Yass 3 Cli 219
Yass 3 Cli 219
8
Chapitre 1 Synthèse Bibliographiqe
issues du colza ou du tournesol et celles concernant les filières dites de seconde génération,
traitant l’ensemble de la biomasse lignocellulosique (paille, déchets forestiers, papeterie…).
La transformation de la biomasse dite de seconde génération est la meilleure stratégie pour
une industrialisation à large échelle puisqu’elle met en jeu l’utilisation de produits non
comestibles réduisant considérablement les problématiques éthiques liées à l’utilisation de
denrées alimentaires pour la production d’énergie ou de bioproduits.
Les hémicelluloses contiennent des monomères de type sucre. Ceux-ci peuvent être, en
plus du glucose, du xylose, du mannose, du galactose, du rhamnose ou de l'arabinose. Cette
structure hétérogène et leur ramification rend les hémicelluloses plus facile à hydrolyser que
la cellulose.
9
Chapitre 1 Synthèse Bibliographiqe
10
Chapitre 1 Synthèse Bibliographiqe
est illustré Figure 1. 2 à partir du glycérol9. Ce dernier peut être transformé en un grand
nombre de produits aux applications variées (polymères, agrochimie, industrie
pharmaceutique, énergie…) par des voies redox (oxydation, hydrolyse), des procédés en
catalyse acide (estérification, éthérification), des déshydratations ou des oligomérisations.
11
Chapitre 1 Synthèse Bibliographiqe
récemment comme l’un des défis les plus importants pour le développment de procédés de
transformation de produis biosourcés16.
Conditions hydrothermales
La Figure 1. 3 montre le diagramme de phase pression-température de l’eau ainsi que
les conditions dans lesquelles des réactions spécifiques de transformation de la biomasse sont
réalisées. Les réactions d’hydrolyse, de reformage en phase aqueuse (APR), de déshydratation
et d’hydrogénation sont réalisées à des températures proches de 200°C. Pour maintenir l’eau
sous phase liquide dans de telles conditions de température, il est nécessaire de travailler sous
de fortes pressions (> 10 bars). Dans ces conditions HT, le produit ionique de l’eau (Ke)
augmente fortement avec la température, ce qui entraîne une modification des propriétés
acido-basiques du milieu17. Les ions H+ et OH- sont susceptibles d’attaquer les surfaces des
solides poreux utilisés en catalyse hétérogène, impliquant une dégradation des propriétés
initiales des catalyseurs utilisés. Cette dégradation sera discutée plus en détail dans les
paragraphes suivants.
Au laboratoire, ces conditions sont réalisées par chauffage d’une solution dans une
enceinte close (autoclave ou « bombe »).
12
Chapitre 1 Synthèse Bibliographiqe
13
Chapitre 1 Synthèse Bibliographiqe
La boehmite
La structure de la boehmite a été largement étudiée par diffraction des rayons X (DRX)
et des neutrons20,21, spectroscopies Raman et infrarouge et résonance magnétique
nucléaire22,23 (RMN) afin de déterminer précisément la taille de la maille cristalline et la
position des atomes dans celle-ci. La cellule unitaire de la boehmite a des paramètres de
maille a = 2,868 Å, b = 12,23 Å, c = 3,692 Å et appartient au groupe d'espace Cmcm. Sa
structure peut être décrite par un empilement de feuillets Al-O-Al le long de l'axe b liés par
liaisons hydrogène (Figure 1. 5). Les atomes d'aluminium sont en coordinance octaédrique
selon un réseau cubique compact dans la direction a, c. La taille ainsi que la morphologie des
cristallites de boehmite peuvent être contrôlées (dans une certaine mesure) par les conditions
de synthèse.
14
Chapitre 1 Synthèse Bibliographiqe
est lavé à l'eau chaude pour éliminer les ions indésirables provenant des sels de précurseurs,
puis filtré et enfin séché à 110°C.
L’alumine-γ
Transition boehmite/alumine
La transition boehmite-alumine s'effectue par une calcination sous air à une température
d’environ 500°C. Des analyses thermiques (ATG-ATD) de cette transition mettent en
évidence deux départs d'eau : un à environ 100 °C, correspondant à l'élimination de l'eau
physisorbée et l'autre à 350-550 °C, dû à l'élimination de l'eau de structure27. L’élimination
d'eau et l'effondrement de la structure lamellaire provoqués par la calcination conduisent à
une contraction volumique des cristaux et à une réduction de la surface spécifique.
Structure cristallographique
15
Chapitre 1 Synthèse Bibliographiqe
cubique spinelle lacunaire (ou spinelle non-stœchiométrique)31. Cette structure concerne les
composés de stœchiométrie AB2O4 avec un réseau d’oxygène cubique à faces centrées et des
cations A2+ et B2+ occupant des positions tétraédriques et octaédriques. Dans le cas de la
structure dite spinelle lacunaire de l’alumine, des lacunes d’aluminium (sur des sites
tétraédriques ou octaédriques) sont présentes afin de conserver la stœchiométrie.
Cependant, d’autres études suggèrent que pour conserver la stœchiométrie, une partie
des cations aluminium occupent des sites dits non-spinelle ou extra-spinelle 30,32,33 (interstices
inoccupés dans le réseau cubique face centré (cfc) d’une structure spinelle stœchiométrique).
Krokidis et al. ont proposé en 2001 un modèle de structure cristallographique en simulant une
transformation topotactique de déshydratation de la boehmite par DFT33. La structure obtenue
est orthorhombique déformée de groupe d’espace P21/m. La cellule d’alumine gamma la plus
stable présente 25% des cations en position tétraédrique (Figure 1. 7) et pas de lacunes
interstitielles. A ce jour, ce modèle d’alumine dit « non-spinelle » est le plus populaire.
Néanmoins, des résultats ab initio récents de Feirreira et al., concluent que les modèles
d’alumine γ de type spinelle sont plus stables et permettent de mieux reproduire les bandes IR
de structure du solide massique que les modèles non-spinelle34.
16
Chapitre 1 Synthèse Bibliographiqe
Modèle de surface
Hydroxyles de surface
En 1978, grâce à une étude basée sur la spectroscopie infrarouge, Knözinger et al.
distinguent cinq types d’hydroxyles en surface de l’alumine (Ia, Ib, IIa, IIb, III en fonction de
la covalence des groupements OH)38. Plus récemment, les travaux de Digne et al., basés sur le
modèle de surface présenté précédemment, ont montré que jusqu’à douze catégories
d’hydroxyles peuvent être identifiées en fonction de leur environnement local et de la face
cristallographique considérée29 (Figure 1. 9). Un spectre infrarouge simulé des hydroxyles de
l’alumine a permis d’attribuer chaque bande observée expérimentalement avec un type
d’hydroxyle bien identifié.
17
Chapitre 1 Synthèse Bibliographiqe
Figure 1. 9 Modèle de surface d’alumine gamma (a) (100) et (b) (110) à différents taux
d’hydroxylation. Les atomes d’aluminium sont représentés en gris, les atomes d’oxygène en
noir et les atomes d’hydrogène en blanc. Selon Digne et al.29 Le terme θ correspond au taux
d’hydroxylation (exprimé en OH/nm²).
Ces dernières années, les modèles de surface de Digne et de Wishert ont permis
d’expliquer plusieurs phénomènes observés en catalyse hétérogène. Ils ont montré
l’importance de l’aluminium tricoordiné (AlIII sur la surface (110)) pour l’activation de petites
18
Chapitre 1 Synthèse Bibliographiqe
molécules non polaires (H2, N2, et CH4)39–41, ainsi que le rôle des atomes d’aluminium
pentacoordinés (AlV sur les surfaces (100)) pour la déshydratation des alcools en oléfines42–45.
Sur cette face, on observe des hydroxyles principalement sur des AlVI qui peuvent être
monopontés, bipontés ou tripontés.
19
Chapitre 1 Synthèse Bibliographiqe
20
Chapitre 1 Synthèse Bibliographiqe
50 5
120 9
150 24
200 100
Ravenelle et al.48 se sont intéressés à l’effet du temps de traitement en suivant par RMN
27
Al et DRX l’hydratation d’une alumine γ à 200°C. Les résultats de RMN montrent
clairement la transformation progressive de l’alumine en boehmite puisque les pics
correspondant à l’aluminium en coordination tétraédrique (δ = 70 ppm) présents uniquement
sur l’alumine, disparaissent progressivement (Figure 1. 12). Cette transformation est suivie
par DRX avec l’apparition des raies spécifiques du réseau cristallin de la boehmite. A la
différence des résultats de Mironenko et al., l’hydratation totale de l’alumine est observée au
bout de 10 h (vs. 3 h). Cette différence pourrait provenir des protocoles expérimentaux et plus
particulièrement de la nature de l’alumine de départ (taille des cristallites, polymorphe…).
a b
Modifications texturales
21
Chapitre 1 Synthèse Bibliographiqe
montré une augmentation de la surface spécifique du matériau durant les premières heures
d’hydratation d’une alumine γ (environ 14% en 2 h à 200°C en conditions HT (Figure 1. 13)).
Les auteurs suggèrent que cette augmentation provient de la formation de nanoparticules de
phases hydroxyde/oxyhydroxyde d’aluminium sur la surface de l’alumine. Ce résultat a été
confirmé récemment par Abi Aad et al.51 qui ont observé le même phénomène. Dans un
premier temps (t < 2 h), les nanoparticules de boehmite vont créer de la surface en
augmentant la rugosité du matériau sans diminuer la porosité initiale. Pour un temps
d’hydratation plus long, la phase hydroxyde devient majoritaire. Les cristallites qui la
constituent croissent, faisant diminuer la porosité initiale (issue de l’empilement de petites
plaquettes d’alumine).
22
Chapitre 1 Synthèse Bibliographiqe
Figure 1. 14 Evolution de la taille des cristallites en fonction du temps d’une alumine soumise
à un traitement HT de 140°C (Pauto, rapport massique solide/liquide = 1/10). (1) Alumine, (2)
1 h, (3) 2 h, (4) 6 h, (5) 24 h
La concentration et la force des sites acides de surface sont des paramètres clés en
catalyse hétérogène. Les sites acides de Brønsted peuvent être formés par chimisorption
dissociative d’eau sur des surfaces d’alumine58. Les travaux de Ravenelle et al., ont mis en
évidence l’évolution des sites acides de l’alumine lors d’un traitement HT par adsorption de
pyridine suivie par IR48. Aucun site acide de Brønsted n’est détecté sur l’alumine gamma ou
sur la boehmite formée après traitement HT. En réalité, l’alumine présente des sites acides de
Brønsted mais ces derniers se sont pas assez forts pour protoner la pyridine59. Une diminution
de la concentration des sites acides de Lewis en fonction du temps de traitement a pu être
corrélée avec la fraction d’alumine hydratée en boehmite (Figure 1. 15). L’alumine possède
une structure avec des atomes d’aluminium en coordinations tétraédrique et octaédrique33.
L’acidité de Lewis provient d’espèces coordinativement insaturées et leur concentration de
surface dépend des facettes cristallographiques exposées. Dans ces travaux, un site acide de
Lewis est associé avec un aluminium tetracoordiné. Il est supposé par les auteurs que ces sites
sont à l’origine de l’hydratation de l’alumine. La boehmite ne contient que des atomes
d’aluminium en coordination octaédrique et donc non enclins à former des sites acides de
Lewis. La concentration en sites acides de Lewis diminue linéairement avec l’augmentation
de la concentration en boehmite. Les auteurs attribuent cette observation à une implication de
ces sites dans les mécanismes à l’origine de la dissolution de l’alumine. Cependant, on
pourrait objecter qu’une disparition similaire de ces sites serait observée dans tous les cas
puisque la boehmite ne possède pas de sites de Lewis équivalents.
23
Chapitre 1 Synthèse Bibliographiqe
24
Chapitre 1 Synthèse Bibliographiqe
Etudes théoriques
Très récemment, Réocreux et al. ont également mené une étude théorique de dynamique
moléculaire ab initio (AIMD) sur la structuration de l’interface eau liquide / surface (110)
d’alumine gamma (modèle de Digne avec reconstruction de Wischert)61. Leurs travaux
montrent que la surface de l’alumine impose une structuration particulière aux molécules
d’eau. De plus, un mécanisme de détachement d’un aluminium de la surface a été avancé62. Il
met en jeu un Al tétraédrique bien identifié avec un mécanisme impliquant les hydroxyles des
Al octaédriques adjacents.
25
Chapitre 1 Synthèse Bibliographiqe
Lors d’un traitement HT, la surface spécifique augmente d’abord légèrement, puis chute
fortement, parallèlement à la croissance des cristallites de boehmite. L’hydratation engendre
une disparition des sites acides de Lewis de l’alumine qui pourraient être à l’origine de sa
dissolution.
- développer des carbones mésoporeux dont la structure ressemblerait à celle des oxydes
conventionnels,
C’est cette seconde voie qui a été choisie. La stratégie consiste à recouvrir la surface de
ces oxydes avec une couche de carbone protectrice. Ce chapitre présente les techniques
décrites dans la littérature pour la synthèse de tels matériaux dans le cas de l’alumine. Une
présentation très générale du carbone est proposée en Annexe 1.
La méthode la plus simple et la plus décrite dans la littérature pour synthétiser des
composites carbone/oxyde consiste à pyrolyser un précurseur de carbone préalablement
imprégné à la surface de l’oxyde à modifier. Le précurseur le plus utilisé pour ce type de
synthèse est un sucre : le saccharose, qui est un dimère glucose/fructose.
26
Chapitre 1 Synthèse Bibliographiqe
apparaît sur le diffractogramme des échantillons imprégnés (Figure 1. 17). Cette quantité
minimale serait de l’ordre de 0,35 g de saccharose par gramme d’alumine (Figure 1. 17- B).
Après imprégnation, les échantillons sont pyrolysés à 600°C sous un flux d’azote. Les
résultats de physisorption d’azote à 77K indiquent qu’aux plus faibles teneurs en sucre
imprégné, le carbone se répartit vraisemblablement de façon homogène sur l’alumine.
Lorsque la teneur en sucre est supérieure à la monocouche déterminée par DRX, l’apparition
d’une porosité propre au carbone est observée, dont l’origine proviendrait de l’excès de
saccharose. Cette nouvelle porosité a également été observée en 2014 par l’équipe de Luo et
al.65 qui ont mis en évidence son évolution en fonction de la teneur en carbone de
l’échantillon (Figure 1. 18). Les teneurs massiques sont déterminées par ATG et
correspondent à la teneur en carbone par rapport à la masse totale de l’échantillon.
a b
%C
27
Chapitre 1 Synthèse Bibliographiqe
Lin et al. ont aussi observé que pour recouvrir de manière homogène l’intégralité d’une
surface d’alumine, il est préférable de procéder à plusieurs cycles successifs
« imprégnation/pyrolyse » sur le même échantillon63. Le sucrose aurait tendance à s’adsorber
préférentiellement sur une surface aluminique par rapport à une surface carbonée.
Autres précurseurs
Pour préparer des composés carbone/alumine avec cette méthode en deux étapes
imprégnation/pyrolyse, autant de protocoles différents que de composés organiques
susceptibles d’être imprégnés sur une surface aluminique sont imaginables. Dans la
littérature, plusieurs sources de carbone ont été utilisées, allant de composés organiques
simples comme l’alcool furfurylique66, l’acétylacétone67 ou encore la dopamine68 à des
molécules plus complexes comme le 4,4’-méthylènebis(phenylisocyanate)69 (Figure 1. 19).
Des polymères ont également été utilisés comme un polyuréthane70. Il est difficile de
généraliser les paramètres qui permettent de recouvrir au mieux l’alumine de départ et donc
de faire, a priori, le matériau le plus intéressant. Il semblerait tout de même que la taille du
précurseur ainsi que son affinité pour la surface aluminique soient deux paramètres importants
à prendre en compte pour accéder à une carbonisation homogène69.
28
Chapitre 1 Synthèse Bibliographiqe
basses températures, les produits formés ne sont pas polycycliques et résultent surtout de
réactions de condensation71. Le temps de séjour du catalyseur dans le réacteur est également
un paramètre très important : plus celui-ci est long, plus les produits formés seront complexes
et polyaromatiques. Enfin, la composition des produits dépend significativement de la nature
des sites actifs présents sur le catalyseur (acido-basiques et/ou métalliques) puisque ceux-ci
peuvent être catalytiquement actifs pour la cokéfaction.
Un schéma simplifié est présenté sur la Figure 1. 20. Les alcanes et les naphtènes ne
forment pas directement les molécules de coke et passent par un intermédiaire insaturé
contrairement aux alcènes, aromatiques et alcènes cycliques.
Lorsque le carbone est déposé sur un substrat poreux, on parle de CVI (chemical vapor
infiltration). La CVI met en jeu les mécanismes propres au dépôt de carbone en plus de ceux
liés au transport dans le milieu poreux. La faible taille des pores conduit à des flux convectifs
faibles dans la structure poreuse. Le transport de matière est essentiellement assuré par la
diffusion, ce qui ne permet pas de renouveler rapidement la phase gazeuse à l’intérieur des
pores : il y a donc un appauvrissement local en espèces hydrocarbonées et un enrichissement
en sous-produits de réaction et donc en hydrogène. A cause de ces différents phénomènes, la
vitesse de dépôt diminue avec la profondeur d’infiltration conduisant à un gradient de
l’épaisseur du carbone déposé de la surface vers le cœur du réseau poreux 72 (Annexe 1). Dans
ce manuscrit, nous conserverons le terme de CVD qui est plus courant.
29
Chapitre 1 Synthèse Bibliographiqe
Les premiers travaux relatant le dépôt de carbone sur alumine par CVD datent de 1988
avec l’équipe de Vissers et al.73 (inspirés des travaux de Youtsey et al.74) qui ont synthétisé
des composites carbone/alumine par cokéfaction de benzène et d’éthylène entre 600 et 800°C.
Leurs résultats confirment l’importance de la diffusion de l’espèce à carboniser pour accéder à
un recouvrement homogène. Febelonov et al., en 1996, iront un peu plus loin en comparant la
texture de coke issu de régime cinétique ou diffusionnel75. En régime cinétique (600-650°C),
la carbonisation est contrôlée par la vitesse de décomposition des hydrocarbures. Dans ce cas,
le carbone est déposé uniformément sur la surface de l’alumine. En régime diffusionnel (650-
700°C), la vitesse de décomposition des hydrocarbures devient plus grande que la vitesse de
diffusion des réactifs dans les pores de l’alumine. Dans ce cas, le carbone est déposé sur la
surface extérieure sans entrer profondément dans la porosité.
Pour des teneurs similaires en carbone ajouté, les propriétés texturales du matériau final
sont différentes en fonction du précurseur choisi. Ainsi, en utilisant l’éthylène comme
précurseur, le taux de recouvrement de l’alumine évalué par XPS est significativement plus
élevé qu’avec le benzène (77% vs 45%). Dans tous les cas, la texture finale du matériau
n’égale pas la texture théorique calculée pour un dépot homogène (Figure 1. 21), indiquant
que le carbone ne recouvre vraisemblablement pas l’alumine de façon homogène.
A B
Figure 1. 21 A) Distribution poreuse BJH théorique d’alumine recouverte par une couche de
carbone de (a) 10 %C (b) 20 %C et (c) 32,5%C B) Distribution poreuse BJH d’alumine et
trois composites carbone/alumine préparés par carbonisation d’éthylène (respectivement
15%, 20% et 27%C)73
En 2015, d’Ilinich et al. ont également étudié le phénomène de dépôt de carbone sur
alumine par CVD de l’éthylène76. Leur étude s’attarde notamment sur l’impact de la
température de la réaction, de la concentration de la charge en éthylène (5 ou 15% dans
30
Chapitre 1 Synthèse Bibliographiqe
Figure 1. 22 Clichés MET haute résolution d’échantillons carbone/alumine préparés par CVI
de l’éthylène. Les flèches montrent les couches de carbone à l’intérieur du réseau poreux76
Une originalité de ces travaux réside dans les techniques de caractérisation des
échantillons carbonés utilisées pour estimer le taux de recouvrement de l’alumine. La
première consiste à mesurer la conductivité électrique des échantillons par XPS. Ainsi, selon
les auteurs, plus un échantillon sera recouvert de façon homogène, plus il sera conducteur. Un
deuxième moyen d’évaluer ce paramètre est de soumettre l’échantillon à une solution acide
d’HCl à température ambiante pendant une longue durée (2,5 mois). Si la surface d’alumine
est accessible, les propriétés texturales de l’échantillon devraient être modifiées en raison de
la dissolution de l’alumine en milieu très acide. Par contre, le carbone devrait permettre de
protéger l’alumine d’une telle dissolution si celui-ci la recouvre entièrement (Figure 1. 23).
31
Chapitre 1 Synthèse Bibliographiqe
Comparaison CVD/imprégnation
En 2008, l’équipe de T. Zhang a proposé une étude comparant des alumines carbonées
selon les deux grandes techniques discutées précédemment66. La première série d’échantillons
est préparée par imprégnation/pyrolyse de saccharose, la seconde par CVD de benzène. Les
résultats montrent que l’utilisation de sucre engendre l’apparition d’une porosité liée au
carbone, en augmentant significativement la surface spécifique du matériau synthétisé alors
que la CVD permettrait un recouvrement plus homogène avec bouchage des pores par du
carbone non poreux pour les plus hautes teneurs en carbone (Tableau 1. 2).
Température
Echantillons Teneur en
de SBET Dp Smicro Vp
carbone
préparation (m²/g) (nm) (m²/g) (cm3/g)
(%)
(°C)
32
Chapitre 1 Synthèse Bibliographiqe
33
Chapitre 1 Synthèse Bibliographiqe
34
Chapitre 1 Synthèse Bibliographiqe
dépôt de TEOS en phase gaz) en utilisant une méthode appelée titration BAT (Benzaldéhyde
Ammonia Titration) basée sur l’adsorption sélective du benzaldéhyde sur la surface de
l’alumine alors qu’il ne s’adsorbe pas sur la silice87. Leurs résultats indiquent que le TEOS se
greffe préférentiellement sur une surface d’alumine jusqu’à la formation d’une monocouche.
Cette dernière est atteinte pour une densité d’environ 13 Si/nm² (Figure 1. 25) correspondant à
une stœchiométrie 1:1 entre atomes de silicium et atomes d’aluminium en surface (la densité
d’atomes d’aluminium en surface étant évaluée entre 9,3 et 14,5 Al/nm²38). Plus récemment,
Caillot et al. ont adapté la méthode BAT en utilisant l’éthanol comme molécule sonde suivant
le même principe d’adsorption sélective88. Leurs résultats sont cohérents avec ceux de Miki-
Niwa et al.87 avec un recouvrement total autour de 12 Si/nm² pour des synthèses en phase
liquide anhydre ou en phase gaz.
Finocchio et al.89 ont estimé le taux de recouvrement de matériaux synthétisés par dépôt
de TEOS sur alumine en phase liquide en déterminant la surface occupée par un silicate isolé.
Ainsi, un silicate triponté (Figure 1. 26 (1)) occuperait une surface projetée de 25 A² et un
silicate biponté (Figure 1. 26 (2)) une surface de 20A². En utilisant cette méthode, le taux de
recouvrement estimé est trois fois plus élevé que celui déterminé par Miki-Niwa et al. (7,7 A²
par Si dans le cas d’un recouvrement de 100% à 13 Si/nm²). Katada et al. ont également
utilisé cette méthode pour comparer le taux de recouvrement théorique à un taux de
recouvrement expérimental (mesuré par la méthode BAT)90. Ils démontrent que, pour les
faibles taux de recouvrement (θ < 2 Si/nm², synthèse par dépôt en phase gaz), les résultats de
titration BAT sont conformes à un recouvrement de 20 A² par silicate (mono, bi ou triponté).
35
Chapitre 1 Synthèse Bibliographiqe
1 2
Figure 1. 26 Représentation d’un silicate triponté (1) ou biponté (2) greffé en surface d’une
alumine89
En 2014, Caillot et al. ont effectué une étude expérimentale de greffage de TEOS sur
alumine en essayant de corréler les mécanismes de greffage aux différentes facettes
cristallographiques de l’alumine (i.e à la nature des sites acides de Lewis de l’alumine)83,88,98.
Leurs travaux indiquent que le TEOS se greffe sélectivement sur deux types de surfaces de
l’alumine. Dans un premier temps, le greffage s’opère sur les faces (100) des cristallites
d’alumine ce qui engendre une forte diminution de l’activité du solide en déshydratation de
l’éthanol (catalysée par des sites acides AlV localisés sur les faces (100)42). Lorsque cette face
devient saturée, le silicium se greffe sur les faces basales (110) entraînant une forte
augmentation de l’acidité de Brønsted du matériau. Les sites acides de Brønsted proposés sont
de structure dite silanol pseudo-pontant95,97. Ils mettent en jeu deux sites aluminiques bien
identifiés sur les surfaces (110) des cristallites d’alumine (Figure 1. 27).
36
Chapitre 1 Synthèse Bibliographiqe
Les premiers travaux relatant d’oxydes recouverts par du carbone à des fins
d’amélioration de leur stabilité hydrothermale datent seulement de 2012 avec l’équipe de
Datye78,100. Leur première approche a consisté à carboniser du sucre en surface de silice et
d’alumine selon la méthode mise au point par Lin et al. discutée dans la partie 1. 363. La
pyrolyse est effectuée à 400°C dans leurs travaux contre 600°C dans les travaux de Lin et al.
37
Chapitre 1 Synthèse Bibliographiqe
55% (contre 96% pour une SBA-15 non carbonée78) après un test hydrothermal de 12 h à
200°C (Figure 1. 28).
a b
Figure 1. 28 Clichés MET d’une SBA-15 recouverte pas 10%m de carbone avant (a) après (b)
un traitement hydrothermal de 12 h à 200°C78
La structure chimique de la couche de carbone a été analysée par RMN 13C : il s’agit de
carbone fortement oxygéné et fonctionnalisé (Figure 1. 29). Cette structure est conforme à
une pyrolyse de sucre à basse température et est susceptible d’être instable en conditions
hydrothermales101. Ce phénomène n’est pas abordé dans cet article mais entrera en
considération dans un autre article de la même équipe en 201577.
38
Chapitre 1 Synthèse Bibliographiqe
13
Figure 1. 29 a) Spectres C RMN des atomes de carbone (trait épais) et des atomes de
carbone non protonés (trait fin) de la phase carbonée d’un échantillon C/SBA-15 préparé par
pyrolyse de glucose à 400°C b) Simulation de la structure d’une phase carbonée
correspondant aux données expérimentales
Figure 1. 30 Clichés MET haute résolution de catalyseurs 0,5%m Pd/SiO2, 0,5%m Pd/C-SiO2
et 0,5%m Pd/SiO2 recouverts d’une couche de carbone avant (a ,c, e) et après (b, d, f) un
traitement hydrothermal de 12 h à 200°C102
Les performances catalytiques de ces catalyseurs carbonés ont été évaluées avec deux
réactions catalytiques modèles. Le premier test est l’hydrogénation de l’acétone en
39
Chapitre 1 Synthèse Bibliographiqe
isopropanol. La réaction est conduite en phase aqueuse à 180°C sous une pression
d’hydrogène de 22 bars avec un catalyseur Pd/Silice et un catalyseur Pd/Silice recouvert par
du carbone après imprégnation puis réduction d’un précurseur métallique. Les résultats sont
présentés sur la Figure 1. 31. On observe une rapide désactivation du catalyseur sur silice
alors que le catalyseur carboné semble rester stable. Le deuxième test catalytique est
l’hydrogénation de furfural en alcool furfurylique (Figure 1. 32). La réaction est également
conduite en phase aqueuse mais à 130°C et sous 22 bars d’hydrogène. Les catalyseurs utilisés
sont des catalyseurs au cuivre supporté cette fois ci sur alumine et recouverts ou non de
carbone après imprégnation et réduction d’un précurseur du métal (Cu/Alumine et Cu/C-
Alumine). Le catalyseur recouvert de carbone montre également une meilleure stabilité que le
catalyseur classique. On notera toutefois que les performances sont exprimées en TOF. Elles
ne rendent donc pas compte de l’accessibilité des sites métalliques actifs.
Figure 1 .31 Hydrogénation de l’acétone dans l’eau à 180°C et sous 22 bars d’hydrogène
catalysée par 5%m Pd/SiO2 (bleu) et 5%m Pd/SiO2 recouvert de carbone (rouge)102
40
Chapitre 1 Synthèse Bibliographiqe
Xiong et al.77 ont utilisé la CVD pour synthétiser des composites carbone sur alumine et
silice par carbonisation de méthane à 900°C. Le carbone formé se trouve sous forme quasi-
graphitique, dépourvue de fonctions oxygénées et donc plus stable en conditions HT que le
carbone pyrolytique obtenu par pyrolyse de saccharose de leurs précédents travaux 78. Cette
structure semi-graphitique a été confirmée par spectroscopie Raman. Leurs travaux montrent
un fort pouvoir stabilisant de ce carbone graphitique sur l’hydratation de l’alumine (Figure 1.
33) avec une préservation de la quasi-totalité de sa surface spécifique (Figure 1. 34). Les
auteurs affirment que la distribution de la taille de pores ne varie pas avec la teneur en
carbone, mais aucune courbe isotherme d’adsorption d’azote ou répartition BJH des pores
n’est montrée dans l’article. L’augmentation de la surface spécifique aux faibles teneurs en
carbone est attribuée à une hydratation partielle de l’alumine. On notera qu’une protection
totale de l’hydratation est observée pour une teneur en carbone de 35%m minimum, cette
teneur étant beaucoup plus élevée que celle des travaux précédents utilisant le saccharose
comme précurseur de carbone (10%m C).
41
Chapitre 1 Synthèse Bibliographiqe
100%
Figure 1. 34 Rapport des surfaces spécifiques, volume poreux et taille moyenne des pores
après traitement hydrothermal/avant traitement hydrothermal d’échantillons
carbone/alumine préparés par CVD du méthane. Les teneurs en carbone correspondantes
sont respectivement (0%, 7%m, 13%m, 21%m, 35%m et 45%m)
Les performances catalytiques de catalyseurs supportés sur alumine carbonée par cette
technique ont été évaluées en hydrogénation de l’acide lactique en 1,2-propanediol en phase
aqueuse à 120°C. Les résultats des tests catalytiques sont présentés sur la Figure 1. 35. Les
performances catalytiques du catalyseur supporté sur alumine carbonée sont stables alors que
le catalyseur classique supporté sur alumine se désactive très rapidement. Cette fois encore,
les résultats sont exprimés en TOF et ne rendent donc pas compte de l’accessibilité à la phase
métallique.
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Chapitre 1 Synthèse Bibliographiqe
Une de leurs approches est basée sur l’adsorption des polyols et autres composés
organiques de la biomasse in situ sur l’alumine. Leurs premiers travaux ont montré que la
présence de sorbitol ou de glycérol dans le milieu aqueux réactionnel prévenait l’hydratation
de l’alumine (pour un catalyseur 1%Pt/Al2O3) (Figure 1. 36) et permettait de conserver sa
surface spécifique103. Le mécanisme proposé consiste en une adsorption forte de ces
composés sur les sites coordinativement insaturés de l’alumine, permettant ainsi la formation
d’une couche de protection carbonée104. L’effet protecteur est d’autant plus prononcé que le
polyol de départ possède des fonctions OH susceptibles de réagir avec plusieurs sites de
l’alumine simultanément (adsorption multidentate). Ainsi, la présence de 5%m de sorbitol
dans le milieu hydrothermal (ce qui correspond dans ces travaux à un rapport massique
sorbitol/alumine = 3) permet une rétention de 95% de l’alumine de départ (5% boehmite
37
calculés par DRX et RMN Al) alors que dans une solution contenant 5%m de glycérol,
seulement 85% de l’alumine sont conservés (15% boehmite).
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Chapitre 1 Synthèse Bibliographiqe
limitant ainsi leur mobilité. Malgré la conservation de la taille des particules de platine, la
surface métallique accessible chute fortement après formation de la couche carbonée (50%
pour le glycérol et 60% pour le sorbitol, Figure 1. 37). Ceci est expliqué par l’encapsulation
d’une partie des particules par les espèces carbonées.
Autres adsorptions
Dans un second papier de l’équipe de Sievers en collaboration avec celle de
Weckhuysen en 2013, d’autres composants organiques de la biomasse (plus précisément des
dérivés de la lignine) ont été testés pour évaluer leur effet stabilisant sur l’hydratation de
l’alumine en conditions HT105. Les résultats sont concordants avec les conclusions du premier
article : l’effet stabilisant dépend du nombre de groupements hydroxyles du composé en
solution. Ainsi, des composés comme le phénol, l’anisole ou le benzaldéhyde ont un pouvoir
stabilisant très faible alors que la lignine permet une prévention quasi totale de l’hydratation
de l’alumine en boehmite (Figure 1. 38).
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Chapitre 1 Synthèse Bibliographiqe
Abi Aad et al.49 ont montré une inhibition totale de la formation de boehmite après un
traitement HT d’une alumine à 150°C avec un dopage de 3,5%m de silicium. Cet effet
inhibant du silicium est observé pour un dépôt de TEOS en phase liquide mais également si le
greffage est effectué en phase gaz. L’effet protecteur du silicium est beaucoup plus important
que celui d’autres additifs inorganiques comme le nickel, le magnésium ou le zirconium.
L’effet est attribué au greffage sélectif du silicium par liaisons covalentes sur les sites les plus
réactifs de l’alumine. On note cependant que la méthode de synthèse appliquée n’est pas la
même pour le silicium (greffage en phase liquide et gazeuse contre imprégnation à sec pour
les autres additifs), ce qui pourrait expliquer cet effet.
Encore plus récemment, Liu et al. ont proposé une étude de la stabilité HT en conditions
réactionnelles d’APR (Aqueous Phase Reforming) du glycérol (225°C, 12 h, 5%m solution
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Chapitre 1 Synthèse Bibliographiqe
Tableau 1. 3 Concentration de sites acides mesurés par adsorption de pyridine suivie par FT-
IR pour Pt/Al2O3, 1,1%, 2,1% et 2,6% Si/Pt/Al2O381
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Chapitre 1 Synthèse Bibliographiqe
a b
Il faut aussi préciser qu’en conditions hydrothermales, cette phase métallique n’est elle-
même pas stable et a tendance à fritter. Ainsi, un catalyseur Pt/Al2O3 perd 85% de sa surface
de platine accessible après un traitement hydrothermal de 10 h à 200°C103. Ce problème a
également été souligné par Pham et al. sur des catalyseurs au palladium supportés sur silice102
(Figure 1. 41). En plus du frittage, des effets d’encapsulation par la phase oxyde
interviennent.
47
Chapitre 1 Synthèse Bibliographiqe
Figure 1. 41 Clichés MET d’un catalyseur Pd/SiO2 avant et après traitement hydrothermal de
10 h à 200°C dans l’eau liquide78
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Chapitre 1 Synthèse Bibliographiqe
Dans le premier cas, la protection est assurée par un simple recouvrement de la surface
de l’oxyde sans spécificité de sites. Dans le second et le troisième cas, la modification de la
surface peut être locale avec une adsorption ou un greffage spécifique à certains sites. Les
mécanismes de protection mis en jeu semblent donc différents d’une méthode à une autre.
La phase métallique supportée elle-même semble jouer un rôle sur la stabilité HT des
supports oxydes en ralentissant les cinétiques d’hydratation.
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