Cours Dab 2021
Cours Dab 2021
Par
Année 2020-2021
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DROIT ADMINISTRATIF DES BIENS ET DES TRAVAUX PUBLICS
PLAN DU COURS
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Quelques références BIBLIOGRAPHIQUES pour vous aider à approfondir le cours
LES TEXTES :
- Code civil ; (art. 538 et s. notamment)
- Code des marchés publics ;
- Loi n° 80-22 du 14 juillet 1980 portant répression des atteintes a la
propriété foncière et domaniale
- Loi n° 85-09 du 4 juillet 1985 relative à l'expropriation pour cause d'utilité
publique et aux modalités d'indemnisation
- Loi n° 94/01 du 20 janvier 1994 portant régime des forets, de la faune et de
la pêche
- Loi n° 96/07 du 08 avril 1996 portant protection du patrimoine routier
national, modifiée et complétée par la loi n° 2004/021 du 22 juillet 2004.
- Loi n° 2004/003 du 21 avril 2004 régissant l’urbanisme au Cameroun ;
- Ordonnance n° 74-1 du 6 juillet 1974 fixant le régime foncier
- Ordonnance n° 74-2 du 6 juillet 1974 fixant le régime domanial
- Décret n°76/166 du 27 avril 1976 fixant les modalités de gestion du
domaine national
- Décret n° 76-167 du 27 avril 1976 fixant les modalités de gestion du
domaine prive de l'Etat
- Décret n° 84-311 du 22 mai 1984 portant modalités d'application de la loi
n° 80-22 du 14 juillet 1980 relative à la répression des atteintes à la propriété foncière et
domaniale
- Décret n° 87/1872 du 16 décembre 1987 portant application de la loi n°
85/9 du 4 juillet 1985 relative à l'expropriation pour cause d'utilité publique et aux
modalités d'indemnisation
- Décret n° 95/146 du 04 aout 1995 modifiant et complétant certaines
dispositions du décret n° 76/167 du 27 avril 1976 fixant les modalités de gestion du
domaine prive de l'Etat.
- Décret 2008/0738/PM du 23 avril 2008 portant organisation des
procédures et modalités de l’aménagement foncier ;
- Décret 2008/0740/PM du 23 avril 2008 fixant le régime des sanctions
applicables aux infractions aux règles d’urbanisme ;
- Jean-Marie AUBY, Pierre BON, Jean-Bernard AUBY, Droit administratif des biens,
Précis Dalloz.
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- René CHAPUS, Droit administratif général, tome 2, éd. Montchrestien.
- Yves GAUDEMET, Droit administratif des biens, tome 2 du Traité de droit
e
administratif, LGDJ, 12 éd., 2002.
- Christian LAVIALLE, Droit administratif des biens, coll. "droit fondamental",
P.U.F.
- Jacqueline MORAND-DEVILLER, Cours de droit administratif des biens, éd.
Montchrestien.
Ouvrages spécialisés
Droit domanial
- Hervé MOYSAN, Le droit de propriété des personnes publiques, LGDJ,
Bibliothèque de droit public.
- Jean-Marie NYAMA, Régime foncier et domanialité publique au Cameroun,
Presses de L’UCAC.
- Philippe YOLKA, La propriété publique, éléments pour une théorie, LGDJ,
Bibliothèque de droit public.
Expropriation
e
- Jean LEMASURIER, Le droit de l’expropriation, Economica, 3 édition.
- GANEZ-LOPEZ, L’expropriation pour cause d’utilité publique, L’Harmattan.
Travaux publics
- Jean DUFAU, Droit des travaux publics, PUF.
- François LINDITCH, Le droit des marchés publics, Dalloz.
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INTRODUCTION GÉNÉRALE
Les personnes publiques que sont l’Etat, les collectivités territoriales et les
établissements publics disposent essentiellement de cinq moyens pour remplir leurs missions :
les moyens en personnel, les moyens juridiques, les services publics, les moyens financiers et
les moyens matériels.
Les moyens en personnel relèvent du droit de la fonction publique qui traite des agents
publics ; fonctionnaires et agents contractuels notamment.
Les moyens juridiques sont constitués par les actes administratifs unilatéraux et les
contrats administratifs.
Les services publics sont des activités par lesquelles une personne publique, voire une
personne privée alors placée sous le contrôle de la première, satisfait l’intérêt général grâce à
des prestations qui sont offertes à des usagers. (Ex. services de santé, de l'éducation, de
distribution d'eau et d'énergie...)
Les moyens financiers proviennent notamment des impôts et autres taxes et sont
étudiés dans le cadre des finances publiques et de la fiscalité.
Quant aux moyens matériels, ils sont constitués par les biens meubles et immeubles
nécessaires à l’accomplissement de l’action administrative.
Le droit administratif des biens constitue le cadre d’étude de ces moyens matériels.
Le droit administratif des biens représente une branche du droit administratif général.
Comme ce dernier, il se compose de règles juridiques souvent spécifiques en raison de la
qualité de certains intervenants, notamment les personnes publiques, et de leur finalité
première : la satisfaction de l'intérêt général.
Ces règles juridiques sont ici appliquées aux moyens matériels dont disposent les
personnes publiques afin de réaliser leurs activités respectives.
En effet, pour accomplir leurs diverses missions, elles vont pouvoir créer ou utiliser
des biens dont on ne mesure pas toujours l’importance : bâtiments administratifs, routes,
hôpitaux, ports, aéroports, marchés, établissements scolaires, universités, terrains de sport,
fleuves, jardins publics, véhicules, ordinateurs, tables, chaises, logiciel, armes et munitions,
chars de combat, etc.
En raison du caractère public des propriétés, du statut des propriétaires concernés et
des finalités d’intérêt public, ces biens bénéficient d’un régime juridique particulier.
Le droit administratif des biens est ainsi le lieu privilégié d'exercice de prérogatives de
puissance publique qui prennent des formes diverses comme la situation précaire de
l'occupant du domaine public, l'atteinte au droit de propriété par le régime de l'expropriation
et des avantages et obligations exorbitantes du droit commun en ce qui concerne les travaux et
ouvrages publics.
Malgré ce particularisme, il serait erroné de croire que cette branche du droit
administratif relève exclusivement des règles spécifiques du droit public et de la seule
compétence du juge administratif.
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Le droit privé et la compétence du juge judiciaire, en vertu de la règle selon laquelle la
compétence suit le fond, consacrée par l'arrêt Blanco (TC, 8 février 1873, Concl. David), y
ont également leur place. Ils s'appliquent en effet au domaine privé, à la phase judiciaire de
l'expropriation, mais aussi pour certains dommages causés par l'utilisation d'ouvrages publics
ou par la réalisation de travaux publics.
Ainsi, le droit administratif des biens conduit, ce qui peut être facteur de difficultés, à
une application du droit public et à une intervention concomitante du juge administratif, mais
aussi, parfois, à la mise en œuvre de règles juridiques de droit privé sous le contrôle du juge
judiciaire.
S’agissant des sources du droit administratif des biens, elles sont éparses. Il n’existe
pas un code réunissant l’ensemble des règles juridiques régissant les propriétés des personnes
publiques. Ces règles sont à rechercher dans divers textes cités en bibliographie, et
notamment dans les ordonnances, lois et décrets fixant le régime domanial, régissant
l'expropriation pour cause d'utilité publique, fixant les modalités de gestion du domaine privé
de l'Etat, du domaine national, etc.
En plus de cet éparpillement des textes, on note l'absence d’intervention normative sur
des questions fondamentales du droit domanial. L'exemple le plus illustratif de ce silence
concerne le texte réglementaire relatif à la gestion et la protection du domaine public. Celui-ci
a pourtant été annoncé par le législateur de 1974 à travers un renvoi en faveur de l'intervention
de l'autorité réglementaire. Le décret y afférent n'est toujours pas sorti des couloirs des
administrations en charge de son élaboration 42 ans plus tard ! En tout état de cause,
l'absence de décret en cette matière a laissé libre cours à des pratiques diverses, et parfois au
développement d'un non-droit plus ou moins toléré par la puissance publique.
En tout état de cause, l’obsolescence et l’insuffisance des textes nécessitent une
révision, une mise à jour complète du droit domanial et foncier et l’institution d’un code des
domaines des personnes publiques.
La jurisprudence et la doctrine camerounaises ont un apport relativement négligeable
en la matière. La doctrine et la jurisprudence française constituent encore des sources
idéologiques fondamentales de notre droit en général, de notre droit administratif des biens en
particulier.
Classiquement, l’étude du droit administratif des biens se répartit en trois parties.
La première porte sur le domaine des personnes publiques qui se divise en domaine
public et domaine privé suivant, soit une prescription législative, classant un bien dans telle
ou telle catégorie, soit le degré d’utilité des biens par rapport à l’intérêt public ou au service
public.
La deuxième partie concerne les modes d’acquisition des biens par les personnes
publiques à travers lesquelles ces personnes vont pouvoir accroître leur patrimoine.
La troisième partie a pour objet les travaux publics qui permettent, par la construction
ou l’entretien, de mettre en valeur le bien et de le rendre apte à remplir la mission pour
laquelle il est destiné.
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1ère PARTIE : LES DOMAINES DES PERSONNES PUBLIQUES
Les domaines détenus ou gérés par les personnes publiques sont classés en 3
catégories : le domaine public, le domaine privé et le domaine national.
Le domaine public rassemble l’ensemble des biens qui participent de manière
importante à la satisfaction de l’intérêt général ; soit qu’ils sont affectés à l’usage direct du
public, soit qu’ils sont affectés à un service public.
Le domaine privé est constitué non seulement de l’ensemble des biens appartenant aux
personnes publiques qui ne sont ni affectés à l’usage direct du public, ni au service public,
mais aussi de ceux que les textes et la jurisprudence ont écartés de la sphère du domaine
public.
Quant au domaine national, il est formé de l’ensemble du territoire camerounais, à
l’exclusion des parcelles dont les personnes publiques et privées détiennent un titre de
propriété. Sans être propriétaire, l’État est toutefois chargé de sa gestion.
La définition précise de ces différents domaines est fondamentale, elle détermine en
effet le régime juridique applicable.
Après avoir analysé la nature du droit de propriété que les personnes publiques
détiennent sur leurs biens (Ch.1), nous tâcherons de déterminer ce qui constitue la spécificité
du domaine public dans sa définition et sa consistance (Ch. 2), dans sa protection (Ch. 3),
dans son utilisation (Ch. 4). Nous aborderons ensuite l’étude du domaine privé (Ch.5), avant
d’achever notre parcours dans les dédales de la gestion du domaine national (Ch.6).
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CHAPITRE 1 : LA PROPRIÉTÉ DES PERSONNES PUBLIQUES
Les notions de domaine public et domaine privé désignent des biens appartenant aux
personnes publiques (États collectivités territoriales, établissements publics). Cela suppose
qu’elles ont un droit de propriété sur ces biens.
Selon l’article 544 du Code civil, « La propriété est le droit de jouir et disposer des
choses de la manière la plus absolue, pourvu qu'on n'en fasse pas un usage prohibé par les lois
ou par les règlements ». Le droit de propriété est un droit reconnu à toute personne dotée de la
personnalité juridique de disposer de biens mobiliers et immobiliers. Il se résume à trois
éléments : l'usus (droit d'utiliser), le fructus (droit d'user des fruits) et l’abusus (droit de
disposer).
La question se pose de savoir si les personnes publiques ont un doit de propriété sur
les biens dont elles disposent, en particulier ceux affectés à l’utilité publique (S1). Si oui, ce
droit de propriété est-il identique à celui des personnes privées sur leurs biens ? (S2)
Section 1- Le principe d’un droit de propriété des personnes publiques sur leurs
biens
L'idée qu'une personne publique soit propriétaire de biens a autrefois été contestée (A).
Aujourd'hui, néanmoins, ce point de vue est totalement admis (B).
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e
Toutefois, dès la fin du XIX siècle, cette analyse est contestée par le Doyen de la
faculté de droit de Toulouse, Maurice Hauriou, dans son « Précis de droit administratif et de
droit public ».
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onéreux et gratuit. » Acquisition ayant pour synonyme appropriation, la propriété des
collectivités territoriales sur des biens du domaine public s’avère incontestable.
Étant acquis que les personnes publiques détiennent un droit de propriété sur leurs
biens, la question qui se pose à présent est de savoir si ce droit de propriété est de la même
nature que celui des personnes privées.
À vrai dire si, à certains égards, le droit de propriété des personnes publiques est
similaire à celui des personnes privées (§1), à d’autres, par contre, il s’en distingue (§2).
§1- les similitudes entre droit de propriété publique et droit de propriété privé
Par certains aspects, le droit de propriété publique se rapproche du privé.
En effet, comme les personnes privées, les personnes publiques peuvent acquérir leurs
biens par des procédés de droit commun : acquisition à titre gratuit (dons, legs, abandon,
prescription) ou à titre onéreux (achat ou échange). Elles ont le droit d’utiliser elles-mêmes
ces biens ; d’accorder ce droit à des tiers moyennant des redevances ; d’obtenir réparation des
dommages causés aux biens domaniaux.
Elles assument par ailleurs des charges que l’on retrouve dans le régime de la propriété
privée : frais d’entretien des biens domaniaux ; réparation des dommages causés aux
administrés du fait de ces biens.
Ces similitudes ont amené certains auteurs à identifier le droit détenu par les personnes
publiques sur le domaine public au droit de propriété défini par le Code civil. C’est le cas de
René Capitant et Gilbert Maroger qui ont estimé que la propriété du domaine public était une
propriété de droit privé, mais soumise à une servitude d'affectation dans l'intérêt général, d'où
l'application de règles de droit public.
Il convient cependant, en ce qui concerne le domaine public, de ne pas confondre, de
bien distinguer le régime de la propriété du régime de la domanialité publique.
Ainsi, le droit de propriété que les personnes publiques ont sur leurs biens est de la
même nature de la propriété en général. Si cette propriété publique présente quelques
spécificités, elle est cependant le droit de propriété consacré la constitution de 1996 dans son
préambule et donc protégée, comme il en est de toutes les formes de propriété.
Une décision du CC français abonde dans ce sens.
En effet, dans sa décision des 25-26 juin 1986, le haut Conseil affirme que la
protection constitutionnelle du droit de propriété que consacre la Déclaration des droits de
l'homme de 1789 « ne concerne pas seulement la propriété privée des particuliers, mais aussi,
à un titre égal, la propriété de l'État et des autres personnes publiques ».
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Aussi, lorsqu'une question de propriété se pose, la compétence est celle du juge
judiciaire, même si le propriétaire supposé ou contesté est une personne publique, même si la
contestation porte sur un bien qui fait a priori partie du domaine public ; cette question de
propriété est une question préjudicielle pour le juge administratif (C.E., 29 juin 1990,
Consorts Marquassuzaa, D. adm. 1990, no 442).
On peut ainsi affirmer, avec Yves Gaudemet que « La propriété des personnes
publiques est - dans son principe - celle du droit privé » (v. LPA, 23 juil. 2004, n° 147, p. 12).
Le régime de la domanialité publique ne doit donc pas être confondu avec la propriété.
La domanialité publique constitue un régime d'affectation, justifié par l'utilité publique
que sert temporairement le bien en cause, elle trouve ses limites dans les exigences de cette
affectation, ne doit pas être étendue aux biens ou à une partie des biens qui ne sont pas utiles à
l'affectation ; et elle cesse lorsque celle-ci prend fin.
La domanialité publique apparaît ainsi comme une réglementation supplémentaire,
s'ajoutant aux droits et obligations que la personne publique tient de sa qualité de propriétaire
du bien. Simplement, cette réglementation « en plus » est susceptible de modifier certaines
caractéristiques du droit de propriété ; d’où la spécificité du droit que détiennent les personnes
publiques sur leurs biens.
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des ventes, des saisies ou voies d’exécution, on risquerait de porter atteinte au service de
l’intérêt général, à l’équilibre social.
En conclusion, si l'on doit considérer que les personnes publiques sont titulaires d'un
droit de propriété, celui-ci est d'une nature spécifique et ne peut, de ce fait, être totalement
confondu avec le droit de propriété privé. Il est, dès lors, opportun d'employer, comme
Hauriou, la formule « propriété administrative » parce qu'elle rend compte de la spécificité de
ce droit de propriété reconnu aux personnes publiques, en particulier sur leurs biens inclus
dans le domaine public.
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CHAPITRE 2 : DÉFINITION ET CONSISTANCE DU DOMAINE PUBLIC
Compte tenu de cette distinction, seuls les biens rangés par le cahier des charges de la
concession dans la catégorie des « biens de retour » et affectés à l'exploitation du service
public concédé, sont considérés comme des dépendances du domaine public de la personne
publique concédante (TC, 2 décembre 1968, EDF).
À l’évidence, l'appartenance du bien à une personne publique est une condition
déterminante. Mais la domanialité publique du bien en cause reste particulièrement
subordonnée à la présence d'un second critère : celui de l'affectation du bien à l’utilité
publique.
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B)- L’affectation au service public
Outre l’affectation à l’usage direct du public, un bien peut être affecté à un service
public.
Le service public, vous le savez, est une activité assurée par une personne publique ou
par une personne privée - sous le contrôle d'une personne publique et sous un régime
partiellement public - en vue de la satisfaction d’un besoin d'intérêt général. Les activités
relatives à l’enseignement, à la santé, à la distribution de l’eau, de l’électricité, au transport,
etc. peuvent être érigées en service public dans la mesure où les autorités publiques estiment
qu’elles sont importantes pour le bien-être de la société.
Aussi, les biens concourant à l’exercice des activités desdits services peuvent être
classés dans le domaine public, dès lors qu’ils appartiennent à une personne publique et sont
indispensables au bon fonctionnement du service concerné.
Lorsqu'un bien public est affecté à un service public, il n'est susceptible d'être utilisé
par les administrés qu'en tant que ceux-ci se comportent comme les usagers du service public
affectataire. C’est le cas, par exemple, de l’utilisation des écoles publiques, des hôpitaux
publics, des palais de justice, des équipements sportifs, etc.
En définitive, pour qu’un bien fasse partie du domaine public, il faut qu’il soit, à la
fois, la propriété d’une personne publique et affecté soit à l’usage direct du public soit à un
service public.
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À cette détermination du domaine public basée sur les critères de propriété et
d’affectation, le législateur a pris soin de désigner des biens relevant du domaine public
(domaine public par détermination de la loi) ou du domaine privé. La définition prend ici la
forme d’une identification ; le législateur désignant nommément les biens du domaine public.
Dès lors, l’étude de la consistance du domaine public nous permettra de connaitre avec
précision les biens du domaine public déterminés par la loi.
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Les conceptions et les définitions retenues pour le domaine public maritime peuvent
être transposées au domaine public fluvial. Certaines installations se rapportant au domaine
public fluvial se classent dans le domaine immobilier artificiel. Les alinéas g et h de
l’ordonnance de 1977 range les ports commerciaux et militaires fluviaux dans cette catégorie
de biens. On pourrait également y ajouter les barrages de Lagdo et celui d’Edéa.
§ 2 Le domaine public mobilier
L’ordonnance n° 74-2 du 6 juillet 1974 portant régime domanial indique clairement,
dans son article 2, que tous les biens meubles qui, par nature ou par destination (v. les articles
528 et 529 du CC), sont affectés soit à l'usage direct du public, soit aux services publics, font
partie du domaine public.
En effet, la nécessaire protection de certains biens publics mobiliers, en raison de leur
statut ou de leur utilité, impose l'admission de leur appartenance au domaine public.
Cependant, aucun texte camerounais n’indique concrètement les biens devant faire
partie du domaine public mobilier.
Le recours au droit français s’avère une fois de plus nécessaire pour une appréhension
plus approfondie de la notion de domaine public mobilier. Le code général de la propriété des
personnes publiques français, dans son article L.2112-1, parle de « biens présentant un intérêt
public du point de vue de l'histoire, de l'art, de l'archéologie, de la science ou de la technique
».
Peuvent être rangés dans cette catégorie :
- Les archives publiques ;
- Les collections des musées publics (tableaux et objets d’art) ;
- Les collections de documents anciens, rares ou précieux des bibliothèques publiques.
La vocation culturelle caractérise grandement les biens du domaine public mobilier.
En dehors de ces principales hypothèses, les biens mobiliers publics se rangent le plus
souvent dans le domaine privé : véhicules administratifs, ordinateurs et autres machines
électroniques ou électriques, mobiliers de bureau, etc.
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Les règles d'entrée, tout comme de sortie du domaine diffèrent selon que sont
considérés les biens du domaine public naturel (A) ou les biens du domaine public artificiel
(B) ; la procédure est simplifiée pour les premiers, elle est renforcée pour les seconds.
A) L'entrée dans le domaine public naturel
Nous avons vu que le domaine public naturel se compose de biens dont l'existence
s'impose à l'homme de l'extérieur. L'acquisition même de ces catégories de biens résulte
nécessairement de la survenance de certains phénomènes naturels. La réalisation de ces
phénomènes entraîne, tout à la fois, l'acquisition du bien par la collectivité publique et son
incorporation automatique dans le domaine public. L'automaticité de l'incorporation exclut
tout acte de volonté. La collectivité publique constate, mais ne réalise pas.
En conséquence toute modification dans les phénomènes physiques a pour effet de
modifier la consistance du domaine public naturel :
- ainsi, la domanialité publique des rivages de la mer résulte de la réalisation d’un
phénomène naturel : la submersion par les marées les plus hautes. La personne publique se
borne à constater que telle partie du littoral est recouverte par la mer, quelle que soit la cause
du phénomène : érosion naturelle (CE 22 décembre 1976, ministre de l'Équipement contre
société foncière Biarritz-Anglet), destruction d'une digue de défense (CE 18 juin 1976,
Ménard et Pujol).
- lorsqu'un cours d'eau change de lit et submerge des terrains appartenant à des
personnes privées, ces terrains sont incorporés au domaine public fluvial.
B) L’entrée dans le domaine public artificiel.
L'autorité compétente de la collectivité publique propriétaire intervient, ici, de manière
active et volontaire. Elle décide de réaliser l'entrée d'un bien déterminé dans le domaine
public. Les éléments intentionnels et formels manifestent ici toute leur portée.
De fait, si une affectation formelle (acte de classement) est en principe exigée (1),
l'affectation matérielle est décisive (2).
1)- Une affectation formelle en principe exigée
Elle consiste en un acte explicite : c'est une manifestation unilatérale de volonté par
laquelle l'autorité administrative compétente décide que le bien considéré sera affecté à tel
usage public ou à tel service public. L'acte fixe la destination particulière du bien.
En principe, l'autorité compétente pour classer est l'autorité propriétaire de la
dépendance : le classement des biens de la commune résulte d'une délibération du conseil
municipal, le conseil régional est compétent pour les biens de la région. S’agissant de l’État,
l’article 5.- (al. 1) de l’Ordonnance n°74-2 du 6 juille 1974, modifiée par l’Ordonnance 77-2
du 10 janvier 1977 énonce que « Les immeubles destinés à faire partie du domaine public
artificiel de l'État sont classés par décret ».
2) Une affectation matérielle indispensable
L'acte de classement n'entraîne aucun effet juridique à lui seul : une affectation
formelle non suivie d'une affectation matérielle de fait ne suffit pas à faire tomber le bien dans
le domaine public. L'affectation de fait, à un service public ou à l'usage direct du public, est
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déterminante. On doit être en mesure de constater ici que, ayant fait l'objet des aménagements
nécessaires, le bien est rendu utilisable.
Le juge administratif français a considéré qu'un bien qui n'a pas fait l'objet d'un
classement appartient néanmoins au domaine public s'il y a eu affectation matérielle. Tel est le
cas d'une voie appartenant à la commune, située à l'intérieur de l'agglomération, affectée à la
circulation publique, mais qui n'a pas fait l'objet d'un acte de classement : CE 9 novembre
1935, commune de Roquefeuil - CE 28 juillet 1993, Rudel.
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CHAPITRE 3 : LA PROTECTION DU DOMAINE PUBLIC
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Une dépendance du domaine public affectée à une activité de service public constitue
un élément de fonctionnement et de continuité dudit service. Toute possibilité d'aliénation de
la dépendance pendant la durée de l'affectation serait de nature à compromettre la mission
poursuivie par le service concerné, mettant ainsi en péril l’existence et la continuité du
service public. Lorsque la dépendance est affectée à l'usage direct du public, son aliénation,
pendant la durée de cette même affectation, pourrait compromettre l'exercice de certaines
libertés fondamentales : liberté d’aller et venir, liberté du commerce, de l'industrie, etc.
C'est donc pour préserver l'utilisation du bien considéré que les biens publics sont
rendus inaliénables tant que dure leur affectation à l’intérêt général. Le principe
d'inaliénabilité vaut pour le domaine public immobilier, comme pour le domaine public
mobilier. Il emporte des conséquences notables.
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C) Relativité du principe d’inaliénabilité du domaine public
La relativité du principe d’inaliénabilité du domaine public tient non seulement au lien
établi avec l’affectation (1), mais aussi aux démembrements admis par le législateur (2).
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Ainsi, selon l’article 17 de la Loi nº 2006/012 du 29 décembre 2006 fixant le régime
général des contrats de partenariat, « Lorsque le contrat emporte occupation du domaine
public, il vaut autorisation d'occupation de ce domaine pour sa durée. Le titulaire du contrat
a, sauf stipulation contraire de ce contrat, des droits réels sur les ouvrages et équipements
qu'il réalise. Ces droits lui confèrent les prérogatives et obligations du propriétaire, dans les
conditions et les limites définies par les clauses du contrat ayant pour objet de garantir
l'intégrité et l'affectation du domaine public ».
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avril 2008 fixant le régime des sanctions applicables aux infractions et aux règlements
d’urbanisme).
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Outre le régime administratif de protection, le domaine public bénéficie également
d’une protection pénale caractérisée par une police particulière, la police de la conservation.
On appelle police de la conservation du domaine public, le pouvoir de réglementation et
d’action dont dispose l'administration afin de maintenir ou rétablir l'intégrité matérielle des
biens publics et d’assurer leur utilisation normale.
La police de la conservation est assortie de sanctions particulières : les contraventions
de voirie. Celles-ci se répartissent en contravention de voirie routière (§1) et en
contraventions de grande voirie (§2).
Une condamnation pénale plus sévère est prévue à l’article 230 du Code pénal.
Suivant cet article, en effet, « Est punit d'un emprisonnement d’un mois à deux ans celui qui,
sans autorisation régulière, met obstacle à l'usage d'une voie publique terrestre ou d'une voie
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d'eau navigable ou qui en rend l'usage difficile en déformant la chaussée ou en détournant le
cours de la voie d'eau soit par des constructions, soit par une utilisation abusive, soit par
l'exploitation des terrains adjacents. »
Le même article punit de la même peine celui qui, étant chargé de l'entretien d'une voie
publique ou d'un ouvrage s'y rapportant, s'en abstient, sanctionnant ainsi une éventuelle
obligation d’entretien.
§2)- Les contraventions de grande voirie
La notion de « contravention de grande voirie » est utilisée pour qualifier,
juridiquement, les comportements attentatoires à l'intégrité des dépendances du domaine
public n'appartenant pas à la voirie routière.
S’agissant du domaine maritime, tout capitaine de navire qui se rend coupable d'un
rejet dans les eaux maritimes sous juridiction camerounaise d'hydrocarbures ou d'autres
substances liquides nocives pour le milieu marin, en infraction aux dispositions de la présente
loi et de ses textes d'application ou des conventions internationales relatives à la prévention de
la pollution marine auxquelles le Cameroun est parti, peut être puni d'une amende de dix
millions à cinquante millions de FCFA et d'une peine d'emprisonnement de six mois à un an
ou de l'une de ces deux peines seulement (Article 83).
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CHAPITRE 4 : L’UTILISATION DU DOMAINE PUBLIC
On parle d’utilisation collective du domaine public lorsque le bien est utilisé par le
public en général, ou par une catégorie de personnes objectivement déterminée.
Les principales dépendances concernées sont les voies publiques terrestres, mais aussi
les rivages de la mer, les cours d’eau, ou les halles et marchés publics.
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Celui-ci s'appuie sur trois principes fondamentaux : la liberté (A), l’égalité (B) et la
gratuité (C).
A- La liberté de l’utilisation.
La liberté d'utilisation des dépendances domaniales trouve son fondement dans le fait
que, la plupart du temps, l'usage commun du domaine public correspond à l'exercice d'une
liberté publique : la liberté de circuler sur les voies publiques est la manifestation de la liberté
d'aller et de venir, le transport et la circulation des marchandises sur les voies publiques sont
une expression de la liberté de commerce et de l'industrie.
Plus généralement, l'affectation d'une dépendance domaniale à l'usage du public
confère aux bénéficiaires le droit d'utiliser librement cette dépendance : point n’est besoin
d'une autorisation pour circuler sur le domaine public. À ce titre, le permis de conduire
n'est pas une autorisation administrative de se déplacer sur la voie publique, c'est un certificat
d'aptitude à la conduite.
Néanmoins, la liberté d'utilisation n'existe que pour autant que l'utilisation est
conforme à l'affectation de la dépendance domaniale : les voies publiques sont réservées à la
circulation automobile, les trottoirs aux piétons...
Par ailleurs, aucune liberté ne revêt un caractère absolu : elle doit se concilier avec
l'exercice d'autres libertés et avec les exigences de l'ordre public ; la liberté d'utilisation des
dépendances domaniales n'échappe pas à la règle.
De la même manière que le droit de grève s'exerce dans le cadre des lois qui le
réglementent, toute liberté, pour être effective, nécessite une réglementation.
La plupart du temps, la réglementation des libertés et, en l'occurrence la liberté
d'utilisation des dépendances domaniales obéit à des nécessités d'ordre public. L'autorité de
police pourra apporter les limitations nécessitées par le respect de la sécurité, de la
tranquillité, de la salubrité publique : prévention d'accident, amélioration de la circulation,
lutte contre le bruit, etc.
Cependant, cette réglementation doit respecter le principe de liberté, elle ne peut par
conséquent comporter des mesures d'interdiction à caractère général et absolu.
C- La gratuité de l’utilisation
Le principe de gratuité signifie que l'usage commun du domaine public ne saurait être
assujetti au paiement de taxes ou redevances.
Ce principe est peut-être celui qui rencontre le plus de limites. Deux exemples types
en témoignent : la circulation et le stationnement.
Si l'usage des voies publiques est en principe gratuit, des péages peuvent être institués
sur les routes nationales.
S’agissant du stationnement, il est le corollaire de la liberté de circulation sur les voies
publiques. Dès lors, même s'il est payant, le stationnement est un droit.
Le stationnement payant doit être justifié par les nécessités de la circulation et non par
le souci exclusif de procurer des ressources supplémentaires. Par ailleurs, sa création ne doit
pas porter atteinte aux conditions d'accès et de desserte des riverains des voies publiques.
32
révocable. En quatrième lieu, l'usage privatif est le plus souvent anormal puisqu'il concerne
des dépendances affectées, en principe, à l'usage de tous ; sauf, par exemple, pour les
emplacements de marchés qui sont des occupations privatives normales puisque les marchés
sont destinés recevoir des marchands.
Il existe deux types d'autorisations d'occupation privative du domaine public : les unes
ont un caractère unilatéral (1) et les autres ont une nature contractuelle (2).
1- Les autorisations unilatérales d'occupation du domaine public
Les autorisations à caractère unilatéral opposent le permis de stationnement à la
permission de voirie.
Le permis de stationnement donne droit à une occupation privative du domaine public,
sans emprise au sol : terrasses de café installées sur les trottoirs (CE 14 juin 1972, El Koubi),
étalages sur les trottoirs, dépôts de bennes sur la voie publique, stationnement de taxis...
L'autorisation est délivrée par l'autorité chargée de la police de l'ordre public.
Ainsi, selon l’article 89, al. 1 et 2 de la Loi n° 2004/018 du 22 juillet 2004, fixant les
règles applicables aux communes, « Le maire exerce les pouvoirs de police en matière de
circulation routière, dans le ressort de sa commune.
Il peut, moyennant le paiement de droits fixés par délibération, donner des permis de
stationnement ou de dépôt temporaires sur la voie publique, sur les rivières, ports et quais
fluviaux relevant de la compétence de la commune et sur d’autres lieux publics, sous réserve
33
que cette attribution puisse avoir lieu sans gêner la circulation sur la voie publique ou la
navigation ». Sur cette compétence du maire, voir aussi article 119 de la Loi n° 2004/003 du
21 avril 2004 régissant l’urbanisme au Cameroun.
35
stipule l’article 97, al. 2 de la loi N° 2004-03 du 21 avril 2004 régissant l’urbanisme au
Cameroun, aucune de ces occupations ne doit constituer un blocage au fonctionnement
normal de la ville ».
L'obligation de fixer une durée de validité initiale du titre juridique ne remet nullement
en cause le pouvoir qu'a l'autorité compétente de provoquer une fin anticipée de ladite
occupation privative.
L'autorité administrative est recevable à se fonder soit sur des motifs d'intérêt
général (CE, 14 octobre 1991, Helié, Rec., p. 680), soit sur la nécessité de protéger le
domaine public en raison de l'incompatibilité constatée de l'utilisation avec l'affectation
ou du non-respect par l'occupant de ses engagements.
Lorsque la révocation de l'autorisation est fondée sur un motif d'intérêt général,
l'occupant privatif peut se voir reconnaître un droit à indemnité. Aucune indemnité n'est due
lorsque la violation par l'occupant privatif de ses engagements est à la base du retrait de
l'autorisation.
Selon la théorie générale des contrats administratifs, cette révocabilité des titres
juridiques est inhérente à toute occupation du domaine public. Pour cette même raison, toute
clause contractuelle excluant la possibilité d'exercice du pouvoir reconnu à l'Administration
de provoquer une fin anticipée du contrat d'occupation privative est nulle (CE, 4 février 1983,
ville de Charleville-Mézières, rec., p. 45).
36
CHAPITRE 5 - LE DOMAINE PRIVE DES PERSONNES PUBLIQUES
Le domaine privé ne fait pas l'objet d'une définition très précise, ses règles de
constitution sont hétéroclites.
37
A- Modes de constitution de droit public
L'intégration d'un bien au domaine privé peut résulter de la mise en œuvre de plusieurs
types de techniques de Droit public (art. 10s, ord. 72-2 du 6 juillet 1974) :
a- D'un acte de classement intervenu par application des législations en vigueur en
matière domaniale : (- les biens meubles et immeubles acquis par l'État à titre gratuit ou
onéreux selon les règles du droit commun ; -les terrains qui supportent les édifices,
construction ouvrages et aménagements réalisés et entretenus par l'État ; - Les immeubles
dévolus à l'État en vertu de l'article 120 du Traité de Versailles de 1919, etc.)
b- D'un acte de déclassement du domaine public ;
c- D'un acte d'expropriation pour cause d'utilité publique ;
d- D'un acte de déchéance ou de droit de reprise des concessions rurales ou urbaines;
e- D'un acte de dissolution administrative ou judiciaire des associations pour fait de
subversion, d'atteintes à la sûreté intérieure ou extérieure de l'État, transférant leurs biens à
l'État·
f- D'un prélèvement souverainement décidé par l'État sur le domaine national par
application des dispositions de l’article 18 de l'ordonnance fixant le régime foncier ;
g- D'autres modes exorbitants d'incorporation de biens au domaine privé sont à
mentionner :
- l'acquisition par l'État des successions en déshérence (Code civil, article 538) ;
- des biens vacants et sans maître (Code civil, articles 539 et 713) ;
- les biens faisant l'objet d'une confiscation pénale, etc.
À ces modes exorbitants d'ordre interne peuvent s'ajouter des modes d'incorporation
d'ordre international :
- le traité, particulièrement l'article 120 du Traité de Versailles attribuant certains biens
allemands à l'État colonisateur successeur et ainsi à l'État du Cameroun indépendant.
39
1)- La vente
L'aliénation des biens immeubles du domaine privé de l'État doit, la plupart du temps,
être autorisée par le préfet, le ministre ou le Président de la République, et faire l'objet d'une
adjudication publique qui suppose une publicité et une mise en concurrence. L’adjudication
est le mode principal d’aliénation des biens du domaine privé ; la vente de gré à gré est
secondaire, dérogatoire (art. 16, ordonnance n° 74-2 du 6 juillet 1974 fixant le régime
domanial).
3- L’échange
Selon l’article 13 du décret n° 76-167 du 27 avril 1976 fixant les modalités de
gestion du domaine prive de l'État, « il peut être procédé à l'échange d'un immeuble
domanial ou non bâti contre des biens de même nature appartenant à des particuliers;
Les immeubles, objets de l'échange, sont préalablement évalués contradictoirement par
l'administration des domaines et le particulier.
En cas de différence de valeur, une soulte est stipulée au profit ou à la charge de l'État
».
L'acte d'échange est approuvé par décret.
40
De même, certains contrats relatifs à l'utilisation du domaine privé peuvent être des
contrats administratifs s'ils répondent aux critères d'identification de ce type de contrats, telles
la présence de clauses exorbitantes du droit commun (TC 15 janvier 1990, Maccia), ou la
participation directe du cocontractant à l'exécution d'un service public (CE 4 juillet 1969,
Trouvé).
Par ailleurs, l’exécution de travaux publics sur le domaine privé, l’exercice de
missions de services publics sur les dépendances du domaine privé appellent la compétence
du juge administratif.
41
CHAPITRE 6 - LE DOMAINE NATIONAL
Contrairement au domaine public et au domaine privé, le domaine national n’est pas
objet de propriété, ni pour l’État, ni pour les autres personnes publiques, ni même pour les
personnes privées. Il constitue le « patrimoine collectif national » et est composé de toutes les
terres, à l'exception du domaine public, du domaine privé, des terres immatriculées ou
transcrites, soit en vertu du Code civil, soit en vertu de la procédure de la constatation des
droits coutumiers. L’État en est le gestionnaire. Ce rôle d’administrateur du patrimoine
national lui a été attribué par l'ordonnance n° 74/1 du 6 juillet 1974 fixant le régime foncier.
Son article 16 dispose en effet que : « Le domaine national est administré par l'État en vue
d'en assurer une utilisation et une mise en valeur rationnelle ». Après avoir analysé sa
consistance (SI), nous examinerons la gestion proprement dite du domaine national (SII).
L’État peut, afin de faciliter la réalisation des projets d'intérêt général, décider de
l’incorporation des dépendances du domaine national à son domaine privé ou bien à celui des
personnes morales publiques. Cette procédure d’incorporation (1°) s’accompagne, le cas
échéant, d’indemnisation des victimes du déguerpissement (2°).
1°)- La procédure d’incorporation
La procédure d’incorporation est réservée aux services publics, aux collectivités
locales, ainsi qu'aux organismes publics autonomes qui sollicitent des dépendances du
domaine national pour des projets d'intérêt général.
La demande d'incorporation adressée au ministre des domaines doit comporter les
indications suivantes : le projet à réaliser, la localisation du projet, la superficie demandée
ainsi que la localisation du terrain, la date approximative de démarrage des travaux, la
43
justification de l'existence de crédits pour le paiement des impenses que pourrait
éventuellement supporter le terrain.
Cette demande a pour but d'amener le ministère chargé des domaines à prendre un
arrêté d'utilité publique concernant le projet envisagé (art. 19).
Lorsque le bien fondé des justifications du projet est établi, le ministre chargé des
domaines prend un arrêté déclarant d'utilité publique les travaux projetés et le notifie pour
enquête au préfet du lieu de situation de l'immeuble (art. 9 à 14 du décret n° 87/1872 du 16
décembre 1987 portant application de la loi n° 85/9 du 4 juillet 1985 relative à
l'expropriation pour cause d'utilité publique et aux modalités d'indemnisation).
L'incorporation du terrain au domaine privé de l'État, de la collectivité locale ou de
l'organisme public est prononcée par décret, lequel indique le montant des impenses à la
charge de la personne morale bénéficiaire.
2°)- L'Indemnisation des victimes du déguerpissement
L'incorporation des dépendances du domaine national au domaine privé de l'État ou
des autres personnes morales est susceptible de provoquer le déguerpissement des occupants
desdits terrains. Les indemnités de déguerpissement dues à la suite de l'incorporation doivent
correspondre à la valeur des constructions ou des cultures que supportait le terrain au moment
de l'enquête (art. 23). À cette fin, la commission de constat et d'évaluation chargée de mener
l'enquête doit produire un état d'expertise des cultures, des constructions et de toute autre mise
en valeur signé de tous ses membres. En principe, l'indemnisation est poursuivie avant tout
déguerpissement. Mais l'État peut, compte tenu de l'urgence du projet, disposer de toute
dépendance du domaine national avant le paiement de l'indemnité de déguerpissement.
B- L’utilisation du domaine national par des occupants ou exploitants privés.
Selon l’article 17 de l’ordonnance n° 74-1 du 6 juillet 1974, « les collectivités
coutumières, leurs membres ou toute autre personne de nationalité Camerounaise qui, à la
date d'entrée en vigueur de la présente ordonnance, occupent ou exploitent paisiblement des
dépendances de la première catégorie prévue à l'article 15, continueront à les occuper ou à les
exploiter ».
Le même article prévoit l’octroi d’un titre de propriété, sur demande, aux exploitants et
occupants susmentionnés. Pour cela, ils doivent prouver la mise en valeur du terrain sollicité.
Il revient à la commission consultative, nommée par le Préfet et siégeant au niveau du district
ou de l'arrondissement, d’examiner et de régler, le cas échéant, les litiges qui lui sont soumis
dans le cadre de la procédure d'obtention du titre foncier sur les dépendances du domaine
national occupées ou exploitées (art. 12 et 13 du décret n° 76-166 du 27 avril 1976 fixant les
modalités de gestion du domaine national).
§2. La gestion des terres libres de toute occupation : la cession progressive des
terres
Les terres non occupées ou non exploitées du domaine national connaissent une modalité
particulière de gestion : c'est la concession. La concession, au sens des textes relatifs au domaine
national, est la forme par excellence de la redistribution des terres composant ledit domaine. Le
concessionnaire investi d'un droit d'occupation, essentiellement provisoire dans son origine, peut
transformer la précarité de sa possession par une mise en valeur du terrain
44
concédé dont il devient alors pleinement propriétaire. C'est en quelque sorte une propriété
potentielle sous condition suspensive.
En effet, l'attribution d'une concession est d'abord faite à titre provisoire (A). Mais
suivant les cas, celle-ci peut être transformée par la suite en bail ou concession définitive (B).
A- La concession provisoire
Après avoir examiné les conditions d’attribution de la concession provisoire (1°), nous
évoquerons les faits mettant fin à ladite concession (2°).
1°)- Les conditions d’attribution de la concession provisoire
Aux termes de l’article 2 du décret n° 76-166 du 27 avril 1976 fixant les modalités de
gestion du domaine national, la concession provisoire est octroyée pour des projets de
développement entrant dans le cadre des options économiques, sociales ou culturelles de la
nation.
Toute personne physique ou morale désireuse de mettre en valeur une dépendance du
domaine national non occupée ou exploitée, doit en faire la demande au service des domaines
du lieu de situation de l'immeuble. Cette demande doit être accompagnée, entre autres des
pièces permettant l’identification du demandeur et du terrain concerné, d'un programme de
mise en valeur faisant ressortir les étapes de sa réalisation.
Les concessions provisoires de moins de 50 ha sont attribuées par arrêté du ministre
chargé des domaines, et celles de plus de 50 ha par décret présidentiel. Leur durée est de cinq
ans maximum. Mais exceptionnellement, cette durée peut être prorogée sur la demande
motivée du concessionnaire.
2°)- La fin de la concession provisoire
Un certain nombre de faits énumérés par le décret n° 76-166 mettent fin à la
concession provisoire. Il s'agit :
-de l'expiration du délai prévu au contrat ;
-du non-respect des obligations imposées au concessionnaire par le cahier de charges ;
-de l'abandon volontaire de la concession ;
-de l'aliénation du terrain sans le consentement de l'autorité concédante ;
-du décès du bénéficiaire, si 1'héritier ne demande pas le transfert des droits dans un
délai d'un an, à compter de la date de décès ;
-de la faillite du concessionnaire ou de la dissolution s'il s'agit d'une société ;
-de l'octroi d'une concession définitive.
Dans ce dernier cas, il faut que le concessionnaire ait satisfait à l'obligation principale
qui pèse sur lui, à savoir la mise en valeur du terrain concédé.
L'acte mettant fin à la concession provisoire est, selon les cas, soit un arrêté du
ministre des domaines, soit un décret présidentiel.
B- La concession définitive et le bail emphytéotique.
45
Le constat de la mise en valeur du terrain provisoirement concédé (1°) entraîne la
conversion de la concession provisoire soit en concession définitive (2°), soit en bail
emphytéotique (3°).
1°)- Le constat de la mise en valeur du terrain provisoirement concédé
À l'expiration de la durée de concession provisoire, la commission consultative prévue
par l'article 16 de l'ordonnance 74/1 du 6 juillet 1974 procède à un constat de mise en valeur
du terrain concédé et en dresse un procès-verbal. C'est sur la foi de ce dernier que l'autorité
préfectorale propose soit la transformation du contrat de concession provisoire en un contrat
de concession définitive, soit sa transformation en un bail emphytéotique, soit enfin la
prorogation de la durée de la concession provisoire.
Le procès-verbal de mise en valeur est dressé par la commission après enquête. Il doit
faire ressortir le montant des investissements réalisés et contenir toutes les informations et
objections reçues au cours de l'enquête.
Le procès-verbal est adressé par la suite au ministre chargé des domaines par le préfet,
accompagné de tout le dossier et de ses propositions.
2°)- La conversion de la concession provisoire en concession définitive
Si le terrain concédé a été mis en valeur conformément aux conditions imposées par
l'acte de concession et ses avenants éventuels, le contrat de concession provisoire, au vu du
procès-verbal adressé au préfet par la commission, peut être transformé par cette autorité en
contrat de concession définitive permettant au bénéficiaire de procéder à l'immatriculation du
terrain concerné et d'en obtenir un titre foncier.
L'attribution en concession définitive peut être également décidée par le préfet, même
si la mise en valeur du terrain n'a été que partielle. Dans cette hypothèse, il peut proposer
l'attribution soit de la totalité du terrain, soit de la partie qui, seule, a été mise en valeur.
L'attribution définitive n'est ouverte u aux seuls demandeurs de nationalité camerounaise.
3°)- La conversion de la concession provisoire en bail emphytéotique
La concession provisoire peut être également convertie en bail emphytéotique. C'est
l'unique mode de transformation de la concession provisoire accessible aux étrangers ayant
mis en valeur une dépendance du domaine national.
À l'expiration de son délai initial, ce bail est résilié par arrêté du ministre chargé des
domaines ou par décret selon le cas. Mais il peut être aussi renouvelé selon la même
procédure au besoin sous réserve d'investissements supplémentaires.
46
DEUXIEME PARTIE : L’EXPROPRIATION POUR CAUSE D’UTILITE
PUBLIQUE
47
Dans aucun texte, la législation camerounaise ne définit la notion d'utilité publique,
bien que celle-ci ressorte, expressément ou implicitement, de différentes dispositions.
Le préambule de la constitution du 18 janvier 1996 en fait ainsi la raison fondamentale
d’atteinte au droit de propriété.
En effet, aux termes de celui-ci, « La propriété est le droit d’user, de jouir et de
disposer des biens garantis à chacun par la loi. Nul ne saurait en être privé si ce n’est pour
cause d’utilité publique et sous la condition d’une indemnisation dont les modalités sont
fixées par la loi ».
Dans le même ordre d’idée, l’article 545 du code civil dispose que : « Nul ne peut être
contraint de céder sa propriété, si ce n’est pour une cause d’utilité publique, et moyennant
une juste et préalable indemnité ».
Pour la doctrine administrative, c'est une notion essentiellement extensible, c'est à dire
susceptible de varier en fonction des circonstances et de la mission que l'État s'assigne en
matière de développement.
L'utilité publique ou l'intérêt public ou général peut ainsi concerner des domaines aussi
variés que ceux des travaux publics (TGI, Ydé, jugement civil n° 263, 4 avril 1984, Foe
Gorgon , aménagement des voies publiques), de l'économie (CA/CS, 30 novembre 1997, Scté
Renault Cameroun, construction du marché du Mfoundi), du sport, de la santé, de l'éducation,
de l'aménagement du territoire et de l'urbanisme. Dans tous les cas, il importe que le projet
concoure à la satisfaction des besoins d'une collectivité donnée dans un de ces domaines pour
qu'il soit déclaré d'utilité publique.
50
En cas d’aboutissement des négociations, l’acquisition est faite selon les règles de
droit commun.
En cas de désaccords, les résultats desdites négociations sont soumis à l'arbitrage du
Ministre chargé des Domaines. Si l'arbitrage se révèle infructueux, il est procédé à
l'expropriation, aux frais du bénéficiaire, suivant la procédure normale.
Le point de départ d'une opération d'expropriation est marqué par la volonté d'un
expropriant d'acquérir un bien immeuble destiné à être utilisé au titre de l'intérêt général. Le
projet d'acquisition forcée s'inscrit dès lors dans une procédure complexe dans le cadre de
laquelle interviennent plusieurs autorités et plusieurs décisions. Contrairement au droit
français où les autorités administratives et judiciaires interviennent concurremment dans la
procédure d’expropriation (la procédure d’expropriation s’y déroule en deux phases : une
phase administrative et une phase judiciaire. Les autorités administratives proposent,
préparent et justifient l'acquisition forcée ; tandis que les autorités judiciaires évaluent les
biens visés, fixent les indemnités et ordonnent le transfert de la propriété), le droit
camerounais attribue entièrement cette procédure à l’Administration, le juge n’intervenant
qu’en cas de contentieux.
En effet, tout le déroulement de la procédure d’expropriation, du déclenchement de la
procédure (S1), au décret d’expropriation (S3), en passant par l’enquête préalable (S2), relève
de l’autorité administrative.
52
Cette enquête est menée par une commission dite commission de constat et
d'évaluation. Elle est mise en place par l'arrêté de déclaration d'utilité qui en définit le niveau
de compétence : national, régional ou départemental. La formation de la commission (§1) et
les missions qui lui sont assignées (§2) méritent d’être précisées.
§1-Formation de la commission de constat et d’évaluation
Selon l’article 6 du décret n ° 87/1872 du 16 décembre 1987, les commissions sont
nommées au niveau départemental, par arrêté préfectoral, au niveau régional, par arrêté du
Gouverneur et au niveau national, par arrêté du Ministre chargé des Domaines.
Au niveau départemental la commission de constat et d’évaluation comprend :
- le Préfet ou son représentant (Président) ;
- le responsable du Service départemental des Domaines (Secrétaire) ;
- le responsable du Service départemental du Cadastre (Membre) ;
- le responsable du Service local de l'Urbanisme et de l'Habitat ;
- le responsable compétent des Mines et de l'Énergie ;
- le responsable du Service départemental de l'Agriculture ;
- le responsable du Service départemental des Routes ;
- le représentant du Service ou de l'organisme demandeur ;
- le ou les Député (s) concerné (s) ;
- le ou les Magistrat (s) municipal (aux) ;
- l' ou les Autorité (s) traditionnelle (s) concernée (s) ;
Au niveau régional :
-le Gouverneur ou son représentant (Président) ;
-le responsable du Service régional des Domaines (Secrétaire) ;
-le ou les Préfets (s) concerné (s) ou leurs représentants (Membre) ;
- le responsable du Service régional du Cadastre ;
- le responsable du Service régional de l'Urbanisme et de l'Habitat ;
-le responsable du Service régional chargé des Mines et de l'Énergie ;
-le responsable du Service régional de l'Agriculture ;
-le responsable du Service régional des Routes ;
-le représentant du Service ou de l'organisme demandeur ;
-le ou les Député (s) concerné (s) ;
- le ou les Magistrat (s) municipal (aux) concerné (s) ;
- la ou les Autorité (s) traditionnelle (s) concernée (s).
Au niveau national :
-le Ministre chargé des Domaines ou son représentant (Président) ;
53
-le Directeur des Domaines ou son représentant (Secrétaire) ;
- le ou les Préfet (s) concerné (s) ;
- le Directeur du cadastre ou son représentant ;
- un représentant du Ministre de l'Agriculture ;
- un représentant du Ministre des Mines et de l'Énergie ;
- le Directeur de l'Habitat ou son représentant ;
- le représentant du Service ou l'organisme demandeur ;
- le ou les Député (s) concerné (s) ;
- la ou les Autorité (s) traditionnelle (s) concernée (s) ;
Remarque : mainmise du pouvoir exécutif et absence du juge judiciaire
55
§1- Le transfert de propriété des biens expropriés
er
Aux termes de l’article 4, al. 1 de la loi n° 85-09 du 4 juillet 1985, « Le décret
d'expropriation entraîne transfert de propriété et permet de muter les titres existants au nom
de l'État ou de toute autre personne de droit public bénéficiaire de cette mesure ».
56
L'indemnisation des terrains nus et non viabilisés est faite selon les modalités
suivantes :
-lorsqu'il s'agit d'un terrain résultant d'une détention coutumière ayant donné lieu à
l'obtention d'un titre foncier, l'indemnité ne peut dépasser le taux minimum officiel des
terrains domaniaux non viabilisés de la localité de situation du titre foncier (par ex., un terrain
situé dans la région du centre, dans le département du Mfoundi, dans la localité de Yaoundé
couterait, dans les conditions sus-évoquées, 2500 frs le m², à Nanga-Eboko, 150 frs, à Bafang,
dans le Haut-Nkam 400 frs, à Campo, dans l’Océan, 50 frs. cf. circulaire 0001 du 22 mars
1994 fixant les prix minima de vente des terrains domaniaux).
-Lorsqu'il s'agit d'un terrain résultant d'une transaction normale de droit commun ou
d'une acquisition de terrains domaniaux, l'indemnité due est égale au prix d'achat, majoré des
frais divers d'acquisition.
À noter qu’il n'est dû aucune indemnité pour destruction des constructions vétustes ou
menaçant ruine ou de celles réalisées en infraction aux règles d'urbanisme ou aux dispositions
législatives ou réglementaires fixant le régime foncier.
2)- Nature de l’indemnisation
L'indemnité d'expropriation est, en principe, pécuniaire.
Toutefois, en ce qui concerne les terrains, la personne morale bénéficiaire de
l'expropriation peut substituer une compensation de même nature et de même valeur à
l'indemnité pécuniaire.
En cas de compensation en nature, le terrain attribué doit, autant que possible, être
situé dans la même commune que le terrain frappé d'expropriation.
Si la valeur du terrain alloué en compensation est supérieure à celle du terrain frappé
d'expropriation, la soulte est payée par le bénéficiaire de l'indemnité. Si elle est inférieure, le
bénéficiaire de l'expropriation alloue une indemnité pécuniaire correspondant à la soulte.
3)- Charge de l’indemnisation
Les indemnités dues pour expropriation sont à la charge du bénéficiaire de ladite
expropriation.
Elles sont supportées soit par le budget du département ministériel ayant sollicité
l'expropriation, lorsqu'il s'agit de l'État, soit par la personne morale de droit public ou le
concessionnaire de service public bénéficiaire de l’opération.
4)- Moment de l’indemnisation
En principe, l'indemnisation est préalable à l'expropriation ou, plus exactement, à
l'entrée en possession du bien exproprié. Autrement dit, l'État ou bien la personne morale
publique bénéficiaire de cette procédure ne peut prendre possession de l'immeuble exproprié
qu'après paiement de l'indemnité, consignation de celle-ci à la Caisse des Dépôts et
Consignation ou encore mandatement des crédits correspondants.
Cependant, dans certains cas, le bénéficiaire de l'expropriation peut, avant paiement
effectif de l'indemnité, occuper les lieux dès publication du décret d’expropriation (art. 4, al.2
et 3 de la loi n° 85/09). Dans la pratique, l’Administration n’hésite pas à user et à abuser de
cette opportunité offerte par la loi ; elle ne manque pas, en la matière, d’invoquer des raisons
57
d’urgence (cf. Manuel du représentant de l’État devant les instances judiciaires, précité,
p.113)
B)- Le contentieux de l’indemnisation
La procédure d’expropriation est fondamentalement administrative. Elle constitue
donc un acte de puissance publique. Par conséquent, seuls les tribunaux administratifs sont
compétents pour statuer sur la validité des actes administratifs intervenant au cours de cette
procédure. L’arrêté déclarant l’utilité publique ou le décret d’expropriation peuvent ainsi être
portés devant le juge administratif, et lui seul.
En revanche, lorsque la contestation porte soit sur l'omission d'une victime, soit sur le
montant des indemnités fixées par le décret d'indemnisation, elle est de la compétence des
tribunaux judiciaires (art. 12 de la loi n° 85/09). Cette compétence des tribunaux judiciaires
est justifiée par l'idée qu'ils sont les protecteurs de la propriété privée.
Certes, l'exproprié doit adresser préalablement sa réclamation à l'administration
chargée des domaines, à savoir, le préfet si la commission a été nommée par arrêté préfectoral
au niveau départemental ; le gouverneur, si la commission a été nommée par arrêté du
gouverneur au niveau régional ; ou le ministre des domaines, si elle a été nommée au niveau
national.
En cas d’insatisfaction, il peut alors saisir, dans un délai d'un mois à compter de la
notification de la décision contestée, le tribunal judiciaire compétent du lieu de situation de
l'immeuble.
Le tribunal saisi peut confirmer, réduire ou augmenter le montant de l'indemnité à
laquelle a droit le propriétaire dépossédé, suivant les modalités d'évaluation fixées par la loi
d'expropriation et ses textes d'application.
58
TROISIEME PARTIE : LES TRAVAUX PUBLICS
Pour les besoins de leurs diverses missions d’intérêt général, l'État et les autres
personnes publiques réalisent ou font réaliser des opérations de construction, d'aménagement,
d'équipement, de réparation, d’entretien ou d'installation de toute sorte : infrastructures
routières, voies ferrées, centrale hydroélectrique, bâtiments administratifs, établissements
scolaires, hôpitaux, complexe sportif, ports, aéroports, ...
Ces différentes opérations sont, pour l'essentiel, soumises à un régime juridique
exorbitant du droit commun (Ch. 2). Mais ce régime dit des travaux publics n'est rendu
applicable qu'aux opérations répondant à certains critères sur la base desquels on définit le
travail public et l’ouvrage public (Ch. 1).
59
A- Un travail immobilier…
L’existence d’un travail sur un immeuble satisfait le critère matériel.
1°)- Existence d’un travail
Le travail public nécessite l’existence d’un travail, une opération matérielle. Il doit y
avoir œuvre de construction, de réparation ou d’entretien d'immeuble.
La notion de travail public concerne la construction elle-même. Mais elle concerne,
également, tous les travaux préliminaires à la construction tels que : la démolition, le
déblaiement, le terrassement, le nivellement, le transport des matériaux nécessaires à
l'exécution des travaux.
Les travaux de réparation ou d'entretien sont également diversifiés ; ils vont, par
exemple, du goudronnage des routes ou de la tonte d’une pelouse.
2°)- Travail effectué sur un immeuble
Le travail doit être effectué sur un immeuble bâti ou non bâti, immeuble par nature ou
par destination, selon les dispositions du Code civil.
Par conséquent, une opération se rapportant à un bien meuble ne peut être qualifiée
travail public. La construction d'un navire ou d'une tribune démontable posée sur le sol n'est
pas un travail public. La tonte d'une pelouse est un travail public en raison du caractère
immobilier de ladite pelouse.
B- … réalisé dans un but d’utilité publique
Si le but d'intérêt général est une obligation classique pour les collectivités publiques,
l'exigence d'un tel critère au regard de la notion de travail public permet d'éviter que le régime
exorbitant s'applique lorsque les personnes publiques font le choix de se comporter comme les
particuliers.
De manière classique, le travail public était effectué sur le domaine public et dans le
cadre d'un service public. La relation n'est plus absolue aujourd'hui ; le travail public n'est pas
nécessairement lié au service public (1°), et pas davantage au domaine public (2°).
En revanche, un travail exécuté pour le compte d'une personne privée ne constitue pas
un travail public, et ce, même si l'ouvrage réalisé est destiné à être utilisé par une personne
publique ou s'il a été construit sous la maîtrise d'œuvre d'une personne publique (TC, 25
janvier 1982, Melle Quintard). Il a été jugé toutefois que peuvent être qualifiés de travaux
publics des travaux d'aménagement réalisés dans une voie privée destinée à être intégrée au
domaine public (CE, 30 novembre 2005, Maggiont).
Ainsi, dans cette première hypothèse seuls les travaux effectués pour le compte d’une
personne publique peuvent revêtir la qualité de travaux publics. Ces travaux doivent être
réalisés sur un ouvrage lui appartenant ou qui deviendra sa propriété au terme de sa
construction.
61
B- Travaux réalisés par une personne publique, dans le cadre d’une mission de
service public
Cette deuxième hypothèse, liée à la notion de service public, résulte de l'arrêt du
Tribunal des Conflits du 28 mars 1955, Effimieff, qui a eu pour effet d'élargir la notion de
travail public à deux conditions : qu'il y ait mission de service public (1°) et intervention d'une
personne publique (2°).
1°)- Existence d’une mission de service public
Avant l'arrêt Effimief, sauf cas d'espèce, des travaux publics ne pouvaient être
exécutés pour le compte de particuliers. Désormais cela est possible à condition qu'il y ait
mission de service public.
Dans son arrêt du 28 mars 1955, le Tribunal des Conflits a jugé que des travaux de
reconstruction d'immeubles, sinistrés pendant la Deuxième Guerre mondiale, effectués en
vertu d'une loi du 16 juin 1948, par des associations syndicales de reconstruction,
établissements publics ayant une mission de service public, travaux effectués pour le compte
des adhérents, étaient des travaux publics.
La jurisprudence Effimieff a été appliquée dans plusieurs cas spécifiques, notamment :
- aux travaux effectués d'office par les communes, dans l'intérêt de la sécurité
publique, sur des immeubles privés menaçant ruine (C.E. 12 avril 1957, Mimouni) ;
- aux travaux effectués, dans l'intérêt de la santé publique, sur des immeubles privés
insalubres (C.E. 30 mai 1962, Poplin).
2°)- Intervention d’une personne publique
Les travaux doivent être exécutés par une personne publique, directement ou
indirectement.
L'administration peut intervenir directement en utilisant son personnel et son matériel,
c'est-à-dire sous forme de régie, pour exécuter elle-même les travaux.
L'administration peut, également, faire exécuter les travaux par un entrepreneur.
Ce qui est obligatoire c'est que l'administration soit l'initiatrice du travail en cause. En
conséquence, des travaux ne peuvent pas être considérés comme étant des travaux publics
lorsque l'administration n'a fait que les aider et les surveiller.
63
Le principe du lien avec l’intérêt général (1°) supporte des exceptions (2°)
1 - Le principe
Par principe, le travail public et l'ouvrage public ont une finalité d'utilité publique,
d'intérêt général et sont, en ce sens, étroitement liés au domaine public.
Le travail public est, le plus souvent, exécuté sur une dépendance domaniale, affectée
à l'utilité publique : construction d'une route, d'un aéroport, d'une université, d'un ouvrage
d'art...
S’agissant des ouvrages publics, la plupart d’entre eux font partie du domaine public
artificiel, soit parce qu'ils sont affectés à l'usage direct du public (voies publiques et leurs
dépendances: fossés, murs de soutènement, ponts...), soit parce qu'ils sont affectés à un
service public : palais de justice, hôpital, hôtel de ville, gare...
2 - Les limites au principe
Des travaux publics peuvent être exécutés sur le domaine privé, à condition qu'ils
dépassent la simple gestion patrimoniale, ou sur des propriétés privées.
Des ouvrages publics peuvent appartenir à des personnes privées : branchements
particuliers de canalisations (gaz, électricité, eau...).
B - L'autonomie des deux notions
Les notions de travail public et d’ouvrage public sont indépendantes l’une de l’autre.
1°)- Un travail public indépendant d'un ouvrage public
De nombreux travaux publics ne débouchent pas sur des ouvrages publics : il s'agit de
tous les travaux de démolition, de déblaiement, de déboisement.
De plus, des travaux de construction peuvent donner lieu à des immeubles privés : les
immeubles construits par des associations syndicales de propriétaires dans le cadre de la
jurisprudence Effimieff ne sont pas des ouvrages publics. Tel est le cas de la reconstruction,
par la personne publique, d'une passerelle appartenant à un particulier. Si la reconstruction est
un travail public, la passerelle, en revanche, ne constitue pas un ouvrage public (TC 6 février
1956, consorts Sauvy).
2°)- Un ouvrage public indépendant d'un travail public
Un ouvrage public peut ne pas avoir pour origine une opération de travail public.
L'ouvrage public peut avoir été acquis une fois construit par des particuliers et faire ensuite
l'objet d'une affectation à l'utilité publique : voie privée incorporée dans la voie publique,
acquisition par une collectivité d'une école privée qui devient une école publique.
64
Section 1- Les modes de réalisation des travaux publics
Une fois prise la décision de réaliser tels ou tels ouvrages dans le cadre des travaux
publics, l'autorité administrative opère un choix entre différents modes d'exécution. Elle peut,
soit décider d’exécuter elle-même les travaux (§1), soit conclure des contrats avec des
professionnels chargés de réaliser lesdits travaux (§2).
§1- L’exécution de travaux publics par la personne publique elle-même : la régie
Une personne publique peut choisir d'exécuter elle-même des travaux, avec son
matériel et ses propres agents : c'est l’exécution en régie.
La personne publique est alors non seulement maître d’ouvrage, mais aussi maître
d'œuvre. Elle qui supporte toutes les conséquences matérielles et financières.
La régie peut être totale, lorsqu'elle porte sur tous les travaux à effectuer, ou partielle,
lorsque seule une partie des travaux sera réalisée par ce procédé.
L’utilisation de la régie dans des opérations de travaux publics s’avère marginale ; la
méthode contractuelle étant la plus employée, quand il s’agit notamment de grands travaux.
§2- Les contrats de travaux publics
La concession (A) et le marché de travail public (B) sont les principales méthodes
contractuelles utilisées en vue de la réalisation de travaux publics.
A- La concession de travail public
La concession de travail public est un contrat par lequel une personne publique, le
concédant, charge une autre personne, privée ou publique, le concessionnaire, d'exécuter un
travail public consistant ; à la fois, dans la construction et l'exploitation d'un ouvrage,
moyennant une rémunération perçue sur les usagers de l'ouvrage. Trois éléments cumulatifs
caractérisent ainsi la concession : la construction, l'exploitation et la rémunération perçue
sur les usagers de l’ouvrage.
La technique de la concession permet de réaliser de nombreux équipements publics :
routes, ponts à péage, jardins, parcs publics de stationnement, bâtiments publics…
La personne publique ne verse pas de prix des travaux au concessionnaire. Celui-ci,
après avoir réalisé l'ouvrage commandé, l'exploite, en principe à ses risques et périls, en se
rémunérant par la perception de redevances sur les usagers de l'ouvrage ou du service public ;
d’où l’intérêt d’une concession de longue durée. En tout cas, la perception d'une redevance sur
les usagers constitue le critère qui permet d'identifier la concession (C.E. avis 14 octobre
1988, SA SOCEA Balancy). # Contrat d'entreprise de travaux publics : construction et
exploitation. Mais prix payé par la personne publique.
À l'expiration de la concession, l'ouvrage revient gratuitement à l'administration
concédante.
B- Le marché de travail public
Le marché de travail public constitue sans doute la principale modalité d'exécution
d'une opération de travail public. Elle est celle à laquelle les personnes publiques ont le plus
fréquemment recours.
65
Le code des marchés publics (CMP), issu du décret n° 2004/275 du 24 septembre
2004, dans son article 5 (a), définit le marché public comme un « contrat écrit, passé
conformément aux dispositions du présent Code, par lequel un entrepreneur, un fournisseur,
ou un prestataire de service s'engage envers l'État, une collectivité territoriale décentralisée,
un établissement public ou une entreprise du secteur public ou parapublic, soit à réaliser
des travaux, soit à fournir des biens ou des services moyennant un prix ».
Trois critères caractérisent ainsi le marché public, et plus singulièrement, le marché de
travail public : un critère organique, matériel et financier.
1°)- Le critère organique
Les marchés de travaux publics sont des contrats passés par les personnes publiques :
État, collectivités territoriales décentralisées, établissement public ou entreprise du secteur
public ou parapublic.
Ce critère, restrictif, aboutit à refuser la qualification de marché de travail public à un
contrat conclu entre deux personnes privées, bien que passé en vue de la réalisation d'un
travail public.
Ce principe souffre au moins d’une exception : l’application de la théorie du mandat.
En effet, un marché conclu entre deux personnes privées, mais dont l'une agit pour le
compte d'une personne publique peut être un marché de travail public. Le mandat peut être
express (CE 2 juin 1961, Leduc) ou implicite (CE Sect. 30 mai 1975, société d'équipement de
la région montpelliéraine).
2°)- Le critère matériel
Le contrat doit avoir pour objet la réalisation d'une opération de travail public.
Les marchés de travaux publics sont passés pour répondre aux besoins de la personne
publique en matière de travaux publics : construction, entretien, réparation…
3°)- Le critère financier
Les travaux sont réalisés moyennant un prix.
L'entrepreneur sera rémunéré par le versement du prix qui a été convenu dans la
convention. Ce critère permet de distinguer le marché de la concession, comme susdit.
66
Le régime de la responsabilité en matière de dommage de travaux publics est
largement déterminé par la qualité de la victime. Si celle-ci est un tiers, elle est soumise à une
responsabilité sans faute (§1), si elle est un usager ou une participante, la responsabilité est
alors pour faute (§2).
§1 La responsabilité sans faute
’
Il conviendra d’examiner ici le champ d application (A) et l’exercice de la
responsabilité sans faute (B).
’
A- Le champ d application de la responsabilité sans faute
La responsabilité sans faute s’applique aux tiers, sur un double fondement.
1°) - Les personnes lésées : les tiers
Le tiers se définit négativement par rapport au travail ou à l’ouvrage public en cause.
Le tiers sera ainsi celui qui n'est pas usager. Il ne l’est pas dans la mesure où il n'utilise pas
l'ouvrage public ; il ne tire aucun profit des travaux réalisés.
Il n’est pas davantage participant ; n’intervenant d’aucune façon dans l'exécution du
travail public. Ont la qualité de tiers :
-le propriétaire d'un domaine inondé par la rupture d'un barrage (CE 22 octobre 1971,
ville de Fréjus);
-les riverains des voies publiques dont les immeubles ont subi des désordres du fait de
travaux effectués sur cette voie.
2°) - Le double fondement de la responsabilité sans faute
La responsabilité sans faute est fondée non seulement sur la rupture d'égalité devant
les charges publiques, mais aussi sur le risque que fait encourir la puissance publique aux
administrés
La responsabilité pour rupture d'égalité devant les charges publiques est le
fondement essentiel. Accomplis dans l'intérêt de la collectivité, les travaux publics et les
ouvrages publics sont source d'enrichissement pour l'ensemble des membres du corps social.
Lorsque leur exécution ou leur présence cause un préjudice à certains membres en particulier,
l'équilibre social est rompu : l'égalité sera rétablie par l'octroi d'une indemnisation.
La responsabilité pour risque, quant à elle, est liée au caractère exorbitant des
prérogatives de puissance publique. Le juge considère qu'en multipliant les opérations de
travaux publics, justifiées par l'intérêt général, l'administration fait courir des risques aux
administrés.
Les privilèges reconnus à la puissance publique trouvent une compensation dans
l'indemnisation éventuelle des tiers lorsque ceux-ci ont eu à subir un dommage.
B)- L'exercice de la responsabilité sans faute
Ce type de responsabilité est relativement facile à engager, le tiers doit seulement
apporter la preuve de l'existence d'un lien de causalité : il doit prouver que le dommage subi
trouve son origine dans l'existence d'un ouvrage public ou d'un travail public. Certaines
conditions doivent cependant être respectées, l’administration pouvant être exonérée dans des
cas limités.
67
1°) - Le respect de certaines conditions
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Une présomption de faute pèse sur la personne publique, au profit des usagers.
Toutefois, cette présomption est simple.
1° - Une présomption de faute établie au profit des usagers
Le champ d'application et le fondement de la responsabilité doivent être précisés.
a) Le champ d'application de la responsabilité
La responsabilité pour faute présumée s'adresse aux usagers. L'usager est celui qui
utilise directement et effectivement l'ouvrage se trouvant à l'origine du dommage. La
distinction avec le tiers n'est pas toujours évidente. Ainsi, le riverain de la voie publique qui
tire profit de la voie publique (il bénéficie des aisances de voirie) n'est pas nécessairement un
usager. Il est un tiers s'il n'utilise pas la voie publique au moment où il subit le dommage. En
revanche, le piéton, le cycliste, l'automobiliste sont des usagers de la voie publique.
b) Le fondement de la responsabilité
Cette responsabilité n'est pas une responsabilité pour faute classique, elle est fondée
sur une présomption de faute, la théorie du défaut d'entretien normal.
Comme le tiers, l'usager victime d'un dommage de travaux publics doit démontrer le
lien de causalité entre le dommage et l'ouvrage public, ou le travail public. À la différence de
la responsabilité pour faute classique, le requérant n'a pas à prouver la faute de la personne
publique : elle est présumée. L'administration est présumée ne pas avoir maintenu l'ouvrage
public dans un état suffisant pour qu'il ne constitue pas un danger pour les usagers.
Il y a défaut d'entretien normal dans les hypothèses suivantes :
- le mauvais état d’une chaussée, ou d’un bâtiment (CE, 6 avril 1949, Ministre des
Travaux publics ; CFJ, 16 mars 1967 Dame Ferrière Marie c/État du Cameroun) ;
- absence ou insuffisance de signalisation des endroits dangereux (CE 29 décembre
1993, Soldaini).
Le défaut d'entretien normal sous-entend et implique une négligence, une imprudence
de la personne publique, donc une faute de sa part.
2°) - Une présomption simple
La présomption de faute pesant sur l'administration est une présomption simple, que la
personne publique peut renverser : c'est l'excuse d'entretien normal. L'administration
s'exonèrera de toute responsabilité si elle démontre qu'elle a normalement entretenu l'ouvrage
public ou normalement exécuté le travail public. L'obligation d'entretien est une obligation de
moyen et non de résultat.
Aussi, ne constituent pas un défaut d'entretien normal, les défectuosités de faible
importance : saillies et nids de poule d’une infime profondeur.
La force majeure constitue également ici une cause exonératoire de responsabilité ;
cause exonératoire limitée cependant, dans la mesure où le juge l'admet très peu. Il est rare
qu'il reconnaisse qu'un événement soit imprévisible et irrésistible.
La faute de la victime, sa connaissance des lieux, son imprudence, une vitesse
excessive sur la route, sont autant de causes limitatives de responsabilité.
69
En revanche, le fait du tiers, contrairement au droit commun de la responsabilité pour
faute, n'exonère pas l'administration de sa responsabilité (CE 26 avril 1968, ville de Cannes).
B) - Responsabilité à l’égard des participants : responsabilité pour faute prouvée
Cette responsabilité, qui ne concerne que les participants, est plus difficile à engager.
1°) - Le champ d'application de la responsabilité
La responsabilité pour faute classique, pour faute prouvée, s'applique aux participants.
Le participant est celui qui agit, ou qui exécute, le travail public, en qualité :
- d'entrepreneur, d'employé de l'entrepreneur ;
- d'agent de l'administration surveillant le chantier ;
- les transporteurs de matériaux destinés aux chantiers (CE 20 novembre 1987, société
Berrichonne de transports) ;
- les architectes, dans leur mission de surveillance des travaux (CE 16 décembre 1970,
Teppe).
2°)- Un régime rigoureux de responsabilité
En plus de la nécessité de prouver la faute, d’autres raisons contribuent à rendre ce
régime de responsabilité plus rigoureux.
a) La preuve d’une faute
Il s'agit d'une responsabilité pour faute classique. Dès lors, le participant doit prouver,
outre le lien de causalité entre le dommage et l'ouvrage public ou le travail public, une faute
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incombant à la personne publique (CE 1 décembre 1937, société des établissements Jean-
François).
C'est, par conséquent, une responsabilité difficile à engager, d'autant plus que les
relations administration-entrepreneur sont très inégalitaires, ce, au détriment de l'entrepreneur
qui se trouve dans la délicate position de demandeur au procès.
b) Les raisons d'être d'un régime rigoureux
Deux éléments peuvent être avancés :
- le participant connaît mieux les dangers ;
- le participant, victime d'un accident, sera le plus souvent couvert par la législation
sur les accidents du travail. Il sera alors facilement indemnisé. Ce n'est que s'il veut obtenir un
complément d'indemnité qu'il poursuivra la personne publique, il devra alors invoquer la faute
de l'administration. Il pourra seulement poursuivre la personne responsable du marché et non
son employeur, protégé par la législation sur les accidents du travail.
La force majeure constitue toujours une cause exonératoire de responsabilité. La faute
de la victime, de même que le fait du tiers, lorsque le tiers est l'employeur, sont des causes
limitatives de responsabilité (CE 19 mai 1961, chambre de commerce de Nantes).
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