Alimentation Du Cheval
Alimentation Du Cheval
1. Introduction
Dans les prochaines lignes nous verrons les précautions à prendre pour prévenir
l’apparition de problèmes respiratoires. Dans un deuxième volet, nous élaborerons sur
les moyens pour contrôler l’état des chevaux qui en sont atteints.
2. Prévention
2.1 L’observation
On n’insiste pas assez sur l’observation des animaux. Il arrive fréquemment que les
problèmes respiratoires sérieux ont débuté par de légères toux sporadiques lors de
l’alimentation. Cette toux indique souvent une hypersensibilité de l’animal à un foin non
adéquat. Un redressement rapide de la situation permettra généralement à l’animal de
ne pas développer de problème de santé respiratoire. Par contre, si on n’est pas attentif
au comportement de notre cheval et que la situation perdure, il est possible que la toux
s’aggrave et pose un réel problème à la santé. Il faut par conséquent demeurer à
l’écoute de notre cheval, non seulement quand on l’utilise, mais également dans son
logement lorsqu’il est au repos et qu’il s’alimente.
L’alimentation du cheval 2
2.2 L’aliment
Il n’existe aucun problème à servir à volonté du foin de bonne qualité aux chevaux. Au
contraire, c’est salutaire à bien des niveaux. Par contre, tous les foins ne sont pas
équivalents. On retrouve de très bons foins pour les chevaux et d’autres tout à fait
inacceptables. Trop de gens portent peu d’attention au foin qu’ils achètent ou
produisent en pensant que de toute façon ce n’est que du foin! Pourtant, des critères de
qualité existent pour choisir le foin adéquat.
Tout d’abord, nous devons effectuer une appréciation visuelle (tableau 1). On note le
foin sur sa couleur, son odeur, sa texture et sur la présence de poussière. Pour ce faire,
il faut ouvrir quelques balles.
Tableau 2 Quelques valeurs nutritives de plantes fourragères servies aux chevaux, exprimées sur une
base de matière sèche
Aliment Nutriments1
ED PB, % LYS, % ADF, % NDF, % Ca, % P, %
(Mcal/kg)
Luzerne
Foin début 2,48 19,9 0,9 31,9 39,3 1,41 0,21
floraison
Mi-floraison 2,28 18,7 0,84 36,7 47,1 1,37 0,24
Pleine floraison 2,17 17 0,87 38,7 48,8 1,19 0,24
Orge paille 1,62 4,4 0,13 48,8 72,5 0,3 0,07
Brome
Pâturage 15-20 2,59 21,3 0,64 31 47,9 0,55 0,45
cm haut
Foin mi- 2,13 14,4 0,43 36,8 57,7 0,29 0,28
épiaison
Mature 1,69 6,0 0,18 44,8 70,5 0,26 0,22
Trèfle alsike
Pâturage 15-20 2,49 24,1 1,08 ND2 ND2 1,19 0,42
cm haut
Trèfle Ladino
Pâturage 15-20 2,50 25,8 1,16 28,5 32,1 1,27 0,35
cm haut
Trèfle rouge
Foin floraison 2,22 15,0 0,68 36 46,9 1,38 0,24
Dactyle
Foin début 2,17 12,8 0,38 33,8 59,6 0,27 0,34
épiaison
Foin pleine 1,90 8,4 0,25 37,8 65 0,26 0,30
épiaison
Fléole (mil)
Pâturage 15-20 2,37 12,2 0,37 29,0 55,7 0,4 0,26
cm haut
Foin
Mi-épiaison 1,99 9,7 0,29 36,4 63,7 0,48 0,23
Pleine épiaison 1,94 8,1 0,24 37,5 64,2 0,43 0,20
Lotier
Pâturage 15-20 2,18 20,6 0,93 ND2 46,7 1,74 0,26
cm haut
Foin
Mi-floraison 2,2 15,9 0,72 36 47,5 1,7 0,23
Adapté de NRC (1989)
1
Nutriments : ED = Énergie digestible; PB = Protéines brutes; LYS = lysine; ADF = Fibres
détergentes acides; NDF = Fibres détergentes neutres; Ca = calcium; P = phosphore
2
ND = Données non disponibles
L’alimentation du cheval 4
Tableau 3 Indice de la valeur relative d’un foin à prédominance de graminées basé sur les résultats
de l’analyse chimique de la fibre détergente acide (ADF) et de la protéine brute (PB)
ADF PB
(%) (%)
20 19 18 17 16 15 14 13 12 11 10 9 8 7 6 5
25 156 155 153 151 149 147 145 144 142 140 138 136 134 133 131 129
26 154 152 150 148 146 144 143 141 139 137 135 133 132 130 128 126
27 151 149 147 145 143 142 140 138 136 134 132 131 129 127 125 123
28 148 146 144 143 141 139 137 135 133 132 130 128 126 124 122 121
29 146 144 142 140 138 136 135 133 131 129 127 125 124 122 120 118
30 143 141 139 138 136 134 132 130 128 127 125 123 121 119 117 116
31 141 139 137 135 133 132 130 128 126 124 122 121 119 117 115 113
32 139 137 135 133 131 129 128 126 124 122 120 118 117 115 113 111
33 137 135 133 131 129 127 126 124 122 120 118 116 115 113 111 109
34 135 133 131 129 127 125 124 122 120 118 116 114 113 111 109 107
35 133 131 129 127 126 124 122 120 118 116 115 113 111 109 107 105
36 131 129 127 126 124 122 120 118 116 115 113 111 109 107 105 104
37 130 128 126 124 122 120 119 117 115 113 111 109 108 106 104 102
38 128 126 124 123 121 119 117 115 113 112 110 108 106 104 103 101
39 127 125 123 121 120 118 116 114 112 110 109 107 105 103 101 99
40 126 124 122 120 118 116 115 113 111 109 107 105 104 102 100 98
41 125 123 121 119 117 115 114 112 110 108 106 104 103 101 99 97
42 124 122 120 118 116 114 113 111 109 107 105 103 102 100 98 96
43 123 121 119 117 116 114 112 110 108 106 105 103 101 99 97 95
44 122 120 118 117 115 113 111 109 107 106 104 102 100 98 96 95
45 122 120 118 116 114 112 111 109 107 105 103 101 100 98 96 94
100 L’indice 100 est attribué à un foin dosant 40 % d’ADF et 6 % de protéines brutes sur
une base sèche.
On retrouve également les balles rondes de foin sec. Les mêmes précautions quant à la
poussière et à la valeur nutritive s’appliquent. Cependant il faut savoir que les balles
rondes sont généralement pressées beaucoup plus serrées que les balles
rectangulaires. Par conséquent, s’il reste un peu trop d’humidité, le foin va chauffer plus
facilement que pour des balles rectangulaires. On retrouve donc plus souvent des
balles rondes poussiéreuses comparativement à des balles rectangulaires.
2000). Les niveaux observés pour les foins riches en moisissures oscillaient entre 2,6 et
3,6 ppm. Ces auteurs considèrent de tels niveaux préoccupants pour la santé des
chevaux. Le foin considéré sécuritaire contenait des niveaux de vomitoxine oscillant
entre 1 et 2 ppm selon la même étude.
On est maintenant très vigilent pour les moindres signes précurseurs des problèmes
respiratoires. Puis, on s’est procuré le meilleur foin disponible. Maintenant, la façon de
servir ce foin peut-elle avoir un impact sur la prévention des maladies respiratoires?
Bien sûr que oui!
En effet, le cheval produit des sécrétions nasales. Pour vous en rappeler, souvenez-
vous de la fois où le cheval s’est « mouché » dans votre visage! Les sécrétions nasales
du cheval permettent une certaine filtration de l’air inspiré. Lorsque la tête est basse, les
sécrétions descendent dans les conduits nasaux et captent au passage les fines
particules présentes dans l’air et dans le foin lorsque le cheval mange. Ce
comportement alimentaire constitue une barrière préventive pour les maladies
respiratoires.
L’alimentation du cheval 6
Par contre, si on sert le foin dans des filets ou dans des trémies à foin à la hauteur du
dos du cheval, qu’arrive-t-il aux sécrétions nasales? Elles n’empruntent pas les conduits
nasaux, mais sont plutôt dirigées vers l’arrière. Le phénomène de filtration des
particules devient alors moins efficace.
2.4 La litière
La litière ne fait pas réellement partie de l’alimentation, bien qu’il arrive fréquemment
que de la litière de paille soit ingérée par les chevaux. Toutefois, la régie de la litière
peut devenir une source de poussière et de gaz nocifs pouvant nuire à la santé
respiratoire des chevaux.
Tableau 4 Microbes communément retrouvés dans divers matériaux potentiellement utilisés comme
1
litière
Ces microbes lorsque présents en trop grandes quantités sont néfastes pour le système
respiratoire des chevaux. À la lumière de ce tableau, on constate que le papier journal
reste le plus hygiénique sur cette base. Les autres produits varient plus,
L’alimentation du cheval 7
valeurs dépassant les 200 ppm. Chez les humains la concentration maximale permise
pour une exposition à court terme se situe à 35 ppm environ. On réalise donc que des
taux de plus de 200 ppm peuvent devenir irritants pour les voies respiratoires du cheval.
Ainsi lorsqu’on évalue une litière, il importe également de considérer son pouvoir
absorbant au niveau de l’ammoniac comme un critère de qualité important. La mousse
de tourbe remporta aisément le match sur cette base.
Les granules de bois semblables à ceux utilisés pour les poêles aux granules peuvent
être utilisés à titre de litière. Aucune documentation scientifique comparant ce type de
litière aux autres n’est disponible à notre connaissance. Toutefois, il est probable que le
taux de poussière contenu dans ce produit soit faible. Quant au pouvoir d’absorption
d’ammoniac il est probable que ce produit qui est constitué de bran de scie comprimé
se comporte comme ce dernier. Encore ici, les témoignages des gens qui l’utilisent
restent positifs.
3. Contrôle
Maintenant, si on est aux prises avec un animal qui a développé des problèmes
respiratoires, que peut-on faire du coté alimentation pour en atténuer les effets? Tout
d’abord les mesures préventives discutées à la section précédente, s’appliquent
également à ce niveau-ci. De plus, d’autres aliments et régies alimentaires peuvent
s’ajouter à notre arsenal pour soulager l’animal atteint.
Il est pratique courante de faire tremper le foin des chevaux qui toussent. Cette
pratique, quoique généralement efficace, entraîne-t-elle des aspects négatifs
relativement à la valeur nutritive du foin ainsi traitée? Blackman et Moore-Colyer (1998)
de même que Moore-Colyer (1996) rapportent pour des foins de graminées une
diminution d’environ 90 % des poussières respirables contenues dans le foin après
seulement 10 ou 30 minutes de trempage (tableaux 6 et 7). Un trempage jusqu’à 12
heures n’a toutefois pas permis, statistiquement, une réduction plus importante des
poussières respirables.
Tableau 6 Effet du temps de trempage sur les particules respirables de foin de graminées
Tableau 7 Effet du temps de trempage sur les particules respirables de foin de graminées
a) b)
Les chiffres d’une même rangée avec la même lettre ne sont pas significativement
différents (P < 0,05).
Par contre le trempage provoque des pertes de nutriments plus ou moins importantes
selon le type de foin et le temps de trempage. Pour du foin de graminées ce sont
surtout des sucres simples, solubles dans l’eau et des minéraux qui se lessivent
(tableaux 8 et 9) entraînant une augmentation de la fibre peu digestible (ADF) dans le
foin (tableau 10). Le foin qui a trempé devient donc moins nutritif. Si on est contraint à
faire tremper le foin pour le servir aux chevaux, il serait bon de procéder à une analyse
de ce foin ainsi traité et d’ajuster le programme alimentaire en fonction de la valeur
nutritive réelle du foin servi.
Minéraux1
Trempage (h) Na K P Mg Ca
0 6,3 14,5 2,8 1,6 3,7
0,5 3,6 10,5 2,4 1,6 3,8
3 2,5 6,1 1,8 1,3 3,8
12 1,9 5,3 1,7 1,2 3,7
Source : Moore-Colyer (1996)
1
Na = sodium; K = potassium; P = phosphore; Mg = magnésium; Ca = calcium
Nutriments1
Trempage Hydrates de Azote Ca P K Mg Na
(min) carbone
solubles
0 119,30 13,7 5,2 1,96 24,0 1,32 1,43
10 118,32 12,8 4,8 1,49 16,9 1,14 1,17
30 112,52 13,3 5,02 1,31 14,4 1,12 0,91
Source : Blackman et Moore-Colyer (1998)
1
Ca = calcium; P = phosphore; K = potassium; Mg = magnésium; Na = sodium
L’alimentation du cheval 10
Tableau 10 Effet d’un trempage de 30 minutes sur la perte en nutriments (g/kg) du foin de
luzerne
Nutriments1
Trempage Azote Cendres NDF ADF Digestibilité
(min)
0 27,4 80 471 358 708
30 26,2 56 546 408 664
Adapté de Collins (1991)
1
NDF = Fibres détergentes neutres; ADF = Fibres détergentes acides.
Lorsqu’on expose l’ensilage à l’air, en développant une balle ronde par exemple, il faut
que le fourrage qu’elle contient soit ingéré à l’intérieur d’une période de 2 jours environ.
À défaut l’ensilage va se mettre à chauffer et à se détériorer. Il ne pourra plus
sécuritairement être servi aux animaux.
Différents types d’ensilage d’herbe peuvent être servis aux chevaux. On retrouve le plus
souvent des balles rondes enrobées. Toutefois, d’autres types d’ensilage restent
possibles, comme les ensilages en silos tours conventionnels ou en silos à atmosphère
contrôlée. Par ailleurs, il faut se rappeler que plus le silo est gros et plus il faut
d’animaux pour le consommer et éviter qu’il se détériore. À titre d’exemple, une balle
ronde de 4 pi x 4 pi (1,4 m x 1,4 m) contient l’équivalent d’environ 15 à 20 balles
rectangulaires. Par conséquent, il faut une dizaine de chevaux pour consommer une
balle ronde d’ensilage en 2 jours. Ceci exclue donc les petits troupeaux pour l’utilisation
d’ensilage d’herbe. La digestibilité des différents nutriments et l’énergie contenue dans
les ensilages d’herbes se compare avantageusement à la valeur nutritive du foin
(Moore-Colyer and Longland 2000). Cependant, des ensilages trop humides (33 % MS)
provoquent une baisse de consommation chez les chevaux comparativement à des
ensilages moins humides (50 % MS) selon les mêmes chercheurs. Des ensilages trop
humides augmentent également le risque de botulisme (Ricketts et coll. 1984).
De plus, la qualité des ensilages doit être exemplaire pour ne pas provoquer d’autres
problèmes de santé. En effet, un ensilage mal fait, contenant des moisissures, du
fumier, du compost, de la terre et des carcasses d’animaux, ne doit pas être servi aux
chevaux car il peut provoquer des coliques ou du botulisme. Des cas de botulisme sont
rapportés, dans la documentation scientifique, chez des chevaux alimentés de balles
L’alimentation du cheval 11
rondes enrobées (Ricketts et coll. 1984). Le pH de ces ensilages était de 7,4. De plus
l’odeur d’ammoniac qui s’en dégageait n’était pas une odeur caractéristique des
ensilages bien conservés.
Une autre présentation de foin consiste en de gros cubes d’environ 2,5 cm x 2,5 cm (1
po x 1 po) et vendus commercialement. L’ingestion et la digestibilité de ces produits se
comparent à celles du foin long (Drogoul et coll. 2000a, b). Ces produits sont
généralement de très bonne qualité et très bien acceptés par les chevaux. Différentes
espèces sont disponibles. On retrouve des gros cubes de graminées, de légumineuses
et différents mélanges des deux. Ce produit ne constitue pas un aliment concentré. Les
gros cubes de fourrages sont en fait du foin haché et comprimé. Ce foin est de bonne
qualité et permet le contrôle des problèmes respiratoires chez les chevaux.
L’alimentation du cheval 12
Certaines précautions doivent cependant être prises pour éviter des complications. Tout
d’abord, les cubes de foin doivent être servis au niveau du sol. En les ingérant, l’animal
risque moins, de cette façon, de s’étouffer en les avalant trop rapidement. Si on sert les
gros cubes de foin à la hauteur du dos du cheval, il est possible qu’en se levant la tête
le cheval les aspire et s’étouffe. En servant au niveau du sol le risque s’atténue
grandement. Il est également possible d’humecter ces cubes en ajoutant jusqu’à 4 litres
d’eau par kg de cube.
Ces cubes sont composés de foin haché. Le cheval prendra moins de temps à ingérer
cet aliment qu’il prendrait pour du foin non haché. Par conséquent, il est possible que le
cheval s’ennuie le reste de la journée où il n’aura rien à faire. Si tel est le cas il faudra le
distraire par des jouets « équins » placés dans son logement ou par une socialisation
avec des congénères. Sinon, il risque de développer des mauvaises habitudes ou vices
d’écuries.
Ce qui les différencie des cubes de fourrages discutés à la section précédente, c’est
que ces produits ne contiennent pas que du fourrage. Ils sont composés en plus
d’ingrédients riches en fibres digestibles, comme de la pulpe de betterave, des écailles
de soya et de riz. De plus, on y incorpore au besoin des minéraux, oligo-éléments et
vitamines pour en faire un aliment plus complet.
Par contre, tout comme le fourrage en gros cubes, les substituts commerciaux sont
ingérés rapidement et le cheval risque de s’ennuyer en attendant le prochain repas. Sur
cette base, on procédera avec les mêmes recommandations qu’à la section
précédente.
On reconnaît l'importance des pâturages chez les herbivores depuis fort longtemps. En
effet, Cato, un philosophe romain déclarait, il y a 2000 ans que ce qui était le plus
profitable pour un agriculteur était un pâturage de première classe (Nacht 1996). Les
effets bénéfiques chez les chevaux sont nombreux. Laissé à lui-même dans un
environnement naturel, le cheval passe entre 60 et 80 % de son temps à brouter
(Briggs 1998). L'exercice et l'air frais améliorent la qualité des sabots, la densité
osseuse et réduit les problèmes respiratoires (Singer et coll. 1999). De plus, cet animal
social a besoin de contact avec ses congénères. Cela lui permet également de faire de
l'exercice, bienfaisant pour cet athlète, réduisant l'ennui souvent à l'origine des vices
d'écuries (Singer et coll. 1999). De plus, la mastication très importante au pâturage
(Avery cité par Singer et coll. 1999) permet une usure plus uniforme des dents, ce qui
réduit le besoin de les râper.
L’alimentation du cheval 13
La grandeur des parcelles broutées influent également sur la qualité du pâturage. Une
situation idéale consiste à fournir aux chevaux des parcelles de dimensions modestes
qu'ils mangeront rapidement. On les y introduit lorsque l'herbe est à une hauteur de 15-
25 cm pour les y retirer lorsque celle-ci est à 5 cm, un, deux ou trois jours plus tard.
Laisser brouter à moins de 5 cm ralentit la repousse de l'herbe, car on épuise ainsi la
plante. Le regain est donc retardé et notre vitesse de rotation ultimement ralentie. De
plus, lorsque l'herbe est trop courte sur des sols très sablonneux, les chevaux peuvent
ingérer du sable et développer des coliques de sables. On a donc tout avantage à
retirer les animaux lorsque l'herbe est rasée à environ 5 cm.
Règle générale, le moins longtemps les chevaux sont dans une même parcelle, le plus
uniformément celle-ci est broutée. Cette gestion des pâturages a permis d'obtenir chez
des poulains d'un an des taux de gain de 0,6 kg/j avec des pâturages uniquement. En
revanche des gains 2,6 fois moins importants, soit 0,23 kg/j, ont été obtenus chez des
poulains comparables placés dans de grands champs où on ne pratiquait pas de
rotation des parcelles (Briggs 1998).
Au printemps, l'herbe pousse plus rapidement que les chevaux peuvent en ingérer. On
fauche les parcelles qui dépassent 25 cm pour en faire du foin. Le regain servira plus
tard dans la saison, lorsque la croissance de l'herbe aura ralenti et qu'un plus grand
nombre de parcelles deviendra nécessaire.
Un grand champ peut être divisé facilement en plusieurs petites parcelles avec des
rubans électriques larges et hautement visibles par exemple. On peut même placer
différents objets très visibles le long des clôtures temporaires pour que les chevaux les
voient bien. On pense alors à de petits drapeaux oranges, par exemple. Il demeure
important de toujours garder un point d'eau disponible.
En pratiquant cette façon de gérer les pâturages, la plupart des chevaux bénéficieront
au maximum des bienfaits de cette alimentation. Cela permettra de réduire très signifi-
cativement les besoins en concentrés réduisant d'autant les risques de complications
digestives. Par contre des pâturages mal gérés entraînent des risques de fourbure,
particulièrement chez les chevaux à risques, comme les poneys et les bêtes trop
grasses (Furga 1999). Ce sont les hydrates de carbone non structuraux (HCNS) qui
peuvent causer des problèmes chez les chevaux qui ne sont pas habitués aux
pâturages.
Finalement, pour les raisons mentionnées précédemment, chez des chevaux ayant
accès à un pâturage luxuriant, ce n’est pas une bonne idée de complémenter avec des
concentrés riches en sucres et en amidon. Il faudrait plutôt opter pour des concentrés
riches en matière grasse et en fibre digestible de façon à éviter les surcharges
intestinales en HCNS (Hoffman et coll., 2001).
3.5.3 L’adaptation
Quels types ou quelles espèces de plantes fourragères doit-on produire pour les
chevaux aux pâturages? Avant de répondre à cette question mentionnons que les
chevaux s'adaptent à la plupart des plantes fourragères cultivées au Québec. Aux
tableaux 13 et 14, on trouve les espèces de plantes fourragères adaptées à différentes
régies des champs et types de sol. On se sert de ces recommandations comme point
de départ. Des particularités existent concernant certaines espèces de plantes
fourragères chez les chevaux. De façon générale, les légumineuses (trèfle, luzerne,
lotier) sont très riches, trop riche même en protéine pour la plupart des chevaux. De
plus, elles restent fragiles au piétinement. Ce n'est donc pas une bonne idée de semer
des légumineuses pures. Il faut plutôt les associer avec des graminées comme la fléole
ou le mil, le dactyle, le brome, etc. Le tableau 15 peut nous guider quant à l'association
à recommander entre les légumineuses et les graminées. Les pâturages composés de
sorgho, d'herbe de soudan peuvent contenir de l'acide prussique, toxique pour les
chevaux (Singer et coll. 1999). Ils sont par conséquent à éviter.
Caractéristique Fléole des prés Brome inerme Dactyle Alpiste roseau Ray-grass annuel
Adaptation Toutes les régions Toutes les régions Toutes les régions Toutes les régions Toutes les régions
Égouttement requis Bon à excellent Très bon Très bon Médiocre à très bon Bon à excellent
Fait bien sur des Très faible tolérance Plante de terrains
terrains modérément à l’excès d’eau mal drainés et sujets
bien drainés à inondation
Exigences de pH 6,0 à 6,5 6,0 à 6,5 6,0 à 6,5 5,5 à 7,0 5,5 à 7,0
Rusticité Excellente Moyenne à bonne Moyenne Très bonne ---------
Vitesse Modérément lente et Lente et difficile à Rapide et facile Lente Rapide et facile
d’établissement assez facile semer
Force de Bonne Bonne Forte pour les Bonne Forte
concurrence légumineuses Normalement établi
en semis pur
Regain Lent et faible surtout Moyen Rapide Moyen, peu de Rapide
en été croissance
automnale
Résistance à la Faible Bonne à très bonne Très bonne Très bonne Bonne
sécheresse
Qualité du fourrage Bonne appétence, Garde bien sa qualité La teneur en protéine La teneur en protéine Bonne appétence
teneur en protéine et avec la maturité et l’appétence et l’appétence
digestibilité diminuent avec la diminuent avec la
inférieures à celle du maturité maturité
brome
Source CPVQ (1989)
L’alimentation du cheval 21
Les chevaux gardés dehors ou en étable froide en hiver ne doivent pas avoir de
couverture, car leur pelage isole mieux que celle-ci. On ne fait pas travailler des
chevaux gardés dehors l’hiver. On leur fournit du foin ou de l’ensilage si le nombre le
justifie. L’eau doit être disponible dans des abreuvoirs chauffés ou spécialement conçus
pour le froid. On ne doit pas se fier sur la neige pour abreuver un cheval; c’est
insuffisant!
Tableau 17 Variation des besoins énergétiques ENe + ENg dans divers environnements1
ToC Régie
1
Moyenne Élite Médiocre Très déficiente
15 100 100 100 121
0 104 104 114 213
-10 111 111 134 393
-20 115 115 163 759
1
Calculé avec le logiciel Conseil-boeuf®
2
Valeur énergétique relative de 100 % pour une régie moyenne
ToC Régie
2
Moyenne Élite Médiocre Très déficiente
15 100 105 85 71
0 107 113 91 76
-10 113 117 95 79
-20 115 121 98 81
1
Simulations effectuées à l’aide du logiciel Conseil-boeuf®
2
CVMS relative 100 % pour une régie moyenne
Les deux tableaux précédents font état de la régie générale à la ferme. Une régie
adéquate permet à tous les animaux d’avoir accès à un abri qui les protège du vent et
des précipitations, et leur permet de se coucher tout en gardant un pelage propre.
Des animaux sales, non abrités des intempéries, mal alimentés mangeront moins et
auront des dépenses énergétiques accrues comparativement à des animaux gardés
dans une régie d’élevage convenable. Qu’adviendra-t-il dans de telles circonstances?
Ça ne fonctionnera pas! Les chevaux maigriront, s’affaibliront les rendant plus
susceptibles à toutes sortes de problèmes de santé.
4. Conclusion
Les problèmes respiratoires chez le cheval peuvent être prévenus en servant du foin
exempt de poussière. De plus, en observant les animaux on peut s’apercevoir des
signes précurseurs et remédier à la situation rapidement. Différentes pratiques
alimentaires peuvent aider à prévenir l’apparition de ce problème.
Par ailleurs, si on est aux prises avec un cheval qui démontre des problèmes
respiratoires, diverses actions peuvent être prises pour en atténuer les impacts. On
pense au trempage du foin, aux ensilages d’herbe, aux cubes de foin, aux substituts de
foin commerciaux, aux pâturages et aux chevaux gardés à l’extérieur toute l’année.
L’alimentation du cheval 24
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