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A Propos de Ce Livre

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1322.e.57
HISTOIRE

DE

L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE

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PAR

LOUIS SUSANE
Chef d'escadron d'artillerie.

TOME SEPTIÈME.

PARIS ,

LIBRAIRIE MILITAIRE , MARITIME ET POLYTECHNIQUE


DE J. CORRÉARD ,
LIBRAIRE-EDITEUR ET LIBRAIRE-COMMISSIONNAIRE,
Rue Christine, 1 .

1853
HISTOIRE

DE

L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE.


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HISTOIRE

DE L'ANCIENNE

INFANTERIE FRANÇAISE

PAR LOUIS SUSANE

Chef d'escadron d'artillerie.

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LIBRAIRIE MILITAIRE , MARITIME ET POLYTECHNIQUE
DE J. CORRÉARD ,
LIBRAIRE-ÉDITEUR ET LIBRAIRE-COMMISSIONNAIRE,
Rue Christine, 1.

1853 .
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HISTOIRE

DE

L'ANCIENNE INFANTERIE FRANCAISE.

DEUXIÈME PARTIE .

NOTICES HISTORIQUES DES RÉGIMENTS SUR PIED EN 1789.

RÉGIMENT ROYAL-COMTOIS.

73º RÉGIMENT D'INFANTERIE .

Deckendorf !

COLONELS-LIEUTENANTS ET COLONELS.

1. Marquis DE LISTENOIS (N. de Beauffremont) , 9 août 1674.


2. Marquis DE BELLEFONDS ( Louis -Christophe Gigault) , 1685 .
3. Marquis DE VERGETOT (Jean-François du Fay) , 10 août 1692.
4. Marquis D'AUXY (Jacques de Monceaux) , février 1706 .
5 Comte DE FROULAY (Charles-François) , 7 mars 1711 .
6. Comte DE FROULAY (Charles -Elisabeth) , 10 mars 1734.
7. DE LA FAYE (Jean - François Lériget) , 15 janvier 1745 .
8. Marquis DE ROQUÉPINE (Louis d'Astorg d'Aubarède ) , 5 juin
1747.
9. Comte DE PUYSÉGUR (Louis-Pierre de Chastenet) , 4 mars
1757.
10. Comte DE NOÉ (Louis Pantaleon) , 1er février 1762 .
HIST. DE L'ANC. INFANTERIE FRANÇAISE. T. VII. 1
2 HISTOIRE

11. Comte DE CASTĖJA (Stanislas de Biaudos) , 28 juillet 1773.


12. Baron DE PONT-L'ABBÉ (Jean- Georges-Claude Baude) , 1er jan-
vier 1784.
13. DE CARDAILLAC (Jean - Hippolyte Delpéré) , 21 octobre 1791 .
14. LAUTZ DE LA VOUTE (Jean-Baptiste André) , 23 novembre 1791 .
15. LE BRUN (François - Léon ), 22 février 1793.

Après la prise de Besançon et la soumission com-


plète de la Franche-Comté , Louis XIV, pour récom-
penser la noblesse du comté de Bourgogne qui
s'était montrée bien disposée pour la France, créa ce
régiment par lettre de cachet du 9 août 1674 et en
donna le commandement au marquis de Listenois ,
dont il porta le nom jusqu'en 1685 .
Peu de temps après sa formation , le régiment de
Listenois quitta Besançon pour se rendre à l'armée
de Catalogne , où il servit jusqu'à la paix de Nimègue .
Il se trouva à la bataille d'Espouilles et se fit remar-
quer au siége de Puycerda , où il entra en garnison
le 28 mai 1678. Il avait perdu dans cette place l'aide-
major Layer et le lieutenant Le Pasquet.
En 1685 , le régiment reçut le titre de Royal-
Comtois , lorsque le colonel de Listenois se retira .
Il fit partie, en 1688 , de l'armée d'Allemagne et con-
tribua à la prise de Philisbourg , de Manheim et de
Frankenthal. Après cette campagne , il fut mis en
garnison à Landau , qu'il quitta , le 2 août 1689 ,
. pour joindre sous Philisbourg l'armée du maréchal
de Duras . Il se rendit, l'année suivante, sur les
Alpes, assista à la prise de Cahours et à la bataille de
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 3

Staffarde, puis à la prise de Veillane et de Carmagnola


et enfin à celle de Montmélian.
En 1692 , Royal-Comtois. porté à deux bataillons
de treize compagnies, est appelé à l'armée de Flandre .
Il y débute par le siége de Namur et se couvre de
gloire à la journée de Steenkerque , où il mérite un
éloge spécial de la part du maréchal de Luxembourg.
Il arrive des premiers au secours de Bourbonnais ,
se place à la droite de ce corps avec Royal-Italien et
montre un imperturbable courage . Son colonel, le
marquis de Bellefonds , se fait tuer avec cinq autres
officiers et quarante-cinq soldats ; le nombre des bles-
sés monte à cent et un hommes, dont treize officiers .
En 1693 , Royal-Comtois sert d'abord sur la Mo-
selle dans la brigade de Champagne. Au mois de
septembre , il retourne en Italie , et arrive à temps
pour assister à la bataille de la Marsaglia. Il reste en
Italie jusqu'en 1696. Rappelé en France à cette
époque, il est envoyé à l'armée de la Meuse, et cou-
vre, en 1697 , les opérations du siége d'Ath .
Royal-Comtois repasse les Alpes en décembre
1700. Il combat en 1701 avec Anjou à Carpi
et à Chiari , et , en février 1702 , il contribue à
faire échouer la tentative du prince Eugène sur
Crémone . Six compagnies sont surprises et entou-
rées dès le premier moment de l'attaque ; les autres
combattent avec la plus grande valeur autour de l'é-
glise Sainte-Marie et de la maison du prêtre Cassoli ,
par laquelle les Impériaux avaient pénétré dans la
4 HISTOIRE

ville . Ce fut Royal- Comtois , se battant en chemise ,


qui fit reculer les cuirassiers de l'Empereur et qui re-
prit les portes de Tous les Saints et de Sainte-Mar-
guerite que le prince Eugène faisait garder pour
s'assurer une retraite en cas de revers . Le colonel de
Vergetot et le lieutenant- colonel de Masselin furent
faits brigadiers pour leur belle conduite dans cette
journée extraordinaire (1 ).
Le régiment fit partie, plus tard, du corps com-
mandé par le prince de Vaudémont , et prit part à la
bataille de Luzzara ainsi qu'à la réduction de cette
place et de Borgoforte . En 1703 , il marcha d'abord
vers le Tyrol avec le duc de Vendôme, mais l'insur-
rection des Camisards du Languedoc ayant pris une
tournure inquiétante , il fut appelé dans cette pro-
vince pour servir sous les ordres du maréchal de
Montrevel. Le 29 octobre, 600 Camisards comman-
dés par le fameux Cavalier se présentèrent pour
brûler le faubourg d'Uzès . S'étant aperçu que la
garnison était sur ses gardes, ils envoyèrent un billet
au colonel Vergetot, qui y commandait, pour le dé-
fier au combat . Cet officier, choqué de cette inso-

(1 ) M. de Vergetot a été nommé brigadier 29 janvier 1702 et


Inaréchal de camp 26 octobre 1704.
François Charles de Masselin , lieutenant en 1675 , major 20
mars 1693 , lieutenant-colonel 13 janvier 1701 , brigadier 9 février
1702. Il eut pour successeur Pierre Adam Guillier de La Mothe ,
lieutenant en 1674 , lieutenant - colonel 29 juin 1704 et brigadier
1er février 1719.!
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 3

lence, fit un détachement , composé de soldats de son


régiment et d'Irlandais , qui rencontra les insurgés
près de Lussan . Après avoir essuyé deux décharges ,
dont la dernière à bout portant , le détachement se
jeta à la baïonnette sur les Camisards et en tua une
centaine . Assailli en ce moment par la cavalerie des
rebelles , il l'arrêta par un feu bien nourri , qui la mit
en déroute . Les mécontents perdirent leurs drapeaux,
cent-vingt hommes tués et trente pris . Royal- Comtois
eut à déplorer dans cette rencontre la mort de deux
capitaines.
Le régiment servit , en 1704 , sous le duc de La
Feuillade , à la soumission de Suze , de Chambéry et
de la vallée d'Aoste . On le trouve, en 1705 , à la
prise de Villefranche , de Sospello , de Sant' Ospizio ,
de Montalban , de Nice , de Chivasso et du château de
Montmélian , et à la bataille de Cassano . En 1706 ,
sous le même général , il fait le siége de Turin et il
a l'honneur, le 2 juin , d'ouvrir la tranchée devant
cette place avec Normandie . Après la bataille de
Turin, Royal-Comtois , réduit à 229 hommes repasse
les Alpes et rallie l'armée du Rhin . Il fait la cam-
pagne de 1707 sous Villars, qu'il suit dans toutes ses
expéditions en Souabe et en Franconie . Il passe les
années 1708 et 1709 à Langschleithal dans les lignes
de la Lauter, et en 1710 il est désigné pour l'armée
de Flandre. Il fait cette campagne dans la brigade
de Navarre, celle de 1711 avec Royal et celle de 1712
avec le régiment du Roi . Il se trouva ainsi au com-`
6 HISTOIRE

bat d'Arleux, à la bataille de Denain et aux siéges de


Douai, du Quesnoy et de Bouchain . Renvoyé sur le
Rhin en 1713 , il contribue à la prise de Fribourg
et y reste en garnison . Le 2 bataillon est réformé
en 1715 ( 1 ) .
Royal-Comtois ne fut point employé pendant les
deux premières campagnes de la guerre de la suc-
cession de Pologne. Au mois d'octobre 1734 , il alla
renforcer l'armée d'Italie , épuisée par les victoires de
Parme et de Guastalla , et, en 1735 , il participa à la
soumission de Revere, Reggio , Reggiolo et Gonzague.
Il rentra en France en septembre 1736 .
Au début de la guerre de 1741 , il fit partie de l'ar-
mée du Bas-Rhin ; il passa en Westphalie avec la
2e division et fut mis en quartiers de cantonnement
à Andernacht . Au mois de juin 1742, il se rendit à
Kayserswaërth, et de là , au mois d'août, sur la fron-
tière de Bohême. Il fit toute la campagne d'hiver
avec Poitou et Beauvoisis , et se trouva à la prise
d'Elnbogen et de Kaaden , au secours de Braunau et
au ravitaillement d'Égra . Il fut ensuite envoyé à
Deckendorf, où il se signala, le 27 mai 1743 , avec
Champagne et Bourbonnais , par une défense hé-
roïque. Placé dans les trois redoutes qui couron-

(1 ) Il avait alors pour chef le comte de Froulay, brigadier 1 " fé-


vrier 1719 , maréchal de camp 20 février 1734 et lieutenant-géné-
ral 1 mars 1738 ; remplacé, comme colonel, par son fils, enseigne
au corps depuis un an seulement, et qui est monté au régiment de
-Champagne .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 7

naient la montagne et qui formaient la principale


défense de la ville , il résista longtemps avec le plus
grand courage . Le canon ayant enfin ouvert de lar-
ges brèches , les officiers , se voyant au moment d'être
forcés et enlevés d'assaut, se laissèrent couler avec
leurs soldats par le côté escarpé jusqu'au bas de la
montagne, et de là , mettant tous l'épée à la main ,
ils se firent jour à travers les bataillons autrichiens
et rejoignirent le gros de l'armée campé au delà de
Deckendorf. Le régiment perdit dans cette célèbre
journée le capitaine Chaplain , les lieutenants Desprez
et Bouthillier et vingt-neuf soldats . Le major de
Monteil, les capitaines Magnac et Sérigny et vingt et
un soldats furent blessés. Après cette affaire, Royal-
Comtois fut cantonné vis-à-vis de l'embouchure de
l'Isar dans le Danube, pour défendre les passages du
fleuve ; mais le prince Charles ayant réussi à le fran-
chir, le 5 juin , à Pochin , il se retira sous Ratisbonne
et de là en France , laissant derrière lui un détache-
ment , commandé par le capitaine Polastre , qui ne
rentra qu'au mois d'octobre après la capitulation
d'Ingolstadt .
A son retour en France , Royal- Comtois fut mis
en garnison à Thionville et, en 1744 , il fut envoyé
à l'armée de Flandre où il fit les siéges de Menin ,

d'Ypres et de Furnes. Il ouvrit la tranchée , le 18 juin ,


avec Bourbonnais devant Ypres, et le 23, ses grena-
diers se couvrirent de gloire à l'attaque du chemin
couvert. Le 19 juillet, le régiment se mit en route
HISTOIRE

pour l'Alsace avec Louis XV. Il acheva cette cam-


pagne dans la brigade d'Artois , et se trouva au com-
bat d'Augenheim et à la prise de Fribourg . Après
avoir encore servi un an sur les bords du Rhin , le

régiment fit partie du renfort envoyé, en 1746 , à


l'armée d'Italie . Une ordonnance du 7 novembre de
cette année le rétablit à deux bataillons . Il était , en
1747 , du petit corps qui défendit si vaillamment la
rivière de Gênes. Un détachement , qui occupait le
couvent de la Miséricorde , fut contraint, le 10 mai ,
à rendre ce poste aux Autrichiens ; mais , dès le 21 ,
le régiment et d'autres troupes sortirent de Gênes
pour le reprendre . Le colonel La Faye, qui com-
mandait la colonne de gauche , reçut l'ordre de mar-
cher avec 150 hommes aux maisons qui bordaient la
rivière de Polsevera . Il les emporta successivement
avec beaucoup de valeur, mais arrivé à un carrefour,
il se trouva arrêté par un large fossé et tomba mor-
tellement frappé par les balles des Autrichiens em-
busqués dans les habitations voisines . Alors les gre-
nadiers, brûlant du désir de venger leur colonel , en-
foncèrent la porte d'un jardin, prirent à revers les
maisons d'ou partait la fusillade et firent main basse
sur tout ce qu'ils y trouvèrent. Malheureusement, le
général autrichien comte de Schulembourg reçut en
ce moment du renfort et Royal-Comtois fut obligé de
rentrer dans Gênes ( 1 ) .

(1 ) A M. de La Faye succéda le marquis de Roquépine, en faveur


DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 9

Le siége de cette ville fut levé le 3 juillet, et le


régiment y demeura en garnison jusqu'au 15 décem-
bre 1748. Pendant ce temps , il prit part à plusieurs
expéditions. Ainsi , le 15 octobre 1747 , un détache-
ment de cinq compagnies fut envoyé dans le Mont-
ferrat pour y lever des contributions. Le 20 , en
compagnie de Salis-grison , ce régiment culbuta
près de Rossiglione un parti de 4,000 pandours ,
leur tua 37 hommes et ramena 27 prisonniers. Le
18 février 1748 , les deux bataillons, étant canton-
nés à Voltri , furent attaqués par les généraux Na-
dasty et Bathiany et se défendirent avec courage et
bonheur. Le major Vincent Magnac , que ses ex-
ploits avaient fait surnommer le brave , et le capi-
taine de grenadiers de Tiniat , méritèrent des éloges
universels pour leur brillante conduite dans cette
occasion . Royal-Comtois ne fit pas moins bien dans
le courant de cette année à la prise de Varaggio et
au combat de la Rochette. A sa rentrée en France,
le régiment fut réduit à un bataillon , par ordre du
27 décembre ; mais, le 10 mars 1749 , il fut remis à
deux bataillons par l'incorporation de l'ancien Bas-
signy.

duquel le prix du régiment, qui était de 40,000 livres, fut descen-


du à 30,000. M. de Roquépine est devenu brigadier 25 juillet 1747,
maréchal de camp 23 juillet 1756 et lieutenant-général 25 juil-
let 1762. M. de Puységur, son successeur, est passé au régiment de
Normandie.
10 HISTOIRE

En avril 1756 , Royal-Comtois s'embarque à Tou-


lon pour l'expédition de Minorque. A l'assaut de
Port-Mahon , le 27 juin, il fait partie de l'attaque de
gauche dirigée contre les redoutes de Strugen ,
d'Argyle et de la Reine , et il y déploie la plus grande
bravoure. Le capitaine de Sartre et le sous-lieutenant
de grenadiers Dufard y perdent la vie ; le capitaine
Beaumesnil et un lieutenant y versent aussi leur
sang .
Rentré en France après l'entière soumission de
l'île , le régiment est envoyé en 1757 à l'armée de
Hanovre et poursuit l'ennemi jusqu'à Clostersee-
ven . Au commencement de 1758 , il bat en retraite
sur le Rhin et assiste à la bataille de Créfeld , après
laquelle il rentre en France. Il fait les dernières
campagnes de la guerre de Sept- Ans sur les côtes de
Flandre. Un détachement de volontaires, commandé
par le capitaine comte de Muret , continue seul de
servir à l'armée d'Allemagne . Le 29 décembre
1759 , ce détachement, fort seulement de 160 hom-
mes , était cantonné à Winter-Witten avec 60 hus-
sards et un canon . Il y fut attaqué par le baron de
Würmser, qui avait sous ses ordres 500 chevaux , 400
fantassins et deux bouches à feu . Dès l'apparition de
l'ennemi, les hussards, troupe alors presque exclu-
sivement recrutée en Allemagne , prirent la fuite . Le
comte de Muret, attaqué en flanc et par derrière ,
combattit pendant une heure et demie avec la plus
grande fermeté , et ne mit bas les armes qu'après
de l'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 11

avoir vu tomber autour de lui le tiers de son


monde.
L'ordonnance du 10 décembre 1762 fit passer
Royal- Comtois au service des ports et colonies. Il
fut d'abord établi à Landernau et au Conquet , d'où
il fut envoyé à l'île d'Oléron en mai 1763 , à La Ro-
chelle et île de Ré en décembre 1763 , à Rochefort
en août 1765 , à Perpignan en mai 1766 , à Collioure et
Montlouis en octobre 1766. Au mois de novembre
1767 , ses deux bataillons vinrent reprendre les gar-
nisons de Saint-Martin de Ré et de La Rochelle , et
en mai 1768 , le 2 bataillon quitta cette dernière
ville pour aller à Bellisle- en-mer. Le régiment se
trouva réuni en janvier 1769 à Rochefort. Le 1 ° ba-
taillon se rendit à Brest au mois de mars de la même

année et s'y embarqua pour l'île de France . Le 2' ,


après de courts séjours à Rochefort et à l'île de Ré ,
arriva en décembre à Lorient et s'y embarqua le 29
pour se rendre , lui aussi , à l'Ile- de-France .
Une ordonnance , dont nous n'avons retrouvé que
le projet, daté du 15 décembre 1768 , affectait à ce
régiment une destination spéciale dans les colonies
de la mer des Indes. Cette mesure , dont les motifs
et le but ne sont point indiqués, mais qui , suivant
toute apparence , consistait à fixer définitivement
le régiment au service colonial, fut très-mal accueil-
lie dans le corps , et en 1772 , au moment où les au-
tres régiments d'infanterie , qui avaient été détachés
au service des ports et colonies , rentrèrent au service
12 HISTOIRE

de terre, Royal-Comtois vit naître dans son sein une


insurrection dont la plupart des officiers furent les
promoteurs ( 1 ) . Il fallut , bon gré, malgré, le ren-
voyer en France , où les compagnies rentrèrent suc-
cessivement depuis le 18 septembre 1772 jusqu'au
12 avril 1773. Le régiment se rétablit à Dinan , et il
fut envoyé à Lille après le débarquement des der-
niers détachements . ·

Il quitta Lille en septembre 1775 pour aller à Va-


lenciennes, d'où il est passé à Condé en septembre
1776 , à Montreuil et Boulogne en octobre 1777 .
En 1778 , au moment où éclata la guerre mari-
time avec l'Angleterre, le corps d'officiers de Royal-

(1 ) On atténua autant que possible la gravi'é de cette affaire , en


Ja présentant au public comme un acte d'insubordination contre le
lieutenant-colonel La Motte- Giffard, qui commandait le corps en
l'absence du colonel. La sévérité et la nature des peines infligées
aux officiers compromis, à une époque où le titre de gentilhomme
établissait entre le chef et le subordonué une égalité de position
toute à l'avantage du dernier, prouvent qu'il ne s'agissait pas seule-
ment de cela. Un conseil de guerre assemblé le 10 mai 1773 , sous
la présidence du maréchal du Muy, condamua le capitaine de gre-
nadiers, comte de Martimpré- Romecourt à vingt ans de prison , les
capitaines de Chanron , de La Devèze et de Villa à douze ans, les
capitaines de Villaucourt, de Mengand et de Tarragon à dix ans, et
presque tous les autres officiers à la cassation et à la prison, depuis
dix ans jusqu'à trois mois. Le corps d'officiers fut à peu près entiè-
rement renouvelé.
Le colonel comte de Noë, qui était brigadier du 20 avril 1768,
fut remplacé par M. de Castéja , nommé brigadier 1er mars 1780 et
maréchal de camp 1er janvier 1784.
de l'ancienne INFANTERIE FRANÇAISE 13

Comtois, qui sentait sans doute le besoin de se ré-


habiliter, se donna beaucoup de mouvement et ma-
nifesta un grand enthousiasme . Ces officiers firent
entre eux une souscription , dont le produit fut em-
ployé à habiller uniformément trente petits mate-
lots, dont les pères étaient embarqués sur les vais-
seaux du roi . Ce généreux sentiment trouva sa ré-
compense, car le régiment , après avoir occupé Dol
et Dinan en juillet 1779 , Béthune au mois de dé-
cembre de la même année , et Condé en mai 1780 ,
vit son 2e bataillon appelé à faire partie des troupes
envoyées en Amérique .
Ce bataillon quitta la France à la fin de 1780 et se
rendit à la Martinique . Dès le 8 mai 1781 , les gre-
nadiers et chasseurs montent sur la flotte de Grasse,
et , débarqués le 30 à Tabago avec ceux du régiment
irlandais de Walsh , ils font capituler , le 2 juin , le
86 régiment de l'infanterie anglaise . Le 15 novem-
bre , un détachement de 300 hommes prend part à
l'expédition de Saint-Eustache . Le débarquement a
lieu dans la nuit du 25 au 26 , malgré un violent ras
de marée . Le major de Royal-Comtois, M. le cheva-
lier de Fresne, à la tête des chasseurs du régiment
et de ceux d'Auxerrois , escalade le fort, arrive au
dernier pont-levis avant que les Anglais aient eu le
temps de le lever et pénètre sans coup férir dans l'in-
rérieur. Les 13e et 15° régiments anglais sont faits
prisonniers. Au retour, le détachement contribue à
la prise des îles de Saint-Martin et de Saba . En
14 HISTOIRE

1782 , le bataillon , qui occupait alors l'île de Gre-


nade , participe encore à la reprise de Saint- Chris-
tophe et au siége de Bristone-Hill , où il laisse quel-
ques compagnies.
Rentré en France par Lorient le 25 février 1784,
il rallia à Givet le 1 " bataillon , qui , pendant son ab-
sence , avait occupé la garnison de Châtellerault du
mois de novembre 1780 au mois d'octobre 1782 ,
puis celle de La Rochelle jusqu'en juin 1783. Le
régiment tout entier se rendit à Valenciennes en
octobre 1785 , puis à Blois en avril 1788. Pendant
les temps difficiles qui suivirent, Royal-Comtois dé-
tacha des compagnies à Poitiers et à Orléans pour
assurer la tranquillité et se montra alors partout un
modèle de discipline . Les soldats et les habitants de
Blois vécurent dans une amitié parfaite , que res-
serra encore le dévouement dont le régiment fit
preuve pendant la terrible inondation qui envahit la
basse ville en 1790 (1 ) .
Au mois de décembre de cette année , Royal- Com-
tois fut dirigé sur Avesnes , et en avril 1791 , il alla
remplacer à Douai le régiment de Vintimille, dont la
conduite , dans les troubles de cette ville , n'avait pas
été approuvée. Il n'y fut pas beaucoup plus heureux .

(1) M. de Pont-l'Abbé , alors colonel, a obtenu le grade de maré-


chal de camp le 25 août 1791. Le Brun, dernier chef du corps, en
avait été nommé lieutenant- colonel le 25 juillet 1791. Un des der-
niers lieutenants-colonels, Théodore Jobal de Paguy , nommé à
cette charge le 8 avril 1779 , était devenu brigadier 1 mars 1780.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE Française . 15

Les intrigues des divers partis parvinrent à soulever


des haines entre les corps de la garnison de Douai .
Des rixes sanglantes éclatèrent entre Royal-Comtois
et Penthièvre d'une part, les hussards et l'artillerie
de l'autre . Le maréchal de Rochambeau fut obligé
de venir interposer son autorité , et, en résultat ,
Royal-Comtois fut envoyé à Cambrai , que le 2 ba-
taillon quitta bientôt pour passer à Saint- Domingue,
d'où il n'est point revenu .
Le 1er bataillon est allé de Cambrai à Rocroi en
janvier 1792 , et, au début des hostilités, il fut in-
corporé dans l'armée des Ardennes . Il a contribué
à la défense des défilés de l'Argonne et à la première
conquête de la Belgique , et s'est trouvé aux batailles
de Jemmapes et de Neervinden . Dans cette dernière
journée , il faisait partie de la division du général
Miranda , qui, comme on le sait , fut accusé d'avoir
fait perdre la bataille par son inaction et sa re-
traite. Le fait est que la Convention , par un décret
du 24 mars 1793 , ordonna l'arrestation de Miranda
et du colonel du 73 ° .
er
Après l'évacuation de la Belgique , le 1 " bataillon
de Royal- Comtois a été employé à l'armée de l'Inté-
rieur, chargée surtout d'assurer l'approvisionnement
de Paris . Après un séjour à Vendôme , il s'est rendu
au mois d'octobre dans l'Ouest, où il a contribué à
la destruction de la grande armée catholique au
Mans et à Savenay. It est resté en Bretagne jusqu'à
la réorganisation de 1796 sans avoir été amalgamé .
16 HISTOIRE

Le 2° bataillon , qui avait à sa tête le lieutenant-


· colonel de Bedos et qui servit avec éclat à Saint-Do-
mingue sous les ordres du général Lavaux, ne le fut
point non plus , de sorte que les 135 et 136 demi-
brigades n'ont jamais existé .
En 1796 , le 21 décembre , tout ce qui restait de
Royal-Comtois , c'est-à-dire le 1 " bataillon et le dépôt
du 2º, est entré directement dans la formation de la
70° demi-brigade du Directoire .
Royal- Comtois avait eu la prévôté comme les an-
ciens corps et six drapeaux de même dessin que ceux
du régiment de Bourgogne . Dans les drapeaux d'or-
donnance, la croix de Saint-André cramoisie ressor-
tait sur un fond aurore semé de fleurs de lis d'or .
Son premier costume consistait en habit et
culotte gris blanc ou blancs , veste , collet et pare-
ments bleu de roi , boutons jaunes , doubles poches ,
garnies chacune de neuf boutons figurant trois trè-
fles trois sur la manche et un petit en dedans, cha-
peau bordé d'or . En 1763 , il reçut, comme les autres
corps attachés au service colonial, la couleur distinc-
tive vert de Saxe et porta le collet et les parements
de cette couleur . Il prit le bleu céleste en 1773 ; et de
1776 à 1779 , il eut le collet cramoisi , les revers et
parements bleu céleste et les boutons jaunes .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 17

RÉGIMENT DE BEAUJOLAIS.

74e RÉGIMENT D'INFANTERIE .

Münster...

COLONELS OU MESTRES DE CAMP.

1. Comte DE SCHOMBERG (Frédéric-Armand ) , 15 novembre


1674.
2. Marquis DE LARRAY (Louis de Lenet) , 4 janvier 1681 .
3. Comte DE SCEAUX (Charles-Edouard Colbert) , 24 août 1688 .
4. Marquis DE BLAINVILLE (Jules-Armand Colbert) , 6 septembre
1689.
5. Marquis DE MAULEVRIER (N. Colbert) , 10 juillet 1690.
6. Chevalier de MAULEVRIER ( Henri Colbert) , 6 septembre
1695.
7. LE NORMAND DU FORT (Pierre) , février 1706.
8. Comte DE LYONNE (Charles Hugues) , 29 novembre 1710.
9. Marquis DE MONTCONSEIL (Étienne-Louis-Antoine Guinot) ,
1er février 1723.
10. Marquis DE TRAISNEL ( Charles-Constant- Esprit de Harville
Jouvenel des Ursins) , 9 août 1742.
11. Comte DE BRANCAS (Jean - Baptiste ) , 4 mars 1757.
HIST. DE I'ANC. INFANTERIE FRANÇAISE . T. VII.
18 HISTOIRE

12. Comte DE DURFORT (Louis-Philippe), 22 juillet 1758.


13. Comte DE LASTIC (François) , 20 février 1761 .
14. Vicomte DE BERGHES-SAINT- WINOX) , ( Philippe-Adrien-
Jacques-Ghislain) , 3 janvier 1770.
15. Comte DE CHATELLUX (Henri- Georges-César) , 20 mars 1774.
16. Comte DE CHOISEUL-PRASLIN (César-Hippolyte) , 10 mars
1788.
17. DE FREYTAG (François-Xavier-Jacob) , 5 février 1792.
18. DE PÉCOMME (Jean -François de Laborde) , 8 mars 1793.

Le comte de Schomberg, qui commandait l'ar-


mée de Roussillon en 1674, eut une commission
datée du 15 novembre pour former un régiment
d'infanterie avec les milices du Languedoc . C'est le
corps dont nous allons nous occuper et qui porta
jusqu'en 1762 les noms de ses colonels.
Le régiment de Schomberg débuta, en 1675 , à la
prise de Figuières, à l'attaque de Girone et à la ré-
duction d'Ampurias , de Bellegarde et du château de
la Chapelle. En 1676 , le maréchal de Schomberg
ayant quitté le commandement de l'armée , son ré–
giment part de la Catalogne au mois de mars, ar-
rive à Marseille le 9 avril et s'y embarque le 23 sur
les galères du roi pour passer en Sicile . Après avoir
combattu deux ans les Espagnols dans cette île , il
s'embarque de nouveau pour retourner en Catalogne
et il rejoint, le 6 mai 1678 , l'armée française devant
Puycerda . A la paix, il prend ses quartiers dans le
Languedoc.
En 1684, on trouve encore le régiment, sous le
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 19

nom de Larray ( 1), à l'armée de Catalogne . Il fait


des merveilles , le 11 mai, à la bataille du Ter. Il s'é-
lance des premiers, sous la conduite du lieutenant-
colonel de Juigny, dans les eaux du Ter, au gué de
Madignan , pénètre dans Puente-Major et y achève
la déroute dés Espagnols . Comme les armes des
mousquetaires avaient été mouillées, ce fut avec les
piques que les chefs se précipitèrent sur les escadrons
ennemis. Le marquis de Larray eut ce jour-là un
cheval tué sous lui au moment où il sortait de la ri-

vière. Le régiment termina cette campagne par l'as-


saut de Girone et l'investissement de Cap de Quiers.
Quand la guerre recommença par suite de la ligue
d'Augsbourg, le régiment, qui appartenait alors à la
famille Colbert ( 2), servit encore sur les Pyrénées. Il
se trouva en 1690 à la reprise de San Juan de las
Abadezas et de Ripouilles et au blocus de Girone.
En 1691 , sous le nom de Maulevrier , il passa sur les

(1 ) Le comte de Schomberg , maréchal de camp du 28 août 1652,


lieutenant-général du 16 juin 1655 et maréchal de France du
30 juillet 1675 , quitta la France après la révocation de l'édit de
Nantes et fut tué, à la bataille de la Boyne , dans les rangs anglais,
Son successeur, M. de Larray, est devenu brigadier 24 mars 1684,
maréchal de camp 24 août 1688 et lieutenant-général 30 mars
1693 .
(2) Quatre frères commandèrent successivement le régiment : Le
comte de Sceaux, passé à Champagne et tué à Fleurus ; le marquis
de Blainville, passé aussi à Champagne et tué à Hochstedt ; le mar-
quis de Maulevrier, tué à Namur, et le chevalier de Maulevrier. Ce
dernier est devenu brigadier 29 janvier 1702 , maréchal de camp
26 octobre 1704 et lieutenant-général 29 mars 1710 .
20 HISTOIRE

Alpes et contribua à la conquête du comté de Nice.


Appelé enfin en 1692 à la grande armée de Flandre ,
il fut employé au siége de Namur et combattit à
Steenkerque . Après avoir passé l'hiver dans les can-
tonnements d'Ath , il rallia en 1693 l'armée du ma-
réchal de Luxembourg et se signala, à côté de Na-
varre , à la bataille de Neerwinden , en participant
vigoureusement à l'attaque du village de Neerlanden .
Il acheva cette campagne devant Charleroi . Pendant
celle de 1694 , il demeura dans les lignes du Brabant
jusqu'aux quartiers d'hiver. Il fut alors établi à Na-
mur et y reçut au commencement de 1695 l'augmen-
tation d'un bataillon .

Cette année, Maulevrier fit d'abord partie de l'ar-


mée du maréchal de Villeroy et de la brigade de
Piémont , mais , au mois de juillet , il rentra dans
Namur avec le marquis de Boufflers et participa à la
belle défense de cette place. Le colonel , marquis de
Maulevrier, se fit tuer, avec un grand nombre de ses
soldats , dans une sortie tentée , le 18 juillet , pour
défendre les retranchements de Bouge . Le régiment,
donné à son frère , servit en 1696 à l'armée de la
Meuse et en 1697 sur l'Escaut. Il monta une garde
de tranchée au siége d'Ath .
En 1701 , les deux bataillons de Maulevrier étaient
à l'armée d'Italie . Ils combattirent cette année à

Carpi et à Chiari . Dans cette dernière affaire, ils


couvrirent la retraite avec Limousin , et prirent en-

suite leurs quartiers d'hiver à Caneto sur l'Oglio . Le


DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 21

1er décembre, le prince Eugène investit cette place


avec toute son armée. Le chevalier de Maulevrier ne

répondit à la sommation menaçante qui lui fut faite


qu'en ouvrant un feu terrible . Eugène fut obligé de
faire un siége en règle , et la ville ne fut emportée
que par la hardiesse d'un soldat du régiment autri-
chien de Thaun qui , passant le fossé à la nage , coupa
les chaînes du pont-levis et livra passage à l'armée
impériale . Les assiégés , retirés dans la citadelle , fu-
rent bientôt obligés de capituler, faute de vivres et
et de munitions . Ce qui restait du régiment , c'est-
à-dire cinq officiers et 300 hommes , se rendit pri-
sonnier de guerre et fut conduit à Trente .
Échangé en 1702 après la bataille de Luzzara ,
Maulevrier fut mis en garnison à Mantoue, où il se
rétablit en peu de temps . Au mois de décembre les
grenadiers contribuèrent à la prise de Governolo . En
1703 , le régiment prit part à la défaite du général
Staremberg près de Stradella , à la victoire rempor-
tée à Castelnuovo de Bormia et à toutes les opéra-
tions de Vendôme dans le Tyrol italien . Il fut un in-
stant mis en garnison à Nago et , plus tard , il participa
à la déroute du général autrichien Visconti . En
1704 , il servit aux siéges de Verceil , d'Ivrée et de
Vérue . Le 26 décembre , il repoussa victorieusement
une sortie de la garnison de cette dernière place .
En 1705 , après un court repos à Medoli , il assista à
la prise de Chivasso , à la bataille de Cassano et à la
réduction de Socino.
22 HISTOIRE

Sous le nom de régiment du Fort, on le trouve,


le 19 avril 1706 , combattant à Calcinato dans la bri-
gade de Grancey qui était commandée par le lieute-
nant-colonel de Brues. Il est ensuite employé au
siége de Turin, prend part au succès de Castiglione
et rentre en France.
Au commencement de 1707 , il est dirigé sur
l'Espagne. Au mois d'avril il combattait à Almanza et
en octobre il était devant Lérida . Après la capitula-
tion du château de Lérida , qui se rend le 11 novem-
bre, il part avec le régiment du Maine pour aller
dans le royaume de Valence soumettre la place de
Morella qui ouvre ses portes le 15 décembre. En
1708 , il contribue à la soumission de plusieurs villes
et entre autres de Tortose . Dans la nuit du 30 juin
au 1 juillet, il repousse, avec perte, une sortie de
la garnison de Tortose. Un aide-major est tué dans
cette action . Le régiment sert encore en Espagne en
1709 , et à la fin de cette année il est envoyé dans le
Dauphiné. En 1710 , il est appelé à l'armée de
Flandre et jeté dans Aire, où il subit un siége.
En 1711 , sous le nom de Lyonne (1 ) , il forme
brigade avec Royal-Roussillon et combat à Arleux .
Il contribue , l'année suivante , à la victoire de Denain

(4 ) M. de Lyonne a été nommé brigadier 29 novembre 1710.


M. de La Motte, lieutenant au corps en 1679 , major en octobre 1703
et lieutenant-colonel 5 novembre 1712, obtint le même grade
le 3 avril 1721 .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 23

et à la reprise de Douai , du Quesnoy et de Bouchain .


Il demeura en Flandre pendant la campagne de 1713
et fut réduit à un bataillon en 1715 .
En 1727 , le régiment , qui s'appelait alors Mont-
conseil (1 ), faisait partie du camp de la Saône . Il se ren-
dit, en 1733 , à l'armée d'Italie et assista à la prise
de Gera d'Adda , de Pizzighetone et du château de
Milan. Il fit en 1734 les siéges de Novare et de
Tortone et combattit à Colorno , à Parme et à Guas-
talla . Pendant le siége de la Mirandole, qui termina
cette campagne , il fut détaché à Revere pour obser-

ver l'ennemi . Allant au delà de ses instructions , le


colonel voulut attaquer un corps autrichien , qui fut
successivement soutenu par d'autres troupes accou-
rant à la fusillade. Montconseil se vit obligé de se re-
plier et fut ainsi cause de la levée du siége de la
Mirandole. Il répara cet échec, en 1735 , en contri-
buant à la prise du château de Gonzague, de Reggiolo
et de Revere. Il ne rentra en France qu'en octobre
1736.

En 1742, le régiment, devenu Traisnel (2) , quitta


le Languedoc où il tenait garnison pour se rendre
en Flandre. Il fut placé d'abord à Lille, et , pendant

(1) M. de Montconseil est devenu brigadier 1er août 1734. Ce


grade fut conféré le 1er mai 1745 à Nicolas Parron , enseigne en 1700
et lieutenant -colonel 2 juin 1734.
(2) M. de Traisnel a été fait brigadier 1er janvier 1748, maré-
chal de camp 23 juillet 1756 et lieutenant-général 25 juillet 1762 .
24 HISTOIRE

la campagne de 1743 , il fit partie du corps de trou-


pes assemblé à Dunkerque pour une expédition en
Écosse . Cette expédition ayant avorté par suite du
mauvais temps , le régiment rentra à Lille et , en
1744 , il fut attaché à l'armée du maréchal de Saxe ,
qui couvrit les siéges de Menin , d'Ypres et de
Furnes et qui acheva la campagne au camp de Cour-
trai . L'année suivante, Traisnel assista, sans com-
battre, à la bataille de Fontenoy ; il demeura pendant
toute la journée à la garde du village de Ramecroix
et de la chaussée de Leuze . Il se dédommagea de son
inaction à Fontenoy, en prenant une part brillante
à la réduction de Tournai , de Termonde , d'Aude-
naërde et d'Ath . En janvier 1746 , il fut appelé au
siége de Bruxelles et occupa avec Diesbach-suisse le
village de Laëken et ses dépendances . Il fit plus tard
partie de la grande armée et combattit à Rocoux
avec Royal-Vaisseaux .
Remis à deux bataillons par ordre du 6 novembre
de cette année , il se rendit le mois suivant en Pro-
vence, d'où il contribua à expulser les Austro-Sardes.
Il servit, aussi en 1747 , à la reprise des îles Sainte-
Marguerite et Saint-Honorat et fut ensuite chargé de
la garde du pont de Saint-Laurent du Var. Il se ren-
dit au mois d'août à Monaco et il acheva dans cette

ville la campagne et la guerre de la succession


d'Autriche .

Réduit à un bataillon par ordonnance du 27 dé-


cembre 1748 , Traisnel fut rétabli le 10 mars 1749
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 25

sur le pied de deux bataillons , par suite de l'incorpo-


ration de l'ancien régiment de Beaujolais , dont,
treize ans plus tard , il devait prendre le nom .
Traisnel était en garnison à Toulon depuis l'an-
née 1753 , quand il reçut l'ordre , en 1756 , de s'em-

barquer pour Minorque . Il se fit remarquer , le


27 juin , à l'assaut du fort Saint-Philippe de Ma-
hon . Les capitaines de Crémoux , de Chavigny et
Deshayatz, et le lieutenant Parron furent blessés dans
cette affaire . Rentré en France après la conquête de
l'île et devenu , en 1757 , la propriété du comte
de Brancas, il fut incorporé dans l'armée de Ha-
novre et fut des expéditions de Closterseeven et de
Zell .

Le 23 juin 1758 , l'armée française fut attaquée


dans les défilés de Créfeld . Quatre régiments d'in-
fanterie seulement purent trouver la place nécessaire
pour agir sur ce champ de bataille resserré : c'étaient
La Marine , Touraine, Brancas ct Lochmann-suisse.
Postés dans les bois qui bordent la rivière de Niers ,
ils défendirent pendant trois heures le passage et se
retirèrent enfin devant des forces supérieures qu'ils
avaient trois fois repoussées. Les officiers qui versè-
rent leur sang dans cette journée sont le major
Horric de Logerie , l'aide-major du Verne , les capi-
taines Soulignac , Boisguyon de La Blessière , Fabre ,
chevalier Fabre , Danoux , de Mérinville et le lieutenant
Margouet. Après cette bataille , le régiment se retira
sous les murs de Cologne , et plus tard , sous le nom de
26 HISTOIRE

Durfort (1 ) , il contribua à la prise de Münster, où il


fut laissé en garnison . Il défendit vigoureusement
cette place en 1759. Il fit une sortie le 15 octobre
avec de l'artillerie, canonna l'ennemi dans son camp
de Roxen et le força à l'évacuer. Le lendemain , dans
une nouvelle sortie, il brûla le camp de Dybourg,
prit les armes aux faisceaux, les chevaux aux piquets
et rentra dans Münster avec 200 prisonniers, un ca-
non et un drapeau du régiment de Marshall. L'aide-
major du Verne fut encore blessé à la défense de
Münster (2).
Pendant que le gros du corps s'illustr
ait ainsi , un
détachement , qui faisait partie de l'armée d'opération ,
assistait aux batailles de Bergen et de Minden . Au
mois de décembre ce détachement fut bloqué dans
Giessen avec d'autres corps . Le 22 , le capitaine de
Cerval qui le commandait , accompagné des Volon-
taires de Dauphiné , en tout 500 hommes , fit une
sortie et attaqua la village de Klein-Linnes . Il péné–
tra à l'improviste dans ce village , emporta l'épée à
la main une redoute , surprit et mit en déroute le ré–
giment hanovrien de Behr, ainsi qu'un escadron de

(V
) M. de Durfort est monté au régiment de Picardie. Paul
Iguace Guéroust de Boisclaireau, enseigne au corps en 4726, est
devenu lieutenant-colonel 4 septembre 1758, brigadier 7 décembre
1739 et maréchal de camp 25 juillet 1762.
(2) Barthelemy du Verne, enseigne en 1744, major 28 avril
$763, heutenant- colonel 8 avril 1779, brigadier 1ª marş 1780,
marechal de camp 1ºjanvier 1784.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . $
27

80 dragons , tua 50 hommes, en blessa 80 et ramena


22 prisonniers.
En 1760 , le régiment de Durfort prit part aux af-
faires de Corbach et de Warbourg, marcha au se-
cours de Wesel assiégé par le prince héréditaire de
Brünswick et entra dans cette place le 15 octobre.
Le 28 , il en sortit pour attaquer l'ennemi dans
} Schoernbeck qu'il emporta. La garnison de Wesel

fut bientôt obligée de céder au nombre de ses as-


saillants, et le régiment se retira à Gottingen . Le
28 novembre, il prit part à une attaque sur Hebde-
munden ; le capitaine Le Blanc de Lunel y fut
blessé .

Le 27 mars 1761 , le régiment, devenu Lastic ( 1 ),


sort de Gottingen , attaque avec Belzunce le général
Collignon près de Northeim, lui tue 60 hommes , lui
prend deux canons, 8 officiers et 220 soldats et l'o-

blige à abandonner son poste . Quelques compagnies


participent au même moment à la défense de Cassel ;
les capitaines Le Blanc de Lunel et Lescallier y
sont blessés. Au mois de juillet, le régiment assiste
aux affaires de Villingshausen . Il termine cette cam-
pagne par une course dans le Hanovre, et la guerre,
en 1762 , au combat et à la prise d'Amenebourg.
L'ordonnance du 10 décembre de cette année lui

( 1 ) M. de Lastic a été fait brigadier 27 juillet 1762, maréchal


de camp 3 janvier 1770 et lieutenant-général 1er janvier 1784.
28 HISTOIRE

donna le titre de la province de Beaujolais et le fit


passer au service des ports et colonies .
Beaujolais tint d'abord garnison à Antibes et
Monaco . Il se rendit , en juin 1764 à Toulon . Une or-
donnance du 10 janvier 1765 le fit sortir du service
des ports et colonies et le donna en propriété à Louis-
Stanislas-Alexandre-Joseph de Bourbon , prince de
Lamballe . Il porta en conséquence le nom de
Lamballe jusqu'à la mort de ce prince, arrivée le
15 mai 1768. Il reprit alors le titre de Beaujolais . On
l'avait envoyé , en octobre 1766 , à Montdauphin et
Embrun et , en novembre 1767 , à Huningue . En
novembre 1769 il se rendit à Dunkerque , puis à
Arras en juin 1771 , à Berghes en octobre 1773 , à
Brest en juin 1774 , à Tours en décembre 1774 , à
Libourne en décembre 1775 , à Lectoure en janvier
1776 , à Phalsbourg en novembre 1776 , à Strasbourg
en octobre 1777 , à Schelestadt et Neufbrisach en
novembre 1779 , à Sédan en novembre 1781 , à Lille
en novembre 1785 et à Dunkerque en octobre
1787 .
Dès le début de la révolution , le régiment de
Beaujolais signala son patriotisme par un don con-
sidérable fait à la nation . Dans la séance du 3
novembre 1789 , le colonel comte de Choiseul-
Praslin ( 1 ) , qui était membre de l'Assemblée natio-

(1 ) Deux des derniers colonels de Beaujolais sont devenus offi-


ciers généraux M. de Chatellux nommé brigadier 5 décembre
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 29

nale , offrit, de la part des officiers, bas-officiers et


soldats de Beaujolais , une somme de 13,000 livres .
Au mois d'avril 1790 , lors du renouvellement de la
garnison de Lille , le régiment, qui avait une répu-
tation de sagesse , fut envoyé dans cette place. Il
passa de là à Douai à la fin de 1791 , et, au début de
la guerre , en 1792 , ses deux bataillons furent sé-

parés .
er
Le 1 bataillon fut dirigé sur l'armée de Lückner
et se fit remarquer au mois de mai à la reprise de
Bavay. Il se rendit ensuite à Metz, et, en 1793 , il
passa sous les ordres de Custines . Il contribua à la
prise de Mayence , y fut placé en garnison et prit part
à la belle défense de cette ville. Au mois d'août,
après la capitulation de Mayence , il se mit en route
pour la Vendée et fut un des redoutables bataillons
de la colonne infernale . Dans une lettre écrite à la
Convention par le représentant Turreau , à propos
d'un combat que livra , en février 1794 , le général
Cordellier entre Beaupréau et Chollet , on lit ce pas-
sage : « On ne sauroit donner trop d'éloges à l'in-
trépidité des soldats du 74° ; ils méritent le titre de
républicains , c'est tout dire.... » Dans un autre
combat qui eut lieu quelques jours plus tard à

1781 et maréchal de camp 9 mars 1788 , et Freytag , promu général


de brigade 8 mars 1793. M. de Pécomme était major au corps du
17 mai 1789.
30 HISTOIRE

Montrevault , Cordellier avoua qu'il avait dû la vic-


toire à la fermeté du chef de bataillon Morot, du 74 .
Le 1 " bataillon de Beaujolais n'a point été embri
gadé; il est entré directement, le 21 décembre 1796 ,
dans la composition de la 70° demi-brigade formée
à l'armée des Côtes de l'Océan .

Le 2 bataillon quitta Douai en avril 1792 pour


joindre le corps du général Biron, et se trouva aux
affaires de Mons et de Quiévrain . A Quiévrain , un
grenadier, nommé Pie, tombe blessé . Il voit passer
Alexandre Beauharnais ; il se relève, recueille ses
forces et s'écrie : Mon officier , achevez-moi , que je
ne voie point la honte de cette journée ( 1 ) . Le ba-
taillon suivit plus tard Dumouriez en Belgique et fut
mis en garnison à Anvers . Il évacua cette place en
avril 1793 et se retira à Courtrai qu'il fut aussi obligé
d'abandonner le 28 juin . Il entra alors à Lille . Le
14 juillet, les Autrichiens se jettent sur Orchies, qui
n'était défendu que par 60 hommes du bataillon et
quelques volontaires. Ces braves soutinrent avec fer-
meté une attaque de deux heures, se battirent de rue
en rue et firent leur retraite sur Saint-Amand. Deux
jours après ils rentraient dans Orchies . Le 2 batail-
lon de Beaujolais continua de servir à l'armée du
Nord et fut versé le 6 novembre 1794 dans la 138

demi-brigade .

(1) Cet homme se rétablit et la garde nationale de Paris lui fit


don d'un sabre d'honneur.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 31

Les drapeaux d'ordonnance de Beaujolais avaient


deux quartiers blancs , le 3º de couleur cerise et le 4°
-vert-pomme. Le régiment a porté jusqu'à la fin de
la guerre de Sept Ans l'uniforme complet gris ou
blanc, avec les boutons et le galon de chapeau jaunes .
Les pattes de poches étaient carrées , garnies de
cinq boutons , dont un à chaque angle et un au milieu
en bas, cinq boutons sur la manche et un petit en
bas . En 1763 , il eut le revers et le collet vert de Saxe .
En 1765 , quand il devint la propriété du prince de
Lamballe, on lui donna les revers et les parements
bleu de roi , les boutons jaunes et le galon de cha-
peau blanc. En 1776 , il prit le collet bleu de roi , les
revers et les parements jonquille et les boutons
blancs.
32 HISTOIRE

RÉGIMENT DE MONSIEUR.

75° RÉGIMENT D'INFANTERIE.

Eberfeld...

COLONELS ET COLONELS - LIEUTENANTS.

1. Comte DE GRIGNAN (François Adhémar de Monteils) , 4 décem-


bre 1674.
2. Marquis DE MAGNY (N. ) , 15 juin 1684.
3. Comte DE LUXE (Paul-Sigismond de Montmorency-Luxem-
bourg), 18 octobre 1689 .
4. Chevalier DE LUXEMBOURG (Chrétien- Louis de Montmorency ),
20 août 1693.
5. Marquis DE NONANT ( Louis du Plessis-Châtillon) , 9 mars
1700.
6. Comte D'ESCLIMONT (Gabriel-Jérôme de Bullion) , 15 mars
1718.
7. Vicomte D'AUBETERRE (Joseph-Henri d'Esparbès de Lussan) ,.
16 avril 1738.
8. Comte DE SAARSFIELD (Jacques-Hyacinthe) , 1er janvier 1748 .
9. Marquis DE GRAVE (Charles-François) , 10 février 1759 .
10. Chevalier DE VIRIEU ( Nicolas-Alexandre de Grimoard de
Beauvoir), 5 juin 1763.
11. Prince DE SAINT-MAURIS ( Louis Marie-François de Mont-
barrey), 24 septembre 1784.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 33

12. D'AURIOL (Vincent) , 25 juillet 1791 .


13. LE FORESTIER (Thomas) , 21 octobre 1791 .
14. DE LAROQUE (Paul Daules) , 16 mai 1792 .

Le comte de Grignan , gendre de madame de


Sévigné et lieutenant-général pour le roi en Pro-
vence, eut , le 4 décembre 1674 , une commission

pour lever dans l'étendue de son gouvernement un


régiment d'infanterie de vingt et une compagnies .
Ce corps, destiné à porter secours aux Messinois sou-
levés contre l'Espagne , fit en Sicile les campagnes
de 1676 et 1677. Il quitta la Sicile en avril 1678
pour passer en Catalogne et arriva le 6 mai devant
Puycerda. Il servit au siége de cette place, et à la
paix il revint en Provence.
En 1681 9, sous les ordres du lieutenant-colonel
de Lombrail ( 1) , il contribua à l'occupation de Casal ,
et le 15 juin 1684 , il prit le titre de la province
dans laquelle il avait été levé .
Provence fut appelé en 1688 dans les Pays-Bas et
fut mis en garnison à Nuyts dans le comté de la
Mark. Le 12 mars 1689 , il participa à la défaite
d'un corps brandebourgeois qui fut enfoncé après
un combat acharné de douze heures . Il servit la

( 1 ) Jacques-Vincent de Lombrail , lieutenant-colonel 19 mars


1681 , brigadier 24 août 1688. Il eut pour successeur Jean-Pierre
Bruno de Seignier, capitaine à la création, major 7 juillet 1686 ,
lieutenant- colonel 8 janvier 1689, brigadier 29 janvier 1702 et
maréchal de camp 19 septembre 1704 .
HIST. DE L'ANC. INFANTERIE FRANÇAISE. T. VII. 3
34 MISTOIRE

même année à la défense de Bonn sous M. d'Asfeld (1 )


Porté à deux bataillons en 1690 , le régiment
combattit avec vigueur à Fleurus , où il eut huit ca-
pitaines et un lieutenant blessés . L'année suivante , on
l'augmenta d'un 3e bataillon , et le 24 mars il ouvrit
la tranchée avec Navarre devant les remparts de Mons ,
Le 29 juin, il ouvrit encore la tranchée devant Halle ,
du côté de la porte de Bruxelles . La garnison , intimi-
dée par l'ardeur des Français, abandonna aussitôt la
place. Provence assista encore cette année au combat
de Leuze . En 1692 , il servit avec Champagne au siége
de Namur et il se distingua extrêmement à la bataille
de Steenkerque . Dirigé par le duc de Berwick, il vint
prendre avec aplomb sa place de bataille à la droite
de Bourbonnais , soutint ensuite les dragons du
Dauphin qui pliaient, et chassa l'ennemi au delà des
haies avec une vigueur qui excita les applaudisse-
ments de l'armée , ainsi que le constate le rapport
du maréchal de Luxembourg . Le régiment eut dans
cette journée deux officiers et 110 soldats tués ; le
nombre des blessés monta à 149. En 1693 , Frovence
était à la bataille de Neerwinden , où son colonel
fut grièvement blessé , et au siége de Charleroi . Il
continua de servir à l'armée de Flandre jusqu'à la
paix de Riswick , se trouva , en 1695 , au siége de
Courtrai , au combat de Tongres et au bombarde-

(1) Le comte de Luxe , et son frère le chevalier de Luxembourg,


sont montés au régiment de Piémont. Le dernier est devenu ma-
réchal de France.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 35

ment de Bruxelles, fit en 1697 le siége d'Ath et fut


réduit à un bataillon en 1698 .
Remis à deux bataillons le 1er février 1701 , Pro-
vence sert cette année en Flandre . Il passe en 1702
en Allemagne et prend ses quartiers à Bonn . En
1703 9, le 1 bataillon sert aux siéges de Brisach et
de Landau et combat avec valeur sur le Speyerbach .
Le 2e bataillon participe , sous Villars , au siége de
Kelh , à l'attaque des lignes de Stolhofen, à la prise
des postes de Gegembach , Biberach , Husen , à l'assaut
des retranchements de la vallée de Hornberg et au
combat de Munderkirchen . Il se trouve aussi à la

première bataille d'Hochstedt et à la réduction de


Kempten et d'Augsbourg . En 1704 , le 1er bataillon
arrive aussi en Bavière avec le maréchal de Tallard ,
et tous les deux assistent à la néfaste journée
d'Hochstedt, mais avec des sorts différents. Le 2º
bataillon , qui faisait partie du corps de Marchin,
échappa au désastre : le 1 " prit poste à côté d'Artois
dans le village de Bleinheim. Ces braves corps, cer-
nés de toutes parts par la maladresse des chefs de
l'armée, parvinrent à se faire jour l'épée à la main ;
mais ils ne furent pas suivis et, entourés bientôt par
toutes les troupes de Marlborough , ils durent ren-
trer dans Bleinheim, où ils apprirent que les géné-
raux venaient de signer une capitulation dans la-
quelle ils se trouvaient compris. A cette incroyable
nouvelle, le lieutenant- colonel de Seignier , qui com-
mandait la brigade, brise son épée et ses soldats dé-
36 HISTOIRE

chirent de rage leurs drapeaux et mettent leurs armes


en pièces . Le bataillon fut conduit en Hollande .
Louis XIV éleva le lieutenant- colonel au grade de
maréchal de camp ( 1 ) .
Le 2º bataillon demeura en 1705 dans les lignes
de la Lauter . Il passa l'année suivante en Flandre et
combattit bravement à Ramilies. En 1707 , les pri-
souniers de Hollande furent échangés et le régiment
tout entier servit en Flandre . Il se trouva, en 1708,
à l'affaire d'Audenaërde , et pendant le siége de Lille ,
il suivit le comte de La Mothe dans ses expéditions
sur la Flandre maritime . L'année suivante, Provence
faisait partie de la brigade de Bretagne ; il accompa-
gna ce régiment dans sa belle manoeuvre à Malpla-
quet. En 1710 , il est renfermé dans Aire , qui se
défend pendant cinquante- huit jours de tranchée
ouverte . Le lieutenant-colonel La Barlie trouve la
mort à ce siége , après lequel le régiment se retire à
Saint-Omer. Il quitte cette ville, le 1er juillet 1711 ,
pour se rendre sur les Alpes . Il demeure au camp
du Sault-d'Oulx pendant la campagne de1712 , et en

(1) Le colonel marquis de Nonant, qui était avec l'autre batail-


lon , fut fait brigadier le 26 octobre 1704. Il prit en 1707 le nom
de Plessis-Châtillon et devint maréchal de camp 18 mars 1718 et
lieutenant-général 20 février 1734.
M. de Seignier fut remplacé comme lieutenant-colonel par Pierre
Richard de Curty, enseigne au corps en 1676 , major 18 avril 1703 ,
qui fut fait brigadier 29 mars 1710 et maréchal de camp 1er fé-
vrier 1719.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 37

1713 , il est appelé sur le Rhin pour coopérer aux


siéges de Landau et de Fribourg . En 1714 , la guerre
continuant en Catalogne , il se rend sur les Pyrénées
et contribue à la réduction de Barcelone . Le 2 ba-
taillon est réformé en 1715 .
Nous trouvons Provence en 1727 au camp de
Stenay et en 1733 à celui du pays messin . Il part de
là pour prendre part à l'occupation du duché de
Lorraine . Employé en 1734 à l'armée d'Allemagne,
il est à la prise de Trèves et de Traërbach , à l'attaque
des lignes d'Ettlingen et au siége de Philisbourg, où
il se fait remarquer le 28 juin à l'attaque du chemin
couvert de l'ouvrage à cornes . Le major de
Varignon ( 1 ) , le capitaine de grenadiers Mac- Carthy -
et un lieutenant , sont blessés à ce siége . Au mois de
septembre, le régiment entre au camp d'observation
de Bülh où il achève la campagne . L'année suivante
il assiste au combat de Klausen (2 ) .
En 1741 , Provence faisait partie de l'armée de la
Meuse et de la brigade de Lyonnais . Il partit de
Sédan le 28 août pour se rendre en Westphalie et
fut mis en garnison à Paderborn où il resta jusqu'au
mois de juin 1742. Il marcha alors vers la Bohême ,

(1) Michel de Varignon, lieutenant en 1720, major 2 septembre


1732 , lieutenant- colonel 8 octobre 1746 , brigadier 10 mai 1748 et
maréchal de camp 25 juillet 1762 .
(2) M. d'Esclimont, qui commanda le régiment pendant cette
guerre , fut fait brigadier 20 février 1734 et maréchal de camp
1er mars 1738.
38 HISTOIRE

prit part en décembre au secours de Braunau , con-


tribua en février 1743 au ravitaillement d'Égra , et
fut enfin posté à Dingolfingen . Il aida , le 17 mai , le
régiment de Picardie à défendre cette place contre
9000 Impériaux . Le colonel comte d'Aubeterre ( 1 ) y
fut blessé au genou ; les capitaines Gantès et Mazerille ,
trois lieutenants et trente soldats furent aussi mis
hors de combat. Après l'évacuation de Dingolfingen ,
le régiment fut envoyé avec d'autres corps au secours
du maréchal bavarois de Seckendorf, et au commen-
cement de juin , lorsque l'armée française se mit en
retraite , il vint camper sous Ratisbonne. Il rentra en
France au mois de juillet , laissant dans Ingolstadt,
comme la plupart des autres régiments de l'armée de
Bavière, un détachement qui ne rallia qu'en octobre.
A son retour sur la rive gauche du Rhin , Pro-
vence fut mis en garnison à Landau et demeura
sous les ordres du comte de Clermont . Il remonta
en septembre dans la haute Alsace et contribua à la
défaite des Autrichiens à Rheinweiler . Au mois de

février 1744 , il fut envoyé à l'armée d'Italie , et il se


trouva successivement à l'attaque des retranche-
ments de Montalban et de Villefranche, à la prise de
Nice , de Villefranche et de Montalban , au passage
des Alpes par la vallée de la Stura , à l'attaque des

( 1 ) Le comte d'Aubeterre a été nommé brigadier 2 mai 1744 ,


maréchal de camp 1er janvier 1748 et lieutenant-général 1er mai
1758.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 39

retranchements de Pierrclongue , où il partagea la


gloire du régiment de Poitou , et à la prise de Châ-
teau-Dauphin , où son colonel reçut un coup de fusil
au travers du corps. Le capitaine de Gantès y entra
le premier par une embrasure . Le régiment resta
dans Château-Dauphin jusqu'à la fin de la campa-
gne et ne contribua que par détachements à la prise
de Demont , au siége de Coni et à la victoire de la
Madona del Ulmo . En 1745 , il servit aux siéges
d'Acqui , Serravalle , Tortone , Plaisance , Pavie ,
Alexandrie , Valenza , Asti et Casal ; il prit part au
combat de Rivaronne et passa l'hiver dans le Mont-
ferrat . On le trouve en 1746 au secours de Valenza ,
au siége d'Acqui , à la bataille de Plaisance et au
combat du Tidone . Rentré en France après cette af-
faire et remis sur le pied de deux bataillons , il con-
court à la défense de la Provence jusqu'à la fin de la
campagne , qui ne se termine qu'au mois de mars
1747. Au retour des hostilités , il participe à la
reprise des îles Sainte-Marguerite , et , passant le
Var , le 1er juin , il coopère à la réduction de Nice ,
Montalban , Villefranche et Vintimille . Il demeure
campé entre cette dernière place et Nice jusqu'en
octobre , marche alors au secours de Vintimille blo-
qué et se trouve le 20 au combat livré sous cette
place, dont le succès força les Autrichiens à lever le
blocus. Provence continua de servir en Italie jus-
qu'à la paix . Il fut réduit à un bataillon en décem-
bre 1748 et rétabli à deux bataillons en mars 1749,
40 HISTOIRE

par l'incorporation de l'ancien régiment de Ponthieu .

En 1753 , le régiment fit partie du camp de la


Sambre et, en 1756 , de celui de Dunkerque . L'an-
née suivante, il joignit l'armée du Bas-Rhin au camp
de Stockheim : c'était au mois de mars . Il combat-

tit , le 24 juillet à Haastembeck ; le capitaine de


Caupenne y fut blessé. Il fit ensuite l'expédition de
Hanovre , entra au camp d'Halberstadt le 28 septem-
bre et en partit le 7 octobre avec le duc de Broglie
pour aller renforcer l'armée du prince de Soubise.
Il se trouva ainsi le 5 novembre sur le champ de ba-
taille de Rosbach , où il fut écrasé . Le colonel de
Saarsfield fut très-grièvement blessé ; le lieutenant-
colonel du Rivier tomba entre les mains de l'en-

nemi , le major d'Ablancourt fut blessé parmi les


morts se trouvaient le capitaine Laffite et les lieu-
tenants Couverson , Chatillon et Verseuil ; parmi les
blessés , on comptait les capitaines Thoisy , Thiau-
mont qui reçut six coups de sabre , Varignon , d'Es-
parbès de Lussan , Pavan, d'Ivory, Tesson , Dutertre
et les lieutenants Clapiers de Capiane , Bourcia et
Kerver .
Le régiment revint sur le Rhin et fut cantonné
autour de Dusseldorf, où il répara ses pertes. On le
retrouve le 23 juin 1758 à la bataille de Créfeld , où
il ne fut point engagé et après laquelle il se retira à
Koenigsdorf avec le régiment du Roi . Le 28 septem-
bre de la même année , il prit part à l'attaque du
poste retranché d'Hasselen , près de l'abbaye de
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 41

Bork. Le 6 juin 1759 , un bataillon occupait Eber-


feld avec la Légion royale. Il fut attaqué dans ce
poste par 5,000 hommes . Après une vigoureuse ré-
sistance, dans laquelle fut blessé le capitaine de
Troussebois, le bataillon se replia sur Medmann et
continua sa retraite sur Dusseldorf, sans se laisser
entamer, quoique harcelé sur ses flancs par les trou-
pes légères et chargé en queue par les corps réglés
des Alliés . Malgré la grande supériorité du nombre
des ennemis , cette retraite , habilement dirigée par
le chevalier de Chabot de la Légion royale et le co-
lonel comte de Grave , se fit en bon ordre et sans
beaucoup de pertes.
Le régiment entra peu de temps après dans Muns-
ter et il y fut investi le 8 novembre. Le 19 , pendant
que Touraine attaquait un des quartiers de l'ennemi
à Albachten , Provence fit une sortie vers le même
point ; l'aide-major de Varignon y fut grièvement
blessé . Provence passa une grande partie de la cam-
pagne de 1760 à Gottingen . L'année suivante, il se
trouva à la défense de Cassel et combattit avec beau-
coup de valeur à Villingshausen . Il y fit des pertes
considérables . Le colonel de Grave ( 1 ) reçut une

(1 ) M. de Grave a obtenu le régiment de Piémont . M. de Virieu


a été nommé brigadier 1er mars 1780 et maréchal de camp 5 dé-
cembre 1781. Le colonel d'Auriol avait été nommé lieutenant-co-
lonel au corps le 15 avril 1784 .
Jean Charles de Chatillon, soldat en 1740, major 15 août 1763
et lieutenant-colonel 17 juin 1770, parvint au grade de brigadier
42 HISTOIRE

forte contusion et perdit deux chevaux ; le capitaine


de La Rochette fut atteint par un biscaïen ; le capi-
taine de Beaudéan y fut aussi blessé. Le colonel et
le capitaine La Rochette avaient déjà été blessés à la
défense de Cassel.

A sa rentrée en France, en 1762 , Provence fut


envoyé à Saint-Brieuc . Lorsqu'il eut été attaché au
service des ports et colonies , il alla tenir garnison à
Brest , d'où il fut au Havre en août 1765 , aux îles
de Ré et d'Oleron en octobre 1766 , à Bayonne en

septembre 1767 , à Avignon en octobre 1768 et en


Corse en 1769. Ce fut pendant son séjour à Ajaccio
qu'une ordonnance royale du 12 novembre 1770 le
donna en propriété à Louis- Stanislas Xavier , comte
de Provence , depuis roi sous le nom de Louis XVIII .
Le régiment prit alors le titre de Comte de Provence
qu'il échangea le 2 mai 1774 , à la mort de Louis
XV, contre celui de Monsieur .
Le régiment quitta la Corse en mars 1771 et dé-
barqua le 30 à Toulon . Il alla recevoir au pont de
Beauvoisin la princesse de Savoie, fiancée du comte
de Provence , et fut placé le 21 avril en garnison à
Vienne , qu'il quitta en octobre pour se rendre au

1er mars 1780. Jean - Baptiste Charles d'Hallot, major 17 juin 1770 ,
lieutenant-colonel 24 juin 1780 , fut fait brigadier 1er janvier 1784
et maréchal de camp 9 mars 1788. Philippe Charles Cafarelli du
Falga, sous-lieutenant en 1775 , fut nommé lieutenant-colonel au
corps le 18 mai 1792. Il est devenu général de division ainsi
qu'Emmanuel Rey, entré au corps en 1784 .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 43

Havre. A son passage à Fontainebleau , le comte de


Provence le reçut avec beaucoup d'éclat et dit, entre
autres choses , aux officiers : « Messieurs, je suis fort
aise de faire connaissance avec vous ; je me flatte que
si j'étais à votre tête un jour d'affaire , vous me
trouveriez digne de l'uniforme que je porte . » C'est
la seule fois que le régiment ait vu son colonel, qui ,
à la vérité , lui envoya bientôt son portrait peint
par Faydoux . La jeune comtesse fit aussi beaucoup
de frais et donna des cocardes à tous les officiers .
Du Havre , le régiment de Monsieur se rendit à
Besançon en octobre 1774 , puis à Grenoble en octo-
bre 1776. Il revint à Besançon en décembre 1778 , et
l'année suivante il arriva sur les côtes de la Norman-

die et fut partagé entre Orbec , Bernay et Falaise .


Un détachement s'embarqua à cette époque sur la
flotte du comte de Grasse et se trouva aux combats

des 9 et 12 avril 1782 , contre l'amiral Rodney. Le ca-


pitaine de Goulard fut blessé sur le vaisseau le Lan-
guedoc.
Le gros du régiment fut envoyé à Phalsbourg en

octobre 1780. Monsieur est allé depuis à Metz en


mars 1781 et à Besançon en mai 1785. De retour à
Metz en octobre 1787 , il passa dans cette ville les
premiers temps de la révolution , sans donner lieu à
aucune plainte . Il fit partie du camp de Metz en sep-
tembre 1788 , fut dirigé sur Besançon en novembre
1789 , occupa Mâcon en août 179C et Briançon au
mois d'octobre de la même année .
44 HISTOIRE

Au commencement de la guerre , en 1792 , il fit


d'abord partie du camp de Barrault . Il ne tarda pas
à être envoyé sur le Rhin, où ses deux bataillons fu-
rent séparés . Le 1er bataillon fut mis sous les ordres
de Biron et le 2° resta à Huningue.
Le 1er bataillon est entré , le 13 novembre 1793 ,
dans la formation de la 139° demi -brigade. L'amal-
game fut effectué à Weissembourg .
Le 2e bataillon vécut un peu plus longtemps . Il ne
fut versé que le 28 juin 1794 dans la 140° .
Les drapeaux d'ordonnance du corps présentaient
deux quartiers rouges et deux quartiers noirs . Les
quartiers rouges renfermaient un losange noir , et
les quartiers ncirs un losange rouge.
L'uniforme primitif du régiment se composait
d'habit et culotte blancs , veste , collet et parements
rouges , boutons jaunes, pattes ordinaires , mais un
peu fendues dans le milieu , garnies de quatre bou-
tons ; le chapelet, c'est-à -dire huit gros boutons sur
la manche, chapeau bordé d'or . Les sergents avaient
un galon d'argent sur la manche, de même qu'à leurs
chapeaux .
En 1763 , Provence prit le collet et les parements
vert de Saxe. De 1772 à 1779 , il eut les parements et
les revers rouges , et le casque pour coiffure.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 45

RÉGIMENT DE CHATEAUVIEUX .

76° RÉGIMENT D'INFANTErie .

Fortiter resistendo.
DEVISE DU CORPS.

COLONELS.

1. STUPPA (Jean-Baptiste), 28 janvier 1677.


2. DE SURBECK (Jean-Jacques) , 16 octobre 1692.
3 HEMEL (Jean-Jacques) , 8 mai 1714.
4. Baron DE BEZENWALD DE BRUNSTHAL (Jacques-Charles),
17 mai 1729.
5. DE LA COUR-AU- CHANTRE (Abraham Jeoffrey) , 26 octobre
1738.
6. DE GRAND-VILLARS (Gaspard Étienne Barbeau), 12 mai 1748.
7. Chevalier DE BALTHAZARD (Jean-Alexandre ) , 15 juin 1749.
8. Baron DE PLANTA DE WILDEMBERG ( Louis - Auguste) , 20 jan-
vier 1754 .
9. D'ARBONNIER DE DIZY (Louis-Frédéric) , 10 août 1760 .
10. DE JENNER (Samuel) . 18 février 1763 .
11 , D'AULBONNE (Paul), 30 mai 1774.
12. DE CHATEAUVIEUX (Jacques- André Lullin) , 30 mars 1783 .

Ce sixième des régiments suisses , levé par ordre


du 28 janvier 1677 et formé à Marseille avec huit
46 HISTOIRE

compagnies franches , n'était point à l'origine avoué


par les Cantons . Il fut d'abord connu sous le nom
de Stuppa jeune , ce qui le distinguait du régiment
appelé en dernier lieu Salis- Samade , qui portait à la
même époque le titre de vieux Stuppa.
A peine assemblé , le nouveau régiment fut em-
barqué, le 11 avril , sur les vaisseaux de M. de
Valbelle , pour passer en Sicile . Il comptait 1600
hommes présents aux drapeaux . Arrivé à Messine le
26 du même mois, il alla aussitôt renforcer la gar-
nison de Taormino , qu'il défendit si énergiquement
que les Espagnols renoncèrent à s'en emparer . Rem-
barqué le 20 mars 1678 sur la flotte de Duquesne
pour rentrer en France, il fut jeté par la tempête sur
la côte de Tunis , et, après trois jours de relâche
dans ce port, il arriva heureusement le 11 d'avril à
Toulon , où il trouva des ordres pour se rendre à
Châlons-sur-Marne . Là , il fut augmenté de quatre
compagnies nouvelles , ce qui le porta à trois batail-
lons comme les autres régiments suisses , et il rallia
l'armée de Flandre assez à temps pour prendre part
au blocus de Mons et à la bataille de Saint-Denis. La
paix ayant alors été signée avec l'Espagne et la Hol-
lande , il s'avança jusque dans le pays de Juliers
contre les troupes de l'électeur de Brandebourg , et
il revint hiverner à Gand et Audenaërde . Ces places
ayant été remises à l'Espagne en 1679 , le régiment
vint s'établir dans les garnisons de Rheims et
d'Épernay .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 47

En 1680 , les deux premiers bataillons furent en-


voyés à Bayonne pour y travailler à la citadelle et le
3 fut dirigé sur Montauban . En 1681 , les deux ba-
taillons qui étaient à Bayonne allèrent à Pignerol et
contribuèrent à l'occupation de Casal . Le 3 ' se rendit
de Montauban à l'île de Ré , travailla à la citadelle de
Saint-Martin et hiverna à Blaye .
Au mois de février 1684 , tout le corps était réuni
à Perpignan. Il fit partie de l'armée commandée par
le maréchal de Bellefonds, et se conduisit très-bien ,
le 11 mai , au passage du Ter. Un bataillon , com-
mandé par le capitaine Paravicini et qui était à l'avant-
garde, culbuta des miquelets soutenus par un piquet
de cavalerie , se rabattit sur Puente-Major et contri-
bua à la déroute de l'armée espagnole. Le 21 du
même mois , Stuppa fit des merveilles à la prise d'as-
saut de Girone. Le lieutenant-colonel de Salis ( 1 ) y
fut estropié par une balle de mousquet qui lui fra-
cassa la jambe ; le capitaine de Roll fut tué et plus de
300 soldats furent mis hors de combat. Au mois de
juin, le régiment contribua à l'investissement de
Cap de Quiers, La paix se fit et Stuppa fut mis en
garnison dans les places du Roussillon . Une partie
travailla aux fortifications de Montlouis .

Stuppa quitta Perpignan le 19 juillet 1686 , et se


rendit à Châlons, puis de là à Arras , le Quesnoy et

(1 ) Jean-Baptiste de Salis, du canton des Grisons, premier lieu-


tenant- colonel du corps, à obtenu le régiment devenu Diesbach.
48 HISTOIRE

Philippeville . En mai 1687 , il fut appelé au camp de

Maintenon , après lequel on l'envoya à Saint -Omer,


Aire et Béthune . En octobre 1688 , il alla occuper

Bonn sur le Rhin . L'année suivante , il servit dans les


Ardennes, assista au combat de Walcourt et passa
l'hiver à Douai , Béthune et Aire. Les trois bataillons
faisaient partie , en 1690 , de l'armée du maréchal
de Luxembourg . Ils combattirent vaillamment à
Fleurus , où périt le capitaine Paravicini, et furent
envoyés en quartiers d'hiver à Furnes , Menin et
Dixmude. Le régiment fut porté cette année à quatre
bataillons. En 1691 , un bataillon servit au siége de
Mons ; il était posté à Glain avec M. de Rubantel ;
les trois autres étaient à l'armée de M. de Luxembourg.
A la fin de la campagne, ils furent placés à Inghel-
münster avec les Fusiliers du roi et ensuite ils ren-
trèrent dans leurs quartiers de l'hiver précédent .
En 1692 , le régiment tout entier était à l'armée
d'observation qui couvrait le siége de Mons . A Steen-
kerque , il vint se placer derrière les régiments en-
gagés et les appuya. Le colonel Stuppa y eut un
poignet fracassé , blessure dont il mourut deux mois
après à Mons (1 ) . Les capitaines Socin , Favargé,
Bourquin et Deschamps et 113 sergents ou soldats
perdirent la vie. Le nombre des blessés montaà 195 ,
dont 13 officiers .

(1) Stuppa était des Grisons. Il avait été nommé brigadier le


24 mars 1684.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 49

Le régiment, sous le nom de Surbeck , termina la


campagne aux environs d'Ypres et fut mis en quar-
tiers à Tournai et Dunkerque . Il fit pendant cet hi-
ver le siége de Furnes , où trois bataillons furent
placés en garnison . Le capitaine d'Affry avait péri à
ce siége . Surbeck fit des prodiges de valeur, en 1693 ,
à la bataille de Neerwinden . Après avoir essuyé, dès
la pointe du jour , un feu terrible d'artillerie qui dé-
cima ses rangs , il se porta sur le village de Neer-
winden , d'où il chassa l'ennemi . Il y prit quatre pièces
de canon et s'y maintint . Les capitaines Marliani ,
Cabalzar , Girard , Arpaud , Jeoffrey et Salzgeber
avaient été tués dans cette charge . Après le siége de
Charleroi , où une compagnie de grenadiers tout
entière et le lieutenant Burkliner périrent par l'ex-
plosion d'une mine, le corps fut mis en quartiers à
Ypres, Dixmude et Philippeville . En 1694 , il servit
sous les ordres du dauphin et il passa l'hiver à
Courtrai. On le trouve, l'année suivante , à la défense
de La Knocque, au bombardement de Bruxelles et
au siége de Dixmude . En 1696 , les quatre bataillons
servent sur la Meuse avec Boufflers, et, en 1697 , ils

font le siége d'Ath sous Cattinat. Le 4º bataillon , qui


fut licencié l'année suivante, fut mis en garnison à
Ath et les trois autres se rendirent à Cambrai . En
1698 , Surbeck fut appelé au camp de Compiègne , et,
après les manœuvres, il fut partagé entre Douai et
Condé. Il occupait Lille et Menin l'année suivante,
et, en 1700 , Dunkerque et Furnes .
HIST. DE L'ANC. INFANTERIE Française. T. VII .
50 HISTOIRE

Au début de la guerre de la succession d'Espagne,


Surbeck prit possession de Nieuport et d'Ostende
pour Philippe V et détacha un bataillon à Damme
pour en relever les fortifications . Ce bataillon y fut

décimé par la fièvre , A l'arrière- saison , le régiment


entra à Dunkerque et Berghes . En 1702 , un déta-
chement fut fait prisonnier dans le château de
Middelbourg. Un bataillon fut jeté dans Damme me-
nacé par le général Coëhorn ; pendant ce temps , le
1 " et le 3° étaient à l'attaque infructueuse du fort
de Kykuyt près d'Hulst et y perdaient 120 hommes.
Le capitaine Summer et les sous-lieutenants Budé
et Kremety étaient parmi les morts . Surbeck con-
duisit ensuite un convoi à l'armée de Boufflers entre
Bréda et Herenthals ; il termina la campagne dans
les lignes de Calloë et le pays de Waës et hiverna à
Gand . Parti de cette ville le 2 février 1703 , il se
rendit à Thionville , descendit la Moselle en bateaux ,
et joignit à Trèves l'armée de M. de Tallard . Il con-
tribua à faire lever le blocus de Traërbach , rétro-
grada sur Saarlouis et de là sur Metz et Thionville ,
Au mois de mai , il partit pour Strasbourg. Quand
Villars franchit le Rhin , il demeura en Alsace , le
1 bataillon à Strasbourg, les autres à Molsheim et
Mützig . Le bataillon qui était à Mützig y fut attaqué
par des hussards , qui furent obligés de tourner
bride après avoir perdu seize hommes. Dans le
er
même temps , le 1 bataillon , ayant reçu l'ordre de
se rendre de Strasbourg à Nancy, rencontra, à la hau-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 51

teur de Molsheim , 1200 hussards qui retournaient


à leur camp de Lauterbourg avec le butin et les bes-
tiaux enlevés dans la plaine de Schlestadt. Les sol-
dats de Surbeck les attaquèrent au passage du pont
entre Sultz - Baden et Castelberg, les mirent en dé-
route et leur prirent leur butin . A la fin de juillet,
le 2e bataillon fut dirigé sur Thionville et le 3. sur
Saarlouis. Le 15 octobre , le régiment entier quitta
le camp de Bionville près de Metz pour aller faire le
siége de Landau . A l'attaque des contre-gardes , le
8 novembre , les trois compagnies de grenadiers
montrèrent une admirable valeur . Presque tous
leurs officiers tombèrent frappés par les balles de
l'ennemi ; le capitaine de Gingins de Dorny et le
lieutenant Fabricy le furent mortellement. Le 15 ,
l'armée sortie de ses lignes livra la bataille du
Speyerbach. La brigade de Surbeck était placée entre
celles du Roi et de Royal . Elle avait devant elle cinq
gros bataillons qu'elle chargea si vivement qu'ils
tournèrent le dos et se réfugièrent à l'abri des haies
du village d'Heiligenstein . Le lieutenant Watt fut
blessé mortellement dans la charge . Le lendemain ,
les soldats de Surbeck traînaient à bras jusqu'à
Germesheim l'artillerie de l'armée vaincue . Après
la capitulation de Landau , le régiment retourna en
Flandre ; il arriva à Tournai le 5 janvier 1704. Cette
année , il fit partie du camp de Tirlemont , puis de
celui de Saint-Trond, et il prit ses quartiers d'hiver
à Namur. Il quitta cette ville le 15 avril 1705 pour
52 HISTOIRE

se rendre à Metz . Il contribua à chasser l'ennemi de


ses quartiers de Hombourg , Hornbach et Bitche.
Après cette heureuse expédition , il vint à Saint-Avold
et Boulay, d'où il fut au camp de Bouzonville , puis
à Saarlouis, et il suivit Villars , quand ce général alla
forcer les lignes de la Lauter et faire lever le siége
de Hombourg. Après avoir passé l'hiver suivant à
Toul, Surbeck alla en Alsace au mois de mai 1706 ,
et contribua à faire lever le blocus du Fort-Louis .
Il accompagna, depuis, Villars dans toutes ses expé-
ditions , se trouva à la reprise d'Haguenau et de Dru-
senheim, acheva la campagne sur la Lauter en tra-
vaillant à la construction de ces fameuses lignes,
dont il existe encore des vestiges aujourd'hui , et passa
l'hiver à Weissembourg.
Surbeck demeura à la garde des lignes jusqu'au
8 août 1707. Il se mit ce jour-là en route avec Na-
varre pour se rendre en Provence au secours de
Toulon. Le siège de cette ville ayant été levé, il re-
çut contre-ordre à Dôle et retourna sur la Lauter . En
avril 1708 , il fut dirigé sur la Flandre ; il assista,
sans combattre, le 10 ju llet , à l'affaire d'Audenaērde .
Il passa la nuit suivante à côtoyer le champ de ba-
taille et à recueillir les soldats égarés . Il se retira en-
suite à Gand , qui ouvrit ses portes aux Alliés le
29 décembre. On le dirigea alors sur Tournai , puis
sur Namur, où il demeura jusqu'en avril 1709. Ren-
voyé alors en Alsace, il s'établit dans les lignes de la
Lauter, les 1º et 2 bataillons à Langschleithal et le
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 53

3º à Oberbronn . Vers le milieu de 1710 , il reçut


l'ordre de retourner en Flandre ; mais arrivé à Ste-
nay, on le fit rétrograder sur Longwy, pour s'oppo-
ser à un corps qui menaçait la Champagne . Il joignit
ensuite à Bouchain le corps du chevalier de Luxem-
bourg , demeura quelque temps cantonné autour
d'Arras et eut ses quartiers à Namur . Au commen-
cement de mai 1711 , il se rend au camp de Douzy entre
Valenciennes et Bouchain , et il se trouve , le 27 juil-
let , à l'assaut du fort d'Arleux , où ses grenadiers se
distinguent vingt- sept d'entre eux restent sur le
champ de bataille . Les grenadiers de Surbeck avaient
pénétré les premiers dans le fort et avaient fait la
garnison prisonnière. Le régiment fut ensuite jeté
dans Valenciennes , d'où il fut à Cambrai en avril
1712. Le 24 juillet il combattit à Denain . Sa bri-
gade y perdit à elle seule plus que les cinq autres
ensemble , ayant été exposée à un feu terrible de
mitraille . Le capitaine Ployart et les lieutenants
Kaibert et Peyer y perdirent la vie ; plus de 150
hommes furent tués ou blessés . Surbeck fit ensuite
le siége de Douai , celui du Quesnoy qui coûta la vie
au capitaine Schmidburg et celui de Bouchain .

Après ces succès , il rentra dans Cambrai , qu'il quitta ,


le 26 mai 1713 , pour aller à Metz , d'où il fut aux
siéges de Landau et de Kayserslautern . Ses grena-
diers signalèrent leur bravoure, le 18 août, à l'attaque
des contre-gardes de Landau qu'ils connaissaient
déjà . Deux des compagnies, passant la rivière au-
54 HISTOIRE

dessus du pont qui avait été rompu , escaladèrent les


ouvrages avancés avec une audace incroyable , et
s'en rendirent maitres jusqu'à la première place
d'armes du chemin couvert, dont ils enlevèrent aussi
quatre traverses. Ce magnifique coup de main coûta
la vie au lieutenant Revilloz . Surbeck demeura en

garnison à Landau jusqu'au mois de juin 1714. II


venait d'être donné au colonel Hemel ( 1 ) qui le ra-
mena dans les lignes de la Lauter . Au mois de no-
vembre , on l'envoya à Phalsbourg et Marsal , et en
1715 , il fut réduit à deux bataillons, qui furent pla-
cés, en 1716 , à Rocroi , Philippeville et Givet.
En 1733 et 1734, le régiment, qui portait depuis
plusieurs années le nom de Bezenwald (2) , fut suc-
cessivement augmenté d'un 3° et d'un 4 bataillon .
Pendant la guerre de la succession de Pologne , il
garda la frontière du Nord depuis la mer jusqu'à la
Meuse. En juin 1736 , il se rendit à Versailles , tra-
vailla au comblement de l'étang qui s'étendait de

(1 ) Le colonel Surbeck avait été nommé brigadier 25 avril 1690,


maréchal de camp 3 janvier 1696 et lieutenant-général 26 octobre
1704. H était de Soleure. Son successeur Hémel , du canton de
Saint- Gall , capitaine au corps depuis 1683 et lieutenant-colonel
1er septembre 1711 , devint brigadier 1er février 1719. Pierre de
Grenut, qui l'avait précédé comme lieutenant-colonel , avait eu
cette charge le 13 février 1696 et le grade de brigadier le 20 sep-
tembre 1704.
(2) M. de Bezenwald , de Soleure, enseigne au corps en 1691 , a
élé fait brigadier 1er février 1719 , maréchal de camp 20 février
1734 et lieutenant-général fer mars 1738.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 55

Clagny à la chaussée qui conduit de Versailles à


Marly, et fut passé en revue par Louis XV, le 30 juin ,
dans la grande avenue du château de Versailles . Au
mois d'octobre, on l'envoya à Saint-Omer, et il fut de
nouveau réduit à deux bataillons le 8 janvier 1737 .
Sous le nom de La Cour- au-Chantre (1) , il fait
partie en 1742 et 1743 du camp de Dunkerque. Il
était , lui aussi , destiné à l'expédition d'Écosse qui
avorta . Le 3 bataillon ayant été rétabli le 22 sep-
tembre 1743 , le régiment servit l'année suivante
sous le maréchal de Saxe ; il couvrit les siéges de
Menin , d'Ypres et de Furnes et acheva la campagne
au camp de Courtrai . En 1745 , il fit le siége de
Tournai , et il demeura à la garde des tranchées pen-
dant la bataille de Fontenoy. Le 17 mai , le lieute-
nant Willomier fut tué à l'attaque de l'ouvrage à
cornes. Il fut encore employé cette année aux siéges
d'Audenaërde , d'Ostende et de Nieuport. A celui
d'Ostende, le 22 août , les compagnies de grenadiers
se couvrirent de gloire à l'attaque du chemin cou-
vert , mais elles y furent écrasées ; il n'en échappa
que quinze hommes . Les capitaines Gallatin , Martine
et Brendlé et les lieutenants Reichenstein et Risthe-

louber furent tués . Le capitaine Gallatin , qui avait


eu la cuisse fracassée, près d'expirer, répondit à un

(1) M. de La Cour- au-Chantre , de Vevay, cadet en 1685 , est de-


venu lieutenant- colonel au corps 22 décembre 1729 et brigadier
1er mars 1738.
56 HISTOIRE

ami qui lui demandait ses dernières volontés à l'égard


de son fils enfant , resté à Genève : Qu'il suive mon
exemple !
En 1746 , La Cour -au-Chantre contribue à la
conquête de la Flandre hollandaise et à la prise de
la citadelle d'Anvers et des châteaux de Namur . Le

capitaine de Court est blessé à ce dernier siége . Le


régiment termine cette campagne dans la plaine de
Rocoux . En 1747 , il assiste , sans y prendre part, à
la bataille de Lawfeld . Au mois d'août, il se rend sur
la Demer avec Courten pour surveiller les mouve-
ments des Alliés , et le 29 du même mois , il arrive
devant Berg-op- Zoom qui capitule bientôt. Cette
guerre fut terminée en 1748 par le siége de Maës-
tricht , où périrent les capitaines Glanière et
Burkhard .

Le régiment, qui avait pris, en 1748 , le nom de


Grand-Villars , en 1749 celui de Balthazard et en
1754 celui de Planta (1 ) , fut appelé, en 1755 , au
camp assemblé à Richemont sur la Moselle depuis le
26 août jusqu'au 25 septembre . Employé en 1757 à

(1 ) M. de Grand-Villars, de Mulhausen , entré au corps en 1702 ,


était devenu lieutenant-colonel 26 octobre 1738 et brigadier
20 mars 1747.
M. de Balthazard était brigadier du 2 mai 1744 et maréchal
de camp du 1er janvier 1748 .
M. de Planta , des Grisons , cadet aux Gardes en 1717 , a été fait
brigadier 1er mai 1745 , maréchal de camp 10 mai 1748 et lieute-
nant-général 17 décembre 1759.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 57

l'armée d'Allemagne, il marcha sur le Weser et se


trouva, le 5 novembre, à la bataille de Rosbach , où
il fut fort maltraité . Le lieutenant-colonel d'Ar-
bonnier ( 1 ) y fut blessé et fait prisonnier , ainsi que
les commandants de bataillons Jossaud et Arder ,
l'aide - major Wielandt , les capitaines Grenut ,
Affleger, Turtin , Gallatin , Bertenschalz , Bouscard ,
Faller et six lieutenants .

En 1758 , le régiment , qui s'était retiré sous Dus-


seldorf, passa aux ordres du comte de Clermont et
assista , le 23 juin , à la bataille de Créfeld . Le
13 avril 1759 , il était à celle de Bergen , où, placé
dans les vergers du village , il soutint le premier choc
er
des Alliés. Le 1 août, il combattit encore à Minden ,
où le capitaine Vespyel eut un bras emporté . Le 31
juillet 1760 , Planta rivalisait de courage avec Tou-
raine à l'affaire de Warbourg, et couvrait la retraite
de l'armée avec un ordre et une intrépidité admi-
rables . Devenu d'Arbonnier après cette bataille , il
continua de servir en Allemagne jusqu'à la paix , sou-
tenant toujours avec éclat l'honneur de ses
drapeaux ( 2) .

(1) M. d'Arbonnier , de la ville d'Orbe, colonel après M. de Planta ,


était capitaine au corps depuis 1722. Nommé lieutenant-colonel
12 mai 1748 , il devint brigadier 30 novembre 1755 et maréchal de
camp 20 février 1761. Son successeur, M. Jenner , est passé au ré-
giment devenu Ernest.
(2) Les drapeanx d'ordonnance de ce régiment étaient partagés,
dans chaque carré, en trois flammes , jaune, rouge et noire . Le
58 HISTOIRE

A sa rentrée en France , le régiment fut mis en


garnison à Metz , d'où il passa à Thionville en mars
1764 , au camp de Compiègne en juillet 1766 , à Valen-
ciennes à la levée de ce camp , à Toulon en novembre
1769 , à Huningue en octobre 1770, à Bitche en oc-
tobre 1772 , à Gravelines en octobre 1773 , à Aire en
septembre 1774, à Landrecies, Avesnes et Bouchain
en octobre 1775, à Valenciennes en octobre 1777 , à
Arras en février 1778 , à la Rochelle au mois d'aôut
de la même année et à Perpignan en octobre 1781 .
Ce fut à la fin de son séjour dans cette ville , que le
régiment fut donné à M. de Châteauvieux , de Genève ,
dont il devait rendre le nom si fàcheusement cé-
lèbre (1).

De Perpignan, Châteauvieux se rendit à Briançon


en mai 1783 , et à Toulon en avril 1784. Il s'embar-

drapeau-colonel avait une fleur de lis d'or à chaque angle et for-


mait un tableau représentant dans un paysage deux lions qui s'é-
lancent sur deux canons faisant feu . Au bas , il y avait un trophée
de tambours, tymbales, étendards et armes, et au-dessus cette de-
vise : Fortiter resistendo. La tenue du corps consistait en habit rouge,
veste, culotte et parements bleus , boutons et galons de chapeau d'ar-
gent, poches en travers garnies de trois boutous , boutonuières
bleues sur l'habit ; la veste était bordée d'un galon blanc et ornée
de brandebourgs blancs. L'ordonnance de 1775 donna , comme
distinction au corps, le collet, les revers et les parements jaunes.
Celle de 1776 changea la couleur du collet qui fut vert
( 1 ) M. d'Aulbonne , de Morges , avant- dernier colonel, fut fait
brigadier 11 août 1766 et maréchal de camp 3 janvier 1770. David,
Louis, baron de Constant de Rebecque , lieutenant- colonel 27 juil-
let 1769, fut nommé brigadier 3 janvier 1770 .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 59

qua le 1 mai dans ce port pour la Corse, où il est


resté jusqu'en mai 1788. Envoyé alors à Saarlouis ,
il vint à Nancy en novembre 1788 , fut appelé à Or-
léans en mai 1789 et aux environs de Paris deux
mois après . La Bastille prise , il fut renvoyé à Nancy.
En 1790 , un décret de l'Assemblée nationale , qui
prescrivait de rembourser aux troupes les massés des
régiments, masses illégalement formées aux dépens
des hommes, causa de grands désordres dans la
plupart des corps ; mais nulle part les prétentions
et l'insubordination des soldats n'allèrent aussi loin que
dans la garnison de Nancy, qui se composait , ainsi
que nous l'avons dit ailleurs , des régiments du Roi
et de Châteauvieux infanterie, et de Mestre de camp
général cavalerie.
Le mouvement commença dès les premiers jours
d'août. Les soldats de Châteauvieux , suivant l'exem-
ple de ceux du régiment du Roi , s'emparèrent de la
caisse de leurs corps . Deux hommes , que le lieute-
nant-colonel Moiriant fit traduire pour ce fait devant
le conseil de guerre , furent arrachés , le 14 , des
mains de la maréchaussée et portés en triomphe dans
les rues de la ville . Le lieutenant- colonel fut con-
traint, le sabre sur la gorge, de donner à chacun de
ces misérables six louis pour décompte de leur part
à la masse , et 100 louis de dédommagement. Les
autres officiers furent renfermés dans la caserne et

on leur demanda pour leur liberté la somme de


36,000 livres que les soldats prétendaient leur être due .
60 HISTOIRE

L'Assemblée nationale , indignée en apprenant ces

actes odieux , ordonna d'urgence que tous les rebelles


seraient traduits devant les tribunaux , si , dans les
vingt-quatre heures après la signification de son dé-
cret , ils n'étaient pas rentrés dans l'obéissance . Le
20 août , grâce à la vigueur de l'Assemblée et à l'in-
tervention de la garde nationale , tout paraissait ren-
tré dans l'ordre . C'était une illusion . Le 23 , arrive
le maréchal de camp inspecteur de Malseigne , dé-
puté pour le règlement des comptes de la garnison
de Nancy . Pendant que les deux autres régiments se
montrent disposés à obéir et à s'en rapporter à la
justice de l'inspecteur , Châteauvieux déclare qu'il
maintiendra par la force une réclamation de
200,000 livres : « Nous ne sommes pas Français, vo-
ciféraient ces hommes égarés , nous sommes Suisses ,
il nous faut de l'argent. »
Le 26 , M. de Malseigne, voyant les régiments
français prêts à se laisser entraîner, transmit à Châ-
teauvieux un ordre de départ, auquel il refusa d'o-
béir. L'insurrection de ce corps se communiqua aux
autres , et M. de Bouillé , commandant général de la
force armée dans la Lorraine, requit, pour faire exé-
cuter la loi , des détachements de la garnison de Metz
et les gardes nationales des départements voisins.
Cette petite armée arriva devant Nancy le 31 août .
Les rebelles essayèrent d'abord de parlementer, mais
Bouillé refusa d'entendre leurs conditions ; d'ail-
leurs , l'affaire s'engageait déjà par quelques soldats
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 61

suisses qui, d'une porte de la ville , tirèrent les pre-


miers des coups de fusil . La force seule restait pour
décider la question . Le combat fut terrible et dura
trois heures dans les rues et sur les places de Nancy.
Une grande partie des soldats de Châteauvieux fut
tuée ou faite prisonnière les armes à la main . Ceux
qui déposèrent les armes reçurent l'ordre de se
rendre immédiatement à Vic , Moyenvic et Marsal.
Quelques jours après, un conseil de guerre assem-
blé à Nancy, composé des officiers des deux régi-
giments suisses de Castellas et de Vigier qui avaient
pris part à la répression, et sous la présidence de
M. Girardier, lieutenant-colonel de Castellas , rendit
une sentence ainsi conçue :
« Ce jourd'huy, 4 septembre 1790 , le conseil de
guerre composé des régiments suisses de Castellas et

de Vigier, assemblé à Nancy, a unanimement con-


damné les cent- trente-huit séditieux arrêtés du ré-

giment suisse de Châteauvieux , pour la part plus ou


moins grande qu'un chacun d'eux a prise à la rébellion ,
sédition, et aux horreurs qu'ils ont commises, savoir :
Le nommé Soret à être roué vif, comme un des
cinq membres du comité des rebelles .
<«< Les nommés (vingt-deux hommes) à être pendus,
jusqu'à ce que mort s'ensuive .
« Les nommés (trente-neuf) à servir comme for-
çats pendant trente ans sur les galères du roi.
« Les nommés (deux hommes fugitifs) , con-
damnés par contumace, à la même peine.
62 HISTOIRE

« Les nommés (soixante-quatorze hommes) , à


être détenus dans les prisons, pour être rendus à
leur régiment à la première réquisition qui en sera
faite par le commandant du régiment de Château-

vieux , pour être ordonné par lui de plus amples


informations . >>

« Le tout a été exécuté, le jour, mois et an


que dessus ..... »
Sentence aussi prompte que terrible , mais juste , et
qui fut alors généralement applaudie . Cependant la
révolution marchait vite sur la pente rapide où elle
était entraînée , et il se sera écoulé deux ans à peine ,
que les braves soldats qui avaient versé leur sang
pour l'ordre et pour l'honneur de l'armée ne seront
plus, suivant l'expression d'un chant célèbre , que les
complices de Bouillé, des tigres sans pitié.
Les débris du régiment de Châteauvieux ren→
trèrent dans le devoir. Le 16 octobre , on lisait à l'As-
semblée nationale une lettre écrite par les officiers
du corps, où ils annonçaient que les soldats étaient
venus les prier de reprendre les sommes extorquées
à l'époque malheureuse de l'insubordination ; que
les capitaines avaient d'abord refusé, mais que les
soldats avaient insisté , en déclarant qu'ils se croi-
raient déshonorés tant que cet argent resterait entre
leurs mains ; qu'ils étaient prêts à se soumettre à
toute espèce de privations , et même à une réduction
de paie . L'Assemblée ordonna l'impression de cette
lettre et son envoi à tous les régiments de l'armée.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 63

Elle décida , en outre , le 6 décembre , qu'on écrirait


aux Cantons , qui avaient pris la chose fort à cœur, pour
obtenir la grâce des quarante et un soldats condamnés
aux galères, ainsi que celle des soixante-quatorze
renvoyés à la justice du corps.
Le 22 mars 1791 , le 1er bataillon quitta Vic et
Marsal pour aller se réunir au 2° qui était depuis
quelque temps à Bitche.
Dès cette année , les choses commencèrent à chan-
ger de face en France et dans l'Assemblée nationale .
Les soldats qui étaient au bagne de Brest trouvèrent
des amis jusqu'au sein de la Représentation . Dans la
séance du 24 décembre, comme les Cantons helvé-
tiques continuaient à se refuser à toute espèce d'am-
nistie pour les coupables , le député Maille proposa
que le gouvernement fût chargé d'agir directement
sur les officiers de Vigier et de Castellas pour les en-
gager à accepter pour les soldats de Châteauvieux
l'amnistie accordée le 14 septembre aux militaires
nationaux . Cette démarche fut, à ce qu'il paraît , sans
résultat, car le 31 , l'Assemblée décida de sa propre
autorité que les galériens de Châteauvieux seraient
mis en liberté. Ce décret reçut immédiatement son
exécution , et ces soldats , au nombre de quarante ,
après un voyage triomphal, arrivèrent à Paris, où
l'engouement pour eux fut porté jusqu'à la plus hon-
teuse folie.

Le 2 avril 1792 , un comité se forma sous la pré-


sidence de Tallien , pour leur faire une réception so-
64 HISTOIRE

lennelle . Ils y parurent coiffés , disent les uns , du


bonnet de police de leur corps, du bonnet du bagne
de Brest, disent les autres , d'un bonnet rouge dans
tous les cas , et à l'instant les Jacobins , se souvenant
que le bonnet phrygien était en Grèce et à Rome une
des marques de l'affranchissement, adoptèrent cette
coiffure comme un des emblèmes caractéristiques de
la révolution . Bientôt il devint dangereux de ne
point porter ce signe.
Le 9, les quarante libérés se présentent aux portes
de l'Assemblée nationale . M. de Jaucourt réclame en

vain pour que leur triomphe ne soit pas officiel ; après


une séance des plus orageuses, 288 voix contre 265
décident qu'ils seront admis aux honneurs de la
séance . Collot-d'Herbois fait leur panégyrique et ils dé-
filent dans la salle au bruit des tambours et aux cris

de Vive la nation , avec un cortége nombreux de ci-


toyens et de citoyennes, auxquels cette glorification
des échappés du bagne découvrait sans doute de
magnifiques perspectives pour l'avenir.
Cependant la guerre commençait au même mo-
ment. Le régiment, toujours à Bitche, mais comptant
dans les rangs de l'armée du Centre , jurait qu'il
périrait tout entier plutôt que de remettre le château ,
et cependant au mois de septembre , il désertait tout
entier. Les Jacobins firent courir le bruit qu'il résul-
tait d'une lettre interceptée du prince de Condé ,
que cette désertion ne devait être attribuée , ni aux
événements du 10 août, ni au licenciement des trou-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 65

pes suisses, mais à l'aristocratie et aux trahisons des


officiers . C'était la tactique employée, lorsque des
soldats s'étaient montrés lâches ou traîtres .
Ainsi finit vilainement un corps qui avait de ma-

gnifiques états de service . C'est le seul régiment de


l'infanterie , qui , pendant la révolution , ait complé-
tement et sans retour manqué à tous ses devoirs , et
ce régiment n'était pas français .

MIST. DE L'ANC. INFANTERIE FRANÇAISE. T. VII . 5


66 HISTOIRE

RÉGIMENT DE LA MARK.

77e RÉGIMENT D'INFANTERIE .

Ce n'est pas la faute de La Mark,


(le Maréchal de Broglie.)

COLONELS-COMMANDANTS.

1. Comte DE KONIGSMARK (Guillaume- Othon ) , 10 août 1680 .


2. DE SURBECK (Jean-Jacques) , 25 octobre 1686 .
3. Comte DE FURSTEMBERG (Ferdinand- Maximilien -Gaëtan- Jo-
seph Egon de La Mark) , 24 janvier 1693.
4. Comte DE LA MARK ( Louis- Pierre Engilbert ) , fer décembre
1697.
5. Comte DE LA MARK (Louis-Engilbert) , 29 avril 1727.
6. Comte DE LA MARK (Auguste-Marie Raymond) , 19 octobre
1773.
7. Baron DE ZANTHIER ( Sigismond ) , 15 avril 1780 .
8. Baron DE HAN (Eberhard) , 30 avril 1784 .
9. Baron DE WURMSER (Frédéric) , 21 septembre 1788 .
10. Baron FREDRIK-LEFORT (Frédéric-Antoine-Henri) , 12 octo-
bre 1788.
11. DE HAACK (Charles- Ernest ) , 5 février 1792 .
12. DE CARLHAN (Jacques-Melchior) , 8 juillet 1792 .
13. GOENHART (Ambroise) , 10 novembre 1792.
.T2
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 67

Ce régiment, créé par ordonnance du 10 août 1680


sous le nom de Konigsmark , fut formé avec quatre
compagnies franches et douze compagnies réformées
du régiment de Furstemberg connu en dernier lieu
sous le titre de Salm- Salm.
Il débuta en 1684 , à l'armée de Catalogne sous
le maréchal de Bellefonds et se distingua extrême-
er
ment , le 11 mai , au passage du Ter . Le 1º bataillon ,
conduit par le lieutenant-colonel de Cassy, qui fut
tué, se jeta intrépidement dans les eaux grossies de
cette rivière au gué de Madignan , et quoiqu'il y per-
dit un grand nombre d'hommes entraînés par le
courant, il contribua beaucoup à la déroute des Es-
pagnols. Le 21 , il ouvrit la tranchée devant Girone ,
emportée d'assaut et aussitôt abandonnée , et au mois
de juin , il contribua à l'investissement de Cap
de Quiers .
En 1690 , le régiment , devenu Surbeck ( 1 ) était
encore dans le Roussillon . Il servit sous le duc de

Noailles à la reprise de plusieurs places et au blocus


de Girone . Dirigé la même année sur l'armée d'I-

(1) Le colonel de Surbeck est le même qui a commandé le ré-


giment suisse qui précède . Son successeur, le comte de Furstemberg
La Mark avait déjà eu le régiment devenu Salm-Salm. Il fut obligé
de sortir de France en 1697 pour affaire d'honneur et il fut rem-
placé par son frère aîné, le comte de La Mark, qui a été nommé
brigadier 10 février 1704 , maréchal de camp 20 mars 1709 et
lieutenant-général 8 mars 1718.
68 HISTOIRE

talie, il la joignit quelques jours après la bataille de


Staffarde , et il acheva la campagne par la prise de
Suze. On le voit , en 1691 , à la prise de Villefran-
che et de son château , de Montalban , de Sant'Os-
pizio , de Nice , de Veillane , de Carmagnola et du
château de Montalban . Il reste sur la défensive en

1692 , et l'année suivante, sous le nom de La Mark,


qu'il n'a plus quitté, il combat vaillamment à la
Marsaglia où son major perd la vie . Il continue de
servir sur les Alpes les annéessuivantes , fait le siége de
Valenza en 1696 et passe en 1697 à l'armée de la
Meuse sous les ordres de Boufflers .
La Mark, incorporé dans l'armée de Flandre en
1701 , se trouve l'année suivante aux combats de

Nimègue et d'Eckeren où les Hollandais et les Anglais


sont battus. Il passe en 1703 sur le Rhin avec le duc
de Bourgogne et se trouve à la prise de Brisach et de
Landau . Revenu dans les Pays-Bas en 1704 , il dé-
fend avec Alsace les lignes de Flandre le 18 juillet
1705 et se trouve en 1706 à la défaite de Ramilies .

Deux ans après , il assiste encore à la malheureuse jour-


née d'Audenaërde , et pendant le siége de Lille , il reste
avec le marquis d'Hautefort au camp de Melder. En
1709 , il combat à Malplaquet , dans la brigade de
Bourbonnais. Il se trouve depuis à l'attaque d'Arleux
en 1711 , à la reprise de Douai , du Quesnoy et de
Bouchain en 1712 et aux siéges de Fribourg et de
Landau en 1713.

En 1727 , La Mark fait partie du camp assemblé


DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 69

sur la Meuse à Stenay et en 1732 du camp d'Alsace .


L'année suivante , il sert au siége de Kelh , et , en,
1734, à l'attaque des lignes d'Ettlingen et au siége
de Philisbourg . Porté à trois bataillons par ordre du
1º juillet , il quitte l'armée d'Allemagne au mois
d'octobre pour se rendre à celle d'Italie , qu'il rallie
le 1 " décembre . Il concourt, en 1735 , à la prise du
château de Gonzague , de Reggiolo , de Reggio et de
Revere, et rentre en France au mois d'avril 1736. Il
fut alors mis en garnison à Cambrai et réduit à un
bataillon par ordre du 8 janvier 1737 ( 1 ) .
Une ordonnance du 15 mai 1741 le rétablit à deux
bataillons . Au mois d'avril 1742 , il fit partie du ren-
fort envoyé en Bavière , et il arriva le 21 mai au camp
de Nieder-Altach . Une ère de gloire s'ouvre ici pour
La Mark , comme pour tous les régiments alle-
mands, qui faisaient fureur à cette époque des Frédé-
ric et des Maurice de Saxe .
Quand, au mois d'août, le comte de Saxe réunit

(1 ) Le comte de La Mark, qui succéda à son père en 1727 , et


qui garda 46 ans la propriété du corps, fut fait brigadier 1er août
1734, maréchal de camp 1er janvier 1740 et lieutenant- général
1er mai 1745. Les lieutenants - colonels qui commandèrent sous lui ,
sont : Jean Hermann de Hinisdall, baron de Fumal , lieutenant en
1695, lieutenant- colonel 29 décembre 1714, et brigadier 3 avril
1721 ; Desbarreaux, enseigne en 1695 , lieutenant-colonel 11 avril
1737 et brigadier 2 mai 1744 ; François Marie , chevalier de La
Mark , sous-lieutenant en 1710, lieutenant-colonel 29 mars 1746 ,
brigadier 20 mars 1747 et maréchal de camp 10 février 1759.
70 HISTOIRE

les cantonnements de son armée éparpillée sur les


frontières de la Bohême et se replia sur Deckendorf
en présence de l'armée autrichienne, La Mark forma
l'arrière-garde avec le régiment de Noailles devenu
Dauphiné et, depuis , il fit toujours partie du corps de
réserve que Maurice garda sous sa main . Le 22 no-

vembre, le jour même où l'armée prit possession de


Deckendorf, le lieutenant- colonel Desbarreaux en-
leva aux hussards autrichiens , à Bichofsmaiss , un
convoi d'argent dont le roi gratifia le régiment . La
Mark prit ses quartiers d'hiver à Deckendorf, et ne
quitta cette position qu'un moment, en février 1743 ,
pour se rendre avec le corps de réserve à Amberg
pendant le ravitaillement d'Égra . Cette opération
terminée, il reprit ses positions autour de Decken-
dorf. Le 2 avril , le lieutenant-colonel Desbarreaux ,
qui était à Pogen, attaqua avec ses deux bataillons
les quartiers des hussards de Forgatz et leur tua quel-
ques hommes. Le 27 mai , La Mark contribua avec
Champagne, Bourbonnais et Royal- Comtois à l'éner-
gique défense de Deckendorf. Après cette affaire, il
se retira à Poching pour défendre les passages du
Danube . Le corps eut à regretter dans les combats du
27 mai les lieutenants de Raguet et Flemming, niais
surtout le capitaine de Nédonchel , qui reçut deux
coups de feu en se portant au secours de Champagne .
Cependant ces deux blessures ne l'avaientpoint arrêté ;
il avait achevé de dégager les troupes compromises et
revenait à l'arrière-garde , soutenu par un gre-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 71

nadier, quand une troisième balle les tua tous les


deux .
L'archiduc Charles se présenta le 5 juin pour for-
cer le passage du Danube à Poching, et toute la valeur
du régiment ne put l'en enipêcher. L'archiduc com-
mença son opération vis-à-vis de Poching , où se
trouvait le commandant comte de Lynden avec son
bataillon , en lançant sur le fleuve, à dix heures du
soir, seize grandes barques portant chacune 100
hommes. Au premier bruit d'alarme , le lieutenant-
colonel Desbarreaux accourut de Wersbourg avec le

1er bataillon et dirigea sur les barques une vive fusil-


lade qui décima les Autrichiens et les contraignit deux
fois à s'éloigner de la rive ; enfin mieux inspirés , ils se
divisent pour aborder sur plusieurs points à la fois ,
et forcent ainsi le régiment de La Mark à s'affaiblir
partout pour être présent sur tous les points. Au bout
de trois heures , les Français avaient épuisé leurs car-
touches, et les Autrichiens se présentaient avec du
canon . Il fallut songer à la retraite, et le régiment se
retira en bon ordre à Fischerdorf dans la direction de

Straubing. Le maréchal de Broglie , en rendant


compte de cette affaire , qui eut les résultats les plus
graves pour son armée , disait assez naïvement, ce
semble : « Si ce poste n'a pas été mieux défendu,
ce n'est pas la faute de La Mark. » Le capitaine
de Walz, qui accourait de Berckheim avec sa com-
pagnie au bruit de la fusillade , fut attaqué au milieu
des ténèbres par 300 hussards ; il fit la plus valeu-
72 HISTOIRE

reuse résistance , força les hussards à s'éloigner et


sauva un convoi d'artillerie . Ces divers combats , qui
durèrent depuis dix heures du soir jusqu'à une heure
du matin , coûtèrent au régiment 350 hommes . Le
capitaine de Sandras eut la mâchoire fracassée et
une partie de la langue coupée ; le lieutenant de
Merk eut le bras cassé, la main droite percée et une
blessure au côté droit . Dans la retraite à travers les

marais qui bordent le Danube, le lieutenant- colonel


tomba dans un bourbier, et y eût infailliblement péri
sans le secours du cadet Carlier et du sergent Rossius .
Le régiment, après avoir rallié ses débris à Straubing ,
se retira sous Ratisbonne , et rentra en France au mois
de juillet , sauf un détachement laissé dans In-
golstadt. Il acheva la campagne sur le haut Rhin
et fit des merveilles, le 30 septembre , en repoussant
victorieusement , au passage du Rhin à Rheinweiler,
ce même prince Charles qui l'avait forcé sur le Da-
nube . Soutenu par deux régiments de dragons , il
culbuta dans le fleuve vingt-deux compagnies de
grenadiers autrichiens .
La Mark commenca la campagne de 1744 en Flan-
dre, et fit le siége de Menin qui capitula le 4 juin ,
pendant qu'il était de garde aux tranchées. Il retour-
na ensuite en Alsace , où l'ennemi venait de forcer les
lignes de la Lauter, et i! se distingua le 3 juillet à la
reprise de ces lignes. Ce fut lui qui emporta d'assaut
la redoute de Kroon . Ses pertes furent énormes dans
cette brillante affaire . Les deux aides-majors, MM. de
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 73

Baucoyran et Colligny, les lieutenants de Hatten et


Pied-du-Mont, six sergents et 65 soldats furent tués ;
le lieutenant- colonel Desbarreaux , les capitaines de
grenadiers de Friedberg , de Thossé et Hamilton , les
capitaines de Walz , Trichard , d'Ayrolles ,Flemming ,
Desbarreaux fils et Mantz l'aîné , les lieutenants Mantz,
Saint-Mesmin , Both , La Peignée , Heschwig et Quin ,
trois sergents et 64 soldats furent blessés .
La Mark se fit encore remarquer cette année à
l'attaque des retranchements de Suffelsheim , au
combat d'Augenheim et au siége de Fribourg . Au
mois de septembre , il fit partie de la petite division
qui rentra en Allemagne avec le comte de Ségur pour
aller au secours des Bavarois. Embrigadé avec La
Sarre, il combattit avec un rare courage à Pfaffenho-
fen, en avril 1745 , et revint en France . Dirigé alors
sur l'armée de Flandre, il se trouva aux siéges
d'Audenaërde , d'Ostende et de Niewport. Il revint
ensuite hiverner en Alsace , et en 1746 , il fit partie
de l'armée de la Meuse qui couvrit les opérations du
siége de Mons. Il servit à celui de Charleroi , pen-
dant lequel un faible détachement , confié à un en-
fant de seize ans , le lieutenant Gaspard de Haüser,
chargé d'escorter un convoi, fut attaqué et presque
entièrement détruit en défendant intrépidement ce

convoi qui put arriver à destination . Le régiment


assista encore cette année à la bataille de Rocoux .

En 1747 , il fit d'aboid partie du camp de Mali-


nes et avait la garde des moulins de Rousselaëre . Le
74 HISTOIRE

1er juillet , à Lawfeld , il attaqua le village de ce


nom , et franchit les retranchements au milieu
d'un feu terrible , qui lui mit hors de combat 50 of-
ficiers et plus de 600 soldats . Une ordonnance , datée du
jour même de la bataille , porta ce brave régiment à
quatre bataillons . L'année suivante , il fit le siége de
Maëstricht, au quartier du comte de Lowendhal.
L'ordonnance du 26 décembre 1748 le réduisit de
nouveau à deux bataillons .

En 1756 , La Mark dut faire partie du corps auxiliaire


promis par Louis XV à l'impératrice , mais la France
ayant dû prendre part pour son compte à la guerre
de Sept Ans, le régiment fut appelé à l'armée du ma-
réchal d'Estrées et il assista à la bataille d'Haastem-

beck. Les volontaires , commandés par le capitaine


de Nézot , se trouvèrent à l'attaque de l'arrière-garde
ennemie à Bielefeld , et souffrirent beaucoup du feu de
l'artillerie . Le régiment suivit ensuite le maréchal
de Richelieu , qui venait de remplacer le maréchal
d'Estrées dans sa course en Hanovre. Après la con-
vention de Closterseeven , il fit partie du camp d'Hal-
berstadt, qu'il quitta, le 7 octobre, pour aller ren-
forcer l'armée du prince de Soubise . Il se fit écraser ,
le 5 novembre , à Rosbach , en s'acharnant à l'attaque
de la position de Trunsfeld. Les 1capitaines Mantz
l'aîné et Limar , et les lieutenants Hiem, Brancion ,
Druhot, Suty et Beurdhal perdirent la vie : les ca-
pitaines d'Ayrolles , Trichard , Desbarreaux , Lescal-
lier, Housseau, Grandchamp , d'Eblingheim , Mantz
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 75

cadet, Desfossés-Solis , Dufort et Lyautey furent bles-


sés, ainsi que les trois aides-majors Carlier, Maës et
Scheid, et sept lieutenants parmi lesquels se trou-
vaient MM. Montel et Baklau .

Les débris du régiment battirent en retraite sur le


Rhin , et quand le prince Ferdinand eut franchi ce
fleuve au commencement de 1758 , ils eurent ordre de
sejeter dans Dusseldorf. La Mark se trouva cette année
à la bataille de Créfeld et au combat de Meer , où il
prit à l'ennemi une pièce de canon qui remplaça
celle qu'il avait perdue à Rosbach . ( 1 )
La Mark ne paraît pas avoir été employé activement
en 1759. Le 18 janvier de l'année suivante , il reçut
par incorporation le 2 bataillon du régiment de
Lowendhal, ce qui le porta à trois bataillons . Le 10
juillet , il se distingua au combat de Corbach et à la
fin du même mois, il contribua vigoureusement à
l'attaque de Cassel et du camp de Sachsenhausen
que le prince Ferdinand fut obligé d'abandonner .
Cette même année , le capitaine de Nézot , qui avait
continué de se distinguer à la tête d'une compagnie
de chasseurs volontaires , prit une part brillante à la
prise de Munden et obtint la croix de Saint-Louis à

(1) A partir de 1759 , le commandement réel du corps est confié


à un colonel en second ou colonel commandant. Le premier fut
Pierre Christian , baron de Wimpfen , nommé le 21 avril 1759,
devenu brigadier 25 juillet 1762 et maréchal de camp 3 janvier
1770. Son successeur. Jean Gabriel, comte de Briey de Landres,
nommé le 3 janvier 1770, est devenu colonel de Royal-Auvergne.
76 HISTOIRE

vingt-trois ans. Pendant l'hiver , La Mark se signala


à l'attaque de la ville basse de Statsberg, et , en
1761 , à l'affaire de Wilhemstadt et à toutes celles
qui eurent lieu autour de Cassel . Le règlement du 21
décembre 1762 le ramena à deux bataillons .
Après la cessation des hostilités, La Mark avait été mis
en garnison à Thionville. Il se rendit de là au Quesnoy
en mars 1764 , à Condé en novembre 1764 , à Metz
en août 1765 et au camp de Soissons en août 1766 .
Après ce camp, il fut envoyé à Huningue , d'où il pas-
sa à Grenoble en septembre 1767 et à Toulon en
août 1768 pour aller en Corse . Débarqué dans cette
île le 15 octobre , il fut cantonné entre Bastia et
Saint-Florent et contribua avec vigueur à la pacifi-
cation définitive du pays. Six compagnies, placées
dans le poste de Barbaggio , y furent attaquées dans
la nuit du 13 au 14 février 1769 par toutes les forces
de Paoli . Cette poignée d'hommes , après avoir épuisé
toutes ses munitions , après avoir perdu un grand
nombre de braves , se vit , au bout de dix -huit heures
de résistance dans de mauvaises baraques, forcé de
souscrire à une capitulation et de se rendre prison-
nière . Pendant ce temps, le major de Falk rassem-
blait les autres compagnies dispersées , et , dès le
lendemain , il investit à son tour les Corses et les tint
en respect jusqu'à l'arrivée du comte de Marbeuf, qui
accourait avec la garnison de Bastia . Les Corses furent
repoussés dans les montagnes et La Mark rentra en
possession de Barbaggio . Il se trouva , cette même
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 77

année, au combat du pont du Golo , dont le succès


décida de la soumission de la Corse.
Rentré à Toulon le 28 octobre 1770, le régiment
se rendit à Uzès, d'où il fut à Grenoble en octobre
1771 , à Valenciennes en septembre 1773, à Longwy
en octobre 1774 , à Saarlouis en novembre 1777 , à
Lille en mars 1778 et à Saint-Lô au mois de juillet
de la même année . Après un court séjour sur les côtes
de la Normandie , il fut envoyé à Longwy, où il arri-
vait à la fin d'octobre. En avril 1779 , il fut placé à
Thionville, et au mois de juillet , on le dirigea sur
Calais et Boulogne. Après deux ans de séjour dans
ces villes, il se mit en route pour Brest, et il s'embar-
qua dans ce port à la fin de 1781 pour passer à l'île
de France, où il est resté cinq ans . Des détache-
ments se rendirent dans l'Inde et y prirent part à
la guerre. Le colonel de Zanthier ( 1 ) y mourut et le
capitaine de Werner y fut grièvement blessé.

(1 ) Le dernier colonel propriétaire, comte de La Mark, depuis


prince d'Aremberg, sous-lieutenant au corps en 1769 , brigadier 5 dé–
cembre 1783 et maréchal de camp 9 mars 1788 , n'a jamais com-
mandé en personne le régiment. Il était suppléé par des colonels-
commandants. Au baron de Zanthier, mort dans l'Inde, succéda le
baron de Han, nommé maréchal de camp le 21 septembre 1788 ,
puis le baron de Wurmser , maréchal de camp le 12 octobre 1788 ,
et Fredrik-Lefort , maréchal de camp 5 février 1792. M. de Carlhan
avait été nommé lieutenant-colonel le 5 février 1792 et Goënhart
le 12 juillet 1792 .
François-Xavier de Freytag, lieutenant-colonel 19 février 1766 ,
est devenu brigadier 1er mars 1780, et maréchal de camp 1er jan-
vier 1784.
78 HISTOIRE

Débarqué à Lorient le 24 avril 1785 , La Mark fit


un court séjour à Henuebon et se mit en route pour
Strasbourg au mois de juin. Il est allé depuis à
Weissembourg en mars 1788, à Schlestadt et Neuf-

brisach au mois de juin de la même année , et au mois


d'août 1790 , il détacha son 2 bataillon à Villefran-
che près de Lyon . En janvier 1791 , le régiment tout
entier fut envoyé à Aix , et en octobre il fit partie de
la petite division réunie à Sorgues pour l'occupation
et l'organisation du Comtat venaissin . Il entra le 10
novembre à Avignon , où il eut à combattre la bande
de brigands de Jourdan . Demeuré en garnison à
Orange et Avignon , l'appui qu'il avait prêté aux ci-
toyens paisibles , lui suscita, au commencement de
1792 , des ennemis terribles . Il fut accusé d'avoir
voulu s'opposer au passage à Avignon de la fameuse
colonne marseillaise . Le gouvernement , sans force
déjà devant les clameurs des enragés, envoya le ré-
giment à Saintes au mois de mai . Le corps ne quitta
plus les provinces de l'Ouest. De Saintes , il alla à la
Rochelle et il partit de cette ville le 26 novembre
pour se rendre à Brest. En 1793 , il fut employé à la
défense de Nantes, et il fit partie du corps du général
Beysser, qui livra autour de cette grande cité tant
de combats aux Vendéens . Après la bataille de Save-
nay, il repassa sur la rive gauche de la Loire , se mit
à la poursuite de d'Elbée et contribua à la reprise de
Noirmoutiers .
Le 1er bataillon de La Mark a été versé le 8 juillet
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 79

1794 dans la 141 ' demi- brigade . Le 2 continua en-


core pendant un an à combattre isolément dans
l'Ouest : il est entré le 5 juillet 1795 dans la forma-
tion de la 142°.

Le régiment de La Mark avait eu la prévôté et


vingt-quatre drapeaux . Le drapeau-colonel était
semblable à celui du régiment de Salm-Salm . Les
drapeaux d'ordonnance présentaient dans un tableau
bleu d'azur trois grandes fleurs de lis d'or, surmon-
tées de la couronne royale et entourées d'une branche
de chêne et d'une palme d'or liées par un ruban
rouge. Ce tableau était encadré dans quatre bandes .
Les bandes extérieure et intérieure étaient jaunes,
les deux autres plus larges étaient partagées en car-
rés rouges et blancs alternatifs , formant un damier.
Le costume du corps s'était d'abord composé
d'habit, veste, culotte et doublure bleus, collet et
parements jaunes ; poches en travers, boutons d'é-
tain d'un côté sur l'habit et sur la veste ; boutonnières
blanches des deux côtés sur l'habit jusqu'à la hau-
teur de la poche , et des deux côtés sur la veste jus-
qu'en bas , manches en botte, chapeau bordé d'argent
En 1760 , il eut les revers, le collet et les parements
jaune citron , la veste, la culotte et la doublure
blanches. En 1775 , le collet devint bleu .
80 HISTOIRE

RÉGIMENT DE PENTHIÈVRE.

78 RÉGIMENT D'INFANTERIE .

Landau...

COLONELS-LIEUTENANTS.

1. Marquis DE SURVILLE (Louis-Charles d'Hautefort), 20 février


1684 .
2. Comte DE CADRIEU (Jean) , 4 avril 1693.
3. Comte D'HAUTEFORT-BOSEN (Jean-Louis) , 8 mai 1703 .
4. Marquis DE FRANCONVILLE ( Gabriel-Simon d'O) , 15 mars
1718.
5. Comte DE COETLOGON (Louis-Emmanuel), 1er novembre 1734 .
6. Chevalier DE SAINT-PERN (N. ) , 1er décembre 1745 .
7. Marquis DE CLERMONT - GALLERANDE ( Bernard-Henri ) ,
1er décembre 1762.
8. Comte DE GUÉBRIAND (Louis-Jean- Baptiste de Budes) , 13 août
1765.
9. Comte DE PARDAILLAN (Pierre) , 11 novembre 1782.
10. Comte DE TRACY ( Antoine-Louis-Claude Destutt) , 10 mars
1788.
11. DE BORDE-DESFORÊTS (Jean-Daniel Pinet) , 5 février 1792 .
12. PONNAT DE SILLON (Louis-François) , 7 septembre 1792.

Levé sur le pied de seize compagnies , par ordre


DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 81

du 20 février 1684 , et donné à sa création à Louis-


Alexandre de Bourbon , comte de Toulouse , fils
naturel de Louis XIV et de madame de Montes-
pan ( 1 ) , ce régiment débuta en 1690 à la bataille de
Fleurus . L'année suivante , il fit le siége de Mons où
ses grenadiers firent parler d'eux . Ce fut à ce siége
que le jeune comte de Toulouse fit ses premières
armes ; il monta plusieurs fois la garde de tranchée
à la tête de son régiment. Celui-ci acheva la campa-
gne sous le maréchal de Luxembourg et assista au
combat de Leuze. En 1692 , il commença encore par
faire, sous les ordres du roi , le siége de Namur .
Après la prise de la ville , Toulouse , en compagnie du
régiment du Roi , s'empara des hauteurs qui domi-
nent le château , malgré la résistance de cinq batail-
lons ennemis . Il eut ce jour-là quatre capitaines , deux
lieutenants et soixante et onze soldats tués ou blessés .

Les deux compagnies de grenadiers se firent remar-


quer à la prise du fort Guillaume . A la bataille de

Le comte de Toulouse eut le grade de maréchal de camp le 3


janvier 1696 et celui de lieutenant -général le 3 août 1698. Louis
XIV lui avait donné , pour ainsi dire dès le berceau , la charge de
grand amiral de France , qu'il transmit à son fils le duc de Pen-
thièvre . C'estpourquoi les drapeaux du corps portaient à l'extrémité
de chacune des branches de la croix une ancre d'argent armée
d'un jas d'azur semé de fleurs de lis d'or. Les quartiers des dra-
peaux d'ordonnance étaient les uns verts et les autres feuille morte ,
et chacun d'eux était partagé par une traverse de couleur contraire ,
dirigée suivant la diagonale de l'étoffe .
HIST. DE L'ANC. INFANTERIE FRANÇAISE. T. VII. 6
82 HISTOIRE

Steenkerque, le régiment de Toulouse appuya les


efforts de Provence , et le colonel de Surville fut cité
si honorablement dans le rapport du maréchal de
Luxembourg que Louis XIV le fit immédiatement
colonel-lieutenant de son régiment . Toulouse perdit
à Steenkerque deux officiers et 147 hommes, trente
et un officiers et 154 soldats furent blessés . Il ter-
mina cette campagne par le bombardement de Char-
leroi . En 1693 , on le trouve au siége d'Huy, à la
bataille de Neervinden et au siége de Charleroi . Il
passa l'hiver à Dixmude, fut en 1694 de la fameuse
marche de Wignamont au pont d'Espierres et fut
employé l'hiver suivant de l'Escaut à la mer . Il con-
tribua, en 1695 , au bombardement de Bruxelles , se
trouva au combat de Tongres et retourna prendre ses
quartiers d'hiver à Dixmude . Il fit les deux campa-
gnes suivantes sur la Meuse et fut appelé en 1698 au
camp de Compiègne .
En 1701 , Toulouse fut dirigé sur l'Allemagne . Il
quitta Strasbourg avec Villars en septembre 1702 ,
et il était avec ce général à la prise de Neubourg et
à la bataille de Friedlingen . En 1703, il fit le siége
de Kelh et suivit Villars en Bavière . Il se trouva ainsi

aux affaires de Hornberg, de Munderkirchen et


d'Hochstedt, ainsi qu'à la prise de Kempten et d'Augs-
bourg . En 1704 , le 1er bataillon , commandé par le
colonel d'Hautefort , se couvrit de gloire au combat
de Schellemberg près de Donaüwerth . Le régiment
tout entier assista à la deuxième journée d'Hocstedt .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 83

Il faisait partie du corps du maréchal de Marchin et


fut à peine engagé.
A son retour sur le Rhin , Toulouse fut jeté dans
Landau, où il fut assiégé dès le mois de septembre .
Le 27 , les deux compagnies de grenadiers avec celles
du régiment de Beaufermés sortirent de la place, s'é-
lancèrent avec une audace extrême sur les tranchées

des Impériaux, en comblèrent une partie , enclouè-


rent une batterie et laissèrent les travaux jonchés de
cadavres des ennemis . Les deux capitaines, MM. de
Rochecolombe et de Verdal furent blessés en se re-
tirant. Le 22 novembre, le capitaine de Brunières,
homme de mérite et de courage, entreprit avec cin-
quante grenadiers de bonne volonté de chasser l'en-
nemi du logement qu'il avait fait dans la contre-
garde de gauche . Il y marche résolûment, mais
accueilli par une pluie de grenades , il tombe mortel-
lement blessé . Landau capitula après soixante - neuf
jours de tranchée ouverte. Toulouse en sortit le
25 novembre et se retira à Strasbourg .
En 1705 , il est porté à trois bataillons et continue
de servir en Alsace . En 1706 , sous Villars, il parti-
cipe au secours du Fort-Louis, à la prise de Drusen-
heim , de Lauterbourg, d'Haguenau et de l'île du
Marquisat . En 1707 , il est à l'attaque des retranche-
ments de Stolhofen et à toutes les expéditions de
Villars sur les deux rives du Rhin . En 1708 , il est
chargé de la garde de l'artillerie de l'armée combinée
de l'Électeur de Bavière et du maréchal de Berwick
84 HISTOIRE

Il fait partie, au mois de juin , du camp d'observation


de le Petite-Pierre, et pendant le reste de la cam-
pagne , il occupe successivement Bouquenom et
Forbach . En 1709 , il est dans les lignes de la Lau-
ter à Salembach, et se trouve le 26 août au glorieux
combat de Rumersheim. Il vient l'année suivante à
Strasbourg et Brisach et en 1711 un bataillon passe
avec Berwick à l'armée de Dauphiné. Ce bataillon se
rend à la fin de l'année en Espagne et y reste jus-
qu'à la fin de la guerre . Les deux autres servent, en
1713 , aux siéges de Landau et Fribourg (1 ) , et sont
seuls conservés aux réformes de 1715 .
En 1727 , Toulouse fit partie du camp de la Saône .
Il était, en 1731 , à Perpignan et rendit les hon-
neurs à don Carlos d'Espagne, lorsque ce prince
passa en Italie . Un piquet de 150 hommes, avec un
drapeau de couleur , avait été l'attendre à la fron-
tière. En 1733 , le régiment fut appelé sur le Rhin ; il
se trouva, pendant cette guerre de la succession de
Pologne à la prise de Kelh et de Philisbourg et au
combat de Klausen .

(1 ) Voici ce que sont devenus les chefs qui ont commandé le


régiment pendant celte guerre . M. de Cadrieu , qui avait été le
premier lieutenant- colonel du corps le 20 février 1684 , a été fait
brigadier 30 mars 1693. M. d'Hautefort a été nommé brigadier 26
octobre 1704, maréchal de camp 8 mars 1718 et lieutenant-géné-
ral 20 février 1734. Jean Fortunat de Serre de Rochecolombe ,
sous-lieutenant en 1689 , major 25 avril 1711 , et lieutenant-colo-
nel 28 octobre 1713, est devenu brigadier le 3 avril 1721 .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 85

Le 1er décembre 1737 , à la mort du comte de


Toulouse, il passa en héritage à son fils , Louis Jean-
Marie de Bourbon , duc de Penthièvre , dont il a
porté le nom jusqu'à la révolution ( 1 ) .
Penthièvre fit partie des premières troupes qui
marchèrent en Bavière au mois d'août 1741. Il était
avec Navarre et La Marine de la division d'Aubigné .
Arrivé à Saint-Polten près de Vienne, il fut dirigé
sur la Bohême. Attaqué le 2 novembre au passage du

pont de Wolsering sur la rivière d'Erbelach par une


nuée de hussards, une compagnie de grenadiers s'é-
lança sur le pont, le balaya par une fusillade bien dirigée
et dispersa les hussards. Après l'occupation de Pra-
gue, le régiment fut mis en quartiers d'hiver à Stra-
konitz . En 1742 , il fit partie du camp de Pissek,
combattit à Sahay, marcha au secours de Frawem-
berg, envoya au mois d'avril un détachement au
siége d'Egra, où le lieutenant Mirof fut tué , et arriva
sous Prague au mois de juin . Il était alors réduit à
504 hommes. Ces débris se firent remarquer dans la
plupart des sorties qui illustrèrent la garnison de Pra-
gue et dans la pénible retraite du maréchal de Bel-
lisle . Lorsque le corps arriva sur le Rhin en février

(1 ) Le duc de Penthièvre a été fait maréchal de camp le 2 juillet


1743 et lieutenant-général le 2 mai 1744. Le marquis de Francon-
ville, pourvu du régiment en 178, y était entré comme lieutenant
deux ans auparavant, il est devenu brigadier le 20 février 1734 .
M. de Coëtlogon a eu ce grade le 20 février 1743, celui de maré-
chal de camp le 1er mai 1745 et celui de lieutenant-général le 19
86 HISTOIRE

1743 , il ne comptait plus sous ses drapeaux que 60


officiers et 150 soldats . Il se rétablit promptement,
car, le 27 juin , il partageait les efforts et la gloire du
régiment d'Auvergne à la bataille de Dettingen ;
le colonel et le lieutenant- colonel y furent blessés ,
sept capitaines et 44 soldats furent mis hors de com-
bat. Penthièvre qui , depuis sa sortie de Prague ,
avait toujours été embrigadé avec Auvergne , acheva
la campagne avec ce corps au camp barraqué de
Langschleithal et travailla avec lui à la réparation des
lignes de la Lauter depuis le pont de Salmbach jus-
qu'au moulin de Beywath . Il passa en 1744 à l'armée
de Flandre , servit aux siéges de Menin et d'Ypres ,
couvrit celui de Furnes et acheva la campagne au
camp de Courtrai . En 1745 , il était encore de bri-
gade avec Auvergne devant Tournai et à Fontenoy .
Après la bataille , il fut dirigé sur le Rhin et il con-
tribua à défendre l'Alsace contre les entreprises des
Autrichiens . Revenu dans les Pays-Bas en 1746 , il
fit les siéges de Mons et de Charleroi , combattit à
Rocoux et fut envoyé au mois de novembre au secours
de la Provence . Il participa en mai 1747 à la reprise
des îles Sainte-Marguerite et Saint-Honorat , puis il
franchit le Var, se trouva à l'attaque des retranche-
ments de Villefranche et de Montalban , à la prise de

mai 1748. M. de Saint-Pern a été nommé brigadier 15 octobre


1758, maréchal de camp 20 février 1761 et lieutenant-général
1er mars 1780.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 87

Nice , de Villefranche et de Vintimille et aux divers


combats livrés autour de cette dernière place. Il est
resté sur cette frontière jusqu'à la paix .
En 1754 , le régiment fait partie du camp d'Aime-
ries sur Sambre , et au commencement de la guerre
de Sept Ans , il est envoyé dans la Bretagne , dont le
duc de Penthièvre avait le gouvernement. Pendant
toute la durée de cette guerre , il défendit les côtes de
la Bretagne contre les tentatives de débarquement
des Anglais , et il se distingua extrêmement le 11
septembre 1758 , au combat de Saint-Cast, où les
troupes britanniques, complétement battues , furent
obligées de se rembarquer avec précipitation sous le
feu de notre artillerie. Le major de Vaugelas , nommé
lieutenant-colonel en 1762 , et le capitaine Mons
furent blessés à cette affaire.

A la paix, Penthièvre fut envoyé à la Rochelle et


dans les îles de l'Aunis . Il passa en mai 1763 à
Vannes et Bellisle , puis à Dunkerque , Berghes et
Gravelines en mai 1764 , à Landrecies et Avesnes
en novembre 1764 , à Brest en août 1765 , au
Havre en octobre 1767 , à Marseille en décembre

1768 , à Toulon en juin 1769 et en Corse en septem-


bre 1770. A son retour sur le continent, en octobre
1773 , il fut envoyé à Perpignan et Collioure , d'où
il est allé à Rouen en novembre 1774 , à Dunkerque
en octobre 1776 , au camp de Vaussieux en Norman-
die au mois de septembre 1778 , et de là à Mézières
au mois d'octobre ; puis à Sédan en avril 1779 , à
88 HISTOIRE

Givet en octobre 1781 , à Metz en novembre 1782 , à


Saint-Brieuc en octobre 1784 , à Rennes en mars
1785 et à Dinan en novembre 1787 .
Penthièvre quitta la Bretagne au mois d'août 1789
pour se rendre à Bapaume . Après un an de séjour
dans cette ville , où il fut agité par quelques troubles
de peu d'importance, on l'envoya en septembre
1790 à Gravelines et Berghes, et en avril 1791
à Douai .

Au mois de juillet , de graves désordres survinrent


dans la garnison de Douai, ainsi que nous l'avons
raconté dans la notice de Royal- Comtois, et Penthiè-
vre dut quitter cette ville pour se rendre à Dunker-
que . Le colonel de Tracy ( 1 ) , qui était membre de
l'Assemblé nationale, affirma dans la séance du 7
août, qu'on avait formé en son absence un complot
pour faire passer le régiment de l'autre côté de la

frontière, et que ce complot n'avait échoué que grâce


au patriotisme des soldats et à la fermeté du lieute-
nant-colonel . Le fait est que le 4 août, pendant que
Penthièvre était en marche entre Bailleul et Cassel ,
au cabaret de Castre-Lynde qui est voisin de la fron-

( 1) Voici les états de service de quelques-uns des derniers chefs


de Penthièvre. Le comte de Guébriand a été fait brigadier 1er mars
1780 et maréchal de camp 5 décembre 1781. Le comte de Par-
daillan a eu le même grade le 9 mars 1788. Le colonel Ponnat de
Sillon était lieutenant-colonel du corps depuis le 6 novembre 1791 ,
quand il fut nommé colonel. Pierre de Fabre , lieutenant- colonel
4 mai 1771 , est devenu brigadier le 1 mars 1780.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 89

tière, quatre officiers , au lieu de suivre la direction


de Cassel , tournèrent à droite vers le village de Eeck,`
frontière de l'Empire , et furent suivis par une quin-
zaine d'hommes . En voyant cette manœuvre , le ré-

giment s'arrêta , se porta à la garde des drapeaux , et


força les déserteurs à rentrer dans les rangs .
Au commencement de la guerre , le 2º bataillon
er
resta à Dunkerque et le 1
fut incorporé dans l'armée
du Nord . Ce bataillon fut placé au camp de Maulde .
Dans la nuit du 3 au 4 août, il fit partie d'une expé-
dition dirigée sur Bléharies, poste occupé par des
chasseurs tyroliens et les dragons de La Tour. Cette
expédition n'eut pas tout le succès qu'on en attendait ,
par suite d'une funeste méprise ; au milieu des ténè-
bres , le bataillon de Penthièvre et le 1er bataillon de
Paris se prirent pour ennemis et se fusillèrent , et les
Autrichiens avertis décampèrent .

Lorsque les Prussiens envahirent la Champagne ,


le régiment fut appelé dans l'Argonne et il combattit
à Valmy. Revenu dans le département du Nord , il
se distingua le 6 novembre , pendant que le gros de
l'armée combattait à Jemmapes , à l'attaque du poste
d'Hallièmes , près de Menin , qui fut emporté avec
une grande vigueur . Il contribua ensuite àla rapide
conquête de la Belgique et fut mis en garnison à
Anvers . En 1793 , après la bataille de Neerwinden ,
il vint se jeter dans Valenciennes ; il contribua à la
belle défense de cette place, et, lorsqu'elle eut capi-
tulé, il fut dirigé sur la Vendée. A peine arrivé sur
90 HISTOIRE

ce nouveau théâtre de guerre, il se faisait citer par


le général Rey dans son rapport sur le combat livré
le 29 août à Airvaux , près de Parthenay.
Le 1 er bataillon de Penthièvre continua de servir

dans l'Ouest jusqu'au 3 juin 1795. Il est entré ce jour-


là dans la formation de la 143° demi-brigade.
Le 2e bataillon était entré le 29 mars 1794 dans la
composition de la 144°.
Penthièvre avait d'abord porté le costume suivant :
habit et culotte blancs, + veste, collet et parements
bleus, boutons blancs , pattes ordinaires garnies de
trois boutons, et autant sur la manche , chapeau bor-
dé d'argent . Il prit en 1776 le collet jonquille , avec
les revers et les parements bleu de roi .
Il avait la prévôté , ou le grand état- major .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 91

RÉGIMENT DE BOULONNAIS.

79 € RÉGIMENT D'INFANTERIE .

Saint-Cast...
COLONELS OU MESTRES DE CAMP .

1. Marquis DE VIBRAYE (Henri-Emmanuel Hurault) , 5 septembre


1684.
2. Marquis DE CRECY ( Louis-Alexandre Verjus ) , 6 janvier 1703.
3. Marquis D'ANTIGNY (Joseph - François de Damas) , 6 mars 1719 .
4. Marquis DE RUFFEY (François de Damas), 8 juin 1736 .
5. Comte DE CHOISEUL-BEAUPRÉ (Marc -Gabriel- Florent-Chris-
tophe) , 1er janvier 1748 .
6. Comte DE LA TOUR D'AUVERGNE ( Nicolas- François-Jules ) ,
11 novembre 1751 .
7. Vicomte DE BÉON (Jean-Antoine ) , 21 décembre 1761 .
8. Marquis DE SENNEVOY (François -Marie) , 25 novembre 1766 .
9. Comte DE LA GRANDVILLE (Louis-Mathieu de Bédé) . 11 no-
vembre 782.
10. Comte D'AVARAY (Antoine-Louis-François de Béziade) , 10 mars
1788.
11. DU BOURG DE VACHEROLLES ( François-Joseph Thorillon ) ,
25 juillet 1791 .

Dans la seconde moitié de l'année 1684 , Louis XIV


qui voyait se former contre lui l'orage d'une coali-
92 HISTOIRE

tion redoutable , se mettait en mesure d'y résister, et


augmentait toutes les parties de son armée . Pour
rendre ses vieux corps d'infanterie disponibles , le
roi créa au mois de septembre, sous des titres de pro-
vinces , trente nouveaux régiments qui devaient
surtout être employés à la défense des places, et afin
d'éviter que ces nouveaux corps , formés en bloc ,
n'eussent plus tard des contestations pour le rang à
tenir entre eux , il eut la patience de signer chaque
jour du mois de septembre, depuis le 1er jusqu'au 30 ,
une ordonnance de levée . Le régiment de Boulon-
nais eut son tour le 5 , et s'il se présente ici le pre-
mier, c'est que les réformes de 1762 ont fait dispa-
raître les régiments de Flandre , de Berry, de Béarn
et de Hainaut qui le précédaient .
Boulonnais demeura dans les garnisons jusqu'en
1690. Cette année , les nécessités de la guerre le firent
appeler à l'armée d'Allemagne . A la fin de 1693 , il
passa à celle de Cattinat en Piémont et il combattit
bravement à la Marsaglia. Il fit encore sur les Alpes
la campagne de 1694, et il revint en 1695 sur le
Rhin . L'année suivante il servit à l'armée de la
Meuse et en 1697 il fut appelé au siége d'Ath . Le 30
décembre 1698 , il fut complété par l'incorporation
des hommes du régiment de Villefort qui avait été
levé en 1695 .
Porté à deux bataillons le 1er février 1701 , Bou-
lonnais occupa la ville de Bruges pour le nouveau

roi d'Espagne . En 1702 , il contribua à la défaite des


DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE , 93

Hollandais à Nimègue , et il eut ses quartiers d'hiver


à Gand ( 1 ) . En 1703 , il combattit à Eckeren , et il fut
ensuite détaché de l'armée de Flandre pour aller sur
la Moselle avec M. de Pracomtal , qui était chargé
d'observer le corps du prince de Hesse-Cassel . Il
joignit ensuite l'armée du Rhin placée sous les or-
dres du duc de Bourgogne et du maréchal de Tallard .
Le 14 août, il sortit de Strasbourg pour se rendre
devant Brisach , escortant 2,000 chariots de muni-
tions . Il servit au siége de Brisach , et après la capi-
tulation , le 6 septembre, il y fut mis en garnison . En
1704 , Boulonnais suivit le maréchal de Tallard en
Bavière . Il était embrigadé avec Royal , et à la batail-
le d'Hochstedt il partagea le sort de ce vieux régiment .
Le 1er bataillon et le colonel ( 1) furent faits prison-
niers ; le 2 bataillon parvint à s'échapper, et à son
retour en France fut cantonné dans la Lorraine . Ce
bataillon fit la campagne de 1705 sur la Moselle . En
1706 , Boulonnais, rétabli au complet de deux ba--
taillons, débuta sur le Rhin , et au mois de mai il passa
en Flandre avec le maréchal de Marchin . Il y arriva
quelquesjours après la bataille de Ramilies . En 1708 ,

(1 ) Le colonel de Vibraye , qui avait déjà été fait brigadier le


28 avril 1694 pour sa brillante conduite à la Marsaglia , fut nommé
maréchal de camp le 23 décembre 1702 pour ses services à Ni-
mègue. Il est devenu lientenant-général le 26 octobre 1704.
(2) M. de Crécy a été nommé brigadier 29 mars 1710 et maré-
chal de camp 1er février 1719 .
94 HISTOIRE

il fit partie de l'armement destiné à s'embarquer sur


la flotte du chevalier de Forbin pour aller avec le
prétendant d'Angleterre tenter la fortune en Écosse .

Le régiment fut même embarqué à Dunkerque ,


mais cette expédition ayant reçu contre-ordre , il
rallia l'armée de Flandre et combattit à Audenaërde

dans la brigade de Picardie . Pendant le siége de


Lille, il faisait partie du corps particulier placé sous
le commandement du comte de La Mothe , qui cher-
cha à faire une diversion dans la Flandre maritime .

Boulonnais fit avec Royal la campagne de 1709 et


combattit à Malplaquet. En 1712 , il se trouva avec
Limousin à l'attaque des retranchements de Denain
et aux siéges de Douai , du Quesnoy et de Bouchain .
Passé à l'armée d'Allemagne après la paix d'Utrecht ,
il servit à la prise de Landau , à l'attaque des lignes
du général Vaubonne et au siége de Fribourg . La
paix de Rastadt le ramena en France . Il fut mis en
garnison à Toul et réduit à un bataillon en 1715 .
Pendant la guerre de la succession de Pologne ,
Boulonnais fait partie de l'armée du Rhin et sert au
siége de Kelh en 1733. Le 4 mai de l'année suivante ,
il combat avec valeur à l'attaque des lignes d'Ettlin-
gen . Le lieutenant- colonel Dubois y est très -dange-
reusement blessé. Le régiment participe encore cette
année à la prise de Philisbourg , et en 1735 il se
trouve au combat de Klausen (1 ) .

(1 ) M. d'Antigny, qui commanda le régiment au commence-


de l'ancienne INFANTERIE FRANÇAISE . 95

Au mois de mars 1742 , le régiment part de France


pour aller renforcer l'armée de Bavière . Il est d'abord
placé à la garde du chateau de Wintzer. Il passe le
mois de juin et de juillet au camp de Nieder-Altach .
Après la jonction des armées de Bavière et de West-
phalie, il est embrigadé avec Royal, et il fait le reste
de la campagne avec ce corps. En septembre, il mar-
che avecle comte de Clermont au secours de la garnison
du chateau d'Hauss . Un capitaine est très-gravement
blessé dans cette expédition . Boulonnais prend ses
quartiers d'hiver à Bassing et , en mai 1743 , il fait
partie du secours de onze bataillons envoyé au ma-
réchal Seckendorf. Après que le prince Charles eut
forcé le passage du Danube, il revint sur le Rhin et
fut mis engaraison à Longwy. Reprenant la campagne
en 1744 , Boulonnais contribue à la défaite du général
Nadasty sur les hauteurs de Saverne , à la victoire d'Au-
genheim et à la prise de Fribourg . Il continue de faire
partie de l'armée du Bas-Rhin jusqu'en 1746. Passé
cette année en Flandre , il sert aux siéges de Mons et
de Saint- Ghislain, et combat à Rocoux avec le régi-
ment d'Auvergne . Après cette bataille, il est envoyé
au secours de la Provence , et, chemin faisant, il
organise son 2 bataillon rétabli par ordre du 11

ment de cette guerre , fut fait brigadier le 1er août 1734. Son frère,
qui le remplaça à sa mort, et qui était entré au corps comme lieu-
tenant en 1724, est devenu brigadier 1er mai 1745 et maréchal de
camp 1 janvier 1748 .
96 HISTOIRE

novembre . En mars 1747 , il est placé au camp de

Guillestre ; le 19 juillet il combat avec la plus grande


bravoure à l'attaque des retranchements du col de
l'Assiette , où le colonel de Ruffey est blessé . Après
cette sanglante et malheureuse affaire , Boulonnais
se retire au camp de Castellane et il va finir la cam-
pagne et la guerre en garnison à la Seyne. L'ordon-
nance du 15 novembre 1748 le réduit de nouveau
à un bataillon.

A l'époque où commença la guerre de Sept Ans,


Boulonnais était en garnison en Bretagne . Il denieura
attaché à la défense des côtes de cette province et
se trouvait à Saint-Malo , lors des diverses tentatives
de bombardement que les Anglais firent sur cette
ville . Le 11 septembre 1758 , ce fut lui qui jeta les
Anglais dans la mer à Saint-Cast . Un corps considé-
rable de troupes britanniques était parvenu à prendre
terre, le 4 , à Saint-Lunar près de Saint-Malo . Ce
corps s'était emparé de la position de Saint-Cast, et
s'y était rapidement entouré de retranchements . Le
duc d'Aiguillon , gouverneur de la province , réunit
tout ce qu'il trouva sous sa main de troupes de ligne
et de milices, mais il hésitait à attaquer avec si peu
de monde un ennemi fortifié. Boulonnais, conduit
par le colonel La Tour d'Auvergne, engage brusque-
ment l'action , et est suivi par les régiments de Brie
et de Marbeuf. Il pénètre dans les retranchements ,
malgré la mousqueterie des troupes anglaises et le ca-
non de leur flotte embossée à bonne portée, et force
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 97

l'ennemi à abandonner sa position et à battre en re-


traite vers le rivage . Boulonnais harcèle alors sa
gauche, la pousse dans la mer, y entre jusqu'à la
ceinture à sa suite , et, pendant toute la durée du
rembarquement , lutte corps à corps avec des hommes
au désespoir. Le carnage fut affreux : 200 Anglais
furent tués ou noyés, un pareil nombre qui ne put
regagner les vaisseaux et qui cherchait son salut en
grimpant à travers les rochers , fut pris après le com-
bat. Boulonnais , qui avait toujours combattu sous les
boulets de la flotte , fit aussi de grandes pertes ; son
colonel y fut très-dangereusement blessé (1 ) .
En 1761 , le régiment fut embarqué pour Saint-
Domingue, et c'est à cette circonstance qu'il dut
d'échapper aux réformes de 1762 , qui ont fait dispa-
raître la plupart de ses contemporains . Une ordon-
nance du 30 avril 1762 le porta à deux bataillons ,
en y incorporant divers détachements d'autres corps
qui étaient alors aux colonies . Le règlement du 10 dé-
cembre de la même année l'attacha au service des
ports et colonies .

(1) M. de la Tour d'Auvergne fut fait brigadier 15 octobre 1758 ,


maréchal de camp 20 février 1761 et lieutenant- général 1er mars
1780. M. de Béon, son successeur , entré au corps comme enseigne
en 1732 et lieutenant- colonel 6 mai 1758 , a été nommé brigadier
25 juillet 1762 et maréchal de camp 3 janvier 1770. Le marquis de
Sennevoy est monté à Colonel général . M. de La Grandville a été
nommé brigadier 1er janvier 1784 et maréchal de camp 9 mars
1788.
HIST. DE L'ANC. INFANTERIE FRANÇAISE. T. VII . 7
98 HISTOIRE

Boulonnais , rentré en France le 4 août 1764 , a


été d'abord placé en garnison à l'île de Ré , d'où il
est allé à Aire et Béthune en octobre 1765 , à la
Rochelle et Rochefort en octobre 1766 , à Montpel-
lier en novembre 1768 , à Montdauphin en novembre
1769 , en Corse en octobre 1770 , à Nîmes en sep-
tembre 1775 , à Montpellier en janvier 1776 , à Bel-
fort en août 1776 , à Strasbourg en novembre 1777 ,
à Brest, Carhaix et Lamballe en mai 1779 , à Nantes
en décembre 1779 , à Rouen en octobre 1781 , à
Cambrai en novembre 1783 , à Givet en novembre
1785 , au Quesnoy en octobre 1786 , à Cambrai en
mars 1788 , au camp de Saint-Omer au mois de sep-
tembre de la même année et à Bitche en novembre
1789. Il occupa la citadelle de Strasbourg en janvier
1790 , et se mit en route pour Besançon au com-
mencement de mai 1791 .

Peu de temps après son arrivée dans cette ville , il


fut dirigé sur le Midi pour l'occupation et la pacifi-
cation du Comtat-venaissin . Il se trouva ainsi , le
3 novembre , à la prise de possession de Carpentras
et le 11 à celle d'Avignon . Après cette expédition il
s'établit à Montélimart, et , en 1792 , il fit partie de
l'armée des Alpes. Il était au mois d'août au camp
de Bourgoin, et il mérita , à cette époque difficile ,
qu'on fit de lui cet éloge : « L'esprit de ce corps est
excellent ; il joint à un patriotisme sûr l'amour de
l'ordre et l'habitude de la discipline. >>
Boulonnais contribua , sous le général Montesquiou ,
#.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 99

à la conquête de la Savoie et il demeura en garnison


à Chambéry. Il y fut l'objet d'une grosse accusation .
« Le 27 décembre , trouve-t-on dans un journal du
temps , la musique du 79 ° a joué , à l'issue de la messe
militaire , l'Ouverture de Richard Cœur-de-Lion . »
Les commissaires de la Convention se crurent obligés
de mettre le colonel aux arrèts et les musiciens en
prison .
En 1793 , le 2e bataillon resta seul à l'armée
des Alpes. Le 1e bataillon se rendit à l'armée des
Pyrénées -Orientales, où il mérita , le 31 août, à l'af-
faire de Cornelia , les éloges du général Ramel . Il se
fit encore remarquer, le 22 septembre, à la bataille
de Truillas . Ce bataillon a été versé le 23 mai 1795
dans la 145 demi-brigade.

Le 2 bataillon s'acquit une réputation à l'armée


des Alpes . Le 24 avril 1794 , sous les ordres du gé-
néral Bagdelonne , il force le mont Saint-Bernard
et attaque les trois redoutes du mont Valaisan avec
une intrépidité qui lui fait le plus grand honneur .
Le 31 juillet 1795 , ce même bataillon se couvre en-
core de gloire à l'attaque du mont Genèvre . Le capi-
taine Labafour fut fait chef de bataillon par le
représentant Réal pour avoir arrêté, avec dix hommes
seulement, une colonne de 600 Autrichiens, et avoir
donné le temps , par sa résistance, aux cantonnements
voisins de prendre les armes. Le 2° bataillon de
Boulonnais est entré , le 6 septembre 1795 , dans la
formation de la 146 ° demi-brigade .
100 HISTOIRE

Les drapeaux de ce corps étaient verts . Dans cha-


que quartier, et de part et d'autre de la diagonale de
l'étoffe, il y avait deux traverses, l'une violette , l'autre
isabelle .
Son ancien uniforme consistait en habit et culotte
blancs , veste, collet et parements bleus , boutons
jaunes, pattes en écusson garnies de huit boutons,
dont trois de chaque côté et deux en bas, quatre sur
la manche , chapeau bordé d'or . En 1763 , on lui
donna le collet vert avec les boutons et le galon de
chapeau blancs . Il prit, en 1775 , les revers cramoisis .
De 1776 à 1779, il eut le collet rose, les revers et pa-
rements cramoisis et les boutons blancs .

band) ispitaolobiged to

Tuonood Tutup libiga


sex molhided serulings

esdiroed ad

age
absgodejno p
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 101

RÉGIMENT D'ANGOUMOIS.

80º RÉGIMENT D'INFANTERIE .

Défense d'Huy....

COLONELS OU MESTRES DE CAMP .

1. Marquis DE BELLEFONDS (Louis-Christophe Gigault), 6 sep-


tembre 1684.
2. Marquis DE THOUY (Antoine-Balthazar de Longecombe) , 2 oc-
tobre 1685 .
3. DULUC (N. ) , 26 septembre 1690 .
4. Marquis DU PLESSIS-BELLIÈRE (N. de Rougé) , 1702 .
5. DE PUYNORMAND (Hardouin Gauffreteau) , 19 juin 1707.
6. DE COETANCOURT (N. ) , 29 mars 1710.
7. Marquis DE ROCOZEL (Pons de Rosset de Ceilhes), 13 juin
1725.
8. Marquis DE FLEURY ( André-Hercule de Rosset de Ceilhes),
27 décembre 1731 .
9. Comte DE RUPPELMONDE (Yves-Marie de Récourt de Lens),
10 mars 1734.
10. Comte DE VAUX (François de Retournac), 6 mars 1743 .
11. DE SAINT-CYR (N. ) , 21 mai 1748.
12. Chevalier DE BLANGY (Pierre-Constantin Le Vicomte) , 10 fé-
vrier 1759.
102 HISTOIRE

13. Marquis DE FREMEUR (Jean-Toussaint de La Pierre) , 30 no-


vembre 1761 .
14. Marquis d'USSON (Louis-Mathieu Armand) , 11 juin 1774 .
15. Comte DE MONTRÉAL (Jean) , 1er janvier 1784.
16. Marquis DE GAYON (Henri-Antoine) , 28 février 1784.
17. Chevalier DE NICOLAI DE GUSSAINVILLE (Armand-Pierre-
Georges) , 10 mars 1788.
18. Comte DE FITTE DE SOUCY (François-Louis) , 25 juillet 1791 .
19. DE CALDAGUES (Pierre- Raymond) , 5 février 1792 .
20. DE LA CHAPELETTE ( Albert-Auguste Le Ris ) , 24 octo-
bre 1792.
21. ROUX DU ROGNON (Claude- François) , 25 juin 1793 .

Le régiment d'Angoumois, créé sous ce titre par


ordre du 6 septembre 1684 et formé avec un batail-
lon de Champagne, a toujours marché immédiate-
ment après Boulonnais.
Pendant les premières années de son existence ,
il n'était point compris dans le nombre des régi-
ments de campagne , et il tenait garnison à Calais au
début de la guerre de 1688. Après les victoires du
maréchal de Luxembourg dans les Pays-Bas , il fut
envoyé, en 1693 , à Huy, et il s'illustra l'année sui-
vante à la défense du château de cette ville contre
le duc de Holstein-Ploën . La garnison d'Huy ne se
composait que des régiments d'Angoumois et de
Ponthieu, présentant ensemble un effectif de 1113
hommes. Deux cents hommes d'Angoumois avec le
lieutenant-colonel La Frelonnière étaient chargés
de la garde du fort Picard ; le reste du corps occu-
de l'ancienne INFANTERIE FRANÇAISE. 103

pait une petite place d'armes entre la caponnière et


le château . Le 21 septembre , l'ennemi, qui avait
une artillerie formidable , fit mine d'attaquer le fort
Picard . Les grenadiers d'Angoumois ouvrirent sur
les premières colonnes un feu de mousqueterie si
bien dirigé que le duc de Holstein fit retirer ses
troupes . Le lieutenant Darigny fit ce jour même une
sortie avec dix grenadiers et renversa la tête des sa-
pes. Le 24 , le fort Picard fut attaqué par 200 gre-
nadiers de Brandebourg, 200 carabiniers et 300
mousquetaires, soutenus par trois bataillons , et il
fut enlevé après une résistance héroïque qui coûta
la vie au brave lieutenant-colonel La Frelonnière .

Le lendemain , le colonel Duluc fut blessé à la tête


en défendant les brèches du château. La garnison
capitula le 27 et sortit de la place tambour battant,
avec armes et bagages. L'ennemi avait tiré 25,000
coups de canon , 800 bombes et employé 113 bou-
ches à feu pour réduire une mauvaise place défen-
due par un millier d'hommes. Angoumois, qui avait
eu presque tous ses officiers atteints par les projec-
tiles des Alliés, était réduit à 150 hommes . A la suite
de cette énergique défense , le régiment fut admis
parmi les troupes de campagne et il servit à l'ar-
mée de Flandre jusqu'à la paix de Riswyk . Il fit le
siége d'Ath en 1697 (1 ).

(1) Le premier colonel d'Angoumois , M. de Bellefonds , est passé


à Royal-Comtois et s'est fait tuer à Steenkerque . M. de Thouy a
104 HISTOIRE

Angoumois fut dirigé sur l'Italie en 1700. Il fit


la campagne de 1701 avec le régiment de Bretagne ,
auprès duquel il combattit à Carpi et à Chiari. En
1702 , il était avec Royal-Comtois à la bataille de Luz-
zara et à la prise de Luzzara et de Borgoforte . Il appar-
tenait , l'année suivante , au corps d'observation placé
sous les ordres du comte de Vaudémont . Il servit en
1704 , aux siéges de Verceil , d'Ivrée et de Vérue , et
le 16 avril 1705 , il se distingua à la bataille de Cas-
sano, où le colonel du Plessis-Bellière fut gravement
blessé . Il montra la même valeur , le 19 avril 1706 , à

Calcinato , où il faisait partie de la brigade de Piémont.


Réduit à 300 hommes après le siége de Turin , Angou-
mois rentra en France et se rendit en 1707 à l'ar-
mée d'Espagne . Il servit au mois d'octobre au siége
de Lérida et partagea la gloire d'Auvergne à l'assaut
du corps de place ; il y fit son logement au milieu
d'un feu épouvantable . En 1708 , il était de la bri-
gade de Normandie , et il se fit remarquer le 26 juin
en repoussant vigoureusement une sortie de la garni-
son de Tortose . Après la prise de cette place, il con-
tribua à la soumission du royaume de Valence, et au
commencement de 1709 , il fut chargé de donner la
chasse aux miquelets de la Catalogne . Le 9 mars , il

élé nommé brigadier 10 mars 1690 , maréchal de camp 3 janvier


1696 et lieutenant-général 10 février 1704. M. Duluc est passé à
l'état-major des places . M. de Puynormand , brigadier du 10 février
1704, a été nommé maréchal de camp 29 mars 1710 et lieute-
nant-général 30 mars 1720.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 105

les expulsa de Roda et le 22 avril de Vénasque.


Passé en Roussillon au mois de juillet , il participa
à la défaite du général Frankemberg et fut mis en
garnison à Puycerda. Appelé à la fin de 1710 au
siége de Girone qui capitula le 24 janvier 1711 , il
resta à l'armée de Catalogne jusqu'à la fin de la
guerre et prit part à la soumission de Barcelone .
Un 2 bataillon , créé le 1er février 1701 , avait fait
sur un autre théâtre cette guerre de la succession
d'Espagne . Après la prise de Landau , en 1703 , il y
avait été mis en garnison ; mais , en 1704, il passa en
Bavière avec le maréchal de Tallard et se trouva à
la défaite d'Hochstedt. Ses débris ramenés sur le
Rhin rentrèrent dans Landau et y furent assiégés au
mois de septembre. Le bataillon , pendant ce siége,
fut employé au service de l'artillerie , sauf les grena-
diers qui trouvèrent une occasion de signaler leur
bravoure dans la sortie du 3 octobre . Après la capi-
tulation de Landau , le bataillon se retira à Schles-
tadt, et, pendant les annés suivantes , il demeura dans
les lignes de la Lauter . Dirigé en 1711 sur l'armée
du Dauphiné , il acheva la guerre au camp du Sault-
d'Oulx , et fut réformé en 1715 .
Le régiment d'Angoumois fit partie en 1733 de l'ar-
mée du Rhin . Il servit au siége de Kelh, et après la
prise de ce fort il fut envoyé avec Piémont et Lyon-
nais à Huningue , où le chevalier de Givry devait veil-
ler au rétablissement et à la conservation du pont.
En 1734 , le régiment se trouva à l'attaque des lignes
106 HISTOIRE

d'Ettlingen et au siége de Philisbourg, et il passa


l'hiver à Worms . En 1735 , il fit partie du corps
d'armée employé dans l'électorat de Trèves ; il com-
battit le 19 octobre à Klausen et acheva la campagne

au camp de Saint - Maximin ( 1 ) .


En 1741 , Angoumois est incorporé dans l'armée
du Bas-Rhin commandée par le maréchal de Maille-
bois. Il passe l'hiver à Kayserswaërth dans l'électorat
de Cologne , et en 1742 , il est au camp de Juliers . Au
mois d'août de la même année , il se rend sur les
frontières de la Bohême et se trouve à la prise d'Eln-
bogen et de Kaaden , au secours de Braunau dont
l'ennemi lève le siége, et au ravitaillement d'Égra . Il
est alors cantonné entre le Danube et l'Isar , et il
se trouvait à Straubing , lorsque les Autrichiens forcè-
rent, le 5 juin , le passage du Danube . L'armée fran-
çaise s'étant mise en retraite, Angoumois gagna
Ratisbonne et de là le Rhin . A sa rentrée en France ,
il est mis en garnison à Montmédy . En 1744 , il est
appelé en Flandre et prend part aux opérations des
siéges de Menin et d'Ypres ; il achève cette campa-

(1 ) Le marquis de Rocozel, mestre de camp en 1725 fut fait


brigadier 24 janvier 1729 , maréchal de camp 22 décembre 1731
et lieutenant- général 1er août 1734. Son frère , qui le remplaça , est
passé dans les dragons ; il est devenu 'duc de Fleury en 1736 et
lieutenant-géneral en 1748. C'étaient les neveux du cardinal de
Fleury . M. de Ruppelmonde , nommé brigadier 1er août 1734et ma-
réchal de camp 20 février 1743 , a été tué en 1745 au combat de
Pfaffenhofen. Le comte de Vaux est passé au régiment de Bourbon .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 107

gne au camp de Courtrai avec le maréchal de Saxe .


Cette année, le capitaine de Châtillon , à la tête d'une
troupe de volontaires, fait la petite guerre avec
bonheur et distinction , et s'acquiert une réputation
d'armée . En 1745 , Angoumois est au siége de Tour-
nai ; et le 11 mai , à la bataille de Fontenoy , embri-
gadé avec Eu , il occupe le château de Bourquembray
et la cense des Marais à gauche de la chaussée de
Leuze . Son rôle dans cette journée est purement dé-
fensif. De retour devant. Tournai il se couvre de gloire ,
le 18 mai , à côté de Normandie et de La Couronne à
l'assaut de l'ouvrage à cornes. Il sert encore cette
année à la prise d'Audenaërde , de Termonde et
d'Ath et passe l'hiver à Termonde. Dans la nuit du
29 au 30 janvier 1746 , il sort de cette place et en-
lève la redoute des Trois-Fontaines qui défendait le
passage du canal de Wilvorde . Il ouvre ainsi le che-
min à l'arméè qui va assiéger Bruxelles. Dans cette
importante opération , il prend un gros detachement
hollandais et n'a que six hommes blessés , parmi
lesquels se trouve le capitaine Lamouroux , devenu
lieutenant-colonel le 27 décembre 1763. Angoumois
sert aussi avec distinction au siége de Bruxelles . Il
se trouve plus tard à la conquête de Namur et à la
bataille de Rocoux , où il est embrigadé avec La
Fère , et il prend ses quartiers d'hiver à Anvers. En
avril 1747 , il s'empare du poste de Rodenendam
et y enlève 85 hommes et trois canons. Il contribue
ensuite à la prise de l'Ecluse , du Sas de Gand, du
108 HISTOIRE

fort d'Isendyck et du fort Philippine , et rentre dans


Anvers menacé d'un siége . Il y arrive le 11 mai et
en repart le 17 juin pour se rendre au camp de Ma-
lines, qu'il quitte bientôt pour joindre la grande
armée au camp de Tirlemont . Il reste à la garde de
ce camp pendant la bataille de Lawfeld , et marche

ensuite au siége de Berg-op-Zoom , où il se distingue


extrêmement dans la nuit du 9 au 10 août, quand le
prince de Schwarzemberg vient attaquer nos lignes.
C'est lui, en effet, avec le régiment devenu Aunis ,
qui, dans cette occasion , fait échouer toutes les ten-
tatives du général autrichien contre nos redoutes . Le
régiment perd ce jour-là le sous-lieutenant Bircau ;
le capitaine de Carles y est blessé . Après la prise de
Berg-op- Zoom, Angoumois y est mis en garnison . En
mars 1748 , un détachement , sorti de la place pour
favoriser l'arrivée d'un convoi , est enveloppé par des
forces supérieures et obligé de se rendre après un
combat acharné . Le reste du régiment va servir au
siége de Maëstricht et fait partie de la grande attaque
avec Champagne . Le 2 bataillon , qui avait été remis
sur pied le 1er juillet 1747 , est réformé le 30 octo-
bre 1748 .

Au commencement de la guerre de Sept Ans, An-


goumois est envoyé en Amérique . Pendant toute la
durée des hostilités , il est partagé entre Saint-Do-
mingue et la Louisiane . L'ordonnance du 10 dé-
cembre 1762 l'attache au service des ports et colo-
nies, et il passe les quatre années suivantes à la
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 109

Louisiane. Rentré en France en 1766 , il arrive à


Nîmes au mois d'août , et il va de là à Saint-Hippolyte
en juin 1767 , à Collioure et Perpignan en décembre
1767 , à Marseille en mai 1768 , à Antibes en décem-
bre 1768 , à Grenoble en décembre 1769 , à Montdau-
phin et Embrun en octobre 1771 , à Marseille en mai
1773 et à Montauban en mai 1774. C'est dans cette
ville, et par suite de l'ordonnance du 26 avril 1775 ,
qu'il est reporté à deux bataillons par l'incorporation
de l'ancien régiment de Forèz . On voit, depuis, An-
goumois arriver à Huningue en octobre 1777 , déta-
er
cher son 1 bataillon à Belfort en avril 1778, et se
réunir à Strasbourg en novembre 1780. Le régiment
ne prend aucune part à la guerre de l'indépendance
des États-Unis, mais de nombreux volontaires vont
servir sur la flotte, et le lieutenant Taschereau est
blessé au combat livré le 5 septembre 1781 dans la
baie de Chesapeake par le comte de Grasse contre
l'amiral Graves (1).

Angoumois est arrivé à Perpignan en novembre

(1 ) M. de Blangy, colonel en 1759 , est monté au régiment de


La Couronne. Le marquis de Frémeur a obtenu Royal- Roussillon.
Le marquis d'Usson a été nommé brigadier 1er mars 1780, et ma-
réchal de camp 1er janvier 1784. Le comte de Montréal a obtenu
un régiment de son nom. Le marquis de Gayon a été fait maréchal
de camp le 9 mai 1788, le chevalier de Nicolaï le 1er mars 1791 , et
le comte de Soucy le 5 février 1792. M. de La Chapelette, lieute-
nant-colonel au corps 25 juillet 1791 , est devenu général de bri-
gade 15 mai 1793. M. du Rognon était aussi lieutenant- colonel du
24 octobre 1792.
110 HISTOIRE

1783 et il n'a plus quitté les Pyrénées. Il est allé à


Bayonne en avril 1788 , et se trouvait encore dans cette
ville au moment de la révolution . Un acte déplorable
de démence politique faillit troubler , en mai 1790 , la
bonne harmonie qui régnait entre les habitants et le ré-
giment. Un jeune officier de race noble , àla suite d'une
discussion, poignarda trois citoyens . Le corps d'offi-
ciers écrivit aux capitaines de la garde nationale qu'ils
avaient chassé cet officier et qu'ils l'abandonnaient.
Cette affaire n'eut point heureusement d'autre suite.
En 1792 , le 1er bataillon fut envoyé au Pont de
Beauvoisin pour servir sous le général Montesquiou ,
mais il fut presque aussitôt rappelé à Bayonne . L'Es-
pagne venait de déclarer la guerre à la République ,
et les deux bataillons d'Angoumois allaient acquérir
une gloire immortelle dans cette valeureuse petite
armée des Pyrenées-Occidentales , dont ils formaient
le noyau . Ces deux bataillons et celui des Chasseurs

cantabres étaient , en effet , au commencement


des hostilités , les scules troupes de ligne de cette
frontière, mais les Chasseurs cantabres avaient à leur
tête Moncey, et les grenadiers d'Angoumois avaient
pour chef le capitaine La Tour d'Auvergne , le pre-
mier grenadier de France ( 1 ) .

(1) Théophile Malo Corret de La Tour d'Auvergne était entré en


1767 dans la 2e compagnie des Mousquetaires, Il se dégoûta de ce
métier et, en 1781 , il suivit, en qualité de volontaire, le régiment
de Bretagne au siége de Mahon et de Gibraltar. Il reprit du ser-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 111

Le 30 avril 1793 , les Espagnols surprennent les


avant-postes français au camp de Sarre que comman-
dait le colonel La Chapelette. Le colonel , voyant les vo-
lontaires s'enfuir danstoutes les directions , ordonne à
La Tour d'Auvergne de prendre 100 hommes de son
régiment et d'arrêter à tout prix les Espagnols dans
le trajet des avant- postes au camp ; lui -même se met
à la tête de 100 autres, et se tient prêt à marcher
pour soutenir son digne capitaine de grenadiers.
Celui-ci , posté sur une hauteur , laisse arriver les co-
lonnes ennemies et lorsqu'elles sont à vingt pas , il
commande le feu . Les Espagnols s'arrêtent, attendent
du renfort et attaquent avec vigueur. La Tour d'Au-
vergne se replie lentement sur le camp qu'il trouve
dans la plus grande confusion . Les volontaires , in-

vice en 1791 , lorsque les autres officiers nobles émigrèrent, et de-


vint capitaine de grenadiers dans Angoumois . Il avait alors près de
cinquante ans. A l'armée des Pyrénées - Occidentales, il commanda
toujours les grenadiers réunis et les fit battre de manière à leur
valoir le titre de colonne infernale . On le traitait sur le pied de gé-
néral ; mais par modestie , et un peu aussi , il faut le dire , par bi-
zarrerie de caractère , il ne voulut jamais d'avancement. En 1793,
quand La Chapelette fut fait général de brigade , on voulut le faire
colonel d'Angoumois , il refusa . Retiré du service après la paix de
1795. il partit de nouveau comme simplegrenadier , en 1799 , dans la
47° demi- brigade à la place du fils d'un de ses amis appelé par la
réquisition . Nommé par un arrêté spécial de 1800 premier grena-
dier de France, il tomba, le 28 juin de cette année , percé au cœur
d'un coup de lance au combat de Neubourg. Deux autres soldats
illustres servaient vers 1792 dans Angoumois : c'étaient Balthazar
Miollis et Maximilien Lamarque .
x
112 HISTOIRE

sensibles aux reproches de La Chapelette , et que le


lien de la discipline ne retenait point, avaient tous
disparu, en criant à la trahison , et en abandonnant
quatre canons. Les grenadiers parviennent, sous le
feu des Espagnols , à atteler trois pièces, ils enclouent
la quatrième, et couvrent fièrement la déroute jus-
qu'à Ustaritz , où les Enfants de la patrie avaient bien
voulu s'arrêter. Le capitaine Dessein , depuis général
de division , fut blessé dans cette affaire , et le colonel
La Chapelette y eut un cheval tué sous lui .
Le 22 juin, Angoumois prit une éclatante revan-
che au sanglant combat de la montagne de Louis XIV .
Ses grenadiers se précipitent au pas de charge et la
baïonnette en avant, gravissent les rochers au milieu
du feu terrible de l'artillerie espagnole et emportent
les retranchements de l'ennemi , après une heure de
combat. La Tour d'Auvergne reçut ce jour-là sept
coups de feu dans ses habits. L'adjudant - général
Darnaudat, voyant un grenadier dont un boulet ve-
nait d'emporter le bras, s'approche de lui pour le
consoler «< Ne me plaignez pas, lui dit l'intrépide
soldat, j'ai encore un bras pour servir la patrie . »
Le 12 juillet, au combat de la Croix des Bouquets ,
les grenadiers d'Angoumois font encore des mer-
veilles . Il est encore question d'eux , le 23 , au com-
bat d'Urrugne . Le 5 février 1794 , à l'affaire dite du
camp des Sans-Culottes , le 1er bataillon du régiment
se fait remarquer par son acharnement contre les
régiments espagnols qui sortaient de Toulon . Quatre
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 113

régiments d'infanterie de marine furent presque


anéantis, et le régiment irlandais d'Ultonia disparut
complétement sous ses baïonnettes .
Le 1 bataillon d'Angoumois ne fut amalgamé qu'à
la fin de cette guerre . Il est devenu , le 27 août 1795 ,
le noyau de la 147° demi-brigade, Le 2 bataillon
était entré, dès le 29 novembre 1793 , dans la 148 ,
qui se distingua en juillet 1794 dans diverses affai-
res qui eurent la vallée de Bastan pour théâtre .
Les drapeaux du corps étaient aurore et violet dans
chaque quartier. Ces couleurs étaient séparées par
une large dentelure dans le sens de la diagonale de
l'étoffe .

Angoumois avait porté habit et culotte blancs,


collet rouge et veste bleue, boutons et galon de cha-
peau blancs , patte ordinaire garnie de trois boutons
et autant sur la manche. En 1763 , il eut les revers
vert de Saxe, et en 1775 les revers cramoisis avec les
boutons jaunes . En 1776 , on lui donna les boutons
blancs, le collet bleu céleste, les revers et les pare-
ments cramoisis .

HIST. DE L'ANG . INFANTERIE FRANÇAISE. T. VH. 8


114 HISTOIRE

RÉGIMENT DE CONTI.

81 RÉGIMENT D'INFANTERIE.

Je garde la place du régiment avec ce qui


en reste.
UN CAPORAL .

COLONELS ET COLONELS -LIEUTENANTS.

1. Comte DE CHAMARANDE ( Louis d'Ornaison . ) , 7 septem-


bre 1684.
2. Comte DE CHÉMERAULT (Jean-Noël de Barbezières) , 4 avril
1693.
3. Marquis DE LAMBERT DE SAINT- BRIS (Henri-François) , 2 fé-
vrier 1697.
4. DE BOISSET DE GEAIX (N. ) , 28 avril 1711 .
5. Marquis DE LA LUZERNE (N. de Briqueville) , 6 mars 1714 .
6. Chevalier DE LA LUZERNE (Gabriel de Briqueville) , 4 décem-
bre 1722.
7. Marquis DE MAILLY (Louis) , 6 mars 1743 .
8. Marquis D'IMÉCOURT (N de Wassinghac) , 1er décembre 1745 .
9. Marquis DE MOLAC (Corentin-Joseph Le Séneschal de Ker-
cado), 1er janvier 1748 .
10. Marquis D'ESPARBÈS DE LUSSAN ( Louis-François) , 1er décem-
bre 1762.
11. Comte DE CLARAC (Roger Valentin) , 11 mai 1769 .
de l'anciennE INFANTERIE FRANÇAISE . 115

12. Comte DE CAUSANS (Jacques de Vincent de Mauléon) , 17


avril 1774.
13. DE MONDYON DE SASSAY (François - Joseph-Pierre) , 25 juil-
let 1791 .
14. MAURAND DE PUCH (Pierre) , 27 mai 1792 .
15. DE MONTREDON (Joseph-Charles) , 8 mars 1793.

Ce régiment a été créé le 7 septembre 1684 sous


le titre de la province de Périgord . Ce n'est que
beaucoup plus tard qu'il est devenu régiment de
prince.
Après quelques années passées dans les garnisons
du Nord, il fut envoyé en 1690 à l'armée des Alpes ,
et il contribua beaucoup à la prise de Cahours. Le
18 août, il combattit avec une grande vigueur au-
tour de l'abbaye de Staffarde . Il était à l'extrême
droite de la 2 ligne , derrière le régiment de Gran-
cey, devenu Soissonnais . Il suivit ce corps dans sa
belle charge à travers les marais, et prit trois ca-
nons à l'ennemi . Le lieutenant-colonel , chevalier du
Bourdet, y reçut une grave blessure et fut laissé pour
mort sur le champ de bataille ( 1 ) . Périgord contri-

(1) Jean-Louis de Cugnac, chevalier du Bourdet, major au corps


1er octobre 1684 , lieutenant-colonel 20 janvier 1688 , colonel du ré-
giment de Laonnais 4 octobre 1692 , brigadier 23 décembre 1702.
Le colonel comte de Chamarande est passé au régiment de La
Reine . Le comte de Chémerault, fait brigadier 3 janvier 1696 , ma-
réchal de camp 19 août 1697 et lieutenant-général 23 décembre
1702, a été tué à Malplaquet. Le marquis de Lambert a été nom-
mé brigadier 4 octobre 1705 , maréchal de camp 29 mars 1710 et
lieutenant-général 30 mars 1720.
116 HISTOIRE

bua la même année à la soumission de Saluces, de Bar-


ges et de Suze . En 1691 , il servit aux siéges de Ville-
franche , de Montalban , de Nice , de Veillane , de Car-
magnola et du château de Montmélian . En 1692, il
est appelé à l'armée de Flandre et se trouve à la prise
de Namur , à la bataille de Steenkerque et au bom-
bardement de Charleroi . Le 12 juin 1693 , il quitta
les Pays-Bas avec le dauphin pour se rendre sur le
Rhin , et à la fin de 1694, il retourna en Piémont et
fut mis au mois de novembre en garnison à Pigne-
rol , où il est resté jusqu'en 1696. Cette année , on
l'employa au siége de Valenza , et lorsque les préli–
minaires de la paix furent signés avec le duc de Sa-
voie, il passa en Catalogne . Il contribua sur ce nou-
veau terrain à la défaite du prince de Hesse- Darm-
stadt, et, le 15 juin 1697 , il eut l'honneur d'ouvrir
la tranchée devant Barcelone à l'attaque de gau-
che. Il se signalá à ce siége par sa brillante valeur .
Au mois de décembre 1700 , Périgord reprit en-
core une fois la route de l'Italie . En 1701 , il était

de la brigade de Royal-Vaisseaux et se fit remarquer


au combat de Chiari . Il participa , en 1702 , à la dé-
faite des Impériaux à Santa-Vittoria, au succès de la
journée de Luzzara et servit aux siéges de Luzzara ,
de Guastalla et de Borgoforte . L'année suivante, il
était à la déroute du général Staremberg près de
Stradella, au combat de Castelnuovo de Bormia , à
la prise de Nago et d'Arco dans le Trentin et à la
prise d'Asti et de Villanova d'Asti dans le Montfer-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 117

rat , En 1704 , il fait les siéges de Verceil et d'Ivrée


et commence celui de Vérue . Le 1er mars 1705 , ses
grenadiers soutiennent ceux du régiment de Pié-
mon à l'attaque du fort de l'Isle, dont la prise
amène enfin la capitulation de Vérue . Au mois d'août,
Périgord combat encore à Cassano ; enfin en 1706 ,
il se trouve au siége et à la bataille de Turin , après
laquelle il ne compte plus que 142 hommes sous ses
drapeaux .
En 1707 , Périgord se rend à l'armée d'Espagne .
Il fait d'abord partie du corps assemblé dans la Na-
varre sous les ordres de M. de Legall . Il joint plus tard
l'armée du duc d'Orléans et contribue , au mois d'oc-

tobre, à la prise des villes et château de Lérida . Em-


ployé à la même armée en 1708 , il est détaché le
1er juin du camp de Ginestar pour aller chasser l'en-
nemi de Falcete . Il y avait là 2,400 fantassins et mi-
quelets et 400 chevaux . Arrivé devant Falcete, le 2
à cinq heures du matin , avec quelques autres trou-
pes, Périgord attaque sur-le-champ l'ennemi , lui tue
500 hommes, fait 600 prisonniers , dont 33 officiers,
et se saisit de tout le bagage. Il se rend de là au
*
siége de Tortose , où il monte plusieurs gardes de
tranchée avec Normandie et La Couronne . Au mois
de septembre, il est encore détaché du camp d'Agra-
mont, pour courir sus aux miquelets , et au mois
d'octobre il s'empare d'Ager. Il sert encore en Cata-
logne en 1709 sous le maréchal de Bezons qui
garde la défensive . En 1710 , il est dirigé sur l'armée
118 HISTOIRE

du Dauphiné et il revient à la fin de cette année en


Espagne pour participer au siége de Girone . Ren-
voyé en Dauphiné après la prise de cette place, il
reste au camp du Sault-d'Oulx pendant les deux
campagnes suivantes . En 1713 , il se rend sur le Rhin ,
où il est rallié par un 2e bataillon , créé le 1er fé-
vrier 1701 , qui était resté jusque -là dans les gar-
nisons de Flandre et d'Alsace, et qui avait servi
en 1708 à la défense de Lille . Tous les deux prirent
part aux siéges de Landau et de Fribourg , et en
1715 le 2 bataillon réformé servit à compléter le 1 " .
Le régiment a fait la campagne de 1719 contre
l'Espagne et s'est trouvé aux siéges de Saint- Sébas-
tien , de Fontarabie et d'Urgell .
Périgord est le premier régiment français , et le
seul parmi ceux dont nous écrivons l'histoire , qui
ait croisé la baïonnette avec les Russes .
En 1733 , Stanislas Leczinski avait été élu roi de
Pologne ; l'Autriche et la Russie s'opposèrent à l'élé-
vation du beau-père de Louis XV, firent réunir une
nouvelle diète qui donna la couronne à l'électeur de
Saxe , et envoyèrent en Pologne une armée qui eut
bientôt forcé Stanislas à se renfermer dans la ville
de Dantzig, où il fut aussitôt assiégé.
On jeta les hauts cris à la cour de France, et le
cardinal de Fleury se vit obligé de faire quelque chose
pour calmer l'irritation des partisans de la guerre .
Il envoya au secours de Stanislas une petite escadre
portant les trois régiments d'infanterie de Périgord ,
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 119

de La Marche et de Blésois , en tout 2,400 hommes


placés sous le commandement du brigadier de La
Mothe La Peyrouse . Cet officier, auquel peut- être le
cardinal de Fleury avait recommandé la prudence ,
ayant reconnu à son arrivée en vue de Dantzig , qu'il
s'agissait , pour pénétrer dans la place , de percer
avec trois bataillons une armée de 30,000 Russes
bien retranchés , se résolut à aller attendre de nou-
veaux ordres dans le port de Copenhague. Il y avait
alors près de la cour de Danemarck, en qualité d'am-
bassadeur de France , un jeune seigneur breton plein
de feu et de générosité , qui avait pris fort à cœur la
cause de Stanislas , qui était aussi celle de la France :
c'était le comte de Plélo . Indigné de la mesquinerie du
secours fourni par Fleury, et plus encore de la cir-
conspection de M. de La Mothe La Peyrouse , il prend
sur lui d'agir , et s'empare du commandement de
l'expédition , décidé à secourir Dantzig ou à périr.
Parti de la rade de Copenhague le 21 mai , 1734 ,

les Français arrivent le 23 dans celle de Dantzig ;


mais, en entrant dans la Vistule , ils trouvent l'armée
russe établie entre le rivage et la ville et doivent re-
noncer pour le moment à entrer dans la place . Ils
débarquent sans opposition et campent à Farhwas-
ser , sous le canon du fort de Wechselmunde, à l'em-
bouchure du fleuve . Le 27 , malgré les renforts que
les Russes avaient encore reçus, Plélo veut essayer de
s'ouvrir un passage. Il se précipite avec ses trois ba-
taillons , Périgord en tête, sur les retranchements ,
120 HISTOIRE

force trois lignes, et tombe criblé de balles, au mo-


ment où il atteignait les glacis de Dantzig . Sa mort
jette l'irrésolution dans le cœur de ses soldats qui se
retirent sous Wechselmunde . Ce faible corps, bloqué
dans un marais et séparé de la flotte qui l'avait ame-
né, se trouve bientôt dans la position la plus péril-
leuse ; il résiste cependant à trois attaques des
Russes , et se voit enfin contraint à capituler le 22
juin . Les 1,000 hommes qui restaient de l'expédition
obtinrent les honneurs de la guerre et d'être trans-
portés aux frais de la Russie dans un port de la
Baltique . Le roi Stanislas parvint à s'échapper sous
un déguisement et Dantzig ouvrit ses portes le 28 .
La dernière partie de la capitulation fut interprétée
avec la plus insigne mauvaise foi par le général russe ,
comte de Munich . En demandant à être conduits
dans un port de la Baltique , les Français avaient en-
tendu évidemment un port neutre, d'où ils pussent
ultérieurement regagner la France . Ils étaient mon-
tés sans défiance , le 26 , sur des bâtiments russes :
le général Munich , après la capitulation de Dantzig,
les fit transporter à Cronstadt, et la cour de Saint-
Pétersbourg, sous prétexte que des vaisseaux français
avaient capturé des navires russes, les interna dans
la Livonie, pour être traités en prisonniers de guerre
jusqu'à l'arrangement des différends. L'impératrice
Anne les renvoya en France au mois d'octobre. Telle
fut l'issue de cette première rencontre entre les Russes
et les Français. Les uns et les autres en emportèrent
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 121

une haute idée de la valeur militaire de leurs rivaux :

les Russes, de plus , durent nous juger des hommes


pleins de présomption, d'étourderie et de folle con-
fiance , tandis que nous pouvions dès ce moment accu-
ser leur diplomatie de suivre les voies tortueuses de
la politique de Byzance (1 ) .
En 1741 , à l'ouverture de la guerre de la succes-
sion d'Autriche, Périgord fit partie de l'armée du
Bas-Rhin , marcha en Westphalie et fut cantonné à
Osnabrück. Il ne quitta cette ville qu'au mois d'août
1742 pour se rendre sur le théâtre de la guerre . Il
passa l'hiver à Dingolfingen , et se trouva , le 27 mai
1743 , à la défense de Deckendorf, où les capitaines
La Boulaye et Pierrepont et cinq lieutenants furent
blessés : cinquante six hommes furent en outre mis
hors de combat. Après que le prince Charles eut
franchi le Danube , le régiment battit en retraite vers
le Rhin , et à sa rentrée en France , il fut mis en gar-
nison à Sédan .
Passé en 1744 à l'armée des Alpes , il se trouva à
l'attaque des retranchements de Montalban , à la prise
de Nice et de Villefranche, aux siéges de Château-
Dauphin , de Démont et de Coni , et à la bataille de
la Madona del Ulmo . En 1745 , il fut employé aux sié-

(1 ) Le régiment était commandé pendant cette expédition par le


chevalier de la Luzerne, qui est devenu brigadier 1er août 1734,
et maréchal de camp 20 février 1743. Son successeur, le marquis de
Mailly, a obtenu le régiment devenu Guyenne .
122 HISTOIRE

ges de Serravalle et de Tortone , prit part au combat


de Rivaronna, et contribua à la soumission d'Alexan-
drie , de Valenza , d'Asti et de Casal . La campagne
de 1746 fut moins heureuse pour l'armée d'Italie ,
et le régiment de Périgord fut entièrement ruiné par
les deux batailles de Plaisance et du Tidone . Le colo-
nel marquis d'Imécourt fut blessé dans ces deux
rencontres, et le corps fut tellement écrasé à la der-
nière par le canon autrichien qu'il ne resta pas vingt
hommes debout . Un caporal s'y distingua par une
action et un mot sublimes . Au milieu du désastre du
corps , il ramasse un drapeau et se tient immobile
sur le champ de bataille avec quelques soldats qui se
réunissent à lui Que faites vous-là ? lui crie le comte
de Mailly.— Vous le voyez , mon général , je garde la
place du régiment de Périgord avec ce qui en reste. >>
Périgord se rétablit promptement derrière les Alpes
pendant le semestre d'hiver, et il reparaît , le 19
juillet 1747 , au sanglant combat d'Exiles, ou du col
de l'Assiette , où M. d'Imécourt trouva une mort glo-
rieuse ( 1 ) . Le régiment rentra ensuite en Italie et
passa l'hiver suivant à Gênes. Il fit partie en 1748
de l'expédition de Savone et fut placé dans le poste
de San Giacobino , où, dominé par le canon de la place ,
il eut 60 hommes mis hors de combat . Il rentra en

(1 ) Il fut remplacé par M. de Molac , nommé brigadier 20 février


1761 , maréchal de camp 25 juillet 1762 et lieutenant-général 5
décembre 1781 .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE 123

France en décembre 1748 , fit partie en 1753 du


camp de Beaucaire et en 1756 de celui de Calais .
En mars 1757 , Périgord se dirige sur Stockeim ,
rendez-vous de l'armée du Bas-Rhin . Il est aussitôt
employé au blocus de Gueldres qui ne capitule que
le 22 août , et il y est laissé en garnison . Il passe
plus tard à Embden sous les ordres du marquis d'Au-
vet et joint enfin la grande armée au mois de no-
vembre . Il se trouve à la marche sur Zell et à la prise
de Brême. En 1758 , il assiste l'arme au bras à la
bataille de Créfeld et il entre ensuite dans Dussel-
dorf avec Vastan , devenu Vexin et Foix . Comme ces
régiments , il refuse d'accepter la capitulation par
laquelle le gouverneur autrichien remet cette place
à l'ennemi le 29 juin . En sortant de Dusseldorf, il
rallie l'armée et combat avec valeur , le 5 août , à
l'attaque du pont de Rees . Sous les ordres de Che-
vert, il retourne trois fois à la charge et laisse à cha-
que charge une centaine d'hommes sur le champ de
bataille. Il rentre en France épuisé , au mois d'octo-
bre, et sert sur les côtes jusqu'à la fin de la guerre de
Sept Ans . Il était à Brest en 1762 , et l'ordonnance
du 10 décembre de cette année l'affecta au service
des ports et colonies .
Envoyé à Aix et à Marseille à la fin de 1762 , il fut
de là à Navarreins et Saint-Jean- Pied -de-Port en
mai 1763 , à l'île d'Oléron en décembre 1763 , àMo-
naco en mai 1764 , à Perpignan en novembre 1766 ,
à Rocroi en octobre 1767 , à Dunkerque en octobre
124 HISTOIRE

1768 , et à Rochefort en novembre 1769. Il s'embar-


qua dans ce port le 20 décembre pour passer à la
Martinique . Rentré en France par Brest , le 13 avril
1773 , il fut envoyé d'abord à Poitiers, puis à Bé-
thune au mois de septembre de cette même année . Ce
fut dans cette ville , et par suite de l'ordonnance du 26
avril 1775 , qu'il reçut par incorporation le régiment
de La Marche-Prince , ci-devant Nivernais , qui forma
son 2º bataillon . Il devint en même temps la pro-
priété de Louis-François-Joseph de Bourbon- Conti,
comte de La Marche , et quitta le nom de la province
de Périgord pour prendre le titre de La Marche-
Prince qu'il ne porta que pendant dix-huit mois . Le
12 septembre 1776 , à la mort de son père, le comte
de La Marche devint prince de Conti , et son régi-
ment prit le nom de Conti qu'il a porté jusqu'à la
fin (1).

En octobre 1777 , Conti se rendit de Béthune à


Lille . Il est allé depuis à Pontorson et Coutances en
mars 1778 , à Honfleur en août 1778 , à Saint-Malo

(1 ) Le comte de Clarac, colonel en 1769 , est passé à Maine. Le


comte de Causans est devenu maréchal de camp le 17 avril 1790 .
De Mondyon avait été nommé major au corps le 24 juin 1780 et lieu-
tenant-colonel le 17 mai 1789. Montredon était lieutenant- colonel
du 27 mai 1792. Du Puch est devenu général de brigade le 8 mars
1793. Jean de Casamayor, chevalier de Gestas, volontaire en 1737
et lieutenant-colonel le 17 juin 1770 , a été fait brigadier le
1er mars 1780. Le général Desfourneaux a pris tous ses grades dans
Conti, depuis celui de caporal jusqu'à celui de colonel exclusi-
vement.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 125

en juillet 1779 , à Nantes en novembre 1779 , aux


Sables d'Olonne en juin 1780 , à Poitiers en novem-
bre 1780 , à Bellisle en octobre 1781 , à Quimper en
avril 1783 , à Lille en novembre 1783 , à Dunkerque
en novembre 1785 , à Calais en mars 1788 et à Amiens
en juillet 1789 .
A la fin de 1789 , les soldats , entraînés par le
mouvement général , se donnèrent le plaisir de faire
disparaître dans un autodafé les insignes du prince
de Conti ; mais cette manifestation ne paraît pas
avoir influé sur la bonne discipline du corps.
Ceci résulte de la lettre suivante écrite , le 2 mars
1790 « Messieurs, les officiers de l'ancienne admi-

nistration municipale de la ville d'Amiens , avant de


cesser leurs fonctions, ont adressé une lettre en date
du 21 février à MM . les officiers du régiment de Conti
infanterie en garnison dans cette place, pour leur té-
moigner leur satisfaction de la fermeté , sagesse et
vigilance , qui ont maintenu l'amour de la discipline ,
l'exactitude du service , parmi leur troupe et contri-
bué à la 1 tranquilité publique ; et par une délibéra-
tion prise en la séance générale du 22 , ils ont dé-
cerné aux dits officiers le titre de citoyens de ladite
ville d'Amiens , etc. » 1

Conti fut envoyé à Gravelines en octobre 1790 ; il


fut de là à Saint-Omer et Boulogne en avril et mai
1791 , et au commencement de 1792 il était à Ca-

lais. Quand la guerre éclata , le 1 " bataillon fut dirigé


126 HISTOIRE

sur l'armée du Nord , et le 2° fut jeté dans Dunkerque .


Le 1er bataillon , appelé dans l'Argonne pendant
l'invasion prussienne , fut mis en garnison à Metz
après la bataille de Valmy, et fit partie en 1793 de
l'armée de la Moselle . Il a servi depuis aux armées
des Ardennes et de Sambre-et Meuse et n'a été versé

que le 17 mai 1795 dans la 149 demi- brigade .


Le 2º bataillon contribua en 1792 , sous Dumou-
riez, à la première conquête de la Belgique et passa
l'hiver à Ruremonde . En février 1793 , il suivit Du-
mouriez dans la pointe qu'il fit en Hollande , et il
était le seul bataillon de ligne présent au fameux
camp des Castors entre Roowaërt et Swaluwe . Ce

bataillon continua de servir à l'armée du Nord jus-


qu'à son incorporation dans la 150 demi-brigade ,
effectuée le 18 août 1794 .
Ce régiment , pendant qu'il portait le titre de Pé-
rigord, avait des drapeaux dont chaque carré était
partagé en trois triangles . Le triangle du milieu était
jaune dans les quatre carrés. Les triangles extérieurs
étaient de taffetas rouge et vert changeant dans deux
carrés, et rouge et jaune changeant dans les deux
autres . En passant dans la maison de Conti , il reçut
des drapeaux aux couleurs de son nouveau chef,
rouge dans deux quartiers, isabelle dans les deux
autres. Le régiment obtint aussi alors la prévôté .
Son premier uniforme se composait d'habit et cu-
lotte blancs , parements bleus , collet et veste rouges,
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 127

boutons blancs , pattes ordinaires , garnies de trois bou-


tons et autant sur la manche, chapeau bordé d'ar-
gent. Il prit en 1763 le parement et le collet verts ,
et en 1775 , en devenant régiment de prince , il eut
les revers et les parements bleus et les boutons blancs .
On y ajouta en 1776 le collet cramoisi .
128 HISTOIRE

RÉGIMENT DE SAINTONGE .

82e RÉGIMENT D'INFANTERIE .

York-Town....

COLONELS OU MESTRES EE CAMP.

1. Marquis DE BLIGNY (François-Germain Le Camus) , 8 septem-


bre 1684.
2. Marquis DE LANNION (Anne-Bretagne) , 14 janvier 1705 .
3. Marquis DE MIREPOIX ( Gaston-Charles -Pierre de Lévis ) , 6
mars 1719.
4. Marquis DE TALLEYRAND (Daniel -Marie-Anne) , 10 mars 1734 .
5. Duc D'OLONNE (Charles-Anne-Sigismond de Montmorency-
Luxembourg) , 26 juillet 1737 .
6. DE LA GRANDVILLE (Louis-Joseph Bidé), 8 juin 1744.
7. Comte DES SALLES (Louis-Antoine -Gustave), 22 mai 1759.
8. Comte DE BOISGELIN (Réné- Gabriel) , 28 juillet 1759 .
9. Marquis DU ROURE (Denis-Auguste de Beauvoir de Grimoard),
20 février 1761 .
10. Vicomte DE BÉRANGER (Charles du Guast) , 11 mai 1762 .
11. Vicomte DE CUSTINES (Adam-Philippe Blackarth) , 8 mars
1780.
12. Vicomte DEROCHAMBEAU (Donatien-Marie-Joseph de Vimeur) ,
11 novembre 1782.
or juillet
13. Vicomte DU LAU D'ALLEMANS (Pierre-Marie) , 1er 1783.
14. DE LA GOUTTE (Pierre Chappuis de Maubou ), 5 février 1792 .
15. DESFRANCS (Jean-Claude), 24 octobre 1792 .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 129

Saintonge a été créé sous ce nom le 8 septembre


1684 et formé avec des compagnies détachées du ré-
giment de Navarre. Au commencement de la guerre ,
en 1688 , il fut mis en garnison à Landau . Le 5 mai
1689 , neuf compagnies, chargées de construire une
redoute vis-à-vis de l'embouchure du Necker dans le
Rhin , furent attaquées par un corps impérial qu'el-
les mirent en déroute . En 1690 , le régiment com-
mença la campagne sur la Moselle ; il passa ensuite
dans les Pays-Bas et combattit vaillamment à Fleurus.
Il servit l'année suivante au siége de Mons, après
lequel il retourna sur la Moselle . Il fournit , en 1692 ,
quatre compagnies pour la formation du 3º bataillon
de Picardie, et il fit cette campagne et la suivante
à l'armée du Rhin . En 1694, il se rendit sur les
Alpes ; il revint en 1695 sur la frontière d'Allemagne ,
servit en 1696 sur la Meuse et vint , en 1697 , en
Flandre pour prendre part au siége d'Ath ( 1 ) .
Porté à deux bataillons par ordre du 1er février
1701 , Saintonge occupe ce même mois la ville d'An-
vers pour le nouveau roi d'Espagne , et en 1702 il passe
à l'armée que le maréchal de Cattinat réunissait en
Alsace. Au mois de septembre , le 1 " bataillon suit
Villars, est embrigadé avec Champagne et partage

(1) Le colonel de Bligny fut fait brigadier le 3 janvier 1696 et


maréchal de camp 10 février 1704. M. Damigny, premier major de
Saintonge le 1er octobre , 1684 lieutenant-colonel le 10 juillet 1688,
fut nommé brigadier le 29 janvier 1702 .
HIST. DE L'ANC. INFANTERIE Française. t. vII. 9
130 HISTOIRE

la gloire de cet illustre corps à l'attaque du pont


d'Huningue, à la prise de Neubourg et à la bataille.
de Friedlingen . Le 2e bataillon s'était jeté , le 9 juin,
dans Landau et avait pris part à la longue et belle
défense qu'y avait faite M. de Mélac contre l'armée du
roi des Romains . En 1703 , les deux bataillons font
partie de la brigade de Champagne et débutent , au
er
mois de février, par le siége de Kelh . Le 1 ** batail-
lon marche ensuite à l'avant-garde de Villars, dans
la belle course de ce général pour joindre l'électeur
de Bavière, et rivalise d'ardeur avec Champagne à
l'attaque des lignes de Stolhofen , à la prise de Gegem-
bach, Biberach , Haslach , Husen , à l'assaut des re-
tranchements de la vallée de Hornberg , à la première
bataille d'Hochstedt et à la soumission d'Ulm et
d'Augsbourg . Pendant ce temps, le 2 bataillon , resté
sur le Rhin avec le maréchal de Tallard , contribue
à la prise de Brisach et de Landau et à la victoire du
Speyerbach. Il passe aussi en Bavière en 1704 et est
mis en garnison dans Ulm . Après la défaite d'Hochs-
tedt , où le 1º bataillon avait courageusement com-
battu à la défense du village d'Oberklaw , le régiment
demeure à l'arrière-garde pendant toute la retraite
des débris de l'armée et, en arrivant sur le Rhin , il
est jeté dans le vieux Brisach. Le 10 novembre, il
contribue à faire échouer une tentative du prince
Eugène sur cette place. On sait que ce général ne fut
pas plus heureux là qu'à Crémone .
Saintonge garda Brisach pendant l'année 1705 .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 131

En 1706 , il rentra sous les ordres de l'heureux Vil-


lars et il contribua à la levée du blocus du Fort-Louis ,
à la prise des retranchements de Drusenheim , de
Lauterbourg, d'Haguenau et de l'île du marquisat .
Après ces expéditions , il partit pour la Flandre, que
la perte de la bataille de Ramilies laissait à décou-
vert, et il y resta jusqu'au commencement de 1708 .
Il revint alors sur le Rhin , mais la défaite d'Aude-
naërde le fit rappeler dans les Pays-Bas, et pendant
que les Alliés assiégeaient Lille , il fit partie de cette
armée de 90,000 hommes que le duc de Bourgogne
tint inactive au camp de Saulsoy.

En 1709 , Saintonge , embrigadé avec le régiment


du Roi, combattit avec la plus grande intrépidité à
Malplaquet. Il était placé de manière à prendre en
flanc les troupes qui voudraient attaquer le régiment
du Roi . Cette brigade fut une des trois avec lesquelles
Villars chargea à la baïonnette l'armée anglaise ,
et on allait saisir la victoire, quand une balle frappa
le hardi général au genou et le mit hors de combat .
En quittant le champ de bataille de Malplaquet ,
Saintonge se jeta dans Douai et se signala dans la
belle défense de cette place, qui fut si glorieuse pour
le comte Albergotti et la brave garnison placée sous
ses ordres . Le régiment fit surtout admirer sa valeur
pendant l'assaut livré le 24 juin . Monté sur la plon-
gée des parapets, il fusilla à découvert les colonnes

d'attaque des ennemis . Après la capitulation de Douai ,


le régiment fut envoyé à l'armée du Rhin où il servit
132 HISTOIRE

jusqu'à la paix. Il termina cette guerre de la manière


la plus brillante au siége de Landau en 1713. Dans
la nuit du 18 au 19 août , à l'attaque des contre-gar-
des, les deux compagnies de grenadiers furent char-
gées d'une attaque sur la droite . Elle fut si vive que
les défenseurs surpris n'eurent pas le temps de mettre
le feu à leurs fourneaux de mine . Tous furent tués,
pris ou jetés dans les fossés. Landau capitula le len-
demain . Le régiment y fut mis en garnison, et la
lieutenance de Roi en fut donnée au lieutenant- colo-
nel de Chastenet qui s'était fort distingué (1 ) . Le
2e bataillon de Saintonge a été réformé en 1715 .
Au moment où commença la guerre de la succes-
sion de Pologne , le régiment était en garnison dans
la citadelle de Besançon . Il ne joignit l'armée du
Rhin qu'en 1734 et se trouva à l'attaque des lignes
d'Ettlingen et au siége de Philisbourg, où furent bles-
sés les capitaines de Langle et de Riencourt . Ce der-
nier y faisait les fonctions d'ingénieur . En 1735 ,

(1) Jean Foucault de Chastenet , capitaine au régiment de Na-


varre , passé avec sa compagnie dans Saintonge en 1684, lieutenant-
colonel 21 janvier 1703 , brigadier 29 mars 1710. Il eut pour suc-
cesseur Gédéon Louis de Conquérant, capitaine en 1685 , lieutenant-
colonel 16 septembre 1713 , brigadier 3 avril 1721 .
Le colonel marquis de Lannion est devenu brigadier 29 mars
1710, maréchal de camp 1er février 1719 et lieutenant-général 1er
août 1734. Il a été tué quelques semaines après à Guastalla. Le
marquis de Mirepoix est monté à La Marine. Le marquis de Talley-
rand a obtenu Normandie . Le duc d'Olonne est devenu colonel de
Touraine ,
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 133

Saintonge servit sur la Moselle et prit part au combat


de Klausen.
Au mois de mars 1742 , il se rendit en Bavière
avec Auvergne et demeura quelque temps au camp de
Nieder-Altach . Il contribua plus tard à la prise d'Eln-
bogen et de Kaaden et au secours de Braunau . Il passa
l'hiver avec Bretagne dans les cantonnements de Re-
genstauf, Dietpoldskirchen et Walkemberg, prit part
en avril 1743 au ravitaillement d'Égra , et après l'af-
faire de Deckendorf se mit en retraite sur Ratisbonne
et de là sur le Rhin . En 1744, il était en garnison à
Bitche, d'où il détacha des compagnies à Saverne
pour faire le service auprès du roi . Pendant tout le
reste de cette année , il compta dans l'armée du Bas-
Rhin et il passa en Flandre au printemps de 1745 .
Arrivé le 22 juin à l'armée du maréchal de Saxe , il
fut employé aux divers siéges entrepris après la ba-
taille de Fontenoy et termina cette campagne par
celui d'Ath . Il combattit à Rocoux en 1746 , et
au mois de novembre il fit partie des renforts envoyés
aux défenseurs de la Provence. Il contribua à rejeter
de l'autre côté du Var l'armée austro -sarde et il se
trouva, le 19juillet 1747 , au sanglant combat du col de
l'Assiette , où le colonel de La Grandville fut blessé (1 ) .

(2) M. de La Grandville a été fait brigadier le 10 mai 1748. Le


comte de Boisgelin a obtenu Béarn, et le marquis du Roure est
passé à Dauphin.
Philibert du Rosel de Beaumanoir, cadet en 1732 , major 5 juin
134 HISTOIRE

Le régiment demeura sur cette frontière jusqu'à la


paix .
Saintonge fut appelé, en 1755 , au camp d'Aime-
ries sur Sambre . Il se trouvait à Brest au début de la

guerre de Sept Ans, et demeura en Bretagne pen-


dant toute la durée des hostilités . En 1759 , quand
" le France fit ce grand effort pour aller attaquer l'An-
gleterre sur son propre territoire , il fut embarqué sur
la flotte de M. de Conflans qui ne se montra point à la
hauteur d'une pareille mission . Après un combat dé-
plorable, l'expédition rentra à Brest .
L'ordonnance du 10 décembre 1762 fit passer
Saintonge au service des ports et colonies. Il s'était
embarqué l'année précédente à Rochefort pour la
Guyane et avait perdu plusieurs compagnies dans
un épouvantable naufrage . Le lieutenant vicomte de
Berlaymont était resté quatre jours avec quelques
hommes, en pleine mer , sur les débris d'un vaisseau .
Le régiment quitta Cayenne en 1766 pour se rendre
à la Guadeloupe, et il rentra en France par Brest le
11 avril 1768. Il se rendit alors à Libourne , d'où il
fut à l'ile d'Oleron au mois d'octobre de la même

année, puis à Rochefort en septembre 1769 , à Tours


en juillet 1770 , à l'ile de Ré en septembre 1770 et à
Toul en novembre 1773. C'est dans cette ville que ,
conformément à l'ordonnance du 26 avril 1775 , il

1748, lieutenant- colonel 3 février 1758, fut nommé brigadier


20 février 1761 et maréchal de camp 20 avril 1768.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE 135

fut réuni à l'ancien régiment de Cambrésis , qui de-


vint son 2 bataillon .
Saintonge est allé à Calais en novembre 1776 , à
Saint-Omer en novembre 1777 , à Rouen et Dieppe en
février 1778 , à la Hougue et Barfleur en juillet 1778 ,
à Rennes en juillet 1779 , et il s'est embarqué à Brest
le 10 avril 1780 pour prêter l'appui de sa valeur aux
citoyens des États-Unis d'Amérique . Il avait été
précédé par de nombreux volontaires impatients de
combattre pour la liberté . Le 15 juillet 1779 , à la prise

de Stony-Point , le major de Fleury était arrivé le


premier dans les retranchements des Anglais et avait
abattu le drapeau britannique. A la paix, le Congrès
décerna à ce brave officier une médaille qui lui fut
remise par l'illustre Franklin .

Le régiment, qui avait à sa tête le vicomte de Cus-


tines (1 ) , arriva le 15 août 1780 aux portes de Phila-

(1) Custines , qui était alors colonel de Rouergue , demanda et


obtint de remplacer , à la tête de Saintonge, le vicomte de Béran-
ger, brigadier du 3 janvier 1770, nommé maréchal de camp le 1er
mars 1780 , au moment où son régiment allait s'embarquer. A son
retour, Custines reprit Rouergue qui , en son absence , avait été
commandé par le colonel en 2°. Le vicomte de Rochambeau, qui
remplaça Custines à la tête de Saintonge, a obtenu le régiment
d'Auvergne . Desfrancs, dernier colonel de Saintonge , avait été nom-
mé lieutenant-colonel au corps le 5 février 1792 , à la place de
Jean-François Carra de Saint-Cyr , nommé lieutenant-colonel le 25
juillet 1791 et devenu plus tard général de division .
Charles-François Chaudion , chevalier de La Valette , major 18
juin 1768, et lieutenant-colonel 24 février 1774 , fut fait briga-
136 HISTOIRE

delphie. Les troupes de Rochambeau s'arrêtèrent pour


se mettre en grande tenue et firent leur entrée dans
la ville au milieu d'une affluence incroyable d'habi-
tants assemblés sur leur passage ; les maisons étaient
pavoisées des drapeaux des deux nations, et le Con-
grès les salua de ses acclamations . Après cette récep-
tion magnifique, les Français occupèrent tous les postes
du Rhode-Island. En 1781 , Saintonge se trouva au
siége de Yorck-Town et à la capitulation du général
Cornwallis . H passa l'hiver aux États-Unis, fut trans-
porté en 1782 aux Antilles et rentra à Brest en juil-
let 1783 .
Le régiment, après s'être réuni à Lannion , se mit
en route pour Saarlouis où il arriva le 31 août. Il fut
envoyé à Saintes et Pons en novembre 1784 , à Verdun
en avril 1788, fit cette année partie du camp de Metz ,
après lequel il revint à Verdun et fut appelé, aux en-
virons de Paris en juillet 1789. Après la prise de la
Bastille, on l'envoya à Metz, d'où il est allé à Bitche
et Saarlouis en janvier 1790 , et à Strasbourg au mois
de mai de la même année. On renvoyait alors de cette
ville importante les régiments des princes allemands
Pour les remplacer par des corps d'un patriotisme
sûr. On confia à Saintonge la garde de la citadelle .
Le régiment a quitté Strasbourg en mars 1794
pour aller à Belfort, et en avril 1792 , lorsque les hos-

dier 5 décembre 1781 pour sa conduite à Yorck-Town, et maréchal


de camp 9 mars 1788.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 137

tilités allaient commencer , on le mit en garnison à


Landau et Lauterbourg . Après la retraite des Prus-
siens battus à Valmy, Saintonge suivit Custines dans
le Palatinat et se distingua à la prise de Spire, où le
sous-lieutenant Pajol , depuis général de division , re-
cut un coup de baïonnette . A la fin de cette année,
le 1er bataillon fut jeté dans Mayence et le 2 dans
Landau .

Le 1er bataillon fut un des meilleurs de la garni-


son de Mayence . Chargé de la garde de la tête du
pont de Cassel, il se signala autant par son désintéres-
sement que par sa bravoure . Après avoir travaillé
avec ardeur aux retranchements de Cassel , il refusa
de recevoir ce qui lui revenait du décompte de son
travail et en fit hommage à la patrie, suivant le style
de l'époque . Le jour même, où il donnait cet exem-
ple de vertu , il repoussait, après un combat acharné
de sept heures , l'attaque d'un corps de 15,000 Prus-
siens . Lorsque Mayence eut capitulé , le bataillon fut
envoyé dans la Vendée, et fit partie de cette célèbre
colonne mayençaise , qui porta les plus rudes coups à
l'insurrection des provinces de l'Ouest . Il a combattu
jusqu'à la fin sans avoir été amalgamé , et est entré
directement , le 21 novembre 1796 , dans la 81 ° demi-
brigade de l'organisation du Directoire.
Le 2 bataillon de Saintonge est resté dans Landau
pendant le long blocus de 1793. Il a pris part aux
nombreuses expéditions faites par la brave garnison
de cette ville. Il a servi à l'armée du Rhin jusqu'au 22
138 HISTOIRE

juillet 1794, jour de son incorporation dans la 152e


demi-brigade.
Saintonge, comme tous les régiments de son épo-
que , avait trois drapeaux . Ceux d'ordonnance avaient

leurs quartiers partagés par les deux diagonales en


quatre triangles, respectivement bleu , jaune , rouge
et vert.

Il avait porté longtemps habit et culotte blancs ,


veste, collet et parements bleus , boutons jaunes ,
pattes ordinaires garnies de trois boutons et autant
sur la manche , chapeau bordé d'argent. Il prit
en 1763 , les revers et les parements verts avec
les boutons blancs , et, en 1775 , les revers et pare-
ments cramoisis avec les boutons jaunes . Le règle-
ment de 1776 lui donna le collet bleu céleste , les re-
vers et les parements aurore et les boutons jaunes.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 139

RÉGIMENT DE FOIX.

83 RÉGIMENT D'INFANTERIE .

Colorno...

COLONELS OU MESTRES DE CAMP .

1. Marquis DE BLAINVILLE (Jules-Armand Colbert) , 13 septem-


bre 1684.
2. Prince D'HENRICHEMONT (N. de Béthune Sully), 6 septem-
bre 1689.
3. Marquis DE RAVIGNAN (Joseph de Mesmes) , 4 mars 1696 .
4. DE THOMÉ (Pierre) , 22 janvier 1709.
5. DE THOMÉ DE SAINT-GEORGES (N. ) , 1º août 1734 .
6. Marquis DE BOUDEVILLE (Jean-François de Malortie) , 13 oc-
tobre 1734.
7. Chevalier DE GROLLIER DE SERVIÈRES (Antoine- Charles-
Joseph) , 1er décembre 1745.
8. Comte DE ROUGE (Gabriel-François) , 7 mai 1758.
9. Marquis DE DAMAS-CRUX (Louis-Alexandre) , 20 février 1761 .
10. Comte DE MAULEVRIER - LANGERON ( Alexandre-Nicolas-
Claude-Hector Andrault) , 1er décembre 1762 .
11. Chevalier DE NIEUL (François-Alexis Ponte) , 3 janvier 1770.
12. Vicomte DE LA ROCHE-AYMON (Guillaume-Marie) , 1º jan-
vier 1784.
140 HISTOIRE

13. Chevalier DE BOUAN (Jean-Baptiste-François de Chef du Bos) ,


5 février 1792.
14. DE CHAMPOLLON (Gaspard-Adrien Bonet du Louvat ) , 12 juil-
let 1792.
15. BALLAND (Antoine) , 8 mars 1793 .

Le régiment de Foix , créé sous ce titre le 13 sep-


tembre 1684 , a été formé sur le pied de quinze com-
pagnies, dont plusieurs venaient des régiments de
Normandie et de La Marine . Des quatre régiments
qui marchaient, dans l'origine, entre Saintonge et
Foix, un a été réformé en 1762 ; les trois autres ont
vécu jusqu'en 1775 .
Foix, porté à vingt compagnies en 1688 , débuta
cette même année sur le Rhin à la prise de Philis-
bourg, de Manhein , Frankenthal et autres places du
Palatinat. Il fit les deux campagnes suivantes sur les
côtes de Normandie. Envoyé en 1691 à l'armée des
Alpes, il participe à la soumission de Montmélian et
de Chambéry. En 1692 , il sert en Flandre et assiste
au siége de Namur et à la bataille de Steenkerque , où
il se distingue sous les ordres du lieutenant- colonel
de Champagnac ( 1 ) . Il se fait encore remarquer l'an-
née suivante à Neerwinden et devant Charleroi, où

(1 ) Remplacé par Noël Desroberts , capitaine dans Normandie,


passé dans Foix avec sa compagnie, lieutenant-colonel 27 octobre
1698 , brigadier 3 septembre 1709 ; auquel succéda Louis-Charles
de Beaulieu de Béthomas, venu aussi de Normandie avec sa com-
pagnie, lieutenant-colonel 7 juilet 1706 et brigadier 3 avril 1721 .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 141

ses grenadiers et un piquet de cinquante fusiliers


montent le 26 septembre à l'assaut de la redoute de
Darmay. En 1694 et 1695 , Foix fait partie de l'armée
de la Meuse ; il contribue dans la dernière de ces an-
nées à la défense de Namur contre le prince d'O-
range. Il achève la guerre sous Boufflers et dans la
brigade de Piémont .
En 1701 , Foix , porté à deux bataillons, servit d'a-
bord en Flandre . Il se trouva, en 1702 , au combat de
Nimègue, et il soutint , le 27 juin , dans les bruyères
de Moock, un combat particulier dans lequel il eut
plusieurs grenadiers blessés . Le régiment étant passé
en 1703 à l'armée du Rhin , le 1 bataillon servit
sous Villars au siége de Kelh , à l'attaque des lignes
de Stolhofen, et passa avec ce général en Bavière .
Au milieu du mois de mai, le lieutenant- colonel
Desroberts, avec cent hommes du régiment et cin-
quante maîtres , fut chargé d'aller lever des contribu-
tions dans la Souabe. Il surprit et rançonna les villes
de Freding et d'Ebengheim . Attaqué à son retour par
200 cuirassiers de l'Empereur et 30 hussards, il soutint
une lutte terrible , dans laquelle il fut blessé ; mais il
força l'ennemi à la retraite. Le bataillon se trouva en-
core dans cette campagne au combat de Munderkir-
chen, à la première journée d'Hochstedt , et à la prise
de Kempten, d'Ulm et d'Augsbourg . Le colonel de
Ravignan mérita des éloges particuliers pour sa con-
duite à Hochstedt.

Le 2 bataillon , resté sur le Rhin à l'armée de


142 HISTOIRE

Tallard , fit les siéges de Brisach et de Landau , et


combattit au Speyerbach . Passé , lui aussi , en Bavière ,
il fut mis en garnison à Ulm.
En 1704 , à la deuxième bataille d'Hochstedt , le
er
1 bataillon de Foix était au corps d'armée de Mar-
chin et le 2e faisait partie de celui de Tallard . Leurs dé-
bris furent jetés dans Brisach avec le régiment de
Saintonge, et contribuèrent à faire échouer la sur-
prise tentée par le prince Eugène contre cette ville .
Foix continua de servir les années suivantes sur
le Rhin . Il se trouva au secours du Fort- Louis , à la
prise de Drusenheim , de Lauterbourg et de l'île du
Marquisat en 1706 , et, en 1707 , à la prise des lignes
de Stolhofen et de Schorndorf, à la défaite du général
Janus, à la conquête de Suabs-Gemunden et à toutes
les expéditions de Villars sur les rives du Rhin . En-
voyé en Flandre en 1708 , au moment où l'armée de
cette frontiére se faisait battre à Audenaërde , il se jeta
dans Lille et contribua à la belle défense que fit dans
cette place le maréchal de Boufflers . La nuit du 26
au 27 août, 400 hommes du régiment firent une sor-
tie, attaquèrent la chapelle de la Magdeleine , l'em-
portèrent et rasèrent les ouvrages de l'ennemi . Le co-
lonel de Ravignan ( 1 ) et le capitaine La Caze ( 2) fu-

(1) M. de Blainville , premier colonel de Foix , était passé au ré-


giment devenu Beaujolais. M. de Ravignan fut fait brigadier 10 fé-
vrier 1704 , maréchal de camp 12 novembre 1708 et lieutenant-gé-
néral 8 mars 1718.
(2) Louis-Joseph de La Caze, sous-lieutenant en 1689 , major 8
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 143

rent blessés dans cette sortie . Après la prise de la ville ,


Foix se retira dans la citadelle et y fit encore une belle
résistance .

Envoyé sur les côtes de la Normandie , après la ca-


pitulation , il se rétablit pendant l'hiver et reparut en
1709 à l'armée de Flandre , pour combattre à Mal-
plaquet. Eu quittant ce champ de bataille, il alla se
renfermer à Bouchain , où il fut assiégé, en 1711 ,
par le général hollandais Fagel . Il fit encore là une
résistance digne d'éloges et obtint une capitulation
honorable ; mais cette capitulation , réglée entre M.
de Ravignan, ancien colonel du corps et gouverneur
de Bouchain, et le général Fagel , fut désapprouvée
par Marlborough, qui ne craignit pas de la violer. Le
régiment fut traité en prisonnier de guerre et envoyé
à Tournai ; les officiers furent même conduits en
Hollande . Avec les soldats qui parvinrent à s'échap-
per, on forma un bataillon , qui ne fut point em-
ployé activement pendant le reste de la guerre . En
1714 , les vides des cadres du régiment de Foix fu-
rent remplis par l'incorporation du régiment ré-
formé de Blacons et des compagnies franches de
Caudemberg et de Guise. On y versa encore, en
1716 , les compagnies franches de Maucomble et
d'Antoine .
Au mois d'octobre 1733 , Foix se rend à l'armée
d'Italie . Il sert aux siéges de Gera d'Adda, de Pizzi-

juin 1712 , lieutenant- colonel 30 mai 1724 , brigadier 1 août 1734.


144 HISTOIRE

ghetone et du château de Milan . L'année suivante,


il débute par ceux de Novare, de Tortone et du fort
d'Arrona . Le 4 juin , lorsque les Autrichiens atta-
quent nos cantonnements de Colorno , Foix arrive des
premiers au secours des troupes engagées, et il re-
cueille presque toute la gloire de cette affaire , en
chassant l'ennemi du château , et en s'emparant, après
un combat meurtrier, du pont sur le Lorno que les
Impériaux avaient fortifié. Le colonel de Thomé
fut grièvement blessé à la jambe et obtint le grade
de maréchal de camp en récompense de ses longs
services, de l'habileté et du courage qu'il avait dé-
ployés dans cette journée ( 1 ) . Le régiment fut donné
à son frère qui se fit tuer , le 29 juin , à la bataille de
Parme. Le lieutenant-colonel de La Caze fut à son tour

très-dangereusement blessé , le 17 septembre , à la


bataille de Guastalla. Dans ces deux grandes jour-
nées , Foix était embrigadé avec Picardie , et il se mon-
tra digne de combattre en compagnie de cet illustre
régiment . Il fut employé, en 1735 , aux siéges de Re-
vere, de Reggio et de Reggiolo , et rentra en France
en septembre 1736 .
Parti pour la Bavière en mars 1742 , Foix est d'a-
bord placé à Amberg avec le régiment d'Orléans. Il
n'y reste que quelques jours et marche avec le mar-
quis de Villemur au secours de l'armée de Bohême .

(1 ) M. de Thomé fut fait brigadier 19 janvier 1732 , maréchal de


camp 1er août 1734 et lieutenant-général 1er janvier 1748.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 145

Il se trouve au combat de Sahay, au ravitaillement


de Frawemberg, et se retire sous Prague au mois de
juin . Il était déjà , à cette époque , réduit à 478 hom-
mes. Pendant le blocus de Prague , Foix forme bri-
gade avec le régiment de La Reine ; il se couvre de
gloire à la sortie du 22 août ; il y est complétement
écrasé, et le colonel de Boudeville ( 1 ) y reçoit une
blessure considérable. A sa rentrée en France , en fé-

vrier 1743 , et quoiqu'il eût reçu des miliciens , le


régiment était réduit à deux officiers et moins de

300 hommes , la plupart éclopés, qui furent envoyés


à Saint-Omer .

En 1744 , lorsque le mal fut réparé, Foix partit


pour l'Italie et se trouva à la prise de Nice, de Ville-
franche, de Montalban , de Château - Dauphin et de
Démont, au siége de Coni et à la bataille de la Ma-
dona del Ulmo, livrée le 30 septembre sous les murs
de Coni . Il y était enbrigadé avec Lyonnais et fut de
la grande charge qui décida la victoire . En 1745 , le
régiment reste cantonné sur la frontière des Alpes ;
on le voit, le 11 octobre , au combat livré près de Jos-
seau dans la vallée de Pragellas, où le comte de Lau-
trec défit un corps piémontais. Il rentre en Italie en
1746, fait le siége d'Acqui et se trouve aux deux
malheureuses batailles de Plaisance et du Tidone .

(1) M. de Boudeville a été nommé brigadier 20 février 1743 et


maréchal de camp 1er mai 1745. M. de Grollier, son successeur, ob-
tint le grade de brigadier 20 mars 1747, celui de maréchal de camp
1er mai 1758 et celui de lieutenant-général 25 juillet 1762 .
HIST. DE L'ANC, INFANTERIE FRANÇAISE. T. VII . 10
146 HISTOIRE

Dans cette dernière affaire , qui a lieu le 10 août,


il dispute vivement avec Anjou le passage de la ri-
vière. Le colonel de Grollier y est blessé . Le régi-
ment se retire alors en Provence et contribue à la
défense de notre territoire envahi . Après que l'en-
nemi eut repassé le Var en mars 1747 , il entre au
camp de Tournoux, et il y demeure jusqu'au 10 sep-
tembre . Il rejoint alors l'armée , prend part aux com-
bats des 17 et 18 octobre auprès de Vintimille , et
garde les débouchés de cette frontièrejusqu'à la paix .
Foix faisait partie , en 1756 , du camp du Havre.
Au mois de mars 1757 , il part pour Stockheim , rendez-
vous de l'armée du Bas-Rhin, et se distingue à la
prise de Lippstadt, où il reste en garnison jusqu'à
la fin de la campagne . Dans les premiers mois de
1758 , il est placé en observation sur la frontière
hollandaise ; et après la défaite de Créfeld , il est jeté
dans Dusseldorf avec d'autres troupes françaises et
autrichiennes. Comme les autres corps français, il
refuse d'accepter la capitulation consentie le 29
juin par le gouverneur autrichien . Il rentre en
France, est envoyé sur les côtes de Bretagne, et
s'embarque en 1760 pour aller à Saint-Domingue .
Il est porté à deux bataillons le 30 avril 1762 , passe
au service des ports et colonies le 10 décembre de
la même année, et reste à Saint-Domingue jusqu'en
juillet 1765 (1).

(1) Le comte de Rougé, colonel en 1758, est passé au régiment


DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 147

A sa rentrée en France, Foix fut placé au Châ-


teau-Trompette de Bordeaux et à Blaye, d'où il est
allé à Nantes en novembre 1766 , à Port-Louis, Lo-
rient et Bellisle en septembre 1767 , à Rochefort en
mai 1769 , à Longwy en novembre 1769 , à Saint-
Omer en décembre 1770 , à Lille et Aire en janvier
1771 , à Lorient et Bellisle en octobre 1772 , à La Ro-
chelle en novembre 1774 , à Auch et Nérac en fé-
vrier 1775 et à Toulon en octobre 1776. Cette même
année, 500 hommes sont embarqués sur la flotte du
comte d'Estaing , et le nom de Foix est glorieuse→
ment mêlé aux événements de la guerre d'Amérique .
Les compagnies expéditionnaires prennent part les
3 et 4 juillet 1779 à lat conquête de la Grenade , et
le 6 au combat naval livré à l'amiral Byron , où le ca+
pitaine de Frémont est tué. Au mois de septembre,
elles servent au siége de Savannah sur le continent
américain . Après un séjour de deux ans à la Gre-
nade , ces compagnies montent sur le vaisseau le Ma→
gnanime de la flotte du comte de Grasse, et assistent
aux affaires des 9 et 12 avril 1782 contre l'amiral

de Flandre. Le comte de Maulévrier a été fait maréchal de camp le


3 janvier 1770. Le chevalier de Nieul est devenu brigadier fer
mars 1780 et maréchal de camp 1er janvier 1784. M. de Champol-
lon, lieutenant-colonel au corps avant d'être colonel, est arrivé au
grade de général de brigade le 8 mars 1793.
Guillaume Arthur, chevalier de Kerkalio , lieutenant- colonel 9
novembre 1772 , a été fait brigadier 1er janvier 1784 et maréchal
de camp 22 septembre 1788 .
148 HISTOIRE

Rodney. Le sous-lieute . ant de Trogoff perd la vie et


le lieutenant Deshayest blessé .
Pendant ce temps , ie gros du régiment s'était
rendu de Toulon à Béziers en décembre 1778 , et
en novembre 1781 , pendant les troubles de Genève ,
il était venu prendre des cantonnements dans le pays
de Gex . En décembre 1783 , Foix était tout entier à
Strasbourg. Il est allé depuis à Landau en avril 1786 ,
à Sédan en novembre 1787 , et à Givet à la fin de
1790. En juin 1791 , les soldats de Foix , en appre-
nant la fuite du roi , offrirent l'argent de leurs mas-
ses à l'Assemblée nationale pour la réparation des
fortifications de Givet, et ils se mirent immédiate-
ment à l'œuvre avec une ardeur qui leur valut , le
12 juillet, un décret spécial de remercîments .
. En 1792 , Foix fit partie de l'armée de La Fayette .
Il se distingua extrêmement, le 23 mai , en compa-
gnie, du régiment de Condé, au combat soutenu à
Hamptinne, contre l'avant-garde autrichiennne .
Conduit par le lieutenant- colonel Champollon , il fit
sa retraite en échelons par demi -bataillons et arriva
en bon ordre à Philippeville . A partir de ce moment,
les deux bataillons furent séparés. Le 1er bataillon
fut envoyé à Sédan et le 2° à Cambrai .
En 1793 , le 1 bataillon servit à l'armée du Nord
et fit partie des 10,000 que le général Cordellier con-
duisit au mois d'août dans la Vendée . Il a servi dans

l'ouest jusqu'à la fin de la guerre civile , sans avoir


été amalgamé , et il est entré , le 22 avril 1796 , dans
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 149

la composition de la 7 demi-brigade nouvelle .


Le 2° bataillon de Foix quitta Cambrai en 1793,
pour se rendre à l'armée du Rhin . Il servit deux ans
sur cette frontière et fut versé , le 29 avril 1795 , dans
la 154° demi-brigade. Il s'était fait remarquer dans
plusieurs rencontres , ainsi qu'il résulte de l'extrait
suivant d'un journal de l'époque.
Le 9 prairial (mai 1794) , le sergent-major Poncet
et le grenadier Dupont furent admis à présenter à la
Convention un drapeau pris sur l'ennemi , et l'un
d'eux s'exprima ainsi , dit le journal : « Nous venons
avec cette joie pure , digne de vrais républicains et
inconnue des esclaves , déposer dans le sein de la
représentation nationale un drapeau pris sur l'en-
nemi par le 2º bataillon du 83° régiment d'infante-
rie , signe éclatant d'une victoire complète sur l'armée
coalisée, vaincue, dispersée et obligée d'abandonner
canons, chevaux , caissons et munitions , etc. , etc.
« Nous devons vous instruire encore des traits hé-
roïques de nos frères d'armes .
« Royer, caporal au même bataillon , se trouvant
seul en avant, jette un grand cri , feignant ainsi d'ap-
peler à lui une troupe considérable : LA SHOW A moi , ti-
railleurs , s'écrie-t-il, baïonnette en avant ! - L'en-
nemi , tremblant et déconcerté , coupe les traits de
ses chevaux et prend la fuite ; le caporal ferme et
inébranlable , attend ses camarades et ils ramènent
ensemble un obusier.

« Neuville, caporal au même régiment , commandant


150 HISTOIRE

vingt-cinq hommes, s'apercevant que l'ennemi diri-


geait son feu sur lui et sur sa troupe , appelle à lui
des volontaires . - Marchons, dit-il, en avant. -

Aussitôt on fond sur l'ennemi qui ne doit son salut


qu'à la fuite . On lui saisit une pièce de canon ... »
Nous retenons les faits , qui sont honorables pour
le corps et pour les hommes cités . Quant au style du
discours, nous aimons à croire que le malheureux
orateur du 83° n'était que l'écho de M. Barrère de
Vieuzac. Abandonné à lui-même , un troupier ne
débite pas de pareilles sottises.
Les drapeaux du régiment de Foix étaient vert ef
isabelle dans chaque quartier par triangles assemblés
base à base sur la diagonale de l'étoffe .
.. Foix avait eu habit et culotte blancs, veste bleue,

collet et parements rouges , boutons jaunes , pattes


ordinaires à trois boutons , autant sur la manche,
chapeau bordé d'or. Il eût en 1763 les revers verts,
et en 1775 les parements et les passepoils cramoisis
avec les boutons blancs . En 1776 , il prit le collet et
les boutons jaunes avec les revers et les parements
verts.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 151

RÉGIMENT DE ROHAN.

84e RÉGIMENT D'INFANTERIE .

Défense d'Embrun....

COLONELS ET COLONELS-LIEUTENANTS.

1. Marquis D'AMANZÉ (N. de La Queuille) , 16 septembre 1684.


2. Chevalier DE BOUTHILLIER (Claude-François) , 29 août 1692.
3. Chevalier DE MIROMESNIL (Jean-Sébastien Hue) , 14 janvier
1705 .
4. Marquis DE MIROMESNIL (N.) , 1erjanvier 1720.
5. Vicomte DE TAVANNES (Charles-Henri-Gaspard de Saulx) , 7
juillet 1723.
6. Comte DE SAULX-TAVANNES (Charles-Michel -Gaspard) , 23
janvier 1731 .
7. Chevalier DE CHAUVELIN (François-Claude), 10 septembre
1744.
8. Comte DU CHATELET-LOMONT (Marie-Louis-Florent) , 7 sep-
tembre 1746 .
9. Marquis DE COURCY (Michel Roussel -d'Espourdon), 22 sep.
tembre 1753.
10. DE MASSAN (Joseph) , 27 septembre 1761 .
11. Comte DE MENOU (François -Ménehould), 1er décembre 1762 .
12. Comte DE CARLES (Jacques) , 18 avril 1776.
152 HISTOIRE

13. Marquis DE CAULAINCOURT ( Gabriel-Louis) , 13 avril 1780.


14. Comte D'HERVILLY (Louis - Charles) , 10 mars 1788 .
15. DE BUONAVITA (Joseph ) 21 octobre 1791 .

Ce régiment a été créé le 16 septembre 1684 , sous


le titre de la province de Quercy. Les régiments de
Bresse et de La Marche , jusqu'à leur suppression en
1762 , prenaient rang entre Foix et lui.
Pendant les premières campagnes de la guerre de
la ligue d'Augsbourg , Quercy demeura dans les gar-
nisons de la frontière des Alpes , et il se trouvait dans
Embrun , avec quelques compagnies détachées de
Navarre et de La Marine , et un régiment irlandais ,

lorsque cette place fut assiégée , en 1692 , par le


duc de Savoie . Le colonel , marquis d'Amanzé , et
le major furent tués d'un coup de canon dans la der-
nière sortie que firent les assiégés le 7 août . La belle
résistance de la garnison lui fit obtenir une capitula-
tion honorable , et Quercy se retira à Pignerol , qu'il
ne quitta qu'au mois d'octobre 1693 , pour prendre
part à la bataille de la Marsaglia . Il était dans cette
affaire placé hors ligne , au milieu d'un bois de brous-
sailles, pour protéger la gauche de la cavalerie . Le ca-
pitaine du Quesnoy y fut tué . Le régiment continua
de faire partie de l'armée active jusqu'en novembre
1694. Il rentra à cette époque dans Pignerol , et , en
1696 , il passa sur le Rhin et servit , jusqu'à la paix de
Riswick , au corps du maréchal de Choiseul et dans
la brigade d'Auvergne .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 153

Le 1er juin 1701 , Quercy fut porté à deux batail-


lons qui , jusqu'en , 1711 , servirent sur des théâtres
différents .
Le 1 bataillon , qui s'était rendu en Italie dès le
mois de décembre 1700 , se trouva en 1701 aux
combats de Carpi et de Chiari . L'année suivante ,
faisant partie de la brigade d'Auvergne , il se distingua
particulièrement au combat de Santa- Vittoria , où
fut tué le capitaine de grenadiers de Monteil . Il fit
ensuite partie de la garnison de Mantoue jusqu'au
moment où Vendôme entreprit son expédition dans
le Trentin , et il suivit ce général pendant toute la
campagne de 1703. Il demeura l'année suivante dans

les garnisons du Montferrat , fut appelé en 1705 au


siége de Vérue, et après la capitulation de cette place,
il alla , avec Limousin , ouvrir la tranchée devant La
Mirandole. Il assista , plus tard , à la bataille de Cas-
sano , et fut mis en quartier d'hiver à Castiglione.
Le 19 avril 1706 , il combattit encore avec Limousin à
Calcinato , fut ensuite employé au siége de Turin , et
prit part au dernier succès de l'armée d'Italie au
combat de Castiglione , le 9 septembre . En 1707 , il

participa à la défense de la Provence et du Dauphiné .


Il coopéra, en 1708 , à la prise de Césane , et il con-
tinua de servir les années suivantes sur les Alpes , où
il fut enfin rejoint par le 2 bataillon.
Celui-ci avait servi en Flandre , sous le maréchal
de Villeroy , jusqu'en 1703. Au mois de septembre
de cette année , il avait fait partie du détachement
154 HISTOIRE

que M. de Pracomtal conduisit sur la Moselle pour


observer les mouvements du prince de Hesse-Cassel .
Il avait continué de servir sur cette frontière jusqu'à
la fin de 1710 , et il avait quitté Brisach , où il était
en garnison , pour passer en Dauphiné au commen-
cement de 1711 .

Le régiment de Quercy servit tout entier sur les


Alpes pendant les trois campagnes suivantes , et en
1714 il fut appelé au siége de Barcelone. Après la
soumission de cette ville , il fut réduit à un bataillon ,
dans lequel on incorpora , le 30 juillet 1715 , une
partie du régiment de Vallouze (1 ).
Quercy fit partie , en 1727 , du camp de la Saône,
et au mois d'octobre 1733 , il fut dirigé sur l'armée
d'Italie . Les actions auxquelles il a pris part pendant
la guerre de la succession de Pologne, sont les siéges

de Gera d'Adda , de Pizzighetone et du château de


Milan en 1733 , la prise de Serravalle , de Novarre ,
du fort d'Arrona et de Tortose , le combat de Colorno,
les batailles de Parme et de Guastalla , et le siége de

(1) Le chevalier de Bouthillier, second colonel de Quercy , qui a


pris le nom de marquis de Chavigny, est passé au régiment d'Au-
vergne. Le chevalier de Miromesnil a été fait brigadier le 1er fé-
vrier 1719. Il est passé en 1720 au service de l'Espagne et a été tué
au siége d'Oran en 1733. Il avait été remplacé par son frère, au-
quel succéda le vicomte de Tavannes, nommé brigadier 1er février
1719, remplacé lui -même par son frère le comte de Saulx, briga-
dier 1er janvier 1740, maréchal de camp 2 mai 1744 et lieutenant-
général 10 mai 1748 .
Jean Elzéar de Sarmands, sous-lieutenant en 1694, lieutenant-
colonel 1er août 1718 , est devenu brigadier 20 février 1734.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 155

La Mirandole en 1734 , la réduction de Gonzague , de


Reggiolo , de Revere et de Guastalla en 1735. Il rentra
en France en septembre 1736 .
Quercy se trouvait encore sur la frontière des
Alpes au commencement de la guerre de la succes-
sion d'Autriche . Il participa aux premiers actes d'hos-
tilité qui eurent lieu de ce côté , c'est-à-dire à l'atta-
que des retranchements de La Chenal et à la prise du
château de Pont en 1743. On le voit l'année suivante
à la prise des lignes de Montalban et de Villefranche
et à l'occupation de ces deux villes , au passage de
vive force des Alpes par la vallée de la Stura , à la
réduction de Château-Dauphin et de Démont, au siége
de Coni et à la bataille de la Madona del Ulmo . Dans

cette journée , Quercy était en première ligne à côté


de Lyonnais , et le colonel de Chauvelin y fut blessé (1 ) .
Après les désastres de la campagne de 1746 , le
régiment prit une part glorieuse à la défense de la
Provence , et il contribua surtout avec une grande
énergie à faire lever le siége d'Antibes par les Austro-
Sardes . Il repassa le Var derrière eux en 1747 , se
distingua pour la seconde fois à l'attaque des retran-
chements de Montalban èt de Villefranche et à la

prise de ces deux villes , et prit part à l'occupation de

(1 ) M. de Chauvelin a été nommé brigadier 2 mai 1744 , maré-


chal de camp 12 juillet 1745 et lieutenant-général 25 août 1749.
Son successeur M. du Châtelet est passé au régiment de Navarre.
Louis de Samson de Payant, capitaine en 1715 et lieutenant co-
lonel 26 janvier 1739, a été fait brigadier 1er mai 1745 .
156 HISTOIRE

Nice et de Vintimille . Il demeura jusqu'à la paix dans


le comté de Nice .
Pendant les premières années de la guerre de Sept
Ans , le régiment de Quercy fut employé à la défense
des côtes de la Bretagne , et il se fit extrêmement re-
marquer, le 11 septembre 1758 , au combat de Saint-
Cast , où le drapeau anglais reçut un sanglant affront .
Pendant que Boulonnais se jetait sur la gauche de
l'ennemi , Quercy marchait en tête de la colonne
d'attaque de l'autre aile . Ce fut un lieutenant du ré-
giment , suivi de quinze grenadiers , qui pénétra le
premier dans les retranchements et commença la dé-
route des troupes anglaises.
En 1760 , Quercy fit partie du renfort tardif en-
voyé aux défenseurs de nos colonies . Il fut mis en
garnison à Saint- Domingue , où il est resté jusqu'au
commencement de 1766. Une ordonnance du 30

avril 1762 l'avait porté à deux bataillons , et celle du


10 décembre de la même année l'avait affecté au
service des ports et colonies ( 1) .
A sa rentrée en France , Quercy fut mis en gar-
nison à Béziers . Il est allé depuis à Alais en janvier
1767 , à Montdauphin en juin 1768 , à Avignon en

(1) Quercy était alors commandé par M. de Massan, qui avait


été lieutenant-colonel au corps . C'est un des exemples très-rares
d'un lieutenant-colonel devenu colonel . Il est vrai que le régiment
était alors aux colonies , séjour qui tentait peu la noblesse titrée.
Massan eut pour successeur le comte de Menou , qui est passé au ré-
giment de Forèz.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 157

mars 1769 , à Marseille en juin 1769 , à Toulon en


mai 1770 , à Ajaccio en avril 1771 , à Montdauphin
et Embrun en avril 1773 , à Huningue en novembre
1774 , et à Strasbourg en octobre 1775 .
Une ordonnance royale du 7 mai 1776 donna la
propriété du corps à Charles de Rohan , maréchal
prince de Soubise . Le régimentgarda ses drapeaux et
son uniforme ( 1 ) , et prit le nom de Rohan- Soubise.
Sous ce nouveau titre , on le voit arriver à Berghes
en octobre 1776 , à Alençon et Carentan en mai 1778 ,
à Lille en octobre 1778 , à Dieppe en juillet 1779 ,
à Avesnes et Philippeville en mai 1773 , à Port-Louis
et Lorient en novembre 1783 .

Sur la demande du prince de Soubise , le régiment


fut donné , le 29 avril 1787 , à son fils Charles-Alain-
Gabriel de Rohan , duc de Montbazon , et il prit le
nom de Rohan (2).
Il se rendit à Redon en avril 1788 , et il était à
Nantes depuis octobre 1788 , lorsque la révolution

(1). Quercy avait des drapeaux dont chaque quartier était par-
tagé en trois bandes horizontales, une bande violette entre deux
bandes jaunes .
La tenue s'était d'abord composée d'habit et culotte blancs , col-
let, parements et veste rouges, boutons jaunes, pattes ordinaires
garnies de cinq boutons et autant sur la manche, chapeau bordé
d'or. Il eut en 1763 les revers verts et les boutons blancs, en 1775
les revers gris de fer , et en 1776 les revers et parements violets
avec le collet rouge et les boutons blancs.
(2) Parmi les colonels-lieutenants qui ont commandé sous les
Rohan, le comte de Carles est devenu brigadier 3 janvier 1770 , et
158 HISTOIRE

éclata . En octobre 1790 , le 2 bataillon fut envoyé à


Lorient , où il devait fournir des détachements pour
la garnison des vaisseaux. Les événements survenus
aux Antilles changèrent cette destination , et il fut un
des douze bataillons qui s'embarquèrent à Brest en
décembre 1790 pour passer aux colonies. Il était
destiné à Saint- Domingue, mais il ne descendit point
dans cette île , livrée alors aux plus épouvantables
désordres . Il rentra à Brest et fut envoyé d'abord aux
Sables d'Olonne , puis à l'île d'Oleron , où il arrivait
le 18 août 1791. Ce bataillon vint à La Rochelle au
commencement de 1792 , et s'y embarqua le 14 juil-
let pour Saint-Domingue , où il aborda cette fois , et
d'où il n'est point revenu . Placé sous les ordres du
lieutenant-colonel de Nully , il disparut peu à peu

dans la lutte engagée contre les nègres révoltés de


cette colonie .
Le 1er bataillon de Rohan assistait, le 10 avril 1791 ,
à Nantes , à l'inauguration du nouveau pavillon dé-
crété pour la flotte. Cette cérémonie se termina par
une scène qui pouvait avoir des suites fàcheuses. Au

moment où l'on hissa le pavillon , les cris de Vive


la nation ! Vive le roi ! s'élevèrent de toutes parts.
Les soldats de Rohan restèrent mucts. Le public
attribua cette abstention à l'influence du colonel

maréchal de camp 1er mars 1780 ; le marquis de Caulaincourt a eu


les mêmes grades les 5 décembre " 1781 et 9 mars 1788 ; le comte
d'Hervilly a été fait maréchal de camp le 16 octobre 1791 .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 159

d'Hervilly , et voulut le contraindre à crier lui-même .


M. d'Hervilly refusa et faillit être massacré ( 1 ) . Le
régiment quitta Nantes le lendemain pour se rendre
aux Sables d'Olonne et de là dans les îles de l'Aunis .
Au commencement de la guerre , en 1792 , les
compagnies de grenadiers du régiment partirent
seules pour la frontière . Elles furent incorporées ,

en 1793 , dans les bataillons de grenadiers formés à


l'armée du Nord .
er
Le 1º bataillon fut dirigé sur Châlons au moment
où l'armée prussienne s'apprêtait à envahir la Chanı-
pagne . Après la bataille de Valmy , il revint dans
l'ouest, où l'insurrection commençait à devenir me-
naçante, et il se distingua, le 16 mai 1793 , au com-
bat de Fontenay, où il formait l'aile droite du général

(1 ) Ce fâcheux incident, en rappelant les désordres qui avaient


peu de mois auparavant agité le régiment de Touraine , lorsque M.
de Mirabeau enleva les cravattes des drapeaux de ce corps, donna
l'idée de créér un drapeau national , en remplacemeut de l'ancien
drapeau-colonel qui était le signe de l'autorité absolue du roi com-
me commandant en chef de la force publique.
Un décret du 30 juin 1791 , rendu, comme on le voit, après le
retour du roi de Varennes, c'est-à-dire , après sa déchéance réelle ,
ordonna que le premier drapeau de chaque régiment d'infanterie ,
de cavalerie et d'artillerie serait tricolore ; les autres devaient être
de la couleur distinctive affectée à chaque corps . Tous ces drapeaux
devaient porter d'un côté les mots : Discipline et obéissance à la Loi ,
et de l'autre , le nº du corps. Les cravattes devaient être tricolores.
Ceux des régiments, qui avaient dans leurs drapeaux des preuves
honorables de quelque action éclatante, devaient les conserver, mais
les armoiries royales et féodales devaient disparaître.
160 LARA O HISTOIRE

Chalbos . Ce bataillon et le dépôt du 2° continuèrent


de combattre les Vendéens et les Chouans jusqu'à la
pacification de 1795 , et , le 29 janvier 1796 , leurs
débris sont entrés dans la composition de la 13 de-
mi-brigade légère de deuxième formation. mo

auch folvet B

Chip
1991
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE.

RÉGIMENT DE DIESRACH.

85¢ RÉGIMENT D'INFANTERIE .

Fidelitate et honore,
DEVISE DU CORPS.

COLONELS.

1. Chevalier DE SALIS (Jean-Baptiste) , 1er janvier 1690.


2. MAY (Jean-Rodolphe) , 23 janvier 1702 .
3. DU BUISSON (Amy) , 28 mai 1715 .
4. Comte DE DIESBACH DE STEINBRUCK (François - Philippe), 4
janvier 1721 .
5. Baron DE DIESBACH DE BELLEROCHE (François-Romain) ,
7 avril 1764.
6. Comte DE DIESBACH DE BELLEROCHE (Philippe-Ladislas), 24
avril 1785.

Ce régiment d'infanterie suisse a été levé sur le


pied de douze compagnies par ordre du 1er janvier
1690. Il a d'abord été désigné sous le nom de Jeune-
Salis , pour le distinguer du régiment devenu Son-
nemberg , qui appartenait à la même époque à un
autre membre de cette illustre famille grisonne . Au
moment de sa création , le corps qui nous occupe
HIST. DE L'ANC. INFANTERIE FRANÇAISE. T. VII. 11
162 HISTOIRE

n'eut que le 142e rang dans l'infanterie . Il y avait


alors entre Quercy et lui cinquante-cinq régiments
que les réformes ont fait successivement disparaître .
Jeune-Salis débuta l'année même de sa formation
à l'armée de Flandre. Il faisait partie, au mois d'oc-
tobre 1690 , des troupes cantonnées entre Courtrai
et Dixmude . En 1691 , il fut employé au siége de
Mons et en 1692 à celui de Namur. Il fonda sa ré-

putation à la bataille de Neerwinden le 29 juillet


1693. Sa brigade , qui comprenait le régiment de
Gréder, fit la première attaque à neuf heures du ma-
tin sur le village de Neerwinden et chassa les enne-
mis de leurs retranchements. Elle en fut chassée à
son tour et y rentra après une action très- vive . Atta-
qué une seconde fois dans ce poste , le régiment défit
complétement les assaillants et resta maître de sa
conquête. Le colonel fut blessé dans cette glorieuse
journée ( 1 ) Salis servit encore cette année aux sié-
ges d'Huy et de Charleroi et marcha ensuite au se-
cours de Saint-Malo que les Anglais menaçaient avec
leur fameuse machine infernale . Il contribua à les
forcer à se rembarquer le 26 novembre . Il servit
pendant les deux campagnes suivantes sur les côtes
de la Normandie et retourna, en 1696 , à l'armée de
Flandre . Les quatre bataillons furent employés , en
1697, au siége d'Ath . Ils repoussèrent , le 25 mai , une

(1 ) M. de Salis avait été lieutenant-colonel du régiment devenu


Châteauvieux. Il est devenu brigadier le 30 mars 1693 .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 163

sortie des assiégés et contribuèrent, le 29 , à la prise


du chemin couvert.

Le régiment a fait la guerre de la succession


d'Espagne sous le nom de May ( 1 ) , Louis XIV, qui
savait que M. May avait beaucoup regretté de ne
point obtenir le régiment de Manuel , dont il était
lieutenant-colonel , lui dit gracieusement en lui
donnant celui-ci « Vous êtes bien dédommagé ,
car je vous donne le plus brave régiment de la na-
tion, et il est en bonne main pour le maintenir dans
sa valeur . » Le corps servit en 1702 dans le pays de
Waës et contribua à la prise d'Uetz et de Kykuyt . Il
combattit, en 1703 , à Eckeren . En 1704 , il fut di-
rigé sur Tirlemont et fit partie du camp de Neerhes-
pen, destiné à la protection des lignes du Brabant,
Les deux premiers bataillons retournèrent bientôt
dans le pays de Waës , que l'ennemi avait envahi , et
contribuèrent à son expulsion , ainsi qu'à la prise de
la redoute de Spar. Le 3 bataillon , qui avait été
jeté dans Limbourg , y fut fait prisonnier. L'année
suivante, May servit au siége de Hombourg et parti-
cipa à la prise de la chapelle fortifiée de la porte de
Louvain et à celle de Louvain . Il fut ensuite mis en

garnison à Namur , qu'il quitta en 1706 pour marcher

(1 ) M. May, du canton de Berne , a eu le grade de brigadier le.


18 avril 1706. Son successeur, M. du Buisson , était de Genève . Il
était lieutenant-colonel au corps depuis 1696 et fut aussi fait brie
gadier le 18 avril 1706.
164 HISTOIRE

au secours du Fort- Louis du Rhin . Le lendemain


même de la délivrance de cette place , il reprit le
chemin de la Flandre et se trouva à la bataille de

Ramilies . Quelques piquets , laissés à la garde de Ter-


monde, y furent pris par l'ennemi.
En 1708 , May partage encore la mauvaise fortune
de l'armée à Audenaërde . Il défend ensuite Gand
contre les Alliés et fait partie d'une expédition sur
Bruxelles qui n'est point couronnée par le succès . En
1709 , il se conduit avec la plus grande bravoure à
Malplaquet. Lui et Brendlé se trouvent opposés à deux
régiments suisses au service de la Hollande : les ré-
giments de May et de Sturler. La communauté d'o-
rigine et même de nom devient un puissant aiguillon
pour ne rien céder. La brigade française charge avec
fureur la brigade hollandaise , l'accule aux retran-
chements , y entre pêle-mêle avec elle , s'empare
d'une batterie de canons , et plante sur le parapet
ses drapeaux victorieux . Dans ce moment , elle re-
çoit l'ordre d'abandonner ce qu'elle a conquis et de
battre en retraite . Elle recule , mais lentement et fiè-
rement. Le capitaine André de Salis-Samade perd
la vie dans cette retraite .

May continue de servir en Flandre et prend part,


en 1711 , à l'attaque d'Arleux . Il avait aussi cette
année des piquets à la défense de Bouchain . En 1712 ,
à Denain , le régiment est à la tête d'une colonne
d'attaque , il pénètre des premiers dans les retran-
chements du comte d'Albemarle , poursuit l'ennemi
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 165

jusqu'au pont et le culbute dans l'Escaut. Cette af-


faire coûta la vie au capitaine Louis May. Le régiment
contribue ensuite à la reprise de Marchiennes , de
Douai et du Quesnoy. Il reste inactif pendant les
deux campagnes suivantes , et , en février 1715 , il
reçoit les débris du régiment de Pfiffer levé en 1702 .
La compagnie du comte de Diesbach , qui devait pen-
dant 43 ans marcher à la tête du régiment, prove-
nait de Pfiffer (1 ) .
Pendant les années de paix qui suivirent , le régi-
ment, sous les noms de du Buisson et de Diesbach,
tint presque constamment garnison à Avesnes.
Diesbach a servi sur la rive gauche du Rhin pen-
dant la guerre de la succession de Pologne . En oc-
tobre 1735 , il rallia le corps de la Moselle et ses
grenadiers se firent remarquer au combat de Klausen ,

(1 ) . M. de Diesbach, du canton de Fribourg , lieutenant- colonel


au corps le 28 mai 1715 , comte du Saint -Empire en 1718 , et colo-
nel en 1721 , fut fait brigadier 20 février 1734 et maréchal de camp
le 1er mars 1738. Il transmit le régiment à son neveu, qui devint
brigadier 29 août 1758, maréchal de camp 15 février 1761 et lieu-
tenant-général 1er mars 1780. Celui -ci avait été nommé major au 3
corps le 27 novembre 1743 et lieutenant-colonel le 11 mai 1755 ,
et avait commandé le régiment par intérim à partir du 19 juin '
1757. Il eut lui- même pour successeur son fils, nommé major 1er
mai 1780 et lieutenant-colonel 26 octobre 1783 .
Le régiment avait eu pour lieutenants-colonels sous le comte de
Diesbach, d'abord Balthazar-Antoine de Saluz, nommé le 9 décem-
bre 1737 et brigadier 26 novembre 1741 , puis Joachim Cabalzar,
nommé le 14 octobre 1742 et brigadier le 20 mars 1747.
166 HISTOIRE

où périt le capitaine Balthazard . Après ce combat,


l'armée s'étant concentrée autour de Trèves, le régi-
ment occupa Kick . Il fut réduit à deux bataillons
le 8 janvier 1737 ; le 3° avait été rétabli en 1733 et
le 4 en 1734.
Diesbach demeura au camp de Dunkerque pen-
dant les campagnes de 1741 et 1742. Il fut porté à
trois bataillons le 22 septembre 1743 , et il fit partie ,
en 1744 , du corps expéditionnaire destiné à accom→
pagner en Écosse le prétendant d'Angleterre . Cette
expédition ayant échoué , le régiment fut employé
au siége de Furnes et acheva la campagne au camp
de Courtrai , pendant lequel le capitaine Desbarres
se fit remarquer par son audace et son bonheur à la

petite guerre. En 1745 , Diesbach quitta le siége de


Tournai pour se rendre sur le champ de bataille de
Fontenoy. Il appuyait sa gauche au village de ce
nom ; ses 2° et 3. bataillons occupaient trois redoutes
er
construites sur ce point pendant la nuit ; le 1 ** était
en réserve. Il ne fut point engagé sérieusement, et
le capitaine Manzer fut le seul officier tué dans cette
journée. Après la déroute de l'ennemi , il retourna
devant Tournai, et fit encore cette année les siéges
d'Audenaërde , de Termonde et d'Ath . Pendant celui
de Niewport , au mois de septembre , il eut la garde
des magasins et dépôts établis à Ninove et Alost. Il
prit ensuite ses quartiers d'hiver à Grammont, qu'il
quitta, en février 1746 , pour se rendre au siége de
Bruxelles. Il passa le reste de l'hiver dans cette ville ,
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 167

et se trouva plus tard au siége de Mons, aux affaires


de Cinq-Étoiles et de Melmont , au siége de Namur
et à la bataille de Rocoux , où il ne donna point ,
ainsi que toute la réserve dont il faisait partie.
Le 19 juin 1747 , la compagnie de volontaires du
capitaine Desbarres et une autre de Piémont soutin-
rent pendant une heure l'effort de 700 pandours et
de 400 hussards dans l'abbaye de Rosenthal près du
pont de Walemmes . Trois fois ces braves repoussè-
rent leurs ennemis à la baïonnette , et ils parvinrent
enfin à effectuer leur retraite , à la faveur d'une com-
pagnie de Touraine qui arriva à leur secours. Dans
cette action, qui coûta la vie au brave Desbarres et à
quelques soldats , les pandours eurent plus de 200
tués ou blessés .

Quelques jours après, le régiment se couvrit de


gloire à Lawfeld. Il y chargea trois fois et fit des
pertes énormes . Les capitaines Burky , de Mestral ,
Binna , les lieutenants Pepin , de Cerf et Castelberger
y furent tués le lieutenant- colonel Cabalzar fut
très-grièvement blessé , le major Diesbach de Belle-
roche, depuis colonel, eut le gras de la jambe em-
porté par un boulet, et dix-neuf autres officiers furent
plus ou moins atteints par le feu de l'ennemi . Dies-
bach, en quittant la plaine de Lawfeld , se rendit de-
vant Berg-op-Zoom , où il perdit encore le capitaine
Fortier. Après la prise de cette place, le régiment
marcha, le 23 septembre, à l'attaque du fort Frédé-
ric-Henri qui se rendit le 6 octobre . Il se trouva en-
168 HISTOIRE

core cette année à la prise des forts Lillo et de La


Croix, et prit ensuite ses cantonnements au bord de
l'Escaut , les 1 et 3 bataillons à Braxshoten, et le
2º à Doël pour protéger les batteries de la rive gau-
che du fleuve . Enfin Diesbach servit , en 1748 , au
siége de Maëstricht et fit partie de l'attaque dirigée
par la rive gauche de la Meuse .
En 1753 , le régiment est au camp de Saarlouis.
Il est réduit à deux bataillons le 1 avril 1756

comme tous les autres corps suisses . L'année suivante,


il se rend en Allemagne avec le prince de Soubise et
se couvre d'une gloire immortelle à Rosbach . Après
la dispersion des troupes françaises et autrichiennes ,
il no resta sur le champ de bataille que deux régi-
ments gardant intrépidement leur position sous le
feu de la mitraille et de la mousqueterie , et recevant
avec un imperturbable courage les charges des cava-
liers de Seydlitz . Le prince de Soubise qui , s'il ne
possédait pas les talents d'un général , avait au moins
le cœur d'un brave soldat, accourt plein d'admiration
pour partager leurs dangers, et les fait enfin retirer
du feu à petits pas et en se retournant souvent contre
les vainqueurs . Ces deux vaillants corps étaient tous
les deux suisses , c'étaient les régiments de Diesbach
et de Planta ; mais Diesbach s'était toujours trouvé
le plus près de l'ennemi . Cette journée coûta la vie
au capitaine Garrigue et aux lieutenants Borrer
Bury et Alion ; les capitaines Balthazard , Rabel et six
lieutenants furent blessés .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 169

Après avoir passé l'hiver dans le comté de Hanau ,


Diesbach fut cantonné , en avril 1758 , autour de
Dusseldorf. Il se distingua particulièrement le 23 juil-
let au combat de Sundershausen , en attaquant , avec

deux autres régiments, un gros corps retranché dans


des bois. Il soutint une affaire particulière contre les
chasseurs hanovriens et contribua beaucoup au suc-

cès de la journée , en empêchant ces chasseurs de


gagner du terrain et en les expulsant enfin de leur
position . Il participa ensuite à la prise de Cassel et
d'une partie de la Hesse , combattit à Lützelberg et
passa l'hiver aux environs de Francfort.
Il montra la même valeur, en 1759 , aux batailles
de Bergen et de Minden . En 1760 , au combat de
Corbach , il chargea l'ennemi avec les régiments de
Navarre et du Poi ; il fit également bien à Warbourg.
Il se trouva , le 21 mars 1761 , à l'affaire de Grun-
berg ; enfin au mois d'août 1762 , il contribua à la
défense des retranchements de Melsüngen sur la
Fulda , et au mois de septembre à l'attaque du châ-
teau d'Amenebourg , où il perdit une cinquantaine
d'hommes (1 ).

(1 ) Le baron de Diesbach, avant-dernier colonel , et neveu du


précédent, avait été nommé major 27 novembre 1743, lieutenant-
colonel 11 mai 1755 , colonel en 2º 19 juin 1757 , brigadier 29 août
1758 , maréchal de camp 15 février 1761 , et lieutenant-général 1er
mars 1780. Son fils qui lui succéda en 1758 , avait été fait major 1 °r
mai 1780 et lieutenant-colonel 26 octobre 1783.
170 HISTOIRE

A sa rentrée en France, Diesbach fut mis en gar-


nison à Saarlouis . Il est allé depuis à Arras en dé-
cembre 1763 , à Landrecies et Avesnes en août 1765 ,
à Strasbourg en octobre 1765 , au camp de Com-
piègne en juillet 1767 , à Sédan en août 1767 , à
Mézières et Rocroi en mai 1769 , à Boulogne en jan-
vier 1771 , à Givet en octobre 1771 , à Gravelines en
octobre 1774 , à Lille en octobre 1776 , à Gravelines
en novembre 1777 , à Abbeville en avril 1778 , à
Brest en juillet 1778 , à Morlaix en novembre 1779,
à Brest en mai 1780 , à Boulogne en novembre 1781 ,
à Gravelines et Berghes en avril 1783 , à Bapaume
en octobre 1784 et à Arras en mars 1788. Au mois

de septembre 1788 il fit partie du camp de Saint-


Omer et, en juillet 1789 , il fut un des régiments ap-
pelés à Paris et qui campèrent au Champ-de- Mars .
Il était de retour à Arras le 25 juillet , et se rendit
en décembre 1790 à Lille où il termina sa carrière .
Resté dans cette place pendant l'expédition de Théo-
bald Dillon en avril 1792 , il gardait les remparts au
moment où les troupes de cet infortuné général ren-
traient en désordre et se souillaient par l'assassinat
de leur chef.

Le régiment de Diesbach , licencié comme les au-


tres corps suisses à la fin de septembre 1792 , avait
eu douze drapeaux. Le drapeau colonel était semé
de fleurs de lis d'or et portait dans son centre un
bras tenant la foudre surmonté de la devise : Fideli-
tate et honore. Les drapeaux d'ordonnance étaient
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 171

ondés de rouge, de jaune , de bleu et de noir , et por-


taient la même devise .
L'ancien uniforme se composait d'un habit ga-
rance ; collet , parements et veste bleus , boutons

blancs , pattes en travers plus longues que hautes ,


garnies de quatre boutons avec boutonnières bleues ;
trois boutons sur la manche ; galon blanc bordant la
veste; onze agréments blancs de chaque côté et qua-
tre sur la poche ; chapeau bordé d'argent . De 1775
à 1792 , le costume du corps s'est distingué par le
collet, le parement et le revers bleu céleste .
172 HISTOIRE

RÉGIMENT DE COURTEN .

86* RÉGIMENT D'INFANTERIE .

Fontenoy....

COLONELS.

1. DE COURTEN (Jean-Etienne) , 6 février 1690 .


2. DE COURTEN (Melchior) , 14 mars 1723 .
3. Comte DE COURTEN (Pierre) , 12 février 1724.
4. Comte DE COURTEN Maurice) , 6 mars 1744.
5. Comte DE COURTEN (Antoine-Pancrace) , 19 février 1766 .
6. Comte DE COURTEN (Jean-Antoine), 7 mars 1790.

La levée de ce régiment a été autorisée , en décem-


bre 1689 , par la république du Valais. Elle a été
effectuée en vertu d'une commission délivrée , le 6
février 1690 , à M. de Courten , capitaine aux Gardes
Suisses (1 ) . Ce corps a toujours été exclusivement va-
laisan et a toujours porté le nom de Courten .

(1) . M. de Courten , enseigne aux Gardes Suisses dès l'année 1668 ,


a été fait brigadier 3 janvier 1696 , maréchal de camp 26 octobre
1704 et lieutenant-général 15 février 1721. Il fut remplacé par son
cousin qui était lieutenant-colonel au corps depuis sa création et
qui avait été fait brigadier le 10 février 1704 et maréchal de camp
le 8 mars 1718.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 173

Ses douze compagnies firent leurs premières ar-


mes, en 1691 , à l'armée de Flandre commandée
par le maréchal de Luxembourg. Le régiment con-
tribua, l'année suivante , à la prise de Namur , à la
victoire de Steenkerque et au bombardement de
Charleroi . Il combattit , en 1693 , à Neervinden ; se
trouva , en 1694 , à la marche de Wignamont au
pont d'Espierres; fit , en 1695 , les siéges de Dixmude
et de Deynse, et entra, la même année , dans Namur .
Il participa à la belle défense de cette place , sous
M. de Boufflers , et il servit , sous ce même général ,
à l'armée de la Meuse jusqu'à la paix de Ryswick .
Le 18 janvier 1698 , il reçut, par incorporation ,
une partie des hommes du régiment réformé de
Monnin, qui avait jusque-là marché entre Diesbach
et lui .

En 1701 , Courten retourne dans les Pays-Bas et


occupe Venloo et Ruremonde pour le roi d'Espagne .
L'une et l'autre fraction du corps soutiennent un
siége , en 1702 , et y signalent leur bravoure. En
1703 , elles rentrent dans les rangs de l'armée active
et font des prodiges de valeur à Eckeren : le capi-
taine d'Aulbonne et un enfant de quinze ans, Louis-
François de Courten, fils du colonel , y sont tués ; le
lieutenant- colonel , Melchior de Courten , y est dan-
gereusement blessé . A la fin de cette campagne , le
régiment est dirigé sur le Languedoc , et il y de-
meure employé, pendant deux ans , à faire la guerre
aux Camisards . Il contribue beaucoup , en 1704 , à la
174 HISTOIRE

dispersion de la bande de Ravenel, à qui il tue 200


hommes , près de Massane ,
En 1706 , on trouve les trois bataillons de Courten
au siége de Barcelone .Le régiment était passé en Ca-
talogne au mois de février, en forçant le col de Bel-
legarde et en soutenant, les 8 et 15 février, de fu-
rieux combats près de Bascara , Il avait fait, au mois
de mars, une expédition contre les révoltés du Lam-
pourdan , et contribué à la prise de Figuières . En
1707 , Courten sert à la prise de Puycerda et de
Belver. Il est mis en garnison dans cette dernière
place et n'y demeure point inactif. Il détruit dans
les environs plusieurs fortins dont les garnisons in-
commodaient les communications de l'armée fran-
çaise . En 1708 , Courten commence la campagne
en Roussillon , sous M. de Noailles ; il repasse les
Pyrénées pour faire le siége de Tortose et marche
au secours de Roses, où une partie du corps parvient
à se jeter malgré le blocus .
Il demeure dans le Roussillon en 1709 , mais
l'année suivante , il est appelé au siége de Girone et,
après la prise de cette place, qui coûte la vie au ca-
pitaine de Monnin, il y est mis en garnison . C'était
en janvier 1711 , Il s'y trouve bloqué pendant sept
mois et, à la fin de la campagne, il est envoyé sur
le Var. Il sert encore en Roussillon pendant les an-
nées 1712 et 1713 , et il est appelé , en 1714 , à
prendre part au siége de Barcelone , dernière place
qui restât au parti autrichien dans la Péninsule . Il
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 175

se distingue, le lendemain de l'ouverture de la tran-


chée, en repoussant une sortie , avec Normandie et
Artois. Un lieutenant est tué dans cet engagement ,
Il se fait encore remarquer à l'assaut général . Enfin,
en 1715 , Courten est un des régiments qui passent,
avec M. d'Asfeld , dans l'île de Majorque, qui se sou-
met après un semblant de résistance des villes d'Al-
cudia et de Palma . La paix réduisit le corps à deux
bataillons .
Rétabli à quatre bataillons pour la guerre de 1733 ,
Courten demeura sur la rive gauche du Rhin , Il
contribua, en 1734 , à la prise de Trèves et de Traër-
bach et passa l'hiver à Trèves et dans le Hundsrück .
Ses grenadiers se trouvèrent, en 1735 , aux combats
de Klausen et de la Salm. Le régiment occupa, à la
suite de ces affaires, les positions de Phalz et de Kick
pour protéger les communications de l'armée qui se
retirait sous Trèves. Il fut réduit de nouveau à deux

bataillons, le 8 janvier 1737 ( 1 ) .


Courten demeura en garnison à Douai pendant les
* premières campagnes de la guerre de la succession
d'Autriche . Le 3e bataillon fut rétabli en septembre
1743 et placé au Quesnoy, Tous les trois firent la

(1) Pierre de Courten , qui commandait le régiment à cette épo-


que , était entré au corps comme cadet en 1705. Il devint lieute-
nant-colonel le 14 mars 1723 , sous son père , colonel en 1724, bri-
gadier 1 août 1734, comte du Saint-Empire en 1742 et maréchal
de camp 20 février 1743.
176 HISTOIRE

campagne de 1744 sous le maréchal de Saxe . Celle

de 1745 dédommagea le régiment de son inaction


pendant les précédentes .
Après avoir commencé le siége de Tournai , il ar-
riva sur le champ de bataille de Fontenoy. Il faisait
partie de la brigade d'Aubeterre et se trouvait placé
à la droite du régiment des Gardes Françaises, sur le
point le plus important du champ de bataille . C'était
devant son front que M. Du Brocard , commandant
de l'artillerie de l'armée , avait établi sa principale
batterie de canons , batterie qui cût anéanti la co-
lonne du duc de Cumberland , si les officiers des
Gardes Françaises eussent voulu mettre de côté leur
chevaleresque valeur et se contenter de combattre
en soldats . La déroute du régiment des Gardes Fran-
çaises, après une marche en avant qui avait masqué
la batterie de M. Du Brocard , permit à la colonne
anglaise de gagner du terrain sur le flanc de cette
batterie, et d'ouvrir, à cinquante pas, sur elle et sur
le régiment de Courten , une fusillade meurtrière , 0
qui, en un instant, tua tous les canonniers sur leurs

pièces, et coucha par terre vingt officiers et 209 sol-


dats suisses . Le brave M. Du Brocard avait été tué

des premiers. Après lui , personne ne s'occupa plus


de l'artillerie , et, faute de quelques canons , une co-
lonne compacte de 16,000 Anglais , engagée de la
manière la plus téméraire au milieu d'une armée
nombreuse, brave , et couverte par des retranche-
ments , tint toute cette armée en échec pendant plu-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 177

sieurs heures et faillit nous infliger une défaite qui


eût été la plus honteuse de toutes celles que le sort
des armes a fait subir à la France. Malgré le coup de
foudre qui venait de le frapper , le régiment de Cour-
ten ne s'en jeta pas moins au-devant des Anglais et
ralentit leur marche jusqu'à l'arrivée des régiments
d'Aubeterre et du Roi. Courten perdit à Fontenoy
son lieutenant- colonel , Nicolas Marclésy , les capi-
taines Lecht , Beausobre et Preux , les lieutenants La
Pierre et Bergerie, l'enseigne Ebiner et 75 bas-offi-
ciers et soldats . Le colonel ( 1 ) , 14 officiers et plus
de 200 hommes furent blessés, la plupart dangereu-
sement .
Après la victoire, le régiment retourna dans les
tranchées de Tournai . Il servit encore cette année à
la prise d'Audenaërde , de Termonde , d'Ostende et
de Niewport . En 1746 , il contribua à la réduction
de la citadelle d'Anvers où fut tué le capitaine Huo-
ber, combattit à Rocoux et passa l'hiver à Anvers .
Il se rendit à Malines en avril 1747 , et il assista
plus tard à la bataille de Lawfeld , où il formait brigade
avec La Cour-au-Chantre . Il termina cette campa-

(1 ) Maurice de Courten , frère du colonel précédent , cadet en


1706, lieutenant- colonel 13 juin 1724 , brigadier 1er mars 1738 ,
maréchal de camp 20 février 1743 , lieutenant- général 1 janvier
1748. Remplacé en 1766 par son frère Antoine , chevalier , puis
comie de Courten, brigadier 25 juillet 1762 , maréchal de camp 3
janvier 1770 et lieutenant-général 1er janvier 1784, auquel succéda
son fils Jean-Antoine, brigadier 1er mars 1780 , et maréchal de camp
1er janvier 1784.
HIST, DE L'ANC , INFANTERIE FRANÇAISE. T. VII. 12
178 HISTOIRE

les siéges de Berg-op-Zoom, du fort Frédérik


gne par les

1. Lillo , et eut encore ses quartiers d'hi-


et du fort de
ver à Anvers . On l'envoya, en mars 1748 , à Berg-op-
Zoom, qu'on craignait de voir assiéger ; il y resta six
mois et en sortit pour se rendre dans le Limbourg ,
où il séjourna jusqu'à l'entière évacuation des Pays-
Bas, en février 1749 .
Courten, réduit à deux bataillons le 1er avril 1756 ,
fut désigné cette même année pour faire partie du
secours que le prince de Soubise devait conduire à
l'impératrice Marie-Thérèse, mais la France, s'étant
trouvée engagée elle- même dans la guerre , il rallia ,
en 1757 , l'armée du Bas-Rhin et fit, sous le maré-
chal de Richelieu , l'expédition du Hanovre. Il fit
partie , en janvier 1758 , du renfort envoyé par Ri-
chelieu au duc de Broglie , occupé au siége de Brême .
Courten assista à l'occupation de cette ville , le 16
janvier , et fut ensuite cantonné à Werdhen dans le
bailliage de Rothembourg . Il évacua ce poste , le 20
février, pour revenir sur le Rhin , et cessa de prendre
une part active à la guerre de Sept Ans .
Au moment
2 où la paix fut conclue , le régiment
élait en garnison à Longwy . Il est allé de là à Saar-
louis en décembre 1763 , à Toul en août 1764 , à
Strasbourg en août 1765 , au Fort-Louis-du-Rhin
en mai 1766 , à Weissembourg en octobre 1766 , et
au camp de Compiègne en juillet 1767. Après les
manœuvres , il se rendit à Besançon , d'où il passa à
Douai en septembre 1769 , puis à Brest en janvier
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 179

1771 , à Douai en juin 1771 , à Montmédy en octobre


1772 , à Condé en octobre 1774 , à Valenciennes et
Bouchain en juin 1776 , à Landrecies et Avesnes
en octobre 1777 , à Saint-Valery et Eu en maj 1778 , à
Bellisle enjuin 1778, à la Rochelle en novembre 1781
et à Saintes en octobre 1782. Il fut employé, pendant
deux ans , au desséchement des marais de la basse
Charente, et s'est rendu à Bayonne en novembre
1784. Il revint à Saintes en mars 1785 , fut envoyé à
Toulon en mai 1786 , et de là à Saarlouis en juin
1788. Au mois de septembre de cette année , Courten

fit partie du camp de Metz et, en juillet 1789 , il fut


appelé à Paris . Il reçut contre-ordre le 17 juillet , à là
Ferté-sous -Jouarre, et retourna à Saarlouis. Au mois
de novembre on l'envoya à Cambrai . Le régiment
tint, dans cette ville , une conduite pleine de sagesse
et de dévouement, qui lui valut l'affection des habi-
tants et les éloges de l'Assemblée nationale . Le can-
ton du Valais fut moins bien inspiré , l'année sui -
vante , en défendant au régiment de prêter le ser-
ment décreté par l'Assemblée , le 13 juin 1791 .
C'était semer la défiance autour de ce beau corps et
provoquer les haines dont les troupes suisses devin-
rent bientôt les victimes .

Courten fut dirigé sur Douai au commencement de


1792 , et , au mois d'août, quand les Autrichiens me-
naçaient notre frontière du Nord , il fut mis en gar-
nison à Valenciennes . Ce fut là qu'il termina sa car-
rière, au mois de septembre .
180 HISTOIRE

Le costume de ce corps fut ainsi composé jusqu'au


règlement de 1775 : habit et collet rouges , pare-
ments et veste bleus , boutons et galon de chapeau
blancs ; douze boutons sur le devant de l'habit , trois
sur la patte de poche , qui était en travers , trois sur
le parement ; boutons des deux côtés sur la veste et

autant de boutonnières bleues que de boutons . De


1775 à 1779 , il eut le collet et le revers bleu de roi ,
lisérés de blanc .

Les drapeaux d'ordonnance avaient , dans chaque


carré , trois flammes, une rouge , une noire et une
jaune.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 181

RÉGIMENT DE DILLON.

87. RÉGIMENT D'INFANTERIE.

La Grenade....

COLONELS.

1. Comte DE MOUNTCASHEL (Charles Mac-Carthy) , 18 juin 1690.


2. DE LÉE (André) , 28 juillet 1694.
3. DE LÉE (N. ) , 26 octobre 1704.
4. Comte DE BULKELEY (François), 16 septembre 1733.
5. Comte DE BULKELEY (Henri) , 7 mars 1754.
6. Comte DILLON (Arthur) , 26 avril 1775.
7. Vicomte DE WALSH-SERRANT (Charles-Joseph-Augustin) , 1 °r
janvier 1784.
8. Chevalier DILLON (Théobald) , 10 mars 1788.
9. KEATING (Thomas) , 5 février 1792.

De nombreux soldats irlandais arrivèrent en France

au mois de mai 1690 avec leur roi détrôné Jacques II .


Louis XIV en forma , dès le 18 juin , trois régiments
d'infanterie . Celui - ci fut immédiatement employé à
la conquête de la Savoie sous M. de Sainte-Ruth , et
se distingua fort , le 12 septembre , dans un combat
livré entre Conflans et Moustiers en Tarentaise . Il pas-
182 HISTOIRE

sa, en 1691 , à l'armée de Roussillon , servit au siége


d'Urgell , à la prise des châteaux de Valence et de Boy
et marcha au secours de Pratz de Mollo . Porté à trois
bataillons en 1692 , il commença la campagne sur les
Pyrénées , mais au mois d'août il fut envoyé à l'armée
d'Allemagne et embrigadé avec Picardie. Il se trouva
cette année à la prise de Heidelberg , de Wingemberg,
d'Oppenheim et de Darmstadt . Il continua de servir
les trois années suivantes avec Picardie, et ces deux
corps étaient si unis qu'ils semblaient n'en former
qu'un .
En 1694 , le régiment avait perdu son premier
colonel, lord Mountcashel , mort à Baréges des suites
de ses nombreuses blessures , et avait pris le nom de
Lée (1). 3
Lée servit en 1696 sur la Meuse et en 1697 en
Flandre . Il fit, sous Cattinat , le siége d'Ath , se dis-
tingua le 29 mai à l'attaque du chemin couvert , et
était de garde à la tranchée, le 2 juin , quand la gar-
nison battit la chamade. En 1698 , il fit partie du
camp assemblé à Compiègne , et fut réduit à deux
bataillons.

Lée fit en Flandre la première campagne de la

(1 ) Lord Mountcashel avait été admis au service de France le


30 mai 1690 avec le grade de lieutenant- général . Son successeur,
M. de Lee fut fait brigadier 28 avril 1694 , maréchal de camp 23
décembre 1702 et lieutenant-général 26 octobre 1704. Il céda alors
le régiment à son fils, mais celui- ci étant mort en 1720 , il le re-
prit et le garda encore treize ans.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 183

guerre de la succession d'Espagne . Il passa à l'armée


d'Allemagne au commencement de 1702 et servit en
1703 dans la brigade de Champagne . Il se trouva
ainsi au siége de Kelh , à l'attaque des lignes de Stol-
hofen et des retranchements de Hornberg, au combat
de Munderkirchen , à la défaite du général comte de
Styrum à Hochstedt, où le colonel fut blessé , et à la
prise de Kempten , d'Ulm et d'Augsbourg . Villars fait
le plus grand éloge de la conduite des Irlandais dans
toutes ces affaires. L'année suivante , le régiment de
Lée partage le sort de l'armée de Bavière à la seconde
journée d'Hochstedt . Le lieunant-colonel de Colgrave
y est tué ( 1 ) . 2378
En 1705 , le régiment fait partie de l'armée de la
Moselle , et participe au secours du Fort-Louis , et
à la prise de Drusenheim , de Lauterbourg et de l'île
du Marquisat. Le 7 juillet 1706 , il est jeté dans Lau-
terbourg avec Navarre et Vermandois , et il demeure
tout l'hiver dans ce poste . En 1707 , il accompagne
Villars dans toutes ses expéditions en Souabe et en
Franconie, et il continue de servir sur le Rhin jus-
qu'au milieu de 1708. Appelé à l'armée de Flandre
après la malheureuse affaire d'Audenaerde , il fait par-
tie du camp du Saulsoy pendant le siége de Lille . L'an-

(1): Georges, baron de Colgrave, lieutenant-colonel 3 mars 1701 ,


brigadier 2 avril 1703 ; remplacé par Gordon O'Neill , capitaine en
1694 , major 30 janvier 1704 , lieutenant-colonel 14 septembre
1704, brigadier 3 avril 1721.
184 HISTOIRE

née suivante, à Malplaquet , les régiments irlandais ,


qui depuis formèrent habituellement brigade ensem-
ble , se trouvent en présence des Anglais et les com-
battent avec l'acharnement de la haine . Cette brigade
était placée à gauche de celle des Gardes, dans ce qu'on
a appelé la trouée de Malplaquet, et elle avait derrière
elle les Bavarois et les Gardes de l'électeur de Cologne.
On l'ôta malheureusement de cette position importante
pour la transporter à la gauche, où elle fit , pour dé-
busquer l'ennemi du bois de Sart, des efforts prodi-
gieux , mais sans résultat utile . Lée s'est trouvé depuis
à l'attaque d'Arleux en 1711 , et en 1712 au combat
de Denain et à la prise de Douai , du Quesnoy et de
Bouchain . Dans toutes ces circonstances , les Irlan-
dais eurent constamment un poste d'honneur à la
droite de la brigade des Gardes. Ils passèrent en 1713
en Allemagne et firent les siéges de Landau et de Fri-
bourg. Le régiment perdit un capitaine devant la der-
nière de ces places . En 1714 , il fut envoyé en Cata-
logne, et il termina cette guerre par le siége de Bar-
celone . Ce qui restait d'hommes sous ses drapeaux
fut alors réuni en un seul bataillon .

En 1733 , le régiment , devenu Bulkeley (1 ) , ser-

(1 ) M. de Bulkeley a été nommé brigadier 1er février 1719 , maré-


chal de camp 20 février 1734 et lieutenant- général 1er mars 1738. Il
eut sous lui , comme lieutenants- colonels , Richard d'Hennesy, ensei-
gne en 1695 , lieutenant- colonel 8 janvier 1725 , brigadier 1 jan-
vier 1740 , puis Jean de Lée, cadet en 1703, major 10 juin 1743,
lieutenant-colonel 3 mars 1744 et brigadier 27 juillet 1747.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 185

vit au siége de Kelh . Il passa l'hiver à Strasbourg


et, en 1734 , il se trouva à l'attaque des lignes d'Ett-
lingen et au siége de Philisbourg . Il alla prendre ses
quartiers d'hiver en Flandre et vint faire la campa-
gne de 1735 sur la Moselle . Il prit part au combat
de Klausen et demeura ensuite au camp de Saint-Maxi-
min avec les autres régiments irlandais.
En 1742 , le régiment passa en Allemagne , sous
les ordres de Maurice Fitz-Gérald , colonel- comman-
dant à la place du comte de Bulkeley . Il demeura
pendant la plus grande partie de l'hiver suivant au
camp de Nieder-Altach . Il fit ensuite avec le comte
de Maillebois quelques mouvements sur les frontières
de la Bohême et revint en France en avril 1743. Il
se trouva cette année à la bataille de Dettingen , après
laquelle toute la brigade irlandaise fut cantonnée
autour de Lauterbourg . Elle quitta cette position le
17 août pour se rendre dans la haute Alsace que le

prince Charles menaçait d'envahir, et, après le com-


bat de Rheinweiler , elle vint achever la campagne au
camp baraqué de Weissembourg . En 1744 , Bulkeley est
appelé à l'armée de Flandre et sert aux siéges de Me-
nin , d'Ypres et de Furnes. Il était de garde à la tran-
chée avec le régiment des Gardes Suisses quand la gar-
nison d'Ypres arbora le drapeau blanc . Après le départ
du roi pour Versailles, le régiment passa sous les ordres
du comte de Saxe et acheva la campagne au camp de
Courtrai.

La journée du 11 mai 1745 fut un jour de gloire


186 HISTOIRE

pour les Irlandais . La brigade était tout entière sur le


champ de bataille de Fontenoy. Composée de six ba-
taillons des régiments de Bulkeley, de Clare , de Dil-
lon , de Rooth, de Berwick et de Lally, et comman-
dée par lord Thomond , elle appuyait sa droite à la
gauche des Gardes Suisses , et elle avait devant elle
des abattis et une redoute défendue par le 2e batail-
lon du régiment d'Eu . Les Irlandais voyaient avec
une rage indicible les progrès de la colonne anglaise
et les efforts prodigieux , mais impuissants , tentés pen-
dant la moitié de la journée pour rompre cette co-
lonne. Enfin quatre pièces de canon arrivent et com-
mencent à jeter de l'hésitation et du désordre dans
les rangs ennemis . En cet instant , fous les corps s'é-
branlent : les Irlandais , qu'anime une rancune natio-
nale , ont sollicité l'honneur d'attaquer de front les
redoutables bataillons du duc de Cumberland . Ils se
précipitent et entrent les premiers dans cette intré-
pide phalange; mais cette ardeur leur devient fatale.
Les Carabiniers, qui s'étaient aussi hâtés d'agir , et
qui arrivaient en même temps qu'eux dans la mêlée ,
se méprennent à la couleur des uniformes et sa-
brent indistinctement Anglais et Irlandais. Les nôtres
avaient beau crier Vive France! les Carabiniers n'en-

tendaient rien et frappaient comme des sourds . Il


fallut laisser passer cet ouragan .

Après la victoire, Bulkeley assista encore à quelques


siéges entrepris en Flandre et alla passer l'hiver à Stras-
bourg. A la fin de cette année , un piquet de volon-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 187

taires, commandé par le capitaine Morrès , passa en


Ecosse avec le prétendant d'Angleterre et fut fait pri-
sonnier à la bataille de Culloden .

Bulkeley revient en Flandre en 1746 ; il se trouve


à la bataille de Rocoux et passe l'hiver à Bruges . Il
est place en mai 1747 au camp de Malines , établi pour
maintenir les communications entre l'armée du ma-

réchal de Saxe et le corps du comte de Löwendhal .


Il se trouva plus tard à la bataille de Lawfeld , où le
colonel-commandant Fitz -Gérald eut son fils tué à
ses côtés : lui- même fut dangereusement blessé du
même coup . Pendant la campagne de 1748 , la brigade
irlandaise formait avec celle des Gardes la réserve de
l'armée qui fit le siége de Maëstricht . Des troupes lé-
gères autrichiennes , qui s'étaient établies sur la rive
gauche de la Meuse et qui gênaient les mouvements de
l'armée française , furent dispersées par les grenadiers
irlandais .

Pendant les premières années de la guerre de Sept


Ans , Bulkeley servit sur les côtes . Il se rendit en Al-
lemagne en 1760 avec le chevalier de Jerningham
qui le commandait pour le colonel - propriétaire (1 ) ,
et se trouva aux affaires de Corbach et de Warbourg.

( 1 ) Henry de Bulkeley, qui avait succédé à son père , est de-


venu brigadier 25 juillet 1762 , maréchal de camp 3 janvier 1770
et lieutenant général 1er janvier 1784.
Charles-Louis de Barfort , chevalier de Jerningham , a été fait co-
lonel- commandant en titre le 15 mars 1769 , brigadier le 1 mars
1780 et maréchal de camp le 1er janvier 1784.
188 HISTOIRE

Il passa l'hiver suivant à Marbourg , et le 14 février


1761 , il se distingua extrêmement à la défense de
cette ville. Vivement attaqué par les ennemis , il les
repoussa trois fois , tua leur chef , le général Brei-
dembach , etsept autres officiers, et prit trois pièces de
canon . Au mois de juillet , le régiment combattit à
Villingshausen , où les Irlandais emportèrent le village
et la redoute de Schedingen , et il termina cette guerre

par l'attaque du château de Sabbaborg . A la paix,


Bulkeley fut mis en garnison à Bouchain , et on y in-
corpora les hommes du régiment Royal- Écossais ré-
formé par ordre du 21 décembre 1762 .
Depuis , le régiment est allé à Gravelines en no-
vembre 1764 , à Aire en août 1765 , à l'île d'Oleron
en octobre 1765 , à Bouchain en décembre 1766 , à
Aire en juin 1767 , à Philippeville en octobre 1767 ,
à Aire en juin 1768 , à Gravelines en octobre 1768 ,
et en Corse en mars 1769. A sa rentrée en France

en janvier 1771 , il fut placé aux fort Barraux , d'où


il est allé à Gravelines en novembre 1771 , à Avesnes
en octobre 1772 , à Valenciennes en avril 1773 , à
Rocroi en septembre 1774 et à Valenciennes en mai
1775. Ce fut dans cette ville , au mois de juin , et en
vertu de l'ordonnance du 26 avril 1775 , que fut effec-
tuée la réunion du régiment de Bulkeley et du régi-
ment de Dillon . Celui- ci devint le 2 bataillon , et
donna son nom ( 1 ) . Bulkeley donna son ancienneté .

(1 ) Le comte Arthur Dillon , colonel de l'ancien régiment de Dillon


DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 189

Le nouveau régiment de Dillon se mit en route


pour Aire en octobre 1775. Il fut de là à Lille en
mars 1777 , puis à Valognes et Cherbourg au mois
d'octobre . En 1778 , le colonel Arthur Dillon sollicita
l'honneur d'aller servir en Amérique avec son régi-
ment. Celui- ci fut d'abord envoyé en Bretagne, où il
occupa divers cantonnements autour de Lorient et de
Brest, et le 1er bataillon s'embarqua enfin , le 5 avril
1779 , à Brest, sur l'escadre de M. de La Mothe-Piquet .
A peine arrivé aux Antilles , Dillon s'illustra à la con-
quête de la Grenade , qu'il prit seul avec quelques fai-
bles détachements d'autres corps . Descendu dans l'île ,
la nuit du 2 au 3 juillet 1779 , le colonel partagea sa
petite armée en plusieurs colonnes , gravit en silence
le morne de l'Hôpital, s'en rendit maître en moins d'un
quart d'heure, y prit dix-sept bouches à feu , et les
tourna sur le fort , qui , dominé de très-près par le
morne, arbora le drapeau blanc au premier coup de
canon . Sept cents prisonniers , trois drapeaux , cent
deux canons et seize mortiers furent les trophées de

depuis le 24 mars 1772 , colonel propriétaire de celui-ci en 1775,


fut fait brigadier 1er mars 1780 et maréchal de camp 1er janvier
1784. Il eut pour successeurs M. de Walsh -Serrant, passé en 1788
au régiment de Walsh, et le chevalier Théobald Dillon , nommé
maréchal de camp en 1791 , et massacré à Lille en 1792 .
Les derniers colonels en 2e où commandants, sont : Édouard
Dillon, nommé le 26 avril 1775 , Christophe Taaffe , nommé le 7
août 1778 et devenu brigadier le 1er mars 1780 , Théobald Dillon ,
nommé le 13 avril 1780 , enfin Thomas Kéating, lieutenant- colonel
10 mars 1788 et colonel en pied en 1792,
190 HISTOIRE

la victoire. La petite expédition n'avait eu que 35


hommes tués et 71 blessés . Parmi les morts se trou-
vait le lieutenant Patrik Mac- Schéhy ; le colonel en
2º Edouard Dillon et trois lieutenants étaient blessés,
Le 6 juillet, l'amiral anglais Byron , ignorant sans
doute la prise de l'île , vint attaquer la flotte française
dans son mouillage et eut à souffrir du feu des forts.
Au mois de septembre , la flotte du comte d'Estaing
conduisit le régiment sur les côtes de l'Union améri-
caine . Dillon fit le siége de Savanah et perdit le
major Brown et les lieutenants Taaffe et Lambert à
l'attaque des retranchements le 9 octobre. Quatre of-
ficiers, parmi lesquels étaient les capitaines O'Neill
et O ' Moyran , furent aussi atteints par le feu de
l'ennemi . Le régiment se rembarqua le 20 octobre,
et retourna à la Grenade . En 1780 , un détachement
monté sur les vaisseaux du comte de Guichen , se
trouva aux combats des 15 et 19 mai , soutenus con-

tre l'amiral Rodney. Le 8 mai 1781 , un autre déta-


chement partit de la Martinique sur la flotte du
comte de Grasse , et après une fausse attaque sur l'île de
Sainte- Lucie , débarqua le 30 à Tabago , dont la
garnison capitula le 2 juin .
Le 15 novembre de la même année , le bataillon
tout entier, fort de 300 hommes , part de la Marti-
nique avec le marquis de Bouillé pour l'expédition de
Saint-Eustache . On arrive , le 25 , en yue de l'île
après une horrible traversée . Le même soir , les pré-
paratifs de débarquement sont faits malgré un vio-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 191

lent ras de marée . De toutes les embarcations jetées


à la mer , une seule aborde ; elle est montée par 50
hommes de Dillon ; toutes les autres se brisent contre
les rochers . Une heure avant le jour, il n'y avait pas
400 hommes à terre , et il ne restait aucun espoir de
pouvoir débarquer le reste de l'armée. Les frégates
avaient dérivé ; les chaloupes et les canots étaient en
pièces. Cependant la retraite est impossible , et M. de
Bouillé entreprend avec 400 hommes de forcer une
garnison de 800. Il se met en marche à quatre heures.
Le comte Dillon arrive à six aux casernes avec ses
chasseurs . Une partie de la garnison , qui faisait l'exer-
cice sur la place, est complétement surprise, les An-
glais n'ayant reconnu les habits rouges de Dillon
pour $ennemis qu'à une décharge de mousqueterie
faite à brûle-pourpoint . Le gouverneur Cockburn ,
qui arrive au même instant sur le terrain de ma-
nœuvre, est enveloppé et pris , pendant que d'autres
troupes profitent du désordre pour s'emparer d'une
des portes du fort . Dans cette position , les Anglais
perdent la tête et capitulent . Cette expédition aven-
tureuse ne coûta pas dix hommes aux Français et
530 soldats anglais consentirent à recruter les régi-
ments irlandais de Dillon et de Walsh qui se trou-
vaient réduits à rien .
Dillon contribua encore , en 1782 , à la reprise
de Saint-Christophe , et au siége de Bristone -Hill .
Il assista aussi au combat naval où le comte de
Grasse fut battu.
192 HISTOIRE

Rentré en France à la fin de 1783 , le 1 " bataillon

alla rejoindre à Avesnes le 2e bataillon qui , depuis


1779 , avait successivement occupé la citadelle de
Lille et Bouchain . Le régiment quitta Avesnes en
octobre 1785 pour se rendre à Cambrai , et depuis ,
il est allé à Douai en décembre 1787 , à Boulogne
et Calais en mars 1788 , au camp de Saint- Omer en
septembre 1788 , à Berghes en mars 1789 , et à Lille
en avril 1790. En janvier 1792 , le 1er bataillon fut
envoyé à Boulogne, et le 2° se rendit au Havre , où il
s'embarqua pour Saint-Domingue.
Au commencement des hostilités, le 1er bataillon
fit partie de l'armée du Nord . Il contribua à la défense
de Lille attaquée par le duc de Saxe -Teschen , et lors-
que les Autrichiens eurent levé le siége , il les pour-
suivit en Belgique , assista à la bataille de Jemmapes
et fut mis en garnison à Anvers. Il rentra en France
en mars 1793 , fut jeté dans Valenciennes, et après
la capitulation de cette place , il fut dirigé sur la
Vendée, où il servit avec valeur jusqu'au 15 juillet
1795. Ce jour-là il fut amalgamé avec des volontaires
pour former la 157° demi- brigade , qui s'illustra , le
24 septembre suivant, en défendant avec un achar-
nement incroyable le poste de Saint-Cyr , attaqué
par toutes les forces de Charrette.
Le 2 bataillon de Dillon servit aussi avec éclat à

Saint-Domingue, où ses derniers débris ont été incor-


porés dans les troupes coloniales.
L'ancien régiment de Bulkeley portait habit rouge ,
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 193

parements verts , veste verte, culotte blanche, boutons


blancs de deux en deux , d'un seul côté jusqu'aux
poches coupées en travers et garnies de trois bou-
tons ainsi que les manches ; boutonnières et galon de
chapeau blancs . Les drapeaux d'ordonnance étaient
ondés de flammes rouges , noires et jaunes dans cha-
que carré, avec la croix blanche.
En 1775 , le corps prit les insignes de l'ancien ré-
giment de Dillon , c'est-à-dire , des drapeaux d'or-
donnance rouges dans deux carrés, noirs dans les
deux autres, avec la croix rouge bordée de blanc, une
couronne d'Angleterre dans chaque carré , une harpe
d'or au centre de la croix et la devise In hoc signo
vinces , partagée entre les quatre branches de la croix ;
un drapeau colonel blanc, mais marqué des mêmes
emblèmes et devise ; habit et collet rouges , doublure
blanche, douze boutons jaunes jusqu'à la poche cou-
pée en travers et garnie de trois boutons, revers noirs ,
parements noirs garnis de quatre boutonnières en
chevron brisé , veste rouge avec un revers noir , cu-
lotte blanche et chapeau bordé d'or.

HIST. DE L'ANC. INFANTERIE FRANÇAISE, T. VII. 13


194 HISTOIRE

RÉGIMENT DE BERWICK .

88 RÉGIMENT D'INFANTERIE .

Philisbourg....

COLONELS.

1. Vicomte DE CLARE (Daniel O'Brien), 18 juin 1690.


2. DE LÉE (André) , 18 novembre 1693 .
3. Lord TALBOT (Richard) , 25 août 1694 .
4. Comte DE CLARE (Charles O'Brien) , 8 avril 1696 .
5. Comte O'BRIEN (Morogh) , 11 août 1706 .
6. Comte DE THOMOND (Charles O'Brien de Clare) , 3 août 1720.
7. Vicomte DE THOMOND (Charles O'Brien de Clare) , 20 septem-
bre 1761 .
8. Duc DE FITZ-JAMES (Jean-Charles de Berwick) , 26 avril 1775 .
9. Due de FITZ-JAMES (Jacques- Charles de Berwick) , 9 mai
1784.
10. O'CONNOR (Charles-Alexis) , 21 octobre 1791 .
11. HARTY (Olivier) , 13 décembre 1792 .

Ce régiment, formé comme le précédent par ordre


du 18 juin 1690 , fut aussitôt envoyé sur les Alpes
pour servir avec M. de Sainte-Ruth . Cet officier gé-
néral venait d'occuper toute la Savoie ; il ne restait
plus qu'à débusquer le comte de Bernex retranché
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 195

avec 400 hommes dans un défilé presque inaccessible ,


où il avait ajouté aux difficultés naturelles des retran-
chements formidables . Le lieutenant-colonel de Lée
s'offrit à aller forcer les Savoyards avec le régiment
de Clare. Il tourne la montagne qu'il avait à sa gau-
che pour la gravir sur le revers opposé et en vient à
bout après d'incroyables fatigues . Parvenu au som-
met, il fait reposer et rafraîchir sa troupe , puis, sans
donner à l'ennemi le temps de se reconnaître , il se
précipite du haut de la montagne vers les retranche-
ments . Les épouvantables hurrahs que poussent les
Irlandais jettent la terreur dans les rangs de l'ennemi ,
qui, sans chercher à se défendre , abandonne retran-
chements, artillerie et munitions , se hâte de mettre
l'Isère entre lui et ses audacieux adversaires et dispa-
raît dans les gorges des montagnes . Les Irlandais eu-
rent pour eux tout le butin , et M. de Lée fut fait colo-

nel à la suite du régiment . Celui-ci fit au mois de no--


vembre le siége de Montmélian , puis il se rendit à Pi-
gnerol, où il passa l'année 1691. Il servit pendant les
campagnes de 1692 et 1693 sous Cattinat et combattit
à la bataille de la Marsaglia , où le colonel vicomte de
Clare perdit la vie (1 ) . Le régiment continua de servir
en Italie, sous les noms de Lée, de Talbot et de Clare ;

(1 ) . M. de Lée, premier lieutenant -colonel du corps, et colonel


de celui-ci en 1693 , est le même qui a obtenu en 1694 le régi-
ment qui précède. Il fut remplacé par lord Talbot , qui perdit
son régiment et fut mis à la Bastille pour quelques propos impru-
dents.
196 HISTOIRE

il repoussa une sortie des assiégés de Valencia ; fit la


campagne de 1697 sur la Meuse et fut réduit à un
er
avril 1698 .
bataillon le 1
Quand la guerre éclata en 1701 , Clare était en Al-
sace . Rétabli à deux bataillons , il servit en 1703 au
siége de Kelh et fit comme le précédent toute la cam-
pagne de Bavière sous le maréchal de Villars . Il se
distingua particulièrement au combat de Munder-
kirchen et à la première bataille d'Hochstedt . En
1704, il montra une grande bravoure à la défense
des retranchements de Schellemberg et à la seconde
journée d'Hochstedt. Il vint achever cette campagne
en Alsace et passa l'hiver à Metz . En 1705 , on le trouve
à l'armée de la Moselle , et en 1706 à celle de Flan-
dre. A Ramilies , il faisait partie de la brigade de Pi-
cardie et faillit être anéanti . Un corps ennemi très-
nombreux , débouchant à travers des haies , fondit
sur la brigade , qui , malgré son infériorité , s'avança
à sa rencontre et fit la moitié du chemin . Le choc fut

des plus rudes , et Clare allait être écrasé et entraî-


ner Picardie dans sa ruine , quand il fut secouru très
à propos par Royal- Italien et Gondrin . Grâce à ce
secours , le régiment put faire sa retraite, mais il laissa

sans vie sur le champ de bataille un grand nombre


d'officiers et de soldats, et entre autres son colonel le
comte de Clare ( 1).

(1) Le comte de Clare, précédemment colonel du régiment des


Dragons à pied de la Reine d'Angleterre , avait été nommé briga-
dier 2 avril 1703 et maréchal de camp 26 octobre 17704. Son suc-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 197

Le régiment fit la campagne de 1707 dans la bri-


gade de Piémont. En 1708 , il combattit à Aude-
naërde avec Bourbonnais . Pendant le siége de Lille ,
il demeura au camp du Saulsoy avec le duc de Bour-
gogne. On a déjà vu quel rôle brillant joua la bri-
gade irlandaise à Malplaquet . Clare parut encore avec
éclat à l'attaque d'Arleux en 1711 , à la bataille de
Denain et à la reprise de Douai , du Quesnoy et de
Bouchain en 1712. Passé à l'armée du Rhin après la
paix d'Utrecht, il se trouva aux siéges de Landau et de
Fribourg, et fut réduit en 1713 à un bataillon , dans
lequel on incorpora le 6 février 1715 le régiment
d'O'Donnell , créé Albemarle en 1698. Les régiments
irlandais se recrutaient difficilement, et par la suite

on n'entretint ces corps au complet qu'en en dimi-


nuant successivement le nombre .

En 1719 , Clare fait partie de l'armée des Pyrénées


et se trouve aux siéges de Fontarabie , de Saint-Sébas-
tien et d'Urgell, et au blocus de Roses.
En 1733 , il est au siége de Kelh , et en 1734 il prend

cesseur, Morgan O'Brien , major au corps 12 mars 1694, et lieute-


nant-colonel 25 janvier 1705 , a été fait brigadier 29 mars 1710 et
maréchal de camp 1er février 1719. Il fut remplacé comme lieute-
nant-colonel par William O' Shagnussy , capitaine en 1691 , major
4 juillet 1706, lieutenant-colonel 12 septembre 1706 , brigadier 3
avril 1721 et maréchal de camp 1er août 1734 ; et, comme colonel ,
par le comte de Thomond, brigadier 20 février 1734, maréchal de
camp 1er mai 1738, lieutenant-général 2 mai 1744 et maréchal de
France en 1757 , qui fut lui-même remplacé en 1761 par le vicomte
de Thomond, son fils, âgé de quatre ans.
198 HISTOIRE

part à toutes les opérations de l'armée du Rhin , no-


tamment à l'attaque des lignes d'Ettlingen et au siége
de Philisbourg, où le colonel comte de Thomond est
blessé à l'épaule du même coup de canon qui tue le
maréchal de Berwick . Ce siége coûte la vie aux lieu-
tenants Fitz -Gibbon et Mac-Carthy. En 1735 , le régi-
ment sert entre Rhin et Moselle et se trouve à l'affaire
de Klausen .

Clare est employé en 1741 et 1742 sur la frontière


de Flandre . Il passe en 1743 à l'armée du Rhin et se
trouve le 27 juin à la bataille de Dettingen . Il retourne
en Flandre en 1744 et fait le siége de Menin , où il
monte la garde de tranchée avec les Gardes Suisses ,
celui d'Ypres où il emporte le chemin couvert et ce-
lui de Furnes . Le 11 mai 1745 , à Fontenoy, avec les
autres corps irlandais, il tombe sur la colonne anglo-
hanovrienne en même temps que les Carabiniers et la
Maison du roi , et prend deux drapeaux et quinze
pièces de canon . Le lieutenant-colonel O'Neill est
mortellement blessé dans cette charge, et le lieutenant
Hugues Falvy , lieutenant- colonel au corps le 16 dé-
cembre 1670 , y a un bras fracassé d'un coup de feu .
Peu de jours après, Clare assistait à la capitulation
de la citadelle de Tournai . Il fut ensuite destiné à

une expédition d'outre Manche que les circonstances


firent contremander . Il continua de faire partie de la
grande armée de Flandre en 1746 et se distingua à
Rocoux à l'attaque du village . Il défendit Malines au
commencement de 1747 , se trouva plus tard à la
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 199

bataille de Lawfeld où les Irlandais firent des mer-

veilles , et fut employé en 1748 au corps d'armée qui


couvrit les opérations du siége de Maëstricht.
Pendant les premières années de la guerre de Sept-
Ans , Clare servait sur les côtes de la Normandie et
avait ses quartiers habituels à Valognes . Le 7 août
1758 , il fit de glorieux mais inutiles efforts , avec le
régiment liégeois de Horion , pour s'opposer au débar-
quement d'un corps de 10,000 Anglais , qui s'empara
de Cherbourg. Ce fut cette affaire , du reste, qui fit
ouvrir les yeux sur l'importance de ce point du littoral ,
aujourd'hui l'un de nos plus redoutables ports de
guerre.
Envoyé en 1760 à l'armée d'Allemagne , Clare se
fit remarquer cette année aux combats de Corbach
et de Warbourg . Il contribua en 1761 à la défense
de Marbourg et combattit bravement à Willingshau-
sen. Il fit partie en 1762 du camp de Dunkerque , et
le 21 décembre de la même année , il reçut par in-
corporation les débris du régiment écossais d'O'Gil-
wy créé en 1747 (1).

(1) Le régiment était alors commandé , pour le vicomte de Tho-


mond enfant, par le colonel en 2º Jacques Fitz-Gérald , brigadier du
1er mai 1758 et maréchal de camp du 25 juillet 1762 , remplacé
1er mars 1763 par Thomas Tyrell, comte de Bétagh , nommé briga-
dier 16 avril 1767 et maréchal de camp 3 janvier 1770, auquel
avait succédé, le 24 mars 1769 , Pierre , chevalier de Méade. Jacques
Créagh, lieutenant en 1719 , et lieutenant-colonel 3 août 1761 , fut
fait brigadier fer janvier 1768 et maréchal de camp 23 janvier
1771.
200 HISTOIRE

Le régiment qui , à la paix , avait été mis en garni-


son à Valenciennes , se rendit à Gravelines en mai
1763 , puis à Philippeville en avril 1764. Il revint à
Gravelines en novembre 1764, et fut de là à Berghes
en août 1765 , à l'île de Ré en octobre 1765 , à
Blaye en octobre 1766 , à Bayonne en juin 1767 , à
Marseille en octobre 1767 , à Landrecies en juin
1768 , à l'île d'Oleron en septembre 1769 et à Roche-
fort en janvier 1771. Il s'embarqua aussitôt dans ce
port pour passer aux îles de France et de Bourbon.
Rentré en France par Brest et Lorient en juillet 1772,
il arriva à Béthune en octobre 1772 , puis à Rocroi en
octobre 1773 , à Bouchain en septembre 1774, enfin
à Valenciennes en juin 1775. Ce fut là qu'on l'incor-
pora, par suite de l'ordonnance du 25 avril, avec le
régiment de Berwick qui forma son 2 bataillon . Le
corps ainsi reconstitué conserva le rang de Clare et
fut donné à la famille de Berwick, dont il prit le nom
et les couleurs (1) .
Après cette opération , qui fut effectuée le 4 juin ,

(1 ) Jean Charles de Berwick, duc de Fitz-James, colonel proprié-


taire en 1775 , était lieutenant-général du 10 mai 1748 et fut fait
maréchal de France en 1775. Son fils , qui lui succéda au corps en
1784, était brigadier du 22 janvier 1769 , et maréchal de camp
du 1er mars 1780 .
Édouard, chevalier de Fitz-James, colonel commandant du 15
avril 1780 , fut fait brigadier 1er janvier 1784 , et maréchal de camp
9 mars 1789. Le dernier de ces colonels-commandants, Barthé-
lemy O'Mahony, nommé 10 mars 1788 , fut fait maréchal de camp
1er mars 1791 .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 201

le régiment se rendit à Cambrai , et depuis , il est allé


à Calais en juin 1776 , à Gravelines en novembre 1776 ,
à l'île de Ré en octobre 1777 , à Paimbœuf en août

1778 , à Quimper en avril 1779 , à Coutances en sep-


tembre 1779 , à Vannes en janvier 1781 , à Bouchain
en mai 1782 , à Landrecies en octobre 1782 , aux îles
de Ré et d'Oleron en novembre 1783 , à la Rochelle
en octobre 1784, à Boulogne en avril 1788 , au camp
de Saint-Omer au mois de septembre de la même année
et à Berghes en septembre 1790. Deux mois après, des
intrigues, dont les faits ultérieurs expliquent le but,
firent envoyer le régiment à Landau , place enclavée
dans le Palatinat et voisine de Coblentz .

En 1791 , et surtout après la fuite du roi et son ar-


restation à Varennes, le régiment fut vivement solli-
cité d'émigrer. Tous les genres de séduction furent
employés, et au mois de juillet les chefs du régiment
se rendirent, en effet , à Coblentz avec un assez grand
nombre de soldats . L'émigration fit beaucoup de bruit
de cet acte de trahison , dans l'espoir sans doute que
l'exemple de Berwick aurait des imitateurs dans
d'autres corps , mais cet espoir fut trompé.
Comme il est de bon ton dans un certain monde
d'admettre absolument que les épouvantables consé-
quences de la grande révolution de 1789 ont été uni-
quement le fait de la perversité de la nation , nous cite-
rons quelques pièces qui se rapportent directement
à l'histoire du régiment de Berwick , afin de montrer
que le malheureux Louis XVI avait des amis plus
202 HISTOIRE

dangereux que ses adversaires politiques eux-mêmes ,


car ceux-ci ne furent conduits à ce point de défiance
et d'hostilité , qui devait aboutir au sacrifice du roi,
que par l'impossibilité d'accorder les paroles et les
actions du roi à Paris avec les actions et les paroles
de ses frères et de la noblesse à Coblentz .

Voici ce qu'écrivaient au comte de Provence et au


comte d'Artois les officiers réunis à Coblentz , sous

la date du 26 juillet 1791 , au moment où le pays


était sous l'impression de la tentative faite par
Louis XVI pour sortir de son royaume : « Monseigneur,
les officiers, bas-officiers , grenadiers et soldats du ré-
giment irlandais de Berwick, remplis des sentiments
d'honneur et de fidélité qui sont héréditaires en eux ,
supplient Monseigneur de mettre aux pieds du roi le
dévouement qu'ils font de leur vie pour le soutien
de la cause royale , et d'employer leurs armes avec
confiance dans les occasions les plus périlleuses . >>
Monsieur leur répondit, le 28 juillet : « J'ai reçu ,
Messieurs , avec une vraie sensibilité, la lettre que
vous m'avez écrite . Je ferai parvenir au roi , le plus
tôt que je pourrai , l'expression de vos sentiments
pour lui . Je vous réponds d'avance qu'elle adoucira
ses peines , et qu'il recevra avec plaisir de vous la
même marque de fidélité que Jacques II reçut, il ya
cent ans , de vos aïeux . Cette double époque doit
former à jamais la devise du régiment de Berwick,
que l'on verra sur vos drapeaux , et tout ce qu'il y
aura de sujets fidèles y lira son devoir et y reconnaî-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 203

tra le modèle qu'il doit imiter. Quant à moi, Mes-


sieurs , soyez bien persuadé que l'action que vous venez
de faire restera pour toujours gravée dans mon âme,
et que je m'estimerai heureux toutes les fois que je
pourrai vous donner des preuves de ce qu'elle m'in-
spire pour vous . »
M. le comte d'Artois fit une réponse analogue .
Enfin , l'ex-colonel , duc de Fitz-James , écrivait
de son côté à ses amis , le 26 juillet , la singulière let-
tre qui suit :
J'espérais profiter du voisinage pour aller vous
faire une petite visite ; mais les princes en ordonnent
autrement ; ils désirent que je retourne rejoindre mon
brave et fidèle régiment . Je suis bien sûr que vous
avez partagé le bonheur dont j'ai joui de le voir pas-
ser tout entier dans le parti royal : l'injustice me l'a-
vait ôté, l'honneur me le rend ( 1 ) . Je ne pouvais m'en
retrouver propriétaire d'une manière plus flatteuse ;
j'espère qu'il servira d'exemple à d'autres ; ce sera
un mérite de plus . Ils n'ont emporté ni la caisse, ni les

(1) L'injustice dont se plaint ici M. de Fitz-James , c'est d'avoir


cessé, comme tous les autres colonels, d'être propriétaire du régi-
ment. Il émigra et ne fut point remplacé immédiatement, car la
date du brevet de son successeur n'est que du 21 octobre 1791. Ce
successeur, M. O'Connor, ne crut pas devoir accepter, et le régiment
resta sans colonel jusqu'au 13 décembre 1792. M. Harty, nommé
colonel à cette époque , exerça le commandement depuis le 25 juil-
let 1791 en qualité de lieutenant- colonel. Henri-Jacques-Guillaume
Clarke , duc de Feltre et maréchal de France en 1816 , était entré
au corps comme sous-lieutenant en 1782.
204 HISTOIRE

drapeaux ; je regrette la première, elle eût fourni à la


subsistance pendant quatre ou cinq mois. Quant aux
drapeaux , je ne puis les regretter depuis qu'ils ont
été souillés par les cravates prétendues patriotiques .
J'en fais faire de nouveaux à Manheim . Je les ferai
sacrer à Salzbach , où fut tué M. de Turenne ; c'est
là que le régiment se rassemble . Comme il y a juste
cent ans que le régiment de Berwick est passé en
France, suivant son roi malheureux , les princes ont
agréé que je fasse ajouter aux drapeaux une légende
qui sera ainsi : Toujours et partout fidelles . C'est la
marque la plus flatteuse que puissent recevoir les offi-
ciers et le corps entier. »
Ce que M. le duc de Fitz-James n'explique point
dans sa lettre , c'est comment il se fait que le régi ·
ment n'ait point emporté sa caisse , c'est- à-dire l'ar-
gent de l'État , lorsque cela était facile , puisqu'au
pied des glacis de Landau on se trouvait sur le sol
étranger, sans péril d'y être poursuivi . La vérité ,
comme on l'a déjà dit , c'est que la majeure partie
du régiment était restée fidèle à son serment ; c'est
que parmi ce ramassis de déserteurs de toutes nations
qui composaient alors les régiments irlandais, on n'é-
tait parvenu à débaucher qu'environ 300 hommes qui
s'étaient échappés de Landau au milieu de la nuit . Le
reste du corps , présentant encore plus de 900 hommes ,
arriva à Nancy le 8 août , et fit son entrée dans cette
ville avec ses drapeaux et sa caisse .
Ce fut pendant le court séjour que Berwick fit à
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 205

Nancy que toutes ces manœuvres furent découvertes ,


par l'imprudence des émigrés . De nouvelles invitations
à déserter étaient journellement adressées au corps
avec des exemplaires des lettres du prince et du duc de
Fitz-James . Les soldats de Berwick livrèrent ces pièces
à la municipalité de Nancy. Le 20 août le régiment
quitta cette ville pour se rendre , le 1er bataillon à Ver-
sailles , et le 2º à Orléans .
Au mois de novembre, le 1er bataillon vint à Orléans

remplacer le 2' , qui alla s'embarquer à Lorient pour


Saint- Domingue , d'où il n'est point revenu .
Le 1er bataillon fut envoyé à Besançon en septembre
1792 , et fournit sa compagnie de grenadiers à l'armée
du Rhin . Les autres compagnies y furent aussi appe-
lées en 1793 , et le 7 juillet 1794 , elles entrèrent dans
la composition de la 159° demi-brigade .
Les drapeaux des régiments de Clare et de Berwick ,
qui furent réunis en 1775 , étaient semblables à ceux
du régiment de Dillon . Seulement Clare avait jaunes
et Berwick avait verts , les deux carrés des drapeaux
d'ordonnance qui étaient noirs dans Dillon.
L'uniforme de Clare était habit rouge , doublure
et parements jaunes , boutons blancs , douze de deux
en deux sur le devant de l'habit , quatre aux manches ,
quatre aux poches coupées en travers , un petit collet
et une épaulette ; veste rouge doublée de blanc avec
des boutonnières blanches des deux côtés , culotte
blanche, chapeau bordé d'argent .
L'ancien costume de Berwick consistait en habit
206 HISTOIRE

et veste rouges ; culotte et doublure blanches ; pare-


ments et collet noirs ; boutons jaunes ; doubles poches
en long, garnies chacune de six boutons disposés de
deux en deux , quatre boutons sur la manche ; douze
de deux en deux sur un côté de l'habit , et autant sur
les deux côtés de la veste ; boutonnières jaunes sur
l'habit et la veste , chapeau bordé d'or. En 1775 , le

régiment ne différa du précédent que par les boutons


blancs et quelque variation dans la position des
boutons .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 207

RÉGIMENT ROYAL- SUÉDOIS.

89e RÉGIMENT D'INFANTERIE .

Prague....

COLONELS ET COLONELS - LIEUTENANTS.

1. LEISLER (Jean-Henri) , 1 " août 1690.


2. Baron DE SPARRE (Erik- Magnus Toffeta) , 20 octobre 1694.
3. DE LENCK (Jacques-Gustave) , 10 mars 1714 .
4. APPELGHREN (Pierre) , 19 décembre 1734.
5. Comte DE SPARRE DE KRONEMBERG (Joseph- Ignace - Magnus
Toffeta), 30 octobre 1742.
6. Comte DE SPARRE DE KRONEMBERG ( Alexandre Toffeta ) ,
22 avril 1756.
7. Comté DE SPARRE DE KRONEMBERG (Ernest Toffeta) , 17 juin
1770:
8. Comte DE FERSEN (Frédéric Axel ) , 21 septembre 1783 .
6. Baron DE FURSTENWORTHER (Charles) , 25 juillet 1791 .
10. DE BRUSSELLES (Joseph) , 1er janvier 1793.

er
Après la bataille de Fleurus , livrée le 1 juillet
1690 , Henri Leisler , allemand d'origine , qui ser-
vait comme capitaine dans le régiment suisse de
Stuppa-jeune , obtint une commission datée du 1er
208 HISTOIRE

août pour former un régiment d'infanterie allernande


avec les nombreux prisonniers que la victoire avait
mis dans nos mains . Leisler organisa ainsi dix com-
pagnies qui furent en grande partie composées avec
les hommes d'un excellent corps d'infanterie suédoise
au service de la Hollande , qui passait avant la bataille
pour n'avoir jamais été vaincu , mais qui , ce jour-là,
avait trouvé son maître dans le régiment de Navarre .
Ceci explique pourquoi tous les colonels qui succédè-
rent à Leisler furent suédois , et pourquoi ce corps

prit plus tard le nom de Royal-Suédois .


Le colonel Leisler tira du régiment de Stuppa plu-
sieurs officiers, qui comme lui n'étaient point suisses,
pour leur donner des grades supérieurs dans le sien ,
et , en 1691 , il augmenta celui- ci de deux compagnies.
Envoyé en 1691 à l'armée de Roussillon , le régi-
ment fit ses premières armes en 1693 au siége de Ro-
ses , où il gardait l'extrême droite des lignes sur le
bord de la mer . L'année suivante , il servit au siége
d'Ostalrich où le colonel fut tué. En 1695 , sous le
nom de Sparre, il marcha au secours de Castelfollit
et de Palamos . Son nouveau chef fut blessé dans la

première de ces expéditions (1 ) . En 1696 , le régiment


se trouva au combat d'Ostalrich , et en 1697 , il fit le
siége de Barcelone , où il ouvrit la tranchée , le 15

(1 ) Le comte de Sparre a été nommé brigadier 29 janvier 1702,


maréchal de camp 26 octobre 1704 , et lieutenant-général 10 sep-
tembre 1707.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 209

juin , à l'attaque de gauche . Les réformes de 1698


le réduisirent à six compagnies .

En 1701 , Sparre est rétabli à deux bataillons et


envoyé à l'armée des Pays-Bas. Il contribue en 1702
à la défaite des Hollandais sous Nimègue et, en 1703 ,
à la victoire d'Eckeren . Il va en 1704 sur la Moselle
avec le comte de Coigny, et l'année suivante il est aux
ordres du maréchal de Villars . Renvoyé en Flandre ,
en 1706 , il se trouve à la bataille de Ramilies , et se
jette ensuite dans Menin, où ses deux bataillons, réduits
à702 officiers et soldats, font une belle défense . Au mo-
ment même de l'investissement , M. Gooke , colonel
réformé à la suite du corps , va audacieusement avec
300 hommes occuper l'ouvrage à cornes d'Hallwyn .
Le 1er août , le capitaine de Stuzen , à la tête de 100
grenadiers, fait une sortie vigoureuse , couronnée d'un
plein succès .
Sparre sert en 1707 dans la brigade de Royal ; il
combat en 1708 à Audenaërde , et pendant le siége
de Lille , il demeure au camp de Meldert avec le mar-
quis d'Hautefort . Pendant les campagnes suivantes ,
il se trouve à la bataille de Malplaquet , à l'attaque
d'Arleux et à la reprise de Douai, du Quesnoy et de
Bouchain . En 1713 , il est appelé sur le Rhin et con-
tribue à la réduction de Landau et de Fribourg. Le
9 octobre , devant cette dernière place , ses grenadiers ,
en compagnie des grenadiers de Royal-Italien , sou-
tiennent victorieusement le choc d'une sortie de
400 hommes.
HIST. DE L'ANC. INFANTERIE FRANÇAISE. T. VII. 14
210 HISTOIRE

Le régiment fut réduit , en 1714 , à un bataillon ,


et cette même année il prit le nom de Lenck ( 1 ) .
On le trouve, sous ce titre , au camp de la Sambre
en 1727 et à celui d'Alsace en 1732. En 1733 , il

contribue à l'occupation de Nancy et de la Lorraine ,


et il est porté à trois bataillons par ordre du fer no-
vembre . L'année suivante, il sert à la prise de Trèves ,
de Traërbach et de Philisbourg . Au mois de décem-
bre, il était cantonné autour du château de Meshen-
heim dans le Palatinat. Le feu prit à ce château et
le colonel Lenck mourut à la suite des fatigues qu'il
avait éprouvées en cherchant avec son régiment à
éteindre cet incendie. Il fut remplacé par le lieute-
nant-colonel Appelghren ( 2) , qui le commanda en
1735 au camp d'Augersheim et au combat de Klausen .
Il fut encore réduit à un bataillon le 8 janvier 1737 .
Rétabli à deux bataillons le 15 mai 1741 , le régi-

ment d'Appelgren partit au mois de mars 1742 de


Strasbourg avec Picardie et arriva le 1er avril à Do-
naüworth . Il fut aussitôt dirigé sur la Bohême et
prit part au secours de Frawemberg , à la prise du
château de Wodnian et au combat de Sahay livré le

(1) Lenck, entré au corps en 1696 et lieutenant - colonel 8 mars


1710, fut fait brigadier 1er février 1719 et maréchal de camp 20
février 1734. Il avait été remplacé comme lieutenant-colonel par
Charles Magnus de Sparre, nommé à cette fonction 10 mars 1714 ;
passé au commandement du régiment devenu Salm- Salm.
(2) Appelghren , enseigne au corps en 1696 , major 27 juillet
1716 , lieutenant-colonel 29 janvier 1733 , brigadier 1er mars 1738 .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 211

25 mai. Il entra dans Prague au mois de juin et prit


une part brillante à la défense de cette grande ville .
Dans la fameuse sortie du 22 août, ce fut M. Appelgh-
ren qui conduisit la colonne de droite . Ce brave co-
lonel reçut une balle de fusil qui lui fracassa le poi-
gnet, et il mourut de cette blessure regretté de toute
l'armée . Le roi, pour témoigner au corps sa satisfac-
tion de la brillante valeur qu'il avait montrée dans
cette occasion , le mit, par ordre du 30 octobre , sous
le titre de Royal-Suédois , et lui accorda les priviléges
dont jouissaient les régiments royaux ( 1 ) .
Pendant ce même mois d'octobre 1742 , Royal-
Suédois quitta Prague et alla prendre position à
Brandweiss, pour faciliter la jonction de l'armée
de Westphalie , qui arrivait au secours de l'armée
de Bohême . Après avoir rempli sa mission et laissé
un détachement dans Égra , il revint à Prague
qu'il évacua le 16 décembre avec le maréchal de
Bellisle . A son arrivée en Bavière , il reçut l'ordre ,
comme tous les autres régiments allemands, de res-
ter sur le Danube . Il joignit donc l'armée de Bavière
le 18 janvier 1743 , et commença une nouvelle cam-
pagne, en se jetant dans Égra, qui était alors étroite-

(1 ) Le comte de Sparre, nommé à cette époque colonel-lieute-


nant pour le roi, était entré au corps comme enseigne en 1716. Il
est devenu brigadier 1er mai 1745 et maréchal de camp 10 mai
1748.
212 HISTOIRE

ment bloquée . Il s'y distingua bientôt par la hardiesse


de ses expéditions.
Le 1 février , le comte de Sparre sort avec
500 hommes et va rançonner le pays de Bayreuth
d'où il ramène 130 bœufs , des moutons et 25,000 li-
vres en argent . Le 23 , le lieutenant-colonel de
Tunderfeld ( 1 ) fait entrer dans la place cinq chariots
de fourrages, quoiqu'il ait été continuellement har-
celé dans sa course par 500 cuirassiers impériaux .
La garnison d'Égra ayant été relevée le 19 avril ,
Royal - Suédois revint sur le Danube , et lorsque le
prince Charles réussit à forcer les passages de ce
fleuve , il se mit en retraite sur Ratisbonne , puis sur
le Rhin . Rentré en France au mois de juillet , il
acheva la campagne sous les ordres du comte de Saxe .
Employé en 1744 à la défense des bords du Rhin ,
il se trouve en juillet à la reprise de Weissem-
bourg et des lignes de la Lauter , au mois d'août au
combat d'Augenheim , et , en septembre , il retourne
en Bavière avec le comte de Ségur. Il coopère à
l'attaque de Donaüworth , passe l'hiver dans cette
ville et combat avec la plus grande bravoure à Pfaf-
fenhofen en avril 1745. Pendant la retraite qui suit
cette affaire , le lieutenant de grenadiers Poirot se

(1 ) Charles - Georges- Gustave , baron de Tunderfeld , livonien , en-


seigne en 1712 , major 29 janvier 1733 , lieutenant- colonel 29 juin
1742, brigadier 20 mars 1747 , et maréchal de camp 10 février
1759.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 213

couvre de gloire , en soutenant constamment à l'ex-


trême arrière-garde les attaques de l'ennemi .
A sa rentrée en France , le régiment fut attaché à
l'armée du Bas- Rhin . En 1746 , il demeura en obser-
vation sur la Sarre pendant le siége de Mons . Il était
à Sédan pendant ceux de Charleroi et de Namur. Il
reçut l'ordre de venir coopérer à la réduction des
châteaux de Namur , mais ceux-ci ne l'attendirent
pas ; ils avaient battu la chamade quand il arriva .
Royal-Suédois continua sa route pour joindre la
grande armée, et il l'atteignit la veille de la bataille
de Rocoux , où il se distingua , à côté de Champagne ,
à l'attaque du village d'Ance . Il alla ensuite passer
l'hiver à Namur. En 1747 , il fut employé, sous le
comte d'Estrées , à la défense des rives de la Meuse
et à la protection des convois de l'armée . Après la
bataille de Lawfeld , il fut réuni dans la place d'Huy.
Il termina cette guerre en 1748 devant Maëstricht .
Royal- Suédois avait été porté à quatre bataillons le
12 novembre 1746. Un ordre du 26 décembre 1748
le réduisit à trois, et un autre du 1er février 1749 , à
deux bataillons .

Le régiment fit partie, en 1756 , du camp de Dun-


kerque, qu'il quitta l'année suivante pour se rendre
en Allemagne. Il arriva à Cologne le 16 avril , et il
se distingua à la bataille d'Haastembeck. Le lieute-
nant Dahestierna y fut tué et le capitaine Dalhielm
blessé. Il passa ensuite avec Richelieu dans le Hanovre
et contribua à la prise de Minden et de Hanovre . Il
214 HISTOIRE

fournit , la même année , des piquets , qui entrèrent


dans Harbourg , et contribuèrent à la belle défense
qu'y fit le marquis de Péreuse . Revenu sur le Rhin
au commencement de 1758 , il soutint , le 12 juin ,
avec Vaubecourt , le combat d'Alpen , près du canal
de Rheinfeld , assista, le 23 du même mois, àla ba-
taille de Créfeld , se distingua , le 23 juillet , à Sun-
dershausen , puis à la prise de Cassel , et enfin le
10 octobre , à la bataille de Lützelberg .
Royal- Suédois parut encore avec éclat en 1759 à
Bergen. Dès le 12 avril , veille de la bataille , il avait
été placé dans les vergers derrière Bergen , et il avait
soutenu la première attaque des ennemis, qui avaient
pénétré dans la rue du village . En 1760 , à Corbach,
le régiment fut un des corps les plus sérieusement en-
gagés . Il obéissait alors aux ordres du comte de Saint-
Germain , et il continua jusqu'à la paix de servir sous
ce général . Il avait été porté à trois bataillons le 18
janvier 1760 par l'incorporation de Royal-Pologne ;
l'ordonnance du 21 décembre 1762 le ramena à deux
bataillons (1 ) .

(1). Le comte Alexandre de Sparre qui commandait alors le


régiment, était le fils du précédent. Il a été fait brigadier 25 no-
vembre 1766, maréchal de camp 3 janvier 1770 et lieutenant-gé-
néral 1er janvier 1784. Les colonels - commandants qui exercèrent
sous lui et sous son successeur , sont : le baron Othon-Frédéric de
Bulow, nommé le 18 janvier 1760 et fait brigadier le 10 février
1759 ; Michel de Maës , lieutenant- colonel 29 juin 1759 et colonel
commandant le 20 juillet 1761 ; Pierre-Joseph du Chambge, ba-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 245

En rentrant d'Allemagne, Royal-Suédois fut d'abord


mis en garnison à Huningue. Il fut de là au Fort-
Louis en mai 1763 , à Schlestadt en novembre 1764 ,
à Neufbrisach en août 1765 , à Condé en novembre
1766 , à Aire en juin 1767 , à Gravelines en novem-
bre 1767 , à Maubeuge en octobre 1768 , au camp
de Compiègne en juillet 1769 , à Phalsbourg en août
1769 , à Saarlouis en décembre 1770 , à Strasbourg
en octobre 1771 , au Fort-Louis en septembre 1772 ,
à Strasbourg en décembre 1773 , à Bitche en oc-
tobre 1775 , à Schlestadt et Neufbrisach en mars
1778 , à Strasbourg en décembre 1778 , à Belfort et
Huningue en octobre 1780 , et à la Seyne en septem-
bre 1781. Le 20 octobre suivant , Royal-Suédois

s'embarqua à Toulon , avec trois autres régiments


pour aller faire le siége de Mahon sous le duc de
Crillon . Après la prise de cette ville et un court séjour
dans l'île Minorque , il suivit le même chef en Espagne
et devant Gibraltar , où il se fit remarquer , le 13

ron d'Elbecq , nommé le 16 avril 1767 ; Louis-Hermann-Anastase,


chevalier de Waldner , nommé 22 juin 1767 et brigadier 3 janvier
1770 ; le comte Ernest de Sparre-Kronembourg , nommé le 17 juin
1770, brigadier 1er mars 1780 et maréchal de camp 5 décembre
1781 ; le baron Charles -Gédéon de Sainclair, nommé le 16 avril1771 ;
le baron Hugues Hamilton , nommé le 28 avril 1778 ; le baron Wal-
ter de Nyvenheim , nommé le 11 novembre 1782 ; enfin le baron
Baugislas Louis de Curt de Steding, nommé le 24 mars 1784 .
Le colonel Fürstenwerther avait été nommé major au corps le
15 avril 184 et lieutenant - colonel le 20 avril 1788. M. de Brusselles ,
lieutenant au corps en 1756 , était devenu lieutenant- colonel 25 juil-
let 1791 .
216 HISTOIRE

septembre 1782 , au combat des batteries flottantes .


Il y perdit le lieutenant de Myring et eut 25 hommes
tués ou blessés .

Le régiment demeura au camp de Saint-Roch


jusqu'au milieu de l'année 1783. A sa rentrée en
France , au mois d'octobre , il fut établi à Avesnes et
Philippeville , d'où il passa à Landrecies et Valen-

ciennes en juin 1785 , à Maubeuge en mars 1787 , à


Valenciennes en novembre 1787 , à Saint-Brieuc en
juillet 1788 , et à Valenciennes au mois de novembre
de la même année . Il demeura dans cette place jus-
qu'au commencement de la guerre de la révolution .
Royal-Suédois avait alors pour colonel le comte
de Fersen , célèbre pour son attachement à la reine
Marie-Antoinette, et qui fut un des principaux agents
de la fuite du roi en 1791. Il ne paraît point que les
affections quiguidèrent la conduite du colonel aient eu
aucune influence sur le régiment . Celui - ci fut attaché
à l'armée du nord en avril 1792 , et quand les Prussiens
envahirent notre territoire au mois d'août, il quitta
Valenciennes pour se rendre , le 1er bataillon au corps
du général La Bourdonnais, et le 2e à Metz. A la fin de
cette année , les deux bataillons repassèrent en Flandre.
Ils contribuèrent à la première conquête de la Belgi-
que et furent mis en garnison à Anvers et Gueldres.
Après la bataille de Neerwinden , Royal- Suédois
revint dans le département du Nord , et il se distin-
gua extrêmement , le 12 septembre 1793 , au com-
bat de Warwick.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 217

Les deux bataillons ont été embrigadés le 19 juillet


1794 , et sont devenus les noyaux des 161 ° et 162°
demi-brigades.
Royal-Suédois avait eu jusqu'à vingt- quatre dra-
peaux . Avant 1760 , les drapeaux d'ordonnance
avaient leurs quatre carrés bleu d'azur et tous por-
taient une fleur de lys d'or au centre des carrés . A
la date que nous venons de citer, le régiment reçut
un drapeau colonel semblable à celui du régiment
de Salm - Salm , et des drapeaux d'ordonnance qui
rappelaient les royaumes du nord . Deux carrés op-
posés étaient bleus et portaient trois couronnes ; les
deux autres étaient traversés diagonalement par des
ondes alternativement bleues et blanches, sur les-

quelles passait un lion d'or couronné à langue rouge .


Le centre des drapeaux était occupé par les armes
de France .

L'habillement de ce régiment a peu varié . Dans


l'origine , il consista en habit et veste bleus , avec
les parements chamois , la culotte et les bas gris-noir.
En 1760 , c'était : habit et veste bleu- turquin ; cu-
lotte blanche ; parements, revers, agréments et dou-
blure chamois , boutons jaunes , trois agréments au-
dessous des revers ; poches en travers garnies de
trois boutonnières ; dix agréments de deux en deux
sur la veste ; chapeau bordé d'or . En 1775 , la dou-
blure , la veste et la culotte sont blanches , le pare-
ment et le revers chamois .
218 HISTOIRE

RÉGIMENT DE CHARTRES.

90º RÉGIMENT D'INFANTERIE.

Dettingen....

COLONELS -LIEUTENANTS ET COLONELS.

1. Chevalier D'ESTRADES (N. ) , 14 novembre 1691 .


2. Marquis DE PLUVAUX (N.) , 10 août 1692.
3. Marquis D'ARPAJON ( Louis) , 27 février 1695 .
4. Marquis D'ÉTAMPES (Philippe-Charles) , 23 avril 1709.
5. Marquis DE LA FERTE-IMBAUT (Philippe-Charles d'Étampes) ,
2 février 1731 .
6. Comte D'ÉTAMPES (Louis Auguste) , 28 mars 1737.
7. Comte DE BALLEROY (Charles-Auguste de La Cour) , 19 juin
1741 .
8. Comte DE BOUFFLERS-ROUVREL (Édouard), 20 avril 1746.
9. Comte DE BLOT (Gilbert de Chauvigny) , 4 mai 1753 .
10. Vicomte DE LA TOUR DU PIN LA CHARCE (Louis-Henri),
14 mars 1758 .
11. Comte D'ADHEMAR DE MONTFALCON (Jean-Balthazar) , 5 juin
1765.
12. Vicomte DE JAUCOURT (Pierre) , 11 novembre 1776 .
13. Chevalier DE BOUFFLERS (Stanislas-Catherine) , 26 février
1777.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 219

14. Comte DE VERNON DU HAGET (Jacques-Philippe) , 1 janvier


1784.
15. Chevalier DR GRAVE (Pierre-Marie), 10 mars 1788.
16. PICOT DE BAZUS (Étienne-Guillaume) , 5 février 1792.
17. LE BÉ (Étienne) , 8 mars 1793 .

Ce régiment a été créé par Louis XIV , le 14 no-


vembre 1691 , en faveur de Philippe d'Orléans duc
de Chartres , son gendre , depuis régent de la cou-
ronne de France . Il ne fut d'abord composé que d'un

seul bataillon de treize compagnies, dont trois furent


tirées du régiment de Sault devenu Flandre , trois
de celui de Touraine , six de celui d'Orléans et une
de Vermandois .

Le régiment de Chartres fit ses premières armes


en 1692 au siége de Namur, en même temps que son
jeune colonel. Le 3 août, il se couvrit de gloire à la
bataille de Steenkerque. Placé en réserve à la gau-
che, il contribua à rétablir le combat engagé à l'im-
proviste par l'ennemi , et se maintint toujours en pre-
mière ligne, et à découvert, avec le 2° bataillon de
Bourbonnais. Le duc de Chartres , dont on eut peine

à contenir l'ardeur, y reçut une légère blessure . Sept


officiers du régiment , onze sergents , et 65 soldats
furent frappés à mort sur le champ de bataille . Le
nombre des blessés s'éleva à 125 hommes , parmi les-
quels se trouvaient neuf officiers et le colonel-lieute-
nant chevalier d'Estrades, fils du maréchal , qui ex-
pira peu de jours après .
220 HISTOIRE

Le corps ne montra pas moins d'énergie l'année sui-


vante à la bataille de Neerwinden . Le duc de Chartres
s'y lança au plus fort du danger avec toute l'ardeur
de la jeunesse . Le maréchal de Luxembourg voulut
en vain se servir de son autorité pour le faire retirer ,
le jeune prince demeura sourd . Luxembourg, s'a-
dressant alors à son gouverneur , le marquis d'Arcy,
le conjura de modérer l'ardeur de son élève : « Les
princes , lui répondit ce digne gouverneur , ne doi-
vent paraître dans les armées que pour donner aux
soldats l'exemple du courage . >>

Le régiment termina la campagne de 1693 devant


Charleroi . Il se distingua , le 29 septembre , en re-
poussant vigoureusement une sortie . Le colonel-lieu-
tenant marquis de Pluvaux y fut grièvement blessé .
Chartres fit encore les deux campagnes suivantes en
Flandre sous Villeroy , et il servit en 1696 et 1697 à
l'armée de la Meuse sous Boufflers .
En 1701 , à la mort du duc d'Orléans frère de Louis

XIV, le régiment devint la propriété du nouveau duc


de Chartres, Louis d'Orléans, qui succéda à son père
passé au commandement du régiment de famille .
er
Celui qui nous occupe , porté à deux bataillons le 1 °
février de la même année au moyen de l'incorpora-
tion d'une partie des milices de Metz , alla au mois
de mai établir à Namur l'autorité du nouveau roi d'Es-
pagne, Philippe V. En 1702 , il rallia l'armée du duc de
Bourgogne et contribua à la déroute de l'armée hollan-
daise à Nimègue. Le 8 juin , il quitta les Pays- Bas pour
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE

se rendre sur le Rhin , et il combattit avec Villars à


Friedlingen . En février 1703 il servit au siége de Kelh ,
et plus tard il participa à l'attaque des retranchements
de Stolhofen , où périt un capitaine de grenadiers . Il
suivit Villars en Bavière , combattit à Hornberg , à
Munderkirchen et à Hochstedt et contribua à la prise
d'Augsbourg et d'Ulm . En 1704 , il assista , dans le
corps de Marchin , à la deuxième bataille d'Hoch-
stedt. Revenu en Alsace , il garda le Fort- Louis , et
prit en décembre ses quartiers d'hiver à Phalsbourg,
après avoir travaillé avec le plus grand zèle à l'amé-
lioration des défenses du Fort- Louis .
Chartres demeura en Alsace pendant les deux an-
nées suivantes et prit part au secours du Fort- Louis ,
et à la conquête de Drusenheim , de Lauterbourg et
de l'île du Marquisat . Appelé en Flandre au milieu
de l'année 1706 , il se trouva à la malheureuse ba-
taille de Ramilies, après laquelle il vint se refaire à
Thionville , où il passa l'hiver . Il retourna en Flan-
dre en 1707 et fut embrigadé avec Poitou . En 1708 ,
il combattit vaillamment avec Piémont à Audenaërde ;

il y chargea cinq fois , et son colonel- lieutenant , le


marquis d'Arpajon ( 1 ) , y reçut deux blessures très-
graves. Tant de bravoure , tant de sang répandu , fu-

(1) M. d'Arpajon a obtenu les grades de brigadier , 2 avril 1703,


de maréchal de camp 20 mars 1709 , et de lieutenant-général 8
mars 1718.
M. de Gisars, capitaine dans Vermandois, passé avec sa compa-
222 HISTOIRE

rent sans résultat; la bataille fut perdue , et Chartres


se jeta dans Gand qu'il fallut bientôt évacuer .
En 1709, le régiment fait encore partie de la bri-
gade de Poitou et combat à Malplaquet. L'année sui-
vante, il est embrigadé avec Royal . En 1711 il est à
l'attaque d'Arleux , et peu après , il est envoyé sur le
Rhin. A son arrivée sur cette frontière , il est jeté
dans les lignes de la Lauter et il y reste jusqu'en 1713 .
Cette année , il contribue à la réduction de Landau et
de Fribourg.

Sous la régence du duc d'Orléans , en 1719 , Char-


tres fut employé à l'armée des Pyrénées , et fit d'a-
bord le siége de Fontarabie qui se rendit le 16 juin .
Le 19 , il ouvrit la tranchée , avec Picardie , devant
Saint-Sébastien qui capitula le 1er août et son châ–
teau le 17. Il quitta le 28 du même mois la frontière
de Navarre pour se rendre dans le Roussillon, et con-
tribua encore de ce côté à la prise de Castel-Ciudad
et d'Urgell .
A la mort du régent en 1723 , le duc de Bourbon ,
nommé premier ministre, profita de l'insouciance du
nouveau duc d'Orléans qui n'avait point encore de
fils , pour enlever le régiment à sa famille . Il le donna ,
le 5 janvier 1724 , au colonel-lieutenant marquis

gnie dans Chartres à la création , et major 5 octobre 1692 , a été


fait lieutenant- colonel 16 octobre 1701 et brigadier fer février
1719.
L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 22

d'Étampes (1 ) , dont le corps porta le nom jusqu'au 22


février 1737 , époque à laquelle le titre de Chartres
et les priviléges de régiment de prince lui furent
rendus (2) .

Étampes fit partie , en 1727 , du camp de la


Sambre, et fut envoyé en 1733 à l'armée d'Italie . Il
se distingua cette année au siége du château de Milan ,
se trouva en 1734 au combat de Colorno et aux ba-
tailles de Parme et de Guastalla , et fit, en 1735 , les
siéges de Reggio , Revere et Gonzague .
En 1742 , le régiment de Chartres est employé
sur les frontières de Flandre . Passé en 1743 à l'armée
du Rhin sous le maréchal de Noailles , il combat à
Dettingen, et il termine cette campagne dans la basse
Alsace aux camps de Lauterbourg et d'Haguenau . Le
duc de Chartres avait combattu vigoureusement à
Dettingen à la tête de son régiment , qui avait eu six
officiers et soixante soldats tués . Le colonel- lieute-
nant de Balleroy (3) , dix-sept officiers et cent dix

(1 ) Le marquis d'Etampes , nommé brigadier 1er février 1719,


transmit le régiment à son fils aîné en 1731. Celui -ci s'en démit
en 1737 en faveur de son frère, qui ne fut que colonel -lieutenant
sous le duc de Chartres.
(2) Louis-Philippe I , d'Orléans, 3e duc de Chartres et petit-fils du
régent, qui reprit le régiment en 1737, le transmit le 20 mars
1752 à son fils Louis-Philippe Joseph, et celui-ci le passa, le 21
novembre 1785 , à Louis-Philippe II d'Orléans, dernier roi des
Français.
(3) Le comte de Balleroy est monté au régiment d'Orléans. Le
comte de Boufflers-Rouvrel , qui lui succéda, est devenu brigadier
224 HISTOIRE

hommes avaient été blessés . C'est, proportion gardée,

le corps qui avait le plus souffert dans cette journée .


Chartres retourne en Flandre en 1744 , et prend
part aux siéges de Menin , d'Ypres et de Furnes . A
celui d'Ypres , le 22 juin , il s'empare avec [Link]
la redoute de l'inondation , à l'attaque de gauche.
Il termine cette campagne au camp de Courtrai , sous
le maréchal de Saxe . En 1745 pendant la bataille de
Fontenoy, il reste avec Orléans à la garde des tranchées
de Tournai . Il achève ensuite le siége de cette place et
participe à la réduction de Termonde , d'Audenaërde
et d'Ath . Enjanvier 1746 , il s'établit à Wilworde pen-
dant le siége de Bruxelles . Le 5 mars, il entre dans
cette grande ville pour y tenir garnison . Le lieutenant-
colonel de Musset ( 1 ) reste avec un détachement à
Wilworde , et malgré la faiblesse de ce poste , il s'y
maintient contre tous les efforts du prince de
Waldeck , qui était venu l'attaquer et qui était même
parvenu à s'emparer de la porte de Malines. A l'ou-
verture de la campagne , Chartres est embrigadé avec
Orléans, et il partage cette année et les deux suivan-
tes les exploits de ce corps à Rocoux , à Lawfeld , et
devant Berg-op-Zoom et Maëstricht .

10 février 1759 , et maréchal de camp 25 juillet 1762. Le comte de


Blot est passé à Orléans. Le vicomte de La Tour du Pin a été fait
brigadier 18 juin 1768, et maréchal de camp 1er mars 1780.
(1) Alexandre- Henri de Musset de Bonnaventure , sous-lieute-
nant en 1703, major 24 avril 1735 , lieutenant-colonel 8 décembre
1741 , brigadier le 1er mai 1745.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE 225

A sa rentrée en France en 1749 Chartres avait

été mis en garnison à Orléans . Il fut envoyé en 1756


au camp de Honfleur , et l'année suivante , au mois
de mars , il se rendit à Liége , puis à Stockheim
rendez-vous de l'armée du maréchal d'Estrées . Il se
trouva, dans cette campagne, à la bataille d'Haastem-
beck , à la prise de Minden et de Hanovre , à l'expédition
sur Closterseeven et Zell, et enfin au camp d'Halber-

stadt. Revenu sur le Rhin au commencement de 1758 ,


il cessa de faire partie des armées actives et fut ex-
clusivement employé à la garde des places jusqu'à la
fin de la guerre (1 ) .
Il se trouvait à cette époque en garnison à Douai,
qu'il quitta en mai 1763 pour aller à Aire et Béthune ?
puis à Tours en août 1765 , à Berghes et Gravelines
en octobre 1765 , à Dunkerque en novembre 1767 ,
au Quesnoy en septembre 1768 et au camp de Verberie

(1) Voici quelques détails sur les derniers officiers supérieurs de


Chartres. Le chevalier de Boufflers a été fait brigadier 1er mars
1780 et maréchal de camp 1er janvier 1784 ; le comte de Vernon &
eu les mêmes grades les 5 décembre 1781 et 9 mars 1788 ; le che-
valier de Grave a été nommé maréchal de camp 15 septembre
1791 et Picot de Bazus a eu le brevet de général de brigade le 24
février 1793 .
Godefroy Broussonnet du Puget, enseigne en 1733 , major 28
avril 1754 et lieutenant-colonel 1er février 1763 , a été fait briga-
dier 1er janvier 1768 ; Louis Philibert Cheminade de Lormet, lieu-
tenant -colonel 1er janvier 1768, a été fait brigadier 1er mars 1780;
Louis-Joseph de Bosrédon, lieutenant au corps en 1745 et lieute-
nant-colonel 8 avril 1779 est devenu maréchal de camp 1er mars
1791. Le Bé, lieutenant-colonel 5 février 1792 , a été nommé colo-
nel au corps en 1793 .
HIST . DE L'ANC. INFANTERIE FRANÇAISE . T. VII, 15
226 HISTOIRE

en juillet 1769. Après la dissolution de ce camp , au


mois d'août , on l'envoya occuper la citadelle de
Strasbourg , et depuis il est allé à Sédan en octobre
1773 , au Quesnoy en octobre 1774 , à Condé en
juin 1776 , à Lille en septembre 1776 , à Landernau
et Morlaix en mars 1777 , à Douai en octobre 1778 ,
à Arras en avril 1779 , à Saint-Omer et Gravelines
en juillet 1779 , à Eu au mois d'août et à Dunkerque
en décembre de la même année , à Valenciennes en
novembre 1781 , au Quesnoy en octobre 1785 , à
Philippeville et Charlemont en octobre 1786 , à Givet
en juin 1787 et à Landrecies et Avesnes en mars 1788.
On l'envoya au mois de juillet de cette année à Blois ,
mais il était de retour à Avesnes en octobre . Il fut de
là à Givet et Charlemont en avril 1789 et revint

encore une fois à Avesnes en juin 1790 , pour passer


à Douai en octobre de la même année.
Une émeute qui éclata dans cette ville , au mois
de mars 1791 , fournit au sergent de grenadiers Holbée
l'occasion de montrer ce dévouement et ce courage
qu'on rencontre toujours chez nos soldats. La lettre
suivante écrite le 22 avril au général Lanoue, com-
mandant à Douai , par le ministre de la guerre
Duportail a conservé le souvenir de l'action de ce
brave homme.

« J'ai reçu , Monsieur , avec la lettre que vous m'a-


vez fait l'honneur de m'écrire le 11 de ce mois, la
note renfermant des détails sur la conduite pleine de
bravoure et d'humanité que le nommé Holbée , ser-
gent de grenadiers au 90° régiment, ci-devant Char-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 227

tres , a tenue à Douai , lors de l'événement malheu-


reux arrivé dans cette ville , le 16 du mois dernier .
Je me suis empressé d'en rendre compte au roi ; Sa
Majesté n'a pu qu'être touchée des efforts constants
qu'il a faits pour protéger l'homme confié à sa
garde , et elle est bien persuadée que s'il eût dépendu
de lui, il aurait empêché le crime dont quelques per-
turbateurs du repos public se sont souillés devant son
poste, en lui arrachant ce particulier qu'ils ont en¬
suite pendu . Le courage soutenu qu'il a montré dans
cette occasion , l'humanité dont il a donné des preu-
ves et son respect pour les lois méritent les plus
grands éloges . Sa Majesté vous charge de lui témoi-
gner publiquement toute la satisfaction qu'elle a de
sa conduite. Vous voudrez bien faire assembler , à
cet effet , tout le régiment , et employer dans cette
circonstance , une sorte d'appareil qui , en faisant
impression sur les spectateurs , soit capable de leur
faire sentir tout le mérite de la belle action de ce
sergent de grenadiers . »
On sent à chaque mot de cette longue lettre à quel
degré d'impuissance était alors descendue l'autorité .
La cérémonie indiquée par le ministre ne put point
avoir lieu à Douai ; les perturbateurs du repos public
avaient été les plus forts, et le régiment avait du
quitter la ville, dès le 15 avril , pour se rendre à
Berghes .
Au commencement de 1792 , Chartres vint à Lille
et prit part aux premières expéditions que fit la gar-
228 HISTOIRE

nison de cette place . Au mois d'aout, le 1 bataillon


rallia l'armée de Dumouriez , en Champagne , et as-
sista à la bataille de Valmy . Il fut placé à Metz, après
la retraite des Prussiens , et lorsque Longwy rentra
au pouvoir de la république , il y fut mis en garni-
son . Pendant ce temps , le 2e bataillon avait contri-
bué à la défense de Lille , puis à la conquête de la
Belgique , où il occupa successivement Tournai et
Anvers .

En 1793 , le régiment fit partie tout entier de l'ar-


mée du Nord , et il se fit remarquer dans la plupart
des affaires qui eurent lieu sur cette frontière , no-
tamment au combat de Câteau-Cambrésis , en avril
1794, où furent blessés les capitaines Langlois ,
Gayon et Nolleau ; aux engagements des 9 , 16 , 19 et
22 , autour de Templeuve , près de Tournai , dans
lesquels les lieutenants Mignot , Morin et Germain et
le tambour-major Poncet, furent atteints par le feu
de l'ennemi ; au combat du 15 août sur le canal entre
Malines et Louvain et à la prise de Nimègue.
Le 1 bataillon de Chartres entra le 23 septembre
1794 , dans l'organisation de la 163 ° demi-brigade .
Le 2 bataillon vécut encore deux mois, prit part à
la conquête de la Hollande et fut amalgamé le 4 dé-
cembre 1794.

Chartres avait eu la Prévôté et six drapeaux. Les


drapeaux d'ordonnance avaient leurs quartiers rouges
bordés extérieurement par une bande bleue , qui ne
passait pas sur la croix blanche .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE , 229

L'ancien costume se composait d'habit et culotte


blancs ; veste, collet et parements rouges, boutons
jaunes ; poches en pattes d'oie , plus larges que hau-
tes, garnies de cinq boutons ; trois sur la manche ;
chapeau bordé d'or . En 1775 , le corps eut les revers
et parements écarlates , et les boutons jaunes . En
1776 , le collet devint rose .
230 HISTOIRE

REGIMENT DE BARROIS.

91 RÉGIMENT D'INFANTERIE .

Pierrelongue....

COLONELS ET COLONELS- LIEUTENANTS.

1. Comte DE LISLE ( Louis Desmoulins) , 4 octobre 1692.


2. Chevalier DE LISLE (Jean-Jacques Desmoulins) , 26 octobre
1704 .
3. Marquis DE BOUFFLERS-RÉMIANCOURT (Charles-François) ,
21 janvier 1710.
4. Comte DE MARTHON (Louis-Armand -François de La Rochefou-
cauld) , 2 décembre 1713 .
5. Comte DE CAUSANS (Joseph-Louis de Vincens de Mauléon ) ,
9 mars 1735.
6. Marquis DE LA CARTE (Jacques-François -Marie de Thibault) ,
9 mars 1742 .
7. Marquis DE SAILLY (Louis-Hector de Sérilly) , 19 juillet 1744.
8. Comte DE LAIGLE (Louis des Acres) , 7 décembre 1759.
9. Marquis DE CHABRILLANT (Joseph-Dominique de Guigues de
Moreton), 26 avril 1764 .
10. Marquis D'OSMOND (René -Eustache), 1er janvier 1784 .
11. Comte DE BASCHI (Charles -François Rénier) , 13 avril 1788.
12. DE ROSSI (Camills) , 25 juillet 1791 .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 231

13. PINGRÉ DE FRICOURT (Pierre -Jean-François-Isidore) , 29 juin


1792.
14. Chevalier DU MERBION (Pierre Jadard) , 15 octobre 1792.
15. KRICQ (Jacques-Ernest) , 8 mars 1793 .

Barrois est le seul qui ait survécu des douze régi-


ments d'infanterie créés le 4 octobre 1692 , sous des
titres de provinces. Il avait été formé du bataillon
de La Robinière (1 ) , du régiment de Champagne .
Barrois se rendit en juillet 1693 à l'armée des
Alpes , et combattit d'une manière distinguée à la
Marsaglia au mois d'octobre suivant . Il quitta la fron-
tière d'Italie en septembre 1695 , pour passer en
Catalogne ; marcha en 1696 au secours de Palamos,
et fit en 1697 le siége de Barcelone , où son colonel
fut blessé .
En 1701 , il fut porté à deux bataillons et attaché
à l'armée de Flandre. Il contribua en 1702 à la défaite
des Hollandais sous Nimègue, et fut employé pendant
l'hiver dans les Évêchés . En 1703 , il se trouve au
combat d'Eckeren , et au mois d'août il entre dans
Huy , où il contribue bientôt à la belle défense de
M. de Milon . Deux fois en un jour, il repousse les
assiégeants de la brèche . Au moment où l'ennemi
se préparait à monter à l'assaut du château , à la
faveur du feu de 60 pièces de canon , de 46 mortiers

(1 ) M. de La Robinière, lieutenant dans Champagne dès 1672,


lieutenant-colonel de Barrois 4 octobre 1692 , fut nommé brigadier
7 mars 1706.
232 HISTOIRE

à bombes et d'un grand nombre d'autres lançant des


grenades, sans compter la fusillade qu'il entretenait
des clochers et des maisons de la ville , le colonel
comte de Lisle , à la tête de ses grenadiers , d'un
piquet de 50 hommes commandé par son fils , et de
deux autres piquets de même force, marche droit à
la brèche et arrête la colonne d'attaque. L'artillerie
des alliés redouble alors son feu , qui , dit M. de Quincy,
pouvait être comparé au feu d'enfer , mais les gre-
nadiers de Barrois ne s'en émeuvent point , et les
assaillants redescendent précipitamment le talus de
la brèche , abandonnant leurs échelles et leurs tra-
vaux . Une demi - heure après , les assiégeants font une
nouvelle tentative ; M. de Lisle , qui avait eu le temps
de faire rafraîchir ses hommes , vient une seconde
fois couronner le sommet de la brèche et obtient le

même succès. Le brave colonel reçut ce jour- là trois


contusions et eut deux doigts démis (1) . Deux capi-
taines et cinq lieutenants furent tués ; le major et dix
autres officiers furent blessés. Huy capitula peu de
jours après , et le régiment fut fait prisonnier de
guerre ; mais Louis XIV le consola de ce malheur en
chargeant le maréchal de Villeroy de lui faire par-
venir des témoignages éclatants de sa satisfaction .

(1 ) Le comte de Lisle, nommé brigadier 29 janvier 1702 , maré-


chal de camp 26 octobre 1704 et lieutenant-général 1er février
1719, fut remplacé en 1704 par son frère le chevalier de Lisle ,
et celui-ci eut pour successeur le marquis de Boufflers-Rémiancourt,
passé plus tard au régiment devenu Guyenne.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 233

Barrois fut bientôt échangé contre la garnison de


Tongres , tombée dans nos mains vers la même épo-
que, et au mois de décembre il se mit en route pour
l'Espagne . Il fit, en 1704 , la campagne de Portugal
sous le duc de Berwick et se distingua très-particu-
lièrement au mois de mai au siége de Castel-Branco .
Il n'y perdit toutefois qu'un aide -major , qui , après
la prise de la place , voulut s'interposer entre des
soldats français et espagnols quise disputaient une part
de butin , et fut assassiné par les Espagnols . Le régi-
ment contribua encore cette année à la prise de Sal-
vaterra, Segura, Ponha-Grazzia, Ucepedo , Cebreros ,
Idanhanova, Portalegra , Castel de Vide et Montalvan .
Il fut employé en 1705 àl'armée d'Andalousie sous le
maréchal de Tessé, qui entreprit le siége de Gibraltar.
Pendant ce siége, une flotte anglo - hollandaise étant
venue menacer Cadix , Barrois alla prendre place au
port de Suaço pour protéger cette ville . Il rejoignit
au mois d'octobre le maréchal de Tessé , et contribua
à faire lever le siége de Badajoz . En 1706 , le régi-
ment concourt au siége de Barcelone et à la prise
de Carthagène . Le 25 avril 1707 , il combat à Almanza
dans la brigade d'Orléans. Il sert également avec ce
régiment au siége de Lérida . Au mois de juin 1708,
il fait partie des troupes qui attaquent Tortose , et il
est chargé de la garde du poste du Pineto . Son major
est mortellement blessé à la sortie exécutée par les
assiégés dans la nuit du 26 au 27 ; un capitaine est
aussi blessé dans la même occasion . Barrois achève
234 HISTOIRE

cette campagne et passe l'hiver en Catalogne , et en


juillet 1709 il est appelé en Roussillon . En 1710 , il
va retrouver le maréchal de Berwick en Dauphiné et
en 1711 il se rend en Flandre . Il se trouve cette

année au combat d'Arleux et prend ses quartiers d'hiver


à Cambrai . Il fait , en 1712 , les siéges de Douai , du
Quesnoy et de Bouchain , et n'est point employé pen-
dant la campagne de 1713. Le 14 novembre de cette
année, le régiment est donné en propriété à Louis-
Armand de Bourbon , prince de Conti , dont il prend
le nom (1 ) . Les réformes de 1714 le réduisent à un
bataillon .

Le régiment de Conti fit la campagne de 1719 sur


les Pyrénées et servit aux siéges de Fontarabie , de
Saint-Sébastien et d'Urgell . En 1727 , il fut appelé
au camp de la Sambre, et, quand la guerre recom-
mença en 1733 , il fit partie de l'armée d'Allemagne .
Il servit cette année au siége de Kelh, et en 1734 il
se trouva à l'attaque des lignes d'Ettlingen et au
siége de Philisbourg . Le 23 juin , les grenadiers con-
tribuèrent à la prise du chemin couvert de la demi-
lune . Leur capitaine fut blessé dans cette action .

(1 ) Le régiment eut successivement pour propriétaires deux


princes de Conti. Le second, Louis François de Bourbon, prit pos-
session du corps le 4 mai 1727 , et le garda jusqu'à sa mort arri-
vée le 12 septembre 1776.
Le comte de Marthon, premier colonel-lieutenant sous les prin-
ces de Conti, prit en 1721 le nom de comte de Roucy ét fut fait
brigadier le 20 février 1734 .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 235

Voltaire, curieux de voir la guerre, vint au camp


devant Philisbourg. Il raconte qu'un soir qu'il rôdait
d'un air préoccupé autour du camp , il tomba dans
un poste du régiment de Conti , que les soldats le pri-
rent pour un espion , et l'assuraient qu'il serait pendu
le lendemain , lorsque le prince de Conti , venant à
passer, le réconnut et l'emmena souper avec lui .
Le régiment fut rétabli à deux bataillons le 16
décembre et, en 1735 , il combattit à Klausen . Pen-
dant cette dernière campagne de la guerre, il avait
été employé à la garde des gués de la rivière de Kyll .
Conti fit en Flandre les deux premières campagnes
de la guerre de la succession d'Autriche. En 1743 , il

fut envoyé sur le Necker , au corps de réserve du


prince de Dombes, et au mois de juin il en fut détaché
pour aller au-devant de l'armée de Bavière. Il de-
meura quelque temps campé entre Kelheim et Ratis-
bonne, revint sur le Rhin au mois de juillet, et ter-
mina cette campagne avec Auvergne dans les lignes de
la Lauter , qu'il contribua à remettre en état de défense.
En 1744 , le régiment suivit sur les Alpes le prince
de Conti nommé général en chef sur cette frontière ,
et il fit toute cette belle campagne avec Poitou . Il se
distingua extrêmement au passage de vive force de la
vallée de Château-Dauphin et à l'attaque des retran-
chements de Pont et de Pierrelongue . Il y perdit son

colonel-lieutenant , dont le prince de Conti honora la


mémoire par cette simple mention dans son rapport
au roi : « La Carte a été tué . Votre Majesté, qui con-
236 HISTOIRE

naît le prix de l'amitié , sait combien j'en suis tou-


ché » (1) .

Après cette vigoureuse journée du 18 juillet , le


régiment participa à la prise de Château-Dauphin et
de Démont, aux siéges de Tortone , d'Asti et de Coni,
et combattit avec la plus grande valeur à la Madona
de l'Ulmo . Le lieutenant-colonel de Solémy périt
dans cette bataille (2). Le prince de Conti y reçut
deux coups de feu dans sa cuirasse et eut deux che-
vaux tués sous lui . Il eût pu dire , comme son père à
Steenkerque : « L'ennemi en veut à mes écuries . >>
A la fin de cette campagne , le régiment de Conti
fut mis en garnison à Asti , où il fut fait prisonnier
de guerre l'année suivante . Echangé à la fin de 1746 ,
il demeura dans le Languedoc pendant la campagne
de 1747 , et fit celle de 1748 au camp de Sospello .
Conti fit partie en 1755 du camp de la Sambre.
Désigné en 1757 pour l'armée du Bas-Rhin , il passa
le 26 mars à Bruxelles se rendant à Stockheim , ren-
dez-vous de l'armée . Attaché à l'avant-garde con-
duite par le prince de Beauvau , il occupa Münster le
24 avril. Dans la marche d'Hameln à Wesel , il fut

( 1 ) M. de La Carte était brigadier du 2 mai 1744. Il fut rem-


placé par M. de Sailly, nommé brigadier le 10 mai 1748 , et celui-
ci eut pour successeur le comte de Laigle, passé en 1764 colonel
des Cuirassiers du roi.
(2) M. de Solémy , sous-lieutenant au corps en 1702 , major 4
février 1724 et lieutenant-colonel 16 juillet 1736, était brigadier
depuis le 2 mai 1744 .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 237

chargé d'escorter une partie de l'artillerie et l'hôpital


ambulant. Il se trouva le 24 juillet à la bataille
d'Haastembeck , participa à la conquête de l'élec-
torat de Hanovre, et revint sur le Rhin au commen-
cement de 1758. Il assista plus tard à la bataille de
Créfeld et au combat de Meer où le capitaine de
Divonne reçut un coup de feu à la cuisse , et rentra
en France au mois de septembre . Pendant le reste
de la guerre de Sept Ans , Conti a servi sur les
côtes (1) .
A la paix, le régiment se trouvait en garnison à
Valenciennes, d'où il est allé à Alais en mai 1763 , à
Montpellier en mai 1764 , au Pont- Saint- Esprit en
août 1765 , à Tournon en janvier 1766 , à Besançon
en novembre 1766 ( 2) , à Sédan en septembre 1769 ,
à la Rochelle en mars 1771 , à Nîmes en novembre
1772 , à Nîmes et Uzès en janvier 1774 , à Tours et

(1) Le marquis de Chabrillant, colonel en 1764, a été fait briga-


dier 1 mars 1780 et maréchal de camp 1er janvier 1784. Son
successeur , le marquis d'Osmond a eu ce dernier grade le 1 •r
mars 1791 , ainsi que le comte de Baschi ; de Rossi y est parvenu
le 29 juin 1792. Pingré de Fricourt était lieutenant-colonel au
corps du 25 juillet 1791. Dumerbion , lieutenant-colonel au corps
le 5 février 1792, est devenu , comme on sait, général en chef sous
la république .
Gilbert de La Forest, chevalier de Divonne , lieutenant en 1729
et lieutenant-colonel 15 avril 1763 , a été fait brigadier 12 novem-
bre 1770.
(2) Ce fut en 1767 que le maréchal Moncey s'échappa du collége
pour s'engager dans ce régiment .
238 HISTOIRE

l'île d'Oleron en juin 1775 , à Libourne et Mar-


mande en novembre 1775 , et à Tarbes en janvier
1776. Ce fut là que, par ordre du 12 septembre , il
quitta le titre de Conti , pour reprendre son ancien
nom de Barrois .
Barrois fut envoyé à Cambrai en novembre 1776 ;
il détacha son 2 bataillon à Bouchain en mars 1778,
et fut envoyé en mai 1779 à Saint -Lô , d'où il se ren-
dit à Vannes en novembre 1779 , à Lorient et Port-
Louis en octobre 1780 , à Poitiers en novembre 1781 ,
à l'île de Ré en octobre 1782 , à Toulon en avril 1783 ,
et de là en Corse où il débarqua le 2 mai et où il
demeura quatre ans . A sa rentrée sur le continent en
1787 , il fut mis en garnison à Toulon , qu'il occu-
pait encore lorsque la révolution éclata .
Barrois fut accusé d'avoir montré de la mollesse

dans la répression de l'émeute qui épouvanta Toulon


le 11 avril 1790 , mais il produisit des certificats de
M. Albert de Rioms, commandant de la marine , qui
le justifièrent pleinement. Il résulta de l'enquête faite
à ce sujet, que M. de Castelet , commandant en se-
cond de la marine, dut principalement la vie au cou-
rage et au dévouement de quelques soldats de Dau-
phiné et de Barrois, qui luttèrent pendant plusieurs
heures contre une multitude furieuse. Les hommes

de Barrois qui se signalèrent dans cette funèbre jour-


née étaient : les grenadiers Jensel , Abraschi, Bor-
deaux et Martel , le chasseur Yvon , et les fusiliers
Ventre, Brancherot et Auguste Meunier . Ce fut ce
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 239

dernier qui coupa la corde avec laquelle l'infortuné


Castelet allait être attaché à la lanterne.
En 1791 , le 1er bataillon de Barrois fut envoyé à
Marseille et le 2e demeura à Toulon . Au commence-

ment de 1792 , le régiment fut réuni au camp du


Var, et contribua sous le général Anselme à la con-
quête du comté de Nice. Le 2e bataillon fut placé à
Nice et le 1er continua de faire partie de l'armée ac-
tive . Les grenadiers se firent remarquer , le 28 février
1793 , au combat de Sospello et ensuite aux divers
engagements qui eurent pour résultat l'expulsion de
l'ennemi de toutes les vallées depuis Entrevaux jus-
qu'à la Vésubia . Le lieutenant- colonel Vicasse se cou-
vrit de gloire dans toutes ces affaires . Le 1º bataillon
fut appelé cette même année à l'armée chargée de
reprendre Toulon et fut versé le 1er octobre dans la
165° demi-brigade.
Le 2 bataillon de Barrois, que nous avons laissé
à Nice en 1792, s'embarqua l'année suivante pour
la Corse, participa à la défense de cette île contre Paoli
et les Anglais , et devint , le 30 janvier 1794 , le noyau
de la 166º demi-brigade . Un détachement , qui , à
cette époque, se trouvait à bord de la frégate la Mel-
pomène, s'illustra à l'attaque de Farinole . Le lieute-
nant Delorme y reçut deux coups de feu au travers
du corps.
Barrois avait obtenu la Prévôté du temps qu'il ap-
partenait aux princes de Conti. Les drapeaux d'or-
donnances étaient alors rouge et isabelle, couleurs
240 HISTOIRE

de la maison de Conti . En 1776 , ils devinrent bleu


et blanc .

L'uniforme s'était d'abord composé d'habit et


culottes blancs; veste , collet et parements bleus ; bou-
tons blancs , poches ordinaires garnies de trois bou-
tons, autant sur les manches , et chapeau bordé d'ar-
gent. En 1776 , le régiment eut le collet aurore , les
revers et parements bleus et les boutons blancs .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 241

RÉGIMENT DE WALSH .

92º RÉGIMENT D'INFANTERIE.

Culloden....

COLONELS.

1. Lord DORRINGTON (William) , 27 février 1698.


2. Comte DE ROOTH ( Michel Lesley) , 12 décembre 1718 .
3. Comte DE ROOTH (Charles-Edouard Lesley) , 28 mai 1733 .
4. Comte DE ROSCOMMON (Robert Dillon) , 19 août 1766.
5. Comte DE WALSH-SERRANT (Antoine-Joseph-Philippe) , 11
avril 1770 .
6. Vicomte DE WALSH-SERRANT (Charles-Joseph-Augustin) , 10
mars 1788.
7. O'NEILL (Jean) , 8 janvier 1792 .

Ce corps était d'une origine plus ancienne que ne


l'indique le rang qu'il a occupé dans l'infanterie de
France. Il avait été formé par Charles II en 1661 ,
sous le titre de Royal-Irlandais , avec les débris des
corps irlandais au service de France , que la paix des
Pyrénées fit réformer et qui rentrèrent en Angleterre
avec leur roi rappelé au trône de la Grande-Bretagne .
HIST. DE L'ANC . INFANTERIE FRANÇAISE. T. VII. 16
242 HISTOIRE

Ce régiment , qui avait , peu de temps après sa créa-


tion , reçu le nom de Gardes Irlandaises , défendit

jusqu'au dernier instant la couronne de Jacques II ,


le dernier des rois de la dynastie des Stuarts , et, après
la capitulation de Limerick, en vertu d'une conven-
tion signée à Limerick même par les généraux des
deux partis , sous la caution de MM. de Tessé et
d'Usson , il passa au service du roi de France , s'em-
barqua sur la flotte de M. de Châteaurenaud et arriva à
Brest le 9 octobre 1689 .

Louis XIV, par égard pour Jacques II , l'entretint


pendant quelques années en dehors des cadres de
l'armée française , et comme troupe auxiliaire . Il ser-
vit en cette qualité , d'abord sur les côtes de Normandie,
puis, à partir de la campagne de 1692 , à l'armée des
Pays-Bas , et se trouva au siége d'Huy , à la bataille
de Neerwinden et à la prise de Charleroi . Après la
paix de Riswick, et par ordre du 27 février 1698 , le
roi réforma les Gardes Irlandaises, dont les officiers
et soldats entrèrent le même jour dans la composition
d'un nouveau régiment de quinze compagnies , qui
prit le nom de ' son colonel lord Dorrington (1) .
Dorrington fit les campagnes de 1701 et 1702 en
Alsace sous Cattinat. Embrigadé avec Dauphin en

(1) Lord Dorrington, lieutenant-colonel des Gardes Irlandaises ,


avait remplacé en 1688 , en qualité de colonel , le duc d'Ormond
qui avait embrassé le parti de Guillaume III. Dorrington a été
nommé maréchal de camp le 23 décembre 1702 et lieutenant-gé-
néral le 26 octobre 1704.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 243

1703 , il contribua à la prise de Kelh et des lignes de


Stolhofen, combattit à Hornberg et Munderkirchen ,
et se fit remarquer à la première journée d'Hochstedt ,
en marchant intrépidement au secours du régiment
de Bourbonnais cerné dans le village de Borhstadt.
Il termina cette campagne par l'occupation de Kemp-
ten , d'Augsbourg et d'Ulm . L'année suivante , à la
deuxième bataille d'Hochstedt, il faisait partie du corps
de Marchin. Il fit sa retraite sur le Rhin et prit ses quar-
tiers d'hiver à Metz . Il retourna en 1705 sur le Rhin,
fut employé en 1706 au secours du Fort-Louis , à la
conquête de Drusenheim , de Lauterbourg et de l'île
du Marquisat, et en 1707 , il se trouva sous Villars
à l'attaque des retranchements de Stolhofen , à la prise
d'Ettlingen , de Pfortzheim , de Wynhing et de
Schorndorf, à la défaite du général Janus, à la con-
quête de Suabsgemund et au combat de Seckingen .
Il quitta l'Alsace au milieu de 1708 , après la bataille
d'Audenaërde , pour aller renforcer l'armée de Flan-
dre, et il combatttt l'année suivante avec la plus grande
valeur à Malplaquet , où pour la première fois , tous
les régiments irlandais se trouvaient réunis en une
brigade . Après cette sanglante journée , Dorrington
se jette dans Béthune et contribue à la magnifique
défense de M. du Puy-Vauban pendant trente-cinq
jours de tranchée ouverte . Il est en 1711 à l'attaque
d'Arleux , et en 1712 à la bataille de Denain et aux
siéges de Douai , du Quesnoy et de Bouchain . Revenu
sur le Rhin en 1713 , il participe à la prise de Landau
244 HISTOIRE

et de Fribourg et à la défaite du général Vaubonne.


Ses grenadiers se couvrirent de gloire , dans la nuit
du 4 au 5 août , en s'emparant du Pâté de Landau ,
malgré la résistance désespérée des défenseurs, et en
se maintenant aussitôt après dans ce poste contre un
retour offensif de la garnison de la ville .
Sous le nom de Rooth ( 1 ) , le régiment servit en
1719 sur la frontière d'Espagne et prit part à la sou-
mission de Fontarabie et de Saint- Sébastien et au
blocus de Roses.

En 1733 , il fait partie de l'armée d'Allemagne et


sert au siége de Kelh . Le 16 juin 1734 , il contribue
énergiquement à la prise de vive force de la redoute
des marais de Staremberg , l'un des ouvrages exté-
rieurs de Philisbourg . Il combattit aussi cette année
à Ettlingen et la suivante à Klausen.
Après avoir été employé à la garde des frontières
de Flandre, pendant les deux premières campagnes
de la guerre de la succession d'Autriche , Rooth se
rend en 1743 dans le Palatinat et prend d'abord des
cantonnements à Barbelroth près de Landau . Il assiste

(1 ) Le comte de Rooth, nommé lieutenant-colonel au corps le


27 avril 1698, à la place du baron de Colgrave , passé au régiment de
Lée, a été fait brigadier 18 avril 1706 , maréchal de camp 29 mars
1710 et lieutenant-général 30 mars 1720. Il fut remplacé comme
lieutenant-colonel , le 15 décembre 1718 , par John Arthur, capi-
taine à la création et brigadier 1er août 1734, et comme colonel
par son fils Charles-Edouard , comte de Rooth , qui fut fait briga -
dier 20 février 1743, maréchal de camp 1er mai 1745 et lieutenant-
général 10 mai 1748.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 245

le 27 juin à la bataille de Dettingen , termine cette


campagne dens la basse Alsace , et va passer l'hiver
à Saint-Omer, où il se prépare pour une expédition
projetée en Écosse . Cette entreprise ayant échoué ,
il est employé au siége de Menin , à celui d'Ypres où
ses grenadiers montent , le 19 juin , à l'assaut de la
demi-lune , et au siége de Furnes , après lequel il
entre au camp de Courtrai .
. En 1745 , Rooth se distingue , comme tous les
Irlandais , à Fontenoy. Il sert aussi cette année aux
siéges de Tournai , d'Audenaërde , de Termonde et
d'Ath . A la fin de ceite campagne , il est envoyé à
Dunkerque , où il s'embarque en 1746 pour l'Écosse
avec le prétendant d'Angleterre . Il prend part à toutes
les opérations de cette expédition , qui se termine, ainsi
que les espérances du fils des Stuarts , à la bataille
de Culloden, perdue le 25 avril . Ses débris regagnent
alors la France , et vont se rétablir au camp de Malines
dont le commandement est confié , au commencement
de 1747 , au lieutenant- colonel de Cusack (1 ) . A la
reprise des hostilités , le régiment rejoint la grande
armée, et se distingue à la bataille de Lawfeld , à l'at-
taque du village de ce nom. Il va ensuite couvrir les
opérations du siége de Berg-op-Zoom , et après la prise

(1) Richard de Cusack, cadet en 1702 et lieutenant- colonel 4


avril 1743, commanda le régiment pendant un an à la place du
comte de Rooth, fait prisonnier à Culloden , qui ne fut échangé qu'en
avril 1747. M. de Cusack a été nommé brigadier 20 mars 1747 et
maréchal de camp 10 février 1759.
246 HISTOIRE

decette place il s'établit en quartiers d'hiver à Ostende.


Il termine cette guerre en 1748 , devant Maëstricht.
Rooth fit partie, en 1754, du camp d'Aimeries sur
Sambre, et en 1756 de celui de Calais. Il servit sur
la frontière de Flandre pendant les trois premières
campagnes de la guerre de Sept Ans et se rendit en
1760 à l'armée d'Allemagne . Les seules opérations
importantes, auxquelles il ait pris part, sont la défense
de Marbourg et la bataille de Villingshausen en 1761 .
En 1762 , il était en garnison à Cambrai , et au moment
où la paix fut signée , il occupait Valenciennes.
Le régiment fut de là à Berghes en mai 1763 , et à
Bouchain en avril 1764. Il prit en août 1766 le nom
de Roscommon ( 1 ) , et au mois de septembre , il se
rendit à Aire , d'où il revint à Bouchain en octobre
1767 , puis à Aire en avril 1768 , à Rocroi en octobre
1768, et à Toulon en mars 1769 pourpasser en Corse.
Il contribua à la pacification de l'île, devint en 1770
la propriété du comte de Walsh-Serrant (2) , et ren-

(1 ) M. de Roscommon était brigadier du 10 février 1759. Il avait


été nommé major au corps le 19 mai 1761 et lieutenant-colonel
le 10 février 1764 ; il devint maréchal de camp en avril 1767.
(2) Le comte de Walsh , colonel en 2º au corps le 19 août 1766
est devenu brigadier 1er mars 1780 et maréchal de camp fer
janvier 1784. Il eut sous lui comme colonels-commandants , Geor-
ges de Kendall, nommé 11 avril 1770 ; Edmond de Ryan, nommé
24 janvier 1784, nommé brigadier 5 décembre 1781 et maréchal
de camp 9 mars 1788. Richard de Butler, cadet en 1746 , major 4
mai 1771 et lieutenant-colonel 7 avril 1773 , est devenu brigadier
1 janvier 1784.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 247

tra sur le continent au mois de septembre. Après un


court séjour à Toulon , il se rendit à Grenoble en jan-
vier 1771 , puis à Valenciennes en novembre 1771 ,
et aux îles de Ré et d'Oleron en octobre 1773 .
La difficulté toujours croissante que l'on éprouvait
à recruter les corps irlandais fit supprimer ce régiment
le 26 avril 1775. On l'envoya au mois de juillet à
Libourne , où il fut incorporé avec la Légion corse .
Cette nouvelle agrégation prit le nom de Légion de
Dauphiné. Cette mesure du maréchal du Muy fut
violemment critiquée, et lui causa des désagréments
qui contribuèrent à lui faire quitter le ministère .
Un mémoire fort vif des officiers irlandais conte-
nait entre autres choses ceci : « Le mariage de Walsh
avec la Légion corse a produit un monstre que l'on
fait admirer à tous les militaires de l'Europe . »
D'un autre côté , il éclata un tel mécontentement
chez les catholiques anglais , que lord Kaher , lord
Kenmare et 150 gentilshommes de l'Irlande et du
pays de Galles coururent à l'instant prêter au roi de
la Grande-Bretagne le serment de fidélité auquel ils
s'étaient constamment refusé jusque-là, et s'engagè-
rent à ne plus favoriser les enrôlements pour la
France .
Tout ce tapage conduisit au rétablissement de
Walsh. Les légions mixtes ayant été supprimées le 25
mars 1776 , le roi rendit , le 14 mai suivant , une
ordonnance dont voici les dispositions essentielles :
« Sa Majesté, jugeant utile au bien de son service ,
248 HISTOIRE

de créer un troisième régimentd'infanterie irlandoise ,


tant pour donner à cette nation des marques de la sa-
tisfaction qu'elle a de ses services, que pour placer les
officiers qui ont été précédemment incorporés dans la
légion de Dauphiné , ou placés à la suite des deux
régiments d'infanterie irlandoise conservés en vertu
de l'ordonnance du 26 avril 1775 , a ordonné et or-
donne ce qui suit :
« Art. 1 ". Ce régiment portera le nom de Walsh ,
Sa majesté ayant bien voulu agréer le sieur comte
de Walsh-Serrant pour le commander ; il sera com-
posé , tant en officiers , qu'en bas-officiers , grena-
diers, fusiliers et chasseurs, comme il a été réglé par
l'ordonnance du 25 mars dernier , concernant l'in-
fanterie françoise et étrangère.
« Ledit régiment reprendra le rang qu'il occupait
dans l'infanterie , après le régiment de Berwick , ci-
devant Clare, et avant celui d'Enghien .
« Art. 3. Les bas-officiers, grenadiers et fusiliers
qui composent l'infanterie de la légion de Dauphiné ,
composeront le fonds dudit régiment de Walsh ;
mais l'intention de Sa Majesté est qu'à l'avenir, il n'y
soit admis que des soldats irlandois , anglois ou étran-
gers ; défendant très-expressément Sa Majesté aux
officiers dudit régiment, d'y recevoir, sous quelque
prétexte que ce puisse être , aucun homme né en
Alsace, dans la Lorraine , ou dans toute autre pro-
vince de sa domination .....>>

Le régiment fut reconstitué à Bapaume au mois de


DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 249

septembre. Il se rendit à Quimper en juillet 1778 , et


le 2e bataillon s'embarqua la même année pour les
Antilles sur la flotte du comte d'Estaing , sauf un déta-
chement qui monta sur l'escadre du marquis de Vau-
dreuil, et qui prit part , le 31 janvier 1779 , sous le
duc de Lauzun , à la reprise de Saint-Louis du Sénégal .
Une compagnie de celles qui étaient aux Antilles , se
trouva au combat naval du 6 juillet dans les eaux de
la Grenade : le lieutenant Plunkeet y fut blessé . Le
bataillon servit aux mois de septembre et d'octobre
au siége de Savannah et revint hiverner à la Grenade .
En 1780 , il était à bord de la flotte du comte de Gui-
chen, et assistait aux combats des 17 avril, 15 et 19
mai , entre cet amiral et Rodney. En 1781 , il fit avec
Royal-Comtois l'expédition de Tabago , et contribua
à la prise du 16e régiment d'infanterie anglaise . Il
fournit la même année un détachement pour la reprise
de Saint-Eustache , et ce fut le capitaine de chasseurs
O'Connor qui arrêta le gouverneur Cockbürn . Le
bataillon demeura à la Martinique , où était établi son
quartier, jusqu'au commencement de 1784, et rejoi-
gnit, au mois de mars, à l'île d'Oleron , le 1er batail-
lon, qui , en son absence , avait surveillé les côtes de
la Basse-Bretagne jusqu'en avril 1779 , puis était allé
à Paimbœuf et au Croisic, et de là à Cambrai en décem-
bre 1779 , à Mezières en octobre 1781 et à Blaye en
novembre 1783 .

Walsh quitta l'ile d'Oleron en avril 1788 pour se


rendre à Calais . Il reçut contre-ordre en route, et fut
250 HISTOIRE

dirigé sur Brest, où il s'embarqua le 20 juillet pour


l'île de France . Pendant son séjour dans cette colo-
nie , il fournit un détachement pour une expédition
en Cochinchine. Revenu en France par Lorient en
avril et mai 1790 , le régiment fut mis en garnison
dans les villes du Morbihan . Ce fut Walsh qui eut à
réprimer la première tentative d'insurrection des
royalistes de l'Ouest . Le 13 février 1791 , un prêtre
excita des paysans à la révolte, bénit leurs armes , et
les fit marcher sur Vannes au nombre de 1500. 150
hommes du régiment les mirent en fuite (1 ).
Le 1" bataillon quitta Vannes, Auray et Lorient en
avril 1792. Un mois après il entrait dans Longwy, et
à la fin d'août , il se trouvait de passage à Verdun ,
quand les Prussiens se présentèrent aux portes de
cette place. Après la capitulation de Verdun , ce batail-
lon , envoyé par Lückner au camp de Meaux , fut
rencontré, le 8 septembre , à Foissy près de Dormans ,
par un bataillon de Gendarmes nationaux, qui, s'en
prenant à lui de la perte de Verdun , le désarma et
le conduisit à Epernay. Cette affaire , dans laquelle
les gendarmes parisiens pouvaient être accusés d'un
excès de zèle , grossie par le besoin de justifier les abo-
minables massacres des prisons , devint bientôt le
prétexte des récriminations de tous les partis. L'évê-

(1) Le vicomte de Walsh , dernier colonel propriétaire , fut rem-


placé par O'Neill, major au corps 6 juillet 1788 , parvenu au grade
de général de brigade le 15 mai 1793.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 251

que de Rennes dénonça le régiment de Walsh à l'As-


semblée et l'accusa d'avoir cherché à faire des parti-
sans au roi de Prusse et au duc de Brünswick, et de
traîner à sa suite des caisses pleines de cocardes
blanches . Tout cet échafaudage de calomnies s'é-
croula devant une enquête . On rendit au bataillon
ses armes, et on le renvoya dans la Bretagne . Il de-
meura presque constamment en garnison à Brest jus-
qu'à la pacification de l'Ouest, fut appelé en 1795 à
l'armée de l'Intérieur , et entra le 19 février 1798
dans la composition de la 47° demi-brigade nouvelle .
Le 2 bataillon de Walsh, moins de deux ans après
son retour de l'île de France , s'était embarqué de
nouveau à Lorient, en novembre 1791 , pour se ren-
dre cette fois à Saint-Domingue . Il est cité à l'atta-
que du poste de Genton en 1793 ; le lieutenant Ray-
mond Bourcke, depuis général de divison ( 1 ) , Y fut
blessé. Le bataillon revint en France en 1794 sur le

vaisseau l'America , et fit partie de l'armée des Côtes


de l'Océan jusqu'au 22 septembre 1796 , jour de son
incorporation dans la 58º demi- brigade du Directoire .
Le drapeau colonel de Walsh portait les lettres
J. R. (Jacobus rex) surmontées de la couronne d'Irlan-
de . Les drapeaux d'ordonnance étaient blancs avec la
croix rouge, au centre de laquelle on voyait un lion
couronné, debout sur une couronne royale .

(1 ) Bourke était entré au corps , comme soldat gentilhomme le


10 juillet 1788.
252 HISTOIRE

Ce corps avait porté, jusqu'à sa réorganisation en


1776 , habit rouge, veste , doublure , culotte et pare-
ments bleus, douze boutons jaunes sur le devant
de l'habit jusqu'à la ceinture , trois sur la poche cou-
pée en travers, trois sur la manche ; douze bouton-
nières aurores à la veste, trois sur la poche , chapeau
bordé d'or. En 1776 , il eut habit et veste rouges ;
collet, parements et culottes blancs , et boutons jau-
nes.

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DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 253

RÉGIMENT D'ENGHIEN .

93e RÉGIMENT D'INFANTERIE .

Rumersheim ....

COLONELS-LIEUTENANTS ET COLONELS.

1. Comte DE SAINTE -AULAIRE (Louis de Beaupoil) , 1er février


1706.
2. Marquis DE LASSAY (Léon de Madaillan de Lesparre), 26 avril
1710.
3. Comte DE LAIGLE (Louis-Gabriel des Acres) , 15 avril 1726.
4. Marquis D'AUTICHAMP (Louis-Joseph de Beaumont) , 10 sep-
tembre 1744.
5. Comte DE BILLY (Jean-François) , 10 juillet 1747.
6. Comte DE POLIGNAC (François-Alexandre) , 23 janvier 1750.
7. Chevalier DE MONTAZET (Antoine de Malvin) , 7 mai 1758 .
8. DE LAMMERVILLE (François Auson) , 16 mai 1760 .
9. Marquis DE MONTAZET (Charles de Malvin) , 1er décembre 1762 .
10. Marquis DE GOULET (Marie-Yves) , 1er mars 1784.
11. Chevalier DE GRAMMONT (Sylvain-Joseph) , 25 juillet 1791 .

Le régiment d'Enghien , créé le 1er février 1706


pour Louis Henri de Bourbon - Condé , duc d'En-
254 HISTOIRE

ghien (1 ), débuta , en 1707 , sous les ordres de Villars,


à l'attaque des lignes de Stolhofen . Il accompagna
ensuite ce maréchal dans toutes ses expéditions en
Souabe et Franconie, qui eurent pour principal ré-
sultat la délivrance des prisonniers d'Hochstedt dis-
persés dans les villes de la rive droite du Rhin . En
1708 , Enghien détacha un de ses bataillons en Flan-
dre pour renforcer l'armée de cette frontière presque
anéantie à Audenaërde . Ce bataillon demeura au
camp de Meldert pendant le siége de Lille ; l'autre
ne bougea point de l'Alsace .
En 1709 , le régiment se distingua extrêmement
au glorieux combat de Rumersheim , où M. du Bourg,
avec une poignée de soldats , détruisit complétement
une armée impériale commandée par le comte de
Mercy. Le régiment chargea l'ennemi avec une furie
incroyable et vit tomber sur le champ de bataille son
colonel-lieutenant , M. de Saint-Aulaire (2), et son

(1 ) Ce duc d'Enghien , étant monté le 15 septembre 1709 au régi-


ment de Bourbon, fut remplacé dans celui-ci par son frère Charles,
comte de Charolais. Le ter avril 1710, à la mort du prince de
Condé, le comte de Charolais monta àson tour à Bourbon et laissa
Enghien à son frère Louis, comte de Clermont. Quand celui- ci
mourut, le régiment resta sans colonel propriétaire jusqu'au 17
juillet 1788. Il fut à cette époque donné au dernier duc d'Enghien
qui périt si misérablement dans le fossé de Vincennes.
(2) M. de Sainte-Aulaire fut remplacé par le marquis de Lassay,
nommé brigadier le 1er février 1719. Le premier lieutenant-colo-
nel d'Enghien fat Nicolas de Virieu de Beauvoir , qui quitta le ré-
giment la même année et devint aussi brigadier le 1er février 1719.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 255

lieutenant-colonel . Après cette victoire, Enghien ren-


tra dans les lignes de la Lauter d'où il était sorti ,
et au mois d'octobre il fut placé en observation sur
la Sarre avec Rouergue et Royal-Bavière . Il demeura
sur la frontière de l'Est jusqu'à la paix, tantôt à Stras-
bourg, tantôt dans les lignes, et contribua , en 1713 ,
à la reprise de Landau , à la défaite du général Vau-
bonne et à la réduction de Fribourg. Les réformes
de 1714 le réduisirent à un bataillon , et lui donnè-
rent le dernier rang parmi les régiments d'infanterie
française . Ce rang qu'il a toujours gardé jusqu'à la
fin, a donné lieu à un dicton de caserne que nous
rappelons ici pour lui assigner sa véritable significa-
tion . On disait :
Enghien !
Le dernier au feu,
Le premier au pain.

C'est-à-dire , que son rang le condamnait à mar-


cher le dernier au combat et le premier aux corvées .
Enghien fit partie du camp de la Saône en 1727 .
Il se rendit en 1733 à l'armée d'Allemagne, contri-
bua en 1734 à l'attaque des lignes d'Ettlingen et à
la prise de Philisbourg, fut rétabli à deux bataillons
le 16 décembre, et se trouva en 1735 au combat de
Klausen (1 ).

(1) Le régiment fut commandé pendant cette guerre par le comte


de Laigle, qui devint brigadier 1er janvier 1740, maréchal de camp
2 mai 1744 et lieutenant-général 10 mai 1748.
255 HISTOIRE

Au mois de mars 1742 , il passe en Bavière avec


Auvergne . Après un court séjour à Donaüworth et
Neubourg , il contribue à expulser les Autrichiens
de la Bavière , pénètre en Bohême , concourt à la prise
d'Elnbogen et de Kaaden et au ravitaillement de
Braunau , et prend ses quartiers d'hiver à Landshüt .
Au mois de décembre, pendant la retraite de la gar-
nison de Prague , il est placé avec son lieutenant-
colonel, le comte de Chamborant ( 1 ) , à Burkenfeld
sur la Naab. Après avoir protégé le passage des trou-
pes du maréchal de Bellisle , il revint à Landshüt ?
qu'il évacue en février 1743 , pour aller s'établir au
château de Worth , en face d'un des points où le
Danube pouvait être franchi . Il faisait alors partie de
la brigade de Picardie . Le 2 avril , les grenadiers par-
ticipent au coup de main exécuté par le lieutenant-
colonel Desbarreaux du régiment de La Mark contre
les hussards de Forgatz . Le 11 du même mois , Enghien
sort de Worth , ne laissant que 100 hommes à la garde
du château , et va remplacer à Regenstauf deux régi-
ment destinés à relever la garnison d'Égra . Il se rend
peu après à Deckendorf , et se couvre de gloire à l'af-
faire du 27 mai. Il y perd le capitaine Rollin et vingt-

( 1) Claude de La Clavière , comte de Chamborant, capitaine au


corps en 1706 , lieutenant- colonel 22 août 1725 , brigadier 1er jan-
vier 1740, maréchal de camp 1er mai 1745 et lieutenant-général 10
mai 1748.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 257

quatre soldats. Le capitaine Livray , le lieutenant


Peyrac et trente-sept hommes y sont blessés .
Lorsque le prince Charles eut forcé le passage du

Danube le 5 juin , le régiment se mit en retraite sur


Donaüworth et Ratisbonne et de là sur le Rhin . Ce

fut son 2º bataillon , commandé par le capitaine de


Lamarre, qui, dans cette pénible retraite , fut chargé
d'escorter les malades et les équipages de l'armée.
A sa rentrée en France, Enghien fut employé dans
la haute Alsace , sous les ordres du comte de Saxe
et du maréchal de Coigny. Il se comporta bravement
le 30 septembre à Rheinweiler, où il eut cinq hommes
mis hors de combat . Le lendemain de cette affaire,
le corps fut rejoint par un détachement de 131 hommes
qui revenait avec le capitaine Prinelet de la défense
d'Ingolstadt .
Enghien passa l'hiver à Huningue , et en 1744, au
moment de l'invasion de l'armée autrichienne , il fut
jeté dans Fort-Louis . Il contribua ensuite à la reprise
de Weissembourg et des lignes de la Lauter, se trouva
aux combats de Suffelsheim et d'Augenheim , vint se
reposer un mois à Strasbourg, et termina cette cam-
pagne au siége de Fribourg . Il prit part, en 1745 , à
l'attaque de Kronembourg , et l'année suivante il se
de
rendit sur la Meuse. Il fut d'abord placé au camp
Maubeuge ; mais , au mois de mai , il suivit le comte
d'Estrées dans sa marche sur Hérensthal , et participa
le 7 juin à l'investissement de Mons . Il servit succes-
sivement au siége de cette place , à celui de Charleroi
HIST. DE L'ANC. INFANTERIE FRANÇAISE, T. VII. 17
258 HISTOIRE

et à celui de Namur , où le capitaine Prinelet fut tué


le 25 septembre, et il combattit vaillamment, à côté de
Champagne, à la bataille de Rocoux . En 1747 , il se
distingue encore à Lawfeld, où périt le colonel-lieu-
tenant, marquis d'Autichamp, et il assiste en 1748
au siège de Maëstricht.
Enghien était en 1754 au camp de Saarlouis, et en
1756 au camp de Honfleur. Il se rendit en 1757 en
Allemagne, et fut un des corps le plus sérieusement
engagés à la bataille d'Haastembeck (1 ) . Les capi-
taines Saint-Pont et de Mirval y perdirent la vie . Le
major La Peyrouse (2) , les aides -majors de Vésigny
et Foucard , les capitaines La More , de Bressay,
Grandvillars , Mespierre , Tournefort , de Beaumont
et de Mont , et onze lieutenants furent blessés . Le
régiment suivit ensuite le maréchal de Richelieu
dans l'électorat de Hanøvre , contribua à l'occupation
de Minden et de Hanovre , et se trouva aux affaires
de Closterseeven et de Zell . Revenu sur le Rhin au

(1 ) Enghien avait alors pour colonel-lieutenant le comte de


Polignac , brigadier du 20 septembre 1746, nommé maréchal de
camp 1er mai 1758 et lieutenant-général 1er mars 1780 , et pour
lieutenant-colonel Antoine Rigollet du Bousquet , lieutenant au
corps en 1707, lieutenant-colonel 19 janvier 1751 , brigadier 10 fé-
vrier 1759 et maréchal de camp 25 juillet 1762 .
(2) Louis-Bonaventure Raymond de La Peyrouse , lieutenant en
1734 , major 15 mars 1755, lieutenant-colonel 19 février1766 , bri-
gadier fer mars 1780 .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 259

commencement de 1758 , il assista à la bataille de


Créfeld, concourut à la prise de Hanau et fut mis en
garnison dans cette ville . En 1759 , il combattit à
Bergen dans la brigade de Dauphin et y perdit le
capitaine marquis de Ray ( 1 ) . A lajournée de Minden
et dans la retraite sur Cassel , qui en fut la consé-
quence, Enghien laissa sur le champ de bataille les
capitaines de Migré , Vauferment et Pracomtal . Les
capitaines Montcoy , de Voys , Versac , Saint-Légier
et huit lieutenants , y furent blessés .
En 1760, le régiment assiste, sans y prendre beau-
coup de part, aux affaires de Corbach, de Warbourg
et de Clostercamps . L'année suivante , il déploie la
plus grande bravoure au combat de Werle livré le 3

juillet. Les compagnies d'élite y contribuent puissam-


ment à chasser l'ennemi du moulin et du château de
Schaffhausen . Enghien termine cette campagne au (
mois de septembre par le siége de Meppen, et ren-
tre en France au commencement de 1762 (2) .
Il occupa d'abord les garnisons de Mézières et Ro-
croi, d'où il passa à Landrecies et Avesnes , en mai
PANGA ****

(1) Louis-Augustin Errard , marquis de Ray, était brigadier du


10 février 1759. Voilà un exemple d'un simple capitaine revêtu
du grade de brigadier.
(1) Le chevalier de Montazet, colonel-lieutenant en 1758 , a eté
fait brigadier 1er mai 1758 , maréchal de camp 20 février 1761 et
lieutenant-général 1er mars 1780. Son successeur, M. de Larmer-
ville, lieutenant au corps en 1728, est devenu brigadier 20 février
1761 et maréchal de camp 25 juillet 1762 .
260 HISTOIRE

1763 , à Condé en avril 1764 , à Sédan en novem-


bre 1764 , à Briançon en août 1765 , à Toulon en
mai 1766 , à Bordeaux et Blaye en novembre 1767 ,
à Lille en décembre 1770 , à Aire en septembre 1772 ,
à Brest en octobre 1774, à Bellisle ennovembre
1775 , à Brest en novembre 1776 , à Saint-Jean-
d'Angély et île d'Oléron en octobre 1777. Il passa
l'année 1778 sur les côtes de la Saintonge , et , en 1779 ,
pendant que le 2e bataillon se rendait à Weissem-
bourg et Fort-Louis du Rhin, le 1er s'embarquait
pour la Martinique , où il demeura quatre ans . En
avril 1780 , une partie de ce bataillon monta à bord
des vaisseaux de M. de Guichen et assistą aux com-
bats soutenus contre l'amiral Rodney . Le lieutenant
d'Aiguisy y perdit la vie ; le capitaine de Malleville Ꭹ
fut blessé .
En 1784 , le régiment se trouvait réuni à Besan-
con, qu'il ne quitta qu'en septembre 1790 pour se
rendre à Embrun et Montdauphin. Il fournit à cette
époque 200 hommes pour la garnison des vaisseaux
de Toulon, et vint s'établir en juin 1792 à Bourg,
qu'il quitta un mois après pour aller à Belfort , et
de là à Strasbourg . Le 2e bataillon demeura dans
cette place , et le 1er fut réuni à l'armée de Cus-
tines (1).

(1) Le marquis de Montazet, colonel- lieutenant en 1762 , a été fait


brigadier 1er mars 1780 et maréchal de camp le 5 décembre 1781 .
Le marquis de Goulet a eu ce dernier grade le fer mars 1791 .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 261

Celui-ci contribua à la poursuite des Prussiens,


sous le commandement du lieutenaut-colonel Simon

de La Potterie-Prévost , qui fut tué le 26 septembre


1792 ; il servit ensuite à la conquête du Palatinat, fit
partie de la célèbre garnison de Mayence , passa dans
la Vendée au mois d'août 1793 , et fut versé, le 10
juin 1794 , dans la 169° demi-brigade.
Le 2º bataillon sortit de Strasbourg en 1793 pour
marcher à la défense des lignes de Weissembourg.
Le 13 octobre , quand les Autrichiens attaquèrent ces
lignes, il occupait à l'extrême gauche la redoute de
Steinfeld . Ce fut par là que s'engagea l'action . Le
bataillon, commandé par le colonel Grammont (1 ) ,
défendit héroïquement l'abattis qui couvrait la re-
doute. Le régiment autrichien de Pellegrini , qu'il
avait en tête, eut plus d'hommes tués qu'Enghien
ne comptait de soldats. Le bataillon finit cependant
par succomber dans cette lutte disproportionnée , et
la perte de la redoute entraîna celle de toutes les li-
gnes. Le bataillon se retira sur Strasbourg et fit en-
core parler de lui , le 5 janvier 1794 , en débusquant,
après douze heures de combat, un corps autrichien
de la forêt d'Haguenau . Le caporal Blanchard y re-
nouvela l'acte sublime du chevalier d'Assas . Écarté

du reste des tirailleurs de son bataillon , il est entouré

(1) M. de Grammont, enseigne au corps en 1756, avait été lieu


tenant-colonel de Bourbon.
262 HISTOIRE

par un peloton autrichien qui lui crie - Rends-toi


ou tu es mort . Vive la république ! répond le
brave caporal ; et dans un clin d'œil il a mis deux
de ses ennemis hors de combat. Enfin , percé de sept
blessures , il tombe sur le champ de bataille.
Le 2º bataillon d'Enghien a été versé, le 22 juillet
1794 , dans la 170° demi-brigade . Ce régiment avait
la prévôté . Les drapeaux d'ordonnance de ce corps
avaient leurs quatre carrés feuille-morte , bleu , noir
et rouge .
L'ancien costume était : habit , culotte et boutons
blancs ; veste, collet et parements rouges ; doubles
poches garnies chacune de cinq boutons, autant
sur la manche ; chapeau bordé d'argent. En 1775 ,
c'était habit, collet, revers , veste , doublure et cu-
lotte blancs et parement rouge . L'uniforme de 1776
se distinguait par le collet rouge, les revers et pare-
ments aurore et les boutons blancs.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 263

RÉGIMENT ROYAL DE HESSE- DARMSTADT.

94 RÉGIMENT D'INFANTERIE .

Défense de Gènes....

COLONELS · LIEUTENANTS.

1. Comte DE BAVIÈRE ( Maximilien- Emmanuel-François-Joseph ) ,


1er janvier 1709.
2. Comte D'HEILFEMBERG (Charles) , 25 mars 1748.
3. Comte DE LEWENHAUPT (Adam) , 15 août 1760 .
4. Comte DE DAUN (Charles) , 25 juin 1775.
5. Landgrave DE HESSE-DARMSTADT (Louis IX) , 15 avril 1780.
6. Prince DE HESSE-DARMSTADT (Frédéric-Louis), 14 mars 1783 .
7. D'ALENÇON (Jacques), 21 octobre 1791 .
8. DE HAACK (Frédéric- Charles) , 23 novembre 1791 .
9. DE ROQUES (Nicolas), 20 décembre 1791 .
10. HAMILTON (André) , 16 mai 1792 .

Ce régiment, qui a porté pendant soixante-qua-


torze ans le nom de Royal-Bavière , est le dernier
corps d'infanterie créé par Louis XIV.
La première idée de sa formation remonte à l'an-
née 1703 , ainsi qu'il résulte du passage suivant d'une
lettre écrite le 18 novembre dé cette année à Cha-

1
264 HISTOIRE

millard , secrétaire d'Etat de la guerre , par M. de


Ricourt, envoyé de France près l'électeur de Ba-
vière .
Il y a déjà quelque temps que S. A. E. m'avoit
proposé de donner au roi un régiment bavarois pour
servir en France sous le nom de Royal-Bavière . C'est
à vous, Monseigneur , à me faire l'honneur de m'in-
former si la chose est du goût du Roi . Elle seroit as-
sez agréable ici. >>
Les désastres de 1704 et des années suivantes fi-

rent ajourner ce projet . Il fut repris cinq ans plus tard,


et le corps dont nous allons raconter la vie, fut enfin
er
créé le 1 janvier 1709 , en faveur du comte de Ba-
vière , fils naturel de l'électeur ( 1 ) , et formé avec
deux compagnies des Gardes de l'électeur et six com-
pagnies du régiment d'Alsace qui ne renfermaient
que des soldats nés sur la rive droite du Rhin.
Royal-Bavière fut employé, l'année même de sa
création, dans les lignes de la Lauter et sur la Sarre.
Il servit toujours en Alsace de 1710 à 1712 , et en
1713 , il prit part à la réduction de Landau et de Fri-
bourg. Il fut ensuite placé en garnison à Strasbourg,

(1 ) Le comte de Bavière fut fait brigadier le 1er février 1719,


maréchal de camp le 20 février 1734 et lieutenant-général le
1er mars 1738. A partir de 1734 , le régiment fut habituellement
commandé par le lieutenant-colonel ; le premier qui le commanda
ainsi fut Antoine-Henri de Zastro, capitaine au corps en 1710 , lieu-
tenant-colonel 19 août 1719 et brigadier 20 février 1734.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 265

et on y incorpora , le 10 juin 1715 , le régiment alle-


mand de Reding, qui toutefois fut rétabli la même
année et passa au service de l'électeur de Bavière .

Le régiment quitta un instant Strasbourg, en 1727 ,


pour figurer au camp de la Saône . En 1733 , il fut
appelé à l'armée du Rhin , et servit au siége de Kelb .
Il fut ensuite envoyé dans l'île du Marquisat, dont
il releva les fortifications et passa l'hiver à Stras-
bourg. Il se trouva , en 1734, à l'attaque des lignes
d'Ettlingen , monta plusieurs gardes de tranchées au
siége de Philisbourg, où les grenadiers du 2. batail-
lon aidèrent le 30 juin les Gardes Françaises à em-
porter la coupure de l'ouvrage à cornes, et à la fin
de cette campagne , il se rendit à l'armée d'Italie. Il
contribua, en 1735 , à la prise de Revere et de Gon-
zague, et rentra en France au mois de septembre
1736 .
En 1741 , l'électeur de Bavière , frère naturel du
colonel du régiment , avait été élu empereur d'Alle-
magne sous le nom de Charles VII ; mais il voyait ses
droits contestés par la maison d'Autriche , et le mi-
nistère français crut devoir prendre parti pour lui
contre Marie-Thérèse. Royal Bavière fit partie du
premier corps de troupes envoyé au secours de l'em-
pereur, et de la division du comte de Polastron . Il

contribua à l'occupation de Prague , et fut mis en


garnison dans cette capitale de la Bohême. Il reprit
la campagne en février 1742. Le 2e bataillon , com-
mandé par le capitaine deMontigny, fut chargéde gar-
266 HISTOIRE

der le pont de Kotzerad et le château de Kamper-


burg . Il y soutint une guerre de postes fort vive
contre les hussards autrichiens , et rentra le 16 mai
dansPrague , où il fut rejoint au mois de juin par le
1 " bataillon, qui avait combattu à Sahay sous les or-
dres du lieutenant-colonel de Guntherode ( 1 ). Royal-
Bavière, qui était dès lors réduit à un effectif de 800
hommes , prit une part fort active à la défense de
Prague. Les généraux attribuèrent en grande par-
tie à sa valeur le succès de la sortie du 22 août.
Après avoir renversé et comblé les travaux des assié-
geants , les Français battaient en retraite , talonnés
par l'armée autrichienne ; le 2 bataillon de Royal-
Bavière, qui formait l'extrême arrière-garde , arrêta
la poursuite de l'ennemi par de vigoureux retours
offensifs , et tout le monde , même les blessés , put
rentrer dans la place . Les maréchaux de Broglie et
de Bellisle comblèrent d'éloges ce valeureux ba--
taillon et le brave capitaine de Montigny qui le com-
mandait si bien .
Dans la nuit du 7 au 8 septembre , les deux compa-
gnies de grenadiers, avec celles du régiment bava-
rois de l'Empereur , font une sortie sous les ordres
du colonel réformé de Beausobre . Ce détachement ,

(1 ) M. de Guntherode , capitaine au corps en 1716; lieutenant-


colonel 5 octobre 1735 , brigadier 20 mars 1745. M. de Montigny,
qui lui succéda le 13 décembre 1748, était aussi entré au corps en
1716, et devint brigadier le 10 mai 1748.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 267

s'étant un peu trop écarté vers la droite, se trouve


bientôt entre les deux parallèles des assiégeants , et
se voit sur le point d'être enveloppé . Beausobre se
tire de ce pas difficile par sa présence d'esprit. Quand
le piquet qui vient le reconnaître est à portée d'en-
tendre sa voix, il s'écrie en allemand : « Ce sont nos
gens ! » et il les laisse approcher . Se jetant alors sur
l'officier autrichien , il lui passe son épée au travers
du corps ; chacun de ses grenadiers tue un ennemi
d'un coup de baïonnette, et le détachement , profi-
tant du désordre causé par cette surprise , regagne
lestement Prague sans autre perte que celle de dix-
neuf hommes, parmi lesquels se trouvaient à la vé-
rité deux capitaines et deux lieutenants.
Après l'évacuation de Prague , Royal-Bavière fut
retenu sur le Danube comme les autres régiments
allemands au service de France , et il fut bientôt jeté
dans Égra, qu'il ne quitta qu'au printemps de 1743 .
Ce fut au retour d'Égra que le capitaine de Ri-
chaux s'illustra , en défendant avec héroïsme le pont
de Bichely. Entouré de cinquante hommes seu-
lement et attaqué par un ennemi nombreux , il fit
une résistance désespérée , et tomba percé de coups
au milieu de ses intrépides soldats . Son lieutenant le
remplace, et, quelques minutes plus tard, succombe
à son tour. Enfin un sergent luttait encore avec
douze hommes , quand on vint à leur secours . Jamais
on n'avait yu combattre avec un tel acharnement ; les
blessés chargeaient leurs fusils aussi longtemps qu'ils
268 HISTOIRE

pouvaient les soutenir. Le caporal Young , percé


d'un coup mortel , assis sur terre, brûla ses dernières
cartouches avant de mourir .

Royal- Bavière , relevé à Égra au mois d'avril ,


revint sur le Danube , et reprit au mois de juin la
route de France avec le maréchal de Broglie . Le
capitaine de grenadiers de Poppel fut tué dans la
retraite au passage d'un pont sur la petite rivière
d'Ilm . Le régiment acheva la campagne en Al-
sace sous le maréchal de Coigny, et eut ses quartiers
d'hiver à Weissembourg . En 1744 , il servit avec
beaucoup de distinction contre les troupes autri-
chiennes qui avaient franchi le Rhin . Le 2 bataillon
soutint un beau combat dans le bois de Rheinzabern .

Le 5 juillet, à l'attaque des lignes de Weissembourg


er
tombées au pouvoir du prince Charles , le 1ª batail-
lon , conduit par le lieutenant-colonel de Gunthe-
rode , force l'entrée de la ville du côté des vignes .
Au même instant, le 2º bataillon , dirigé par M. de
Montigny, gravit les murs du côté de la porte de
Bitche. Réunis sur la place d'armes, les deux batail-
lons , après une lutte terrible , taillent en pièces
le régiment hongrois de Forgatz. Pendant ce
temps, le 3 bataillon , récemment formé avec les
débris des troupes de l'empereur, et commandé par
M. de Brückner , s'empare du village des Picards et
emporte une église et un cimetière retranchés .

Cette brillante journée, dans laquelle Royal- Bavière


fit prisonniers le colonel de Forgatz et 259 hommes
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 269

de son régiment , coûta la vie aux capitaines de


Brückner et Lallemand , à l'aide-major Victor, aux
lieutenants Le Lièvre , Chandollet , d'Herbaumont et
Brudon, et à 77 bas-officiers et soldats. Le nombre
des blessés s'éleva à 123 , parmi lesquels se trouvaient
les lieutenants Payer, de Fontenelle et Renaud .
Cependant Louis XV accourait au secours de l'Al-
sace avec une partie de l'armée de Flandre. Les Au-
trichiens repassèrent le Rhin . Royal - Bavière les
poursuivit jusqu'à Passau , et revint pour coopérer
au siége de Fribourg . Il s'y fit encore remarquer, en
emportant d'emblée le bourg et le château de Burg-
hausen. Il se trouva là pour la deuxième fois en face
du régiment de Forgatz, et le contraignit encore à
lui céder le terrain.

En 1745 , Royal- Bavière retourna en Allemagne,


et il se trouva le 15 avril au combat de Pfaffenhofen .
Après cette affaire, il fit partie de l'arrière-garde de
la petite armée du comte de Ségur , et faillit périr
tout entier dans des marais sans issue, où cette ar-

rière-garde s'était fourvoyée. Enfin , après des efforts


prodigieux , les Français s'ouvrirent un passage et
achevèrent leur retraite . Deux détachements du
corps, commandés par les capitaines Stockharth et
Ancillon, sauvèrent le trésor de l'armée, dont l'en-
nemi s'était déjà emparé. Ils tombèrent sur les sol-
dats autrichiens au moment où ils partageaient l'or
trouvé dans les caisses , et les dispersèrent. Chaque
homme de ces détachements reçut un louis de ré-
270 HISTOIRE

compense. Le régiment affaibli fit la campagne dé-


fensive de 1746 sur les bords du Rhin avec le prince
de Conti , et , à la fin de cette année, il fut envoyé au
secours de la Provence .

En janvier 1747 , Royal-Bavière était campé sur le


Var, et il se retrouvait pour la troisième fois vis-à-
vis du régiment hongrois de Forgatz qui lui contes-
tait le passage du Verdon. Royal-Bavière le bat en-
core une fois , traverse le torrent grossi par les pluies
et force son ennemi à se retirer vers Gastellane . Il

l'y poursuit, emporte Castellane et contraint Forgatz à


défiler sous le feu de ses fusils .
Cependant Gênes , qui , dans un élan d'enthou-
siasme populaire , venait de chasser les Autrichiens
de ses murs, se voyait serrée de près par un impla-
cable ennemi . Royal-Bavière fut envoyé par mer à
son secours ; il traversa pour y arriver toute la flotte
anglaise, et fut reçu dans Gênes comme un libéra-
teur . Les habitants se prosternaient devant son dra-
peau- colonel, sur lequel était figurée l'Immaculée
Conception de la Vierge , et considéraient cette image
comme le palladium de leur cité.
Royal-Bavière prit part à tous les événements de
la défense de Gênes . Nous ne citerons que les prin-
cipaux. Le 21 mai , ses grenadiers se couvrent de
gloire à la reprise de Rivarola et de Polseverra . Le
commandant de bataillon de Stockhard, les capi-
taines Ancillon et Terrazzoni s'y distinguent entre
tous . Le 18 juin , le 4 bataillon , récemment formé ,
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 271

soutient un furieux combat et repousse une attaque


des Autrichiens . Quelques jours après, le sergent
Wentzell , avec six hommes, force un poste retran-
ché et ramène prisonniers un capitaine , un lieute-
nant et 50 soldats piémontais. Dans le même mois ,
la 4º compagnie de grenadiers , commandée par An-
cillon, se trouvant attaquée et repoussée avec d'au-
tres troupes sorties de Gênes , se dévoue pour le salut
commun , et arrête l'ennemi dans un défilé. « En-
fants aînés de Royal- Bavière, s'écrie Ancillon , faites
voir ce que vous devez et ce que vous pouvez faire. »
En vain les Autrichiens multiplient leurs attaques ,
les grenadiers restent inébranlables jusqu'à l'arrivée
de M. de Boufflers qui vient les dégager. Chaque
grenadier reçut deux ducats du Grand-Conseil de
Gênes. Le 13 juillet, l'ennemi s'empare de presque
toutes les hauteurs qui dominent la ville du côté de
la Coronata. Déjà les Génois se livrent au désespoir.
Royal - Bavière fait une sortie et reprend tous les
postes à la baïonnette . En septembre , le 3e bataillon
reçoit l'ordre de reprendre le château d'Ivica . Il part
sans artillerie, escalade les roches voisines , et inti-
mide par son intrépidité la garnison qui met bas les
armes au nombre de 300 hommes. En octobre , six
compagnies de Royal-Bavière, avec cinq de Royal-
Comtois , combattent pendant six heures, près de
Rossiglione, contre 4,000 Autrichiens, et donnent le
temps au duc de Richelieu d'arriver à leur secours .
Cette même année 1747 , le colonel -lieutenant
272 HISTOIRE

comte de Bavière , qui servait en Flandre dans son


grade de lieutenant-général , trouva la mort à la ba-
taille de Lawfeld . Il fut remplacé à la tête du régi-
ment par son neveu , le comte d'Heilfemberg, comme
lui enfant de l'amour et fils de l'électeur de Bavière,
qui porta vainement pendant cette guerre le titre
d'empereur .
Au commencement de 1748 , Royal- Bavière et
Royal-Comtois étaient en quartiers d'hiver à Voltri .
Ils y sont attaqués le 18 février par les généraux Na-
dasty et Batthiany , et font une admirable défense,
dans laquelle le lieutenant Saltzberger perd la vie .
La conduite du lieutenant Klein dans cette occasion
mérite d'être rapportée. Placé avec trente hommes
dans un cimetière , il perd dix hommes à la première
décharge . Il se retire alors dans l'église et s'y barri-
cade, mais il y est forcé et perd encore cinq hommes.
Il monte dans le clocher avec les quinze survivants,
tue tout ce qui se présente autour de l'église, et fait
charger les fusils avec les boutons des habits, lors-
qu'il n'a plus de balles ; enfin comme Charles XII à
Bender, il voit les Autrichiens mettre le feu à l'é-
glise. Le général Batthiany, émerveillé de tant de
courage, vient capituler lui-même avec Klein et lui

fait présent d'un superbe cheval.


Dans cette affaire de Voltri , Royal- Bavière eut pour
la quatrième fois sur les bras le régiment de Forgatz,
qui comptait bien se venger ce jour-là de tous les
affronts passés . Forgatz se jeta sur les retranche-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 273

ments de la redoute des Capucins , occupés par Royal-


Bavière, avec une rage incroyable, mais il échoua
devant l'intrépidité de son adversaire , qui montra
surtout sa supériorité par les soins qu'il prit des pri-
sonniers et des blessés de son ennemi .
La paix se fit cette année ; Royal-Bavière quitta
Gênes le 15 décembre pour rentrer en France, sauf
quelques piquets qui passèrent en Corse, où ils res-
tèrent jusqu'en 1753. Le régiment fut réduit à deux
bataillons par ordre du 26 décembre .

En 1757 , Royal- Bavière part de Longwy et joint


l'armée d'Allemagne à Cologne à la fin d'avril . Il se
trouve cette année à la bataille d'Haastembeck et à

la conquête du Hanovre . Le 10 janvier 1758 , il est


désigné pour la célèbre course d'Halberstadt . Il ar-
rive le premier et à l'heure convenue , devant cette
place, et se trouve pendant quelque temps seul en
présence de 50,000 hommes. Il se replie ensuite
avec l'armée sur Wesel et repasse le Rhin . Le 23
juillet, à la bataille livrée à Sundershausen près de
Cassel , Royal-Bavière se distingue par une manœuvre
dangereuse qui a un plein succès . Il ouvre ses rangs
à notre cavalerie rompue et poursuivie par l'ennemi ,
et les refermant aussitôt , il présente un front redou-
table à la cavalerie hessoise. Il l'attend de pied ferme,
exécute sur elle une décharge à bout portant, et
achève de la culbuter par une charge à la baïon-
nette. Le régiment de cavalerie d'Isembourg fut
anéanti . Poursuivant sa course et soutenu de près
HIST. DE L'ANC. INFANTERIE FRANÇAISE. T. VII. 18
274 HISTOIRE

par Royal- Deux-Ponts , le régiment attaque l'infan-


terie des Alliés dans un chemin creux, la rompt, lui

prend douze pièces de canon, et la force à se jeter,


partie dans les bois qui bordent la Fulda , et partie
dans un escarpement à pic , d'où 300 à 400 hommes
furent précipités dans la rivière et y périrent . Le duc
de Broglie , qui reçut le bâton de maréchal pour
cette victoire, se plaisait à rapporter en grande par-
tie son triomphe à la valeur de Royal-Bavière. Le
jeune baron de Weilersheim , à peine adolescent,
reçut à Sundershausen un coup de feu qui lui ouvrit
le crâne . Comme on voulait le transporter aux am-
bulances, il demanda en grâce qu'on le laissât mou-
rir au champ d'honneur.
Le 4 octobre , Royal-Bavière , embrigadé avec
Royal -Deux-Ponts, est détaché, sous les ordres du
marquis de Crillon , pour s'emparer d'un pont sur la
Lahn. L'armée hanovrienne, prévenue par ses es
pions, se trouve là tout entière , rangée en bataille
en deçà du pont. La brigade bat en retraite, mais à
pas lents, faisant un feu alternatif par bataillon , et
parvient à s'échapper sans laisser en arrière, ni un
canon , ni un blessé , ni un seul chariot de muni-
tions . Le 10 octobre, le régiment participe à la vic-
toire de Lützelberg. Il combat en 1759 à Bergen et
prend part à la dernière charge qui expulse l'ennemi
du village, puis à Minden où il n'a qu'un lieute-
nant blessé. Le 16 juillet 1760, à l'affaire d'Ems-
dorf, où l'armée française est surprise dans son
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 275

camp, le premier effort de l'ennemi est supporté par


Royal-Bavière, Anhalt et les hussards de Berchény .
Le colonel -lieutenant , comte d'Heilfemberg ( 1 ) , est
tué d'un coup de canon dès le commencement de
l'action ; ses soldats se rallient autour du lieutenant-
colonel, baron de Falkenheim (2) , et disputent le
terrain jusqu'à la nuit . L'objet important était la
conservation de Marbourg . Le 3° bataillon de Royal-
Bavière (c'était l'ex-régiment allemand de La Dau-
phine incorporé depuis le 18 janvier) s'était jeté
seul dans ce poste et le défendit avec la plus grande
bravoure. Le régiment fut écrasé cejour-là et dut ren-
trer en France pour se rétablir . Au commencement
de 1761 , on l'envoya à Ostende pour observer les
mouvements des Anglais sur les côtes de la mer du
Nord . Il revint la même année en Allemagne et fit la
eampagne de 1762 sur le Bas-Rhin . L'ordonnance
du 21 décembre le réduisit à deux bataillons .

A la paix, le régiment se trouvait en garnison à


Neufbrisach . Il passa de là à Landau au mois de mai

(1) Il fut remplacé par le comte de Lewenhaupt , précédem-


ment colonel du régiment de La Dauphine incorporé dans Royal-
Bavière. M. de Lewenhaupt a été nommé brigadier 1er mai 1758 ,
et maréchal de camp le 20 février 1761 .
(2) Le baron de Falkenheim, lieutenant- colonel en 1751 , a été
fait brigadier 25 juillet 1762 , maréchal de camp 3 janvier 1770 et
lieutenant- général 1er janvier 1784. Son successeur Georges Michel,
baron de Wittinghof, lieutenant-colonel 10janvier 1763, est devenu
brigadier 20 avril 1768, maréchal de camp 1er mars 1780 et lieu-
tenant-général en 1789.
276 HISTOIRE

et à Strasbourg au mois de décembre 1763. Depuis


il est allé à Landau en mars 1764 , à Neufbrisach en
novembre de la même année, au Fort-Louis en août
1765 , à Weissembourg en octobre 1765 , à Dun-
kerque en octobre 1766 , à Saint-Omer en juin
1767 , à Lille en octobre 1768 et au camp de Com-
piègne en juillet 1769. Envoyé à Neufbrisach après
la levée du camp , il fut à Strasbourg en octobre
1771 , à Weissembourg en septembre 1772 , à Lan-
dau en juin 1774, à Strasbourg en octobre 1774, à
Landau en mai 1775 , à Weissembourg et Lauter-
bourg en octobre 1776 , à Weissembourg et Bitche
en mai 1777 , à Lille en novembre 1777 , à Eu et
Saint-Valery en juin 1778 ( 1) . Au mois de sep-
tembre de la même année, le 1er bataillon se rendit
à Nancy et le 2° fut à la Hogue , puis à Hennebon et
à Brest où il s'embarqua pour les Antilles en dé-
cembre 1781. Ce bataillon rentra à Brest le 5 avril

1783 , et trois mois après , le régiment , auquel l'or-


donnance du 15 avril 1780 avait fait prendre le titre
de Royal-Hesse-Darmstadt (2) , se trouva réuni à

(1 ) Le comte de Daun, colonel-lieutenant propriétaire en 1775,


fut fait brigadier 1er mars 1780 , et maréchal de camp 1er avril 1780.
(2) Le landgrave de Hesse-Darmstadt fut remplacé en 1783 par
son fils, qui exerça le commandement sous son père, et qui eut sous
lui : 1º Le célèbre baron de Pirsch (Jean-Ernest) , l'introducteur
en France de la discipline allemande , lieutenant - colonel au corps
30 janvier 1778 , colonel-commandant 15 avril 1780 ; 2º Louis-
Auguste Desroches, colonel- commandant 14 mars 1783 et maré-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 277

Landau . Il fut de là à Strasbourg en octobre 1783 ,


au Fort-Louis en octobre 1785 et revint à Stras-

bourg en juin 1786.


Lorsque la garnison de Strasbourg reçut la nou-
velle de la prise de la Bastille , elle se livra à une
joie assez intempestive et dont le gouvernement lui
sut naturellement mauvais gré . En réalité , les jour-
nées des 23 et 24 juillet, qu'on voulut représenter
comme une insurrection militaire, ne consistèrent
qu'en tapage dans les brasseries et quelques vitres
cassées . Le régiment se défendit assez mal, à ce qu'il
paraît, car , bien qu'il ait été prouvé depuis qu'il
avait à peine figuré dans ces saturnales , il paya pour
les autres et fut envoyé à Neufbrisach . Il résulta de
cette rigueur que Royal-Hesse-Darmstadt fut le pre-
mier corps de l'armée française qui prit la cocarde
tricolore. Cet empressement , né peut-être d'un peu
de mauvaise humeur, valut au régiment, quelques
mois après , sa réhabilitation complète et son retour
à Strasbourg aux acclamations de la garnison et de
la bourgeoisie.

chal de camp 1er mars 1791. D'Alençon , nommé colonel en 1791 à


la place du prince de Hesse - Darmstadt, était entré au corps en 1757
comme lieutenant; il était devenu major 15 avril 1780 et lieute-
nant-colonel 26 mai 1783. De Roques , major 26 mars 1783 , est de-
venu général de brigade 15 mars 1793. Hamilton, enseigne au
corps en 1747, était devenu lieutenant- colonel 5 février 1792 .
Le maréchal comte Reille a été nommé sous- lieutenant au
corps le 15 septembre 1792.
278 HISTOIRE

Royal- Hesse-Darmstadt fut envoyé en juin 1790 à


Givet, d'où il détacha son 2º bataillon à Rocroi au
mois d'août. Les deux bataillons furent réunis à

Mézières en avril 1791. En 1792 , le 2 bataillon seul


er
demeura dans cette ville : le 1 " bataillon, appelé › à
l'armée du Centre, assista à la bataille de Valmy,
contribua ensuite à la conquête de la Belgique et
passa l'hiver à Malines . Ce bataillon fit la cam-
pagne de 1793 à l'armée du Nord et passa , après
la prise de Valenciennes, dans la Vendée , où il fut
amalgamé , le 31 décembre 1794 , dans la 171 ' demi-
brigade.
Le 2º bataillon de Royal-Hesse-Darmstadt servit
sous Jourdan aux armées des Ardennes et de Sambre-
et-Meuse, et entra , le 26 mars 1794, dans la com-
position de la 172' demi-brigade .
Le régiment Royal-Hesse-Darmstadt avait eu la
prévôté et dix-huit drapeaux . Le drapeau-colonel
portait une image de la Conception au centre de sa
croix . Les drapeaux d'ordonnance avaient la croix
semée de fleurs de lys d'or et les quartiers bleu
d'azur . Ils étaient entourés d'une large bordure bleu
et blanc en losanges alternatifs .
Au temps où il portait le titre de Royal- Bavière ,
le régiment avait habit complet bleu , parements ,
collet et revers de panne noire , doublure blanche ,
pattes ordinaires garnies de quatre boutons et bou-
tonnières blanches de deux en deux , dix boutons et
boutonnières blanches de deux en deux sur les deux
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 279

côtés de l'habit , dix boutonnières blanches de

chaque côté de la veste , chapeau bordé d'argent . De


1775 à 1780 , il se distingua des autres corps alle-
mands par le collet , les revers et les parements
noirs . L'ordonnance du 15 avril 1780 lui attribua la
couleur distinctive capucine.
280 HISTOIRE

TROUPES PROVINCIALES,

Dans les dernières années de la vieille monarchie,


les milices , soumises à une organisation régulière ,
étaient comprises dans l'état militaire de la France.
Elles formaient la réserve des régiments entretenus
de l'infanterie , et elles prenaient rang, comme corps,
suivant la date de l'institution définitive de leur ser-

vice , entre le régiment allemand Royal de Hesse-


Darmstadt et le régiment suisse de Salis- Marschlins .
En 1789 , lorsque le régiment du Roi et le régiment
Royal de l'Artillerie marchaient encore à leur rang
d'ancienneté , les troupes provinciales avaient dans
la série des corps de l'infanterie le numéro 97 , et
portaient ce numéro sur leurs boutons . C'est pour-
quoi nous leur consacrons une courte notice .
La milice , dans le sens particulier que ce mot
comporte ici, a toujours existé en France . Elle pré-
sentait assurément le mode le plus naturel et le plus
moral de pourvoir à la sûreté et à la défense du
pays , puisqu'elle n'est que l'impôt du dévouement
et du courage acquitté par les intéressés eux-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 281

mêmes ; mais cette vérité , si généralement acceptée


aujourd'hui , qu'elle sert de base au recrutement de
la plupart des armées de l'Europe , est restée voilée
jusque dans ces derniers temps .
La milice, après avoir été , sous les premières races
de nos rois ainsi qu'à Rome , l'élément principal des
armées , est tombée dans le mépris au moyen âge
par suite de la position abjecte que la féodalité avait
faite à la masse des populations . Sous le règne des
rois absolus , la vérité commence à se faire jour par-
fois dans les moments de grand péril ; mais habi-
tuellement la monarchie fait peu de cas ou se méfie
de la milice , la relègue à l'arrière-plan , et s'en dé-
barrasse aussitôt qu'elle le peut.
Les grandes et désastreuses guerres de la succes-
sion d'Espagne , de la succession d'Autriche et de
Sept Ans , où les milices viennent remplacer sur les
champs de bataille les vieux régiments écrasés sans
possibilité de se recruter , font enfin ouvrir les yeux ,
et , l'esprit philosophique aidant , on commence à
admettre qu'un grand pays comme la France , en
butte à la jalousie de puissants voisins , contraint de
prendre parti dans toutes les affaires de l'Europe , ne
peut pas se contenter d'une armée de volontaires ,
recrutés à prix d'argent parmi les hommes sans état
ou sans famille , mais qu'il doit aussi appeler à sa
défense des soldats qui combattront à la fois pour
leur patrie et pour leurs foyers , et qui auront tou-
jours derrière eux des fils ou des frères prêts à
282 HISTOIRE

prendre leur place . De là l'organisation d'une se-


conde armée, dite provinciale , à côté de l'armée en-
tretenue . La révolution achève l'œuvre , fond ces
deux armées l'une dans l'autre , et fait prévaloir pour
jamais le principe de la milice, c'est-à-dire le recru-
tement régulier et national de la force publique .
Nous ne reviendrons point sur ce que nous avons
déjà dit des milices des communes , des francs-
archers et des légionnaires . Les quarante années de
guerre civile qui terminèrent le xvr° siècle, en met-
tant à tout le monde les armes à la main , firent dis-
paraître ces premières organisations de la milice . Il
ne restait debout , au temps de Henri IV, que les
gardes bourgeoises de quelques cités considérables.
Les choses demeurèrent en cet état jusqu'au règne de
Louis XIV. On n'eut même plus recours que très-
rarement et partiellement à l'appel du ban et de
l'arrière-ban de France , qui était regardé désormais
comme une mesure inapplicable ou même dange-
reuse . Dans les cas de péril urgent , on eut recours à
un autre procédé , dont on s'était de tout temps
contenté 'pour le service alors peu honoré de l'ar-
tillerie .

En 1597 , Sully donne le premier exemple d'une


réquisition directe de miliciens . Les Espagnols ve-
naient de se jeter sur la Picardie et de surprendre
Amiens. Il fait un appel aux trois provinces de Nor-
mandie , d'Isle-de-France et d'Orléanais, qui se trou-
vaient le plus immédiatement menacées , et demande
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 283

à chacune d'elles un régiment de 1,550 hommes de


pied.
Dans une circonstance tout à fait semblable , après
la prise de Corbie , en 1636 , Richelieu fait fournir
par la ville de Paris un régiment de 3,000 hommes .
Louvois généralise l'idée de ces deux grands mi-
nistres . En 1667 , quand Louis XIV veut faire valoir
les droits qu'il tient de sa femme , Marie-Thérèse , à

une partie de la succession de Philippe IV, le gou-


vernement fait un appel aux paysans et aux artisans ,
et il exige de chaque paroisse un nombre d'hommes
fixé d'après le nombre des feux. Ces miliciens, enrô-
lés pour deux ans , volontairement ou par voie du

sort, devaient être armés , équipés et payés aux frais


des paroisses . Ces levées furent exécutées dans toutes
les généralités par les soins des intendants de pro-
vinces , mais les miliciens ne furent point mis en
route .

Quand vint la ligue d'Augsbourg , Louvois fit


rendre les ordonnances des 5 et 29 novembre 1688 ,
qui appelèrent 25,000 miliciens sous les drapeaux ,
et , le 1er janvier 1689 , ces 25,000 hommes furent
formés en 35 régiments d'un seul bataillon . Le
nombre de ces corps fut successivement porté à 100 .
Ils prirent rang dans l'infanterie , suivant la date de
leur création , et furent désignés par le nom de leurs
colonels suivi du mot milices. Les officiers avaient
été choisis parmi les gentilshommes retirés du ser-
vice , et la plupart des emplois de sergents et de
284 HISTOIRE

caporaux avaient été donnés à d'anciens soldats . Ces


régiments étaient destinés à remplacer les vieilles
troupes dans les places ; mais les nécessités de la
guerre les conduisirent presque tous sur le champ
de bataille , et quelques-uns trouvèrent l'occasion de
se distinguer aux petites armées des Alpes et du
Roussillon . La victoire de la Marsaglia fut en grande
partie due à la fermeté déployée par douze de ces
bataillons de miliciens.
La paix de Riswick fit réformer les régiments de
milices ; mais le parti qu'on avait tiré de ces paysans
donna lieu de penser qu'ils étaient susceptibles ,
comme d'autres, de faire de bons soldats, et un grand
nombre d'entre eux furent versés dans les cadres

épuisés des vieux régiments pour les recompléter.


Cette mesure nouvelle et arbitrairement appliquée
à des hommes qui n'avaient été enrôlés que pour
deux ans, et qui espéraient au moins qu'on les lais-
serait retourner dans leurs foyers à la fin des hosti-
lités , produisit pour le moment de fâcheux effets , en
introduisant dans les vieux corps l'esprit d'indisci-
pline et l'habitude de la désertion , et l'on se promit
de remédier à l'avenir à cet inconvénient. Les cir-
constances extraordinaires dans lesquelles la France
se trouva placée pendant la guerre de la succession
d'Espagne , fit tomber dans une autre .
Une ordonnance du 26 janvier 1701 prescrivit la
levée de cinquante - sept bataillons de miliciens dé-
signés par le sort et enrôlés pour la durée de la
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 285

guerre . Ces bataillons devaient porter à deux un pa-


reil nombre de régiments entretenus qui n'avaient
qu'un seul bataillon . Cette mesure était bonne,
parce que dès cette époque on avait l'habitude de
faire rouler les compagnies entre les divers ba-
taillons d'un même régiment , suivant le rang de
leurs capitaines, et que par conséquent il y eut entre
les bataillons partage égal des compagnies anciennes
et nouvelles , des vieux soldats et des miliciens . Mais
le danger du pays croissant et nécessitant de nou-
velles augmentations de l'armée active , au lieu de
porter les régiments à trois et à quatre bataillons ,
on préféra , pour des motifs complétement étran-
gers au bien public, créer un nombre insensé de
nouveaux régiments d'un seul bataillon , unique-
ment composés de miliciens , commandés par des
officiers improvisés et à peine encadrés par quelques
soldats, qui avaient été provoqués à déserter les dra-
peaux des anciens corps par l'appât d'une meilleure
position dans les nouveaux . Le nombre des régi-
ments et des états-majors ainsi formés de 1701 à
1706 s'est élevé à 143. A partir de l'année 1706,
les miliciens que l'on continua d'appeler, servirent
à combler les vides creusés par la guerre dans les
243 régiments d'infanterie française que la nation
était alors obligée d'entretenir , sans compter les
corps étrangers .
Cette rude expérience n'amena point une réforme
radicale du principe de recrutement de l'armée : il
286 HISTOIRE

y avait encore trop de préjugés , d'habitudes et d'in-


térêts particuliers qui s'opposaient à cela . Cepen-
dant il demeura établi que la milice était la réserve
de l'armée, le grenier où celle-ci devait s'alimenter
lorsque les enrôlements volontaires seraient insuffi-
sants . Or, ceux-ci , par suite du développement de
l'industrie , du commerce et de toutes les branches
de la vie civile , devinrent bientôt tellement rares
que les officiers n'obtinrent plus de semestre que
sous la condition de ramener au corps un nombre
de recrues proportionné à leur grade et à la durée
de leur absence . Un lieutenant , qui voulait passer
chez lui les six mois d'hiver, devait fournir deux
hommes en rentrant, sous peine de perdre sa demi-
solde . Cet usage , qui s'est perpétué jusqu'à la révo-
lution, et les singulières missions confiées aux ser-
gents recruteurs dans les cabarets et autres mauvais
lieux, prouvent qu'au xvin siècle , les enrôlements
volontaires ne suffisaient déjà plus à l'entretien de
l'armée sur le pied de paix . C'était donc désormais
aux milices à fournir l'augmentation du pied de
guerre, et il devenait indispensable d'organiser les
milices dans cette prévision.
Après la courte guerre de 1719 , pour laquelle le
régent avait fait lever 23,400 hommes destinés à
compléter les régiments d'infanterie, le Conseil su-
périeur de la guerre s'occupa sérieusement d'orga-
niser d'une manière régulière et permanente le ser-
vice des milices, et , le 25 février 1726 , parut une
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 237

ordonnance royale qui créait 93 bataillons de douze


compagnies chacun et leur faisait prendre rang dans
l'infanterie.
A partir de ce moment, les levées de miliciens
deviennent annuelles . On y procède par la voie du
sort, en laissant aux appelés la faculté de se racheter
ou de se faire remplacer ; mais les hommes inscrits
définitivement sont punis de mort s'ils ne répondent
pas aux convocations qui leur sont faites. Les mili-
ciens constituent une armée de réserve, astreinte en
temps de paix à se rassembler une fois l'an , et des-
tinée en temps de guerre à alimenter les cadres de
l'infanterie de ligne et au besoin à suppléer celle-ci ,
notamment dans la garde des places. Ces nouvelles
troupes sont fournies de tout par le roi , et elles sont
payées sur le pied des autres troupes d'infanterie, à
commencer du jour où elles sont assemblées en ba-
taillons.

En 1733 , au moment où la France prend parti


dans la guerre de la succession de Pologne, le nom-
bre des bataillons de milices est porté à 123. Afin
d'éviter la création d'offices nouveaux qui ne pour-
raient être donnés qu'à des gentilshommes inexpé-
rimentés, ces bataillons ne sont plus que de six com-
pagnies de cent hommes chacune . L'ensemble du
corps présente un effectif de 77,700 hommes , dont
3,900 officiers .

En 1734, 80 de ces bataillons forment 40 régi-


ments à deux bataillons. Les autres restent séparés
288 HISTOIRE

et font le service des garnisons de l'intérieur . Cette


organisation régimentaire donne lieu à la création
des grenadiers miliciens.
A la paix de 1736 , les milices sont réorganisées
en 100 bataillons, un par généralité . Ce nombre est
porté à 112 en 1741 par l'adjonction de 3 bataillons
de la ville de Paris et de 9 bataillons de la Lorraine .
En 1742 , 36,000 miliciens vont remplacer en
Bohême les soldats moissonnés par la guerre . Cette
mesure est renouvelée les années suivantes.

Le 30 janvier 1744, les bataillons de milices de


Mirecourt et de Neufchâteau forment deux régiments
de ligne sous les titres de Royal- Lorraine et Royal-
Barrois, ce qui réduit le nombre des bataillons de
milices à 110.

Le 10 avril 1745 , d'après le conseil du maréchal


de Saxe, les 110 compagnies de grenadiers sont
réunies et forment onze régiments de 10 compagnies ,
qui prennent le titre de Grenadiers royaux , auquel
s'ajoute pour chacun d'eux le nom du colonel ( 1 ) .
Le 28 janvier 1746 , ces corps qui avaient admirable-
ment servi pendant la campagne précédente, sont
doublés et portés à deux bataillons par la création et
l'adjonction d'un pareil nombre de compagnies de

(1) Voici les noms que portèrent d'abord ces onze régiments :
Grenadiers royaux d'Espagnac , de Bruslard , de Modène , de Coincy,
de Châtillon , de Latour, de Valfonds, d'Aulan , de Chabrillant, de
Longaunay et de Solar. On trouvera des détails sur ces corps au
VIIIe volume .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 289

grenadiers postiches , c'est-à-dire


d'hommes de
choix , destinés , après avoir fait leurs preuves , à
monter aux places de grenadiers en pied .
Ces régiments de grenadiers royaux , qui se firent
une brillante réputation dans la guerre de la succes-
sion d'Autriche , n'étaient assemblés que pendant la
durée des campagnes , et présentaient alors un effec-
tif de dix à douze mille hommes . Pendant les quar-
tiers d'hiver , les compagnies rentraient dans les ba-
taillons de milices qui les avaient fournies .
La paix d'Aix -la-Chapelle n'apporta point de mo-
difications à cette organisation. Les régiments Royal-
Lorraine et Royal-Barrois redevinrent les bataillons
de milices de Neufchâteau et de Mirecourt , et le
corps demeura composé de 112 bataillons, fournis-
sant toujours onze régiments de grenadiers royaux .
Le 13 avril 1756 , les milices des pays de Béarn ,
de Navarre et de Labour , reçurent une organisation
à part, et furent constituées en deux bataillons de
treize compagnies pour servir dans leur pays exclu-
sivement. Le 1er mai suivant , on appliqua la
même mesure aux milices du Roussillon , qui for→
mèrent le régiment de Perpignan de deux bataillons
de dix compagnies chacun, et trois bataillons sé-
parés, forts ensemble de trente-six compagnies , pour
la garde des autres places de cette frontière (1) .

(1) Il faut ajouter à cette énumération la compagnie de M. de


Montboissier chargée exclusivement de la garde des îles Sainte-
HIST. DE L'ANC. INFANTERIE FRANÇAISE. T. VH. 19
290 HISTOIRE

Le 20 mars 1757 , les régiments Royal-Lorraine


et Royal-Barrois sont rétablis par la réunion deux à
deux de quatre bataillons des milices de la Lorraine .
Un des bataillons de Paris demeure affecté au ser-
vice spécial de la capitale . Ces diverses formations
réduisent à 100 le nombre des bataillons de milices
ordinaires.
L'ordonnance du 1er novembre de la même année

règle la composition de ces bataillons à dix compa-

Marguerite et Saint- Honorat, et les troupes boulonnaises , composées


de six régiments d'infanterie de treize compagnies, et de quelques
escadrons de dragons , qui étaient entretenus par la province elle-
même en vertu et comme compensation d'anciens priviléges .
Il y avait encore, en dehors des milices ordinaires, les milices
garde-côtes, qui dépendaient du ministère de la marine et dont les
chefs prenaient l'attache du grand amiral de France . Les milices
garde-côtes étaient composées de tous les habitants de 16 à 60 ans,
non-classés, des paroisses à portée du littoral . Ces paroisses étaient
exemptes de fournir des hommes pour les milices de terre.
Chaque province maritime était divisée en capitaineries, com-
mandées par des capitaines- généraux , et fournissaient des compa-
gnies actives et des compagnies de guet. Les compagnies actives
se composaient d'un capitaine, un lieutenant, deux sergents, trois
caporaux, trois anspessades, un tambour et quarante et un soldats,
dont vingt-cinq canonniers. Les compagnies de guet, astreintes seu-
lement à un service d'observation , comprenaient l'excédant de la
population civile .
Les hommes appartenant aux compagnies actives ne pouvaient,
pendant cinq ans , s'absenter plus de huit jours de leur paroisse sans
permission de leurs supérieurs , sous peine de voir augmenter le
nombre d'années de leur service.
Dans certaines provinces maritimes, il y avait aussi des compa
gnies de dragons garde-côtes .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 291

gnies de 85 hommes, dont huit de fusiliers , une de


grenadiers en pied et une de grenadiers postiches.
Les compagnies de grenadiers continuent de s'as-
sembler , en temps de campagne, pour composer
onze régiments de grenadiers royaux de dix-huit à
vingt compagnies.
Pendant la guerre de Sept Ans, on tira de chaque
bataillon de milices , outre les grenadiers , deux
compagnies de fusiliers , dont la réunion produisit
vingt-et-un bataillons actifs . Les six autres compa-
gnies de fusiliers devinrent les dépôts de recrute-
ment des régiments d'infanterie française portant les
noms des provinces auxquelles appartenaient ces ba-
taillons de milices.
Les miliciens prirent une part très-grande à cette
guerre. C'est le moment de leur gloire. En 1761 , il

y en avait 75,000 sous les armes . Les grenadiers


royaux furent les dignes émules de leurs camarades
de l'arinée de ligne et opérèrent une véritable révo–
lution dans l'opinion publique . Ces paysans qui ,
contre toutes les idées reçues , se montrèrent si
braves , si disciplinés, si pénétrés de l'esprit mili-
taire, devinrent les héros de la mode, et madame de
Pompadour, qui donnait le ton à la cour, n'eut de
repos qu'après qu'on lui eut fait voir des grena-
diers royaux .

Ce légitime succès ne préserva cependant point les


grenadiers royaux de la réforme ; peut-être même
fut-il la vraie cause de leur licenciement, effectué par
292 HISTOIRE

suite de l'ordonnance constitutive du 10 décembre


1762. Les milices se trouvèrent alors ramenées à ce
qu'elles étaient vingt ans auparavant . Le nombre de
leurs bataillons fut fixé à 105 , et la durée du ser-
vice des hommes inscrits portée de six à huit ans .
Les choses demeurèrent en cet état jusqu'en 1771 .
Le 4 août de cette année parut une ordonnance
royale , dont le préambule est ainsi conçu :
Sa Majesté, connaissant la fidélité et le mérite des
services rendus par le corps de la milice, et parti-
culièrement par les grenadiers royaux , dans les deux
dernières guerres ... s'est déterminée à lui donner
une constitution plus solide et plus rapprochée de
celle de son infanterie, en réunissant plusieurs ba-
taillons pour en former des Régiments provinciaux.
Par suite de cette ordonnance , le bataillon de
Saint-Brieuc fut supprimé, et les 104 bataillons res-
tants furent organisés en 47 régiments provinciaux ,
dont 12 à trois bataillons, 33 à deux et 2 à un seul
bataillon, qui prirent rang dans l'infanterie de l'ar-
mée devant les corps créés depuis le 25 février 1726.
Le nombre des compagnies par bataillon fut fixé
à huit, une de grenadiers royaux, une de grenadiers
provinciaux et six de fusiliers .
L'uniforme donné aux troupes provinciales se
composa, d'habit , revers, doublure , veste et culotte
blancs ; collet et parements bleu de roi ; poches en
travers à quatre boutons, les deux du milieu rap-
prochés ; six petits boutons au revers, disposés de
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 293

deux en deux ; quatre gros au -dessous du revers et


autant sur le parement , aussi de deux en deux ; bou-
tons blancs timbrés du numéro 86, et, au-dessous, du
numéro d'ordre du régiment ; chapeau bordé d'ar-
gent.

Voici les noms de ces 47 régiments provinciaux ,


le rang qu'ils occupaient entre eux, les bataillons
dont ils étaient formés , et leurs colonels.

PÉRONNE, formé des bataillons d'Amiens, de Péronné et


d'Abbeville ; colonel , le comte de Caulaincourt.

CHALONS, formé des bataillons de Châlons, Saint - Dizier et


Mazarin ; colonel , le comte de Monteynard , remplacé en 1774
par le marquis de Beaumont d'Auty.

TROYES, formé des bataillons de Troyes et Chaumont ;


colonel, le marquis des Réaulx.

ROUEN, formé des bataillons de Rouen, Vernon et Gisors ;


colonel, le marquis d'Estampes .

PONT-AUDEMER, formé des bataillons de Pont-Audemer


et Neufchâtel ; colonel, le comte de Coeli , remplacé en 1773
par le comte de Montsorreau.

CAEN , formé des bataillons de Caen , Saint-Lô et Vire ;


colonel, le chevalier de La Luzerne .

ALENÇON , formé des bataillons d'Alençon et Mortagne ;


colonel, le marquis de Pardieu .
294 HISTOIRE

ARGENTAN, formé des bataillons d'Argentan et Falaise ;


colonel, le vicomte de Vibraye . Supprimé en 1774.

MOULINS, formé des bataillons de Moulins et Montluçon ;


colonel, le marquis de Murat.

CLERMONT, formé des bataillons de Clermont et Brioude ;


colonel, le comte de La Queuille .

LILLE, formé des bataillons de Lille et Valenciennes ; colo-


nel, le chevalier de Croix .

MONTAUBAN , formé des bataillons de Figeac , Cahors et


Rodèz ; colonel , le comte de Carles.

AUCH, formé des bataillons d'Auch, Saint-Gaudens et Saint-


Sever ; colonel, le marquis de Faudoas.

BORDEAUX , formé des bataillons de Nérac et Villeneuve-


d'Agen ; colonel , de Bonsol.

MARMANDE , formé des bataillons de Marmande et Libourne ;


colonel, le marquis d'Espagne .

PÉRIGUEUX, formé des bataillons de Périgueux et Bergerac;


colonel, le chevalier de Talleyrand , remplacé en 1773 par le
marquis de La Roche-Aymon .

POITIERS, formé des bataillons de Poitiers , Saint-Maixent


et Fontenay ; colonel , le marquis de Saint - Simon , remplacé
en 1775 par le marquis de Caupenne .

LYON, formé des bataillons de Montbrison et Tarare ; colo-


nel, le marquis de Crémeaux d'Entragues.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 295

LA ROCHELLE, formé du bataillon de Saint-Jean-d'Angély;


colonel, le marquis de Thémines.

TOURS, formé des bataillons de Tours, Saumur et Angers ;


colonel, le marquis de Lescourt.

LE MANS, formé des bataillons du Mans et Mayenne ; colo-


nel, le comte d'Esnos.

VALENCE, formé des bataillons de Valence et Romans ;


colonel, le marquis de Bayanne , remplacé en 1773 par le mar-
quis de La Tour du Pin-Montauban.

VILLE DE PARIS, formé du bataillon de la Ville Paris ;


colonel, le marquis de Saint-Laurent.

SENLIS , formé des bataillons de Senlis et Saint-Denis ; colo-


nel, le comte de Chevigné.

MANTES, formé des bataillons de Mantes et Corbeil ; colo-


nel , le comte du Puget.

SENS, formé des bataillons de Joigny et Provins ; colonel ,


le comte d'Ailly.

SOISSONS, formé des bataillons de Soissons, Laon et Noyon ;


colonel, le chevalier de La Noüe .

LIMOGES, formé des bataillons de Limoges et Angoulême ;


colonel , le comte de Brassac .

BLOIS, formé des bataillons de Blois et Orléans ; colonel ,


le marquis de Bullion.
296 HISTOIRE

MONTARGIS , formé des bataillons de Chartres et Montargis ;


colonel, le marquis d'Usson , remplacé en 1774 par le marquis
de La Suze.

RENNES, formé des bataillons de Rennes et Dinan ; colo-


nel le marquis de Lanjamet.

NANTES, formé des bataillons de Nantes et Redon ; colonel,


le marquis du Penhoët.

VANNES, formé des bataillons de Vannes et Carhaix ; colo-


nel, le vicomte du Coëtlosquet.

NANCY, formé des bataillons de Nancy et Sarreguemines ;


colonel, le comte de Ludre .

BAR-LE-DUC, formé des bataillons de Bar-le-duc et Etain ;


colonel, le comte du Hautoy.

VERDUN, formé des bataillons de Metz et Verdun ; colonel,


le comte de Gournay.

ARRAS , formé des 1er et 2 bataillons d'Arras; colonel , le


comte de Lannoy .

CHATEAUROUX , formé des bataillons de Bourges et Châ-


teauroux ; colonel, le marquis de Bartillat.

COLMAR, formé des bataillons de Strasbourg et Colmar ;


colonel, le baron de Würmser.

DIJON, formé des bataillons de Dijon et Semur ; colonel, le


chevalier de Damas .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 297

AUTUN, formé des bataillons d'Autun , Châlon et Bourg ;


colonel, le chevalier de Montchat.

MONTPELLIER, formé des bataillons de Montpellier , Béziers


et Carcassonne ; colonel , le marquis de Crillon .

ALBY, formé des bataillons d'Alby et Castelnaudary; colo-


nel, le chevalier de Mesmes .

ANDUZE, formé des bataillons d'Anduze et Privas ; colonel,


le comte de Joviac.

SALINS, formé des bataillons de Salins , Dôle et Lons-le-


Saunier ; colonel, le marquis de Divonne.

VESOUL, formé des bataillons de Vesoul et Ornans ; colo-


nel, le comte de Locmaria.

AIX, formé des 1er et 2 bataillons d'Aix ; colonel, le comte


de Piles.

La même ordonnance du 4 août 1771 licenciait

le régiment des Grenadiers de France, et pour le rem-


placer, réunissait les 104 compagnies de grenadiers
royaux des régiments provinciaux en onze régiments
de grenadiers royaux , qui avaient le pas sur le reste
des troupes provinciales .

Voici sur ces corps quelques détails propres à les


caractériser :

Régiment des grenadiers royaux de la GUYENNE, distingué


par une épaulette bleue ; formé de dix compagnies doubles tirées
298 HISTOIRE

des régiments provinciaux d'Auch , de Bordeaux , de Marmande,


de Périgueux et de la Rochelle ; colonel , le comte de Par-
daillan.

Régiment des grenadiers royaux du POITOU , distingué par


une épaulette garance ; formé de dix compagnies tirées des ré-
giments provinciaux de Tours , de Poitiers , du Mans et de
Limoges ; colonel , le marquis de La Rochefoucauld -Bayers.

Régiment des grenadiers royaux du DAUPHINÉ , distingué


par une épaulette violette ; formé de dix compagnies tirées des
régiments provinciaux de Moulins, de Clermont, de Lyon , de
Valence et d'Aix ; colonel , le marquis du Blosset, remplacé en
1773 par le marquis de Bayanne.

Régiment des grenadiers royaux de L'ISLE DE FRANCE ,


distingué par une épaulette aurore ; formé de neuf compagnies
tirées des régiments provinciaux de Senlis, de Mantes , de Joi-
gny, de Paris et de Lille ; colonel, le comte de Miromesnil.

Régiment des grenadiers royaux du SOISSONNAIS , distin-


gué par une épaulette blanc et bleu mélangés ; formé de huit
de
compagnies tirées des régiments provinciaux de Châlous ,
Troyes et de Soissons ; colonel , le marquis d'Aigremont.

Régiment des grenadiers royaux de l'ORLÉANAIS , dis-

tingué par une épaulette verte ; formé de dix compagnies tirées


des régiments provinciaux d'Alençon , d'Argentan , de Blois ,
de Montargis et de Châteauroux ; colonel , le marquis de La
Roche - Lambert.

Régiment des grenadiers royaux de la BRETAGNE , distin-


DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 299

gué par une épaulette noire; formé de neuf compagnies tirées


des régiments provinciaux de Rennes, de Nantes , de Varines
et de Caen ; colonel, le comte du Plessis d'Argentré , remplacé
en 1774 par le chevalier d'Argentré .

Régiment des grenadiers royaux de la LORRAINE , distingué


par une épaulette rouge et blanc mélangés ; formé de huit
compagnies tirées des régiments provinciaux de Colmar, de
Nancy , de Bar-le-Duc et de Verdun ; colonel , le comte
d'Hoffelize .

Régiment des grenadiers royaux de l'ARTOIS ; distingué


par une épaulette jaune et blanc mélangés ; formé de dix
compagnies tirées des régiments provinciaux de Rouen , de

Pont-Audemer, de Péronne et d'Arras ; colonel, de Méhégan.

Régiment des grenadiers royaux du LANGUEDOC , dis-


tingué par une épaulette rouge et noir mélangés ; formé de
dix compagnies tirées des régiments provinciaux de Montauban ,
de Montpellier, d'Anduze et d'Alby ; colonel, le comte de
La Barthe.

Régiment des grenadiers royaux du COMTÉ DE BOURGO-


GNE, distingué par une épaulette vert et blanc mélangés ; formé
de dix compagnies tirées des régiments provinciaux de Dijon,
d'Autun, de Salins et de Vesoul ; colonel, le marquis de Mau-
roy, remplacé en 1773 par le comte de Cœli .

En 1772 , le régiment de Buttafuoco , levé en Corse


en 1769 , devint le provincial de la Corse . Ce corps ,
dont le commandement fut alors donné à M, de Gaf-
300 HISTOIRE

forio, puis à M. de Costa et à Raphaël Casabianca


en 1789 , a toujours eu une existence séparée , bich
qu'il comptât dans les troupes provinciales .

En 1773 , on organisa les six nouveaux régiments


provinciaux qui suivent .

ABBEVILLE, formé des bataillons d'Abbeville et de Gisors,


prend le numéro 2 après Péronne ; colonel , le vicomte Le
Veneur.

RODEZ, formé des bataillons de Rodèz et de Milhau , prend


lé numéro 13 après Montauban ; colonel, le marquis d'Angosse .

SAINT-MAIXENT, formé des bataillons de Saint - Maixent


et Parthenay , prend rang après Poitiers ; colonel, le chevalier
de Cossé. Incorporé en 1774 avec Poitiers.

LAON , formé des bataillons de Laon et Mazarin , prend


rang après Soissons ; colonel , le marquis de Chavigny . Sup-
primé en 1774.

BÉZIERS , formé du bataillon de Béziers , prend rang


après Montpellier ; colonel, le marquis du Cayla . Supprimé
en 1774 .

DOLE , formé du bataillon de Dôle , prend rang après Sa-


lins ; colonel, le marquis d'Apchon . Supprimé en 1774.

Ces formations s'effectuèrent au moyen de huit ba-


taillons tirés des autres régiments provinciaux , et de
deux bataillons créés pour cet objet . Il y eut par suite,
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 301

dans les circonscriptions territoriales affectées à


chaque régiment , quelques modifications de peu
d'importance, qu'il est inutile de relater ici.
On créa en même temps un 12 régiment de gre-
nadiers royaux , qui prit le nom de
Régiment des grenadiers royaux de la TOURAINE , distin-
gué par une épaulette rouge et vert mélangés ; formé de huit
compagnies tirées des régiments provinciaux de Tours, du
Mans et de Limoges ; colonel, le marquis du Blosset ,
Le comte de Saint-Germain , l'introducteur en
France de la discipline allemande, ne pouvait pas
être le partisan des régiments provinciaux, dont la
conduite demandait, en temps de paix , certains mé-
nagements : il les supprima le 15 décembre 1775 .
Au commencement de la guerre d'Amérique , par
l'ordonnance du 30 janvier 1778 , les 106 bataillons
de troupes provinciales reçurent une nouvelle et der-
nière organisation .
Vingt - six bataillons composèrent treize régiments
à deux bataillons , savoir : sept regiments provinciaux
d'artillerie, destinés à doubler les sept régiments du
Corps royal et à servir de préférence le canon de ba-
taille ; cinq régiments d'État-major annexés au corps
du Génie , pour exécuter en campagne les travaux que
comportent la marche et le campement des troupes ,
l'attaque et la défense des places ; enfin le régiment
de la Ville de Paris, ayant dans ses attributions une
partie du service de la police municipale , la garde
des théâtres et établissements publics.
302 HISTOIRE

A ces treize régiments s'ajoutait le régiment pro-


vincial de l'île de Corse , qui comptait à part.
Les quatre-vingts bataillons restants étaient atta-
chés , comme bataillons de garnison , aux soixante-
dix-neuf régiments d'infanterie française . Le régi-
ment du Roi , qui avait conservé quatre bataillons ,
eut deux bataillons de garnison , qui devaient au be-
soin former par leur réunion le régiment provincial
du Roi (1) .

Voici sur ces divers corps , que nous plaçons dans


leur ordre de préséance , les détails qu'il nous semble
utile de connaître :

Régiment provincial d'artillerie de LA FÈRE , formé des


bataillons de Châlons et de Saint-Dizier ; colonels : comte

(1) L'uniforme resta tel qu'il avait été réglé en 1771. Seulement
le régiment de la Ville de Paris se distingua des autres par le re-
vers et le collet bleu céleste avec le bouton jaune timbré du nu-
méro 98. Les boutons des bataillons de garnison portaient le même
numéro que ceux des régiments d'infanterie auxquels ils étaient
attachés. On a déjà vu que les boutons des régiments provinciaux
d'artillerie et des régiments d'état- major reproduisaient en blanc
les boutons des corps de l'artillerie et du génie .
Le provincial corse avait une veste longue de drap brun , tenant
lieu d'habit, fermée par derrière , les basques de devant relevées et
agrafées à la poche, petits parements de drap vert fermés par trois
boutons, revers et collet de drap vert, doublure brune, gilet vert,
ceinture à la corse ; culotte verte descendant à trois doigts au-des-
sous du jarret, guêtres de peau jaune; chapeau corse retroussé du
côté du bouton ; boutons blancs; fusil de chasse sans baïonnette ,
pistolet et giberne à la ceinture, sabre en baudrier.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 303

de Joviac en 1778, comte d'Esnos en 1780, comte de Cunchy


de Fleury, en 1788.

Régiment provincial d'artillerie de METZ, formé des ba-


taillons de Metz et de Verdun ; colonels : marquis de Pardieu
en 1778, marquis du Guesclin en 1780, chevalier de La Noue
en 1783 , marquis de La Bretèche en 1784 , marquis de Redon
en 1788.

Régiment provincial d'artillerie de SANÇON, formé des


bataillons de Dijon et Semur ; colonels : comte de Caulain-
court en 1778, marquis de Gayon en 1780, comte d'Aunay
de Rosambo en 1784 , marquis de Vassan en 1786 , comte
de Lanjamet en 1788 .

Régiment provincial d'artillerie de GRENOBLE , formé


des bataillons de Valence et Romans ; colonels : marquis de
Sorans en 1778 , comte de Bardonnenche en 1779 , comte
d'Oraison en 1784.

Régiment provincial d'artillerie de STRASBOURG , formé


des bataillons de Strasbourg et Colmar ; colonels : comte de
Chevigné en 1778 , comte de Lardenoy en 1787.

Régiment provincial d'artillerie d'AUXONNE , formé des


bataillons de Châlons et Autun ; colonels : comte d'Ailly en
1778 ", comte d'Erhard en 1788.

Régiment provincial d'artillerie de TOUL , formé des ba-


taillons de Vesoul et Ornans ; colonels : vicomte de Poudenx
en 1778, comte d'Effiat en 1780 , comte d'Aumale en 1787.
304 HISTOIRE

fer Régiment d'ÉTAT- MAJOR , formé des bataillons de


Troyes et Chaumont ; colonels : comte d'Hoffelize en 1778,che-
valier de Plantade en 1779, marquis de Turmel en 1782 , mar-
quis de Champcenetz en 1784, marquis de Valory en 1788.

2º Régiment d'ETAT- MAJOR, formé des bataillons de


Moulins et Montluçon; colonels : baron du Mesnil- Durand
en 1778, chevalier de Cerval en 1779, marquis d'Anselme en
1784.

3 Régiment d'ETAT-MAJOR, formé des bataillons de


Lille et Valenciennes ; colonels : marquis d'Angosse en 1778,
comte de La Grandville en 1780, comte des Ecotais en 1783 ,
comte Robert Dillon en 1788.

4 Régiment d'ETAT-MAJOR, formé des bataillons de


Montbrison et Tarare ; colonels : marquis du Penhoët en
1778, marquis du Lau en 1779, comte de Chapt de Rastignac
en 1784.

5e Régiment d'ETAT-MAJOR, formé des bataillons de


Privas et d'Anduze ; colonels : chevalier de Montchat en
1778, comte de Brancion en 1780, comte de Bryas en 1784.

Régiment de la VILLE DE PARIS, formé de deux batail-


lons de Paris ; colonels : marquis de Saint- Laurent en 1778,
comte de La Bourdonnaye en 1784, comte de Tramain en
1788.

Le bataillon d'Amiens devient le 3 bataillon ou bataillon

de garnison du régiment de Picardie , connu plus tard sous-


le nom de Colonel- Général. Sont attachés de la même
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 305

manière, le 1er bataillon d'Aix à Provence, depuis Picardie ;


le bataillon de Montpellier à Piémont ; le bataillon de Blois à
Blésois , depuis Provence ; le bataillon d'Auch à Navarre ; le
bataillon de Marmande à Armagnac ; le bataillon de Bar -le-
Duc à Champagne ; le bataillon de Nancy à Austrasie ; le
bataillon de Rouen à Normandie ; le bataillon de Pont-
Audemer à Neustrie ; le bataillon de Neufchâtel à La Marine ;
le bataillon de Chartres à Auxerrois ; le bataillon de Limoges
à Bourbonnais ; le bataillon de Périgueux à Forèz ; le bataillon
de Saint-Gaudens à Béarn ; le bataillon de Libourne à Agenois ;
le bataillon de Clermont à Auvergne ; le bataillon de Mon-
targis à Gâtinais, depuis Royal-Auvergne ; le 1er bataillon
d'Arras à Flandre ; le bataillon de Péronne à Cambrésis ; le
bataillon de Nérac à Guyenne ; le bataillon d'Alby à Vien-
nois ; les bataillons de Senlis et de Mantes au régiment du
Roi ; le bataillon de Joigny à Royal ; le bataillon de Laon
à Brie ; le bataillon de Poitiers à Poitou ; le bataillon de
Bergerac à Bresse ; le bataillon de Rodèz à Lyonnais ; le
bataillon du Mans1 à Maine , le bataillon de Caen à Dau-
phin ; le bataillon d'Alençon à Perche ; le bataillon de Saint-
Jean-d'Angély à Aunis ; le bataillon de Bourges à Bassigny ;
le bataillon de Tours à Touraine ; le bataillon de Vannes
à Savoie-Carignan , depuis Angoulême ; le bataillon de Ville-
neuve-d'Agen à Aquitaine ; le bataillon de Mayenne à Anjou ;
le bataillon d'Orléans à Maréchal de Turenne ; le 2º bataillon
d'Aix à Dauphiné ; le bataillon de Saint- Denis à Isle- de-France;
le bataillon de Soissons à Soissonnais ; le bataillon de Saumur
à La Reine ; le bataillon d'Angoulême à Limousin ; le bataillon
de Nantes à Royal -Vaisseaux ; le bataillon de Noyon à Or-
20
HIST . DE L'ANC. INFANTERIE FRANÇAISE, T. VII.
306 HISTOIRE

léans ; le bataillon de Saint-Lô à La Couronne ; le bataillon de


Rennes à Bretagne ; le bataillon de Sarreguemines à Lorraine ;
le 2e bataillon d'Arras à Artois ; le bataillon de Châteauroux à
Berry, depuis Vintimille ; le bataillon d'Abbeville à Hainaut;
le bataillon de Brioude à La Sarre ; le bataillon de Carhaix à
La Fère ; le bataillon de Béziers à Royal-Roussillon ; le ba-
taillon de Salins à Condé ; le bataillon de Milhau à Bourbon ;
le bataillon de Beauvais à Beauvoisis ; le bataillon de Figeac
à Rouergue ; le bataillon de Provins à Bourgogne ; le bataillon
de Redon à Royal-Marine ; le bataillon de Gisors à Verman-
dois ; le bataillon de Carcassonne à Languedoc ; le bataillon de
Mortagne à Beauce ; le bataillon de Saint-Séver à Médoc ; le
bataillon de Castelnaudary à Vivarais ; le bataillon d'Argentan
à Vexin ; le bataillon de Dôle à Royal-Comtois ; le bataillon de
Cahors à Beaujolais ; le bataillon de Dinan à Monsieur ; le
bataillon de Vire à Penthièvre ; le bataillon de Vernon à Bou-
lonnais ; le bataillon de Saint-Maixent à Angoumois ; le ba-
taillon d'Angers à Conți ; le bataillon de Fontenay à Saintonge ;
le bataillon de Parthenay à Foix ; le bataillon de Falaise à
Rohan; le bataillon de Corbeil à Chartres ; le bataillon d'Etain
à Barrois, et le bataillon de Lons-le- Saulnier à Enghien.

La même ordonnance du 30 janvier 1778 recon-


stitua le corps des grenadiers royaux ( 1 ) , qui prit,

(1 ) Les boutons des régiments de grenadiers royaux étaient tim-


brés d'une grenade entourée de cinq fleurs de lys. Au-dessus de la
grenade était le numéro du régiment et au- dessous le numéro des
troupes provinciales dans l'armée.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 307

comme par le passé , la tête des troupes provinciales,


et qui fut organisé en treize régiments ainsi qu'il suit :

Régiment des grenadiers royaux de la PICARDIE , épau-


lette garance ; formé à Lille des compagnies de grenadiers des
bataillons de garnison attachés à Picardie, Cambrésis, Hainaut ,
Vermandois , Flandre et Artois et des deux compagnies du 3º ré-
giment d'État-major ; colonel , vicomte de Béthisy en 1778.

Régiment des grenadiers royaux de la CHAMPAGNE ; épau-


lette bleu de roi et blanc mélangés; formé à Valenciennes des
compagnies de grenadiers des bataillons de garnison attachés
à Brie, Orléans, Neustrie et La Marine , des deux compagnies
du régiment provincial d'artillerie de La Fère , et des deux
compagnies du 1er régiment d'État-major ; colonels comte
de Bévy en 1778, comte de Courcy en 1788 .

Régiment des grenadiers royaux de la NORMANDIE; épau-


lette noire ; formé à Rouen des compagnies de grenadiers des
bataillons de garnison attachés à Perche , Beauce, Vexin , Nor-
mandie, Boulonnais, Dauphin , La Couronne et Penthièvre ;
colonels : marquis de Ménillet en 1778, chevalier de Cerval
en 1784, baron de La -Tour- du- Pin en 1788.

Régiment des grenadiers royaux de la GUYENNE , épau-


lette rouge et bleu de roi mélangés ; formé à Blaye des com-
pagnies de grenadiers des bataillons de garnison attachés à
Guyenne, Aquitaine, Médoc, Forèz, Bresse, Armagnac, Agé-
nois et Aunis ; colonels : marquis du Crest en 1778 , marquis
d'Escayrac en 1789 .
308 HISTOIRE

Régiment des grenadiers royaux du LYONNAIS ; épaulette


violet et blanc mélangés ; formé à Vienne des compagnies de
grenadiers des bataillons de garnison attachés à Auvergne et La
Sarre, d'une compagnie de chacun des régiments provinciaux
d'artillerie d'Auxonne , et de Grenoble et de celles des 2e
et 4º régiments d'État- major ; colonels : marquis de Sorans
en 1778 , comte de Joviac en 1780 , chevalier de Durat
en 1782, comte de Viella en 1788, marquis de La Tourette
en 1789.

Régiment des grenadiers royaux de la TOURAINE ; épau-


lette rouge et vert mélangés; formé à Saumur des compagnies
de grenadiers des bataillons de garnison attachés à Bourbon-
nais, Limousin, Touraine , La Reine, Conti , Maine , Anjou et
Rohan ; colonels comte du Chilleau en 1779 , marquis de
Montecler en 1781 , marquis de Soucy en 1788.

Régiment des grenadiers royaux de l'ISLE-DE - FRANCE ;


épaulette bleu de roi ; formé à Mantes des compagnies de
grenadiers des bataillons de garnison attachés aux régiments
du Roi, d'Isle - de -France , Beauvoisis, Royal, Bourgogne,
Chartres et Soissonnais ; colonels : baron du Mesnil- Durand
en 1778, marquis de Turmel en 1784 .

Régiment des grenadiers royaux de l'ORLÉANAIS ; épau-


lette verte ; formé à Orléans des compagnies des bataillons de
garnison attachés à Blésois, Maréchal de Turenne , Auxerrois,
Gâtinais, Bassigny, Berry, Poitou et Angoumois ; colonels :
marquis de Crémeaux d'Entragues en 1778, baron de Mon-
tesquieu en 1787, marquis de Moges en 1788.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 309

Régiment des grenadiers royaux de la BRETAGNE; épau-


lette violette ; formé à Rennes des compagnies de grenadiers
des bataillons de garnison attachés à Bretagne , Monsieur,
Royal-Vaisseaux, Royal-Marine , Savoie-Carignan, La Fère ,
Saintonge et Foix ; colonels : marquis du Penhoët en 1778,
comte de Noinville en 1788 .

Régiment des grenadiers royaux de la LORRAINE ; épau-


lette aurore; formé à Nancy des compagnies de grenadiers des
bataillons de garnison attachés à Austrasie, Lorraine , Cham-
pagne et Barrois , et de celles des provinciaux d'artillerie de
Strasbourg et de Metz ; colonels : vicomte du Hautoy en 1778,
marquis de Montchat en 1780, comte de La Noüe en 1784,
chevalier de Bassompierre en 1788.

Régiment des grenadiers royaux du LANGUEDOC ; épau-


lette rouge et noir mélangés ; formé à Montpellier des com-
pagnies de grenadiers des bataillons de garnison attachés à
Piémont, Royal - Roussillon , Languedoc, Provence et Dau-
phiné , de celles du 5e régiment d'État-major et d'une du
provincial d'artillerie de Grenoble ; colonels : de Montrosier
en 1778, comte de Bardonnenche en 1784.

Régiment des grenadiers royaux du COMTÉ DE BOUR-


GOGNE ; épaulette vert et blanc mélangés; formé à Besançon
des compagnies de grenadiers des bataillons de garnison atta-
chés à Condé , Royal-Comtois et Enghien , de celles des pro-
vinciaux d'artillerie de Besançon et de Toul et d'une du
provincial d'Auxonne ; colonels de Chamolle en 1778,
310 HISTOIRE

comte de Brancion en 1784, comte de La Tour-du-Pin-


Chambly en 1788.

Régiment des grenadiers royaux du QUERCY; épaulette


bleu-céleste ; formé à Montauban des compagnies de grena-
diers des bataillons de garnison attachés à Viennois , Vivarais,
Rouergue, Beaujolais , Lyonnais , Bourbon , Navarre et Béarn ;
colonels baron de Véron de Laborie en 1778 , chevalier de
Plantade en 1782 , marquis de La Tourette en 1788 , comte de
Viella en 1789.

Tous les régiments provinciaux ont été tenus sur


pied pendant la guerre d'Amérique , et ont rem-
placé dans les garnisons ordinaires de l'infanterie les
régiments de ligne envoyés de l'autre côté de l'Atlan-
tique ou rassemblés sur le littoral du royaume. Plu-
sieurs ont été appelés à faire un service actif sur les
côtes , et tous ont fourni de nombreux volontaires
jaloux de prendre part au succès de la cause des
États-Unis.

Cette vie militaire , prolongée pendant cinq ans


sous des chefs qui tous appartenaient ou avaient ap-
partenu à l'armée , avait donné aux soldats provinciaux
l'habitude des armes et de la discipline. Ainsi s'ex-
plique la facile et excellente composition des premiers
bataillons de volontaires nationaux , qui ne furent , à
vrai dire, sous une autre forme et un autre nom , que
les Troupes provinciales, licenciées par l'Assemblée
nationale le 30 septembre 1789.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 311

REGIMENT DE SALIS-MARSCHLINS.

95e RÉGIMENT D'INFANTERIE .

Fortiter et prudenter.
DEVISE DU CORPS.

COLONELS.

1. Baron DE TRAVERS D'ORSTENSTEIN ( Jean- Victor ) , 1er juin


1734.
2. DE SALIS-SOGLIO (Jean-Gaudence) , 10 juillet 1744.
3. DE SALIS-MAYENFELD (Charles-Ulysse) , 6 décembre 1744 .
4. Baron DE SALIS -MARSCHLINS (Antoine), 12 avril 1762 .

Ce régiment, le 9° suisse , a été créé par ordonnance


du 1 juin 1734. Il fut formé à Belfort pendant le
quartier d'hiver suivant avec des compagnies levées
dans le canton des Grisons. Une compagnie que le
baron de Travers possédait dans le régiment d'Affry
en devint la compagnie colonnelle . Ce corps a tou-
jours été exclusivement grison .
Au mois de mars 1785 , il fut envoyé à Metz , d'où
il détacha à Saarbrück quelques piquets qui prirent
312 HISTOIRE

part aux opérations de l'armée de la Moselle . A la fin


de cette année , le régiment fut mis en garnison à
Lille et Douai , d'où il se rendit à Berghes en 1737 .
Au commencement de la guerre de la succession
d'Autriche , en 1741 , il fut placé à Strasbourg . En
juin 1743 , pendant la retraite de l'armée de Bavière,
on lui confia la garde du pont de Rhein-Turckheim.
En juillet, il quitta l'Alsace pour se rendre au camp
de Labesé dans le haut Dauphiné, et il franchit les
Alpes le 29 septembre . Après une courte expédition ,
dans laquelle ses grenadiers se rendirent maîtres du
château de Pont , il rentra en France par le col de
Saint-Véran .
Le 17 juillet de l'année suivante , le régiment con-
tribue , sous les ordres de Chevert , à l'attaque des
hauteurs de la Gardette , et le lendemain à celle des
inabordables retranchements de Pierrelongue et de
la redoute qui les flanquait . Pendant cette mémorable
affaire, le régiment contint un corps ennemi qui vou-
lait monter au secours de la garnison de la redoute .
Contraint un instant à rétrograder , il dût essuyer à

bout portant tout le feu de la redoute sans pouvoir y


répondre , les brigades de Poitou et de Provence se
trouvant entre cette redoute et lui. Enfin , M. de
Salis-Soglio, nommé colonel depuis huit jours , et
jaloux de se faire connaître de ses soldats , se résout à
tenter un effort pour s'emparer de cet ouvrage ; il
ordonne aux drapeaux de se retirer avec trois piquets
sur une hauteur située à 200 pas en arrière , et s'é-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 313

lance jusqu'au pied des barricades avec le reste de


son régiment. Cet exemple ranime les autres trou-
pes : toutes ensemble fondent sur la redoute , y pé-
nètrent, culbutent la garnison et s'en rendent mai-
tresses . Ce beau succès coûta cher au régiment : le
colonel Salis-Soglio ( 1 ) , les capitaines Salis de Gruges
et Hanschmann et le lieutenant Tanner y Ꭹ trouvèrent
la mort . Avec eux périrent 284 hommes, et 340 fu-
rent blessés ; c'est-à-dire que plus de la moitié du
corps fut mise hors de combat .
Pendant le reste de la campagne , le régiment
garda la communication entre Demont et Guillestre ,
et prit ses quartiers d'hiver , le 1 bataillon à Guil-
lestre , le 2° à Montdauphin et le 3º à Embrun . En
1745 , le régiment fut envoyé dans la vallée de Barce-
lonnette, et il passa une partie de l'été à escorter le
matériel de l'artillerie que l'on conduisait à Montdau-
phin . Au mois de juin , le 3 bataillon alla à Antibes
et les deux autres se remirent en campagne .

Ils se trouvèrent à la prise du col de Cestrières


qu'ils mirent en état de défense , brûlèrent le pont
d'Exiles , et firent des merveilles , le 11 octobre , au
combat de Josseau . Ils y culbutèrent le régiment

(1 ) M. de Travers, nommé brigadier 1er janvier 1740 , mourut


18 avril 1744 et fut remplacé par M. de Salis-Soglio lieutenant-
colonel depuis le 27 septembre 1735. M. de Salis -Mayenfeld , qui
lui succéda, capitaine au corps à la création, est devenu briga-
dier 10 mai 1748, et maréchal de camp 20 février 1761 .
314 HISTOIRE

piémontais de Nice , lui firent 400 prisonniers et lui


enlevèrent deux drapeaux et trois canons . Le régimen
hiverna encore à Embrun et Montdauphin , et en
février 1746 , il se rendit à Toulon et Hyères . Le 1ºr
bataillon franchit le Var en avril et fut bientôt suivi
par les deux autres .

Salis occupa d'abord dans le comté de Nice, les


villes de Menton , Nice et Vintimille . Il fut ensuite à
Finale et à Savone , qui se trouvaient menacées par
suite de la prise d'Asti, et il se trouvait enfin, le 15
août, sous Tortone, aux ordres du marquis de Mire-
poix . Après la bataille du Tidone , il fit sa retraite
par la rivière de Gênes, et fut tous les jours aux prises
avec l'ennemi . Il se distingua particulièrement à la
défense des postes qui couvraient Vintimille, où fut
tué le capitaine de grenadiers de Salis- Soglio , et au
passage de la Turbie . Après avoir encore disputé aux
Austro-Sardes le passage du Var, les 1 et 3° batail-
lons se retirèrent dans les montagnes de Castellane,
et le 2° se jeta dans Antibes où il fut étroitement
bloqué.
Au mois de février 1747 , après la délivrance de la
Provence, Salis laissa un bataillon de 600 hommes à
Hyères et se rendit à Besançon pour y recevoir des
recrues . Il revint au mois de mai dans le Dauphiné
et passa le 1 août dans le comté de Nice où il servit

jusqu'à la paix . Le bataillon laissé à Hyères s'était


embarqué au mois de mars à Toulon pour se rendre
à Gênes. Il arriva le 23 dans cette ville, malgré les
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 315

tempêtes et les croisières anglaises, et prit une part


glorieuse à sa défense.
Le 21 mai, les grenadiers et un piquet du bataillon
aidèrent Royal-Comtois à reprendre le couvent de
la Miséricorde . Le capitaine Antoine de Salis fut tué
dans cette affaire . Le 12 juin , le bataillon était dans
la redoute de Saint-Pierre d'Arena avec Royal -Italien .
L'ennemi fit une attaque générale à sept heures du
soir. Il fut repoussé et se rejeta sur le poste de Bes-
saguia, gardé par des Gênois et des Espagnols . Le
duc de Boufflers, craignant que cette garnison ne fût
forcée, y envoya Salis . Il était temps ; les Espagnols
avaient déjà encloué le canon . Le 28 août , le batail-
lon fut envoyé à Voltri pour empêcher une descente
des Anglais . Le 5 septembre , deux vaisseaux paru-
rent et canonnèrent le camp de Salis , qui reçut 300
boulets . Ce fut là que périt le lieutenant de grena-
diers La Tour, qui s'était couvert de gloire, l'année
précédente, au combat de la Turbie, où , avec vingt
hommes, il avait fait mettre bas les armes à une com-
pagnie du régiment piémontais de La Marine . Le 15
octobre, le bataillon fit partie de l'expédition envoyée
dans le Montferrat pour y lever des contributions. Il
campa vis-à-vis du château de Campo-fredo, où il
paralysa une garnison de 1200 Autrichiens , qui
n'osèrent bouger en sa présence . Il rentra à Gênes
le 24 octobre, et fut embarqué le 28 pour aller à la
Spezzia. Il passa l'hiver à Belvedere et Roccabigliera
sur les frontières de la Toscane .
316 HISTOIRE

Pendant ce temps , les deux autres bataillons occu-


paient la vallée de Lantosca dans le comté de Nice .
En 1748 , ils vinrent camper sous Vintimille , et
ils gardèrent cette position jusqu'à la suspension
d'armes . Au mois d'octobre , ils entrèrent à Antibes .
Le bataillon, qui était sur les bords du golfe de la
Spezzia, revint le 6 février dans la rivière de Gênes.
Il envoya un détachement en Corse, et demeura à

Chiavari jusqu'au 14 décembre. En février 1749 , les


trois bataillons étaient réunis à Vienne , sauf le déta-
chement de Corse qui ne rentra qu'en 1751 .
En quittant Vienne, le régiment de Salis se rendit
en Auvergne , où il fit un court séjour et fut ensuite
dirigé sur Douai. Il fit partie , en 1754 , du camp
d'Aimeries sur Sambre, et , en mars 1757 , il se
dirigea par Bruxelles sur Stockheim, rendez-vous
de l'armée d'Allemagne. Il se trouva à la bataille
d'Haastembeek , où le capitaine Salutz fut blessé ,
passa dans le Hanovre , contribua à la prise de Min-
den et de Hanover , et fut détaché, le 7 octobre , du
camp d'Halberstadt pour aller renforcer l'armée du

prince de Soubise . Il partagea la disgrâce de ce


général à Rosbach et perdit dans cette journée le
capitaine Castelberg et l'enseigne Schouhe .
Salis servit en 1758 sur le Bas-Rhin et assista
encore à la défaite de Créfeld . Il continua de faire

partie de la même armée en 1759 et 1760 et se


trouva cette dernière année au combat de Closter-

camps. Ce fut sa dernière campagne : il fut employé


DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 317

sur les côtes pendant le reste de la guerre de Sept


Ans (1) .
Pendant l'année 1763 , le régiment occupa succes-
sivement les garnisons de Montmédy, Bitche et
Sédan , et fut passé en revue le 8 août à Compiègne
par le roi. Il fut à Strasbourg en avril 1764 , puis à
Cambrai en octobre 1765 , au Quesnoy et à Condé en
septembre 1766 , à Metz en août 1768 , à Longwy
et Montmédy en décembre 1770 , à Longwy en jan-
vier 1773 , à Landau et Avesnes en septembre 1773 ,
à Strasbourg en octobre 1775 , à Lille en novembre
1777 , à Saint- Omer en février 1778 , à l'île de Ré
en août 1778 , à Rochefort en octobre 1780 , à l'île
d'Oleron en mai 1781 et à Marennes en octobre 1782.
Il travailla l'hiver suivant au dessèchement des ma-
rais de la Charente , fut à Tours en mai 1783 , revint
à Marennes en octobre pour continuer les mêmes
travaux , retourna à Tours en juin 1784 , et se rendit
à Arras en octobre 1785. A la fin de 1787 , pendant
les troubles de l'Irlande , il fut envoyé en Bretagne,

demeura quelque temps attaché au service du port


de Brest , se rendit à Tours en décembre 1787 , à
Toulon en avril 1788 et de la en Corse, où il occupa
la garnison de Corte.

(1 ) M. de Salis-Marschlins , dernier colonel, fut fait brigadier


18 juin 1768 , et maréchal de camp 1er mars 1780.
Jean Adolphe de Hartmanis , major 28 mars 1745 , lieutenant- co-
lonel 1er octobre 1758 , est devenu brigadier 7 août 1763 et maré-
chal de camp 3 janvier 1770.
318 HISTOIRE

La conduite que tint le régiment de Salis pendant


la révolution le rendit cher aux habitants de la

Corse, qui , à l'époque du licenciement des troupes


suisses en 1792 , firent des démarches empressées
pour le conserver . M. Pozzo di Borgo , dans un
rapport à la Convention , chercha à prouver que ce
régiment grison ne se trouvait point dans des condi-
tions analogues à celles des autres corps suisses, que
sa capitulation ne renfermait point les clauses oné--
reuses ou embarrassantes contenues dans les capitu-
lations des autres régiments , qu'il était enfin tout à
fait à la dévotion du gouvernement français . Salis-
Marschlins fut , en effet, conservé provisoirement ;
mais, au commencement de 1793 , il fut dénoncé
comme attaché à la cause de Paoli , et sur la récla-
mation de Marat, sa dissolution immédiate fut dé-
crétée, le 2 avril, par la Convention . Cette mesure
eut le résultat qu'on pouvait prévoir : Salis-Marsch-
lins passa sous les drapeaux de Paoli .
L'ancienne tenue de ce corps s'était composée
d'habit complet rouge garance, doublure , parements
et collet bleus , boutons blancs , doubles poches en
long, garnies de quatre boutons, trois sur les pare-
ments, douze de deux en deux sur l'habit d'un côté
seulement , et autant sur la veste des deux côtés, bou-
tonnières bleues , chapeau bordé d'argent . Le règle-
ment de 1775 lui donna le parement , le collet et le
revers bleu de roi.
Lestambours portaient, sous. M. de Salis-Marschlins ,
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 319

l'habit vert doublé de blanc avec le collet, le pare-


ment et le revers jonquille .
Le drapeau - colonel était semé de fleurs de lys
d'or avec la devise : Fortiter et prudenter. Ceux d'or-
donnance ont varié. Ils furent d'abord ondés de

noir et de blanc dans chaque carré . Sous le dernier


colonel, chaque carré se divisait en sept ondes pla-
cées dans cet ordre, verte, jaune , rouge, blanche,
rouge, jaune et verte .
320 HISTOIRE

RÉGIMENT ROYAL-CORSE,

Per hæc regnum et imperium .


DEVISE DU CORPS.

COLONELS-LIEUTENANTS.

1. Comte DE VENCE (Claude - Alexandre de Villeneuve ) , 15 août


1739.
2. Vicomte DE VENCE (Jean -Alexandre-Roméo de Villeneuve) ,
18 janvier 1760.
3. Comte DU LUC (Charles-Emmanuel -Marie -Magdelon de Vinti-
mille ), 27 novembre 1765 .
4. Comte DE PONTEVEZ (François Alexandre) , 11 novembre 1782.

Rudes et fiers comme tous les montagnards , sépa-


rés par la mer du reste des Italiens , qu'ils ne con-
naissaient que par les marchands génois, leurs mai-
tres abhorrés et méprisés, les Corses se sont sentis de
tout temps attirés vers la France , qui seule pouvait
les protéger, sans les humilier .
Dès l'année 1524 , un des hommes les plus illus-
tres de la Corse , Sampiero de Bastelica amène une
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 321

bande de 1,000 hommes à François 1. D'autres ban-


des corses viennent successivement se fondre dans les
bandes de Piémont jusqu'au temps des guerres reli-
gieuses .
En 1569 , au moment même où Charles IX orga-
nise les vieux corps de l'infanterie française , Alphonse
d'Ornano , fils de Sampiero , arrive à l'armée du
Languedoc avec un régiment qui a combattu sans
interruption dans nos rangs jusqu'à l'année 1626 .
C'est ce régiment dont le difficile d'Aubigné di-
sait , dès l'année 1574, qu'il était composé de sol-
dats fort lestes , bien policez , et curieux de leur
devoir.
La disgrâce et la mort mystérieuse de Jean- Bap-
tiste d'Ornano , fils d'Alphonse , comme lui maréchal
de France et colonel-général des hommes de pied de
sa nation , éloignent pour un temps les Corses du ser-
vice de nos rois. Ils ne reparaissent dans nos rangs
qu'en 1674. Le régiment de Jean-Baptiste Perri levé
cette année, est réformé en 1682 , mais il reparaît en
1690 et continue de combattre avec nous jusqu'en
1715 .

Chacune de ces émigrations de soldats corses vers


la France avait été déterminée par des luttes malheu-
reuses soutenus contre les Génois, ou par l'anarchie
qui venait désoler leur pays, aussitôt qu'il était par-
venu à secouer pour un instant le joug de ses op-
presseurs .
HIST. DE L'ANC. INFANTERIE FRANÇAISE. T. VII. 21
322 HISTOIRE

Une nouvelle révolution , survenue en 1735 , pré-


para l'intervention de la France dans les affaires de

la Corse, et fut l'occasion de la mise sur pied du ré-


giment dont nous allons parler .
Les notables de la Corse , réunis en assemblée na-
tionale au couvent d'Orezza , le 7 mars 1735 , avaient
proclamé l'indépendance de leur patrie et s'étaient
donné une constitution monarchique . Les héroïques
efforts d'André Ceccaldi , d'Hyacinthe Paoli et de
Louis Giafferi, bien plus que les secours apportés par
Théodore Antoine, baron de Neuhoff, aventurier alle-
mand qui était parvenu à se faire accepter pour roi ,
contraignirent les Génois, après deux ans d'hostilités
sans résultat, à demander le secours de la France pour
remettre les Corses sous leurs lois .
Le cardinal de Fleury accueillit la proposition de
Gênes, non pas précisément par le désir de servir les
intérêts de cette république , mais plutôt par la crainte
de voir la Corse se livrer à l'Angleterre , à l'Espagne
ou à la Sardaigne . Une expédition française de 3,000
hommes , débarqua dans l'île en février 1738 , et, après
avoir épuisé tous les moyens de conciliation , se vit
obligée d'employer la force . Les Corses se soumirent
enfin , mais les Génois voulurent leur imposer des
conditions si dures, que la France indignée dut pren-
dre les Corses sous sa protection et ouvrir un asile
aux proscrits et à tous les hommes qui préférèrent
l'exil à la servitude .
de l'ancienne INFANTERIE FRANÇAISE. 323

Cet asile fut le régiment Royal-Corse, créé par


ordonnance du 10 août 1739 , et formé à douze com-

pagnies , par les soins de M. de Maillebois , comman-


dant des troupes françaises dans l'île .
Le colonel de ce régiment et le lieutenant - colonel
furent français ( 1 ) , mais tous les autres officiers furent
choisis parmi les chefs les plus influents de la Corse .
Les capitaines s'appelaient Arrighi , Buttafuoco , Car-
buccia , Grimaldi , Orticoni , Marengo , Matra , Salicetti ,
Colonna , Costa, Tavera , Ornano . Ils enrôlèrent dans
leurs compagnies tous ceux qu'aurait poursuivis plus
tard la haine des Génois , ou qui, peu rassurés par le
pardon général , se tenaient dans une agitation in-
quiétante.

Les quatre premières compagnies s'embarquèrent à


Calvi au mois de novembre pour passer en France et les
autres suivirent de près . Ce régiment eut bientôt l'occa-
sion d'asseoir la réputation des Corses, et depuis, la
France s'est toujours félicité d'avoir admis dans son
sein cette population pauvre, mais éminemment mi-
litaire .

(1) Le comte de Vence, premier colonel-lieutenant de Royal-


Corse, a été fait brigadier 1er mai 1745 , maréchal de camp 10 mai
1748 et lieutenant- général 17 décembre 1759. Il est mort en jan-
vier 1760 à La Rochelle.
Le premier lieutenant-colonel fut François Delpuech de Com-
meyras , nommé brigadier le 20 mars 1747 .
324 HISTOIRE

Pendant les premières campagnes de la guerre de


la succession d'Autriche , Royal- Corse garda la fron-
tière de Flandre. Il était en 1743 à Berghes . Il se
rendit delà au camp de Dunkerque , où se rassem-
blaient tous les éléments d'une expédition en Écosse.
Le régiment s'embarqua , en effet, au commencement
de 1744 , mais une tempête ayant causé de graves
avaries à la flotte, on renonça à cette expédition , et
Royal- Corse joignit l'armée du maréchal de Saxe . Il
servit cette année aux siéges de Menin , d'Ypres et
de Furnes et acheva la campagne au camp de Cour-
trai . En 1742 , il faisait partie de la brigade d'Eu et
assista à la bataille de Fontenoy. Il fut d'abord placé
dans le château d'Elmont, mais, pendant l'action , il
quitta cette position et s'établit sur la lisière du bois
du Barry pour masquer un chemin qui traversait ce
bois et venait aboutir entre la redoute de la gau-
che et le régiment de Traisnel . Pendant cette même
campagne de 1745 , Royal-Corse fut employé à la
réduction de Tournay, d'Audenaërde, de Termonde
et d'Ath . En 1746 , il fut embrigadé avec le régiment
du Dauphin , et il combattit avec ce corps à Rocoux .
Mis en garnison à Anvers à la fin de cette campagne ,
il passa dans cette place les cinq premiers mois de

1747 , et en juin il se rendit au camp de Malines . Le


27 juin, le comte de Vence , à la tête de son régiment,
s'empara de Lierre, et il fut chargé de garder Tirle-
mont pendant la bataille de Lawfeld . Royal- Corse
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 325

partit de là pour aller servir au siége de Berg -op-


Zoom. Il entra dans cette ville, le 17 septembre, le
lendemain de sa prise, et il y resta jusqu'au 18 octo-
bre, qu'il reçut l'ordre de rallier l'armée . Il fut em-
ployé en 1748 au siége de Maëstricht, et faisait par-
tie de la grande attaque avec Champagne . Rentré
en France au commencement de 1749 , il fut mis en
garnison à Bouchain .
Royal-Corse fit à l'armée d'Allemagne les campa-
gnes de 1757 et 1758 , et se trouva à la bataille
d'Haastembeck , à la conquête du Hanovre et à la ba-
taille de Créfeld . Pendant le reste de la guerre de
Sept Ans, il fut employé sur les côtes de l'Aunis . Par
ordonnance du 21 décembre 1762 , il fut incorporé
avec Royal-Italien, dont il forma le 2 bataillon . La
difficulté de se procurer des recrues italiennes avait
seule conduit à cette mesure. Cette incorporation eut
lieu à Perpignan au mois de mars 1763 , et dura un
peu moins de trois ans . Une nouvelle ordonnance du
15 novembre 1765 rétablit les choses sur leur an-
cien pied et reconstitua le régiment Royal -Corse ( 1 ) .

(1 ) Le comte du Luc , colonel- lieutenant au rétablissement du


corps, et colonel-propriétaire le 11 novembre 1782 , est le même
officier qui est monté au régiment de Vintimille. Le comte de Pon-
tévez, dernier colonel-lieutenant de Royal- Corse a été fait brigadier
5 décembre 1781 et maréchal de camp 9 mars 1788.
326 HISTOIRE

Voici les dispositions essentielles de cette ordon-


nance :
Art. 1er . Des dix-huit compagnies de Royal-Italien ,
une de grenadiers et huit de fusiliers formeront à
l'avenir le régiment Royal-Italien , et les neuf autres
serviront à rétablir le régiment Royal-Corse , lequel
conservera le rang de sa création du 10 août 1739 ,
dont il jouissoit dans les troupes d'infanterie.
Art. 2. Les officiers qui avoient servi dans Royal-
Corse y retourneront.

Art. 9°. L'uniforme de Royal-Corse sera à l'avenir :


habit et parements de drap gris bleu ; revers et collet
de panne noire ; veste , culotte et doublures blan-
ches ; poches ordinaires avec trois boutons blancs,
six au revers, trois au-dessous ; chapeau bordé de
blanc (1 ) .
La réorganisation du corps fut effectuée à Toulon
en janvier 1766. On l'envoya au mois d'octobre à
Antibes , d'où il passa à l'île d'Oleron en octobre
1767 , puis au fort Barrault en décembre 1768 ,

(1 ) Royal-Corse avait porté auparavant : habit gris clair , avec pa-


rements et collet verts, veste rouge, culotte gris clair, boutons et
galon de chapeau d'or ; poches en travers à trois boutons, quatre
boutons sur la manche . Il prit en 1768 : habit et parements bleu
clair, vcste , doublure , culotte , boutons et galon de chapeau blancs ,
collet et revers jaune d'or, poches ordinaires garnies de trois bou-
tons, autant sur la manche.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 327

à Montdauphin en février 1769 , à Antibes en novem-


bre 1769 , à Toulon en mai 1771 , à Avignon en oc-
tobre 1771 et à Marseille en février 1774 .
L'ordonnance du 26 avril 1775 porta Royal-Corse
à deux bataillons par l'incorporation des neuf com-
pagnies d'infanterie de la Légion corse . Le régiment
se rendit, au mois de juillet 1775 , à l'île de Ré. Pen-
dant son séjour dans cette île, les soldats donnèrent
une marque de leur désintéressement qui mérite
d'être rapportée . Au mois de décembre , un navire ,
qui portait en Amérique des troupes hanovriennes ,
fut jeté par la tempête sur les rochers de la pointe des
Baleines . Les Corses parvinrent , après des fatigues
incroyables et au péril de leur vie , à sauver d'une
mort certaine les malheureux Hanovriens . Le gou-
vernement anglais offrit quinze louis de récompense
pour chaque soldat arraché des flots . Les braves Cor-
ses refusèrent cette gratification et motivèrent leur
refus par cette simple et belle réponse : -Nous som-

mes payés par le roi , et n'acceptons point d'argent


pour avoir exercé les devoirs de l'humanité .
Royal- Corse fut à l'île d'Oleron et la Rochelle en
octobre 1776 , au Croisic et Port-Louis en juillet 1778
et à Dinan en mars 1779. A Dinan, comme à l'île de
Ré, le régiment se distingua par sa vertu . Après avoir
contribué de toutes leurs forces à arrêter les ravages

du terrible incendie qui désola cette ville dans la nuit


du 15 au 16 mars 1781 , les officiers donnèrent 600
328 HISTOIRE

livres et les soldats le montant d'une journée de solde


aux victimes de ce désastre .

Le régiment quitta Dinan , en octobre 1781 , pour


se rendre à Strasbourg . Il fut de là à Phalsbourg en
mars 1782 , à Arras en octobre 1783 , à Boulogne
et Montreuil en octobre 1787 et à Aire en décembre

1787. Ce fut là qu'il apprit qu'en yertu de l'ordon-


nance du 17 mars 1788 , il était transformé en deux
bataillons de chasseurs à pied , portant les numéros
3 et 4 et les titres de Chasseurs royaux corses et de
Chasseurs corses . Ainsi que nous l'avons dit dans la
notice de Royal-Italien , une partie de l'excédant du
régiment Royal-Corse entra dans la composition du
12e bataillon de chasseurs, dit Chasseurs de Roussil-
lon ; une autre fraction compléta le 5º bataillon , ou
bataillon des Chasseurs cantabres . On retrouvera

plus loin les notices de ces deux corps .

A l'origine , les deux drapeaux d'ordonnance de


Royal-Corse étaient verts . La croix blanche était
semée de fleurs de lys d'or et on y lisait cette devise :
Per hæc regnum et imperium.
A la réorganisation de 1765 , le drapeau d'or-
donnance fut jaune et bleu céleste dans chaque
quartier, par triangles assemblés base à base sur la
diagonale de l'étoffe. La croix était semée de fleurs de
lis d'or, et au centre il y avait une tête de nègre ,
ceinte d'un bandeau blanc , et dont les yeux, les
narines et les lèvres étaient rouges .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 329

Le drapeau-colonel avait sa croix marquée des


mêmes ornements et emblèmes .

Royal-Corse avait eu la prévôté.

CHASSEURS ROYAUX CORSES .

3 BATAILLON DE CHASSEURS .

LIEUTENANTS- COLONELS.

1. DE ROSSI (Camille) , 1er mai 1788 .


2. GIOVANNI-LIMPÉRANI (Charles-Pascal), 25 juillet 1791 .
3. SALICETTI (Ange- Louis) , 7 août 1792 .
4. CASANOVA (Charles-Dominiqne) , 8 mars 1793.

Le 3 bataillon de chasseurs fut constitué à Vienne


le 26 avril 1788 , sous les ordres du lieutenant-colo-
nel de Rossi (1 ). Ce bataillon occupa successivement
dans les années suivantes les garnisons de Montdau-
phin et de Grenoble et fit partie, en 1792 , du camp
de Lyon et de l'armée des Alpes qui soumit la Savoie .

( 1 ) Camille de Rossi , entré au service en mars 1742 , était lieu-


tenant-colonel de Royal- Corse depuis le 24 juin 1780. Son frère,
Grazio de Rossi , qui eût le commandement de l'autre bataillon ,
était entré au corps comme enseigne en 1748, et se trouvait major
de Royal-Corse depuis le 19 septembre 1780 .
330 HISTOIRE

En 1793 , il se distingua à l'affaire de la montagne


de la Fourche , et , le 21 mars 1794 , il devint le noyau
de la 3º légère , qui s'illustra sous Bonaparte.

CHASSEURS CORSES.

4. BATAILLON DE CHASSEUrs .

LIEUTENANTS-COLONELS .

1. DE ROSSI (Grazio) , 1er mai 1788.


2. SANSONETTI (Stefano) , 6 novembre 1791 .
3. MASSEI (Jacob-Louis) , 7 août 1792.

Le 2º bataillon de Royal-Corse fut envoyé à Tour-


non et prit le nom de Chasseurs corses avec le numéro
4. En 1791 , il occupa la garnison de Montpellier , et
en 1792 , il fit lui aussi partie du camp de Lyon et
de l'armée des Alpes. Passé en 1793 à l'armée du Nord ,
il se fit remarquer le 6 mai au combat de Prowins ,
où il mit en déroute des chasseurs tyroliens . Il servit
ensuite sur le Rhin et la Moselle , et entra , le 6 août
1794, dans la composition de la 4 légère .
de l'ancienne INFANTERIE FRANÇAISE . 331

RÉGIMENT DE NASSAU .

96¢ RÉGIMENT D'INFANTERIE .

His consecr´ vires.


DEVISE DU Corps.

COLONELS .

1. Prince DE NASSAU-SAARBRUCK (Guillaume-Henri) , 1er no-


vembre 1745.
2. Prince DE NASSAU-SAARBRUCK (Louis) , 20 mars 1758 .
3. DE HAACK (Frédéric-Charles) , 21 octobre 1791 .
4. Baron DE SCHAWEMBOURG (Balthazar) , 23 novembre 1791 .
5. DE REWBELL ( Henri-Thomas) , 26 octobre 1792 .

Ce régiment d'infanterie allemande a été levé par


le prince de Nassau-Saarbrück en vertu d'une com-
mission du 1er novembre 1745. Le prince avait sol-
licité cette commission pour son fils Louis encore
fortjeune , et il obtint un brevet du 4 février 1746 pour
commander le corpsjusqu'à ce que son fils fût en âge ( 1 ) .
1

(1 ) Le prince de Nassau-Saarbrück a été nommé brigadier er


mai 1742 , maréchal de camp 2 mai 1744 , et lieutenant- général
1er janvier 1748. Son fils a obtenu les mêmes grades les 24 mars
1769, 16 octobre 1771 et 1er janvier 1784 .
Christian, baron de Glaubitz , lieutenant- colonel 1er novembre
1745, est devenu brigadier 10 mai 1748 , maréchal de camp 13
mai 1757, et lieutenant-général 25 juillet 1762.
332 HISTOIRE

Nassau-Saarbrück débuta en 1746 aux siéges de


Mons et de Charleroi . Il couvrit les opérations de
celui de Namur et se trouva à la bataille de Rocoux.

Il assista , le 1er juillet 1747 , à la bataille de Lawfeld ,


et fut augmenté d'un 3º bataillon par ordre de ce
même jour . En 1748 , il était devant Maëstricht avec
Alsace au quartier de Bethléem . Une ordonnance du
1er février 1749 le réduisit à deux bataillons .

En 1757 , le régiment est désigné pour l'armée


d'Allemagne . Il arrive à Cologne à la fin d'avril , 'com-
bat à Haastembeck , passe dans le Hanovre avec le
maréchal de Richelieu , contribue à la prise de Min-
denet de Hanover et fait partie des expéditions dirigées
sur Closterseeven et Zell . Revenu sur le Rhin au com-

mencement de 1758 , il s'arrête à Cologne , où il est


incorporé , par ordonnance du 20 mars , avec le régi-
ment de Nassau-Usinghen . Celui- ci , qui avait aussi
été créé le 1er novembre 1745 , mais qui avait le pas,
er
forme le 1 bataillon du nouveau corps, dont le com-
mandement est remis au prince Louis de Nassau-
Saarbrück, et qui prend le titre de Nassau .
Nassau demeure à Cologne pendant toute la cam-
pagne de 1758. L'année suivante , il assiste à la ba-
taille de Bergen dans les rangs de la réserve . Porté
à trois bataillons le 18 janvier 1760 par l'incorpora-
tion du régiment allemand de Saint- Germain , il fait
la campagne de Hesse et prend ses quartiers d'hiver
à Ziegenheim . Attaqué au mois de février 1761 dans
cette ville , que les Alliés détruisent presque avec des
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 333

boulets rouges, il s'y maintient pendant trois semai-


nes et donne le temps au maréchal de Broglie d'en-
voyer à son secours. Sa valeur est couronnée d'un

plein succès ; l'ennemi décampe le 25 février .


Nassau se distingue encore cette année à Willings-
hausen . Il y fait partie de la brigade d'avant-garde
commandée par M. de Clozen et s'empare de trois
bouches à feu . Le colonel-commandant baron de
Zügmantel ( 1) est cité pour sa belle conduite. Le
lieutenant-colonel Oëh mérite la même distinction
pour le combat d'Osterode livré le 2 septembre. En
1762 , le régiment sert à la défense de Cassel qui ca-
pitule le 1er novembre . Il rentre alors en France et
est réduit à deux bataillons le 21 décembre.

Nassau, qui , à la paix, avait été mis en garnison


à Metz , se rendit à Lille en novembre 1764 , à Dua→
kerque en octobre 1765 , au Fort-Louis en octobre
1766 , au camp de Compiègne en juillet 1769 , à
Thionville et Longwy en août 1769, à Saarlouis en
novembre 1769, au Quesnoy et Condé en décembre
1770 , à Schlestadt en juin 1771 , à Neufbrisach en
octobre 1771 , à Toulon en septembre 1773 et à
Ajaccio le 2 octobre de la même année. Débarqué à

(1 ) François-Antoine, baron de Zügmantel, ancien colonel- com-


mandant du régiment de Saint-Germain , passé à Nassau avec la
même qualité, a été fait brigadier 10 février 1759 et maréchal de
camp 25 juillet 1762 .
334 HISTOIRE

Toulon le 26 juin 1776 , il fut delà à Schlestadt au mois


d'août de la même année , au Quesnoy et Condé en avril
1778 , à Saarlouis en mai 1780 , au Fort-Louis en
novembre 1781 , à Metz en mars 1782 et à Saint-
Claude en juin 1782 , pendant les troubles de Genève.
Il est allé depuis à Besançon en mai 1783 , à Huningue
en octobre 1783 , à Saarlouis en octobre 1784 et à
Metz en avril 1788 .
En juillet 1789 , il fut mandé aux environs de Paris
et s'établit à Choisy . Le 9 juillet, on l'appela à Ver-
sailles avec le régiment de Bouillon , et ces deux corps
étrangers demeurèrent plusieurs jours cachés dans
l'orangerie . Après la prise de la Bastille , Nassau re-
tourna à Metz, d'où il détacha son 2e bataillon à Ver-

dun au mois de novembre . En juin 1790 , le régiment


tout entier fut établi à Thionville .
Un an plus tard, au moment où Louis XVI se ré-

solut à quitter la France, le régiment de Nassau , sur


lequel M. de Bouillé pensait pouvoir compter, sortit
de Thionville le 18 juin avec l'ordre de se rendre à
Sédan , et fut arrêté en route à Montmédy par où le
roi devait sortir du territoire français . Le 22, le 2e
bataillon fut distribué par détachements sur la route
par laquelle les fugitifs devaient arriver. Le roi ayant
été arrêté à Varennes, ces détachements rentrèrent
à Montmédy , mais le colonel-commandant baron
d'Hamilton avait disparu (1 ).

(1 ) Voici les noms des derniers colonels-commandants depuis


M. de Zügmantel : Charles, baron de Falkenheim , colonel- com-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 35

Ces diverses circonstances , dans lesquelles cepen-

dant le régiment n'avait joué qu'un rôle passif, jetè-


rent sur Nassau une grande défaveur . Envoyé quel-
que temps après à Sédan , les habitants refusent de
le recevoir. Dirigé sur Thionville, quand il se présente
aux portes, le pont-levis est levé . A Saarlouis , la ville
menace de le mitrailler , s'il approche à la portée des
canons. « Cependant , disait M. Emery , rapporteur
de cette affaire à l'Assemblée nationale , le régiment
de Nassau, qui est au grand complet, est non seule-
ment un des plus beaux , mais un des plus sages de
l'armée. Il a prêté serment de bon cœur. »
Le régiment repoussé de Saarlouis et passant par
Metz, fut arrêté dans cette ville par l'autorité , qui s'y
trouvait assez forte pour ne pas craindre les effets de
la mauvaise humeur des habitants ; mais des que-

mandant 10 janvier 1763, maréchal de camp 3 janvier 1770 , lieu-


tenant-général 1er janvier 1784 ; Jean-François-Henri , baron de
Flachslanden, colonel-commandant 10 septembre 1769, brigadier
3 janvier 1770, maréchal de camp 1er janvier 1780 ; François Ul-
rich, comte de Chamisso , colonel - commandant 18 avril 1776 , ma-
réchal de camp 1er mars 1780 ; Jacques-Benoît, baron de Reinach,
colonel-commandant 15 avril 1780 , brigadier 1er mars 1780 , maré-
chal de camp 1er janvier 1784 ; Hugues, baron d'Hamilton , colo-
nel-commandant 1er janvier 1784.
Les deux derniers colonels de Nassau , Schawembourg et Rewbell,
sont devenus généraux de brigade. Le dernier avait été nommé
lieutenant-colonel au corps le 25 juillet 1791 .
Le général de division comte Grenier était entré dans Nassau
comme soldat en 1784.
336 HISTOIRE

relles graves surgirent aussitôt entre les soldats de


Nassau et ceux des autres corps de la garnison . Un
duel entre un grenadier de Nassau et un grenadier
de Condé , dans lequel ce dernier fut tué , amena une
rixe qui faillit dégénérer en bataille générale. Il fal-
lut donner à Nassau l'ordre de partir à l'instant pour
Toul. En ce moment, quatre ou cinq cents hommes ,
fatigués de la répulsion qui s'était attachée au nom
de Nassau, sortent des rangs , arrachent leurs bou-
tons , déchirent leurs retroussis et tout ce qui rap-
pelle le titre étranger du corps , et déclarent qu'ils
sont français, et qu'ils veulent servir comme français.
Ils remettent leurs armes pour qu'on ne les soupçonne

pas de mauvais desseins et restent à Metz . Le reste


du corps se met en route, ne traverse Pont-à -Mousson,

le 14 juillet, qu'en renouvelant le serment civique,


et parvient à grand' peine à se faire recevoir à Toul.
Ce fut à la suite de ces événements que l'Assem-
blée nationale rendit le 21 juillet le décret suivant :
« Le 96º régiment d'infanterie, ci-devant Nassau , et
tous ceux ci-devant désignés sous le nom de régi–
ments d'infanterie allemande , irlandaise et liégeoise,
font partie de l'infanterie française . En conséquence ,
ils ne font avec elle qu'une seule et même arme ; ils
prendront l'uniforme français , suivront la même dis-
cipline que les troupes françaises, et, à compter du
1° de ce mois, ils seront traités de la même manière,
relativement à la solde , aux appointements et à la
fixation des différentes masses . » .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 337

Cette mesure apaisa tout . Les dissidents rejoigni-


rent le corps , et celui-ci se mit en route au mois
d'août pour Besançon .
En 1792 , le régiment fut appelé à Strasbourg . Le
1er bataillon fit partie de l'armée de Custines , qu'il
quitta au mois de septembre pour passer à l'armée
du Centre . Ce bataillon fit des prodiges de valeur , les
14 et 15 décembre, à l'attaque de Consaarbrück et
de Pellingen . Le 4 avril 1793 , au combat de Herdt,
ce même bataillon , que l'on citait dans l'armée
comme un modèle , fut en grande partie détruit ,
après avoir longtemps arrêté la marche de l'en-
nemi . Les Prussiens portèrent la gloire de ce batail-
lon à son comble , en massacrant les prisonniers ,
tant ils redoutaient de les retrouver devant eux . Les
débris du 1er bataillon de Nassau sont entrés , le

26 mars 1794, dans la 173e demi-brigade.


Le 2 bataillon , qui avait contribué, au commen-
cement de 1793 , à l'occupation du pays de Poren-
truy, était ensuite passé à l'armée du Nord , et avait
été amalgamé, le 26 octobre 1793 , dans le 174°.
Nassau avait eu jusqu'à dix-huit drapeaux . Le dra-
peau blanc colonel portait dans son centre les écussons
réunis de France et de Navarre , et au-dessus cette
devise : His consecro vires . Les drapeaux d'ordon-
nance étaient partagés en quatre triangles par une
croix blanche oblique ou de Saint-André. Au milieu
de la croix , il y avait un soleil d'or , et à l'extrémité
de chaque branche, remplissant toute sa largeur, se
HIST. DE L'ANC . INFANTERIE FRANÇAISE T. VII. 22
338 .HISTOIRE

trouvait l'écusson couronné de Nassau , au lion d'or


passant sur un champ d'azur . Les triangles supé-
rieur et inférieur étaient bleu céleste ; le supérieur

portait sur un ruban blanc la devise : Nec pluribus


impar, en lettres noires . Les deux triangles latéraux
étaient de couleur orange .

Le premier uniforme que porta Nassau était


ainsi composé : habit bleu , avec boutons et bouton-
nières blancs , collet, parements et petits revers à la
prussienne , de couleur paille ; veste et culotte
rouges ; boutonnières blanches sur la veste ; galon
de chapeau blanc ; poches ordinaires , garnies de
trois boutons , autant sur la manche . A l'époque de
la guerre de Sept Ans , les revers et parements
étaient rouges , avec un nœud ou aiguillette de fil .
blanc sur l'épaule droite , et la veste et la culotte
étaient blanches . En 1768 , parements , collet , revers ,
veste , culotte et boutons , tout était blanc , sauf le
fond de l'habit , qui restait bleu . Le règlement de
1776 lui donna le collet, les revers et les parements
roses, qu'il a portés jusqu'en 1779 .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 339

RÉGIMENT DE STEINER.

97 RÉGIMENT D'INFANTERIE.

Warbourg...

COLONELS .

1. Baron DE LOCHMANN (Jean-Ulrich ) , 1er mars 1752 .


2. Baron DE MURALT (Jean) , 28 septembre 1777,
3. Baron DE STEINER (Jacob) , 24 novembre 1782.

Ce régiment suisse a été levé dans le canton de

Zurich par commission du 1er mars 1752. Voici le


préambule de cet acte :
« Sa Majesté ayant agréé l'offre qui lui a été faite
par le louable canton de Zurich de lever pour son
service, tant dans les pays immédiats que médiats

dudit canton , un régiment suisse sous le comman-


dement du sieur Lochmann , elle a ordonné et or-
donne ce qui suit :
<< Le régiment sera composé de douze compagnies
de 120 hommes chacune , etc. » >
Lochmann fit partie en 1755 du camp de Riche-
340 HISTOIRE

mont, et il fut attaché en 1757 à la grande armée


d'Allemagne . Il fit ses premières armes à la bataille
d'Haastembeck, et prit part à tous les actes de l'oc-
cupation du Hanovre . Au commencement de 1758 ,
il fut employé à la garde des bords du Rhin , et il fut
un des quatre régiments d'infanterie engagés le
23 juin à Créfeld . Il se fit remarquer en 1759 à la
bataille de Minden et s'acquit beaucoup de gloire
dans la campagne de 1760 , notamment à Corbach
et à Warbourg. Dans cette dernière affaire, qui eut
lieu le 31 juillet , il combattit avec une admirable
vigueur et soutint, avec le régiment de Jenner, tous
les efforts de l'ennemi . Il donna ainsi le temps à
l'armée française de faire sa retraite . Sur la fin de
l'action, le colonel Lochmann fut blessé et tomba
entre les mains de l'ennemi ( 1 ) . Le régiment fit en-
core en Allemagne les campagnes de 1761 et 1762 ,
et passa les hivers à Gueldres .
A sa rentrée en France, le régiment fut établi à
Mézières , d'où il passa à Thionville en mai 1763 , à
Valenciennes en mai 1764 , à Béfort en septembre

(1 ) M. de Lochmann obtint le grade de brigadier le 22 juillet


1758, et celui de maréchal de camp le 20 février 1761. M. de Mu-
ralt, major au corps à la création , est devenu lieutenant-colonel 1er
janvier 1761 , brigadier 25 juillet 1762 et maréchal de camp 3 jan-
vier 1770. M. de Steiner, major 1er janvier 1769 , et lieutenant-co-
lonel 30 avril 1780 , a été fait brigadier 1er mars 1780 et maréchal
de camp 1er janvier 1784.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 341

1764 , à Landau en septembre 1766 , à Bitche en juin


1767 , et à Strasbourg en novembre 1767. Il fit par-
tie en 1769 du camp de Verberie , et au mois d'août,
à la séparation des troupes , il fut envoyé à Mau-
beuge , d'où il se rendit à Mézières et Rocroi en juin
1771 , à Mézières en juillet 1772 , à Bitche en avril
1774 et à Huningue en octobre 1775. Ce fut dans
cette ville qu'il prit le nom de Muralt. Envoyé à
Strasbourg en novembre 1777 , et à Phalsbourg en
avril 1778 , il se mit en route à la fin de cette année
pour Toulon, arriva dans cette ville au mois de no-
vembre , s'embarqua pour la Corse le 11 juin 1779
et fit à Corte un séjour de cinq ans, pendant lequel
il prit le nom de Steiner .
Débarqué à Toulon le 16 mai 1784 , il fut dirigé
sur Béziers au mois de juillet , et se rendit depuis à
Besançon en mai 1788 , et à Grenoble au mois de
juillet suivant.
Steiner passa dans cette dernière ville les trois an-

nées suivantes , et détacha, à la find e 1791 , quelques


compagnies à Carpentras pendant les troubles qui
agitèrent le Comtat-Venaissin . Il fut réuni à Lyon
en mars 1792 , et partit deux mois après pour se
rendre à l'armée du Rhin . Il se trouvait au camp de
Hochfelden au moment du licenciement des troupes
suisses .

Voici la dernière trace qu'ait laissée ce régiment .


C'est un extrait d'une lettre écrite de Colmar le 11
octobre 1792 : « Le brave régiment suisse de Steiner
342 HISTOIRE

part demain pour retourner dans sa patrie. Il est ré-


duit à 500 hommes ; 300 restent en France et s'en-
gagent presque tous dans la cavalerie . Le régiment
remettra ses armes à Huningue et rentrera au ser-
vice de Zurich . >>

Les drapeaux d'ordonnance de ce corps avaient


leurs quartiers partagés en sept flammes , quatre
noires et trois jaunes .

Son premier costume se composait d'un habit


rouge, parements, veste , culotte et doublure bleus ;
parements ouverts garnis de deux boutons blancs ,
poches ordinaires garnies de deux boutons ; boutons
des deux côtés de l'habit ; veste garnie d'un bordé
et d'agréments blancs, chapeau galonné d'argent .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 343

RÉGIMENT DE BOUILLON.

98 RÉGIMENT D'INFANTERIE .

Gibraltar....

COLONELS.

1. Prince DE BOUILLON (Jacques-Léopold-Charles- Godefroy de


La Tour d'Auvergne) , 1er février 1757.
2. D'IHLER (Jean-Alexandre) , 21 octobre 1791 .
3. LECLAIRE (Théodore-François-Joseph) , 12 juillet 1792 .

Le 18 janvier 1757 , au début de la guerre de


Sept Ans , le roi Louis XV agrée l'offre faite par le
prince de Bouillon de lever un régiment dans la
principauté de son nom et dans les cantons voisins
des Ardennes , pour servir en France sur le pied
étranger, et pour rester dans sa maison . L'ordon-
er
nance de création est du 1 " février ; elle règle la
force du corps à deux bataillons de 680 hommes
chacun .
Le régiment de Bouillon fut en état de marcher
dès la même année , et il fit sur le Rhin les deux
344 HISTOIRE

campagnes de 1757 et 1758. Il avait ses quartiers


habituels à Dusseldorf. Le 1 ° août 1759 , il com-
battit vaillamment à Minden , où fut blessé le capi-
taine marquis de Foudras . En 1760 , sa brigade , qui
comprenait les deux régiments liégeois de Horion et
de Vierzet, était la deuxième de la division du comte
de Stainville . La première était celle d'Auvergne . Le
10 août, Bouillon contribua à la prise de Zie-
genheim, et, le 13 , il appuya au combat de Radern
les vaillants efforts du régiment d'Auvergne . On sait
que les corps des généraux prussiens Bulow et
Fersen Ꭹ furent mis dans la plus complète déroute .

Après cette affaire , la division Stainville se rapprocha


du Rhin et passa sous les ordres du marquis de
Castries au camp de Meurs . Bouillon fit partie de la
réserve de cette armée et fut posté entre le camp et
Rheinberg . Le 16 octobre , eut lieu la bataille de
Clostercamps , où le régiment fit bien son devoir à
côté du régiment de La Couronne . Le 30 août 1761 ,
il combattit encore avec ce même corps à Roxel ; il
contribua à chasser l'ennemi de ce village et à le
pousser, l'épée dans les reins, jusque sous le canon
de Münster. En 1762 , Bouillon servit dans la ré-
serve du prince de Condé . Ses grenadiers et chas-
seurs prirent part à l'expédition sur Osnabrück, qui
fut la dernière de cette guerre ( 1 ) .

(1 ) Le prince de Bouillon était remplacé à la tête du corps par


des colonels - commandants dont voici les noms : Louis-Hermann
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 345

Bouillon, réduit à un bataillon le 21 décembre , fut


d'abord mis en garnison à Rocroi et Philippeville ,
d'où il passa à Montmédy en mai 1763 , puis à
Longwy en novembre 1766 , à Bitche en novembre
1767 et à Rochefort en mars 1769. Il s'embarqua le
5 mai suivant dans ce port pour se rendre à la Mar-
tinique. Rentré en France par Dieppe le 10 dé-
cembre 1771 , il se mit immédiatement en route
pour Rheims , d'où il fut à Rocroi en juillet 1772 ,
à Phalsbourg en octobre 1773 et à Saarlouis en sep-
tembre 1774. Ce fut là que , conformément à l'or-
donnance du 26 avril 1775 , il fut reporté à deux
bataillons par l'incorporation du 3° bataillon du ré-
giment d'Alsace .
Bouillon quitta Saarlouis en avril 1776 pour se
rendre à Phalsbourg , d'où il est allé au Fort-Louis
du Rhin en novembre 1776 , à Landau en mai 1777 ,
à Briançon en novembre 1778 , et à Grenoble en

Anastase , chevalier de Waldner, nommé le 16 mai 1760 ; Pierre-


Joseph du Chambge, baron d'Elhbeck, nommé 23 juin 1767 ; Jean-
François- Henri , baron de Flachslanden , nommé 18 avril 1776 ,
précédemment colonel-commandant de Nassau ; Georges -Félix , ba-
ron de Wimpfen , nommé 15 avril 1780 , devenu brigadier 1er jan
vier 1784 et maréchal de camp 9 mars 1788 ; François - Louis , comte
d'Helmstadt, nommé 10 mars 1788.
D'lhler , major 10 janvier 1781 , lieutenant- colonel 5 octobre
1786 et colonel en 1791 , est devenu général de brigade en 1793 et
a été tué à Neervinden . Son successeur, Leclaire , avait aussi été
major au corps le 15 novembre 1786 et lieutenant-colonel le 1er
janvier 1791 .
346 HISTOIRE

mars 1781. Il fut un des quatre régiments qui pas-


sèrent cette année , avec le duc de Crillon, dans l'île
de Minorque . Après la prise de Mahon , il suivit le
même chef au camp de Saint- Roch sous Gibraltar .
Au combat des batteries flottantes, le 13 septembre
1782 , il perdit le capitaine Killies et onze hommes .
A sa rentrée en France , en juin 1783 , Bouillon fut
mis en garnison à Montpellier . Il se rendit de là à
Cambrai en octobre 1783 , à Besançon en novembre
1785 , au Quesnoy et Condé en mai 1788 , à Lam-
balle en juillet 1788 pendant les troubles de l'Ir-
lande, et revint à Condé au mois de novembre de la
même année .

Appelé à Versailles en juillet 1789 , il fut envoyé


à Verdun après la prise de la Bastille . L'année sui-
vante, il occupa successivement Saarlouis , Longwy
et Montmédy. Le général Bouillé lui fit quitter cette
dernière ville , au moment de la fuite du roi , pour
le remplacer par Nassau , et l'envoya à Sédan.
En 1792 , le 1 bataillon fut réuni à l'armée du
Centre et se trouva à la bataille de Valmy. Il suivit
ensuite Dumouriez dans les Pays-Bas , fut employé au
blocus de Berg-op-Zoom et du fort de Blaw-Sloys ,
continua de servir les années suivantes aux armées
du Nord et de Sambre-et-Meuse, et fut versé le 12
mars 1795 dans la 175e demi-brigade .
Le 2e bataillon de Bouillon sortit de Sédan en

1793 et fit successivement partie des armées des Ar-


dennes et du Nord . Il se distingua particulièrement
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 347

à la fin de 1794 au passage du Wahal et à la prise


de l'île de Bommel . Il entra le 21 mars 1795 dans
la composition de la 176º demi-brigade .
A l'origine, les drapeaux d'ordonnance du régi-
ment de Bouillon avaient deux quartiers noirs et
deux quartiers blancs . Plus tard , vers 1775 , le régi-
ment en reçut de nouveaux , qui avaient deux quar-
tiers bleu d'azur semés de fleur de lis d'or et chargés
d'une tour blanche ; et deux quartiers divisés en trois
bandes horizontales , une bande blanche entre deux
bandes roses . Le drapeau-colonel était chargé des
armes de Bouillon.

Le premier uniforme du corps consistait en habit


complet et doublure blancs , revers, collet et pare-
ments noirs, huit agréments blancs et autant de
boutons blancs sur le revers à l'anglaise ; quatre
agréments et cinq boutons sur la manche ; collet ra-
battu garni d'un petit galon blanc ; poches en tra-
vers garnies de quatre boutons et boutonnières dis-
posés de deux en deux, chapeau bordé d'argent . En
1775 , le régiment prit l'habit bleu avec les revers
rouges et les boutons jaunes.
348 HISTOIRE

RÉGIMENT ROYAL DE DEUX-PONTS.

99 RÉGIMENT D'INFANTERIE .

Willingshausen ....

COLONELS-LIEUTENANTS ET COLONELS.

1. Duc DE DEUX-PONTS (Christian) , 1er avril 1757 .


2. Marquis DE DEUX - PONTS (Christian) , 10 mars 1788 .
3. DE PREZ (Louis-Amable) , 25 juillet 1791 .
4. WISCH (Jean- Christophe) , 12 octobre 1792.

Ce régiment, levé par le duc de Deux-Ponts dans


ses États, en vertu d'une commission du 1er avril 1757 ,
passa au mois d'août à l'armée de Saxe, commandée
par le prince de Soubise , et débuta à Rosbach , le
5 novembre. Les capitaines Geyer et Stuart y furent
tués . Il passa l'hiver à Hanau et prit sa revanche à
Sundershausen le 23 juillet de l'année suivante . Deux
bataillons avaient été laissés à Cassel ; le 3 fut placé
dans le défilé de Sunderhausen pour le défendre en
cas d'événement . Il prit part à la dernière charge de
la bataille et s'y couvrit de gloire. Le capitaine
marquis d'Issembourg y trouva la mort.
Au mois de septembre , Royal-Deux-Ponts fit par-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 349

tie d'une expédition dans l'électorat de Hanovre. Il


contribua à la prise des mines de Klausthal et se dis-
tingua , le 10 octobre, à Lützelberg . Il passa l'hiver
aux environs de Francfort, et, en 1759, embrigadé
avec Royal-Suédois , il combattit avec valeur et pré-
cision à Bergen . Ilacheva cette campagne à Francfort,
où il prit enfin ses quartiers.

Porté à quatre bataillons en 1760 , le régiment est


chargé, le 8 juillet, d'aller reconnaître la position de
l'ennemi près de Corbach . Il passe la nuit du 9 aù 10
en présence des Alliés et les combat vigoureusement
le lendemain . Pendant le reste de la campagne , il

prend part à un grand nombre de coups de main.


En 1761 , l'armée étant rassemblée sous Franc-
fort, il se porte à Bergstadt avec d'autres troupes et
contraint le prince héréditaire de Brünswick à quitter
Budingen et à rétrograder sur Lich . Le 21 mars, il

est à l'attaque de Stangerode, où le colonel-comman-


dant comte de Clozen est blessé d'un coup de feu au
bras ( 1 ) . Le régiment passe alors sous les ordres du

(1 ) Le duc de Deux-Ponts ne parut point à la tête du corps et se


fit remplacer par un colonel-commandant. Le premier fut Char-
les-Chrétien Guillaume, baron de Clozen, nommé brigadier 15 août
1758 et maréchal de camp 20 février 1761 , auquel succéda M. de
Scheidt, lieutenant-colonel au corps depuis le 1er avril 1757, rem-
placé le 25 février 1765 par Jean-Daniel de Saint-Ingbrecht, lieute-
nant-colonel du 1er mars 1760, remplacé lui-même en 1766 par
Louis-Charles-Eugène, baron de Bergh, brigadier du 20 février
1761 et maréchal de camp 3 janvier 1770 .
350 HISTOIRÉ

marquis de Poyanne et se rend , le 6 juillet, avec les


Carabiniers, à Erwete, pour masquer Lippstadt. Le
15 , revenu sous les ordres de M. de Clozen , nommé
maréchal de camp , il est à l'avant-garde de la co-
lonne de droite à l'attaque de Villingshausen . Il
s'empare de ce village avec la plus grande vigueur ,
malgré une résistance opiniâtre, emporte le château
et pousse les ennemis jusqu'au delà des abattis qu'ils
avaient faits au-devant de leur camp . Il s'établit dans
ces abattis ainsi que dans une redoute qui les flan-
quait. Vainement le corps de lord Gramby revient
plusieurs fois à la charge pour l'en déposter ; il de-
meure inébranlable , et sa brigade , enfin secourue
par celle du Roi et du Dauphin , reste maîtresse
de la position . Le feu dura jusqu'à dix heures du
soir. Royal-Deux -Ponts , épuisé par tant de prodi-
gieux efforts, fut alors relevé par Aquitaine et Rouer-
gue. Le colonel- commandant de Scheidt s'était fort
distingué dans cette journée .
Le 19 août, pendant que le régiment se rendait au
camp de Fürstemberg, il fut attaqué près d'Olden-
dorf par un corps de grenadiers anglais et écos-
sais qu'il culbuta . Le 2 septembre , il nettoyait la
forêt de Sabbaborg ; il s'emparait le lendemain du
château de ce nom , et en faisait la garnison prison-
nière . Le 10 octobre , il imposait le même sort à la
garnison de Wolfenbüttel . Royal-Deux-Ponts servit
encore en Allemagne en 1762 et fut réduit à deux
bataillons le 21 décembre .
de l'ancienne INFANTERIE FRANÇAISE . 351

En rentrant en France , le régiment s'établit à


Thionville, d'où il fut à Deux-Ponts en mai 1763 , à
Longwy en août 1765 , à Sedan en novembre 1766 ,
à Sedan et Mézières en juin 1767 , et à Strasbourg en
août 1767. Il fit partie en 1769 du camp de Compiè-
gne , revint ensuite à Strasbourg , qu'il ne quitta
qu'en octobre 1771 pour aller à Schlestadt . Il s'est
rendu depuis à Dunkerque en octobre 1774 , à Lille
en octobre 1775 , à Saarlouis en octobre 1776 , à
Metz en novembre 1778 , à Montvilliers et Har-
fleur en mai 1779 , à Landernau et Saint-Pol-de-
Léon en décembre 1779 , et s'embarqua à Brest , le
4 avril 1780 , pour l'Amérique . Il était un des quatre
régiments que M. de Rochambeau conduisait au se-
cours des États-Unis . Royal-Deux-Ponts se distingual
extrêmement , au mois d'octobre 1781 , au siége
d'York-Town , et surtout, le 14 , à l'attaque des re-
doutes , où il rivalisa de courage avec Gâtinais.
Washington, au nom du Congrès, offrit à chacun de
ces régiments, trois des pièces de canon qu'ils avaient
prises. Ce fut le colonel- commandant comte de For-
bach , qui , dans cet assaut , eut la gloire de pénétrer
le premier dans les retranchements des Anglais. Ar-
rivé au sommet, il tend la main à un grenadier pour
l'aider à monter : ce grenadier tombe à ses pieds
mortellement frappé ; le colonel présente sa main à
un autre avec le plus grand sang-froid . Ce brave of-
ficier, qui avait été légèrement blessé d'un éclat de
pierre, arriva bientôt à Brest, sur la frégate l'Andro-
352 HISTOIRE

maque, chargé par le Congrès américain de faire

hommage au roi de quelques-uns des drapeaux en-


levés à l'armée de lord Cornvalis (1) .
Royal- Deux-Ponts revint en Europe en juillet 1783 .
Pendant la traversée , le sergent Nicolas Brendley,
embarqué avec dix hommes sur un bâtiment de com-
merce , fut pris par le vaisseau anglais le Jupiter et
conduit à Antigoa . On lui offrit 50 guinées pour pas-
ser avec son détachement au service britannique . Il
préféra demeurer prisonnier .
Au mois de septembre 1783 , le régiment se trou-
vait réuni à Landau . Il fut de là à Phalsbourg en oc-
tobre 1785 , à Metz en octobre 1787 , à Phalsbourg
en mars 1788 9 à Béfort et Huningue en juil-
let 1788 , à Neufbrisach en novembre 1788 , à Metz
en avril 1790 , et à Verdun en mars 1792. Au début
or
de la guerre, le 1 °r bataillon fut envoyé à l'armée du
Nord, les grenadiers du 2° bataillon à celle des Ar-
dennes , et le reste de ce bataillon fut mis en garnison
à Philippeville .
Le 1 bataillon reçut l'ordre , le 27 octobre , d'al-

(1 ) Le comte de Forbach , neveu du duc de Deux -Ponts , depuis


marquis de Deux-Ponts et colonel propriétaire du régiment, avait
succédé , en qualité de colonel - commandant, au baron de Bergh , le
20 septembre 1775. Il est devenu maréchal de camp le 10 mars
1788. Le colonel de Prèz avait été nommé major au corps le 4 avril
1780, et lieutenant- colonel le 15 avril 1784. Le colonel Wisch , lui
avait succédé comme lieutenant-colonel le 25 juillet 1791.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 353
or
ler avec le 1º bataillon de l'Aisne , et sous les ordres
du colonel Wisch, occuper un poste à deux lieues de
Condé . Il le trouva occupé par 4,000 Autrichiens et
deux pièces de canon . Les deux bataillons français
comptaient à peine 900 hommes . Cependant le colo-
nel commande la charge . Les deux bataillons se dis-
putent l'honneur d'en venir le premier aux mains et
culbutent l'ennemi . Cet exploit fut mis à l'ordre du
jour de l'armée de Beurnonville.
Le bataillon marcha ensuite à la conquête de la
Belgique et se distingua à Jemmapes et à Neerwinden .
A la troisième charge que Dumouriez fit exécuter
par son aile droite sur le village de Neerwinden ,
Royal-Deux-Ponts y pénétra après une lutte achar-
née qui lui coûta plus de 300 hommes . Attaqué à son
tour dans ce poste et écrasé par la mitraille , il fut
obligé de l'évacuer , mais il alla fièrement se refor-
mer à cent pas en arrière. Chargé en ce moment par
les cuirassiers de Zeschwitz et de Nassau , il obéit avec
précision aux ordres du général Thouvenot , ouvre
ses rangs , laisse passer cette cavalerie emportée par
ses chevaux et commence alors à bout portant un feu
terrible qui anéantit presque complètement les es-
cadrons autrichiens . Ce brave bataillon , qui , pen-
dant le cours de cette campagne , avait obtenu d'é-
clatants témoignages d'estime de ses chefs , et en
particulier du duc de Chartres, était réduit à 150 hom-
mes, quand il arriva à Tournai. Il servit cependant

HIST. DE L'ANC. INFANTERIE Française , T. VII. 23


354 HISTOIRE

encore l'année suivante sur la Sambre , et fut versé


er
le 1 mai 1795 dans la 177 brigade .
Le 2 bataillon de Royal-Deux-Ponts sortit de Phi-
lippeville quand les Prussiens envahirent la Cham-
pagne , et il contribua à leur défaite à Valmy. Il les
poursuivit jusqu'au Rhin et demeura attaché à l'armée
de la Moselle . Il est entré le 20 décembre 1794 dans
la 178° demi-brigade .
Le régiment avait d'abord porté l'habit bleu - cé-
leste, avec le collet et les parements cramoisis , des
brandebourgs, la doublure , la veste , la culotte , les
boutons et le galon de chapeau blancs et les poches
en travers. En 1770, il eut le collet , les revers , et les
parements jaune citron sans brandebourgs.
Les premiers drapeaux d'ordonnance eurent deux
quartiers violets et deux quartiers rouge cramoisi .
De nouveaux drapeaux adoptés en 1770 présentaient
les dispositions suivantes : Une croix de Saint-André
blanche partageant l'étoffe en quatre triangles ; une
couronne royale au milieu de la croix et deux gran-
des fleurs de lys dans chaque branche . Le triangle
supérieur et le triangle inférieur étaient divisés, en
ondes alternativement blanches et rouges , et les trian-
gles latéraux en ondes alternativement blanches et
bleues. Chacun de ces triangles était chargé des ar-
moiries de la maison de Deux-Ponts ,
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 355

REGIMENT DE RHEINACH.

100% RÉGIMENT D'INFANTERIE .

Prò rège et patriâ.


DEVISE DU CORPS.

COLONELS.

1. Baron D'EPTINGEN (Jean-Baptiste-Ferdinand-Sébastien) , 1 °r


mars 1758.
2. Chevalier de SCHONAU (François-Xavier) , 22 juin 1783.
3. Baron DE RHEINACH ( Sigismond) , 23 juillet 1786.

Ce corps, le dernier des régiments suisses , fut levé


par ordonnance du 25 février 1758. Le roi dans le
préambule de cette ordonnance agrée l'offre qui lui
est faite par Guillaume , baron de Rinck-Balden-
stein , prince-évêque de Bâle, de lever pour le service
du roi de France , dans les pays de la souveraineté de
l'évêque, un régiment de douze compagnies, sous le
356 HISTOIRE

commandement du baron d'Eptingen, grand-maré-


chal héréditaire de l'évêché de Bâle (1 ) .
Le régiment d'Eptingen , qui s'était assemblé à
Strasbourg, quitte cette place en 1759 pour joindre
l'armée d'Allemagne . Il se trouve en 1760 aux affai-
res de Corbach et de Burkfeld . M. d'Eptingen est
blessé à Corbach . Le 24 juin 1762 , le régiment dé-
ploie la plus énergique valeur à Grebenstein . Le ca-
pitaine de grenadiers Bertin y est tué ; les capitaines
Courvoisier, Hugel et trois lieutenants y sont blessés .
A la cessation des hostilités, Eptingen est mis en
garnison à Strasbourg, d'où il va à Neufbrisach en
mai 1763 , à Lille en novembre 1764 , à Landre-
cies et Avesnes en octobre 1765 , à Mézières en no-
vembre 1766 , au camp de Compiègne , en juil-
let 1767 , à Besançon après la levée du camp , et en
juin 1768 à Toulon , où il s'embarque aussitôt pour
la Corse. Le régiment fait avec éclat la campagne de
1769 qui assure à la France la possession de cette
er
île. Il se distingue surtout le 1 ° août aux combats de
Barbaggio et de Patrimonio , où le major Constant
se fait remarquer , et revient peu de jours après à
Toulon, d'où il se rend à Weissembourg et Lauter-

(1 ) M. d'Eptingen fut fait brigadier 25 juillet 1762 et maréchal


de camp 3 janvier 1770. M. de Schonau fut nommé brigadier 5 dé-
cembre 1781. M. de Rheinach , major au corps 27 juillet 1769 , et
lieutenant- colonel 30 avril 1780 , obtint le grade de maréchal de
camp le 21 septembre 1788 .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 357

bourg en novembre 1769. Il se rend depuis à Phals-


bourg en septembre 1772 , à Bitche en septem-
bre 1773 , à Mézières en mai 1774 , à Neufbrisach
en octobre 1775 , à Weissembourg et Fort-Louis en
octobre 1777 , à Rochefort en juin 1780 , à l'île de
Ré en octobre 1780 , à la Rochelle en septembre
1781 , à Phalsbourg en décembre 1783 , à Strasbourg
en octobre 1785 , au Fort-Louis en octobre 1786 ,
à Strasbourg en juin 1787 , à Weissembourg et Fort-
Louis en octobre 1787 , à Landrecies en avril 1788 ,
à Givet en juin 1788 , et à Maubeuge en avril 1789.
Il fut appelé trois mois plus tard à Saint -Denis , et
retourna à Maubeuge après les événements de Paris.
En 1791 , le régiment qui portait alors le nom de
Rheinach, eut quelques démêlés avec Orléans -in-
fanterie qui partageait avec lui la garnison de Mau-
beuge . Enfin il fut accusé d'avoir failli , au mois de
juillet , commencer sans déclaration la guerre avec
l'Autriche . Le fait est qu'une légère escarmouche eut
lieu sur la route de Maubeuge à Mons entre des re-
cruteurs autrichiens et des soldats de Rheinach qu'ils
voulaient débaucher . Il y eut quelques coups de fusil
tirés , et les Suisses passèrent pour avoir commencé.
Rheinach fut envoyé à Arras en avril 1792 , et ce
fut là qu'il fut licencié au mois de septembre . Il avait
compté dans l'organisation de l'armée du Nord .
Le drapeau colonel de ce régiment était semé de
fleurs de lys d'or et portait les armoiries de l'évêché
de Bâle , avec la devise : Pro Rege et Patriâ . Les dra
358 HISTOIRE

peaux d'ordonnance avaient leurs quartiers partagés


en sept flammes, rouge , jaune , noire, rouge , noire ,
jaune et rouge.
Ce corps portait habit rouge , parements, collet,
revers, doublure, veste , culotte, boutons et galons de
chapeau blancs ; poches en travers. Ce costume fut à
peine modifié par le règlement de 1779 .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 359

RÉGIMENT DE MONTRÉAL,

COLONELS.

1. Prince DE NASSAU-SIEGEN (Charles-Henri-Nicolas- Othon) , 16


août 1779.
2. Comte DE MONTRÉAL (Jean) , 28 février 1784 .

Louis XVI, par une ordonnance en date du 10


décembre 1778 , permit au prince de Nassau-Siegen ,
colonel-propriétaire de Royal-Allemand - cavalerie ,
de lever pour le service de la marine un petit corps
de volontaires, composé d'infanterie , de cavalerie et
d'artillerie . Ce corps , après avoir pris part à une
tentative infructueuse sur l'île de Jersey, fut réformé
le 15 août 1779 ; mais une nouvelle ordonnance du
16 août maintint sur pied , pour le service de terre ,
deux compagnies d'infanterie et une d'artillerie ,
dont la propriété fut laissée au prince de Nassau-
Siegen, qui se fit remplacer dans le commandement
360 HISTOIRE

par le lieutenant-colonel d'Ayme (1 ) . Ce petit corps


resta d'abord en garnison à Saint-Malo . Il fut en-
voyé en 1781 à Lorient, et l'année suivante à Bellisle-
en-Mer .

Quand la paix fut faite avec l'Angleterre , ce petit


corps, qui avait bien servi , fut conservé, et le 28
février 1784 , sur la démission du prince de Nassau-
Siegen, il fut donné en propriété au comte de Mont-

réal (2) . L'ordonnance porte que le corps d'infanterie


de Montréal demeurera sur le pied où il a été jusque-
là , tant pour le traitement que pour l'habillement,
à l'exception des parements, revers et collets qui
seront de drap écarlate (ils étaient de couleur orange) ,
des boutons blancs qui seront timbrés du numéro
106 , et des tambours qui porteront des casaques à
la livrée du mestre de camp -propriétaire .
Une nouvelle ordonnance du 12 mai 1785 sup-

prima la compagnie d'artillerie et organisa le corps


en un régiment composé de quatre compagnies
d'infanterie .

Le régiment de Montréal continua son séjour à


Bellisle jusqu'à l'année 1786. Il se rendit alors à

(1 ) François-Daniel d'Ayme , lieutenant-colonel au corps 16 août


1779 , a été fait brigadier 1er mars 1780 et maréchal de camp 1er
janvier 1784. Il eut pour successeurs, le 15 avril 1784 , François-Fé-
lix de La Vergne, et le 9 avril 1786, le comte de Ruault de La Bo-
nerie, qui est devenu colonel du régiment de Bourbon .
(2) Le comte de Montréal , précédemment colonel d'Angounois ,
a été nommé maréchal de camp le 9 mars 1788,
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 361

Douai. C'est là qu'il est devenu le 5° bataillon de


chasseurs à pied , dont nous allons nous occuper
immédiatement .

CHASSEURS CANTABRES.

5 BATAILLON DE CHASSEURS .

LIEUTENANTS-COLONELS .

1. Comte DE RUAULT DE LA BONERIE (Jean -Baptiste-André-


Isidore) , 1er mai 1788.
2. DU BALAY (François de Bazent) , 21 octobre 1791 .
3. DE LALAIN (Alexandre) , 6 novembre 1791 .
4. DE WILLOT (Amédée) , 23 mars 1792 .
5. DE MONCEY (Bon-Adrien Jannot) , 15 mai 1793.

L'ordonnance du 17 mars 1788 , en réformant le


régiment d'infanterie de Montréal et en le constituant
en un corps d'infanterie légère , sous le titre de Chas-
seurs cantabres , spécifiait qu'il prendrait rang ,
suivant son ancienneté, parmi les douze bataillons
de chasseurs formés ; qu'il n'y serait admis que des

soldats de recrue des pays compris entre les Pyré→


362 HISTOIRE

nées , la Garonne et l'Océan ; que l'habillement ,


l'armement et l'équipement du bataillon seraient
conformes à ce qui serait réglé pour les autres ba-
taillons, à quelques différences près, relatives au
costume national des Cantabres et habitants des
Pyrénées, et que le comte de Montréal conserverait
les titre , appointements et prérogatives dont il jouis-
sait comme colonel-propriétaire.
Une nouvelle ordonnance du 9 avril fixa le jour
de la réorganisation du corps au 1er mai , et pres-
crivit l'incorporation dans les quatre compagnies des
Chasseurs cantabres d'une partie des hommes du
régiment Royal-Corse qui n'étaient point d'origine
corse.
Le bataillon des Chasseurs cantabres a été formé à
Saint-Jean-Pied-de-Port, où s'étaient rendus les
éléments qui devaient le composer. Il n'a plus quitté
cette frontière des Pyrénées-Occidentales , où il devait
rendre bientôt son nom redoutable aux Espagnols.
Il débuta , le 23 avril 1793 , en surprenant un
poste près de Biriatu . Il tua treize Espagnols et en
fit noyer quarante dans la Bidassoa . Ce jour-là , l'ar-
mée ennemie attaquait le fort d'Andaye . Les répu-
blicains, surpris, cherchaient leur salut dans la fuite ,
quand le lieutenant-colonel Willot, à la tête de la
majeure partie de son bataillon , s'élance sur l'ennemi
et réveille le courage des volontaires . Ceux- ci se ral-
lient et les Espagnols sont rejetés de l'autre côté de la
Bidassoa.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 363

Le 6 juin , au combat de Château- Pignon , près de


Saint-Jean-Pied-de-Port, les Chasseurs cantabres ,
sous les ordres de Moncey, depuis maréchal et duc
de Conegliano , culbutent l'ennemi et lui prennent
six canons . Mais lorsque le brouillard qui couvrait le
champ de bataille se fut dissipé , les Espagnols ,
voyant le petit nombre de leurs adversaires, revien-
nent à la charge et forcent Moncey à se retirer. Au
même moment , les volontaires abandonnent leurs
positions , et les chasseurs , avec une compagnie de
grenadiers d'Angoumois , résistent seuls pendant
trois heures à toute l'armée ennemie . C'est dans
cette occasion que le général Largentière , désespéré
de la lâcheté de ses soldats, vint se réfugier dans les
rangs des Chasseurs cantabres et s'écria : Puisque je

ne puis rallier les fuyards , que je vienne au moins


périr au milieu de vous.
Les chasseurs s'étaient , pendant cette campagne,
rendus si redoutables aux Espagnols, que ceux-ci ,
ne pouvant les vaincre, les injuriaient et les appe-
laient les Ours, par allusion à la crinière de leurs
casques .
Le 5 février 1794 , le bataillon se couvrit encore
de gloire à la défense du camp des Sans - Culottes .
Moncey, malade depuis quinze jours, oublia son mal
pour combattre à la tête de ses braves chasseurs, qui
poursuivirent les Espagnols jusque dans leurs batte-
ries. Le caporal Dufour, fait prisonnier par quatre
ennemis, s'empara de la baïonnette de l'un d'eux ,
364 HISTOIRE

en tua trois , saisit le quatrième au collet et le ramena


au camp .
Les Chasseurs cantabres ont formé , le 23 avril
1795 , le noyau de la cinquième demi-brigade d'in-
fanterie légère .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 365

RÉGIMENT ROYAL- LIÉGEOIS.

101 RÉGIMENT D'INFANTERIE .

COLONELS-LIEUTENANTS ET COLONELS.

1. Comte DE LA TOUR ( Joseph-Clément Baillet ) , 18 novembre


1787.
2. Chevalier DE TERNANT (Jean) , 30 octobre 1790.
3. Comte DE SAINT- IGNON (Charles-Joseph) , 25 juillet 1791 .

Ce corps, le dernier des régiments d'infanterie


créés par l'ancienne monarchie, a vécu cinq ans à
peine cependant son histoire est assez longue . Nul
corps, en effet, ne fut plus agité que lui , et la con-
duite qu'il tint pendant la révolution amena enfin
son licenciement. Le trouble qui se produisit dans
son sein trouve son explication et son excuse dans
ces deux circonstances , qu'il supporta à la fois le
contre-coup des révolutions de France et des Pays-
366 HISTOIRE

Bas, et que l'esprit de corps n'avait pas eu le temps


de s'y former.
Au milieu de l'année 1787 , au moment où les
armements prodigieux , que l'Angleterre faisait à
propos des troubles de l'Irlande , donnaient à craindre
quelque dessein caché de rupture avec la France ,
Louis XVI accueillit une proposition de César Con-
stantin , comte de Hoënsbroëk , prince évêque de
Liége, tendant à faire agréer la levée d'un régiment
liégeois , qui serait entretenu en France sur le pied
étranger. Une convention fut signée à ce sujet, le 9
juillet, et le 18 novembre, une ordonnance royale
admit dans les rangs de notre infanterie, avec le
numéro 107 et sous le titre de Royal-Liégeois, un
régiment de deux bataillons , dont la propriété perpé-
tuelle devait rester aux évêques de Liége (1) . Il y avait
eu souvent, depuis 150 ans, des régiments liégeois
dans notre armée , et pendant la guerre de Sept Ans ,
deux corps de cette nation , Horion et Vierzet, s'é-
taient fait une belle réputation de bravoure et de
discipline. Si Royal-Liégeois ne soutint pas cette
bonne renommée, du moins quant à la discipline ,

(1 ) L'évêque de Liége se fit représenter à la tête du corps par


son neveu, le comte de La Tour, qui avait sous lui un colonel-com-
mandant. Le premier fut le comte de Raugrave, nommé maréchal
de camp le 9 mars 1788 , et remplacé le lendemain par le chevalier
de Ternant , qui devint colonel en chef après le départ de M. de
La Tour.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 367

c'est que probablement l'évêque de Liége , en l'offrant


au roi de France , n'avait eu d'autre intention que
de se débarrasser des hommes turbulents de toutes

nations et de toutes opinions qui agitaient alors les


Pays-Bas et en particulier la principauté de Liége .
Royal-Liégeois fut d'abord mis en garnison à
Givet, d'où il se rendit en 1789 à Valenciennes, puis
à Avesnes. C'est dans cette dernière ville qu'il com-
mença à faire parler de lui . Depuis quelque temps .
les troupes de la garnison d'Avesnes étaient consi-
gnées aux portes de la ville . Le dimanche, 7 mars
1790 , pendant que le régiment se rassemblait sur la
place d'armes pour se rendre à la messe , la compa-
gnie de chasseurs rompt les rangs, entoure le lieu-
tenant-colonel de Sames ( 1 ) , et réclame la liberté de
sortir de la ville pour aller se promener dans la
campagne. D'autres soldats se joignent à eux, et
trouvant le lieutenant-colonel inflexible . 200 hommes
courent vers la porte de France, dont le pont-levis
est levé à leur approche. Ils retournent alors à la
caserne, crient aux armes, parviennent à entraîner
la moitié du régiment, et contraignent les postes à
leur ouvrir les portes . 600 hommes quittent Avesnes
de cette manière et passent la frontière .. Le gouver-
nement français, pour éviter de voir déserter aussi le
reste du régiment, l'envoie à Saarlouis..

(1) Ferdinand de Sames de Heddesheim , lieutenant-colonel 4


mars 1788, remplacé le 13 avril 1792 par Léopold de Nucé.
368 HISTOIRE

Au mois d'août, le corps fut appelé à agir contre


la garnison révoltée de Nancy. Il se distingua dans
cette expédition, après laquelle ou l'envoya à Belfort ,
où il rencontra Lauzun-hussards. Les officiers de hus-
sards , pour fêter les vainqueurs de Nancy, leur don-
nèrent un banquet , dans lequel , il faut le dire , furent
oubliées toutes les convenances . Nous transcrivons

ici le rapport fait au ministre par le marquis de


Bouillé lui-même .
« J'ai été informé qu'à la suite d'un repas de corps

(donné le 21 octobre) , quelques officiers des régi-


ments Royal-Liégeois et Lauzun -hussards, en gar-
nison dans cette ville , se sont portés, sans doute dans
l'ivresse , à des excès punissables... J'ai pris des in-
formations. Il en résulte que Royal-Liégeois est le
plus coupable . Le corps du délit consiste dans des
propos qui m'ont paru assez graves pour m'engager
à sévir rigoureusement. J'ai mis aux arrêts M. de
La Tour, colonel de Royal-Liégeois , M. Gremsteins,
major du même régiment et deux officiers du même
corps, ainsi que M. de Lauzun . Ils resteront détenus

jusqu'à ce que le roi ait prononcé sur leur sort . Je


fais partir demain le régiment Royal- Liégeois pour
l'envoyer momentanément à Sarrebourg, d'où il se
rendra à Bitche . Je dois ajouter que les officiers et
soldats des deux régiments se plaignent que depuis
qu'ils sont à Belfort, ils ont été provoqués par quelques
habitants d'une manière insultante , et qu'on leur a
reproché notamment d'avoir servi à l'expédition de
Nancy. »
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 369

Voici les faits résultant de l'enquête. « Après le


dîner et devant le café, le major de Royal-Liégeois
dit : Nous sommes les maîtres , il faut hacher les
bourgeois . Alors , la plupart des officiers se répandent
dans les rues en criant : Vive le roi ! vive la joie ! Le
colonel La Tour se joint à eux et ajoute : Au diable la
nation » Le délire s'empare alors des esprits ; on tire
les épées et les sabres, au bout desquels on attache
des mouchoirs blancs ; on insulte les passants et la
Constitution , et l'on court aux casernes pour entraî-
ner les soldats, car les bourgeois de Belfort, à la tête
desquels s'était placé Kléber, alors inspecteur des
bâtiments civils, commençaient à se fàcher. Les
soldats sortent à l'appel de leur officiers : les ci-
toyens sont assaillis et frappés jusque dans leurs
maisons et on les oblige à crier: Au diable la nation !
Le major de la place et les officiers municipaux
eurent la plus grande peine à ramener ces forcenés .
Le 30 octobre, un rapport sur cet événement
fut fait à l'Assemblée nationale . On y remarquait
ceci Le comité est d'avis qu'il falloit licencier le
régiment. En effet, la nation ne peut-elle pas lui
dire . - Il y avait un contrat entre vous et nous :
nous vous croyions nos amis ; vous vous êtes réunis
à nos ennemis ; vous avez manqué à votre promesse ;
vous nous avez dégagés de la nôtre ; retournez dans
votre patrie . » On s'expliquait en effet difficilement
pourquoi le gouvernement n'adoptait point ce parti .
Non-seulement le régiment ne fut point licencié ;
HIST. DE L'ANC. INFANTERIE FRANÇAISE, T. VII. 24
370 HISTOIRE

mais il ne fut envoyé dans l'exil de Bitche que pour


donner au colonel La Tour et aux autres officiers
compromis les moyens de passer la frontière . Aussitôt
après leur évasion , le corps fut dirigé sur Phalsbourg.
La ville de Liége se montra très-péniblement affectée
de tous ces scandales . Elle députa auprès de l'Assem-
blée nationale le conseiller Reynier, porteur de
l'arrêté suivant :

« Justement indigné de la conduite et des atten-


tats criminels commis à Béfort par M. de La Tour et
autres officiers du régiment Royal-Liégeois au service
de France , le Conseil requiert M. le conseiller Rey-
nier, député des États et de la Cité près de l'Assem-
blée nationale , de témoigner aux augustes représen-
tants des Français , combien il est affecté que des
membres d'un corps qui porte le nom de Liégeois ,
s'en soient montrés aussi indignes .
M. Reynier ne manquera point d'observer :
« 1 ° Que le régiment a été levé arbitrairement par
l'évêque-prince seul, sans concurrence de la nation..
« 2° Que M. de La Tour et les autres nommés ne
sont pas liégeois :
« Le conseil requiert, de plus , M. le conseiller
Reynier de s'informer si , parmi les coupables, il ne
s'en trouve point qui soient effectivement liégeois ,
étant déterminé à les bannir de la cité et de son ter-
ritoire.... >>

Royal-Liégeois fut rejoint à Phalsbourg par le co-


lonel-commandant de Ternant, qui était absent pen- .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 371

dant le désordre, et dont la sage conduite parvint à


ramener le régiment dans la voie de la discipline . Par
son inspiration , les officiers envoyèrent à l'Assem-
blée nationale l'adresse suivante :
« Messieurs , permettez que les officiers du régi-
ment Royal-Liégeois , qui ont eu l'honneur de mettre
à vos pieds leurs vrais sentiments par l'organe de
M. Ternant, leur colonel, ajoutent à cette déclaration
authentique un hommage de remercîment qui est
un besoin pressant de leur cœur. Votre décret du 30
octobre dernier, en procurant aux officiers du régi-
ment Royal-Liégeois le bonheur inappréciable de
mettre leur conduite dans son vrai jour par des in-
formations légales , leur rend un chef dont l'éloigne-
ment les faisait gémir.... Illustres régénérateurs de
la France , recevez , avec le respect le plus profond ,
le juste tribut de reconnaissance que vous donnent à
tant de titres réunis les officiers du régiment Royal-
Liégeois. >>
Tout fut oublié pour le moment, et dans la séance
du 20 janvier 1791 , l'Assemblée nationale déclara
qu'il n'y avait plus lieu de suivre cette affaire .
Royal-Liégeois quitta Phalsbourg le 18 mai pour
se rendre à Landau . Il fut de là à Strasbourg au com-
mencement de 1792 et, au mois d'avril , il fut un des
corps dirigés sur le Midi pour la répression des trou-
bles d'Avignon . Il n'était plus commandé par M. de
Ternant et les intrigues de Turin allaient précipiter
sa perte.
372 HISTOIRE

Au mois de juillet, il était à Grenoble . Le souvenir


des scènes de Belfort et la conviction où l'on était à
Grenoble que le corps était travaillé par des émis-

saires de l'émigration , amenèrent des rixes sanglan-


tes entre lui et la garde nationale, et il fut obligé de
sortir de Grenoble et de se rendre au fort Barrault.

Une nouvelle enquête faite par l'Assemblée natio-


nale fut défavorable à Royal-Liégeois et eut pour ré-
sultat la destitution du colonel Saint-Ignon . Le com-
mandement fut déféré au lieutenant- colonel de Nucé,
mais cet officier vit son autorité méconnue et fut gra-
vement maltraité . Le général Montesquiou , comman-
dant en chef de l'armée des Alpes , fut obligé de porter
contre le corps les accusations les plus sévères , et
l'Assemblée nationale licencia Royal-Liégeois par un
décret du 9 septembre . Ce n'était plus qu'une for-
malité , car la plus grande partie des soldats était
déjà de l'autre côté des Alpes.
Royal-Liégeois portait l'habit bleu céleste , les pare-
ments et revers noirs, le collet écarlate, la doublure ,
les passe-poils , la culotte et les boutons blancs . II
avait la poche en long.
Le drapeau-colonel , semé de fleurs de lys d'or,
était chargé des armes de la ville de Liége, un pilier
d'or sur champ rouge , et les lettres L. G. de part
et d'autre. Les drapeaux d'ordonnance avaient leurs
carrés rouges bordés de noir , avec la croix semée de
fleurs de lys et l'écusson de Liége au centre.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 373

TROUPES LÉGÈRES,

On a placé, à la suite des régiments Royal-Italien ,


Royal-Corse et de Montréal, les notices des cinq pre-
miers bataillons de chasseurs à pied . Celles des 13°
et 14° bataillons font partie de l'histoire des Gardes-
Françaises . Il reste à parler du 12° bataillon formé
avec l'excédant de Royal -Italien et de Royal -Corse , et
des 6º, 7 , 8 , 9°, 10° et 11 ° bataillons, qui ne furent
point le résultat de la transformation de certaines
troupes de ligne en troupes légères, mais qui venaient
directement des légions mixtes de Louis XV, formées
elles-mêmes, après la guerre de Sept-Ans , de divers
corps irréguliers , entretenus depuis la guerre de la
Succession d'Autriche, pour le service des avant- pos-
tes et des flanqueurs .
Quelques détails sur ces corps sont nécessaires ici :
C'est au Conseil supérieur de la guerre , institué
par le régent , que remonte en France la première
idée et le nom des chasseurs . La compagnie franche
de M. de Saumery, qui appartint depuis à M. de Mont-
boissier , et qui demeura affectée à la garde des îles
de la Provence , paraît, en effet , avoir été formée à
titre d'essai le 17 juillet 1725 , sous le nom de chas-
seurs . Deux compagnies semblables furent levées le
15 février 1727 par Jean-Guillaume Ogé de Thier, et
Philippe Jacob . La première a vécu jusqu'en sep-
374 HISTOIRE

tembre 1737 , la seconde a été versée le 15 août 1745


dans les Volontaires royàux . Cet essai n'eut pas, au
reste, de résultat immédiat, et le nom de chasseurs ,
malgré sa nouveauté , ne fit point alors fortune .
Il est à remarquer que cette idée des chasseurs
répond au moment où l'État prend à sa charge l'ar-
mement et l'équipement des troupes, et assure ainsi
dans l'avenir tous les perfectionnements que ces cho-
ses comportent. Les révolutions nombreuses qu'a
subies l'infanterie légère , révolutions qui sont loin
encore d'être closes , ont toujours été déterminées par
quelques progrès . C'est ainsi , et sans remonter au
delà de l'invention des armes à feu , que l'apparition
des arquebuses et mousquets sépare l'infanterie en
piquiers et mousquetaires jusqu'au moment où la
pique est abandonnée ; le fusil à baïonnette et les
cartouches confectionnées produisent à leur tour un
effet semblable , et constituent pour un temps les gre-
nadiers et fusiliers en infanterie légère . Au com-
mencement du règne de Louis XV, toute l'infanterie
était armée et équipée de la même manière , mais
bientôt l'équipement leste et commode des Croates
et la carabine tyrolienne vont conduire à de nou-
veaux essais et à un nouveau fractionnement de l'in-
fanterie.
C'est pendant la défense de Prague , en 1742 , que
paraissent définitivement les chasseurs . A l'origine , ce
ne fut , comme nous l'avons déjà dit , que la réunion de
quelques domestiques braves et dévoués qui allaient
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 375

faire paître les chevaux de leurs maîtres dans les îles


de la Moldaw. Pour résister aux attaques incessantes
des Croates, pandours et hussards , ces braves gens
se donnèrent pour chef Jean-Chrétien Fischer, l'un
d'entre eux , et se mirent à faire la chasse à leurs en-
nemis, aux dépens desquels ils se trouvèrent bientôt
armés, équipés et habillés. De là leur nom de chas-
seurs de Fischer et leur costume étrange .
Cette compagnie de Fischer , ayant rendu d'émi-
nents services dans la retraite du maréchal de Bel-

lisle et pendant la campagne suivante sur le Rhin , le


roi reconnut son existence et la prit à sa solde à par-
tir du 1er novembre 1743. Il autorisa en même temps

Fischer à joindre à sa troupe un peloton de chasseurs


à cheval .

Le corps de Fischer, successivement augmenté à


mesure que son chef montait en grade ( 1 ) jusqu'à
compter 400 chasseurs à pied et 200 chasseurs à che-
val , se fit une réputation éminente pendant les der-
nières campagnes de cette guerre , et servit de modèle
à plusieurs autres corps irréguliers formés sous di-
verses dénominations , tels que les Arquebusiers de
Grassin , les Fusiliers de montagne, les Fusiliers-guides,
les Volontaires royaux, les Fusiliers de La Morlière,
Royal-Cantabre , les Miquelets de Gantèz , les Volon-
taires bretons , les Volontaires de Geschray , les Chas-

(1 ) Fischer est parvenu au grade de brigadier le 21 avril 1759 ,


376 HISTOIRE

seurs de Béringuier , de Sabattier et de Colonne , les


Volontaires de Lancize , qui se distinguaient tous par
la bizarrerie de leur organisation et de leur accou-
trement.
A la paix d'Aix -la - Chapelle , les Chasseurs de Fischer,
les Volontaires royaux et les Volontaires de Geschray
furent seuls conservés sur pied . Tous les autres corps
furent réformés et entrèrent pour la plupart, en 1749 ,
dans la composition de deux nouvelles agrégations
mixtes qu'on appela les Volontaires de Dauphiné et
les Volontaires de Flandre . En 1756 , parurent les
Volontaires étrangers , et, en 1757 , les Volontaires de
Hainaut et les Volontaires corses , de sorte qu'au
commencement de la guerre de Sept-Ans, l'armée
comptait huit corps de troupes légères , savoir :
Les chasseurs de Fischer ,
Les volontaires royaux,
Les volontaires de Geschray ou d'Alsace,
Les volontaires de Dauphiné ,
Les volontaires de Flandre ,
Les volontaires étrangers ou d'Austrasie ,
Les volontaires de Hainaut,
Les volontaires corses .

Auxquels vinrent s'ajouter de 1758 à 1762 :


Les volontaires étrangers de Clermont- Prince ,
Les volontaires liégeois ,
Les volontaires de Cambefort,
Les chasseurs à pied de Dorigny,
Les chasseurs à pied de Grandpré ,
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 377

Les chasseurs de Monet,


Les volontaires étrangers de Würmser .
Ce fut aussi pendant la guerre de Sept -Ans que les
régiments d'infanterie se donnèrent des compagnies
de chasseurs , appelées aujourd'hui compagnies de
voltigeurs. En 1759 , quelques colonels choisirent, de
leur propre mouvement , dans chaque compagnie de
fusiliers de leurs régiments , trois soldats, habiles ti-
reurs, et les appelèrent chasseurs . Ces hommes étaient
chargés d'éclairer la marche de leur corps , de fouil-
ler les bois et de tirailler . Le maréchal de Broglie
approuva cette idée et la généralisa la même année.
Quand tous les régiments de son armée eurent
des chasseurs , il réunit ceux- ci en une compagnie
distincte, et les assimila aux grenadiers , sauf la paye.
Les autres généraux d'armée firent de même , et à la
fin de la guerre , tous les régiments d'infanterie
avaient leurs compagnies de chasseurs . Ces compa-
gnies furent réformées à la paix .
Revenons aux corps spéciaux de troupes légères .
Les volontaires d'Alsace et les volontaires liégeois
furent réformés dès l'année 1759 ; les volontaires
corses disparurent en 1760 ; le même sort atteignit
en 1761 , après un an seulement d'existence , les ba-
taillons de chasseurs à pied de Dorigny et de Grand-
pré, qui avaient été attachés aux régiments de hus-
sards de Berchény et de Turpin, de manière à former
deux nouveaux corps mixtes ; les volontaires de Cam-
befort et les chasseurs de Monet furent supprimés à
378 HISTOIRE

leur tour en 1762 ; et voici ce que sont devenus les


corps qui échappèrent aux réformes amenées par la
paix.
Les chasseurs de Fischer, portés en 1757 à 2000
hommes, dont un tiers de cavalerie , avaient été don-
nés, en 1761 , au comte de Conflans et avaient pris
le titre de dragons-chasseurs de Conflans . Le 1 " mars
1763 , ce corps devint la Légion de Conflans .
Les volontaires royaux avaient pris, dès l'année
1758 , le titre de Légion royale .
Les volontaires de Dauphiné furent incorporés à
la fin de 1762 dans les volontaires de Flandre .
Les volontaires de Flandre devinrent la Légion de
Flandre le 21 décembre 1762 .
Les volontaires d'Austrasie furent versés en 1762
dans les volontaires de Hainaut .
Les volontaires de Hainaut devinrent, le 1er mars
1763, la Légion de Hainaut.
Les volontaires étrangers de Clermont-Prince pri-
rent, le 21 décembre 1762 , le titre de Légion de Cler-
mont-Prince .
Enfin les volontaires étrangers de Würmser se
transformèrent à la même date en Légion de Soubise .
De sorte qu'il restait sur pied , après la paix de
Versailles, six légions mixtes, uniformément compo-
sées de dix-sept compagnies : une de grenadiers ,
huit de fusiliers et huit de dragons . C'étaient :
La légion de Conflans ,
La légion royale ,
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 379

La légion de Flandre ,
La légion de Hainaut ,
La légion de Clermont- Prince ,
La légion de Soubise .
Cette organisation des troupes légères a duré treize
ans, sans autres modifications que celles-ci :
En 1766 , la légion de Clermont-Prince prend le
titre de légion de Condé.
En 1767 , les dragons de la légion de Conflans sont
transformés en hussards .

En 1768 , la légion de Hainaut devient légion de


Lorraine .

En 1769 , après la pacification de la Corse , une


septième légion est formée sous le titre de légion
corse. Cette légion cède , en 1775 , son infanterie à
Royal- Corse , reçoit en échange les hommes de Walsh-
irlandais, et prend le nom de légion de Dauphiné.
L'ordonnance constitutive du 25 mars 1776 fait
table rase du système des corps mixtes et en disperse
de tous côtés les éléments .
Les compagnies de cavalerie de la légion de Con-
flans forment un nouveau régiment de hussards , les
hussards de Conflans .

Les compagnies à cheval des six autres légions ,


au nombre de 48 , sont transformées en 24 escadrons
de chasseurs à cheval , qui sont attachés aux régi-
ments de dragons , dont ils deviennent les 5º esca-
drons .

Les régiments de cavalerie sont portés à la même


380 HISTOIRE

époque à cinq escadrons par l'adjonction d'un esca-


dron de chevau-légers . <

L'infanterie de la légion de Dauphiné est reversée


dans Walsh-irlandais , d'où elle avait été tirée l'année
précédente .
Toutes les autres compagnies d'infanterie , au nom-
bre de 54 , sont réparties dans les régiments d'infan-
terie, qui organisent chacun dans leur 2 bataillon
une compagnie d'élite , dite de chasseurs , qui rem.
place la compagnie de grenadiers et marche à la gau-
che du bataillon et du régiment .

Ainsi , dans le système de 1776 , il n'y eut plus de


corps spéciaux de troupes légères . Chaque régiment,
soit d'infanterie, soit de cavalerie, soit de dragons ,
eut ses compagnies d'éclaireurs .
L'ordonnance du 29 janvier 1779 modifia cette
organisation en ce qui concerne les troupes à cheval .
Les escadrons de chevau- légers et de chasseurs
à cheval furent retirés des régiments de cavalerie
et de dragons, et formèrent six régiments de chevau-
légers ( 1 ) et six régiments de chasseurs à cheval , de

(1 ) Ces régimenis de chevau -légers, que le général Bardin con-


fond à tort avec les chasseurs à cheval , ont été transformés en
1784 en régiments de cavalerie , sous les titres d'Orléanais , des
Evêchés , de Franche- Comté , de Septimanie , de Quercy et de La
Marche . En 1788 , le régiment d'Orléanais a pris le nom de Royal-
Guyenne et les cinq autres ont été réformés et incorporés dans les
regiments de chasseurs àa cheval . De là , sans doute , l'erreur signa-
lée ci- dessus.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 381

quatre escadrons chacun , numérotés entre eux , dans


chaque série , de 1 à 6 , sans titres particuliers .
Le 8 mai 1784 , on revient au système des corps
mixtes . Les régiments d'infanterie conservent leurs
compagnies de chasseurs , mais l'on organise , en
outre, six bataillons de chasseurs à pied , de quatre
compagnies chacun , qui sont attachés aux six régi-
ments de chasseurs à cheval. Ces nouvelles agréga-
tions prennent les titres de :
Chasseurs des Alpes,
Chasseurs des Pyrénées,
Chasseurs des Vosges ,
Chasseurs des Cévennes ,
Chasseurs du Gévaudan ,
Chasseurs des Ardennes .
Enfin , le 17 mars 1788 , les régiments de chasseurs
à cheval et les bataillons de chasseurs à pied sont sé-
parés , et ces derniers prennent dans la série des
douze bataillons, qui composent leur arme, les nu-
méros 6 , 7 , 8 , 9 , 10 et 11 , en conservant leurs titres ,
à l'exception des chasseurs des Alpes qui deviennent
chasseurs bretons et des chasseurs des Pyrénées qui
deviennent chasseurs d'Auvergne ( 1 ) .

Les bataillons de chasseurs à pied , commandés

(1 ) Les six régiments de chasseurs à cheval ont changé de nom


en 1788 , pour éviter toute confusion avec les chasseurs à pied , et
sont devenus les chasseurs à cheval de Picardie , de Guyenne , de
Lorraine , de Bretagne, de Normandie et de Champagne .
382 HISTOIRE

par des lieutenants-colonels , restent formés à quatre


compagnies, comprenant chacune douze carabiniers
bons tireurs . Ces bataillons devaient se recruter ex-
clusivement dans les pays indiqués par leurs titres.

CHASSEURS BRETONS ,

6º BATAILLON DE CHASSEURS A PIED .

LIEUTENANTS-COLONELS.

1. DE CAPPY (Jean-Baptiste-Marie-Joseph Florimond ) , 1er mai


1788.
2. O'MEARA (Thomas) , 6 novembre 1791 .
3. GILLOT (Joseph) , 23 mars 1792 .

Le 6 bataillon de chasseurs à pied fut constitué


à Lorient le 1er mai 1788 , sous le nom de chasseurs
bretons, avec les compagnies d'infanterie attachées
au régiment des chasseurs des Alpes (1 ) .
Aussitôt après sa formation , le bataillon passe à
Bellisle en mer , d'où il se rend la même année à
Rochefort. En 1789 , il occupe l'île d'Oléron , et au
mois de novembre 1790 , il détache une compagnie

(1 ) M. de Cappy , premier lieutenant-colonel commandait les


chasseurs à pied des Alpes depuis le 21 août 1784. Il est devenu
colonel du régiment d'Armagnac.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 383

à Saint-Jean-d'Angely, où des troubles assez graves


avaient éclaté. Le bataillon se trouva bientôt tout en-

tier dans cette ville où il passa l'année 1791. Au com-


mencement de 1792 , il fut dirigé sur Strasbourg , et
quand la guerre éclata , il marcha à l'avant-garde de
l'armée du Rhin .
Les chasseurs bretons se sont particulièrement dis-
tingués, le 22 juillet 1793 , à l'attaque des retranche-
ments des Prussiens sur les hauteurs de la Chapelle
Sainte-Anne . Ils emportèrent plusieurs postes à la
baïonnette malgré le feu des redoutes ennemies. Le
général Beauharnais ne trouva qu'un reproche à leur
adresser. C'était d'avoir montré trop d'ardeur .
Ce bataillon a été versé à Belfort , le 25 juin 1795 ,
dans la 6e légère .

CHASSEURS D'AUVERGNE,

7 BATAILLON DE CHASSEURS .

LIEUTENANTS-COLONELS .

1. Chevalier DE CHAZOT (Jean-Pierre-François), 1er mai 1788 .


2. Baron DES TOURNELLES (Christophe) , 25 juillet 1791 .
3. DE TRENTINIAN (Jean-Jacques), 5 février 1792 .
4. DE BECDELIÈVRE (Gabriel-François-Louis) , 9 septembre 1792.

Ce bataillon a été constitué à Brioude avec les com-


pagnies d'infanterie attachées aux chasseurs à cheval
384 HISTOIRE

des Pyrénées . Il passa l'année même de sa formation


à Clermont-Ferrand , et en septembre 1791 , il quitta
le Puy et Saint-Flour pour se rendre à Strasbourg et
au Fort-Louis du Rhin.
Il fit partie en 1792 de l'armée de Custines et mon-
tra une grande bravoure au combat livré le 9 novem-
bre près de Limbourg . Le 20 mars 1793 , deux com-
pagnies se distinguèrent à l'engagement d'avant-
garde de Stromberg , où fut défait le général prus-
sien Zékuly . Le 30 , à l'affaire d'Oberflerschein , le
bataillon soutient les efforts du régiment de Bour-
bonnais et est mis à l'ordre . Du 12 au 14 septembre,

il s'illustre aux combats du camp de Nothweiler. Le


14 , à la pointe du jour , il sort de Bodenthal , suivi
du 1er bataillon de la Haute- Saône et du 1er des Vos-

ges, et attaque l'ennemi par la gauche dans son camp


retranché. Il saute audacieusement dans les redoutes,
en chasse l'ennemi à coups de crosse et de baïon–
nette, et le met en un instant dans une complète
déroute . Ce fut le lieutenant Bureau qui entra le pre-
mier dans les redoutes .

Les chasseurs d'Auvergne ont été versés , le 26 dé-


cembre 1793 , dans la 7e demi-brigade légère ( 1) .

(1 ) MM. de Chazot et des Tournelles sont devenus maréchaux de


camp.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 385

CHASSEURS DES VOSGES,

8 BATAILLON DE CHASSEURS.

LIEUTENANTS-COLONELS.

1. DE PRÉCY (Louis-François Périn) , 1er mai 1788.


2. Chevalier DE LAAS (Firmin) , 6 novembre 1791 .
3. DE BELCASTEL DE MONTAUSEN (Joseph-Henri ) , 5 février 1792.
4. MÉRIC DE GARDEBOSC (Jean-Martin) , 22 mai 1792 .
5. DONNEZAC DE LA RUSCADE (Jacques-Louis), 10 juin 1792 .

Formé à Lyon avec les compagnies d'infanterie


attachées aux chasseurs à cheval des Vosges, ce ba-
taillon se mit bientôt en route pour Collioure , d'où
il fut, en 1790 à Montpellier, en 1791 à Lunel, et en
1792 au camp de Lyon . Il contribua à la conquête de
la Savoie sous le général Montesquiou , et ne quitta
plus la frontière des Alpes , jusqu'à son incorporation
dans la 8º demi-brigade légère , qui eut lieu le 19
juin 1795 (1).

(1 ) Le lieutenant-colonel de Précy, depuis colonel du 35° régi-


ment , est le même officier qui a dirigé l'insurrection de Lyon en
1793 .
HIST . DE L'ANC. infanterie FRANÇAISE , T. VII . 25
386 HISTOIRE

CHASSEURS DES CEVENNES,

9' BATAILLON DE CHASSEURS .

LIEUTENANTS-COLONELS.

1. Chevalier DE BARROUSSEL (Joseph) , 1er mai 1788 .


2. SEGOND (Jacques-Marie-Blaise), 25 juillet 1791 .
3. DELPUECH DE COMMEYRAS DE PEUDEMAR (Philippe- César) ,
6 novembre 1791 .
4. NAU DE SAINT-SAUVEUR (Antoine- Alexandre) , 5 février 1792.
5. DE BLONDEAU (Claude-Hyacinthe), 10 juin 1792.

Ce corps a été formé à Bitche avec l'infanterie des


chasseurs des Cevennes. Il fut envoyé en 1789 au
Fort Louis du Rhin , d'où il est passé en 1790 à
Longwy et en 1791 à Metz. Il quitta cette ville le 26
avril 1792 pour joindre l'armée de La Fayette, et dé-
buta le 23 mai à l'affaire de Philippeville , où fut tué
le lieutenant- colonel Saint-Sauveur . Le bataillon fit
ensuite la campagne de l'Argonne , contribua à la
conquête de la Belgique et fut mis en garnison à
Namur.
Lorsque Dumouriez abandonna l'armée , les chas-
seurs des Cevennes furent accusés par Ransonnet
d'avoir suivi ce général ; mais la fausseté de l'accu-
sation de ce sans-culotte ne tarda pas à se montrer.
Le bataillon continua de combattre à l'avant- garde
de l'ancienne INFANTERIE FRANÇAISE . 387

de l'armée des Ardennes , et fut versé , le 21 mars


1794 , dans la 9º légère .

CHASSEURS DU GEVAUDAN,

10° BATAILLON DE CHASSEURS .

LIEUTENANTS -COLONELS.

1. DE LA VERGNE (Antoine-Benoît) , 1er mai 1788.


2. DE BAZELAIRE (Jean-Joseph- Christophe), 17 mai 1789.
3. DE QUIGNY ( Charles-Alexandre- Hilaire Guyon ) , 6 novembre
1791 .
4. LE PESCHEUX (Charles-Marie) , 5 février 1792 .

Formé à Berghes avec l'infanterie du régiment des


chasseurs du Gévaudan , ce bataillon se rendit en 1788
à Landrecies et à Bouchain et en 1791 à Maubeuge.
En 1792, il fit partie de l'avant-garde de l'armée du
Nord et contribua à la première conquête de la Bel-
gique . Revenu sous Valenciennes après la bataille de
Neerwinden , il fut placé aux avant-postes de l'armée
du général de Dampierre . Dans une des affaires qui
eurent lieu en avril 1793 , il se laissa surprendre par
les Autrichiens et fut en grande partie enlevé ou sabré.
Au mois d'octobre, sous Jourdan , le bataillon mar-
cha au secours de Maubeuge et se distingua extrê–
mement aux combats livrés autour de la cense du
Château. Dans celui du 7 octobre, il venait d'enlever A
388 HISTOIRE

aux Hongrois la redoute du Loup, quand une terreur


panique s'empara d'un bataillon de volontaires de
l'Eure , qui pritla fuite . Les chasseurs, indignés, arra-
chèrent la cravate du drapeau de ces lâches , et se
maintinrent seuls dans la redoute jusqu'au soir .
Le bataillon continua de servir sous Jourdan l'année
suivante, et fut versé, le 24 février 1795 , dans la 10 °
demi-brig ade légère.

CHASSEURS DES ARDENNES,

11 BATAILLON DE CHASSEURS .

LIEUTENANTS-COLONELS.

1. DE LOSSE DE BAYAC (Charles-Joseph) , 1er mai 1788 .


2. DE BECDELIÈVRE (Gabriel-François-Louis) , 6 novembre 1791 .
3. DE FONTENILLES (François du Contant de La Molette) , 5 fé-
vrier 1792 .
4. GARNIER (N. ) , 26 octobre 1792.
5. DE MARNAS ( Paul-Dominique- Chabannacy) , 18 juillet 1793.

Ce bataillon a été formé à Montauban avec les qua-

tre compagnies d'infanterie attachées aux chasseurs


à cheval des Ardennes. Il fut envoyé la même année
à Monaco , d'où il fut à Antibes en 1790 , et à Sorgues
en septembre 1791 , pendant les troubles d'Avignon .
En 1792 , il fait partie du camp de Barrault et de
l'armée des Alpes, et à la fin de 1793 , il est appelé
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 389

à l'armée du Rhin. Il est entré , le 11 juillet 1794 ,


dans la composition de la 11 légère.

CHASSEURS DE ROUSSILLON.

12e BATAILLOn de chasseurs .

LIEUTENANTS- COLONELS.

1. DE CHANTRENNE (Jean- Dubois) , 1er mai 1788.


2. COMMERE ( N. ) , 25 juillet 1791 .
3. DÉGOUTIN DE BRÉCOURT (Charles) , 5 février 1792 .
Ce bataillon fut formé avec les cadres de deux
compagnies de Royal-Italien et de deux compagnies
de Royal- Corse , que l'on compléta avec des hommes
du Roussillon et de la Cerdagne , pays où le batail-
lon devait se recruter à l'avenir.
Le bataillon se rendit la même année au Pont-
Saint-Esprit , d'où il fut à Alais à la fin de 1790 et
à Perpignan en 1791. Au mois de décembre de cette

année , quelques officiers entrèrent avec ceux du


régiment de Cambrésis dans un complot tendant à
livrer aux Espagnols la citadelle de Perpignan . Le
bataillon fut alors envoyé à Carcassonne , d'où il se
rendit à Huningue au commencement de la guerre.
Il contribua à l'occupation du pays de Porentruy
et servit ensuite aux armées du Rhin et de Moselle

jusqu'à son amalgame dans la 12 légère , qui eut


lieu le 8 juillet 1794.
390 HISTOIRE

TROUPES COLONIALES.

Nous terminerons l'histoire des corps d'infanterie


qui étaient sur pied au moment de la révolution par
quelques détails sur les régiments des colonies , qui
ont fini par être réunis à l'armée de terre et qui , eux
aussi , contribuèrent à la formation des demi- brigades .
L'espèce de troupes auxquelles doit être confiée
la garde des colonies est une des choses sur lesquelles
on a toujours été le moins d'accord en France. Depuis
ce temps , assez voisin de nous, où le gouvernement a
commencé à prendre souci de nos possessions d'ou-
tre-mer, cette mission a été attribuée alternativement
à des corps de l'armée de terre et à des troupes spé-
ciales, et les raisons n'ont point manqué, à chaque
fois , pour prouver que le système que l'on allait adop-
ter était le meilleur .

On peut dire que jusqu'au régent , l'un des prin-


DE L'ANCIENNE INFANTERIE française . 391

ces les plus éclairés et les plus ardents au progrès qui


aient gouverné notre pays, la défense de nos colonies
a été abandonnée aux flibustiers , c'est-à-dire aux
aventuriers qui , après avoir traversé l'Océan 'dans
l'espoir chimérique d'une facile et prompte fortune ,
ne trouvant pas à l'instant ce qu'ils étaient venus
chercher, étaient obligés pour vivre de se faire chas-
seurs , écumeurs de mer, ou séides des gouverneurs et
des compagnies de commerce.
Après la paix des Pyrénées , de 1661 à 1665 ,
Louis XIV avait fait passer dans les Antilles et au Ca-
nada quelques régiments d'infanterie qu'il ne vou-
lait plus entretenir en France et qu'il donnait à la
compagnie des Indes occidentales pour protéger ses
opérations . Cet essai ne fut point heureux. En 1669 ,
il n'existait plus de traces de ces corps aux colonies,
et tout porte à croire que les hommes qui les com-
posaient étaient allés grossir les bandes de bouca-
niers, pionniers , trappeurs et flibustiers, qui exploi-
taient alors en grand les rivages et les forêts vierges
de l'Amérique .
Les choses demeurèrent en cet état jusqu'à l'année
1719 , avec cette différence toutefois, que les popu-
lations des colonies commençant à s'accroître et à se
fixer au sol , les gouverneurs durent trouver de
plus en plus des ressources dans les milices locales
et avoir, par conséquent , de moins en moins besoin
de recourir aux services des aventuriers.

En 1719 , l'importance extraordinaire , que prit


392 HISTOIRE

tout à coup la Louisiane , donna lieu à la levée du


régiment suisse de Karrer. Ce corps , formé sur le
pied de quatre compagnies par commission du 15 dé-
cembre, passa le 8 juillet 1720 au service du dépar-
tement de la marine pour être spécialement affecté
à la garde des établissements de la vallée du Missis-
sipi. Il y envoya immédiatement trois compagnies de
200 hommes , et la compagnie colonnelle , forte de
350 hommes , fut établie à Rochefort où elle est tou-
jours restée .
Le 1er octobre 1721 , le régent autorisa la compa-

gnie des Indes à lever et à entretenir un corps de


troupes pour la protection de ses nombreux comp-
toirs dans la presqu'île du Gange , aux îles Masca-
reignes et sur les côtes de Guinée et de Barbarie .
Ces troupes, dont l'effectif a beaucoup varié, avaient
leur dépôt à Lorient.
Le régiment de Karrer , les troupes de la compa-
gnie des Indes , et les milices coloniales qui reçurent
en 1726 une organisation régulière , en même temps
que les milices de la métropole , telles furent les forces
consacrées à la défense des colonies jusqu'à la guerre

de Sept Ans. On sait qu'elles ne furent point suffi-


santes . Pendant la guerre de 1741 , le régiment de
Karrer dans l'Amérique du nord et aux Antilles ,
Dupleix et La Bourdonnais avec les troupes de la com-
pagnie des Indes dans les colonies du grand Océan ,
les milices locales partout , firent bien leur devoir ,
mais ne purent empêcher les colonies de tomber dans
de l'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 393

les mains des Anglais, ou de subir de grands désas-


tres .

En 1755 , lorsque tout annonçait une reprise


d'hostilités avec la Grande-Bretagne, le gouverne-

ment français se décida à renforcer les garnisons


ordinaires des colonies et y envoya douze bataillons
de troupes de ligne . Les 2" bataillons des régiments
de La Reine , d'Artois , de La Sarre, Royal- Rous-
sillon , de Bourgogne, de Languedoc, de Guyenne,
de Berry et de Béarn , passèrent au Canada ; un ba-
taillon d'Angoumois alla se réunir à la Louisiane et
aux Antilles au régiment de Karrer, devenu Hall-
weyl ; Lorraine et Lally- irlandais fournirent deux ba-
taillons pour la défense des établissements de Pon-
dichéry et du Gange . C'était assez pour donner de
la jalousie aux Anglais ; c'était trop peu pour ga-
rantir nos possessions , surtout si l'on considère que
ces troupes devaient subir, outre les chances ordi-
naires de la guerre , toutes les conséquences de l'ac-
climatement .

On sait combien cette guerre de Sept Ans fut dés-


astreuse pour nos colonies . A la paix, il fallut sé-
rieusement songer à la conservation de celles que
les Anglais voulurent bien nous rendre .
L'ordonnance du 25 novembre 1762 affecta spé-
cialement au service des ports et colonies les vingt-
trois derniers régiments français de l'infanterie , qui
n'appartenaient point à des princes du sang. Ces ré-
giments, qui reçurent une organisation et une tenue
394 HISTOIRE

spéciales , étaient Royal-Roussillon , Beauvoisis ,


Rouergue , Bourgogne, Royal-Marine, Vermandois ,
Languedoc, Beauce , Médoc , Vivarais, Vexin , Royal-
Comtois, Beaujolais, Boulonnais , Angoumois , Péri-
gord , Saintonge , Forèz , Cambrésis , Tournaisis ,
Foix, Quercy et Nivernais , auxquels on joignit trois
brigades d'artillerie de nouvelle formation .
Le régiment d'Hallweyl , ayant cessé d'être néces-
saire, fut licencié le 1er juin 1763 .
Ce système, qui avait l'inconvénient de créer des
embarras à la fois au ministère de la guerre et à celui
de la marine , n'était point destiné à durer long-
temps .
Dès l'année 1766 on y ouvrit une brèche par la
création des légions de l'Ile-de-France et de Saint-
Domingue qui eurent seules le service des colonies ,
dont elles portaient les titres . Il semble que cette
mesure ait été provoquée par des réclamations des
régiments affectés au service des ports et colonies,
car, à partir de la même époque on commença à dé-
tacher au delà des mers des régiments autres que
ceux nommés plus haut et notamment des régi-
ments étrangers , tels que Clare-irlandais et Bouil-
lon . Limousin , Royal-Vaisseaux et Artois passèrent
aussi dans les îles .

En 1769 , les troupes de la compagnie des Indes


ayant été supprimées, la légion de l'Ile-de-France
alla les remplacer dans les postes de la presqu'île du
Gange, et le régiment Royal-Comtois passa à l'Ile-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 395

de-France avec une organisation particulière , qui


fait présumer qu'on avait l'intention de le fixer
dans les colonies du Grand-Océan .
En 1771 , quoique l'ordonnance du 25 novembre
1762 n'eût point été abrogée , il n'y avait plus de
troupes de l'armée de terre que dans les petites An-
tilles et à l'île Bourbon .
Le 18 août 1772 parurent deux ordonnances
royales qui changeaient complétement le système
suivi depuis dix ans.
La première de ces ordonnances , dont nous ex-
trayons seulement ce qui peut intéresser ici , était
ainsi conçue :

<< Sa Majesté, ayant jugé à propos de donner aux


troupes qu'elle a affectées au service de ses colonies
de l'Amérique la même forme que celle des régi-
ments qui servent en France , a ordonné et or-
donne ce qui suit :
« Art . 1º . Il sera créé quatre régiments sous la
dénomination de régiments du Cap, du Port-au-
Prince , de la Martinique et de la Guadeloupe...
« Art. 8. Lesdits régiments n'auront entre eux
d'autre rang que l'ancienneté des colonels ; et où ils
se trouveraient dans le cas de marcher ensemble en

corps , ou par détachement, le commandement ap-


partiendra au grade supérieur, et , à grade égal , à
l'ancienneté de commission.
« Art . 20. L'uniforme desdits régiments sera
composé d'un habit de drap léger petit Lodève bleu ,
396 HISTOIRE

doublé de toile lessivée au quart blanc ; le parement


en botte garni en dessous de quatre petits boutons ;
six gros boutons sur le devant ; trois à chaque poche

qui sera coupée en travers, un autre sur chaque


côté, avec un petit à l'épaulette qui sera de laine
couleur du parement.

Veste de coutil bis-blanc, sans poches ni pattes


marquées, garnie de dix boutons sur le devant ... Cu-
lotte de coutil bis-blanc . Boutons de métal blancs ,
timbrés d'une ancre, chapeau bordé d'argent.
« A l'égard des parements et collets, ils seront
distingués ainsi qu'il suit , savoir :
Régiment du Cap , parement et collet de drap
vert de Saxe ;
Régiment du Port -au - Prince , parement et collet
de drap rouge ;

<< Régiment de la Martinique , parement et collet


de drap ventre de biche ;
<< Régiment de la Guadeloupe, parement et collet
de calmande cramoisie.

« Art. 22. L'habillement des tambours - majors et


tambours sera à la petite livrée du roi ( 1 ) .
« Art . 23. Les officiers porteront l'uniforme de
leur régiment en drap léger, veste et culotte de ba-

(1) Nous ajouterons que les tambours des régiments des colonies
étaient des nègres, qui obtenaient leur liberté après 30 ans de ser-
vice.
de l'ancienne INFANTERIE FRANÇAISE . 397

sin blanc, avec des parements et collets de soie . Ils


auront un chapeau bordé d'un galon uni en argent,
sans plumet .
« Art. 28. Pour parvenir à la composition des-
dits régiments, l'intention de sa Majesté est d'y em-
ployer les troupes qui forment les différents corps
actuellement existants dans les colonies, savoir : la
légion de Saint- Domingue, créée par ordonnance du
1er août 1766 , les deux compagnies d'ouvriers ,
créées par ordonnance du 20 mars 1768 , et les trois
compagnies de dragons, créées par ordonnance du
1 novembre 1769. Se réservant Sa Majesté de pour-
voir au complet des régiments du Cap et du Port-
au-Prince, par des recrues, et à la formation des ré-
giments de la Martinique et de la Guadeloupe , par
les bas-officiers et soldats qui seront tirés des ba-
taillons qui y servent actuellement, et par des re-
crues dont elle continuera à se charger...:
La deuxième ordonnance du 18 août 1772 , con-

çue dans les mêmes termes , créait, pour la garde des


îles de France et de Bourbon , trois régiments dési-
gnés sous les noms de régiments de l'Ile- de-France ,
de l'Ile-de-Bourbon et du Port-Louis, distingués des
précédents par l'habit blanc à revers, et entre eux
comme il suit :

Régiment de l'Ile-de-France , parement, collet et


revers de drap bleu de roi ;
Régiment de l'Ile de Bourbon, parement , collet
et revers de drap rouge ;
398 HISTOIRE

Régiment du Port-Louis, parement, collet et re-


vers de drap vert de Saxe .
Quant à la formation de ces régiments, les articles
26, 27 et 28 de cette ordonnance portent que, pour
parvenir à la composition de ces corps , Sa Majesté
veut que les troupes qui composent la légion de
l'Ile-de-France et les deux compagnies d'ouvriers
créées par ordonnance des. 1 juillet 1766 , 1er juillet
et 1er novembre 1767 et 1 mars 1769 , soient ré-
parties également dans lesdits trois régiments ; que
les soldats des bataillons d'infanterie , actuellement
en garnison à l'Ile-de-France, qui désireront passer
dans lesdits régiments pour y achever le temps porté
par leurs engagements, y seront incorporés, et que
Sa Majesté se réserve de pourvoir au complet des-
dits régiments, par des recrues dont elle continuera
de se charger.
On remarquera qu'il n'était point question dans
cette ordonnance ni des troupes destinées à la garde
des établissements de l'Inde, ni du régiment Royal-
Comtois, envoyé cependant à l'Ile-de-France dans
un but spécial . Il est très-probable que Royal-
Comtois était destiné à tenir garnison à Pondichéry,
Chandernagor et Mahé, et que c'est cette destination
qui causa, en 1772 , la révolte du régiment et son
rappel en Europe . Ce qui donne de la force à cette
hypothèse , c'est qu'une troisième ordonnance du 30
décembre 1772 créa le régiment de Pondichéry, qui
fut formé avec une partie de la légion de l'Ile-de-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 399

France, ce qui força bientôt à réunir en un seul


corps les trois régiments de l'Ile-de-France , de l'Ile
de Bourbon et du Port-Louis, qu'il avait été impos-
sible de compléter .
Le régiment de Pondichery eut l'habit blanc avec
les parements, le collet et les revers de couleur
orange..
La création des huit régiments que nous venons.
de nommer assurait le 1 service des colonies ; quant à
celui des ports et de la flotte, on y avait pourvu ,, dès
le 18 février 1772, par l'institution d'un corps d'in-
fanterie de marine, divisé en huit régiments qu'on
appela les régiments de Brest, de Toulon , de Roche-
fort, de Marseille , de Bayonne, de Saint-Malo , de
Bordeaux et du Havre ( 1 ) ..
Le 21 janvier. 1775 , les régiments de l'Ile-de-
France , de l'Ile-de-Bourbon et du Port-Louis, furent
réunis en un seul corps de 4 bataillons, ainsi que
nous l'avons indiqué plus. haut. L'excédant forma
le bataillon d'Afrique .
Le régiment de l'Ile -de-Bourbon fut rétabli le 25
octobre 1776 , à , la suite d'un remaniement général
des troupes coloniales ..

(1) Ces corps, dont nous ne parlons ici que pour mémoire, éétaient
composés de deux bataillons de neuf compagnies chacun , savoir une
de bombardiers , une de canonniers et sept de fusiliers. Ils furent
réunis en un seul régiment le 26 décembre 1774, et ce régiment a
été supprimé le 28 janvier 1794.
400 HISTOIRE

Enfin , le 20 mai 1785 , on forma le bataillon de la


Guyane, avec des détachements des régiments de la
Martinique , de la Guadeloupe et de l'Ile de France.
Il portait le même uniforme que ce dernier corps .
Ainsi , au moment de la révolution , les garnisons
des colonies étaient occupées par sept régiments

d'infanterie et par deux bataillons séparés , dont la


création remontait à l'année 1772. C'étaient les ré-

giments du Cap et du Port-au-Prince pour Saint-


Domingue ; les régiments de la Martinique et de la
Guadeloupe pour les petites Antilles ; de l'Ile- de-
France, de l'Ile-de-Bourbon et de Pondichéry pour
les établissements de la Mer des Indes , et les batail-
lons d'Afrique et de la Guyane pour les colonies et
comptoirs de la côte de Guinée , du Sénégal et de
Cayenne. Quelques compagnies auxiliaires étaient
réparties sur d'autres points .
Quand on modifia, en 1791 , l'organisation de
l'armée, les troupes coloniales ne furent point ou-
bliées , et nous extrairons du rapport de Sillery , lu le
11 juillet à l'Assemblée nationale , les passages sui-
vants qui donneront une idée de ce qu'était la com-
position intérieure de ces corps .
«< La disposition que nous vous proposons est la
<
réforme d'un des plus grands inconvénients de la
permanence des régiments coloniaux . Nous ne pou-
vons vous dissimuler le vice qui a régné dans la
composition de ces régiments . Le recrutement de
ces troupes se faisait presque toujours de concert
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 401

avec le lieutenant de police de Paris, qui croyait


rendre un service utile à la capitale , en se débarras-
sant des sujets suspects , et qui n'avait jamais calculé
le tort qu'il faisait aux colonies. Les citoyens eux-
mêmes contribuaient aux vices de cette composition ;
ils sollicitaient l'enrôlement pour les colcnies des
enfants dont ils avaient à se plaindre . Ces jeunes
gens expatriés, après avoir rempli le terme de leur
engagement, n'osant reparaitre dans leur patrie dont
ils étaient rejetés, formaient cette classe parasite ,
appelée les Petits-Blancs, qui est devenue un des
plus dangereux fléaux des colonies , etc. >>
A la suite de ce rapport, l'Assemblée adopta le
décret suivant, sous la date du 11 août :
• Les régiments et bataillons coloniaux des îles de
France et de Bourbon , Pondichéry, Port-au-Prince,
Cap , la Martinique , la Guadeloupe , la Guyane ,
d'Afrique, Saint-Pierre et Miquelon , le bataillon
auxiliaire, ainsi que l'artillerie des colonies et les
six compagnies de Cypaïes de Pondichéry, etc. , seront
à l'avenir sous la direction du département de la
guerre . >>
A la même époque on apprenait les troubles des
Antilles et la part que les troupes coloniales y avaient
prise . Celles-ci furent licenciées par un décret du
29 septembre pour recevoir une nouvelle organisa-
tion . Lacombe- Saint-Michel fit un rapport à ce su-
jet le 5 mai 1792 , et un décret du 31 assimila les ré-
giments du Cap , de Pondichéry, de l'Ile -de-France ,
HIST. DE L'ANC. INFANTERIE FRANÇAISE. T. VII . 26
4024 HISTOIRE

et'de la Guadeloupe , du Port -au-


de la Martinique 'et
Prince et de l'Ile-de-Bourbon , aux régiments de l'ar-
mée de terre, et leur donna à la suite de ceux -ci des
numéros depuis 106 jusqu'à 111 .
C'est dans cet ordre que nous allons présenter les
notices des régiments des colonies .

REGIMENT DU CAP.

106 RÉGIMENT D'INFANTERIE.

COLONELS.

1. DE REYNAUD DE VILLEVERT (François) , 18 août 1772 .


2. Comte DE SABRAN (Louis-Auguste-Elzéar) , 5 janvier 1780.
3. Vicomte DE FONTANGES (N. ) , 16 janvier 1784.
4. Baron DE CAMBEFORT (Joseph-Paul-Augustin), 8 février 1786.
5. DASSAS (N. ) , 16 novembre 1792,

Formé avec une partie de l'ancienne légion de


Saint- Domingue, ce régiment était destiné à la garde
de la partie de la colonie qui avait pour chef-lieu le
Cap Français. Des détachements du corps furent
employés à diverses expéditions pendant la guerre
de l'Indépendance des États-Unis . L'un d'eux , em-
barqué en 1779 sur la flotte du comte d'Estaing , prit
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 403

part au siége de Savannah. Le capitaine Dumouriez


et deux lieutenants y furent blessés, le 9 octobre
445317 , à
l'attaque des retranchements . Un autre détachement ,
embarqué en 1782 sur la frégate l'Amazone, perdit
le lieutenant Guilhem et plusieurs soldats
,, : ༞ ༔ au combat
navalsoutenu le 28 juillet par ce bâtiment sur les
côtes de l'Union américaine (1 ) .
Quand les troubles de Saint-Dominque commen-
cèrent en 1790, le régiment du Cap fut employé
contre la bande du mulâtre Ogé , et la battit le 29 oc-
tobre. En 1791 , la révolte des noirs était générale ;
il marcha contre eux , les attaqua le 27 août, en tua

cent et dispersa le reste . La révolte cependant avait


gagné la ville du Cap , et le régiment, qui se con-
duisit bien d'abord, fut plusieurs fois sur le point
d'en venir aux mains avec les bataillous de Norman-
die et d'Artois qui s'étaient insurgés dès leur arrivée

dans l'île . Enfin la contagion de l'exemple le lança ,


lui aussi , dans l'insubordination , et il finit par chas-
ser M. de Cambefort, son colonel, dans la journée du
19 octobre 1792 .
Cependant, quand les Espagnols de la bande
orientale de Saint-Domingue se mirent de la partie ,

(1 ) M. de Reynaud, premier colonel , et brigadier 25 octobre


40.43
1776 , commandait précédemment la légion de Saint-Domingue.
[Link] Sabran avait été nommé colonel dès l'année 1772 , mais il n'ac-
cepta point alors. Il a été fait brigadier 25 octobre 1776 et maré-
11
chal de camp 1er janvier 1784. M. de Fontanges a été nommé ma-
réchal de camp le 17 mai 1789.
404 HISTOIRE

le patriotisme l'emporta et, sous le commandement


énergique du général Desfourneaux , le régiment du
Cap montra une bravoure qui doit atténuer le souve-
nir de sa faute. Ce fut avec 300 hommes du 106°
que Desfourneaux emporta , à la fin de 1793 , le fort
de la Crète-Sale et y fit prisonniers 700 Espagnols .
Le régiment arriva en France au commencement
de 1794, fut complété au Havre, le 13 floréal an III ,
par l'incorporation du bataillon de première réqui-
sition de Beauvais, et fut envoyé dans la Bretagne ,
où il a servi jusqu'à la pacification de l'Ouest . Ses
deux bataillons, qui ont figuré sur le papier dans l'or-
ganisation des 187 et 188° demi - brigades, n'ont
point été amalgamés et sont entrés directement, le
21 novembre 1796 , dans la 13° demi -brigade de se-
conde formation .

RÉGIMENT DE PONDICHERY.

107 RÉGIMENT D'INFANTERIE .

COLONELS.

1. DE SAINT- CÉSAIRE (N.) , 30 décembre 1772 .


2. DES AUVERGNES (N. ) , 25 octobre 1776.
3. D'ALBIGNAC (N. ) , 22 août 1780 .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 405

4. Comte DE CONWAY (N. ) , avril 1782.


5. DE FLEURY (N. de Teissèdre) , 16 janvier 1784.
6. Comte DE LAUMUR (Michel ) , novembre 1786 .
7. DAGINCOURT (N.) , 16 novembre 1792.

Ce régiment, qui ne fut organisé que le i octobre


1773 avec une partie de la légion de l'Ile-de-France
qui se trouvait à Pondichéry sous les ordres de M. de
Repentigny, fut réduit , le 21 juillet 1775 , à un ba-
taillon , qui supporta seul aux Indes orientales , avec
quelques compagnies de Cypaïes , les premières atta-
ques des Anglais en 1778. Il défendit vaillamment

Mahé et Pondichéry. Dans la capitulation de cette


dernière ville , il fut expressément convenu avec le
général anglais Monroe que le régiment garderait
ses drapeaux et serait transporté à l'Ile-de-France aux
frais de Sa Majesté Britannique . Cette capitulation
fut odieusement violée . Non -seulement le régiment
fut embarqué pour la France, au lieu d'être conduit
à l'Ile- de-France , mais , le 1er mai 1779 , le navire
français le Sartines, frété par le gouvernement de
Madras pour transporter une partie du corps, ayant
été rencontré dans le sud du cap Saint-Vincent par

le vaisseau anglais de 50 canons , le Romney, com-


mandé par le capitaine Home , fut traité en ennemi .
En vain, le capitaine du Sartines arbora-t-il le pa-
villon de cartel, l'Anglais fit l'aveugle et lui envoya
plusieurs bordées qui tuèrent le capitaine du Sartines
et deux hommes du régiment . Quand le navire fut
près de couler bas , l'Anglais l'abandonna . Il faisait
406 HISTOIRE

quatre pouces d'eau par heure , quand il parvint le


3 mai à mouiller dans la rade de Cadix .

Le régiment de Pondichery' se rembarqua pour


l'Inde en 1780 sur la flotte du comte du Chilleau .

Arrivé en vue de Pondichery en février 1782 , il prit


terre et contribua avec Austrasie ' à la prise de Gon-
delour et au siége de Trinquemale , et en 1783 à la
défense de Gondelour . A la paix ,'il reprit possession
12
de Pondichéry et des autres établissements français de
l'Inde.

"A la fin de juin 1793 , une armée anglaise, compo-


sée de 5,000 soldats européens et de 17,000 Cypaïes
vint mettre le siégé devant Pondichery. Cette ville
résista pendant quarante et un jours de tranchée ou-
verte . Elle se rendit le 31 août , et les 570 hommes
quí restaient encore du régiment de Pondichery de-
meurerent prisonniers de guerre . Il n'est pas besoin
de dire que les 189 et 190° demi-brigades n'ont ja-
mais existé (1).

(1 ) Un seul des colonels de Pondichery' est devenu officier gé-


néral ; c'est M. de Fleury, nommé maréchal de camp le 30 jan-
vier 1791 .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 407
1

RÉGIMENT DE L'ILE-DE- FRANCE.


mail :

108 RÉGIMENT , D'INFANTERIE .

COLONELS.

1. Chevalier DE LORT (N. ) , 18 août 1772.


2. Comte DE SAINT-MAURICE (N. ) , 1774.
3. DE COURCY (N.) , 21 janvier 1775.
4. DE CHÉNEVILLĖ (N. ) , 1er janvier 1782 .
5. Chevalier DE CHERMONT (Dominique- Prosper), 14 mars 1787.

Le régiment de l'Ile- de-France , formé avec une


partie de la légion de l'Ile - de-France et des détache-
ments des régiments Royal-Comtois , de Clare , d'Ar-
tois et de Normandie , fut porté à quatre bataillons
par l'ordonnance du 21 janvier 1775 , qui y incorpo-
rait les régiments de l'Ile-de-Bourbon et du Port-
Louis. Celle du 25 octobre 1776 , qui rétablissait le
régiment de l'Ile-de-Bourbon , le remit à deux batail-
lons.

Il prit une part considérable à la guerre soutenue


dans l'Inde en 1782 et 1783 et assista à la plupart
408 HISTOIRE

des combats livrés par le bailli de Suffren . Les lieu-


tenants de La Tour-Hody et Séguin furent blessés sur
le vaisseau l'Illustre à l'affaire de Trinquemale , le
3 septembre 1782. A la paix, il reprit ses quartiers
dans les îles du grand Océan .
On sait que les îles de France et de Bourbon surent
conserver la tranquillité au milieu des orages qui agi-
taient la métropole et les autres colonies . Cette sa-
gesse donna au régiment la force de repousser toutes
les croisières anglaises . Il continua de faire un pa-
triotique service sur le théâtre restreint qui lui était
assigné , et disparut peu à peu dans les diverses orga-
nisations des troupes coloniales, qui eurent lieu ulté-
rieurement . Il en est donc des 191 et 192 ° demi-

brigades comme des deux précédentes ; elles n'ont


jamais existé.

REGIMENT DE LA MARTINIQUE.

109* RÉGIMENT D'INFANTERIE .

COLONELS.

1. DE SABLONAY (N. ) , 18 août 1772.


2. Comte DE SEGUIN (N. ) , 5 janvier 1780 .
3. DE GIMAT (Jean-Joseph de Soubadère) , 25 août 1782 .
4. Comte DE CHABROL (Jacques-Joseph- Gaspard) , 21 juin 1789.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 409

5. MICHON (Louis) , 16 novembre 1792 .


6. FEYDIEU (Pierre) , 5 septembre 1793 .

Le régiment de La Martinique a eu pour fond des


détachements des régiments de Bouillon , de Péri-
gord , de Médoc , de Limousin et Royal-Vaisseaux ,
qui avaient en 1772 chacun un bataillon aux Antilles .
Il trouva de nombreuses occasions de se distinguer
pendant la guerre d'Amérique .
En 1778 , les grenadiers et les chasseurs contri-
buent à la prise de la Dominique , sous M. de Bouillé ;
le capitaine de chasseurs Dubourg se fait remarquer
dans cette expédition . Le 16 juin 1779 , un détache-
ment , commandé par le chevalier de Lice , participe à
la prise de Saint-Vincent . Un autre se trouve , au

mois de juillet , à la conquête de la Grenade . Le ma-


jor, chevalier de La Bretonnière , et le capitaine de
grenadiers Dubourg, sont tués à l'attaque du morne
de l'Hôpital . Le lieutenant de Kergus y est blessé .
Le détachement du régiment faisait partie dans cette
attaque de la colonne de droite commandée par le
vicomte de Noailles : les grenadiers étaient à l'avant-
garde. Ce même détachement se trouve au combat
naval du 6 juillet contre l'amiral Byron et au siége
de Savannah au mois de septembre . Le 12 avril
1780, le régiment fournit un piquet qui s'embarque
au Fort-Royal sur la flotte du comte de Guichen . Il
assiste aux combats livrés à Rodney le 17 avril et les
15 et 19 mai , et y perd son colonel , le comte de
410 HISTOIRE

Séguin , tué raide par un boulet. Deux sous-lieute-


nants sont blessés , et l'un d'eux , M. d'Audiffrédy
l'est très-grièvement .
Le contre-coup de la révolution , se fit vivement
sentir à la Martinique . Dans le commencement , le
régiment demeura étranger au mouvement ; mais ,
le 1er septembre 1790 , deux compagnies en garni-
son dans le Fort-Bourbon s'insurgent et se renfer-
ment dans le fort. M. de Damas court les assiéger
avec le reste du régiment , et il se voit alors aban-
donné par toutes les autres compagnies qui passent
dans le fort à l'exception des grenadiers , lesquels
déclarent eux-mêmes vouloir rester neutres , et qui
se retirent au fort de la Trinité avec 23 officiers obli-
gés de s'éloigner de leurs soldats rebelles .
$ Le régiment , renforcé par une partie de celui de

la Guadeloupe , soutient bientôt un siége en règle


dans le Fort-Bourbon , et se voit enfin contraint de
céder devant les forces arrivées d'Europe . Renvoyé
des colonies, il débarque en France en juillet 1791 ,
1 et reste d'abord en état de suspension jusqu'à ce

que les charges qui pesaient sur lui fussent éclair-


cies. La marche rapide des événements vint bientôt
arrêter les poursuites, et le décret du 5 mai 1792 le
réunit au régiment de La Guadeloupe pour former le
109° régiment d'infanterie dont on verra les services
plus loin.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 411

RÉGIMENT DE LA GUADELOUPE .

COLONELS.

1. Comte DE NEYON DE VILLIERES (N. ) ; 18 août 1772.


2. DE REPENTIGNY (Louis Le Gardeur) , 6 novembre 1775.
3. DE FITZ-MAURICE (Thomas) , 6 mars 1785 .
4. CHABERT DE LA RÉRIE (N. ) , 20 décembre 1790.

Le régiment de La Guadeloupe , formé avec des dé-


.
tachements de Vexin et des corps que nous avons
nommés dans la notice du régiment de La Martini-
" que , prit part en 1779 aux expéditions du comte
d'Estaing et se distingua, le 9 octobre, à l'attaque des
retranchements de Savannah: Le lieutenant Guil-
laume y fut tué, et parmi les blessés se trouvaient le
1
major Desnoyers , les capitaines Montaigu , Roger,
Desnoyettes et deux lieutenants.
A la révolution , le régiment de La Guadeloupe
fut le premier à se mettre en insurrection . Dès le 16
février 1790 , 5 compagnies qui étaient à Tabago se
révoltèrent, chassèrent leurs officiers, et, après avoir
412 HISTOIRE

mis la colonie dans le plus grand désordre , s'embar-


quèrent sur des navires marchands qui les condui-
sirent au Havre .
Pendant ce temps, le 1er bataillon adressait de la
Guadeloupe la lettre suivante à l'Assemblée nationale .
« Les bas officiers, grenadiers, chasseurs et fusiliers
du régiment de La Guadeloupe , pénétrés de la plus
vive douleur de la manière honteuse avec laquelle le
détachement de Tabago s'est comporté, en maltrai-
tant nos chefs qui étaient les leurs , et en enlevant
notre drapeau , qui nous est à tous déposé par le ser-
ment que nous avons fait de ne jamais l'abandonner ;
et il faut que des malheureux qui ont foulé aux pieds
tout sentiment d'honneur nous l'enlèvent, et de plus
cherchent à déshonorer notre régiment, qui , depuis
dix-huit ans qu'il est formé, s'est toujours comporté,
tant en campagne qu'en garnison , avec une conduite
irréprochable . Tous , d'un commun accord , nous vous
supplions de vouloir bien faire punir tous ces scélérats
indignes de voir le jour . Nous vous supplions encore
d'avoir égard à ce que notre drapeau est souillé par
des mains aussi infâmes et de vouloir bien deman-

der au roi qu'il nous en soit envoyé un autre. >>


Cette lettre était lue à l'Assemblée nationale le 27

juillet. Le 3 septembre , cette fraction vertueuse du


régiment était en pleine insurrection , et le lende-
main la presque totalité s'embarquait pour aller re-
joindre au Fort-Bourbon les insurgés du régiment
de La Martinique . Cent hommes à peine restèrent à
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 413

la Guadeloupe . C'était Dugommier qui s'était mis à


la tête du mouvement.

Le 26 mai 1791 , le régiment arrivait dans la ri-


vière de Bordeaux , et il allait rejoindre les compa-
gnies de Tabago à l'île de Ré, où l'Assemblée les avait
envoyées par punition . Le décret du 5 mai 1792
réunit, comme on l'a déjà dit , les débris des régi-
ments de La Martinique et de La Guadeloupe pour en
composer le 109e régiment d'infanterie , qui servit
avec beaucoup d'éclat dans la guerre de la Vendée .
Ce régiment, qui fut organisé à Vannes par le gé-
néral Chevigné, le 23 octobre 1792 , se composait en
ce moment de 1044 hommes et de 24 officiers . Il fut

d'abord partagé entre les garnisons de Vannes et de


Brest et ne fut appelé à l'armée qu'au commence-
ment de 1793. Il immortalisa son numéro à la dé-
fense de Nantes le 29 juin . Le général Beysser dit
dans son rapport : Je dois des louanges particu-
lières au 109° régiment. Pendant dix-huit heures, il
n'a cessé de combattre dans les postes les plus péril-
leux , et partout où il a combattu , l'ennemi a été ter-
rassé . » Canclaux , de son côté , s'exprimait ainsi : « Je
ne puis m'empêcher de distinguer celui que cite toute

cette ville, le 109 régiment , qui , au nombre de 400


hommes, aidé par un bataillon de la Mayenne , a sou-
tenu l'attaque de la porte de Vannes, sans disconti-
nuer pendant plus de douze heures le feu le plus
vif. » Attaqué , en effet , dans cette circonstance , par
toute la division d'Elbée, le régiment recula jusqu'à
414 HISTOIRE

la place de Viarmes , y soutint un combat terrible, et


finit par repousser les Vendéens , dont la plupart
furent tués ou fait prisonniers . ,
A la bataille de Chollet, le 17 octobre , le 109 fai-
sait partie de la réserve . Lajournée semblait perdue,
lorsque Kléber fit avancer cette réserve,, Le 109° se
porta en avant, musique en tête , au chant de la Mar-
seillaise , et commença la découte des Vendéens .

Le régiment se distingua encore,,, le 25 janvier


1794 , au combat de Léger , où, ses soldats , pieds
nus , culbutèrent les bandes, de Charette. Il avait
quelques jours auparavant contribué à la prise de
Noirmoutiers et à l'anéantissement des dernières
bandes de d'Elbée.
Le 28 juin 1795 , les deux bataillons du régiment
devinrent les noyaux des 193 et 194° demi- brigades
de bataille .

BEGIMENT DU PORT-AU- PRINCE,

110 RÉGIMENT D'INFANTERIE.

COLONELS.

4. Chevalier DE LAVAL (Joseph-Grispierre de Montcroc) , 18 acut


1772.
2. Chevalier DE MAUDUIT (Thomas- Antoine Duplessis) , 24 mars
1788.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 415

3. LOMBARD DE ROQUEFORT (Jean-Joseph), 16 novembre 1792 .


4. DUPUY (Pierre-Pascal ) , 4 mars 1793 .

Le régiment du Port-au- Prince , comme celui du


Cap, a eu pour fond une partie de la légion de Saint-
Domingue . Un détachement de ce régiment fut
embarqué en 1779 sur la flotte du comte d'Estaing
et fut employé au siége de Savannah . Le sous-lieu-
tenant de Boisneuf y perdit la vie ; deux autres offi-
ciers furent blessés ( 1 ) .
Pendant la révolution , le corps se trouva soumis
aux tiraillements les plus affligeants et finit par pren-
dre part aux atrocités conimises à Saint - Domin-
gue.
Ce fut dans le quartier de l'île qui était confié à sa
garde que naquit l'insurrection . L'Assemblée colo-
niale , dite de Saint-Marc , se mit en opposition ouverte
avec les délégués du gouvernement . Le 29 juillet 1790 ,
une émeute éclata au Port-au-Prince , et elle fut san-
glante. A minuit , les révoltés arrêtent une patrouille
de cinq hommes du régiment. L'un d'eux parvient à
s'échapper et court avertir le colonel de Mauduit.
Celui-ci rassemble 90 hommes et va réclamer ses
soldats au comité . Il entre avec deux grenadiers,
et se voit accueilli par d'outrageantes clameurs.
Une voix dans l'assemblée crie feu ! .... et à l'instant

(1 ) M. de Laval, ancien major de la légion de Saint-Domingue ,


a été fait brigadier le 1er janvier 1784.
416 HISTOIRE

cinquantc coups de fusil ou de pistolet renversent


morts les deux grenadiers . M. de Mauduit n'est point,
atteint et court se réfugier dans les rangs de sa troupe
qui , indignée de cette violence, s'élance dans la salle
du comité, et après un court combat en disperse les
membres. Tous les symboles insurrectionnels et
entre autres trois drapeaux furent enlevés par le régi-
ment, qui eut ce jour-là trois hommes tués et douze
blessés . La tranquillité fut rétablie pour quelque
temps.
Cependant l'Assemblée coloniale parvint, à force
d'argent, à débaucher le détachement cantonné à
Saint-Marc . L'incertitude , où l'on était à Saint-
Domingue , sur le véritable état des affaires en
France, fit le reste .
Les mal-intentionnés , agissant en dessous auprès
des hommes , leur firent croire que l'Assemblée de
Paris avait désavoué la conduite tenue par le régi-
ment dans la nuit du 29 au 30 juillet , et que des
forces arrivaient de France pour les punir . Sur ces
entrefaites , le 2 mars 1791 , arrivent les vaisseaux le

Borée et le Fougueux , et la frégate l'Uranie , qui


avaient à bord 1,000 hommes des régiments de Nor-
mandie et d'Artois. Le gouverneur , pour combattre
l'effet des bruits qu'on avait fait courir, ordonne que
ces troupes ne débarquent point au Port-au-Prince ,
mais au Môle Saint-Nicolas . Son autorité est mé-
connue ; dans la nuit du 3 au 4 , une grande partie
des soldats de Normandie et d'Artois descend à terre
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 417

et fraternise avec les habitants . C'est alors que le ré-


giment du Port- au-Prince , ne pouvant croire que
les camarades arrivés d'Europe veuillent le tromper
sur la marche des événements, commence à s'agiter.
Le lendemain, les soldats d'Artois et de Normandie ,
faisant cause commune avec la multitude , délivrent
les prisonniers détenus pour motifs politiques et les
portent en triomphe à l'église, où les prêtres enton-
nent le Te Deum au son des cloches et au bruit du
tambour. A quatre heures , les grenadiers de Port-
au-Prince, musique en tête, apportent à l'église les
trois drapeaux enlevés le 30 juillet au corps de garde
national . On leur signifie que c'étaient leurs chefs ,
beaucoup plus coupables, qui devaient remettre ces
drapeaux , et dans le lieu où ils les avaient pris. Le
colonel de Mauduit , prévenu du danger qui le me-
nace, est vainement prié de quitter le Port-au-Prince;
il demeure inébranlable : « Ma place est ici , s'écrie-
t-il, etj'y mourrai , s'il le faut. » Bientôt ce brave offi-
cier, le capitaine Germain et le sous-lieutenant de
grenadiers Castres sont gardés à vue dans leurs mai-
sons. Celle de M. de Mauduit est mise au pillage et
son vin achève de faire perdre la raison à ses soldats.
En vain, un adjudant leur lit-il le décret de l'As-
semblée nationale du 12 novembre 1790 , qui ap-
prouve la conduite tenue par leurs chefs au mois de
-
juillet. Cela est faux, s'écrie une foule aveugle, il
faut pendre cet aristocrate . Alors commence une
scène horrible. MM . de Mauduit, Germain et Castres
HIST. DE L'ANC. INFANTERIE FRANÇAISE T. VII. 27
418 HISTOIRE

sont conduits au Comité . Devant la principale porte ,


on commande à M. de Mauduit de se mettre à ge-
noux . Il refuse froidement . Son courage et son calme
en imposent un moment, et les cris d'indignation de
quelques citoyens gênant les assassins, il est entraîné
vers la caserne . Pendant ce trajet un grenadier pleu-
rait . <
< Mon ami , lui dit le colonel, des jours que de
«

longues années de guerre ont respectés , ne sont pas


à l'abri du couteau des assassins , mais les larmes
d'un brave homme comme toi me consolent d'a-
vance . >> Pendant qu'il parlait, un soldat ivre du régi-
ment d'Artois porte à M. de Mauduit un coup de
sabre . Un sergent se précipite au-devant du coup qui
menace son colonel et le reçoit sur la tête. Alors un
grenadier de Port-au -Prince , voyant que la pitié
gagnait , s'approche et dit : « M. de Mauduit, vous
nous avez trompés, vous nous avez mis dans le mal-
heureux cas de nous déshonorer... et, lui arrachant
sa croix de Saint-Louis , il lui fend la tête d'un coup
de sabre. Un second coup la sépare du tronc, et cette
tête, fichée au bout d'une baïonnette , est promenée
par la ville. L'acharnement des révoltés sur le corps
du malheureux colonel fit oublier les deux autres of-

ficiers qui purent s'échapper. Les cannibales termi-


nèrent leur épouvantable orgie , en clouant la tête
de M. de Mauduit sur la porte de sa maison et en la
fusillant.
On doit dire cependant que ce crime n'entrait pas
dans les intentions de la masse du régiment , et qu'il
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 419

fut l'œuvre d'un petit nombre de scélérats . On en


trouva la preuve dans la facilité avec laquelle le lieu-
tenant- colonel de Cornoyer rétablit la discipline .
Port-au-Prince arriva en France en juillet 1791 et
fut mis en garnison , moitié à l'île de Ré et moitié à
Carhaix. Au mois d'août 1792 , le bataillon qui était
à l'île de Ré fut dirigé sur l'armée de Dumouriez . Il
n'alla que jusqu'à Troyes, revint après Valmy à la
Rochelle et se mit en route pour Brest au mois de
novembre .
er
Le 1 bataillon du régiment de Port -au-Prince ,
devenu 110° d'infanterie , est toujours resté à Brest
jusqu'au 8 janvier 1796 , jour de son incorporation
dans la 33° demi -brigade de deuxième formation .
Le 2 bataillon servit contre les Chouans, et fut
versé le 28 juillet 1795 dans la 196 * demi-brigade de
première formation .

RÉGIMENT DE L'ILE -DE -BOURBON.

111 RÉGIMENT D'INFANTERIE ,

COLONELS.

1. DE SAINT-MARC (N) , 18 aoùt 1772 .


2. DE FRIEDMONT (N) , 25 octobre 1776.
3. LECLERC DE FRESNE (Camille-Charles) , 21 avril 1784.
4. DESCOUBLANT DE LA ROUGERIE ( Gabriel -Claude) , 15 mai
1793.
420 HISTOIRE

Le régiment de l'Ile-de-Bourbon , formé des mêmes


éléments que celui de l'Ile-de-France , fut supprimé
le 21 janvier 1775 et rétabli le 25 octobre 1776. Ses
services sont les mêmes que ceux du régiment de
l'Ile-de-France . A l'époque de la révolution , il ne
comptait plus qu'un bataillon .
Le décret du 5 mai 1792 réunit ce bataillon à ce-
lui d'Afrique créé le 21 janvier 1775 , et à celui de
la Guyane créé le 20 mai 1785 , pour composer le
111 ' régiment d'infanterie, qui ne put être formé que
le 15 mai 1793 , après la rentrée en France des divers
débris des troupes coloniales qui lui étaient desti-
nés .
Le 111 ° a toujours servi à l'armée des côtes de
l'Océan . Son 1 " bataillon a été incorporé le 28 juin
1794 dans la 197' demi-brigade. Le 2° n'a point été
amalgamé ; il est entré directement, le 22 septem-
bre 1796 , dans la 58° demi-brigade du Directoire .
8 MA 54
TABLE DES MATIÈRES .

-1

RÉGIMENT ROYAL-COMTOIS , 73° RÉGIMENT D'INFANTERIE..


RÉGIMENT DE BEAUJOLAIS , 74° RÉGIMENT D'INFANTERIE.... 17
RÉGIMENT DE MONSIEUR, 75º RÉGIMENT D'INFANTERIE........ 32
RÉGIMENT DE CHATEAUVIEUX, 76 RÉGIMENT D'INFANTERIE. +45
RÉGIMENT DE LA MARK, 77 RÉGIMENT D'INFANTERIE....... 66
RÉGIMENT DE PENTHIÈVRE , 786 RÉGIMENT D'INFANTERIE. 1 0
8
RÉGIMENT DE BOULONNAIS , 79° RÉGIMENT D'INFANTERIE... 91
RÉGIMENT D'ANGOUMOIS, 80° RÉGIMENT D'INFANTERIE...... 101
RÉGIMENT DE CONTI , 81° RÉGIMENT D'INFANTERIE. 114
RÉGIMENT DE SAINTONGE , 82º RÉGIMENT D'INFANTERIE.... 128
RÉGIMENT DE FOIX , 83 RÉGIMENT D'INFANTERIE......... 139
RÉGIMENT DE ROHAN, 84° RÉGIMENT D'INFANTERIE. 151
RÉGIMENT DE DIESBACH , 85° RÉGIMENT D'INFANTERIE, . • •, • › 161
RÉGIMENT DE COURTEN , 86° RÉGIMENT D'INFANTERIE, 172
422 TABLE
RÉGIMENT DE DILLON , 87 RÉGIMENT D'INFANTERIE. ....... 181
RÉGIMENT DE BERWICK, 88° RÉGgiment d'infanterie. ...... 194
RÉGIMENT ROYAL- SUÉDOIS , 89° RÉGIMENT D'INFANTERIE.... 207
RÉGIMENT DE CHARTRES , 90° RÉGIMENT D'INFANTERIE..... 218
RÉGIMENT DE BARROIS , 91° régiment d'infaNTERIE, ...... 230
RÉGIMENT DE WALSH , 92ª RÉGIment d'infanterie...... 241
RÉGIMENT D'ENGHIEN , 93° RÉGIMENT D'INFANTERIE...... 253
RÉGIMENT ROYAL DE HESSE-DARMSTADT , 94º régiment
D'INFANTERIE. 263
TROUPES PROVINCIALES.. 280
RÉGIMENT DE SALIS-MARSCHLINS , 95º RÉGIMENT D'INFANTERIE. 311
RÉGIMENT ROYAL-CORSE. ..... 320
CHASSEURS -ROYAUX CORSES , 3° BATAILLON DE CHASSEURS A
PIED...... 329
CHASSEURS CORSES , 4 BATAILLON DE CHASSEURs a pied. .... 330
RÉGIMENT DE NASSAU , 96° RÉGIMENT D'INFANterie. ...... 331
RÉGIMENT DE STEINER , 97º Régiment d'infanterie. 339
RÉGIMENT DE BOUILLON , 98° RÉGIMENT D'INFANTERIE...... 343
RÉGIMENT ROYAL DE DEUX-PONTS , 99° RÉGIMent d'infan-
TERIE. .... 348
RÉGIMENT DE REINACH , 100e Régiment d'infanterIE. ..... 355
RÉGIMENT DE MONTRÉAL... 359
CHASSEURS CANTABRES , 5 BATAILLON DE CHASSEURS ....... 361
RÉGIMENT ROYAL- LIÉGEOIS , 101' RÉGIMENT D'INFANTERIÈ. 365
TROUPES LÉGÈRES. 373
CHASSEURS BRETONS , 6º BATAILLON DE CHASSEURS....... 382
CHASSEURS D'AUVERGNE , 7° BATAILLON DE CHASSEURS. 383
CHASSEURS DES VOSGES , 8 BATAILLON DE CHASSEURS. ..... 385
CHASSEURS DES CÉVENNES, 9º BATAILLON DE CHASSEURS. .... 386
CHASSEURS DU GÉVAUDAN, 10º BATAILLON DE CHASSEURS. .... 387
CHASSEURS DES ARDENNES , 11 BATAILLON DE CHASSEURS.. 388
• CHASSEURS DE ROUSSILLON, 12° BATAILLON DE CHASSEURS... 389
DES MATIÈRES , 423
TROUPES COLONIALES. ... 390
RÉGIMENT DU CAP , 106 RÉGIMent d'infanteriE. ..... 402
RÉGIMENT DE PONDICHERY , 107° Régiment d'infanterIE.... 405
RÉGIMENT DE L'Ile-de-France, 108º Régiment d'infanterie. 407
RÉGIMENT DE LA MARTINIQUE , 109º RÉGIMENT D'INFANTERIE. . 408
RÉGIMENT DE LA GUADELOUPE. .... 411
RÉGIMENT DU PORT-AU-PRINCE, 110° RÉGIMENT D'INFANTERIE. 414
RÉGIMENT DE L'ILE-DE-BOURBON, 111 RÉGIMENT D'INFANTERIE. 419

FIN DE LA TABLE.
8 MA 54
Paris. Imprimerie de H. V. de Surcy et Ce, rue de Sèvres, 37.

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