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Textes - Oraux

Olympe de Gouges, dans 'La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne', interpelle les hommes sur leur injustice envers les femmes, soulignant que la nature ne fait pas de distinction entre les sexes dans leur capacité intellectuelle. Elle appelle les femmes à se réveiller et à revendiquer leurs droits, dénonçant le mépris dont elles sont victimes après la Révolution. Le texte met en lumière la nécessité de l'égalité et de la reconnaissance des droits des femmes dans une société dominée par des préjugés.

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Textes - Oraux

Olympe de Gouges, dans 'La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne', interpelle les hommes sur leur injustice envers les femmes, soulignant que la nature ne fait pas de distinction entre les sexes dans leur capacité intellectuelle. Elle appelle les femmes à se réveiller et à revendiquer leurs droits, dénonçant le mépris dont elles sont victimes après la Révolution. Le texte met en lumière la nécessité de l'égalité et de la reconnaissance des droits des femmes dans une société dominée par des préjugés.

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SÉQUENCE 1 – Olympe de Gouges, La Déclaration des droits de la femme et de la

citoyenne / Parcours : « Écrire et combattre pour l’égalité ».

Explication linéaire n°1 : Olympe de Gouges,


La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (1791)
Exhortation aux hommes

1 Homme, es-tu capable d’être juste ? C’est une femme qui t’en fait la
question ; tu ne lui ôteras pas du moins ce droit. Dis-moi ? Qui t’a donné le
souverain empire d’opprimer mon sexe ? Ta force ? Tes talents ? Observe le
créateur dans sa sagesse ; parcours la nature dans toute sa grandeur, dont tu
5 sembles vouloir te rapprocher, et donne-moi, si tu l’oses, l’exemple de cet
empire tyrannique.
Remonte aux animaux, consulte les éléments, étudie les végétaux, jette
enfin un coup d’œil sur toutes les modifications de la matière organisée ; et
rends-toi à l’évidence quand je t’en offre les moyens ; cherche, fouille et
10 distingue, si tu peux, les sexes dans l’administration de la nature. Partout tu les
trouveras confondus, partout ils coopèrent avec un ensemble harmonieux à ce
chef-d’œuvre immortel.
L’homme seul s’est fagoté un principe de cette exception. Bizarre,
aveugle, boursouflé de sciences et dégénéré, dans ce siècle de lumières et de
15 sagacité, dans l’ignorance la plus crasse, il veut commander en despote sur un
sexe qui a reçu toutes les facultés intellectuelles ; il prétend jouir de la
Révolution, et réclamer ses droits à l’égalité, pour ne rien dire de plus.
SÉQUENCE 1 – Olympe de Gouges, La Déclaration des droits de la femme et de la
citoyenne / Parcours : « Écrire et combattre pour l’égalité ».

Explication linéaire n°2 : Olympe de Gouges,


La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (1791)
Postambule (extrait)

1 Femme, réveille-toi ; le tocsin de la raison se fait entendre dans tout


l’univers ; reconnais tes droits. Le puissant empire de la nature n’est plus
environné de préjugés, de fanatisme, de superstition et de mensonge. Le
flambeau de la vérité a dissipé tous les nuages de la sottise et de l’usurpation.
5 L’homme esclave a multiplié ses forces, a eu besoin de recourir aux tiennes
pour briser ses fers. Devenu libre, il est devenu injuste envers sa compagne. Ô
femmes ! Femmes, quand cesserez-vous d’être aveugles ? Quels sont les
avantages que vous avez recueillis dans la Révolution ? Un mépris plus marqué,
un dédain plus signalé. Dans les siècles de corruption vous n’avez régné que sur
10 la faiblesse des hommes. Votre empire est détruit ; que vous reste-t-il donc ?
La conviction des injustices de l’homme. La réclamation de votre patrimoine,
fondée sur les sages décrets de la nature ; qu’auriez-vous à redouter pour une
si belle entreprise ? Le bon mot du législateur de Cana ? Craignez-vous que nos
législateurs français, correcteurs de cette morale, longtemps accrochée aux
15 branches de la politique, mais qui n’est plus de saison, ne vous répètent :
femmes, qu’y a-t-il de commun entre vous et nous ? Tout, auriez-vous à
répondre. S’ils s’obstinent, dans leur faiblesse, à mettre cette inconséquence
en contradiction avec leurs principes, opposez courageusement la force de la
raison aux vaines prétentions de supériorité ; réunissez-vous sous les
20 étendards de la philosophie ; déployez toute l’énergie de votre caractère, et
vous verrez bientôt ces orgueilleux, non serviles adorateurs rampants à vos
pieds, mais fiers de partager avec vous les trésors de l’Être Suprême. Quelles
que soient les barrières que l’on vous oppose, il est en votre pouvoir de les
affranchir ; vous n’avez qu’à le vouloir.
SÉQUENCE 1 – Olympe de Gouges, La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne /
Parcours : « Écrire et combattre pour l’égalité ».

Explication linéaire n°3 : Marivaux, L’Île des Esclaves (1725), Scène première (extrait)

Dans cette comédie en un acte, Marivaux met en scène un maître, Iphicrate, et Arlequin, son esclave, qui,
après le naufrage de leur embarcation, se retrouvent sur une île dans laquelle la loi transforme les esclaves en
maîtres, et les maîtres en esclaves…

1 IPHICRATE− Eh ! ne perdons point notre temps ; suis-moi : ne négligeons rien pour nous tirer d'ici. Si je ne me
sauve, je suis perdu ; je ne reverrai jamais Athènes, car nous sommes seuls dans l'île des Esclaves.
2 ARLEQUIN. − Oh ! oh ! qu'est-ce que c'est que cette race-là ?
IPHICRATE. − Ce sont des esclaves de la Grèce révoltés contre leurs maîtres, et qui depuis cent ans sont venus
s'établir dans une île, et je crois que c'est ici : tiens, voici sans doute quelques-unes de leurs cases ; et leur
coutume, mon cher Arlequin, est de tuer tous les maîtres qu'ils rencontrent, ou de les jeter dans l'esclavage.
ARLEQUIN. − Eh ! chaque pays a sa coutume ; ils tuent les maîtres, à la bonne heure ; je l'ai entendu dire aussi ;
mais on dit qu'ils ne font rien aux esclaves comme moi.
5 IPHICRATE. − Cela est vrai.
ARLEQUIN. − Eh ! encore vit-on.
IPHICRATE. − Mais je suis en danger de perdre la liberté et peut-être la vie : Arlequin, cela ne suffit-il pas pour
me plaindre ?
ARLEQUIN, prenant sa bouteille pour boire. − Ah ! je vous plains de tout mon cœur, cela est juste.
IPHICRATE. − Suis-moi donc ?
10 ARLEQUIN siffle. − Hu ! hu ! hu !
IPHICRATE. − Comment donc ! que veux-tu dire ?
ARLEQUIN, distrait, chante. − Tala ta lara.
IPHICRATE. − Parle donc ; as-tu perdu l'esprit ? à quoi penses-tu ?
ARLEQUIN, riant. − Ah ! ah ! ah ! Monsieur Iphicrate, la drôle d'aventure ! je vous plains, par ma foi ; mais je ne
saurais m'empêcher d'en rire.
15 IPHICRATE, à part les premiers mots. − Le coquin abuse de ma situation : j'ai mal fait de lui dire où nous sommes.
Arlequin, ta gaieté ne vient pas à propos ; marchons de ce côté.
ARLEQUIN. − J'ai les jambes si engourdies !...
IPHICRATE. − Avançons, je t'en prie.
ARLEQUIN. − Je t'en prie, je t'en prie ; comme vous êtes civil et poli ; c'est l'air du pays qui fait cela.
IPHICRATE. − Allons, hâtons-nous, faisons seulement une demi-lieue sur la côte pour chercher notre chaloupe, que
nous trouverons peut-être avec une partie de nos gens; et, en ce cas-là, nous nous rembarquerons avec eux.
20 ARLEQUIN, en badinant. − Badin, comme vous tournez cela ! (Il chante.)
IPHICRATE, retenant sa colère. − Mais je ne te comprends point, mon cher Arlequin.
ARLEQUIN. − Mon cher patron, vos compliments me charment ; vous avez coutume de m'en faire à coups de gourdin
qui ne valent pas ceux-là ; et le gourdin est dans la chaloupe.
IPHICRATE. − Eh ne sais-tu pas que je t'aime ?
ARLEQUIN. − Oui ; mais les marques de votre amitié tombent toujours sur mes épaules, et cela est mal placé. Ainsi,
tenez, pour ce qui est de nos gens, que le ciel les bénisse ! s'ils sont morts, en voilà pour longtemps ; s'ils sont en vie,
cela se passera, et je m'en goberge.
25 IPHICRATE, un peu ému. − Mais j'ai besoin d'eux, moi.
ARLEQUIN, indifféremment. − Oh ! cela se peut bien, chacun a ses affaires : que je ne vous dérange pas !
IPHICRATE. − Esclave insolent !
ARLEQUIN, riant. − Ah ! ah ! vous parlez la langue d'Athènes ; mauvais jargon que je n'entends plus.
IPHICRATE. − Méconnais-tu ton maître, et n'es-tu plus mon esclave ?
30 ARLEQUIN, se reculant d'un air sérieux. − Je l'ai été, je le confesse à ta honte, mais va, je te le pardonne ; les
hommes ne valent rien. Dans le pays d'Athènes, j'étais ton esclave ; tu me traitais comme un pauvre animal, et tu
disais que cela était juste, parce que tu étais le plus fort. Eh bien ! Iphicrate, tu vas trouver ici plus fort que toi ; on
va te faire esclave à ton tour ; on te dira aussi que cela est juste, et nous verrons ce que tu penseras de cette
justice-là ; tu m'en diras ton sentiment, je t'attends là. Quand tu auras souffert, tu seras plus raisonnable ; tu
sauras mieux ce qu'il est permis de faire souffrir aux autres. Tout en irait mieux dans le monde, si ceux qui te
ressemblent recevaient la même leçon que toi. Adieu, mon ami ; je vais trouver mes camarades et tes maîtres. (Il
s'éloigne.)
31 IPHICRATE, au désespoir, courant après lui, l'épée à la main. − Juste ciel ! peut-on être plus malheureux et plus
outragé que je le suis ? Misérable ! tu ne mérites pas de vivre.
SÉQUENCE 2 – L’abbé Prévost, Manon Lescaut /
Parcours : « Personnages en marge, plaisirs du romanesque ».

Explication linéaire n°4 : Madame de La Fayette, La Princesse de Clèves (1678)


Portrait de Mlle de Chartres (1e partie du roman)

1 Il parut alors une beauté à la cour, qui attira les yeux de tout le monde, et
l’on doit croire que c’était une beauté parfaite, puisqu’elle donna de l’admiration dans
un lieu où l’on était si accoutumé à voir de belles personnes. Elle était de la même
maison que le vidame de Chartres, et une des plus grandes héritières de France. Son
5 père était mort jeune, et l’avait laissée sous la conduite de madame de Chartres, sa
femme, dont le bien, la vertu et le mérite étaient extraordinaires. Après avoir
perdu son mari, elle avait passé plusieurs années sans revenir à la cour. Pendant
cette absence, elle avait donné ses soins à l’éducation de sa fille ; mais elle ne
travailla pas seulement à cultiver son esprit et sa beauté, elle songea aussi à lui
10 donner de la vertu et à la lui rendre aimable. La plupart des mères s’imaginent qu’il
suffit de ne parler jamais de galanterie devant les jeunes personnes pour les en
éloigner : madame de Chartres avait une opinion opposée ; elle faisait souvent à sa
fille des peintures de l’amour ; elle lui montrait ce qu’il a d’agréable, pour la
persuader plus aisément sur ce qu’elle lui en apprenait de dangereux ; elle lui contait
15 le peu de sincérité des hommes, leurs tromperies et leur infidélité ; les malheurs
domestiques où plongent les engagements ; et elle lui faisait voir, d’un autre côté,
quelle tranquillité suivait la vie d’une honnête femme, et combien la vertu donnait
d’éclat et d’élévation à une personne qui avait de la beauté et de la naissance ; mais
elle lui faisait voir combien il était difficile de conserver cette vertu, que par une
20 extrême défiance de soi-même, et par un grand soin de s’attacher à ce qui seul peut
faire le bonheur d’une femme, qui est d’aimer son mari et d’en être aimée.
Cette héritière était alors un des grands partis qu’il y eût en France ; et,
quoiqu’elle fût dans une extrême jeunesse, l’on avait déjà proposé plusieurs
mariages. Madame de Chartres, qui était extrêmement glorieuse, ne trouvait
25 presque rien digne de sa fille. La voyant dans sa seizième année, elle voulut la mener
à la cour. Lorsqu’elle arriva, le vidame alla au-devant d’elle ; il fut surpris de la
grande beauté de mademoiselle de Chartres, et il en fut surpris avec raison : la
blancheur de son teint et ses cheveux blonds lui donnaient un éclat que l’on n’a
29 jamais vu qu’à elle ; tous ses traits étaient réguliers, et son visage et sa personne
étaient pleins de grâces et de charmes.
SÉQUENCE 2 – L’abbé Prévost, Manon Lescaut /
Parcours : « Personnages en marge, plaisirs du romanesque ».

Explication linéaire n°5 : L’abbé Prévost, Manon Lescaut (1731)


La première rencontre entre le chevalier des Grieux et Manon Lescaut
(1ere partie du roman)

1 J'avais marqué le temps de mon départ d'Amiens. Hélas ! que ne le


marquais-je un jour plus tôt ! j'aurais porté chez mon père toute mon innocence.
La veille même de celui que je devais quitter cette ville, étant à me promener avec
mon ami, qui s'appelait Tiberge, nous vîmes arriver le coche d'Arras, et nous le
5 suivîmes jusqu'à l'hôtellerie où ces voitures descendent. Nous n'avions pas
d'autre motif que la curiosité. Il en sortit quelques femmes, qui se retirèrent
aussitôt. Mais il en resta une, fort jeune, qui s'arrêta seule dans la cour, pendant
qu'un homme d'un âge avancé, qui paraissait lui servir de conducteur, s'empressait
pour faire tirer son équipage des paniers. Elle me parut si charmante que moi, qui
10 n'avais jamais pensé à la différence des sexes, ni regardé une fille avec un peu
d'attention, moi, dis-je, dont tout le monde admirait la sagesse et la retenue, je
me trouvai enflammé tout d'un coup jusqu'au transport. J'avais le défaut d'être
excessivement timide et facile à déconcerter ; mais loin d'être arrêté alors par
cette faiblesse, je m'avançai vers la maîtresse de mon cœur. Quoiqu'elle fût
15 encore moins âgée que moi, elle reçut mes politesses sans paraître embarrassée.
Je lui demandai ce qui l'amenait à Amiens et si elle y avait quelques personnes de
connaissance. Elle me répondit ingénument qu'elle y était envoyée par ses parents
pour être religieuse. L'amour me rendait déjà si éclairé, depuis un moment qu'il
était dans mon cœur, que je regardai ce dessein comme un coup mortel pour mes
20 désirs. Je lui parlai d'une manière qui lui fit comprendre mes sentiments, car elle
était bien plus expérimentée que moi. C'était malgré elle qu'on l'envoyait au
couvent, pour arrêter sans doute son penchant au plaisir, qui s'était déjà déclaré
et qui a causé, dans la suite, tous ses malheurs et les miens.
SÉQUENCE 2 – L’abbé Prévost, Manon Lescaut /
Parcours : « Personnages en marge, plaisirs du romanesque ».

Explication linéaire n°6 : L’abbé Prévost, Manon Lescaut (1731)


L’évasion de Saint-Lazare (1ere partie du roman)

1 Un pistolet ! me dit-il. Quoi ! mon fils, vous voulez m’ôter la vie pour
reconnaître la considération que j’ai eue pour vous ? À Dieu ne plaise, lui répondis-
je. Vous avez trop d’esprit et de raison pour me mettre dans cette nécessité ;
mais je veux être libre, et j’y suis si résolu que, si mon projet manque par votre
5 faute, c’est fait de vous absolument. Mais, mon cher fils ! reprit-il d’un air pâle et
effrayé, que vous ai-je fait ? Quelle raison avez-vous de vouloir ma mort ? Eh
non ! répliquai-je avec impatience. Je n’ai pas dessein de vous tuer. Si vous voulez
vivre, ouvrez-moi la porte, et je suis le meilleur de vos amis. J’aperçus les clefs qui
étaient sur sa table. Je les pris et je le priai de me suivre, en faisant le moins de
10 bruit qu’il pourrait. Il fut obligé de s’y résoudre. À mesure que nous avancions et
qu’il ouvrait une porte, il me répétait avec un soupir : Ah ! mon fils, ah ! qui l’aurait
cru ? Point de bruit, mon Père, répétais-je de mon côté à tout moment. Enfin nous
arrivâmes à une espèce de barrière, qui est avant la grande porte de la rue. Je me
croyais déjà libre, et j’étais derrière le Père, avec ma chandelle dans une main et
15 mon pistolet dans l’autre. Pendant qu’il s’empressait d’ouvrir, un domestique, qui
couchait dans une petite chambre voisine, entendant le bruit de quelques verrous,
se lève et met la tête à sa porte. Le bon Père le crut apparemment capable de
m’arrêter. Il lui ordonna, avec beaucoup d’imprudence, de venir à son secours.
C’était un puissant coquin, qui s’élança sur moi sans balancer. Je ne le marchandai
20 point ; je lui lâchai le coup au milieu de la poitrine. Voilà de quoi vous êtes cause,
mon Père, dis-je assez fièrement à mon guide. Mais que cela ne vous empêche
point d’achever, ajoutai-je en le poussant vers la dernière porte. Il n’osa refuser
de l’ouvrir. Je sortis heureusement et je trouvai, à quatre pas, Lescaut qui
m’attendait avec deux amis, suivant sa promesse. Nous nous éloignâmes. Lescaut
25 me demanda s’il n’avait pas entendu tirer un pistolet. C’est votre faute, lui dis-je ;
pourquoi me l’apportiez-vous chargé ?
SÉQUENCE 3 – Molière, Le Malade imaginaire /
Parcours : « Spectacle et comédie ».

Explication linéaire n°7 : Pierre Corneille, L’Illusion comique (1636)


Acte V, Scène 6, vers 1747 à 1776.

Pridamant, un père particulièrement sévère, a chassé son fils Clindor de chez lui. Plus tard, terriblement inquiet, il
consulte un magicien qui lui permet de voir, par une illusion, ce qu’est devenu son fils. Le jeune homme, amoureux d’une
femme, a tué son rival, et s’est fait emprisonner. Il est parvenu à s’enfuir et à se marier, mais a ensuite été accusé
d’adultère et assassiné. Pridamant, anéanti par la mort de son fils, apprend au dernier acte que tout ce qu’il vient de voir
n’était en fait qu’une représentation théâtrale : son fils n’est pas mort : il est tout simplement devenu comédien.

(Ici on relève la toile, et tous les comédiens paraissent avec leur portier, qui comptent de
l’argent sur une table, et en prennent chacun leur part.)

PRIDAMANT.
v.1747 Que vois-je ? chez les morts compte-t-on de l’argent ?
ALCANDRE.
Voyez si pas un d’eux s’y montre négligent.
PRIDAMANT.
Je vois Clindor ! ah dieux ! quelle étrange surprise !
v.1750 Je vois ses assassins, je vois sa femme et Lyse !
Quel charme en un moment étouffe leurs discords,
Pour assembler ainsi les vivants et les morts ?

ALCANDRE.
Ainsi tous les acteurs d’une troupe comique,
Leur poëme récité, partagent leur pratique :
v.1755 L’un tue et l’autre meurt, l’autre vous fait pitié ;
Mais la scène préside à leur inimitié.
Leurs vers font leurs combats, leur mort suit leurs paroles,
Et, sans prendre intérêt en pas un de leurs rôles,
Le traître et le trahi, le mort et le vivant,
v.1760 Se trouvent à la fin amis comme devant.
Votre fils et son train ont bien su, par leur fuite,
D’un père et d’un prévôt éviter la poursuite ;
Mais tombant dans les mains de la nécessité,
Ils ont pris le théâtre en cette extrémité.
PRIDAMANT.
v.1765 Mon fils comédien !

ALCANDRE.
D’un art si difficile
Tous les quatre, au besoin, ont fait un doux asile ;
Et, depuis sa prison, ce que vous avez vu,
Son adultère amour, son trépas imprévu,
N’est que la triste fin d’une pièce tragique
v.1770 Qu’il expose aujourd’hui sur la scène publique,
Par où ses compagnons en ce noble métier
Ravissent à Paris un peuple tout entier.
Le gain leur en demeure, et ce grand équipage,
Dont je vous ai fait voir le superbe étalage,
v.1775 Est bien à votre fils, mais non pour s’en parer
Qu’alors que sur la scène il se fait admirer.
SÉQUENCE 3 – Molière, Le Malade imaginaire /
Parcours : « Spectacle et comédie ».

Explication linéaire n°8 : Molière, Le Malade imaginaire (1673)


Acte II, Scène 5 (extrait)

1 MONSIEUR DIAFOIRUS. – Monsieur, ce n’est pas parce que je suis son père, mais
je puis dire que j’ai sujet d’être content de lui, et que tous ceux qui le voient en
parlent comme d’un garçon qui n’a point de méchanceté. Il n’a jamais eu
l’imagination bien vive, ni ce feu d’esprit qu’on remarque dans quelques-uns ; mais
5 c’est par là que j’ai toujours bien auguré de sa judiciaire, qualité requise pour
l’exercice de notre art. Lorsqu’il était petit, il n’a jamais été ce qu’on appelle
mièvre et éveillé. On le voyait toujours doux, paisible et taciturne, ne disant jamais
mot, et ne jouant jamais à tous ces petits jeux que l’on nomme enfantins. On eut
toutes les peines du monde à lui apprendre à lire, et il avait neuf ans, qu’il ne
10 connaissait pas encore ses lettres. « Bon, disais-je en moi-même, les arbres
tardifs sont ceux qui portent les meilleurs fruits ; on grave sur le marbre bien plus
malaisément que sur le sable ; mais les choses y sont conservées bien plus
longtemps, et cette lenteur à comprendre, cette pesanteur d’imagination, est la
marque d’un bon jugement à venir. » Lorsque je l’envoyai au collège, il trouva de la
15 peine ; mais il se raidissait contre les difficultés, et ses régents se louaient
toujours à moi de son assiduité et de son travail. Enfin, à force de battre le fer, il
en est venu glorieusement à avoir ses licences ; et je puis dire sans vanité que
depuis deux ans qu’il est sur les bancs, il n’y a point de candidat qui ait fait plus de
bruit que lui dans toutes les disputes de notre École. Il s’y est rendu redoutable,
20 et il ne s’y passe point d’acte où il n’aille argumenter à outrance pour la proposition
contraire. Il est ferme dans la dispute, fort comme un Turc sur ses principes, ne
démord jamais de son opinion, et poursuit un raisonnement jusque dans les derniers
recoins de la logique. Mais sur toute chose ce qui me plaît de lui, et en quoi il suit
mon exemple, c’est qu’il s’attache aveuglément aux opinions de nos anciens, et que
25 jamais il n’a voulu comprendre ni écouter les raisons et les expériences des
prétendues découvertes de notre siècle, touchant à la circulation du sang, et
autres opinions de même farine.
SÉQUENCE 3 – Molière, Le Malade imaginaire /
Parcours : « Spectacle et comédie ».

Explication linéaire n°9 : Molière, Le Malade imaginaire (1673)


Acte III, Scène 12 (extrait)

1 TOINETTE s’écrie. – Ah, mon Dieu ! Ah, malheur ! Quel étrange accident !
BÉLINE. – Qu’est-ce, Toinette ?
TOINETTE. – Ah, Madame !
BÉLINE. – Qu’y a-t-il ?
5 TOINETTE. – Votre mari est mort.
BÉLINE. – Mon mari est mort ?
TOINETTE. – Hélas ! oui. Le pauvre défunt est trépassé.
BÉLINE. – Assurément ?
TOINETTE. – Assurément. Personne ne sait encore cet accident-là, et je me suis
10 trouvée ici toute seule. Il vient de passer entre mes bras. Tenez, le voilà tout de
son long dans cette chaise.
BÉLINE. – Le Ciel en soit loué ! Me voilà délivrée d’un grand fardeau. Que tu es
sotte, Toinette, de t’affliger de cette mort !
TOINETTE. – Je pensais, Madame, qu’il fallût pleurer.
15 BÉLINE. – Va, va, cela n’en vaut pas la peine. Quelle perte est-ce que la sienne ? et
de quoi servait-il sur la terre ? Un homme incommode à tout le monde, malpropre,
dégoûtant, sans cesse un lavement ou une médecine dans le ventre, mouchant,
toussant, crachant toujours, sans esprit, ennuyeux, de mauvaise humeur, fatiguant
sans cesse les gens, et grondant jour et nuit servantes et valets.
20 TOINETTE. – Voilà une belle oraison funèbre.
BÉLINE. – Il faut, Toinette, que tu m’aides à exécuter mon dessein, et tu peux
croire qu’en me servant ta récompense est sûre. Puisque, par un bonheur, personne
n’est encore averti de la chose, portons-le dans son lit, et tenons cette mort
cachée, jusqu’à ce que j’aie fait mon affaire. Il y a des papiers, il y a de l’argent
25 dont je me veux saisir, et il n’est pas juste que j’aie passé sans fruit auprès de lui
mes plus belles années. Viens, Toinette, prenons auparavant toutes ses clefs.
ARGAN, se levant brusquement. – Doucement.
BÉLINE, surprise et épouvantée. – Ahy !
ARGAN. – Oui, Madame ma femme, c’est ainsi que vous m’aimez ?
30 TOINETTE. – Ah, ah ! le défunt n’est pas mort.
ARGAN, à Béline, qui sort. – Je suis bien aise de voir votre amitié, et d’avoir
entendu le beau panégyrique que vous avez fait de moi. Voilà un avis au lecteur qui
me rendra sage à l’avenir, et qui m’empêchera de faire bien des choses.
BÉRALDE, sortant de l’endroit où il était caché. – Hé bien ! mon frère, vous le
35 voyez.
TOINETTE. – Par ma foi ! je n’aurais jamais cru cela. Mais j’entends votre fille :
remettez-vous comme vous étiez, et voyons de quelle manière elle recevra votre
mort. C’est une chose qu’il n’est pas mauvais d’éprouver ; et puisque vous êtes en
train, vous connaîtrez par là les sentiments que votre famille a pour vous.
SÉQUENCE 4 – Hélène Dorion, Mes Forêts /
Parcours : « La poésie, la nature, l’intime ».

Explication linéaire n°10 : Victor Hugo, Les Feuilles d’Automne (1831)


« Soleils couchants » (VI)

Soleils couchants

1 Le soleil s'est couché ce soir dans les nuées ;


Demain viendra l'orage, et le soir, et la nuit ;
Puis l'aube, et ses clartés de vapeurs obstruées ;
Puis les nuits, puis les jours, pas du temps qui s'enfuit !

5 Tous ces jours passeront ; ils passeront en foule


Sur la face des mers, sur la face des monts,
Sur les fleuves d'argent, sur les forêts où roule
Comme un hymne confus des morts que nous aimons.

Et la face des eaux, et le front des montagnes,


10 Ridés et non vieillis, et les bois toujours verts
S'iront rajeunissant ; le fleuve des campagnes
Prendra sans cesse aux monts le flot qu'il donne aux mers.

Mais moi, sous chaque jour courbant plus bas ma tête,


Je passe, et, refroidi sous ce soleil joyeux,
15 Je m'en irai bientôt, au milieu de la fête,
Sans que rien manque au monde immense et radieux !

Avril 1829
20

25

30

35
SÉQUENCE 4 – Hélène Dorion, Mes Forêts /
Parcours : « La poésie, la nature, l’intime ».

Explication linéaire n°11 : Hélène Dorion, Mes Forêts (2021)


Poème liminaire, « Mes forêts sont de longues traînées de temps »

1 Mes forêts sont de longues traînées de temps


elles sont les aiguilles qui percent la terre
déchirent le ciel
avec des étoiles qui tombent
5 comme une histoire d’orage
elles glissent dans l’heure bleue
un rayon vif de souvenirs
l’humus de chaque vie où se pose
légère une aile
10 qui va au cœur

mes forêts sont des greniers peuplés de fantômes


elles sont les mâts de voyages immobiles
un jardin de vent où se cognent les fruits
d’une saison déjà passée
15 qui s’en retourne vers demain

mes forêts sont des espoirs debout


un feu de brindilles
et de mots que les ombres font craquer
dans le reflet figé de la pluie

20 mes forêts
sont des nuits très hautes
SÉQUENCE 4 – Hélène Dorion, Mes Forêts /
Parcours : « La poésie, la nature, l’intime ».

Explication linéaire n°12 : Hélène Dorion, Mes Forêts (2021)


« Il fait un temps de bourrasques et de cicatrices »

1 Il fait un temps de bourrasques et de cicatrices


un temps de séismes et de chute

les promesses tombent


comme des vagues
5 sur aucune rive
les oiseaux demandent refuge
à la terre ravagée
nos jardins éteints
entre l’odeur de rose et de lavande

10 il fait un temps de verre éclaté


d’écrans morts de nord perdu
un temps de pourquoi de comment

tout un siècle à défaire le paysage

mon chant soulève la poussière


15 de spectacles muets
comme un trou béant
dans la maison noire des mots

il fait un temps jamais assez


un temps plus encore et encore
20 plus encore
plus
on ne pourra pas toujours
tout refaire

dans ce temps de bile et d’éboulis


25 les forêts tremblent
sous nos pas
la nuit approche

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