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Cours Dab 2021

Le document présente un cours sur le droit administratif des biens et des travaux publics, structuré en trois parties : les domaines des personnes publiques, l'expropriation pour cause d'utilité publique et les travaux publics. Il aborde les notions de propriété des personnes publiques, les spécificités du domaine public et privé, ainsi que les régimes juridiques associés. Le texte souligne également l'importance d'une mise à jour des textes juridiques en matière de droit domanial au Cameroun.

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Le document présente un cours sur le droit administratif des biens et des travaux publics, structuré en trois parties : les domaines des personnes publiques, l'expropriation pour cause d'utilité publique et les travaux publics. Il aborde les notions de propriété des personnes publiques, les spécificités du domaine public et privé, ainsi que les régimes juridiques associés. Le texte souligne également l'importance d'une mise à jour des textes juridiques en matière de droit domanial au Cameroun.

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DROIT ADMINISTRATIF DES BIENS ET

DES TRAVAUX PUBLICS

Par

Dr BETI ETOA Christophe


Chargé de cours Université de Yaoundé 2, FSJP

Annexes Bertoua & Ebolawa

Année 2020-2021

1
DROIT ADMINISTRATIF DES BIENS ET DES TRAVAUX PUBLICS

PLAN DU COURS

1ère PARTIE : LES DOMAINES DES PERSONNES PUBLIQUES


Chapitre 1 : La propriété des personnes publiques
Chapitre 2 : La définition et la consistance du domaine public
Chapitre 3 : La protection du domaine public
Chapitre 4 : L’utilisation du domaine public
Chapitre 5 : Le domaine privé des personnes publiques
Chapitre 6 : La gestion du domaine national

2ème PARTIE : L’EXPROPRIATION POUR CAUSE D’UTILITÉ PUBLIQUE


Chapitre 1 : Les conditions de l’expropriation
Chapitre 2 : La procédure de l’expropriation

3ème PARTIE : LES TRAVAUX PUBLICS


Chapitre 1 : Les notions de travail public et d’ouvrage public
Chapitre 2 : Le régime juridique des travaux publics

2
Quelques références BIBLIOGRAPHIQUES pour vous aider à approfondir le cours

LES TEXTES :
- Code civil ; (art. 538 et s. notamment)
- Code des marchés publics ;
- Loi n° 80-22 du 14 juillet 1980 portant répression des atteintes a la
propriété foncière et domaniale
- Loi n° 85-09 du 4 juillet 1985 relative à l'expropriation pour cause d'utilité
publique et aux modalités d'indemnisation
- Loi n° 94/01 du 20 janvier 1994 portant régime des forets, de la faune et de
la pêche
- Loi n° 96/07 du 08 avril 1996 portant protection du patrimoine routier
national, modifiée et complétée par la loi n° 2004/021 du 22 juillet 2004.
- Loi n° 2004/003 du 21 avril 2004 régissant l’urbanisme au Cameroun ;
- Ordonnance n° 74-1 du 6 juillet 1974 fixant le régime foncier
- Ordonnance n° 74-2 du 6 juillet 1974 fixant le régime domanial
- Décret n°76/166 du 27 avril 1976 fixant les modalités de gestion du
domaine national
- Décret n° 76-167 du 27 avril 1976 fixant les modalités de gestion du
domaine prive de l'Etat
- Décret n° 84-311 du 22 mai 1984 portant modalités d'application de la loi
n° 80-22 du 14 juillet 1980 relative à la répression des atteintes à la propriété foncière et
domaniale
- Décret n° 87/1872 du 16 décembre 1987 portant application de la loi n°
85/9 du 4 juillet 1985 relative à l'expropriation pour cause d'utilité publique et aux
modalités d'indemnisation
- Décret n° 95/146 du 04 aout 1995 modifiant et complétant certaines
dispositions du décret n° 76/167 du 27 avril 1976 fixant les modalités de gestion du
domaine prive de l'Etat.
- Décret 2008/0738/PM du 23 avril 2008 portant organisation des
procédures et modalités de l’aménagement foncier ;
- Décret 2008/0740/PM du 23 avril 2008 fixant le régime des sanctions
applicables aux infractions aux règles d’urbanisme ;

Manuels de droit administratif des biens.

- Jean-Marie AUBY, Pierre BON, Jean-Bernard AUBY, Droit administratif des biens,
Précis Dalloz.
3
- René CHAPUS, Droit administratif général, tome 2, éd. Montchrestien.
- Yves GAUDEMET, Droit administratif des biens, tome 2 du Traité de droit
e
administratif, LGDJ, 12 éd., 2002.
- Christian LAVIALLE, Droit administratif des biens, coll. "droit fondamental",
P.U.F.
- Jacqueline MORAND-DEVILLER, Cours de droit administratif des biens, éd.
Montchrestien.

Ouvrages spécialisés
Droit domanial
- Hervé MOYSAN, Le droit de propriété des personnes publiques, LGDJ,
Bibliothèque de droit public.
- Jean-Marie NYAMA, Régime foncier et domanialité publique au Cameroun,
Presses de L’UCAC.
- Philippe YOLKA, La propriété publique, éléments pour une théorie, LGDJ,
Bibliothèque de droit public.

Expropriation
e
- Jean LEMASURIER, Le droit de l’expropriation, Economica, 3 édition.
- GANEZ-LOPEZ, L’expropriation pour cause d’utilité publique, L’Harmattan.

Travaux publics
- Jean DUFAU, Droit des travaux publics, PUF.
- François LINDITCH, Le droit des marchés publics, Dalloz.

4
INTRODUCTION GÉNÉRALE

Les personnes publiques que sont l’Etat, les collectivités territoriales et les
établissements publics disposent essentiellement de cinq moyens pour remplir leurs missions :
les moyens en personnel, les moyens juridiques, les services publics, les moyens financiers et
les moyens matériels.
Les moyens en personnel relèvent du droit de la fonction publique qui traite des agents
publics ; fonctionnaires et agents contractuels notamment.
Les moyens juridiques sont constitués par les actes administratifs unilatéraux et les
contrats administratifs.
Les services publics sont des activités par lesquelles une personne publique, voire une
personne privée alors placée sous le contrôle de la première, satisfait l’intérêt général grâce à
des prestations qui sont offertes à des usagers. (Ex. services de santé, de l'éducation, de
distribution d'eau et d'énergie...)
Les moyens financiers proviennent notamment des impôts et autres taxes et sont
étudiés dans le cadre des finances publiques et de la fiscalité.
Quant aux moyens matériels, ils sont constitués par les biens meubles et immeubles
nécessaires à l’accomplissement de l’action administrative.
Le droit administratif des biens constitue le cadre d’étude de ces moyens matériels.
Le droit administratif des biens représente une branche du droit administratif général.
Comme ce dernier, il se compose de règles juridiques souvent spécifiques en raison de la
qualité de certains intervenants, notamment les personnes publiques, et de leur finalité
première : la satisfaction de l'intérêt général.
Ces règles juridiques sont ici appliquées aux moyens matériels dont disposent les
personnes publiques afin de réaliser leurs activités respectives.
En effet, pour accomplir leurs diverses missions, elles vont pouvoir créer ou utiliser
des biens dont on ne mesure pas toujours l’importance : bâtiments administratifs, routes,
hôpitaux, ports, aéroports, marchés, établissements scolaires, universités, terrains de sport,
fleuves, jardins publics, véhicules, ordinateurs, tables, chaises, logiciel, armes et munitions,
chars de combat, etc.
En raison du caractère public des propriétés, du statut des propriétaires concernés et
des finalités d’intérêt public, ces biens bénéficient d’un régime juridique particulier.
Le droit administratif des biens est ainsi le lieu privilégié d'exercice de prérogatives de
puissance publique qui prennent des formes diverses comme la situation précaire de
l'occupant du domaine public, l'atteinte au droit de propriété par le régime de l'expropriation
et des avantages et obligations exorbitantes du droit commun en ce qui concerne les travaux et
ouvrages publics.
Malgré ce particularisme, il serait erroné de croire que cette branche du droit
administratif relève exclusivement des règles spécifiques du droit public et de la seule
compétence du juge administratif.

5
Le droit privé et la compétence du juge judiciaire, en vertu de la règle selon laquelle la
compétence suit le fond, consacrée par l'arrêt Blanco (TC, 8 février 1873, Concl. David), y
ont également leur place. Ils s'appliquent en effet au domaine privé, à la phase judiciaire de
l'expropriation, mais aussi pour certains dommages causés par l'utilisation d'ouvrages publics
ou par la réalisation de travaux publics.
Ainsi, le droit administratif des biens conduit, ce qui peut être facteur de difficultés, à
une application du droit public et à une intervention concomitante du juge administratif, mais
aussi, parfois, à la mise en œuvre de règles juridiques de droit privé sous le contrôle du juge
judiciaire.
S’agissant des sources du droit administratif des biens, elles sont éparses. Il n’existe
pas un code réunissant l’ensemble des règles juridiques régissant les propriétés des personnes
publiques. Ces règles sont à rechercher dans divers textes cités en bibliographie, et
notamment dans les ordonnances, lois et décrets fixant le régime domanial, régissant
l'expropriation pour cause d'utilité publique, fixant les modalités de gestion du domaine privé
de l'Etat, du domaine national, etc.

En plus de cet éparpillement des textes, on note l'absence d’intervention normative sur
des questions fondamentales du droit domanial. L'exemple le plus illustratif de ce silence
concerne le texte réglementaire relatif à la gestion et la protection du domaine public. Celui-ci
a pourtant été annoncé par le législateur de 1974 à travers un renvoi en faveur de l'intervention
de l'autorité réglementaire. Le décret y afférent n'est toujours pas sorti des couloirs des
administrations en charge de son élaboration 42 ans plus tard ! En tout état de cause,
l'absence de décret en cette matière a laissé libre cours à des pratiques diverses, et parfois au
développement d'un non-droit plus ou moins toléré par la puissance publique.
En tout état de cause, l’obsolescence et l’insuffisance des textes nécessitent une
révision, une mise à jour complète du droit domanial et foncier et l’institution d’un code des
domaines des personnes publiques.
La jurisprudence et la doctrine camerounaises ont un apport relativement négligeable
en la matière. La doctrine et la jurisprudence française constituent encore des sources
idéologiques fondamentales de notre droit en général, de notre droit administratif des biens en
particulier.
Classiquement, l’étude du droit administratif des biens se répartit en trois parties.
La première porte sur le domaine des personnes publiques qui se divise en domaine
public et domaine privé suivant, soit une prescription législative, classant un bien dans telle
ou telle catégorie, soit le degré d’utilité des biens par rapport à l’intérêt public ou au service
public.
La deuxième partie concerne les modes d’acquisition des biens par les personnes
publiques à travers lesquelles ces personnes vont pouvoir accroître leur patrimoine.
La troisième partie a pour objet les travaux publics qui permettent, par la construction
ou l’entretien, de mettre en valeur le bien et de le rendre apte à remplir la mission pour
laquelle il est destiné.

6
1ère PARTIE : LES DOMAINES DES PERSONNES PUBLIQUES

Les domaines détenus ou gérés par les personnes publiques sont classés en 3
catégories : le domaine public, le domaine privé et le domaine national.
Le domaine public rassemble l’ensemble des biens qui participent de manière
importante à la satisfaction de l’intérêt général ; soit qu’ils sont affectés à l’usage direct du
public, soit qu’ils sont affectés à un service public.
Le domaine privé est constitué non seulement de l’ensemble des biens appartenant aux
personnes publiques qui ne sont ni affectés à l’usage direct du public, ni au service public,
mais aussi de ceux que les textes et la jurisprudence ont écartés de la sphère du domaine
public.
Quant au domaine national, il est formé de l’ensemble du territoire camerounais, à
l’exclusion des parcelles dont les personnes publiques et privées détiennent un titre de
propriété. Sans être propriétaire, l’État est toutefois chargé de sa gestion.
La définition précise de ces différents domaines est fondamentale, elle détermine en
effet le régime juridique applicable.
Après avoir analysé la nature du droit de propriété que les personnes publiques
détiennent sur leurs biens (Ch.1), nous tâcherons de déterminer ce qui constitue la spécificité
du domaine public dans sa définition et sa consistance (Ch. 2), dans sa protection (Ch. 3),
dans son utilisation (Ch. 4). Nous aborderons ensuite l’étude du domaine privé (Ch.5), avant
d’achever notre parcours dans les dédales de la gestion du domaine national (Ch.6).

7
CHAPITRE 1 : LA PROPRIÉTÉ DES PERSONNES PUBLIQUES

Les notions de domaine public et domaine privé désignent des biens appartenant aux
personnes publiques (États collectivités territoriales, établissements publics). Cela suppose
qu’elles ont un droit de propriété sur ces biens.
Selon l’article 544 du Code civil, « La propriété est le droit de jouir et disposer des
choses de la manière la plus absolue, pourvu qu'on n'en fasse pas un usage prohibé par les lois
ou par les règlements ». Le droit de propriété est un droit reconnu à toute personne dotée de la
personnalité juridique de disposer de biens mobiliers et immobiliers. Il se résume à trois
éléments : l'usus (droit d'utiliser), le fructus (droit d'user des fruits) et l’abusus (droit de
disposer).
La question se pose de savoir si les personnes publiques ont un doit de propriété sur
les biens dont elles disposent, en particulier ceux affectés à l’utilité publique (S1). Si oui, ce
droit de propriété est-il identique à celui des personnes privées sur leurs biens ? (S2)

Section 1- Le principe d’un droit de propriété des personnes publiques sur leurs
biens
L'idée qu'une personne publique soit propriétaire de biens a autrefois été contestée (A).
Aujourd'hui, néanmoins, ce point de vue est totalement admis (B).

P.1. Un droit de propriété naguère contesté


A priori, admettre qu'une personne publique dispose d'un droit de propriété ne paraît,
au mieux, admissible qu'en ce qui concerne son domaine privé.
En revanche, la question de savoir si le domaine public peut être l'objet d'une propriété
au profit de la personne publique a été débattue jusqu'à une époque récente. La thèse
dominante, qui l'emporte tout au long du XIX siècle, consiste à considérer que le domaine
public ne peut être l'objet d'une propriété au profit de la personne publique.
En 1833, Jean-Baptiste Victor Proudhon, professeur à la faculté de droit de Dijon, dans
son ouvrage « Traité du domaine public », considère que le domaine public, étant affecté à
l'usage de tous, ne peut appartenir à personne, pas même à la personne publique. Seuls
les biens inclus dans le domaine privé sont la propriété de celle-ci. Cette analyse sera
reprise par Henri Berthélémy dans son « Traité élémentaire de droit administratif », Léon
Duguit dans son « Manuel de droit constitutionnel » en 1907 et Gaston Jèze dans son article
paru à la RDP en 1910, p. 695, Définition du domaine public.

Ainsi, la collectivité publique n'a qu'un « droit d'administration » selon Proudhon, un «


droit de garde » selon Berthélémy, sur les biens inclus dans son domaine public. Un droit de
garde qui correspond exactement à celui que l’État camerounais exerce vis-à-vis du domaine
national.

8
e
Toutefois, dès la fin du XIX siècle, cette analyse est contestée par le Doyen de la
faculté de droit de Toulouse, Maurice Hauriou, dans son « Précis de droit administratif et de
droit public ».

Partant de la constatation que, avant et après l'affectation, le bien relève du domaine


privé, et qu'on reconnaît alors qu'il est objet de propriété, Hauriou estime difficile d'admettre
que le droit de propriété disparaisse pendant la durée de l'affectation; il est selon lui plus juste
de considérer que ce droit subit un simple aménagement, du fait de sa destination particulière.
Cette analyse se propage au sein de la doctrine aboutissant à ce qu'une majorité
d'auteurs considère qu'un droit de propriété existe au profit des personnes publiques sur leur
domaine public. Des membres du Conseil d'État vont, eux aussi, adopter cette position et ainsi
amener celui-ci à juger certaines personnes publiques propriétaires de leur domaine public.

P.2. Une affirmation, aujourd'hui, totalement admise


Il est désormais admis que les personnes publiques disposent d'un droit de propriété
sur leur domaine public, comme elles le détiennent à l'égard de leur domaine privé.
La jurisprudence, tant civile qu'administrative, a consacré cette thèse à plusieurs
reprises, à-propos des voies publiques (CE, 22 novembre 1901, Ville de Saint-Étienne), du
domaine public maritime (CE, 17 janvier 1923, Piccioli) ou fluvial (CE, 17 mai 1946,
Commune de Vieux-Boucau) et des bâtiments des collectivités publiques affectés à des
services publics (CE, 17 mars 1967, Ranchon).
Si le législateur camerounais a eu l'occasion d'affirmer, dans plusieurs textes, le droit
de propriété des personnes publiques sur les biens de leur domaine privé, il reste cependant
peu clair sur la propriété des biens du domaine public.
La propriété privée de l’État et des autres personnes de droit public est en effet
respectivement reconnue dans les articles 10 et 13 de l’ordonnance n° 74-2 du 6 juillet 1974
fixant le régime domanial, dans l’article 60, al. 3 de la loi n° 99/016 du 22 décembre 1999
portant statut général des établissements publics et des entreprises du secteur public et
parapublic.
Quant au domaine public, aucun texte n’attribue expressément la propriété à l’État.
On peut néanmoins percevoir cette propriété au travers de l’article 5 de l’ordonnance
n° 74-2 du 6 juillet 1974 fixant le régime domanial, modifié par l’ordonnance 77-2 du 10
janvier 1977.
Selon cet article en effet, « Les immeubles destinés à faire partie du domaine public
artificiel de l'État sont classés par décret.
« Le décret de classement vaut acte d'expropriation, opère le transfert de propriété au
profit de la personne morale de droit public intéressée et permet de poursuivre la procédure
d'indemnisation selon les règles applicables en la matière ».
S’agissant des collectivités territoriales, leur droit de propriété sur des biens du
domaine public semble plus clairement établi. L’article 32 de la loi n° 2004/017 du 22 juillet
2004 d’orientation de la décentralisation dispose en effet que « Les domaines public et privé
d’une collectivité territoriale se composent de biens meubles et immeubles acquis à titre

9
onéreux et gratuit. » Acquisition ayant pour synonyme appropriation, la propriété des
collectivités territoriales sur des biens du domaine public s’avère incontestable.

Section 2. La question de l’équivalence entre le droit de propriété des personnes


publiques et celui des personnes privées

Étant acquis que les personnes publiques détiennent un droit de propriété sur leurs
biens, la question qui se pose à présent est de savoir si ce droit de propriété est de la même
nature que celui des personnes privées.
À vrai dire si, à certains égards, le droit de propriété des personnes publiques est
similaire à celui des personnes privées (§1), à d’autres, par contre, il s’en distingue (§2).

§1- les similitudes entre droit de propriété publique et droit de propriété privé
Par certains aspects, le droit de propriété publique se rapproche du privé.
En effet, comme les personnes privées, les personnes publiques peuvent acquérir leurs
biens par des procédés de droit commun : acquisition à titre gratuit (dons, legs, abandon,
prescription) ou à titre onéreux (achat ou échange). Elles ont le droit d’utiliser elles-mêmes
ces biens ; d’accorder ce droit à des tiers moyennant des redevances ; d’obtenir réparation des
dommages causés aux biens domaniaux.
Elles assument par ailleurs des charges que l’on retrouve dans le régime de la propriété
privée : frais d’entretien des biens domaniaux ; réparation des dommages causés aux
administrés du fait de ces biens.
Ces similitudes ont amené certains auteurs à identifier le droit détenu par les personnes
publiques sur le domaine public au droit de propriété défini par le Code civil. C’est le cas de
René Capitant et Gilbert Maroger qui ont estimé que la propriété du domaine public était une
propriété de droit privé, mais soumise à une servitude d'affectation dans l'intérêt général, d'où
l'application de règles de droit public.
Il convient cependant, en ce qui concerne le domaine public, de ne pas confondre, de
bien distinguer le régime de la propriété du régime de la domanialité publique.
Ainsi, le droit de propriété que les personnes publiques ont sur leurs biens est de la
même nature de la propriété en général. Si cette propriété publique présente quelques
spécificités, elle est cependant le droit de propriété consacré la constitution de 1996 dans son
préambule et donc protégée, comme il en est de toutes les formes de propriété.
Une décision du CC français abonde dans ce sens.
En effet, dans sa décision des 25-26 juin 1986, le haut Conseil affirme que la
protection constitutionnelle du droit de propriété que consacre la Déclaration des droits de
l'homme de 1789 « ne concerne pas seulement la propriété privée des particuliers, mais aussi,
à un titre égal, la propriété de l'État et des autres personnes publiques ».

10
Aussi, lorsqu'une question de propriété se pose, la compétence est celle du juge
judiciaire, même si le propriétaire supposé ou contesté est une personne publique, même si la
contestation porte sur un bien qui fait a priori partie du domaine public ; cette question de
propriété est une question préjudicielle pour le juge administratif (C.E., 29 juin 1990,
Consorts Marquassuzaa, D. adm. 1990, no 442).
On peut ainsi affirmer, avec Yves Gaudemet que « La propriété des personnes
publiques est - dans son principe - celle du droit privé » (v. LPA, 23 juil. 2004, n° 147, p. 12).
Le régime de la domanialité publique ne doit donc pas être confondu avec la propriété.
La domanialité publique constitue un régime d'affectation, justifié par l'utilité publique
que sert temporairement le bien en cause, elle trouve ses limites dans les exigences de cette
affectation, ne doit pas être étendue aux biens ou à une partie des biens qui ne sont pas utiles à
l'affectation ; et elle cesse lorsque celle-ci prend fin.
La domanialité publique apparaît ainsi comme une réglementation supplémentaire,
s'ajoutant aux droits et obligations que la personne publique tient de sa qualité de propriétaire
du bien. Simplement, cette réglementation « en plus » est susceptible de modifier certaines
caractéristiques du droit de propriété ; d’où la spécificité du droit que détiennent les personnes
publiques sur leurs biens.

§2- La spécificité du droit de propriété publique


Venant se superposer au régime de la propriété, la domanialité publique, définie
comme le régime des biens classés au domaine public, confère à la propriété publique, des
caractéristiques inexistantes dans le droit de propriété des personnes privées.
Cette spécificité se traduit par de nombreuses prérogatives et sujétions qui s'appliquent
aux biens du domaine public, voire du domaine privé.
Au rang des prérogatives, peuvent être citer notamment : le droit pour l'administration
d'utiliser des procédés spéciaux de droit public pour l'acquisition de biens domaniaux
(alignement, expropriation, préemption, par exemple) ; le droit d'imposer des servitudes
administratives aux propriétaires riverains du domaine public ; le droit d’appliquer des
procédures répressives dans le but de protéger les biens domaniaux contre d’éventuelles
dégradations et occupations illégales (contraventions de voirie routière, contraventions de
grande voirie, déguerpissement) ; la protection de la propriété tirée du principe
d’imprescriptibilité et d’insaisissabilité des biens publics.

S’agissant des sujétions (obligations, contraintes) particulières imposées aux personnes


publiques relativement à leurs biens classés au domaine public, on note aussi bien
l'interdiction de principe de céder, à titre onéreux ou gratuit, les dépendances domaniales, que
les limitations relatives au droit d’y consentir des servitudes. De manière plus générale, il faut
garder à l’esprit que tous les biens relevant du domaine public sont réservés, par définition, à
l'usage direct ou indirect des administrés, le propriétaire ou gestionnaire devant alors veiller à
cette affectation.
Toutes ces mesures visent à protéger les biens mis au service de l’intérêt général que
les personnes publiques ont la charge d’assurer. En ne protégeant pas ces biens, en permettant

11
des ventes, des saisies ou voies d’exécution, on risquerait de porter atteinte au service de
l’intérêt général, à l’équilibre social.
En conclusion, si l'on doit considérer que les personnes publiques sont titulaires d'un
droit de propriété, celui-ci est d'une nature spécifique et ne peut, de ce fait, être totalement
confondu avec le droit de propriété privé. Il est, dès lors, opportun d'employer, comme
Hauriou, la formule « propriété administrative » parce qu'elle rend compte de la spécificité de
ce droit de propriété reconnu aux personnes publiques, en particulier sur leurs biens inclus
dans le domaine public.

Selon le raisonnement du Doyen de Toulouse, la propriété domaniale, dans son


essence, n'est pas différente de la propriété privée, mais l'existence de l'affectation des biens
lui imprime des caractères particuliers. Si l'on peut donc parler de propriété, il s'agit d'une
propriété de droit public, d'une propriété administrative.

12
CHAPITRE 2 : DÉFINITION ET CONSISTANCE DU DOMAINE PUBLIC

Le patrimoine des personnes publiques est composé de biens du domaine public et


privé. Seuls les biens incorporés au domaine public bénéficient du régime spécial de la
domanialité publique. Ce régime induit l’application de règles de droit public et, par
conséquent, la compétence du juge administratif. D’où l’intérêt d’une définition précise du
domaine public (Section1), de sa consistance (Section2) et des variations auxquelles il est
exposé (Section 3)

Section 1 La définition du domaine public


La définition du domaine public, en droit camerounais, est fondamentalement
législative. Elle relève de l’Ordonnance n° 74/2 du 6 juillet 1974 fixant le régime domanial.
Selon l’article 2 de ce texte, en effet, « Font partie du domaine public, tous les biens
meubles et immeubles qui, par nature ou par destination, sont affectés soit à l'usage direct
du public, soit aux services publics. …, ils sont insusceptibles d'appropriation privée ».
Selon cet article, pour qu’un bien fasse partie du domaine public, il doit non seulement
être la propriété d’une personne publique (§1), mais également, être affecté à l’utilité publique
(§2).

(§1) Le critère de la propriété publique


La propriété publique se distingue de la propriété privée et signifie qu’un bien inclue
dans ladite propriété appartient à une personne morale de droit public.
Il est de jurisprudence traditionnelle que seuls les biens appartenant aux personnes
publiques peuvent faire partie du domaine public. Cela indique, sur un plan purement
juridique, qu'une personne privée ne saurait être propriétaire d'une dépendance du domaine
public. C’est ce que traduit l’alinéa 2 de l’article 2 de l’ordonnance de 1974 lorsqu’il dispose
que les biens meubles et immeubles incorporés au domaine public « sont insusceptibles
d'appropriation privée ». Ainsi, dès lors qu’un bien est la propriété d’une personne privée, il
ne saurait faire partie du domaine public (V. CE, Section, 8 mai 1970, Société Nobel-Bozel,
AJDA 1970, p. 349).
Il se pose cependant le problème de la nature juridique des biens affectés à un service
public concédé à une personne privée, telles ENEO, CAMRAIL ou la Camerounaise des eaux
(CDE).
Si les biens, mobiliers ou immobiliers des entreprises privées concessionnaires
appartiennent auxdites entreprises, ils ne peuvent, en aucun cas, faire partie du domaine
public. Par contre, si ces biens appartiennent à la personne publique concédante, ils peuvent,
dans certaines conditions, faire partie du domaine public.
Ainsi, les bâtiments des gares et les voies ferrées continuent à faire partie du domaine
public bien qu’ils soient utilisés et gérés par une entreprise privée. Il en va ainsi des centrales
électriques, des transformateurs, des poteaux, des fils électriques, des points de captage d’eau,
des centres de traitement, des châteaux d’eau, des tuyaux de distribution d’eau potable…
13
C’est au cahier des charges de la concession qu'il faut se reporter pour déterminer la
personne propriétaire des biens utilisés dans le cadre de ladite concession. Plus précisément, il
convient de rechercher dans les dispositions dudit cahier quelle doit être la destination des
différents biens à l'issue de la concession.
À ce sujet, une distinction est établie entre les « biens de retour », les « biens de
reprise » et les « biens propres ».
Les « biens de retour » sont ceux qui doivent, à l'expiration du contrat de concession,
revenir à l'autorité concédante. Ces biens, indispensables au service, sont considérés comme
appartenant ab initio à la personne publique concédante. Au contraire, les « biens de reprise »
pourront devenir, en fin de concession, la propriété de la personne publique concédante, si
celle-ci exerce le droit de reprise prévu en sa faveur par le cahier des charges. Cependant,
pendant toute la durée de l’exploitation du service public, c'est à la société concessionnaire
que ces biens, utiles au service, mais qui ne sont pas irremplaçables, seront réputés appartenir.
Quant aux « biens propres », il s'agit de ceux qui, utilisés de façon accessoire pour les besoins
du service, ne sont grevés d'aucune clause de retour, obligatoire ou facultative, en faveur de la
personne publique concédante : ils appartiennent en pleine propriété à la société
concessionnaire, que ce soit pendant ou à l'expiration de la concession.

Compte tenu de cette distinction, seuls les biens rangés par le cahier des charges de la
concession dans la catégorie des « biens de retour » et affectés à l'exploitation du service
public concédé, sont considérés comme des dépendances du domaine public de la personne
publique concédante (TC, 2 décembre 1968, EDF).
À l’évidence, l'appartenance du bien à une personne publique est une condition
déterminante. Mais la domanialité publique du bien en cause reste particulièrement
subordonnée à la présence d'un second critère : celui de l'affectation du bien à l’utilité
publique.

§2)- Le critère d’affectation à l’utilité publique


S’il s’avère indispensable, le critère de la propriété publique n’est cependant pas
suffisant pour qu’un bien fasse partie de la catégorie des biens du domaine public. Il doit
s’accompagner d’un critère finaliste : celui de l’affectation à l’utilité publique. Cette
affectation peut revêtir 2 formes : soit le bien est affecté à l’usage direct du public (A), soit il
est affecté à un service public (B).

A)- L’affectation à l'usage direct du public


L’article 2 de l’ordonnance n° 74/2 du 6 juillet 1974 prévoit explicitement qu'un bien,
affecté à l'usage direct du public, fait partie du domaine public. Cette affectation à l'usage
direct du public s'entend de la possibilité offerte aux administrés d'utiliser le bien public
concerné sans l'intermédiaire de la personne publique propriétaire ou gestionnaire. On cite
traditionnellement à cet égard les voies publiques ouvertes à la circulation publique, les parcs
et jardins publics non payants, le rivage de la mer, les fleuves et rivières.
S’agissant des voies publiques, par exemple, les automobilistes, cyclistes ou piétons
utilisent directement ces voies. Ils agissent par eux-mêmes sans passer par l'Administration.

14
B)- L’affectation au service public
Outre l’affectation à l’usage direct du public, un bien peut être affecté à un service
public.
Le service public, vous le savez, est une activité assurée par une personne publique ou
par une personne privée - sous le contrôle d'une personne publique et sous un régime
partiellement public - en vue de la satisfaction d’un besoin d'intérêt général. Les activités
relatives à l’enseignement, à la santé, à la distribution de l’eau, de l’électricité, au transport,
etc. peuvent être érigées en service public dans la mesure où les autorités publiques estiment
qu’elles sont importantes pour le bien-être de la société.
Aussi, les biens concourant à l’exercice des activités desdits services peuvent être
classés dans le domaine public, dès lors qu’ils appartiennent à une personne publique et sont
indispensables au bon fonctionnement du service concerné.
Lorsqu'un bien public est affecté à un service public, il n'est susceptible d'être utilisé
par les administrés qu'en tant que ceux-ci se comportent comme les usagers du service public
affectataire. C’est le cas, par exemple, de l’utilisation des écoles publiques, des hôpitaux
publics, des palais de justice, des équipements sportifs, etc.

Si, en droit camerounais le critère alternatif d’affectation appliqué à un bien


appartenant à une personne publique semble suffisant à l’incorporation du bien au domaine
public ; le droit français, quant à lui, exige une condition complémentaire à l’affectation au
service public : l’aménagement indispensable à l’exécution des missions du service public.
Avant la notion d’« aménagement indispensable » introduite par le nouveau Code
GPPP du 21 avril 2006, la jurisprudence avait établi le critère d’« aménagement spécial »
comme élément de définition du domaine public.
On appelle « aménagement spécial » les différentes opérations de construction ou
d’équipement tendant à adapter le bien aux besoins et nécessités du service public auquel il
est affecté.
Selon l’arrêt à l’origine du critère de l’aménagement spécial, l’arrêt de section du CE,
Société le Béton du 19 octobre 1959, les biens affectés à un service public doivent être
spécialement aménagés en vue de l’exécution dudit service. La construction et la
configuration particulières d’un hôtel de ville (CE, 17 mars 1967, Ranchon), d’un palais de
justice (CE, 23 octobre 1968, Brun), d’un stade municipal (CE, 21 janvier 1961, ville de
Toulouse) répondent ainsi au critère d’aménagement spécial.
L’affectation du bien au service public est ainsi confortée par un aménagement spécial,
rendant celui-ci apte à remplir sa mission d’intérêt public.

En définitive, pour qu’un bien fasse partie du domaine public, il faut qu’il soit, à la
fois, la propriété d’une personne publique et affecté soit à l’usage direct du public soit à un
service public.

15
À cette détermination du domaine public basée sur les critères de propriété et
d’affectation, le législateur a pris soin de désigner des biens relevant du domaine public
(domaine public par détermination de la loi) ou du domaine privé. La définition prend ici la
forme d’une identification ; le législateur désignant nommément les biens du domaine public.
Dès lors, l’étude de la consistance du domaine public nous permettra de connaitre avec
précision les biens du domaine public déterminés par la loi.

Section 2 La consistance du domaine public


Le domaine public immobilier (§1) doit être distingué du domaine public mobilier
(§2).
§ 1. Le domaine public immobilier
En matière immobilière, le législateur discerne, selon la théorie classique du domaine
public, le domaine public immobilier naturel (A) du domaine public immobilier artificiel (B).

A- Le domaine publie immobilier naturel


Par principe, le domaine public naturel tire son origine de phénomènes naturels. Sont
rangés dans cette catégorie les biens publics dont on se contente de constater l'existence. Ils ne
résultent d'aucune opération d'aménagement, d'équipement ou de construction.
Au vu de l’article 3 de l’Ordonnance n° 74-2 du 6 juillet 1974 fixant le régime
domanial, le domaine public naturel comprend : le domaine public maritime, le domaine
public fluvial, le domaine public terrestre et le domaine public aérien.
1)- Le domaine public maritime naturel
Le domaine public maritime naturel est composé de dépendances ayant un contact
avec la mer : le rivage de la mer, les rives des embouchures des cours d'eau subissant
l'influence de la mer, Le sol et le sous-sol de la mer territoriale.
a) Le rivage de la mer
On entend par rivage la partie du littoral qui est alternativement couverte (le flux) et
découverte (le reflux) jusqu’à la limite atteinte par les plus grandes marées, quelle qu’en soit
la date, dans des circonstances météorologiques normales.
Selon une autre formulation, le rivage de la mer correspond à la bande de terre
couverte et découverte par les plus hauts flots, en l’absence de circonstances météorologiques
exceptionnelles.
Au regard de l’article 3-(a) de l’ordonnance n° 74-2 du 6 juillet 1974 fixant le
régime domanial, le rivage de la mer s’étend jusqu'à la limite des plus hautes marées ainsi
qu'une zone de cinquante mètres mesurée à partir de cette limite.
2) Les rives des embouchures des cours d'eau subissant l'influence de la
mer
Les embouchures sont les parties terminales d’un cours d’eau, d’un fleuve, notamment
; c’est l’endroit où le fleuve se jette dans la mer. Cet endroit peut être simple. Il constitue alors
un estuaire. Il peut se ramifier, on parle alors de Delta.
16
Les rives des embouchures des cours d'eau subissant l'influence de la mer s’étendent
jusqu'à la limite des plus hautes marées, ainsi qu'une zone de vingt-cinq mètres à partir de
cette limite (article 3-(b) ordonnance n° 74-2).
c) Le sol et le sous-sol de la mer territoriale.
Le sol et le sous-sol de la mer territorial font partie du domaine public de l’État par
détermination de la loi (article 3-(c) ordonnance n° 74-2 du 6 juillet 1974).
À noter que la mer territoriale s'étend jusqu'à la limite de 12 miles marins (1852 m x
12 = 22, 224 km).
2)- Le domaine public fluvial naturel
Le domaine public fluvial est constitué par :
1) Les cours d'eau navigables ou flottables dans les limites déterminées par les plus
hautes eaux, ainsi qu'une zone de vingt-cinq mètres à partir de cette limite ;
2) Les marécages, à l'exception des plantations aménagées ;
e) Les cours d'eau non navigables ni flottables dans les limites déterminées par la
hauteur des eaux coulant à plein bord ;
d) Les lacs, les étangs naturels et les lagunes dans les limites déterminées par la
hauteur des plus hautes eaux.
D’une façon générale, selon l’article 25 de la loi n° 96/12 du 05 août 1996 portant
loi-cadre relative à la gestion de l'Environnement, « Les eaux continentales constituent un
bien du domaine public dont l'utilisation, la gestion et la protection sont soumises aux
dispositions de la présente loi ainsi qu'à celles de la législation et de la réglementation en
vigueur ».
3)- Le domaine public terrestre naturel
Selon l’article 3 de l’ordonnance n° 74-2 du 6 juillet 1974, le domaine public terrestre
naturel est constitué par le sous-sol du territoire national.
On perçoit d’emblée la justification de cette classification exceptionnelle, inexistante
en droit européen : la protection des richesses minières nationales.
Cette partie du territoire ne peut être cédée en propriété à aucune personne physique
ou morale.
En effet, au vu de l’article 28 du Décret n° 76-167 du 27 avril 1976 fixant les
modalités de gestion du domaine privé de l'État, il est spécifiquement mentionné que : «
Les acquisitions effectuées conformément au présent décret n'entraînent pas l'aliénation des
ressources du sous-sol dont la propriété appartient à l’État ».
Par conséquent, les propriétaires de terrains ne le sont donc pas du sous-sol sous-
jacent.

4)- Le domaine public aérien naturel


Le domaine public aérien naturel consiste en l'espace atmosphérique situé au-dessus
du territoire de l'État et de la mer territoriale (voir également art. 2 du Décret n° 2003/2030
17
du 04 septembre 2003 portant définition, organisation et gestion de l'espace aérien
camerounais).

B) Le domaine public immobilier artificiel


Le caractère artificiel signifie que, pour que le bien existe, il a fallu l'intervention de
l'homme. Plusieurs catégories de biens publics réalisent les conditions requises pour en faire
partie. Nous présenterons schématiquement les bâtiments publics (1), les voies publiques (2),
le domaine public maritime (3) et fluvial artificiel (4).
1)- Les bâtiments publics
Il convient de rattacher à cette catégorie les installations, édifices, équipements et
ouvrages qui, appartenant à une personne publique, sont affectés à une activité de service
public : palais de justice, établissements scolaires, bibliothèques publiques, équipements
sportifs, hôtels de ville...
D’autres bâtiments pouvant être affectés à l’usage direct du public constituent
également des dépendances du domaine public. Il s’agit, comme l’indique l’article 4-k de
l’ordonnance n° 74-2 du 6 juillet 1974, modifiée par l’ordonnance n° 77-2 du 10 janvier 1977,
de monuments et édifices publics créés et entretenus par l'État ou les personnes morales de
droit public notamment les halles, les marchés, les cimetières, les musées.
Peuvent également relever du domaine public artificiel des communes : les gares
routières, les abattoirs, les centres de santés d’intérêt communal, les stades municipaux, les
centres socioculturels… (voir articles 15 à 22 de la loi n° 2004/018 du 22 juillet 2004 fixant
les règles applicables aux communes).
L’article 4-L de l’ordonnance de 77 range également au domaine public artificiel, la
concession des chefferies traditionnelles et les biens y afférents et plus spécialement dans les
régions où la concession des chefferies est considérée comme un bien indivis de la
communauté dont le chef n'a que la jouissance.
2) Les voies publiques
Le rôle particulièrement important que jouent les déplacements et les transports dans
le fonctionnement de la société confère une place éminente aux voies de communication
publiques. Celles-ci représentent une part considérable du domaine public artificiel. La
diversité des dépendances du domaine public affectées à la circulation conduit à distinguer
plusieurs catégories : le domaine public routier, le domaine public ferroviaire, le domaine
public aéronautique.
a) Le domaine public routier
Le domaine public artificiel terrestre routier est constitué par les voies de
communication terrestres affectées à la circulation générale du public.
Selon l’art.4 de l’ordonnance n° 74-2 du 6 juillet 1974, modifiée par l’Ordonnance n°
77-2 du 10 janvier 1977, font partie du domaine public artificiel routier :
- Les autoroutes et une emprise de cent (100) mètres de part et d’autre de l’axe de la
chaussée. Cette emprise est réduite à dix (10) mètres en ville à partir du bord extérieur du
trottoir ;
18
- Les routes nationales et régionales et une emprise de quarante (40) mètres de part et
d’autre de l’axe de la chaussée. Cette emprise est réduite à dix (10) mètres à partir du bord
extérieur du trottoir dans les agglomérations et à cinq (5) mètres en ville ;
- Les routes départementales et une emprise de vingt-cinq (25) mètres de part et
d’autre de l’axe de la chaussée. Cette emprise est réduite à dix (10) mètres à partir du bord
extérieur du trottoir dans les agglomérations et à cinq (5) mètres en ville ;
- Les pistes carrossables d’intérêt local et une emprise de dix (10) mètres de part et
d’autre de l’axe de la chaussée. Cette emprise est réduite à cinq (5) mètres dans les
agglomérations et en ville ;
- Les pistes non carrossables.
À noter que les diverses dépendances des voies publiques, tels que les trottoirs,
accotements, talus, murs de soutènement, ponts… font partie du domaine public routier.
b) Le domaine public ferroviaire
Cette catégorie comprend non seulement la voie ferrée elle-même, c’est à dire la voirie
terrestre ferroviaire et une emprise de trente-cinq mètres de chaque côté à partir de l'axe de la
voie, mais aussi les ouvrages indispensables à la conservation et à l’exploitation de la voie,
tels que les gares, les passages à niveau, les matériels de signalisation.
c)- Le domaine public aéronautique.
Certains biens publics immobiliers affectés aux besoins de la circulation aérienne
publique constituent le domaine public aéronautique. Les emprises des aérodromes, les
installations relatives à la sécurité de la circulation aérienne, même situées en dehors de ces
aérodromes, font partie de cette catégorie. Ces biens sont gérés par l’établissement public
ADC (Aéroports Du Cameroun).
3)- Le domaine public maritime artificiel
Une partie importante du domaine public maritime se rattache, traditionnellement, au
domaine public artificiel. Le critère de ce rattachement est celui de l'intervention humaine
dans la réalisation ou l'aménagement des ouvrages et installations concernés.
Sont rangés dans cette catégorie :
- les ports maritimes : militaires, de commerces voire de plaisance ;
- les ouvrages établis dans l’intérêt de la navigation maritime, qui sont établis soit à
l’intérieur des limites des ports : quais, bassins, digues, jetées... ; soit en dehors de ces
limites : phares, bouées, balises ; ainsi que les terrains compris dans les enceintes des ports ;
- les terrains artificiellement soustraits à l’action du flot, en vertu d’une autorisation
administrative, ainsi que les terrains conquis sur la mer à la suite d’une concession
d’endigage.
Le domaine public artificiel maritime appartient à l’État, ainsi que la gestion des ports
militaires.

4) Le domaine public fluvial artificiel

19
Les conceptions et les définitions retenues pour le domaine public maritime peuvent
être transposées au domaine public fluvial. Certaines installations se rapportant au domaine
public fluvial se classent dans le domaine immobilier artificiel. Les alinéas g et h de
l’ordonnance de 1977 range les ports commerciaux et militaires fluviaux dans cette catégorie
de biens. On pourrait également y ajouter les barrages de Lagdo et celui d’Edéa.
§ 2 Le domaine public mobilier
L’ordonnance n° 74-2 du 6 juillet 1974 portant régime domanial indique clairement,
dans son article 2, que tous les biens meubles qui, par nature ou par destination (v. les articles
528 et 529 du CC), sont affectés soit à l'usage direct du public, soit aux services publics, font
partie du domaine public.
En effet, la nécessaire protection de certains biens publics mobiliers, en raison de leur
statut ou de leur utilité, impose l'admission de leur appartenance au domaine public.
Cependant, aucun texte camerounais n’indique concrètement les biens devant faire
partie du domaine public mobilier.
Le recours au droit français s’avère une fois de plus nécessaire pour une appréhension
plus approfondie de la notion de domaine public mobilier. Le code général de la propriété des
personnes publiques français, dans son article L.2112-1, parle de « biens présentant un intérêt
public du point de vue de l'histoire, de l'art, de l'archéologie, de la science ou de la technique
».
Peuvent être rangés dans cette catégorie :
- Les archives publiques ;
- Les collections des musées publics (tableaux et objets d’art) ;
- Les collections de documents anciens, rares ou précieux des bibliothèques publiques.
La vocation culturelle caractérise grandement les biens du domaine public mobilier.
En dehors de ces principales hypothèses, les biens mobiliers publics se rangent le plus
souvent dans le domaine privé : véhicules administratifs, ordinateurs et autres machines
électroniques ou électriques, mobiliers de bureau, etc.

Section 3 Les variations de la consistance du domaine public.


La composition du domaine public n'est pas immuable. Le domaine est un instrument
entre les mains des personnes publiques, leur permettant d'assurer la satisfaction de l'intérêt
général. Aussi, sa consistance doit-elle s'adapter à l'évolution de la société. De nouveaux biens
doivent pouvoir entrer dans le domaine public, de même qu'il est nécessaire que certaines
dépendances en sortent : lorsqu'un bien cesse d'être utile à l'usage direct du public ou à un
service public, il doit pouvoir quitter le domaine public.
L’entrée (§1) et la sortie (§2) des biens du domaine public rythment ainsi la
consistance dudit domaine.

§1 L’entrée des biens dans le domaine public

20
Les règles d'entrée, tout comme de sortie du domaine diffèrent selon que sont
considérés les biens du domaine public naturel (A) ou les biens du domaine public artificiel
(B) ; la procédure est simplifiée pour les premiers, elle est renforcée pour les seconds.
A) L'entrée dans le domaine public naturel
Nous avons vu que le domaine public naturel se compose de biens dont l'existence
s'impose à l'homme de l'extérieur. L'acquisition même de ces catégories de biens résulte
nécessairement de la survenance de certains phénomènes naturels. La réalisation de ces
phénomènes entraîne, tout à la fois, l'acquisition du bien par la collectivité publique et son
incorporation automatique dans le domaine public. L'automaticité de l'incorporation exclut
tout acte de volonté. La collectivité publique constate, mais ne réalise pas.
En conséquence toute modification dans les phénomènes physiques a pour effet de
modifier la consistance du domaine public naturel :
- ainsi, la domanialité publique des rivages de la mer résulte de la réalisation d’un
phénomène naturel : la submersion par les marées les plus hautes. La personne publique se
borne à constater que telle partie du littoral est recouverte par la mer, quelle que soit la cause
du phénomène : érosion naturelle (CE 22 décembre 1976, ministre de l'Équipement contre
société foncière Biarritz-Anglet), destruction d'une digue de défense (CE 18 juin 1976,
Ménard et Pujol).
- lorsqu'un cours d'eau change de lit et submerge des terrains appartenant à des
personnes privées, ces terrains sont incorporés au domaine public fluvial.
B) L’entrée dans le domaine public artificiel.
L'autorité compétente de la collectivité publique propriétaire intervient, ici, de manière
active et volontaire. Elle décide de réaliser l'entrée d'un bien déterminé dans le domaine
public. Les éléments intentionnels et formels manifestent ici toute leur portée.
De fait, si une affectation formelle (acte de classement) est en principe exigée (1),
l'affectation matérielle est décisive (2).
1)- Une affectation formelle en principe exigée
Elle consiste en un acte explicite : c'est une manifestation unilatérale de volonté par
laquelle l'autorité administrative compétente décide que le bien considéré sera affecté à tel
usage public ou à tel service public. L'acte fixe la destination particulière du bien.
En principe, l'autorité compétente pour classer est l'autorité propriétaire de la
dépendance : le classement des biens de la commune résulte d'une délibération du conseil
municipal, le conseil régional est compétent pour les biens de la région. S’agissant de l’État,
l’article 5.- (al. 1) de l’Ordonnance n°74-2 du 6 juille 1974, modifiée par l’Ordonnance 77-2
du 10 janvier 1977 énonce que « Les immeubles destinés à faire partie du domaine public
artificiel de l'État sont classés par décret ».
2) Une affectation matérielle indispensable
L'acte de classement n'entraîne aucun effet juridique à lui seul : une affectation
formelle non suivie d'une affectation matérielle de fait ne suffit pas à faire tomber le bien dans
le domaine public. L'affectation de fait, à un service public ou à l'usage direct du public, est

21
déterminante. On doit être en mesure de constater ici que, ayant fait l'objet des aménagements
nécessaires, le bien est rendu utilisable.
Le juge administratif français a considéré qu'un bien qui n'a pas fait l'objet d'un
classement appartient néanmoins au domaine public s'il y a eu affectation matérielle. Tel est le
cas d'une voie appartenant à la commune, située à l'intérieur de l'agglomération, affectée à la
circulation publique, mais qui n'a pas fait l'objet d'un acte de classement : CE 9 novembre
1935, commune de Roquefeuil - CE 28 juillet 1993, Rudel.

§ 2 La sortie des biens du domaine public


Les modalités de sortie des biens du domaine public diffèrent également selon qu’il
s’agit du domaine public naturel (A) ou du domaine public artificiel (B).
A) La sortie du domaine public naturel
En principe, les biens sortent du domaine public naturel de la même façon qu'ils y sont
entrés, indépendamment de la volonté des personnes publiques. La disparition des
phénomènes naturels qui avaient justifié leur incorporation au domaine public justifie à elle
seule leur sortie : quand un cours d'eau quitte définitivement son lit, ce dernier n'appartient
plus au domaine public. Cette sortie nécessite néanmoins un acte formel de constatation (v.
article 5, al. 3 de l’ordonnance n ° 74-2).
B) La sortie du domaine public artificiel
La sortie d'un bien du domaine public ne peut être que la conséquence d'un acte de
déclassement expressément formulé, administratif le plus souvent, législatif quelquefois. Le
Conseil d'État en a posé le principe le 20 juin 1930 dans l’affaire Marrot. Un chemin vicinal
que le département propriétaire n'entretenait plus et qui était franchi par un ruisseau continu
de faire partie du domaine public tant que le conseil général compétent n'en a pas
explicitement prononcé le déclassement.
L'acte de déclassement constate que les biens ne sont plus affectés à un service public
ou à l'usage direct du public. Le bien sort alors du domaine public et tombe dans le domaine
privé de la collectivité :
Ainsi, selon l’article 5, al. 3 de l’ordonnance n ° 74-2, modifié par l’ordonnance n° 77-
2 du 10 janvier 1977, « Les dépendances du domaine public naturel ou artificiel reconnues
sans utilité compte tenu de leur affectation initiale, peuvent être déclassées et intégrées par
décret au domaine privé de l'État ou des autres personnes morales de droit public ».

22
CHAPITRE 3 : LA PROTECTION DU DOMAINE PUBLIC

L'idée de protection est au cœur de la théorie du domaine public. Elle constitue le


fondement même du régime de la domanialité publique. Les biens classés dans le domaine
public doivent pouvoir concourir, sans entraves, à la réalisation des missions auxquelles ils
sont affectés.
Deux formes de protection des biens du domaine public sont à distinguer : la
protection administrative (S1) et la protection pénale (S2).

Section 1 - La protection administrative du domaine public

La protection administrative du domaine public est organisée non seulement à l'égard


des collectivités publiques propriétaires (§1), mais également à l’encontre des particuliers
(§2).
§1)- Protection à l’égard des collectivités publiques propriétaires
La protection organisée à ce titre permet de protéger le domaine public dans sa
consistance, c'est-à-dire dans ce qui le compose. Cette protection est assurée grâce à un
principe fondamental du droit domanial : le principe de l’inaliénabilité du domaine public.
Nous étudierons successivement l’origine du principe et sa signification actuelle (A), ses
conséquences (B) et sa relativité (C).

1) Origine et signification du principe de l’inaliénabilité du domaine public


La règle d'inaliénabilité était une loi fondamentale du Royaume de France.
Elle fut, en effet, établie au cours du Moyen Âge (XIVe siècle) afin de lutter contre
l'attitude de certains monarques, lesquels dilapidaient le domaine de la Couronne.
C'est l’Édit (disposition législative émanant du roi) de Moulins, rendu par Charles IX
en février 1566, qui érigea le principe d’inaliénabilité en loi fondamentale du Royaume.
er
La Révolution mettra un terme à cette règle : la loi des 22 novembre et 1 décembre
1790 autorisera, sous certaines conditions, la vente de biens nationaux.
Le principe de l’inaliénabilité du domaine public va resurgir au cours du XIXe siècle
sous la plume de Proudhon et d’autres auteurs (Pardessus, Ducroq, Cormenin…) qui vont
affirmer que l'affectation du bien à l'usage du public est la raison qui justifie l’application
du principe aux dépendances du domaine public ; cette affectation nécessitant une protection
particulière.
À l’heure actuelle, l'inaliénabilité constitue une règle du droit positif camerounais. En
effet, selon l’article 2, al. 2 de l’Ordonnance nº 74-2 du 6 juillet 1974 fixant le régime
domanial, « Les biens du domaine public sont inaliénables, imprescriptibles et insaisissables
».

23
Une dépendance du domaine public affectée à une activité de service public constitue
un élément de fonctionnement et de continuité dudit service. Toute possibilité d'aliénation de
la dépendance pendant la durée de l'affectation serait de nature à compromettre la mission
poursuivie par le service concerné, mettant ainsi en péril l’existence et la continuité du
service public. Lorsque la dépendance est affectée à l'usage direct du public, son aliénation,
pendant la durée de cette même affectation, pourrait compromettre l'exercice de certaines
libertés fondamentales : liberté d’aller et venir, liberté du commerce, de l'industrie, etc.

C'est donc pour préserver l'utilisation du bien considéré que les biens publics sont
rendus inaliénables tant que dure leur affectation à l’intérêt général. Le principe
d'inaliénabilité vaut pour le domaine public immobilier, comme pour le domaine public
mobilier. Il emporte des conséquences notables.

B)- Conséquences attachées au principe de l’inaliénabilité


La règle de l’inaliénabilité du domaine public a pour conséquences : la nullité des
ventes (1), l’imprescriptibilité (2) et l’interdiction d’exproprier (3).
1)- La nullité des ventes du domaine public
La vente des biens domaniaux réalisée sans déclassement préalable ou désaffectation,
ou sans disparition des phénomènes naturels qui avaient entraîné leur incorporation au
domaine public est nulle (Cass. civ. 2 avril 1963, Montagne, AJDA 1963, p. 486, note Dufau,
er
CE, 1 mars 1989, Béro).
Les tiers acquéreurs, même de bonne foi, sont soumis à restitution, sans pouvoir se
er
prévaloir de l'article 2279 du Code civil, alinéa 1 , aux termes duquel « en fait de meubles, la
possession vaut titre ».
2)- L’imprescriptibilité du domaine public
L’imprescriptibilité des biens du domaine public signifie l'impossibilité pour les tiers
d'acquérir un droit sur ces biens par voie de prescription acquisitive, c'est-à-dire par une
possession prolongée (art. 2219 [Link]. : la prescription est le moyen d’acquérir ou de se
libérer par un certain laps de temps, et sous les conditions déterminées par la loi). La règle de
l’imprescriptibilité est étroitement liée à l’inaliénabilité du domaine public. Consacrée à
l’article 2, al. 2 de l’ordonnance nº 74-2, précitée, elle fait obstacle à ce que les personnes
publiques soient dépossédées, à leur insu, de dépendances domaniales ; elle les protège contre
leur propre négligence (CE Sect., 13 octobre 1967, Cazeaux). Cette règle permet ainsi à
l'Administration propriétaire de bénéficier d’un droit de revendication perpétuel ; elle peut
réclamer le bien à n'importe quel moment.
3)- L’interdiction d’exproprier
Le domaine public ne peut faire l’objet d’aucune procédure d’expropriation.
Cette règle est également le corollaire du principe d'inaliénabilité. On estime en effet
que celui-ci doit s'entendre comme s'opposant aux aliénations forcées, tout comme aux
aliénations volontaires (CE, 21 novembre 1884, Conseil de fabrique de l'église Saint-Nicolas-
des-Champs, CE, 2 juillet 1930, Kersaho).

24
C) Relativité du principe d’inaliénabilité du domaine public
La relativité du principe d’inaliénabilité du domaine public tient non seulement au lien
établi avec l’affectation (1), mais aussi aux démembrements admis par le législateur (2).

1)- Un principe lié à l’affectation domaniale


L'inaliénabilité commence et s'achève avec l'affectation du bien. Il est en effet admis
aujourd’hui, comme l’a montré Proudhon en son temps, que l'inaliénabilité est la conséquence
de l'affectation du bien à un usage public ou à un service public, et qu'elle constitue une
garantie de celle-ci.
La règle d'inaliénabilité ne signifie donc pas que les biens du domaine public ne
pourront jamais être vendus. Elle implique seulement que le domaine public ne peut être
aliéné par la personne publique tant qu'il restera affecté à un usage public ou à un service
public. Ce n'est pas la nature propre d'une dépendance qui fait obstacle à son
aliénabilité, c'est son affectation à l'utilité publique. L'inaliénabilité du domaine public est
liée à l'affectation, c'est son fondement même.
Dès lors, les personnes publiques compétentes peuvent aliéner une dépendance du
domaine public à condition de la désaffecter et de la déclasser au préalable.
Selon l’article 5 al. 3 de l’Ordonnance n° 74-2 du 6 juillet 1974, pour être
déclassées, les dépendances du domaine public naturel ou artificiel doivent avoir été
reconnues sans utilité, compte tenu de leur affectation initiale (désaffectation matérielle). Un
décret peut alors les déclasser et les intégrer au domaine privé de l'État ou des autres
personnes morales de droit public. Leur aliénation devient, dès lors, possible.
2)- Une admission progressive de droits réels sur le domaine public
Un droit réel est un droit qui permet à une personne d'exercer un pouvoir sur un bien
matériel (Ex. : propriété, usufruit, servitude, bail, hypothèque, nantissement).
Une évolution notable s’est faite, ces dernières années en matière d’admission de
droits réels sur le domaine public. Nous sommes passés d'une interdiction de les constituer à
la reconnaissance progressive de cette faculté.
En effet, au regard d'un arrêt du Conseil d'État du 6 mai 1985, association Eurolat
(AJDA 1985, p. 62), transposable en droit camerounais, aucun droit réel (droit de propriété,
d’usufruit, d’hypothèque, d’usage, de servitude, de bail emphytéotique) ne pouvait être admis
sur le domaine public. Cette issue semblait s'imposer, car la solution inverse aurait porté
atteinte au principe de base de la domanialité publique, selon lequel la personne publique
propriétaire doit toujours garder le droit de prendre des mesures unilatérales afin de réaliser la
meilleure affectation de la dépendance. Au-delà, la constitution de droits réels serait en
contradiction avec la précarité des occupations du domaine public puisque, par exemple, le
bail que l'on qualifie d'emphytéotique est de longue durée. Enfin, la création de tels droits
amènerait à admettre un démembrement du domaine public et, in fine, son aliénabilité.
Malgré la position jurisprudentielle, le législateur a introduit, en droit positif, des
dispositions autorisant la création de droits réels sur le domaine public.

25
Ainsi, selon l’article 17 de la Loi nº 2006/012 du 29 décembre 2006 fixant le régime
général des contrats de partenariat, « Lorsque le contrat emporte occupation du domaine
public, il vaut autorisation d'occupation de ce domaine pour sa durée. Le titulaire du contrat
a, sauf stipulation contraire de ce contrat, des droits réels sur les ouvrages et équipements
qu'il réalise. Ces droits lui confèrent les prérogatives et obligations du propriétaire, dans les
conditions et les limites définies par les clauses du contrat ayant pour objet de garantir
l'intégrité et l'affectation du domaine public ».

§2)- Protection du domaine public à l’encontre des particuliers


En plus de l’imprescriptibilité évoquée plus haut, la protection à l’égard des
particuliers concerne les créanciers des personnes publiques (A), les voisins du domaine
public (B) et les occupants sans titre (C).

1) Protection domaniale contre les créanciers de l’Administration : l’insaisissabilité


du domaine public
Le principe selon lequel les biens des personnes publiques sont insaisissables
constitue, un principe général du droit d'application fort ancienne, puisqu'il a été consacré par
le Tribunal des conflits dès 1899 (TC, 9 décembre 1899, Association syndicale du canal de
Gignac). Il est, en droit camerounais, mentionné à l’article 2, al. 2 de l’Ordonnance n° 74-2
du 6 juillet 1974 fixant le régime domanial. Selon cet article, c’est un rappel, « Les biens du
domaine public sont inaliénables, imprescriptibles et insaisissables ».
Le principe d'insaisissabilité des biens publics signifie l'impossibilité de recourir à
l'encontre des personnes publiques aux voies d'exécution du droit privé (telles que la saisie-
vente sur les meubles et immeubles, ou la saisie-attribution sur les créances). Par conséquent,
le créancier d'une personne publique ne peut, en cas de refus de cette dernière de s'acquitter de
sa dette, que demander au juge judiciaire ou administratif, sa condamnation au paiement d'une
astreinte.

B)- La protection du domaine public à l’égard des propriétés voisines : les


servitudes administratives
Il s’agit de charges qui sont supportées par les propriétés privées riveraines du
domaine public afin de protéger ou de permettre l’utilisation des biens de celui-ci
conformément à leur affectation.
Elles imposent soit des obligations de faire (obligation pour les propriétaires riverains
de détruire les murs de clôture qui gênent la visibilité au croisement de routes…), soit des
obligations de ne pas faire (interdiction de planter des arbres à une certaine distance des
routes et voies ferrées…), soit des obligations de laisser faire (exécution de travaux,
installation d’ouvrage ou de canalisations dans une propriété privée, riveraine du domaine
public).
L’inobservation des servitudes administratives peut entrainer une contravention de
grande voirie et la démolition des ouvrages gênants (art. 5 du décret n° 2008/0740/PM du 23

26
avril 2008 fixant le régime des sanctions applicables aux infractions et aux règlements
d’urbanisme).

L’article 6 du décret précité détermine la raison d’être des servitudes d’utilités


publiques. Selon cet article, en effet, « les servitudes d’utilité publique sont instituées pour
garantir la pérennité, l’entretien, l’exploitation et le fonctionnement d’une installation
d’intérêt général qui a besoin d’un espace propre pour protéger un site particulièrement
précieux pour la communauté ».
Le contentieux des servitudes administratives relève, en principe, de la compétence du
juge administratif.

C)- La protection du domaine public contre les occupants sans titre


Selon l’article 19 du décret n° 2008/0740/PM du 23 avril 2008 fixant le régime des
sanctions applicables aux infractions et aux règlements d’urbanisme, « L'occupation ou
l'empiètement sur le domaine public, le domaine privé de l'État ou des collectivités
territoriales décentralisées sans obtention préalable d'une autorisation de l'Autorité
administrative compétente constitue une infraction passible des sanctions prévues par la
réglementation en vigueur ».
De fait, il y a occupation sans titre du domaine public dès lors que l'occupant est
dépourvu de toute autorisation d'occupation, ou que l'autorisation dont il se prévaut est
irrégulière ou périmée.
L'Administration a l'obligation de faire cesser de telles atteintes au domaine public ;
étant entendu que dans l’hypothèse où l'occupation sans titre constituerait de plus une
infraction, elle pourra naturellement utiliser les procédures prévues par le régime des
contraventions de voirie routière ou de grande voirie, comme nous le verrons plus loin.
Quoi qu’il en soit, l'administration dispose, dans tous les cas, d'un moyen d'action
spécifique et de nature à assurer une protection efficace du domaine public, à savoir
l'expulsion de l'occupant sans titre.
Ainsi, au regard des articles 4 et 5 de la Loi n° 80/22 du 14 juillet 1980 portant
répression des atteintes à la propriété foncière et domaniale, « après mise en demeure
restée sans effet pendant 30 jours, le Préfet procède à la démolition des réalisations effectuées
sur ladite dépendance. Il peut à cet effet requérir la force publique ».
(Distinction à faire entre les propriétés publiques et les propriétés privées exploitées
par des personnes sans autorisation : expulsion par le préfet/ déguerpissement par décision de
la juridiction compétente).
Bien entendu, l’Administration peut tolérer la présence de l’occupant sans titre. Elle
peut percevoir des redevances, qui sont considérées comme sanctionnant une occupation sans
autorisation.

Section 2- La protection pénale du domaine public

27
Outre le régime administratif de protection, le domaine public bénéficie également
d’une protection pénale caractérisée par une police particulière, la police de la conservation.
On appelle police de la conservation du domaine public, le pouvoir de réglementation et
d’action dont dispose l'administration afin de maintenir ou rétablir l'intégrité matérielle des
biens publics et d’assurer leur utilisation normale.
La police de la conservation est assortie de sanctions particulières : les contraventions
de voirie. Celles-ci se répartissent en contravention de voirie routière (§1) et en
contraventions de grande voirie (§2).

§1)- Les contraventions de voirie routière


Elles concernent, comme leur nom l'indique, les atteintes portées aux voies publiques
et à leurs dépendances, ainsi que les entraves de toute nature apportées à l'usage auquel elles
sont destinées.
Selon l’article 17 de la Loi n° 96/07 du 08 avril 1996 portant Protection du
patrimoine routier national, modifiée et complétée par la loi n° 2004/021 du 22 juillet
2004, entrent dans le champ contravention de voirie routière :
- la destruction volontaire d'équipement routier ;
- le déversement ou le dépôt, suivant le cas, de tout produit et/ou objet réputé
dangereux pour la chaussée et/ou la circulation ;
- les destructions et/ou dégradations involontaires causées à la route et/ou aux
équipements routiers ;
- l'occupation non autorisée de l'emprise de la route ;
- la réalisation à titre privé d'ouvrage sur l'emprise de la route sans autorisation ;
- la réalisation à titre privé d’ouvrage sur l'emprise de la route avec autorisation,
mais sans respect des normes techniques.
Ces infractions sont sanctionnées par le retrait du véhicule en cause de la circulation et
d’une amende de 25 000 à 75 000 Frs. En cas d’un surplus de tonnes, 50 000 Frs par tonne
excédentaire sont réclamés.

À noter que, au vu de l’article 20 du décret n° 2008/0740/PM du 23 avril 2008 fixant le


régime des sanctions applicables aux infractions et aux règlements d’urbanisme,
« Toute dégradation de la chaussée ou destruction des équipements annexes de la voie
publique entraîne leur remise à l'état par l'auteur desdites dégradations, sans préjudice des
autres sanctions prévues par la réglementation en vigueur. En cas de refus de réparer, le
Maire ou toute Autorité compétente peut saisir les juridictions compétentes en réparation des
dommages consécutifs à ces dégradations, sans consignation préalable ».

Une condamnation pénale plus sévère est prévue à l’article 230 du Code pénal.
Suivant cet article, en effet, « Est punit d'un emprisonnement d’un mois à deux ans celui qui,
sans autorisation régulière, met obstacle à l'usage d'une voie publique terrestre ou d'une voie

28
d'eau navigable ou qui en rend l'usage difficile en déformant la chaussée ou en détournant le
cours de la voie d'eau soit par des constructions, soit par une utilisation abusive, soit par
l'exploitation des terrains adjacents. »
Le même article punit de la même peine celui qui, étant chargé de l'entretien d'une voie
publique ou d'un ouvrage s'y rapportant, s'en abstient, sanctionnant ainsi une éventuelle
obligation d’entretien.
§2)- Les contraventions de grande voirie
La notion de « contravention de grande voirie » est utilisée pour qualifier,
juridiquement, les comportements attentatoires à l'intégrité des dépendances du domaine
public n'appartenant pas à la voirie routière.

Les dépendances du domaine public maritime, fluvial, aérien, terrestre, bénéficient de


cette protection.
Ainsi, toute personne qui pollue, dégrade les sols et sous-sols, altère la qualité de l'air
ou des eaux, en infraction aux dispositions de la loi n° 96/12 du 05 août 1996 portant loi-
cadre relative à la gestion de l'Environnement, peut être punie d'une amende d’un million à
cinq millions de FCFA et d'une peine d'emprisonnement de six mois à un an ou de l'une de ces
deux peines seulement (Article 82).
L’occupation sans titre du domaine public peut également donner lieu à contravention
de grande voirie. Ainsi, comme le stipule l’article 2 de la loi n° 80-2 du 14 juillet 1980
portant répression des atteintes à la propriété foncière et domaniale, « Sont passibles
d'une amende de 50 000 à 200 000 F et d'un emprisonnement de 2 mois à 3 ans ou d'une de
ces peines seulement : a) ceux qui exploitent ou se maintiennent sur un terrain sans
autorisation préalable du propriétaire; b) les agents de l’État convaincus de complicité dans les
transactions foncières de nature à favoriser l'occupation irrégulière de la propriété d'autrui ».

S’agissant du domaine maritime, tout capitaine de navire qui se rend coupable d'un
rejet dans les eaux maritimes sous juridiction camerounaise d'hydrocarbures ou d'autres
substances liquides nocives pour le milieu marin, en infraction aux dispositions de la présente
loi et de ses textes d'application ou des conventions internationales relatives à la prévention de
la pollution marine auxquelles le Cameroun est parti, peut être puni d'une amende de dix
millions à cinquante millions de FCFA et d'une peine d'emprisonnement de six mois à un an
ou de l'une de ces deux peines seulement (Article 83).

29
CHAPITRE 4 : L’UTILISATION DU DOMAINE PUBLIC

Comme le régime de protection, le régime d’utilisation du domaine contribue


également au respect de l’affectation du bien à l’utilité publique. Le domaine public est un
espace destiné à accueillir les usagers. Il peut faire l’objet d’un usage direct ou indirect. Seule
l’utilisation directe sera étudiée dans le présent chapitre ; l’utilisation indirecte se conformant
aux exigences du service public concerné.
Les biens du domaine public affectés à l’usage du public sont susceptibles d’être
utilisés de deux manières. On distingue en effet l’utilisation collective (S1) de l’utilisation
privative (S2).

S1- L'utilisation collective du domaine public

On parle d’utilisation collective du domaine public lorsque le bien est utilisé par le
public en général, ou par une catégorie de personnes objectivement déterminée.
Les principales dépendances concernées sont les voies publiques terrestres, mais aussi
les rivages de la mer, les cours d’eau, ou les halles et marchés publics.

L’usage collectif du domaine public présente plusieurs caractéristiques (§1) et un


régime juridique spécifique (§2).

§1- Les caractères de l’utilisation collective


L’utilisation collective du domaine public est caractérisée par l’anonymat, la
concurrence, l’impermanence et la normalité.
En premier lieu, l’usage collectif est anonyme, impersonnel, en ce sens qu'il bénéficie
à des usagers qui ne sont pas individualisés ou identifiés (piétons, automobilistes). En second
lieu, l'utilisation s'exerce sous forme d'une concurrence au sens où le conducteur d'un
camion, par exemple, qui circule sur une voie publique n'empêche pas les autres
automobilistes d'emprunter la même route. En troisième lieu, l'usage collectif n'est pas
permanent puisque l'utilisation du domaine public par chacun d'entre nous doit être
épisodique et intermittente. L'automobiliste ne peut, ainsi, stationner que pendant un certain
temps sur la voie publique. En quatrième lieu, l'utilisation collective est, en principe,
normale, c'est-à-dire qu'elle est conforme à la destination du domaine public concerné. Tel est
le cas pour la circulation des véhicules sur la voie publique. Mais, tel n'est pas le cas pour une
manifestation, car elle « ne répond pas à l'affectation de cette partie du domaine public »
(CE, 3 mai 1974, Mutuelle nationale des étudiants de France, AJDA, 1975 p. 188), la voie
publique étant normalement affectée à la circulation des véhicules. Il y a alors utilisation
collective anormale.

§2-. Le régime juridique de l’utilisation collective

30
Celui-ci s'appuie sur trois principes fondamentaux : la liberté (A), l’égalité (B) et la
gratuité (C).

A- La liberté de l’utilisation.
La liberté d'utilisation des dépendances domaniales trouve son fondement dans le fait
que, la plupart du temps, l'usage commun du domaine public correspond à l'exercice d'une
liberté publique : la liberté de circuler sur les voies publiques est la manifestation de la liberté
d'aller et de venir, le transport et la circulation des marchandises sur les voies publiques sont
une expression de la liberté de commerce et de l'industrie.
Plus généralement, l'affectation d'une dépendance domaniale à l'usage du public
confère aux bénéficiaires le droit d'utiliser librement cette dépendance : point n’est besoin
d'une autorisation pour circuler sur le domaine public. À ce titre, le permis de conduire
n'est pas une autorisation administrative de se déplacer sur la voie publique, c'est un certificat
d'aptitude à la conduite.
Néanmoins, la liberté d'utilisation n'existe que pour autant que l'utilisation est
conforme à l'affectation de la dépendance domaniale : les voies publiques sont réservées à la
circulation automobile, les trottoirs aux piétons...
Par ailleurs, aucune liberté ne revêt un caractère absolu : elle doit se concilier avec
l'exercice d'autres libertés et avec les exigences de l'ordre public ; la liberté d'utilisation des
dépendances domaniales n'échappe pas à la règle.
De la même manière que le droit de grève s'exerce dans le cadre des lois qui le
réglementent, toute liberté, pour être effective, nécessite une réglementation.
La plupart du temps, la réglementation des libertés et, en l'occurrence la liberté
d'utilisation des dépendances domaniales obéit à des nécessités d'ordre public. L'autorité de
police pourra apporter les limitations nécessitées par le respect de la sécurité, de la
tranquillité, de la salubrité publique : prévention d'accident, amélioration de la circulation,
lutte contre le bruit, etc.
Cependant, cette réglementation doit respecter le principe de liberté, elle ne peut par
conséquent comporter des mesures d'interdiction à caractère général et absolu.

B- L’égalité dans l’utilisation.


Le principe d’égalité signifie que tous les utilisateurs du domaine public doivent être
traités de la même manière dès lors qu'ils sont placés dans la même situation. Ce principe
d'égalité a été posé explicitement par le Conseil d'État en 1956 (CE, 2 novembre 1956,
Biberon, Rec. Lebon, p.403). Toutefois, il existe des exceptions :
- la circulation et le stationnement des poids lourds ou des véhicules utilitaires
peuvent être assujettis à une réglementation plus restrictive que les véhicules de
tourisme : CE 20 février 1961, Lagoutte et Robin ;
- les riverains des voies publiques bénéficient de droits spécifiques avec les aisances
de voirie, qui consistent en un droit d'accès, de vue ou d'écoulement des eaux.
31
Le droit d'accès est un corollaire du droit de propriété. Le riverain doit pouvoir accéder
par la voie publique à son immeuble, y entrer et en sortir à pied ou avec un véhicule. Ce droit
comporte également l'arrêt d'un véhicule devant l'immeuble, pour le chargement et le
déchargement des marchandises, ou pour la montée et la descente des personnes se trouvant
dans la voiture.
Le droit de vue est la possibilité pour les riverains d'ouvrir des portes et des fenêtres,
directement sur la voie publique. Les règles restrictives du Code civil ne sont pas applicables
(v. art. 675 s., CC).
Le droit d'écoulement des eaux, pluviales et ménagères, implique, pour les riverains, la
faculté de jouir du raccordement aux égouts, de déverser les eaux pluviales sur les voies,
d'évacuer les eaux usées.

C- La gratuité de l’utilisation
Le principe de gratuité signifie que l'usage commun du domaine public ne saurait être
assujetti au paiement de taxes ou redevances.
Ce principe est peut-être celui qui rencontre le plus de limites. Deux exemples types
en témoignent : la circulation et le stationnement.
Si l'usage des voies publiques est en principe gratuit, des péages peuvent être institués
sur les routes nationales.
S’agissant du stationnement, il est le corollaire de la liberté de circulation sur les voies
publiques. Dès lors, même s'il est payant, le stationnement est un droit.
Le stationnement payant doit être justifié par les nécessités de la circulation et non par
le souci exclusif de procurer des ressources supplémentaires. Par ailleurs, sa création ne doit
pas porter atteinte aux conditions d'accès et de desserte des riverains des voies publiques.

Section 2- L'utilisation privative du domaine public

Il y a utilisation privative lorsqu'une partie du domaine public est soustraite à l'usage


commun, au profit d'un particulier (terrasse de café, kiosque à journaux, magasin, boutique
dans l’enceinte d’un marché, d’un port ou d’un aéroport...). Examinons les caractéristiques de
ce phénomène (§1) avant d'en étudier le régime juridique (§2).

§1- Les caractères des utilisations privatives


En premier lieu, l'usager privatif est dans une situation individualisée grâce à un acte
juridique (acte unilatéral ou contrat) qui l'autorise à utiliser le domaine public. En second lieu,
l'autorisation a un caractère exclusif puisque le titulaire de l'autorisation est le seul à pouvoir
bénéficier de l'emplacement qui lui a été réservé sur le domaine public. Cela interdit donc à
toute autre personne d'utiliser le même emplacement. En troisième lieu, l'autorisation a un
caractère permanent puisque son bénéficiaire occupe en permanence l'emplacement jusqu'à
la révocation de son titre, même si l'autorisation est attribuée de manière précaire et reste

32
révocable. En quatrième lieu, l'usage privatif est le plus souvent anormal puisqu'il concerne
des dépendances affectées, en principe, à l'usage de tous ; sauf, par exemple, pour les
emplacements de marchés qui sont des occupations privatives normales puisque les marchés
sont destinés recevoir des marchands.

§2- Le régime juridique des utilisations privatives


Le caractère anormal des utilisations privatives du domaine public et leurs
conséquences sur le public ou sur les dépendances concernées ont toujours justifié leur
assujettissement à un régime juridique particulier. Ce régime regroupe un ensemble de
principes et de règles progressivement élaborés par le législateur et par le juge administratif. Il
s’agit de l’exigence préalable d’un titre juridique (A), de la règle de non-gratuité (B) et du
principe de précarité (C).
A- L’exigence préalable d’un titre juridique
Selon l’article 97 de la loi n° 2004/003 du 21 avril 2004 régissant l’urbanisme au
Cameroun, « Toute occupation des dépendances du domaine public de l'État ou des
collectivités territoriales décentralisées est soumise à l'obtention préalable d'une
autorisation d'occuper le sol à titre provisoire, délivrée par l'autorité compétente ».
Toute utilisation privative, à la différence des utilisations collectives, est ainsi soumise
à l'obtention préalable d'une autorisation expresse délivrée par la personne publique
compétente, à titre personnel. Par conséquent, l’autorisation d’occupation tacite n’existe pas
(CE, 21 mars 2003, Syndicat intercommunal périphérie Paris pour électricité, AJDA, 2003, p.
1935). Il n'y a pas de liberté d'usage. Dès lors qu'une dépendance du domaine public est
occupée sans autorisation, il y a occupation sans titre et possibilité pour la personne publique
d'enjoindre les occupants sans titre d'évacuer les lieux (V. art. 4 et 5 de la loi n° 80/22 du 14
juillet 1980 portant répression des atteintes à la propriété foncière et domaniale).

Il existe deux types d'autorisations d'occupation privative du domaine public : les unes
ont un caractère unilatéral (1) et les autres ont une nature contractuelle (2).
1- Les autorisations unilatérales d'occupation du domaine public
Les autorisations à caractère unilatéral opposent le permis de stationnement à la
permission de voirie.
Le permis de stationnement donne droit à une occupation privative du domaine public,
sans emprise au sol : terrasses de café installées sur les trottoirs (CE 14 juin 1972, El Koubi),
étalages sur les trottoirs, dépôts de bennes sur la voie publique, stationnement de taxis...
L'autorisation est délivrée par l'autorité chargée de la police de l'ordre public.
Ainsi, selon l’article 89, al. 1 et 2 de la Loi n° 2004/018 du 22 juillet 2004, fixant les
règles applicables aux communes, « Le maire exerce les pouvoirs de police en matière de
circulation routière, dans le ressort de sa commune.
Il peut, moyennant le paiement de droits fixés par délibération, donner des permis de
stationnement ou de dépôt temporaires sur la voie publique, sur les rivières, ports et quais
fluviaux relevant de la compétence de la commune et sur d’autres lieux publics, sous réserve

33
que cette attribution puisse avoir lieu sans gêner la circulation sur la voie publique ou la
navigation ». Sur cette compétence du maire, voir aussi article 119 de la Loi n° 2004/003 du
21 avril 2004 régissant l’urbanisme au Cameroun.

La permission de voirie, quant à elle, est un mode d'utilisation privative du domaine


public avec emprise. Elle implique l'exécution de travaux qui modifient l'assiette même de la
dépendance occupée : construction d'un kiosque à journaux sur une dalle de béton encastrée
dans le trottoir, établissement dans le sol ou sur la voie publique des réseaux destinés à la
distribution de l’eau, de l’énergie électrique et du téléphone (art. 89, al. 3 de Loi n° 2004/018
du 22 juillet 2004, fixant les règles applicables aux communes, précité).
Elle est délivrée par l'autorité chargée de la gestion du domaine concerné.

2- Les contrats portant occupation privative du domaine public


D’autres utilisations privatives trouvent leur origine dans des contrats comportant
occupation du domaine public. Ces contrats sont dénommés « concessions de voirie ». Il s'agit
là d'une catégorie de contrat administratif par détermination de la loi (voir décret-loi du 17
juin 1938). La concession de voirie est « le contrat conclu entre le propriétaire ou le
gestionnaire du domaine et une autre personne en vue d'une occupation privative d'une
dépendance domaniale ». La dénomination générique « concession de voirie » renvoie à une
multiplicité d'occupations privatives.
Il peut ainsi s’agir :
- des concessions d'utilisation du domaine public maritime : « concessions d'endigage
» (travaux de mise en valeur du rivage) ;
- des concessions dans les halles et marchés ;
- des « concessions exclusives d'affichage » sur le domaine public ;
- des « concessions funéraires ».
À côté de ces contrats qui ont pour objet l'occupation directe et privative du domaine
public se trouvent ceux dont l'objet est une délégation de service public nécessitant une
certaine forme d'occupation du domaine public. Il s’agit notamment :
- des « contrats de mobilier urbain » ;
On utilise cette dénomination pour désigner les contrats par lesquels des sociétés
commerciales sont autorisées à installer sur le domaine public des abris destinés aux usagers
des transports en commun, des panneaux d'informations municipales ou générales, des
toilettes ou des bancs publics.
- Des contrats de partenariat public-privé ;
Lorsqu'un contrat dit de partenariat public-privé emporte occupation du domaine, il
constitue une catégorie de convention d'occupation du domaine public (voir art. 17 de la Loi
nº 2006/012 du 29 décembre 2006 fixant le régime général des contrats de partenariat,
précité).
- Des conventions d'occupation constitutive de droits réels sur le domaine public.
34
Dans le but de favoriser la valorisation du domaine public et de fournir à
certaines catégories d'occupants privatifs des garanties et des facilités, le législateur a
créé des catégories particulières de contrats. La conclusion de ces contrats est de nature à
permettre à l'occupant privatif de bénéficier d'un ensemble de droits réels sur des
constructions réalisées sur le domaine public.
Le plus emblématique de ces conventions est le bail dit « bail emphytéotique
administratif ». Le BEA est un contrat par lequel une collectivité territoriale autorise une
occupation privative de son domaine public pour une durée qui se situe entre 18 et 99 ans. Le
bénéficiaire du bail détient des droits réels (droit de propriété, hypothèque, location…) sur les
constructions et installations réalisées à cette occasion sur le domaine. La conclusion du bail
emphytéotique suppose que le bénéficiaire soit chargé d'une mission d'intérêt général ou
de service public, pour le compte de la personne publique contractante (équipement
sportif, culturel, construction de bâtiments servant l’intérêt général…)

B- La soumission de l’occupant au paiement d’une redevance


À la différence des occupations collectives, dominées par le principe de gratuité,
l'occupation privative est a contrario et par définition, subordonnée au versement d'un droit
d'utilisation.
Les occupants privatifs entendent utiliser les dépendances considérées dans le cadre
d'une activité lucrative. Les collectivités publiques propriétaires transforment, partiellement,
les dépendances du domaine public en siège d'activités de production, de distribution ou de
service. Cette forme d'utilisation est soumise, par voie de conséquence, au paiement d'une
redevance.
Ainsi, selon un arrêté de la CUY, « L’exploitation du domaine public et du domaine
privé communautaire donne lieu à la perception d’un droit d’exploitation » (article 1, al. 1 de
l’arrêté n° 348/CPE/DAFE/CU/YDE/06 du 17 février 2006 fixant les taux de droits
d'exploitations du domaine public et privé communautaire dans la CUY).

C- La situation temporaire, précaire et révocable de l’occupant privatif


Les autorisations d'utilisation du domaine public sont délivrées à titre temporaire,
précaire et révocable.
Le caractère temporaire du titre signifie que l’autorisation d’occupation doit toujours
être délivrée pour une durée déterminée. Le titre juridique par lequel est autorisée cette
utilisation est tenu d'indiquer la durée pour laquelle ladite utilisation est consentie au
bénéficiaire. Cette mention est une condition de légalité de l'autorisation. De plus, cette
autorisation n’est généralement pas renouvelée tacitement. L’occupant ne peut se prévaloir
d’un droit à renouvellement de l’autorisation qui lui avait été délivrée (CE, 17 décembre 1975,
Société Letourneur Frères).

Le caractère précaire et révocable de l’occupation privative indique que


l’autorisation d’occupation peut toujours être révoquée quelle que soit la durée d’occupation
qui a été initialement fixée. Aucun titre juridique ne saurait constituer un obstacle à la libre
disposition des dépendances du domaine public par l'Administration. « En tout état de cause,

35
stipule l’article 97, al. 2 de la loi N° 2004-03 du 21 avril 2004 régissant l’urbanisme au
Cameroun, aucune de ces occupations ne doit constituer un blocage au fonctionnement
normal de la ville ».
L'obligation de fixer une durée de validité initiale du titre juridique ne remet nullement
en cause le pouvoir qu'a l'autorité compétente de provoquer une fin anticipée de ladite
occupation privative.
L'autorité administrative est recevable à se fonder soit sur des motifs d'intérêt
général (CE, 14 octobre 1991, Helié, Rec., p. 680), soit sur la nécessité de protéger le
domaine public en raison de l'incompatibilité constatée de l'utilisation avec l'affectation
ou du non-respect par l'occupant de ses engagements.
Lorsque la révocation de l'autorisation est fondée sur un motif d'intérêt général,
l'occupant privatif peut se voir reconnaître un droit à indemnité. Aucune indemnité n'est due
lorsque la violation par l'occupant privatif de ses engagements est à la base du retrait de
l'autorisation.
Selon la théorie générale des contrats administratifs, cette révocabilité des titres
juridiques est inhérente à toute occupation du domaine public. Pour cette même raison, toute
clause contractuelle excluant la possibilité d'exercice du pouvoir reconnu à l'Administration
de provoquer une fin anticipée du contrat d'occupation privative est nulle (CE, 4 février 1983,
ville de Charleville-Mézières, rec., p. 45).

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CHAPITRE 5 - LE DOMAINE PRIVE DES PERSONNES PUBLIQUES

Les personnes publiques possèdent à la fois un domaine public et un domaine privé. Si


le premier est caractérisé par l’affectation à l'utilité publique, le second répond à une finalité
patrimoniale. Pour autant, le domaine privé des collectivités publiques ne s'identifie pas aux
propriétés privées des personnes privées. Une appréhension précise du domaine privé des
personnes publiques passe par l’étude de sa notion (S1) et son régime juridique (S2).

Section 1 - LA NOTION DE DOMAINE PRIVÉ

Le domaine privé ne fait pas l'objet d'une définition très précise, ses règles de
constitution sont hétéroclites.

§1- La définition du domaine privé


Le domaine privé est caractérisé en principe par l’absence d’affectation à l’utilité
publique (A) et par sa fonction patrimoniale (B)

A- L'absence d'affectation à l'utilité publique


Le domaine privé se définit de façon négative : il se détermine a contrario du domaine
public, relativement au critère d’affectation. Le domaine privé est ainsi constitué de
dépendances qui appartiennent à une personne publique, mais qui ne sont pas affectées à
l'utilité publique. C’est le cas, par exemple, des immeubles et appartements mis en location
par la SIC.

B- Une fonction patrimoniale


Le domaine privé a une fonction patrimoniale, financière : il est destiné à procurer à
la personne publique des revenus ou des services (location d’immeubles d’habitation, gestion
de la forêt domaniale...). C'est sa mission essentielle.
Cette mission n'est cependant pas exclusive : le domaine privé constitue également un
réservoir domanial dans lequel les personnes publiques puisent pour constituer des biens du
domaine public (v. art. 2s du décret n° 76-167 du 27 avril 1976 fixant les modalités de gestion
du domaine privé de l’État).

§2 - Les règles de constitution du domaine privé


Elles sont diverses :
On distingue les procédures exorbitantes du droit public (A) et des procédures de droit
privé (B).

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A- Modes de constitution de droit public
L'intégration d'un bien au domaine privé peut résulter de la mise en œuvre de plusieurs
types de techniques de Droit public (art. 10s, ord. 72-2 du 6 juillet 1974) :
a- D'un acte de classement intervenu par application des législations en vigueur en
matière domaniale : (- les biens meubles et immeubles acquis par l'État à titre gratuit ou
onéreux selon les règles du droit commun ; -les terrains qui supportent les édifices,
construction ouvrages et aménagements réalisés et entretenus par l'État ; - Les immeubles
dévolus à l'État en vertu de l'article 120 du Traité de Versailles de 1919, etc.)
b- D'un acte de déclassement du domaine public ;
c- D'un acte d'expropriation pour cause d'utilité publique ;
d- D'un acte de déchéance ou de droit de reprise des concessions rurales ou urbaines;
e- D'un acte de dissolution administrative ou judiciaire des associations pour fait de
subversion, d'atteintes à la sûreté intérieure ou extérieure de l'État, transférant leurs biens à
l'État·
f- D'un prélèvement souverainement décidé par l'État sur le domaine national par
application des dispositions de l’article 18 de l'ordonnance fixant le régime foncier ;
g- D'autres modes exorbitants d'incorporation de biens au domaine privé sont à
mentionner :
- l'acquisition par l'État des successions en déshérence (Code civil, article 538) ;
- des biens vacants et sans maître (Code civil, articles 539 et 713) ;
- les biens faisant l'objet d'une confiscation pénale, etc.
À ces modes exorbitants d'ordre interne peuvent s'ajouter des modes d'incorporation
d'ordre international :
- le traité, particulièrement l'article 120 du Traité de Versailles attribuant certains biens
allemands à l'État colonisateur successeur et ainsi à l'État du Cameroun indépendant.

B - Modes d'incorporation issus du droit commun


Les modes communs d'acquisition concourent également à la constitution du domaine
privé :
a- les acquisitions à titre onéreux (achats, ventes, biens d'échange, etc.) relevant des
règles usuelles du Droit civil ;
b- les acquisitions à titre gratuit : dons, legs, libéralités diverses ;
c- l'acquisition par réincorporation au domaine privé de l'État des biens attribués en
participation au capital des sociétés en cas de dissolution, de faillite desdites sociétés ;
d- l'écoulement d'un délai de prescription faisant passer dans le domaine privé de
l’État tout dépôt, avoir ou titre n'ayant fait l'objet d'aucune réclamation.

Section 2 - LE RÉGIME JURIDIQUE DU DOMAINE PRIVÉ


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Les règles applicables au domaine privé sont différentes de celles qui régissent le
domaine public. Elles n'ont pas un rôle de protection. Elles doivent permettre la gestion des
dépendances. Ce faisant, elles aboutissent à la soumission au droit privé.

§1 - La gestion du domaine privé


La gestion du domaine privé s’articule autour de l’utilisation des biens dudit domaine
(A) et leur aliénation (B).

A- L'utilisation des biens du domaine privé


Les biens du domaine privé peuvent être utilisés par la personne publique propriétaire
ou par des personnes privées.

1)- L'utilisation par la personne publique :


La personne publique est propriétaire, au sens civiliste du terme, de son domaine
privé, elle a un patrimoine. Elle est alors assimilée à un propriétaire privé. La personne
publique dispose librement de sa dépendance : elle peut l'utiliser pour ses propres besoins,
l'affecter à l'un de ses services (art. 2 et s. du décret n° 76-167 du 27 avril 1976 fixant les
modalités de gestion du domaine prive de l'État) ou la mettre à disposition d'une autre
personne publique ou d’une société. Ainsi, selon l’article 12 du décret n° 76-167 du 27 avril
1976, précité, l'État peut participer à la formation ou à l'augmentation du capital des sociétés
par apport de terrains prélevés sur son domaine privé.

2)- L'utilisation par des personnes privées :


Le domaine privé fait l'objet, par principe, d'usages privatifs de la part des administrés.
Des autorisations d'occupation peuvent être délivrées, de manière unilatérale ou par voie de
contrat (v. art. 18 du décret n° 76-167 du 27 avril 1976). Les contrats d’occupation peuvent
être constitués par les baux ordinaires ou emphytéotiques.
Le bail ordinaire confère au preneur un droit de jouissance pour une durée ne pouvant
excéder dix-huit ans. Il est consenti avec obligation de mise en valeur (art. 20 et s.).
Le bail emphytéotique confère au preneur ou emphytéote, un droit réel susceptible
notamment d'hypothèque. Il est consenti pour une durée comprise entre dix-huit et quatre-
vingt-dix-neuf ans, sous condition résolutoire de mise en valeur dans un délai déterminé (art.
23 et s.).

B- L'aliénation des biens du domaine privé


Contrairement aux dépendances du domaine public, les biens du domaine privé sont
aliénables et prescriptibles. Ils peuvent ainsi être aliénés par voie de vente (1), de cession (2)
ou d’échange (3).

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1)- La vente
L'aliénation des biens immeubles du domaine privé de l'État doit, la plupart du temps,
être autorisée par le préfet, le ministre ou le Président de la République, et faire l'objet d'une
adjudication publique qui suppose une publicité et une mise en concurrence. L’adjudication
est le mode principal d’aliénation des biens du domaine privé ; la vente de gré à gré est
secondaire, dérogatoire (art. 16, ordonnance n° 74-2 du 6 juillet 1974 fixant le régime
domanial).

2)- Les cessions


Afin de leur permettre de constituer leur domaine, l'État peut céder à titre gratuit ou
onéreux, des dépendances de son domaine privé aux personnes morales de droit public. La
cession par l’État des biens meubles et immeubles de son domaine privé peut être opérée, soit
à l’initiative de ces personnes publiques, soit à celle de l’État. Lorsque l’initiative émane de la
commune, de la région ou d’un établissement public, la demande de cession est adressée au
Préfet du département où l'immeuble est situé. Elle doit préciser le but assigné à la parcelle.
(Voir art. 11 du décret n° 76/167, art. 9 de la loi 2004/018 du 22 juillet 2004 fixant les règles
applicables aux communes, art. 10 de la loi n° 2004/019 fixant les règles applicables aux
régions).

3- L’échange
Selon l’article 13 du décret n° 76-167 du 27 avril 1976 fixant les modalités de
gestion du domaine prive de l'État, « il peut être procédé à l'échange d'un immeuble
domanial ou non bâti contre des biens de même nature appartenant à des particuliers;
Les immeubles, objets de l'échange, sont préalablement évalués contradictoirement par
l'administration des domaines et le particulier.
En cas de différence de valeur, une soulte est stipulée au profit ou à la charge de l'État
».
L'acte d'échange est approuvé par décret.

§2 - La soumission de principe aux règles de droit privé


Le domaine privé est soumis à un régime juridique de droit privé, la personne publique
étant assimilée à un propriétaire qui gère son domaine dans les conditions du droit commun.
Le contentieux relève du juge judiciaire.
Le juge administratif a néanmoins, en la matière, une compétence accessoire.
Elle s'explique par la présence d'une personne publique, propriétaire du domaine privé.
Ainsi, en cas de contentieux lié à des actes administratifs unilatéraux, le juge
administratif deviendra compétent si l'acte se détache de la gestion du domaine privé.

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De même, certains contrats relatifs à l'utilisation du domaine privé peuvent être des
contrats administratifs s'ils répondent aux critères d'identification de ce type de contrats, telles
la présence de clauses exorbitantes du droit commun (TC 15 janvier 1990, Maccia), ou la
participation directe du cocontractant à l'exécution d'un service public (CE 4 juillet 1969,
Trouvé).
Par ailleurs, l’exécution de travaux publics sur le domaine privé, l’exercice de
missions de services publics sur les dépendances du domaine privé appellent la compétence
du juge administratif.

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CHAPITRE 6 - LE DOMAINE NATIONAL
Contrairement au domaine public et au domaine privé, le domaine national n’est pas
objet de propriété, ni pour l’État, ni pour les autres personnes publiques, ni même pour les
personnes privées. Il constitue le « patrimoine collectif national » et est composé de toutes les
terres, à l'exception du domaine public, du domaine privé, des terres immatriculées ou
transcrites, soit en vertu du Code civil, soit en vertu de la procédure de la constatation des
droits coutumiers. L’État en est le gestionnaire. Ce rôle d’administrateur du patrimoine
national lui a été attribué par l'ordonnance n° 74/1 du 6 juillet 1974 fixant le régime foncier.
Son article 16 dispose en effet que : « Le domaine national est administré par l'État en vue
d'en assurer une utilisation et une mise en valeur rationnelle ». Après avoir analysé sa
consistance (SI), nous examinerons la gestion proprement dite du domaine national (SII).

Section 1 - LA CONSISTANCE DU DOMAINE NATIONAL


L'ordonnance n° 74/1 du 6 juillet 1974 fixe, dans son article 14, les éléments
constitutifs du domaine national (§1), avant de procéder à la classification des terres qui en
font partie (§2).
§1. La constitution du domaine national
Au regard de l’ordonnance de 74, le domaine national se compose de terres qui
forment le domaine national initial (A), par opposition à celles qui constituent le domaine
national par incorporation (B).
A. Le domaine national initial ou de base
Le domaine national initial, ou de base est défini de façon négative. Il rassemble toutes
les terres qui ne font l’objet d’aucun droit de propriété aussi bien de la part des personnes
publiques que des personnes privées (art. 14 de l’ordonnance n° 74/1 du 6 juillet 1974).
B. Le domaine national par incorporation
Constituent des dépendances du domaine national par incorporation, les terrains ruraux
et urbains des personnes ayant été déchues du droit de transformer en titres fonciers leurs
livrets fonciers, certificates of occupancy ou leurs jugements définitifs, constitutifs ou
translatifs de droits, conformément aux dispositions des articles 4 et 5 de l'ordonnance de
1974 fixant le régime foncier.
§2. La classification des dépendances du domaine national
Le domaine national ainsi constitué, l'ordonnance n° 74/1 classe les dépendances qui
en font partie en deux catégories : les terres occupées ou exploitées (A) et les terres libres de
toute occupation (B).
A. Les terres occupées ou exploitées
Il s’agit, comme le précise l’article 15 de l’ordonnance, de terrains d'habitation, des
terres de culture, de plantation, de pâturage et de parcours dont l'occupation se traduit par une
emprise évidente de l'homme sur la terre et une mise en valeur probante.
Ces terres font partie du domaine national tant qu'elles ne sont pas encore
immatriculées au profit d'une personne physique ou morale, d'une collectivité coutumière ou
classées dans le domaine public ou privé de l'État ou des personnes morales publiques. En
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conséquence, seuls le titre foncier et un acte de classement confèrent la propriété immobilière
sur ces terrains.
B. Les terres libres de toute occupation effective
Elles constituent la deuxième catégorie des dépendances du domaine national. Ici, la
loi vise toutes les étendues de terrains ruraux et urbains incultes et libres de toute occupation.
Ces terres ne peuvent faire l'objet d’une appropriation qu'à la condition d'être préalablement
mises en valeur. En zone rurale, il s'agit essentiellement des forêts qui ne font l'objet ni d'un
acte de classement pour le compte d'une commune (forêts communales) ou de l'État (forêts
domaniales), ni d'une convention entre l'administration chargée des forêts et une communauté
villageoise (forêts communautaires) ou qui n'ont pas été plantées par des personnes physiques
ou morales sur leur propriété privée (forêts des particuliers).

Section 2 - LA MISE EN ŒUVRE DE LA GESTION DU DOMAINE


NATIONAL
L'ordonnance n° 74/1 attribue expressément l'administration du domaine national à
l'État qui a pour mission d’assurer une utilisation et une mise en valeur rationnelles dudit
domaine (art. 16). Ce droit d'administration du patrimoine collectif national revêt des formes
différentes selon qu'il s'agit des terres occupées ou exploitées (§1) ou au contraire des terres
libres de toute occupation (§2).
§1. La gestion des terres occupées ou exploitées
Tant qu'elles ne font pas encore l'objet d'une appropriation privée justifiée par un titre
foncier ou un acte de classement dans le domaine public ou privé de l'État ou des autres
personnes morales publiques, les dépendances occupées ou exploitées du domaine national
restent sous administration de l'État. Celui-ci peut les incorporer à son domaine privé ou à
celui des autres personnes publiques (A), ou les laisser à la disposition des occupants ou
exploitants qui peuvent en obtenir des titres de propriété (B).
1. L’incorporation des dépendances du domaine national au domaine privé de l’État
ou des autres personnes morales publiques

L’État peut, afin de faciliter la réalisation des projets d'intérêt général, décider de
l’incorporation des dépendances du domaine national à son domaine privé ou bien à celui des
personnes morales publiques. Cette procédure d’incorporation (1°) s’accompagne, le cas
échéant, d’indemnisation des victimes du déguerpissement (2°).
1°)- La procédure d’incorporation
La procédure d’incorporation est réservée aux services publics, aux collectivités
locales, ainsi qu'aux organismes publics autonomes qui sollicitent des dépendances du
domaine national pour des projets d'intérêt général.
La demande d'incorporation adressée au ministre des domaines doit comporter les
indications suivantes : le projet à réaliser, la localisation du projet, la superficie demandée
ainsi que la localisation du terrain, la date approximative de démarrage des travaux, la

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justification de l'existence de crédits pour le paiement des impenses que pourrait
éventuellement supporter le terrain.
Cette demande a pour but d'amener le ministère chargé des domaines à prendre un
arrêté d'utilité publique concernant le projet envisagé (art. 19).
Lorsque le bien fondé des justifications du projet est établi, le ministre chargé des
domaines prend un arrêté déclarant d'utilité publique les travaux projetés et le notifie pour
enquête au préfet du lieu de situation de l'immeuble (art. 9 à 14 du décret n° 87/1872 du 16
décembre 1987 portant application de la loi n° 85/9 du 4 juillet 1985 relative à
l'expropriation pour cause d'utilité publique et aux modalités d'indemnisation).
L'incorporation du terrain au domaine privé de l'État, de la collectivité locale ou de
l'organisme public est prononcée par décret, lequel indique le montant des impenses à la
charge de la personne morale bénéficiaire.
2°)- L'Indemnisation des victimes du déguerpissement
L'incorporation des dépendances du domaine national au domaine privé de l'État ou
des autres personnes morales est susceptible de provoquer le déguerpissement des occupants
desdits terrains. Les indemnités de déguerpissement dues à la suite de l'incorporation doivent
correspondre à la valeur des constructions ou des cultures que supportait le terrain au moment
de l'enquête (art. 23). À cette fin, la commission de constat et d'évaluation chargée de mener
l'enquête doit produire un état d'expertise des cultures, des constructions et de toute autre mise
en valeur signé de tous ses membres. En principe, l'indemnisation est poursuivie avant tout
déguerpissement. Mais l'État peut, compte tenu de l'urgence du projet, disposer de toute
dépendance du domaine national avant le paiement de l'indemnité de déguerpissement.
B- L’utilisation du domaine national par des occupants ou exploitants privés.
Selon l’article 17 de l’ordonnance n° 74-1 du 6 juillet 1974, « les collectivités
coutumières, leurs membres ou toute autre personne de nationalité Camerounaise qui, à la
date d'entrée en vigueur de la présente ordonnance, occupent ou exploitent paisiblement des
dépendances de la première catégorie prévue à l'article 15, continueront à les occuper ou à les
exploiter ».
Le même article prévoit l’octroi d’un titre de propriété, sur demande, aux exploitants et
occupants susmentionnés. Pour cela, ils doivent prouver la mise en valeur du terrain sollicité.
Il revient à la commission consultative, nommée par le Préfet et siégeant au niveau du district
ou de l'arrondissement, d’examiner et de régler, le cas échéant, les litiges qui lui sont soumis
dans le cadre de la procédure d'obtention du titre foncier sur les dépendances du domaine
national occupées ou exploitées (art. 12 et 13 du décret n° 76-166 du 27 avril 1976 fixant les
modalités de gestion du domaine national).
§2. La gestion des terres libres de toute occupation : la cession progressive des
terres
Les terres non occupées ou non exploitées du domaine national connaissent une modalité
particulière de gestion : c'est la concession. La concession, au sens des textes relatifs au domaine
national, est la forme par excellence de la redistribution des terres composant ledit domaine. Le
concessionnaire investi d'un droit d'occupation, essentiellement provisoire dans son origine, peut
transformer la précarité de sa possession par une mise en valeur du terrain

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concédé dont il devient alors pleinement propriétaire. C'est en quelque sorte une propriété
potentielle sous condition suspensive.
En effet, l'attribution d'une concession est d'abord faite à titre provisoire (A). Mais
suivant les cas, celle-ci peut être transformée par la suite en bail ou concession définitive (B).
A- La concession provisoire
Après avoir examiné les conditions d’attribution de la concession provisoire (1°), nous
évoquerons les faits mettant fin à ladite concession (2°).
1°)- Les conditions d’attribution de la concession provisoire
Aux termes de l’article 2 du décret n° 76-166 du 27 avril 1976 fixant les modalités de
gestion du domaine national, la concession provisoire est octroyée pour des projets de
développement entrant dans le cadre des options économiques, sociales ou culturelles de la
nation.
Toute personne physique ou morale désireuse de mettre en valeur une dépendance du
domaine national non occupée ou exploitée, doit en faire la demande au service des domaines
du lieu de situation de l'immeuble. Cette demande doit être accompagnée, entre autres des
pièces permettant l’identification du demandeur et du terrain concerné, d'un programme de
mise en valeur faisant ressortir les étapes de sa réalisation.
Les concessions provisoires de moins de 50 ha sont attribuées par arrêté du ministre
chargé des domaines, et celles de plus de 50 ha par décret présidentiel. Leur durée est de cinq
ans maximum. Mais exceptionnellement, cette durée peut être prorogée sur la demande
motivée du concessionnaire.
2°)- La fin de la concession provisoire
Un certain nombre de faits énumérés par le décret n° 76-166 mettent fin à la
concession provisoire. Il s'agit :
-de l'expiration du délai prévu au contrat ;
-du non-respect des obligations imposées au concessionnaire par le cahier de charges ;
-de l'abandon volontaire de la concession ;
-de l'aliénation du terrain sans le consentement de l'autorité concédante ;
-du décès du bénéficiaire, si 1'héritier ne demande pas le transfert des droits dans un
délai d'un an, à compter de la date de décès ;
-de la faillite du concessionnaire ou de la dissolution s'il s'agit d'une société ;
-de l'octroi d'une concession définitive.
Dans ce dernier cas, il faut que le concessionnaire ait satisfait à l'obligation principale
qui pèse sur lui, à savoir la mise en valeur du terrain concédé.
L'acte mettant fin à la concession provisoire est, selon les cas, soit un arrêté du
ministre des domaines, soit un décret présidentiel.
B- La concession définitive et le bail emphytéotique.

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Le constat de la mise en valeur du terrain provisoirement concédé (1°) entraîne la
conversion de la concession provisoire soit en concession définitive (2°), soit en bail
emphytéotique (3°).
1°)- Le constat de la mise en valeur du terrain provisoirement concédé
À l'expiration de la durée de concession provisoire, la commission consultative prévue
par l'article 16 de l'ordonnance 74/1 du 6 juillet 1974 procède à un constat de mise en valeur
du terrain concédé et en dresse un procès-verbal. C'est sur la foi de ce dernier que l'autorité
préfectorale propose soit la transformation du contrat de concession provisoire en un contrat
de concession définitive, soit sa transformation en un bail emphytéotique, soit enfin la
prorogation de la durée de la concession provisoire.
Le procès-verbal de mise en valeur est dressé par la commission après enquête. Il doit
faire ressortir le montant des investissements réalisés et contenir toutes les informations et
objections reçues au cours de l'enquête.
Le procès-verbal est adressé par la suite au ministre chargé des domaines par le préfet,
accompagné de tout le dossier et de ses propositions.
2°)- La conversion de la concession provisoire en concession définitive
Si le terrain concédé a été mis en valeur conformément aux conditions imposées par
l'acte de concession et ses avenants éventuels, le contrat de concession provisoire, au vu du
procès-verbal adressé au préfet par la commission, peut être transformé par cette autorité en
contrat de concession définitive permettant au bénéficiaire de procéder à l'immatriculation du
terrain concerné et d'en obtenir un titre foncier.
L'attribution en concession définitive peut être également décidée par le préfet, même
si la mise en valeur du terrain n'a été que partielle. Dans cette hypothèse, il peut proposer
l'attribution soit de la totalité du terrain, soit de la partie qui, seule, a été mise en valeur.
L'attribution définitive n'est ouverte u aux seuls demandeurs de nationalité camerounaise.
3°)- La conversion de la concession provisoire en bail emphytéotique
La concession provisoire peut être également convertie en bail emphytéotique. C'est
l'unique mode de transformation de la concession provisoire accessible aux étrangers ayant
mis en valeur une dépendance du domaine national.
À l'expiration de son délai initial, ce bail est résilié par arrêté du ministre chargé des
domaines ou par décret selon le cas. Mais il peut être aussi renouvelé selon la même
procédure au besoin sous réserve d'investissements supplémentaires.

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DEUXIEME PARTIE : L’EXPROPRIATION POUR CAUSE D’UTILITE
PUBLIQUE

L'expropriation est un mode de cession forcée du droit de propriété. Le juge


camerounais, dans l'arrêt Fouda Mballa c/État du Cameroun (CFJ / CAY, 8 Juin 1971), l’a
défini « comme une opération administrative par laquelle l'administration contraint un
particulier à lui céder la propriété de son immeuble dont elle a besoin pour la réalisation
d'un objet d'intérêt général ».
L’expropriation constitue ainsi une prérogative de puissance publique qui permet à la
personne publique d'acquérir un bien nécessaire à la satisfaction de l'intérêt général, malgré
l'opposition de son propriétaire, moyennant le paiement d'une indemnité. Elle constitue une
atteinte légal au droit de propriété, droit protégé par la constitution.
Si l'expropriation porte atteinte au droit de propriété, son exercice doit cependant
respecter un certain nombre de principes et de règles : l'utilité publique de l'opération
projetée, le respect d'une procédure particulière et le versement d'une indemnité. Tous
ces éléments sont régis par la loi n° 85-09 du 4 juillet 1985 relative à l’expropriation pour
cause d’utilité publique et par le décret d’application n° 87/1872 du 16 décembre 1987.
Après avoir analysé les conditions de l’expropriation (S1), nous en examinerons la
procédure (S2).

CHAPITRE 1 - LES CONDITIONS DE L'EXPROPRIATION

Atteinte grave à un droit constitutionnellement reconnu, la mise en œuvre de la


procédure d’expropriation doit scrupuleusement respecter les règles établies. Certaines
conditions doivent être remplies pour que la procédure d’expropriation soit légale. L’utilité
publique doit en être le but (S1), les biens à exproprier (S2) et les acteurs de l’expropriation
(S3) devant être correctement déterminés.

Section 1-. Les conditions tenant au but de l'expropriation : l’utilité publique


er
Selon l’article 1 de la loi n° 85-09 du 4 juillet 1985 précitée, l'État peut recourir à la
procédure d'expropriation pour cause d'utilité publique « pour la réalisation des objectifs
d'intérêt général ».

L'atteinte au droit de propriété ne sera légale que dans la mesure où l'opération


projetée présente un caractère d'utilité publique. Cette finalité est censée être un élément de
protection contre une atteinte abusive au droit de propriété. Elle est un élément essentiel de
toute procédure d'expropriation.
L’examen de la notion (§1) et de son contrôle par le juge (§2) mérite donc une
attention particulière.
§1- La notion d’utilité publique

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Dans aucun texte, la législation camerounaise ne définit la notion d'utilité publique,
bien que celle-ci ressorte, expressément ou implicitement, de différentes dispositions.
Le préambule de la constitution du 18 janvier 1996 en fait ainsi la raison fondamentale
d’atteinte au droit de propriété.
En effet, aux termes de celui-ci, « La propriété est le droit d’user, de jouir et de
disposer des biens garantis à chacun par la loi. Nul ne saurait en être privé si ce n’est pour
cause d’utilité publique et sous la condition d’une indemnisation dont les modalités sont
fixées par la loi ».
Dans le même ordre d’idée, l’article 545 du code civil dispose que : « Nul ne peut être
contraint de céder sa propriété, si ce n’est pour une cause d’utilité publique, et moyennant
une juste et préalable indemnité ».

Pour la doctrine administrative, c'est une notion essentiellement extensible, c'est à dire
susceptible de varier en fonction des circonstances et de la mission que l'État s'assigne en
matière de développement.
L'utilité publique ou l'intérêt public ou général peut ainsi concerner des domaines aussi
variés que ceux des travaux publics (TGI, Ydé, jugement civil n° 263, 4 avril 1984, Foe
Gorgon , aménagement des voies publiques), de l'économie (CA/CS, 30 novembre 1997, Scté
Renault Cameroun, construction du marché du Mfoundi), du sport, de la santé, de l'éducation,
de l'aménagement du territoire et de l'urbanisme. Dans tous les cas, il importe que le projet
concoure à la satisfaction des besoins d'une collectivité donnée dans un de ces domaines pour
qu'il soit déclaré d'utilité publique.

Le Ministre des domaines joue un rôle prépondérant dans la détermination de l’utilité


publique d’un projet. C’est lui qui, selon l’article 3, al. 1 et 2 du décret n° 87/1872, « apprécie
le bien-fondé des justifications du projet. Lorsqu'il juge le projet d'utilité publique, il prend un
arrêté déclarant d'utilité publique les travaux projetés ».
Cette appréciation peut cependant faire l’objet de recours contentieux.

§2- Le contrôle de l’utilité publique


L’arrêté de déclaration d’utilité publique d’un projet peut faire l'objet d'un recours pour
excès de pouvoir. Le juge administratif y examinera, de manière classique, la légalité externe
et la légalité interne de l'acte.
Le juge administratif camerounais, depuis l'affaire Fouda Mballa, exerce, en la
matière, un contrôle a posteriori de l'effectivité de l'intérêt général du projet. Il examine, au
regard des textes, si ledit projet répond à la qualification d’utilité publique.
La jurisprudence Ville nouvelle Est (CE, Ass., 28 mai 1971) a révolutionné le contrôle
de l’utilité publique par le juge français. En mettant en balance le coût et les avantages du
projet, il a poussé loin sont investigation dans le contrôle de cette exigence d’utilité publique.
La création d'une ville nouvelle (Villeneuve-d'Ascq) sera déclarée d'utilité publique,
mais au terme d'un raisonnement nouveau posé dans un considérant de principe :
« considérant qu'une opération ne peut être déclarée d'utilité publique que si les atteintes à la
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propriété privée, le coût financier et éventuellement les inconvénients d'ordre social qu'elle
comporte ne sont pas excessifs eu égard à l'intérêt qu'elle présente ». Ce considérant sera
désormais repris dans toutes les décisions relatives au contrôle de l'utilité publique. Il donne
naissance à la théorie du bilan coût-avantages. Il convient de répertorier les avantages, puis
les inconvénients du projet envisagé : l'opération ne sera reconnue d'utilité publique que si les
avantages l'emportent sur les inconvénients.
Le juge est ainsi amené à refaire le processus décisionnel de l'administration.
L'importance, au moins en théorie, de ce contrôle trouve sa justification dans le fait que la
procédure porte atteinte au droit de propriété, droit fondamental, protégé par la constitution.

Section 2- Les conditions relatives aux biens


Selon l’article 2 de la loi n° 85-09 du 4 juillet 1985 relative à l'expropriation pour
cause d'utilité publique et aux modalités d'indemnisation, « L'expropriation pour cause
d'utilité publique affecte uniquement la propriété privée telle qu'elle est reconnue par les lois
et règlements ».
Cette disposition laisse à penser que les propriétés publiques sont exclues de la mise
en œuvre de la procédure d’expropriation.
S’il est de droit que les biens du domaine public ne peuvent faire l'objet d'une
procédure d'expropriation ; le domaine public étant inaliénable, qu’en est-il des biens du
domaine privé ?
Selon la lettre de l’article 2 cité ci-dessus, ces biens ne peuvent être expropriés, car ne
faisant pas partie de la propriété privée, mais plutôt de la propriété publique. Aucun jugement,
à notre connaissance, n’est venu, à ce jour, confirmer ou infirmer ce point de vue.
À noter qu’en droit français, les biens appartenant au domaine privé des collectivités
locales et aux établissements publics pourraient être expropriés au profit de l'État (CE, 8 août
1990, ministre de l'Equipement c/Ville de Paris, CJEG 1991, p. 15).
En tout cas, une procédure d'expropriation pourrait viser tous les biens immobiliers par
nature (fonds de terre, bâtiments, v. [Link]., art 528 et s.) ou par destination (bien mobilier
attaché par le propriétaire à un bien immobilier par nature : poteau électrique, lampadaire, v.
C Civ. art. 524 et 525), ainsi que les accessoires de l'immeuble. Les droits réels immobiliers
(usufruit, servitude, hypothèque) et des meubles pourraient en faire partie, au regard des
termes de l’article 2 de la loi n° 85-09 précité. L'expropriation peut être totale ou partielle.

Section 3-Les conditions attachées aux personnes


L'opération d'expropriation s'organise autour de deux principaux intervenants : le
titulaire du droit d’exproprier (§1) et les bénéficiaires de l’expropriation (§2).
§1-Le titulaire du droit d’exproprier
er
L’article 1 , al. 1 de la loi n° 85-09 du 4 juillet 1985 attribue à l'État le pouvoir
d'imposer la cession forcée d'une propriété immobilière détenue par un tiers. Aux termes de
cet article en effet, « Pour la réalisation des objectifs d'intérêt général, l'État peut recourir à la
procédure d'expropriation pour cause d'utilité publique ».
49
Le détenteur du pouvoir d'exproprier est donc l'État, en ce sens que seule l'autorité
étatique peut donner les autorisations nécessaires à la mise en œuvre de l'expropriation. Toute
personne désirant exproprier doit demander l'autorisation à l'État d'utiliser la procédure
d'expropriation. Seul l'État, par l’intermédiaire du Ministre chargé des Domaines, peut
déclencher la procédure en prenant l’arrêté de déclaration d’utilité publique, après avoir
apprécié l’opportunité du projet envisagé. La compétence étatique se poursuit alors par le
biais du Ministre de l’urbanisme et de l’habitat (aujourd’hui dénommé « Ministre du
Développement urbain et de l’habitat ») qui décide des missions confiées à la commission de
constat et d’évaluation chargée d’effectuer l'enquête préalable à l’expropriation. Celle-ci est
réalisée, en définitive, par un décret d'expropriation, émanant du Premier ministre.
Les lois de décentralisation du 22 juillet 2004 n'ont pas apporté, sur ce point, de
modifications ; le pouvoir d'exproprier, en tant que compétence, n'a fait l'objet d'aucun
transfert au profit des collectivités territoriales. Celles-ci peuvent, néanmoins, être
bénéficiaires de la procédure d’expropriation.
§2- Les bénéficiaires de l’expropriation
Le bénéficiaire est la personne qui a eu l'initiative du projet et qui poursuivra la
procédure d'expropriation jusqu'à la réalisation du transfert de propriété et au paiement des
indemnités.
L'État est considéré comme le premier bénéficiaire (A). Toutefois, les collectivités
locales, tout comme les établissements publics, les concessionnaires de service public ou les
sociétés d’État (B) jouissent également de la qualité de bénéficiaire de l’expropriation.
A- L’État, premier bénéficiaire de l’expropriation
En plus de sa qualité de titulaire du droit d’exproprier, l’État peut également être
bénéficiaire de la mise en œuvre d’une procédure d’expropriation. La loi n° 85-09 parle alors
de « procédure engagée directement ». Ainsi, « Tout département ministériel désireux
d'entreprendre une opération d'utilité publique saisit le Ministre chargé des Domaines d'un
dossier préliminaire en deux exemplaires » (Décret n ° 87/1872 du 16 décembre 1987 portant
application de la loi 85/09, chapitre relatif à l’expropriation engagée à la demande des services
publics, article 2).

B- Les autres personnes publiques et privées.


Les collectivités locales, les établissements publics, les concessionnaires de service
public et les sociétés d’État sont les bénéficiaires de la procédure dite indirecte
d’expropriation.
Ces personnes doivent, au préalable, démontrer que le bien convoité ne peut être
acquis à l’amiable.
En effet, selon l’article 15 du décret n° 87/1872, « avant le recours à l'expropriation
pour cause d'utilité publique en faveur des collectivités publiques locales, des établissements
publics, des concessionnaires de service public ou des sociétés d'État en vue de la réalisation
des travaux d'intérêt général, ces derniers doivent procéder aux négociations préalables avec
des propriétaires ou ayants droit concernés ».

50
En cas d’aboutissement des négociations, l’acquisition est faite selon les règles de
droit commun.
En cas de désaccords, les résultats desdites négociations sont soumis à l'arbitrage du
Ministre chargé des Domaines. Si l'arbitrage se révèle infructueux, il est procédé à
l'expropriation, aux frais du bénéficiaire, suivant la procédure normale.

Les collectivités territoriales peuvent recourir à l’expropriation pour la satisfaction de


l’intérêt local. S’agissant des établissements publics, ils ne peuvent exproprier, en principe,
que dans un but correspondant à leur spécialité, à leur objet statutaire. En ce qui concerne les
concessionnaires de service public, personnes morales de droit privé, le bénéfice, à leur égard,
du droit d’expropriation, est justifié par le fait qu’ils sont chargés de l’exécution d’un service
public. Le Conseil d’État, dans l’affaire Ancelle, considère que « La reconnaissance du
caractère de service public… implique un minimum de prérogatives de puissance publique, au
nombre desquelles le droit d'exproprier paraît devoir figurer nécessairement » (CE 17 janvier
1973, Ancelle, à propos d'une caisse régionale de sécurité sociale).

CHAPITRE 2 - LA PROCÉDURE D'EXPROPRIATION

Le point de départ d'une opération d'expropriation est marqué par la volonté d'un
expropriant d'acquérir un bien immeuble destiné à être utilisé au titre de l'intérêt général. Le
projet d'acquisition forcée s'inscrit dès lors dans une procédure complexe dans le cadre de
laquelle interviennent plusieurs autorités et plusieurs décisions. Contrairement au droit
français où les autorités administratives et judiciaires interviennent concurremment dans la
procédure d’expropriation (la procédure d’expropriation s’y déroule en deux phases : une
phase administrative et une phase judiciaire. Les autorités administratives proposent,
préparent et justifient l'acquisition forcée ; tandis que les autorités judiciaires évaluent les
biens visés, fixent les indemnités et ordonnent le transfert de la propriété), le droit
camerounais attribue entièrement cette procédure à l’Administration, le juge n’intervenant
qu’en cas de contentieux.
En effet, tout le déroulement de la procédure d’expropriation, du déclenchement de la
procédure (S1), au décret d’expropriation (S3), en passant par l’enquête préalable (S2), relève
de l’autorité administrative.

Section 1- Le déclenchement de la procédure d’expropriation


Lorsqu’il y a défaut d’accord amiable avec les propriétaires pour l’acquisition d’un
bien destiné à l’utilité publique, les services publics de l’État, les collectivités publiques
locales, les établissements publics ou les concessionnaires de services publics peuvent
demander à l’autorité compétente de mettre en œuvre la procédure d’expropriation. La mise
en œuvre de ladite procédure est déclenchée par une demande adressée au Ministre chargé des
Domaines (§1) qui peut prendre un arrêté de déclaration d’utilité publique des travaux
projetés (§2)
§1- La demande d’expropriation
51
Les personnes pouvant bénéficier de l'expropriation, désireuses d'entreprendre une
opération d'utilité publique, doivent soumettre au ministre chargé des domaines un dossier en
deux exemplaires comprenant :
- une demande assortie d'une note explicative indiquant l'objet de l'opération ;
- une fiche dégageant les caractéristiques principales des équipements à réaliser et
précisant notamment:
1) la superficie approximative du terrain sollicité dûment justifiée ;
2) l'appréciation sommaire du coût du projet y compris les frais d'indemnisation ;
3) la date approximative de démarrage des travaux ;
4) la disponibilité des crédits d'indemnisation avec indication de l'imputation
budgétaire ou de tous autres moyens d'indemnisation.
§2- L’arrêté de déclaration d’utilité publique
À la réception de la demande, le ministre des domaines apprécie l'opportunité du
projet envisagé : il dispose sur ce point d'un pouvoir discrétionnaire. Il peut refuser de
répondre favorablement à la demande du requérant.
Cependant, lorsqu'il juge le projet qui lui est présenté d'utilité publique, le ministre
prend un arrêté déclarant d'utilité publique les travaux projetés.
Les effets de cet arrêté sont notables : il est suspensif de toute transaction, de toute
mise en valeur sur les terrains concernés. Aucun permis de construire ne peut, sous peine de
nullité d'ordre public, être délivré sur les lieux.
Toutefois, l'arrêté ne fait pas obstacle à la poursuite des procédures d'immatriculation
du domaine national de première catégorie au profit de leurs occupants ou de leurs
exploitants. De même, tant que le décret d'expropriation n'est pas pris, l'inscription des droits
réels grevant lesdits terrains peut être poursuivie.
L'arrêté de déclaration d'utilité publique devient caduc si, dans un délai de deux ans à
compter de la date de sa notification au service ou organisme bénéficiaire, il n'est pas suivi
d'expropriation effective. Sa validité ne peut être prorogée qu’une seule fois par arrêté du
ministre chargé des Domaines pour une durée n’excédant pas un an.
En cas de caducité de l’arrêté de déclaration d’utilité publique, ou si, après le décret
d’expropriation, celle-ci n’est pas effective par une mise en valeur du bien exproprié au terme
d’un délai plus ou moins long apprécié par le juge, le propriétaire initial est en droit de
demander au juge de le rétablir dans ses droits. Il en va de même lorsque les espaces
expropriés n'ont pas été mis en valeur en totalité. On parle alors de rétrocession. La chambre
administrative de la Cour suprême a consacré la rétrocession dans sa décision du 30 novembre
1995, Société Renault C/État du Cameroun.
En tout cas, l'arrêté de déclaration d'utilité publique ouvre la voie à l’enquête
d’expropriation.

Section 2- L’enquête d’expropriation

52
Cette enquête est menée par une commission dite commission de constat et
d'évaluation. Elle est mise en place par l'arrêté de déclaration d'utilité qui en définit le niveau
de compétence : national, régional ou départemental. La formation de la commission (§1) et
les missions qui lui sont assignées (§2) méritent d’être précisées.
§1-Formation de la commission de constat et d’évaluation
Selon l’article 6 du décret n ° 87/1872 du 16 décembre 1987, les commissions sont
nommées au niveau départemental, par arrêté préfectoral, au niveau régional, par arrêté du
Gouverneur et au niveau national, par arrêté du Ministre chargé des Domaines.
Au niveau départemental la commission de constat et d’évaluation comprend :
- le Préfet ou son représentant (Président) ;
- le responsable du Service départemental des Domaines (Secrétaire) ;
- le responsable du Service départemental du Cadastre (Membre) ;
- le responsable du Service local de l'Urbanisme et de l'Habitat ;
- le responsable compétent des Mines et de l'Énergie ;
- le responsable du Service départemental de l'Agriculture ;
- le responsable du Service départemental des Routes ;
- le représentant du Service ou de l'organisme demandeur ;
- le ou les Député (s) concerné (s) ;
- le ou les Magistrat (s) municipal (aux) ;
- l' ou les Autorité (s) traditionnelle (s) concernée (s) ;
Au niveau régional :
-le Gouverneur ou son représentant (Président) ;
-le responsable du Service régional des Domaines (Secrétaire) ;
-le ou les Préfets (s) concerné (s) ou leurs représentants (Membre) ;
- le responsable du Service régional du Cadastre ;
- le responsable du Service régional de l'Urbanisme et de l'Habitat ;
-le responsable du Service régional chargé des Mines et de l'Énergie ;
-le responsable du Service régional de l'Agriculture ;
-le responsable du Service régional des Routes ;
-le représentant du Service ou de l'organisme demandeur ;
-le ou les Député (s) concerné (s) ;
- le ou les Magistrat (s) municipal (aux) concerné (s) ;
- la ou les Autorité (s) traditionnelle (s) concernée (s).
Au niveau national :
-le Ministre chargé des Domaines ou son représentant (Président) ;
53
-le Directeur des Domaines ou son représentant (Secrétaire) ;
- le ou les Préfet (s) concerné (s) ;
- le Directeur du cadastre ou son représentant ;
- un représentant du Ministre de l'Agriculture ;
- un représentant du Ministre des Mines et de l'Énergie ;
- le Directeur de l'Habitat ou son représentant ;
- le représentant du Service ou l'organisme demandeur ;
- le ou les Député (s) concerné (s) ;
- la ou les Autorité (s) traditionnelle (s) concernée (s) ;
Remarque : mainmise du pouvoir exécutif et absence du juge judiciaire

La Commission se réunit en tant que de besoin sur convocation de son Président. La


convocation et l'ordre du jour doivent être adressés à chaque membre au moins 15 jours avant
la date de la réunion. Le quorum est de 2/3 des membres. Les décisions sont à la majorité
simple des membres présents. En cas de partage de voix, celle du Président est prépondérante
(art. 7, du décret n ° 87/1872).
L'enquête d'expropriation pour cause d'utilité publique est menée par la commission de
constat et d'évaluation, avec la participation des propriétaires du fonds et des biens qu'il
supporte, ainsi que les notabilités du lieu et des populations concernées.
En vue de s'assurer leur participation, une large publicité de l'opération est faite par
voie d'affichage à la préfecture, au service départemental des domaines, à la mairie, à la sous-
préfecture, au chef-lieu de district et à la chefferie du lieu de situation du terrain, ainsi que par
tout autre moyen jugé nécessaire en raison de l'importance de l'opération. Les populations
concernées doivent être informées au moins 30 jours à l'avance, du jour et de l'heure de
l'enquête, par convocations adressées aux chefs et notables par les moyens appropriés (art. 9
et 10 du décret n° 87/1872).
Ces mesures d’information et de publicité ont pour but d'assurer le maximum de
garanties aux personnes expropriées, d'autant plus qu'il s'agit d'une procédure qui remet en
cause un droit reconnu par la Constitution.
§2-Les missions de la commission
Au regard de l’article 4 du décret n° 87/1872 du 16 décembre 1987, les missions
assignées à la commission de constat et d’évaluation peuvent être réparties en deux catégories
: la délimitation matérielle de la zone d'expropriation (A) et l’identification et l’évaluation des
droits des personnes expropriées (B).
A)- Délimitation matérielle de la zone d'expropriation
La commission est chargée, aux termes de l'article 4 du décret n° 87/1872 du 16
novembre 1987, tant au niveau national, régional que départemental et sur décision du
ministre de l'urbanisme et de l'habitat :
-de choisir et de faire borner les terrains concernés, aux frais du bénéficiaire ;
54
-de faire poser les panneaux indiquant le périmètre de l'opération aux frais du
bénéficiaire.
Le choix du site est proposé par l'organisme bénéficiaire de l'expropriation, en
fonction de paramètres qui conditionnent la réalisation de son projet. Le bornage est poursuivi
par les géomètres du cadastre, en présence des autres membres de la commission nommés par
arrêté préfectoral, du gouverneur ou du ministre selon que le projet est à réaliser au niveau
départemental, provincial ou national. La pose des panneaux indiquant le périmètre de
l'opération assure enfin la publicité requise par la loi.
B) Identification et évaluation des droits des personnes expropriées
Aux termes de l’article 4 du décret précité, la commission de constat et d'évaluation
doit aussi :
- constater les droits et évaluer les biens concernés ;
- identifier leurs titulaires et propriétaires.
En effet, la base de l'indemnisation des victimes d'une expropriation se trouve dans
l'exacte détermination, tant de la consistance des biens à exproprier que de leurs propriétaires.
À ce titre, le rôle de la commission est d'authentifier les droits expropriés en statuant, le cas
échéant, sur tous les litiges concernant le terrain dont l'expropriation est projetée, de constater
toute constitution de droits réels ou charges dont le terrain se trouve grevé et, enfin, de
procéder à l'évaluation de la mise en valeur dudit terrain.

La phase d’enquête préalable à l’expropriation est sanctionnée par plusieurs procès-


verbaux de constat et d’évaluation.
En effet, selon l’article 12 du décret n° 87/1872 précité, la commission de constat et
d'évaluation doit produire, à la fin de l'enquête :
- un procès-verbal d'enquête relatant tous les incidents éventuels ou observations des
personnes évincées signé de tous ses membres présents ;
- un procès-verbal de bornage et le plan parcellaire du terrain retenu, établis par le
géomètre membre de la commission ;
- un état d'expertise des cultures signé de tous les membres de la commission ;
- un état d'expertise des constructions et de toute autre mise en valeur signé de tous les
membres de la commission.
Ces différents documents, en plus de l’arrêté désignant nommément les membres de la
commission, sont transmis par le président de ladite commission au Ministre chargé des
Domaines. Ils servent à la préparation du décret d'expropriation.

Section 3- Le décret d’expropriation et ses effets


La procédure de l'expropriation trouve son aboutissement dans le décret
d'expropriation. Ce décret entraîne le transfert de propriété des biens expropriés (§1) et
déclenche la procédure d’indemnisation des personnes expropriées (§2).

55
§1- Le transfert de propriété des biens expropriés
er
Aux termes de l’article 4, al. 1 de la loi n° 85-09 du 4 juillet 1985, « Le décret
d'expropriation entraîne transfert de propriété et permet de muter les titres existants au nom
de l'État ou de toute autre personne de droit public bénéficiaire de cette mesure ».

Le transfert de propriété établi par le décret d’expropriation a pour autre conséquence


de purger d'office l'immeuble de tous les droits réels inscrits. Leurs détenteurs ne peuvent plus
exercer ces droits sur l'immeuble exproprié, mais seulement sur l'indemnité d'expropriation et
à la condition que ces droits aient fait l'objet d'une inscription dans les procès-verbaux de la
commission de constat et d’évaluation.
De même, si les actions en résolution, revendication et toutes autres actions réelles ne
peuvent arrêter l'expropriation, une fois que le décret d'expropriation est pris, les droits des
réclamants sont transportés sur la créance d'indemnité et l'immeuble en demeure affranchi. Ici
également, il importe de porter ces actions à la connaissance de la commission.
Par ailleurs, le décret d'expropriation entraîne le déguerpissement des victimes. Une
fois qu'il est pris, un préavis de six mois à compter de la date de sa publication est donné aux
victimes pour libérer les lieux. En cas d'urgence, ce délai est ramené à trois mois.
§2- L’indemnisation des personnes expropriées
Aux termes de l'article 3 de la loi n° 85/09 du 4 Juillet 1985 relative à l'expropriation
pour cause d'utilité publique, « l'expropriation ouvre droit à l'indemnisation pécuniaire ou en
nature ».
Le décret d'expropriation transforme en effet le droit de propriété de l'exproprié, ainsi
que les autres droits réels dont l'immeuble est grevé en une créance d'indemnité. Cette
indemnisation obéit à des conditions particulières (A) ; elle peut faire l'objet d'un contentieux
(B).
A- Les conditions de l'indemnisation
L’objet et l’évaluation (1), la nature (2), la charge (3) et le moment de l’indemnisation
(4) déterminent les conditions d’indemnisation des expropriés.
1)- Objet et évaluation de l’indemnisation
L'indemnité d'expropriation porte sur le dommage matériel direct, immédiat et certain
causé par l'éviction. Elle couvre les terrains nus, les cultures, les constructions et toutes autres
mises en valeur, qu'elle qu'en soit la nature, dûment constatées par la commission de constat
et d'évaluation.
La valeur des constructions et des autres mises en valeur est déterminée par la
commission de constat et d'évaluation, tandis que les modalités de détermination de la valeur
des cultures détruites sont fixées par voie réglementaire (Arrêté n° 058/MINAGRI du 13 août
1981 portant modification des tarifs des indemnités à verser au propriétaire pour toute
destruction d'arbres et cultures vivrières). Ce texte nécessite un toilettage, il est considéré
comme « inadapté » au contexte actuel (cf. manuel du représentant de l’État devant les
instances judiciaires, Ministère des domaines et des Affaires foncières, Jurilex International,
p. 113).

56
L'indemnisation des terrains nus et non viabilisés est faite selon les modalités
suivantes :
-lorsqu'il s'agit d'un terrain résultant d'une détention coutumière ayant donné lieu à
l'obtention d'un titre foncier, l'indemnité ne peut dépasser le taux minimum officiel des
terrains domaniaux non viabilisés de la localité de situation du titre foncier (par ex., un terrain
situé dans la région du centre, dans le département du Mfoundi, dans la localité de Yaoundé
couterait, dans les conditions sus-évoquées, 2500 frs le m², à Nanga-Eboko, 150 frs, à Bafang,
dans le Haut-Nkam 400 frs, à Campo, dans l’Océan, 50 frs. cf. circulaire 0001 du 22 mars
1994 fixant les prix minima de vente des terrains domaniaux).
-Lorsqu'il s'agit d'un terrain résultant d'une transaction normale de droit commun ou
d'une acquisition de terrains domaniaux, l'indemnité due est égale au prix d'achat, majoré des
frais divers d'acquisition.
À noter qu’il n'est dû aucune indemnité pour destruction des constructions vétustes ou
menaçant ruine ou de celles réalisées en infraction aux règles d'urbanisme ou aux dispositions
législatives ou réglementaires fixant le régime foncier.
2)- Nature de l’indemnisation
L'indemnité d'expropriation est, en principe, pécuniaire.
Toutefois, en ce qui concerne les terrains, la personne morale bénéficiaire de
l'expropriation peut substituer une compensation de même nature et de même valeur à
l'indemnité pécuniaire.
En cas de compensation en nature, le terrain attribué doit, autant que possible, être
situé dans la même commune que le terrain frappé d'expropriation.
Si la valeur du terrain alloué en compensation est supérieure à celle du terrain frappé
d'expropriation, la soulte est payée par le bénéficiaire de l'indemnité. Si elle est inférieure, le
bénéficiaire de l'expropriation alloue une indemnité pécuniaire correspondant à la soulte.
3)- Charge de l’indemnisation
Les indemnités dues pour expropriation sont à la charge du bénéficiaire de ladite
expropriation.
Elles sont supportées soit par le budget du département ministériel ayant sollicité
l'expropriation, lorsqu'il s'agit de l'État, soit par la personne morale de droit public ou le
concessionnaire de service public bénéficiaire de l’opération.
4)- Moment de l’indemnisation
En principe, l'indemnisation est préalable à l'expropriation ou, plus exactement, à
l'entrée en possession du bien exproprié. Autrement dit, l'État ou bien la personne morale
publique bénéficiaire de cette procédure ne peut prendre possession de l'immeuble exproprié
qu'après paiement de l'indemnité, consignation de celle-ci à la Caisse des Dépôts et
Consignation ou encore mandatement des crédits correspondants.
Cependant, dans certains cas, le bénéficiaire de l'expropriation peut, avant paiement
effectif de l'indemnité, occuper les lieux dès publication du décret d’expropriation (art. 4, al.2
et 3 de la loi n° 85/09). Dans la pratique, l’Administration n’hésite pas à user et à abuser de
cette opportunité offerte par la loi ; elle ne manque pas, en la matière, d’invoquer des raisons
57
d’urgence (cf. Manuel du représentant de l’État devant les instances judiciaires, précité,
p.113)
B)- Le contentieux de l’indemnisation
La procédure d’expropriation est fondamentalement administrative. Elle constitue
donc un acte de puissance publique. Par conséquent, seuls les tribunaux administratifs sont
compétents pour statuer sur la validité des actes administratifs intervenant au cours de cette
procédure. L’arrêté déclarant l’utilité publique ou le décret d’expropriation peuvent ainsi être
portés devant le juge administratif, et lui seul.
En revanche, lorsque la contestation porte soit sur l'omission d'une victime, soit sur le
montant des indemnités fixées par le décret d'indemnisation, elle est de la compétence des
tribunaux judiciaires (art. 12 de la loi n° 85/09). Cette compétence des tribunaux judiciaires
est justifiée par l'idée qu'ils sont les protecteurs de la propriété privée.
Certes, l'exproprié doit adresser préalablement sa réclamation à l'administration
chargée des domaines, à savoir, le préfet si la commission a été nommée par arrêté préfectoral
au niveau départemental ; le gouverneur, si la commission a été nommée par arrêté du
gouverneur au niveau régional ; ou le ministre des domaines, si elle a été nommée au niveau
national.
En cas d’insatisfaction, il peut alors saisir, dans un délai d'un mois à compter de la
notification de la décision contestée, le tribunal judiciaire compétent du lieu de situation de
l'immeuble.
Le tribunal saisi peut confirmer, réduire ou augmenter le montant de l'indemnité à
laquelle a droit le propriétaire dépossédé, suivant les modalités d'évaluation fixées par la loi
d'expropriation et ses textes d'application.

58
TROISIEME PARTIE : LES TRAVAUX PUBLICS
Pour les besoins de leurs diverses missions d’intérêt général, l'État et les autres
personnes publiques réalisent ou font réaliser des opérations de construction, d'aménagement,
d'équipement, de réparation, d’entretien ou d'installation de toute sorte : infrastructures
routières, voies ferrées, centrale hydroélectrique, bâtiments administratifs, établissements
scolaires, hôpitaux, complexe sportif, ports, aéroports, ...
Ces différentes opérations sont, pour l'essentiel, soumises à un régime juridique
exorbitant du droit commun (Ch. 2). Mais ce régime dit des travaux publics n'est rendu
applicable qu'aux opérations répondant à certains critères sur la base desquels on définit le
travail public et l’ouvrage public (Ch. 1).

CHAPITRE 1 - LES NOTIONS DE TRAVAIL PUBLIC ET D’OUVRAGE PUBLIC

Aucun texte, en droit camerounais, ne définit clairement la notion de travail public.


Nous devons la définition actuelle de la notion au juge administratif et au juge des conflits
français (S1). Par ailleurs, des auteurs, à l’instar de René Capitant (RDP 1929, p. 507), ont
relevé le double sens, étroit et large, de la notion de travail public. Au sens étroit, le terme de
travail public désigne les travaux effectués pour réaliser un ouvrage public. Au sens large,
cette notion recouvre également l'ouvrage ainsi réalisé. Il importe donc, pour une
compréhension approfondie de la notion de travail public, de la rapprocher de celle d’ouvrage
public (S2).

Section 1- Définition du travail public

Face à l’absence de définition textuelle du travail public, il est revenu au juge de


dégager les critères du travail public. Ces critères sont tirés de la combinaison d’un arrêt du
Conseil d’État (Commune de Monségur, 10 juin 1921) et d’une décision du Tribunal des
conflits (Effimieff, 28 mars 1955). Au regard de ces décisions, constitue un travail public :
- soit un travail immobilier exécuté pour le compte d'une personne publique dans un
but d'utilité générale ;
- soit un travail immobilier exécuté par une personne publique dans le cadre d'une
mission de service public.
Les critères matériel et intentionnel (§1) se combinent ainsi au critère organique (§2)
pour caractériser le travail public.

§1- Les critères matériel et intentionnel


Le travail public est d’abord un travail immobilier (A), réalisé dans un but d’utilité
publique (B).

59
A- Un travail immobilier…
L’existence d’un travail sur un immeuble satisfait le critère matériel.
1°)- Existence d’un travail
Le travail public nécessite l’existence d’un travail, une opération matérielle. Il doit y
avoir œuvre de construction, de réparation ou d’entretien d'immeuble.
La notion de travail public concerne la construction elle-même. Mais elle concerne,
également, tous les travaux préliminaires à la construction tels que : la démolition, le
déblaiement, le terrassement, le nivellement, le transport des matériaux nécessaires à
l'exécution des travaux.
Les travaux de réparation ou d'entretien sont également diversifiés ; ils vont, par
exemple, du goudronnage des routes ou de la tonte d’une pelouse.
2°)- Travail effectué sur un immeuble
Le travail doit être effectué sur un immeuble bâti ou non bâti, immeuble par nature ou
par destination, selon les dispositions du Code civil.
Par conséquent, une opération se rapportant à un bien meuble ne peut être qualifiée
travail public. La construction d'un navire ou d'une tribune démontable posée sur le sol n'est
pas un travail public. La tonte d'une pelouse est un travail public en raison du caractère
immobilier de ladite pelouse.
B- … réalisé dans un but d’utilité publique
Si le but d'intérêt général est une obligation classique pour les collectivités publiques,
l'exigence d'un tel critère au regard de la notion de travail public permet d'éviter que le régime
exorbitant s'applique lorsque les personnes publiques font le choix de se comporter comme les
particuliers.
De manière classique, le travail public était effectué sur le domaine public et dans le
cadre d'un service public. La relation n'est plus absolue aujourd'hui ; le travail public n'est pas
nécessairement lié au service public (1°), et pas davantage au domaine public (2°).

1°) Absence de lien systématique entre travail public et service public


Il n'est plus nécessaire aujourd'hui que le travail soit entrepris dans l'intérêt d'un
service public, même s'il doit être réalisé dans l'intérêt général : l'intérêt général étant une
notion plus large, il peut y avoir des travaux publics accomplis en dehors d'une mission de
service public.
Le point de cassure entre ces deux notions se situe en 1921, avec l'arrêt Commune de
Montségur (CE 10 juin 1921). Un enfant s'était suspendu à un bénitier dans une église. Le
bénitier étant mal scellé, il se renversa et blessa l'enfant. Depuis la loi du 9 décembre 1905 sur
la séparation entre l'Église et l'État, le service du culte ne constitue plus un service public. Il
n'était plus possible de fonder la compétence du juge administratif sur le mauvais
fonctionnement du service public. Le Conseil d'État a néanmoins jugé que, bien qu'étant
dissocié du service public, le travail était un travail public, car il avait une finalité d'intérêt
général : « les travaux provenant du défaut d'entretien des églises [ ... ] se rattachent à
l'exécution ou à l'inexécution d'un travail ».
60
Dans le même ordre d’idée, les travaux entrepris par une commune sur un terrain
qu’elle s'engage à céder à une entreprise qui sera bénéficiaire de ces travaux, sont des travaux
publics dès lors qu'ils sont réalisés par la commune « en vue de contribuer, dans un but
d'intérêt général, au développement d'une activité économique et à la création d'emplois sur
son territoire » (Cass, 1re civ., 25 févr. 2003, M. Asselin, n° 01-00864).
2°)- Dissociation entre travail public et domaine public
Des travaux exécutés sur le domaine privé des personnes publiques peuvent constituer
des travaux publics lorsqu'ils dépassent la simple gestion patrimoniale et qu'ils visent un but
d'intérêt général : travaux effectués sur un palais de justice implanté sur le domaine privé (TC
24 octobre 1942, Chaumont contre État français : le tribunal des conflits précisant que « la
notion de travail est indépendante de la domanialité »), travail sur des routes traversant les
forêts domaniales (TC 8 février 1965, Martin).
Par ailleurs, des travaux publics peuvent être effectués sur une propriété privée.
Ces travaux revêtent le caractère de travaux publics lorsqu'ils sont d'intérêt général,
par exemple lorsqu'ils sont ordonnés par le maire pour parer à un danger grave et imminent
d'éboulement (C.E. 29 avril 1949, Dastrevigne). Constituent également des travaux publics,
des travaux de réparation et d'entretien des voies privées, ouvertes à la circulation publique
(CE 18 mai 1973, ville de Paris contre Dijan).
§2- Le critère organique
Le critère organique impose que le travail soit imputable à une personne publique.
Cette imputabilité est alternative : soit les travaux bénéficient à une personne publique (A),
soit ils sont réalisés par une personne publique dans le cadre d’une mission de service public
(B).
A- Travaux bénéficiant à une personne publique
Selon l’arrêt Commune de Monségur, le travail public doit être exécuté « pour le
compte d'une personne publique ». Cette expression signifie que le travail doit porter sur un
bien qui appartient à une personne publique ou qui doit lui revenir. Il importe peu que le
travail soit exécuté par la personne publique elle-même ou par un entrepreneur. Peu importe
également la nature de l'activité de la personne publique, administrative ou industrielle et
commerciale (CE, 19 février 1969, EDF c/Entreprise Pignetta et Répetti). Enfin, peu importe
que les biens soient à la disposition d'un concessionnaire, dès lors qu'il s'agit dans cette
hypothèse de biens de retour (CE, 22 juin 1928, Époux de Sigalas, à propos des travaux
effectués sur des barrages pour la production d'électricité).

En revanche, un travail exécuté pour le compte d'une personne privée ne constitue pas
un travail public, et ce, même si l'ouvrage réalisé est destiné à être utilisé par une personne
publique ou s'il a été construit sous la maîtrise d'œuvre d'une personne publique (TC, 25
janvier 1982, Melle Quintard). Il a été jugé toutefois que peuvent être qualifiés de travaux
publics des travaux d'aménagement réalisés dans une voie privée destinée à être intégrée au
domaine public (CE, 30 novembre 2005, Maggiont).

Ainsi, dans cette première hypothèse seuls les travaux effectués pour le compte d’une
personne publique peuvent revêtir la qualité de travaux publics. Ces travaux doivent être
réalisés sur un ouvrage lui appartenant ou qui deviendra sa propriété au terme de sa
construction.
61
B- Travaux réalisés par une personne publique, dans le cadre d’une mission de
service public
Cette deuxième hypothèse, liée à la notion de service public, résulte de l'arrêt du
Tribunal des Conflits du 28 mars 1955, Effimieff, qui a eu pour effet d'élargir la notion de
travail public à deux conditions : qu'il y ait mission de service public (1°) et intervention d'une
personne publique (2°).
1°)- Existence d’une mission de service public
Avant l'arrêt Effimief, sauf cas d'espèce, des travaux publics ne pouvaient être
exécutés pour le compte de particuliers. Désormais cela est possible à condition qu'il y ait
mission de service public.
Dans son arrêt du 28 mars 1955, le Tribunal des Conflits a jugé que des travaux de
reconstruction d'immeubles, sinistrés pendant la Deuxième Guerre mondiale, effectués en
vertu d'une loi du 16 juin 1948, par des associations syndicales de reconstruction,
établissements publics ayant une mission de service public, travaux effectués pour le compte
des adhérents, étaient des travaux publics.
La jurisprudence Effimieff a été appliquée dans plusieurs cas spécifiques, notamment :
- aux travaux effectués d'office par les communes, dans l'intérêt de la sécurité
publique, sur des immeubles privés menaçant ruine (C.E. 12 avril 1957, Mimouni) ;
- aux travaux effectués, dans l'intérêt de la santé publique, sur des immeubles privés
insalubres (C.E. 30 mai 1962, Poplin).
2°)- Intervention d’une personne publique
Les travaux doivent être exécutés par une personne publique, directement ou
indirectement.
L'administration peut intervenir directement en utilisant son personnel et son matériel,
c'est-à-dire sous forme de régie, pour exécuter elle-même les travaux.
L'administration peut, également, faire exécuter les travaux par un entrepreneur.
Ce qui est obligatoire c'est que l'administration soit l'initiatrice du travail en cause. En
conséquence, des travaux ne peuvent pas être considérés comme étant des travaux publics
lorsque l'administration n'a fait que les aider et les surveiller.

Section 1- Travail public et ouvrage public


La notion d'ouvrage public est parfois confondue avec la notion de travail public ;
l'ouvrage public étant le plus souvent le résultat d'un travail public et les deux notions ayant
des liens juridiques ainsi que la définition de l'ouvrage public permet de le constater (§1).
Cependant les deux notions demeurent distinctes (§ 2).
§1- La définition de l’ouvrage public : des similitudes avec celle de travail public
L'ouvrage public est un immeuble (A) qui a fait l'objet d'un aménagement particulier
(B) et qui est affecté à une destination d'intérêt général (C).
A- Le caractère immobilier de l’ouvrage public
62
Le travail public est nécessairement effectué sur un immeuble et l'ouvrage public est
toujours de nature immobilière: il présente des caractères de solidité, stabilité et durabilité. En
aucun cas le travail portant sur un meuble ne peut être un travail public. De la même manière,
un meuble ne constitue jamais un ouvrage : tel est le cas de tribunes démontables sur une
place publique (CE 21 avril 1982, Mme Daunes), d'un plongeoir flottant (CE 12 octobre 1973,
commune de Saint-Brévins-les-Pins), d'un banc non fixé au sol dans la cour d'un collège (CE
26 septembre 2001, département du Bas-Rhin).
Cependant, la notion d'immeuble est assez largement entendue par le juge. L'immeuble
peut être un immeuble par nature ou par destination. : l'ascenseur est un ouvrage public (CE
23 mars 1966, société Otis Pifre).
B- La nécessité d'un aménagement
De la même manière que le travail public suppose une opération d'aménagement,
l'ouvrage public doit faire l'objet d'un aménagement. Par conséquent, les biens restés dans leur
état naturel ne peuvent être qualifiés d’ouvrages publics. Aussi, les rivages de la mer, un cours
d'eau navigable et flottable, un terrain non bâti ne constituent pas des ouvrages publics.
De même, ne peut être considéré comme ouvrage public, un dépôt d'ordures lorsque
les ordures sont déversées dans un champ non préparé pour les recevoir (T.C. 2 déc. 1968,
Toczé).
C- Exigence d’une destination d'utilité publique
L’ouvrage public doit satisfaire une utilité publique. La nature publique ou privée du
propriétaire de l'ouvrage public importe peu.
1°)- Les ouvrages publics des personnes publiques
Les ouvrages aménagés du domaine public des personnes publiques sont évidemment
des ouvrages publics.
Il en est de même des ouvrages aménagés du domaine privé des personnes publiques
lorsqu'ils ont une destination d'intérêt général. C’est le cas, par exemple, des sites naturels
aménagés pour l'accueil des touristes (C.E. 29 sept. 1982, Pezet), des immeubles de la Société
Immobilière du Cameroun (SIC), affectés au logement social.
2°)-. Les ouvrages publics des personnes privées
Les personnes privées peuvent être propriétaires d'ouvrages publics lorsque ceux-ci
répondent à une destination d'intérêt général. C'est le cas, par exemple, des voies privées
ouvertes à la circulation publique lorsque l'aménagement ou l'entretien est communal (C.E. 30
mai 1947, Ville de Rueil) ;
- des branchements particuliers, même situés à l'intérieur des immeubles privés, du
réseau de distribution d'eau (C.E. 11 déc. 1987, Cie générale des eaux c/Pochtier).

§2- Les dissemblances entre ouvrage public et travail public


Les deux notions ne se confondent pas : outre le fait qu'elles ont des liens variables
avec l'utilité publique (A), l'ouvrage public présente une autonomie certaine (B).
A - Des liens variables avec l'intérêt général

63
Le principe du lien avec l’intérêt général (1°) supporte des exceptions (2°)
1 - Le principe
Par principe, le travail public et l'ouvrage public ont une finalité d'utilité publique,
d'intérêt général et sont, en ce sens, étroitement liés au domaine public.
Le travail public est, le plus souvent, exécuté sur une dépendance domaniale, affectée
à l'utilité publique : construction d'une route, d'un aéroport, d'une université, d'un ouvrage
d'art...
S’agissant des ouvrages publics, la plupart d’entre eux font partie du domaine public
artificiel, soit parce qu'ils sont affectés à l'usage direct du public (voies publiques et leurs
dépendances: fossés, murs de soutènement, ponts...), soit parce qu'ils sont affectés à un
service public : palais de justice, hôpital, hôtel de ville, gare...
2 - Les limites au principe
Des travaux publics peuvent être exécutés sur le domaine privé, à condition qu'ils
dépassent la simple gestion patrimoniale, ou sur des propriétés privées.
Des ouvrages publics peuvent appartenir à des personnes privées : branchements
particuliers de canalisations (gaz, électricité, eau...).
B - L'autonomie des deux notions
Les notions de travail public et d’ouvrage public sont indépendantes l’une de l’autre.
1°)- Un travail public indépendant d'un ouvrage public
De nombreux travaux publics ne débouchent pas sur des ouvrages publics : il s'agit de
tous les travaux de démolition, de déblaiement, de déboisement.
De plus, des travaux de construction peuvent donner lieu à des immeubles privés : les
immeubles construits par des associations syndicales de propriétaires dans le cadre de la
jurisprudence Effimieff ne sont pas des ouvrages publics. Tel est le cas de la reconstruction,
par la personne publique, d'une passerelle appartenant à un particulier. Si la reconstruction est
un travail public, la passerelle, en revanche, ne constitue pas un ouvrage public (TC 6 février
1956, consorts Sauvy).
2°)- Un ouvrage public indépendant d'un travail public
Un ouvrage public peut ne pas avoir pour origine une opération de travail public.
L'ouvrage public peut avoir été acquis une fois construit par des particuliers et faire ensuite
l'objet d'une affectation à l'utilité publique : voie privée incorporée dans la voie publique,
acquisition par une collectivité d'une école privée qui devient une école publique.

CHAPITRE 2 - LE REGIME JURIDIQUE DES TRAVAUX PUBLICS

L'élaboration de critères de définition de la notion de travail public est justifiée par


l'application d'un régime exorbitant du droit commun aux opérations correspondantes. Deux
aspects principaux caractérisent les opérations de travaux publics : les modes de réalisation
(S1) et le contentieux (S2).

64
Section 1- Les modes de réalisation des travaux publics
Une fois prise la décision de réaliser tels ou tels ouvrages dans le cadre des travaux
publics, l'autorité administrative opère un choix entre différents modes d'exécution. Elle peut,
soit décider d’exécuter elle-même les travaux (§1), soit conclure des contrats avec des
professionnels chargés de réaliser lesdits travaux (§2).
§1- L’exécution de travaux publics par la personne publique elle-même : la régie
Une personne publique peut choisir d'exécuter elle-même des travaux, avec son
matériel et ses propres agents : c'est l’exécution en régie.
La personne publique est alors non seulement maître d’ouvrage, mais aussi maître
d'œuvre. Elle qui supporte toutes les conséquences matérielles et financières.
La régie peut être totale, lorsqu'elle porte sur tous les travaux à effectuer, ou partielle,
lorsque seule une partie des travaux sera réalisée par ce procédé.
L’utilisation de la régie dans des opérations de travaux publics s’avère marginale ; la
méthode contractuelle étant la plus employée, quand il s’agit notamment de grands travaux.
§2- Les contrats de travaux publics
La concession (A) et le marché de travail public (B) sont les principales méthodes
contractuelles utilisées en vue de la réalisation de travaux publics.
A- La concession de travail public
La concession de travail public est un contrat par lequel une personne publique, le
concédant, charge une autre personne, privée ou publique, le concessionnaire, d'exécuter un
travail public consistant ; à la fois, dans la construction et l'exploitation d'un ouvrage,
moyennant une rémunération perçue sur les usagers de l'ouvrage. Trois éléments cumulatifs
caractérisent ainsi la concession : la construction, l'exploitation et la rémunération perçue
sur les usagers de l’ouvrage.
La technique de la concession permet de réaliser de nombreux équipements publics :
routes, ponts à péage, jardins, parcs publics de stationnement, bâtiments publics…
La personne publique ne verse pas de prix des travaux au concessionnaire. Celui-ci,
après avoir réalisé l'ouvrage commandé, l'exploite, en principe à ses risques et périls, en se
rémunérant par la perception de redevances sur les usagers de l'ouvrage ou du service public ;
d’où l’intérêt d’une concession de longue durée. En tout cas, la perception d'une redevance sur
les usagers constitue le critère qui permet d'identifier la concession (C.E. avis 14 octobre
1988, SA SOCEA Balancy). # Contrat d'entreprise de travaux publics : construction et
exploitation. Mais prix payé par la personne publique.
À l'expiration de la concession, l'ouvrage revient gratuitement à l'administration
concédante.
B- Le marché de travail public
Le marché de travail public constitue sans doute la principale modalité d'exécution
d'une opération de travail public. Elle est celle à laquelle les personnes publiques ont le plus
fréquemment recours.

65
Le code des marchés publics (CMP), issu du décret n° 2004/275 du 24 septembre
2004, dans son article 5 (a), définit le marché public comme un « contrat écrit, passé
conformément aux dispositions du présent Code, par lequel un entrepreneur, un fournisseur,
ou un prestataire de service s'engage envers l'État, une collectivité territoriale décentralisée,
un établissement public ou une entreprise du secteur public ou parapublic, soit à réaliser
des travaux, soit à fournir des biens ou des services moyennant un prix ».
Trois critères caractérisent ainsi le marché public, et plus singulièrement, le marché de
travail public : un critère organique, matériel et financier.
1°)- Le critère organique
Les marchés de travaux publics sont des contrats passés par les personnes publiques :
État, collectivités territoriales décentralisées, établissement public ou entreprise du secteur
public ou parapublic.
Ce critère, restrictif, aboutit à refuser la qualification de marché de travail public à un
contrat conclu entre deux personnes privées, bien que passé en vue de la réalisation d'un
travail public.
Ce principe souffre au moins d’une exception : l’application de la théorie du mandat.
En effet, un marché conclu entre deux personnes privées, mais dont l'une agit pour le
compte d'une personne publique peut être un marché de travail public. Le mandat peut être
express (CE 2 juin 1961, Leduc) ou implicite (CE Sect. 30 mai 1975, société d'équipement de
la région montpelliéraine).
2°)- Le critère matériel
Le contrat doit avoir pour objet la réalisation d'une opération de travail public.
Les marchés de travaux publics sont passés pour répondre aux besoins de la personne
publique en matière de travaux publics : construction, entretien, réparation…
3°)- Le critère financier
Les travaux sont réalisés moyennant un prix.
L'entrepreneur sera rémunéré par le versement du prix qui a été convenu dans la
convention. Ce critère permet de distinguer le marché de la concession, comme susdit.

Section 2- Le contentieux des dommages de travaux publics


L'exécution de travaux publics ou l'utilisation d'ouvrages publics peut être à l'origine
de dommages de deux sortes. Figurent, tout d'abord, les dommages contractuels, c'est-à-dire
ceux qui naissent à la suite de la conclusion de contrats de travaux publics. On trouve, ensuite,
les dommages extracontractuels qui trouvent leur source dans l'exécution du travail public
ou dans l'utilisation de l'ouvrage public. Le juge administratif est, en principe, compétent pour
connaître de ces dommages. Le juge judiciaire est toutefois appelé à statuer sur quelques
contentieux en la matière : tel est le cas, notamment, des dommages résultants d'une emprise
irrégulière ou d'une voie de fait, de ceux causés par un véhicule participant à l'exécution des
travaux publics ou d'une faute personnelle d'un agent, détachable du service.

66
Le régime de la responsabilité en matière de dommage de travaux publics est
largement déterminé par la qualité de la victime. Si celle-ci est un tiers, elle est soumise à une
responsabilité sans faute (§1), si elle est un usager ou une participante, la responsabilité est
alors pour faute (§2).
§1 La responsabilité sans faute

Il conviendra d’examiner ici le champ d application (A) et l’exercice de la
responsabilité sans faute (B).

A- Le champ d application de la responsabilité sans faute
La responsabilité sans faute s’applique aux tiers, sur un double fondement.
1°) - Les personnes lésées : les tiers
Le tiers se définit négativement par rapport au travail ou à l’ouvrage public en cause.
Le tiers sera ainsi celui qui n'est pas usager. Il ne l’est pas dans la mesure où il n'utilise pas
l'ouvrage public ; il ne tire aucun profit des travaux réalisés.
Il n’est pas davantage participant ; n’intervenant d’aucune façon dans l'exécution du
travail public. Ont la qualité de tiers :
-le propriétaire d'un domaine inondé par la rupture d'un barrage (CE 22 octobre 1971,
ville de Fréjus);
-les riverains des voies publiques dont les immeubles ont subi des désordres du fait de
travaux effectués sur cette voie.
2°) - Le double fondement de la responsabilité sans faute
La responsabilité sans faute est fondée non seulement sur la rupture d'égalité devant
les charges publiques, mais aussi sur le risque que fait encourir la puissance publique aux
administrés
La responsabilité pour rupture d'égalité devant les charges publiques est le
fondement essentiel. Accomplis dans l'intérêt de la collectivité, les travaux publics et les
ouvrages publics sont source d'enrichissement pour l'ensemble des membres du corps social.
Lorsque leur exécution ou leur présence cause un préjudice à certains membres en particulier,
l'équilibre social est rompu : l'égalité sera rétablie par l'octroi d'une indemnisation.
La responsabilité pour risque, quant à elle, est liée au caractère exorbitant des
prérogatives de puissance publique. Le juge considère qu'en multipliant les opérations de
travaux publics, justifiées par l'intérêt général, l'administration fait courir des risques aux
administrés.
Les privilèges reconnus à la puissance publique trouvent une compensation dans
l'indemnisation éventuelle des tiers lorsque ceux-ci ont eu à subir un dommage.
B)- L'exercice de la responsabilité sans faute
Ce type de responsabilité est relativement facile à engager, le tiers doit seulement
apporter la preuve de l'existence d'un lien de causalité : il doit prouver que le dommage subi
trouve son origine dans l'existence d'un ouvrage public ou d'un travail public. Certaines
conditions doivent cependant être respectées, l’administration pouvant être exonérée dans des
cas limités.

67
1°) - Le respect de certaines conditions
essentielles pour
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Une présomption de faute pèse sur la personne publique, au profit des usagers.
Toutefois, cette présomption est simple.
1° - Une présomption de faute établie au profit des usagers
Le champ d'application et le fondement de la responsabilité doivent être précisés.
a) Le champ d'application de la responsabilité
La responsabilité pour faute présumée s'adresse aux usagers. L'usager est celui qui
utilise directement et effectivement l'ouvrage se trouvant à l'origine du dommage. La
distinction avec le tiers n'est pas toujours évidente. Ainsi, le riverain de la voie publique qui
tire profit de la voie publique (il bénéficie des aisances de voirie) n'est pas nécessairement un
usager. Il est un tiers s'il n'utilise pas la voie publique au moment où il subit le dommage. En
revanche, le piéton, le cycliste, l'automobiliste sont des usagers de la voie publique.
b) Le fondement de la responsabilité
Cette responsabilité n'est pas une responsabilité pour faute classique, elle est fondée
sur une présomption de faute, la théorie du défaut d'entretien normal.
Comme le tiers, l'usager victime d'un dommage de travaux publics doit démontrer le
lien de causalité entre le dommage et l'ouvrage public, ou le travail public. À la différence de
la responsabilité pour faute classique, le requérant n'a pas à prouver la faute de la personne
publique : elle est présumée. L'administration est présumée ne pas avoir maintenu l'ouvrage
public dans un état suffisant pour qu'il ne constitue pas un danger pour les usagers.
Il y a défaut d'entretien normal dans les hypothèses suivantes :
- le mauvais état d’une chaussée, ou d’un bâtiment (CE, 6 avril 1949, Ministre des
Travaux publics ; CFJ, 16 mars 1967 Dame Ferrière Marie c/État du Cameroun) ;
- absence ou insuffisance de signalisation des endroits dangereux (CE 29 décembre
1993, Soldaini).
Le défaut d'entretien normal sous-entend et implique une négligence, une imprudence
de la personne publique, donc une faute de sa part.
2°) - Une présomption simple
La présomption de faute pesant sur l'administration est une présomption simple, que la
personne publique peut renverser : c'est l'excuse d'entretien normal. L'administration
s'exonèrera de toute responsabilité si elle démontre qu'elle a normalement entretenu l'ouvrage
public ou normalement exécuté le travail public. L'obligation d'entretien est une obligation de
moyen et non de résultat.
Aussi, ne constituent pas un défaut d'entretien normal, les défectuosités de faible
importance : saillies et nids de poule d’une infime profondeur.
La force majeure constitue également ici une cause exonératoire de responsabilité ;
cause exonératoire limitée cependant, dans la mesure où le juge l'admet très peu. Il est rare
qu'il reconnaisse qu'un événement soit imprévisible et irrésistible.
La faute de la victime, sa connaissance des lieux, son imprudence, une vitesse
excessive sur la route, sont autant de causes limitatives de responsabilité.

69
En revanche, le fait du tiers, contrairement au droit commun de la responsabilité pour
faute, n'exonère pas l'administration de sa responsabilité (CE 26 avril 1968, ville de Cannes).
B) - Responsabilité à l’égard des participants : responsabilité pour faute prouvée
Cette responsabilité, qui ne concerne que les participants, est plus difficile à engager.
1°) - Le champ d'application de la responsabilité
La responsabilité pour faute classique, pour faute prouvée, s'applique aux participants.
Le participant est celui qui agit, ou qui exécute, le travail public, en qualité :
- d'entrepreneur, d'employé de l'entrepreneur ;
- d'agent de l'administration surveillant le chantier ;
- les transporteurs de matériaux destinés aux chantiers (CE 20 novembre 1987, société
Berrichonne de transports) ;
- les architectes, dans leur mission de surveillance des travaux (CE 16 décembre 1970,
Teppe).
2°)- Un régime rigoureux de responsabilité
En plus de la nécessité de prouver la faute, d’autres raisons contribuent à rendre ce
régime de responsabilité plus rigoureux.
a) La preuve d’une faute
Il s'agit d'une responsabilité pour faute classique. Dès lors, le participant doit prouver,
outre le lien de causalité entre le dommage et l'ouvrage public ou le travail public, une faute
er
incombant à la personne publique (CE 1 décembre 1937, société des établissements Jean-
François).
C'est, par conséquent, une responsabilité difficile à engager, d'autant plus que les
relations administration-entrepreneur sont très inégalitaires, ce, au détriment de l'entrepreneur
qui se trouve dans la délicate position de demandeur au procès.
b) Les raisons d'être d'un régime rigoureux
Deux éléments peuvent être avancés :
- le participant connaît mieux les dangers ;
- le participant, victime d'un accident, sera le plus souvent couvert par la législation
sur les accidents du travail. Il sera alors facilement indemnisé. Ce n'est que s'il veut obtenir un
complément d'indemnité qu'il poursuivra la personne publique, il devra alors invoquer la faute
de l'administration. Il pourra seulement poursuivre la personne responsable du marché et non
son employeur, protégé par la législation sur les accidents du travail.
La force majeure constitue toujours une cause exonératoire de responsabilité. La faute
de la victime, de même que le fait du tiers, lorsque le tiers est l'employeur, sont des causes
limitatives de responsabilité (CE 19 mai 1961, chambre de commerce de Nantes).

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