision. De ce fait, on assiste à la limitation de sa protection.
Cependant, la procédure d’admission à l’assistance est régie par le chapitre 4
du décret de 2016. Effet, le requérant doit faire la demande par écrit devant le
secrétariat du bureau local120. Cet écrit doit contenir ses coordonnées, l’exposé
des faits et motifs invoqués, la juridiction saisie, la nature de l’acte.121 Il doit
également contenir le certificat d’imposition ou de non-imposition délivré par les
services des impôts du requérant122. Après l’enregistrement de la demande, un
récépissé est donné au requérant. Toutefois notons qu’avis peut être donnée à la
partie adverse de contester cette demande.123 Mais, malgré l’importance de ce
mécanisme, il reste méconnu des populations notamment de victimes. C’est à ce
juste titre que Namizata Sangaré, présidente du Conseil National des Droits de
l’Homme indiquait que « l’accès à la justice est important dans l’élaboration
d’un Etat de droit. Toute personne, quelle que soit sa situation, a droit à une
assistance judiciaire. Mais malheureusement très peu de gens sont informés ou en
font la demande. Cette journée vise à inciter les personnes qui n’ont pas les
moyens à faire la demande et à se faire assister, mais aussi les inviter à connaître
les mécanismes »124.
En un mot, les droits de facilitation de la procédure à la victime lui permettent
d’utiliser efficacement ses droits de participation à la manifestation de la vérité.
119
Article 02 du décret de 2016 op.cit.
120
Article 12 du décret de 2016 op.cit.
121
Article 13 du décret de 2016 op.cit
122
Article 14 du décret de 2016 op.cit
123
Article 18 du décret de 2016 op.cit
124
« Assistance judiciaire en Côte d’Ivoire : Des praticiens et acteurs de la société civile réfléchissent », [En ligne]
https://www.fratmat.info/article/223409/societe/justice/assistance-judiciaire-en-cote-divoire-des-praticiens-et-
acteurs-de-la-societe-civile-reflechissent
36
Section 2 : Les droits de participation à la manifestation de la vérité
Ici, en réalité, la victime recherche sa vérité, la vérité qui lui permettra d’avoir
gain de cause devant les juridictions répressives. Toutefois, cela peut favoriser la
manifestation de la vérité. Pour ce faire, le législateur lui permet, une fois
constituée partie civile, de concourir à l’instruction (A) et de produire des preuves
en justice (B).
37
Cette faculté offerte à la partie civile a pour fondement de l’art. 101 du CPP
qui dispose en ces termes : « l’inculpé et la partie civile peuvent également
solliciter du juge d’instruction, l’accomplissement des actes leur paraissant utiles
à la manifestation de la vérité ». De là, provient le droit pour la victime d’orienter
les investigations. En cas de sollicitation, si le juge d’instruction ne compte pas
donner une suite favorable à la demande des parties, il est tenu, dans les cinq jours
de la demande, de rendre une ordonnance motivée. Passé ce délai, le juge
d’instruction est tenu d’accomplir les actes requis.125
Mais quels sont les actes pour lesquels la partie civile peut solliciter le juge
d’instruction ? Le législateur ivoirien ne précise pas les actes pour lesquels la
partie civile peut solliciter le juge d’instruction. Mais l’analyse du CPP permet de
noter quelques actes.
En effet, selon l’art. 193 du CPP, la partie civile peut solliciter le juge
d’instruction pour ordonner une expertise126 lorsqu’une question d’ordre
technique se pose127. Si le juge accepte, la mission de l’expert qui est l’examen de
questions d’ordre économique est précisée dans la décision qui ordonne
l’expertise128. L'expert va donc collaborer à la découverte de la vérité. Dans le
même ordre d’idée, la partie civile peut lui demander une contre-expertise129 ou
un complément d’expertise. La partie peut préciser les questions qu’elle souhaite
poser dans sa demande.
En raison de l’imprécision de ces actes, l’on s’interroge si la partie civile peut
demander au juge d’instruction de procéder à son audition ou son interrogatoire,
à l’audition d’un témoin, à une confrontation ou un transport sur les lieux. Le
législateur ivoirien doit apporter de la précision quant à la nature de ces actes.
Toutefois, en l’état actuel des choses, l’on peut dire que le juge d’instruction a un
pouvoir d’appréciation en la matière.
Par ailleurs, le fait de concourir à l’instruction donne à la victime un droit de
regard sur la procédure. A cet effet, selon l’art. l’art.103 du CPP, la partie civile
125
Article 100 alinéa 3 du CPP
126
Selon le Lexique des termes juridiques, l’expertise est la procédure de recours à un technicien consistant à
demander à un spécialiste dans les cas où le recours à des contestations ou à une consultation ne permettrait pas
d’obtenu les renseignements nécessaires, d’éclairer le tribunal sur certains aspects du procès nécessitant l’avis
d’un homme de l’art.
127
Article 193 du CPP
128
Article 195 du CPP
129
Mesure d’instruction destinée à faire vérifier par d’autres hommes de l’art les résultats d’une précédente
expertise.
38
peut, dans l’intérêt d’une bonne administration de la justice, demander au
président du tribunal le dessaisissement du juge d’instruction.
L’analyse que voici permet de noter que dans la recherche de la vérité, pendant
l’instruction, la partie civile a un véritable droit d’intervention, celui de concourir
à l’instruction. En plus de ce droit, la partie civile a le droit de produire des preuves
en justice.
B- Le droit de produire des preuves en justice
Ce droit est reconnu à la victime constituée partie civile pour lui permettre de
participer à la recherche de la vérité. La manifestation de la vérité permet la
protection de la partie civile que le législateur recherche en lui accordant le droit
de produire des preuves en justice.
Le droit de produire des preuves ou techniquement le droit à la preuve est « le
droit pour une partie de tenter de convaincre le juge de la réalité des faits qu’elle
invoque à l’appui de sa prétention ».130 Il découle du principe général du « droit
d’être entendu ».
Par la preuve, il faut entendre « la démonstration d’un droit ou d’un fait par
le moyen d’arguments admis par le droit ».131 La preuve comprend le moyen
utilisé pour faire la démonstration et le résultat obtenu de cette démonstration.
La question de la preuve est d’une importance pratique énorme car un adage
latin rappelle que « Parum est non esse et non probati », « en droit, ne pas exister
ou ne pas pouvoir être prouvé est la même chose ». En d’autres termes, en droit,
un fait non prouvé n’existe pas. C’est donc tout à fait logique qu’on permette à la
victime, qui souffre personnellement de la commission de l’infraction, de produire
des preuves pour soutenir ses prétentions. En droit ivoirien, la commission de
cette infraction peut être établie par tout mode de preuve132 : c’est le principe de
la liberté des preuves133.
Mais de toute évidence, en vertu du principe de l’intime conviction du juge,
celui-ci apprécie souverainement la portée des preuves débattues ; la valeur des
preuves est appréciée par le juge et non pas déterminée par la loi134. La victime
130
NTAMBWE (C. Y. N.), Initiation à la science et à la théorie du droit, Côte d’Ivoire, UCAO, 2021, p.184
131
NTAMBWE (C. Y. N.), op.cit., p.177
132
Article 437 du CPP
133
Il signifie que tous les moyens sont possibles pour prouver un fait et la loi n’établit pas une certaine hiérarchie
entre les preuves.
134
DESPORTES (F.), LAZERGES-COUSQUER (L.), op.cit., p.468
39
est donc libre d’envoyer le mode de preuve qu’elle peut dans la limite du possible
pourvu qu’il soit admis en droit. Car les preuves obtenues illégalement ne sont
pas admises.
En clair, ce principe a une double dimension qui s’exprime dans la liberté de celui
qui fournit la preuve ; c’est la liberté dans l’admissibilité de la preuve et dans la
liberté d’appréciation de celui qui reçoit la preuve. C’est autrement exprimé le
principe de l’intime conviction.135
Par ailleurs, la charge de la preuve incombe au ministère public en sa qualité
de partie poursuivante dans le procès pénal. Mais, la victime, pour soutenir sa
prétention et maximiser ses chances et de voir réparer son préjudice, peut produire
des preuves.
En outre, la victime peut discuter des preuves. En effet, elle peut s’opposer à
l’audition d’un témoin dont le nom ne lui aurait pas été signifié ou notifié 136 ou
demander le retrait momentané d’un témoin après sa déposition137 ou encore
demander la présence jusqu’à la clôture d’un témoin dont la déposition parait
fausse138.
Succinctement, la partie civile par son droit de concourir à l’instruction et de
produire des preuves participe véritablement à la manifestation de la vérité.
En outre, son droit de discussion de la procédure lui permet également de
participer à la manifestation de la vérité.
135
AYIE (A. A.), Précis de procédure pénale, ABC, éd. 2021, p.55
136
Article 318 du CPP
137
Article 326 du CPP
138
Article 230 du CPP
40
A- Le droit de participation aux débats contradictoires
139
Les pénalistes en herbe, « La victime, grande oubliée du procès pénal ? » [En ligne]
https://www.lespenalistesenherbe.com/post/la-victime-grande-oubli%C3%A9e-du-proc%C3%A8s-
p%C3%A9nal, consulté le 05 octobre 2023 à 09h39
140
« Ce principe signifie qu’au jugement les preuves doivent être administrées oralement. A ce titre, il concerne
tous ceux qui participent aux débats » in CONTE (P.) et MAISTRE DU CHAMBON (P.), Procédure pénale, ARMAND
COLIN, 3ème éd., 2001, p.330
41
réquisitions, la personne civilement responsable s’il y a lieu et le prévenu
présentent leur défense. La partie civile et le procureur peuvent répliquer. Le
prévenu ou son conseil ont la parole les derniers ».
En sus, pendant les débats, la partie civile est autorisée à poser des questions
aux autres parties au procès, par l’intermédiaire du président141. Au cours des
débats, la partie civile discute donc les preuves. Elle peut par exemple selon l’art.
332 du CPP récuser un interprète en motivant sa récusation.142
Par ailleurs, l’on peut constater certaines défaillances lors de l’audience des
débats. Elles se situent au niveau des audiences à huis clos. Le huis clos est une
exception au principe de la publicité des débats. L’on a recours à cette exception
lorsque la publicité est dangereuse pour l’ordre public et les mœurs143.
L’imprécision du contenu de l’ordre public et des mœurs nous amène à savoir si
le huis clos peut être déclaré en faveur de la victime qui peut, à notre sens, en
bénéficier, car dans certaines affaires, celle-ci a une certaine intimité à préserver.
Il est aussi regrettable de noter que c’est le tribunal qui, à l’exclusion de tout autre,
déclare le huis clos.
En outre, dans les procédures alternatives aux poursuites, la victime peut aussi
participer oralement au débat mais dans un moindre degré que pour les procédures
dites classiques. En cas de composition pénale, la victime peut être auditionnée
par le président du tribunal pendant l’audience de validation de cette mesure. De
même, en cas de procédure de comparution sur reconnaissance préalable de
culpabilité, la partie civile est invitée à comparaitre, assistée par un avocat si elle
le souhaite, afin de se constituer partie civile et demander une indemnisation.
Par ailleurs, le juge, après avoir écouté les différentes parties lors des débats
contradictoires, statue sur les différents intérêts en conflit et situe les
responsabilités.
A l’instar des autres parties, si la victime n’est pas satisfaite de la décision, la
possibilité lui est offerte de contester.
B- Le droit de contestation
141
Article 300 du CPP
142
V. Supra p.37
143
Article 294 du CPP
42
Par droit de contestation, il faut entendre le droit de critique ouverte contre
les décisions des juridictions jugées insatisfaisantes. Dit autrement, il s’agit des
voies de recours offertes à un plaideur. Ce sont des voies de droit qui ont pour
objet propre de remettre en cause une décision de justice. Elles permettent aux
plaideurs d’obtenir un nouvel examen du procès, ou d’une partie de celui-ci, ou
de faire valoir les irrégularités observées dans le déroulement de la procédure. 144
Cette possibilité de faire réexaminer une affaire par une juridiction supérieure est
une garantie essentielle de bonne justice145. C’est la manifestation du principe du
double degré de juridiction.
Ainsi, la victime non satisfaite, à la lumière de la loi, peut exercer des recours
aussi bien contre les décisions des juridictions d’instruction que contre celles des
juridictions de jugement mais seulement sur les intérêts civils.
Relativement à la contestation des décisions des juridictions d’instruction, la
partie civile est autorisée à emprunter deux voies, une voie ordinaire, l’appel,
contre les ordonnances du juge d’instruction146 et une voie extraordinaire, le
pourvoi en cassation contre les arrêts de la chambre d’instruction147. Devant le
juge d’instruction, l’appel de la partie civile est seulement possible lorsqu’il s’agit
des ordonnances de non informer ou de non-lieu, faisant grief à ses intérêts civils,
par laquelle le juge d’instruction statue sur sa compétence et de rejet de sa
demande d’expertise ou de la contre-expertise. Elle ne peut donc interjeter appel
contre une ordonnance relative à la détention préventive. La partie civile bénéficie
d’un délai de 72 heures pour interjeter appel. Comme effet, le dossier d’instruction
est immédiatement transmis au procureur général, accompagné du rapport d’appel
du procureur de la République. Le procureur général saisit la chambre
d’instruction. S’il ne s’agit pas d’une ordonnance de clôture, le juge d’instruction
poursuit son instruction sauf décision contraire de la chambre d’instruction148.
Par ailleurs, devant la chambre d’instruction, la partie civile forme, dans un
délai de 15 jours, pourvoi en cassation contre ses arrêts en cas de violation de la
loi. En effet, selon l’art. 612, la partie civile ne peut se pourvoir en cassation
contre les arrêts de la chambre d’instruction que s’il y a pourvoi du ministère
144
GUINCHARD (S.), DEBARD (T.), op.cit., 2019, p. 1115
145
NIAMBE (K. R.), op.cit., p.309
146
Article 221 nouveau de CPP
147
Article 603 du CPP
148
Article 222 du CPP
43
public, sauf dans les cas suivants :
1° lorsque l’arrêt de la chambre a dit n’y avoir lieu à informer ;
2° lorsque l’arrêt a déclaré l’irrecevabilité de l’action civile ;
3° lorsque l’arrêt a déclaré l’action publique prescrite ;
4 ° lorsque l’arrêt a d’office ou sur déclinatoire des parties prononcé
l’incompétence de la juridiction saisie ;
5° lorsque l’arrêt a omis de statuer sur un chef d’inculpation ;
6° lorsque l’arrêt ne satisfait pas en la forme, aux conditions essentielles de son
existence légale.
Ce pourvoi suspend l’exécution de l’arrêt en cause sauf en ce qui concerne les
condamnations civiles.149
Concernant le recours contre les décisions des juridictions de jugement, la
partie civile bénéficie de voies de recours ordinaire et de voies de recours
extraordinaire.
Les voies de recours ordinaire sont l’opposition et l’appel150. En effet, la
partie civile recourt à l’opposition, dans un délai de 10 jours, lorsqu’elle est en
Côte d’Ivoire ou d’un mois lorsqu’elle est hors de la Côte d’Ivoire151, lorsqu’il y
a eu un jugement par défaut à son encontre152. Selon l’art. 514 du CPP,
l’opposition rend le jugement par défaut non avenu dans toutes ses dispositions
faisant l’objet de recours. En outre, la partie civile a recours également contre les
décisions des juridictions de jugement sur les intérêts civils seulement.153 Mais en
cause d’appel, la partie civile ne peut former aucune nouvelle demande, par
contre, elle peut demander l’augmentation des dommages-intérêts154. L’appel a
alors un effet suspensif.
Concernant les voies de recours extraordinaire, c’est seulement le pourvoi en
cassation qui est ouvert à la partie civile155 relativement aux arrêts et jugements
rendus en dernier ressort en matière criminelle, correctionnelle et de simple
police. Ce pourvoi de la partie civile qui doit se faire dans un délai de 15 jours
149
Article 605 du CPP
150
Arrêt n° 262/98 du 04 mai 1998 de la cour d’appel de Bouake In KOUADJANE (A. N.), Jurisprudence en matière
pénale, Éd. LOIDICI, p.100
151
Article 516 et 517 du CPP
152
Article 514 du CPP
153
Article 558-3° du CPP
154
Article 575 du CPP
155
Article 603 et 604 du CPP
44
n’est possible que sur les intérêts civils seulement. A l’instar des autres voies de
recours, le pourvoi en cassation a un effet suspensif.
De tout ce qui précède, retenons de l’analyse faite au niveau de la première
partie de ce mémoire que le législateur ivoirien s’est préoccupé de la protection
de la victime devant les juridictions pénales dès l’entame de la procédure jusqu’au
prononcé de la décision. Mais l’analyse de l’arsenal juridique répressif actuel
donne de constater que cette protection tant recherchée est limitée.
45
DEUXIEME PARTIE : UNE PROTECTION LIMITEE
46
CHAPITRE 1 : LA LIMITATION DANS LA PARTICIPATION DE LA
VICTIME A LA PROCEDURE PENALE
47
Section 1 : L’intégration partielle de la victime dans la procédure
156
Articles 8 et 9 du CPP
157
C’est la consécration du principe « le pénal tient le civil en l’état ».
158
ALLA (E.), procédure pénale, ABC, éd., 2017, p.189
49
A titre indicatif, l’option en faveur de la voie répressive offre de multiples
avantages. Elle permet d’obtenir justice avec une plus grande rapidité que devant
le juge civil. Elle offre également l’avantage de l’économie. Le choix de la voix
répressive procure d’autre part une facilité de preuve incontestable. Il y’a
également un avantage d’efficacité. Il faut ajouter enfin que l’option en faveur de
la voie répressive permet d’éviter que l’action civile ne se heurte à l’autorité de la
chose jugée attachée à une décision pénale sans que la victime ait pu défendre ses
intérêts159. Cependant, cette option n’est pas sans conséquence. En effet, la partie
civile, étant partie à l’instance, ne peut être entendue comme témoin à l’instruction
ni aux débats160. Elle encourt également des sanctions pécuniaires en cas de
constitutions abusives de partie civile161. Or, elle sera bien souvent le principal
témoin à charge ; son absence risque alors d’affaiblir l’accusation et de conduire
à un acquittement qui aurait peut-être été évité, si elle avait été entendue.
A côté de cette règle obstacle, il y a les immunités qui constituent également
un obstacle au déclenchement de l’action publique.
Les immunités sont définies comme « la cause d’impunité, qui tend à la situation
particulière de l’auteur d’une infraction au moment où il commet celle-ci,
s’oppose définitivement à toute poursuite, alors que la situation créant ce
privilège a pris fin »162. Ces immunités sont au nombre de trois : les immunités
familiales, les immunités politiques et les immunités diplomatiques.
En effet, les immunités politiques concernent le Président de la République163,
le médiateur de la République, et les membres de l’Assemblée Nationale164 pour
les opinions émises pendant l’exercice de leur fonction.
Les immunités diplomatiques constituent la garantie de l’exercice de la fonction
du diplomate165. Quant aux immunités familiales166, celles-ci protègent les liens
de famille et interdisent la poursuite d’un membre pour un bien.
Reconnaitre des immunités c’est admettre des causes de limitation à l’exercice
de l’action publique empêchant à la victime de la déclencher.
159
STEFANI (G.), LAVASSEUR (G.), BOULOC (B.), Procédure pénale, Dalloz, 18ème éd., 2001, p.266
160
Idem
161
V. infra P.51
162
YAO (E. Y.), l’arrêt de la cour suprême de côte d’ivoire du 10 janvier 2002 et l’exercice de l’action civile à
l’occasion d’une infraction pénale : relecture de l’article 4 du CPP, op.cit./ p.213 in NIAMBE (K. R.), op.cit., p.163
163
Article 157 de la constitution du 08 novembre 2016
164
Article 91 de la constitution du 08 novembre 2016
165
Article 104 du CP
166
Article 103 du CP
50
Par ailleurs, à titre indicatif, il est interdit à la victime de se constituer partie
civile devant la Haute cour de justice167 et devant les juridictions militaires (le
droit de mettre en mouvement l’action publique n’est reconnu à la victime par
aucune disposition du code de procédure militaire, elle peut simplement déposer
une plainte ou faire une dénonciation). De plus, en matière de délit de presse seul
le procureur est habilité à déclencher les poursuites.
Dans ces hypothèses le procureur de la République retrouve pleinement et
exclusivement son pouvoir d’appréciation des suites à donner aux plaintes
déposées ou dénonciations faites au parquet. Il y’a donc le risque que la victime
se heurte à l’inertie du procureur. Il serait judicieux d’écarter ce risque en
permettant à la victime de saisir le juge du jugement ou le juge d’instruction
lorsque le procureur refuse de poursuivre.
En plus de ces obstacles liés à la procédure, la victime doit faire face aux
obstacles liés à ses ressources financières.
167
L’article 6 al. 2 de la loi organique n°2002-5 du 31 janvier 2005 déterminant la composition, le fonctionnement
et la procédure de la Haute cour de justice
168
C.A. Daloa,23 juin 1999, R.J.C.A.T. n°4-2000, p.38
51
Cette consignation est exigée, lorsque la victime exerce son action civile par
voie d’action en recourant soit à la citation directe169 soit à la plainte avec
constitution de partie civile170. C’est le juge d’instruction qui fixe le montant et le
délai dans lequel cette somme doit être payée. Il a donc un pouvoir d’appréciation
en la matière. Sans nul doute, cette condition financière apparait comme un
obstacle pour les victimes pour accéder à la justice. Les victimes qui n’ont pas les
moyens nécessaires pour faire juger un fait qui ne leur est pas imputable et qui ne
bénéficient pas de l’assistance judiciaire, tourneront le dos aux juridictions
pénales. Ainsi, nous assistons à une remise en cause du principe de l’égalité de
tous devant la justice171. La consignation peut être donc un véritable obstacle à
l’intégration de la victime à titre principal ce qui limite considérablement la
protection de ses intérêts.
Pour éviter cette triste réalité, l’assistance judiciaire doit être améliorée pour
que les victimes en bénéficient effectivement. Aussi, serait-il judicieux de trouver
des critères de fixation de la consignation pour éviter des consignations trop
couteuses. En outre, il serait également judicieux d’écarter le paiement de la
consignation pour les infractions les plus graves.
Evoquons à présent l’instauration de sanctions pécuniaires en cas de
constitution irrégulière.
La constitution de partie civile par voie d’action devant le juge d’instruction
n’est pas sans conséquence pour la partie civile.
En effet, le législateur dans le but de préserver la personne poursuivie contre les
abus de constitution de partie civile notamment les constitutions malveillantes,
hasardeuses et fantaisistes de la victime, a mis à la disposition de celle-ci des
actions contre la victime. En effet, selon l’art. 112 al. 1er du CPP, « quand, après
une information ouverte sur constitution de partie civile, une décision de non-lieu
a été rendue, l’inculpé et toutes personnes visées dans la plainte, et sans préjudice
d’une poursuite pour dénonciation calomnieuse, peuvent, s’ils n’usent de la voie
civile, demander des dommages-intérêts à la partie civile pour abus de
constitution de partie civile, dans les formes indiquées ci-après ».
De ce fait, la personne poursuivie a deux actions contre la victime dont la
constitution est mal fondée.
169
Article 401 du CPP
170
Idem
171
Article 4 de la Constitution du 08 novembre 2016
52
D’une part, elle peut exercer une action civile devant les juridictions civiles ou
pénales pour demander des dommages et intérêts.
D’autre part, la personne peut exercer une action, devant les juridictions pénales,
pour des faits de dénonciation calomnieuse172. Dans ce cas, la partie civile, en plus
du paiement des dommages et intérêts, encourt une sanction pénale. Mais les
juridictions répressives ne doivent pas systématiquement à partir de cette
qualification prononcer une sanction car l’infraction visée est une infraction
intentionnelle. Il faut donc démontrer l’intention de la partie civile de nuire à la
personne poursuivie. Car, « l’exercice d’une voie de droit ne doit nullement être
entravé par la crainte de pouvoir se voir réprimer à son tour, alors même que
l’usage était de bonne foi »173.
Par contre, cette possibilité n’est guère envisageable lorsque l’ordonnance de
non-lieu a été prise suite à la mise en mouvement de l’action publique par le
parquet174 . Dans le cas contraire, si le juge d’instruction a rendu une ordonnance
de renvoi devant les juridictions de jugement (en cas de délit ou contravention)
ou une ordonnance de transmission des pièces au Procureur général (en cas de
crime), l’inculpé et les autres personnes visées par la procédure ne peuvent
valablement initier une telle action.175
La personne poursuivie peut également exercer son action civile pour
dommages et intérêts lorsque la partie civile désiste au sens de l’art. 435 du CPP
ou si elle ne gagne pas gain de cause devant le juge d’instruction176. Dans ces
hypothèses, la partie civile est tenue de payer les frais de justice.177
Ces différentes sanctions, sans conteste, évitent les constitutions abusives ou
dilatoires, mais limitent considérablement le déclenchement de l’action publique
par la victime et partant, son droit d’accès à la justice. A cet effet, sa protection se
trouve limitée.
172
L’article 446 du CP qui prévoit cette infraction dispose qu’« est calomnieuse la dénonciation intentionnellement
mensongère, par quelque moyen que ce soit, d'un fait faux, susceptible d'exposer celui qui en est l'objet à une
sanction de l'autorité administrative, de son employeur ou à des poursuites judiciaires. ».
173
FRANCOIS ( E. E. ), « De l'intérêt de porter plainte et de se constituer partie civile devant le juge
d’instruction », [ en ligne ] https://www.ivoire-juriste.com/2019/10/article-de-doctrine-de-linteret-de-porter-
plainte-de-se-constituer-partie-civile-devant-le-juge-dinstruction-ivoirien.html , consulté le 11 octobre 2023 à
14h56
174
Cour suprême Chambre judiciaire Arrêt n° 1884 du 7 janvier 1984 (CAB) In KOUADJANE (A. N.), Jurisprudence
en matière pénale, Éd. LOIDICI, p. 100
175
FRANCOIS ( E. E. ), op.cit.
176
Article 211 du CPP
177
Article 499 du CPP
53
Par ailleurs, les insuffisances au niveau de l’application du principe de
l’égalité des armes constituent également une limite à la protection de la victime.
A- La signification du principe
Le principe de l’égalité des armes « requiert que chaque partie se voit offrir
une possibilité raisonnable de présenter sa cause dans des conditions qui ne la
placent pas dans une situation de net désavantage par rapport à son adversaire
».179 Ce principe, contrairement au principe du contradictoire, permet à chaque
partie de défendre sa cause dans un certain équilibre avec son adversaire.
Certaines législations utilisent l’expression « l’équilibre des droits des parties ».
Cette expression montre que les parties doivent avoir des droits équivalents,
équilibrés, ce qui exclut des disparités importantes mais n’implique pas une
uniformité180. Il ne peut y avoir une uniformité en raison de la situation et des
statuts différents des protagonistes. Toutefois, malgré cette réalité, l’équilibre des
droits des parties doit être observé.
178
GUINCHARD (S.), DEBARD (T.), op.cit., 2019, p. 432
179
CEDH 2 octobre 2001, G.B c/ France, Req. n° 44069/898, §58 ; CEDH 27 octobre 1993, Dombo Beheer B.V c/
Pays Bas, Req. 14448/88, §33 in TADROUS (S.), « La place de la victime dans le procès pénal », thèse, Université
Montpellier I, 2014, p.60
180
DESPORTES (F.), LAZERGES-COUSQUER (L.), op.cit., p.337
54
Aussi, s’il n’est pas facilement soutenable d’exiger une égalité entre la partie
civile et le ministère public, il l’est, par contre, d’exiger une certaine égalité entre
la partie civile et le prévenu. En effet, le parquet n’est pas l’adversaire de la partie
civile même si souvent les intérêts sont différents. Mais le prévenu demeure
l’adversaire de celle-ci dans la mesure où il est la personne contre qui elle exerce
son action. Actuellement « l’égalité des armes doit se décliner désormais à trois.
L’équilibre doit être recherché alors dans une relation triangulaire entre le
ministère public accusateur, le défendeur et la victime »181. Mais en attendant,
certaines prérogatives disproportionnées demeurent entre les parties.
181
TADROUS (S.), op. Cit., p.335.
55
pendant la procédure. Cette information n’est pas donnée à la victime lorsqu’elle
vient porter à la connaissance de la justice l’infraction qui a troublé l’ordre public,
la cause de sa souffrance.
Ce déséquilibre au niveau des droits des parties est un obstacle à la protection
de la victime. En effet, la victime ne pourra bien défendre ses intérêts que lorsqu’il
existe une certaine proportionnalité entre les droits des parties.
Nous remarquons que ces différentes prérogatives disproportionnées entre les
parties au détriment de la victime limitent, sans nul doute, sa protection.
Par ailleurs, cette protection se trouve également limitée en raison du risque
que la victime soit l’objet d’une victimisation secondaire. Il importe donc de
renforcer sa protection.
182
Art.327 du CP dispose que « Quiconque au cours d’une procédure judiciaire use de promesses, offres, ou
présents, de pressions, menaces, voies de fait, manœuvres ou artifices pour déterminer un témoin, un interprète,
un traducteur ou un expert à faire une déposition, une traduction ou un rapport mensonger, est puni d’un
emprisonnement d’un à trois ans et d’une amende de 300.000 à 3.000.000 FCFA ou de l’une de ces deux peines
seulement si cette subornation ne produit pas son effet et dans le cas contraire, des peines sanctionnant les faux
témoins, experts ou interprètes. Est puni également des mêmes peines celui qui exerce des représailles contre
un témoin, un interprète, un traducteur ou un expert en raison de sa déposition, de sa traduction ou son
rapport ».
183
Art. 153 du CPP dispose que « La liberté est de droit, le contrôle judiciaire et la détention préventive des
mesures exceptionnelles. Lorsqu'elles sont ordonnées, les règles ci-après doivent être observées ».
184
Art. 360 du CPP dispose que « Si l'inculpé se soustrait volontairement aux obligations du contrôle judiciaire, le
juge d'instruction le convoque ou le fait comparaître devant lui par tous moyens pour l'entendre en ses
explications. Le juge d'instruction décide soit du maintien du contrôle judiciaire soit d'un placement de l'inculpé
en détention préventive quelle que soit la peine privative de liberté encourue ».
185
Art. 154 du CPP dispose que « Le contrôle judiciaire peut être ordonné par le juge d'instruction à toute étape
de la procédure dans le cas où l’inculpé encourt une peine d'emprisonnement ».
56
Plusieurs moyens sont donc prévus pour assurer la protection de la victime.
Mais malgré ces mesures, la victime n’est pas à l’abri d’une victimisation
secondaire186. Elle peut être exposée à des intimidations, des extorsions, des
menaces. En raison de ce risque, certaines législations ont trouvé nécessaire de
mettre à la disposition de la victime de « nouveaux procédés » à savoir la
visioconférence (Paragraphe 1) et la possibilité pour elle de garder l’anonymat
pendant la procédure (Paragraphe 2). Nous souhaitons une inspiration de la part
du législateur dans ce sens.
186
Prof. Robert ROTH Et. Al., « La protection de la victime dans la procédure pénale », rapport d’évaluation rédigé
sur mandat de l’Office fédéral de la justice, Centre d’Etude, de Technique de d’Evaluation Législatives Faculté de
droit, Université de Genève, octobre 1997, p.18
187
GUINCHARD (S.), DEBARD (T.), op.cit., 2019, p.1107
57
auditionner la personne mise en cause mais également pour protéger les
témoins188. La victime non constituée partie civile ayant le même régime juridique
qu’un témoin trouve protection dans l’utilisation de ce procédé. La partie civile
tire également une protection de ce moyen car, au même titre que la victime
simple, elle mérite une protection renforcée. C’est le lieu de souligner que la
personne poursuivie n’est plus la seule à en bénéficier mais aussi, l’expert, le
témoin, l’interprète et enfin la partie qui nous intéresse le plus ; la partie civile189.
Cet outil de communication garantit la sécurité de la victime. Mais, il n’est
utilisé que si cela se justifie par la situation de la victime. En effet, certaines
victimes sont traumatisées par la présence de leur agresseur. Ces derniers de par
leur présence sont capables d’exercer certaines pressions sur elles. Pour éviter ou
restreindre ce traumatisme et préserver la sérénité de la victime, la
visioconférence peut être mise en œuvre. Notons également que le déplacement
de certaines victimes peut les exposer à l’agression des malfaiteurs. La
visioconférence permettra à la victime de rester dans sa zone de sécurité pour
défendre ses intérêts. Ce moyen permet également à une victime qui est dans
l’impossibilité de se déplacer, en cas de maladie par exemple, de participer à la
procédure en toute sécurité.
Mais compte tenu de la virtualité de ce procédé et des droits de la défense ainsi
que de la préservation de l’ordre public, la mise en œuvre de la visioconférence
connait un encadrement.
188
BOSSAN (J.), « La visioconférence dans le procès pénal : un outil à maîtriser », in Revue de science criminelle
et de droit pénal comparé, 2011/4 (N°4), pp. 801-816 [en ligne] https://www.cairn.info/revue-de-science-
criminelle-et-de-droit-penal-compare-2011-4-page-801.htm?contenu=plan , consulté le 19 octobre 2023 à 04h05
189
TADROUS (S.), op.cit., p.189
190
A. Garapon, Bien juger. Essai sur le rituel judiciaire, 2001 in BOSSAN (J.), « La visioconférence dans le procès
pénal : un outil à maîtriser », in Revue de science criminelle et de droit pénal comparé, 2011/4 (N°4), pp. 801-816
58
d’administrer la justice sans incidence puisque, malgré la pluralité de lieux, ni
l’oralité ni même l’unité de temps ne seraient touchées ». Malgré cette assurance,
l’emploi de la visioconférence suppose la rencontre préalable des accords des
différentes parties au procès.
Par ailleurs, la Cour européenne des droits de l’homme a déjà validé ce mode
de participation aux débats judiciaires comme conforme au principe du procès
équitable mais sous la condition que le recours à la visioconférence poursuive un
but légitime et que les modalités de déroulement s’y attachant respectent les droits
de la défense des parties dans chaque cas d’espèce. L’emploi de ce procédé doit
donc poursuivre la préservation de l’ordre public, son but ultime, et la protection
des parties aux procès.
Pour recourir efficacement à cet outil, il faut l’absence de difficultés techniques
qui demeure une condition essentielle de bonne utilisation de la visioconférence
dans le cadre du procès.191
En sus, il importe de souligner que la visioconférence présente des avantages
économiques et assure une certaine célérité du procès en ce sens qu’elle permet
de réduire les délais et les coûts, et évite les déplacements éventuels de la victime.
De ce qui précède, la visioconférence permet de garantir la sécurité de la
victime car elle la préserve contre d’éventuelles nouvelles attaques de la part de
ses malfaiteurs. En outre, à l’instar de la vidéoconférence, la possibilité qui est
donnée à la victime dans certaines législations de garder l’anonymat protège la
victime contre une victimisation secondaire.
191
CEDH, 5 oct. 2006, Marcello Viola c/ Italie, préc., § 74. In BOSSAN (J.), « La visioconférence dans le procès
pénal : un outil à maîtriser », in Revue de science criminelle et de droit pénal comparé, 2011/4 (N°4), pp. 801-816
59
l’anonymat parait une mesure de sécurité (A). Mais, en raison des droits de la
défense dont le respect doit être observé, le recours à cette mesure de sécurité doit
être encadré (B).
192
L’article 706-57 du code de procédure pénale (France), Paris, Dalloz, 61ème éd.,2020, p.1263
193
LEGEAIS (R.), « L'utilisation de témoignages sous forme anonyme ou déguisée dans la procédure des
juridictions répressives », in Revue internationale de droit comparé, 1998, pp. 711-718
194
Prof. Robert ROTH Et. Al., « La protection de la victime dans la procédure pénale », rapport d’évaluation rédigé
sur mandat de l’Office fédéral de la justice, Centre d’Etude, de Technique de d’Evaluation Législatives Faculté de
droit, Université de Genève, octobre 1997, p.8
60
protéger la victime contre les divulgations de la presse, surtout lors des procès à
sensation.
En sus, Les situations impliquant des victimes mineures ainsi que les cas
d’infractions sexuelles justifient elles aussi le respect de l’anonymat en audience
si la victime le demande195.
Mais compte tenu des droits de la défense le recours à la garde de l’anonymat
connait un encadrement.
B - Un recours encadré
195
Ibid., p.10
196
Article 706-60 du code de procédure pénale (France), op.cit., p.1265
61
Par ailleurs, certains législateurs subordonnent le recours à l’anonymat à la
commission d’une infraction susceptible d’être qualifiée crime ou délit et punie
d’au moins trois ans d’emprisonnement. Nous pensons avec le Docteur
TADROUS que cette condition est inutile et il convient de la supprimer puisque
la protection nécessitée par l’anonymat complet va dépendre de la personnalité de
la victime et celle du présumé auteur de l’infraction, de la sensibilité de la victime
et des risques de représailles à son encontre. Or, le risque de représailles va
dépendre de la rancœur ou de la fragilité de la personnalité de l’auteur de
l’infraction et non de la gravité de l’infraction197.
En substance, l’analyse de ce chapitre a permis de montrer que la protection
de la victime est effectivement limitée au niveau de sa participation au procès
pénal.
Sous un autre angle, sa protection se trouve également limitée dans les
procédures alternatives aux poursuites.
197
TADROUS (S.), « La place de la victime dans le procès pénal », Thèse, Université Montpellier I, 2014, p.458
62
CHAPITRE 2 : LA LIMITATION DANS LES PROCEDURES
ALTERNATIVES AUX POURSUITES
198
BENILLOUCHE (M.), Leçons de Procédure pénale, Ellipeses, 3ème éd., 2017, p.96
199
TADROUS (S.), op.cit., p.261
63
Section 1 : La passivité de la victime dans les procédures accélérées prévues
200
L’appellation « délinquant » nous parait inadéquate. Car le mis en cause, jusqu’à la reconnaissance des faits
qui lui sont reprochés ou à l’acceptation de la transaction, jouit du principe de la présomption d’innocence. Il
serait donc approprié que le législateur emploie les expressions « présumé délinquant » ou « mis en cause ».
64
le traitement qui est réservé à la victime. Mais ce traitement nous parait inadéquat
à certains égards (B).
201
Article 14 in fine du CPP
202
Article 14 alinéa 2 du CPP
65
faits qui lui sont reprochés en acceptant la proposition de l’amende faite à lui par
le procureur.
Ensuite, la transaction peut éviter l’aggravation éventuelle de la peine applicable
au prévenu. En effet, devant le procureur, le prévenu n’encourt que le paiement
d’une amende. Mais devant le juge, il est possible que la loi soit appliquée dans
toute sa rigueur ce qui aboutirait à un jugement condamnant le prévenu à une
peine d’emprisonnement, ou à des mesures de sûretés.
Par ailleurs, il convient de préciser que la transaction n’est possible qu’en
matière délictuelle et contraventionnelle. Elle concerne donc les infractions de
faible ou moyenne gravité. Ce qui exclut la transaction en cas de crime ou des
délits sévèrement réprimés. C’est pourquoi la loi a limitativement prévu certains
cas dans lesquelles la transaction est impossible203. Ces cas sont :
1° les infractions commises sur les mineurs ou les personnes incapables de se
protéger ;
2° les vols commis avec les circonstances aggravantes ;
3° les infractions à la législation sur les stupéfiants, les substances psychotropes
et vénéneuses ;
4° les délits commis en matière de terrorisme ;
5° les délits en matière de blanchissement des capitaux et de financement du
terrorisme ;
6° les attentats aux mœurs ;
7° les évasions ;
8° les atteintes à l’ordre public et à la sûreté de l’Etat ;
9° les outrages, les offenses au Chef de l’Etat ;
10° les infractions contre la paix et la tranquillité publique ;
11° la connexité avec des infractions pour lesquelles la transaction n’est pas
admise ;
12° toutes autres infractions pour lesquelles la loi n’admet pas la transaction.
La transaction vaut reconnaissance de l’infraction et éteint l’action publique.
Elle est constatée par un procès-verbal contenant l’accord irrévocable des parties
et signé par elles. Ce procès-verbal contient les renseignements sur l’identité des
parties, le montant de l’amende et mention du paiement de celle-ci et, s’il y a lieu
les saisies ou restitutions. Ces renseignements sont mentionnés sur un registre
203
Article 13 du CPP
66
tenu au parquet à cet effet204. Ensuite le procès-verbal est transmis au président du
tribunal pour homologation. Le greffier en chef y appose la formule exécutoire. Il
est conservé au rang des minutes et n’est susceptible d’aucune voie de recours205.
Cette analyse a permis de montrer que la transaction en matière pénale
n’intervient principalement que sur l’action publique. Elle profite au prévenu qui,
en réalité, a commis l’infraction en causant du tort à la victime. Mais est-ce le cas
pour la victime qui est reléguée au second plan ?
204
Article 15 du CPP
205
Article 17 du CPP
67
refus de transiger de la victime ne fait pas obstacle à la transaction sur l’action
publique entre le procureur de la République et le délinquant ». La victime ne
peut donc s’opposer à la transaction sur l’action publique même si elle peut la
proposer au procureur. L'admission de la transaction pénale par le ministère public
en cas de refus de la victime est désavantageuse pour la victime.
En fait, si le délinquant accepte de payer l'amende proposée par le ministère
public, la transaction a lieu et cela met fin à l'action publique. Par conséquent, le
dossier est classé sans suite pour cause de transaction et le délinquant est libéré
automatiquement s'il était gardé provisoirement ou détenu. Cependant, la victime,
après avoir perdu un puissant allié, le procureur de la République, est renvoyée à
saisir les juridictions répressives pour statuer sur les intérêts civils car la
transaction vaut reconnaissance de l'infraction. Nous assistons donc à un rejet de
la partie civile à qui possibilité est donnée de demander au procureur la
proposition de la transaction au délinquant206.
Ce renvoi occasionne le déboursement de frais supplémentaires pour la
victime. En fait, la victime prendra attache avec un commissaire de justice pour
saisir les juridictions répressives aux fins de statuer sur les intérêts civils
conformément aux dispositions de l'art. 396 nouveau du CPP. Or, cela engendre
des frais supplémentaires pour la victime et elle est laissée pour compte sans
l'intervention du ministère public. Une telle procédure n'est pas à l'avantage de la
victime. Nous proposons, pour éviter d’éventuelles dépenses à la victime qui
souffre déjà, qu’il soit permis au procureur de la République de citer le prévenu
devant la juridiction répressive de jugement. Ce jugement portera donc
uniquement sur les intérêts civils.
De ce qui précède, nous avons remarqué la passivité voire la fragilisation de
la victime dans la procédure de transaction sur l’action publique. De même, qu’en
est-il du traitement de la victime dans la procédure de comparution sur
reconnaissance de culpabilité ?
206
Article 51 alinéa 4 du CPP
68
Paragraphe 2 : Dans la procédure de comparution sur reconnaissance
préalable de culpabilité (CRPC)
69
puisse demander au procureur de recourir à la CRPC. La mise en œuvre de cette
procédure évite au prévenu une procédure éventuellement longue.
Mais, si le procureur et le prévenu sont libres de recourir à la CRPC, leurs
volontés d’y recourir doivent respecter le domaine et la procédure de cette mesure.
En effet, le recours à la CRPC n’est possible que lorsque les faits poursuivis
sont constitutifs d’un délit passible d’une peine d’emprisonnement de cinq ans au
plus et le prévenu reconnaît les avoir commis 207. Dans ce cas, le procureur peut
proposer au prévenu d’exécuter une ou plusieurs des peines principales ou
complémentaires encourues. Lorsqu’une peine d’emprisonnement est proposée,
sa durée ne peut être supérieure à un an, ni excéder la moitié de la peine
d’emprisonnement encourue. A l’issue de la procédure, un procès-verbal est
adressé sous peine de nullité208 et le président du tribunal est saisi pour
homologation.
En revanche, une catégorie de prévenus ne peuvent bénéficier de la CRPC et
partant, ne peuvent demander le recours à celle-ci. En effet, l’art. 530 du CPP
dispose en ces termes : « les dispositions du présent chapitre ne sont applicables :
- lorsqu’un mineur est poursuivi ;
- en matière de délit de presse ;
- aux délits d’atteintes volontaires et involontaires à l’intégrité des personnes
ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente ;
- aux délits d’agressions sexuelles ;
- aux délits poursuivis selon une procédure spéciale, non compris le flagrant
délit ».
De ce qui précède, il résulte que seuls le procureur et le prévenu sont à l’origine
de la procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité. La
victime n’a donc pas la possibilité de demander au procureur de recourir à cette
alternative. Cette exclusion laisse présager le traitement défavorable de la victime
dans cette procédure.
207
Article 521 du CPP
208
Article 528 du CPP
70
B – Le traitement inapproprié de la victime
209
Article 527 du CPP
210
PIGNOUX (N.), la réparation des victimes d’infractions pénales, op.cit., p. 478 in NIAMBE (K. R.), « La
participation de la victime au procès pénal », thèse, Université Alassane OUATTARA de Bouake, 2020, p.478
211
Article 523 du CPP
71
lui peut, au regard de l’art. 527 du CPP, statuer sur la demande. La partie civile
peut faire appel de l’ordonnance conformément aux dispositions de l’art. 558-3°
du CPP.
De tout ce qui précède, nous constatons que dans les procédures accélérées
prévues par le législateur ivoirien, la victime est soumise à un traitement inadapté.
Ce qui limite sa protection recherchée en droit ivoirien. Cette protection est
davantage limitée par l’absence de procédures qui mettent en avant la réparation
du dommage causé à la victime.
212
On peut citer à titre d’exemple l’éloignement du conjoint ou de l’ancien conjoint violent ou le classement sous
condition d’indemnisation.
213
TADROUS (S.), op.cit., p.265
72
revoir ».214 De cette définition apparait clairement le traitement privilégié de la
réparation du préjudice de la victime que comporte cette mesure alternative. On
le voit, elle contient une dimension réparatrice du dommage de la victime (B).
Mais analysons d’abord son champ d’application (A).
A- Le domaine
214
Définition de la circulaire CRIM 2004-03 E5 du 16 mars 2004 relative à la politique pénale en matière de
réponses alternatives aux poursuites et de recours aux délégués du procureur
215
P. GOSSEYE, Médiateur pénal et directeur de l'ABCJ de Pau, « La mise en œuvre de la médiation pénale par
l'Association béarnaise de contrôle judiciaire de Pau », AJ Pénal 2011, p. 221 in TADROUS (S.), op.cit., 2014, p.256
216
Cf. J. FAGET, « La double vie de la médiation », Droit et Société, n°29, 1995, p. 25-35, spéc. p. 33 in TADROUS
(S.), op cit., 2014, p.265
73
En effet, conduire des personnes proches ou ceux qui nous entourent devant
la justice classique crée généralement de la rancœur difficilement oubliable dans
les cœurs des perdants. Cette alternative permet d’éviter ce genre de tensions dans
les relations entre les proches. En pareille circonstance, les protagonistes
comprennent mieux le recours à un tiers, médiateur, pour trouver des solutions
plus ou moins adaptées à la nature de leurs relations. En clair, leur rencontre en
présence d’un médiateur favorise parfois l’apaisement des conflits alors qu’une
sanction pénale peut les attiser.
De surcroît, le médiateur doit être un tiers impartial pour faciliter ce processus
et garantir sa crédibilité. Il advient que ce soit le procureur lui-même217. Mais cette
possibilité connait des oppositions, le procureur n’étant pas tout à fait impartial
puisqu’il dispose de la possibilité de mettre en mouvement l’action publique et
serait alors chargé de rapprocher la preuve de la culpabilité218. En tout état de
cause, le procureur dispose du choix discrétionnaire du tiers intervenant dont il
définit les limites de sa mission de façon précise et le délai de la médiation 219. Les
parties peuvent être assistées par des avocats.
Après l’analyse du domaine de ce mécanisme, il convient d’examiner sa
dimension réparatrice.
B - La dimension réparatrice
217
Article 32 de la loi n°2016-30 du 08 novembre 2016 modifiant la loi n°65-61 du 21 juillet 1965 portant Code
de procédure pénale sénégalais
218
BENILLOUCHE (M.), op.cit., p.98
219
Le droit sénégalais précise le délai de la médiation. En effet l’article 32 al.6 de la loi n°2016-30 du 08 novembre
2016 modifiant la loi n°65-61 du 21 juillet 1965 portant Code de procédure pénale sénégalais dispose « La
tentative de médiation pénale doit intervenir dans les 15 jours de la saisine du médiateur ».
220
Article 32 al.3 de la loi n°2016-30 du 08 novembre 2016 modifiant la loi n°65-61 du 21 juillet 1965 portant
Code de procédure pénale sénégalais
74
l’accord requis de la victime avant de recourir à la médiation. En effet, cette
alternative n’est possible qu’à la demande ou avec l’accord de la victime. Ainsi,
la médiation pénale met en avant la réparation du préjudice de la victime.
A l’issue de la procédure, le médiateur adresse un rapport au procureur de la
République présentant les étapes de l’opération, les objectifs poursuivis et le
résultat final. Le procureur ou son médiateur dresse un procès-verbal de la réussite
de la médiation signé par lui et les parties et dont une copie est remise aux
parties.221 Une médiation pénale réussie peut aboutir à des accords divers. Il peut
s’agir de l’engagement d’accomplir une prestation, du versement des dommages-
intérêts, de renoncer à un comportement.
Cette procédure a également pour avantage d’offrir une occasion aux victimes
de s’exprimer suffisamment, d’exprimer leurs colères, leurs angoisses et leurs
incompréhensions. En sus, la médiation pénale permet à la victime de ne pas
ressentir un sentiment de seconde victimisation. En effet, la seconde victimisation
fait référence à une perception de la victime, selon laquelle la victime n’est pas
acceptée ni soutenue par les autres222.
La médiation pénale, comme on peut le constater, est une mesure consensuelle
dont la finalité est d’arriver à trouver à travers un dialogue des mesures destinées
à la réparation du dommage causé. Elle prend essentiellement donc en compte la
réparation du préjudice de la victime. Mais il faut noter que cette procédure, dans
sa mise en œuvre, doit consister aussi à mettre fin au trouble résultant de
l’infraction ou encore contribuer au reclassement de l'auteur des faits. Par ailleurs,
si la médiation pénale se solde par un échec dans la résolution du litige, le
plaignant, sous réserve des poursuites engagées par le procureur, pourra saisir les
juridictions répressives223. Cette possibilité permet de noter que la médiation
pénale n’a pas un effet extinctif de l’action publique. En revanche, elle est une des
causes de suspension de l’action pénale. C’est la raison pour laquelle la médiation
pénale est parfois qualifiée de « classement sans suite sous condition ».224
L’analyse que voilà a permis de montrer comment la médiation pénale met en
avant la réparation du préjudice de la victime. Cet avantage considérable nous
221
BENILLOUCHE (M.), op.cit., p.98
222
WIMMERS (J-A.), Introduction à la victimologie, Presse de l’université de Montréal, 2003, p.80
223
Article 32 in fine de la loi n°2016-30 du 08 novembre 2016 modifiant la loi n°65-61 du 21 juillet 1965 portant
Code de procédure pénale sénégalais
224
GARE (T.), GINESTET (C.), Droit pénal Procédure pénale, Dalloz, 3ème éd., 2004, p.255
75
amène à espérer son admission et l’admission de la composition pénale qui
accorde plus ou moins le même avantage à la victime.
A- La présentation
225
TADROUS (S.), op.cit., p.268
226
DESPORTES (F.), LAZERGES-COUSQUER (L.), op.cit.2015, p.813
76
composition, une somme qui est fixée par le juge conformément au mode de calcul
déterminé par décret ». Ainsi, le paiement de cette somme éteint l’action
publique. Cette mesure a un domaine limité contrairement à la composition pénale
qui a un domaine élargi.
La présentation de la composition pénale consistera donc à analyser son
domaine d’application, les mesures encourues et la procédure requise.
Relativement au champ d’application, cette procédure est appliquée lorsque
les faits en cause sont constitutifs de délits ou de contraventions 227. En droit
français, ces délits doivent être punis, à titre principal, d’une peine d’amende ou
d’une peine d’emprisonnement inférieure ou égale à cinq ans228. Ainsi échappent
à la composition pénale les délits d’homicide involontaire, les délits de presse et
les délits politiques229. Les crimes et les délits punis d’une peine
d’emprisonnement supérieure à cinq ans échappent également au domaine de la
composition pénale. Cette exclusion peut se justifier par le fait que ces infractions
sont sévèrement réprimées et nécessitent l’ouverture d’une information judiciaire
qui implique naturellement l’intervention du juge d’instruction. En clair, en raison
de la gravité ou de la complexité des infractions exclues, leur jugement doit se
faire selon la procédure traditionnelle.
La composition pénale est une mesure proposée par le procureur de la
République. Mais sa mise en œuvre n’est possible que si l’auteur présumé accepte
en reconnaissant tout ou partie des faits pour lesquels il est mis en cause. Le
délinquant qui accepte cette alternative encourt plusieurs mesures.230 Il peut lui
être interdit de ne pas recevoir ou rencontrer pour une durée déterminée la ou les
victimes de l’infraction désignées par le procureur de la République ou ne pas
entrer en relation avec elles ou encore ne pas paraître dans certains lieux pendant
une certaine durée. Ces mesures, comme on peut le constater, intéressent
particulièrement la victime. Mais en plus de ces mesures, le procureur peut
demander au délinquant de verser une amende de composition au Trésor public
ou de remettre son véhicule pour une durée déterminée à des fins
227
Article 41-3 du code de procédure pénale (France), Paris, Dalloz, 61ème éd.,2020, p.181, 182
228
Article 41-2 du code de procédure pénale (France), op.cit., p.178,179,180,181
229
BENILLOUCHE (M.), op.cit., p.100
230
Les mesures issues de la composition pénale sont multiples. Nous ne pourrons produire dans le cadre de ce
travail une liste exhaustive. En droit français ces mesures sont définies par l’article 41-2 du code français de
procédure pénale.
77
d’immobilisation ou de ne pas quitter le territoire national ou encore de remettre
à la justice son permis de conduire.
Relativement à la procédure, le délinquant à qui l’on propose la composition
pénale doit être informé de son droit de se faire assister par un conseil. La
validation de la proposition est subordonnée à son acceptation par le délinquant.
Après l’acceptation, le procureur de la République saisit par requête le président
du tribunal compétent aux fins de validation. Le président de la juridiction peut
soit valider la proposition, dans ce cas, elle est mise en exécution, soit la rejeter,
dans ce cas, elle devient caduque. En toute hypothèse, sa décision prend la forme
d’une ordonnance insusceptible de recours.
Lorsque la victime est identifiée, le président du tribunal peut procéder à son
audition avant d’homologuer l’ordonnance validant la composition. Aussi, La
décision de validation de la mesure de composition pénale rendue par le Président
lui est notifiée.231
Si l’auteur exécute la composition pénale, l’action publique est éteinte. Mais
en cas de refus de la personne ou d’inexécution de la composition, le parquet met
en mouvement l’action publique.
Par ailleurs, après avoir présenté la composition pénale, analysons maintenant
sa dimension réparatrice.
231
Cf Le village de la justice, « Qu’est-ce que la composition pénale ? » [En ligne] https://www.village-
justice.com/articles/est-que-composition-penale,26681.html consulté le 15 octobre 2023 à 23h33
232
Projet de loi n° 434 (1997-1998) relatif aux alternatives aux poursuites et renforçant l’efficacité de la
procédure pénale, Elisabeth GUIGUOU, ministre de la Justice, Garde des Sceaux, déposé au Sénat le 14 mai
1998 in TADROUS (S.), op.cit.p.269
78
La composition pénale est, en effet, « une justice réparatrice qui favorise la
victime et où le procureur garde le pouvoir de décision mais la réparation du
préjudice constitue un enjeu essentiel de l’issue de la procédure, puisque la
réparation est d’un certain point de vue la sanction »233.
En outre, la composition pénale ne peut être valablement mise en œuvre que
lorsqu’elle inclue une dimension réparatrice du dommage causé à la victime dont
l’identité est connue.
En effet, le procureur de la République doit obligatoirement proposer au
délinquant la réparation du dommage qu’il a causé à la victime et ce, dans un délai
relativement court. Cette proposition peut consister en la remise en état d’un bien
endommagé par la commission de l’infraction. Cette alternative permet à la
victime d’obtenir rapidement la réparation de son dommage. En sus, parmi les
mesures que propose le procureur au délinquant dans le cadre de cette procédure,
certaines intéressent particulièrement la victime et visent à assurer sa protection.
C’est le cas par exemple de l’interdiction qui peut être faite au mis en cause de
recevoir ou de rencontrer la victime, en cas d’infraction commise au sein de la
famille, de résider hors du domicile ou de la résidence du couple et, le cas échéant,
de s'abstenir de paraître dans le domicile ou la résidence du couple ou aux abords
immédiats de celui-ci. Cette dernière disposition est aussi applicable lorsque
l’infraction a été commise par l’ancien compagnon de la victime et le domicile
concerné est donc celui de la victime234. Cela favorise la réparation du préjudice
dans une certaine sécurité.
233
S. JACOPIN, Le renouveau de la sanction pénale, évolution ou révolution ? préc., p.108
234
TADROUS (S.), La place de la victime dans le procès pénal, Thèse, Université Montpellier I, 2014, p.270
79
CONCLUSION
235
Depuis les reformes du Code de procédure pénale de 2018, la partie civile ne bénéficie plus de la mesure de
contrainte par corps. Cette mesure lui était accordée sous l’empire du Code de procédure pénale de 1960, en son
article 699, tel que modifié par la loi n°69-371 du 12 août 1969. La suppression de ce moyen de pression, a donc
privé la victime d’un éventuel paiement effectif et d’autres garanties de paiement tels que la consignation, le
cautionnement solidaire et la sûreté réelle.
82
BIBLIOGRAPHIE
1- OUVRAGES GENERAUX
83
2- OUVRAGE SPECIALISE
3- ARTICLES DE DOCTRINE
4- THESES
5- TEXTES DE LOI
1- TEXTES ETRANGERS
84
2- TEXTES NATIONAUX
6- JURISPRUDENCES
7- DICTIONNAIRES
8- AUTRE DOCUMENT
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9- WEBOGRAPHIE
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- Les pénalistes en herbe, « La victime, grande oubliée du procès pénal ? »
[En ligne] https://www.lespenalistesenherbe.com/post/la-victime-grande-
oubli%C3%A9e-du-proc%C3%A8s-p%C3%A9nal, consulté le 05 octobre
2023 à 09h39
87
TABLE DES MATIERES
DEDICACE ............................................................................................................ I
REMERCIEMENTS ............................................................................................ II
AVERTISSEMENT ............................................................................................. III
SIGLES ET ABREVIATIONS............................................................................ IV
SOMMAIRE ....................................................................................................... VI
INTRODUCTION ................................................................................................. 1
PREMIERE PARTIE : UNE PROTECTION RECHERCHEE ............................ 9
CHAPITRE 1 : LA RECHERCHE PAR LA PLURALITE DES MODALITES
D’INTEGRATION DE LA VICTIME DANS LA PROCEDURE PENALE .... 10
Section 1 : La dualité des modalités d’intégration par voie d’action .................. 11
Paragraphe 1 : La citation directe........................................................................ 11
A - Un instrument utile au regard de ses effets ................................................... 12
B- Un instrument inadéquat ................................................................................ 14
Paragraphe 2 : La plainte avec constitution de partie civile ............................... 17
A - Un mode approprié ........................................................................................ 17
B- Un mode performant ...................................................................................... 19
Section 2 : La dualité des modalités d’intégration par voie d’intervention ........ 21
Paragraphe 1 : La constitution de partie civile ordinaire .................................... 22
A - Un procédé convenable ................................................................................. 22
B – Des effets en cas de recevabilité ................................................................... 24
Paragraphe 2 : La déclaration de partie civile ..................................................... 25
A – La déclaration avant l’audience de jugement de l’action publique .............. 25
B – La déclaration à l’audience de jugement ...................................................... 26
CHAPITRE 2 : LA RECHERCHE PAR LA PLURALITE DES DROITS
RECONNUS A LA VICTIME PENDANT LA PROCEDURE PENALE ......... 28
Section 1 : Les droits de facilitation de la procédure à la victime ...................... 29
88
Paragraphe 1 : Le droit de savoir ........................................................................ 29
A- Le droit à l’information .................................................................................. 29
B - Le droit d’accès aux dossiers de la procédure ............................................... 31
Paragraphe 2 : Le droit à l’assistance .................................................................. 33
A – L’assistance d’un avocat............................................................................... 33
B - L’assistance judiciaire ................................................................................... 35
Section 2 : Les droits de participation à la manifestation de la vérité ................ 37
Paragraphe 1 : Les véritables droits d’intervention participant à la recherche de
la vérité ................................................................................................................ 37
A- Le droit de concourir à l’instruction .............................................................. 37
B- Le droit de produire des preuves en justice.................................................... 39
Paragraphe 2 : Le droit de discussion de la procédure ........................................ 40
A- Le droit de participation aux débats contradictoires ...................................... 41
B- Le droit de contestation .................................................................................. 42
DEUXIEME PARTIE : UNE PROTECTION LIMITEE ................................... 46
CHAPITRE 1 : LA LIMITATION DANS LA PARTICIPATION DE LA
VICTIME A LA PROCEDURE PENALE ......................................................... 47
Section 1 : L’intégration partielle de la victime dans la procédure .................... 48
Paragraphe 1 : Les obstacles à la mise en mouvement de l’action publique par la
victime ................................................................................................................. 48
A- Les obstacles d’ordre procédural ................................................................... 48
B- Les obstacles d’ordre économique ................................................................. 51
Paragraphe 2 : L’ineffectivité du principe de l’égalité des armes....................... 54
A- La signification du principe ........................................................................... 54
B- Le maintien des prérogatives disproportionnées entre les parties ................. 55
Section 2 : La nécessité de renforcement de la sécurité de la victime ................ 56
Paragraphe 1 : L’admission souhaitée de la visioconférence ............................. 57
89
A- La dimension sécuritaire de la visioconférence ............................................. 57
B – L’encadrement de la mise en œuvre de la visioconférence .......................... 58
Paragraphe 2 : L’admission souhaitée de la possibilité de garder l’anonymat ... 59
A – Une mesure de sécurité ................................................................................. 60
B - Un recours encadré ........................................................................................ 61
CHAPITRE 2 : LA LIMITATION DANS LES PROCEDURES
ALTERNATIVES AUX POURSUITES ............................................................. 63
Section 1 : La passivité de la victime dans les procédures accélérées prévues .. 64
Paragraphe 1 : Dans la procédure de transaction sur l’action publique .............. 64
A - Une opération entre le procureur de la République et le mis en cause ......... 65
B – Un traitement inadéquat de la victime .......................................................... 67
Paragraphe 2 : Dans la procédure de comparution sur reconnaissance préalable
de culpabilité (CRPC) ......................................................................................... 69
A – Le recours à la CRPC soumis aux volontés du procureur de la République et
du mis en cause.................................................................................................... 69
B – Le traitement inapproprié de la victime........................................................ 71
Section 2 : L’absence de procédures privilégiant la réparation du préjudice de la
victime ................................................................................................................. 72
Paragraphe 1 : L’instauration espérée de la médiation pénale ............................ 72
A- Le domaine ..................................................................................................... 73
B - La dimension réparatrice ............................................................................... 74
Paragraphe 2 : L’institution espérée de la composition pénale........................... 76
A- La présentation ............................................................................................... 76
B - La prise en compte de la réparation .............................................................. 78
CONCLUSION ................................................................................................... 80
BIBLIOGRAPHIE .............................................................................................. 83
TABLE DES MATIERES ................................................................................... 88
90
91