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PSC Du Mahj

Le projet scientifique et culturel du musée d'art et d'histoire du Judaïsme (mahJ), adopté en 2016, vise à enrichir les collections, renouveler le parcours permanent et développer l'offre culturelle et éducative pour attirer un public diversifié. Le mahJ, ouvert en 1998, se positionne comme une institution clé pour la connaissance du judaïsme en France et doit s'adapter aux défis contemporains tout en préservant son héritage. Le projet souligne l'importance d'un soutien accru des pouvoirs publics et privés pour assurer la pérennité et l'évolution du musée.

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Le projet scientifique et culturel du musée d'art et d'histoire du Judaïsme (mahJ), adopté en 2016, vise à enrichir les collections, renouveler le parcours permanent et développer l'offre culturelle et éducative pour attirer un public diversifié. Le mahJ, ouvert en 1998, se positionne comme une institution clé pour la connaissance du judaïsme en France et doit s'adapter aux défis contemporains tout en préservant son héritage. Le projet souligne l'importance d'un soutien accru des pouvoirs publics et privés pour assurer la pérennité et l'évolution du musée.

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« Un musée du judaïsme

pour tous les publics »

Projet scientifique et culturel


du mahJ
Projet scientifique et culturel du mahJ adopté par le conseil d’administration du musée le
8 décembre 2016 et validé par Marie-Christine Labourdette, directrice, chargée des
Musées de France, au nom du ministère de la Culture et de la Communication, par lettre
en date du 20 décembre 2016.

Sauf mention contraire, les œuvres reproduites appartiennent aux collections du mahJ.

© mahJ 2017
PSC du mahJ

Sommaire
Avant-propos ............................................................................................................................................................. 5

Introduction .............................................................................................................................................................. 6

1 – Le mahJ et son environnement .............................................................................................................. 9

2 – Poursuivre l’enrichissement des collections ................................................................................. 16

La politique d’acquisition ........................................................................................................................... 26

La politique de restauration ..................................................................................................................... 29

Les conditions de conservation............................................................................................................... 31

Les réserves ....................................................................................................................................................... 32

3 – Renouveler le parcours permanent ................................................................................................... 35

Calendrier prévisionnel de la refonte du parcours ...................................................................... 42

4 – Maintenir une active politique d’expositions temporaires .................................................. 43

5 – Développer l’offre culturelle et éducative ..................................................................................... 49

La politique éducative ................................................................................................................................ 50

La médiation ...................................................................................................................................................... 52

L’auditorium et sa programmation ....................................................................................................... 55

La médiathèque et ses activités ............................................................................................................ 58

La politique éditoriale .................................................................................................................................. 62

La librairie............................................................................................................................................................64

Le musée en ligne ........................................................................................................................................... 66

6 – Attirer de nouveaux publics ................................................................................................................... 69

La fréquentation depuis 1998 ..................................................................................................................70

Orientations générales de la politique de public ......................................................................... 74

La politique tarifaire ..................................................................................................................................... 76

L’accueil ................................................................................................................................................................ 77

L’ouverture le samedi ................................................................................................................................... 79

La mise en valeur du monument historique .....................................................................................81

La cafétéria......................................................................................................................................................... 82

7 – Adapter l’organisation à l’évolution des missions du musée ............................................... 83

La sécurité et la sûreté .............................................................................................................................. 84

La gestion du bâtiment et des équipements ................................................................................. 86

Le financement du musée et le développement des ressources propres .................... 88

Les ressources humaines ........................................................................................................................... 92

La communication ..........................................................................................................................................94

Remerciements ..................................................................................................................................................... 96

Annexes ..................................................................................................................................................................... 97

3
Helmar Lerski (1871-1956)
Série Mains, années 1930
Achat en 2015 avec l’aide du Fram, du fonds du patrimoine et de fonds privés

4
PSC du mahJ

Avant-propos

Dans les années 1980, après l’exposition de la collection d’Isaac Strauss au Grand Palais,
cristallisait à Paris le projet d’un grand musée du judaïsme, qui regroupait ce prestigieux
ensemble – réuni par l’arrière-grand-père de Claude Lévi-Strauss et offert au musée de
Cluny par la baronne Nathaniel de Rothschild –, la collection du musée d’Art juif de Paris,
situé rue des Saules, ainsi que les stèles funéraires du cimetière médiéval mis au jour en
1849 rue Pierre-Sarrazin.

À l’initiative de Claude-Gérard Marcus, alors conseiller puis député de Paris et président


du musée d’Art juif, d’Alain Erlande-Brandenburg, alors directeur du musée national du
Moyen Âge, et de Victor Klagsbald, membre actif du musée d’Art juif et collectionneur
éclairé, le projet d’un musée d’art et d’histoire du Judaïsme prit forme.
Jacques Chirac, alors maire de Paris, mit à la disposition du futur musée l’hôtel de Saint-
Aignan, tandis que Jack Lang, alors ministre de la Culture, y déposait les collections
nationales. La Ville et l’État s’entendirent également pour financer le fonctionnement de
ce qui devait devenir une des institutions culturelles les plus originales de la capitale et le
seul musée en Europe à traiter du judaïsme dans son ensemble, et à présenter en
particulier l’histoire des juifs de France de l’Antiquité à nos jours.

En 1988, Laurence Sigal-Klagsbald prit la direction du projet sous les présidences


successives de Claude Gérard-Marcus et de Théo Klein. L’ouverture du musée, en
novembre 1998, parallèlement à un enrichissement considérable des collections initiales,
couronna dix années de préparation. De 1998 à 2011, le mahJ a proposé de nombreuses
expositions et développé une politique culturelle exemplaire sous la direction de
Laurence Sigal-Klagsbald. Laurent Héricher lui succéda en 2012, puis Paul Salmona en 2013.

Présidente du musée depuis 2012, j’ai souhaité que les responsables du mahJ en
repensent le projet à nouveaux frais, dans un monde en profonde mutation. Comme
toute institution, le mahJ doit se renouveler pour rester fidèle à son intention et à son
ambition. Sous l’impulsion de Paul Salmona, l’équipe a élaboré un projet scientifique et
culturel exigeant, précis, réfléchi, destiné à donner un sens à l’activité du mahJ dans la
décennie qui vient et apte à mobiliser les énergies autour d’objectifs clairs.

Transmettre, c’est recueillir l’héritage du passé, le conserver, le réinterpréter et l’enrichir,


avant de le léguer, à notre tour, à nos successeurs. Nous comptons sur la collaboration de
tous les amis du mahJ pour nous aider dans cette transmission.

Dominique Schnapper
Présidente

5
Préparatifs de la fête de la musique 2016

6
PSC du mahJ

Introduction

Un musée du judaïsme pour tous les publics

Le musée d’art et d’histoire du Judaïsme (mahJ) a été ouvert en 1998 à l’initiative du


ministère de la Culture et de la Communication et de la Ville de Paris dans l’hôtel de
Saint-Aignan, l’un des plus beaux hôtels particuliers du Marais.

Il présente une riche collection sur les judaïsmes européens, maghrébins et levantins,
avec pour « vocation de retracer l’histoire des communautés juives à travers leurs
différentes formes d’expression artistique, leur patrimoine culturel et leurs traditions1 ».

L’intérêt et la richesse de son fonds, l’exigence de sa politique d’expositions et l’originalité


de sa programmation culturelle en ont fait une institution remarquée parmi les musées
du judaïsme en Europe et en Amérique. Dans le panorama des musées parisiens, le mahJ
est aujourd’hui une institution, reconnue pour son active politique culturelle et
éducative, qui contribue à la diffusion de la connaissance du judaïsme mais aussi, plus
largement, au « vivre ensemble ».

Au terme de dix-huit années de fonctionnement, il apparaît nécessaire de redéfinir le


projet scientifique et culturel du musée pour l’adapter aux évolutions de son
environnement et préparer le chantier muséographique que l’équipe du mahJ conduit à
échéance de 2020.

Après avoir dressé un bilan des réalisations du mahJ depuis 1998, le projet aborde les
principes de la politique d’acquisitions, les axes de la programmation des expositions, les
enjeux de l’activité pédagogique et de la médiation, les objectifs de la production
culturelle (auditorium, médiathèque, éditions, musée en ligne…). Il détaille également les
moyens humains, financiers et matériels nécessaires à cette deuxième étape de la vie du
musée.

En effet, le mahJ est aujourd’hui confronté à des défis majeurs qu’il ne pourra relever sans
un effort accru des pouvoirs publics, sans un développement des soutiens privés et sans
une mobilisation intensifiée de ses ressources internes.

Dans le cadre d’une réflexion sur la distribution des espaces de l’hôtel de Saint-Aignan, le
musée doit remodeler ses espaces d’accueil, de librairie et de cafétéria pour s’adapter aux
besoins des visiteurs.

L’organisation et la scénographie du parcours permanent doivent être repensées pour


mieux mettre en valeur la collection, pour prendre en compte les attentes nouvelles des
publics et pour amplifier les espaces dévolus aux expositions temporaires. Projet à
conduire sur cinq ans, la refonte du parcours mobilisera des moyens importants et
impliquera un soutien financier exceptionnel de la Ville de Paris et de l’État.

Le musée souhaite développer le public des visiteurs étrangers, grâce à une


muséographie adaptée, mais aussi faire revenir le public français en renouvelant
régulièrement l’accrochage du parcours permanent, et attirer le public scolaire en
élargissant son offre pédagogique.

La collection, régulièrement enrichie depuis 1998, doit être complétée pour rendre
compte de domaines sous-représentés dans le parcours. Pour cela, le musée devra
disposer de moyens financiers nouveaux, publics et privés, pour acquérir des œuvres et
des objets hors de portée de son budget courant.

Les expositions, véritables moteurs de la dynamique culturelle du mahJ, souffrent de la


diminution progressive des moyens financiers du musée et de la baisse de la

1
Laurence Sigal-Klagsbald, Musée d’art et d’histoire du Judaïsme – Programme muséologique, juillet 1991.

7
fréquentation consécutive aux attentats de 20142, 2015 et 2016. Elles doivent retrouver
des budgets à la hauteur de l’ambition culturelle du musée.

L’activité éducative et la médiation doivent être développées, notamment pour que


l’abord du judaïsme dans le cadre scolaire se fasse à partir de la richesse de ses
productions culturelles et non à travers le seul prisme de la Shoah, approche
prépondérante dans l’enseignement. En outre, l’expertise acquise par le mahJ dans le
domaine de la formation des enseignants sur les questions de préjugés et de
discriminations, a vocation à être mieux employée.

La programmation culturelle rencontre un succès croissant. Elle fait du mahJ l’un des
musées les plus vivants de Paris, dans sa catégorie, en termes de rencontres, de
conférences, de débats, de projections, de concerts... Elle doit être amplifiée car elle
permet d’aborder des domaines sous-représentés dans le parcours permanent –
littérature, philosophie, musique, cinéma, recherche historique… – et de rendre compte
ainsi de la vitalité des cultures du judaïsme.

Entrée en application le 1er septembre 2016, l’ouverture du musée le samedi, décidée par
le conseil d’administration du 8 décembre 2015, implique de repenser l’offre culturelle
pour l’adapter à cette réorganisation.

Enfin, dix-huit années après l’ouverture, les équipements ont vieilli ou sont devenus
obsolètes. Leur renouvellement est indispensable pour permettre au mahJ de continuer
à fonctionner.

La mise en œuvre de ces projets, après une stagnation de dix ans des subventions
publiques, exige que le mahJ retrouve un financement à la hauteur de ses besoins,
notamment par une correction de l’inflation qui a affecté des subventions de
fonctionnement inchangées de 2006 à 2015, et par le développement des dons privés (le
mécénat d’entreprise se révélant de facto inaccessible).

Enfin, 28 ans après la création de l’association de préfiguration, le musée doit renouveler


ses méthodes et son fonctionnement pour s’adapter à ces enjeux nouveaux.

Dans un contexte marqué par la résurgence d’une parole antisémite dans l’espace public
et par l’apparition de formes nouvelles de terrorisme, le projet du mahJ est de faire
connaître à tous les publics, néophytes ou familiers du judaïsme, l’inscription très
ancienne des juifs dans la nation, la diversité de leurs cultures, l’originalité et l’universalité
de leurs productions artistiques et intellectuelles. Musée public, « Musée de France », le
mahJ doit être, plus que jamais, un musée pour tous les publics.

Paul Salmona
Directeur

2
Assassinats commis au musée juif de Belgique le 24 mai 2014.

8
Poursuivre et élargir l’enrichissement des collections

1 – Le mahJ et son
environnement

9
Plan du programme Les traversées du Marais 2016 publié par Marais Culture +

10
Poursuivre et élargir l’enrichissement des collections

1 – Le mahJ et son environnement

Les prémices
Ébauchée à la fin des années 1970 par Jean-Philippe Lecat3, avec Hubert Landais4, Jean-
Paul Elkann5, Jacob Kaplan6, Claude-Gérard Marcus7 et Alain de Rothschild8, l’idée du mahJ
a pris forme avec l’attribution au futur musée de l’hôtel de Saint-Aignan par la ville de
Paris en 19859. Animé par Claude-Gérard Marcus, Victor Klagsbald et Alain Erlande-
Brandenburg, et porté par la ville et le ministère de la Culture et de la Communication, le
projet répondait à deux objectifs convergents : doter Paris d’un musée consacré aux
cultures du judaïsme – à l’instar d’institutions de référence à New York10 ou
Amsterdam11 — , et présenter des collections nationales remisées, pour l’essentiel, dans
les réserves du musée national du Moyen Âge depuis la Seconde Guerre mondiale (seuls
certains objets médiévaux de la collection Strauss y étaient encore présentés après
1945)12. En effet, bien que la France compte la communauté juive la plus importante
démographiquement après celles d’Israël et des États-Unis, seuls un modeste musée
associatif – situé rue des Saules à Paris –, ainsi que le musée judéo-comtadin à Cavaillon
étaient, jusqu’alors, en France, spécifiquement consacrés à ces cultures13. Et si, au Louvre,
une section du département des Antiquités orientales était dédiée aux arts de l’islam
(elle deviendra un département de plein exercice en 2003), aucune présentation
spécifique et permanente n’est dévolue au judaïsme dans les musées nationaux14.

Pierre Le Muet, Manière de Bastir pour toutes sortes de personnes, 1777

3
Entretiens avec Jean-Philippe Lecat, ministre de la Culture et de la Communication – 1978-1981, Comité d’histoire
du MCC-La documentation française, 2016, p. 137-138 et 226.
4
Hubert Landais (1921-2006), directeur des musées de France de 1977 à 1987.
5
Jean-Paul Elkann (1921-1996), président du consistoire de 1967 à 1982.
6
Jacob Kaplan (1895-1994), grand rabbin de France de 1955 à 1980.
7
Claude-Gérard Marcus, député de Paris de 1968 à 1997, ancien président du musée d’art juif de Paris, président du
mahJ de 1988 à 2001.
8
Alain de Rothschild (1910-1982), président du Crif de 1976 à 1982.
9
Lettre de Jacques Chirac, maire de Paris, à Théo Klein, président du Crif, 29 janvier 1985 (en annexe).
10
The Jewish Museum.
11
Joods Historisch Museum.
12
Entretien avec Elisabeth Taburet-Delahaye, directrice du musée national du Moyen Âge, mars 2015.
13
Quelques collections en régions témoignent cependant de la présence de communautés juives : musée alsacien à
Strasbourg, musée lorrain à Nancy, musée basque à Bayonne, musée du patrimoine et du judaïsme alsacien de
Marmoutier, notamment. En outre, on mentionnera le musée judéo-alsacien à Bouxwiller, installé dans l’ancienne
synagogue, qui ne conserve pas de collection et s’apparente à un centre d’interprétation.
14
Félix de Saulcy (1807-1880), l’un des pionniers de l’archéologie biblique, créa au Louvre en 1853 une éphémère
galerie Judaïque, constituée d’une salle au sein du musée Assyrien, puis déplacée sous l’escalier du pavillon nord
et qui disparut vers 1950 (cf. Dominique Jarrassé, Existe-t-il un art juif ?, Biro éditeur, 2006).

11
Le choix de l’hôtel de Saint-Aignan
Conduit par Laurence Sigal15 à partir de 1988, avec le soutien de la direction des Musées
de France au ministère de la Culture, et de la direction des Affaires culturelles de la Ville
de Paris, le projet16 a abouti, dix ans plus tard, à l’ouverture du mahJ dans l’hôtel de Saint-
Aignan. Palais aristocratique édifié de 1644 à 1650 pour Claude de Mesmes17, par
l’architecte Pierre Le Muet (1591-1669), l’hôtel est installé au nord du Paris médiéval, sur
une parcelle au dessin complexe limitée au sud par l’enceinte de Philippe Auguste. Le
bâtiment, acquis par la ville en 1962 dans le cadre du plan de sauvegarde du Marais, a eu
des destinations diverses avant que la ville ne décide de le mettre à la disposition du
futur musée18.

Un musée du judaïsme dans le Marais


Le choix du quartier n’est pas anodin : le Marais abrite, depuis la fin du XVIIIe siècle, en
particulier autour de la rue des Rosiers, une importante population de juifs des régions
rhénanes puis d’Europe centrale et orientale, durement affectée par la Shoah et pour
partie revivifiée par l’arrivée des juifs du Maghreb après la décolonisation. L’hôtel de
Saint-Aignan, surélevé, transformé et entresolé après la Révolution, a d’ailleurs abrité de
nombreux ateliers de ces immigrés : chapeliers, casquettiers, fourreurs, tailleurs…
Aujourd’hui, le mahJ est situé au cœur d’un quartier profondément transformé, où les
commerces traditionnels ont cédé la place à des boutiques de mode, mais riche de
nombreuses institutions fédérées dans l’association Marais Culture Plus (musées de la
Chasse et de la Nature, Carnavalet, Picasso, Cognacq-Jay, Maison européenne de la
Photographie, Mémorial de la Shoah…) qui constitue un tissu culturel sans équivalent à
Paris. Cet emplacement facilite un certain nombre de propositions autour de la visite du
pletzl (« petite place » en yiddish), terme désignant les alentours de la rue des Rosiers.

Emmanuel Pottier (1864-1921), Vue de la cour de l’hôtel de Saint-Aignan en 1910, achat en 2016

15
Laurence Sigal dirigera le musée de 1988 à 2012.
16
Cf. le compte rendu de l’assemblée constitutive du mahJ le 17 mars 1988 (en annexe).
17
Claude de Mesmes, comte d’Avaux (1595-1650) : diplomate et homme de lettres français, négociateur du traité de
Westphalie, qui acheva sa carrière comme surintendant des finances de Louis XIV.
18
Pour être complet, on rappellera que la création de l’association mahJ mit, de facto, un terme aux travaux
parallèles de l’association pour la connaissance du patrimoine juif de France, créée en 1982, regroupant un certain
nombre de chercheurs en sciences humaines (parmi lesquels Marion Abélès, Joëlle Bahloul, Isaac Chiva, Claude
Lévi-Strauss, Laurence Podselver, Jean-Patrick Razon ou Lucette Valensi), travaillant à un projet de « musée juif
en France » dans l’orbite de la mission du patrimoine ethnologique du ministère de la Culture et avec le concours
financier de celui-ci.

12
Poursuivre et élargir l’enrichissement des collections

La restauration du monument historique


La restauration du monument a été confiée successivement à Maurice Berry, Jean-Pierre
Jouve et Bernard Fonquernie qui entreprirent la restauration de l’édifice et la poussèrent
– dans une démarche relativement rare en France – jusqu’à détruire les surélévations,
pour retrouver l’aile ouest livrée par Le Muet, reconstruire l’escalier d’honneur et recréer
le bas-relief du blason de Paul de Beauvilliers, duc de Saint-Aignan, qui avait acquis
l’édifice en 1688. Cette restitution de l’architecture dans son état de la seconde moitié du
XVIIe siècle a effacé les vestiges de la présence des anciens habitants du XIXe siècle et de
la première moitié du XXe siècle : suppression de l’entresolement des étages, de la
segmentation en ateliers et appartements, gommage des enseignes peintes sur la façade,
etc.19

Les espaces
Choisis à l’issue d’un concours d’architecture20, Catherine Bizouard et Francois Pin n’ont
pas cherché à recréer dans les volumes intérieurs un décor aristocratique détruit (hormis
dans la salle à manger du duc où subsistent des peintures murales de Vuibert21, et dans la
chambre du duc, où un lambris sablé a été conservé), mais à évoquer les pièces originelles
par des murs de refend qui scandent le parcours. Des salles d’exposition temporaire ont
été créées dans le nord de la parcelle ; elles déploient peu de grands volumes mais un
important linéaire de cimaises, propice aux présentations d’œuvres graphiques de petit
format et parfaitement adaptées à la photographie. Une médiathèque offrant 28 postes
de travail a été installée à mi-chemin du parcours, tandis qu’un vaste auditorium (198
sièges) a été créé en sous-sol, en excavant la cour d’honneur ; une belle cave de 150 m² le
jouxte, faisant office de foyer et permettant également la présentation d’expositions-
dossier. Une librairie, proposant aujourd’hui plus de 5 000 titres, a été déployée à la sortie
des salles d’expositions temporaires. Installée dans la salle à manger du duc, la cafétéria a
fonctionné de 1998 à 2006 (elle sera fermée en raison de son lourd déficit, libérant
l’espace pour la librairie). Sous la cour et sous le corps de logis principal, outre
l’auditorium, des réserves et des ateliers ont été aménagés, ainsi que les indispensables
espaces techniques d’un musée moderne (chauffage, climatisation, contrôle de
l’hygrométrie) : les réserves consistent en un local sur deux niveaux (54 et 42 m²) abritant
les tableaux et les objets et d’un deuxième local de deux niveaux (51 et 60 m²) dédié à la
collection des textiles et des œuvres sur papier. Les ateliers pédagogiques quant à eux,
ont investi la cuisine du duc et la pièce attenante, sur 111 m², donnant de plain-pied dans la
cour d’honneur. Enfin, en 2008, l’aménagement des écuries a permis d’ajouter un bel
espace de 120 m², particulièrement adapté aux réceptions, rencontres et accrochages
contemporains qui n’exigent pas un contrôle rigoureux de la température et de
l’hygrométrie.

Un outil pluridisciplinaire
Le musée, ouvert en 1998 est donc un édifice performant, doté d’espaces d’exposition, de
pédagogie, de médiation, de recherche, etc. La qualité des équipements, associée au
projet culturel de ses créateurs, en feront un lieu dynamique et novateur.

Une collection d’œuvres et d’objets originaux


Comparé aux musées du judaïsme en Europe, en Israël et en Amérique, le mahJ propose
un projet ambitieux et original : « présenter les deux mille ans de vie des communautés
juives de France et les situer dans l’histoire générale du judaïsme22 », à partir d’une
collection d’œuvres et d’objets d’art. Dans la pratique, ce sont plutôt 800 ans d’histoire
qui sont effectivement représentés dans les collections : des stèles funéraires parisiennes
du XIIIe siècle aux œuvres contemporaines acquises à partir de 1998.

19
Il reste, sur les pilastres des façades ouest et nord de la cour d’honneur, les inscriptions à peine lisibles
« Chapeaux » et « Heilbrun ».
20
Décision de mai 1993. Étaient également en compétition les projets d’Antoine Grumbach et Italo Rota ; Philippe
Boisselier et Claude Decaster ; Benoît Carrié, Thierry Roze et Bruno Reichlin ; Marie-Christine Dorner et Jean de
Gastines.
21
Cf. Claude Mignot « Pour un grand peintre retrouvé : Rémy Vuibert », Revue de l’Art, n 155/2007-1, p. 21-44.
22
Statuts du Musée d’art et d’histoire du Judaïsme, article 1 (en annexe).

13
Aujourd’hui, cette option tranche nettement avec la plupart des musées du judaïsme :
Polin23, récemment ouvert à Varsovie, évoque mille ans d’histoire à travers des dispositifs
audiovisuels et interactifs, des « manipulations24 » et simulations interactives, des
panneaux pédagogiques ; le Jewish Museum de New York, de son côté, projette de
supprimer son parcours historique mêlant œuvres et panneaux sur deux niveaux25 pour
privilégier le contemporain ; le Jüdisches Museum de Berlin utilise un foisonnement
d’originaux et de facsimilés pour présenter spécifiquement le judaïsme allemand depuis
l’Antiquité ; le Joods Historisch Museum d’Amsterdam est demeuré attaché aux œuvres,
mais se focalise sur le seul judaïsme hollandais. Au mahJ, le choix de la mise en valeur de la
collection et le large spectre géographique et culturel qu’elle embrasse sont donc une
spécificité forte qui marque clairement son projet. À l’heure où, sur Internet, chacun a
accès à une infinité de documents et d’images, cette identité doit être préservée et
développée, tant dans l’enrichissement de la collection que par la présentation d’œuvres
et d’objets originaux, dont la matérialité, la singularité et la beauté ont un pouvoir
d’évocation et de témoignage infiniment supérieur aux dispositifs virtuels.

Contrat de mariage d’Abraham Lisbonne et d’Esther, fille de Jacob Moïse, Nîmes, 1837, achat en 2014

Un musée d’art et d’histoire


En s’inscrivant dès ses prémices dans la catégorie des musées d’Art et d’Histoire26, issue
de la taxonomie classique des musées français, le mahJ se démarque de la notion de
« musée juif », courante à l’étranger, mais qui, en France, pourrait être interprétée comme
relevant d’une approche essentialiste. Il s’agissait de montrer le haut degré de qualité des
productions artistiques des communautés juives et de « rendre sa place au judaïsme en
France, au sein du paysage des musées27 ». N’étant ni un musée de communauté, ni un
musée confessionnel, ni « musée des juifs », le mahJ aborde la « civilisation du judaïsme »
avec la même rigueur scientifique que les autres musées français d’art et d’histoire leur
champ spécifique.

Une complémentarité avec le Mémorial de la Shoah


Le mahJ est situé à huit cents mètres du Mémorial de la Shoah. Cette proximité et la
complémentarité qu’elle induit permettent au mahJ, contrairement à de nombreux
musées du judaïsme en Europe, d’axer ses priorités sur deux mille ans d’histoire juive, sans

23
Polin, Muzeum Historii Żydów Polskich, musée d’histoire des juifs de Pologne inauguré en 2014.
24
Le terme désigne communément dans les musées des dispositifs pédagogiques destinés à une manipulation par
le public, en particulier par les enfants.
25
Entretien avec Claudia Gould, directrice du Jewish Museum, mai 2013.
26
Cf. Entretiens avec Jean-Philippe Lecat, ministre de la Culture et de la Communication – 1978-1981, Comité
d’histoire du MCC-La documentation française, 2016, p. 137-138 et 226.
27
Laurence Sigal-Klagsbald, Programme muséologique du mahJ, juillet 1991.

14
Poursuivre et élargir l’enrichissement des collections

que la mémoire de la Shoah y constitue l’élément prépondérant. En effet, a contrario,


dans de nombreux musées du Judaïsme, la Shoah constitue l’élément le plus important
du propos, contribuant à minorer les autres aspects de la collection, qui sont souvent
présentés exclusivement comme le contexte dans lequel l’anéantissement des
communautés juives s’est effectué. Cela étant, la prégnance de la « destruction des juifs
d’Europe28 » est telle dans le monde contemporain, que le thème revient dans nombre de
projets du mahJ qui abordent le XXe siècle (expositions monographiques et activités
culturelles notamment). La complémentarité des missions respectives du Mémorial et du
mahJ doivent inciter à développer des collaborations encore trop circonscrites ou
ponctuelles.

Un musée de France
Outre les dépôts consentis par l’État, le mahJ obtient également, depuis 1998, des prêts
importants des musées nationaux29, faisant l’objet d’une dispense d’assurance et
permettant la réalisation d’expositions ambitieuses avec des budgets contraints. Musée
contrôlé par la direction des Musées de France dès sa création, puis reconnu « Musée de
France » en 200330, contrôlé par le service des Musées de France à la direction générale
des Patrimoines du ministère de la Culture et de la Communication, le mahJ s’est
rapidement inscrit dans le réseau des musées français. À ce titre, il bénéficie de
nombreux dépôts d’œuvres essentielles, en provenance de musées nationaux et de
musées en régions, mais aussi, il faut le souligner, de musées étrangers.

Marc Chagall (1887-1985), Les Portes du cimetière


Dépôt du MNAM, donation Ida Chagall, 1984

Une structure juridique originale


L’association à but non lucratif créée en 1988 permet un fonctionnement original. Elle
réunit de façon tripartite l’État, la Ville de Paris et les institutions représentatives du
judaïsme31 ; en sont membres, en outre, intuitu personae, des représentants de l’ancien
musée d’Art juif (Victor Klagsbald, Claude-Gérard Marcus et David Ojalvo). Ayant succédé

28
Raoul Hilberg, The Destruction of the European Jews, Chicago, Quadrangle Books, 1961. Paris, Fayard, 1985, pour la
traduction française.
29
Musées du Louvre, d’Orsay, Marc Chagall et Centre Pompidou, notamment.
30
Arrêté du ministère de la Culture et de la Communication du 17 septembre 2003.
31
Consistoire central, Consistoire de Paris, Conseil représentatif des institutions juives de France, Fonds social juif
unifié, Fondation du judaïsme français et Alliance israélite universelle.

15
à Claude-Gérard Marcus (1988-2001) et à Théo Klein (2001-2011), Dominique Schnapper est
présidente du conseil d’administration depuis 2011. Une convention, signée en 1989,
prévoit un financement paritaire, sans autre exemple, par la Ville et l’État32. Bénéficiant
d’un statut de droit privé (association loi de 1901), le mahJ a des obligations de musée
public, à l’instar des autres « Musées de France » financés sur les fonds publics. Consacré
aux cultures et à l’histoire du judaïsme, il a vocation à accueillir tous les publics.

Un projet couronné de succès mais confronté à une crise de croissance


Le projet du mahJ a été conçu avec un objectif de 80 000 visiteurs par an. L’effectif
du musée avait été défini à cette aune. En 2006, sa fréquentation dépasse le chiffre
des 100 000 visiteurs et, celui des 150 000 en 2011, en raison du succès de la
programmation temporaire. En 2007, l’exposition « Rembrandt et la nouvelle
Jérusalem » a démontré que le musée, en dépit de moyens relativement modestes,
avait une capacité à procéder à des aménagements importants : structurels
(modification d’espaces…), techniques (adaptation de la climatisation et du système
de sûreté…) et organisationnels (personnels, procédures…) pour permettre
l’organisation d’expositions ambitieuses attirant un public considérable. Avec un
effectif contraint, l’équipe du mahJ a su faire face à de nombreux projets et a
développé un savoir-faire désormais reconnu.
En 2010, l’Inspection générale de la Ville de Paris (IGVP) a réalisé un audit sur
l’organisation scientifique et culturelle, la programmation des expositions, les
activités de l’auditorium, la communication et la politique de développement des
publics. L’IGVP souligne le respect des missions attendues d’un musée ainsi que la
vitalité de ses activités, son insertion internationale, la pertinence de son
organisation et la rigueur de sa gestion. Mais l’analyse des comptes et des moyens
déployés pour le développement des ressources propres démontre la grande
difficulté de trouver d’autres sources de financement que les subventions publiques.

Le mahJ est, aujourd’hui, confronté à une crise de croissance : ses espaces


d’exposition temporaires sont insuffisants ; les locations d’espaces et le mécénat
sont bridés par l’identité du musée.

Mario Goldman, L’hôtel de Saint-Aignan en 1990, achat en 1990

32
Cf. convention tripartite État-Ville de Paris-mahJ du 22 novembre 1989 (en annexe).

16
Poursuivre et élargir l’enrichissement des collections

2 – Poursuivre l’enrichissement
des collections

17
Objets d’art religieux de la collection de M. Strauss, faisant partie de l’exposition rétrospective du Trocadéro
Lithographie, XIXe siècle

18
Poursuivre et élargir l’enrichissement des collections

2 – Poursuivre l’enrichissement des collections

La réunion d’ensembles remarquables


Le fonds du mahJ a été constitué, à partir de 1988, en réunissant plusieurs ensembles
exceptionnels : le fonds du musée d’Art juif de Paris33, la collection d’Isaac Strauss34,
acquise à la mort du compositeur par la baronne Nathaniel de Rothschild et offerte en
1890 au musée de Cluny, un certain nombre de dépôts moins importants numériquement
mais non moindres en qualité – musée national d’Art moderne, musée d’Orsay, musée du
Louvre, musée de l’Homme, musée des Arts africains et océaniens, musée national de la
Céramique, associations consistoriales de Paris et de la Moselle, Séminaire israélite de
France, temple Buffault, musée Lorrain à Nancy, Fondation du judaïsme français, musée
Carnavalet, musée d’Israël à Jérusalem – et de nombreuses acquisitions qui en font l’une
des plus belles collections d’œuvres et d’objets sur le judaïsme à l’échelle internationale.
Cette collection est donc le fondement du projet du musée, où l’évocation de la présence
juive en Europe et autour du Bassin méditerranéen s’appuie sur des œuvres et des objets
authentiques, souvent d’une valeur insigne mais aussi parfois d’usage modeste, en
préférant la présentation d’originaux aux fac-similés, aux reconstitutions ou aux
dispositifs interactifs et multimédias.

Le fonds du musée d’Art juif


Le fonds du musée d’Art juif compte 1 900 numéros. Sa collection est marquée par
l’action de sa première conservatrice et co-fondatrice, l’artiste Marie Chabchay, de 1948 à
1974. Doté en 1951 par la Jewish Restitution Successor Organization35, le fonds initial de ce
musée associatif fut enrichi par de nombreux achats et dons d’objets religieux européens
et maghrébins, ainsi que d’œuvres graphiques d’artistes juifs russes et allemands,
auxquels s’ajoutèrent des œuvres d’artistes de l’École de Paris36. Il comprenait aussi 2 160
photographies de toutes époques, documentant en particulier les communautés de la
diaspora et l’architecture synagogale, ainsi que de nombreuses illustrations de presse et
des reproductions photographiques à caractère documentaire sur plaques de verre et
sur papier. Le mahJ en est l’héritier.

Salle du musée d’art juif, rue des Saules

33
Fondés en 1948 par une association animée par Léon Frenkiel, les Archives et Musée d’art populaire juif prirent le
nom de musée d’Art juif en 1950.
34
Elle comportait 173 objets.
35
La Jewish Restitution Successor Organization (JRSO) a été fondée en 1947 à New York par plusieurs organisations
juives américaines, anglaises et françaises. Intégrée à l’origine dans la Jewish Restitution Commission, elle change
de nom en 1948.
36
Le fonds du musée d’Art juif a été déposé en 1998 puis formellement donné au mahJ en 2002 (en annexe).

19
La collection d’Isaac Strauss
Déposée par le musée national du Moyen Âge, la collection Strauss, constituée au milieu
du XIXe siècle, est un des plus beaux ensembles d’objets liturgiques, de mobilier synagogal
et de manuscrits hébraïques provenant principalement du monde ashkénaze et d’Italie
du nord et du centre. Réunie par le compositeur et chef d’orchestre Isaac Strauss (1806-
1888)37, cette collection sera déterminante au XIXe siècle dans l’émergence de la notion –
toujours débattue – d’art juif. L’exposition de la collection au Grand Palais et la
publication du catalogue raisonné par Victor Klagsbald en 198138 contribueront de façon
essentielle à la genèse du projet du mahJ dans les années 1980, auquel participera
activement Alain Erlande-Brandenburg, alors directeur du musée de Cluny, qui rédigera le
premier « rapport préliminaire39 ».

Exposition « Chefs-d’œuvre de l’art juif », Grand Palais, 1981

Les stèles funéraires médiévales de la rue Pierre-Sarrazin


Au dépôt de la collection Strauss et des autres remarquables pièces de judaica, dont
quelques objets de provenance familiale offerts par Isaac et Moïse de Camondo en 1910 et
1911, s’ajoute un ensemble sans équivalent de soixante-six rares stèles funéraires
médiévales, mises au jour en 1849 rue Pierre-Sarrazin et données par Louis Hachette au
musée de Cluny, témoignant de la présence d’une importante communauté à Paris avant
les expulsions de 1306 et 139440.

Les acquisitions depuis 1988


À partir de 1988, avec la nomination de Laurence Sigal pour conduire le projet du mahJ,
les efforts d’enrichissement ont porté sur la nécessité d’illustrer la diversité des
composantes du judaïsme français au XIXe siècle, peu représentées dans les fonds

37
Cf. Daniel Fabre, « D’Isaac Strauss à Claude Lévi-Strauss. Le judaïsme comme culture », dans Claude Lévi-Strauss,
un parcours dans le siècle, Paris, Odile Jacob, 2012, actes du colloque organisé à l’EHESS en 2008 sous la direction
de Philippe Descola.
38
Victor Klagsbald, Catalogue raisonné de la collection juive du musée de Cluny, Paris, RMN, 1981.
39
Cf. Alain Erlande-Brandenburg, mahJ – Rapport préliminaire, mai 1987.
40
Cf. Gérard Nahon, Inscriptions hébraïques et juives de la France médiévale, Paris, Les Belles Lettres, 1986.

20
Poursuivre et élargir l’enrichissement des collections

initiaux : Alsace, Lorraine, côte aquitaine, Comtat Venaissin. 6 873 œuvres ont été
acquises, dont 3 360 en vente publique, auprès de marchands ou de particuliers, et 3 513
par dons et legs.
Par ailleurs, un effort particulier a porté sur le judaïsme maghrébin, en raison de son
importance culturelle et démographique en France, à partir du décret Crémieux (qui
octroie la nationalité française aux juifs « indigènes » d’Algérie en 1870) puis à la suite de
l’arrivée massive des juifs du Maghreb lors de la décolonisation.
Trois enrichissements sont particulièrement emblématiques : celui dû à la famille du
capitaine Dreyfus, qui a donné plus de 2 700 documents, faisant du mahJ le fonds
d’archives le plus important sur l’Affaire ; le don de Georges Aboucaya, en mémoire de
Colette Aboucaya-Spira, constitué de plus de 308 œuvres, objets et documents,
notamment sur les juifs d’Afrique du Nord ; et celui de Ruben Lipchitz qui fait du mahJ un
fonds de référence sur l’artiste Jacques Lipchitz (1 368 manuscrits, photographies,
dessins et une sculpture).

Anonyme, La synagogue de Constantine, 1841


Don de Georges Aboucaya en souvenir de Colette Aboucaya-Spira

La collection contemporaine
Depuis 1998, la collection s’est aussi enrichie d’œuvres d’artistes contemporains : Kader
Attia, Judith Bartolani, Carole Benzaken, Jean-Pierre Bertrand, Christian Boltanski,
Philippe Boutibonnes, Sophie Calle, Sophie Elbaz, Gérard Garouste, Moshé Gershuni, Anne-
Valérie Hash, Edward Hillel, Georges Jeanclos, Mikhaïl Karasik, Moshé Kupferman, Frank
Lalou, Mikael Levin, Serge Lask, Agnès Lévy, Arik Levy, Michel Nedjar, Moshe Ninio, Nira
Pereg, Cécile Reims, Iris Sara Schiller, Micha Ullman, Max Wechsler, Boris Zaborov41.
L’inscription de leurs œuvres dans le projet du musée ainsi que l’importance de ces
artistes sur la scène contemporaine ont été les principaux critères de choix et non pas
leur judéité, qui aurait constitué un critère sans pertinence artistique. À cet égard,

41
Cf. « La collection contemporaine du mahJ » (en annexe)

21
l’acquisition d’œuvres contemporaines doit rester particulièrement exigeante,
notamment concernant les dons d’artistes qui, comme les achats, sont soumis à
l’approbation de la Commission scientifique régionale d’acquisition des musées de France.

Sophie Calle (née en 1953), L’Erouv de Jérusalem, achat en 1998

La photographie
À l’instar des autres musées français, la photographie constitue un axe majeur
d’enrichissement de la collection, tant dans le domaine de la photographie ancienne que
dans celui de la photographie contemporaine. Le fonds compte 1 798 photographies en
collection auxquelles s’ajoutent 5 571 photographies inscrites en archives. Il témoigne du
parcours de quelques photographes juifs d’importance, et comprend des reportages ainsi
que des documents évoquant la vie des juifs de la seconde moitié du XIXe siècle à nos
jours.

Le fonds se développe suivant plusieurs axes :


— visages de communautés passées et présentes (Europe de l’Est, Iran, Turquie,
Yémen, Éthiopie, Afrique du Nord, Terre sainte, Inde, France…) ;
— événements historiques (affaire Dreyfus, création de l’État d’Israël…) ;
— portraits de personnalités politiques ou artistiques ;
— archives familiales ;
— patrimoine architectural : synagogues, cimetières…

Le mahJ a pu acquérir des œuvres de photographes du XXe siècle (parmi lesquelles 400
épreuves originales de Nathan Lerner données par sa veuve) ou contemporains (Pierre
Abensur, Alécio de Andrade, Didier Ben Loulou, Edward Hillel…). L’acquisition en 2015 de
435 tirages et plaques de verre sur la Palestine des années 1932 à 1948, dus à Helmar
Lerski (1871-1956), constitue un enrichissement majeur42.

42
Cette collection, acquise 321 088 €, a bénéficié de l’aide du fonds du Patrimoine (150 000 €), du Fram (50 000 €)
et d’une souscription publique ayant permis de recueillir 101 551 € auprès de 330 donateurs. Le reliquat a été
apporté par la fondation Pro mahJ.

22
Poursuivre et élargir l’enrichissement des collections

Alécio de Andrade (1938-2003), Boucherie Emouna, rue des Rosiers, 1975, achat en 2012

Nature de la collection
Riche de plus de 12 051 numéros43 et intégralement accessible en ligne sur le site internet
du musée, la collection se répartit en 4 307 documents, 1 663 estampes, 1 414 dessins,
1 363 photographies, 972 livres imprimés, 753 objets textiles, 730 objets, 206 peintures,
128 monnaies, 92 manuscrits, 91 pièces de mobilier, 90 sculptures, 59 ensembles
documentaires, 55 bijoux, 39 installations contemporaines, 7 éléments lapidaires44.
Les œuvres graphiques, les livres, les textiles et les archives, en très grand nombre, n’ont
pas vocation à être présentées en permanence et font l’objet de rotations régulières.
À l’exception de ces pièces fragiles, les objets et les œuvres les plus importants

43
Inventaire au 27 avril 2015.
44
Collection du mahJ, hors dépôts au 31 décembre 2014.

23
(notamment ceux de la collection Strauss), sont présentés dans le parcours, hormis une
part significative de la collection de l’École de Paris et des œuvres contemporaines, faute
de place.

Section « De l’affaire Dreyfus à la Première Guerre mondiale » dans le parcours permanent

Archives et collecte de documents familiaux


Le mahJ conserve de nombreuses archives issues du fonds du musée d’Art juif, auxquelles
se sont adjoints le fonds donné par la famille du capitaine Dreyfus, et des archives
familiales, notamment celles collectées à l’occasion de l’exposition « Juifs d’Algérie ». Ces
documents sont particulièrement précieux dans un musée d’histoire et doivent faire
l’objet d’un traitement particulier, en liaison avec les Archives de France.

Le récolement décennal
Le récolement décennal a été effectué de janvier 2014 à mars 2015. Il a permis de passer
en revue les 12 000 œuvres de la collection, d’en compléter l’inventaire, de régulariser les
marquages, d’effectuer un bilan sanitaire, de répertorier les œuvres manquantes et de
prendre les dispositions réglementaires adaptées. Il conduit à mettre en place un plan de
régularisation de l’inventaire afin de répondre aux prescriptions réglementaires.

La recherche
Eu égard à l’effectif réduit de l’équipe de conservation, la recherche au mahJ accompagne
en particulier les expositions temporaires, qui sont le plus souvent centrées sur des
sujets inédits et font l’objet d’un long travail préparatoire, dont la pérennité est, le plus
souvent, la publication d’un catalogue exigeant.
Mais le musée a vocation à s’ouvrir aux chercheurs de l’université et du CNRS, et en
particulier à ceux des filières d’études juives45, à des stagiaires de l’École du Louvre46 et de
l’Institut national du Patrimoine, de l’École des Chartes et aux chercheurs étrangers, afin
de susciter des travaux nouveaux et de développer les connaissances sur les corpus
d’œuvres et d’archives conservés au musée47, notamment grâce aux bourses attribuées
par la Fondation pour la mémoire de la Shoah et la Fondation du judaïsme français. D’une

45
Citons en particulier la Nouvelle Gallia judaica, laboratoire du CNRS dédié aux études juives médiévales.
46
Notamment aux étudiants du séminaire de Dominique Jarrassé sur l’art juif.
47
Cf. Marie Vacher, Joseph Moiseevitch Tchaïkov (1888-1986). Sculptures et illustrations, 1910-1937 : l’artiste, la
forme, le matériau, École du Louvre, septembre 2010, mémoire consacré à un artiste dont le mahJ possède des
œuvres graphiques, sous la direction de Dominique Jarrassé.

24
Poursuivre et élargir l’enrichissement des collections

façon générale, le lien avec le domaine scientifique doit être développé, en accueillant à la
médiathèque, dont c’est la vocation première, des chercheurs bénéficiant du libre accès à
un fonds sur l’art et l’archéologie du judaïsme sans équivalent en France et en organisant
ou en accueillant à l’auditorium des colloques scientifiques.

Programme détaillé du colloque « L’Antisémitisme en France, XIXe-XXIe siècle »

25
La politique d’acquisition

La politique d’acquisition, dotée de moyens modestes48 pouvant être abondés par des
ressources exceptionnelles (dons, legs49, Fram, fonds du Patrimoine, souscriptions
publiques…), s’inscrit dans la continuité des enrichissements réalisés depuis 1988. Sa
priorité est de compléter les lacunes et de renforcer les grands thèmes de la collection :
— très rares témoignages du judaïsme antique et médiéval en France ;
— judaïsme en Italie du Moyen Âge à nos jours ;
— culture matérielle des communautés alsaciennes, lorraines, aquitaines et
provençales du Moyen Âge à l’Émancipation ;
— construction de l’israélitisme français au début du XIXe siècle ;
— peintres de la génération de l’Émancipation50;
— développement de l’antisémitisme au XIXe siècle ;
— affaire Dreyfus ;
— engagement des juifs dans les guerres de 1914-1918 et 1939-1945 ;
— cultures des juifs maghrébins et leur intégration en France ;
— judaïsme levantin et singularités de l’émigration levantine en France ;
— résonnances du judaïsme d’Europe centrale et orientale en France ;
— vie juive en France dans l’entre-deux guerres ;
— production des artistes de l’école Betsalel à Jérusalem ;
— œuvres emblématiques de la présence d’artistes juifs à Paris ;
— organisations de sauvetage et mouvements de résistance juifs sous Vichy ;
— reconstruction des communautés juives dans l’espace français après la Shoah ;
— témoignages remarquables du judaïsme en France dans l’après Seconde Guerre
mondiale et renouveau d’une pensée juive ;
— arrivée et dynamiques sociales des juifs du Maghreb après la décolonisation ;
— émergence du négationnisme dans la deuxième moitié du XXe siècle ;
— rôles et engagement des juifs dans la vie politique, économique, sociale et
culturelle de l’Émancipation à nos jours ;
— activité des organisations juives en France aux XIXe et XXe siècles ;
— culture matérielle du judaïsme : objets de la vie quotidienne et de la vie
professionnelle ;
— artistes des avant-gardes témoignant de l’inscription des cultures du judaïsme
dans l’art du XXe siècle (El Lissitzky, Chagall, artistes dits de l’École de Paris) ;
— œuvres de la période contemporaine, de 1950 à nos jours.

Boris Taslitzky (1911-2005), Portrait de Julien Caïn, Buchenwald, 1944-1945, don d’Evelyne Taslitzky en 2016

48
40 000 € au budget prévisionnel 2015.
49
Grâce à la fondation Pro mahJ, créée par Claire Maratier en 2003, les dons et les legs sont exonérés de droits de
mutation.
50
Moritz Oppenheim (1800-1882), Jozef Israels (1824-1911), Édouard Moyse (1827-1908), Édouard Brandon (1831-1897),
Maurycy Gottlieb (1856-1879), Samuel Hirszenberg (1865-1908) ou Alphonse Lévy (1843-1918).

26
Poursuivre et élargir l’enrichissement des collections

Une collection sans équivalent


Comme on l’a vu plus précédemment, du fait de la genèse de la collection et de l’histoire
particulière du judaïsme français, issu de communautés diverses et renforcé par des
vagues d’immigration successives, la collection du mahJ témoigne de la diversité des
cultures du judaïsme sans se focaliser sur le critère national. En cela, elle diffère de la
plupart des autres musées du judaïsme. Pour autant, elle a aussi une vocation spécifique
à rendre compte de l’originalité du judaïsme en France, à travers le temps et l’espace.
Cette spécificité guide les choix d’acquisitions, orientés en priorité vers le domaine
français.

Une attente forte


La singularité du mahJ dans le paysage muséal français lui confère un rôle particulier pour
rendre compte de la place des juifs de France dans la nation et contribuer à infirmer les
clichés nombreux les concernant. Musée associatif lié à différentes institutions juives, le
mahJ est fréquemment sollicité par des particuliers désirant obtenir des informations sur
les objets qu’ils souhaitent vendre ou donner, et par des artistes voulant exposer. Ce lien
étroit implique une gestion délicate des propositions qui parviennent au musée. En effet,
ces sollicitations sont bien souvent motivées par des démarches mémorielles qui doivent
être traitées avec autant de tact que d’exigence scientifique. Il s’agit de faire la part entre
les propositions qui s’insèrent effectivement dans la collection et celles qui doivent
rester circonscrites à une histoire personnelle ne pouvant faire sens dans la
programmation du musée.

Stèle funéraire de Rabbi Joseph, fils de Rabbi Salomon


Bourges, 1396
Don d’Isabelle et Olivier Audebert en 2016

27
Axes de développement
— Poursuivre l’enrichissement de la collection, notamment pour permettre de
renforcer le parcours permanent selon les principaux axes présentés dans le
chapitre « Renouveler le parcours permanent ».
— Réexaminer les fonds des musées français et étrangers pour obtenir de
nouveaux dépôts permettant de nourrir le parcours muséographique. En effet,
le recours aux dépôts est depuis la création du mahJ au cœur de son
développement. Il permet à des institutions diverses de participer à la mise en
valeur des œuvres à thème juif de leurs collections. Le mahJ ainsi joue un rôle
essentiel dans cette mise en réseau. La refonte du parcours doit s’appuyer sur
de nouvelles conventions de dépôts pour permettre d’aborder de nouveaux
domaines, à l’instar du développement de la politique d’acquisition.

Gerrit Adriaensz Berckheyde (1638-1698), Vue de la synagogue ashkénaze et de la synagogue portugaise à


Amsterdam, vers 1680, dépôt du musée de Picardie

28
Poursuivre et élargir l’enrichissement des collections

La politique de restauration

Musée d’art et d’histoire, le mahJ conserve une typologie d’objets variés. Les
moyens investis pour leur restauration sont ventilés en deux grands postes : la
collection textile et la collection Beaux-Arts. Le budget limité que le musée peut
consacrer à cette activité l’engage à avoir une politique ciblée en fonction des
nécessités inhérentes aux accrochages permanents et à la programmation des
expositions. Ainsi la totalité du budget pour l’année 2016 a été consacrée à la
restauration du fonds Lerski, acquis par le musée en 2015, et auquel le musée
consacrera une exposition en 2018. Le Fonds régional d’acquisition des musées a
aidé le mahJ de façon conséquente sur cette opération. Cette restauration est mise
en œuvre par l’atelier de conservation et de restauration de photographies de la
ville de Paris. Par ailleurs, la Drac Île-de-France soutient régulièrement des dossiers
de restauration du mahJ.

Edouard Moyse (1827-1908), Portrait d’homme


Huile sur toile, 1858
Achat en 2014, restauré en 2015 à l’aide de la Drac Île-de-France

Les travaux de restauration des collections textiles sont opérés par une
restauratrice salariée à temps partiel. Ces travaux représentent 63 % de l’ensemble
des moyens consacrés annuellement à la restauration. Ce ratio est justifié par la
fragilité des supports textiles, ainsi que par l’origine des pièces, le plus souvent
usagées, presqu’exclusivement issues de dons et dont la conservation a pu être
négligée. Les travaux sont orientés à 80 % sur les pièces qui font l’objet de rotations
dans le parcours. Leur fragilité implique en effet un remplacement en vitrine tous les
six mois et les pièces en bon état sont en nombre limité. Les principaux textiles
concernés sont des textiles liturgiques (rideaux et manteaux de Torah, accessoires
de prière) et les vêtements traditionnels. Les 20 % restants sont dévolus à
l’entretien de la collection textile (conservation préventive).

Les travaux consacrés à la restauration des collections Beaux-Arts sont confiés à des
restaurateurs agréés. Depuis 2010, leurs prestations représentent 37 % des moyens,
soit une dépense moyenne de 7 676 € par an. Les œuvres nécessitant des travaux
ont pour la plupart été acquises en vente publique ou auprès de particuliers. La part
du budget consacré à la restauration des collections d’œuvres sur papier (arts
graphiques et photographie) sur la même période (60 %) reflète la prépondérance
de ce type d’œuvres dans les collections. Le second poste concerne la restauration
des peintures et des sculptures (37 %), pour lesquels seul un nombre mineur
d’œuvres peut être traité, en raison du tarif élevé de ces prestations. La dépense
pour la restauration d’objets cultuels ne représente que 3 % du budget dépensé
auprès de restaurateurs agréés.

La part du budget de restauration des collections Beaux-Arts consacrée à la


conservation préventive est plus élevée (40 %), la majorité des travaux dans ce
domaine étant motivés par la présentation en exposition temporaire (48 % du
budget de restauration Beaux-Arts), alors que 12 % le sont par la présentation
d’œuvres dans le parcours permanent.

29
Perspectives
Les campagnes de restauration à venir doivent prendre en compte les orientations
de la refonte du parcours, en réévaluant les besoins de mises en valeur spécifiques.
Le fonds des objets cultuels nécessite un effort accru en termes de restauration. Le
mahJ peut maintenir le volume de travaux relatif aux œuvres graphiques, tout en
veillant aux nécessités de rotation régulière dans le parcours. Le besoin en
restauration sur ce fonds demeure majeur. La collection de peintures et sculptures
ayant fait l’objet d’un entretien régulier, les travaux à venir pourront suivre la
restauration des nouvelles acquisitions. Globalement, les budgets relatifs à la
politique de restauration devront être soutenus, voire augmentés, et évalués en lien
avec la refonte du parcours.

Helmar Lerski (1871-1956)


Portrait de jeune garçon, années 1930
Restauré par les Ateliers de restauration et de conservation des œuvres graphiques de la Ville de Paris
Achat en 2015

30
Poursuivre et élargir l’enrichissement des collections

Les conditions de conservation

L’ensemble du bâtiment (y compris les réserves) bénéficie d’une installation constituée


de huit centrales de traitement de l’air dotées d’humidificateurs et de
déshumidificateurs. La régulation de l’hygrométrie, du chauffage et de l’air climatisé est
opérée à partir de vapeur chaude livrée par le réseau du chauffage urbain et deux
groupes froids. La maintenance est assurée par le technicien dédié d’un prestataire
spécialisé51. Sa présence sur le site permet d’assurer un remplacement immédiat des
appareils défectueux sur les centrales de traitement d’air. En revanche, le réseau de
distribution des fluides (eau chaude, eau glacée) aux centrales présente des fuites
difficiles à localiser, ce qui réduit la performance des installations, obligeant le musée à
recourir à du matériel mobile d’humidification ou de déshumidification des salles en
périodes de météorologie extrême.

Un système centralisé de surveillance de la température et de l’hygrométrie fonctionne


24 h sur 24 à partir d’un réseau de sondes réparties dans ces locaux : un signal est envoyé
toutes les quinze minutes de divers points dans les vitrines, les salles et les réserves ; il
est enregistré par un ordinateur ; une alarme signale les dysfonctionnements.

Les sondes des deux systèmes sont situées dans le parcours permanent, dans les salles
d’exposition temporaire et en réserves. Les consignes de températures sont paramétrées
de 19° à 23° et celles d’humidité relative de 45 à 55 %. Toutefois, l’installation d’air
conditionné ne permet pas de garantir la consigne de température en cas de fortes
chaleurs dans les combles, phénomène d’autant plus critique en termes de conservation
que l’intégralité des vitrines de l’aile nord de ces combles n’est pas dotée de régulation
thermique et hygrométrique directe.

L’air neuf est systématiquement filtré et conditionné par les centrales de traitement d’air
(réchauffage, refroidissement, humidification et déshumidification). L’état des filtres est
contrôlé régulièrement ; les filtres à poche (grosses particules) sont remplacés
semestriellement et les préfiltres (particules fines) trimestriellement. Le mouvement
d’air ambiant est vérifié par le régisseur des œuvres lors de ses rondes quotidiennes. Les
conditions de filtrage des polluants et des poussières sont satisfaisantes dans le parcours
permanent comme dans les réserves.

Les vitrages des fenêtres sont traités contre les ultra-violets. Les battants sont équipés
de stores de toile et d’un rideau en maille contre les lux. Les rails en plafond permettent
de varier l’éclairement des objets et des vitrines. Les spots sont équipés
systématiquement d’ampoules anti-UV ; la puissance lumineuse est toujours modulable.
Les vitrines sont équipées d’éclairages intérieurs par fibre optique (sans dégagement de
chaleur) limités à 50 lux. Celles abritant les œuvres les plus sensibles sont équipées de
sondes UV et lux dont les relevés sont transmis toutes les quinze minutes.

La mauvaise isolation des espaces sous charpente impose un traitement biannuel


antimite des textiles présentés. L’infestation est suivie à chaque campagne du
renouvellement des pièges à phéromones à partir des statistiques de captures et
l’inspection des œuvres concernées. L’infestation par les mites est maîtrisée et les
dégradations sur les œuvres sont exceptionnelles.

51
La société SECMA en 2016.

31
Les réserves

Les réserves d’œuvres sont localisées dans les sous-sols du musée. L’accès des œuvres
par un monte-charge depuis le quai de livraison y est direct et privatif. Elles sont
aveugles, d’accès sécurisé et accueillent 11 041 œuvres (pas de réserves externalisées),
alors que seulement 557 œuvres sont présentées dans le parcours permanent (soit 5 %
de l’ensemble des collections).

Une réserve transit de 55 m² non régulée en hygrométrie est dévolue à la préparation et à


l’emballage des œuvres. L’espace disponible pour ces dernières est très limité, car le local
héberge également le poste de travail de l’encadreur et de la restauratrice textile.

Ouverture des caisses contenant les œuvres de l’exposition « Trésors du ghetto de Venise », 2015

Quatre locaux sont dévolus aux réserves d’œuvres :


— Une réserve « objets » de 55 m² est constituée d’une trentaine d’armoires métalliques
vitrées et fermées à clé contenant pour la plupart des objets cultuels, du quotidien
ou le fonds des livres rares, stockés sur des étagères isolées d’une couche de mousse
de polyéthylène. On y recense 32 % des œuvres localisées en réserves. Son espace
devrait être saturé en 2021.
— Une réserve « peintures et sculptures » de 61 m² contient 255 œuvres stockées sur
des grilles et des racks équipés d’étagères et de casiers verticaux en aggloméré. On y
recense 2 % des œuvres localisées en réserves. Si l’espace de rangement disponible
pour les sculptures a pu être augmenté en 2016 grâce à l’installation de nouveaux
racks, l’espace d’entreposage des grilles est d’ores et déjà saturé.
— Une réserve « papier » de 60 m² héberge 6 711 œuvres, soit 61 % des œuvres localisées
en réserves. Elle contient l’ensemble des œuvres graphiques et photographiques des
collections, conditionnées sous passe-partout dans des boîtes de conservation sur
des étagères en MDF ou dans des tiroirs à plans métalliques isolés d’une feuille de
polyester. Y sont stockés également la majorité des 14 000 documents d’archives non
patrimoniaux (boîtes de conservation). Cette réserve devrait arriver à saturation d’ici
à 2021.
— Une réserve « textiles » de 51 m² recense 543 œuvres, soit 5 % du total des œuvres en
réserve, stockées dans des armoires métalliques vitrées et fermées à clé dont les
étagères sont isolées d’une couche de mousse de polyéthylène, ainsi que des tiroirs à

32
Poursuivre et élargir l’enrichissement des collections

plans métalliques isolés d’une feuille de polyester. Cette réserve devrait arriver à
saturation d’ici à cinq ans.
- Le climat des quatre réserves d’œuvres est régulé par une des centrales
mentionnées précédemment. Il y est très stable et les rares excès d’hygrométrie
sont palliés par la mise en route d’appareils mobiles de déshumidification. Du fait
d’une bonne isolation des locaux et de la faible présence humaine, les conditions
sanitaires y sont optimales. Aucune infestation n’y a été à ce jour constatée. Des
traitements préventifs antimites y sont cependant effectués tous les ans et les
nouvelles entrées textiles suspectes sont anoxiées.

Perspectives
— Réorganiser les espaces pour agrandir la surface des réserves ;
— Se doter de réserves extérieures.

Bandelettes de Torah (mappot) dans la réserve « textiles »

33
Devant Les Habitants de l’hôtel de Saint-Aignan en 1939, de Christian Boltanski, don de l’artiste en 1998

34
Renouveler le parcours permanent

3 – Renouveler le parcours
permanent

35
3 – Renouveler le parcours permanent

Une triple articulation chronologique, géographique et thématique


Le parcours permanent, ouvert en 1998 sur 1000 m², adopte un cheminement continu
depuis la salle d’introduction jusqu’aux salles dévolues aux présences juives dans l’art du
XXe siècle. La présentation est conçue autour d’une triple articulation – chronologique,
géographique et thématique –, qui permet d’évoquer tout à la fois l’histoire des juifs en
Europe et au Maghreb du Moyen Âge à nos jours, la diversité des communautés, leurs
rituels et leurs croyances, leur culture matérielle et leur art. Elle met l’accent sur le cas
particulier du judaïsme français, de l’Émancipation au XXe siècle, constitué à l’origine de
communautés résidant aux marges du royaume52 que sont venues grossir, à partir de la
Révolution, des vagues d’émigration successives venues d’Europe de l’Est, du Maghreb et
du Levant.

Aujourd’hui, le parcours est articulé autour des séquences suivantes :


Rez-de-chaussée (escalier d’honneur)
— Être juif à Paris en 1939
1er étage
— Introduction : des clés pour comprendre le judaïsme et l’histoire des juifs ;
— Les juifs en France au Moyen Âge ;
— Les juifs en Italie, de la Renaissance au XVIIIe siècle ;
— Hanouca, ou la fête des Lumières ;
— Amsterdam, rencontre de deux diasporas ;
— L’an prochain à Jérusalem ;
— Le monde ashkénaze traditionnel ;
Combles
— Le monde ashkénaze traditionnel (suite) ;
— Le monde séfarade traditionnel ;
— L’Émancipation : le modèle français ;
— Mouvements intellectuels et politiques juifs en Europe au tournant du
XXe siècle ;
— Présences juives dans l’art du XXe siècle ;
Mezzanine des expositions temporaires
— La création de l’État d’Israël.

Le parcours respectait initialement la chronologie, mais cette logique a été modifiée par
l’installation sous l’escalier d’honneur de la section « Être juif à Paris en 1939 »53,
initialement située en fin de parcours dans la mezzanine basse en regard de Les Habitants
de l’hôtel de Saint-Aignan en 1939, œuvre de Christian Boltanski déployée sur un mur de la
courette. Cette modification avait été jugée indispensable pour libérer des espaces
d’exposition. Initialement dévolue à l’École de Paris, la mezzanine haute a été consacrée à
la création de l’État d’Israël, absente du parcours initial. Il en résulte deux effets
problématiques : d’une part, la visite débute par l’évocation de la déportation des juifs du
Marais, qui, si elle montre le lien entre le propos du mahJ et l’histoire de l’hôtel de Saint-
Aignan, est postérieure à l’ensemble des périodes évoquées du début à la fin du parcours ;
elle induit une vision rétrospective de l’histoire du judaïsme à travers le prisme de la
Shoah, comme si celle-ci était l’acmé d’un processus inéluctable de persécution millénaire,
à rebours des travaux historiographiques récents54, qui sortent de la vision de l’histoire
du judaïsme décrite comme « une vallée de pleurs »55.

52
Pour éclairer la complexité historique et géographique de la question, on rappellera que, après l’expulsion de
1394, il ne reste plus de juifs dans ce qui deviendra la France actuelle hormis à Avignon et dans le Comtat
Venaissin (sous juridiction du Saint-Siège), sur la côte Aquitaine (où l’on tolérera les « nouveaux chrétiens » fuyant
l’Inquisition dans la péninsule Ibérique à partir du milieu du XVIe siècle), en Lorraine (où les juifs seront autorisés à
résider à partir de 1567) et en Alsace (rattachée au royaume en 1648 par le traité de Westphalie).
53
Modification effectuée en 2001.
54
Cf. notamment les travaux fondamentaux de l’historien américain Salo Wittmayer Baron (1895-1966).
55
Pour reprendre le titre de La Vallée des pleurs. Chroniques des souffrances d’Israël depuis la dispersion jusqu’à
nos jours, ouvrage du médecin et historien avignonnais d’origine espagnole Joseph ha-Cohen (1496-vers 1575).

36
Renouveler le parcours permanent

D’autre part, la visite s’achève par la salle dévolue à la création de l’État d’Israël,
présentant peu de documents originaux et ne redonnant ni la perspective historique de
la création d’un foyer national juif dès le XIXe siècle, reconnu par la déclaration Balfour en
1917, ni la complexe dynamique du sionisme dans la première moitié du XXe siècle qui
débouchera sur le partage de la Palestine par l’ONU en 1947 et la déclaration
d’indépendance en 1948. Sans être explicitée, la création de l’État d’Israël apparaît
néanmoins comme une conclusion sans appel à l’histoire du judaïsme européen, ce qui est
pour le moins paradoxal et doit être entièrement repensé.

Stèles funéraires médiévales de la rue Pierre-Sarrazin, dépôt du musée national du Moyen Âge

Enfin, en termes de circulation, le parcours, de la salle d’introduction à la mezzanine


consacrée à la création de l’État d’Israël, est aujourd’hui un cul-de-sac qui impose un
retour en arrière des visiteurs pour regagner la sortie, l’issue originelle du parcours étant
condamnée par les salles d’expositions temporaires. Une redistribution des espaces
s’impose donc pour faciliter la visite.

Perspectives d’évolution dans la présentation du parcours permanent


Après dix-huit années de fonctionnement, il parait nécessaire de compléter une
présentation centrée sur les qualités esthétiques des œuvres, en intégrant des
dispositifs, audio-visuels notamment, redonnant le contexte historique et culturel de la
production et de l’usage de ces objets. En effet, l’expérience quotidienne, comme les
études de public, montre clairement que le musée est particulièrement apprécié par les
familiers du judaïsme, hébraïsants de préférence, mais qu’il reste difficile d’accès pour les
non-juifs et pour les juifs éloignés de la tradition religieuse56. Les partis pris
muséographiques du mahJ doivent clairement traduire sa vocation de musée destiné à
tous les publics. Il s’agit aussi de faciliter les accrochages temporaires permettant de
« faire vivre » la collection. De ce point de vue, on privilégiera une muséographie évolutive,
beaucoup plus modulable, de nature à faciliter un renouvellement fréquent et une
alternance des accrochages.

La progression chronologique doit être conservée, mais elle devrait être renforcée par
une première séquence sur le judaïsme européen dans l’Antiquité et au Premier Moyen

56
Cf. Hannah Gottesdiener et alii, « Freins et motivations à la visite du mahJ », Laboratoire culture et
communication, université d’Avignon, mai 2008.

37
Âge, difficile à réaliser en raison de la rareté des vestiges, mais indispensable à la
compréhension de la suite du parcours. En outre, l’évocation du judaïsme antique – au
programme de la classe de sixième –, aussi difficile soit-elle sur le plan patrimonial,
permettra de susciter des visites scolaires, premières occasions de contact avec le
musée. En plus de la présentation d’une rare lampe romaine (IVe siècle) déposée par le
musée d’art et d’histoire de Cognac, des demandes de dépôts seront faites au musée
d’Archéologie nationale (stèle de Peleger dite « stèle d’Auch », VIIe siècle), au musée de
Narbonne (stèle de Justus, Matrona et Dulciorella, VIIe siècle), et au musée du capitole à
Rome (nombreuses stèles juives des IIe et IIIe siècles), au musée Saint-Raymond à
Toulouse et à la bibliothèque Inguimbertine à Carpentras (deux plaques dédicatoires en
grec de la communauté juive de Bereniké, en Libye actuelle, datant du IIIe siècle) pour
mettre en perspective la présence juive en Gaule et dans l’Empire romain.
La suite du parcours, avec ses entrées géographique, chronologique et thématique
pourrait être conservée, en conservant une forte séquence italienne rendant justice à de
grands chefs-d’œuvre de la collection (arche sainte de Modène, 1472), ou à des documents
exceptionnels (scènes de la vie juive en Vénétie peintes par Marco Marcuola).

Salles du parcours permanent dans les combles

Les séquences thématiques dévolues aux fêtes de Pourim (fête des Sorts), de Hanoukkah
(fête des Lumières), de Rosh ha-Shanah (Nouvel An juif), de Yom Kippour (Grand Pardon),
de Shavou’ot (fête des Semaines), de Pessah (Pâque juive) et de Soukkot (fête des
Cabanes) doivent être éclairées par un corpus de documentaires ou d’extraits de films de
fiction permettant de visualiser les rituels dans leur déroulement, d’en mieux saisir le
sens et de contextualiser l’usage des objets présentés. La scénographie devra donc être
repensée et ménager des espaces ou des dispositifs ad hoc pour l’audio-visuel.
Toutefois, à espaces constants, la place accordée aux objets liturgiques et rituels devra
être minorée, pour permettre des développements plus importants sur des thèmes liés à
l’histoire économique, politique, sociale et culturelle des juifs. Il s’agit aussi d’atténuer la
perception du mahJ, telle que les études permettent de l’appréhender, comme un lieu
essentiellement consacré à l’histoire de la pratique religieuse, en décalage, dès sa
création, avec la réalité du projet qui vise à présenter les cultures du judaïsme dans leur
globalité, et les interactions des communautés juives avec les sociétés d’accueil.

38
Renouveler le parcours permanent

Les sections consacrées aux communautés avant 1791 devront être développées pour
rendre compte de la longue histoire du judaïsme français (thème que, parmi les musées
du judaïsme, seul traite le mahJ).
La section consacrée à l’Émancipation et à la construction des structures du franco-
judaïsme (réunion du Grand Sanhédrin en 1807, création des consistoires en 1808,
mouvement de construction des synagogues débutant avec l’inauguration de la grande
synagogue de Bordeaux en 181257) devra être renforcée, notamment pour mettre en
évidence l’exemplarité de ce processus d’intégration des juifs à la nation et les
institutions qui l’ont rendu possible. Par ailleurs, le parcours insistera sur l’israélitisme
français de 1791 à la Seconde Guerre mondiale, car l’évocation de ce phénomène social,
culturel et religieux particulier, est, en toute logique, une spécificité du mahJ, institution
sans équivalent pour la présentation et la transmission des caractères originaux du
judaïsme français.

Parcours-découverte « Libres et égaux » dans les salles consacrées au franco-judaïsme, juin 2015

Des thèmes comme le sionisme, la création de l’école Betsalel ou la mobilisation politique


massive des juifs d’Europe orientale au sein du Bund58, actuellement présentés dans des
vitrines peu documentées, devront être mieux explicités, car ils ne sont accessibles
qu’aux initiés. Par ailleurs, les espaces exigus dédiés à l’art du XXe siècle ne permettent
pas de mettre en valeur le fonds de peintures et de sculptures lié à l’Ecole de Paris. Les
discussions en cours avec les ayants droit des artistes à propos d’éventuels dons sont
complexes, car le musée ne peut se prévaloir d’aucune garantie d’exposition, notamment
pour les œuvres de grandes dimensions. Pourtant, la richesse de cet ensemble pourrait
faire du mahJ un lieu de références pour l’étude et la compréhension de cette part

57
Cf. le tableau de Jean-Lubin Vauzelle (1776-après 1837), Intérieur de la synagogue de Bordeaux avec son architecte
A Corcelles.
58
Union générale des travailleurs juifs de Lituanie, de Pologne et de Russie : mouvement socialiste juif créé dans
l’Empire russe à la fin du XIXe siècle.

39
essentielle de l’histoire de l’art moderne en France, et susciter davantage de dons et de
dépôts. L’enrichissement des collections concernant la création durant l’après-guerre,
des années 1950 aux années 1980, avec un espace spécifiquement consacré, a été
identifié comme l’autre axe majeur du développement de la séquence sur le XXe siècle.

Le musée manque actuellement d’une séquence pour évoquer cette période, et le riche
ensemble d’œuvres des années 1980 à aujourd’hui qu’il a constitué ne peut être relié à
aucun développement historique au sein du parcours.

Comme on l’a vu plus haut, l’achèvement du parcours actuel avec la section consacrée à
l’État d’Israël donne le sentiment que le judaïsme européen est un « monde disparu59 »,
dont l’Etat hébreu serait la finalité. Plutôt qu’une évocation du seul vote de l’ONU en 1947,
on s’efforcera de resituer la création du foyer national juif en Palestine dans un processus
complexe, remontant au XIXe siècle, marqué par des mouvements nombreux (Amants de
Sion, Sionisme révisionniste…), parfois conflictuels et scandé par des étapes mal connues
du public français. Dans cette dynamique, on cherchera à mettre en évidence le
développement spécifique du sionisme en France, dès après la guerre de 1914-1918.

Enfin, l’évocation du judaïsme dans la France de l’après Seconde Guerre mondiale et celle
de l’arrivée des juifs d’Afrique du Nord dans les années 1960 devront intégrer le parcours.
À cet égard, sans viser à l’exhaustivité, le parcours pourrait par exemple évoquer la
dynamique du colloque des intellectuels juifs de langue française, qui contribua à
renouveler en profondeur la pensée juive en France des années 1950 à 1980. Le parcours
devrait aussi mettre en exergue la difficile arrivée des juifs algériens après les accords
d’Évian. Il conviendra aussi de montrer le rôle accordé à la Shoah dans la mémoire juive
française ainsi que les interrogations suscitées chez les juifs de France par les attentats
antisémites des dernières décennies.

Enfin, l’inscription de la collection contemporaine dans le parcours permanent doit être


mise en œuvre comme une entité significative, et non plus uniquement sous forme
d’accrochages ponctuels marquant des respirations au sein du parcours historique. D’une
façon générale, le parcours doit permettre de réaliser des rotations ponctuelles qui
permettent de le « faire vivre ».

Salle « Présences juives dans l’art du XXe siècle » en 2016

59
Pour reprendre le titre de de l’ouvrage de Roman Vishniac, photographe mémorialiste du judaïsme d’Europe
centrale et orientale. Cf. Roman Vishniac, A Vanished World, New York, Farrar, Straus & Giroux, 1983.

40
Renouveler le parcours permanent

Évolutions envisagées

Proposer un nouveau mode de lecture de la collection


— rendre la visite du musée plus attrayante pour un large public ;
— faciliter la compréhension des contenus par les visiteurs non-initiés ;
— mettre en perspective les objets en les resituant dans les rituels ;
— faciliter l’accompagnement pédagogique de la visite ;
— faciliter la présentation des œuvres contemporaines.

Intégrer de nouveaux contenus


— une perspective historique de longue durée ;
— la singularité du modèle d’intégration français : de l’israélitisme au franco-
judaïsme ;
— le développement de l’antisémitisme à la fin du XIXe et au début du XXe siècle en
Métropole et au Maghreb ;
— la législation antisémite de Vichy ;
— la persécution et le sauvetage des juifs en France sous Vichy ;
— les communautés du Maghreb selon une approche historique ;
— l’histoire sociale du judaïsme en France : métiers, processus d’intégration,
mouvements politiques et associatifs…
— une géographie historique du judaïsme en France : quartiers, communautés…
— les mouvements intellectuels et artistiques de l’après Seconde Guerre mondiale ;
— les interrogations sur le présent.

Faire de l’architecture et de l’histoire de l’hôtel un élément du parcours


— restituer des vues sur le monument historique et donner des repères spatiaux ;
— créer une signalétique spécifique ;
— présenter des témoignages d’habitants.

Introduire des dispositifs nouveaux


— témoignages filmés produits par la fondation Pro mahJ, d’artistes, représentés
dans la collection, ou de témoins (Carole Benzaken, Pierrette Bloch, Claire
Maratier, Michel Nedjar, Cécile Reims, Max Wechsler, Yankel)60 ;
— archives audio-visuelles documentaires ou de fiction à acquérir auprès des ayants
droit ;
— histoire du musée ;
— évocation de la personnalité d’Isaac Strauss ;
— cartes et chronologies ;
— dispositifs multimédias ;
— espace de discussion pour les groupes ;
— nouvelle signalétique.

60
La fondation Pro mahJ a financé de 2013 à 2016 la production de sept entretiens filmés, accessibles sur le site
Internet du musée.

41
Calendrier prévisionnel de la refonte du parcours

Un appel d’offres publié en juin 2016 a permis de sélectionner un programmiste afin


d’explorer les redistributions d’espaces au sein de l’hôtel de Saint-Aignan, permettant un
réaménagement du parcours et l’augmentation des surfaces dévolues aux expositions
temporaires. Avec son concours, la refonte du parcours fera l’objet de la rédaction d’un
programme muséographique détaillé, fondement du cahier des charges d’un concours
d’architecture et de muséographie :

— juin 2016 : lancement de l’appel d’offres de programmiste par le mahJ ;


— juillet 2016 : réception des dossiers de candidature ;
— septembre 2016 : sélection des équipes retenues ;
— octobre 2016 : réception des offres ;
— novembre 2016 : choix d’une équipe ;
— janvier 2017 : début de la collaboration des programmistes avec les équipes du
musée ;
— mars-novembre 2017 : rédaction du programme ;
— novembre 2017 : rendu du programme ;
— décembre 2017 : relecture et finalisation ; définition d’un coût d’objectif et
finalisation du plan de financement (État, ville de Paris, institutions juives) ;
— mars 2018 : lancement de l’appel d’offres pour la pré-sélection de plusieurs
cabinets d’architecte ;
— mai 2018 : réception des dossiers de candidature ;
— septembre 2018 : sélection des équipes ;
— novembre 2018 : lancement d’un concours d’architecture et de muséographie ;
— février 2020 : réception des projets ;
— mai 2020 : sélection du projet lauréat ;
— septembre 2020 : avant-projet sommaire ;
— janvier 2021 : avant-projet détaillé ;
— février-avril 2021 : rédaction des documents de consultation des entreprises ;
— mai 2021 : consultation des entreprises ;
— juillet 2021 : sélection des entreprises ;
— juillet-août 2021 : rédaction des marchés d’entreprises et ordres de services ;
— septembre 2021 : début du chantier (quid d’une fermeture totale ou partielle ?) ;
— septembre 2021-juin 2022 : chantier ;
— octobre 2022-janvier 2023 : accrochage des œuvres ;
— avril 2023 : réouverture du parcours permanent.

Début 2018, un plan de financement sera construit sur la base des engagements des
différents partenaires pour permettre de présenter les demandes de financement en
2019.

42
Maintenir une active politique d’expositions temporaires

4 – Maintenir une active


politique d’expositions
temporaires

43
44
Maintenir une active politique d’expositions temporaires

4 – Maintenir une active politique d’expositions temporaires

Un champ immense
Les expositions sont un élément déterminant de la politique culturelle du mahJ et
contribuent à attirer plus des deux tiers de son public61. Depuis son ouverture, le musée a
organisé 104 expositions et accrochages (dont 78 à caractère historique, 72 relevant du
domaine français, 34 de celui de l’art contemporain et 20 expositions de photographie62).
Dans un musée de civilisation tel que le mahJ, dont le projet embrasse deux mille ans
d’histoire et une aire géographique immense, les expositions permettent notamment
d’aborder ou d’approfondir des thèmes sous-représentés dans le parcours permanent, de
faire découvrir des artistes, de faire connaître des mouvements artistiques ou
intellectuels, d’évoquer des phénomènes culturels ou des événements historiques, de
faire émerger les résonnances du judaïsme à travers le temps. Elles revêtent donc des
caractères très divers et sont tributaires de nombreux considérants : acquisitions,
travaux de recherche, co-productions et reprises, actualité d’un thème, accompagnement
du parcours d’un artiste…

Succès publics et missions du musée


Les succès les plus significatifs ont été les expositions de Beaux-Arts (« Chagall et la
Bible », « La splendeur des Camondo »…). Le public plébiscite également des thèmes relus
à travers la grille des apports du judaïsme aux « sociétés d’accueil » (« Rembrandt et la
Nouvelle Jérusalem », « De Superman au Chat du rabbin », « La valise mexicaine », « Les
mondes de Gotlib »…).

Dans l’exposition « Roman Vishniac. De Berlin à New York, 11920-1975 »

Avec des succès de fréquentation variables, mais une reconnaissance incontestable, le


mahJ a fait redécouvrir des artistes importants comme Friedl Dicker-Brandeis, Lore
Krüger, Helmar Lerski, Maryan, Felix Nussbaum, Charlotte Salomon, Bruno Schulz, Lasar
Segall ou Arnold Schönberg, qui ont en commun d’avoir vu leur vie et leur œuvre
profondément affectées par le destin des juifs au XXe siècle.

61
L’origine du public des expositions varie selon leur thème, mais il s’agit le plus souvent d’un public de proximité,
constitué de 70 à 90 % de Français (en incluant le billet jumelé) : « La valise… » 76 %, « Maryan » 91 %, « Gotlib »
91 % ; « Vishniac » 79 %, « Magie » 72 %.
62
Cf. liste des expositions de novembre 1998 à décembre 2016 (en annexe). Certaines expositions relevant
de plusieurs domaines, la somme de ces catégories est supérieure au total des expositions.

45
En revanche, les expositions consacrées à l’histoire et à la culture de communautés
spécifiques, dont le projet entre pleinement dans les missions du musée, n’attirent qu’un
public restreint. Cela n’implique pas que le musée doive y renoncer, mais incite à en
pondérer la programmation, en fonction notamment de travaux de recherche ou de
restauration permettant de donner des éclairages nouveaux sur des domaines déjà
connus (cf. notamment les expositions « Trésors du ghetto de Venise »63 et « Héritage
inespéré. Objets trouvés au cœur des synagogues »64).

Les espaces d’exposition


L’importance prise par les expositions a induit une extension progressive des espaces qui
leur sont dévolus. En 1998, les expositions temporaires occupaient uniquement les salles
d’exposition du rez-de-chaussée sur 191 m2 et celles du foyer de l’auditorium sur 158 m2.
Le programme muséologique du musée tablait sur l’attrait du parcours permanent pour
susciter un renouvellement de la fréquentation. Celle-ci se tassant, les expositions se
sont étendues à la mezzanine de 36 m2 et aux salles du premier étage, sur 191 m2, pour
totaliser 418 m². Cette surface65 est aujourd’hui insuffisante.

Montage de l’exposition « Les mondes de Gotlib » par l’équipe du mahJ

Par ailleurs, le foyer de l’auditorium convient à l’accrochage d’œuvres graphiques et


photographiques et permet également la présentation des acquisitions et d’expositions-
dossier. Son usage doit être systématisé, d’autant que sa vacuité donne un sentiment
d’abandon, nuisible à l’image du musée et de l’auditorium auquel il donne accès. À cet
égard, la fréquentation de l’exposition des estampes de guerre d’Abel Pann66 ou de la
donation de l’artiste Michel Nedjar67 démontre l’intérêt d’un tel espace pour montrer des
œuvres parfois méconnues dont la présentation entre pleinement dans les missions du
mahJ. Il n’est pas non plus exclu d’en faire un espace dédié régulièrement à la
présentation de récits graphiques (bandes dessinées), ce qui serait unique sur Paris68.

63
Présentée en 2015 au mahJ en partenariat avec Venitian Heritage et la communauté juive de Venise, avec la
collaboration du Museo Ebraico.
64
Présentée de novembre 2016 à février 2017 au palais Rohan à Strasbourg.
65
Surface de l’exposition « Magie. Anges et démons dans la tradition juive », par exemple.
66
Exposition présentée du 29 avril au 30 novembre 2014.
67
Exposition présentée en 2016 et intitulée « Michel Nedjar. Présences ».
68
Cf. l’exposition « Ô vous, frères humains. Luz dessine Albert Cohen », présentée de décembre 2016 à mai 2017.

46
Maintenir une active politique d’expositions temporaires

Les écuries permettent l’exposition d’œuvres contemporaines peu sensibles aux


changements de température et d’hygrométrie. Elles sont bien adaptées aux installations
vidéo, comme en a notamment témoigné la présentation d’Abraham Abraham Sarah
Sarah de Nira Pereg69. La salle doit devenir un lieu régulièrement dévolu à l’art
contemporain, de manière à développer la présentation d’artistes vivants et à inscrire le
musée dans le circuit de l’art contemporain, particulièrement actif dans le Marais.

La chambre du duc, au premier étage du parcours permanent, est habituellement utilisée


pour la présentation d’une œuvre contemporaine70, permettant le plus souvent
d’évoquer un élément important du judaïsme et d’asseoir un discours pédagogique lors
des ateliers et visites. Le renouvellement régulier de l’accrochage contribue à ranimer
l’intérêt d’un public de proximité familier des salles du musée.

Le cabinet graphique71 est consacré à des accrochages temporaires de la collection


photographique. Il devrait être reconverti en salle audio-visuelle permettant de montrer
des œuvres et des documents éclairant les thèmes du parcours permanent et offrant une
« pause » aux visiteurs.

Le financement des expositions


L’expertise du musée lui permet de réaliser des expositions remarquées dans des
budgets particulièrement tenus. Toutefois, l’érosion des financements publics et la
hausse des coûts de transport et d’assurance ont fortement réduit la marge de
manœuvre du mahJ. Hormis quelques reprises d’expositions photographiques, leur coût
s’établit entre 300 000 et 600 000 € et implique un relèvement des financements
publics et des soutiens renforcés des fondations actives dans le champ du judaïsme
(Fondation pour la mémoire de la Shoah, Fondation du Judaïsme français, Fondation
Rothschild – Institut Alain de Rothschild…). Au demeurant, ces montants ne permettent
pas l’organisation ou la reprise d’expositions conçues par le Jewish Museum de New York
ou le Jüdisches Museum de Berlin, qui bénéficient de budgets beaucoup plus importants
que le mahJ.

L’exposition ouvre dans quelques heures.

69
Œuvre présentée du 21 octobre 2014 au 25 janvier 2015.
70
L’Erouv de Jérusalem (1996) de Sophie Calle permet notamment d’évoquer le shabbat et les interdits afférents ;
Poupées Pourim (2005) de Michel Nedjar, permet d’évoquer la fête des Sorts.
71
Le cabinet graphique est situé dans les combles, au niveau de la section consacrée au judaïsme maghrébin.

47
Les projets d’expositions et la programmation
Le programme privilégie des thèmes inédits, liés à l’histoire et à l’art du judaïsme. Les
projets doivent intéresser et attirer un large public, bien au-delà des cercles de visiteurs
manifestant a priori un intérêt marqué pour les mondes juifs. Cela exige un travail de
programmation particulièrement sélectif qui conduit à rejeter de nombreuses
propositions trop spécifiques. D’une façon générale, les projets qui concernent la vie des
communautés juives ont plutôt vocation à s’inscrire comme des expositions-dossier dans
le parcours permanent ou dans le foyer, tandis que des thèmes plus fédérateurs trouvent
leur place dans les espaces du corps de logis.

Par ailleurs, une répartition implicite des tâches avec le Mémorial de la Shoah incite à
éviter les thèmes étroitement liés à la destruction des juifs d’Europe, sans s’interdire de
les aborder lorsqu’ils sont une composante d’un sujet plus large ou qu’ils ont une
traduction strictement artistique que le mahJ peut mettre en évidence de manière
privilégiée72.

Co-productions, reprises et circulation des expositions


Le mahJ souhaite faire circuler les expositions qu’il conçoit et produit, tant pour en
démultiplier l’audience et l’impact culturel que pour susciter des ressources propres.
Depuis 1998, 18 expositions ont ainsi été reprises dans 29 villes à l’étranger73 et en
France74. Symétriquement, le musée étudie la possibilité de reprendre les expositions
proposées par les autres musées du judaïsme à l’étranger. Mais les thèmes abordés, la
spécificité des musées du judaïsme et leurs contraintes propres rendent les co-
productions et les reprises plus difficiles que dans le champ des musées de Beaux-Arts.

Affiche de l’exposition « De Superman au chat du Rabbin » reprise au Jüdisches Museum à Berlin en 2010
.

72
Cf. l’exposition « Felix Nussbaum, 1904-1944 » ou les dessins réalisés par Boris Taslitzky à Buchenwald, présentés
en 2006 dans l’exposition « Buchenwald. L’arme du dessin ».
73
Amsterdam, Berlin, Boston, Bruxelles, Francfort, Fürth, Lausanne, Le Cap, Melbourne, Moscou, New York, San
Francisco, Sao Paulo, Vilnius (en annexe).
74
Antibes, Brunoy, Chambéry, Garges-lès-Gonesse, Le Raincy, Les Milles, Mantes-la-Jolie, Metz, Montpellier,
Montreuil, Nancy, Nice, Paris, Saint-Brieuc, Rouen, Troyes (en annexe).

48
Développer l’offre culturelle et éducative

5 – Développer l’offre culturelle


et éducative

49
5 – Développer l’offre culturelle et éducative

La politique éducative

Créé dès l’ouverture du musée au public, en 1998, le service éducatif mène une politique
active en direction du monde scolaire, en particulier des élèves du primaire et du
secondaire, mais aussi des enseignants. Sa mission première est de présenter l’histoire et
les cultures du judaïsme aux élèves, de la maternelle au lycée, dans leur interaction avec
les cultures environnantes (christianisme, islam…). En ce sens, le dialogue interculturel a
été placé au centre des démarches engagées en direction de publics très divers. Par le
biais de l’art et de l’histoire, l’action pédagogique du mahJ apporte des éléments de
compréhension du monde contemporain tout en favorisant la créativité des élèves. Cette
action est étroitement liée à l’approche proposée, qui met l’accent sur les productions
définies sous le terme d’« art juif ».

Une quarantaine d’activités différentes (visites guidées, parcours-atelier et parcours-


découverte) consacrées au calendrier juif, aux rites, à l’histoire de la diaspora, aux récits
et figures bibliques, à l’alphabet hébraïque, aux juifs en France de la période médiévale à
l’affaire Dreyfus, aux faits religieux ou aux stéréotypes sont proposées avec le souci
constant de valorisation de la collection.

Écoute, observation et pratique du dessin dans le parcours avant de rejoindre l’atelier

Sont privilégiées des méthodes originales de sensibilisation à des thèmes complexes,


passant par la création plastique, le jeu de rôle, la théâtralisation.

Les liens avec le Mémorial de la Shoah, l’Institut du monde arabe, le musée national de
l’histoire de l’Immigration, le Louvre, le musée national du Moyen Âge ou les Archives
nationales permettent de prolonger l’expérience des élèves dans d’autres
établissements.

Dans le prolongement du rapport Debray75, le mahJ s’est associé à l’approche laïque de


l’enseignement des faits religieux à l’école dès les années 2000 dans le cadre de

75
Régis Debray, « L’enseignement du fait religieux dans l’École laïque », rapport au ministre de l’Éducation nationale,
février 2002.

50
Développer l’offre culturelle et éducative

formations pour enseignants. Cette démarche a été relancée par la politique d’éducation
artistique et culturelle promue par les ministères de la Culture et de l’Éducation en 2008.

Le service éducatif reçoit environ cinq cent groupes scolaires, du primaire et du


secondaire par an, soit environ 12 500 élèves76. Trois-quarts viennent de l’école publique
et le quart du privé, majoritairement juif, mais aussi de l’enseignement catholique.

La résurgence de l’’antisémitisme sous toutes ses formes rend particulièrement


nécessaire le développement d’activités permettant une meilleure connaissance du
judaïsme par tous les publics, et la formation des enseignants pour leur permettre de
lutter contre les préjugés et les discriminations.

Axes prioritaires
— améliorer la mise en valeur des ressources en ligne (dossiers pédagogiques…)
permettant de saisir la profondeur du lien des juifs à l’histoire européenne et à
celle du Bassin méditerranéen ;
— renforcer l’usage des nouvelles technologies : informatique, Internet, réseaux
sociaux ;
— développer des projets pédagogiques engageant les écoles sur l’année ;
— élargir le public scolaire grâce à des conférences et des projections à l’auditorium
sur des thèmes variés d’histoire de l’art, de philosophie, de littérature ou de
cinéma ;
— créer des promenades littéraires sur les écrivains juifs étudiés dans les
programmes scolaires ;
— multiplier les formations destinées aux enseignants sur des thèmes liés à
l’actualité ;
— renforcer l’offre de formation permettant aux enseignants de répondre aux
remarques antisémites entendues en classe ;
— produire des expositions documentaires légères pour les établissements
d’enseignement, les bibliothèques, les médiathèques, etc.77

Des élèves du lycée Léonard-de-Vinci à Saint-Germain-en-Laye échangent avec Philippe Claudel, 2015.

76
Toutefois, le plan Vigipirate a eu un impact très négatif sur les fréquentations scolaires en 2015 et 2016.
77
Le mahJ a produit et diffusé les expositions itinérantes suivantes depuis 1998 : « Klezmer, klezmorim, a yiddisher
tam, a yiddisher tempo », « Écriture hébraïque », « Affaire Dreyfus », « Artisans et paysans du Yiddishland – 1921-
1938 ».

51
La médiation

La médiation concerne l’ensemble des dispositifs tournés vers le public. Il s’agit de


supports et d’interventions qui complètent la mise en espace des objets et permettent
une meilleure compréhension des œuvres.

La médiation en salle
Les textes en salle, dont la présence était massive à l’ouverture du musée, ont été
progressivement allégés, sans être radicalement modifiés.

Un audio-guide gratuit est proposé depuis 1999 en cinq langues : français, anglais,
espagnol, allemand, hébreu78 ; des boucles magnétiques permettent aux malentendants
de l’utiliser. Le parc a été renouvelé en 2014.

Pour les familles, un livret de visite79 de la collection permanente est disponible


gratuitement sur le site Internet et en billetterie. Des livrets-jeux ou des cartels et des
jeux en salle destinés au jeune public ont été conçus pour faciliter la visite des
expositions temporaires80.

La médiation humaine
Les programmes éducatifs et culturels pour le public individuel ont été mis en place dès
1998, d’abord pour les adultes et les jeunes, puis pour les familles. Ces activités sont
payantes81 et sur réservation.

Visite guidée autour de la fête de Hanoucca

78
L’audioguide est utilisé par 70 % des visiteurs du parcours permanent (ratio établi par rapport aux billets
payants).
79
Livret conçu avec Hana Gottesdiener pour tenir compte de l’enquête menée sous sa direction en 2007.
80
Livrets proposés gratuitement lors des expositions « Magie. Anges et démons dans la tradition juive », « Moïse.
Figures d’un prophète ».
81
Hormis les visites organisées le samedi après-midi depuis septembre 2016, accessibles avec le seul billet du
parcours permanent.

52
Développer l’offre culturelle et éducative

Les activités pour le public adulte individuel


Différents programmes sont destinés au public adulte individuel : visites-conférences
thématiques de la collection permanente82, visites-conférences des expositions
temporaires, parcours croisés permettant d’explorer un thème particulier et de visiter
d’autres musées parisiens83, promenades hors les murs84, ateliers de création85.
Afin de s’adresser au public anglophone en période estivale, des visites générales
hebdomadaires en anglais ont été mises en place en 2015.

Les activités pour le public adulte en groupes


Les programmes proposés sur réservation aux groupes adultes incluent l’ensemble des
activités pour le public individuel. Trois propositions recueillent l’intérêt des associations :
la visite générale de la collection, la promenade hors les murs « Le Marais juif » et les
visites des expositions temporaires. Des activités adaptées au public en situation de
handicap ont été mises en place en 2005. Une formation de relais du champ social86 sur la
collection est proposée depuis 2012.

Les activités pour le jeune public individuel


Les programmes destinés aux enfants sont des ateliers se déroulant dans les salles
polyvalentes du musée et divisés selon deux tranches d’âge : les 4-7 ans et les 8-12 ans.
L’activité des ateliers est toujours associée à une visite dans les salles du musée.
Initialement programmés les mercredis, dimanches et pendant les vacances, les ateliers
ont progressivement été réservés aux vacances scolaires et à certains dimanches matins.

Les activités pour le public en famille


Pour les familles (enfants accompagnés d’adultes), plusieurs activités ont été créées : des
visites guidées87 et des ateliers culinaires88. Ces propositions ont connu un tel succès
qu’elles ont été déclinées pour la plupart des grandes fêtes juives89.

Chantiers à conduire
— faire évoluer l’audio-guide en fonction de la refonte du parcours permanent ;
— créer avec l’audio-guide des parcours adaptés aux différentes catégories de public
(étranger, jeune public, adolescents, public en situation de handicap visuel) ;
— rendre le contenu de l’audio-guide accessible en ligne pour favoriser la préparation
préalable de la visite ;
— renforcer les actions de médiation à destination du public anglophone (visites en
anglais du Marais juif ; traduction en anglais du livret de visite en famille) ;
— développer l’offre de visites-conférences en différentes langues étrangères pour
les groupes ;
— renouveler les visites-conférences thématiques portant sur le parcours
permanent ;
— développer les contacts associatifs pour encourager la réservation de visites-
conférences ;
— élargir les partenariats avec d’autres institutions afin d’ancrer le mahJ dans un
circuit de musées de Beaux-Arts parisiens (visites croisées pour adultes ; ateliers
croisés pour enfants et familles) ;
— renforcer les actions de médiation à destination du jeune public et du public en
famille (signalétique pour enfants dans le parcours permanent ; espace consacré

82
À partir de 2003, la programmation se distingue par des visites thématiques, les visites générales et les
promenades contées ne trouvant plus leur public.
83
Musées du Louvre, de Cluny, Carnavalet…
84
À partir de 2004, des promenades hors les murs (« Le Marais juif », « Découvrir une synagogue »…) sont
proposées avec un succès qui perdure. Cependant, les programmes les plus appréciés sont les visites des
expositions temporaires.
85
Citons « De bouche à oreille », « Trésors de textile » ou « Cuisine juive italienne ».
86
Par « public du champ social », on désigne le public éloigné de la culture auquel les musées s’adressent par le biais
de relais associatifs.
87
« Héros amoureux », « Les mystères de l’hôtel de Saint-Aignan », etc.
88
« Délices de shabbat », « Cuisines de diaspora », etc.
89
« Délices de Pourim », « Délices de Pessah », « Délices de Shavouot ».

53
au jeune public pourvu d’outils de médiation à utiliser de façon autonome90 ;
développement des ateliers en famille sur l’histoire de l’art) ;
— enrichir les ressources en ligne pour le public individuel et développer l’usage
interactif du site Internet.

Un samedi après-midi, dans le cadre des activités pour les familles

90
Cf. le parcours enfants et l’espace pédagogique de l’exposition « Les mondes de Gotlib ». On notera que les
propositions destinées aux plus jeunes sont souvent utilisées par les non-initiés car réputées ludiques et
pédagogiques, donc accessibles à tous.

54
Développer l’offre culturelle et éducative

L’auditorium et sa programmation

À peine évoqué dans le programme muséologique de 1991, l’auditorium, édifié sous la cour
d’honneur, constitue un dispositif essentiel dans l’activité scientifique et culturelle du
mahJ. Cette remarquable salle, à l’architecture contemporaine, est dotée d’un
équipement de projection cinéma et vidéo numériques91, ainsi que de cabines de
traduction simultanée. Sa jauge – 198 places – est relativement importante par rapport à
la dimension du musée et contribue de façon importante à la dynamique du mahJ.
L’auditorium permet d’organiser colloques scientifiques, conférences, débats, rencontres,
lectures, projections, concerts, ciné-concerts ou spectacles « jeune public », pour rendre
compte de la diversité des cultures du judaïsme, notamment dans des domaines que le
parcours permanent ne traite pas ou ne peut qu’ébaucher. Les programmes abordent
ainsi l’histoire et les sciences humaines, la littérature, les arts visuels, la musique
(classique, klezmer, judéo-espagnole, yiddish, jazz…), la création cinématographique et
télévisuelle, et des questions de société. Ils sont conçus autour des expositions ou selon
des axes autonomes, souvent liés à l’actualité.

Les aventures de Moyshè Pipik, conte pour enfants de Muriel Bloch, 2013

Au fil des ans, des rendez-vous se sont installés, comme le cycle « Mémoire familiale », et
des spectacles créés au mahJ ont été repris dans d’autres salles comme Le Pianiste de
Szpilman lu par Robin Renucci, Kaddish de Ginsberg lu par Arthur Nauzyciel, ou Yiddish
Melodies, spectacle musical d’Eric Slabiak. Par ailleurs, Akadem92 capte et diffuse en vidéo
une large part des colloques et des conférences, qui représentent près de la moitié de
ses programmes en ligne.

De novembre 1998 à juin 2016, l’auditorium a proposé près de 660 manifestations,


totalisant plus de 1 580 séances : 226 rencontres, 26 colloques, 36 tables rondes et
journées d’études, 18 cycles de conférences, 10 « portraits de villes », 100 lectures, 43
programmes « jeune public », 43 cycles de cinéma, 140 concerts. Plus de 3 000 artistes,
écrivains, journalistes, historiens, musiciens… y sont intervenus et la salle est devenue un

91
Le projecteur vidéo a été remplacé par un projecteur numérique 2K en 2016, permettant une programmation
cinéma dans d’excellentes conditions.
92
Campus numérique soutenu par le Fonds social juif unifié et la Fondation pour la mémoire de la Shoah.

55
« passage obligé » pour les écrivains et les chercheurs en sciences humaines dont les
ouvrages ont un lien avec le judaïsme.

L’auditorium accompagne de façon privilégiée les expositions en proposant des


programmes culturels très divers, qui contribuent à leur succès et au renouvellement du
public.

Il contribue à inscrire le musée dans la vie culturelle parisienne, en participant,


notamment, à de nombreuses manifestations nationales (fête de la Musique, Journées
européennes de la culture et du patrimoine juifs…) ou spécifiques à la Ville de Paris (Nuit
blanche). Il permet d’ouvrir le mahJ à des réseaux attirant un public élargi (cinéphile,
théâtral, littéraire, musical, universitaire…). Il est aussi un atout pour la fidélisation d’un
public d’abonnés et contribue fortement à sa visibilité et à son attractivité auprès d’un
public de proximité. En 2015, l’auditorium a attiré 12 007 auditeurs à 91 manifestations
publiques (soit 13 % de la fréquentation du musée).

Ciné-concert Le Golem de Paul Wegener et Carl Boese, mis en musique par NLF3, 2017

56
Développer l’offre culturelle et éducative

Objectifs
— maintenir une programmation large et ouverte, accompagnant les expositions et
témoignant de la diversité des cultures du judaïsme ;
— renforcer le lien avec l’université et la recherche dans le champ des études juives ;
— renforcer les programmes d’histoire de l’art ;
— éditer et mettre en ligne les archives textuelles de la programmation (notes de
programme, textes des conférenciers notamment) et les archives audio-visuelles,
conservées à la médiathèque ou captées par Akadem ;
— développer la publication des concerts avec des éditeurs musicaux ;
— élargir et renouveler le public de la salle en :
- développant l’offre en direction du jeune public ;
- développant des séances diurnes pour un public scolaire et universitaire,
permettant d’élargir l’offre de conférences dans le parcours permanent ;
- multipliant les collaborations avec d’autres institutions ;
- renforçant les complémentarités avec la librairie du musée.

Rencontre autour de David Foenkinos à l’occasion de la parution de Charlotte, 2014

57
La médiathèque et ses activités

L’ambition originelle d’un centre de documentation, développée dans le Programme


muséologique de 199193, s’est concrétisée par l’ouverture en 1998, à mi-chemin du
parcours permanent, d’une belle médiathèque de 28 places offrant aujourd’hui en libre
accès 23 000 ouvrages et 3 000 documents audio-visuels, ce qui en fait un lieu
d’information et un centre de ressources sur l’art juif sans équivalent en Europe pour les
chercheurs et les amateurs.

Constitution des fonds


La politique d’acquisition met l’accent sur l’art juif traditionnel (art cultuel, manuscrits,
synagogues, art funéraire), sur l’art juif dans la modernité (artistes, mouvements, dans
tous les champs artistiques : musique, littérature, spectacle vivant, cinéma, etc.), et sur
les questions d’iconographie et de représentation. Parallèlement, s’est développé un
fonds sur le judaïsme, sur l’histoire générale des juifs et sur celle des communautés.

Aux 2 000 documents du musée d’Art juif (monographies, périodiques et dossiers


d’artistes), se sont ajoutés un dépôt de la bibliothèque du Séminaire israélite de France
et de très nombreux dons, parmi lesquels ceux de Théo Klein, Jacques Dars (exécuteur
testamentaire de Martin Flinker), Devi et Ada Tuszinski, le fonds de la librairie Hebraica-
Judaica, Bernard Lieberman, ou Maryse Sitbon (bibliothèque de Richard Ayoun).
La médiathèque s’enrichit d’environ 700 numéros par an.

Archives, ensembles documentaires et presse


En plus du fonds de la bibliothèque, la médiathèque conserve 40 fonds d’archives
d’artistes et d’institutions liés à l’art, 3 000 dossiers d’artistes, 2 000 dossiers
thématiques, parmi lesquels un grand nombre de dossiers d’histoire locale des juifs de
France, plus de 50 collections historiques de journaux juifs français allant du début du
XIXe siècle aux années courantes, ainsi que de journaux juifs européens, et notamment
des titres sionistes ou dédiés à la littérature et aux idées. Elle est abonnée à une
trentaine de revues juives, académiques, communautaires ou liées à des groupes
culturels ou linguistiques.

93
Cf. Isabelle Pleskoff-Bargues, « Le centre de documentation », dans Laurence Sigal-Klagsbald, Programme
muséologique du mahJ, juillet 1991, p. 49 à 58.

58
Développer l’offre culturelle et éducative

Activités
La médiathèque a conçu plusieurs expositions-dossier présentées en salle de lecture94.
En écho aux expositions présentées dans le musée, la bibliothèque présente des
documents rares. Des visites thématiques des collections sont organisées à partir des
ressources de la bibliothèque. Plusieurs ateliers d’écriture autour d’auteurs juifs sont
proposés chaque année (16 séances pour trois groupes ainsi que deux stages
thématiques). La médiathèque accueille le cercle de généalogie juive pour des rencontres
mensuelles. Un programme intitulé « Livres vivants » propose des rencontres mensuelles
avec une personnalité venant présenter son parcours singulier dans le judaïsme. Depuis
2014, des leçons philosophiques régulières ont également été organisées.

Publics
La médiathèque reçoit environ 2 500 visiteurs par an. Parmi ceux-ci, 400 à 500
chercheurs fréquentent la médiathèque avec un propos précis. Les recherches les plus
fréquentes concernent les artistes juifs, l’histoire des juifs de France, celles d’autres
communautés de la diaspora, la généalogie et l’onomastique. Toutefois, on constate une
faible disponibilité du public du parcours permanent pour un fonds documentaire
spécialisé. Sans remettre en cause le libre accès à la salle pour tous les publics, le
développement de la médiathèque comme outil de recherche, et son inscription dans les
réseaux universitaires sont des enjeux essentiels, corrélés à une meilleure implication du
musée dans le champ de la recherche en sciences humaines.

Actions à mettre en œuvre


— faire connaître la médiathèque auprès des départements spécialisés dans les
universités (cinéma, hébreu, études juives…) et du public en général ;
— élaborer un inventaire analytique des archives du musée d’Art juif ;
— développer le fonds dans les domaines des synagogues, de l’art des manuscrits
hébraïques, des avant-gardes artistiques juives européennes du début du XXe
siècle ;
— constituer ou compléter des ensembles de contributions de critiques d’art
spécialisés et ayant vécu en France tels que Chil Aronson, Ernst Namenyi, Edouard
Roditi…
— solliciter des dons d’archives auprès des descendants d’artistes ;

94
« Journaux d’enfants dans le camp de Terezin », 2000 ; « Klezmer et Klezmorim, a yiddisher tam, a yiddisher
tempo », 2000. Isabelle Pleskoff, responsable de la médiathèque, a en outre assuré le commissariat de trois
expositions présentées dans le foyer de l’auditorium : « Hommage à Martin et Karl Flinker », 2002 ; « Sofer,
scribe », 2005 ; « Gustave Kahn, écrivain symboliste et critique d’art », 2007.

59
— poursuivre la constitution de dossiers d’artiste ;
— publier, sur la base de données Rachel95, les dossiers d’artistes (près de 3 000
notices) ;
— développer les publics, notamment avec l’appui des enseignants prescripteurs de
travaux universitaires ;
— créer une page d’actualité sur le site et une lettre d’information, propre à la
médiathèque, à destination des enseignants, des chercheurs et des visiteurs
réguliers de la médiathèque ;
— rationaliser le mobilier pour permettre l’augmentation du fonds.

95
Catalogue informatisé consultable en ligne, commun aux bibliothèques de l’Alliance israélite universelle, du
Séminaire israélite de France, de la Maison de la Culture yiddish, du Centre européen des musiques juives et du
mahJ.

60
Développer l’offre culturelle et éducative

La vidéothèque

En 1991, le mahJ a hérité de la collection de plus de 200 films constituée par l’Institut de
la mémoire audio-visuelle juive de Paris. La vidéothèque a également reçu en 2005 un
fonds de copies VHS de l’émission « La Source de vie » couvrant les années 1985-2005.

Régulièrement enrichi par des acquisitions, le fonds compte aujourd’hui plus de


2 000 VHS et DVD, dont environ 1 000 documentaires, 400 films de fiction, 400
enregistrements de « La source de vie », 400 captations d’événements du mahJ, une
vingtaine de films d’animation et une quinzaine de films expérimentaux. Le cinéma yiddish
et les documents du Yiddishland sont couverts par environ 70 titres et le cinéma
israélien, par 300 titres.

Actions à mettre en œuvre


— valoriser des collections par des projections publiques ;
— développer les fonds : cinéma d’Israël, films cédés par les réalisateurs, films rares
ou inédits, documents d’archives ;
— numériser les fonds libres de droits pour les rendre accessibles en ligne, sous
forme d’extraits ou en totalité, en liaison avec l’Institut national de l’audiovisuel.

61
La politique éditoriale

Bien que non formulée explicitement dans le projet du mahJ96, la nécessité d’une
politique éditoriale s’est imposée très tôt pour offrir au public un guide des collections et
pour prolonger les expositions de catalogues ou de publications d’accompagnement.

En 1998, des guides des collections en français et en anglais ont été publiés ainsi qu’un
numéro hors-série du mensuel Connaissance des arts consacré au mahJ ; ils sont
aujourd’hui épuisés. Depuis cette date, 30 catalogues d’exposition ont été publiés avec
des éditeurs spécialisés (Adam Biro, Archibooks, Cercle d’art, Dargaud, Denoël,
Flammarion, Herscher, IMEC, Klincksieck, Lienart, Panama, Prestel, Réunion des musées
nationaux, Skira-Flammarion et Somogy) ou des musées (Beth Hatefutsoth, Tel-Aviv ;
Historial de la Grande Guerre, Péronne). Des coéditions ont également été réalisées avec
des magazines ; Télérama pour l’album de deux expositions (La Valise mexicaine, 2013 ;
Lore Krüger, 2016) ainsi que Connaissance des arts pour un hors-série consacré au musée
paru en 2016. Leurs ventes sont tributaires du succès de l’exposition ; lors des plus
fréquentées, les recettes ainsi suscitées ont représenté une ressource importante pour
le musée97. Le mahJ a publié sans coéditeur 23 ouvrages98, ainsi que des documents plus
modestes qui accompagnent des expositions sans catalogue ou certains accrochages
d’œuvres contemporaines – comme ceux des artistes ayant reçu le prix Maratier –, mais
également des albums ou petits journaux d’exposition99. Trois colloques ont fait l’objet de
coédition des actes (L’Archéologie du judaïsme en France et en Europe100 ; Saint Louis et
les juifs101 ; Réflexions sur l’antisémitisme102). Enfin, les expositions récentes ont fait l’objet
de produits dérivés, avec des succès variables103.

Globalement, le développement raisonné des éditions est indispensable pour élargir


l’offre autour des collections, des expositions, des activités éducatives et des
programmes de l’auditorium, comme pour diversifier les produits proposés au public de
nature à susciter des recettes nouvelles. L’édition d’une revue du musée, souhaitable
dans son principe, doit être écartée en raison de son coût, de même que les catalogues
raisonnés qui ne trouvent pas leur public. Cette politique d’édition doit être poursuivie
avec un souci de rentabilité pour le musée, et de rigueur gestionnaire s’agissant des
produits non rentables par nature.

Projets

Tous publics
— numéro hors-série de Connaissance des arts sur le musée (achevé en mai 2016) ;
— guides en français et en anglais (à envisager après la refonte du parcours
permanent) ;
— beau livre sur la culture juive à travers les collections du mahJ (en coédition) ;
— produits dérivés sur les collections du musée (dans le cadre de la refonte de
l’identité visuelle) ;
— collections de produits dérivés pour les expositions (en fonction du thème
abordé) ;
— enregistrement sur CD de certains concerts, avec des éditeurs spécialisés104.

96
Le Programme muséologique de 1991 indique seulement que « le musée éditera un bulletin de liaison à l’intention
des membres de la société des Amis du musée. On étudiera la possibilité d’éditer une publication scientifique sur
l’art juif ».
97
« Felix Nussbaum » : 3 530 exemplaires (9 % des visiteurs). « Chagall et la Bible » : 3 539 catalogues (5 % des
visiteurs).
98
Cf. liste complète des publications en annexe.
99
2 554 exemplaires du petit journal de l’exposition « Les juifs dans l’Orientalisme », 4 585 exemplaires de l’album de
« La valise mexicaine », coédité avec Télérama (10 % des visiteurs), vendus pendant les expositions à la librairie du
mahJ.
100
La Découverte, 2011.
101
Éditions du Patrimoine, 2015.
102
Odile Jacob, 2016.
103
« Les mondes de Gotlib » et « Magie. Anges et démons dans la tradition juive ».
104
Le concert de Maurice El Médioni a fait l’objet d’une coédition en 2014 par Buda Musiques.

62
Développer l’offre culturelle et éducative

Jeune public
— ouvrages sur les collections pour les 3-6 ans et les 7-12 ans ;
— cahier d’activités pour les enfants ;
— fac-similés d’ouvrages anciens pour la jeunesse conservés dans les collections105.

Enseignants
— numéro sur le mahJ de Textes et documents pour la classe (publication du CNDP
à destination des enseignants) ;
— ressources en ligne.

Publics spécialisés
— actes des cycles de conférences et des colloques en collaboration avec des
éditeurs spécialisés.

Catalogues publiés par le mahJ

105
Had Gadya (« Un petit chevreau ») d’El Lissitzky, par exemple.

63
La librairie

Dès l’ouverture du mahJ, la librairie a tenu une place essentielle comme outil de diffusion
culturelle complétant la visite et la fréquentation de l’auditorium. Elle est située à un
emplacement stratégique, en fin de parcours des expositions, au-dessus de l’auditorium.
Parallèlement aux orientations bibliographiques, l’équipe de la librairie joue un rôle
important d’information du public.

Proposant plus de 5 000 titres, la librairie est devenue au fil des années un fonds de
référence sur l’art, l’histoire, la littérature, la philosophie et, plus globalement, les cultures
du judaïsme, complémentaire des librairies du Marais spécialisées dans l’étude. La
sélection d’ouvrages proposée aux visiteurs suit la programmation du musée
(expositions, auditorium, etc.) et l’actualité éditoriale. Depuis 2009, la librairie a
développé les rayons CD, DVD et Jeunesse qui totalisent plus de 1 000 titres (près de 300
références de CD et 300 DVD ; plus de 450 références jeunesse) et générant plus de
7,50 % de son chiffre d’affaires (CA). Elle propose, chaque année, des rencontres-
dédicaces et une grande braderie à l’occasion des Journées européennes de la culture et
du patrimoine juifs106.

Le rayon « littérature » dans la salle à manger du duc de Saint-Aignan

Les ventes sont très liées à la fréquentation des expositions ; elles peuvent atteindre
600 000 € les bonnes années107, contribuant fortement aux résultats du musée. Le panier
moyen est important (21,26 € en 2015) ; il se situe au premier rang des musées français (le
panier moyen des librairies-boutiques de musées français en 2012 se situait à 9,50 €)108 et
au-dessus du panier moyen des librairies générales109. En 2015, les ventes au mahJ
portaient sur 3 584 titres, démontrant la pertinence d’un vaste fonds. 78 % du CA
concernent les livres, 2,43 % les CD et 2,69 % les DVD. La papeterie représente 8,39 % du
CA et les objets 4,88 %.

106
Généralement le premier dimanche de septembre.
107
633 276 € en 2011, année de l’exposition « Chagall et la Bible ».
108
Cf. conférence de Guy Nordmann, le 31 janvier 2013, d’après une étude portant sur 130 librairies de musées.
109
Le panier moyen des librairies se situe en dessous de 18 €, Livres Hebdo, 30 janvier 2015.

64
Développer l’offre culturelle et éducative

Les objets ne constituent qu’une part marginale de l’activité, et les objets de qualité
créés par des artistes110 (judaica en particulier) intéressent peu le public qui leur préfère
des souvenirs bon marché111. À cet égard, il paraît pertinent de supprimer la vente de
souvenirs de qualité discutable en leur substituant un fonds d’ouvrages plus étendu,
complété d’une sélection de CD et DVD et en proposant des produits dérivés des
collections et des produits dérivés pour certaines expositions lorsque le sujet s’y prête,
édités par le musée (cf. supra le chapitre « Éditions »), avec un impératif de rentabilité.

Globalement, la librairie apporte des ressources importantes les bonnes années.


Toutefois, en intégrant les frais de personnel, elle ne trouve sa rentabilité que lors des
expositions à grand succès. Sa gestion doit donc rechercher une meilleure rentabilité par
un développement du CA et des économies adaptées, sans remettre en cause le précieux
outil de diffusion qu’elle constitue.

Pour améliorer la performance de la librairie, son emplacement doit être privilégié dans le
futur parcours du musée, ses espaces agrandis, son mobilier amélioré et sa signalétique
revue dans le cadre de la refonte de l’identité visuelle du musée.

Actions à mettre en œuvre


— développer l’offre en liaison avec l’auditorium ;
— élargir le fonds, notamment dans le domaine des publications jeunesse, CD et
DVD ;
— élargir l’offre de produits dérivés ;
— multiplier les rencontres-dédicaces avec des auteurs en lien avec l’auditorium ;
— moderniser et rationnaliser l’équipement et le mobilier de la librairie ;
— étudier le développement de la vente à distance en exploitant les évolutions
technologiques permettant une meilleure rentabilité de la librairie (téléphone,
Internet) ;
— conduire des études sur les attentes des visiteurs.

Jean Hatzfeld signe son ouvrage Englebert des collines à la librairie du mahJ en 2014.

110
« [...] le musée pourra jouer un rôle important pour la promotion d’un art cultuel contemporain en éditant
quelques objets d’artistes. [...] On peut penser à éditer une Haggadah, une megillah, une lampe de Hanouca, une
boîte à aromates et d’autres articles encore », Laurence Sigal-Klagsbald, Programme muséologique, 1991.
111
À l’occasion de l’exposition « Les mondes de Gotlib », le musée a édité des produits dérivés qui ont permis de
réaliser un chiffre d’affaires de 23 654 € HT.

65
Le musée en ligne

Le mahJ s’est doté d’un site Internet dès son ouverture en 1998 ; il n’a été régulièrement
mis à jour qu’à partir de 2006. En 2008, il a été refondu graphiquement. Il comptait
jusqu’en août 2016 sept rubriques principales (« Musée », « Collections », « Expositions »,
« Visites et ateliers », « Programmation culturelle », « Informations pratiques »,
« Professionnels »), trois espaces spécialisés (« Enseignants », « Presse », « Locations
d’espaces ») et 65 sous-rubriques, totalisant plus de 1 500 pages. Le site aborde l’histoire
du musée, donne accès à l’ensemble des collections d’œuvres et d’archives – sur des
bases de données associant textes et images –, à un historique des expositions depuis
l998, à des dossiers fournis sur les expositions en cours, à des notices sur les programmes
temporaires (auditorium, médiathèque…), aux vidéos des conférences à l’auditorium (en
partenariat avec Akadem), aux dossiers pédagogiques et à de nombreuses informations
pratiques. Le site a reçu 208 717 visiteurs uniques en 2015.

Le mahJ a mis en chantier en 2015 une refonte complète du site. En effet, le musée
souhaite disposer d’un outil à même de mieux répondre aux besoins des différentes
catégories de visiteurs pour préparer leur visite ou participer à une manifestation (visite-
conférence, atelier, séance à l’auditorium, etc.), mais aussi permettre un meilleur accès à
l’ensemble des œuvres et des manifestations proposées par le musée. De « vitrine » de
l’activité, le site doit progressivement devenir un véritable « musée en ligne », permettant
d’appréhender la collection permanente, de préparer la visite des expositions, de
consulter le programme des activités, mais également de réserver un billet. La
consultation du site doit permettre le retour approfondi sur les activités passées dont la
documentation constitue une ressource inédite et sans équivalent pour de nombreux
types de publics.

Le site a fait l’objet d’un travail de redéfinition des objectifs et de réflexion sur les besoins
et les usages des visiteurs. Il a été ouvert en phase de test le 8 novembre 2016. Une
nouvelle organisation des rubriques privilégie les attentes des primo-visiteurs, et prend
mieux en compte celles du public familier du musée comme des enseignants et des
élèves. Un moteur de recherche permet d’accéder à l’ensemble des données quelle que
soit la nature du contenu (texte, images, vidéos, etc.). Les archives de l’activité du musée
sont mieux mises en valeur. Le site sera doté d’une nouvelle technologie permettant un
enrichissement par l’ensemble de l’équipe du mahJ et une plus grande réactivité. Un
descriptif du parcours permanent riche de plus de 150 000 signes et de nombreuses
photos y a été intégré.

Objectifs du nouveau site

Visite virtuelle
— élargir la fréquentation du site Internet ;
— donner accès à des contenus plus nombreux et plus savants ;
— faciliter la consultation des programmes ;
— prolonger la durée de vie des manifestations temporaires ;
— faciliter l’adhésion ;

Visite physique
— développer le public du musée ;
— faciliter la visite et permettre au public de préparer sa visite ;
— développer les fichiers de prospects, d’adhérents, de donateurs ;
— encourager les dons ;
— promouvoir les locations d’espaces ;
— proposer la vente en ligne de billets.

66
Développer l’offre culturelle et éducative

67
Devant l’Hommage au capitaine Dreyfus de Tim (Louis Mitelberg dit, 1919-2002), dans la cour des écuries
Dépôt du Fonds national d’art contemporain

68
Attirer de nouveaux publics

6 – Attirer de nouveaux publics

69
6 – Attirer de nouveaux publics

La fréquentation depuis 1998

Particulièrement tributaire du succès des expositions temporaires, la fréquentation du


mahJ a varié de 107 000 visiteurs en 1999 (première année pleine), à 60 000 en 2003
(étiage de 1999 à 2016), pour remonter à 150 500 visiteurs en 2011 (« Chagall et la Bible »)
et se stabiliser à près de 123 000 visiteurs en 2014112. Enfin, les fréquentations des années
2015 (91 200 visiteurs) et 2016 ont été fortement affectées par l’impact des attentats en
Belgique et en France.

Si la fréquentation du mahJ se situe nettement en dessous de celle du Jüdisches


Museum de Berlin (719 000 visiteurs en 2012) – un cas exceptionnel tant en raison de
l’histoire allemande que de l’attractivité exceptionnelle du bâtiment conçu par Daniel
Libeskind –, elle est comparable à celle du Joods Historisch Museum d’Amsterdam
(132 000 visiteurs en 2014), ou du Jüdisches Museum de Vienne (115 000) et très
supérieure à celle du Museo Ebraico de Venise (68 000), du Danisk Jodisk Museum de
Copenhague (34 000) ou du musée juif de Belgique à Bruxelles (17 000).
À Paris, la fréquentation du mahJ se rapproche de celles du musée national de l’histoire
de l’Immigration113, du musée de la Vie romantique ou de la Maison européenne de la
Photographie114.

Évolution de la fréquentation du mahJ depuis son ouverture

Le public du parcours permanent


Passé l’effet de nouveauté lié à l’ouverture en 1998, la fréquentation du parcours
permanent s’est stabilisée autour de 45 000 visiteurs par an. Ce public est
majoritairement féminin (62 %) et son âge moyen – 40 ans115 – est inférieur à celui des
expositions temporaires, en raison de la présence des familles et des groupes scolaires116.

Il se répartit entre 76 % de visiteurs individuels et 24 % venant en groupe. Les visiteurs


individuels du parcours sont majoritairement des touristes étrangers (71 % des visiteurs
payants)117, provenant principalement des États-Unis (36 %), du Canada (6 %), du

112
Le mahJ a accueilli 122 868 visiteurs en 2014, dont 68 887 visiteurs dans les expositions temporaires, 47 425
visiteurs dans le parcours permanent, 10 284 spectateurs dans l’auditorium, 3 173 personnes en médiathèque. Sur
la période 2010-2014, la fréquentation moyenne est de 111 275 visiteurs par an.
113
Le musée national de l’histoire de l’Immigration a reçu 92 000 visiteurs en 2013.
114
La Maison européenne de la Photographie a reçu 190 916 visiteurs en 2014.
115
Les données des enquêtes donnent un âge moyen hors groupes de 47 ans. Le redressement est effectué à partir
d’un âge moyen de groupes scolaires de 15 ans, répercuté sur la fréquentation des groupes visitant le parcours
permanent.
116
Hormis pour « De Superman au Chat du rabbin » et « Les mondes de Gotlib ». À titre de comparaison la moyenne
d’âge des visiteurs du Louvre est de 44 ans.
117
Sauf mention expresse ou note de bas de page, les chiffres concernent l’année 2014, l’année 2015 étant atypique
en raison de l’application du plan Vigipirate consécutif aux attentats.

70
Attirer de nouveaux publics

Royaume-Uni (4 %), d’Amérique du Sud (5 %), d’Israël (3 %) ou d’Allemagne (3 %). Par


ailleurs, 23 % des visiteurs sont Franciliens et 5 % viennent des régions.
En revanche, les groupes viennent presqu’exclusivement de France (98 %) et sont
constitués de scolaires à 85 %.

Le public des expositions temporaires


On constate une nette différence entre le public du parcours permanent et celui des
expositions temporaires. Si les étrangers sont majoritaires dans le premier, les visiteurs
des expositions sont très majoritairement français (79 %) – une caractéristique du public
de la plupart des expositions à Paris –, et pour la plupart originaires de Paris et d’Île-de-
France (74 %). La fréquentation des expositions fluctue de 5 000 visiteurs pour
l’exposition « Radical Jewish Culture » en 2010, à 67 000 pour « Chagall et la Bible » en
2011. Ce public est majoritairement féminin (68 %) et son âge moyen (hors groupes) est
de 51 ans. Les visiteurs individuels constituent la quasi-totalité du public des expositions,
les groupes ne représentant que 3 % des visiteurs en 2014118.

Bal de Pourim dans la cour d’honneur, mars 2017

Par ailleurs, on relève que les expositions sur l’histoire des communautés juives n’attirent
qu’un public restreint et déçoivent quant à leur attractivité au sein même de la
communauté concernée (20 136 visiteurs pour « Juifs d’Algérie »).

Le public de l’auditorium
L’auditorium et les manifestations de la médiathèque (« Livres vivants », leçons de
philosophie…) ont fidélisé un public important : Franciliens avides de culture, fortement
intéressés par l’ensemble des questions relatives au judaïsme, par les avancées de la
connaissance, par les nouveautés et le débat. Ce public représente en 2015 près de 13 %
de la fréquentation annuelle du musée et se recrute en large partie parmi les Amis du
mahJ (18 %)119. La fréquentation de la salle, rapportée à la fréquentation totale du musée,
est probablement sans équivalent dans les musées français.

118
Certaines expositions intéressant les scolaires, comme « La valise mexicaine » en 2013, suscitent une
fréquentation en groupe très supérieure à la moyenne de l’année 2014.
119
En 2014, 13 % des spectateurs de l’auditorium bénéficiaient du tarif réduit (moins de 26 ans, demandeurs
d’emploi, etc.).

71
La diversification des publics
Outre l’offre destinée aux enseignants et aux élèves (cf. « La politique éducative »), le
mahJ a élaboré des outils destinés à différents publics : familles avec enfants (ateliers,
visites, livret-famille), déficients visuels (parcours tactile, visites adaptées, chariot tactile),
malentendants (boucles inductives), handicapés moteurs (ascenseurs, sièges pliants,
fauteuil roulant), associations et relais du champ social120 (« mode d’emploi du mahJ » sur
le site Internet, formation des relais). Ces outils s’accompagnent d’une politique tarifaire
et de la participation à des événements (journée de l’audition, journée tourisme et
handicap, etc.) ainsi que d’une politique de partenariats.

La fidélisation du public
Dès 1999, la carte Aleph a été proposée au public. Les adhésions ont progressivement
atteint 876 adhérents en décembre 2007, pour se tasser progressivement jusqu’en 2012
(721 adhérents). En 2013, la formule a été complétée de trois catégories d’adhésion de
soutien, permettant d’apporter des ressources supplémentaires au musée121.
En août 2016, elle a dépassé son meilleur niveau de 2007, avec 1100 adhérents (en
progression de 33 % sur un an).

Le système d’adhésion est complété par un fichier permettant l’envoi de programmes


(25 000 adresses postales122) et d’un fichier d’adresses électroniques (23 000)
permettant l’envoi de courriers électronique réguliers, dont l’impact est déterminant sur
les manifestations temporaires. Début 2016, le mahJ s’est doté d’un outil unifié de gestion
informatisée de ses contacts (CRM).

120
Le travail avec les relais du champ social a permis l’accueil de 3 236 bénéficiaires de minima sociaux en 2014.
121
Amis donateurs, Amis bienfaiteurs et Amis mécènes.
122
Chiffre au 19 mai 2015.

72
Attirer de nouveaux publics

100

90

80

70

60 Amis donateurs

50 Amis donateurs duo

40 Amis bienfaiteurs
Amis mécènes
30

20

10

0
2013 2014 2015 2016 2017
Évolution des adhésions des Amis donateurs, bienfaiteurs et mécènes de 2013 à 2017

Les outils de connaissance des publics


Depuis son ouverture, le mahJ mène des enquêtes sur son public. La fréquentation est
régulièrement analysée grâce à la billetterie informatisée (et notamment les provenances
des visiteurs). Une enquête sur « Les freins et motivations à la visite du mahJ » a été
confiée en 2007-2008 au Laboratoire culture et communication de l’université d’Avignon,
sous la direction de Hana Gottesdiener. Le musée analyse régulièrement son livre d’or et
participe aux enquêtes du ministère de la Culture et de la Communication.

La chanteuse Shefita en concert dans la cour d’honneur pour la fête de la musique, juin 2016

73
Orientations générales de la politique de public

Compte tenu de l’expérience accumulée en dix-huit années et des réticences identifiées


notamment à travers l’étude précitée, quatre catégories de public doivent être visées en
priorité :
— un large public français sans attache avec le judaïsme ;
— les Français ressentant des attaches avec le judaïsme ;
— les touristes étrangers ;
— les scolaires français et étrangers.

Le public français sans attache particulière avec le judaïsme exprime des réticences à la
visite d’un lieu perçu comme « communautaire et confessionnel ». Ces freins doivent être
levés par une politique adaptée : approche laïque, thèmes d’exposition ouvrant le plus
souvent possible à des domaines resituant le judaïsme dans l’histoire culturelle de
l’Europe, traduction systématique en français des termes hébraïques les plus usuels,
évitement des signes qui pourraient faire apparaître le musée comme une institution
communautaire (et de ce fait perçue comme exclusive), inscription de la religion dans
l’ensemble des faits de culture sans focalisation sur les aspects religieux (comme le font
les musées d’anthropologie ou de civilisation).

74
Attirer de nouveaux publics

Les Français ressentant des attaches avec le judaïsme doivent faire l’objet de démarches
adaptées. Le mahJ doit développer des outils d’information en direction des institutions
juives de toute nature. En effet, paradoxalement, bien que le mahJ soit perçu par un
public non-initié comme un lieu « communautaire », les juifs français qui se définissent à
travers les institutions communautaires ne se reconnaissent pas dans le musée. Et, de
fait, en dehors de l’information adressée aux écoles juives, le mahJ a peu de liens
organisés avec ce public qui pourrait être, logiquement, son premier public. Le
développement des relations avec les institutions locales, les centres communautaires,
les associations culturelles, devra être recherché.

Les touristes étrangers constituent un considérable gisement de public. Le mahJ doit


notamment attirer les visiteurs étrangers qui ont des attaches avec le judaïsme et dont
on sait qu’ils sont majoritaires dans le parcours permanent : les cartels et textes de salle
doivent être traduits en anglais, les réseaux touristiques doivent être mieux identifiés et
informés, les associations culturelles étrangères recensées. Le musée a mis en place en
2015, à leur intention, des conférences en anglais le dimanche après-midi pendant l’été.

75
La politique tarifaire

Les droits d’entrée sont approuvés par les instances statutaires du musée pour ce qui
concerne le parcours permanent et les expositions temporaires, et sont analogues à ceux
pratiqués dans des musées de taille comparable. Les tarifs des autres activités sont
transmis pour information aux instances.

La grille tarifaire témoigne des préoccupations suivantes :


— proposer des tarifs adaptés selon les activités proposées : parcours permanent,
expositions temporaires, visites guidées, ateliers pour enfant et pour adultes,
parcours-enquête, ateliers d’écriture, conférences, projections, concerts,
spectacles jeune public, leçons de musique en famille, rencontres, colloques, livres
vivants…
— maintenir des tarifs attractifs en tenant compte du consentement à payer du
public et accessibles pour faciliter l’accès du plus grand nombre à la culture ;
— développer les ressources propres123.

Le choix d’un tarif plus élevé pour le parcours permanent que pour les expositions
temporaires124 répond à la nécessité de dégager des ressources destinées à financer les
investissements nécessaires à l’entretien et à la présentation de la collection
permanente ; il est aussi fondé sur l’hypothèse d’un consentement à payer plus élevé chez
les visiteurs étrangers (majoritaires dans le parcours permanent) que dans le public
francilien des expositions. Les tarifs des autres prestations sont fondés sur leurs
spécificités et sont périodiquement réexaminés.

Le mahJ a fait le choix, depuis son ouverture, de proposer pour les scolaires, outre la
gratuité du droit d’entrée, des prestations dont le coût d’organisation est supérieur aux
recettes125. Ces tarifs sont nettement inférieurs à ceux pratiqués pour des visites
scolaires équivalentes dans des musées nationaux. Cette politique vise à encourager les
visites scolaires, notamment en provenance de l’enseignement public, alors que certains
enseignants expriment toujours une réticence à fréquenter un musée principalement
perçu comme une institution à caractère religieux126. Le déficit total induit par cette
politique s’élève à 39 224 € en 2015. Dans un contexte marqué par une forte attente des
pouvoirs publics et des institutions juives à l’égard du musée en matière éducative, la
question d’un financement spécifique de ces programmes doit être posée.

Par ailleurs, le mahJ propose des formations gratuites pour les enseignants dont le
développement est fortement attendu. Elles ont attiré 584 enseignants en 2015. Là aussi,
un financement spécifique paraît indispensable.

Enfin, le maintien de la subvention de compensation pour la gratuité des 18-26 ans est
indispensable au maintien de cette mesure, prise en 2009 à l’instigation du ministère de
la Culture et de la Communication.

Mesures envisagées
— révision de la politique des gratuités ;
— développement de la vente en ligne ;
— développement des offres combinées en partenariat avec d’autres institutions ;
— développement d’offres spécifiques.

123
En 2014, les recettes de billetterie du parcours permanent, des expositions temporaires, des visites conférences,
des ateliers pédagogiques, des séances à l’auditorium et des ateliers d’écriture totalisent 523 102 €, soit plus de
50 % des recettes d’exploitation du musée.
124
Au 1er septembre 2016, les principaux tarifs sont de 9 et 6 € (réduit) pour le parcours permanent et de 8 et 5 €
(réduit) pour les expositions temporaires.
125
En 2015, les dépenses sont de 119 € pour les visites guidées et de 123 € pour les parcours-ateliers ; les recettes
sont de 55 € pour les visites guidées et de 75€ pour les parcours-ateliers ; les dépenses sont de 167 € pour 105 €
de recettes pour les promenades hors les murs.
126
En 2013, les 389 groupes scolaires se répartissent comme suit : 67,5 % en provenance de l’enseignement public,
20 % en provenance des écoles juives, et 12,5 % en provenance de l’enseignement catholique.

76
Améliorer l’accueil

L’accueil

La fonction « accueil » du musée concerne un ensemble de personnels en contact direct


avec le public : contrôle de sécurité, billetterie, librairie, médiathèque, salles, téléphonie
(standard, réservations) ou encore site Internet. L’environnement joue aussi un rôle dans
la perception qu’a le visiteur de la façon dont il est accueilli : signalétique, dispositifs
d’information, espaces d’approfondissement de la visite, espaces de repos…

L’accueil du public est effectué selon des contraintes parfois contradictoires. Ainsi, les
personnels de sécurité, qui sont les premiers interlocuteurs rencontrés par le visiteur,
doivent concilier un double objectif : accueillir et renseigner le visiteur et prévenir tout
risque pour la sécurité du public, des personnels et des biens. Cette exigence doit faire
l’objet d’une réflexion interne pour améliorer le premier contact avec le musée, sans
remettre en cause le niveau de sécurité nécessaire. La formation des personnels de
sécurité au contact avec le public doit être renforcée et les équipements de sécurité
doivent être améliorés pour faciliter l’accès127. Les procédures de contrôle doivent être
adaptées aux différents contextes et aux différents publics, de manière à fluidifier
l’accueil, notamment pour les séances à l’auditorium et lors des manifestations attirant
un public important.

Les équipes du mahJ doivent prendre en compte les besoins du public, de la rue aux
salles d’exposition, dans une démarche globale qui concerne tous les personnels. À cet
égard, une meilleure articulation entre les services doit être trouvée, notamment grâce à
des procédures et dispositifs de communication nouveaux. La signalétique, notamment,
doit être entièrement repensée, de façon à fournir un système cohérent d’orientation et
d’information128, depuis les bannières apposées sur la façade jusqu’aux textes de salle.

Dépliant français-anglais « Le Marais juif », publié avec le concours de la mairie du 4e arrondissement

La fonction des salles du rez-de-chaussée (vestibule, billetterie, librairie, salle à manger du


duc) fait l’objet d’une réflexion dans le cadre du projet de redistribution des espaces.
Néanmoins, dans la période intermédiaire, un réaménagement de la billetterie est
envisagé pour en améliorer l’ergonomie et faciliter l’accueil des visiteurs. De même, le
vestibule doit devenir un espace confortable, permettant au visiteur d’attendre une
visite-conférence, de retrouver un ami, de consulter un catalogue d’exposition : un
mobilier adapté doit être acquis à cette fin129. Des vestiaires en libre-service (casiers

127
La réfection complète du sas de sécurité a été entreprise en septembre 2015.
128
À l’issue d’un concours organisé au printemps 2015, l’atelier Doc Levin a été chargé de la conception d’une
nouvelle identité visuelle et d’une signalétique, mise en place à partir de l’automne 2015.
129
Le vestibule de l’hôtel de Saint-Aignan a fait l’objet d’un nouvel éclairage en 2015.

77
transparents comme à la Galerie nationale du Jeu de Paume) permettraient d’améliorer
le confort des visiteurs en minorant les coûts d’exploitation. Le parcours permanent doit
être doté de bancs permettant le repos des visiteurs et le déploiement d’une connexion
wifi doit être complété130. La billetterie à distance doit être étudiée pour faciliter les
achats en ligne, de nature à limiter les temps d’attente aux caisses et à améliorer la
gestion du public aux manifestations temporaires (expositions, auditorium, livres
vivants…). Le site Internet doit mieux prendre en compte les besoins d’information de
tous les publics, et notamment des publics étrangers peu familiers du mahJ.

Actions à mettre en œuvre


— renforcer les formations à destination des personnels afin de les sensibiliser
aux exigences du contact avec le public et aux contenus de la collection
permanente ;
— modifier le protocole d’adresse aux visiteurs ;
— aménager le vestibule en renouvelant son mobilier et créer un espace de
repos et de documentation sur l’actualité du musée (catalogues,
programmes…) ;
— déployer la wifi dans les salles ;
— installer des bancs dans les salles ;
— améliorer le confort du vestibule ;
— développer la vente en ligne.

Vernissage de l’exposition « Charlemagne Palestine »

130
Une connexion wifi est disponible dans certaines parties du bâtiment depuis le printemps 2015.

78
Améliorer l’accueil

L’ouverture le samedi

Votée par le conseil d’administration du mahJ le 8 décembre 2015, à la demande conjointe


de la ministre de la Culture et de la Communication et de la maire de Paris131, l’ouverture
du mahJ le samedi a pour objectif d’élargir le public, en mettant à profit le jour de
meilleure fréquentation des musées du Marais, et en inscrivant le mahJ dans le circuit de
l’art contemporain, très dynamique le samedi dans le quartier.

Cette mesure, débattue depuis les prémices de l’ouverture du musée en 1998, n’a pas fait
consensus en 2015, car elle remet en question un fonctionnement établi pendant près de
dix-huit ans, qui s’ancrait dans un des principes fondamentaux du judaïsme. Cependant,
elle s’est imposée dans une stratégie de développement du mahJ, à l’instar des pratiques
de la plupart des musées du judaïsme dans le monde, ouverts le samedi quels que soient
leur statut ou le contexte de leur création : Amsterdam, Berlin, Bruxelles, Londres,
Moscou, Munich, New York, San Francisco ou Varsovie – et de la plupart des musées
israéliens – musée d’Israël et Bible Lands Museum à Jérusalem, musée d’art de Tel-Aviv,
musée d’art de Petah Tikva, musée d’art contemporain de Herzliya, musée d’art de
Haïfa, etc.

Depuis le 1er septembre 2016, l’ouverture le samedi est mise à profit pour toucher des
publics spécifiques et proposer des activités nouvelles :
— sessions de formation pour les enseignants le samedi matin (en projet) ;
— ateliers de lecture à la médiathèque (« Lire avec des écrivains » ;
— visites-conférence « Shabbat est une fête » ;
— accueil par un médiateur de 15 à 17 h le samedi, pour favoriser la compréhension
des collections, notamment pour les familles.

Par ailleurs, afin de faciliter l’accès du musée aux juifs observants ne voulant pas
manipuler d’argent le samedi, des modalités de paiement spécifiques sont proposées :
paiement à l’avance par téléphone et sur internet, notamment.

En concertation avec les instances représentatives du personnel, de nouvelles modalités


d’organisation du travail pour les personnels dont la présence le samedi est indispensable
(librairie, billetterie, médiation, sécurité) ont été mises en place.

Depuis le 1er septembre 2015, le musée est fermé le lundi, mais reste accessible sur
rendez-vous aux scolaires (ateliers, visites, formations d’enseignants, etc.) et aux groupes.

Dépliant de visite « Le shabbat diffusé le samedi depuis septembre 2016

131
Cf. lettre de Fleur Pellerin et Anne Hidalgo à Dominique Schnapper du 30 novembre 2015 (en annexe).

79
80
Améliorer l’accueil

La mise en valeur du monument historique

Bien que l’hôtel de Saint-Aignan ait été restauré avec l’ambition de restituer l’état originel
des façades et de l’escalier d’honneur de Pierre Le Muet, le monument n’est pas
particulièrement valorisé dans la muséographie actuelle. Pourtant, l’édifice est richement
documenté dans son ouvrage Maniere de bien bastir pour toutes sortes de personnes132,
ce qui en fait un hôtel particulier emblématique de l’architecture aristocratique française
du premier XVIIe siècle et l’un des plus beaux du Marais. En outre, l’accès public à la cour
d’honneur, bien que ralenti par le sas de contrôle, permet sa visite gratuite. Cette
possibilité est d’ailleurs fréquemment utilisée par un nombre de conférenciers guidant
des groupes à la découverte du quartier et de son architecture.

Un dispositif signalétique doit être déployé pour mettre en valeur et présenter le


monument historique, tant dans la rue et dans les espaces extérieurs (porche, mur
renard, cour d’honneur, cour des écuries, écuries, grille du jardin Anne-Frank créé en 2007
sur l’emprise de l’ancien parc de l’hôtel de Saint-Aignan…), que dans les espaces intérieurs
(vestibule, salle à manger du duc, chambre du duc, escalier d’honneur, escalier Beauvillier).
En complément, un document de visite spécifique à l’édifice doit être conçu pour faciliter
l’appréhension des caractéristiques principales (histoire, localisation, plan,
caractéristiques principales, points remarquables, état avant la restauration…). Des
propositions doivent être élaborées dans le cadre de la refonte de la signalétique
d’orientation et de la signalétique muséographique par l’atelier Doc Levin.

En outre, les hypothèses de programmation proposées pour la redistribution des espaces


devront tenir compte de l’importance patrimoniale de l’hôtel de Saint-Aignan et de la
nécessité de mettre en évidence ses qualités. La possibilité de rouvrir certaines fenêtres
du premier étage et des combles, pour permettre la vue sur la cour et sur le jardin,
essentielle à l’intelligence du bâtiment par le visiteur, devra être étudiée.

Actions à mettre en œuvre

— mettre en place une signalétique d’information sur l’histoire du bâtiment dans la


cour d’honneur, les principales salles et le jardin Anne-Frank ;
— développer les visites-conférences consacrées spécifiquement à l’hôtel de Saint-
Aignan ;
— renforcer l’inscription de l’hôtel de Saint-Aignan dans les visites du Marais ;
déployer des œuvres contemporaines (sculptures) dans les cours et le glacis du
jardin Anne-Frank.

132
Pierre Le Muet, Maniere de bien bastir pour toutes sortes de personnes... 2e édition, Paris, 1647

81
La cafétéria

Le musée s’est doté, dès 1998, d’une cafétéria installée dans la salle à manger du duc.
Deux modalités de fonctionnement ont été successivement explorées. À l’ouverture, elle
a été concédée à des professionnels qui versaient une redevance. Aucun des trois
concessionnaires successifs n’a tenu plus de six mois. Aussi, fin 2001, le musée a repris en
direct cette activité, qu’il a gérée en interne pendant quatre ans. Au vu des résultats, il a
finalement fermé ce service en 2006 et procédé à deux licenciements économiques.

Comme le précise le rapport d’activité 2006 : « Le déficit du café paraissait difficilement


compressible : pour atteindre l’équilibre, il aurait fallu doubler le chiffre d’affaires, sans
toucher aux dépenses. Durant la période concernée, trois responsables de services se
sont succédé, avec des approches très différentes, sans parvenir à modifier sensiblement
l’économie du café. Compte tenu de la topographie des lieux, il n’est pas possible de
donner au café une “vitrine” sur l’extérieur, qui permettrait d’accroître son public
potentiel. Le flux de visiteurs amenés par le musée est trop restreint pour rendre un lieu
de ce type rentable, ce qu’avait révélé en son temps l’appel à concession. »

L’échec de la première expérience et ses motifs économiques rendent circonspect sur la


perspective de ré-ouvrir une cafétéria. Toutefois, l’absence d’un tel service se fait
cruellement sentir en termes de confort de la visite, notamment si l’on compare la
situation du mahJ à celle de musées analogues comme le Joods Historisch Museum
d’Amsterdam, le Jüdisches Museum de Vienne ou le Museo Ebraico de Venise, dont la
cafétéria est un lieu essentiel à l’accueil du public, sans évoquer l’équipement somptueux
du Jüdisches Museum de Berlin, qui bénéficie de deux grandes salles et étend ses tables
dans la cour intérieure de l’édifice historique du Kollegienhaus, sous la verrière conçue
comme une soukkah133 par Daniel Libeskind en 2007.

Une hypothèse de redéploiement devra être explorée dans le cadre du travail de


programmation pour la redistribution des espaces.

Dans la période intermédiaire, des expériences de petite restauration vont être tentées
avec des commerçants du Marais (restaurants, traiteurs…), pendant l’été.

133
La soukkah (« cabane » en hébreu) est un lieu de résidence temporaire construit pour la fête de Soukkot (fête
des cabanes).

82
Adapter l’organisation à l’évolution des missions du musée

7 – Adapter l’organisation à
l’évolution des missions
du musée

83
7 – Adapter l’organisation à l’évolution des missions du musée

La sécurité et la sûreté

Un musée de référence
Le mahJ est régulièrement cité en exemple pour son niveau élevé de sécurité incendie et
de sûreté, notamment en ce qui concerne l’accrochage des œuvres et la protection du
site.

Sécurité
De conception récente, le mahJ est bien équipé sur le plan de la sécurité du public et des
œuvres (notamment en matière d’incendie). Établissement recevant du public134, il peut
accueillir 969 personnes (personnel inclus), chiffre qui n’est atteint que lors des
événements exceptionnels (Fête de la Musique, Nuit blanche…). Les équipements sont
conformes à la réglementation. Les aménagements des expositions ainsi que les flux de
public, notamment dans l’auditorium et dans les expositions, font l’objet d’une attention
particulière. Les personnels suivent les formations requises.

Contrôle de la file d’attente lors de la Nuit blanche 2013

Sûreté
Dès son ouverture, le mahJ a choisi de se doter d’un dispositif de sûreté renforcé par
rapport au commun des musées français, pour prévenir les risques spécifiques encourus
dans les édifices liés au judaïsme135. Une équipe de 18 agents (15 ETP) employés par le
musée assure le filtrage du public ainsi que la protection de l’ensemble du site 24h/24. Un
prestataire assure la surveillance dans les salles aux heures d’ouverture136.
Un sas renforce le dispositif ainsi qu’un appareil de radioscopie et des détecteurs de
masses métalliques permettant un contrôle rigoureux. En outre, le mahJ est doté d’un
système de détection d’intrusion ainsi que de caméras disposées à des points
stratégiques. L’ensemble des vitres est pare-balles et les façades est et ouest sont
dotées de contre-fenêtres anti-explosion. Enfin, un glacis limite les risques d’intrusion en
provenance du jardin Anne-Frank.

134
EPR de types Y, L et N de 2e catégorie.
135
Cf. les attentats à la synagogue de la rue Copernic en 1980, au restaurant Jo Goldenberg, rue des Rosiers, en 1982
et à l’école juive de Villeurbanne en 1995.
136
Depuis janvier 2013, la société Goron est titulaire du marché de surveillance des salles.
84
Adapter l’organisation à l’évolution des missions du musée

Ces dispositifs ont pu paraître excessifs dans un établissement ayant vocation à recevoir
du public – ils ralentissent l’accès au musée et créent une atmosphère pesante pour
nombre de visiteurs –, mais la tuerie du musée juif de Belgique en mai 2014 en a démontré
le caractère indispensable.

Afin de maintenir un haut niveau de sécurité et de sûreté, le mahJ doit moderniser et


renouveler ses équipements tout en améliorant l’accueil des visiteurs. Ce dispositif est
coûteux : la sûreté mobilise un tiers des effectifs et 18 % de la masse salariale (550 000 €
en 2015). Le mahJ doit donc recevoir les concours financiers lui permettant de maintenir
ce niveau de sécurité, tant en investissements qu’en fonctionnement.

Plan de prévention du risque d’inondation


Le mahJ est doté d’un plan de prévention du risque d’inondation (PPRI) animé par une
cellule associant le responsable du bâtiment et des services généraux, la conservation, la
sécurité et l’informatique-téléphonie, auxquels s’adjoignent ponctuellement d’autres
services. Il s’agit, en cas de crue majeure de la Seine, de sauvegarder les œuvres et de
préserver, au mieux, le bâtiment et les équipements. La crue de mai 2015 a démontré que
les niveaux de déclenchement de l’évacuation des réserves souterraines, définis dans le
PPRI étaient suffisants. Toutefois, le musée va faire fouiller et dégager un ancien puits
situé dans la cour des écuries de façon à mesurer la remontée la nappe phréatique à ce
niveau (indication sans équivalent dans le secteur). En outre, le PPRI va être mise à jour
pour intégrer les facilités de communication apportées par les nouvelles technologies
(mobilisation de l’équipe par SMS, notamment).

Actions à mettre en œuvre


— Finaliser le plan de sauvegarde des œuvres ;
— achever la formalisation du PPRI et le maintenir à jour ;
— multiplier des alarmes sur les œuvres ;
— refaire et mettre aux normes le sas d’entrée (en cours) ;
— multiplier les caméras et remplacer le parc ancien (en cours) ;
— former les personnels aux situations d’attentat et de prise d’otages ;
— renforcer le dispositif sur la zone dite « Icomos »137.

Consignes de mise en œuvre du plan de prévention du risque d’inondation dans la réserve « textiles »

137
Locaux situés au 75, rue du Temple, où fut hébergé le Conseil international des monuments et sites (Icomos).
85
La gestion du bâtiment et des équipements

La gestion de l’équipement technique du mahJ, installé dans un hôtel particulier du XVIIe


siècle, et l’entretien du bâtiment sont particulièrement complexes. Ils conjuguent les
difficultés inhérentes au fonctionnement d’un musée installé dans un monument
historique édifié pour être une résidence aristocratique, et la nécessité de maintenir et
de remplacer des équipements usés ou obsolètes après dix-huit années de
fonctionnement intensif. En outre, un certain nombre de choix originels se sont révélés
inadaptés et impliquent des travaux de réfection ou de remplacement.

Dans un souci d’efficacité, on ne liste ici que les aspects les plus problématiques, sans
rappeler les qualités évidentes de l’ensemble architectural et muséographique. De
nombreux points sont à relever :

Bâtiment
— ardoises pyritées (poreuses) utilisées pour la couverture du bâtiment ;
— panne des systèmes de refroidissement et de déshumidification ;
— systèmes d’éclairage à remplacer par des dispositifs « basse consommation » ;
— éclairage de la cour d’honneur et de l’escalier d’honneur corrodés et hors service ;
— manque de prises électriques dans les salles ;
— absence d’isolation thermique dans les combles ;
— absence de régulation thermique et hygrométrique dans les vitrines des combles
ainsi que dans les écuries ;
— isolation thermique dégradée sous la charpente ;
— verres des fenêtres à faible isolation et forte condensation en hiver (ruissellement
dans les embrasures) ;
— condensation sous la verrière du premier étage des espaces d’exposition ;
inaccessibilité de certains espaces techniques ;

Sécurité
— fenêtres de certaines zones non équipées pare-balles ;
— conduits d’eaux usées obstrués depuis l’ouverture du musée ;
— absence de cheminement pour handicapés sur les pavés royaux de la cour
d’honneur et de rampe pour l’accès au vestibule.

Depuis 1998, un certain nombre de chantiers ont été conduits : aménagement du jardin
Anne-Frank par la Ville de Paris en 2007 ; aménagement des écuries en 2008 ;
aménagement du stock de la librairie et remplacement du groupe froid en 2011 ; remise
en état du portail du 71, rue du Temple en 2013 ; amélioration de l’éclairage du vestibule
en 2015.

Compte tenu des problèmes apparus au fil du temps et des prévisions de remplacement
indispensables, des chantiers prioritaires sont planifiés pour la période 2016-2025. Par
ailleurs, des améliorations doivent être apportées pour inscrire le mahJ dans une
démarche de développement durable. Les listes ci-après recensent un certain nombre de
travaux à mener, indépendamment de la conduite du chantier de redistribution des
espaces et de refonte du parcours permanent.

Chantiers à conduire

Chantiers prioritaires
— réfection de l’étanchéité du pavage de la cour d’honneur ;
— création d’un cheminement lisse dans la cour d’honneur pour l’accès handicapé ;
— réfection de la toiture : remplacement des ardoises pyritées par des ardoises
angevines ou canadiennes ; isolation des combles ;
— remplacement des sols dégradés du rez-de-chaussée des expositions ;
— réfection des escaliers dégradés, des murs fissurés, des serrures et joints des
vitrines du parcours permanent ;
— réfection des marches de l’escalier « Icomos » et création d’un ascenseur ;
86
Adapter l’organisation à l’évolution des missions du musée

— ravalement des murs pignons des façades extérieures (à l’étude) ;


— réparation de la verrière des espaces d’exposition du corps de logis ;
— réfection complète de l’éclairage de la cour d’honneur ;
— réfection complète de l’éclairage de l’escalier d’honneur ;
— amélioration de l’installation électrique des salles d’exposition ;
— réfection des mobiliers de l’auditorium (en projet pour 2017).

Chantiers d’amélioration des équipements


— investissement dans les nouvelles technologies d’éclairement et installation de
nouveaux rails d’éclairage dans les espaces d’exposition ;
— régulation hygrométrique dans les écuries et les salles d’expositions temporaires ;
— installation de stockages dans les réserves d’œuvres et délocalisation d’une
partie de ces dernières prochainement saturées ;
— installation de stockages pour la librairie et la médiathèque ;
— conception de nouveaux aménagements pour la librairie (en projet pour 2017) ;
— rampe handicapés pour accéder au perron du vestibule ;
— réaménagement d’un espace de cafétéria.

Remplacements liés à l’obsolescence progressive des équipements


— remplacement du transformateur général de courant ;
— remplacement des centrales de traitement d’air ;
— remplacement des dry coolers en toiture.

Local technique de climatisation

87
Le financement du musée et le développement des ressources propres

Une association à but non lucratif


En 1986, le ministère de la Culture et de la Communication et la Ville de Paris déclarent
leur intention de créer à Paris, une institution chargée de conserver, d’étudier, de diffuser
et de mettre en valeur le patrimoine culturel juif. La ville décide d’accueillir l’institution
dans l’hôtel de Saint-Aignan, et l’État de déposer ses collections. Les deux tutelles se
répartissent à parts égales les travaux d’aménagement et les subventions de
fonctionnement de l’institution, qui prend la forme d’une association à but non lucratif.
Les statuts du mahJ sont déposés en 1988138. Ils seront modifiés en 2009 afin de prendre
en compte l’évolution de l’environnement en deux décennies (ouverture du musée en
1998, loi « musées » en 2002, dissolution du musée d’Art juif et don de son fonds au mahJ)
et d’établir une nouvelle parité au sein du conseil d’administration – tout en conservant
l’esprit du partenariat entre la Ville de Paris, l’État et les institutions juives – qui accueille
désormais des personnalités qualifiées désignées par la fondation Pro mahJ.

La convention tripartite
Une convention entre la Ville, l’État et le mahJ est signée en 1989139. Son article 2 dispose
que, pour permettre au musée d’assurer ses missions, l’État et la ville conviennent de
faire bénéficier l’association d’une subvention annuelle versée paritairement au franc
près. Elle est destinée à couvrir les charges de fonctionnement (entretien et exploitation
du bâtiment, accueil du public, frais de personnel et de surveillance), celles du parcours
permanent et d’entretien des collections, celles des expositions temporaires et
d’animation, et celles des acquisitions.
La convention prévoit que la subvention doit être calculée, chaque année, sur la base d’un
budget prévisionnel et en fonction du programme d’activités du musée, de l’ensemble
des ressources annuelles de l’association et sous réserve de la disponibilité des crédits
correspondants. L’État et la Ville peuvent, en outre, apporter leur aide à l’association par
des subventions affectées à la réalisation d’opérations décidées d’un commun accord.

Pour sa part, le mahJ s’engage à employer les intérêts financiers de ses fonds placés, ainsi
que le produit de ses recettes à l’entretien du musée, à l’accroître et à la préserver de ses
collections et à organiser des expositions temporaires.

Les évolutions du financement public


Le financement public, stable entre 1998 et 2001, a ensuite évolué régulièrement jusqu’en
2005 avec des hausses de l’ordre de 1 % par an, tandis que le musée développait
progressivement sa fréquentation et ses ressources propres.
Toutefois, de 2006 à 2015, les subventions de la Ville et de l’État sont demeurées
inchangées en euros courants140, ce qui correspond sur une décennie à une baisse en
euros constants de 14,5 %. Qui plus est, dans le même temps, les tarifs des dépenses
contraintes (électricité, eau, chauffage, climatisation, ménage, surveillance) croissaient de
26 %141. De ce fait, les subventions publiques ne couvrent plus le fonctionnement qui
cannibalise les moyens dévolus à la programmation culturelle.

Un mécénat inaccessible
Parallèlement, comme la plupart des institutions culturelles, le mahJ a cherché à drainer
des ressources de mécénat d’entreprise. De 2009 à 2012, trois dispositifs différents ont
été déployés, tant en interne qu’en externe, pour susciter du mécénat privé142. Force est
de constater que les entreprises, même lorsque leurs dirigeants témoignent
personnellement de la sympathie pour le musée, ne veulent pas associer leur image à une
institution perçue comme « clivante ». Pour les entreprises, soutenir un musée consacré

138
Cf. statuts initiaux du 17 mars 1988 et statuts modifiés le 11 juin 2009 (en annexe).
139
Cf. convention tripartite État-Ville de Paris-mahJ du 22 novembre 1989 (en annexe).
140
En 2015, la ville et l’État ont versé une subvention de secours de 50 000 € ; en 2016 leur subvention de
fonctionnement a été relevée de 100 000 €.
141
Moyenne des hausses tarifaires sur ces six postes, dont le total de la dépense effective passe de 649 900 € en
2006 à 746 650 € en 2014.
142
Missions confiées à Publicis Dialog en 2009 et à Optimus en 2012 (cf. PV du CA de la fondation Pro mahJ du 10 mai
2010).
88
Adapter l’organisation à l’évolution des missions du musée

au judaïsme à travers une opération de mécénat n’apporte pas les bénéfices d’image
attendus d’une telle démarche.

Les mécénats de compétence


Depuis 2012, le musée bénéficie d’un mécénat de compétence du cabinet d’avocats Klein
Goddard Associés. Ce soutien a été rendu possible par les liens privilégiés tissés avec
cette structure. Le musée a essayé de susciter d’autres mécénats de compétence, pour
des expositions ou des prestations plus pérennes dans le temps, mais en vain et pour les
raisons précitées.

Les partenaires institutionnels


Si le mahJ est confronté à l’impossibilité d’attirer du mécénat d’entreprise, il reçoit, en
revanche, en fonction des projets qu’il leur soumet, le soutien d’un certain nombre
d’institutions actives dans le champ du judaïsme, au premier rang desquelles la fondation
pour la mémoire de la Shoah (FMS), la fondation du Judaïsme français et ses fondations
sous égide (Académie Hillel notamment), la fondation Rothschild-Institut Alain de
Rothschild, le fonds Harevim, l’Alliance israélite universelle, le Conseil représentatif des
institutions juives de France, la Rothschild Foundation Europe (Hanadiv).

À cet égard, si la FMS est un partenaire régulier des expositions du mahJ, on ne peut que
regretter que le mahJ n’ait pas été inscrit dans les statuts de la fondation pour la
mémoire de la Shoah comme l’une des institutions destinataires de ses financements
statutaires, au même titre que le Mémorial de la rue Geoffroy-l’Asnier.

Subvention de fonctionnement de l'État, 2 136 292 €


Subvention de fonctionnement de la Ville de Paris, 2 138 805 €
Recettes d'exploitation, 705 537 €
Subvention de l'État en compensation de la gratuité 18-25 ans, 19 000 €
DRAC, 37 300 €
Dilcrah, 200 000 €
Fondation pour la Mémoire de la Shoah
Fondation Pro Mahj, 40 000 €
Autres subventions privées dont la fondation Rothschild Europe, 49 767 €
Dons, 54 855 €
Résultat financier, 13 352 €
Divers, 98 824 € 1%
1% 1% 2%

4%
1%
4%

37%
12%

37%

Ventilation des recettes 2016

89
Outre les subventions annuelles de fonctionnement versées par la Ville et l’État, le musée
reçoit également des soutiens ponctuels, sur dossier, de la direction régionale des
Affaires culturelles (ministère de la Culture et de la Communication), de la direction des
Affaires culturelles de la Ville de Paris, de la délégation interministérielle à la lutte contre
le racisme et l’antisémitisme (Dilcra), des services culturels étrangers à Paris (Allemagne,
Israël, Pologne notamment).

Les dons individuels


Les dons individuels constituent un axe important de développement des ressources
propres. Sans espérer multiplier les opérations comme l’acquisition des Funérailles juives
d’Alessandro Magnasco143, une augmentation de la collecte de dons privés est une
ambition raisonnable.

Chaque année, la fondation Pro mahJ144, créée par Claire Maratier au profit du musée,
dote le mahJ d’une subvention (de 30 000 à 50 000 €) à une exposition et, tous les deux
ans, prévoit l’organisation du prix Maratier, décerné à un artiste contemporain, qui fait
l’objet d’une exposition dont elle assume le financement. Reconnue d’utilité publique en
2003, elle permet au musée de recevoir les dons et legs en exonération des droits de
mutation.

En outre, les dons individuels doivent être développés, mais, ils se portent
prioritairement sur les acquisitions, comme l’a démontré le succès de la souscription
publique pour l’acquisition de la collection Lerski en 2014-2015 (plus de 100 000 € de dons
privés émanant de 330 donateurs).

En juillet 2013, le mahJ a renouvelé son système d’adhésion en définissant différentes


catégories qui permettent de recevoir des dons offrant aux donateurs des contreparties
au sein du musée. Les dons sont collectés, pour l’essentiel, par la fondation Pro mahJ qui
les reverse au musée145. Ils ont atteint 117 089 € en 2015, en hausse de 61 % par rapport à
2014146. De janvier 2013 à octobre 2016, la hausse est de 122 %.

Les locations d’espaces


Le mahJ propose à la location certains de ses espaces. Le niveau de recettes procuré
depuis 2010 par les locations oscille entre 20 000 et 30 000 €. Cette prestation est
promue par le site Internet, une inscription dans une revue spécialisée et la brochure-
programme de saison. Le mahJ est aussi référencé sur le site « Paris film » proposant des
lieux de tournage dans la capitale. Cependant, le développement de cette ressource
connaît les mêmes freins que ceux constatés avec le mécénat d’entreprise. Afin de
dynamiser cette activité, une refonte complète des tarifs a été mise en œuvre à
l’automne 2016.

Une programmation en péril


Il en ressort que le mahJ n’est plus en mesure de proposer une programmation culturelle
au niveau attendu par son public, telle qu’elle a été développée depuis 1998. Malgré les
efforts de gestion déployés par le musée, la construction budgétaire est de plus en plus
difficile. Aussi, sans une augmentation substantielle des subventions publiques, le musée
devra amputer sa programmation à un moment où l’on s’accorde, après les événements
de 2015 et 2016, à considérer son rôle comme essentiel.

L’inflation de près de 15 %, qui a affecté la subvention annuelle de 2006 à 2015 – soit une
diminution effective du budget de près de 600 000 € –, correspond aux moyens
nécessaires pour maintenir une politique d’expositions de nature à faire venir un public

143
Ce tableau, classé « bien d’intérêt patrimonial majeur » en 2010, a été acquis par un mécène au titre de la loi du 1er
août 2003, dite « loi Aillagon », donné à l’État puis inscrit sur les inventaires du Louvre et déposé au mahJ en 2011.
144
La fondation Pour le Musée d’art et d’histoire du Judaïsme, dite « Pro mahJ », est l’héritière de la fondation
Kikoïne, créée par Claire Maratier, sous l’égide de la Fondation du judaïsme français. Elle a pour vocation de
soutenir l’action et les activités du mahJ. Elle attribue tous les deux ans le prix Maratier. Reconnue d’utilité
publique le 23 juillet 2003, elle peut faire bénéficier ses donateurs d’avantages fiscaux importants. Elle est ainsi
habilitée à recevoir des legs exonérés de tous droits de succession.
145
85 449 € de dons à la fondation Pro mahJ, 29 685 € de dons liés aux adhésions, 1 955 € de dons directs au musée.
146
En 2014, le total des dons atteignait 72 022 €.
90
Adapter l’organisation à l’évolution des missions du musée

que n’attire plus le parcours permanent. De surcroît, dans une telle contrainte
budgétaire, le mahJ est dans l’impossibilité de déployer des moyens nouveaux pour
développer ses publics (recrutement d’un chef du service des publics) et ses ressources
propres (recrutement d’un chargé des relations avec les amis du musée, de l’animation
d’un cercle de mécènes, et du développement des dons privés).

Mesures préconisées
— rattraper la perte de financement liée au maintien des subventions en euros
courants de 2006 à 2015147 ;
— obtenir une indexation annuelle sur l’inflation des subventions de
fonctionnement ;
— poursuivre le développement des ressources propres en :
- optimisant l’usage de l’outil de « gestion de la relation client » (CRM
acquis en 2016) pour mieux suivre et connaître les donateurs et le public
afin de cibler la communication des activités et événements ;
- créant et animant un cercle de mécènes ;
- constituant une société des Amis du mahJ Outre-Atlantique ;
- adaptant la politique tarifaire.
— promouvoir les locations par une brochure spécifique ;
— publier des documents d’incitation au don et faire connaître les déductions
fiscales permises par le statut de la fondation Pro mahJ, notamment auprès des
notaires ;
— mettre en place une comptabilisation des œuvres en lien avec l’achèvement du
récolement ;
— établir un règlement intérieur du musée qui permette notamment de poser les
bases d’un dialogue budgétaire avec la Ville et l’État.

Exposition « Charlemagne Palestine » dans les écuries du mahJ, 2017

147
En 2015, le mahJ a demandé à l’État et à la Ville de rattraper cet effet de l’inflation, soit une majoration de
100 000 € par an pendant trois ans de 2016 à 2018. En 2016, ces subventions ont été majorées de 100 000 €.

91
Les ressources humaines

En 1998, l’estimation des effectifs nécessaires au fonctionnement du mahJ était de 40


salariés à plein temps. Le bureau du musée a proposé le rattachement de l’association,
relevant du droit privé, à la convention collective nationale de l’animation. Au fil des
années, l’organigramme du musée a été complété pour répondre aux différentes missions
définies dans les statuts et répondant aux objectifs des musées de France, dans les
limites permises par le budget.

L’équipe du mahJ au 30 septembre 2016 compte 67 salariés148 représentant 52


équivalents temps plein (ETP)149. Elle se ventile de la façon suivante, de façon permanente,
comme suit :
— le directeur et son assistante ;
— la secrétaire générale ;
— la comptable ;
— le responsable du bâtiment et des services généraux ;
— un adjoint au responsable du bâtiment et des services généraux et deux
collaborateurs ;
— le responsable informatique ;
— la responsable des ressources humaines ;
— 11 salariés à la conservation, incluant la régie des œuvres, celle des espaces et
les éditions du musée ;
— 17 salariés au service de la sécurité-sûreté ;
— 5 salariés au service de l’auditorium et de la communication ;
— 7 salariés à la billetterie, au standard et au développement des publics ;
— 6 salariés à la librairie ;
— 5 salariés à la médiathèque ;
— 6 salariés au service éducatif.

Une représentation du personnel est assurée par des délégués du personnel ; un comité
d’entreprise assure également des missions sociales, économiques et culturelles. En 2006,
un comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail a été mis en place. Une
cellule de suivi des risques psycho-sociaux a été constituée en 2011150.

Comme dans de nombreux musées, l’équipe du mahJ est caractérisée par un fort
attachement à l’institution et une faible rotation du personnel : service de la sécurité-
sûreté excepté, 12 % des salariés travaillent au musée depuis 1998, 34 % depuis au moins
dix ans et 15 % depuis au moins cinq ans (soit en cumul 61 % depuis au moins cinq ans). La
moyenne d’âge des personnels est de 40,5 ans151. L’équipe est composée de 34 femmes et
30 hommes, avec une surreprésentation masculine à la sécurité-sûreté (16 hommes et 2
femmes) et une forte majorité de femmes dans le reste de l’équipe (69 %). 50 % des
salariés travaillent à temps partiel.

Le musée fait appel chaque année à un certain nombre de salariés en contrat à durée
déterminée pour répondre aux accroissements temporaires d’activité, ainsi qu’à des
intermittents du spectacle pour les activités de l’auditorium.

À l’instar des structures de petite taille, le mahJ n’offre que de faibles possibilités de
mobilité à ses collaborateurs, en raison de la spécialisation des compétences et des
missions. Ce phénomène, conjugué au faible renouvellement des personnels depuis 1998,
limite les évolutions de carrière. Par ailleurs, la dimension du musée implique une grande
polyvalence des personnels et une réflexion permanente sur l’évolution des missions de
chaque poste.

148
Chiffres au 31 mai 2016.
149
Décompte des ETP agrégeant salariés en CDI, en CDD et intermittents du spectacle.
150
Elle a procédé à une enquête auprès de l’ensemble des personnels en 2014.
151
Moyenne au 30 avril 2015.
92
Adapter l’organisation à l’évolution des missions du musée

Parmi les nombreux enjeux de la gestion des ressources humaines au mahJ, on relève en
particulier :
— le renouvellement de l’équipe dû à une pyramide des âges marquée par des
recrutements remontant pour certains à 1988 ; le mahJ étant une association loi
1901 régie par le droit du Travail, ces départs ont un fort impact budgétaire lié au
versement des indemnités conventionnelles de départ à la retraite ;
— le plan de formation permettant aux personnels d’acquérir les compétences liées
aux évolutions des postes et aux mutations technologiques ;
— la nécessité d’une politique de rémunérations, permettant de présenter à chaque
salarié des perspectives d’évolution dans un budget contraint ;
— les fortes contraintes budgétaires qui interdisent de recruter les compétences
manquantes pour faciliter le développement des activités du musée (responsable
du service des publics, en charge de l’accueil, de la billetterie, le développement
des publics ; responsable du développement, en charge des dons privés, des amis
du musée, et des locations d’espaces, notamment) ;
— la refonte de l’organigramme, afin de répondre aux enjeux actuels de
fonctionnement du mahJ et renforcer les liens entre les différents services ;
— la mise à jour du règlement intérieur152 : intégrer les mesures propres à une charte
informatique, rédiger les procédures internes qui ne font pas l’objet d’un
recueil (en cours de rédaction) ;
— le renforcement des outils de management (entretiens d’évaluation
notamment) ;
— la diffusion de l’information sur la législation applicable aux relations avec
différents partenaires (auteurs, prestataires, conférenciers…).

Installation de Miqlat, sculpture monumentale de Sigalit Landau, en septembre 2016

152
Le règlement intérieur du mahJ a été établi en 1998.
93
La communication

Dès 1998, le mahJ a développé une politique de communication et des outils pour
informer ses publics et développer ses fréquentations. Elle se déploie en particulier à
travers l’édition de documents informatifs, des campagnes d’affichage, un site Internet, ls
nouveaux médias et des relations avec la presse.

La brochure-programme de saison, en particulier, donne une vision transversale de


l’ensemble des activités du musée. Bisannuelle, tirée à 45 000 exemplaires et adressée à
20 000 contacts, jusqu’au printemps 2015153, elle est un outil majeur d’information.

Outre la brochure de saison, le musée publie une brochure à destination des enseignants
tirée à 6 500 exemplaires154, un dépliant de promotion du musée auprès des touristes155 et
le document « Devenez Amis du mahJ » qui présente les modalités d’adhésion. Tous ces
documents sont téléchargeables sur Internet.

Support classique de promotion des musées, l’affichage représente également un effort


important : le mahJ est présent sur 120 panneaux156 « couloirs » dans le métro, à quatre
reprises pendant 15 jours chaque année, pour promouvoir ses deux expositions majeures.
Le coût élevé de l’achat d’espaces ne permet pas un effort plus important, qui serait
pourtant indispensable à la visibilité du musée, notamment l’été. Mais, depuis 2013, grâce
au réseau d’affichage urbain de la Ville de Paris, cette visibilité est renforcée (deux
campagnes par an sur un réseau de 400 panneaux Mupi). En outre, les expositions font
l’objet d’un affichage 40 x 60 cm dans les boutiques.

Le site internet joue un rôle essentiel. Il est notamment le support d’une communication
électronique active, économique et ciblée : lettre d’information hebdomadaire adressée à
22 000 contacts, cartes postales informant sur des événements spécifiques, invitations…
Les documents électroniques remplacent progressivement la production imprimée, tant
pour des raisons d’efficacité et de coût que par souci écologique (cf. rubrique « Le musée
en ligne »). Les réseaux sociaux ont été investis à partir 2009 : la page Facebook réunit
10 256 «amis » ; le compte Twitter, ouvert en 2011, compte 3 128 followers157.

Des relations presse viennent systématiquement soutenir les initiatives du musée,


renforcées par des partenariats négociés pour les expositions. Elles confèrent au mahJ
une visibilité qui compense partiellement la faiblesse de ses budgets d’achat d’espaces.

Chantiers à conduire

— achever la mise en place de la nouvelle identité visuelle du musée ;


— doter le musée d’outils de communication institutionnelle ;
— mettre en cohérence les différents supports d’information et de signalétique ;
— faire évoluer le nom du musée en favorisant l’acronyme « mahJ », plus facile à
mémoriser par un public de proximité ;
— optimiser le site internet pour en faire un outil de communication adapté aux
besoins des publics (accès sur les téléphones mobiles et tablettes, notamment) ;
— évoluer vers une communication numérique pour minorer les coûts d’impression
et de routage ;
— augmenter les budgets d’achat d’espace d’affichage ;
— renforcer la promotion des expositions par des supports nouveaux ;
— renforcer les relations avec la presse écrite et les médias audio-visuels ;
— multiplier les partenariats médias ;
— multiplier les échanges marchandises avec les réseaux d’affichage ;
— développer les fichiers de contacts dans l’ensemble des secteurs concernés par
l’activité du musée.

153
À partir de l’automne 2015, son envoi est réservé aux Amis du mahJ et elle est tirée à 18 000 ex.
154
La brochure « enseignants » est adressée à 4 000 contacts dans l’Éducation nationale.
155
Réalisé en français, anglais, hébreu, allemand, espagnol et italien, il est régulièrement tiré à 60 000 exemplaires,
dont 30 000 diffusés dans les réseaux hôteliers parisiens 3 et 4 étoiles et Grand Tourisme.
156
Au format 200 x 150 cm.
157
Chiffres au 29 novembre 2016.
94
Adapter l’organisation à l’évolution des missions du musée

Brochures informatives publiées par le mahJ

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Remerciements

Sous l’égide de Dominique Schnapper, l’élaboration du projet scientifique du


mahJ a associé Marion Bunan, secrétaire générale du mahJ, Richard Metz,
secrétaire général adjoint jusqu’en janvier 2016, et l’ensemble des chefs de
service et leurs équipes : Corinne Bacharach, responsable de la communication
et de l’auditorium ; David Bensimhon, responsable de la sécurité ; Gaëlle Collin,
responsable de la librairie ; Mathias Dreyfuss, responsable du service éducatif ;
Isabelle Pleskoff, responsable de la médiathèque, Etienne Charasson,
responsable du bâtiment et des services généraux. Y ont également activement
collaboré : Sophie Andrieu, adjointe à la responsable de l’auditorium ; Juliette
Braillon, responsable des éditions et de la coordination des expositions ; Pascal
Concordia, régisseur des œuvres ; Raïa Del Vecchio, documentaliste à la
vidéothèque ; Marie-Pierre Delaporte, chargée de développement des publics ;
Anne Echenoz, adjointe à la responsable de la communication ; Nicolas Feuillie,
responsable des collections photographiques ; Nathalie Hazan-Brunet,
conservatrice de la collection moderne et contemporaine ; Anne Hélène Hoog,
conservatrice de la collection historique et des judaica ; Steve Isidor,
responsable de la billetterie, Virginie Michel, assistante d’exposition ; Sébastien
Pauly, responsable informatique ; Charlotte Ricaud, responsable des ressources
humaines ; Raffaella Russo-Ricci, responsable adjointe du service éducatif ; Fanny
Schulmann, conservatrice de la collection moderne et contemporaine ; Dorota
Sniezek, attachée de conservation ; Louise Tellier, attachée de communication ;
Victor Torossi, régisseur des espaces muséographiques et du bâtiment.

Marie-Josée Spinosa, assistante de direction, a apporté une contribution


essentielle tant dans la réunion de la documentation, que dans la coordination
des travaux, l’élaboration des contenus et l’édition du document final.

L’équipe du mahJ remercie tout particulièrement Pierre-Henry Colombier, sous-


directeur du Patrimoine et de l’Histoire à la direction des affaires culturelles de
la ville de Paris, Blandine Chavanne, sous-directrice de la politique des musées
au service des musées de France, Blanche Grinbaum-Salgas, conservatrice en
chef du patrimoine au service des musées de France, Sylvie Müller, chef du
service des musées à la Drac Île-de-France, Aude Pessey-Lux, conservatrice en
chef du patrimoine à la direction de la politique des musées au service des
musées de France, Pierre Saragoussi, vice-président de la Fondation du judaïsme
français, et Dominique Schnapper, présidente du mahJ, pour leur attentive
relecture et leurs conseils avisés.

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Annexes

Annexes

1. Lettre de Jacques Chirac, maire de Paris, à Théo Klein, président du Crif,


29 janvier 1985
2. Compte rendu de l’assemblée constitutive du mahJ du 17 mars 1988
3. Statuts du mahJ au 17 mars 1988
4. Convention État-Ville-mahJ, 22 novembre 1989
5. Lettre de don de la collection du musée d’Art juif
6. La collection contemporaine du mahJ
7. Liste des expositions de 1999 à 2016
8. Liste des expositions « hors les murs » de 1999 à 2016
9. Liste des publications du mahJ de 1998 à 2016
10. Lettre de Fleur Pellerin, ministre de la Culture et de la Communication,
et d’Anne Hidalgo, maire de Paris, 30 novembre 2015
11. Statuts du mahJ au 11 juin 2009

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